Le devoir, 16 juin 2007, Cahier F
LE DEVOIR, LES SAMEDI 16 ET DIMANCHE 17 JUIN 2007 VP «J’aime la nature en partie parce qu’elle n’est pas l’homme, mais une retraite pour lui échapper» -Henry David Thoreau RADEK KURZAJ La cabane d’Island Wood, Bainbridge Island, Washington, États-Unis La maison dans les arbres Retraite d’en haut, belvédère des airs, isba suspendue, pied-en-l’air: le multi-millénaire nid des humains connaît un fabuleux renouveau depuis quelque temps.La cabane dans les bois n’est décidément plus ce qu’elle était et fait d’autant mieux rêver les petits comme les grands enfants.STÉPHANE BA1LLARGE0N Les arbres parlent, dit Prévert.Ils parlent arbre, précise-t-il.«Quand un enfant / de femme et d’homme / adresse la parole à un arbre / l’arbre répond / l’enfant entend.» C’est probablement pour cette poétique raison que les enfants aiment les cabanes dans les arbres.Leurs petits refuges douillets et secrets les transforment en cousins des oiseaux tout en les rapprochant des étoiles.Même le turbulent Bart Simpson possède sa cache haut perchée.Andrew Fisher n’habite pas Springfield, c’est-à-dire nulle part Il vient du comté de Sonoma, en Californie.Grand Américain bien en moyens, il s’est fait construire une cabane de rêve accrochée à deux séquoias, ces titans ligneux.Il l’a décorée lui-même en utilisant deux portes importées d’Asie, quelques vitraux colorés, des tissus chatoyants et même une tapisserie de Lurex, scintillante à la lumière des bougies.Andrew Fisher est l’heureux propriétaire d’un petit château suspendu, d’ailleurs choisi pour illustrer la couverture d’un beau livre entièrement consacré à ces fabuleux logis.Un monde de cabanes, de Pete Nelson, présente plus çie 35 modèles réels nichés aux Etats-Unis, en Chine, en Australie ou en Europe.L’ouvrage explique la conception et la construction de chacun des minipalais de bois, croquis et reportage photographique de Radek Kurzaj à l’appui.L’idée de s’installer plus près des étoiles ne date évidemment pas d’hier.Les Korowai de Papouasie-Nouvelle-Guinée vivent depuis toujours dans des mai- La cabane offre un fabuleux poste d’observation de soi, des autres et du RADEK KURZAJ Détail des éléments accueillant la partie inférieure des étais coudés.RADEK KURZAJ Vue sur la cabane, plan rapproché.RADEK KURZAJ Jolies persiennes équipées d’un loqueteau en bois de chêne.sons longues à la cime de leur forêt.Les cabanes de ce mystérieux peuple des arbres, «découvert» il y a deux décennies seulement, protègent d’agressions guerrières des voisins comme des pluies diluviennes.Les Occidentaux en fabriquent aussi depuis très, très longtemps.Allouville, dans le pays de Caux, en France, possède l’un des plus vieux chênes d’Europe, estimé à treize cents ans d’âge, où ont été aménagées, l’une sur l’autre, deux chapelles-cabanes.La combinaison sacrée, occupant en partie le tronc évidé, se déploie sur 18 mètres de hauteur.Le monument, unique au monde, remontant au XV1F siècle, a échappé aux destructions pendant la Révolution parce que le bedeau y avait apposé une plaque présentant l’arbre de Dieu comme un «temple de la raison».Sa dernière restauration date d’une quinzaine d’années.Le vieux chêne, verdoyant de vie, murmure encore et toujours à qui veut l’entendre.Grandes idées, petites structures Un monde de cabanes cite ces exemples, mais traite surtout de constructions plus banales, séculières, profanes, ordinaires même, d’autant plus capables de faire rêver qu’eües demeurent à la portée de tous, ou presque.Une très belle cabane bien construite, tout équipée, pouvant servir durant les quatre saisons, coûte quelque dizaines de milliers de dollars, soit à peu près rien par rapport à une vraie de vraie maison de campagne.Le renouveau cabanier s’expliquerait en partie par l’invention en 1994 d’un dispositif baptisé GL (pour Garnier limb, ou branche de Garnier, du nom de son idéateur).Il s’agit d’une pièce tournée cylindrique vissée dans le tronc, capable de supporter le poids d’un camion.L’ingénieux et sécuritaire dispositif permet de construire des structures de plus en plus grandes, de plus en plus lourdes, de mieux en mieux équipées, de véritables maisons dans les arbres, quoi.Le livre recommande de privilégier les matériaux recyclés, au moins pour les murs et le toit.La construction peut se préparer en atelier.Une bande d’amis bricoleurs réussira un montage en quelques jours.Les plans plus complexes, comme celui de la cabane-bateau des Gainza en France, reproduisant une navire marchand du XVI' siècle, nécessite évidemment beaucoup plus d’efforts et de temps.Des audaces semblables, il en traîne encore plus au sol, comme le prouve XS vert: grandes idées, petites structures, de Phyllis Richardson.Le petit ouvrage, très bien écrit et magnifiquement illustré, rend hommage aux miniconstructions contemporaines surchar-tnonde gées de créativité: cabas de jardin mirador, belvédères, pavillons en corde, chambres noires, dômes de verre, maisons en tourbe, structures gonflées, abris pour nomades urbains, théâtres de marionnettes, pigeonniers, passerelles, entrepôts temporaires, chapelles, tout y passe, avec en prime d’admirables expérimentations sur la texture et la structure des édifices réalisés dans le plus grand respect des normes environnementales, y compris les arbres, évidemment Ma cabane made in Québec Les deux livres sont traduits de l’anglais.Celui de Nelson/Kurzaj est préfacé par Alain Laurens, un drôle de moineau qui a passé trois décennies dans le buisson brûlant et superficiel de la publicité avant de se lancer dans une seconde vie, «opposée à la première», organisée autour de maisons dans les arbres.D a fondé La Cabane perchée en 2000 avec un charpentier et un aquarelliste.Ils ont réalisé ensemble une centaine de projets originaux entièrement au goût des clients européens.On peut voir ces réussites abracadabrantes sur le site la-cabane-perchee.com — le concurrent américain treehouseworkshop.com est bourré de conseils pratiques.L’équipe de M.Laurens se déclare particulièrement fière de ne pas utiliser de vis, GL ou autres.«Toutes différentes, toutes blotties dans les branches, sans enfoncer un seul clou dans les arbres, sans les blesser, en respectant leur forme, leur intégrité, et en cherchant toujours un équilibre entre l’arbre qui nous accueille et la cabane que nous y installons», dit le texte de présentation, intitulé «Un rêve de gosse».Des charpentiers expérimentés peuvent construire des cabanes de bambou, un simple lit perché (une plate-forme de relaxation, quoi), des passerelles suspendues ou rigides, ou de belles maisons montées sur pilotis et accrochées partiellement aux arbres.En général, ce dernier modèle sert aux hôtels, qui les louent «très facilement et avec beaucoup de succès».C’est précisément cette idée d’auberge branchée dans les branches qu’a reprise la femme d’affaires Nathalie Laberge.Avec ses associés, elle propose d’aménager son Domaine de l’auberge perchée dans les arbres de la région du Haut-Saint-Laurent L’emplacement choisi possède des érables de deux cents ans.Les cabanes luxueuses pour touristes trôneraient à plus de cinq mètres du sol.Le budget de l’entreprise dépasse le million de dollars.Seulement la Commission de protection du territoire agricole du Québec (CPTAQ) refuse d’accorder les dérogations nécessaires pour dézoner le boisé.La portion convoitée fait partie d’un immense domaine VOIR PAGE F 2: ARBRES F 2 LE DEVOIR.LES SAMEDI 16 ET DIMANCHE 17 JUIN 2 0 0 7 ECTURES D’ETE ARBRES «Nous voulons construire une douzaine de cabanes haut de gamme et nous ne pouvons pas les planter sur des poteaux de téléphone» SUITE DE LA PAGE F 1 de quelque 1215 hectares impossible à diviser, selon la CPTAQ.Mme Laberge en appelle de la décision rendue en janvier.Elle ira jusqu’à l’Assemblée nationale s’il le faut «Nous voulons construire une douzaine de cabanes haut de gamme et nous ne pouvons pas les planter sur des poteaux de téléphone, dit celle qui a notamment créé Ar-braska Rigaud, un petit complexe récréo-arboricole.Mme Laberge aime la vie et le jeu dans les arbres.