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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier C
Genre spécifique :
  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Références

Le devoir, 2002-03-16, Collections de BAnQ.

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LE D E V O R .LES SAMEDI 16 ET DIMANCHE 17 M A R S 2 0 0 2 ns** \ Espagne (ûé\a\\), huile sur toile, 1951 «Un poème lyrique à l’image de constellations vibrantes.» Espagne a é\é présenté ainsi par le Musée du Québec lors de son acquisition l’an dernier.© Jean-Paul Riopelle - SODRAC (Montréal) 2002 ?LE DEVOIR * wmè fu ne sera pas le dernier ©Jean-Paul Riopelle - SODRAC (Montréal) 2002 Jean-Paul Riopelle, Robe Of Stars, huile sur toile, 1952 Collection Muséum Ludwig, Cologne.P ' 43?WW .Wfî zmm * * IM Ai- ; 1^ ' t ?/ M;* BERNARD LAMARCHE LE DEVOIR Nous y sommes.A vrai dire, depuis que l’idée avait circulé de voir Jean-Paul Riopelle s’effacer lentement sur son île, nous savions que le moment de lui rendre un hommage viendrait.Rendre hommage, rien d’autre ne vient à l’esprit au moment d’écrire ce texte, tâche d’autant plus difficile à accomplir en quelques lignes que l’on sait d’avance que cet hommage, au contraire de ce que dit la formule, ne peut être le dernier.Nous n’avons jamais rencontré Riopelle, n’avons pas été de ses amis ni n’avons compté au nombre de ses collègues, encore moins de ses proches.Pourtant, l’hommage s’impose.Impossible, dans ces conditions, de tenir un discours empreint de l’émotion montrée par ses intimes.En ce qui nous concerne, le meilleur hommage à rendre à Jean-Paul Riopelle, sans doute l’un des grands artistes de ce siècle, serait d’avancer le contraire de ce qui a été dit depuis mercredi.Depuis quelques jours, une idée est reprise, selon laquelle Riopelle aurait été un artiste inclassable.Dire cela, c’est à notre avis se tenir au plus loin de l’hommage.Qualifier Riopelle d’artiste «inclassable» équivaut à réduire la portée de son œuvre.Un lieu commun de la littérature (j’art veut que les artistes résistent, tous autant qu’ils sont, aux catégories.A chaque artiste sa résistance.Dire de Riopelle qu’il est impossible de le réduire à une quelconque classe, c’est le ramener au rang de ses confrères, qui n’ont pas sa stature.Riopelle, comme tous les artistes, ne fait rien comme les autres.Et pourtant De Riopelle, il a été dit qu’il était le Picasso du Québec.La comparaison peut tenir.Par l’abondance de sa production, Picasso, dans l’histoire de l’art du XX‘ siècle, apparaît comme une figure de l’abondance.Sur ce plan, l’endurance de Riopelle n’a rien à envier à celle de l’artiste catalan.Même si son corps en était venu à l’abandonner ces dernières années, il avait continué à travailler en collaboration avec d’autres artistes et artisans pour enrichir un catalogue déjà volumineux et surtout pour continuer à nourrir la fougue créatrice dont tous le disaient habité.Un exemple: pour le magnifique album Le Cirque, lancé au Salon du livre de Montréal en 1996, Riopelle a dirigé les travaux sans les réaliser lui-même, ce qu’on appelle dans le jargon des «estampes d’interprétation».Dans un article du Globe Magazine de Toronto, publié le 9 mai 1964, Riopelle disait lui-même qu’il avait été «un peintre du dimanche durant dix ans.Je faisais de si mauvais tableaux, si académiques».Puis, comme le rapporte le très documenté François-Marc Gagnon dans ses Chroniques du mouvement automatiste québécois, 1941-1954, c’est l’impasse, celle de l’imitation de la nature, devenue impossible aiçx yeux de l’artiste à la toute fin des années 40.Un passage difficile à l’Ecole polytechnique en 1941-194?résonne de cette infortune.En septembre 1943, Riopelle entre à l’Ecole du meuble et rencontre Paul Emile Bor-duas, avec qui les premiers contacts sont ardus.Il prend aussi quelques leçons à l’Ecole des beaux-arts, qu’il aurait quittée en 1943 après avoir été absent à plusieurs séances.Une Nature morte au coq, qu’il n’aurait pas réussi à finir, fait de nouveau trébucher l’apprenti artiste, bien qu’il soit reconnu par ses professeurs de l’Ecole des beaux-arts pour son habileté technique, la peinture surréaliste, l’écriture automatiste vont résoudre ses problèmes, provisoirement VOIR PAGE C 9: HOMMAGE retour de SERGE KRIBUS U 12 MARS AU 6 AVRIL SPEXEL Affichage Astral Media MISE EN SCÈNE : DENIS BERNARD ASSISTANCE À LA MISE EN SCÈNE : Nancy Rozon théâtre du rideau vert AVEC GÉRARD POIRIER BERNARD FORTIN Guy Vaillancourt CONCEPTEURS : Mario Bouchard François Barbeau Nicolaa Descôteaux Pierre Ducheane Mario Payeur Un duel père-fils.drôle.émouvant.Éblouissant! Une collaboration de BANQUE NATIONALE (514) 844-1793 • www.ndeauvert.qc.ca LE DEVOIR.LES S A M E D I s I 6 ET DIMANCHE 1 M A R S 2 0 0 2 Culture THÉÂTRE Plonger dans le mystère Pessôa Alice Ronfard monte Ode maritime.dans la piscine d'un bain public MICHEL BÉLA IR LE DEVOIR Afice Ronfard porte un visage de femme comblée par les temps qui courent — ça lui va fort bien.Doublement plongée dans l’univers riche et dérangeant de Fernando Pessôa, elle irradie, soulevée, habitée par le génie du grand poète portugais.Déjà, avant même que l’objet ne soit créé, cette Ode maritime quelle met en scène tout au fond de la piscine du bain Saint-Michel aura donné lieu à une rencontre exceptionnelle débouchant sur la création d’un groupe: Autopsie théâtre.«J’aime mieux parier d’un groupe que d’une compagnie, précise-t-elle.Un groupe réuni autour d’une même passim: inscrire la parole du théâtre dans le tissu urbain.C’est un travail qui tient compte de l’architecture, mais c'est d’abord un travail sur le texte.“Autopsie”, ça appelle le mot “disséquer”; disséquer pour mieux comprendre, pour mieux sentir.Quand Geoffrey [Gaquere] est venu me proposer ce texte de Pessôa, c’est arrivé pile: j’étais, je suis rendue là dans ma démarche personnelle.» C’est qu’Alice Ronfard a fait table rase.Sa perception de la mise en scène a évolué: ici, avec sa nouvelle équipe, elle a trouvé l’occasion de faire appel à sa formation en arts visuels.Elle se sent comme un sculpteur qui travaille une matière, qui incarne un matériau brut en lui donnant une forme.Comme si, en travaillant sur le texte dans un lieu autre, le travail était devenu autre aussi.