Le devoir, 10 octobre 1998, Cahier D
I.K I) K V OIK.I.K S S A M K DI 10 K T D I M A X < Il H II 0 0 T 0 K K K I II II S ?LE DEVOIR ?11 Lettres québécoises Page D 3 Essais québécois Page D 6 Le feuilleton Page D 5 ?Ann Hamilton Page D 9 Formes Page D 10 Ml n » Vv T Les écorchés de la littérature La jeunesse a mal, se plaît-on à répéter à qui mieux mieux.Sur ces jeunes de la rue, écorchés de la société, d’innombrables paires d’yeux penchées en train d’essayer de panser les plaies à coups de regards aiguisés.Miroir social, ici sans équivoque, la littérature québécoise peint un tableau de ces laissés-pour-compte.Et à chaque éditeur son écorché vif! Hop! MARIE- AN I)RÉE CHOUINARD LE DEVOIR L’édition québécoise, on le sait, n’est pas en mal de production.Si les éditeurs publient en moins grande quantité d’exemplaires, ils n’ont certes pas réduit le nombre de titres lancés dans la jungle littéraire, au contraire.Certaines maisons, longtemps hésitantes à propulser de nouveaux talents — en comparaison avec d’autres, plus jeunes, qui s’en faisaient au contraire une fierté et un devoir —, braquent davantage le faisceau sur les premiers romans.De ces voix nouvelles, plus jeunes, perce un cri d’alarme, dirigé semble-t-il à l’attention de lecteurs un peu moins jeunes mais peut-être trop insensibles à la réalité des mal-aimés.Et c’est presque devenu une blague: dans l’envoi régulier des nouveaux titres de l’automne, lequel portera la voix d’un «écorché de la vie»?Qu’on nous comprehne bien: la tendance, par définition, enlève beaucoup à la fibre d’originalité toujours recherchée ces temps-ci, mais ne ferme cependant pas la porte aux coups de cœur.A preuve: l’an dernier, Les Beaux Survivants (Lanctôt), écrit par Emmanuelle Turgeon, et puis, plus récemment l’histoire, de Maxime-Olivier Moutier, racontée dans Marie-Hélène au mois de mars (Tryptique).Turgeon, Moutier: deux âmes errantes ayant goûté aux profondeurs du précipice pour mieux refaire surface.L’écriture, l’authenticité mêlée à la fiction, l’absence de clichés et la simplicité d’une histoire vraie racontée sans un flot de détails embarrassants avaient contribué à en faire des histoires.belles.Cruauté et vilenie En vrac, quelques-unes de ces histoires de jeunes reflétant bien — et pardonnez l’usage du cliché — les maux de la société.Aux Intouchables, justement l’une de ces jeunes maisons — cinq ans cette année — qui a toujours allègrement tendu la plume aux jeunes voix, Eric Simard écrit Martel en tête, une centaine de pages d’une cruauté et d’une vilenie quasi innommables.Le coup étonne, mais porte.Une femme se raconte, de la naissance jusqu’à son dernier souffle.Pour chaque année de sa vie, elle se dévoile un brin (quelques paragraphes, à peine quelques pages), allant donc tout droit à l’essentiel, in\-médiatement à la blessure vive.A deux ans, après avoir déjà évoqué les blessures laissées par la violence d’une mère incapable de manier les épingles de la couche sans piquer VOIR PAGE D 2: ÉCORCHÉS HUE Une vingtaine de grosses têtes et de belles plumes tirent le portrait de la grande famille de la philosophie au Canada français en général et au Québec ep particulier.Bilan?Ce secteur mé-1# haute culture se révèle pas moins-Üynàmiqùe que celui des arts de la scène, avec ses grandes vedettes internationales^ son étpnnante créativité, «son développement à;#e point soudain et accéléré qu’il a peu de pargUèles ailiers dans le morçde».' ! K ¦> ., -, ' vU.V, .'• f w mf.ST E P 11 A N E H A I L LA R G E O N LE DEVOIR là philosophie est un pou comme le temps: on sait ce que c’est tant qu’on n'a pas à s’expliquer.Même les lexico graphes en perdent leur latin de grand messe.LJ temps a été défini comme cc milieu.’ «indéfini où paraissent se dérou 1er irréversiblement les existences dans leur changement les événements et les phénomène dans leur succession».La phi losophie, elle, est entre autres choses présentée comme cette connaissance «envisageant les problèmes à leur plus haut degré de généralité Vaste et large et complexe sujet.Alors mieux vaut laisser l’ombre pour la proie.Se retourner vers la philosophie qui se fait, qui se dit, qui s’explique elle-même.Et c’est exactement ce que propose le tout nouveau, tout beau bouquin La Pensée philosophique d'expression française au Canada, publié sous la direction de Raymond Klibansky et Josia-ne Boulad-Ayoub, aux Presses de l’Université Laval.Un état du monde de la philosophie au Québec, donc.Cette synthèse a été imaginée dans la foulée de la parution de La Philosophie en Europe, un premier ouvrage-bilan publié chez Gallimard, en 1993, sous la direction de David Peal's et de ce même Raymond Klibansky.«Je pense qu'il est important de s'arrêter de temps en temps et de tracer des bilans», confiait le professeur au Devoir, alors qu’il dévoilait le plan de son nouvel ouvrage, en décembre 1995.Le doyen des philosophes canadiens, formé en Allemagne avant la triste période nazie, professeur émérite des universités McGill, Heidelberg et Oxford, coauteur du célé-brissime Saturne et la Mélancolie, fêtait alors son 90e anniversaire.«J'ai donc proposé de faire la même chose, mais pour ici, où il se fait de l’excellente philosophie, vous savez.» Indeed.L’ouvrage le prouve, en vingt chapitres traitant du développement de la phénoménologie, de la logique, de l’éthique ou des esthétiques depuis trente ou quarante ans.On peut même oser dire que ce nouvel état de la philo est plus intéressant et complet que son prestigieux modèle qui pouvait par exemple régler le cas de la philosophie belge ou suédoise en deux dizaines de pages, même si une bonne moitié de l’ouvrage européen était consacrée à de passionnantes coupes thématiques, des «coups de sonde» sur la possibilité d’une éthique universaliste ou les droits de l’homme d’un point de vue philosophique.«J’aurais trouvé ça “platte”, passez-moi l’expression, de se contenter d’une simple revue», dit la codirectrice de la nouvelle synthèse, la professeure de l’UQAM Josiane Boulad-Ayoub, infatigable battante, présidente de la société de philosophie du Québec et nouvelle titulaire de la çhaire de l’UNESCO sur le thème «Etat de droit: culture démocratique et transformations économiques et sociales».«Chacun de nos chapitres soutient et développe donc une thèse, poursuit-elle.Cela donne des textes à mi-chemin entre l’enquête sociologique et la position philosophique.» L’être-là du Canada Tout de même, le titre de la chose jette un peu l’effroi.Et il faut aussi compter sur ce sous-titre: Le rayonnement du Québec.C’est qu’une appellation toute simple et contrôlée — du genre La philo au Québec — aurait été injuste envers les collègues travaillant outre-frontière, à Ottawa par exemple, ou même carrémçnt à l'étranger, en France où aux Etats-Unis.Par contre, la référence à «l’expression française» est un peu réductrice, puisque bien des travaux cités ne sont pas parus dans la langue de Rousseau.«Au fond, ce qui a le plus retardé l'entreprise, ça a été de s’entendre sur le titre, ironise Mme Boulad-Ayoub.C'est finalement le professeur klibansky qui a eu ce coup de génie du sous-titre.L'idée a fait compromis et calmé les esprits.Et comme disait Descartes, l'important, c’est de s’entendre sur les concepts.» Cela dit, le projet initial a été un peu modifié.Un texte devant porter sur l'institutionalisation du secteur a par exemple été abandonné, faute d’espace — mais l’ouvrage fait déjà près de 700 pages bien tassées.Des collaborateurs émérites ont dû être remplacés, à commencer par Fernand Dumont, décédé pendant la réalisation, mais dont les travaux sont cités dans plusieurs sections — le professeur Klibansky lui rend d’ailleurs hommage dans son introduction.Au total, vingt grosses têtes ont pondu des textes, dont certaines mégastars de la discipline, comme Jean Grondin, de l’Université de Montréal, qui parle des «débuts de la philosophie allemande».Trois bonnes années ont tout de même été nécessaires pour façonner cette belle brique.Josiane Boulad-Ayoub, le pivot de cet ambitieux travail intellectuel, parle d’une «entreprise à la fois symbolique et matérielle».«Il a fallu que je ranime tout le temps le courage, que je ranime la flamme, confie-t-elle au téléphone, de sa voix rauque.Mais j’y croyais tellement.Je me suis entêtée.» Elle explique alors que son ordinateur et son bureau sont bourrés de lettres, par centaines VOIR PAGE D 2: PHILOSOPHIE ml Vous en avez?Vous en voulez plus?Vous le méprisez?Mais si l’argent était surtout cela : un objet.À commenter.À comprendre.^ ^ .Dans notre nun^éro d’octobre.BERTE 239 octobre 1998 136 pages 6$ Disponible dans toute bonne librairie + i i I.K I) K V (MR.I.K S S A M K DI III V.T I) I M A N (' Il K II OC T 0 I! I! K I !M) 8 I) 2 PHILOSOPHIE Les liens entre la pensée et «Vagir» IVRES »- ÉCORCHÉS A chaque éditeur son livre sur le temps de la jeunesse SUITE I)E LA PAGE 1) 1 et par centaines comptées.«Pour moi, c’est une espèce de miroir vivant, de représentation de la communauté philosophique par elle-même.J'y vois un ouvrage utile et significatif pour notre mémoire collective.» Un livre grand publie Le livre savant est d’ailleurs destiné à un large public cultivé, et la codirectrice a su éditer tous les textes pour les rendre facilement assimilables par quiconque veut faire le petit effort nécessaire.