«Nous avons l’appui de plusieurs organismes et décideurs parce que notre projet haut de gamme participerait à la relance économique de la région.» Les chalets perchés, d'environ 40 mètres carrés, seraient construits sur le njodèle «doux», sans vis ni clous.Equipés à la derniè- re mode, ils offriraient un service de restauration basé sur les produits du terroir.Ailleurs dans le monde, une nuitée féerique dans une cabane peut coûter jusqu’à 350 $.Le recours aux forêts Evidemment, il y a cabane et cabane dans les arbres.Symbole de misère pour beaucoup, abri occasionnel pour certains (les bergers notamment), elle concentre aussi les fantasmes de ressourcement paisible de quelques happy few.Cette perspective semble vieille comme le monde, riches touristes ou pas.Bouddha a obtenu l’illumination après cinq années passées sous l'arbre Bô, aux grands vents et à vau-l’eau.Henry David Tho-reau, né il y a très exactement 190 ans, demeure le grand amoureux philosophe des bois.Ermite nou- veau genre, il était moins attiré par l’isolement total que par la «désocialisation positive», moins par le retrait du monde que par la distance critique sans éclipse, «faime la nature en partie parce qu’elle n’est pas lliomme, mais une retraite pour lui échapper, a-t-il écrit dans la mythique cabane de Walden Pond, appartenant à Emerson.Aucune des institutions humaines ne l’a soumise, ni pervertie.L’homme est contrainte; la nature est liberté.» Pour lui, la cabane offrait un fabuleux poste d’observation de soi, des autres et du monde.Elle permettait surtout de revenir aux sources, à la conscience première, débarrassée de son vernis culturel et social comme le souhaite la philosophie transcendantaliste.«Thoreau s’en va se mettre à nu dans les bois, et ce, aussi bien sur le plan pratique et matériel (réduction des besoins) que sur le plan sensible, intellectuel et spirituel (perception poétique de la sauvagerie du monde; études diverses de la nature; recherche, hors du social, d’une vie plus ample et puissante.)», résume Rodolphe Christin, auteur d’un essai sur Thoreau intitulé Les Sentiers d’un nouveau monde (wwuxlarevuedes resources.org).«!.] La nature se fait réceptacle d’un désir d’évasion et de transformation de soi par la rupture culturelle qu’elle permet.Espace de vie, elle soutient une expérience plus universelle du monde.» Paradoxalement, l’isolement dans la forêt rapprocherait donc de l’univers.Les arbres parlent et ils ont souvent le dernier mot Le Devoir UN MONDE DE CABANES Pete Nelson Aubanel 2007,223 pages XS VERT: GRANDES IDÉES, PETITES STRUCTURES Phyllis Richardson Thames & Hudson 2007,223 pages PETE NELSON La cabane-bateau des Gainza, à Biarritz, en France :iW«m v.n % • ’ é , , wm r*f.¦#> N * ¦* mM PETE NELSON Vue plongeante sur la cabane-sculpture de Tokamachi City, au Japon .SjdèI .mm « 'JE RëViST JE REVISE « N fit 7 ROMAN QUÉBÉCOIS Exhalaison SUZANNE GIGUÈRE Qui est Francis Malka?La seule information dont nous disposons après une brève enquête sont les suivantes: l’auteur a fait des études au Conservatoire de musique de Montréal et en génie mécanique à l’École polytechnique.Le jour il élabore des logiciels de recherche pour les agences de sécurité des pays du G8 et la nuit il écrit.Sa première œuvre, mélange de polar métaphysique et de roman d’anticipation, pose les questions essentielles de la fuite du temps et de l’appréhension de la mort.Présenté sous la forme d’une longue confession à un enquêteur de la police, Le Jardinier de monsieur Chaos nous transporte dans un univers olfactif.Quels sont donc ces parfums qui dès les premières pages viennent titiller vos narines et contribuent à l’atmosphère mystérieuse du roman?Sans pouvoir dire pourquoi exactement, vous soupçonnez le jardinier qui s’affaire à réaménager le jardin de monsieur Chaos de connaître la réponse à cette question.Horticulteur, parfumeur, généticien Approchez.Encore un peu, inhalez profondément.Oui, dans le roman de Francis Malka, il y a un peu de cette exaltation de l’exhalaison qui caractérisait Le Parfum de Patrick Stiskind.Et quelque chose de merveilleusement intact dans la personne des deux jeunes héros.Un peu de ce voyage jusqu’aux confins de l’imagination à la fois poétique et morbide, aussi.Mais ici s’arrête la ressemblance.Le Jardinier de monsieur Chaos, contrairement au jeune héros du roman de Süs-kind, véritable buvard des essences, ne vole pas les odeurs pour les recréer et les infuser au monde entier.11 ne se livre pas non plus à un projet dé-miurgique et vampirique.Enfant, passionné de botanique, le futur jardinier de monsieur Chaos était toujours à la pépinière ou au jardin botanique.À l’école, les enfants lui adressaient rarement la parole, s’imaginant qu’il appartenait au règne végétal.L’humour ^souriant de Francis Malka s’affiche dès le début.À 20 ans, devenu jardinier paysagiste, il est embauché par un riche immunologiste pour refaire l’aménagement paysager de sa résidence spacieuse et du jardin à l’abandon.En témoignent le banc de parc noyé sous les fougères et la fontaine masquée par les lilas.Monsieur Chaos dégage une passion contagieuse, un désir de vivre au présent.11 a connu une relation brève avec une femme, laquelle s’est terminée abruptement: «Plus facile de tomber en amour que d’en sortir.» Marqué par la personnalité très forte de monsieur Chaos, notre jardinier se voit entraîné dans une aventure incroyable.Un jour, monsieur Chaos lui demande de l’aider à remplir un service très particulier: mettre fin à la vie d’une amie, condamnée à une mort imminente, et l’enterrer sous la statue de son mari érigée sur la place publique du village.La tâche semble impossible.Le jardinier doit neutraliser les amines produites par la putréfaction.Il passe d’horticulteur à parfumeur puis à généticien.Dans son laboratoire, il travaille à la création d’une bactérie qui permet de remplacer l’odeur de la putréfaction par celle de l’essence d’une fleur.Bientôt, de nombreux citoyens viennent lui demander la même chose: être enterré à un endroit qui leur est cher en dégageant un par- fum de fleur.Vingt-sept enterrements en sept ans, autant de disparitions inexpliquées, le jardinier parfumeur finit par attirer sur lui l’attention de la police.Victime d’un accident de la route, il s’éveille des mois plus tard, un détective à ses côtés.Ce dernier mène l’enquête et cherche à répondre à une épineuse question: le jardinier de monsieur Chaos est-il un épouvantable assassin ou un biologiste désintéressé dont la seule intention était