«Ce lieu est une dtmnée fondamentale de l'expérience: il colle complètement au texte.Je vois littéralement les mots de Pessôa sortir de la piscine dans l’écho des centaines de milliers de baigneurs qui sont passés là.J'entends leurs cris résonner.Des portes de vestiaire se refermer, des éclaboussures d’eau, des bruits de course.Travailler Pessôa, c’est entrer dans un univers complexe qui parle de beaucoup de choses, mais c'est aussi un travail sur la mémoire.Et le fait de le faire ici, c’est travailler sur la mémoire inscrite dans la vie d'un lieu architectural très chargé.Je vis des moments importants qui viennent me chercher aux tripes: c’est bon!» Bon.Le manque et la tension On le voit, le mot «travail» revient avec régularité dans la bouche de Ronfard.Mais ce qui se lit dans ses yeux et dans ses gestes quand elle décrit ce «travail», c’est la passion que Pessôa suscite en elle.Comme chez la plupart des «fans» de Pessôa — voir le texte d’Odile Tremblay ci-contre —, elle s'enflamme quand elle en parle.Ce petit fonctionnaire anonyme qui écrivait la nuit est mort d’une cirrhose du foie, à 47 ans, en 1935.Peu publié de son vivant, Pessôa a néanmoins fondé de petites revues littéraires sous des noms d'emprunt.On a trouvé plus de 25 (XX) textes manuscrits dans une malle cachée dans le petit meublé minable qu’il habitait à Lisbonne (on peut consulter plusieurs sites Internet sur Pessôa, dont l’excellent www.disquiet, com/pessôa.html).C’est dans ces textes — loin d’avoir Pessôa ou l’orgueilleux désespoir ¥ ij- ,, „ JACQUES GRENIER LE DEVOIR Les comédiens Miro et Geoffrey Gaquere jouent Y Ode maritime de Pessôa sur le plan incliné de la piscine du bain Saint-Michel.tous été publiés — qu'on a découvert l’existence de ce que Pessôa (qui signifie «personne» en portugais) appelait ses hétéronymes, ses doubles littéraires.Ode maritime, par exemple, est signé par l’un d’eux: Alvaro de Campos.«Ce qui me touche profondément chez Pessôa, reprend Alice Ronfard, c’est cette volonté d’être anonyme, de mêler les cartes.D’être rien pour pouvoir être tout.De ne pas avoir de nom afin d’être libre — ce qui est assez contraire à nos façons de fonctionner à nous.Son humour aussi, quand il écrit à ou sur l’un de ses hétéronymes; son ironie, sa cruauté.Mais c’est d'abord sa profonde humanité.Le manque que mettent en relief sa grande solitude et sa souffrance.C’est bizarre, mais l’image qui décrit le mieux la perception que j’ai de Pessôa, c’est le personnage de la mère dans Le Vrai Monde de Michel Tremblay.Cette vieille femme est assise, presque immobile, silencieuse, anodine, pendant que dans sa tête elle est en train de détruire la planète tout entière.» D’accord.Mais il ne semble pas évident de traduire tout cela en récitant des poèmes au fond d’une piscine vide, non?Comment cette grande envolée lyrique peut-elle se transformer en objet théâtral?Où sont les personnages, et que vivent-ils?I-a réponse vient tout de suite, vive: «La vie de Pessôa est déjà un théâtre en soi.Mais ici, c’est par la tension qu'on donne forme à l’objet théâtral de la production.Ode maritime est un texte parfois incroyablement violent puis ensuite plus lyrique, plus poétique.Ce mouvement de flux et de reflux est constamment présent dans le texte.Il s'écrit à deux voix même s’il n’y a pas de personnage comme tel.On verra deux hommes, mais n'est-ce pas plutôt deux facettes d’un même homme, deux aspects d’un même Pessôa?Tout au long, ces deux hommes incarnent un espèce de dialogue ou plutôt de combat entre l’animalité et la rationalité, entre l'être et le paraître, entre T’animus”et ranima”, entre l’homme et la femme.C’est tout cela qui crée la théâtralité.Évidemment, c’est un travail d’acteur énorme.Physiquement, d'ailleurs, les comédiens incarnent bien cette tension-opposition: Miro est long et mince; Geoffrey, plus massif.En répétition, nous en sommes venus à les appeler P 1 et P2.» Un laboratoire Concrètement, l’équipe d’Au-topsie théâtre a divisé le texte en trois actes et six mouvements, chacun de ces mouvements étant mis en jeu par Miro puis clos par Geoffrey Gaquere, l’un se faisant l’écho de l’autre.Les comédiens jouent sur le plan incliné de la piscine.Tout autour de ce lieu ouvert et nu, une rangée de chaises, 90 places.«90 visions différentes», s'empresse de préciser la metteur en scène.«Contrairement à la scène à l’italienne à laquelle on est habitués, il n’y a pas ici de dictature du regard: personne ne verra la même chose sous le même angle, ce qui colle aussi à la démarche de Pessôa et qui, tout en ébranlant les certitudes du spectateur, débouche sur une sorte de nouvelle efficacité théâtrale.D'autant plus que l’écho de la piscine force les comédiens à incarner cette parole de façon assez particulière.» Alice Ronfard parle de ce laboratoire avec enthousiasme: «Ce type d’expérience, c’est un peu une occasion de refaire ses devoirs, de replonger en soi-même: ça permet de se redéfinir comme créateur.Tous les membres de l’équipe sont impliqués, mais ce n'est pas une création collective! Chacun fait son petit bout, mais il y en a qui éclairent ou qui habillent, d’autres qui jouent et moi qui mets en scène.» Pour tous ceux et celles qui sont prêts à plonger dans l’univers étrange de Fernando Pessôa, Ode maritime sera donné 15 fois, du 12 au 30 mars, du mardi au samedi, au bain Saint-Michel, 5300, rue Saint-Dominique, angle Maguire.On peut réserver au n (514) 836-7762.ODILE TREMBLAY LE DEVOIR Te serai toujours celui qui at-tendait qu'on lui ouvrît la porte auprès d’un mur sans porte», écrivait Fernando Pessôa dans son éblouissant poème Bureau de tabac.L’orgueilleux désespoir d'un être exceptionnel et incompris, le déséquilibre qui accompagna chacun de ses pas, le choc des dimensions en fracas dans son cerveau, les voyages à travers les sphères dont il tirait des perles littéraires: on peut évoquer tout ça en espérant cerner la psyché du grand poète portugais, mais celle-ci se révèle insondable.Il faudrait ajouter la blessure de la lucidité qui refusait tous les baumes, ainsi que cette étrange fragmentation du moi.Il est courant au Québec d’entrer dans l’univers complexe de Fernando Pessôa par la porte du théâtre.Sa poésie atterrit parfois sur nos scènes, comme le fait Ode maritime cette semaine à travers le regard du groupe Autopsie théâtre d’Alice Ronfard.Cet écrivain portugais complexe et, disons-le, génial mérite pourtant d’ètre approché également entre les pages d'un livre, ou plutôt de plusieurs livres.Car le mystique sans Dieu, l’homme qui se targuait de n’être personne (pessôa signifie également «masque» en portugais), fut en fait multiple, comme les facettes d’un œil de mouche.On l’a comparé à Kafka, à Cendrars, à Cocteau.Personnellement, il me fait plutôt penser à l’Argentin Jorge Luis Borges, pour le maniement du paradoxe, le survol des dimensions, le sentiment de la vacuité et de la plénitude, le rêve prenant sans cesse le relais de la vie.Quel Pessôa?Comment cet être obscur, employé modeste et gris (il rédigeait pour des maisons de commerce leur correspondance en anglais et en français) qui hanta les bars et les rues de la blanche Lisbonne, s’est révélé après sa mort l’un des écrivains majeurs du XXe siècle participe de son mystère.D’autant plus mystérieux qu’il écrivit sous plusieurs noms, les fameux hétéronymes, chacun d’entre eux possédant sa personnalité, son physique, son statut social, son niveau de culture, sa date de naissance.Qui fut vraiment Pessôa au milieu de ses identités disparates?Ricardo Pessôa fait penser à Borges par le maniement du paradoxe, le survol des dimensions, le sentiment de la vacuité et de la plénitude, le rêve prenant sans cesse le relais de la vie Reis, le médecin établi au Brésil, au style puriste et archaïsant?Alberto Caeiro, poète païen de la sensation brute, inculte et inspiré?Alvaro de Campos, le plus humain et le plus puissant de ses avatars, ingénieur et poète des grands espaces, auteur é’Ode maritime et de Bureau de tabac?Pessôa s’est offert une douzaine d’hétéronymes, sans compter les autres qui naissaient et mouraient