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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier F
Genre spécifique :
  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Le devoir, 2008-02-16, Collections de BAnQ.

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LE l> E V 0 I R .L E S S A M EDI I « ET DIMANCHE 17 LEVRIER 2 0 0 8 LITTERATURE Le rêve très canadien de Noah Richler Page F 3 m r- %Lè Vie noire en temps rouge Page F 6 LIVRES £ æ a £ æ md ir mmomgamMsis £ PKI)KO RUIZ LE DEVOIR uellette tome L’art des oiseaux Descendus des cieux, ils semblent à mi-chemin entre les dieux et les hommes.Doués de la capacité de chanter comme de celle de voler, les oiseaux nous inspirent à la fois admiration et condescendance.Dans un ouvrage intitulé Le Chant des oiseaubc, publié chez Triptyque, le biologiste, musicien et musicologue Antoine Ouellette a étudié leur chant, avant de les reproduire en symphonie.CAROLINE MONTH ET IT Arrivé aux oiseaux par la biologie et l’écologie, il y est revenu par la musique.11 présentera d’ailleurs cet été, au Festival de Lanaudière, une pièce symphonique intitulée Joie des grives, dans laquelle il a reproduit entre autres, le chant des grives qui gravitent autour de son domicile de Montréal, près du boulevard Saint-Michel.Merles d’Amérique, grives fauves, grives des bois, grives solitaires s’y donneront la réplique, par l’entremise des hautbois, des flûtes, des clarinettes, et d’un mélange d’instruments à vent et à cordes, tandis que le pic, lui, sera incarné par les percussions.Professeur d’histoire de la musique et de chant grégorien.Antoine Ouellette n’est pas le premier à s’être astreint à reproduire sur la portée le chant complexe des oiseaux.Dans l’histoire, on retrouve des interprétations des chants d’oiseaux dans la musique d’Antonio Vivaldi ou de Maurice Ravel.Les quatre premières notes si grandiloquentes et si célébrés de la 5' Symphonie de Beethoven reproduiraient d’ailleurs le chant du bruant zizi, tel qu’entendu dans les parcs de Vienne par le compositeur, de l’aveu même de ce dernier.Mais les biologistes se sont livrés à cette tâche de façon beaucoup plus scientifique.Dans un livre intitulé Wood Notes Wild Notation of Bird Music, le Bostonnais Simeon Pease Cheney et son fils analysent et transcrivent 42 chants d’oiseaux, sans parler des chants de batraciens, dinsectes, du bruit du vent et même du son des chutes du Niagara! En France, Olivier Messiaen a popularisé le genre, notamment avec son Catalogue d’oiseaux, qui reprend le chant de l’alouette ou celui du rouge-gorge, mais, ici à Montréal, une Montréalaise nommée Louise Murphy avait intégré 30 ans avant lui 12 chants d’oiseaux dans une suite intitulée Sweet Canada, avec le bruant à gorge blanche, celui qu’on appelle communément Frédéric, en vedette dans la pièce titre.La musique n’est pas qu’humaine Mais Le Chant des oiseaubc, qui est issu de la thèse de doctorat de l’auteur, est beaucoup plus qu’une simple nomenclature de l’usage du chant des oiseaux en musique occidentale.En fait Antoine Ouellette s’y livre à une réflexion pour le moins singulière en comparant le chant des oiseaux et celui des hommes.«Le pire préjugé, écrit-il, serait de poser à l’avance que la musique est, par définition, une affaire humaine.» Les oiseaux comme les humains, note-t-il, ont des chants pour marquer et affirmer leur territoire, des chants pour séduire et pour dire l’amour, pour favoriser l’apprentissage de la «langue» à leur progéniture et pour la rassurer, des chants de travail, d’alerte et de persécution, ainsi que des chants de pure poésie, comme ceux qui saluent l’arrivée du jour.L’écoute du chant des oiseaux nous en dit beaucoup sur leurs aptitudes et leurs comportements.Ainsi, le chant des oiseaux est laige-ment acquis, et les oiseaux qui sont élevés sans leurs parents ont un chant bizarre et confus.En plus, certaines espèces, qui pourraient aussi être les plus intelligentes, copient avec beaucoup de justesse le chant des autres.Le geai bleu peut imiter le rapace pour effrayer d’éventuels compétiteurs.Le moqueur-chat peut imiter autant le miaulement du chat que la sonnerie du téléphone, et le moqueur polyglotte était désigné par les Amé-rindiens comme «l'oiseau parlant 400 langues».Le banal étourneau emprunte lui aussi différents chants et cris, et son propre chant se modifie au fur et à mesure qu’il vieillit, de sorte qu’on peut déterminer l’âge de l’étourneau uniquement par son chant Au sujet des étourneaux, Ouellette rapporte une étude menée par l’Université de Californie et publiée dans la revue Nature.