«Pour moi, il était primordial d'accoucher d’un livre accessible au grand public.Parce que la discipline philosophique a été tellement importante dans le renouveau du Québec depuis la Révolution tranquille, avec les sciences sociales évidemment.» La philo se révéle en fait tout à la fois un balcon d’observation de la société québécoise et un révélateur des tendances idéologiques de la société québécoise, un «lieu de l’homme d’ici», comme l’aurait peut-être dit Fernand Dumont.Ainsi, le chapitre de Mme Boulad-Ayoub elle-même (préparé avec Daniel Dumouchel), sur les études modernistes, montre que dans la foulée de la Révolution tranquille de jeunes chercheurs se sont tournés vers des auteurs du présent pour fonder leurs critiques de la tradition thomiste et qu’il a donc fallu attendre le début des années 80 pour que l’étude des auteurs des XVII' et XVIII' siècles prenne son essor.L’infatigable philosophe, spécialiste des idéologies, consacre un autre chapitre aux glorieuses recherches marxistes des militantes décennies 60 et 70.Les liens entre la pensée et «l’agir» ressortent dans bien d’autres domaines.Le dernier cha*pitre du bouquin, de Michel Seymour, rattaché à l’UdeM, est consacré aux intellectuels et à la question nationale.Il a centré son texte sur les concepts de «nation», de «peuple» et de «people», dont il classifie les définitions et les interprétations dans les travaux de six auteurs, des fédéralistes (le politologue Jean-Pierre Derriennic, le romancier Neil Bissondath et le philosophe Charles Taylor) et des souverainistes (le sociologue Fernand Dumont, l’anthropologue Claude Bariteau et le juriste Jacques Brassard).Un autre article, de Lukas Sosoe cette fois, lui aussi de l’UdeM, s’attaque de façon très critique au vaste champ des réflexions éthiques, dont il dénonce ultimement les travers trop souvent utilitaires et militants.Un autre encore, du professeur de l’Université Laval, Bjarne Mel-kevik, analyse le développement de la philosophie du droit et passe même en revue les discussions philosophiques suscitées par quelques décisions célèbres des tribunaux.La philosophie distincte En même temps, l’ensemble révèle à quel point l’ancienne «priest ridden MARTIN CHAMBERLAND LE DEVOIR Pour Josiane Boulad-Ayoub, «la discipline philosophique a été importante dans le renouveau du Québec depuis la Révolution tranquille».province», percluse de philosophie thomiste, est devenue une terre d’accueil de riches et multiples courants étrangers depuis les années 60.Encore une fois, ce coin de terre de l’Atlantique Nord se montre tout à la fois tourné vers l’Europe et l’Amérique.«Au fond, en philosophie comme en tant d'autres domaines, notre spécificité est là: nous sommes au croisement, au carrefour de la tradition anglo-saxonne et de la tradition continentale, commente la philosophe.Les penseurs d'ici s’approprient ces courants dans un mouvement de mimesis, d’imitation et d’originalité, dans un vaste processus de dialectique dynamique, d’exploitation, d'assimilation et de recréation.Le Québec se distingue tout en s’alimentant aux grands mouvements internationaux de la philosophie.Plusieurs lecteurs m’ont déjà dit qu’ils ne croyaient pas que nous avions un milieu philosophique ici.En fait, ils doivent maintenant se rendre à l’évidence: ce milieu est riche, diversifié et il sert même d’instrument symbolique pour conquérir une place méritée dans le concert des voix philosophiques mondiales.» La présentation de l’ouvrage parle aussi d’un «développement à ce point soudain et accéléré qu'il a peu de parallèles ailleurs dans le monde».Une place de plus en plus reconnue d’ailleurs.L’ouvrage analyse la production de plusieurs auteurs «de première grandeur», comme le dit encore Mme Ayoub.C’est Raymond Klibans-ky bien sûr, mais aussi ses collègues de l’université McGill Mario Bunge et Charles Taylor.Ou encore Georges Legault, auteur de La Structure performative du langage juridique, «le livre clé des dernières décennies dans le domaine de la philosophie du droit au Québec», selon le présentateur du domaine.Christopher Gray également, le rédacteur d’un monumental ouvrage intitulé Philosophy of the Law: An Encyclopedia.Et puis quelques grosses tètes encore plus méconnues, comme Hugues Leblanc, premier théoricien des types transfinis, qui dut s’exiler et faire toute sa carrière aux Etat-Unis, à une époque pas si lointaine où la logique n’avait pas de place dans les départements québécois, alors que le plus jeune Daniel Vanderveken, de «l’école analytique», est une des stars montantes de la philosophie nationale.«Je crois que cet ouvrage révèle la richesse de la créativité de la pensée d'expression française au Canada dans le domaine du concept, conclut Josiane Boulad-Ayoub.Les gens pensent que nous existons en retrait, dans une tour d’ivoire, et que nous ne produisons que du vent.Eh bien non.Les philosophes ne sont pas des loups vivant au fond des forêts, comme disait Diderot.Voilà.Im preuve est faite par cette nouvelle encyclopédie vivante.Le domaine est un peu austère, certes, mais il est tout aussi vivant et dynamique que bien d’autres domaines de création et de réflexion.» LA PENSÉE PHILOSOPHIQUE D’EXPRESSION FRANÇAISE AU CANADA Le rayonnement du Québec Sous la direction de Raymond Kli-bansky et Josiane Boulad-Ayoub Les Presses de l’Université Laval, Québec, 1998,686 pages C/5 S C/5 C/5 Q É—l w C/5 O.C/5 Q Ho V X) & s Ho X) M Voyagez dam des régions inexylcrées de la ylanète littéraire et musicale Ganesh et flûte Les mots en action de Monique Juteau Le mercredi 14 octobre 1998, à 19 h 30 Votre guide, Monique Juteau, vous offre ses plus beaux textes.A la Maison des écrivains, 3492, avenue Laval, Montréal (métro Sherbrooke) Réservation obligatoire : (514) 849-8540 Entrée libre UNEQ l nion des écrit aines el écrit ai ns québécois LE DEVOIR Les A k i s SI du Maurier CONSEIL DESERTS COMMUNAUTÉ uMBAlNl „ OFM'.NTMfA Z Académie des lettres du Québec 16e Colloque annuel le samedi 17 octobre 1998 Hôtel des Gouverneurs, 1415, rue Saint-Hubert à Montréal (Place Dupuis) Salon Sherbrooke (6e étage) «Féminisme et création» Animatrice : Mme Louise Dupré 10 h Ouverture du colloque : Jean-Pierre Duquette, président Denise Desautels, vice-présidente Conférence inaugurale : Annie Goldmann «Stratégies et engagements» : Louise Cotnoir, Lori Saint-Martin, Micheline La France, France Théoret 14 h «Multidisciplinarité» : Rose-Marie Arbour, Jean Royer, Brigitte Haentjens «Héritage» : Anne-Marie Alonzo, Claudine Bertrand, Pascale Navarro, Lucie Joubert, Francis Dupuis-Déri, Linda Bonin 18 h Clôture X V Ce colloque est ouvert à tous les écrivains ainsi qu’au grand public.(Aucuns frais d’inscription) Information : Tél.: (514) 524-4735 ou (514) 525-1808, 7 SUITE DE LA PAGE D 1 l’enfant, la petite dit: «En attendant une lueur de soupçon d’amour qui ne viendra jamais, je cultive la haine.C’est important d'haïr.Plus important que d’aimer.» L’enfant grandit, ignorée par sa mère, dérangée par un petit frère qu’elle ne peut supporter.La haine qu’elle porte, petit baluchon qui lui donne des ailes, mènera l’enfant déjà cruelle à vouloir détruire tout ce qui l’entoure.A vingt ans: «Je ne suis pas pressée, je prendrai le temps nécessaire.Il faut que je frappe où le bât blesse.Il faut que je sois dure.Il faut que je sois intransigeante et sans pitié.Il faut que je sois cruelle.» En très peu de pages, et donc suivant un fil d’une intensité plutôt bouleversante, l’auteur dévoile la chute d’une femme qui ne respire que la violence.Comment disions-nous?À chaque éditeur son écorché vif?Chez Lanctôt éditeur, habitué du genre, le dernier en date met en scène Constance, «Ja-nis pour les intimes», née d’une très jeune maman, initiée aux vertus du LSD et victime de viol sur le coup de ses treize ans, confinée au centre d’accueil à 15 ans à peine et emportée par la tentation de l’héroïne peu après.Janis pour les intimes., écrit par Martine Pratte, n’a pas l’épine dorsale très solide et raconte le quotidien tristounet d’une demoiselle laissée à elle seule, s’amourachant d’une drogue lui donnant l’impression d’être privée de désespoir.Adoptant comme d’autres le font de plus en plus le langage de la rue (la pratique ne laisse pas indifférent, c’est le moins qu’on puisse dire — «Si tu te sens assez game pour me parler de ton frère, shoot!»), ce roman trace le parcours habituel menant à la toxicomanie profonde: abus, crime, abandon scolaire, prostitutiqn, drogues douces et dures, etc.«A partir de cette première crise de manque, tout tournait autour du smack, plus rien d’autre n’avait d’importance.Je devenais une loque que ça m’était complètement égal.De toute façon, tout m’était égal.Sauf, naturellement, mes doses quotidiennes.» L’écriture orale Dans le genre langage authentique, notons la parution, chez Québec/Amérique, de deux romans, l’un signé Marc Fisher, l’un des auteurs les plus prolifiques que le Québec ait sans doute connus, l’autre de Diane Sansoucy.Dans Les Hommes du zoo (Fisher), c’est à coups de «full rapport» et de «full fiyée» que la vie d’une autre écorchée nous est relatée.Chez Sansoucy, l’écriture orale est à son expression la plus simple dans Fastforward.Plutôt que d’écrire à un journal intime, une adolescente se confie à son enregistreuse, se racontant huit mois durant sur cassettes.«Mon père reste avec une putain rousse.Ma mère couche avec un vieux barbu qui pense que ça y donne le droit de me donner des ordres.Ma sœur est une belle téteuse qui arrive toujours à avoir ce qu’a veut.» Comme on le disait précédemment, on aime ou on n’aime pas.Nouveau venu dans l’univers des romans, Mauricio Segura raconte lui aussi, dans Côte-des-Nègres (Boréal) (l’action se situe en plein cœur de Côte-des-Neiges.), l’univers des jeunes, cette fois sous la forme de conflits entre gangs.La voix des jeunes est doublée d’une voix d’immigrants.Pour illustrer la réalité des Haïtiens, des Latino-Américains aussi, le créole et l’espagnol se fondent à travers le français, donnant au roman une saveur exotique mais correspondant à la vie étudiante.Dans la lignée des livres écrits autour des enfants — nous venons d’emblée d’élargir le bassin parce que le thème est fréquemment utilisé, et on utilise de plus en plus l’enfant lui-même comme voix narrative —, il faut aussi lire en ces pages l’article de Blandine Campion, qui recense deux livres bâtis autour de jumeaux.Le doublé, cependant, n’apparaît Pas électrifiant.A qui s’adresse cette littérature?Aux jeunes eux-mêmes, pour attraper rontiiu ams peur les intimes.ymrt-i /rend Énr SiihumI • .¦»¦¦¦¦ MARTINE PRATTE 5fTjgfSr‘f < •¦'-.m- •- „• TV.