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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier B
Genre spécifique :
  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Références

Le devoir, 2004-01-03, Collections de BAnQ.

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SOCIÉTÉ Vingt-quatre heures à l’université d’Istanbul Page B 6 IDÉES Les Acadiens et la proclamation royale Page B 5 DEVOIR LES SAMEDI 3 E T 4 bif , D 1 M A S C H E JANVIER > O O LE DEVOIR * PERSPECTIVES La première république noire Il y a 200 ans naissait Haïti La révolte des esclaves de la colonie française de Saint-Domingue, principal producteur de sucre de l’époque, a infléchi le cours du régime napoléonien.JEAN-MICHEL CAROIT LIBÉRATION Saint-Domingue — Fruit de la victoire des esclaves de Saint-Domingue sur l’armée napoléonienne, alors la plus puissante du monde, la proclamation de l’indépendance d’Haïti le 1" janvier 1804 est l’un de ces tournants de l’histoire universelle dont la portée a longtemps été occultée.Dans son ouvrage Silencing the Past, l’anthropologue haïtien Mi-chel-Rolph Trouillot a montré que cette révolution d’esclaves réclamant des droits universels et instaurant la première république noire du monde était tout simplement impensable et devait donc être réduite au silence.Les conséquences de l’effondrement économique de la «Perle des Antilles» sur le déroulement de la Révolution française et les régimes qui l’ont suivie n’ont pas été pleinement explorées.Au milieu du XVffl' siècle, la colonie française de Saint-Domingue fournissait 75 % de la production mondiale de sucre, une denrée dont l’importance peut être comparée à celle de l’or noir aujourd’hui, et assurait les trois quarts du commerce des ports français.L’ampleur des massacres et des dévastations durant les 13 années de guerre civile de la révolution haïtienne n’a été connue que tardivement en métropole.Entre 100 000 et 150 000 Noirs et quelque 70 000 Français, dont 20 000 colons, ont péri, souvent dans des circonstances atroces.Les nouvelles, les commissaires et les renforts mettaient à l’époque deux bons mois pour traverser l’Atlantique.Dès l’insurrection des esclaves du Nord, scellée le 14 août 1791 lors de la fameuse cérémonie vaudou du Bois-Caïman, les instructions et décrets parisiens n’ont cessé d’avoir du retard sur les événements.Plusieurs historiens soutiennent que, si Napoléon n’avait pas été défait par les esclaves de Saint-Domingue, il n’aurait pas réalisé la plus considérable et la plu« mauvaise opération immobilière de tous les temps.En vendant VOIR PAGE B 2: HAÏTI «En me renversant, on n’a abattu à Saint-Domingue que le tronc de l’arbre de la liberté des Noirs » KIMBERLY WHITE REUTERS Le président contesté, Jean Bertrand Aristide.AKCHIVKS I H DKVOIR Des projets comme une centrale privée dans le parc de Val-Jalbert au Lac-Saint-Jean, le passage d’une ligne à haute tension à Grondines et l’entrée du Québec dans le thermique à Beauharnois ont été examinés par le BAPE.rsafc» Vingt-cinq ans d’audiences sur près de 200 projets majeurs L’incontournable BAPE L’organisme s’est imposé comme un bastion de la démocratie participative En 25 ans, les simples citoyens québécois ont pu poser des questions, se prononcer et obtenir des évaluations indépendantes sur près de 200 projets majeurs au Québec.Parfois des projets importants au niveau régional, comme une centrale privée dans le parc de Val-Jalbert au Lac-Saint-Jean, le passage d’une ligne à haute tension à Grondines ou la construction d’une autoroute.Parfois des projets nationaux, comme l’entrée du Québec dans le thermique à Beauharnois, la politique de l’eau ou la production porcine.Et cela, grâce à une institution unique admirée et copiée partout dans le monde.LOUIS-GILLES FRANCŒUR LE DEVOIR Il y a 25 ans, juste à la clôture de la session des Fêtes, le gouvernement de René Lévesque créait le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement, le BAPE, qui allait devenir, pour le bonheur des uns et le malheur des autres, le bastion de la démocratie participative, ou «démocratie directe», comme on dit aux Etats-Unis, où est née cette tradition qui confronte experts, technocrates et promoteurs aux gens qui vont devoir vivre avec leurs projets.Vingt-cinq ans plus tard, l’Assemblée nationale saluait récemment cet anniversaire par une motion unanime qui souhaitait explicitement le maintien de la mission du BAPE malgré la vague de réingénierie, ce qui situe désormais celui-ci dans une sorte de no man’s land politique.En réalité, la création du BAPE fait partie, même si on l’oublie souvent des grandes réformes du premier gouvernement Lévesque avec le déclubage des forêts publiques, la protection du territoire agricole et l’assurance automobile, pour faire une courte liste.Depuis 1978, le BAPE a produit plus de 190 rapports d’audiences, d’enquêtes et de médiation.Plus de 6000 mémoires ont alimenté la réflexion des différents commissaires au cours d’audiences auxquelles ont participé plus de 100 000 personnes.En plus d’avoir procédé à l’évaluation de projets ponctuels, des commissions ont amorcé des virages historiques dans plusieurs domaines comme les arrosages de pesticides en forêt les déchets dangereux, la régénération forestière, les déchets, l’eau et la production porcine.Ce qui démontre, si quelqu’un en doutait encore, la pertinence d’un des rares articles du Règlement sur l’évaluation des impacts environnementaux à avoir été adoptés par le gouvernement au début des années 80 mais qui n’est jamais entré en vigueur, faute d’avoir été publié dans la Gazette officielle, ce fameux article, qui fait si peur aux gouvernements, prévoit l’évaluation des politiques et programmes gouvernementaux afin de les insérer dans une logique d’intégration environnementale, i.e.qui tiendrait compte simultanément de leurs impacts sur les écosystèmes, la société et l’économie.L’enquête d’abord L’originalité de la démarche du BAPE réside en grande partie dans le fait que, dans un premier temps, l’audience s’en tient uniquement à élargir la connaissance du dossier à partir des questions du public et des commissaires.Commentaires et opinions sont réservés pour la deuxième phase, ce qui frustre souvent les citoyens anxieux d’en découdre avec un promoteur.L’idée de placer d’abord la commission en mode d'enquête est de Luc Ouimet, un commissaire de la première équipe du BAPE au début des années 80.La formule a ensuite été exportée dans le processus fédéral par M*' Michel Yergeau, le premier vice-président du BAPE qui a siégé à la commission Waish, au Bureau de consultation de Montréal par Luc Ouimet qui l’a présidé.Luc Ouimet n’hésite pas une seconde: «Si je devais choisir entre la phase de questions et celle réservée aux opinions, je sacrifierais celle des mémoires.Caron sait par les questions des citoyens quelles sont leurs valeurs et leurs préoccupations.Mais surtout, les questions permettent de faire apparaître le non-dit et de confronter les affirmations de chacun à un examen rigoureux, le seul qui puisse faire évoluer substantiellement la connaissance du dossier.» André Beauchamp, qui a présidé le BAPE entre 1983 et 1987, explique que «la première phase de l’audience provoque un important transfert de connaissances: au début, le promoteur arrive avec ses experts, confiant dans l’énormité du savoir accumulé durant la préparation du dossier Mais au fur et à mesure qu’on décortique son dossier en public, qu’on confronte les experts à la connaissance et aux questions du milieu, la connaissance passe de l’autre côté et on en arrive à égalité quelque part avant la période des mémoires.C’est ce que beaucoup de promoteurs ont de la difficulté à accepter.Mais on voit que ce travail a transformé les perceptions du dossier dans la tête de la plupart des acteurs, ce qui modifie profondément leur approche du mémoire».L’indépendance Le pouvoir des citoyens, qui agissent en quelque sorte comme procureur public par leurs questions, n’aurait pas de sens sans «l’indépendance des commissaires et de la commission, la plus grande force du BAPE», explique de son côté M' Michel Yergeau, à qui on doit d’avoir écrit le règlement sur la procédure d’audiences qui a formalisé les règles de transparence et d’évaluation.D raconte qu’au tout début du BAPE, dans le cadre de l’audience sur le passage controversé dans Lanaudière de la ligne à haute tension de la Baie-James, Q avait reçu un coup de téléphone du ministre de l’Environnement, Marcel Léger.«C’était une époque, raconte-t-il, où l’indépendance des commissaires n’était pas balisée comme aujourd'hui.Elle était dans le pudding, dans le rapport! Voilà que le ministre me dit qu’il se contenterait bien d’une synthèse des opinions exprimées parle milieu dissident, que toutes les questions qu’on posait sur la pertinence défaire passer la ligne à tel ou tel endroit, c'était pas vraiment pertinent pour le ministère, que c'était l’affaire d'HydroQuébec.Je lui ai expliqué qu’il avait inscrit dans la loi — qu'il avait d'ailleurs parrainée lui-même devant l’Assemblée nationale — un article conférant aux commissaires tous les pouvoirs d’une commission d'enquête, ce qui implique le devoir d'aUer au fond des choses.H m'a répondu que ce n'étaitpas ce qu'il voulait faire avec cette loi et qu’on posait trop de questions.J'ai alors fait un mémo au sous-ministre, André Caillé, pour lui préciser notre position et lui rappeler les ar- ticles de la loi.On n'en a plus entendu parler.» Si l’indépendance des commissaires constitue la force principale du BAPE, selon M'Yergeau, les commissaires ad hoc — qui siègent occasionnellement — sont «sa partie la plus fragile» car ils demeurent partie liée avec beaucoup d’acteurs de la société.Les premiers commissaires, explique M'Yergeau, tentaient de développer un cadre de référence environnemental pour leurs décisions, ce que d’autres appelleraient une sorte de jurisprudence environnementale.Cette vision voulait développer une certaine cohérence entre les différents rapports.Mais elle a éclaté avec le temps sous l’effet des clans, des écoles de pensée, des lignes politiques.Mais, précise M' Yergeau, si le souci de cohérence doit animer le BAPE comme institution, la volonté de créer une sorte de corpus jurisprudentiel «ne doit en aucun cas devenir une prison, un carcan pour les commissaires: ils devraient cependant avoir l’obligation au moins morale de se référer aux rapports antérieurs et, au besoin, de justifier pourquoi ils se démarquent du courant jurisprudentiel».La «justification» Mais aucune jurisprudence ne permet d’escamoter l’enjeu principal de toute audience, la «justification» d’un projet, que bien des promoteurs voudraient s’éviter, comme l’ont fait d'ailleurs certains commissaires à l’occasion pour ne pas se retrouver entre l'écorce et l’arbre.Pour plusieurs, le BAPE devrait se contenter de dire s’il faut planter des arbres ou du gazon en bordure des autoroutes ou des barrages, mais surtout pas statuer sur la pertinence de les construire.«Le cœur d’une audience, c’est pourtant la justification d’un projet, explique M' Yergeau.Si un projet est vraiment justifié, ses impacts sur le milieu deviennent dès lors beaucoup plus acceptables.Le grand problème d’une audience, c’est d’équilibrer la justification d'un projet avec ses impacts anticipés.Si le jeu en vaut la chandelle, alors on passe à la deuxième étape et on examine à jimd la façon de réduire au minimum ses impacts du projet.Mais tout ça est inutile si le jeu n’en vaut jxis la chandelle.» André Beauchamp ajoute que la crédibilité des commissions tient à un sentiment qui doit s’imposer dans l’esprit du public et du promoteur: «Si on sent que les commissaires sont capables d’aller jusqu’à rejeter ou à approuver un projet, le public ira jusqu’au bout de la démarche parce que les dés ne sont pas pipés, parce que le verdict n'est pas couru d’avqnce.» Comme les audiences du BAPE ne sont pas judiciarisées, parce que le BAPE n’est pas décisionnel, la capacité d’accueil des commissaires aux interrogations directes des citoyens est augmentée d’autant Mais, dit-il, on pourrait améliorer grandement la procédure et même simplifier la confection des études d’impact si on consultait le public avant d’envoyer au promoteur la liste de questions auxquelles U devra répondre dans son étude d’impact.