Le devoir, 9 janvier 1998, Cahier A
**44*6 V?7Fj graSSSI jWJP, ,-*tW DEVOIR Je unit o fieri Sans façon PERSPECTIVES Péchés québécois La catastrophe qui s’abat depuis lundi sur le Québec n’aurait pas pu être évitée.De cette vérité, personne ne doute.Comme au Saguenay en 1996, on n'arrête pas la pluie de tomber! Pourtant, les citoyens que nous sommes auraient peut-être pu limiter les dégâts en enfouissant les fds électriques.Une pratique courante dans la plupart des villes d’Europe.a 1910, Montréal créait un organisme indépendant, la Commission des services électriques, avec mandat d’enfouir les (ils qui pendaient entre les poteaux de bois le long des rues.On raconte que la décision fut prise à cause du danger que posait la présence de ces toiles d’araignée électrifiées, cause d'incidents divers.Aujourd’hui, les propriétés qui longent 700 des 1800 kilomètres de rues qui serpentent la ville, soit plus du tiers, sont desservies par un réseau souterrain dans lequel courent les fils des compagnies d’électricité, de téléphone et de câblodistribution.Le grand quadrilatère formé par les rues Atwater, De Lorimier, Sherbrooke et le fleuve Saint-Laurent est entièrement couvert, de même que certaines artères importantes, dont la rue Notre-Dame, sur toute sa longueur, jusqu’à l’extrémité de l’ile.U* réseau est protégé contre les dégâts d’eau et son efficacité est reconnue.C’est vrai qu’à l’installation, un réseau souterrain coûte plus cher.«Mais cela ne tient pas compte des coûts d'entretien qui sont beaucoup plus élevés à long terme dans le cas d’un réseau aérien», soutient le chef du développement technologique à la Commission des services électriques de Montréal, Pierre Dubé.On pense au remplacement d’équipements, aux pannes et aux bris, mais aussi aux opérations annuelles d’élagage avec, en prime, les résultats que l’on sait ?• sur le port de nos arbres.Il n’y a pas que la question de la prévention qui aurait justifié que l’on enfouisse les fils dans toutes les villes du Québec depuis des dizaines d’années.Il y a aussi, surtout, des motifs d’ordre esthétique.Ce pays d’électricité est l’un des moins exigeants en ce qui a trait à la façon de faire les choses.S’est-on jamais donné la peine de lever la tête en marchant sur les trottoirs pour constater de quoi nos rues ont l’air, bordées de poteaux noircis à la créosote, auxquels sont accrochés d’énormes barils métalliques reliés à d’infinis enchevêtrements de fils?Le Far West d’il y a deux cents ans! Sans parler des mêmes fils qui viennent ensuite s’agripper n’importe où à la devanture des immeubles neufs comme autant d’hommes-grenouilles à leur réserve d’oxygène, ou qui tiennent à des chevalets de fortune plantés sur les toits plats des vieux triplex, du plus pur bricolage devenu la norme québécoise.En 1983, Montréal signait enfin une entente avec Hydro et les autres fournisseurs de services câblés dans le but d’enfouir progressivement de plus en plus de fils partout dans la ville.L’entente a duré quelques années, puis plus rien.Aujourd’hui, il n’y a toujours aucun règlement qui oblige les développeurs à inclure l’enfouissement des fils dans les coûts des infrastructures.On laisse Hydro faire courir les fils dans les arrière-cours, au' détriment de la valeur des propriétés et de l’esthétique urbaine, au risque aussi de la sécurité des gens.Montréal n’est pas seule en cause: toutes les municipalités du Québec sont dans le bain.Toutes?Pas vraiment.À Lorraine, par exemple, au nord de Montréal, la charte de la municipalité oblige les compagnies à enfouir leurs fils depuis 1965.Pour chaque résidence, le coût varie entre 3000 et 5000 $ qui sont répartis sur les 20 ans de l’hypothèque, comme les autres infrastructures de services.Une bagatelle! Imaginons que le Québec se soit lancé dans une telle opération, il y a vingt ans: le drame que nous vivons cette semaine aurait été de loin mojns important, et le pays, tellement plus présentable.A Montréal, il suffirait d’enfouir les fils d’une cinquantaine de kilomètres de rues par année pendant une quinzaine d’années pour changer le visage de cette ville.Impossible?Certes, l’enfouissement n’empêcherait pas le verglas d’alourdir les lignes de 750 (KH) volts ou les pylônes qui les supportent.Mais il n'y aurait que ces pylônes sur lesquels concentrer tous les efforts, et la catastrophe que l'on vit aurait été de bien moindre envergure: nul besoin de raccorder chaque maison, de remplacer les poteaux, de changer les transformateurs, d’élaguer des centaines de milliers d’arbres.Puis, en passant, est-ce bien le poids du verglas qui a fait s'effondrer tant de pylônes?On se pose la question en entendant un expert expliquer «l'effet d'élastique» conséquent à la rupture d'une petite pièce de métal retenant les fils, transformant ces derniers en autant d’élastiques géants qui reviennent frapper violemment le pylône de derrière jusqu’à le chiffonner comme du papier.Mais qu’est-ce que ce système qui n’est pas en mesure d’empècher de tels incidents?Comme au Saguenay, on dira qu’une telle tempête n’arrive qu’une fois tous les cent ans.Or, cent ;uis, c’était hier au Saguenay et c’est cet hiver pour le reste du Québec.Et l’an prochain, le mois prochain?On ne pourra jamais empêcher la pluie de tomber, ce qui ne nous interdit pas de devenir plus intelligent.Montréal Pluie verglaçante mêlée de grésil.Max: 0 Min:-4 Québec Neige el grésil.Max: -5 Min: -7 DéUiils, page A 6 Agenda 1 N 1) K X .B 9 lx* monde .B :i Annonces.A (> D“s sports.B 7 Avis publics.B 5 Mots croisés .A 7 Culture .B 11 Actualités .A4 Economie.A 7 Télévision B 1(1 Éditorial A 10 Idées .AD www.ledevoir.com LE MONDE L'Iran est prête à un rapprochement avec les Etats- Unis, page B 3 PLAISIRS Splendeurs et misères de la vie sans courant, page B 1 LES ACTUALITES Ian Binnie remplacera John Sopinka à la Cour suprême, page A 5 Le Québec en état d’alerte ¦ Un million d’abonnés d’Hydro-Québec privés de courant D’autres précipitations de verglas prévues pour aujourd’hui JUDITH LACHAPELLE LE DEVOIR Les conséquences de la tempête de verglas ont atteint des sommets dramatiques, hier.997 000 abonnés d’Hydro-Québec, so' ' srs des abonnés de la province, ont été privés de courant durant toute la journée et l’étaient toujours en soirée.Et dans plusieurs cas, ils devront se résigner à passer une bonne partie de la fin de semaine dans le noir.La direction de la Sécurité civile a indiqué qu’elle restait sur un pied d’alerte pour la fin de semaine.«Nous nous préparons à être capables de maintenir les centres d’hébergement pour 72 heures de plus», a expliqué en conférence de presse le directeur général de la Sécurité civile, Pierre Martel.Les effectifs d’Hydro-Québec ont grim|)é à 3300 patrouilleurs, élagueurs et,monteurs de ligne, dont un millier ont été dépêchés des Etats-Unis.Quelque 3000 militaires des Forces armées canadiennes sont également venus prêter main forte à la société d’Etat et aux municipalités.SHAUN BEST REUTERS ET JACQUES GRENIER LE DEVOIR La tempête de verglas s’est poursuivie toute la journée, hier, laissant plus d’un million de foyers sans électricité.Les 3300 employés d’Hydro-Québec ont eu beau se démener, les pannes se sont multipliées à un rythme effarant.Quelques millimètres de pluie verglaçante sont attendus aujourd’hui, les derniers selon Environnement Canada.Plusieurs abonnés devront se résigner à passer la fin de semaine dans le noir.Survie 101 Comment vivre sans électricité LOUIS-GILLES F R A N C (E U R LE DEVOIR Après quatre jours de verglas, même les plus résistants vont songer aujourd'hui à abandonner maisons et appartements pour se réfugier, eux aussi, chez des amis, ce qui risque d’occasionner toute une série de nouveaux problèmes auxquels les urbains que nous sommes sont assez peu confrontés dans les forteresses du confort et de l’imprévoyance que sont devenues les grandes villes.Trois types de problèmes