«En se servant de chants d’oiseaux enregistrés et modifiés, les chercheurs ont enseigné des bases de la syntaxe du langage humain à des étourneaux sansonnets.En un seul mois d’apprentissage, le taux de succès des étourneaux se situait à 90 %.Les oiseaux détectaient efficacement la présence de formes grammaticales, chose que les linguistes considéraient jusqu'alors comme propre à l'homme.» Des dialectes chez les oiseaux Comme les humains, les oiseaux ont des capacités de chant qui varient selon les individus.Mais, plus étonnant encore, les groupes d’oiseaux développent de véritables dialectes, selon la région où ils vivent.«Les bruants montréalais utilisent des expressions complètement différentes de celles qu’utilisent les bruants de Québec ou même de Saint-Jean-sur-Richelieu.La structure complexe du chant permet à un individu d’identifier chacun de ses voisins, de reconnaître un étranger et aussi d’adapter sa réaction en fonction de l'intrus», écrivait Jean-François Noulin en 2004, dans la revue Québec Oiseaux.Antoine Ouellette va cependant plus loin et pose des questions pour le moins inusitées.Prenant appui sur les chants «libres» des oiseaux, qui s’expriment par exemple à l’aurore, il se demande: «L’art est-il vraiment propre à l’homme?» «Si les chants d’oiseaux sont d’abord fonctionnels, plusieurs oiseaux en viennent à émettre des chants qui dépassent l’utilitaire au point de devenir libres: pour certains chercheurs, ces chants libres tiennent de l’art, d’autant plus qu’ils sont presque systématiquement des chants fort élaborés.L’oiseau qui fait un chant libre ne le destine à aucun de ses congénères, il n'y a dans cette dépense “futile” d'énergie aucune logique purement biologique», écrit-iL Cette partie de la réflexion de Ouellette est essentiellement contenue dans le dernier chapitre de son livre, qui n’était par ailleurs pas partie intégrante de son doctorat.Elle ouvre la discussion sur un thème qui est tout à fait d’actualité chez les scientifiques, celui de l’intelligence, voire de la culture des animaux.Le Devoir LE CHANT DES OISEAULX Antoine Ouellette Triptyque Montréal, 2008,280 pages / « 11 LKÜEVOI H .LES SAMEDI 16 ET DIMANCHE 17 FÉVRIER 2 0 0 8 RE S APARTÉ Le Canada, Félix, les ours et la littérature T*5 Jean-François Nadeau Le directeur de Charlie Hebdo, Philippe Val, expliquait à ses lecteurs, il y a quelque^ jours, qu’il connaît bien «le Canada».A preuve, voyez-vous, il y est déjà allé.Comme bien d’autres avant lui, il confond volontiers «le Canada» avec l’île de Montréal, mais bon.Dans ses spectacles de faux chanteur, Val fredonnait jadis quelque chose qui se voulait un hommage à Félix Leclerc.Il préfère d’ailleurs encore notre bon vieux Félix au jeune Garou, avoue-t-il, puisque celui-ci «chante avec un ours dans la gorge, parce que là-bas il n’y a pas de chat».Personne n’en sera surpris: Val exècre aussi Céline Dion.Changera-t-il d’avis en lisant l’essai profond qu’entend lui consacrer Denise Bombardier, partie d’ailleurs ces jours-ci en Afrique du Sud sur la trace de son gibier de vedette?Pour tout dire, le bavard directeur de Charlie Hebdo connaît aussi bien «le Canada» qu’il croit connaître Leibtniz et Spinoza, ces deux philosophes dont il saupoudre toujours allègrement ses éditoriaux pour parler de tout et de n’importe quoi.Depuis les cimes de ses habituelles certitudes sur le monde, Philippe Val explique ainsi dans son canard parisien que le «gouvernement canadien a mis au point une sorte de système appelé “accommodement raisonnable”».Voulez-vous un exemple de ce que ces «accommodements» ont hélas permis au nom de l’affirmation du «racisme»?Val nous donne en pâture un fait que lui seul semble connaître.«L’année dernière, raconte-t-il, les religieux musulmans ont voulu exiger le port du voile pour les joueuses de hockey»l Vous avez déjà entendu parler d’une équipe féminine de hockey qui voulait rendre le port du voile obligatoire en plus du casque à visière et des épaulettes?Cette équipe féminine, qui existe sûrement puisque Val en parle, joue-t-elle à l'aréna de Verdun ou à celui de Chicoutimi?Hélas, Val ne nous le dit pas.Mais enfin, ce n’est rien de bien grave puisque pareille rigolade, qui se veut tout de même sérieuse, est signée Philippe Val.D’aussi loin que Paris, on voit souvent mal le détail.Normal.Excusons-le.Du travail bâclé Autrement plus sérieuse est la chronique très bâclée que signe cette semaine Pierre