«Il ne faut jamais oublier, commente M'Yergeau, que le processus d'audiences publiques est une aide à la décision gouvernementale, que l'ensemble du processus est là pour permettre la décision la plus éclairée possible.Le “scoping”, qui permet de découvrir les enjeux éventuels d’une audience, recentre les études sur ce qu’un projet a de particulier.Il évite les études théoriques, les approches académiques ou morales dans lesquelles certains groupes se spécialisent en les ramenant sur la table comme des leitmotiv à chaque audience.» VOIR PAGE B 2: BAPE ¦ Lire aussi en page B 2: Une procédure à peaufiner «Le BAPE a fait la preuve de sa nécessité mais il devra évoluer, s'adapter en capitalisant sur son expérience » } B 2 LE DEVOIR.LES SAMEDI 3 ET DIMANCHE 4 JANVIER 2001 PERSPECTIVES La guérilla est dans l’impasse Les zapatistes en perte de vitesse DAVID BORNSTEIN LIBÉRATION r Etat du Chiapas — Pour le dixième anniversaire de leur insurrection armée et le vingtième anniversaire de leur naissance, les zapatistes n’ont, a priori, pas prévu de célébration publique.Depuis près de trois ans, leur porte-parole, le sous-commandant Marcos — pourtant organisateur de nombreuses conférences de presse, d’une «réunion intergalactique» et d’une «caravane rebelle» marchant du Chiapas à Mexico devant les télévisions du monde entier — n’est plus apparu dans les médias.«Depuis l’échec du dialogue entre l’EZLN [l’armée zapatiste de libération nationale] et le gouvernement Fox, qui avait promis une loi indigène" répondant aux revendications d’autonomie, bon nombre de militants ont perdu espoir.Mais structurellement, on observe que le soutien des communautés au mouvement zapatiste commence à décliner dès 1995, après l’accès d’enthousiasme lié à l’insurrection armée, explique Juan Pedro Viqueira, universitaire à Mexico.A ce moment, Mar-cos rompt avec le PRD, le parti de gauche mexicain, et s’est déjà disputé avec toutes les organisations paysannes qui le soutenaient.Dans les zones “zapatistes”, sa consigne alors est de moins en moins respectée.Aux législatives de cet été, le PRI, l’ancien parti unique, gagne d’ailleurs la majorité des districts du Chiapas et le PRD se renforce.» Miner les bases Une analyse que Caspar Morquecho, l’une des figures de la «société civile» de San Cristobal, engagé aux côtés des «insurgés» depuis plus de 15 ans, doit admettre à contrecœur.«Cest vrai, les effectifs sont en baisse, peut-être un tiers de la population indigène — soit 10 % du Chiapas aujourd’hui — contre le double ou le triple en 1995.» Si la confrontation directe entre l’armée mexicaine et l’EZL,N s'est limitée aux premiers jours de janvier 1994, l’État mexicain n’a pas mis fin à sa pression sur les «insurgés».De l’avis de nom-L’État breuses ONG de défense des droits de l’homme, le soutien à mexicain ^es KrouPes armés destinés à harceler les communautés zapa-n’a pas mis listes existe toujours.Subventions et projets de développement sont fin à S3 également destinés à miner les bases de ITi/ZLN.pression sur «Les zapatistes n’ont pas le droit • ., de recevoir des vaccins pour leurs les insurges bêtes ou des engrais s’ils viennent de l’État.Ils doivent nourrir les militaires qui sont à leur charge.Souvent ce sont donc les plus pauvres des villages.Dans certains bleds, on sait où ils se trouvent car leurs rues n’ont pas d’électricité», explique Pancho, agronome employé par l’une des municipalités de la région d’Ocosingo.Les soutiens financiers venus de l’étranger (églises, syndicats et ONG) se sont fait plus rares.Blanca Martinez, directrice de l’association Fray Bartolomé de las Casas, assure qu’«K« tiers de [ses] moyens financiers a récemment disparu alors que l’Irak ou le sida occupent le devant de la scène humanitaire».La création des cinq caracoles, la nouvelle dénomination des centres conununautaires et politiques zapatistes, signale la mise en place de «conseils de bon gouvernement».Leur objectif, écrit Marcos: «Appliquer, dans les territoires rebelles, l’autonomie, tant territoriale que juridique, revendiquée sans succès depuis 1994.» Après dix ans de préparation d’une guérilla censée «avancer jusqu'à la capitale du pays en battant l’armée mexicaine» (Première déclaration de la forêt Lacando-na), de 1984 à 1994, puis dix ans de négociations infructueuses, de 1994 à 2003, l'EZLN initie donc une troisième approche révolutionnaire: l’instauration unilatérale de «gouvernements autonomes».Sur le terrain, ces entités ne vont pas sans poser problème.Dans les villages déclarés «rebelles» en 1994, vivent désonnais de nombreux opposants au zapatis-me.Si h junta (conseil) d’Oventic, a su trouver un terrain d’entente entre zapatistes et non-zapatistes, celles de Morelia et de La Kealidad semblent avoir exacerbé les tensions existantes.Les juntas, disposent du droit de lever un impôt «frère» de 10 % sur tout projet venant d’iuie ONG, mais aussi de «faire justice» pour tout type de crime et de délit.À La Realidad, à la suite de l’emprisonnement d'un citoyen proche de l’organisation paysanne CIOAC pour une dette non payée à un zapatiste, le village s’est retrouvé au bord de la guerre civile.Quant aux «priistes» (partisans du PRI) d’Altamirano, ils menacent de brûler le caracol de Morelia pour répondre à «l'autoritarisme des zapatistes qui emprisonnent» les leurs.Geôles visibles Sur place, entouré d’une dizaine de zapatistes ca-goulés et silencieux, le porte-parole de la junta de Morelia, se défend «d’avoir jamais mis d’amendes ou de peines de prisons».Pourtant, à quelques pas de la salle de réunion et des bâtiments destinés au «camping» de jeunes «sympathisants» venus d’Europe et des Etats-Unis, six geôles sont bien visibles.Témoignant sous couvert d'anonymat de peur des représailles, l’un des paysans d'une communauté voisine confirme les faits rapportés par la presse locale.«Dans mon village, qui fut 100 % zapatiste, seul dix familles sur une centaine le sont désormais.Nous avons eu une dispute, raconte l'homme âgé, la junta m’a convoqué, en tant que représentant de la communauté, et m’a emprisonné.Sans eau et sans nourriture pour 24 heures.» Les juntas seront-elles l’embryon d’un gouvernement zapatiste autonome, assurant au mouvement une forme de débouché politique, comme veulent le croire ses promoteurs?Pour un fonctionnaire chiapanèque proche du PRD, «aujourd’hui, tout se joue donc au sein des communautés, entre indigènes zapatistes et non zapatistes.Ce qui peut se passer est assez imprévisible».\ r REUTERS Le sous-commandant Marcos ne fait plus d’apparitions publiques.Les audiences publiques du BAPE Une procédure à peaufiner LOUIS-GILLES FRANCŒUR LE DEVOIR D eux avenues s’imposent pour faire évoluer à moyen terme la procédure d’audiences publiques au Québec: baliser le recours à de véritables audiences génériques qui permettent par exemple d’évaluer une filière énergétique avant d’examiner des projets précis et mieux dégager les enjeux des projets par une consultation (faire intervenir le public plus tôt dans l’élaboration d’un projet) située plus en amont, à l’étape de la directive qui contient les questions auxquelles un promoteur doit répondre dans son étude d’impact Pour André Harvey, le président du Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE), l’efficacité socia-Le président Ie et environnementale du BAPE passe par une reconnais-duBAPE sance que l’intervention de cet , organisme «arrive un peu tard convient que la dans la procédure» et, parfois, .pas de la bonne façon, retransmission «Qu’il s'agisse de projets de co- nnr Internet génération thermique, de produc-par iniernei ^on thermique, voire de produc- des audiences lio" éo‘ienne ou de petites cen- trales, les commissions se retrou- - vent avec un problème difficile sur les bras.Ces dernières sont appelées à évaluer un projet précis mais, pour plusieurs intervenants, proche avenir c’est la filière elle-même qu’il faudrait préalablement évaluer pour que le projet soit examiné à la lumière d’un débat defend déjà balisé.C’est aussi vrai pour des projets en agriculture et dans bien d’autres domaines.Le fait d’avoir tenu une audience sur les matières résiduelles donne à toutes les commissions sur les sites d’enfouissement un cadre de référence: ce sont les trois “RV (réduction, réutilisation, recyclage et valorisation) qui servent de cadre aux dossiers ponctuels.Il faudrait la même chose dans plusieurs autres domaines.» Un article à promulguer Les audiences générales actuelles sont différentes des génériques.Les audiences générales comme celles sur la production porcine ou les déchets envoient en quelque sorte les commissions à la pêche avec un mandat d’enquête général.Une véritable audience générique ferait par contre l’objet d’une étude d’im- va simposer dans un JACQUES NADEAU LE DEVOIR H faudrait évaluer non seulement un projet précis, mais la filière dans lequel il s’inscrit pact préalable de la part de l’acteur gouvernemental responsable du dossier l'audience débuterait sur une base solide de faits, d’études et de documents.Plusieurs audiences génériques seraient automatiquement enclenchées si Québec promulguait enfin l’article du Règlement sur l’évaluation des impacts environnementaux, adopté il y a 20 ans mais jamais mis en vigueur: celui qui prévoit de faire évaluer par le BAPE les politiques et les programmes gouvernementaux.D’autre part, poursuit André Harvey, s’il y avait audience sur la directive que le ministère de l’Environnement envoie au promoteur comme canevas de son étude d’impact immédiatement après l’avis de projet, «cela ferait ressortir les enjeux plus clairement».La directive du ministère serrerait de beaucoup plus près les questions que se posent les citoyens et les groupes environnementaux au lieu de demander de vastes portraits généraux, académiques, qui finalement éclairent assez peu le débat que les acteurs veulent faire devant la commission.Le président du BAPE convient que la retransmission par Internet des audiences va probablement s’imposer dans un proche avenir si on arrive à mettre au point une méthode économique et aisément adaptable.Mais, dit-il, il ne faut pas brusquer les choses car «la clientèle n’est pas toujours prête et il ne faut pas donner l’impression qu’on délaisse les valeurs de base», comme être présent au milieu.L’informatique pourra aussi éviter des dépenses inutiles au BAPE, estime André Harvey, si cet organisme pouvait être libéré de l’obligation de maintenir toute la documentation des projets dans différents centres d’information au Québec.Durant l’audience sur la production porcine, par exemple, il a fallu imprimer, dit-il, quelque 900 000 pages de documents, qui étaient presque tous disponibles sur Internet et que le BAPE aurait pu fournir en imprimé sur demande seulement iï5» I L ^ ?i «ut a tiHtldlni ¦ .