Ï; au passage un peu de leur réalité mise en pages?Ou aux parents peut-être, pour qu’ils s’y retrouvent, s’y confortent ou s’y désolent en fermant le livre, contents d’avoir été divertis mais aussi rassurés par cette dose de pédagogie littéraire.POÉSIE Risque insoupçonnable LILAS Fulvio Caccia Triptyque, Montréal, 1998,83 pages EXHUMATION suivi de L’ORPHELIN Sylvain Campeau Triptyque, Montréal, 1998 104 pages DAVID CANTIN Certaines intentions littéraires dépassent les œuvres qui s’écrivent.Pour un poète, tel projet ambitieux peut ainsi devenir la source d’un défi révélateur ou d’un obstacle insurmontable.C’est en quelque sorte ce qui m’étonne après la lecture des nouveaux recueils de Fulvio Caccia et Sylvain Campeau chez Triptyque.D’une part, Caccia tente de réconcilier poésie sacrée et poésie profane en s’inspirant du mystère quotidien de la banlieue parisienne.Puis dans un registre beaucoup plus grave, Campeau entre en dialogue avec L’Evangile de Thomas pour retransmettre son expérience complexe face au deuil du père.Comment peut-on rendre avec justesse des thèmes aussi délicats?Récipiendaire en 1994 du prix du Gouverneur général, Fulvio Caccia publie de manière sporadique depuis une quinzaine d’années.D’origine italienne, les recueils précédents de cet auteur québécois conciliaient un ton épique et éclaté.Toutefois, avec Lilas, on découvre une poésie beaucoup plus narrative, qui tend vers un certain classicisme.En fait, on peut dire que ce dernier livre rejoint une tradition davantage cana-dienne-anglaise, voir même européenne.Inspiré par la fleur comme la ville, Lilas nous introduit aux liens de la vie familiale et intime.Divisé en cinq étapes où s’enchaînent les correspondances, un être déambule dans la périphérie du métro tout en s’émerveillant d’une nouvelle signification possible du monde.Du bonheur à l’inquiétude ironique, Caccia s’inspire de la chanson populaire française (de Brassens à Gains-bourg) pour transmettre son «drame privé» qui emprunte les voies de l’assonance, de la rime, du tercet et du quatrain: «Im nuit la ville se fait jungle dévastée / Le pont déroule sa chanson rauque / dans la chaleur entêtante d'une sai- son / trop tente à démembrer sa douleur/Im voiture file vers l’autre rive / traînant avec elle les songes de l'été.» Du retour vers l’origine en réponse au présent, les poèmes de Lilas demeurent, malgré tout, en surface des questions qu’ils posent.On dirait même que le mouvel ment complexe de l’ensemble retient l’inspiration poétique de Caccia.Ainsi, le poème n’arrive pas toujours à surmonter l’apparence banale de ses événements.Au fil des anecdotes, on ne reconnaît plus cette ferveur du souffle poétique qui s’estompe.D’ailleurs, on se demande si Caccia n’aurait pas suivi de trop près l’influence contraignante d’un Prévert.Dommage, surtout lorsqu’on connaît la maîtrise très personnelle d’un Michel Beaulieu dans ce genre précis où la dimension narrative répond aux dilemmes d’une existence.Une voix nouvelle Sans doute plus exigeant encore, Exhumation suivi de L’Orphelin de Sylvain Campeau affronte le difficile travail du deuil à travers l’expression poétique.Comment peut-on se mesurer à une telle épreuve, après avoir lu des livres aussi magistraux que Les Heures de Fernand Ouellette, Quelque chose noir de Jacques Roubaud ou À ce qui n'en finit pas: thrène de Michel Deguy.Ne pouvant atteindre un tel niveau d’intensité, Sylvain Campeau nous offre par ailleurs son recueil le plus personnel.Contrairement à Im Terre tourne encore et à La Pesanteur des âmes, Exhumation s’identifie à une voix nouvelle chez Campeau.Sans vouloir la comparer, il y a désormais une intonation qui se rapproche de Garder le mort de Jean-Louis Giovannoni.Comme dans ce recueil, le vers très court se prête à un rythme heurté où l’on entend cette violence secouant le corps du vivant.Par contre, il ne s’agit pas ici d’une ré-flexion sur la mort, mais plutôt du malaise qu’elle laisse à ses côtés.Telle unç série de lamentations à partir d’extraits de L’Evangile de Thomas, le poème évoque les blessures que le corps absorbe avec horreur et dégoût.Après la perte d’un être cher, on tend à comprendre que chacun transporte en lui un cadavre immobile.Bientôt, cet éveil ne devient-il pas la source d’une horreur indicible?«Sous la pierre / la poussière / et sous elles deux / la neige échoue / à hiberner/ repose la pierre / et connais la lumière / tu es poussière et y retourneras./ moi je te dis / que tu es neige / tombée sur moi / vois la voussure de mes épaules / sous l’effilochade de souvenirs / entamée par le blanc.» Contrairement à Fulvio Caccia, Sylvain Campeau a su relever le défi qui l’attendait dans le périple de \'Exhumation.Exhumation réduction sur tout*! De 9h à 22h 4380 St-Denis, Montréal tél : (514) 844-2587 1-800-817-2587 Horaires de centres commerciaux Lasalle : Carrefour Angrignon tél (514) 365-2587 Laval : Centre Laval tél : (450) 682-2587 trois jours, trois magasins Le vendredi, le samedi et le dimanche 2, 3 et 4 octobre 1998 Oampigny Visitez notre nouvelle boutique.RADIO sauf les magazines, journaux et articles déjà réduits Riidio-Crinâda I.!•: I) K \ U I lî .I.E s S A M !¦: I) I II) E T I) I M A \ < Il K II IH T 0 II II E I !) !> S I) » > f) -«- L I V R.E S LETTRES QUÉBÉCOISES L I T T É H A T l! K E J E U N E S S E Les mots qui ressuscitent les choses LA MÉMOIRE EN FUITE Anne Michaels Traduction de l’anglais par Robert Lalonde Boréal, Montréal, 1998,367 pages Zakynthos est une de ces nombreuses îles grecques disséminées autour de la péninsule du Péloponnèse; belle, pioins ensoleillée que certaines tiutres, elle vit de tourisme et elle a son histoire, qui est aussi ancienne et troublée que celle de la Grèce même.I )ans le roman de ja Canadienne Anne Michaels, Zakhynthos conserve ses attraits, mais elle est devenue une île romanesque, théâtre d'une Histoire plus vaste, oii viennent se réfugier, pendant la Deuxième Guerre mondiale, un couple d’étranges compagnons; un jeune garçon d’origine polonaise et un archéologue grec qui l’a pris en charge.^ La Mémoire en fuite débute cependant loin de cette lie, dans l’espace et dans le temps.Dès les premières pages, on se croirait plongé dans quelque univers fantastique, à l’aube de l'humanité, alors qu’une créature étrange erre dans une nature sauvage; tandis qu’affleurent à sa mémoire des bribes de souvenirs, elle émerge de la boue des marais, tente tour à tour de s’envoler et de se ficher dans le sol comme pour y prendre racine.Cet être est bien un humain, dont l’identité se précise jx.ni à peu.Il émerge d'un passé tout récent où l’humanité, il est vrai, avait presque disparu: il s’appelle Jacob Beer et il vient de voir sa famille anéantie par les nazis.Au cours de son errance, il tombe soudain sur un archéologue d’origine grecque, Athos Roussos, occupé à des fouilles dans la cité de Bis-kupin, cette «Pompéi polonaise» que les Allemands ont rasée.L’homme et l’enfant, chargés de leur poids respectif d’Histoire, vont fuir la Pologne occupée et s’installer à Zakhinthos, où Athos a une maison.L’île, même si elle est occupée par les Italiens, puis jxtr les Allemands, leur sera un refuge f;) Uueéal Annl Miciiaiîls LA MÉMOIRE EN FUITE ’ ’ y / ' .I serein où ils mèneront pendant quelques années une vie studieuse, entourés d’amis.U' jeune grandit parmi des adultes bienveillants, qui lui font découvrir les joies de la curiosité intellectuelle, la force de la poésie, ce «pouvoir des mots qui ressuscitent les choses».Athos l'incite à se souvenir de tout ce qu’il voit: «Efforce-toi de rendre nécessaire ce qui est beau et beau ce qui est nécessaire.» Cet homme est le mentor idéal, c’est un savant spécialisé dans la paléobotanique — il a failli participer à une expédition archéologique dans l’Antarctique —, mais aussi un humaniste qui transmet à Jacob sa vision cosmologique de la vie et de l’histoire; pour lui, les morts ont une influence sur les vivants, de même que les pierres et le bois ont une mémoire.Bella Jacob enregistre cette sagesse, il s’ouvre à la connaissance tout en reconstituant son passé d’enfant: ses jeux avec un camarade, la figure de ses parents assassinés et surtout celle, centrale, de Bella, sa sœur bien-aimée, que les nazis ont emmenée.Qu’est-elle devenue?Qu'a-t-elle souffert?Jacob ne peut le savoir, pas plus qu’Athos, qui a tenté de retrouver sa trace.11 n’empêche que Jacob a besoin de savoir, quitte à imaginer s’il le faut le destin de Bella, en se servant de la documentation qu’il consulte sur les horreurs nazies.Le jeune homme et son maître vont quitter Zakhynthos pour Toronto; l’un enseigne, l’autre étudie.Chacun vit ses amours.Devenu sexagénaire — nous sommes alors en 1992 —, Jacob va retourner en Grèce en compagnie d’une jeune femme dont il est très é|)ris; c’est dans l’île d’Hydra, installé dans la maison familiale cïe son ancien maître Athos, qu’il va écrire le récit de sa vie.Apaisé, finalement serein, il a enfin le sentiment que ses parents et sa sœur disparus «dorment en lui.Les joies sensuelles qu’il goûte alors ne sont pas incompatibles avec la part sombre de sa mémoire.Grâce à elles, écrit-il, ma douleur et ma joie sont vivantes 1 .1 ma désespérance sort de moi comme un souffle longtemps retenu et qui s'élance, libéré, dans la nuit».Le roman d’Anne Michaels aurait pu prendre fin ainsi, jxiisque le destin de Jacob Beer paraît accompli: il a vécu et aimé, il a écrit de la jx>ésie, il a été le biographe de son maître et le sien propre.Mais toute écriture, I Montréal : 342 - 2815 L-mail ; sad.w rcnaud-brav.com Commandez vos livres chez Renaud-Bray poste ou messagerie.JP'* % ; v* ** mâ R o b e r t C hurt r a n il ?Tout se tient dans l’univers qu’a créé Anne Michaels Ntlton Duni.is et R'I™1 p,*,a** Voir» guide d'Mhdl marche?Le PC, comment sédé.D’autant que les llics l’ont soupçonné d’être responsable de sa mort.Alors, Molberg va enquêter.Il va enquêter davantage sur le mode de l’improvisation que sur celui de la rationalité qui, normalement, se conjugue avec-toute enquête.De fil en aiguille, celte photo de rien va déboucher sur la digitalisation, la télé haute