se dessinent: des problèmes de sécurité physique, liés aux incendies et aux intoxications, des problèmes d’intégrité physique des bâtiments en cas de gel des canalisations d’eau et, paradoxalement, des problèmes d’intoxication alimentaire, liés à la mau- vaise conservation des aliments dans les réfrigérateurs dont le contenu se réchauffe pendant que la maison refroidit.Le danger le plus immédiat et le plus courant est sans contredit l'intoxication aux gaz dégagés par les génératrices que certains ont malencontreusement fait démarrer à l’intérieur ou l'usage de matériel de camping dans les locaux hermétiques des maisons modernes.Ce danger n’a d’égal que le risque d’incendie inhérent à l’usage intensif d’appareils inappropriés dans des residences, y compris le recours à une banale chandelle! Une seule chandelle a suffi mercredi à provoquer l’évacuation de 75 personnes dans une résidence de la rue Berri à Montréal! De façon générale, la plupart des systèmes de combustion dégagent des gaz plus ou moins VOIR PAGE A 12: SURVIE Ce sont les régions de la Rive-Sud et de la Montérégie qui demeurent les plus touchées, avec quelque 574 000 abonnés sans courant.L’île de Montréal suit avec 215 (KK) clients, les Uiurentides et l’Outaouais avec 191 (XX) foyers, puis la Beauce avec 17 000 abonnés.La tempête semblait vouloir prendre quelques heures de répit cette nuit alors qu’Environnement Canada prévoyait un peu de bruine verglaçante qui devait laisser un VOIR PAGE A 12: ALERTE Les militaires sont appelés en renfort MANON CORNELLI ER DE NOTRE BUREAU D’OTTAWA En plus d’offrir l'aide des Forces armées pour faire face aux dégâts causés par la tempête de verglas, le premier ministre Jean Chrétien a décidé dans les circonstances de retarder d’une journée le départ de la mission d'Equipe Canada en Amérique latine.Il a pris cette.décision après avoir communiqué avec les premiers ministres Lucien Bouchard et Mike Harris, les deux provinces touchées par la tempête.Si tout se passe comme prévu, la mission partira dimanche.Vu la situation critique au Québec, M.Chrétien a aussi confirmé l'envoi dans la région de Montréal de presque toute la brigade de Valcartier.Environ 1000 soldats sont demeurés à Québec pour répondre, si nécessaire, aux demandes d’assistance dans cette région.Une unité de 450 militaires devait arriver dans la région de Saint-Hyacinthe à l'heure du souper, hier, pour aider VOIR PAGE A 12: MILITAIRES Le Québec dans le verglas ¦ Deux hôpitaux en situation précaire ¦ Petit vent de panique sur Montréal ¦ La vie sans courant ¦ À part le métro, ça roule cahin-caha ¦ De l’hébergement, svp ! ¦ I>es assureurs ne fournissent plus Lire nos informations, pages A 2 et A 3 Note aux lecteurs La tempête de verglas a aussi eu des contrecoups au Devoir, dont l’édition de ce vendredi est légèrement différente de ses éditions régulières.Le journal que vous avez en main a été imprimé sur les rotatives du Journal de Montréal, qui a aimablement pris la relève de notre imprimerie de LaSalle, affectée par une panne d’électricité.Son format est un tout petit peu plus petit et le papier peut-être un peu différent.Cette édition de vendredi reprend par ailleurs plusieurs textes de notre édition de jeudi, qui n’a été livrée que partiellement à nos lecteurs.La panne d’électricité qui affecte notre imprimerie est survenue au coure de la nuit de mercredi à hier, juste au moment où commençait l'impression de la deuxième édition, destinée à la région métropolitaine où se retrouve la majorité de nos lecteurs qui ont donc été privés de leur journal hier matin.A leur intention, nous republions ainsi en page A 5 le compte rendu de la conférence de presse donnée mercredi par le cardinal Turcotte.Nous reprenons en page A 9 la page Idées de notre édition de jeudi et en page B 6 la page Régions.En page éditoriale, nous reprenons l’éditorial de Jean-Robert Sansfaçon intitulé «Salut public pour Montréal» et la chronique de Graham Fraser.Nous souhaitons que les lecteurs qui ont été privés de notre édition de jeudi comprendront la situation, tout comme ceux qui aujourd’hui recevront avec un peu de retard leur journal en raison de l’état des routes.Nous les assurons que tout est fait pour leur offrir le meilleur journal possible dans les circonstances, tant au Devoir qu’au Journal de Montréal que nous remercions pour sa collaboration.778313000689 OO I.K l> K V II I 11 .I.K V E X I) Il E I) I !» .1 A X V I E 11 I II II K A 2 * -?LE DEVOIR ?-1 VERGLAS Région de Montréal \ A part le métro, ça roule cahin-caha La vie sans courant Depuis mardi matin, les Lasorsa se débrouillent comme ils peuvent BRIAN MYLES LE DEVOIR Le verglas a ralenti sinon paralysé la plupart des réseaux de transport de la métropole hier avions, autobus, trains.Seul le métro, bien terré, a continué de rouler sans problème.A la Société de transport de la Communauté urbaine de Montréal (ST-CUM), deux circuits sont interrompus: 119 Rockland et 190 métrobus La-chine.La plupart des véhicules sont retardés, soit par des fils électriques ou des branches obstruant les rues, soit par des automobilistes indisciplinés.Un porte-parole de la STCUM, Michel Ijebceuf, a indiqué que ceux-ci se stationnent «en double et même en triple file» ou encore devant les arrêts d'autobus.«Ils n'ont plus de sens civique et nous empêchent de faire notre travail, dit-il.L’idée, c’est d’avoir le plus de service pour le plus grand nombre.» Le réseau de métro n’est pas affecté par les pannes d’électricité.Le transport adapté connaît cependant des ratés.Seuls les déplacements pour le travail et les soins de santé sont assurés.Les trains de banlieue ont également déraillé.Sur la lignes Montréal-Rigaud, le service est interrompu jusqu’à lundi matin.La STCUM a mis en place un service de navette aux sept minutes pour remédier à cette situation, assurant la liaison entre la station de métro Lionel-Groulx et la gare de Sainte-Anne-de-Bellevue.Sur la ligne Montréal-Blainville, c’est le même scénario qui se répète à compter d’aujourd’hui.Enfin, sur la ligne Deux-Montagnes, tout rouie à merveille dans les circonstances.La vie n’est pas plus rose sur la rive sud.Plusieurs tronçons de route sont en effet interdits à la circulation.Fils, poteaux, pylônes, arbres et branches jonphent la chaussée.A la Société de transport de la rive sud de Montréal (STRSM), le service a été réduit à 21 lignes dont la 45 Brossard-centre-ville, la 8 Promenades Saint-Bruno-terminus Lon-gueuil et la 88 Saint-Hubert-terminus Longueuil.«Il peut y avoir des retards assez importants, variant de 10 à 30 minutes selon l’emplacement», a indiqué Raymond Allard, porte-parole de la STRSM.L‘ service de transport en taxi collectif est aussi suspendu.11 en sera ainsi jusqu’à dimanche au moins.Les garages de la STRSM sont privés d’électricité depuis mardi, ce qui a obligé la STRSM à demander d’urgence une génératrice de secours à la Sécurité civile.Ces pannes retardent le ravitaillement en carburant diesel, la réparation et, surtout, le déglaçage de§ véhicules.A Laval, le service accusait un retard de cinq à dix minutes sur l’ensemble du territoire, sans plus.Aucun circuit n’a dû être abandonné.Transport Québec a par ailleurs recommandé aux gens de sortir uniquement pour des cas d’urgence.Une dizaine de routes ont été en partie fermées durant la journée, rapportait le ministère.Une partie du boulevard de Montarville, au carrefour de l’autoroute 30, à Saint-Bruno, est interdite aux automobilistes.Un pylône d’Hy-dro-Québec situé tout près menace de s’effondrer.Le transporteur privé Greyhound a annulé l’ensemble de ses départs.Montréal.Toronto, Québec et Ottawa sont toujours desservies par autobus express.De son côté, Via Rail a fait savoir que le service ferroviaire était annulé entre Halifax et Montréal, Québec-Montréal, Montréal-Ottawa, Ottawa-Toronto, Montréal-Gaspé et Montréal-Toronto.Le transport aérien