««-«v: ¦ ¦ m lui u kft »*• **;.BI3 Le Palais présidentiel à Port-au-Prince.KIMBERLY WHITE REUTERS HAITI \ A la guérilla des anciens esclaves et à la stratégie de la terre brûlée se sont ajoutés les ravages de la fièvre jaune, qui a tué 30 000 soldats français SUITE DE LA PAGE B 1 la Louisiane, un territoire couvrant l'équivalent de 17 ÉtRts américains d’aujourd’hui, aux tout jeunes États-Unis pour une bouchée de pain, il a plus que doublé le territoire de ce pays dont on pensait alors que le potentiel était bien moindre que celui de l’ancienne colonie de Saint-Domingue.De son exil à Sainte-Hélène, l’empereur déchu a reconnu que l’expédition de Saint-Domingue fut «une des plus grandes fautes» qu’il ait commises.«Je devais me contenter de la gouverner par l’intermédiaire de Toussaint», a-t-il confié au comte de Las Cases.Poussé par les colons et par son épouse créole Joséphine de Beauharnais, Napoléon Bonaparte s’était senti défié par Toussaint Lou-verture, formidable stratège, tour à tour qualifié de Spartacus ou de Vercingétorix noir, qui avait imposé son autorité sur toute l’île d’His-paniola et avait eu l’audace de promulguer une Constitution sans consulter le premier consul-.Libéré de la menace anglaise par la pane d’Amiens, et suivant les conseils du général breton Kerverseau, Bonaparte avait rassemblé une force considérable «telle qu’il ne soit pas besoin d’en faire usage et que son appareil seul démontre l'inutilité de la résistance»: 43 000 hommes, dopt de nombreux vétérans de la campagne d’Egypte, des Polonais, des Espagnols, sous les ordres de son beau-frère Victor-Emmanuel Leclerc.Loin de se laisser impressionner par l'imposante armada, le général Christophe, l’un des lieutenants de Toussaint Lquverture qui deviendra le deuxième chef d'État d’Haiti et son premier roi, met à exécution sa menace d’incendier le Cap-Français, réduisant le «Paris des isles» à un tas de cendres.Malgré la traîtrise qui permet de capturer Toussaint Louverture, emprisonné dans une geôle glaciale du fort de Joux, dans le Jura, où il meurt le 7 avril 1803, le corps expéditionnaire se heurte à une farouche résistance des Noirs, qui craignent, avec raison, le rétablissement de l’esclavage.«En me renversant, on n’a abattu à Saint-Domingue que le tronc de l’arbre de la liberté des Noirs.Il repoussera par les racines, qui sont puissantes et nombreuses», prophétise celui qu’Auguste Comte plaçait au nombre des nouveaux «saints du calendrier positiviste», aux côtés de Washington, Bouddha, Platon et Charlemagne.À la guérilla des anciens esclaves et à la stratégie de la terre brûlée s’ajoutent les ravages de la fièvre jaune, qui tue 30 000 soldats français.Emporté par «l’affreuse maladie», Leclerc est remplacé par le cruel Donatien Rocham-beau, qui fait venir de Cuba des chiens spécialement dressés pour déchiqueter les Noirs.En face, Dessalines, qui a remplacé Toussaint Louverture, n’est pas moins brutal, et les derniers mois de la guerre seront marqués par des combats d’une férocité rarement égalée.Le 18 novembre 1803, la bataille de Vertières, où s’illustre l’intrépide Capois la Mort face aux troupes de Rochambeau, sonne le glas de l’expédition française, dont les débris se rendent à Dessalines au Cap.Jeune secrétaire de Dessalines, Boisrond-Tonnerre est chargé de rédiger l’acte d’indépendance.Le 1" janvier 1804, réunis sur la place d’armes des GonaiVes en présence d’une foule immense, les chefs de l’armée indigène victorieuse proclament l’indépendance de Saint-Domingue, qui reprend son nom indien d’Haïti: «Au nom des Noirs et des hommes de couleur, l’indépendance de Saint-Domingue est proclamée.Rendus à notre dignité première, nous avons assuré nos droits.Nous jurons de ne jamais céder à aucune puissance de la Terre», promettent-ils.Nommé gouverneur général à vie, l’ancien titre de Toussaint Louve,rture, Dessalines devient le premier chef d’Etat d’Haiti, dont il se fera proclamer empereur neuf mois plus tard.BAPE SUITE DE LA PAGE B 1 André Beauchamp estime pour sa part que le BAPE et toute la philosophie de la consultation publique y gagneraient beaucoup s’il y avait du monde au Québec pour faire des «méta-analyses, analyser et critiquer» les décisions et les méthodes du BAPE.•Quand on a fait 25 analyses de lieux d’enfouissement, on est mûr pour un retour critique sur ce genre de dossier.À la limite, le BAPE devrait avoir un pouvoir d'autosaisine pour au moins amorcer une réflexion publique sur son action, sur les règles du jeu.Peut-être qu’il faudrait confier ça à d'autres, en dehors du jeu, comme des universitaires ou des journalistes.» Une chose est certaine, conclut-il: «Le BAPE a fait la preuve de sa nécessité mais il devra évoluer, s'adapter en capitalisant sur son expérience.» Luc Ouimet, qui préconise d’étendre le mandat du BAPE à plusieurs autres domaines de l'activité publique «qui profiteraient d'une véritable approche de démo- cratie participative», va un cran plus loin: «H serait temps, dit-il, que le BAPE mette fin à ses visites de famille en province dans les grandes audiences, inutilement coûteuses et qui segmentent l’information.Ça s’appelle diviser pour régner.Une audience centralisée, du moins pour la première partie, permettrait un travail plus étoffé, probablement plus économique, auquel tout le monde pourrait participer de partout par l’entremise d’Internet.» Comme quoi la pertinence et la stabilité d’une institution ne lui évitent pas de nouveaux défis. LE DEVOIR.LES SAMEDI 3 ET DIMANCHE i JANVIER 2004 B 3 •PERSPECTIVES- Frédéric Bastien au Devoir La France a-t-elle largué le Québec ?Jacques Chirac qui salue triomphalement le départ de Jean Chrétien à Paris.L’hebdomadaire L'Express qui qualifie ce dernier de «plus grand premier ministre qu’ait connu le Canada depuis Trudeau» et qui brosse sur une quinzaine de pages un portrait apologétique du chef libéral sortant mais aussi du Canada qui fait «rêver les Français» et où les «réformes ont réussi».La France est-elle en train de larguer le Québec?Qu’en sera-t-il des relations franco-québéco-cana-diennes dans l’ère Martin?Frédéric Bastien, auteur de Relations particulières (Boréal, 1999, 424 pages) et docteur en histoire politique, a accepté de répondre à nos questions.mm C’re *¦ p, -K.^ JS ^ > ANTOINE ROBITAILLE C9 est à Paris que Jean Chrétien a célébré, avec accolades ultra-chaleureuses de Jacques Chirac, la fin de sa carrière d’homme politique: comment interprétez-vous ce fait étonnant?C’est moins étonnant qu’il n’y paraît au premier abord.MM.Chrétien et Chirac partagent le fait d’être des politiciens professionnels.Ils font de la politique davantage pour la joute que pour les idées.Us se ressemblent donc un peu, ce qui explique que leurs relations personnelles aient été bien meilleures que celles, par exemple, de M.Chirac avec Lucien Bouchard, un homme politique somme toute plus idéaliste.D faut dire aussi que, pour cultiver les bonnes relations, Jean Chrétien a pu compter sur la grande amitié qui unit le président français à Jean Pelletier, ancien chef de cabinet de Chrétien.Pelletier avait réconcilié les deux hommes lorsque, en janvier 1995, M.Chrétien déclara que le Québec avait autant de chances de devenir souverain que Chirac d’être élu président N’est-ce pas aussi la victoire de l’ambassadeur sortant Raymond Chrétien, neveu de Jean Chrétien?Raymond Chrétien a été un ambassadeur bien plus habile que son prédécesseur Jacques Roy, dont l’intransigeance face au Québec indisposait plusieurs diplomates au Quai d’Orsay.Il faut dire aussi que l’ambassade du Canada à Paris dispose d’un service de presse très efficace qui, depuis plusieurs années, supplante complètement celui de la délégation générale du Québec.Ceci dit, un bon ambassadeur ne peut, à lui seul, déterminer le cours des relations triangulaires entre Paris, Ottawa et Québec.La chaleur et l’emphase de Chirac, n’est-ce pas, sur le plan des relations internationales, l’équivalent de la loi sur la clarté pour les souverainistes?Pas du tout.Les relations personnelles et le protocole constituent un facteur qui a une certaine importance.Ce n’est toutefois pas ce qui pèse le plus dans la balance.L’élément clé est sans conteste le poids de la coopération franco-canadienne et franco-quebécoise.Le fait est que les résultats concrets des échanges entre la France et le Québec ont toujours été plus importants que ceux issus des échanges franco-canadiens.Et ce malgré le succès récent d’Ottawa avec la numérisation de 400 000 documents d’archives de la Nouvelle-France, un projet mené à bien par les Archives nationales de France et celles du Canada, le Québec y étant plutôt absent II faudrait du reste bien plus pour que la France soit prête à lâcher le Québec en faveur du Canada.Et cette situation demeure, nonobstant toutes les déclarations favorables que peut faire un président français à l’endroit d’un premier ministre canadien sortant La République française pourrait-elle être en train de revenir à une position mitterran-dienne favorable au Canada et sceptique face à la cause québécoise?Si oui, est-ce l’Irak qui a tout changé dans les rapports entre les deux pays?Nulle surprise que Chirac, comme bon nombre de Français, soit sceptique face à la question québécoise.Il y a eu deux référendums où les Québécois ont dit non à l’indépendance.Jean Cha-rest est au pouvoir au Québec et le Bloc recule à Ottawa.Encore là cependant, le président ne fera rien pour rompre les relations di- Le président ne fera rien pour rompre les relations directes et privilégiées avec le Québec Culture et télé pour ne rien manquer rectes et privilégiées avec le Québec, connue en témoigne la visite qu’il a faite l’été dernier à Jean Charest, au moment de ses vacances en Estrie.Apres être allé rencontrer Jean Chrétien à Shawi-nigan, il lui est apparu nécessaire de montrer que le Québec n’était pas en reste, d’où l’idée d’aller également visiter le premier ministre québécois.Quant à l’Irak, il s’agit d’un autre dossier.La France et le Canada peuvent être en accord ou en désaccord sur plusieurs enjeux internationaux: ce n’est pas pour autant qu’il y un marchandage sur les relations franco-québécoises.La France a tissé des liens avec le Québec dans le cadre de la promotion de la francophonie.Si le gouvernement fédéral essayait de minimiser ces relations en échange d’un appui sur telle ou telle question internationale, il démontrerait qu’il désire davantage banaliser le Québec que de faire la promotion du français dans le monde.De fait, il se trouverait complètement discrédité aux yeux de Paris.À l’égard de la France, croyez-vous que Paul Martin poursuivra dans la voie tracée par Jean Chrétien?Il tentera lui aussi d’avoir des relations chaleureuses avec Jacques Chirac, ce qui est d’ailleurs son rôle.S’il essayait toutefois de faire ombrage au Québec, ce que rien ne laisse croire à ce stade, il n’aura pas davantage de succès que celui obtenu par M.Chrétien ou M.Trudeau par le passé.Dans le passé y a-t-il eu des périodes ou les gouvernements à Paris, à Ottawa et à Québec étaient autant sur la même longueur d’ondes (diversité culturelle, conservatisme fiscal, politique internationale, etc.)