d’aider les gens à finir leurs jours selon leurs désirs?Le suspense demeure jusqu’à la toute fin.Conte philosophique sur la destinée humaine et sur le temps qui n’est qu’illusion («Nous pensons être assis sur le rivage à le regarder passer alors qu’il est en fait immobile et que c’est nous qui passons»), le premier roman de Francis Malka aborde le sujet grave de l’euthanasie avec finesse, humour, dilettantisme, compassion: «Comment tourner le dos à quelqu’un qui vient nous demander de l’aider à mieux mourir?Tous ces gens que j’ai vus mourir, s’ils m’ont appris une chose, c’est que l’important dans la vie est de mourir heureux.» Le Jardinier de monsieur Chaos, à l’écriture coulante, se lit d’un trait.Une seule réserve: il est saturé de détails et d’explications scientifiques au détriment des cascades olfactives dont seules sont capables l’écriture et la lecture.Collaboratrice du Devoir LE JARDINIER DE MONSIEUR CHAOS Francis Malka Hurtubise HMH Montréal, 2007,184 pages JACQUES GRENIER LE DEVOIR I » y LE DEVOIR.LES SAMEDI 16 ET DIMANCHE 17 JUIN 2007 F 3 ECTURES D’ETE (Re)lire Le Matou Danielle Laurin Il est né il y a un quart de siècle.Il a récolté plusieurs prix, a fait l’objet d’un film, d’une télésérie.Traduit en 18 langues, il aurait battu tous les records de vente en littérature québécoise, avec un million six cent mille exemplaires envolés dans le monde.Et alors?Ça ne vous convainc pas?Vous n’êtes pas certain d’avoir envie de (re)lire le roman qui a valu à Yves Beauchemin, à l’époque, d’être comparé à Dickens et à Balzac?Même dans sa toute nouvelle version, définitive, revue et corrigée par l’auteur, Le Matou vous laisse de glace?Dommage.Malgré mes propres réticences, j’ai pris un plaisir fou à me retrouver dans le Montréal du milieu des années 1970, tel qu’immortalisé par Yves Beauchemin.Sur le Plateau, précisément Avec toute la bande d’habitués de La Binerie, ce petit resto typique de quartier.J’ai plongé dans Le Matou avec un œil neul Habitée par un sentiment d’étrapgeté.Peut-être parce que j’étais loin de chez nous.A Rome, pour tout dire.Avec pour horizon les vestiges d’un mur de pierres construit MH -si YVES BEAUCHEMIN Le Matoi IL, < ¦* JACQUES GRENIER LE DEVOIR il y a plus de deux mille ans.Le contraste était frappant Dans Le Matou, les gens ont la «manie de la démolition», ils rasent tout églises comprises, au diable le patrimoine.A Rome, le poids de l’histoire est, partout Le passé fait partie du présent et vice-versa.Eblouissant Déconcertant Et pourtant Chemin faisant les deux mondes, celui, bien réel, dans lequel j’étais et l’autre, peint par le romancier, en sont venus à se confondre.D faut dire que j’étais installée sur la terrasse d’un petit café typique de quartier, fréquenté par des habitués.D y avait la des vieux, des jçunes, des enfants.J’aurais pu apercevoir monsieur Emile avec son chat Un monsieur Emile de même pas dix ans, en haillons, sale, laissé à lui-mêipe, alcoolique déjà J’aurais pu apercevoir Florent et Elise, aussi, de l’autre côté du comptoir, en train de servir les clients.Et ce bon monsieur Piquet occupé à popoter.Même le vieux Ratablavasky du roman, avec son menton en forme de fesses, ses pieds qui puent et son inquiétant mystère, aurait pu être assis là en train de prendre un verre.Le fourbe! D aurait observé tout ce qui se passait mijotant un plan pour s’approprier le petit commerce florissant Et que dire de l’abbé Jeunehomme.D aurait très bien pu passer avec un livre sous le bras.J’en ai vu des centaines, au moins, comme lui, défiler à Rome.La description qu’en fait le romancier leur convient tout à fait D n’y a qu’à lire: «Insouciant des nouveaux usages, il continuait de porter la soutane.Son visage glabre, sa peau lisse et pâle, presque jaunâtre, ses grands yeux rêveurs et pleins de faiblesse lui donnaient l’air d’un adolescent tuberculeux» Sans oublier tous les autres.Le journaliste miteux d’un petit journal miteux.Le policier véreux.Le joueur compulsif La pute trop maquillée.Etc.Ah, les personnages de Beauchemin! Tellement typés, typiques.Et tellement universels en même temps.Plus vrais que nature, malgré le trait de crayon fortement appuyé de l’auteur.Des miroirs grossissants, quoi! Cette façon qu’il a de les mettre en scène, tous.Du moindre petit figurant au plus important Cette façon qu’il a de les faire parler, intercalant expressions populaires et langue soutenue, dialogues et narration, comme si ça coulait de source.L’air de rien, le conteur multiplie les embûches sur le chemin de chacun.Et fouille leur âme.Avec un clin d’œil par-dessus l’épaule.Et un sourire en coin.Légèreté de ton.Qui contraste avec le tragique de la situation.Ah, l’humour savoureux de Beauchemin! Cet humour si particulier qu’on a retrouvé dans ses romans subséquents.Dans Juliette Pomerleau, pour commencer.Et, tout récemment, dans la trilogie Charles le téméraire.Bien sûr, on pourrait minimiser l’importance des enjeux mis en place dans Le Matou.Railler le but ultime du héros, Florent, 26 ans.C’est-àdire: devenir riche avant l’âge de 35 ans.Le rêve américain, quoi! Mais de la part d’un petit Canadien français né pour un p’tit pain.On pourrait trouver détestable cette obsession de ’.m m- v-.m\ ¦tr.T1 .V *+.'.mm • A-* gpSilr-;:' a- Yves Beauchemin et son matou ^argent, oui.Si elle n’était pas prétexte à autre chose.A ce qu’un critique parisien avait qualifié, au moment de la sortie du livre en France, de «comédie humaine québécoise».C’était hier, ça pourrait être aujourd’hui.Ou demain.Ça se passait ,à Montréal, ça pourrait se passer à Paris.Ou à Rome.A peu de chose près, me disais-je, en sirotant un énième capuccino, le nez dans Le Matou.Autour de moi, les habitués du bar se jetaient des coups d’œil interrogateurs.Qui était cette touriste plongée dans un livre alors qu’il y a tant à voir dans la Ville étemelle?.Je tournais les pages, encore et encore.JACQUES GRENIER LE DEVOIR Était-ce la distance?Le mal du pays?La nostal-' gie?La magie de Rome?J’étais aspirée par ce grand roman populaire de chez nous, le meilleur, de l’auteur à mes yeux.* Collaboratrice du Devoir LE MATOU Yves Beauchemin Fides Montréal, 2007,672 pages m ' ?> " §8 I #§i 5 .II 8» Pi Iv 11' (Am.;''"'"'' BF B K K j - B 1 m ” W Æ Lg Bién dç$ romm ’ttes Déjà 40 000 copies vendues su y " SIS V i < I LE DEVOIR.LES SAMEDI 16 ET DIMANCHE 17 JUIN 2007 LECTURES D’ETE ROMAN QUÉBÉCOIS Vaudeville universitaire Une amusante satire grivoise signée Robert Gagnon CHRISTIAN DESMEULES La Mère morte, comme le suggère le titre en forme de calembour du second roman de Robert Gagnon, est une comédie.Mais une comédie avec des dents qui se nourrit des petites et grandes détestations, des rancunes indélébiles et des guerres de clochers qui colorent depuis toujours le «tout petit monde» universitaire.Névrosés magnifiques, savants fous à lier, frustrés en tous genres, manipulatrices extravagantes et porteurs de barbe en collier, le milieu universitaire offre à sa façon toute une galerie de portraits loufoques et sait parfaitement prêter flanc au rire.François Coumoyer, le premier des deux narrateurs de La Mère morte, est professeur d’histoire au département d’études religieuses d’une université montréalaise.C’est un homme apparemment sans histoire, si ce n’est que sa mère est décédée en mettant au monde un enfant mort-né alors qu’il avait une douzaine d’années.mê.