Assouline dans l’espace que lui réserve le site Internet du journal qu'est Le Monde.Sous l’habituel chapiteau de «La République des idées», Assouline reprend, dans un article intitulé «Tabarnak! et la littérature française?», les conjectures fàrfelues de Jacques Folch-Ri-bas et Lysiane Gagnon, deux chroniqueurs montréalais qui, eux, n’ont pas l’excuse de la distance pour se permettre de divaguer ainsi.Sans rien vérifier, c’est-à-dire tout comme l’ont fait ses confrères montréalais, Assouline écrit ceci, qui résume assez le propos de nos deux gazetiers locaux: «Les autorités québécoises ont-elles sérieusement l’intention de bannir toute littérature française au profit exclusif de leur littérature nationale dans les programmes d’enseignement du secondaire?Déjà qu’elle a la portion congrue!» Lysiane Gagnon et Folch-Ribas ont en ef/et laissé entendre que «le ministère de l’Education a fait parvenir aux enseignants un sondage» dont deux questions «laissent clairement supposer que l’on songe sérieusement, en haut lieu, à bannir complètement les cours de littérature française au profit de la littérature québécoise qui a déjà sa part du lion dans les programmes d’enseignement».D’où sort cette histoire bourrée d’énormités?Le ministère aurait-il vraiment un programme caché?Ces supputations sont énoncées sur la seule base d’un simple sondage interne qui a plus ou moins circulé dans divers collèges.Ce sondage n’est en fait qu’un simple questionnaire d’un «sous Figures de styles • Expérimentez sa plume Écriture poéthjoc • Du manuscrit au livre Roman historique • Initiation à la poésie ¦ Paroles de chansons .1 : aielier-projet • Musique et écriture • Écrire pour dire • ixs ingredients d’une chanson * Littérature et cnmpiwann M_ , .• Écrire sa piviire histoire Faites des rencontres stimulantes dans nos 29 ateliers, dont 7 nouveautés.rtotRATioN outBËcoisE 231 beurBa de perfectionnement ou d'Inltlatlon duioisibiîtcmire avec nos spécialistes de l’écriture et de l'animation.L’écriture vous passionne ?piriser l’Amérique?La question reste saugrenue, mais c’est le genre de question que soulèvent les contes fabuleux de Fuentes.Au fil des pages, un étudiant mexicain, spectateur dans un théâtre de Londres, bouleverse d’un seul regard la jeune actrice qui interprète le rôle shakespearien d’Ophélie en lui exprimant, raconte-t-il, «toute la mélancolie de ne nous être jamais aimés physiquement».Puis l’un de ses compatriotes, médecin à Chihuahua, fait l'amour à la femme très malade d’un ancien nazi réfugié au Mexique et par l’orgasme ragaillardit cette mennonite d’origine américaine, «belle au bois dormant» et créature sans âge.Pour opposer l’Amérique latine, toujours naissante, à l’Occident qui a tantôt aimé, tantôt violé cette partie du monde, Fuentes ne pouvait qu’être obsédé par la jeunesse, celle que l’on trouve au centre du globe terrestre.Il l’a compris en donnant libre cours, dans un livre magnifique, à sa passion pour le mystère et l’effroi.Collaborateur du Devoir EN INQUIÉTANTE COMPAGNIE Carlos Fuentes Gallimard Paris, 2007,320 pages Jacques Ferron était originaire de Louiseville.La société avance d'ailleurs que le documentaire «reconstitue le parcours de l’écrivain, de l’enfance jusqu’à l’âge adulte, à travers les lieux marquants d’une beauté insoupçonnée qui traversent son œuvre tout entière».Dans ce documentaire, Ferron nous est aussi dévoilé à travers les yeux d’autres personnes: Jean-Claude Germain, Marcel Sabourin, Marcel Ols-camp, Ginette Michaud, Madeleine Ferron, Paul Ferron, Les Zapartistes et Fred Pellerin.- Le Devoir www.litterair».ca (514) 252-3033 info@iitteralre.ca 1 (866) 533-3755 1 V LE DEVOIR.LES SA M E D I 16 ET DIMANCHE 17 E É V R I E R 2 0 0 8 LITTERATURE Le Canada : une fiction Danielle Laurin J est un livre sur la littérature.Sur son rôle et sur le rapport quelle entretient avec la réalité.Plus précisément, c’est de la littérature canadienne qu'il est question.Celle qui s’écrit aujourd’hui.C’est un livre sur l’identité, au fond.Un livre qui cherche à mettre le doigt sur l’identité de la littéra-'ture canadienne, et, par là, sur l’identité canadienne, point à la ligne.Bref, c'est un livre politique.; Le titre: Mon pays, c'est un roman.L’auteur: Noah Richler.Le fils de l’autre, oui.Le fils de Mor-decai Richler, «pauvre enfant juif de la Main de 'Montréal», ardent polémiste, grand écrivain.et • ôére de cinq enfants.Cinq enfants qui ont grandi en Angleterre et au 'Canada.