est aussi perturbé, plusieurs vols ayant été annulés dans les régions de Montréal et d’Ottawa.Canadien International et Canadien Régional ont annulé tous les vols réguliers au départ et à destination d’Ottawa et de Montréal.D’autres vols risquent d’ètre retardés ou annulés encore aujourd'hui.Aux dernières nouvelles, le maire Pierre Bourque, de retour précipité d'Asie, se trouvait en plein ciel entre Vancouver et Toronto.Il devait arriver à Montréal hier soir si la température permettait l’atterrissage des oiseaux d'acier.Le syndicat d’Hydro s’étonne PRESSE CANADIENNE Le syndicat des employés de métier d'Hydro-Québec dit s’interroger sur la façon dont la société d’État gère ses effectifs en temps de crise.Dans un communiqué transmis hier, le syndicat affirme que Hydro-Québec dispose de 3000 employés de métier en zone sinistrée mais n’en utilise que 2000, notamment parce que certains n’ont pas la bonne carte de compétence et que d’autres n’ont pas complété une certaine formation plus spécialisée.Le Syndicat souligne que mardi déjà, devant l’aggravation de la situation causée par la tempête de verglas, il a offert de suspendre les articles de la convention collective relatifs aux descriptions de tâches, afin de permettre une plus grande polyvalence des équipes de travail.«Le public doit également savoir qu’au moment même où on fait venir 400 travailleurs de lignes américains, ce nombre représente exactement les postes de travailleurs de lignes de distribution coupés par Hydro-Québec depuis cinq ans», souligne Michel Bibeault, porte-parole du Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP).Jouissez du plaisir de la perfection.\ v / (f n 1910, Rolcx a fabriqué une montre si petite qu elle pouvait être portée au poignet.Portant une attention rigoureuse à chaque détail, Rolex a forgé une norme de qualité et d'excellence.Aujourd’hui, la précision détaillée de chaque montre Rolex continue d'inspirer le plaisir de la perfection.w ROLEX OYSTER PI RDI rUAl LADY-DAT I OYSTER H RIM 11 Al DAM JI M Nous sommes fiers d’érre votre bijoutier agréé Rolcx.fnuouterm Gàmbard Vente et service technique 630-A Cathead Montréal Centre-Ville 866-3876 JACQUES GRENIER LE DEVOIR Anthony Lisorsa nettoie son terrain jonché de branches cassées.De vieux érables risquent d’en mourir.TO¥7 i • • ii i Jw J[/ » JEAN DION LE DEVOIR Debout devant leur maison, à Saint-Lambert, Anthony et Shirley lasorsa contemplent les dégâts.Sur leur terrain transformé en gigantesque amas de branchages, un majestueux érable presque centenaire se dresse, amputé de morceaux gros comme ça.«Je pense bien qu’on va le perdre, dit Anthony.Plusieurs branches ont tombé sur la maison.Heureusement, le toit est tellement glacé qu'elles ont glissé sans rien briser.» Comme des centaines de milliers de Québécois, les Lasorsa sont sans électricité.Depuis trois heures du matin mardi.Pour le moment, ils prennent les choses du bon côté.Il fait dix degrés à l'intérieur, mais le foyer, qui a gobé une corde et demie de bois en 48 heures, a permis de maintenir un semblant d'habitabilité.Shirley a fait des œufs au bacon et réchauffé à la mitaine du rosbif du week-end, «comme en camping».La vie sans courant n'est pas source que d’inconvénients.«On se rappelle notre jeune temps, quand nos mères nous racontaient des histoires au coin du feu», dit Anthony.«On se couche à neuf heures, on n ’avait pas fait ça depuis longtemps», ajoute Shirley avant que son époux intervienne: «Attention, n’allez pas tirer de fausses conclusions: il fait trop froid pour qu'on puisse bouger.» Hier midi, les Lasorsa ont songé à s’en aller dans l’un des centres d’hébergement aménagés en quatrième vitesse à l’intention des sinistrés, mais ils se sont ravisés.Anthony a coupé encore un peu de bois, et ils resteront au moins jusqu'à aujourd’hui.«C’est la nature, on n’y peut rien, mais on commence à en avoir jusque-là», dit-il.Le domicile des Lasorsa est situé au cœur d’une zone où le simple fait de se balader coupe le souffle, sans parler du risque permanent de recevoir une bonne branche bien givrée en pleine poire.C’est que Saint-Lam-bert compte probablement plus d’arbres au mètre carré que toute autre ville du Québec.Le décor en est à la fois un de désolation et, curieusement, de féerie (quel horrible cliché, mais y a-t-il un autre mot?).On se croirait sur une autre planète.Tout est gris, gris, gris à perte de vue, le ciel est gris, la neige est grise, les arbres, recroquevillés à tel point qu’ils ont des allures de sculptures, sont enveloppés d’un halo gris finement ciselé.A voir le sol encombré, on se demande quel esprit tordu a eu l’idée d’un pareil massacre à la scie.Et il n’y a pas que les branches.Dans les rues, en voiture, on passe littéralement sur des fils électriques que, de loin en loin, des employés municipaux s’affairent à écarter du chemin.Le travail n’arrête pas, pour un qu’on enlève il y en a deux qui tombent: bien mince espoir, en après-midi la pluie verglaçante semble vouloir se transformer en grésil.«C’est moins pire», soupire sans trop y croire un préposé.Au centre-ville, quantité de commerces sont fermés.Dans des quartiers entiers, les seules lueurs qu’on peut apercevoir s’accompagnent du ronron d’une génératrice.Dans les rues, à part les camions de pompiers, de Bell, d’Hydro, il y a quelques passants — dans les rues, car les trottoirs ont fait place au sous-bois.Des passants dont quelques-uns sont munis d’appareils photo et de caméscopes: quand on racontera tout ça aux petits-enfants, il faudra des preuves solides pour qu’ils nous croient.«B 12.» Au centre d’hébergement aménagé dans les locaux du collège Champlain, on a organisé un petit bingo pour les personnes âgées.Quatre-vingts d’entre eux ont dû être évacués mardi matin de la résidence Carrefour Victoria et la plupart — ceux qui n’ont pas de proches qui n’habitent pas trop loin et qui ont du courant — y sont encore.Hier, on les a accompagnés à leur domicile pour récupérer des vêtements, et ils font preuve d’une patience surprenante, dit André Robitaille, président de la Croix-Rou- ge de Saint-Lambert et responsable du centre.Le moral est bon: «Ils savent qu’ils retrouveront toutes leurs choses intactes.Ce n'est pas comme un incendie dans lequel on a tout perdu.» Il y a 200 places au collège Champlain — qui, soit dit en passant, n’avait même pas d’électricité lorsqu’on a commencé à accueillir les sinistrés — , 60 personnes peuvent être logées à l'hôtel Ramada, et hier, on a ouvert un nouveau refuge au Centre culturel de Saint-Lambert.Pour les personnes âgées, dont plusieurs sont malades, des médecins et infirmières sont au poste.Une quarantaine de bénévoles chaque jour, surtout des collégiens en congé, mettent aussi la main à la pâte.«Un bel exemple de solidarité», dit André Robitaille.Parmi les pensionnaires, Denise Messier et sa mère Simone, qui souffre d’arthrose et sortait pour la première fois de chez elle depuis deux ans.La perspective de passer la nuit dans un dortoir à huit ou dix occupants ne l’enchante pas, mais elle n’a pas perdu pour autant son sens de l’humour.«Je ne pensais pas retourner à l'école dans ma vie», dit-elle.Quant à Denise, elle tient à parler des bénévoles.