- *> Wiu ."Uv$ r ægê 11 bcrt Gae v-j*; JACQUES GRENIER LE DEVOIR Les lecteurs de La Thèse (Quinze, 1994, prix Ro-bert-Cliche) se souviendront peut-être qu’il s’agit également du nom que portait l’un des personnages de ce premier roman reçu plutôt froidement de Robert Gagnon — qqi enseigne au département d’histoire de l’UQAM.A certains égards, La Mère morte pourra aussi apparaître comme une variation plus ludique sur le même thème des querelles intestines universitaires, avec leurs sanctions, leurs vengeances et leurs petits crimes.Homo academicus Animal académique comme l’université sait en produire, l’homme est un petit monstre d’érudition qui a fait sa thèse sur la physique aristotélicienne et son influence sur le concile de Trente.Il est atteint d’une peur panique de mourir et déteste sa collègue Simone Grenier à s’en confesser.Rien de plus normal sous le soleil terne des tubes au néon.Sa relative sérénité craque tout à fait le jour où il découvre, grâce aux bons soins de la machiavélique Simone, que sa mère avait eu une relation extraconjugale avec son patron, puisqu’elle a bel et bien donné naissance, avant de mourir, à un fils illégitime qui s’est plus tard suicidé après avoir vu sa thèse refusée par un jury qu’il présidait.Il reçoit quelque temps plus tard la visite de deux hurluberlus membres d’une secte millénariste peu connue, Les Derniers Frères esséniens de Jésus, visite rapidement suivie d’une apparition en chair et en os de sa «mère morte» qui lui demande de venir la rejoindre au royaume des cieux.Ces révélations trop nombreuses lui monteront à la tête: il s’enferme et fait des plans pour rejoindre sa maman.Tout le monde voudra bien entendu s’en mêler pour le ramener à la raison universitaire.Un chassé-croisé de coups bas Abracadabrant?Ajoutez à cela une visite dans un club échangiste parisien, l’incontournable colloque à l’étranger, des drag-queens en nombre, et vous aurez une idée de cet étonnant cocktail sur fond de comédie universitaire.Un chassé-croisé de coups bas et de petites vengeances dont on vous passe les détails afin de préserver un peu de votre innocence de lecteur éventuel.La seconde partie du roman, de la même teinte, h Robert Gagnon donne le point de vue de Marcella Persico, voisine et collègue secrètement amoureuse de lui, qui mènera sa petite enquête au sujet de la secte et de ses drôles de commis-voyageurs.Avec ses accents de vaudeville, La Mère morte nous offre un amalgame assez surprenant d’érotisme grivois et de satire universitaire.Amusant et léger, plutôt vif dans son genre, capable d’une certaine inventivité si on oublie le petit goût de réchauffé de ce roman, dont Robert Gagnon emprunte large- ci MARTINE DOYON ment personnages, thèmes, décor et intrigues à sa première fiction.Collaborateur du Devoir LA MÈRE MORTE Robert Gagnon Boréal Montréal, 2007,272 pages Pour le vivant HUGUES CORRIVEAU La Chambre verte, recueil inédit de France Mongeau, offert en version bilingue dans une présentation fort soignée par Les Ecrits des Forges, propose quatre parties que l’auteure nomme «études».Nous «entrons dans l’intelligence» d’un couple amoureux, dans la nature pulsionnelle et vivante.Un lien étroit s’établit alors entre le paysage et la chair, alors que la chambre est à la fois celle des amoureux, mais aussi «la chambre verte de l’été».Dès le départ le ton rappelle Alain Grandbois ou Anne Hébert dans ces descentes maritimes ou ces aériennes tensions, quand ciel et eau se confondent.Mais c’est aussi autre chose, personnel et marqué d’une voix propre, voix qui convie la poésie à sonder la «matière vive matière / étalée».La richesse remarquable de ce recueil est indéniable, tant par sa structure que par ses récurrences qui ponc- tuent la beauté décrite, la vigueur des images.Des oiseaux s’égarent, des êtres sous-marins vont à leur perte, des élans amoureux résistent contre l'accablement à cause de la «fébrilité».Le paysage, qui ressemble souvent à un «papier peint», est du même vert que les robes, les lieux.Et ce vert-là, couleur ambiguë, à la fois vivante et glauque, réconcilie.L’envoûtant étang convoqué à de nombreuses reprises dans le recueil appelle la mort enfouie, les algues, mais recèle de la vie organique et mystérieuse.Comme une noyée, la poète appelle l’amoureux qui la prend par la main, la sauve: «le poème devient ce chant sous l’épaule nue / où se love la paix les fougères / un lit des bêtes repues / au revers des trésors Les amoureux retournent à la terre, à l’eau originelle, conquièrent leur identité contre la mort.Nageurs ou troglodytes, ils vont vers une ultime connaissance.«C’est un langage d’étang stagnant / gelé cassé / les reins brisés du monde Les Editions Vents d’Ouest félicitent Claude Bolduc, lauréat du Grand Prix de la science-fiction et du fantastique québécois 2007 Histoire d'un soir et autres épouvantes 160 pages, 17,95 $ Une balle (à peine) perdue est un feu roulant, chaque phrase ou presque retenant le lecteur captif, le faisant s’esclaffer, secouer la tête de désarroi ou rire jaune.Un roman désopilant et intelligemment écrit.(Québec français) Daniel dA, Une balle (à peine) perdue 216 pages, 22,95 $ UNI BAUJ.:A PEINE.PERDUE vivant / c’est aussi argile et racine et symbole», et c’est aussi un magnifique recueil qui fait du rêve une parole révélatrice.Inquiétude du paysage «Cette femme / dit-il / ?elle était bleue / sable et plage de février».Ainsi parle le narrateur de ce recueil qui nous convie à suivre une nouvelle voix incisive et pleine d’un étonnant accomplissement.Ces «quelques éclats» qui sautent dans les mots de Kateri Lemmens font du couple amoureux le témoin du passage furtif du temps sur les choses, du lieu aléatoire de ce qui ne dure pas.Une femme liquide s’avance vers un homme qui témoigne de la délicatesse des mouvements, «il en va de ces femmes / ?grâce et risque», comme si, jamais certains de rien, les êtres qui aiment tremblaient La sirène appelle encore l’amant qui se penche, réclame la vie bien au-delà du possible.Lumineuse aussi, l’amoureuse qui sur la grève tend ses poignets vers l’autre.Comme si l’amant allait y couper les veines: «ilfaut/vouloir / ce que nous sommes / ce danger» au bord de l’effondrement Et c’est elle qui prend la parole dans la seconde partie du recueil intitulée «Récifs».Les mots se répètent en une variation infime, confirmant les paroles antérieures de «Foch», en première partie.La force indéniable de ce premier recueil tient au fait du battement sous-jacent entre douceur et douleur, entre le lisse des eaux et les colères qui grondent L’étreinte amoureuse est ici plus que le glissement des peaux, elle est aussi tempêtes et «meurtrissures».Collaborateur du Devoir LA CHAMBRE VERTE / ESTANCIA EN VERDE France Mongeau Trois-Rivières, Ecrits des Forges Mexico, Mantis editores, 2007 Traduction en espagnol de Sylvia Pratt QUELQUES ÉCLATS Kateri Lemmens Le Noroît coll.