«Nous n’étions de nulle part en particulier, ' même si, en général, nous étions plutôt d’ailleurs, •note Noah Richler.Nous vivions entre les deux, Anglais ou Canadiens, selon ce que dictaient les circonstances.» En 1998, trois ans avant la mort de son père, il est rentré au Canada, «après quatorze années d’ab-¦sence ininterrompue».Sa décision était prise: •fêtais, je voulais être canadien.» De cette décision ’ découle son livre.Mais qu’est-ce qu’être canadien au juste?Est-ce ¦ que la littérature canadienne pourrait nous rensei-gner là-dessus?L’ex-animateur et producteur pour ' la BBC, devenu recrue de la CBC et journaliste lit-"téraire pour les médias écrits, a sillonné pendant trois ans le Canada et rencontré une centaine -d’écrivains.Résultat: un livre pas comme les autres.Pas un essai à proprement parler.Plutôt un voyage.Un voyage littéraire au Canada, Québec y compris.Passionnant.Et troublant.Attachez bien votre tuque, ça commence à Iqa-luit, au Nunavut.Ça nous conduit dans les petits bleds perdus et les grands centres du pays.C’est tellement concret dans les descriptions, tellement vivant, on y est tout à fait On est «ancré», quoi.Au fur et à mesure qu’on découvre les lieux, on fait la connaissance des écrivains qui s’en sont ins- pirés.On les voit, on les hume presque.Et on les entend parler: de leurs livres, de leur conception de la littérature.et de leur vision du Canada aujourd’hui.Ça va des plus connus aux nouveaux venus.Vous voulez des noms?Margaret Atwood, Alice Monroe, bien sûr.Alistair MacLeod, Barbara Gowdy, Ann-Marie MacDonald.Rohinton Mistry, aussi.Et Tomson Highway.Je continue?Yann Martel, Nancy Lee, Usa Moore.Nadine Bistmuth, tiens.Et Guillaume Vigneault, Elise Turcotte, Gil Courtemanche.En plus de nous donner à lire des extraits de leurs livres, Noah Richler prend le temps, chaque fois, de situer les auteurs dans le moment présent.Parfois, ça donne lieu à des situations saugrenues.Un exemple?Le jour où Noah Richler s’est pointé à la maison de Douglas Coupland, dans le nord de Vancouver.Que faisait l’auteur de Génération X, par ailleurs sculpteur, ce jour-là?«[.] il mastiquait des pages des premières éditions de ses romans pour en faire des nids de guêpe en papier mâché.Dans les faits, il restituait ses livres à la nature sous forme de sculpture.» Le cas VLB Mais la rencontre la plus surréaliste demeure sans doute celle avec Victor-Lévy Beaulieu, à sa maison de Trois-Pistoles.D’abord, il était entendu que l’écrivain recevrait l’intervieweur.Puis il s’est décommandé.Mais l’intervieweur, têtu, s’est quand même pointé chez lui.Nous sommes en juin 2004.«Derrière la clôture qui m’arrive à la poitrine, j'aperçois un barbu qui pousse une brouette remplie de compost.Pour tout vêtement, il porte un chapeau de soleil à bords flottants, des bottes de caoutchouc et un minuscule caleçon noir très serré, au-dessus duquel déborde le ventre généreux d’un homme au début de la soixantaine.» VLB ne recevra pas Noah Richler ce jour-là, mais le lendemain.Il l’accueillera dans sa cuisine.Au milieu de «chiens bruyants», d’une chèvre et d’un agneau.Tout ça pour dire que Victor-Lévy Beaulieu est sans doute le seul écrivain que Noah Richler tend à ridiculiser dans son livre.On serait porté à croire que le fils de Mordecai prend plaisir à dénigrer les idées de VLB.Tel père tel fils?Voici un «ardent séparatiste» de «la vieille garde», qui vit loin de la ville, dans son Trois-Pistoles blanc et pure-laine, nous dit-il en substance à propos de VLB.Qu’il cite: «Le territoire où je vis m'appartient.Il m'appartient même si je le partage avec d’autres, même si, par définition, il » BARBARA STONKHAM Dans son dernier essai, Noah Richler invite son lecteur à un voyage littéraire au Canada, Québec y compris.est collectif.» 11 rapporte aussi ceci: «Ds écrivains ont une obligation envers leur époque.S’ils ne s’en acquittent pas, ils vivent, dans les faits, en dehors du monde.» Le point de vue de VLB sur le Québec, et sur la littérature qui s’y fait: complètement désuet, dépassé, insiste l’auteur de Mon pays, c’est un roman.Et de citer les paroles de Michel Tremblay, telles que rapportées dans les médias en 2006: «Je ne crois plus à la souveraineté.» Et de montrer que l’époque du nationalisme est révolue, que nous voici rendus «à l’avènement d'une ère plus raisonnable».Et d’enfoncer le clou VLB.Qui avait soulevé un énième débat par médias interposés, en 2004, en s’en prenant à la vacuité des romans écrits par la jeune génération d’auteurs québécois.Noah Richler est allé voir certains de ces