définition, sur.Bref, sur les acteurs et les bonzes du monde virtuel.Celte photo de rien débouche sur la digitalisation de la réalité.Ce n’est plus le réel qui importé mais bien le tromixM’œil.Ce roman de Molberg, ce roman qui a remporté un énorme succès dans les pays nordiques, a une grande qualité: il étonne.Et pas à peu près.James Ellroy, c’est connu, a écrit abondamment sur l’assassinat de sa mère.Même qu’il a composé un bouquin — Ma part d’ombre — dans lequel il relate (buts le moindre détail l’cnquè-te qu’il a menée et qu’il continue de mener en caressant l’espoir de connaître l’identité de l’assassin de sa mère.Aujourd’hui, Ellroy revient sur le sujet.Il est revenu sur le sujet à la demande du magazine Gentlemen’s Quarterly.Autrement dit, il s’agit d’un article.Et comme Gentlemen's Quarterly lui a demandé d’écrire d’autres articles, notamment sur l’affaire Simpson, et autres sujets, six de ces articles composent le livre Crimes en série, qui vient de paraître aux Editions Rivages.Disons simplement qu’il ne s’agit pas là d’un livre essentiel INCERTITUDE Michael Larsen Traduction du danois par Alain Gnaedig Rivages, Paris, 1998,242 pages CRIMES EN SERIE James Ellroy Traduction de l’anglais par Jean-Paul Gratias Rivages, Paris, 1998,254 pages Bertrand Vac 1 A mon seul désir À mort seul désir est une fresque encore jamais vue de la grande bourgeoisie montréalaise qui raconte l’histoire de Mathilde Schneider, de sa grande passion amoureuse et de son culte de la famille.Avec un penchant pour les belles robes, les chevaux.et autres objets du désir.But»a.vu V.tc A '«on seul désir «utwcMuiiK,m 608 pages, 27,95 S QUEBEC AMERIQUE www.quebec-amerique.com & UtllDLC AMCRIQUI ¦il I) () I.E I) E V (I I It .I.E S S A M E I) ! I II E ï I) I M A X (' Il E II (IC T 0 I! H E I II II S L I V It E S ESSAIS QUÉBÉCOIS Gens de la Nouvelle-France BREVE HISTOIRE DES PEUPLES DE LA NOUVELLE-FRANCE Allan Greer Traduction de l’anglais par Nicole Daignault Boréal, Montréal, 1998,168 pages LM histoire est à la mode, et * ce n’est certainement pas moi qui m’en plaindrai.On nous a assez rebattu les oreilles (avec raison parfois) avec le discours voulant que les Québécois, malgré leur devise affirmant le contraire, connaissent mal leur histoire que nous ne pouvons que nous réjouir d’assister aujourd’hui à ce retour en force du passé comme centre d'intérêt.Cela dit, ceux qui voudraient renouer avec les faits d’armes, les dévotions et les actes d’éclat de nos héros nationaux ne trouveront assurément pas à se rassasier dans cette Brève histoire des peuples de la Nouvelle-France.Praticien de la sociohis-toire, Allan Greer, qui enseigne à l’université de Toronto.nous propose plutôt d’essayer «de comprendre l’histoire sociale de la Nouvelle-France» en mettant «l'accent sur le cadre de la vie quotidienne».Ainsi, en lieu et place d'une litanie de dates et de noms célèbres ayant marqué notre histoire politico-militaire jusqu’à la Conquête, l’historien, saluant au passage le travail de Louise Dechêne, auquel il dit devoir beaucoup, présente «les gens de la Nouvelle-France» et en trace un portrait-synthèse dont le but est de nous communiquer la façon dont ils vivaient.Une approche simple et critique Pour se familiariser avec la période historique retenue (essentiellement de 1660 à 1760), le livre d’Allan Greer constitue une belle solution alternative, par exemple, à la fastidieuse histoire événementielle de Jacques Lacoursière, que beaucoup ont achetée mais que peu ont lue au complet, et on les comprend.L o u i s Cor ne II ie r Une histoire qui va à l’essentiel Rédigée dans une langue claire dénuée de lourdeurs (je salue ici le beau travail de la traductrice Nicole Daignault), faisant appel, dans le corps du texte, aux sources historiques avec parcimonie mais un réel souci d’efficacité, tenant compte de la diversité des classes sociales de l’époque, qu’elle refuse de noyer dans le collectif national comme d’autres l’ont fait précédemment, remettant en question des idées reçues susceptibles de biaiser notre appréhension du passé, cette Brève histoire des peuples de la Nouvelle-France présente vraiment beaucoup de qualités.Territoire extrêmement vaste, la Nouvelle-France n’a cependant jamais été densément peuplée.Et comme 90 % de sa population était concentrée dans un espace nommé «Canada», «un territoire comprenant les villes de Québec et de Montréal, et les fermes qui jalonnent les rives du Saint-Laurent», Allan Greer a choisi d’en faire son point de mire.Pour illustrer l'état de la vie rurale, l'historien nous fera rencontrer Pierre et Marie, un jeune couple fictif mais représentatif de la réalité de l’époque.Nous apprenons ainsi que «la Nouvelle-France rurale est le pays par excellence de la famille autosuffisante», que le voisinage est une activité fréquente en campagne, que la paroisse y «est à peu près le seul cadre de la vie communautaire» et que le système seigneurial, malgré les contraintes qu’il leur impose, n’annule cependant pas l’indépendance des habitants.En ville, le gouverneur, l’intendant et l’évêque occupent le sommet de la hiérarchie.Malgré leur petitesse par rapport aux normes européennes, Québec et Montréal présentent tout de même une belle diversité: les marchands y sont assez actifs et nombreux: les soldats ne manquent pas: sans oublier les journaliers et les artisans.Si nous y étions replongés, écrit Allan Greer, la profonde obscurité de ces villes sans éclairage et l’odeur d’excréments humains quelles dégagent nous marqueraient à coup sûr.Quant aux relations entre les diverses classes sociales, il convient de souligner que «le rang est assumé ostensiblement et [que] l’autorité s'exerce dans la tranquille certitude que la subordination est voulue par Dieu lui-même».Allan Greer consacre tout un chapitre de son livre à la condition des femmes de la Nouvelle-France.Le modèle patriarcal y prédomine de la même façon qu’en Europe, mais certains éléments sociaux contribuent néanmoins à atténuer ses effets.La majorité des femmes sont mariées et enfantent à peu près tous les deux ans.Les femmes prennent aussi en charge l’éducation des enfants.Cela dit, au Canada français, le mariage «n'impose pas à l’épouse la dissolution de son identité économique dans celle de son mari» et «les femmes mariées ont un droit inhérent à une pleine part de la propriété familiale, et les filles ne peuvent pas être privées d’un héritage égal à celui de leurs frères».Certaines femmes peuvent aussi choisir la vocation religieuse et ainsi acquérir une relative autonomie.Du côté iroquois, Greer rappelle que la patriarcat n’existe pas et que les femmes y occupent même des rôles de pouvoir.Visages multiples et Conquête La Nouvelle-France était-elle une 4; Aè m /Q «Tout l'monde debout» avec Patrick Huard et Véronique Cloutier Du lundi au vendredi de 6 h à 9 h ÉMOTION ROCK Pierre Bourgault Commente l'actualité Vers 7 h 40 du lundi au vendredi 98,5 FM société homogène comme certains l’ont prétendu?La réponse de Greer est sans équivoque: «La chose ne semble telle que si l’on ferme les yeux sur la présence des autochtones, des esclaves africains, des prisonniers anglo-américains, des protestants français et des autres minorités qui y vivent, ce que font précisément ces historiens nationalistes conservateurs.» Afin d’offrir la synthèse la plus englobante possible, le sociohistorien, avant d’aborder la Conquête, consacre un chapitre à la Nouvelle-France «au delà du Canada».L’Aca-diç, «un édçn rustique» dans lequel l’Église, l’Etat et la noblesse sont marginalisés, File Royale, petite enclave capitaliste avant l’heure, Detroit et la Louisiane et ses esclaves y sont dessinées à grands traits.Sur la Conquête, Greer y va de quelques affirmations qui renversent la perspective habituelle.Rejetant les traditions américaines et ca-nadiennes-anglaises qui expliquent la chute de la Nouvelle-France par un vice fondamental, une faille intrinsèque au projet colonial, refusant aussi l’interprétation nationaliste selon laquelle le Canada français aurait été humilié par la Conquête, Greer écrit que la guerre menée ici fut une importation du conflit européen et que «la Conquête en soi, le passage de la Nouvelle-France d'un empire à l’autre, ne touche la société canadien-ne-française que de façon limitée et sélective».L’interprétation est intéressante, quoique pas tout à fait nouvelle, mais elle ne laisse pas de surprendre quand on lit, quelques pages plus loin: «Après la Conquête, les Maritimes prennent un caractère franchement britannique.Les résidants de l’île Royale sont tous déportés, un peu moins brutalement poun tant que les Acadiens quelques années plus tôt.» Alors, «l'avènement du régime britannique ne change à peu près rien»?On voit que, sur le plan interprétatif, la Conquête continue d’offrir un terrain riche.mais glissant.La population En terminant, je tiens à souligner les pages où Greer se livre à une analyse de la composition de la population en Nouvelle-France.C’est peut-être là que son approche sociohistorique montre toute sa richesse.Revenant sur la faible émigration française vers la Nouvelle-France, sur le statut des filles du Roy et surtout sur la forte natalité du Canada français, Allan Greer déploie ses meilleures ressources et parvient à dégonfler bon nombre de mythes qui ont cours depuis trop longtemps.Ainsi, sur la question de la natalité en Nouvelle-France, il réfute les thèses fantaisistes qui évoquent «les exhortations de la religion, la “revanche des berceaux" nationaliste ou le froid des hivers» pour leur opposer des explications socioéconomiques nettement plug convaincantes.