«Initiale» Montréal, 2007 Le fait divers qui fait revivre la mémoire NAIM KATTAN Mêlant le récit autobiographique et le document historique, Miriam Anissimov a réussi à écrire un roman bouleversant Le véritable nom de Samuel Rozowski, son héros, est Pierre Goldmann.Dans les années soixante, il fut accusé à Paris de meurtre.Défendu par la gauche, libéré, il fut mys térieusement assassiné.Miriam Anissimov, née comme lui de parents pourchassés par les nazis et réfugiés en Suisse, a connu cet homme, sa famille, et surtout a partagé la mémoire de la destruction de ses proches et de son peuple.Le jeune homme rescapé a cru se venger du sort dont il fut victime en commettant des braquages et en tirant sur des innocents.La romancière, accompagnant son mari, un chef d’orchestre invité à diriger un concert à Riga, capitale de la Lettonie, visite les lieux des crimes commis contre les Juife par les nazis allemands et leurs acolytes lettons.Elle constate qu’il ne reste plus de Juifs dans cette ville où régnent la corruption et les mafieux.La mémoire douloureuse remonte néanmoins à la surface.Mi- Un récit autobiographique bouleversant riam Anissimov ne tente guère de justifier les crimes de son héros, devenu un voyou ordinaire, ni même d’expliquer son comportement.Elle met plutôt en lumière l’arrière-plan.Les conséquences des crimes nazis peuvent être multiformes.Les concerts dirigés par son mari et la vie quotidienne à Riga n’atténuent point la terrible mémoire de la destruction d’une communauté, d’une culture dont les traces demeurent bien vivantes pour elle-même si elles laissent indifférents les héritiers des criminels et les témoins des horreurs qu’ils avaient perpétrées.Le présent domine, mais la mémoire finit par prendre le dessus.Miriam Anissimov est l’auteure de biographies de Primo Levi et de Romain Gary.Dans ce livre, elle raconte sa propre histoire.On n’est pas près de l’oublier.Collaborateur du Devoir VIE ET MORT DE SAMUEL ROZOWSKI Miriam Anissimov Editions Denoël Paris, 2007,247 pages MM LEPfilVIilCC Èlips Le PRIVILÈGE du français d'Axel Maugey Essai original d'Axel Maugey, Grand Prix de l'Académie française et Grand Prix de la Francophonie de la Société de Géographie en 2006, témoignant du vif désir de français dans le monde.183 pages 22.00$ entre deux mondes On dit du vieillard africain qui meurt que c'est une bibliothèque qui brûle.Un enfant qui naît, est-ce un livre qui s'écrit?Martine Delvaux, Échographies 128 pages.17.95 $ Éditions Vents d’Ouest www.ventsdoucst.ca LE BALBUZARD de Gervais Pomerleau Comment, sans se renier, assouvir sa hargne si ce n’est en se faisant embaucher pour aller chercher ces maudits godons là où ils se terrent ?Pas évident, dans un corps de femme en devenir, au sortir de la Révolution, de se faire mousse.Premier volet de la trilogie La Maraue du Lys.198 pages 21.95$ photographies de jean rey textes de jacques godbout, marcel |ean.robert saletti, michel rivard 160 pages ¦ 29,95$ yl ISBN 978-2-89540-318-0 Les 4oo coups WWW.EDITIONS400COUPS.CA flashback4' love .FLASHBACK LOVE de Maurice Ella Vincent découvre un fragment de pellicule inconnu en plein milieu de sa copie vidéo de Rosemary’s baby et dans la majorité des copies trouvées dans les dubs de la province.Ceci amène le quinquagénaire et son ami Abel à mener leur enquête.Une énigme qui se transforme en aventure où chacun trouvera une réponse différente à ses angoisses d’homme vieillissant._____ 146 pages 17.95$ www.editionshumanitas.com J 4 I LE DEVOIR.LES SAMEDI 16 ET DIM ANC 17 JUIN 2007 LECTURES D’ETE LA PETITE CHRONIQUE Vous êtes de gauche, vous?Gilles Archambault Il ne se passe pas une semaine sans que des journalistes ou des universitaires se demandent s’il est encore de bon ton de faire la distinction entre la droite et la gauche en politique.Les plus pressés d’entre eux ont depuis longtemps décidé que ce temps est révolu.Histoire de leur être désagréable, j’ai choisi cette semaine de traiter de deux livres qui marquent bien la différence fondamentale qui sépare ses deux attitudes par rapport à l’existence.Elio Vittorini a compté dans la vie littéraire italienne de la première moitié du XX' siècle.Autodidacte, il a milité dans l’antifeçcis-me, dirigé avec Pavese les Editions Einaudi, traduit Faulkner, Steinbeck et CaWwell.Les Hommes et les Autres, que l’on reprend dans la collection «L’imaginaire», est un roman plus qu’attachant H y est question de la lutte des résistants contre l’occupant allemand et les collaborateurs fascistes pendant la Deuxième Guerre mondiale.Comme il l’explique dans une note liminaire, le titre italien, Uomini e no, signifie que le genre humain est formé d’hommes et de «non-hommes».Les lecteurs et admirateurs du Si c'est un homme de Primo Levi se sentiront en territoire connu.Vittorini décrit les méandres du comportement 4’êtres plongés dans la guerre.A quel moment cessent-ils d’être des hommes pour devenir des bourreaux?Il s’attache aux actions et aux pensées d’hommes combattant pour la liberté, mais se penche tout autant sur la férocité de militaires dont la cruauté est répugnante.D dit «Je pense qu’il faut beaucoup d’humilité pour être écrivain.Mon père m’en a donné l’exemple, qui était maréchal-ferrant et écrivait des tragédies, et qui ne considérait pas qu’écrire des tragédies fut plus que ferrer des chevaux.» Vittorini montre de façon exemplaire que l’univers est peuplé tout à la fois de générosité et de méchanceté.S’apprète-t-il à décrire les actions d’un résistant préparant un attentat qu’il s’interroge sur la compréhension qu’il peut avoir des motifs d’un geste violent, lui qui ne croit pas s’être ja- mais servi d’un revolver.*Ai-je jamais tué?Je ne crois pas.» Ce beau roman, bouleversant de vérité, on l’aura compris, est empreint de la plus grande compassion pour la fraternité humaine.Si être de gauche signifie quelque chose, et je le crois, ce roman le prouve d’emblée.Joseph de Maistre, qu’on ne lit plus guère, on le comprend, est l’auteur contre-révolutionnaire par excellence.Alors que Vittorini nous dépeint en toute émotion une condition humaine aux prises avec le mal, Joseph de Maistre (1753-1821) est le réactionnaire type.Il prétendait avec toute la morgue du monde que l’homme n’existe pas, que les institutions seules comptent Le siècle des Lumières lui paraissait plus que détestable.Mais pourquoi ne perd-on pas tout à fait son temps à consulter Les Soirées de Saint-Pétersbourg et à un moindre degré, les Six paradoxes à madame la marquise de Nav?C’est tout bonnement que cet être exécrable qui estimait que «la guerre est divine» savait traduire son pessimisme dans un style pas toujours vieillot.On trouve fréquemment sous sa plume des traits de cruauté, des paradoxes étonnants.Il démontrerait, si besoin il y avait, que la droite s’accommode souvent d’une pureté dans l’expression.Pas étonnant que Cioran l’ait lu et annoté.Il trouvait sûrement chez lui des constatations amères sur les agissements des hommes.Droite ou gauche?D’avoir choisi son camp n’empêche pas les incursions chez l’ennemi.Je me promets de retourner chez Joseph de Maistre, qu’il ne faut pas confondre avec Xavier, son frère, auteur du délicieux Voyage autour de ma chambre.Collaborateur du Devoir LES HOMMES ELLES AUTRES Elio Vittorini Gallimard, coü.«L’Imaginaire» Paris, 2007,246 pages ŒUVRES Joseph de Maistre Robert Laffont coü.