écrivains-là.Dont Nadine Bismuth.Et Maurido Segura, pour qui «notre mission, c’est de stimuler l’imagination».Guillaume Vigneault, aussi.Qui dit: «Nous devons être convaincus que notre imagination a de l’intérêt, assez pour inventer quelque chose de nouveau.» Nos romans ne sont pas proprement politiques, conviennent les jeunes écrivains rencontrés par Noah Richler.Mais encore faut-il s’entendre sur ce qui est politique et ce qui ne l’est pas, insiste l’auteur.11 prend à témoin l’angoisse existentielle d’une Elise Turcotte s’efforçant de «brosser le portrait d’un monde en voie de disparition».Et d’un Gaétan Soucy, qui, lui aussi, «trouve le monde terrifiant et se sent coupable d’y vivre».Bref, nous dit Noah Richler, VLB devrait arriver en ville.Du fond de sa campagne, il n’a pas le monopole du politique.Le politique est partout.S’exprime de différentes façons.Les débats sont ouverts.les frontières n’ont plus de sens.Précisons.Dans son livre, paru dans une version plus longue l’an dernier en anglais, et récompensé par le British Columbia Award For Canadian Non-Fiction, l’auteur retrace essentiellement trois stades devolution dans l’écriture de fiction au Canada.D’abord, l’ère de l’invention, «au cours de laquelle les récits se mesurent à l’idée même d’un lieu qu’ils s’efforcent de mettre au monde».En toile de fond: comment vaincre la nature sauvage, comment survivre dans ce pays de nulle part?Deuxièmement, l’ère de la cartographie, celle pendant laquelle «les Canadiens se sont appropriés un pays».Les récits, alors, s’intéressent moins au territoire qu’aux gens qui l’habitent.Troisièmement, l’ère des débats: «Désormais, les récits ont pour tâche de s’éclairer, de se contredire et de se compléter les uns les autres.» Nous voici donc en plein débat.Exit les deux solitudes.Nous voici à l’heure de la ville.In ville.comme société distincte.«Im ville est une “société distincte” en ce sens que les communautés vivent les unes au-dessus des autres ou les unes à côté des autres et que l’identité individuelle est mouvante, multiple.Ijs frontières n’ont plus de sens parce que la vie est diffuse.» C’est bien beau tout ça, mais le Canada, c’est quoi, finalement?«Le Canada est une fiction qu’il nous appartient d’inventer», lance Noah Richler.Qui conclut: «Mon pays, c’est un roman.Parlez-moi maintenant du vôtre.» Collaboratrice du Devoir MON PAYS, C’EST UN ROMAN Noah Richler Boréal Montréal, 2008,512 pages ROMAN QUEBECOIS La saveur de la vie selon Isabelle Gagnon SUZANNE Après la mort de son compagnon dans un accident de moto, une femme coule à pic dans une profonde dépression.Elle réapprend lentement à vivre sur les bords du fleuve Saint-Laurent aux côtés d’une artiste.- Apnée, inspiration, second souffle.Au rythme de trois parties, trois vagues d’une mer intranquille, bonheur et regrets, perte et douleur, inquiétude et sérénité poursuivent leur flux et reflux continuels.Comme la vie même.Avec en fond sonore les Six suites pour violoncelle de Bach.Sarah trimbale depuis des années des peurs irraisonnées.Auprès de Pierre, elle a enfin trouvé le repos.La mort tragique de son compagnon lui révèle sa double vie, sa vie cachée.Un double choc.Une insondable douleur.La trahison qui blesse.Sarah passe des semaines en apnée dans son appartement parisien.Alix, sa voisine d’en haut, la recueille.L’affiche de Billie Holiday, une fleur de gardénia dans les cheveux, les Six suites pour violoncelle de Bach, un silence qui crée la complicité: l’appartement d’Alix devient son refuge jusqu’au jour où sa voisine lui annonce son départ pour le Québec.Là-bas, dans une petite maison de pécheur au bord du fleuve, sa grand-mère Géraldine, 83 ans, retrouve plusieurs mois par année les baleines.En leur présence, elle rajeunit de vingt ans.Alix invite Sarah à l’accompagner.Sarah accepte l’invitation.Non, elle se laisse entraîner.Son désarroi est toujours aussi profond.Baie Saint-Paul, Les Éboule-ments, La Malbaie, Port-au-Persil.Grâce à la présence chaleureuse de Géraldine, à l’amitié d’Alix, à l’air salin, aux balades en kayak, «la saveur de la vie revient en force».La vie, c’est comme les vagues sur la mer.Une chaîne infinie de petites morts et de naissances.La vague s’éteint, une autre recommence.Pour se remettre de la disparition d’un être cher, on n’a d’autre solution que de croire en l’éternité de la vie, lance Géraldine.Elle a jadis connu une tendre histoire d’amour avec un marin du Saint-Laurent, elle a aussi sauvé Alix du bord du gouffre à la mort de sa conjointe