comme des souffles.L’un était lyrique, l’autre détestait ces envolées.Parfois, l’écrivain faisait correspondre ces «moi» entre eux.Ailleurs, il signait Fernando Pessôa, sans se confondre totalement avec lui-même, masque parmi les masques.Ceux qui ont plongé dans son extraordinaire Livre de Tintran-quillité, journal métaphysique transpercé à chaque instant par l’éclair du génie, savent qu’il a été rédigé par Bernardo Soares, le plus proche parent d’un Pessôa mis à nu.Et ses cris de souffrance, ses désespoirs et ses enchantements à refuser la fraîcheur de toute illusion, l’appui de toute doctrine et le réconfort de la moindre amitié sont aussi le creuset de sa création et le prix de sa lumineuse liberté.Fernando Pessôa n’a pas beaucoup publié de son vivant: une centaine de poèmes et d’articles dispersés dans diverses revues, quatre plaquettes de vers en anglais.Après son décès, des milliers de pages furent découvertes dans la fameuse malle, certaines très tardivement (Le Livre de l’intranquillité ne fut publié qu’en 1982, Faust en 1988 et The Mad Fiddler en 1992).Pessôa n'a pas tout livré, n’a pas acquis la renommée universelle qu’il mérite.Le jour où son œuvre sera publié en livre de poche, il deviendra plus accessible, mais son nom grandit sans cesse.A Lisbonne, des cafés vivent de sa représentation et de son souvenir.Quant à sa dépouille, elle fut là-bas transférée du cimetière des Plaisirs au glorieux monastère des Jéronimos, où ses restes trônent désormais aux côtés de ceux de Vasco de Gama et de Camoës.Pessôa qui n’aimait rien ni personne et encore moins lui-même aimait Lisbonne, ses tramways, ses dédales, son Tage et sa poésie.Les lecteurs, sous quelque hétérony-me qu'ils le découvrent, voient aujourd’hui la capitale portugaise à travers ses yeux, la plus belle survivance dont cet homme-ville eût pu rêver.AMPHITRYON I ES DIEUX SON I S SUR I A TETE' Mise en scène Yves Dagenais Avec Luc Chapdelaine, Noémie Godin-Vigneau.Silvio Orvieto, Alain Fournier.Richard Fréchette, Ginette Chevalier.Rénald Laurin, Marcel Levasseur, Claude Tremblay Concepteurs : Claude Accolas.Aymar, Florence Cornet.Anne Henry; Rkhard Lacroix.Allaln Roy.Jlll Thomson Jeudis et vendredis, M h; samedis, ts H (Matinées et soirées scolaires en semaine, 10 h M, lï h J0 et N h) BILLETTERIE : après François Truffaut, le cinéaste italien Roberto Rossellini était «km instinctif avant d'être un intellectuel» et son cinéma, d’une haute exigence morale, l’aurait condamné à la solitude, à l'incompréhension.C’est peut-être pour dissiper ce malentendu tenace autour du réalisateur mondialement célèbre pour un des plus grands films de l’histoire du septième art Rome, vüle ouverte, que la Cinémathèque québécoise trace non pas un, mais plusieurs chemins pour nous conduire jusqu’à lui.D’ici la fin du mois de mars, une partie de l’œuvre de celui qui ne faisait pas du néoréalisme une religion sectaire retrouvera sa véritable place, sur grand écran.On pourra ainsi mesurer l’impact esthétique et politique de ses films, et constater qu’au-delà de son attachement au cinéma (relatif puisqu’il a travaillé plusieurs années pour la télévision), il était animé davantage par une véritable compassion pour le monde bien plus que pour les images.Il ne s’estimait d’ailleurs pas «l’inventeur» du néoréalisme et s'il devait le définir, cela ne tenait qu’en trois mots: «l'amour du prochain».Dix films, tournés à différentes époques de sa vie, composent cet hommage où l’on accorde une place de choix à sa trilogie consacrée aux années 194346 (Rome, ville ouverte.Paisa, Allemagne année zéro).Ces œuvres exceptionnelles condensent la portée de la vision de Rossellini sur cette période trouble de l’Europe, et tout particulièrement d’une Italie dévastée, où l’espoir, si mince soit-il, n’abdique jamais devant la brutalité et la bêtise.Cette trilogie a suffi à assurer à Rossellini une place à part dans le cinéma italien; sa filmographie, traversant plusieurs phases, a débuté avec quelques courts métrages en 1936, des œuvres de propagande commandées par le fils de Benito Mussollini au début des années 40, et plus tard des liaisons amoureuses dont les effets peuvent se lire dans ses films.La figure bouleversante d’Anna Magnani Rome, ville ouverte sera présenté le dimanche 17 mars à 18h30.est indissociable de la première grande période du cinéaste et n’est pas étrangère au triomphe de Rome, ville ouverte; on la retrouve également, tout aussi tragique, dans une adaptation dépouillée de La Voix humaine de Jean Cocteau, tourné en 1948.L’autre grande figure du cinéma et de la vie de Rossellini demeure Ingrid Bergman, dont la liaison, jugée scandaleuse, a fait éclore quelques-uns des meilleurs films du réalisateur.Dans Les Cahiers du cinéma, le critique Jean Douchet établit d’ailleurs un rapprochement révélateur entre Rossellini et Alfred Hitchcock, liés par cette star qu’ils admiraient tant «(.] la différence d'interprétation qu’ils nous proposent de l’actrice nous dit beaucoup des rapports secrets entre ces deux cinéastes.Rossellini et Hitchcock l’emploient de manière sadique, mais le sadisme du premier est plus aristocratique, plus romain.» Malheureusement cet hommage ne rend pas justice à sa contri- bution exceptionnelle puisque Stromboli et Europe 51 n'y figurent pas, tout comme un court sketch tiré du film Nous les femmes, tourné en 1953, avec une toute jeune Isabella Rossellini, programmé mais retiré de l’horaire pour des questions de disponibilité de copies.(A noter qu’un autre film ne figure plus dans la programmation pour les mêmes raisons: Où est la liberté?).On pourra toutefois entreprendre de nouveau ce mélancolique Voyage en Italie ou découvrir La Peur, le dernier film du couple réalisé en 1954, une adaptation du roman de Stefan Zweig.L’incompréhension qu’évoquait François Truffaut s’est amplifiée par la suite, l’homme récoltant plus d’hostilité que de prix pour ses films historiques (Viva l’Italia, Le Général Della Rovere, La Prise du pouvoir par Louis XIV), ce qui l’a poussé à quitter le cinéma, devenu, selon ses mots, «un ballet de spectres», pour trouver refuge à la télévision.Très soucieux du carac- SOUHCE CINEMATHEQUE QUÉBÉCOISE tère démocratique et pédagogique du médium, capable «de nous aider à devenir des hommes complets et mûrs», Rossellini a posé son regard sur les sujets les plus divers.L’hommage propose son documentaire sur l’Inde ainsi qu’une évocation de la vie de Biaise Pascal avec Pierre Arditi.Même incomplets, ces chemins de Rossellini nous permettront de juger si l’enthousiasme de Jacques Rivette à l’égard du cinéaste était juste, lui qui affirmait: «Il y a, d’une part, le cinéma italien; de l’autre, Rossellini.» Une partie du malaise qu’il a suscité pendant sa carrière pleine d’embûches provient sans aucun doute de ce constat pas très flatteur pour certains de ses compatriotes.Pour connaître l’ensemble de la programmation Les Chemins de Rossellini, consultez la Revue de la Cinémathèque, le site Internet (www.cinematheque.qc.ca) ou téléphonez au (514) 842-9768.La Presse LAETITIA CASTA FREDERIC DIEFENTSAL ARIEUE OOMBASLE JOHN MAUOVICti LION DO R HOMMAGE - FESTIVAL DE VENISE 2001- «Un