?Que le Canada fasse cause commune avec la France en Irak en dépit des positions américaine et britannique, c’est très inhabituel.A l’instar de la question de la diversité culturelle, il s’agit clairement d’un facteur de rapprochement sur les grands enjeux internationaux.Par contre, même si les idéologies au plan interne sont semblables dans les deux pays, cela ne revêt pas une importance particulière en ce qui a trait aux relations bilatérales.La France de Mitterrand, par exemple, s’est beaucoup mieux entendue avec le Canada de Brian Mulroney qu’avec celui de Trudeau, même si aux plans idéologique et intellectuel, Mitterrand ressemblait bien plus au premier ministre libéral.JACQIIKS OKKN1KK 11: OKVOIR La présidente de la Commission, Fatima Houda-Pépin, n’a pas l’intention de chercher la petite bête à personne.OGM, traçabilité, étiquetage et inspection La table est mise à Québec Le gouvernement se penchera sur les grandes questions alimentaires de l’heure FABIEN DE G LISE LE DEVOIR Année du «singe de bois- pour les Chinois, 2004 devrait plutôt être au Québec l’année de la vache folle.mais aussi des organismes génétiquement modifiés (OGM), de la traçabilité et de l’inspection des aliments qui, au début du mois de février prochain, vont rythmer les discussions de la Commission de l’agriculture, des pêcheries et de l’alimentation.Les «nouveaux enjeux de la sécurité alimentaire au Québec» —- c’est le titre donné à ce grand débat public — y seront en effet à l’honneur, histoire A'«examiner à tête reposée», explique la présidente de la commission, Fatima Houda-Pépin, les craintes des consommateurs et les appréhensions du milieu agricole devant les grandes questions alimentaires de l’heure.Une première au Québec, selon elle, qui devrait déboucher sur plusieurs recommandations visant à mettre les pendules à l’heure dans les campagnes et sur les tablettes d’épicerie.L’exercice est attendu par les acteurs du milieu de la bouffe, qui prévoient se présenter nombreux au portillon pour faire entendre leurs points de vue sur l’innocuité des aliments, les systèmes de traçabilité et d’inspection des viandes ou encore sur la délicate question de l’étiquetée des produits qui, dans la mouvance des crises alimentaires d’ici et 0?sansmr, , -t fflETRO ESSR 53 U* .JACQUES NADEAU LE DEVOIR Un manifestant contre les politiques actuelles d’étiquetage.d’ailleurs, ont souvent tenu le haut du pavé dans la sphère publique.De l’actualité toutefois, tout comme des chicanes entre le Canada et les Etats-Unis sur le cas d’une vache folle, la Commission n’en veut pas autour de la table, prévient Mme Houda-Pépin.«Ma préoccupation va au delà de ces sujets qui sont dans les médias pendant une semaine ou deux, dit-elle.Notre objectif est plutôt d’examiner en profondeur la question de la sécurité alimentaire de la ferme à la table.À tête reposée, h/in des allégeances politiques.Et dans un débat sérieux et transparent interpellant tous les maillons de la chaîne alimentaire: producteurs, intégrateurs, transformateurs, distributeurs, consommateurs.» La table est mise.Quant au menu, contenu dans un document de 63 pages, il a depuis le 12 décembre dernier été rendu public, histoire de susciter le dépôt de mémoires d’ici le 23 janvier prochain.Au programme: l’inspection des aliments, que la commission se propose de disséquer pour mesurer son efficacité dans le contexte tantôt fédéral et tantôt provincial qui caractérise la question au Québec, ou encore pour savoir s’il est en harmonie avec les risques associés aux aliments transgéniques.Des aliments que la commission se promet de passer au crible d’ailleurs, en ce qui concerne les effets sur la santé et sur l’environnement, mais aussi en ce qui concerne l’étiquetage.Autre sujet à se mettre sous la dent: la traçabilité, actuellement réservée au Québec aux bovins — de la naissance à l’abattage seulement — mais que plusieurs aimeraient bien voir s’étendre jusqu’aux rayons réfrigérés des supermarchés et aussi à d’autres types d’élevage.«Ce sont les trois thèmes centraux, précise Mme Houda-Pépin.Mais la Commission reste ouverte à toute autre question touchant la sécurité alimentaire.» Au grand bonheur des accros de la nutrition, qui au passage pourront, même si la chose n’est pas inscrite dans le menu, apporter avec eux leurs inquiétudes sur la surtransformation des aliments, sur l’obésité des enfants ou bien sur les gras frans — à l’origine, avec les graisses hydrogénées dont ils émanent, de maladies du cœur.Quant aux aficionados du bio, ils comptent également, prévient Robert Beauchemin, président de la Table filière biologique du Québec, de- «Ma préoccupation va au delà de ces sujets qui sont dans les médias pendant une semaine ou deux » mander au chef un repas spécial, faute de l’avoir vu sur la carte, composé d’ingrédients indigestes pour eux: une production certifiée désormais contaminée par des organismes génétiquement modifiés (OGM).Multiforme, le débat doit avant tout être vu «cimme un inventaire, un état des lieux de la situation qui prévaut au (jucbec, estime Laurent Pellerin, président de l’Union des producteurs agricoles (UPA), dont l’organisme doit déposer lui aussi un mémoire devant les membres de la Commission.Quand il est question de la sécurité alimentaire, on se rend amiptc que le niveau de perception [de chacun de ces sujets | est assez irrégulier dans notre société, je crois donc que cette rencontre permettra de mieux infirmer les gens et de jawriser le partage des points de me sur les tendances, les idées ou les écoles de pensée de tous.L’exercice va sans doute influencer les comportements et enrichir le débat.Et si cela débouche sur des recommandations qui font l'unanimité, tant mieux.» La présidente de la Com-mission le souhaite d’ailleurs.«Nous n 'avons pas l’intention de chercher la petite bête à personne, dit-elle.On veut plutôt rassurer le consommateur sur ce qu’il mange, infirmer la population sur ces enjeux et, ultimement, proposer au gouvernement des pistes d'action.» Le bilan des travaux de cette commission doit être déposé en juin de cette nouvelle année au cabinet de la ministre.Après quoi, «nous allons certainement interpeller les autorités visées par les recommandations pour assurer le suivi», dit-elle.I>es groupes de pression qui animent le secteur alimentaire devraient également s’en charger, soit pour minimiser l’impact d’éventuelles décisions gouvernementales sur la santé de leurs finances ou encore pour exiger, comme plusieurs le font depuis l’arrivée des libéraux au pouvoir, que Québec tienne une promesse de taille faite pendant la campagne électorale: «développer une politique rendant obligatoire l’étiquetage de tous les aliments contenant des organismes génétiquement modifiés [OGM]», comme stipulé dans le programme du Parti libéra] publié en jajivier 2003.Une promesse qui risque de venir hanter à plusieurs reprises les 10 membres de la Commission en 2004, comme l’annoncent depuis quelques mois les pourfendeurs de transgènes.LAGENDA chaque samedi 1 Sur toute la marchandise Pour Elle 277, av.Laurier O.270-6154 Centre de Commerce Mondial 844-9125 Pour Lui < Centre dé Commàœe Mondial 281-7999 5107, av.du Parc ih ., 277-7558 i LE DEVOIR, LES SAMEDI 3 ET DIMANCHE 4 JANVIER 2 0 0 4 B 4 EDITORIAL A Josée Boileau ?Un bilan troublant Les statistiques ont ceci de fascinant qu’au-delà des grandes tendances, leurs détails révèlent des fractures sociales qui, autrement, passeraient inaperçues.Le bilan démographique du Québec en 2003 ne fait pas exception à la règle.u premier chef, c’est la chute de la fécondité qui, encore une fois!, attire l’attention dans le bilan que l’Institut de la statistique du Québec (ISQ) dresse de notre situation démographique.Moins de 72 000 bébés seraient nés au cours de la dernière année: depuis 50 ans, jamais le Québec n’a compté aussi peu d’enfants.Le phénomène devrait inquiéter mais il ne le fait pas, comme en témoigne un sondage récent mené pour Radio-Canada et La Presse: six Québécois sur dix s’y disaient peu préoccupés par la dénatalité.S’il faut prendre acte de ce constat, le coupler à la chute encore plus forte de la natalité en Espagne, en Italie, au Portugal, en Allemagne, le détacher des scénarios d’apocalypse et le brasser avec l’accroissement mondial de la population, il reste néanmoins que des questions spécifiques au Québec doivent se poser.Ainsi, ce n’est pas une vérité universelle que les Québécoises n’ont plus d’enfants.Dans les réserves autochtones, au contraire, le baby-boom ne finit pas, et il n’y a pas lieu de s’en réjouir.Les femmes y enfantent alors qu’elles sont encore trop jeunes, trop pauvres, trop peu scolarisées et trop peu soutenues par leurs compagnons — quand il y en a! Les adolescentes autochtones de 15 à 19 ans ont une fécondité six fois plus élevée que la moyenne des jeunes femmes de leur âge au Québec, celles entre 20 et 24 ans, deux fois plus.L’enfant a beau être accueilli avec joie et bénédiction dans la culture autochtone, il faut lire dans cette fécondité le piètre état de la condition féminine dans les réserves.Or, obnubilés par leurs revendications autonomistes et territoriales, les chefs de bande n’en font toujours pas une priorité, et le reste du Québec ignore carrément le problème.La situation vécue par les femmes autochtones trouve pourtant un écho dans une autre donnée, toute discrète, du rapport de l’ISQ et qui concerne le Québec tout entier: moins les femmes sont scolarisées, plus elles donnent naissance à des enfants hors mariage.Ce n’est évidemment pas la pertinence de ce mode de vie qui est en cause: au Québec, 67 % des naissances d’un premier enfant découlent d’une union libre (et 59,5 % de l’ensemble des naissances), marquant la nette et réjouissante cassure avec un système patriarcal qui distinguait enfants légitimes et illégitimes.Néanmoins, le fait que ce choix se décline à des degrés divers selon les classes sociales (car pauvreté et faible scolarité vont de pair) devrait susciter la réflexion.Les enfants seraient-ils la seule source d’espoir pour ces femmes?Y a-t-il des pères à leur côté?Peu, pourrait-on croire, vu le grand nombre de mères seules qui vivent de l’aide sociale.Dans ce cas, n’est-ce pas l’état du couple qui devrait nous inquiéter, comme le clament certains démographes?D’autant que c’est au Québec, et de façon marquée, qu’on trouve le plus de gens de 35 à 65 ans qui vivent seuls, en comparaison de la France, des États-Unis et de l’Ontario.De plus, les jeunes Québécois rejettent de plus en plus la vie de couple.D’autres faits sont troublants.Par exemple, depuis le début de 2002, la pilule du lendemain est vendue sans ordonnance médicale, et les Québécoises y ont eu plusieurs fois recours.