violoncelliste.On croit entendre en écho Clarissa Dalloway quand elle tente de «sauver cette partie de la vie, la seule précieuse, ce centre, ce ravissement, que les hommes laissent échapper, cette joie prodigieuse qui pourrait être nôtre» (Virginia Woolf, Mrs.Dalloway).Effleurement «Une femme qui en aime une autre.Et si un jour elle se risquait à franchir le pas?», s’interroge Sarah, remuée par les gestes sensuels d’Alix: effleurement de la main sur sa cuisse, dans ses cheveux.Désormais, tout rapproche et confond les deux amies.Moins présent mais constant le flux et le reflux du monde affleurent ce texte intime.Par exemple, les coups de gueule de la grand-mère — ancienne résistante communiste — contre le gouvernement québécois qui encourage les explorations sismiques et le forage dans le golfe et l’estuaire du Saint- Laurent, lesquels «risquent de déboussoler l’écosystème pour une poignée de billets verts».Capter l’insaisissable, peindre l’instant, telle semble être la préoccupation première de la romancière.Isabelle Gagnon nous offre un récit à la chronologie morcelée, au gré d’un réseau d’impressions et de sensations fugitives, porté par des phrases courtes, heurtées, qui se délient peu à peu.Une sincérité de ton, lumineuse, limpide retrouve à sa source la pureté musicale des Six suites pour violoncelle de Bach, profondes et poétiques.Isabelle Gagnon — libraire à Paris — instille à son deuxième roman une âme tendre, recueillie, frémissante.Un petit miracle.Collaboratrice du Devoir LE SOUFFLE DES BALEINES , Isabelle Gagnon Les Editions du Remue-Ménage Montréal, 2008,122 pages ARCHAMBAULT ”1 Une compagnie de Quebecor Media PALMARÈS LIVRES Résultats des ventes: du 5 au 11 février 2008 ROMAN OUVRAGE GÉNÉRAL SAKS MEN Ni PERSONNE LIBRAIRIE BONHEUR D’OCCASION Livres d’occasion de qualité Livres d’art Littérature et de collections ^ phj|osophie Canadiana Sciences humaines Livres anciens et rares Bibliothèque de la Pléiade Service de presse BD, livres jeunesse Achetons à domicile 514-522-8848 1-888-522-8848 4487, rue De La Roche (angle Mont-Royal) bonheurdoccasion@beflnet.ca NOUS NOUS DÉPLAÇONS PARTOUT AU QUEBEC, POUR L’ACHAT DE BIBLIOTHÈQUES IMPORTANTES.Daniel M en deI s o hn iMiilmitw PRINCESSE Danielle Steel (Presses De La Cité) MtLLÉNNIM T.1 : US HOMMES (HH.Stleg Larsson (Actes Sud) NOBLESSE DÉCHIRÉE T.1 : PARFUM.¦J Jennifer Ahern (Libre Expression) DECEPTION POINT Dan Brown (Livre De Poche) MILLE MOTS D’AMOUR Collectif (Impatients) R L'ÉLÉGANCE DU HÉRISSON Muriel Barbery (Gallimard) COFFRET A FAIRE ROUGIR T.2 Marie Gray (Guy Saint-jean) SURTOUT N’Y ALLEZ PAS Antoine Rlissiadis (Stanké) LES CERFS-VOLANTS DE KABOUL Khaled Hosseini(10 IB) JEUNESSE HARRY PUTTER ET LES RELIQUES.J.K.Rowling (Gallimard) LA FABUUUSE ENTRAINEUSE Dominique Demers (Québec Amérique) CHRONIQUES DE SPIOERWICKT.1 Tony Di Teriizzi (Héritage) R| HÉSITATION m Stephenle Meyer (Hachette Jeunesse) U JOURNAL D'AURÉLIE LAFLAMME T.4 India Desjardins (Intouchables) U SECRET DU COURAGE Geronimo Stilton (Albin Michel) DÉLIRONS AVEC LÉON 15 Annie Groovie (Courte ÊcheHe) FUNESTE DESTIN T.1 : NÉS SOUS UNE.Lemony Snickel (Héritage) | NE MEURS PAS U8ELLUU Linda Joy Singleton (Ada) A U CROISÉE DES MONDES Philip Pullman (Gallimard) PRIX MEDICIS ÉTRANGER 2007 ÉLU MEILLEUR LIVRE DE L'ANNÉE PAR E£3! Flammarion U GRAND LIVRE DE LA MUOTtUSC Collectif (Broquet) U SECRET Rhonda Byrne (Un Monde Différent) ANIKAHffiR : PRÉVEMR ET LUTTER.David Servan-Schreiber (Robert laflonl) US LAVIGUEUR : UUR VÉRITABU.U Yves Lavigueur (Saint-Martin) MISSION ANTARCTIQUE Jean Lemire (la Presse) ART DE CONJUGUER Collectif (Hurtubise HMH) H PASTA ET CETERA A U (H STASW Josée Dl Stasio (Flammarion Québec) R1ZZUT0, L'ASCENSION ET LA CHUTE.Lee Lamothe (Au Carré) PÉLADEAU: WJTtMHE DE VENGEANCE Julien Brault (Québec Amérique) GUÉRIR U STRESS, L’ANXIÉTÉ ET.David Servan-Schreiber (Pocket) ANGLOPHONE EAT, PRAY, LOVE Elizabeth Gilbert (Penguin Books) THE OVERLOOK Michael Connelly (Vision) THE APPEAL John Grisham (Ooubleday) ATONEMENT Ian McEwan (Seal) THE INNOCENT MAN John Grisham (De») THE SECRET Rhonda Byrne (Beyond Words) H THE KITE RUNNER Khaled Hosseinl (Doubleday) THIS IS YOUR BRAIN ON MUSK Daniel J.Levitin (Plume) INEXT Michael Crichton (Harper CoHIns) DUMA KEY Stephen King (Scribner) Escapades à NEW-YORK avec Kent Nagano du 7 au 9 mars 2008 Pour information : 514.380.3113 ou 1 877 371.2323 ou consultez www.archambault.ca/escapades l LE DEVOIR, LES SAMEDI 16 ET DIMAXCHE 17 FÉVRIER 2008 F 4 LITTERATURE Les