«Dites que ce sont des gens bien accommodants», prévient-elle.Ainsi va la vie compliquée, en attendant le retour à celle de tous les jours.De Thébergement, svp ! Des dizaines de centres accueillent la population sinistrée À l’école Champlain de Saint-Lambert, on jouait au bingo pour passer le temps.CAROLINE MO NT P ET IT LE DEVOIR Les centres d’hébergement d'urgence mis à la disposition des personnes sinistrées n’ont pas cessé de se multiplier hier dans la grande région de Montréal et dans l’Ou-taouais, tandis que la tempête de verglas continuait de souffler sur la population de la vallée du Saint-Laurent.Dans la région de Montréal, une centaine de centres accueillaient les citoyens touchés par les pannes d’électricité et, par conséquent, par des problèmes de chauffage.De nouvelles adresses s’ajoutaient également d'heure en heure.Dans l’Qutaouais, ce sont 25 centres d’hébergement qui se sont ouverts au public.Si cette forme d’hébergement en est une de dernier recours, après le refuge auprès de la famille et chez les a'mis, elle est de plus en plus sollicitée par les sinistrés à mesure que la tempête s’étire.A Chambly, les demandes d’hébergement sont passées de 65 le premier soir de panne à quelque 500 hier en cours de journée.Cette croissance est due d’une part à l’afflux des sinistrés des pannes d’électricité plus récentes et d’autre part à celui des sinistrés qui n’en peuvent plus de demeurer chez eux après avoir passé plusieurs jours sans chauffage et sans courant électrique.A Saint-Hyacinthe, trois centres d'hébergement étaient hier à la disposition du millier de sinistrés ayant présenté des demandes de refuge, et on considérait la situation «sous contrôle».«Nous offrons un soutien physique et moral», disait Nicole Franck, responsable des communications pour la Ville de Saint-Hyacinthe.Dans cette municipalité, les réfugiés du verglas ont également accès à une nourriture fournie par la cafétéria de la polyvalente, par l’hôpital ou par des par-ticuliers.Saint-Hyacinthe écopait hier d'une panne complète d’alimentation.Et si les problèmes d’approvisionnement en nourriture ne se faisaient pas encore sentir hier au cours de l’après-midi, ils pourraient survenir au cours des prochains jours.A Château-guay, la municipalité s’est vue dans l’obligation d’ouvrir un deuxième refuge pour sinistrés, le premier, celui de l’école Willibroad, s’étant rempli à pleine capacité durant la journée d’hier.La municipalité n’a pas exclu la possibilité d’ouvrir un troisième refuge dans les prochains jours.8(KK) abonnés d’Hydro-Québec sont laissés sans électricité dans cette municipalité de 42 000 habitants.A la Ville de Montréal, huit centres d’hébergement comptant plus de 2000 lits étaient ouverts hier et on s’apprête à en fournir autant des centres de jour à la population.Dans l’ensemble du Québec, ce sont 6000 lits qui étaient à la disposition des citoyens dans la nuit de mercredi à hier, soutenait hier Jacinthe Lacroix, porte-parole de la Sécurité civile du Québec.Ceux-ci n’étaient occupés que dans un proportion de 25 % mais on s’attendait encore à une recrudescence de la demande la nuit dernière, üi Croix-Rouge, qui supervise les opérations, a par ailleurs en réserve 10 000 lits supplémentaires, disponibles sur demande des municipalités.A l’Université de Montréal, où les cours ont été annulés hier en cours de journée, des locaux et quelque 300 places d'hébergement ont été offerts aux étudiants, professeurs et employés sinistrés ainsi qu’à leurs familles.«Malgré la suspension des cours, des étudiants sont venus se réchauffer à l’université au cours de la journée», rappelait Raymond Carbonneau, porte-parole de l’Université de Montréal dans ce dossier.L’ensemble des municipalités s’attend à se faire rembourser la totalité de la note par le gouvernement du Québec, bien que les modalités de remboursement ne soient |>as encore établies.Ii N H R E F Plus d’accès aux parcs à Montréal En raison des blessures graves que peut causer la chute des branches, la Ville de Montréal interdit, à partir de maintenant, l’accès à tous les parcs de la métropole.Cette directive s’appliquera tant que la situation n’aura pas été rétablie.Fermeture du MBAM Les conditions météorologiques imposent la fermeture des bureaux ainsi que des salles d’exposition du Musée des beaux-arts de Montréal à compter du jeudi 8 janvier 13h jusqu’au samedi 10 janvier 13h.La clientèle intéressée par une visite au Musée après 13h samedi prochain devra téléphoner au (514) 285-1600 afin de s’assurer que la situation qui prévaut actuellement permettra la réouverture du Musée.Congé à l’université L’Université de Montréal annonce la cessation complète de ses activités jusqu’au lundi 12 janvier, 7h.L’accès aux locaux est possible en cas de nécessité en s’adressant aux régies d’immeubles.L’Université rappelle qu’elle met à la disposition des membres de sa communauté et de leurs familles un centre d’hébergement installé au CEPSUM (2100, boul.Edouard-Montpetit).Pour de plus amples renseignements, composez le numéro 343-2050.A l’Université McGill, les bureaux et les bibliothèques sont fermés et les cours sont suspendus jusqu’à lundi prochain, 7h.Le Centre sportif demeure cependant ouvert.En collaboration avec l'Association des étudiants, l'Université met à la disposition de son personnel, des étudiants et de leurs familles un centre d’hébergement d'urgence, au centre des étudiants, 3480, rue McTavish.Les gens sont priés d’apporter, si possible, leurs sacs de couchage et des couvertures.Un service alimentaire est disponible sur les lieux.Pour information: 398-6758.L’Université de Sherbrooke suspend aussi, jusqu’à lundi matin, les activités pédagogiques qui devaient se dérouler au Centre de Longueuil et au Centre de Granby.N’abusons pas du 911 Le Centre d’urgence 911 de la CUM demande à la population de Tile de n’utiliser ce numéro que pour signaler des situations où la vie, la santé ou la sécurité des citoyens est en danger.La direction du Centre tient à faire savoir aux citoyens que le grand nombre de chutes de branches d’arbres sur les fils électriques que connaît actuellement la région de Montréal est parfaitement connu des services publics et que tout est fait pour remédier à la situation.Plusieurs citoyens utilisent le 911 pour signaler des ennuis liés à des pannes de courant ou autres, ce qui engorge inutilement les lignes téléphoniques et relègue au second plan des appels plus urgents.Ordures: service au ralenti la Ville de Montréal avise la population que la collecte des ordures ménagères et des matières recyclables risque d’être perturbée en raison des conditions climatiques difficiles que nous connaissons.Ces collectes auront tout de même lieu, dans la mesure du possible, dans les rues et les artères où les camions-tasseurs peuvent circuler normalement et en toute sécurité, sans nuire aux opérations d’urgence mises en place dans la métropole.L’impôt fermé Revenu Canada désire aviser la population et ses employés que les bureaux des Services fiscaux de la région métropolitaine de Montréal (Montréal, Uival et Montérégie) de même que celui de l'Outaouais sont fermés jusqu’au lundi 12 janvier.Par ailleurs, les services essentiels des douanes sont assurés.Succursales de la BNC fermées En raison des pannes d’électricité, plusieurs succursales de la Banque Nationale du Canada sont fermées dans les régions du Québec les plus affectées par la mauvaise température.La Banque Nationale recommande à ses clients de communiquer avec Je service TELNAT pour vérifier si leur succursale de service habituelle est ouverte avant de s’y rendre.Ix>s représentants de TELNAT pourront également fournir l’adresse du point de service ouvert le plus près.Le numéro de téléphone à composer pour la région de Montréal est le 394-5555.Le numéro à composer pour l’extérieur de Montréal est le 1-888-TELNAT-l.i t * t JH I I) K V (Mil.I.K V K X I) U K I) I II .1 A N V I K II I !) !» S A A QUEBEC DANS LE VERGLAS Les assureurs n’ont même plus le temps de faire leurs comptes.mais ça va coûter des millions SERGE TRUFFAUT LE DEVOIR Il faudra encore plusieurs jours avant que les assureurs ne soient en mesure de quantifier avec exactitude les dommages causés par la pluie verglaçante.Tout ce que l’on sait pour l'instant, c’est que la somme des déboires se conjuguera en millions et non en milliers de dollars.Pour ce qui est du nombre de demandes d’indemnités déposées auprès des différents assureurs, là également, il est impossible d’en communiquer le total.Ainsi que Ta précisé Claude Lapointe, du Bureau d’assurance du Canada (BAC), «les assureurs sont tellement occupés à répondre aux urgences qu’ils n’ont pas eu le temps défaire un inventaire des dommages».Toujours est-il que les dommages causés par les chutes de branches, lorsque ce n’étaient pas des troncs d’arbres, dépassent de loin, en nombre évidemment, les autres types de dommages comme, par exemple, les inondations.Lorsque la chute d’une branche ou d’un tronc provoque des dégâts au toit de votre demeure ou à celle de votre voisin, le contrat de base qui vous lie à votre assureur couvre l’étendue des problèmes.Si une branche ou un tronc d’arbre s'affaisse sur votre véhicule, les dommages seront couverts selon la franchise, a expliqué M.Lapointe.Autre cas de figure: évacuation du logement.Si on vous ordonne d'évacuer votre demeure, l’assurance couvrira les coûts de subsistance, soit les frais de repas et d’hébergement, si votre police est une police dite de formule étendue ou formule tous risques.Et ce, pour une période pouvant aller jusqu’à quinze jours.Pour ce qui est de la perte des aliments disposés dans le congélateur, tous les contrats de base prévoient un remboursement pouvant aller jusqu’à 1000 $ si preuve est faite que l’interruption est d’origine externe.S’il y a bris d’appareils électriques dans la foulée d’une surcharge énergétique lors du rebranchement de courant, les compagnies ne remboursent pas, à moins que cette surcharge cause un incendie ou une explosion.Supposons maintenant que la panne d’électricité se poursuive encore plusieurs jours et que la température baisse, baisse, baisse, jusqu’à provoquer un bris des conduits d’eau.L’assurance couvrira les coûts s’il est prouvé que les lieux ont été inoccupés pendant quatre jours.Cela étant, le porte-parole du BAC suggère aux gens de couper l’entrée principale d’eau et d’ouvrir tous les robinets.Bref, de faire le vide.Autre conseil, laisser un mince fdet d'eau s’écouler constamment dans les divers lavabos.A ce propos, M.Iapointe a précisé qu’il fallait faire preuve de vigilance à partir du moment où la température extérieure atteint les -3 ou -4 °C.Lorsqu’il fait zéro dehors, il n’y a guère de danger que les tuyaux éclatent.Encore une fois, il est conseillé de communiquer avec son courtier d’assurances.m y * Petit vent de panique sur Montréal RDI a lancé la rumeur d'un black-out complet sur la métropole PAUL CAUCHON LE DEVOIR Les branches qui tombent, les fils dangereux et le verglas dans les vitres., auto dans les zones sinistrées.JACQUES GRENIER LE DEVOIR il n’est pas facile de circuler en Deux hôpitaux en situation précaire Les urgences sont débordées dans la région de Montréal ISABELLE PARE LE DEVOIR Si les hôpitaux de la métropole s’en tirent avec l’engorgement de quelques urgences, la situation demeure précaire en Montérégie, notamment à l’hôpital Honoré-Mercier de Saint-Hyacinthe et à l’Hôpital général de Granby, où l’on fonctionne depuis hier à l’aide de génératrices.La panne qui frappe de plein fouet la Montérégie n’épargne pas les hôpitaux, et dans le secteur de la Yamas-ka, c’est à l’aide de génératrices qu’on a dû répondre hier aux besoins de santé de la population.Depuis plus de 24 heures, l’hôpital Honoré-Mercier de Saint-Hyacinthe maintient au minimum ses activités à l’aide de deux génératrices, qui ont d’ailleurs donné la frousse à tout le personnel durant quelques minutes mercredi soir.«Tout le monde est sur le qui-vive.On a eu un black-out total dans l’hôpital pendant 30 secondes.Des patients des soins intensifs branchés sur des respirateurs ont dû être ventilés à la main par notre personnel», a raconté hier le Dr Gilles Brien, directeur des services professionnels et hospitaliers de cet hôpital, où l’urgence ne dérougit pas depuis trois jours.Environ dix patients y sont toujours branchés à des respirateurs à l’unité des soins inténsifs.L’hôpital n’assure que les services essentiels et toutes les chirurgies électives et les rendez-vous aux cliniques externes ont été suspendus.L’alimentation électrique de dernier recours suffit à peine à faire fonctionner les appareils médicaux et le bloc opératoire de l’urgence, où le chauffage et l’éclairage sont à leur minimum.L’hôpital Honoré-Mercier a dû rouvrir 20 lits hier et 10 avant-hier.Au plus fort de la crise, quelque 55 patients, surtout des personnes âgées affectées de problèmes cardiaques et respiratoires, s’entassaient à l’urgence.«On est complètement saturés.Nous avons dû obtenir la permission de rappeler des infirmières et du personnel qui étaient partis à la retraite pour répondre à la demande», a insisté le D' Brien.Seules les opérations urgentes, dont une césarienne, ont été réalisées hier.Certains appareils, dont le CT-Scan, n’étaient pas fonctionnels.Le pavillon Hôtel-Dieu a accueilli hier 230 personnes âgées transférées de centres d’hébergement privés d’électricité et 88 patients psychiatriques provenant de familles d’accueil ou d’appartements supervisés.Hier soir, des médecins et du personnel ont été hébergés à l’hôpital pour assurer une pleine disponibilité.üi situation était tout aussi précaire à l’Hôpital général de Granby, alimenté depuis hier matin par une seule génératrice et où l’on n’entrevoit pas de reprise du courant avant ce soir.Si la situation est sous contrôle à l’urgence, on faisait face à des délais importants pour traiter des fractures en raison de l’accès limité aux services de radiologie.Chaos à Charles-Lemoyne Une panne totale a aussi frappé durant trois heures l’hôpital Charles-Lemoyne, où la situation à l’urgence est chaotique depuis lundi.«Ça fait 48 heures que nous appliquons les mesures d’urgence.Il n’y a pas de relâche dans les ambulances.Tous les services non urgents sont annulés», a dit hier Jean Lafontaine, porte-parole de cet hôpital où 42 patients sont alités à l’urgence.L’essentiel de l’engorgement découle de l’impossibilité de donner congé à des patients, trop malades pour être retournés dans un foyer sans électricité ou dans des refuges communautaires municipaux.«n ne faudrait pas que ça dure.Plusieurs de nos employés travaillent 16 heures par jour, et une dizaine de spécialistes, que l’on ne peut joindre ni par téléphone ni par téléavertisseur, doivent coucher sur place», a précisé le I)’ Bruno Lussier, coordonnateur de l’urgence.A Montréal, la situation était moins catastrophique, hormis aux hôpitaux Maisonneuve-Rosemont, Sacré-Cœur et Lakeshore, où les urgences demeurent engorgées avec respectivement 73, 61 et 59 patients sur civière.L’hôpital Lakeshore, privé d’électricité pendant près de 12 heures, a aussi dû recourir à une génératrice jusqu’à llh30 hier matin.L’hôpital a traité une quinzaine de cas d’intoxication liés à des systèmes de chauffage d’ai> point et plusieurs patients affectés de problèmes respiratoires.