qimid /uni luviliquc (.onlaiibcntiit et tiiic anvic d ctii m409’ ,ViV* ’ Choeur de l’OMGM | En tournée dans l'île 1 13 mars : Rivière-des-Preiries • 19 mars Saint-Laurent 22 mars : Pierrefonds • 27 mers Verdun Renseignements : 514.598 0870 Billetterie de la PDA 514.8427112 Réseau Admisaion : 514.790.1245 www.orcheetrametropolitain corn TEBUSSY nuïis n muiuH Otter (mezzo-soprano); Golaud: Laurent Naouri (baryton).Geneviève: Hanna Schaer, Arkel Alain Vemhes: Y'niold: Florence Cou-drec; un berger, un médecin: Jérôme Vamier.Chœur de Radio Fran-ce; OaTiestre national de France, dir: Bernard Haitink.Naive V-4923.Opéra phare du XXe siècle sur un sujet symboliste qu’en même temps Fauré, Sibelius et Schoenberg ont traité, l'unique opéra achevé de Debussy, contemporain du travail de ces autres compositeurs, nous revient au disque, la mémoire ne faisant pas défaut, la toile de fond est dense; trois belles versions de cet opéra existent celle d'ingel brecht (dont la technique date malheureusement, mais qui reste musicalement formidable); celle de Boulez, aux splendeurs orchestrales incomparables; et celle d’Ab-bado, qui fait vivre le drame avec une énergie toute latine.Voici donc le radical contraire, l’antidote tant recherché aux clichés dans une œuvre qui doit tant en subir.la distribution frappe.Une mezzo, un baryton-martin et un baryton-basse; on a plus l’habitude de sopranos légers, de ténors un peu graves.Constat donc: la lumière sera à l’image de l’Allemonde où Maeterlinck situe cette non-action, et lumière il n’y aura que fort peu.Anne Sofie von Otter, qu’on pourrait croire à contre-emploi, s'avère la Mélisande la plus sensible et vivante qui soit Quelle aime Pelléas, qu’elle ne soit pas heureuse, que ses yeux ne se ferment pas, quelle offre passionnément sa bouche («toute toute!»), quelle s’effraie ou se terre en silence, elle hante le rôle.Elle n’interprète pas Mélisande: elle l’est Et comme on ne peut décrire ce personnage évanescent, on ne peut pas trouver de qualifica- tifs autres que «questionnant» sur cette ideation du rôle.Holzmair est un Pelléas partait.Sens du str ie, naivete de la voix, le voici enfin, ce Pelléas innocent à l’égal de sa Mélisande cherie et qui aime tout autant son frère Golaud qu'il cocufie maigre lui, malgré tout, porte par le Destin.Et Luirent Naouri se montre à la hauteur des Souzay ou van Dam qui ont déjà revêtu les mêmes braies de ce pauvre Golaud.Sa jalousie n'est pas mauvaise, elle ronge lame, sape les fondements de l'ego: on entend un chanteur — un être — qui se voit devenir méchant alors qu'il voudrait être bon mais qui n'échappe pas à son sort celui de nous le faire hair tout en comprenant son sentiment equivoque.L’Orchestre national de France (ONF) reprend ici le flambeau de la transcendante tradition d'un In-gelbrecht.L'orchestre «sonne» français, avec ces anches doubles si caractéristiques (ravissement des bassons qui exigent que vous y portiez une infinie attention tant ils sont merveilleux), ces clarinettes si filées, ces cors bizarrement aussi lumineux que sombres et une vertu du fondu des cordes qui — quoi qu’en pensent bien des mauvaises langues parisiennes, porte la marque du travail que Charles Du-toit a fait avec cette phalange.S’impose alors la direction de Haitink.Absolument le contraire de ce à quoi on s’attend selon nos expériences antérieures, mais droit dans le mille artistique de l’opéra.Voilà un chef qui comprend que Pelléas est une réponse à Wagner, une réponse amoureuse à Wagner, et qui le dirige comme du Wagner, c’est-à-dire avec subtilité et profondeur, comme Tristan, le Crépuscule ou Parsifal.I.a densité du climat passe de l'étouffement à la bouffée de fraîcheur bienvenue, du maniement de la complexité de la trame fait avec toute la finesse de goût que Debussy exige sans que cela tombe jamais dans la sensiblerie.Ce Pelléas est nordique-ment viril et on donne enfin au chef-d’œuvre mieux que l’enrobage en barbe-à-papa que trop souvent on lui affuble.Version troublante, troublée et qui trouble, dont on ne peut plus désormais se passer.François Tousignant Porte-parole: Charles Papasotf et Coral Egan L' 20 au 30 h kJ mercredi 20 mars 15$ Coral Egan Alex Cattaneo mardi 26 mars 15$ Norman Lachapelle Quintette jeudi 21 mars 15$ [IKS] - Afriks vendredi 22 mars 15$ Voodoo Jazz mercredi 27 mars Jessica Vigneault Quartette samedi 23 mars 15$ jazz-poésie-projection le Big B’Off avec les auteurs Gil Courtemanche et Stanley Péan (gratuit avec laissez-passer) jeudi 28 mars 15$ Ingrid Jensen dimanche 24 mars Trio LML Concert enregistré pat la Chaîne culturelle de Radio«Canada pour l'émission Silence on jazz (gratuit avec laissez-passer) vendredi 29 mars 15$ Christine Jensen lundi 25 mars Donato-Gelfand Concert enregistre par la Chaîne culturelle de Radio-Canada pour remission Silence rm jazz (gratuit avec laissez-passer) samedi 30 mars 15$ Papasoff Trio Artiste invité, Michel Cusson Concert enregistre par la Chaîne culturelle de Radio-Canada pour l’émission Silence on jazz forfait week-end 3 concerts pour 30$ forfait A «[IKS] *900400 Jazz • Le Big B'Off forfait B «Ingrid Jensen *Christine Jensen •Papasoff Trio Spectacles à 20h L j T~—* » J U 2100, av.Bennetl (quelques rues a l’est de IV IX) Billetterie: Admission: 514.790.1245 Info.: 514 380.8128 Laissez-passer/speclacles gratuits 514.872.2200 www.espacesemergents.com/jazz Ville de Montréal BELLI GUEULE espnees.em£PGen7-s I l DlAiill: *i ulliirellci Diffuseur officiel j-.“J M 11 S 1 Q U K Fidèle à l’authenticité de la Renaissance 1) A V 1 D C A N TI N ville Ce livre est.en fait, un aidt'-mé- Depuis plus de trente ans, l’Kn-semble Claude-Gervaise s'intéresse d’assez près à tout ce qui entoure la musique ancienne, l es archives, I'interpretation.le contexte, les sources et évidemment les instruments d'époque.Selon le directeur artistique du groupe, Gilles Plante, ce «souci d’authenticité» demeure toujours le mot d’ordre.A l’occasion du lancement d’un nouvel album qui a pour titre NouvcUe France, ces pionniers québécois semblent encore avoir bien des projets en tête.À la fin des années soixante, la musique de la Renaissance n’avait pas la même reputation qu'aujour-d’hui.Gilles Plante se souvient d’une époque où «une certaine confusion entre la musique du Moyen Age et celle de la Renaissance était plutôt fréquente».Par contre, au fil des décennies, k's recherches se sont peaufinées de même que les goûts du public en général.