À l’ISQ, on avait postulé que le nombre d’avortements en serait affecté.Pas du tout! Il a même augmenté à 29 140, un record.De plus, il faut revenir sur cette donnée, largement ignorée mais qui marque notre histoire: le quart des Québécoises n’ont pas d’enfant.C’était vrai pour les femmes nées au début du siècle comme pour celles présentement fécondes — et c’est ce qui nous distingue des Françaises, qui ne sont que 11 % à n’avoir pas d’enfant.Les familles nombreuses ont longtemps occulté le phénomène.Aujourd’hui, ces familles sont quasi inexistantes: en 1961, 44 % de la population vivait dans des familles de six personnes et plus; aujourd’hui, ce n’est plus que 5 %! On peut néanmoins croire que, dans la psyché québécoise, un coup de pouce au troisième enfant, comme l’avait fait le gouvernement de Robert Bourassa, stimulerait davantage la natalité que de se demander comment amener les couples à faire un premier bébé.Mais le sujet est tabou dans les milieux féministes.Enfin, une donnée devrait faire réfléchir sur l’égalité des sexes: le déclin du double nom de famille.En 1992,21 % des nouveau-nés y avaient droit; il n’y en avait plus que 13 % en 2003.Les «noms à rallonge» peuvent agacer ou faire sourire, mais ils découlent d’un souci, bien égalitaire, de perpétuation de la filiation maternelle.Le symbole n’a pas tenu le coup longtemps et n’est pas compensé par les trop rares mères donnant leur nom en propre à leur enfant.Le Nom du Père reste décidément une limite à ne pas franchir.jboileau(àledevoir.ca LE DEVOIR FONDE PAR HENRI BOURASSA LE 10 JANVIER 1910 FAIS CE QUE DOIS Directeur BERNARD DESCÔTEAUX Rédacteur en chef JEAN-ROBERT SANSFAÇON Vice-présidente finances et administration CATHERINE LABERGE Directeur de l’information JULES RICHER Directeurs adjoints de l’information PIERRE BEAULIEU.JEAN-FRANÇOIS NADEAU, LOUIS LAPIERRE Directeur artistique CHRISTIAN TIFFET Directeur, ventes publicitaires NICOLE CALESTAGNE nr) autre grand moment de © Dt Cmitf VA L'inTEnTi'on tfuNÊS PunKS avant h JL;J TouJauÊS SdftimR P AVoiR un M An PAT PE IrA PoPuLAT.pN.5^ tfvf* IooVmN La disparition de Bam, plus qu’un fait divers Alors que nous sommes en pleine joie des Fêtes, la nouvelle nous arrive.On est estomaqué: 20 000 morts, 25 000 peut-être, dans ce tremblement de terre qui a frappé l’Iran le 26 décembre au matin.H a suffi de quelques secondes pour que la plus grande partie d’une ville s’effondre: 20 000 morts, 60 000 blessés peut-être, et des milliers de parents, d’enfants qui ne savent plus comment exprimer leur douleur.Je ne peux lire ces nouvelles comme un simple fait divers.Me contenter de dire que «c’est bien triste» et passer à la nouvelle suivante.Il s’agit de vraies personnes, d’hommes et de femmes comme moi, comme nous, sur qui un malheur inimaginable vient de fondre.Ils ont tout perdu, et leur peine est insoutenable.Ils vivaient dans une ville exceptionnelle.J’ai vu Bam, plus d’une fois.Une forteresse dressée dans le désert.Une majestueuse citadelle de terre crue bâtie sur un éperon rocheux, construite là-haut comme un immense château de sable.La maison du gouverneur (XVII' siècle), les étables du XTV siècle, les salles de la garnison, la mosquée du IXe siècle, le bazar, je revois tous ces lieux mystérieux qui me faisaient voyager dans le temps et me reportaient même à ces premiers moments de l’humanité sédentaire, puisque Bam était habitée déjà vers 4000 avant le Christ.Pendant des millénaires, elle fut une plaque tournante des échanges et du commerce entre l’Orient et ce monde en effervescence qui grouillait autour de la Méditerranée.Cette Bam spectaculaire dressée dans un ciel de feu, deux kilomètres de murs l’entourent; ils sont jalonnés d’une trentaine de tours qui lui font comme une couronne.Et tout autour, à l’extérieur, dans ce que je croyais n’être qu’un village — mais le décompte des morts et des survivants me démontre que j’avais tort — , des centaines de maisons, également faites LETTRES -— de boue séchée et de paille.Des hommes et des femmes vivaient dans ce décor ocre et vert et ils y trouvaient leur travail, car l’oasis autour de laquelle est bâti le village voit croître les dattiers les plus importants du pays: il faut s’être régalé de ces mazarafati pour admettre avec les Iraniens que ces dattes sont vraiment les meilleures du monde.En quelques secondes, ce monde s’est écroulé.On me l’avait bien dit, la croûte terrestre sur laquelle repose ce pays est ici bien mince, elle travaille sans cesse et n’est pas toujours stable; sous elle, les continents se frappent les uns les autres plus que nulle part ailleurs.Jamais cependant je n’aurais pu croire que les colères du sol fessent de tels dégâts et qu’en si peu de temps, elles effacent de la surface de la terre tant de vies et tant de splendeur.Aujourd’hui, au lendemain de cette catastrophe, je pense à Farshid, jeune médecin de Téhéran qui a fait de l’intervention lors des désastres naturels sa spécialité.Je pense à Farah, une femme radieuse et intelligente d’Ispahan dont le français agréable résonne encore à mes oreilles; à Mojgan, cette étudiante en génie que j’ai connue à Kerman, et à Rezza, son mari.Je pense à Armita et à Ali de Téhéran, qui m’avaient invité à leur mariage, en 2002.Et je revois tant d’autres visages qui, dans ce pays exceptionnel, m’ont rappelé quotidiennement qu’on peut être différent et se comprendre, qu’on peut adorer Dieu sous divers angles mais qu’au fond, on ressent tous les mêmes aspirations, le même goût du bonheur, le même désir de paix et une immense fraternité.L'Iran est un pays qui m’a fasciné, qui m’a rendu heureux; comment pourrais-je le voir souffrir sans en éprouver de la douleur?Non, le drame de Bam ne peut me laisser indifférent.Les morts de la ville ne sont pas des anonymes pour ceux qui les pleurent.Ils ne sont pas des faits divers pour Mojgan, pour Farah, pour Ali.Ils ne le sont pas non plus pour moi.J’ai une pensée pour eux et pour les leurs, j’éprouve une peine profonde pour ce qui leur arrive.Et je sens le besoin de faire un geste de fraternité pour ces gens qui sont dans le malheur.J’espère simplement que nous serons nombreux à vouloir aider l’Iran en ces jours de deuil.Jacques Desautels Québec, le 28 décembre 2003 Mon frère canadien-français Je rends hommage à Jean Chrétien, un frère canadien-français du Québec.Je ne partage pas sa vision constitutionnelle.Je me range plutôt dans la mouvance souverainiste.Je crois avoir raison sur ce qui serait le mieux pour mon peuple, les Canadiens français du Québec, mais seul l’avenir le dira, longtemps après ma mort Je ne fais fias une maladie de mes désaccords politiques en matière constitutionnelle.C’est pourquoi reconnaître la valeur de Jean Chrétien m’est facile, de même que d’affirmer qu’il m’a rendu fier en tant que Canadien français.Dire le contraire serait un mensonge.J’insiste à dessein sur l’ethnie, qui est plus qu’une «vieille identité québécoise»: il s’agit d’un peuple, d’une histoire, d’une diaspora nord-américaine qui compterait autour de 15 millions d’individus.Que des Québécois, fédéralistes et souverainistes, bien souvent d’ethnies autres, veuillent rayer de l’histoire l’existence de ce peuple, le mien, cela me blesse profondément.Si, au nom d’une identification à une géographie, un projet national, on se définit en tant que Québécois, de quelle histoire et de quelle diaspora peut-on alors parler?Est-ce que notre histoire serait devenue l’histoire de toutes les communautés du Québec, notre diaspora, celle de là terre entière?Comment peut-on prétendre construire un pays sur le vide identitaire, le mépris de l'ethnie majoritaire?BravoTi-Jean (Chrétien)! Robert Bastien Montréal, le 12 décembre 2003 ( J I { * I f I ' \ M- • h ; l-! f J » ' '• *»Î.K» n.LIBRE 0 P I X I 0 N Les raisins secs de la colère DANIEL LÉVESQUE Arrondissement de Beauport, Québec Est-ce la fin de la société québécoise?Celle-ci a atteint, sinon dépassé, son point de rupture.Les mois qui viennent donneront dans leur pleine mesure le vinaigre de 30 années de gouvernance, caractérisées par l’absence, ou pire: la négation pure et simple de tout projet collectif.Jusqu'à la fin des années 70, la très grande majorité des Québécois bénéficiaient d’une éducation dont les grands axes pivotaient autour d’une culture populaire judéo-chrétienne tricentenaire.Cette culture, bien qu'imparfaite, offrait quand même des points de repère enviables.L’un d'entre eux étant l’idée d’un projet pour chacun des membres de la société.Bien qu'individuel, ce projet s’imbriquait dans un autre, celui-là tendant vers une société toujours plus égalitaire.L’idéal de justice sociale constituait l'élément centra] autour duquel s’affairait la majorité des acteurs sociaux et des leaders d’opinions.Que reste-t-il de ces généreuses aspirations?Elles disparaissent! Ceux qui les promeuvent encore font l’objet de quolibets et de railleries populaires.C’est là l’indice d’un décrochage.Déjà, au début des années 90, de grands penseurs tel que Fernand Dumont avaient décelé cette cassure.Dans une de ses déclarations, le plus grand sociologue de l’histoire moderne du Québec disait: «Les Québécois ne sont ni ignorants ni inconscients/ Us sont indifférents!» Dans cette société déjà cassée en deux, le travail de découpage s’est poursuivi.La laïcisation élimine certaines valeurs de base.La fin des cours d’histoire obligatoires dans les écoles secondaires efface lentement mais sûrement une partie de notre mémoire collective.Notre population décroît.Nous sommes de plus en plus sédentaires, ce qui veut nécessairement dire que nous avons de moins en moins de contact avec autrui.Combinez à cela l’avènement des jeux vidéos, l’omniprésence de la télévision (et de son contenu violent et insignifiant), l’informatisation et maintenant le Web, et nous avons là les outils propres à l’émergence d’une culture populaire américanisée, grotesque, individuelle et.finalement, en totale rupture avec notre histoire et nos traditions.Mais le vecteur numéro un du dépouillement de nos valeurs fût sans contredit la marchandisation à outrance de toute l’activité humaine.A la religion catholique s’est substitué le sacro-saint credo de la performance et de la consommation.Du citoyen que nous aspirions tous à devenir, nous sommes plutôt devenus des consommateurs ou encore des travailleurs en constante compétition les uns contre les autres.Dans les deux cas, c’est toute notre identité comme individu qui s’y retrouve.Le grand laissé-pour-compte de ce changement est cependant notre identité en tant que collectivité.Celle-ci n’a plus de place.De cette soustraction identitaire, il ne reste plus que l’individu.Pourquoi payer pour les autres ?C’est ainsi que nous avons vu apparaître une rhétorique visant à éliminer les inhibitions de l’individualisme en déniant les responsabilités des individus vis-à-vis de la collectivité.Les cris déchaînés des médias et des «experts» pour des baisses d’impôt ne sont que quelques exemples panni d’autres.Ce rejet des responsabilités sociales s’appuyait et s’appuie toujours sur une rhétorique structurelle dont les buts sont de créer les antagonismes nécessaires pour venir à bout de la conscience sociale citoyenne et des solidarités qui en découlent on oppose le payeur de taxe à la personne assistée sociale, la classe moyenne aux travailleurs syndiqués, les souverainistes aux fédéralistes, les pro-fusions aux défu-sionnistes, etc.Des individus de toutes les sphères de la société sont mis en opposition les uns aux autres.On tend ainsi vers la déstabilisation! De même, des idées et tendances sont reconnues comme des «vérités en soi», quand elles ne sont pas carrément érigées en dogmes.Leurs effets sont extrêmement nocifs sur le climat social.¦ Comment expliquer l’austérité à laquelle les services publics sont astreints dans un contexte marquant la fin d’une période d’enrichissement sans précédent que furent les années 90?¦ Comment se fait-il que la population endosse ce rapetissement de nos services publics et de nos institutions alors que nombre d’expériences de la sorte se sont soldées par des échecs retentissants ailleurs?¦ Comment se fait-il que dans une société riche comme la nôtre, notre réseau de santé et notre système d’éducation souffrent continuellement de sous-financement?¦ Comment expliquer ce phénomène de réprobation, sinon de haine, à l’endroit des travailleuses et des travailleurs syndiqués, alors qu'ils sont parmi ceux ayant le plus contribué à l'atteinte des objectifs budgétaires des gouvernements?¦ Comment expliquer l’acharnement hargneux envers les gouvernements, les institutions et les gestionnaires publics ?Seul point commun?Ces débats dispersent nos ressources.Ils neutralisent l'action citoyenne et effritent le tissu social.C’est diviser pour régner! Dans ce contexte, et fort du consentement obtenu par défaut et sur division, l’État impose maintenant sa «réingénierie».