«Nous avons dû aménager 15 civières dans la salle du conseil d'administration.Nous pressons les gens de ne pas se rendre à l’urgence, à moins d’être très malades», a dit hier le directeur de cet hôpital.Gilles Lanteigne.Sur Tile de Montréal, le nombre d’ambulances d’Urgence-Santé sur la route, qui a réalisé 15 % de plus de transports hier, avec 400 déplacements, a été augmenté.Info-Santé a aussi noté 20 % de plus d’appels dans les CLSC.Par ailleurs, quelque 320 personnes nécessitant des appareils médicaux électriques, tels des concenfrateurs d’oxygène, ont été relocalisées avec l’aide des CLSC dans différents centres d’hébergement à travers la métropole.Sur la rive sud, 27 résidants du centre d’hébergement Notre-Dame-de-la-Prairie, évacués tôt hier en raison d’un problème de génératrice, ont pu réintégrer cette résidence.Des hôpitaux, dont ceux de Lakeshore et de Saint-Mary’s, ont par ailleurs ouvert les portes de leur café téria à la population privée d’électricité, qui peut y casser la croûte aux heures de repas.La nature est déchaînée, les médias sont sur la brèche, et comme si ce n’était pas assez, RDI a causé un vent de panique, hier à Montréal, en annonçant que Tile de Montréal allait vivre un black-out complet à 15h.A 13h, le Réseau de l’information, qui offre une couverture intensive des événements autour de la tempête de verglas, annonçait qu’à 15h, le courant allait être coupé partout à Montréal [jour permettre à Hydro-Québec de rééquilibrer le réseau.Cette nouvelle s’est répandue comme une traînée de poudre.Selon les témoignages recueillis hier par plusieurs journalistes du Devoir, en moins de 15 minutes, des édifices à bureaux du centre-ville de Montréal se vidaient de leurs travailleurs, les CLSC étaient débordés d’appels, particulièrement de personnes âgées inquiètes, et dans certains magasins, des consommateurs créaient des files d’attente pour s’approvisionner en chandelles.Un train de banlieue a été pris d’assaut à 14h30.Iœ standard téléphonique d’Hydro-Québec est passé près de sauter devant l’engorgement des appels.Petit problème: Hydro-Québec soutient n’avoir jamais envisagé une telle hypothèse et a immédiatement émis un communiqué sur les fils de presse pour rectifier le tir.RDI a dû revenir sur son information vers 14h, et lors de la diffusion d’une conférence de presse conjointe avec les porte-parole de la Sécurité civile sur les ondes mêmes de RDI, un représentant d’Hydro-Québec a laissé tomber qu’«ow essaie de réalimenter les clients, pas de créer des pannes!» «C'a été une erreur de sortir ça à 13h, nous avions un ensemble d’éléments, mais nous avons commencé à douter», avouait en fin d’après-midi le jxjrte-pa-role officiel de RDI, Robert Nadeau.Il semble que l’information de RDI provenait du service d’ingénierie de Radio-Canada, et on peut présumer, sans pouvoir le prouver pour le moment, que quelqu’un à Hydro-Québec avait peut-être joint les ingénieurs de Radio-Canada pour vérifier les procédures dans l’hypothèse où il faudrait procéder à du délestage, les médias électroniques étant placés assez haut dans la liste des services essentiels à Hydro-Québec.En ces heures folles où une partie du Québec est plongée dans le noir et la désolation, ce dérapage illustre quand même l’impact prodigieux de RDI.et la responsabilité qui lui échoit quand il s’agit de diffuser une information d’importance.Tous les médias sont à l’écoute d’une situation grave, et on souhaite surtout qu’ils ne paniquent pas.Or, Malgré les nombreuses pannes, Hydro n’a jamais envisagé de black-out à Montréal.mercredi soir au Téléjournal, on craignait presque que Bernard Derome ne soit plus capable de parler.Installé dans la noirceur à Notre-Dame-de-Grâce, dehors sous le verglas qui tombait, arborant un chapeau inusité, Bernard Derome a ouvert Le Télé-journal d’un ton gravissime.Surdramatisation?Le président d’Hydro-Québec était en direct, il ne cachait pas que la situation était grave, que les jours qui viennent seront difficiles, il donnait l’heure juste avec sobriété mais franchise, mais le présentateur-vedette de Radio-Canada sentait le besoin d’en remettre: «Vous avez entendu?C'est grave, c'est très grave, le pire est à venir.» Ce sont les joies du direct.Plus moyen de cacher son énervement Mais soyons justes: depuis 48 heures, tous les médias électroniques font un intense travail d’information, offrant émissions spéciales sur émissions spéciales, assorties de conseils en tout genre, s’assurant que les mesures d’urgence sont bien mises en place, s’installant dans les refuges pour les citoyens sans électricité, nous racontant de multiples témoignages de solidarité humaine.Le paradoxe vient de ce qu’une bonne partie du Québec n’a même pas accès à ces images.Malgré toutes nos bébelles électroniques, personne n’a inventé la télévision à piles.La radio essentielle C’est pourquoi, pour des centaines de milliers de citoyens depuis mardi, le lieu véritable de rassemblement demeure la radio.La radio négligée, toujours moins flamboyante que la télévision, mais cette radio si essentielle qui retrouve cette semaine toute sa puissance, véritable cordon ombilical qui relie les citoyens grelottants dans le noir, la radio qui ouvre ses ondes à toutes les expressions individuelles.Mercredi soir, hier toute la journée, sur les ondes de la radio de Radio-Canada, mais aussi de CKAC et des autres stations, les citoyens appelaient, racontaient leurs histoires, partageant leurs expériences avec les w r o\° C0' «% Ô* w c,fr' lWS de bfliT1 en démonstratif faut voir.£ Ob' * m la boutique de plomberie DÉCORATION 25 ivciUK* cl 04(1 Ouest.Sl-Eusluchc • lél: 473-H492 • Internet : \vw\v.r2l>.i.'.-A ,\ , V> \ W ,V TA v\> Andi.Dug® hÎÏÏ*m—~* HI LM Edmçsî logique5 Les verbes logiques André Dugas et Hubert Manseau 248 pages Les Éditions LOGIQUES Distribution exclusive : LOGIDISQUE 1225, me de Condé Montréal (Québec) H3K 2E4 Tél.: 933-2225 Fax : 933-2182 logique@cam.org http://www.logique.com Comment faire beaucoup pour mon enfant de 0 à 5 ans Lucille Bouffard avec la collaboration de Marie Poirier 128 pages, 8,95 S Vous êtes parent et vous désirez donner à votre enfant tout ce dont il a besoin pour qu'il se développe harmonieusement.Cependant, votre réalité se résume à une course folle contre la montre.Vous avez tant à faire et vous disposez de si peu de temps.Comment conjuguer votre rôle de parent et les besoins de votre enfant sans vous essouffler ni vous surcharger de travail?Une solution consiste à exploiter, au profit de votre enfant, les gestes de tous les jours et à intégrer votre petit, lorsque possible, à vos activités quotidiennes.Que ce soit en faisant la lessive ou le marché, vous découvrirez les trésors que recèlent ces activités journalières et vous apprendrez à les exploiter pour le bien-être de votre enfant.Elles deviendront une source de plaisir et de créativité pour vous deux.m EDITIONS K PENSEE me 4243, rue Beaubien Est, bureau 1 Montréal (Québec) H1T 1S5 Téléphone: (514) 593-1144 Sans frais: l 800 667-5442 Télécopieur: (514) 593-6380 Adresse Internet: http://www.lidec.qc.co DBBnBfl nBHBHHHHWMHE A 4 I.K l> K V u | lî .i.!•; V K X l> Il K I) I !> .1 A X V I K II I !) K \' (I I It .I.K \' K X I) It K I) I !» .1 A \ V I K It I !» !t 8 A II IDEES Place à la conciliation Au Prenons lendemain d’un débrayage au CHUM le temps requis pour permettre à chacun de se recentrer sur les usagers CLAUDE BENJAMIN Président du Comité des usagers du Centre hospitalier universitaire de Montréal (CHUM) epuis sa mise sur pied, le Comité des usagers du CHUM s’est attaché à suivre de près les conditions dans lesquelles sont placés les usagers de ce centre hospitalier.Ces conditions résultent en large partie des décisions qui sont prises par les autorités du CHUM et de celles prises par les divers corps constitués de cet établissement: syndicats, instances professionnelles, divers groupes et associations.Force est de reconnaître que la création du CHUM n’a pas joui et ne jouit toujours pas du meilleur contexte possible.Fn effet, cette création se fait dans un contexte de compressions budgétaires fort importantes et de réorganisation majeure des services de santé au Québec.Cela entraîne des réorganisations de services, des modifications aux conditions de travail de ceux et celles qui œuvrent tous les jours auprès des patients, de nouveaux rapports entre les différents établissements, tels les hôpitaux et les CLSC, d’apprentissages à œuvrer différemment (virage ambulatoire, chirurgies d’un jour, médecins appelés à se déplacer d’un pavillon à l’autre), etc.Dans tout ce brouhaha, il est difficile parfois de garder le cap sur ce qui importe le plus, c’est-à-dire soigner adéquatement le patient.Or le mandat principal du Comité des usagers du CHUM est de veiller au bien-être des patients en assistant ces derniers quand ils le requièrent et en donnant, à l’occasion, des avis à tous les intéressés sur ce qui doit être fait pour que les usagers du CHUM y soient bien accueillis et traités.Malgré le brouhaha