Évidemment, cette Brève histoire des peuples de la Nouvelle-France, comme son titre l’indique, va à l’essentiel et laisse de côté certains aspects qui auraient pu contribuer à lui donner un caractère plus exhaustif.J’y vois, pour ma part, une qualité: le voyage n’écrase pas le lecteur en le soumettant à un bombardement de données assommantes qui débouchent plus souvent qu’autrement sur un trop-plein dont il ne retient que l’accessoire.Je saurai gré à l’auteur, enfin, d’avoir évité la tentation du racolage qui postule que nos ancêtres sont intéressants parce qu’ils nous ressemblent: «Les gens dont il est question dans ces pages sont fort différents de leurs descendants dans le Québec d’aujourd’hui, ou de tout autre individu qui vit en cette fin du XXr siècle.Là réside leur intérêt.» Il fallait le dire: lire un livre d’histoire, ce n’est pas écouter Claire Lamarche.louis.comellier@collanaud.qc.ca ESSAIS ÉTRANGERS La frousse génétique Interdit d’avoir des craintes, en cette fin de siècle?Oui, sinon on vous traite de millénariste, de crypto-mystique qui reproduit ridiculement les supposées grandes peurs de l’an mille.Vous vous énervez pour des chiffres! Tout cela est arbitraire, voyons.LE SIECLE BIOTECH Le commerce des gènes dans le meilleur des mondes Jeremy Rifkin Traduction de l’anglais par Alain Bo-ries et Marc Saint-Upéry Boréal/La découverte, Montréal/Paris, 1998,348 pages Certes.Sauf qu’à trop focaliser sur le caractère purement conventionnel de l’an 2000, on tend à occulter la réalité de certaines menaces.A trop ricaner à propos du seuil artificiel à franchir, nous ratons une occasion de remettre en question, démocratiquement, sans dogmatisme, l’ambition de notre savoir, de freiner l’étendue de notre maîtrise.de nous avouer notre propension à jouer aux apprentis sorciers.Science, technique, information, commerce sont en explosion.Jamais il n’y a eu dans l’histoire du monde autant de rejetons de Bacon, Descartes et consorts qui, à cœur de jour, dissèquent, analysent la nature, bref la torture, pour qu’elle livre ses secrets.Jamais résultats d’expériences, d’analyses, de tests n’ont circulé aussi vite et sans entrave.Jamais la compétition économique n’a stimulé tous ces bataillons de chercheurs, d’entreprises, d’universitaires (les trois derniers termes constituant de plus en plus des synonymes) à pousser toujours plus loin l’exploration.Jamais les perspectives d’enrichissement grâce à des découvertes n’ont été aussi grandes.Jamais les États n’ont mis autant d’argent dans la «recherche et le développement».La génétique sera au prochain siècle ce que la physique et la chimie ont été à celui qui se termine.Et de cela, Jeremy Rifkin, célèbre pour son ouvrage La Fin du travail (Boréal/La découverte), a peur.Peur d’une fin de la nature tout court autant que d’une fin de la nature humaine.Car comment nommer autrement cette possibilité démiurgique que nous aurons, grâce au génie génétique, de nous programmer, nous et nos descendants, pour prévenir la maladie, pour éviter les maux prétendument évitables (l’alcoolisme?le tempérament colérique?), pour nous donner une forme chouette (finis les gros nez, les calvities)?Comment nommer autrement cette souveraineté sur la nature que, par le même génie génétique, nous sommes en train de développer?Des plants de tabac qui s’auto-éclai-rent grâce à l’introduction du gène de la luciole: d’autres cultures rendues résistantes aux assauts des insectes; des chèvres créées génétiquement qui produisent du lait thérapeutique; des bactéries qui «mangent» le pétrole; des porcs transgéniques qui produisent de l’hémoglobine humaine?Rifkin a peur, au fond, de cette notion du progrès, héritée des Lumières, définie jadis par Bacon comme «l’élargissement des bornes de l’empire humain, en vue de l’exécution de tout ce qui est possible».Il a peur que ce projet soit poussé si loin que les effets en deviennent pervers.Que les conséquences se retournent contre le projet initial, qui était simplement de libérer l’homme de la maladie, du travail, de la mort prématurée.Auto i n e R o b i I a i 11 e ?Michèle Paré et Peter Desbarats Internet sonne-t-il le glas des libertés individuelles?¦m ON ET NOUVELLES TECHNOLOGIES Swrt te rjirprtfcy» âf Miéhéfe Piré àf IVt«f DeAnfâM Prtfjcc de frterco U»r» mÊem !Qt àjska".imabi>.272 pagos 29,95 S IQ ISABELLE QUENTIN EDITEUR Diffusion Somabec (450) 467-8565 1 800 361-8118 http://iqe.qc.ca Les sept grandes peurs Mais plus précisément, il craint sept éléments capitaux: ¦ que notre capacité à isoler, identifier et recombiner les gènes soit exploitée à des fins économiques; ¦ que l’attribution de brevets d’invention, notamment sur des gènes, encourage l’exploitation commerciale; ¦ que la mondialisation du commerce rende possibles une nouvelle fécondation de la biosphère, une nature bio-industrielle produite artificiellement et destinée à remplacer les mécanismes de l’évolution naturelle; T la cartographie du génome ouvre la voie à une altération radicale de l’espèce humaine et à une civilisation eugénique animée par un esprit mercantile; ¦ que les études sur le fondement génétique du comportement humain forment un contexte culturel favorable à l’adoption généralisée des biotechnologies; ¦ que l’ordinateur fusionne avec la génétique pour former une nouvelle réalité technique intégrée; ¦qu’une nouvelle conception de la nature émerge, fournissant un cadre de légitimation du siècle biotech, faisant croire que celui-ci n’est que l’extrapolation des principes inhérents de celle-là.Grand mérite de Rifkin: l’analyse ne se borne pas à l’aspect technologique.Il y a ici une réelle volonté — un projet par ailleurs mené par des jargoneux du type d’Isabelle Sten-gers — de penser les interactions entre science, technologie et société.Autre mérite de Rifkin: la réhabilitation des vertus de la peur.S’inscrivant ainsi dans la lignée des Hans Jonas (IjC Principe de responsabilité), il nous rappelle que, dans le doute, il est mieux de s’abstenir, de se limiter.Avant de lâcher dans la nature un organisme génétiquement modifié, par exemple, tentons d’évaluer les risques.Ne voyons pas uniquement les bénéfices possibles.Car les risques sont grands.Et Rifkin en énoncent plusieurs: à force de cultiver des plantes génétiquement modifiées (le quart des plantations de maïs aux États-Unis), ne risque-t-on pas des réactions naturelles, par exemple l’apparition de super-insectes?De même, la génération des cultures transgéniques résistantes aux virus pose la question de l’apparition de virus qui n’existaient pas auparavant.Les risques sont si grands, dit Rifkin, que le secteur des assurances a discrètement fait savoir qu’il n’assurerait pas contre d’éventuelles catastrophes à long terme liées à l’introduction dans l’environnement d’organismes génétiquement modifiés.Science et doute Douter du «progrès par la science».Vouloir limiter ses ambitions.Les scientifiques, du moins une majorité d’entre eux, refusent.Les grandes entreprises aussi, et elles nous renvoient à leurs sites Internet souriants (voir novartis.com, monsanto.com).Tous ensemble, ils rejettent Rifkin comme un pleutre alors que son attitude est simplement celle du doute: «La question n'est pas de savoir si on s'oppose à la science en général, mais plutôt quel type de science et de technologie on entend favoriser.» «On n'arrête pas le progrès»’, c’était une simple constatation.Voilà que la communauté scientifique nous apprend que c’est un ordre: il est interdit de se mettre dans son chemin.Rifkin nous dit avec raison que tout cela lui rappelle «les invectives de l'Eglise à l’encontre de toute forme de pensée critique à l’aube des temps modernes [où] il n’y avait qu’une seule façon de croire en Dieu».Retournement historique prévisible.les «révolutionnaires» finissent toujours par s’encroûter au pouvoir.Une illustration concrète trouvée par hasard au terme de ma lecture de Rifkin.En juin dernier, s’est tenu en Suisse un référendum d’initiative populaire «pour la protection génétique».On proposait de limiter, justement, les manipulations, de faire en sorte qu’elles soient, comme le propose Rifkin, subordonnées au politique et au débat public.(Texte complet de l’initiative: http://l 93.5.216.31/ch/f/pore/vi/vi 240t.html).Mais avec des plaidoyers comme celui de Rolf Zinkernagel, Prix Nobel de médecine 1996, qui refusait que son «pays se transforme en îlot moyenâgeux en Europe et dans le monde au lieu de se vouer à la recherche», le «non» l’a emporté avec 06,7 %.les craintes ne devraient-elles pas être autorisées?arobitailleCq sympatico.ca I.K I) K VII I II ; I.K S S A M E l> I 10 K T l> I M A X (' Il E II 0 ( T 0 15 II E I I) Il S LA VIE LITTÉRAIRE Bisbilles au Salon La Librairie du Québec à Paris lutte pour la gestion du kiosque du Québec au Salon du livre.Le jury du Femina a dévoilé récemment sa deuxième sélection.Toronto accueille des auteurs.Trois-Pistoles ouvre ses portes aux conteurs.La vie littéraire fourmille.‘Ma r ie- A n cl r é e ' 1 C h o il i n a r cl L e I) e v o i r Le Salon du livre de Paris, où le Québec sera en vedette pour 1999, est encore bien loin, soit.Même si mars n’est pas à la porte, les préparatifs vont bon train, ici bas au Québec,, et là-bas à Paris.Notamment à la Librairie du Québec, où lç propriétaire Robert Beauchamp tente par tous les moyens de se frayer un chemin jusqu’au kiosque du Québec, où une portion de l’espace sera dévolue à l’animation, mais où l’autre permettra la vente de livres québécois, et de beaucoup, espère-t-on.Alors que la Librairie du Québec, installée à Paris depuis trois ans, croyait «normal» et «dans la logique des choses» qu’on lui propose et lui offre le contrat de gestion du kiosque (volet vente), voilà que c’est plutôt au regroupement commercial La Voie du livre que reviendrait cette option, comme le révélait Livres Hebdo dans l’une de ses éditions récentes.La Voie du livre regroupe quarante adhérents, représentant une cinquantaine de points de vente.français.Traditionnellement chargé de la gestion du kiosque alloué au pays invité, ce regroupement se spécialise dans l’animation autour du livre.Robert Beauchamp, dont la librairie contient 15 000 titres, s’étonne de cette décision, qu’il croit encore potentiellement réversible.