[.] Le politique cède ainsi la place au marché.On ne reconnaît plus au citoyen le droit de re- gard sur les objectifs, les moyens ainsi que la finalité.Seul celui qui paie a droit de parole.C’est là une ex- ! ' propriation en bonne et due forme.» Apathie Nos droits nous sont ainsi retirés et que faisons-nous?Rien! Devant une telle apathie, je crains fort que ce que je viens d’énumérer ici ne rende compte .,> d’une société qui n’a plus de projet collectif.Quand , on n’a même plus le coeur de défendre ses droits contre des lois méprisantes comme celle sur la clarté , référendaire, quand 50 millions $ par semaine sont vidés de nos goussets par le biais du déséquilibre fiscal et que l’on ne dit rien, quand on voit son voisin -être affamé par la loi sur l’assurance-emploi et que l’on s'apprête à réélire ceux qui l’ont votée, quand on : 3.ne se dérange pas pour protester parce que tant et aussi longtemps que ce n’est pas dans sa cour, alors c’est que la situation est très grave.; Le Québec aura beau se gausser de la somme de ses succès individuels, il n'en demeure pas moins -que l’on doit se demander si ceux-ci ne sont pas fina- • i: lement que les derniers soubresauts d'une commu- - : -nauté à l’agonie.Que faire si les Québécois se désin- -téressent de leur devenir collectif?Sauf l’admiration ! » < que nous leur vouons, force est d'admettre que ce ne seront pas Céline Dion ou le Cirque du soleil qui s’en porteront garant D se fait déjà très tard.L’indifférence et l'individualisme que nous cultivons depuis seulement quelques décennies sont déjà ancrés profondément dans nos ’ moeurs.Appuyés par les médias qui confortent la pensée néo-libérale, vautrés dans notre confort obnubilés par la consommation et convaincus qu’on ne peut rien faire ni changer quoi que ce soit c'est notre paresse qui nous condamne.[.] 4 LE DEVOIR.LES SAMEDI 3 ET DIMANCHE I JANVIER 2 0 01 b r> IDEES Les Acadiens et la proclamation royale Tristes semailles, douces moissons / SOURCE TOURISME NOUVEAU-BRUNSWICK t près de Houctouche.Ils y cultivèrent la terre et travaillèrent dans la forêt Ici, la foulerie de l’étoffe, une activité traditionnelle aujourd’hui répétée par les figurants du Village historique acadien, sis à l’ouest de Caraquet.Après la déportation, des Acadiens s’établirent près de Bouctouche.Ils y DONALD J.SAVOIE Titulaire de la Chaire de recherche Clément-Cormier en développement économique de l’Université de Moncton et auteur de Breaking the Bargain: Public Servants, Ministers and Parliament artout, les Acadiens applaudissent à la décision du Cabinet fédéral d’entériner une proclamation royale qui reconnaît les torts causés à nos ancêtres lors des déportations survenues au XVTIP siècle.Tout peuple attache une grande importance à l’histoire et aux symboles; et en fait de symboles, celui-ci s’avère particulièrement important pour de nombreux Canadiens et Canadiennes de descendance acadienne, dont le nombre s’élève à plus de un million.D est certain que la déportation marque une page très sombre de notre histoire.Je me souviens très bien 1 que, quand j’étais jeune enfant, mes parents, mes ! grands-parents, mes oncles et mes tantes commémoraient la déportation.Ces cérémonies, à caractère tant ! religieux que politique, se déroulaient dans l’église pa-I roissiale et rassemblaient pratiquement tous les membres de notre communauté.Adolescent, je me suis rebellé contre lldée de souligner un si triste épisode de notre histoire.Je ne pouvais accepter que d’autres peuples puissent célébrer des ré-: volutions et des soulèvements réussis ou la naissance de nouvelles nations, alors que nous célébrions le fait j que nos maisons avaient été brûlées et nos ancêtres, ! embarqués de force sur des bateaux pour des destinations inconnues.Avec le temps, je suis devenu plus modéré et j’en suis venu à comprendre que, pour mes parents, le grand dérangement était un cri de ralliement un appel lancé à tous les Acadiens pour qu’ils conservent leur identité et leur langue.On se disait que si nos ancêtres avaient réussi à survivre à la déportation, nous pouvions survivre à n’importe quoi.Cependant mes parents et leurs ancêtres m’ont également enseigné comment accepter le fardeau de l’histoire.Un peuple qui prend le parti de l'amertume, de la ; rancœur et de la vengeance s’engage dans une voie : ; sans issue.C’est leur capacité de mettre de côté l’amer-.tume qui explique que les Acadiens n’ont pas cherché à obtenir de compensation financière ou un règlement judiciaire dans le cadre de la Proclamation royale.Leur objectif était simplement d’obtenir la reconnaissance officielle d’un événement historique.Institutions bénéfiques J’ai bien appris les leçons de l’histoire.J’ai étudié en Angleterre, et à aucun moment je n’ai éprouvé le : moindre relent de ressentiment J’y ai plutôt découvert le génie des institutions politiques britanniques et j’ai _ j .passé les 20 dernières années à écrire à leur sujet et au : : sujet de leur application au Canada, chantant leurs ! louanges et mettant en garde contre le danger de s’éloigner de leurs préceptes fondamentaux.J’en suis venu à : reconnaître que ces institutions ont aidé mes ancêtres à : survivre et la société acadienne à prospérer à nouveau.Il est approprié aujourd’hui que ce soient ces s mêmes Institutions qui ont engendré la Proclamation royale.A mon avis, la capacité de protéger les mino-; : rités que démontrent les institutions politiques d’ins-: ; piration britannique se compare avantageusement à I j celle de n'importe quelles autres institutions, y com-: pris les institutions françaises et américaines.D suffit ; ’ d’y réfléchir un moment pour constater que les Aca-; : diens du Nouveau-Brunswick, par exemple, s’en ti-: rent beaucoup mieux que nos cousins cajuns de la , Louisiane en ce qui concerne la préservation de leur ; identité et de leur langue.i L’histoire de la déportation présente des ressemblances frappantes avec ce que nous appelons de nos ! jours le «nettoyage ethnique».Mes ancêtres décidèrent ¦ de ne choisir le camp d’aucun des belligérants dans les guerres opposant la France et l’Angleterre au XVIII' siècle.Bien que les Acadiens aient démontré leur neutralité depuis un certain nombre d’années, les forces britanniques n’en avaient que faire en 1755.Les gens étaient considérés soit comme des alliés, soit comme des ennemis; ils ne pouvaient pas être neutres.Les Britanniques pressèrent les Acadiens de signer un serment d’allégeance qui les aurait obligés à prendre les armes contre les ennemis de la Grande-Bretagne.Les Acadiens insistèrent pour demeurer neutres.On connaît la suite de l’histoire.Quelque 10 000 Acadiens frirent entassés sur des navires britanniques.Des familles furent séparées.De nombreux déportés périrent en mer.Les maisons furent incendiées, les documents furent déchirés et le bétail fut confisqué au profit de la Couronne d’Angleterre afin qu’il fut clair que les Acadiens ne pouvaient plus revenir.Certains déportés parvinrent à se rendre en Louisiane, où ils donnèrent naissance à la culture cajun.D’autres frouvèrent refuge dans diverses communautés le long de la côte est américaine, depuis les Carolines jusqu’au Maine.D’autres encore frirent transportés en Angleterre et en France.Mes propres ancêtres frirent emprisonnés au fort Lawrence, en Nouvelle-Ecosse, en août 1755, mais ils réussirent à s’échapper par un tunnel qu'ils creusèrent sous le fort Ils allèrent vers le nord, au Nouveau-Brunswick, se cachèrent dans les bois et éventuellement s’établir près de Bouctouche, une petite localité rendue célèbre récemment par la pièce de théâtre La Sagouine, d’Anto-nine Maillet Ils y cultivèrent la terre et travaillèrent dans la forêt cherchant à nourrir leurs families du mieux qu’ils pouvaient Es se tournaient vers l’Eglise catholique romaine pour les guider sur les plans spirituel et politique.Es survécurent et triomphèrent de l’adversité.La coEectivité acadienne est maintenant dotée de sa propre université et a produit récemment une classe d’entrepreneurs qui connaissent beaucoup de succès.La présence des Acadiens se fait sentir dans le monde des affaires, le gouvernement, les beaux-arts, la littérature et les professions libérales, avec des personnalités comme Louis Robi- chaud, Roméo LeBlanc ou Antonine MaiEet.Une fierté canadienne Même s’ils se mêlèrent peu aux débats, la plupart de mes ancêtres votèrent contre la Confédération.Toutefois, dès que le Canada devint une réalité, les Acadiens — avec tout le pragmatisme qui les caractérise — décidèrent de s’y rallier.Depuis, nous avons toujours été fiem d’être Canadiens.A bien des égards, l’histoire des Acadiens et de la Proclamation royale témoigne de ce que sont le Canada et les valeurs canadiennes.Le Canada donne aux peuples et aux individus la possibüité de rebâtir leurs communautés et de reconstruire leurs vies brisées.Ces dernières années, le Canada a accueifli des boat people venus du Vietnam et des réfugiés fuyant les opérations de nettoyage ethnique en Europe de l’Est E existe un paraEèle entre leur histoire et ceEe de la déportation des Acadiens — et c'est peut-être pour cette raison, et en raison des expériences éprouvantes qu’ont vécues mes ancêtres, que je sms toujours fier de voir mon pays ouvrir ses frontières à de nouveaux Canadiens et Canadiennes en quête d’un nouveau foyer où refaire leur vie.Les néo-Canadiens se voient offrir une multitude de nouveUes possibilités à condition qu’ils abandonnent leurs vieifles quereïïes derrière eux et qu’fls renoncent au ressentiment et à l’amertume.La Proclamation royale contient de nombreux messages.E y en a deux que j’aimerais retenir, à savoir que le Canada rend possible la dignité coflective et que nos institutions politiques fonctionnent Tant le pays que ses institutions politiques nous ont bien servis, et nous devrions nous garder de les tenir pour acquis.Pour une déclaration des devoirs PAUL TOURIGNY Retraité et étudiant libre à l’Université du Québec à Montréal es bonds accomphs ces dernières décen- Lnies en ce qui a trait à l'espérance de vie et à la progression des revenus chez les retraités, enfin, la sécurité acquise dans plusieurs domaines, ont eu pour effet de rendre ac-¦ b==J ceptable, voire désirable, la fin de la vie pro-fessionneDe et de favoriser la retraite précoce.Sous cette euphorie apparente, on doit déceler une situation que je qualifierais de scandaleuse.Pour la société civile considérée dans son ensemble, il y a un gaspülage énorme des forces vives de la coEectivité.Par aüleurs, la mise à la retraite représente une exclusion de la vie sociocultureHe, un déracinement D y a un besoin légitime chez les bénéficiaires de la retraite d’une occupation valorisante, productive et utile; l’infinie perfectibüité de l’être humain ne connaît pas d’âge.L’heure est peut-être venue pour nous de réfléchir en profondeur.Mais, d’abord, qu’en est-il des droits et des devoirs?L’obligation de l’homme seul Droit et devoir sont liés comme les deux faces d’une pièce de monnaie.Dans l’intervaEe qui les sépare se détermine le sens de l’existence chez l’homme moderne.La philosophe Simone Weil nous en parle dans son essai L’Enracinement.L’ouvrage est sous-titré: ^Prélude à une déclaration des devoirs envers l'être humain».L’expression a de quoi sur- prendre, habitués sommes-nous de parler de déclaration des droits et non des devoirs.Citons Simone Weil: «La notion d’obligation prime celle de droit, qui lui est subordonnée et relative [.].L’accomplissement effectif d’un droit provient non pas de celui qui le possède, mais des autres hommes qui se reconnaissent obligés envers lui \.].Un homme considéré en lui-même a seulement des devoirs, parmi lesquels se trouvent certains devoirs envers lui-même [.].Il a des droits à son tour quand il est considéré du point de vue des autres qui se reconnaissent des obligations envers lui [.].Un homme qui serait seul dans l’univers n’aurait aucun droit, mais il aurait des obligations.» De là découle que tout être humain, qu’il en soit conscient ou non, a des obligations envers autrui.Par exemple, il est universellement reconnu qu’il faut porter secours à toute personne en danger.Bien souvent, la lecture d’une déclaration