évoqué plus haut, nous avons cru percevoir une attention indéfectible des divers intervenants qui sont appelés, à un titre ou un autre, à soigner les usagers du CHUM.Tout n’est pas parfait.Il n’en demeure pas moins que les soignants dans l’ensemble ont redoublé d’efforts jusqu'à maintenant pour bien faire ce qui doit être fait.Il faudra dans les mois qui viennent être très attentif pour leur permettre de continuer à donner de bons services, voire à les améliorer.Il faudra p;ir exemple veiller à résoudre le conflit qui se dessine quant au rôle des infirmières et celui réservé aux infirmières auxiliaires.Ces deux groupes nous semblent être à couteaux tirés.Pour s’en convaincre, il suffisait d'être présent à la dernière séance du conseil d’administration du CHUM.Nous voulons aussi insister sur la nécessité |xmr tous et chacun d’examiner avec soin les conditions qui devront être assurées pour permettre le virage ambulatoire, notamment au pavillon Hôtel-Dieu, et la meilleure organisation possible des soins de courte et de longue durée aux pavillons Notre-Dame et Saint-Luc.Nous observons par ailleurs, depuis quelque temps, que ceux et celles qui travaillent au CHUM dans des fonctions qui n’ont pas directement pour objectif de soigner les patients du CHUM exercent ces fonctions dans un climat qui est empreint d’agressivité, de colère, de méfiance, d’essoufflement, bref, de profond mécontentement.La marmite a commencé à exploser.Cela a conduit à des débrayages inacceptables.Nous souhaitons que l’on fasse place maintenant à la conciliation et à la recherche du calme et de la paix.C’est pourquoi nous voulons inviter toutes les parties concernées à revoir leurs positions et à convenir de nouvelles modalités de fonctionnement.Priorité aux usagers La désorganisation, le tumulte, ne peuvent permettre de donner des soins de qualité aux usagers du CHUM.L’administration de cet hôpital ne parviendra pas à assurer une gestion saine en cherchant à tout faire en même temps.là où il y a des humains, il faut permettre au temps de jouer son rôle.Ijcs syndicats, quant à eux, ne gagneront rien à vouloir mêler toutes les questions.Nous sommes convaincus que demander à tous et chacun de virer à 180 degrés ne pourra résulter qu’en des collisions qui ne pourront que desservir les usagers.Déjà, le CHUM a perdu des collaborateurs de première qualité lors des derniers départs massifs de personnel.Iœs soignants actuels, quant à eux, ne s’y retrouvent pas toujours dans les réorganisations de services qui ont lieu ou qu’on leur laisse entrevoir.U‘s autres employés sont désemparés et en colère et sont convaincus qu’ils ne sont pas entendus.L’ad-ministration, qu;int à elle, se voit accorder par le ministère de la Santé et la Régie régionale des moyens qui ne sont pas ceux dont on bénéficie habituellement pour créer et développer, ce à quoi est appelé le CHUM s’il veut réaliser sa mission.Une nouvelle pédagogie s’impose.File ne peut être faite d’affrontements qui ne permettent pas que les services de soins nécessaires soient rendus.Prenons le temps requis pour permettre à chacun de se recentrer sur les usagers du CHUM.Il faut que le respect se manifeste entre les divers intervenants et plus particulièrement à l’égard des patients de cet hôpital que nous avons véritablement commencé à mettre sur pied le 16 décembre dernier.Demander à tous et chacun de virer à 180 degrés ne pourra résulter qu’en des collisions qui ne pourront que desservir les usagers ë-llillil i iiUlëil » XV.X » : > - ¦ —- ¦» ?V L L’Hôtel-Dieu de Montréal, une des trois principales composantes du CHUM.JACQUES NADEAU LE DEVOIR La sécession du Québec et la Cour suprême du Canada Deux légitimités s’affrontent Coincée entre deux exigences de légitimité opposées, la Cour suprême saura-t-elle s’élever au niveau voulu pour surmonter son atavisme anglo-canadien ?JACQUES-YVAN MORIN Professeur émérite de droit public à l’Université de Montréal Dernier texte d’une série de cinq r evenons à la première question posée à la R cour par le gouvernement fédéral: le Québec a-t-il le droit, en vertu de la Constitution canadienne, de procéder unilatéralement à faire sécession?Malgré l'habillage juridique et judi-I1-.ciaire que pourrait lui donner la cour, une réponse négative reviendrait à priver les Québécois de leur droit de disposer d’eux-mêmes.En effet, ce droit ne pourrait plus être exercé qu’à la suite d’une entente bilatérale avec Ottawa ou multilatérale avec l’ensemble des provinces.Il existe une différence essentielle entre, d’une part, négocier le droit d’autodétermination lui-même et, d’autre part, traiter des modalités de l’accession à l’indépendance politique après l’exercice de ce droit.Le, Québec a offert de négocier sa sortie de l'État fédéral ainsi qu’une nouvelle association ou union économique mais ne saurait renoncer à son droit d'autodétermination sans s'autodétruire politiquement en tant que peuple.Du rapatriement de 1982 aux Accords de Charlottetown en passant par le lac Meech, il a appris durement que, même à l’intérieur du régime existant, aucun compromis politique n’est acceptable à la majorité anglo-canadienne.Prisonniers de cette majorité, les acteurs politiques se montrent depuis quinze ans incapables de renouveler le régime fédéral.A plus forte raison en serait-il de même si le Québec acceptait de négocier son droit de libre disposition, seul moyen de sortir du système ou même d'en obtenir le moindre renouvellement.Aussi la Cour suprême, qui a déjà beaucoup contribué à l’éloignement progressif du Québec, est-elle à la croisée des chemins: ou bien elle continue de se plier aux exigences de l’opinion anglophone majoritaire et fait le pari qu’une décision conforme à la légalité, telle que le Canada anglais la conçoit, ne viendra pas accélérer la crise politique, ou bien elle tente d’éviter ce risque en faisant appel à des principes constitutionnels qui lui permettent d’accéder à une forme supérieure de légalité, échappant ainsi en quelque sorte à sa naissance et à sa nature mêmes; ou bien encore elle cherche à se frayer un che-mip malaisé entre ces deux attitudes.A l’époque où la Constitution formelle ne contenait aucune disposition sur les libertés publiques, la cour avait cherché dans une constitution plus large, non écrite, les principes propres à protéger les droits fondamentaux.Cette jurisprudence, dite de la «déclaration des droits implicite» («implied bill of rights»), est apparue dans un renvoi de 1938 sur la liberté de la presse en Alberta et a connu tout récemment une résurgence prémonitoire dans le renvoi sur la rémunération des juges des cours provinciales (18 septembre 1997).Les libertés fondamentales «implicites» Depuis les années 30, le législateur a tenté à diverses reprises de limiter les libertés de presse, d’expression et de religion.Or rien dans le British North America Act ne mettait ces libertés explicitement à l’abri de restrictions imposées par la loi.Confrontée à ce mutisme constitutionnel, la cour a élaboré depuis 1938, dans une série de renvois et d’arrêts, des règles «non écrites» qu’elle a empruntées à la Constitution (également non formelle) du Royaume-Uni.Ces règles, considérées par la cour comme fondamentales et obligatoires, protégeaient les libertés d'expression et de discussion à l’encontre du Parlement fédéral lui-même (obiter dictum du juge Abbott dans l’arrêt Switzman de 1957).La source s’en serait trouvée dans le préambule du BNA Act de 1867, dans lequel les constituants de l’époque avaient déclaré vouloir établir une constitution «reposant sur les mêmes principes que celle du Royaume-Uni».Comme les libertés publiques y étaient déjà reconnues en 1867, cette jurisprudence en a déduit qu’elles ont été en quelque sorte transposées dans la Constitution canadienne.Cette démarche montre à quel point la cour s’est sentie libre de faire appel à des principes supérieurs