«C’est quand même un peu aberrant!, confiait-il plus tôt cette semaine, de Paris.Nous avons une structure québécoise, avec des libraires spécialisés dans la littérature québécoise, et on va confier la gestion du kiosque à un regroupement français?» M.Beauchamp, qui demande que la librairie soit responsable de la gestion du kiosque, doit rencontrer des dirigeants du Salon du livre de Paris à ce sujet mardi.Le Femina La seconde sélection de candidats en vue de l’attribution du prix Femina, le 6 novembre prochain, a été dévoilée sans que nous ayons même révélé les grandes lignes de la toute première.Cette négligence mérite qu’on s’y attarde dès lors, et pepdant qu’il en est encore temps.A vos marques.Catégorie roman et premier roman: les jurys ont retenu Im Province des ténèbres, de Daniel Arsand, Les Amants désunis, d’Anouar Benmalek, Juste avant la nuit, de Pierre Char-ras, Le Dit de Tianyi, de François Cheng, Je n’ai pas de château, de Florence Delaporte, Im Seiche, de Mary-linq Desbiolles, La Compagnie des Indes, de Marc Petit, Blue Moon, de Dominique Sigaud, et Lambert Pacha, de François Sureau.Le jury Femina rendait aussi publiques cette semaine, tel que le rapportait le quotidien Le Monde hier, ses sélections en vue de l’attribution du JFemina étranger.Ont été retenus Le Pourfendeur de nuages, de l’Américain Russell Banks, La Maison du sommeil, de Jonathan Coe, Nos Adieux, de Timothy Findley, La Splendeur du Portugal, d’Antonio Lobo Antunes, Ims Saisons de la nuit, de Colum McCann, L'Équilibre du monde, de Rohinton Mistry, Pleine lune, d’Antonio Munoz Molina, et Im Cimetière des oranges amères, de Josef Winkler.Du côté essais, notons que Laure Adler et sa biographie de Marguerite Duras, Ferdinand de iMsseps, écrit par Jean-Jacques Lefrère, Le Silence des bêtes, d’Elisabeth de Fontenay, et L'Ange et le Cachalot, de Simon Leys, sont en nomination.Une prochaine sélection, menant celle-là à l’attribution des prix, est attendue le 28 octobre.Qu’on se le dise! Festival international d’auteurs à Toronto Du 21 au 31 octobre, Toronto ouvre ses portes aux auteurs du monde entier.Le saviez-vous?11 s’agit là d’un des renflez-vous d’écrivains les plus courus de par la vaste planète, et ce n’est pas si loin de chez nous, à Toronto la belle.Depuis 19 ans, plusieurs des plus grandes plumes d’ici et d’ailleurs se rencontrent donc à Toronto pour s’adonner à diverses activités, dont l’entrevue d’auteur à auteur, une tribune des plus courues.Quoi de plus unique en effet que d’assister à une entrevue de l’auteur franco-russe Andrei Makine, non pas par un scribouillard du livre, vulgaire journaliste affecté à la vie littéraire (nous blaguons, bien sùr.), mais plutôt par l’écrivain canadien Neil Bissoonda-th?Du Canada, participent à l’événement les Yves Beauchemin, Neil Bis-soondath, Alberto Manguel, Jack McClelland, David Young, Alice Munro, Farley Mowat, Jason Sherman, Shyam Selvaduri, Leon Rooke et d’autres.Grandes gueules à l’œuvre ! On en parlait l’an dernier, et les voilà de retour, pour une deuxième édition: le Rendez-vous des grandes gueules, à Trois-Pistoles, avec le Festival de contes et de récits de la francophonie.Jusqu’au 12 octobre prochain, et sous la présidence d’honneur du conteur Marc Laberge, une quinzaine de spectacles articulés autour de l’art de conter mettent en vedette une quinzaine de spécialistes du conte, venus non seulement du Québec mais aussi de la France, du pays basque et de Côte-d’Ivoire.Parmi les conteurs, notons la présence, outre le célèbre Marc Laberge, de Koldo Amestoy, Alain Lamontagne, Daniel L’Homond, Gaétane Breton, Manfeï Obin, Raymond Philippe, Alexandre Gagné, Michel Faubert et d’autres encore.1 ml majorité des activités auront lieu à la Forge à Bérubé de Trois-Pistoles.Ce soir, une veillée du conte y est d’ailleurs présentée.En après-midi, aujourd’hui et demain, des prestations de conteurs y ensorcelleront le public.Demain, après le concours de la grande menterie, le spectacle Les Voyageurs du ciel clôturera l’événement.Renseignements: (418) 851-1662.chaptersglobe.com : rien à l’horizon Pour faire suite à ce que nous vous disions la semaine dernière au sujet de la future poignée de main entre le réseau de librairies Chapters et le quotidien canadien Globe and Mail, rien à l’horizon (au moment de mettre sous presse, du moins.).Le site Internet, sur lequel on retrouvera 2,5 millions de titres, donnera aussi accès à une vingtaine d’années de critiques littéraires issues du Globe and Mail.«Nous préférons ne pas diffuser la date de mise en activité de notre site Internet», nous disait-on de part et d’autre la semaine dernière.Avis aux intéressés, donc: la grande union n’a toujours pas eu lieu.Nous vous préviendrons lorsque le mariage sera consommé.Vie littéraire en vrac Ce dimanche, à 19h30, dans le cadre des «Dimanches du conte» au Sergent recruteur, Contes inventés d’Abitibi, avec André Lemelin, François Lavallée et Etienne Loranger.L’entrée est libre, rendez-vous au 4650, boulevard Saint-Laurent, à Montréal.Renseignements: (514) 287-1412.Place aux poètes, à l’Arto-thèque, le 14 octobre, pour une ode à Claude Gauvreau.Avec Annie Bujold et üiurent Cauchop, et Eric Roger à titre d’animateur.A 20h30, à l’Arto-thèque, 5720, rue Saint-André, Montréal (métro Rosemont).Renseignements: (514) 278-8181.le Parchemin QUARTIER LATIN «Nuit dorage» de Michèle Lemieux Des trombes de beauté, des torrents d’intelligence.À l'intérieur du Métro Berri-UQAM | Téléphone : (514) 845-5243 mÊÊÊÊÊÊË VkEïï,*~ Jean-Marc Brunet LA TÊTE À PAPINEAU r*«1»l.tu vivMttioi'-acfcMRte**** THÉÂTRE MA Les Éditions Wli Varia Diffusion : Prologue ¦¦¦•MHÊÊKÊÊÊ ¦¦¦ Jean-Marc Brunet La Tête à Papineau Drame historique en sept scènes présentant les tractations politiques ayant mené aux événements de 1837 THÉÂTRE Cette œuvre théâtrale constitue une page de l'histoire politique du Québec.Une page d'histoire écrite de façon extrêmement vivante par un auteur doté d'un sens incomparable du ridicule et de l'anecdote significative, par un auteur spécialement sensible à la portée des événements lourds de conséquence survenus en 1837.124 pages / 14,95$ [ 14 x 21,75 cm 1 En vente chez votre libraire dès le 14 octobre • C.R 35040, CSP Fleury Montréal (QC) H2C 3K4 Tél.: (514) 389-8448 • Téléc.: (514) 389-0128 courriel : varia@microtec.net ^mi^^m^KÊtÊÊÊÊÊÊÊÊÊEm «r L I V R E S -»- L I T T É R A T 11 R E É T RANG È R E ê Mer et police Deux points de vue romanesques en transit par Paris FORTUNE DE GUERRE Patrick O’Brian Traduction par Florence Herbulot libre Expression Montréal, 1998,3(X) liages G U Y LA I N E M A S S O U T R E Mary a bien de la chance.Patrick O’Brian, son mari, lui dédie à nouveau ce sixième volume de son épopée marine.Cette écriture, trempée dans le sel et la poudre à canon, cache à peine une longue passion.Des histoires de mer contées à Mary.L’auteur, qui vit en France, a aujourd’hui 82 ans et achève le vingtième tome de sa saga populaire.Le dernier!, a-t-il proclamé.Pour le lecteur, chaque volume est un rendez-vous avec les forbans des mers, la mitraille et l’abordage des vaisseaux marchands.«Il est inutile d’enjoliver la vérité car les faits bruts et simples parlent d'eux-mêmes aussi fort qu’une volée de boulets; la seule liberté que j’ai prise est ici de placer mes héros à bord.» O’Brian prend son modèle dans le roman-feuilleton à sujet historique du XIX' siècle.Sa chronique romancée met en conflit les ambitions napoléoniennes et la puissance maritime anglaise.Êtes-vous nostalgique?Ou aimez-vous sentir piquée votre curiosité du passé et stimulés vos goûts des voyages lointains et de l’exploit sportif?O’Brian est pour vous, maître de l’action brutale, avec la dose de destruction qui fascine tout adolescent attardé, sans la sentimentalité larmoyante qui sert de panacée aux best-sellers.Ces guerriers valeureux Fortuit,e de mer débute au large des îles des Epices, alors que le capitaine Aubrey est rescapé d’un naufrage, d’une épidémie de typhus et d’une sortie sanglante contre un navire hollandais.Recueilli par une frégate américaine, il est rejeté à la mer par un in-.cendie.Et les hommes d’écoper sous un soleil torride.Et la mer de ressembler à la route des tramways, embarquant les naufragés sur une ligne tracée avant de les lâcher dans une di- rective opposée.Un beau chassé-croisé, sous une volée de canonnades au gré des poursuites meurtrières.Des flots de sang ruissellent jusqu’aux vagues, qui charrient des nuages d’éclats de bois et des amas de gréement.Des corps d’hommes déchiquetés passent par-dessus bord.Le choc des mots n’a d’égal que ce qu’ils racontent.O’Brian est à l’aise au large, plus que sur terre, où le récit pèse autant que l’attente d’un capitaine de navire au mouillage.C’est bien là le ressort de la saga.Un chroniqueur met toujours en valeur le caractère* des hommes qui font l’histoire.Ils pèsent sur l’action plus que la politique.Du moins, la stratégie d’un romancier populaire est de vous le faire croire.Mais le modèle est relevé, car O’Brian est un grand lecteur de Stendhal: «Sans être aussi secondaires que Fabrice à Waterloo, ils ne jouent aucun râle décisif sur le cours de l’histoire», écrit-il à propos de ses héros.Voilà une pirouette d’auteur: son microcosme des marins est autonome, sous l’emprise de militaires obstinés et hommes d’action endurcis.Rusés plus qu’intelligents des enjeux.La forme d’une époque Dans Fortune de guerre, les conflits internationaux prennent de l’ampleur.La diplomatie et les arrangements secrets y marquent l'entrée d’un important joueur: les États-Unis, cobelligérants des Français contre les Anglais.Ce qui vaut un procès à Boston aux héros de la Royal Navy, capturés par la robuste Constitution américaine — un fringant navire, bien entendu.Dans cette foulée, les relations hu-ntaines raffinent cette «société navale» archaïque.Bien sûr, l’Irlandais Jack Aubrey et le médecin irlando-es-pagnol Stephen Maturin tiennent toujours les rôles principaux.Et chaque navire, arborant sa voilure éclatante, y devient une pyramide de beauté fragile, tranchant fièrement sur la mer sombre.Laquelle l’avalera tôt ou tard.Fait nouveau, l’Américaine Diane Villiers, qui a éconduit le