des droits, par exemple ceEe française de 1789 et ceEe des Nations unies en 1945, et aussi la perception de nos propres chartes des droits canadienne et québécoise, ignore la primauté de l’obligation sur le droit, ce qui aurait comme résultat de faire voir le droit comme source de l’obligation.Si l’on admettait cette assertion, il faudrait conclure que certains pourraient n’avoir que des droits sans devoirs, le monde étant ainsi divisé entre les ayant-droit et les autres — ces ayant-droit n'acceptant une obligation qu’en autant qu’eEe serve leur intérêt propre.L’obligation, le devoir ne sont pas une affaire de libre choix, de privilège.Ils répondent à un besoin soit du corps, soit de l'âme.Les besoins à satisfaire ne sont pas ceux contingents, le devoir trouvant sa vérité dans la satisfaction de l’un des besoins universels de l’homme générique; il pourrait toutefois admettre une typologie.Ainsi, le thème du respect de la personne me semblerait devoir être considéré comme immanent à toute obEgation.Les jeunes Dans la crise de la civüisation que nous traversons, les jeunes forment un groupe particuEèrement vulnérable.Victimes de la dévaluation de l’autorité, soumis à la matraque pubEcitafre, témoms de la trahison des éEtes, les jeunes sont souvent laissés en quelque sorte à eux-mêmes et obéissent finalement à loi tyrannique d’un müieu, le leur.Or l’enfance est l’espace où l’être étabEt ses premiers Eens avec le monde.La tâche de lui présenter le monde et ceEe de lui faire prendre conscience de son être propre incombent à l’ensemble de l’humanité mais bien sûr à ceux qui seraient les plus désireux de voir se réaEser le maintien des acquis et le progrès du bonheur.La connexion intergénérationneEe est un prérequis dans cette opération; c’est sur la grande chaîne de l’histoire que doit s’inscrire la portion de la trame à être construite par la génération montante.Le devoir des aînés est ici de cultiver la mémoire coBec-tive et de la mettre en valeur, mais aussi d’écouter le discours des jeunes, d’en faire la critique et le cas échéant d’en favoriser l’audience.En somme, amorcer et nourrir le dialogue.Gil Courtemanche ?Ces bandits en cravate Les marchés financiers internationaux sont secoués par un nouveau scandale qui nous vient cette foisK-i de la vieiUe Europe.Le géant de l'agroalimentaire Parmalat, qui possède plusieurs usines de transformation du lait ici, vaciüe au bord de la faillite.Plus de dix milMards de dollars de trous et de falsifications comptables.Le manège durait depuis des années et le fondateur de l’entreprise a reconnu qu’il se servait dans la caisse à amp de centaines de millions de dollars, un peu comme l’ont fait ces grands criminels de l'histoire contemporaine que sont Mobutu et Saddam Hussein.Ijes responsables de ce détournement gigaiv tesque feront sûrement quelques années de prison, comme c'est le cas pour une poignée de dirigeants d’Enron ou encore quelques comptables ou courtiers.Depuis le scandale d'Enron, les autorités américaines et, dans une moindre mesure, le Canada ont resserré la vis et étabü de nouvelles règles pour mieux encadrer les marchés financiers et la gestion des entreprises.Mais qu’on ne s'y trompe pas, les déEts d’Eiitiés, les manipulations de stocks, les opérations incestueuses sont encore monnaie courante.Mieux encore, les gens qui y sont impliqués et qui parfois doivent payer des avances juteuses ne sont pas considérés comme des criminels et peuvent profiter aüègrement de la vie.Ces crimes économiques, quand ils sont de l’ampleur de ceux d’Enron ou de Parmalat, font certes les manchettes, niais, pour le reste, ils trouvent parfois une petite place dans les potins boursiers.La société dans son ensemble, les gouvernements et les médias en particuHer semblent considérer cette tonne de criminalité comme une dérive malheureuse mais normale de notre système économique.Ainsi, le président de la Banque CIBC, lourdement impHquée dans le scandale Enron, est toujours considéré comme un homme honorable.Lorsque l'institution financière devra, pour payer quelques centaines de millions de dollars d’amende, amputer le dividende annuel de quelques cents, ce vol légal ne fera pas scandale.À titre de comparaison, rappelons-nous le scandale provoqué par la gestion catastrophique au ministère des Ressources humaines il y a quelques années, ou celui encore des commandites, qui a entraîné le départ du ministre Gagliano vers une prison royale à Copenhague.Les responsables ont été traînés dans la boue par les éditorialistes, certains ont vu leur carrière poü-tique mise en danger, on les a comparés à des fraudeurs.On réclamait à juste titre des sanctions exemplaires et des réfonnes radicales.Par aüleurs, la société trouve parfaitement normal de condamner à cinq ans .de prison ferme une bande de mafieux spédaüsée dans la fraude des guichets automatiques ou des cartes de crédit et à duc ans un jeune drogué qui se fait trois dépanneurs à la pointe d’un couteau.Nous poussons des soupirs, des oh! et des ah! quand nous apprenons que le chiffre d’affaires annuel des Heüs Angels était de 120 miEions de dollars.Voilà ce que sont pour nous de véritables gens corrompus et de véritables criminels.' En fait, nous fonctionnons comme s’ü existait deux sortes de crime.Le crime qui fait directement des victimes, qui tue et qui laisse du sang sur le trottoir, qui détrousse une grand-mère, et l’autre crime, celui qui se commet sur papier, par transferts entre comptes bancaires, par attribution de primes injustifiées, par manipulations boursières.Dans le deuxième cas, les crimes ne sont finalement que des dérives ou des exagérations, punissables, certes, mais qui ne relèvent pas de la criminaEté réefle.On ne voit pas de cadavres ni de malfrats menottés.On nous montre de luxueux sièges sociaux et des présidents de musée ou des philanthropes.Ce sont des crimes sans victimes commis par des gens dépourvus d’intention crimineüe.Comme si l’appât du gain ne pouvait pas parfois devenir criminel au même titre que le hold-up.Or, ces gens font autant smon plus de victimes que les Heüs, les fraudeurs à la petite semaine ou les poE-ticiens corrompus.Dans la foulée du scandale Enron, des miEiers d’employés de l’entreprise ont perdu leur régime de retraite, leur maison.On a recensé des dizaines de suicides et des centaines de divorces, des milEers de fàilEtes.Et que dire des dizaines de müEers de petits porteurs d’action qui ont vu leurs économies d’une vie disparaître sur un disque dur?Combien de milEers de famüles devront vivre dans la pauvreté parce qu’un peu partout dans le monde des usines de Parmalat devront fermer?Ou encore, comment qualifier le comportement des quinze plus grandes compagnies pharmaceutiques au monde qui, durant cinq ans, en utiEsant les tribunaux, ont empêché l’Afrique du Sud d’importer des médicaments génériques contre le sida dans le but tout à fait légal de conserver leur part de marché et d’augmenter leur capitaEsation boursière?Durant cette période, 500 000 personnes moururent du sida dans ce pays.Nous justifions notre sévérité à l’égard des poEti-ciens et des bureaucrates en invoquant le fait qu’üs sont garants de la bonne administration des fonds publics.Mais cet argent qu’on manipule, qu’on cache, qu'on s’échange par dizaines de milliards dans les bureaux feutrés de la haute finance, n’est-ce pas aussi l'argent du pubüc?Et un voleur n’est-U pas au bout du compte tout simplement un criminel même sll arbore une cravate Armani?Écrivez-nous ! Le Devoir se fait un plaisir de pubüer dans cette page les commentaires et les analyses de ses lecteurs.Etant donné l’abondance de courrier, nous vous demandons de limiter votre contribution à 8000 caractères (y compris les espaces), ou 1100 mots.Eiutile de nous téléphoner pour assurer le suivi de votre envoi: a le texte est retenu, nous communiquerons avec son auteur.Nous vous encourageons à utiEser le courriel (redaction® ledevoir.com) ou un autre support électronique, mais dans tous les cas, n’oubHez pas d'indiquer vos coordonnées complètes, y compris votre numéro de téléphone.L’ÉQUIPE DU DEVOIR LA RÉDACTION Journalistes è l’information générale et métropolitaine Gérald Dallaire (adjoint au directeur de l'information), Jeanne Corriveau {affaira municipales), Fabien Deglise, Marie-Andrée Chouinard (éducation) ; Josée Boileau (éditorialiste, responsable de la page Idées), Brian Myles (justice et faits de société), Jean Dion, LouifrGilles Francœur (environnement).Benoit Munger (responsable du site Internet), Jean-Pierre LegauK (pupitre édita, idées, perspectives et sports), Isabelle Paré (santé), Pauline Gravel (sciences) ; Michel Garneau (caricaturiste) ; Diane Précourt (responsable des pages thématiques).Martin Du cl os.Michéle Malenfant et Christine Du maze t (relecteuri), Jacques Grenier et Jacques Nadeau (photographes) ; à l’information culturelle Michel Bélair (responsable), Julie Carpentier.Paul Bennett (pupitre cahiers spéciaux et culturels), Stéphane Baillargeon (théâtre).Paul Cauchon (médias), Caroline Montpetit (livres).Odile Tremblay (cinéma).Bernard Lamarche (arts visuels), à l’information économique : Ciérard Bérubé (adjoint au directeur de l’information), Dominique Reny.Éric Desrosiers.Alec Castonguay, Claude Turcotte; è l’information internationale Claude lévesque, Guy 1 ai lie fer, Serge Truffaut (éditorialiste): à l’information politique : Hélène Buzetti et Manon Cornellier (correspondantes parlementaires à Ottawa), Tommy Chouinard et Robert Du triage (correspondants parlementaires d Québec), Kathleen Ijévesque ; Marie-Hélène Alarie (secrétaire à la rédaction) ; louise-Maude Rioux Soucy, Geneviève Otis-Dionnè (commis).La documentation : Gilles Paré (directeur), Manon Derome, Serge laplante (Québec).Rachel Rochefort (Ottawa).LA PUBLICITÉ ET L£ MARKETING, Jacqueline Avril.Jean de Billy, Marlène Côté.Slavica Bogdanov, Véronique Géraud, Christiane I-egault, Amélie Maltais Jacques A Nadeau Claire Paquet, Micheline Ruelland.Nadia Sebai (publicitaires).Laurence Thériault (directrice adjointe).Manon Blanchette.Sylvie Importe, Martine Bérubé (secrétaire).LA PRODUCTION Daniel Bazinet (responsable de la production), Nathalie Zemaitis, Michel Bernatihez, Philippe Borne.Johanne Brunet, Danielle Cantara.Richard Des Cormiers.Donald Filion.Olivier Zuida.INFORMATIQUE.Yanick Martel (responsable).PROMOTION.DISTRIBUTION ET TIRAGE.Linda Thériault (responsable service û la clientèle, distribution et tirage), Gisèle I^nard, (coordonnatrice d la promotion et à la sollicitation).MoniqueLHeurèux.Lise Lachapelle.Rachelle Leclerc.L’ADMINISTRATION Nicole Carmel (responsable des services comptables), Céline Furoy, Germain Haeck (contrôleur), Ghislaine lafleur, Claudette Béliveau (adjointe administrative), Claudine Chevrier, Chantal Rochon, Danielle Ross.LA FONDATION DU DEVOIR Roger Boisvert (vice-président exécutif et directeur général).n l LE DEVOIR.LES SAMEDI 3 ET DIMANCHE I JANVIER 2 0 0 4 SOCIETE 24 heures à Funiversité d’Istanbul NICOLAS BOURCIER LE MONDE Elle semble pressée.Mais s’arrête avant de franchir les grilles de l’université.Dénoue avec précaution son voile islamique, le range dans son sac avant de présenter sa carte d’étudiante aux cerbères des lieux.Ses cheveux libérés, d’un rouge éclatant, Nur - c’est son prénom - est autorisée à monter les marches de la faculté de lettres de l’université d’Istanbul.La tension est manifeste.Quelques jours auparavant, mardi, 2 décembre, l’établissement était le théâtre de violentes échauffourées entre plusieurs dizaines d’étudiants, islamistes contre communistes.Ces derniers avaient déployé des banderoles dénonçant l’impérialisme et la charia.Sur l’une d’elles, on pouvait lire: «Les poseurs de bombes se trouvent dans l’université».