«Un événement comme les Fêtes de la Nouvelle-France permet de démystifier certaines croyances qu ’une gnin de partie de la population peut se filtre, en rapport avec la musique firm çaise du temps de la colonie.» Avec ce disque, l’Ensemble Claude-Gervaise souhaite rendre, de manière la plus juste possible, ce que les bourgeois ou les religieux pouvaient écouter autour de 1700.Cela va de la chanson à boire à des danses pour un bal, en passant par un air amérindien joué à la flûte par un missionnaire.Ces œuvres proviennent, évi demment, des archives québécoises ou encore de certaines recherches menées en Europe.L's contredanses qui ouvrent le disque sortent tout droit d’un recueil intitu lé Le Manuscrit de Trois-Rivières.Selon Hante, «il aurait appartenu à Pierre-René Boucher de la Bruère.seigneur dt' Montarville et Bourher moire probablement rédigé par un maitrr à tianser».Très différent, F Ion lan la est une chanson qui circulait, sans doute, au cours de repas bien arrosés dans les milieux nobles et bourgeois vers 1750.On retrouve aussi sur Souvelle-Fnince, des pièces pour clavecin de Couperin transformées eu contredanse, de même que certaines transerip-tions de motets écrits dans le goût du siècle.L’EnsL'tnble Claude-Gervaise compte cinq membres réguliers, mais s’étend parfois à sept.Gilles Hante possède aussi une in> posante collection d’instruments authentiques et reconstitués qui a fait l’objet d’une quinzaine d’exjxrsi-tions dans divers musées à travers le Québec.Il s’attarde quelque |X‘u sur le luth, •le luth était un instrument assez répandu à l'époque chez les nobles et les bourgeois.le Sieur Bizard en possédait un, le Sieur de Maisonneuve aussi.Il existe même une lettre, plutôt intéressante, qui nous laisse croire que le luth a même été utilise dans les offices religieux.» Après des disques sur la musique au temps de Jacques Cartier et un autre centré sur le répertoire du Moyen Age, ( idles l’lantc a prochainement l’intention d’aborder le registre populaire de l’époque.«Im prochaine étape est de produire un disque qui se penchera, spécifiquement, sur toute la tradition orale de la chanson folklorique au temps de Ut colonie.Pour Nouvelle-France, on ne voulait pas trop aborder cet aspect toutefois fort intéressant.» Au cours des prochains mois, lEnsemble Claude-Gervaise se produira dans le cadre du Festival de luth de Montréal ainsi que cet été aux Fêtes de la Nouvelle-France à (juébee.NOUVELLE-FRANCE Ensemble Claude-Gervaise (Oratorio/lnterdisc) MALHER À LANAUDIÈRE lu 8* symphonie, Charles Dutolt et l’OSM Vendredi 28 juin Un extraordinaire moment de musique! Du 22 août au 2 septembre LE ROMANTISME ET PARIS Les, , beaux a déto urs la douceur de rêver et de découvrir des lieux de création, de nostalgie, , de réflexion.jr Conférences, visites commentées.r ^CIRCUITS CULTURELS (514) 276-0207 I n collaboration avec Club Voyages Rosemont Æ La Société Philhapmonuquf de Montreal PRÊSINTf.^ i Mozart' Bequ iem ( '. ftnur clanncllc rn I.a I >11 ' ' Mi L II is I ;iL,t< m Vendredi Saint, 29 mars 2002-2oh Eglise Saiflt-jeanBaptiste Angle Rachel et Henn-julien $ Mont-Royal Billets :22S \ Admission générale ) Place des Arts : (514) 842-7112 Réseau Admission : (*,14) 790-1245 ouwww.admission.com t le concert (frais df' service applicables)] A l'entrée de I église 1 h aval r arxv www.artv.ca ¦H 5fTir —: — f 1 - W* jk *1 Ék: #% on h Ce soir ZU n Y THEMA cuba jjn documentaire sur le riche héritage musical i de Cuba, précédé du film cubain La vie, c’est siffler.Grand Prix du Festival de La Havane en 1999.Hm 'ÊÈm mm ,4-e fé* uemam £un ABIE CLAUDE GERVAISE à la Renaissance, l’ensebible de réputation internationale explore la musique ancienne, musiciens sous ta direction de Gilles Plante.4 dûs.VlDfflIRON 3T BEU ; 123 STARCHOlCf ; J84 LE DEVOIR, LES SAMEDI 1 6 E T DIM A N (HE 17 MARS 2 0 0 2 C 8 « LE DEVOIR * Entrevue avec Michel Walberg .I ¦*%.*$* I r\ * © JEAN-PAUL RIOPELLE/SODRAC (MONTRÉAL) 2002 Poussière de soleil, huile sur toile, 1954 £0 ' i \ ._ > ' ; • mi '!/»• • Wf Riopelle est un chaman «Il fait de la peinture comme les chamans des tribus de Colombie-Britannique faisaient de la magie» CHRISTIAN RI O II X CORRESPONDANT DU DEVOIR Paris — Michel Walberg n’avait pas 12 ans lorsqu’il visita la famille Riopelle, qui vivait alors dans une minuscule chambre de bonne parisienne.Il était avec son père, Patrick, et se souvient que les deux filles dormaient dans la cuisine, dans des lits superposés.Son père était alors un critique d’art estimé qui avait fondé, avec Camus, le journal Combat immédiatement après la guerre.Il avait découvert Riopelle dès son arrivée en France, à travers son exposition à la galerie Nina Dausset Membre des surréalistes dont il sera exclu en 1951, Patrick Walberg avait été séduit par le personnage, qui débarquait avec cette frénésie de réussir qui le brouillera aussi bien avec André Breton qu’avec les automatistes québécois.«Ce n’était pas un homme de groupe.C’était un solitaire et un irréductible.dit Michel Walberg.Il arrive en France avec une énergie incroyable, son accent particulier.C'est le Huron de Voltaire qui débarque dans les salons parisiens.On a l'impression que c'est un morceau de nature qui fait irruption dans un très vieux pays.C’est l'intensité et le côté direct sans précautions qui frappe.« Ecrivain et poète, Michel Walberg a préfacé le premier tome du Catalogue raisonné de l’œuvre de Jean-Paul Riopelle, auquel travaille sa fille Iseult de- puis des années.Une œuvre monumentale qui devrait faire au moins trois volumes.Dans son introduction, WTal-berg insiste sur le côté chamanique de l’œuvre de Riopelle.«Pour Riopelle, le nécessaire à peinture était comme le nécessaire à magie du chaman.Il fait de la peinture comme les chamans des tribus de Colombie-Britannique faisaient de la magie.» Mais dans les années 50, Walberg n’est encore qu’un adolescent.11 va voir Riopelle chez lui, rue Frémicourt, ou chez son garagiste, près de la rue Daguerre.C’est là que la jeune star de Saint-Germain fait retaper ses premières Bugatti.Les deux hommes roulent en Citroën à 200 km/h sur les routes.Ils bambochent dans toute la ville et se retrouvent au bar du Dôme aux petites heures du matin.Généralement dans un état second.Walberg devient le photographe des toiles et des premières sculptures de Riopelle.Il assiste à sa rencontre avec sa future compagne, la peintre américaine Joan Mitchell.Cela se passe dans l’appartement de la peintre américaine Shirley Jaffe, dit-il.Tous font partie de la bande de peintres américains qui tourne autour de Sam Francis et Norman Bloom.Capacité de se renouveler «Jean-Paul Riopelle est l’un des plus grands peintres de l'après-guer-re.C'est un des tout premiers par sa capacité de se renouveler.Il a un point commun avec Picasso.C’est l'énergie et la puissance de travail, Hommage à Jean-Paul Riopelle Êcxo II.1977 H» -V Il regarde tant la nature Que la nature a disparu Victor Hugo cité par Georges Duthuit Musée d'art de Joliette même s’il travaillait par à-coup.Comme Picasso, Riopelle n’a pas vraiment eu de postérité.Car ce serait trop visible, ce serait du plagiat.» On voit mal Riopelle être à l’origine d’une école, lui qui ne les supportait pas plus que les étiquettes.«Riopelle a composé avec le pouvoir II ne refusait pas l’aspect marchand des choses.Mais pas dans sa peinture!» Le poète a toujours défendu Riopelle, même dans ses périodes les plus sombres.Au début de la «période des oies», dans les années 70, on le disait fini.Selon les critiques, Riopelle sombrait dans une figuration insignifiante.Il n’avait plus aucun sens des couleurs.On dira la même chose lors de ses premières peintures à l’aérosol.