«Bouquins» Paris, 2007,1330 pages La résistance irlandaise Dans son dernier roman historique, Jean-Pierre Chariand s’intéresse à la lutte des Mandais pour leur autonomie politique.Et c’est à cette époque, à la fin du XIX' siècle, qu’il place l’avènement du terrorisme tel qu’on le connaît aujourd’hui, alors qu’AKred Nobel inventait la dynamite, qui a servi la résistance irlandaise.Jean-Pierre Chariand a donc plongé dans cette époque en s’inspirant de l’assassinat en 1882, du nou- veau secrétaire de l’Irlande au Royaume-Uni, lord Frederick Charles Cavendish (qui était aussi le neveu du premier ministre britannique), et de,son secrétaire, Thomas Burke.A partir de ce moment les attentats terroristes se multiplient dans le pays, particulièrement dans le métro de Londres.C’est un journaliste anglophone montréalais d’origine iriandaise, David Devlin, qui se retrouvera à jouer les espions dans ce contexte délicat fl y fera une découverte troublante.Lp Rose et l’Iriande est publié aux Editions HMH.- Le Devoir XYZ éditeur félicité Daniel Castillo Durante, auteur de La passion des nomades, Daniel Casiillo Durante La passion des nomades 1 « m si Jim Harrison incarné Louis Ha me lin Le chalet de mes parents, à Saint-Tite.Printemps 2000, j’étais venu y passer quelques jours avec Jim Harrison, bien présent dans les pages de ses cinq premiers livres réunis dans la collection «Bouquins» chez Robert Laffont.Un balbuzard (un aigle-pêcheur) venait se percher tous les soirs dans un vieux tremble à moitié mort au-dessus du chalet pour y passer la nuit Justement il me semble qu’il y avait un nid de balbuzard dans Wolf, mémoires fictifs, le premier roman du jusque-là poète Harrison.Ah, voilà: «Il s’envola, un mètre cinquante d'envergure, ailes battant l’air, survolant l'intrus en cercles de plus en plus larges, de plus en plus hauts.» C’est Ihistoire d’un type qui s’enfonce dans la forêt avec une tente, une canne à pêche, une vieille 3(L30 et une bouteille de brandy et qui se remémore le petit bout d’existence passablement agitée vécu jusque-là.Il se perd au fond des bois et décide de chercher un certain nid de balbuzard de sa connaissance, histoire de renouer avec une ou deux certitudes: «Si le balbuzard est là, je m’inclinerai devant Dieu et ferai part de ma trouvaille aux autorités.» Dans ce livre publié alors qu’il avait 34 ans, Harrison prend déjà position (sur la culture, la société, ses semblables qui le sont si peu, etc.): «Le problème de fond: je ne veux pas vivre dans ce monde, mais je veux vivre.» De quel monde par-le-t-on ici?D’un monde où ü y a de moins en moins de bêtes et de plus en plus de bêtise, où la majesté s’incline devant la technique, où des éleveurs de moutons texans, pilotes de petits avions, peuvent exterminer à la carabine des milliers d’aigles royaux en plein vol.«J’aimerais être le Robin des Bois des aigles et débarrasser le ciel de leurs saloperies de Cessnas.» Des ranchers texans qui, aujourd’hui, n’ont sans doute plus le droit de dépeupler ainsi le ciel, mais qui ont fait des petits, ont des parents un peu partout, des cousins à Saint-Tite, à l’Association des riverains, par exemple, qui demandait l’automne dernier à ses membres de foncer en bateau à moteur sur les grandes volées d’oies qui font halte chaque année sur notre lac, parce que, c’est bien connu, les oies sauvages, ça pollue.Ton grave, écriture joyeuse Je suis de retour à Saint-Tite et Big Jim Harrison est encore du voyage, empruntant cette fois la forme de son tout dernier roman, au ton grave, à l’écriture joyeuse, intitulé, tel un bordélique testament: Retour en terre.Dont voici, pour vous donner une idée, un petit extrait assez représentatif «[.] je n’arrête pas de réfléchir au pouvoir absurde de la sexuality.Un écrivain s’est interrogé sur notre nature d’animaux en habits humains.Lors d’un déjeuner médiocre, en regardant par la vitrine le Mississippi près de La Crosse, dans le Wisconsin, fai malgré tout réussi à trouver sexy la serveuse bougonne au teint cireux.Elle était extrêmement occupée car elle avait trop de tables à servir, mais quand elle s’est approchée de moi j’ai senti la chaleur de son corps.J’ai fait trois siestes dans ma voiture et à chaque fins je me suis réveillé ravi de vivre sur cette terre malgré la nature désespérément faussée de notre existence.» Le mouvement de la route, la nature animale de l’Homme, la sexualité bonhomme et compulsive, le territoire états-unien et ses petites villes, et jusqu’au critique culinaire: tout Harrison est là.Et le non-initié qui chercherait par quel côté aborder l’imposant édifice aux odeurs de bourbon, de feu de bois et de sexe humide qu’est l’œuvre de Jim Harrison ne ferait pas un mauvais choix en commençant par cette fin qui, malgré le thème douloureux et les accents élégiaques, n’est sans doute qu’apparente.Il y a d’abord la beauté de l’objet lui-même.Le motif, les couleurs, la parfaite sobriété de l’ensemble, qui s’allie comme tout naturellement au propos.C’est un livre qu’on a envie de tenir.Le propos, parlons-en: un homme, Métis d’origine finnoise et chippewa, s’étiole à toute vitesse, condamné, à 45 ans, par la sclérose en plaques.Il décide de dicter à sa femme l’histoire de sa famille telle qu’il la conçoit, pour que (au cas où une telle préoccupation aurait encore cours dans le futur.) ses enfants apprennent d’où ils viennent Que Donald, c’est son nom, annonce ensuite son intention de devancer l’issue inéluctable de la maladie, voilà qui pourrait sembler banal à première vue (pas encore une histoire d’euthanasie?!).Heureusement il y a les ours.Si le balbuzard de Saint-Tite me ramenait au premier roman de l’auteur, cette fois j’accomplis mentale- LIBRAIRIE BONHEUR D’OCCASION Livres d’occasion de qualité Nouvel arrivage PHOTOGRAPHIE BRASSAI, IAIIAN, LANDAU, eu.: F.tudes de nus (24 photographies non reliées et sons chemise dont H de Brassai), héliogravure Théo Bntgière, Éditions du Chêne, Taris 1948 CARTIER-BRESSON : Les Européens , Héliogravure Draeger frères, Editions Verve, Taris 1955 DOISNEAU : Instantanés de Taris, Héliogravure Braun et cie., Éditions Arthaud, Taris 1955 Pour plus d’information : 514-522-8848 1-888-522-8848 bonheurdoccasion@bellnet.ca 4487, rue De La Roche (angle Mont-Royal) NOUS NOUS DÉPLAÇONS PARTOUT AU QUÉBEC, POUR L’ACHAT DE BIBLIOTHÈQUES IMPORTANTES.éditions Lib er Philosophie • Sciences humaines • Li 1 .ittérarure lauréat du Prix Trillium Les défis de la diversité culturelle et religieuse L’aménagement de la diversité culturelle et religieuse débat des accommodements raisonnables collaborateurs Pierre Anctil, Daniel Baril, Paul Bégin, Yves Boisvert, Pierre Bosset, Laurent de Briey, Estelle Ferrarese, Bergman Fleury, François Grin, Montserrat Guibernau, Jean-Claude lean, Will Kymlicka, Micheline Labelle, Justine Lacroix, Jean-Marc Larouche, André Lecours, Georges Leroux, Marie Mc Andrew, Tariq Modood, Geneviève Nootens, François Rocher, Daniel Weinstock INRS Chaire Fernand-Dumont tiNiviaumt i» SHERBROOKE S B DNIVèRMt | M.SOURCE CHRISTIAN BOURGOIS EDITEUR Jim Harrison ment l’opération inverse et les ours de la péninsule nord du Michigan me ramènent à Saint-Tite.Où il y a aussi des ours, monsieur Harrison, des ours qu’on rencontre parfois en plein jour, qui se gavent de cerises sauvages et se délestent au petit matin de cacas monstrueux.Je vous lis et je pense aux ours de ma vie, bien aussi nombreux que ceux de votre livre.Je vous lis sur la galerie du chalet, assis à une table de pique-nique, en écoutant la danse d’amour du colibri qui résonne tout près, ce grand U que trace le mâle frénétique