diamants ne sont pas étemels Louis Hamelin Mon histoire de Saint-Valentin préférée: c’est Charlie Brown qui veut offrir un valentin à Violette.Il a soigneusement composé son mot de présentation, l’apprend par cœur: «Voici une carte pour toi, Violette.Bonne Saint-Valentin!» Simple comme bonjour.Zéro chance de se planter.Pendant cinq cases de suite, on le voit, dévoré par le trac, répéter sur tous les tons son sésame.Puis, quand il se sent enfin prêt, il va voir Violette et lui dit: «Voici une carte pour toi, Violette.Joyeux Noël!» Outre que ce petit comique aurait sa place à la page des actes manqués du manuel de freudisme 101, il y a aussi que l’amour et les cadeaux vont ensemble comme le fromage cheddar et la tarte aux pommes.Roland Barthes voyait dans les cadeaux des amants une valeur métonymique: corps et âme, l’être aimé est contenu dans son offrande, la chair est déjà dans l’objet, comme le ver fait partie du fruit.On ne parlera pas du rôle joué par l’argent, par la folle dépense, parce qu’il faudrait alors aborder le délicat sujet de la phase anale (freudisme 301); contentons-nous plutôt d’admirer ce qui s’étale sous nos yeux: un collier ayant été porté par Marie-Antoinette, un autre de l’impératrice Eugénie de Montijo, une rivière de diamants ayant appartenu à Léonide Leblanc, un collier de perles noires de deux kilos offert par un prince oriental, un diadème de quatre-vingt-dix diamants disposés en trois rangées, le service de thé en or massif du tsar Nicolas, quatre colliers de deux rangées de diamants chacun, huit bracelets de rubis, de nombreux saphirs et brillants, dix cabochons de rubis et leurs boucles d’oreilles assorties, plusieurs solitaires, et d’autres joyaux de moindre valeur.Ça, c’était seulement le coffre à bijoux.Le domaine des biens meubles et immeubles, maintenant la maison à Ostende, cadeau de Léopold de Belgique; une autre au bord de la mer Noire, gracieuseté de Nicolas II; une troisième à Triel, sur les bords de la Seine; le yacht de William Vanderbilt; quelques petits hôtels parisiens et deux propriétés sur la Côte d’Azur, à quoi il faut ajouter l’ile offerte par l’empereur du Japon.Mais vous connaissez les Nippons: ce devait être une toute petite île.Tous ces objets petits et grands ont en commun d’avoir été offerts en cadeau, à un moment ou l’autre, par des hommes riches, puissants, célèbres, disposés à claquer des fortunes, voire à envisager le suicide, à Caroline Otero, dite la Belle Otero, considérée, de fait, comme la plus belle femme de son époque, mais c’est là une question de goûts.«Femme la plus désirée du monde», d’un point de vue sémantique, est plus exact.Mais tous les cadeaux précités ont aussi en commun d’avoir été dilapidés à la roulette jusqu’au dernier carat Dans le cas de son fameux bolero gemmé, composé de deux cent quarante diamants, elle le vendit pierre par pierre, ne conservant, nous dit Carmen Posadas, «comme souvenir qu’un tout petit brillant».D faut dire que l’approvisionnement était constant A une certaine époque, le «très laid et richissime baron Olstreder» lui offre chaque jour son bijou.C’était oui, la Belle Epoque.Pour se faire remarquer, rien de tel que d’entrer chez Maxim’s avec l’équivalent d’un million de dollars en cailloux sur la peau.Vers 1895, la belle se fait même accompagner d’un maître joaillier dont le rôle spécifique est de conseiller les admirateurs dont les goussets souffriraient d’un trop-plein.Aujourd’hui, la Belle Otero coucherait avec les rock stars les plus en vue ou bien se pavanerait au bras d’un président On les appelait les «horizontales».Quand, page 40, j’ai appris que la Belle Otero passait pour avoir inspiré à Proust le personnage d’Odette de Crécy, mon intérêt pour la voluptueuse Espagnole s’en est trouvé grandi.D’abord, il faut bien dire que la femme qui, à la fin du XIX" siècle, désirait se libérer du joug ances- tral du mariage ne voyait pas s’ouvrir devant elle tant d’avenues, de voies rêvées, à moins de vouloir considérer le cloître comme une forme vivable de no man’s land.De la prostitution pure et simple au mariage d’intérêt le fric et le sexe sont liés pour le meilleur et pour le pire, et à la subtile et complexe hiérarchisation des classes sociales européennes correspondait par tradition une catégorisation tout aussi variée du commerce charnel.Je possède, quelque part parmi mes ouvrages de référence, un Dictionnaire de l’argot de la prostitution, domaine de l’invention verbale proliférante s’il en fut, dans lequel est décrit