«Les gens veulent associer l’artiste à une image, dit Walberg.Ils comprennent mal qu’il change de cap.Mais Jean-Paul n’a jamais fait carrière.C'était fondamentalement un expérimentateur.Les gens n’aiment pas qu’on les dérange.» Selon Walberg, le discours critique français limite trop Riopelle à ses premières années.Après les années 60, il désoriente son public.Le figuratif avait alors plus mauvaise presse qu’aujourd’hui.Seule comptait l’abstraction, et certains n’ont d’ailleurs pas hésité à parler de trahison.Un figuratif Riopelle répondait ironiquement qu’il avait toujours été figuratif.Comme lorsqu’il déclara sur les ondes de Radio-Canada être le fils d’Ozias Leduc plutôt que de Borduas.«Il n’aiait rien d’un théoricien.Pour lui, la peinture était toujours une transposition de la nature à la manière des impressionnistes et de Monet, dont il se réclamait.H y a deux façons de concevoir la nature.On peut la voir comme le règne de la confusion, incompréhensible et indéchiffrable.On peut aussi la voir comme le règne d’un certain ordre qui obéit à des lois.Dans sa première période, Riopelle s'est intéressé à ce premier aspect.Après il est revenu à certains principes d’organisation, tout en préservant son côté mystérieux et enchevêtré.» Walberg estime que Riopelle était parfaitement sincère lorsqu'il se définissait essentiellement comme un figuratif.Joan Mitchell aussi se définissait ainsi.Walberg évoque la série de Max Ernst intitulée Sept microbes vus à travers un tempérament.«Chez Riopelle tout est toujours vu à travers un tempérament.Ce n’est évidemment pas un paysagiste.» Les peintres français de sa génération sont beaucoup plus sages et mesurés, dit le poète.Que ce soit dans les formats, l’énergie, la générosité ou la somptuosité, on ne voit rien d’équivalent.Riopelle est donc beaucoup plus proche des Américains comme Franz Kline ou Jackson Pollock.«C’est un Douanier Rousseau de l’abstraction qui ne doute pas de la toute-puissance de son regard et de son art.S’il aimait l’Amérique, il aimqit aussi beaucoup la lumière de l’he-de-France.Cette clarté poudreuse et incertaine qui a nourri les impressionnistes.» Selon Walberg, la réputation de Riopelle n'a jamais fléchi en France.Il n’y a donc pas à le redécouvrir, même si sa dernière rétrospective date de 1981 à Beaubourg.«Mais, à bien y penser, il serait peut-être temps qu'on organise une grande exposition dans un grand musée parisien.» HOMMAGE Jean-Paul Riopelle (1923-2002) MUSÉE DE CHARLEVOIX La figure du « trappeur supérieur » LOUISE VIGNEAULT Jean-Paul Riopelle fait partie de la race des artistes qui ont «performé» leur œuvre, au même titre que les Pollock, Beuys et Warhol.Si Borduas et les créateurs de sa génération ont endossé le noble rôle de passeur, d’intermédiaire entre les valeurs traditionnelles et modernes, Riopelle a joué quant à lui un rôle d’explorateur, à l’instar des pionniers du Nouveau Monde.Ce qui le distinguait de ses collègues du mouvement automatiste est peut-être le fait qu’il ait non seulement tenté de renverser les valeurs conservatrices du Québec duplessiste, mais également de transgresser les frontières aussi bien esthétiques qu’idéologiques.Plutôt que de s’opposer directement aux instances du pouvoir et aux normes en place, au moyen des stratégies de la révolution, Riopelle a tenté d’échapper aux catégories et de transformer les normes de l’intérieur, en faisant appel au langage de la subversion.D’abord, lorsqu’il quitte Montréal et le mouvement automatiste, en 1948, pour s’installer à Paris, l’artiste saisit d’instinct que le renouvellement des paramètres de l’art moderne sera possible non pas uniquement par une initiative de l’avant-garde parisienne, qui connaît alors un déclin en faveur de New York, mais surtout par l’action d’artistes issus de la périphérie.Par conséquent, plutôt que de perpétuer l’image courante de l’artiste canadien travaillant à la remorque du monopole culturel européen, Riopelle se présente au public français comme une sorte d’aventurier issu du Nouveau Monde.Il adopte alors l’attitude type de l’artiste nord-américain moderne, viril et impulsif, qui carbure aux émotions fortes, et développe des habitudes particulières pour un artiste, comme de se passionner pour les voitures de sport et de parler avec passion de chasse et de pêche.C’est dans le même esprit qu’il endosse l’image du «trappeur supérieur», suivant la métaphore qu’avait utilisée André Breton en 1949 pour décrire son œuvre.Riopelle résistera d’abord à ce portrait stéréotypé du Canadien ensauvagé, pour le récupérer toutefois quelques mois plus tard et l’utiliser à son profit.L’artiste québécoise Pâquerette Villeneuve qui travaillait à Paris, à la même époque, témoignera de la manière dont il était alors perçu: «Bien qu’alors à peine âgé de 30 ans, Jean-Paul avait déjà sa légende.Il faut dire que l'entrée du bûcheron canadien aux larges épaules et à la démarche de chasseur d’ours dans le groupe très sélect et futurement historique de l'École de Paris avait créé tout un choc.L’exotisme des grands espaces jouant à plein tube avait fait de lui un personnage.qu 'il soutenait tout en s’amusant.» Les traces de l’animal Les allusions de Riopelle à l’univers de la chasse dépasseront toutefois la simple imitation du modèle primitiviste pour devenir une véritable tactique d'affranchissement de toute tentative de catégorisation ou de définition statique.Il calquera en fait le fonctionnement du chasseur qui, se trouvant dans un territoire étranger, doit s'identifier à sa proie, lui donner de fausses pistes et camoufler les siennes, de manière à la déjouer.De la même manière, l’artiste tentera de déstabiliser les attentes du public, pour mieux contrôler son entourage.A titre d'exemple, dans l’entrevue, qu’il accordait en 1992 à Gilbert Érouard (Entretiens avec Jean-Paul Riopelle, Liber, 1993), il se dérobe sans cesse et se contente de décrire les tactiques de chasse à l’orignal: «Tu ne le vois pas, mais lui t’entend.A mesure que l’on a le sentiment qu'il se rap-, proche, il faut lui faire croire que Ton est soi-même un orignal.On se fait animal, un animal avec ses bois sur la tête et qui en se déplaçant casserait ainsi des branches [.] Tu veux chasser l’orignal, il faut être l’orignal.» Comme à la chasse, Riopelle s’enracinera également un peu partout, en affrontant des environnements étrangers et en en absorbant les données.Le trait d’instabilité que certains lui ont attribué peut être associé en réalité à un nomadisme idéologique et à un esprit de parfaite indépendance qui lui ont permis de poursuivre cette entreprise tout au long de sa carrière.L’artiste restera néanmoins enraciné dans le contexte québécois, par ses allusions au trappeur et à la nature, mais également par ses multiples emprunts à des pratiques tirées de la culture populaire, de l’Amérique profonde, des aventuriers, des patenteux et, des bricoleurs, celle qui se trouve reniée par les élites.Si, dans les années 1950, Riopelle a entrepris une recherche picturale suivant les critères établis par les avant-gardes modernes, à partir des années 1960, il choisira d’explorer des avenues aussi diversifiées qu’étonnantes.Les productions récentes, on le sait, ont d’abord été boudées par les collectionneurs et les spécialistes, pour être finalement recon-, nues et appréciées pour la riches-se de leur langage.Les célèbres impressions négatives