médecin amoureux, y brille de tous ses feux.On y découvre aussi Louisa Wogan, arrêtée par les Anglais pour espionnage et condamnée à la «transportation» sous l’escorte bienveillante de Maturin.Hommage, après les bateaux, aux personnages féminins.D> décor, bien qu’étendu au globe, campe un huis clos théâtral propre à vous donner la chair de poule.D’ailleurs, O’Brian est le premier à en frissonner.Dans un de ses rares entretiens, il nous fait partager cette émotion avec modestie: c’est «une course à tombeau ouvert sur une corde raide dont la fin est hors d’atteinte, et sûrement sans l’assurance qu’on a tendu au-dessous de vous un filet de sécurité».Les frêles embarcations sont des mini-bombes, ballottées par des éléments déchaînés — en dessous, tout autour et en dedans.Il arrive cependant que ces conducteurs de bolides se souviennent de leur condition terrestre.I-es voilà reliés au sol par quelque lointaine intrigue amoureuse, qui relativise l’obéissance militaire, un procédé narratif qui gagne à enrichir le récit en même temps que l’archétype du macho.Certes, O’Brian rend attachants «des êtres humains plus que des costumes d’époque».Mais le meilleur, c'est encore la revanche cocardière, celle de la Shanon anglaise contre la Chesapeake américaine, dans les dernières pages époustouflantes du roman.Joli cafouillage dans le concert des nations pacifiées.DE SECRÈTES INJUSTICES Xavier Hanotte Belfond Paris, 1998,467 pages Hanotte, 36 ans, informaticien bruxellois, a fait une entrée remarquée dans le roman en remportant deux prix littéraires pour Matière noire en 1995.Or son second roman est brillant.De secrètes injustices est un polar psychologique intelligent, tout à fait captivant tant pour son ambiance que pour les divers plans du récit.D’abord, il y a Dussert, l’inspecteur de police.Un grand mélancolique, traducteur de poèmes et solitaire au regard vif mais au cœur froid, n conjugue les meilleurs aspects du flic continental, enquêteur méticuleux et silencieux: Poirot, Maigret, Colombo et Navarro sont passés avant lui.Il fait partie des impayables du genre.Ensuite, il y a le milieu dans lequel il gravite.Son équipière Trientje, pas très excitante mais efficace, les gaffeurs inévitables et les services concurrents.Un peu l’ambiance inerte qu’on a pu deviner dans l’affaire Dutroux.Et bien sur, il y a l’énigme.Au début, un cadavre refroidit.Il ne parlera pas tout seul! L'intrigue va de pair avec la déduction.Peu d’action.Le suspense?C’est un mélange d’humour et de réalisme prosaïque, soutenu habilement par une cueillette d'indices.Pas de grisbi ni de desperados; on n’est pas dans la Série noire.Plutôt dans la grisaille bruxelloise, où la langue verte du polar est remplacée par l’énigmatique flamand auquel Dussert est absolument réfractaire.Comprend pas.Nous non plus, comme tous ces signes de l’altérité insondable.Mystères de l’humain.Mais surtout, l’astuce de ce roman est de plonger dans l’actualité sans en avoir l’air.Didier Dae-ninckx nous en a déjà fourni de beaux exemples avec ses polars nés des coulisses de l’histoire contemporaine.Comme Tony Hillerman ou Vasquez Montalban.Le point de vue de Hanotte est politique: il criminalise des révisionnistes, à propos du martyre d^Vinkt, une localité des Flandres oii un massacre de civils fut perpétré en 1940 par la Wehrmacht.Son enquêteur doit son succès à sa conscience d’historien.Troublant, n'est-ce pas?PATRICK O'BRIAN I ° I A N f S A W 5 o U c y P fl S T F 0 R W a 21,95 S LE CINÉMA D’UNE GUERRE OUBLIÉE LOUIS BROSSEAU QUEBEC AMERIQUE www.quebec-amerique.com QUEBEC AMtRiQUt Diane S Fast Forward [.] une efficacité dans les déplacements et les changements de scène qui rappelle les romans de Michel Tremblay ou de Marie Laberge.[.] Un délice.Julie Sergent, Voir C'est un roman choc.[.] Des moments très intenses de révoltes, qu'on sent, qu'on retrouve en soi.Danielle Laurin, Télé-Québec, Cent titres Une ado se confie à son magnétophone : sans fard, sans compromis, sans détour.Une fille vraie.Un récit parlé comme il en existe peu.192 pages, 19,95 $ Quelle place occupe LA Seconde Guerre MONDIALE DANS NOTRE MÉMOIRE COLLECTIVE?vlb LE CROITL VtÙF.-MARlÉ UtTERATlRi: CfXX X_> |) (S I.K I) E VOIR.I E S S A M E IM Ml K I I) I NI A X ( Il E II O ( T O I! Il E I II !l ,S A K 1 S VISU K I.S Corps étrangers Tisser une correspondance entre les formes organiques et le corps humain 4T '"lNtnr>*%Sl - -*3*.* V ¦¦ mm- Pont de ficelles, 1998, une œuvre de Marie-Josée Laframboise L’OREILLER D’ARNOLD Objets Marie-Josée Laframboise Galerie Occurrence 450, rue Sainte-Catherine, espace 307 Jusqu’au 18 octobre BERNARD LAMARCHE Pour sa seconde apparition à la galerie Occurrence en quatre ans, Marie-Josée Laframboise poursuit son travail sur les propriétés .matérielles du papier.Laframboise n'utilise pas le papier comme support à une imagerie, elle s'en sert plutôt comme matériau afin de construire des formes sculpturales hybrides, à mi-chemin entre le vêtement et la prothèse.L’artiste tord des feuilles de papier kraft pour ensuite forger de ces torsades des objets protéiformes.Son travail est celui d'une patiente tisserande.La nature artisanale de ces activités éveille inévitablement l'épineuse question de «l’art au féminin».Rien ne vient appuyer explicitement cette dimension dans la production de Laframboise, c;u- au delà d’un propos cherchant à valoriser un labeur spécifique au travail des femmes, face à cette question, la production de Laframboise prend plutôt les chemins de traverse.G1 travail de l'artiste sur le nœud ne table pas sur une prestesse savante ou une technique chèrement acquise.Si elle ramène au centre de sa pratique la question d'un faire répétitif, Laframboise ne soulève pas pour autant la question très délicate du travail associé à la maestria.C'est plutôt connu, dans les années 70, opérant une sortie de l’emprise de la peinture, naissait un fort attrait pour les arts décoratifs.Quelques femmes artistes, dont Miriam Schapi-ro, tentaient de revaloriser l’artisanat en reprenant, par exemple, des motifs de tapisserie.Cette subversion singulière de la hiérarchie des arts visuels avait le tort d’associer promptement féminité et artisanat.Or, face à la lenteur arachnéenne de ces activités revendiquées à ce moment comme spécifiquement féminines, Laframboise se retourne, alors que son travail se rapproche plus certainement, sans qu'elle ne s'en réclame toutefois, de celui d'Eva Hesse, notamment par la correspondance établie entre les formes organiques pendulaires et le corps humain.Il y va également d’une brutalité de la matière, exacerbée chez Hesse, qu’un accrochage plus ou moins heureux, trop bien domestiqué, gomme chez Laframboise.Superposition et assemblage Par ailleurs, là où nous pourrions parler d'accumulation dans ce travail, il nous apparaît plus juste d’employer le mot «agglomération».Chacune des œuvres passe moins par un processus de superposition ou d’assemblage que par celui d'une «intrication chaotique de ses maillages», comme le precise Sylvette Babin dans le feuillet qui accompagne l'exposition.Certaines des œuvres ressemblent à des enflures tellement leur gonflement tient de l'informe.Les meilleures pièces tiennent de l’amas globuleux.Les concrétions de papier qui résultent de ce faire caractéristique induisent de surprenantes métamorphoses.Au toucher (oui, oui, on peut toucher), les œuvres se révèlent être d’une solidité surprenante.En les manipulant, on saisi mieux la pleine dimension de ces objets.Ils sont autant sinon davantage produits pour fins de manipula- tions que pour celles, plus orthodoxes, de contemplations à distance.C'est d'ailleurs là que ces œuvres sont à la fois les plus fascinantes et les moins efficaces.Elles atteignent leur plein potentiel à travers un contact physique.Or très peu de signes incitent à attraper ces objets de la même manière qu’un enfant s’empare d’un jouet.La disposition de quelques pièces sur des crochets muraux suggère davantage un rapport habituel avec l’objet d’art qu’une relation où les habitudes pragmatiques du visiteur (développées au contact de la peinture) seraient rompues.Cette présentation influence forcément la perception des œuvres.11 aurait fallu trouver une manière de vaincre cette gêne que le visiteur traîne avec lui en galerie (et, de grâce, ne vous mettez pas à toucher tout ce qui vous est présenté sur les cimaises de vos visites! Nous déclinons d'ailleurs toute responsabilité à cet effet).Les œuvres de Giframboise sont à leur mieux, nous semble-t-il, lorsqu’elles n’appellent pas a la manipulation du spectateur par un appât tenant de la domesticité, lorsque la prise dont elles peuvent faire l’objet n’est pas introduite par de trop claires avances, par l'ajout de poignées par exemple.Or, le plus souvent, ces poignées servent à accrocher les œuvres, ce qui a pour effet de leur assigner une fonction ayant tendance à exclure les autres.En aucun cas ces remarques ne devraient conduire à vous priver de la visite de cette exposition a plusieurs égards intéressante.En outre, Laframboise a créé une œuvre cpii tire profit d’une des données architecturales de la galerie, à savoir ses colonnes octogonales.Entre deux colonnes qui rythment l’espace, l'artiste a jeté un pont de papier fait des tresses qu’elle utilise.D'une rigidité inattendue, ce filet a ceci de particulier qu’il possède une présence envahissante.11 ne peut être évité aussi facilement qu’il est possible de rater une des dimensions essentielles des autres œuvres, c’est-à-dire leur caractère tactile.A ne pas manquer de manipuler.le corps et l'objet : 1984-1997 mattering Découvrez les installations et performances théâtrales et sensuelles d'Ann Hamilton.