et vrombissant sous les yeux de sa compagne ravie.Je vous lis et en votre honneur, je vais terminer la bouteille de vin, me trouvant tout de même plutôt sage, parce que vous, c’est deux, mais vous pesez 150 kilos.Et demain, quand un pic maculé particulièrement macho me sortira du lit à cinq heures du matin en martelant comme un dément la bordure de tôle de la cheminée sur le toit du chalet l’équivalent avifau-nique de faire crier ses pneus au coin de la rue, c’est encore à vous que je penserai, et je poufferai de rire, car si les humains sont des animaux, le contraire est aussi vrai.Et c’est tout doucement que j’entrerai dans l’eau au bout du quai, pour ne pas déranger les minuscules alevins de l’achigan, parce que c’est là, dans vos livres: le respect de toute vie.Alors les ours.Dans ce roman qui est un de ses meilleurs, qui dé- gage comme la quintessence de l’univers harrisonien, l’écrivain poursuit entre le Michigan et le Mexique, sa quête d’une nouvelle mythologie nord-américaine fondée sur le métissage, posture culturelle.Le statut d’autochtone devenant dès lors un choix, l’Amérique indienne, une patrie de l’esprit plutôt qu’une fatalité raciale.«/ai bien sûr un pied dans les deux mondes», observe Donald, parfaitement lucide «tandis que son corps se transforme en la carcasse desséchée d'un animal mort au bord de la route.» Mais la mort, qui donne son poids à chaque page de ce livre, peut devenir, suggère l’auteur, l’ultime réconciliation avec la Nature.«On ne peut pas penser à une seule chose vivante qui ne va pas mourir.» Et Donald le Métis choisit de mourir en Indien, dans un lieu de pouvoir où il a jeûné pendant trois jours et qui s’appelle.Sault-Sainte-Marie (prononcez Soo).Quelque part du côté du Canada.Est-ce que Jim Harrison n’a pas tendance à exagérer un peu au sujet des Premières Nations?Disons que la considérable énergie vitale qui gonfle sa prose donne parfois l’impression de lui jouer des tours.«(.] il avait lu que les Inuits possédaient deux cents termes différents pour décrire la neige.» Ce n’est pas plutôt neuf?Ou vingt-et-un?C’est le problème avec les conteurs: le poisson continue de grandir une fois capturé, pareil que les ongles du mort Avec Jim Harrison, vous êtes du moins assuré de le manger grillé, avec du verrqouth sec, du beurre et du citron.A soixante-dix ans, ce grand conteur est probablement le plus puissant prosateur de la littérature américaine actuelle.Chacune de ses phrases porte, toutes sont tissées par la mémoire et le rêve, en une vision.«Tu crois peut-être qu’un ours n’est rien d’autre qu'un ours?», demande-t-il.Posez-vous la question.Collaborateur du Devoir RETOUR EN TERRE Jim Harrison Traduit de l’américain par Brice Matthieussent Christian Bourgois éditeur Paris, 2007,324 pages ARCHAMBAULT PALMARÈS LIVRES Résultats des ventes: du 5 au 11 |uin 2007 «QUEBECOR MEDIA ROMAN us ennuits de u usant Marc Lévy (Robert Laffont) CET1E CHMSOM QUE JE ICOUBUBIM .Mary Higgins Clartc (Albin Michel) U DERMtlff SUSON T.2 : IHOMM Louise Tremblay (Guy Saint-Jean) L’MNÉUB K MON VOBW SONNE .m Louise Portai (Hurtubise HMH) a ZONE ORME Chrystine Brouillet (Boréal) E ECHO PARE Michael Connelly (Seuil) 3 ¦KUHTRES A LA CARTE Kathy Relchs (Pocket) i l£ BON OCS MENS Janette Bertrand (Libre Expression) tVMKÉLWE ET GABRIEL Pauline GUI (Lanctôt) LA PART K L'AUTRE Éric-Emmanuel Schmitt (Livre de poche) JEUNESSE VK UHU-LUNET.1 : ET LE SECRET DE.BU Suzanne Julien (Pierre Hsseyre) U JOURNAL D'MMÉUE LVLAMME T.3 india Desjardins (Intouchables) ERMON t E : L’AlNt Chitstopher Paollnl (Bayard) MORDES DE MMIE Ml MADÈRE 17 John Peel (ADA) LÉOMS T.I : LE ROYAUME D'ESA Mario Francis (intouchables) MKKAi.17 : LE SECRET DE TUZUMA Maxime Roussy (Intouchables) Il SECRET K L’tPMIWANTEUR Joseph Delaney (Bayard-Jeunesse) fiARRBD 144 : UN AMOUR DE IAMN Jim Davis (Dsrgmd) .LES NOMBRES T.2 : SALE TERMS.Delaf/Dubuc (Dupuis) GAfTDNlAGAfff ISO: GASTON, MANS André Franquln (Mnreu Production) OUVRAGE GÉNÉRAL ' LE SECRET Rhonda Byrne (Un monde différant) TOUTE LbRSTHRE Ml MONDE: DE.WlÆ J.-C.Barreau / G.Bigot (Uvre de poche) ¦V QUE LA FORCE D'ATTRACTION SOT.AA MichèleCyr(Transcontinental) L’ART Di USMVUCITt Dominique Loreau (Marabout) U CLÉ DE U MAhRISE Charles F.Haanel (Dauphin Blanc) LE MEILLEUR DE SOI Guy Comeau (Éd.de l'Homme) BARBECUE : TOUTES LES TECHMOUES Steven Raichlen |Éd.de l'Homme) P1AD0TER POUR 1£ BOHNEUR Mathieu Ricard (Pocket) LES OUAntE ACCORDS TOUMMES Miguel Ruiz (Jouvence) DEMANDEZ ET VOUS RECEVRQ Pierre Morency (Transcontinental) ANGLOPHONE THE SECRET Rhonda Byrne (Beyond Words) BEACH ROAD James Patterson (Warner Vision) THE ROAD Cormac McCarthy (Vintage) THE CHILDREN OF HORN J.R.R.ToHden (Harper Collins) Robert Ludlum (SLMartln's Press) PROMISE ME Harlan Coben (Penguin Books) THE LAST TEMPLAR Raymond Khoury (Signet) Jeffrey Archer (St.Martin's Press) HONEYMOON J.Patterson / H.Boughrm (Warner Books) THE LAST SPYMASTBI Gayle Lynds (SLMartln's Press) I '} Les albums illustrés de Dominique et compagnie F 6 LE DEVOIR.LES SAMEDI 16 ET DIMANCHE 17 JUI N 2 0 0 7 LECTURES D’ETE J ‘44 Pétunia princesse des pets Texte: Dominique Demers Illustrations: Catherine Lepage Lauréat du Palmarès 2006-2007 Livromagie 6-9 ans La fée des bonbons Texte : Anique Poitras Illustrations: Marie Lafrance Finaliste au Palmarès 2006-2007 Livromagie 6-9 ans Le gros monstre qui aimait trop lire Texte: Lili Chartrand Illustrations: Rogé Finaliste au Palmarès 2006-2007 Livromagie 6-9 ans Gagnant Prix littéraire du GG Catégorie littérature jeunesse-illustrations Le palmarès livromagie de Commutitcatton-¦ JACQUES GRENIER LE DEVOIR Le Lévesque dépeint par Larocque esf, en effej, une sorte de saint laïque.«Le passage de l’Eglise à l’Etat chez nous ne s’est pas fait dans la révolte religieuse mais dans l’adhésion politique et vous [R.L] en avez été le principal élément d’entraînement.» Selon l’essayiste, Lévesque aimait profondément les Québécois, sans exclusion, et professait un anti-élitisme de principe.Dans une formule malheureuse, Larocque le qualifie de «populiste» (il affirme vouloir revaloriser ce mot), même si le terme «démocrate» aurait mieux convenu.«Face à la politique définie comme celle des culottes à Vautrain [sic], du scandale du gaz naturel ou encore comme le pouvoir des autres, vous en avez fait un lieu d’édification d’une société moderne avertie, vous avez pavé une route solide vers la réconciliation entre le pouvoir et les citoyens dans une société dénuée de pouvoir depuis des siècles.» Aux yeux de Larocque, toute la grandeur de Lévesque est là, dans sa volonté de redonner les partis aux membres, dans son action politique visant à démocratiser la participation civique.Larocque insiste beaucoup sur le fait que, pour le premier chef du PQ, la souveraineté étatique n’était qu’un moyen de mieux rendre le pouvoir au peuple.Après le départ de Lévesque, écrit-U, le PQ a trahi cet esprit en faisant de la souveraineté une fin en soi, vidée de son contenu démocratique.Larocque, en fait, ne pardonne pas au PQ de reporter la réforme du mode de scrutin et une véritable politique de décentralisation au lendemain de la souveraineté.Pourtant, dans une logique souverainiste, cette accusation de faire de la souveraineté une fin en soi ne tient pas.Pourquoi, en effet, vouloir la faire sinon