réalisées à partir d’un système de cache, qui font figure de purs signes, n’ont-elles pas d’ailleurs la même force de complicité et d’implication que les traces laissées par l'animal sur son passage, et que le chasseur entreprend de suivre?Louise Vigneault est professeur au département d’histoire de Part de l’Université de Montréal.ARCHIVES LE DEVOIR Riopelle résistera d’abord au portrait stéréotypé du Canadien ensauvagé, pour le récupérer toutefois quelques mois plus tard et Tutiliser à son profit.Musée d’art de Mont-Saint-Hilaire Jean-Paul Riopelle un grand artiste un ami très cher dont nous garderons un souvenir impérissable Maison des cultures amérindiennes « : ; I LE DEVOIR.LES SAMEDI 1 t! ET DI M ANTRE 17 MARS 2 O O 2 (' {) HOMMAGE SUITE DE LA PAGE C 1 Des improvisations, des -expériences libres-, dira Riopelle, a l'aquarelle, apparaissent En 1948, alors que deferient les reactions envers le manifeste de Refus global que contre-signe Riopelle, celuki a déjà pris ses distances par rapport au mouvement D est à Paris.Des rencontres avec Georges Duthuit, Samuel Beckett, le peintre Georges Mathieu et TAmericain Sam Francis nourrissent son art La première exposition personnelle à Paris a lieu à la galerie Nina Dausset Riopelle n’a pas encore rompu avec les surréalistes, et c'est dans le texte de ce catalogue que surgit le mot fameux d’André Breton faisant de Riopelle un «trappeursupérieur».Les contacts avec les tenants de l'art informel (Fautrier, Dubuffet, De Staël) et de l'abstraction lyrique (Mathieu, Michaux, Wols) sont nombreux.L’école de Paris recoupe ces deux univers.En 1949, la touche du jeune Riopelle n'a pas atteint le systématisme de sa période la plus faste, celle des mosaïques étendues à la spatule.Sur fond de surface agitée, qui toujours évoque la liberté et l’éviction volontaire des idées préconçues, chère aux auto-matistes, les linéaments de blancs, sorte de drippings qu’on connaît à l’époque de l’Américain Jackson Pollock et de l’abstraction de Mathieu, recouvrent cet enchevêtrement coloré.Dans une formule hautement dramatique, Harry Bel-let écrit, dans le catalogue de l’exposition Riopelle du Musée des beaux-arts de Montréal en 1991, que pendant cette période, «Riopelle brûle successivement ses pères et ce qu’il a adoré, jusqu’à l'automatisme, sous la bannière duquel il avait exposé à la Galerie du Luxembourg quatre ans plus tôt [en 1947]».S’il brûle ses pères comme plusieurs artistes avant lui, Riopelle explore une peinture qui le rapproche de Yall-overness américaine.Au contraire de toute la tradition, cette peinture traite la surface de manière égale, sans point de focalisation, sans centre non plus, sans hiérarchie, comme si la matière colorée devait s’étendre à l'infini.Travaillant à la spatule, Riopelle triture les «mosaïques».Ces grands formats ressemblent tout autant aux tessons de verre de forme régulière qu’ils évoquent les lambeaux de couleur soulevant les murs des cathédrales percées de vitraux d’une lumière profonde comme les abysses.De 1954 à 1958, Riopelle augmente les dimensions de ses toiles, les étend jusqu’à la rupture.Au cours de cette période, il commence une longue collaboration avec le galeriste Pierre Matisse à New York, participe à la Biennale de Venise, etc.Ensuite, les espaces s’articulent Robert WOLFE ÉCHO(S) Œuvres récentes ' , ' 6 avril 2002 galerie (il %3.rue Rachel Est, Montréal.Qc H2j 2J4 ^ Tél : S H.526.2616 • graf (s' videotron a 1 1 racgnff.ca ™ B | | mer-ven 11 h - l$h saml2h-l?h C]jjjujj iJi ü Jj!J jJJDlJj/Üjlp iMJtiiy !!J«Û]9 FRANCOtS-MARC GAGNON Chronique du mouvi'inum aiilomnlisle .qucbuniis M L I Jj-Tii François- Marc Gagnon d'autres manières, des zones se condensent, se détachent les titres évoquent des paysages, les sujets s’horizontalisent.Les années 60 voient les sculptures de bronze, peut-être moins haletantes — : même Leonard de Vinci n'a pas réussi dans tous les domaines —, mais témoignent d'une volonté de ne pas en rester là Cette nouvelle production s’ajoute à la gravure et au collage, déjà presents.La fin des années 70 marque un retour de la figure, qui était sous-jacente depuis im certain temps.Riopelle, d’un côté, a dit que pour lui le mot «abstrait» ne voulait rien dire.-U n’y a pas d'abstraction dans le monde où nous vivons.À mon avis, le plus grand peintre abstrait, c’est Turner.Mais pourtant le meilleur paysagiste de toute l’histoire de la peinture-, disait-il au critique René Viau.François-Marc Gagnon, encore lui, a le premier montré à quel point il ne fallait pas s’étonner de cette volte-face.L’art à la bombe aérosol (spray can art) de Riopelle a des antécédents, los graffiteurs du métro à New York étaient passés avant lui.Les rayogrammes de Man Ray, avec les auras de lumière entourant les silhouettes d'objets, comme les mains mutilées des grottes de Gargas, aussi peintes en négatif, seraient également dans le giron de cette peinture renouvelée, selon l'historien de l’art, qui cherchait à court-circuiter les commen-taires négatifs et l’étonnement envers cette peinture.Riopelle «a senti que, des graffitis de métro aux mains mutilées de Gargas en passant parles rayogrammes de Man Ray, couraient la même impatience par rapport au monde, la même volonté de laisser sa signature, la même lutte contre la mort et l’oubli», écrivait l’historien de l’art en 1993.C’est sans doute avec cette même volonté de signaler sa présence et de révéler son regard singulier sur les choses que Riopelle peint le gigantesque Hommage à Rosa Luxemburg, cette fresque à l’aérosol couchée sur plus de 40 mètres de longueur, montrée en permanence au Musée du Québec.La démesure atteignit son comble.Celui que le chic journal Le Monde, en septembre 1992, sous la plume du critique Philippe Da-gen, comparait au roi Lear ou encore à Noé en raison de son apparence physique a cultivé jusqu’au bout son propre mythe d’artiste retiré.Dire qu’il était, comme tous les autres, inclassable ne lui rend pas justice.Du moins, c’est notre avis.C’est aussi le meilleur hommage que nous aurons pu faire de lui, bien en deçà, par définition, de toutes les figures de style qui font de lui un monument disparu à tout jamais.¦ÜaiSI 1030 pages - 34,95 S La première histoire, écrite en français, du mouvement automatiste québécois.Un travail de recherche colossal où émergent les figures de proue de l'art contemporain : Borduas, \ Riopelle, Perron, Mousseau, Gauvreau, Leduc, Barbeaty, Pellan, Sullivan, Arbour, Renaud, etc.Une chronique des événements qui ont / bouleversé le Québec de l'époque et ont -% 1 ^Nl- 101 permis son accession à la modernité.w hm rn u DE VISU *-;- Riopelle et le marché de l’art STÉPHANE B A1 L L A R G E O N LE DEVOIR Il y a lui et puis les autres.Dans le merveilleux monde des peintres modernes canadiens, Riopelle occupe une place unique, sans aucun prétendant au trône à l’horizon.11 est le plus vendu, le plus vendable, le plus copié, le plus vole des artistes canadiens.Avec Michael Snow et Jeff Wall, c’est aussi un des rares artistes nationaux capables d’attirer les chasseurs de valeurs sûres dans les salles d’enchères de Londres à Berlin, de Tokyo à New York.Au cours des quinze dernières années, plus de 860 de ses œuvres ont transite par les tribunes des maisons d'encans et trouvé preneur.Ijes cotes oscillent entre 30 000 et 140 000 $ selon le site artprice.com.Par contre, les toiles les plus recherchées, celles de la fabuleuse période des mosaïques, peuvent facilement dé- border vers le demi-million, voir le million de dollars.En 1989, alors que le marché de l’art connaissait une de ses années les plus fastes du XX' siècle.Composition (1954) est d’ailleurs devenue la première œuvre canadienne à passer ce cap magico-fi-nancier du million.Les productions des autres excellents peintres Québécois dépassent rarement les 150 000 $.