«Il n’y a pas grand-chose à en penser, lâche Nur, d’un ton évasif.C’est tout simplement terrible.Les attentats d’Istanbul du mois dernier font l’œuvre des services secrets liés à Israël et aux États-Unis.Us n’ont rien à voir avec une terreur islamiste.» Inscrite en histoire de l’art elle entre dans la salle de cours en promettant d’en dire davantage un peu plus tard.Plantée au cœur de la péninsule historique de la métropole, entre, d'un côté, le Grand Bazar et ses touristes, de l’autre, le quartier populaire de Laleli et ses prostitués des pays de l’Est, ses migrants illégaux et ses boutiques de fringues bon marché, l’université d’Istanbul bruisse de tous côtés.Des bâtiments grisâtres, une porte magistrale de style mauresque et un long mur d’enceinte autour de la bâtisse principale plantent le décor.Le campus s’arrête net au pied de la monumentale et hiératique mosquée de Süleymaniye.À quelques encablures, Carsamba, bastion intégriste de Fatih, abrite des barbus en pantalons larges, à la mode pakistanaise, qui accompagnent des femmes couvertes du niqab noir (tcharchaf, en turc) qui ne laisse apparaître que les yeux, à travers une fente.Une université baromètre C’est dans cet établissement que Mustafa Kemal, le père fondateur de la République laïque turque, a choisi de lancer sa réforme universitaire, calquée sur le modèle européen.Inaugurée en grande pompe le 1" août 1933, en présence d’une trentaine de professeurs allemands ayant fui le régime nazi, l’université d’Istanbul, la plus grande du pays, reste encore aujourd’hui l’un des bastions de l'orthodoxie kémaliste.L’interdiction du voile y a été strictement appliquée dès la fin des années 1990, bien avant d’autres établissements.C’est aussi ici, malgré la présence de policiers en civil et l’absence de syndicats, que les courants de pensée qui agitent le pays se diffusent le plus ostensiblement, grâce à une minorité d’activistes de tout bord.Les quelque 50 000 étudiants inscrits sont issus, dans une large mesure, de familles aux revenus modestes originaires d’Anatolie.Une université baromètre dans un pays où seulement un jeune sur dix, entre 18 et 21 ans, est inscrit dans un établissement de l’enseignement supérieur.Un lieu de brassage et d’effervescence unique où, affinne même une rumeur (impossible à vérifier), l’un des cerveaux présumés de la vague d’attentats des 15 et 20 novembre aurait étudié un court laps de temps.D est midi.La cafétéria de la faculté de lettres est bondée, comme chaque jour à la même heure.Les chaises manquent à l’appel et les tables sont jalousement gardées par quelques étudiants alanguis.Le gobelet de thé noir est à 300 000 livres turques et la cantine ouvre bientôt Les affiches contre la guerre en Irak et pour la paix en Palestine tapissent les murs décatis du bâtiment, construit dans l'immédiate aprèsguerre.Une pancarte anonyme exige la démission du recteur, l’accusant de plagiat.Un peu partout, des autocollants en faveur de l’enseignement de la langue kurde.Nur a fini son cours.«Oui, il existe une atmosphère propice à faire basculer certains individus dans le terrorisme.Des Jeunes sans ressources peuvent être manipulés et attirés par des mouvements radicaux.On les aide.J'ai moi-même été abordée une ou deux fois», lâche-t-elle, souriante et inflexible.Un peu plus loin à côté de la porte du réfectoire, Ayse reste debout près d’un radiateur.Etudiante en philosophie, cette jeune rebelle de 23 ans au regard direct est membre d'une association kurde «résolument à gauche».Elle explique être intervenue pour calmer les esprits lors de la bataille rangée du 2 décembre.«Il n'y avait pas eu d’incidents depuis longtemps», rappelle-t-elle.Après l'éviction par les militaires, en 1997, du premier ministre Necmettin Erbakan, figure tutélaire de l’islamisme turc, les revendications des étudiants musulmans radicaux, particulièrement actifs au sein de l’université d’Istanbul, se sont faites plus discrètes.«Les plus durs se sont retirés, laissant la place aux modérés, poursuit-elle, en faisant référence à l’AKP.la formation politique issue de la mouvance islamiste de l’actuel premier ministre Recep Tayyip Erdogan.Parfois, nous avons des terrains d'entente avec eux.comme la lutte contre le système carcéral, la réforme de l'enseignement supérieur ou le conflit au Proche-Orient.» Un rapprochement contre nature dont elle ne semble pas mésestimer la portée.«Cela peut être dangereux, on connaît leur passé.Mais si l’on réagit trop fort contre les islamistes, comme l'ont fait les communistes, cela fera le jeu des militaires», répond-elle, l’air convaincu.Pour un ordre islamique Murat, lui, n’en finit pas de marcher.Accompagné d’un ou deux «frères», il va et vient le long des couloirs.Il observe.Âgé de 27 ans, la barbe impeccable, U porte une fine bague en argent au doigt.Etudiant en littérature turque, il dit faire partie de la Jeunesse musuhnane, une nébuleuse regroupant divers groupuscules islamistes créée dans les années 1980.En fait.«Murat est un leader», lâchent discrètement des étudiants.«Ce ne sont pas les islamistes qui ont mis les bombes à Istanbul.Les revendications par téléphone reprises par les médias ne sont pas à prendre au sérieux.D’ailleurs, même les combattants turcs foc.U ¦J an y0iM tüsü n Bïtçôt X STATON R.WINTER AFP L’interdiction du voile a été strictement appliquée à l’université d’Istanbul dès la fin des années 1990, mais, sitôt à l’extérieur de ses murs, les femmes qui l’ont adopté le renouent sur leurs cheveux pour prendre le chemin du retour.La première université turque demeure un bastion de la laïcité, mais aussi un lieu de brassage unique des courants de pensée qui agitent le pays partis en Afghanistan n’approuvent pas ces attaques», croit-il savoir, sans donner de noms.«Nous soutenons toutçs les attaques, partout dans le monde, contre les États-Unis et Israël, poursuit-il.Nous sommes pour un ordre islamique, sans vouloir rompre avec l’Occident.Nous voulons vivre notre religion librement.» Un «nous» allusif, dont il ne précise pas les contours.Les plus radicaux panni les islamistes compteraient une trentaine d'individus, assurent des membres de la coordination étudiante, une plate-forme d'associations de gauche.Plus d'une centaine pour tout le campus, selon un ancien étudiant de l'université proche du mouvement.Avant de prendre congé, Murat précise qu’il ne vote pas.«Les problèmes en Turquie ne peuvent pas être résolus par le pouvoir politique.Même le premier ministre ne peut pas venir à son bureau avec sa femme, parce quelle porte le voile.Ici, ce sont toujours les militaires qui ont le dernier mot.» Devant la cafétéria, un vendeur de livres dp Lénine et de Trotski attend le chaland.À quelques mètres, sous les affiches d'un Mustafa Kemal à cheval, de jeunes «nationalistes de gauche» alignent les revues à la gloire de la République turque de Chypre du Nord et dénoncent le plan de paix des Nations unies pour la réunification de l’île.«Le vrai problème du moment ce ne sont pas les islamistes, mais les Kurdes et les séparatistes du PKK, affirme un sympathisant qui souhaite rester anonyme.N'oubliez pas que les auteurs des attentats d’Istanbul étaient eux-mêmes kurdes.Si nous lâchons Chypre, nous perdrions ensuite le Sud-Est anatolien.» Sans perspective d’avenir Dans les étages, on patiente en attendant le cours.On discute.On tue le temps assis confortablement dans les fauteuils de la bibliothèque du deuxième.Un professeur de sociologie, croisé dans les couloirs, veut croire que cette génération n’est pas perdue.Laconique, il explique: «Elle est à l’image de ce qui se passe dans la classe politique».Dans un petit pavillon de l’époque ottomane, situé à l'intérieur de l’enceinte du campus, aujour-dhui cantine réservée au corps enseignant, le vo-lubile Mehmet Allan se montre plus explicite.Pour ce journaliste, écrivain et professeur à la faculté d’économie, «la plupart des jeunes n’ont pas de contact avec la politique.C’est terrible, mais j’arrive à les comprendre.Parce qu’il y a une perte de sens, parce que les repères politiques sont devenus flous et que la société se décompose.» D rappelle l’atmosphère de putsch qui a suivi le coup d’Etat militaire de 1980, et dans laquelle a grandi cette génération d’étudiants: «De nombreux enseignants ont été exclus, et les universités se sont transformées en casernes de fonctionnaires.Il a fallu attendre ces dernières années pour voir réintégrer certains d’entre eux.Pendant ce temps, la jeunesse turque, qui subit de plein fouet la crise économique, regarde la vie sans perspective d’avenir.» D’après les derniers chiffres officiels du ministère du Travail, plus d’un quart des jeunes diplômés ne trouvent pas d’emploi.Toute une génération d'hommes politiques turcs de premier rang s’est retirée des affaires ces derniers mois, «et même Erdogan n’est pas capable de fabriquer de la légitimité», poursuit Mehmet Altan, intarissable sur le sujet Seule la question européenne, selon lui, fait émerger des prises de position claires, entre pro et antiadhésion à l’Union européenne.«Mais je crains le pire en cas de rejet de la candidature turque l'année prochaine.» Aux élections législatives, le 3 novembre 2002, les jeunes ont plébiscité, comme leurs aînés, l'AKP de Recep Tayyip Erdogan, suivi, dans leurs suffrages, par le «Berlusconi turc», Cem Uzan.et par les ultranationalistes, selon un sondage du Centre de recherche sociale.Un vote sanction en faveur d’une droite populiste, voire radicale.Un vote rageur d’une génération en mal de repères, qui n'a pu qu’observer, impuissante, la valse des coalitions gouvernementales incapables d’enrayer la crise financière.Hors des murs de l’université, rassemblés autour d’une table dans un boui-boui du quartier, une des annexes de la cafétéria, une poignée d’étudiants en droit et en communication commentent l’actualité, un peu pêle-mêle.Pensionnaires d’un foyer administré par l’Etat, ils sont tous originaires de l’est du pays.— «La plupart des jeunes ne font pas partie de groupes politiques, ils sont juste inquiets pour leur avenir», lance Yasar.— «Dans les années 1970, la foc était clairement de gauche.Aujourd'hui, c’est plus difficile à cerner.Avant d’entrer à l’université, je manifestais le 1" mai et soutenais les grévistes de la foim en prison.J’ai changé», admet Hakan.— «Les groupes d'islamistes radicaux sont en perte de vitesse, reprend Yasar, ceux qui ont commis les attentats d'Istanbul sont les derniers représentants d’une espèce en voie d’extinction.» — «Je trouve qu’il y a moins de pratiquants qu 'avant, confirme Abbas.Qu il y ait plus de femmes voilées dans les rues ou que l’AKP gagne aussi largement aux élections ne veut pas dire que le pays compte plus d’islamistes.» — «Ce que j'attends de la vie, coupe Hakan, c’est la démocratie, l’application des droits de l’homme et le respect des croyances.La possibilité pour les femmes de porter le voile là où elles le souhaitent.» — «Faire se côtoyer l’islam et la démocratie est possible.La religion musulmane doit se réformer.Elle peut le foire», conclut son voisin, qui n’avait pas encore pris la parole.D est plus de 17 heures.La nuit tombe vite à cette époque de l’année.L'université se vide de ses étudiants.«Tous ces conflits me font doucement rigoler, confie Nur, devant les grilles de l'établissement.Les étudiants viennent ici pour devenir quelque chose, mais, derrière tous ces slogans, il n’y a pas grand-chose qui se dissimule dans leur tête.» Elle sort de son sac son voile islamique.Elle le noue soigneusement smses cheveux et prend le chemin du retour.I
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