* MUSÉE D’ART CONTEMPORAIN DE MONTRÉAL Québec ss Renseignements : (514) 647-6226 185, rue Sainte-Catherine Ouest Montréal (Québec) H2X 3X5 El Ptert-dos-Arts le Devoir WÊËÊm Jusqu'au 17 janvier 1999 GALERIE DE BELLEFEUILLE Vernissage JUDY GARFIN Déguisement naturel Rencontre avec l'artiste les samedi et dimanche 10 et I 1 octobre de I3h à 17h 1367^Avenue greene, westmount, tel.: (514) 933-4406 lundi au samedi 10h00- 18h00 dimanché 12h30- 17h30 DAVID MOORE Petulant que le menée tlcrt Installation sculpture jusqu'au 11 octobre inclusivement Le Musée de la Ville de Lachine 110.chemin de LaSalle.Lachine H8S 2X1 Tél.: 634-3471 poste 346 Du mercredi au dimanche de 11 h 30 à 16 h ¦ Lnchine L'entrée est gratuite r- Jt.k-3“ ¦LFI LE MUSEE Avec le concours du ministère de la Culture et des Communications du Québec et a.C JH L d îEfinAL ei€ M O NTHLEAL OtRNlÈRt 27 août - 18 octobre Du mercredi au dimanche Un événement majeur en art contemporain Amenez un ami ! Les mercredis, obtenez deux billets pour le prix d'un.LIGNE INFO-BJENN, (514) UNE PRODUCTION DU CENTRE INTERNATIONAL D'ART CONTEMPORAIN DE MONTRÉAL Ministère de la Métropole Ministère de I Éducation Ministère de l’Emploi et de la Solidarité Ministère des Relations internationales canadien Haritaga JF Montréal Ville de Montréal m u; devoir CROWNf PI A/a LIBERTÉ CD I The British Gai neil IcoNSial m ____7Wyt»vf4 ¦u X ] Ll.LnzUtili 9 T tw Japan Foundation Consulat général do Franco A Quéhnc Ambassade d'Autriche au Canada Consulat général il Autriche A Montréal T?CLICHE REPETE A ECLAIRAGE DIFFERENT.EN RAISON DU TEXTE IMPRIME SUR FOND GRIS DU DE COULEUR Il II I V II I It .I.I s s \ m r.h i i (i i; i ii i m a \ i il i il uci n U it i: i tt h s V I S l !•: I.S A K I) !) Fragments de rituels Ann Hamilton représentera les Etats-Unis à la prochaine Biennale de Venise ANN HAMILTON U* Corps de l’objet: 1984-1997 Mattering Musée d’art contemporain de Montréal 185, rue Sainte-Catherine Ouest Jusqu’au 17 janvier 1999 BERNARD LAMARCHE \ A n’en point douter, le hasard fait parfois bien les choses.Les aléas du calendrier permettent à l’occasion de faire des rapprochements plutôt inattendus entre des expositions successives.Les choses sont ainsi faites que deux expositions qui se suivent s’informent mutuellement.L’exposition d’automne du Musée d’art contemporain de Montréal (MACM) fait suite à l’excellente rétrospective de l’œuvre du duo montréalais constitué de Lyne Lapointe et de Martha Fleming.Or, à plusieurs égards dont il ne sera possible ici que de donner un trop bref aperçu, l’exposition rétrospective des travaux d'Ann Hamilton, lancée cette semaine, résonne de questions similaires à la précédente.Elle constitue également une belle réussite.Dans les deux cas, une attention remarquable a été portée à l’accrochage des pièces.Qui plus est, dans les deux cas, le parcours de l’exposition est en partie fait de fragments de pièces tirées de leurs contextes inauguraux.Dans le cas des premières, il s’agissait d’objets repris à leurs présentations initiales; pour Hamilton, plusieurs des objets exposés résultent de performances réalisées dans le passé.La nature des pièces présentées — 411 au total — est double: il s’agit tantôt d’œuvres a part entière, tantôt d'objets qui ont gagné le statut d’œuvres apres avoir perdu leur valeur d’usage.Dans ce cas.la presentation cherche a rendre une matérialité toujours exacerbée, implicite aux actions que pose l'artiste.Une différence1 notable, cependant, entre ces deux productions: la fonction technologique est omniprésente dans le travail de l’artiste américaine, alors quelle esi pratiquement exclue de la production du duo montréalais.Par ailleurs, si le travail de Fleming-Lapointe possédé une dimension cathartique — elles redonnent vie a des espaces délaissés, lourdement chargés historiquement et symboliquement —, cette réalité est remplacée chez Hamilton par un caractère a plus proprement parler ritualiste.Son art comporte d’indéniables qualités compulsives et obsessionnelles.Des dispositifs ingénieux La production de Hamilton est de celles qui traitent du corps.Par contre, l’artiste parle du corps dans la mesure où celui-ci est la condition de possibilité d’une multitude de gestes qu’elle pousse à l’extrême.Ainsi, cette pièce faite d’un corridor étroit où est disposée une série de moniteurs vidéo encastrés dans le mur.A l’écran, un geste répétitif, anodin, est fait inlassablement, celui d’astiquer un fruit.Dans ce cas.le geste est répété exagérément, au point de détruire l'objet de son attention.L’action est reproduite jusqu’à ce cpie la prune ainsi frottée cède a la pression et éclate.Dans malédiction, une pièce de 1991, l'artiste, installée a une table, marque de l’empreinte de ses dents des boules de pâte a pain quelle pige dans un bassin.Une par une, de petites boulettes de pain sont produites IJ**", i.orvKR gai I i:ry.m u yokk Until led (Body Objects Series) n° 3, 1984, d’Ann Hamilton a travers ce rituel et ensuite déposées dans un panier d’osier.On retrouve dans l’exposition les vestiges de cette performance: la table, le tabouret, le plat et le panier empli du pain ainsi moulé, aujourd’hui desséché.Ailleurs, l’artiste découpe des lignes di- texte dans des livres, extraits qu’elle tisse selon la forme d'une boule.Encore une fois, ce sont les restes de cette action qui sont présentés, encore qu’une projection lil-mique au mur reproduise partiellement le premier contexte de présentation.D'ailleurs, il y aurait toute une étude à produire sur la diversité des médiums avec lesquels Hamilton diffuse ses œuvres «performées»: sculpture, installation, vidéo, photographie.Par endroits, des habits ayant servi à des performances sont accrochés.Des photographies, superbes pour la plupart, figent aussi ces actions.A mettre au rang des œuvres réellement impliquantes pour le spectateur, cette longiligne table faite d’un chaleureux bois, sur laquelle ondoie une mince couche d’eau.En constance circulation, cette petite mare s’écoule par des orifices aménagés afin de recevoir les doigts de la main, f orce est de reconnaître qu’une certaine confiance à l’endroit de l’œuvre est nécessaire pour qu’on accepte de s’enfoncer les doigts dans ces trous d’écoulement.Ix‘s œuvres de Hamilton invitent souvent le spectateur à se mettre dans un rapport où des sentiments d’étrangeté et d’altérité sont impliqués.Outre ces crinolines gigantesques qui virevoltent dans l’espace, prêtes à accueillir (sous leurs jupes) le visiteur curieux, une autre ceuvre, désarmante, exige la participation du visiteur.Dans la première salle, une myriade de petits tuyaux sortent du mur.Chacun soutient un petit contenant dans lequel s’agite une eau tourbillonnante.Au milieu de cette danse lluide, l’acoustique d’un ancien téléphone est accroché, sans raison apparente.Or la voix que capte ce réceptacle suspend le mouvement des moteurs et cause le repos graduel du liquide.Littéralement, l’intervention de la voix coupe la parole de l’oeuvre.Partout dans l'œuvre de Hamilton, la notion d’ingestion est mise en cause.Par exemple, outre les cas où la nourriture est directement utilisée, on note cette performance, trupos (1992), où un personnage brûle les lignes d’un livre au gré de leur consommation, au centre d’une immense pièce dont le sol est entièrement recouvert de crin de cheval.On reconnaît la le mode de préhension très tactile que l’artiste valorise dans sa production.Pour l’exposition du MACM, un long présentoir accueille les livres écorchés par le fer.Mattering Les œuvres cpii forment le volet principal de l’exposition proviennent de l’exposition itinérante Le Corps et EXPOSITION PE! MAN Dix ans de peinture jusqu’au 31 octobre Jeune prodige de la peinture, Pejman Ebadi est né en 1982 et expose en solo depuis 1990.Le Belgo - Espace 418 372, rue Sainte-Catherine Ouest du mercredi au samedi de 12 h à 17 h 30 Info : Galerie Simon Blais au 849-1165 INTÉRESSÉ à participer à une performance au Musée d'art contemporain de Montréal?Le MACM est à la recherche de bénévoles désirant participer à une performance de l'artiste américaine Ann Hamilton.Les bénévoles prendront part à la fascinante installation intitulée mattering.Si cette aventure vous intéresse, veuillez rejoindre Pierre Alvarez au (514) 847-6907.Les personnes éprouvant des vertiges sont priées de s'abstenir.= MUSÉE D'ART CONUMPORAIN DT MONTREAL — Québec " pascalo archambault danioll© april clair© beaulieu pierre bellemare miguol berlanga gillos boisvert Catherin© bolduc laurent bouchard claire brunot pierre bourgoault-legros marie-france briére carol cliff cozic reynald connely linda covit éric daudelin michel de broin tatiana demidoff-seguin rené derouin lalie douglas lucie duval joan esar dénis farley andré fournelle sylvie fraser jocelyn gasse monique giard michel goulet jacqueline guillermain Claude hamelin Christian laporte francine larivée lim yum lau renée lavaillnnte isabelle lelarge lisette lemieux janet logan yves louis-soize john mingolla alex magrini david moore françols morelli guy nadeau mdlra nair noces de cana jean noël andrée pagé louise paillé léon perreault gilbert poissant francine potvin Claude prairie ginette prince natalie rolland francine savard maurice Savoie andréa szilasi manon brigitte thibault alaln marie tremblay michèle tremblay-gillon dominique valade bill vazan patrick viallet sarla voyor Du 12 septembre au 10 octobre 1998 Du mercredi au samedi rie12H00A17H30 CIRCA '.CIRCA it La maison de la culture Notre-Dame-de-Grâce présente L A R È G J E U Une exposition sur la création en jeu dans la liflérature et les arts visuels québécois La règle du jeu réunit les textes de : José Acquelin, Mario Campo, Réjean Ducharme, Louis Gauthier, Louis Hamelin, Lise Harou, Gilles Hénault, Guy Ménard, Jeanne Painchaud, Michel Tremblay et les œuvres de : Pierre Ayot, Thomas Corriveau, Cozic, Pierre Desrosiers, Stéphane La Rue, Aline Martineau, Manon Pelletier et Serge Roy jusqu’au 15 novembre mardi, mercredi, jeudi : 13 h à 20 h vendredi, samedi et dimanche : 13 h à 17 h Entrée gratuite Maison de la culture Notre-Dame-de-Grâce 3755 rue Bolrel, angle chemin de la Côte-Sainl-Antoine métro Villa-Maria Renseignements : 872-2157 www.ville.monlreal.qc.ca/maisons Ville de Montréal I.Ol'VIK GAI I KKY.NEW YORK mm mBSSmÊM /
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