parce que, sans elle, le reste nous semble irréalisable?Si tout est possible sans elle, qui n’apparaît plus alors que comme la cerise sur le sundae, à quoi bon s’y attacher?En ce sens, et contrairement à ce qu’affirme Larocque, Parizeau n’est pas un obsédé de la souveraineté vide.Elle constitue, pour lui aussi, un moyen, mais un moyen nécessaire pour l’atteinte pleine et entière, dans la mesure des possibles politiques, des autres fins.La logique de Larocque suggère plutôt qu’elle ne serait qu’un moyen accessoire, ce qui revient à lui faire perdre une grande partie de sa pertinence.Précisons, toutefois, que ce n’est pas là ce que conclut Larocque, qui pense, par exemple, en s’inspirant de l’esprit de Lévesque, que l’instauration du mode de scrutin proportionnel et une véritable politique de décentralisation créeraient une dynamique démocratique plus favorable à la souveraineté.Il y a là un vrai débai essentiel, à mener.Le PQ en anecdotes Plus légère, la deuxième partie de cet ouvrage est un vrai régal pour les passionnés de la petite histoire de la politique québécoise.Larocque a vécu de l’intérieur la naissance du PQ et sa transformation en force politique de premier plan.Il raconte avec humour et passion, dans ces pages, les hauts et les bas de cette formidable aventure.René Lévesque au soir du premier référendum D revient sur les épisodes litigieux qui ont mené aux choix du sigle, «calqué sur celui d’Hydro-Québec» et du nom du Parti québécois, que le chef détestait D rappelle que Lévesque craignait comme la peste l’impétuosité de Pierre Bourgault (le collègue Nadeau en aura long à dire cet automne à ce sujet dans son Bourgault) et qu’il souhaitait la survie du RIN afin de faire ressortir la modération du PQ.Amusé, il relate les événements qui ont amené le parti à adopter des statuts copiés sur ceux de la Ligue communiste de Yougoslavie.Lévesque, nous confirme Larocque, a pleuré à chaudes larmes le jour de l’enlèvement de FHerre Laporte, un événement qui l’a rendu furieux.En 1971, quand Larocque a dû se présenter contre lui lors d’une course à la chefferie pour que Radio-Canada daigne couvrir le congrès du PQ, il a joué le jeu avec plaisir.Les péquistes, à l’époque, travaillaient déjà fort, contribuaient à instaurer une manière moderne de faire de la politique en développant le volet recherche et documentation de leur travail parlementaire, mais ils savaient aussi s’amuser.En 1972, par exemple, Camille Laurin, à l’Assemblée nationale, livre un long discours.en latin! Le libéral Claude Castonguay lui réplique dans la même langue, suivi en cela par l’unioniste Jean-Noël Tremblay.Reprenant la parole, Laurin enchaîne.en grec ancien! Sa tirade n’aura pas de réplique.SOURCE TELE-QUEBEC Dans le même esprit, son collègue Claude Charron, toujours en 1972, se lève en Chambre pour souligner la mort du grand dramaturge Jean Racine.Jean-Noël Tremblay en rajoute, et le piège fonctionne.Le coloré Camille Samson, qui n’en manque pas une, déplore à son tour la mort de ce grand.Québécois dont tous se souviennent, de Val-d’Or à Gas-pé! «Evidemment, conclut Larocque, ce fut fête au village et on en riait encore des années plus tard.» Comme on riait encore des performances magistrales de Claude Charron, maître dans l’art de parler des heures durant pour retarder l’adoption de projets de loi libéraux.En fin de parcours, délaissant ce désopilant festival d’anecdotes, Larocque ne manque pas de critiquer le PQ d’aujourd’hui, oublieux de l’héritage du parti de René Lévesque.Il revient aux péquistes actuels de lui donner tort en retrouvant leur dynamisme.louiscofifsympatico.ca LE PARTI DE RENÉ LÉVESQUE Un retour aux sources André Larocque Fides Montréal, 2007,256 pages MARIO BOLDUC I A08A LE DEVOIR, LES SAMEDI 16 ET DIMANCHE 17 JUIN 2007 ECTURES D'ETE Un ange passe CAROLINE MONTPETIT F) Y15 la religion chrétienne, dans le judaïsme et JL-/ dans l’islam, les anges sont des messagers de Lheu, qui servent d’intermédiaires entre le sacré et le profane.Est-ce pour cette raison qu’on en a tant orné nos monuments funéraires?nun™6 de son appareil photo, la photographe Isolde Ohlbaum a parcouru les vieux cimetières d’Europe pour découvrir le visage des anges qui les peuplent Les anges sont surtout féminins, a-t-elle constaté.Pensifs, lisant dormant pleurant jouant de la musique, s étreignant, fixés dans La pierre, ils sont d’une beauté qui semble immortelle.Et pourtant alors que la plupart de ces photos ont été prises dans les années 1980, plusieurs des sculptures représentées ont aujourd’hui disparu.«Peut-être se trouvent-elles aujourd’hui dans des ^wrdins privés», se demande la photographe.D^à, sur les photos, plusieurs anges ont pris de l’âge, envahis de vigne, noircis par la pollution ou salis par les pigeons.Et la patine des ans ne fait que rendre phis aiguë la question qui nous hante en les regardant «Que reste-t-il d’une vie humaine?» Car même la pierre, sous ses allures d’éternité, ne résiste pas totalement au passage du temps.Isolde Ohlbaum dit avoir photographié certains anges plusieurs fois, différents qu’ils étaient dans la lumière ou dans l’ombre, à différentes heures de la journée.«Créés comme métaphores poétiques, comme métaphore de la passion, de la protection, de la conscience, de la paix, de la consolation ou de l’espérance, ils donnent carrière à nos rêves et à nos désirs, et restent remplis de secrets et d’énigmes.» Ces superbes photos sont accompagnées de textes choisis d Hugo, de Baudelaire, de Nerval, mais aussi, entre autres, d’Edgar Poe et de Théophile Gauthier.«Je dis que le tombeau qui sur les morts se ferme / Ouvre le firmament», écrit Victor Hugo.Dans la mythologie, les anges sont dotés par Dieu du libre arbitre, mais ils choisissent majoritairement de continuer à se consacrer à leur créateur.Ceux qui, au contraire, s’éloignent de Lui deviennent déchus, comme Satan.Reste que même ceux qui sont restés dans le droit chemin semblent souffrir parfois du spectacle du mon- ISOLDE OHLBAUM / EDITIONS DE LA MARTINIÈRE Ange du cimetière de Vienne photographié par Isolde Ohlbaum de.On les voit souvent les mains posées sur leurs yeux, comme pour masquer une vision d’apocalypse.«Les plus désespérés sont les chants les plus beaux / Et fen sais d’immortels qui sont de purs sanglots», écrit Alfred de Musset Silence! Un ange passe.Et la beauté est faite pierre.Le Devoir ANGES, UN LIEN AVEC L’ÉTERNUÉ , Isolde Ohlbaum Editons La Martinière Paris 2007,341 pages CONTES Du côté du diable ODILE TREMBLAY T e conte est en plein renou- k\~ji ^ veau; la vidéo légère est en effervescence; la musique se métisse et explore toutes les avenues.Que se passerait-il si ces trois pratiques se croisaient?» se sont demandé le conteur André Lemelin et le vi-déaste Yannick B.Gélinas.Le joli livre de contes doublé d’un CD II faut tenter le diable est le fruit de tous ces métissages.Six conteurs, six vidéastes et deux musiciens se sont penchés au chevet de Lucifer, qui ne se porte pas trop mal, merci! Une soirée-performance dédiée au puissant personnage aux pieds de bouc, lors du festival du conte De bouche à oreille, en avril 2006, est allée puiser au riche patrimoine oral qui met le Malin en scène; contes et légendes d’antan, parfois transpo- u c«-Âca
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