-Il a produit beaucoup et son œuvre est disséminée à travers la planète, ce qui est une autre preuve de son excellence, de sa notoriété, de son immense valeur-, note le directeur du Musée du Québec, John Porter.-Les toiles de grands formats, les plus recherchées, se retrouvent dans les plus prestigieuses collections.Mais la majorité de sa production est entre des mains privées.Au cours des prochaines années, on peut donc s'attendre à voir resurgir de belles et de fameuses œuvres sur le marché.- Le MQ a récemment déboursé 1,6 million pour acquérir Espagne, une mosaïque, son plus ancien grand format en fait (150 cm X 232 cm).La toile fabuleuse était d;uis une collection privée depuis deux décennies.Quelques grands collectionneurs (notamment la famille Desmarais) auraient profite de la recession subséquente du marche pour taire main basse sur plusieurs œuvres capitales.Selon les experts, la côte riopel-lienne va certainement se revigorer au cours des prochaines années.Mais pour l’instant, disons dans les prochains mois, le marché ne devrait pits s'emballer.Michel Tétrault connaît la chanson.11 a trimballé le dossier de Y Horn mage à Rosa Luxemburg pendant trois ans, au milieu de la dernière décennie pour tenter d’intéresser un acheteur à ce der nier grand ouvrage du maître.11 évaluait les 40 mètres du testament artistique à environ 3,5 millions.Finalement, Loto-Québec l'a acquise pour moins de deux millions (y compris les avantages fis eaux).Le grand-œuvre est mainte» nant intégré à la collection du musée du Quebec.Michel Tétrault a ensuite produit le coffret Le Cirque, la dernière œuvre de Riopelle, organisée autour de ses gravures et de textes de Gilles Vigneault: 75 exemplaires, à 40 (XK) 8 la pièce.-Riopelle se vend très bien-, dit celui qui va financer un projet de Maison des arts, dans les Can-tons-deTKst.avec le produit de cette vente.-Les ouvres exceptionnelles dépassent le million.Mais Riopelle a aussi produit beaucoup d'œuvres qui se vendent très peu cher et qui se rendent toujours très bien.- Ici.au Canada, l'artiste visuel ne jouit d'aucun droit de suite sur les ventes successives de ses œuvres.Riopelle n’a donc |Xis touche un clou des immenses profits realises par les collectionneurs de ses chefs-d'œuvre Du moins pas directement, puisqu’il a pu écouler certaines œuvres engrangées une fois l'engouement confirmé pour une certaine période.Où voir des Riopelle ?MARIE ÈVE CHARRON Au milieu de tout le tapage entourant la mort de Riopelle, il n’est sans doute pas inutile d’indiquer à l’amateur où il peut aller, au Québec, pour apprécier de visu l’œuvre de l’artiste.L’année dernière, rappelons-le, le gouvernement du Québec, à l’instigation de Bernard Lamarre, président du Musée des beaux-arts de Montréal, a voulu combler les lacunes des collections nationales au sujet de Riopelle en accordant une aide financière pour l’acquisition de ses œuvres.C’est ainsi que, grâce en plus à plusieurs dons, le Musée du Québec possède dorénavant la plus importante collection au monde de Riopelle, avec près de 300 œuvres couvrant la période allant de 1942 à 1992.Depuis l’an 2000, une salle permanente est consacrée à l'artiste et 35 œuvres sont actuellement exposées dans l’institution de la Vieille Capitale, qui réunit des estampes, des sculptures et des huiles sur toile, dont la magistrale Poussière de soleil (1954), qui date de l’époque des mosaïques, la salle est dominée par YHommage à Rosa luxemburg (1992), un cycle imposant de 30 tableaux juxtaposés sur trois pans muraux, cycle dont on dit qu’il constitue le testament artistique de Riopelle.A la faveur du même soutien financier, le Musée des beaux-arts de Montréal compte lui aussi aujourd’hui une des collections les plus plus considérables des œuvres de l’artiste.Cette collection fera d’ailleurs l’objet d’une exposition, fort attendue on le suppose, pour la saison estivale.Pour le moment, il est déjà possible de voir sur les cimaises des salles de la collection permanente quelques tableaux qui valent le déplacement, notamment Hommage à Grey Owl (1970), une huile sur toile récemment intégrée à la collection.Ailleurs à Montréal, le Musée d’art contemporain a réservé en guise d’hommage une place dans son hall d’entrée au tableau Composition (1951).Trois autres œuvres majeures issues de la même période pourront également être vues à compter du 24 mai au musée, dans le cadre de l’exposition Place à la magie, qui réunira des œuvres phares de l'art québécois.Une simple balade en ville pourrait aussi conduire l'amateur auprès de la Joute (1974), une sculpture-fontaine monumentale conçue d’éléments en bronze et animée d’un bestiaire, la seule du genre connue de l’artiste.Aujourd’hui située au Parc olympique, elle sera déplacée en 2003 sur la place du Palais, un espace public qui verra le jour près de la nouvelle entrée du Palais des congrès.A Ottawa, le Musée des beaux-arts a tenu à rendre hommage à Riopelle en réaménageant les salles de sa collection d'art canadien.Quatre peintures abstraites à l’empâtement généreux, caractéristique des années 50, ont été ajoutées aux cimaises, rejoignant entre autres Pavane (1954), un tableau au format intimidant (300 cm X 550,2 cm) qui trônait déjà dans la salle.Retour à Montréal, cette fois en empruntant un circuit commetvial: la galerie de Bellefeullle, à Outremont, et la galerie h-s Modernes, dans l'édifice Belgo, offrent chacune à ht vue du public une peinture du tournant des minées 50.Ailleurs au Québec Colossale, l'œuvre du peintre est aussi disséminée à travers tout le Québec.Les collections des musées régionaux, modestement, en font foi.Ainsi, le parcours de la collection permanente du Musée des beaux-arts de Sherbrooke comprend une œuvre abstraite sur papier.le Musée d’art de Jo-liette, détenteur de plusieurs estampes, donne actuellement à voir deux petites peintures des années 70.Bien qu’elle soit réduite, la sélection proposée par le Musée du Bas Saint-1 eurent mise sur la diversité en présentant une sculpture, une œuvre sur papier et une peinture.Pour qui le souhaite, il y a de quoi se faire plaisir, le musée prévoit par ailleurs une exposition plus étendue sur l’œuvre de Rio-pelle en 2(X)3.Envol de liberté 1 Photo de John Craven.Jean-Paul Riopelle dans l ’atelier de la rue Durant™ en 1954.Paris (détail) » Incarnations de la liberté, troublants corps à corps, éclats kaléidoscopiques, intemporelles extases.Œuvres fougueuses d’un génie créateur du XXe siècle.la Collection
de

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