non écrits, lesquels, pour comble, n’existent même pas en tant que normes constitutionnelles au Royaume-Uni puisque le principe de la souveraineté du Parlement autorise celui-ci à restreindre les libertés lorsqu’il le juge nécessaire.C’est d’ailleurs ce qu’avait constaté le juge Beetz dans l’arrêt Dupond (1978), et plusieurs auteurs estimaient depuis lors que la doctrine des libertés implicites avait vécu.Le renvoi sur la rémunération des juges provinciaux C’était compter sans les lacunes qui subsistent, malgré la Charte adoptée en 1982, dans la panoplie des garanties de protection des libertés et de l’État de droit.Le cas vient de se présenter: les lois constitutionnelles existantes, qui donnent à tout inculpé le droit à un procès devant «un tribunal indépendant et impartial» et assurent aux juges payés par le gouvernement fédéral l’inamovibilité «durant bonne conduite», ne s’appliquent pas expressément aux juges des cours provinciales.Aussi certains gouvernements provinciaux ont-ils interrogé les tribunaux: les traitements de leurs juges pouvaient-ils être réduits, haussés ou bloqués dans le cadre des restrictions budgétaires?La cour, constatant que la Constitution écrite ne protège pas «de façon exhaustive et définitive» l’indépendance de la magistrature, fait appel aux principes non écrits tirés du droit britannique et incorporés au droit canadien.la garantie de l’indépendance des juges fait partie d’un «ensemble plus profond» de règles qui sous-ten-dent et complètent les textes constitutionnels.Certes, le préambule de 1867, contrairement aux articles proprement dits, n’a aucune force exécutoire, mais «il reconnaît et confirme les principes fondamentaux qui sont la source même» des lois constitutionnelles.Et la cour de s’appuyer sur la jurisprudence des droits implicites, mentionnée plus haut, pour conclure que ces «principes structurels» permettent de combler les lacunes du droit positif.Si la cour peut de la sorte avoir recours à des principes structurels ou fondamentaux dont elle détecte librement la présence sous les règles écrites ou dans leurs interstices, il reste à savoir auxquelles de ces normes supérieures elle peut se référer pour répondre à la première question du renvoi sur la sécession du Québec.Cette technique d’interprétation lui laisse une marge de manœuvre qui lui permet d’aller dans toutes les directions et leur contraire, à la discrétion des juges.Où mènent les «principes sous-jacents non écrits»?Fn effet, les normes fondamentales auxquelles elle a eu recours jusqu’ici comprennent la démocratie constitutionnelle et les libertés qui en découlent, mais également le principe d’unité qui ressort du «désir» des provinces fondatrices de «s'unir en fédération pour former un seul et même dominion» (préambule de 1867), de même que la primauté du droit, qui figure également dans le texte de 1982, mais aussi la «préservation de la structure fondamentale» des institutions politiques, qui constitue un «impératif constitutionnel» (paragraphe 108 du renvoi sur l’indépendance des juges).Lesquels de ces principes à tout faire la cour pourrait-elle être tentée d'invoquer pour traiter de la dimension constitutionnelle de la sécession du Québec?Nous retrouvons ici le choix qui s’impose à la cour en droit international: le droit d’autodétermination,est-il celui de l’Occident ou celui que nient beaucoup d’Etats du Tiers-Monde?Si, d’une part, elle faisait appel au principe démocratique, il lui serait sans doute difficile d’aboutir au résultat voulant que le peuple québécois peut être retenu prisonnier par le Canada.La primauté du droit dicterait alors à la cour, comme dans le renvoi relatif aux droits linguistiques au Manitoba (1985), le souci de faire en sorte que la sécession s’effectue sans rupture intempestive de la continuité de l’ordre juridique: elle recommanderait alors aux gouvernements intéressés de négocier, après le référendum, la transition de l’ancien régime au nouveau.Il lui faudrait cependant soigneusement préparer la population anglo-canadienne, par une pédagogie appropriée et l’utilisation intelligente des médias (les audiences seront télévisées), à accepter des réponses «politiquement incorrectes» aux yeux de la majorité.Si, au contraire, la cour pensait devoir s’en tenir à la légalité de domination qui l’a engendrée, elle se rabattrait plutôt sur le principe à’«un seul et même dominion», rappelé ces dernières années par le juge LaFo-rest dans les arrêts Morguard (1990) et Hunt (1993), renforcé par «l'impératif» de la préservation des institutions politiques.Elle conclurait alors que le Québec ne peut procéder à une sécession qui mettrait en danger l’unité canadienne, et quoi qu’en dise le droit international, la suprématie du droit interne scellerait le sort du Québec, du moins à ses yeux.La cour pourrait estimer que ce choix, tout aussi discrétionnaire que son contraire, serait davantage propre à sauvegarder sa légitimité aux yeux du pays majoritaire dont elle ne serait, après tout, qu'un rouage.Coincée entre deux exigences de légitimité opposées, la Cour suprême saura-t-elle s’élever au niveau voulu pour surmonter son atavisme anglo-canadien et puiser dans l’héritage occidental les éléments d’une conci'iation des peuples en présence?(A suivre.après la décision de la Cour) Le Québec a offert de négocier sa sortie de l’État fédéral ainsi qu’une nouvelle association mais ne saurait renoncer à son droit d’autodétermination sans s’autodétruire politiquement en tant que peuple Si la Cour suprême faisait appel au principe démocratique, il lui serait sans doute difficile d’aboutir au résultat voulant que le peuple québécois peut être retenu prisonnier par le Canada 1.’ É Q u I I* E I) u DEVOIR IA RÉDACTION Journalistes A l’information générale et métropolitaine : Louis lit pierre (adjoint au directeur de l'information), Sylvain Blanchard, Jean Chartier (régions), Paule des Rivières (éducation), Jean Dion, Lmis-Gilles Francœur (environnement), Kathleen Lévesque (actualités politiques municipales), Caroline Montpetit, Brian Myles (politique municipale), Isabelle l’are (santé), Jean Pichette (justice), Clément Trudel (relations de travail), Serge Truffant (questions urbaines) ; Michel Garneau (caricaturiste) : Diane Précourt (pages éditoriales, responsable des pages thématiques) ; Martin Duclos et Christine Dumazet (relecteurs) ; Jacques Grenier et Jacques Nadeau (photographes) ; A l’information culturelle : Michel Bélair (responsable), Stéphane Baillargcon (arts visuels et théâtre), Paul Cauchon (médias), Marie-Andrée Chouinard (livres et politiques culturelles), I-nuise Leduc (musique), Jean-Pierre Legault, Odile Tremblay (cinéma) : A l’information économique : Gérard Bérubé (adjoint au directeur de l'information), Robert Dutrisac, Benoit Monger, François Normand.Claude Turcotte ; A l’information internationale : Jocelyn Coulon (adjoint au directeur de l'information), Guy Taillefer (éditorialiste), Claude Lévesque ; A l’information politique : Pierre O’Neill, Manon Cornellier (correspondante parlementaire à Ottawa), Mario Cloutier et Gilles I-esage (correspondants parlementaires à Québec), Michel Venne (correspondant parlementaire et éditorialiste à Québec) 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(responsable).Evelyne Labonté (responsable à la promotion des abonnements), Manon Blanchette- Turcotte, Monique LT leureux, list' Lachapelle, Rachelle Leclerc-Venne.L’ADMINISTRATION Yves Bouthiette (contrôleur), Nicole Carmel (responsable des sendees comptables), Jeanne-d’Arc Houde (secrétaire à la direction) ¦ Céline Furoy.Ghislaine Lilleur.Nathalie Perrier, Danielle Ponton, Danielle Ross.IA FONDATION DU DEVOIR Marcel Couture (président), Roger Boisvert (vice-président exécutif et directeur général).V l r A 12 I' K I) K V It I It , I.!•: v !¦; X I) It !•: I) I
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