le métier de la pierreuse, qui pratiquait sa profession à la sauvette, sous les remparts.C’était vraiment le bas de l’échelle.Beaucoup plus près du sommet, on retrouve la cocotte, ou demi-mondaine.Et parmi celles-ci, la crème, à laquelle appartenait Caroline Otero, qui dans le Paris du tournant du XX' siècle n’eut véritablement que deux rivales.Avec liane de Pougy et Emilienne d’Alençon (notez l’art de s’ajouter une particule), elle formera Les Trois Grâces, un redoutable trio de scoreuses.Elles incarnent l’héritage des grandes courtisanes.J’ai parlé de président.Parmi les innombrables mâles qui jalonnent le parcours de cette séductrice professionnelle, on compte la bagatelle de six têtes couronnées, dont Albert Ier de Monaco, Léopold de Belgique, le prince de Galles, Nicolas II, tsar de toutes les Russies, et le kaiser Guillaume.Aucune jalousie chez ces princes au sang bleu et chaud qui, presque tous cousins, se partagent non seulement le monde, mais aussi l’oisiveté pleine de loisirs d’un jet-set dans sa version empire, y compris les faveurs féminines et les grâces sans compter.A Loto-Otero, le billet coûte cher et gagner encore plus.Vieillir en paix A l’âge de 46 ans, la Belle Otero arrête tout et, comme Dietrich, se retire.Les oiseaux se cachent pour mourir et les cocottes, pour vieillir en paix.Caroline Otero Iglesias va vivre encore un demi-siècle, et il ne lui en faudra pas tant, peu s’en faut, pour achever de flamber sa quincaillerie au casino et en- fermer le peu de beauté qu’il lui reste dans un modeste appartement du Midi, avec pour seul confident Garibaldi, son oiseau en cage.C’est cette retraite du mythe arrivé au mitan de sa vie qui, de son propre aveu, a d’abord attiré l’attention de la romancière originaire de l'Uruguay.Posadas: «[.] j'avais lu quelque part que cette femme, l’une des plus courtisées de la Belle Epoque, avait disparu, pour que personne ne la voie vieillir, à quarante-six ans, l'âge que j’ai aujourd’hui en couchant ces lignes sur le papier.» Incapable de trancher entre la biographie et le roman, Posadas a intelligemment opté pour une forme mixte, alternant les deux genres, seule manière, nous prévient-elle, de faire la part de ces mensonges qui, d’abord érigés comme un rempart entre les succès du présent et une enfance pauvre et malheureuse, allaient ensuite devenir une seconde nature.Amour et mensonge: un autre couple à la vie dure.Loin de prétendre restituer la «vérité» d’une existence, Carmen Posadas semble suggérer que la ligne narratrice qui peut le mieux s’en approcher passe quelque part entre la carapace de mensonges dont s’entoure tout individu et les documents qui, attestés ou contestés, s’opposant ou se recoupant,'filtrés et unifiés par l’interprétation, finissent par rendre le témoignage d’une époque.«Si je me suis efforcée de retracer ici ses plus grandes fabulations et autres artifices, c’est que les mensonges nous révèlent bien des choses sur ceux qui les profèrent et finissent par les décrire plus justement que la réalité.» Oui.- La Belle Otero ne fut-elle que la victime innocente d’un viol sauvage pour lequel elle ferait ensuite, littéralement, payer les hommes?Pute ou princesse?«En principe, confiait-elle, je forn ique utile, mais quand c’est possible, je le fais pour le plaisir.» Joyeux Noël, la belle.Collaborateur du Devoir LA DAME DE CŒURS Carmen Posadas Traduit de l’espagnol par Isabelle Gugnon Le Seuil 1 • Paris, 2007,314 pages À l’âge de 46 ans, la Belle Otero arrête tout et, comme Dietrich, se retire ENTRETIEN LA PETITE CHRONIQUE Le réveil des sensations Écrivains voyageurs Bertrand Visage surprend par un sixième sens poétique GUY LAIN E MASSOUTRE Un roman aimé vous donne rendez-vous au suivant comme un ami.Ainsi en va-t-il A'Intérieur Sud, de Bertrand Visage.Un vrai bonheur.Cet écrivain campe ses fictions comme un montreur de marionnettes, avec brio, humour et doigté.Intérieur Sud couronne sept ans de silence.Quatre années se sont écoulées pour le concevoir, le sentir et l’écrire.Avec ses touches précises, ce roman, aussi clair que facétieux et elliptique comme un poème, revient aux sources de ce qui inspirait l'écrivain quand il écrivait Tous les soleils, prix Femina 1984, ou Angelica, en 1988.Avec ce huitième roman, on retrouve son Italie captivante, patrie des enchantements, des sens et de l’amour.«Je suis dans la même situation que mon personnage, auquel je m’identifie, commente l’écrivain.Ce livre est une métaphore du retour sur le lieu de naissance à l’écriture.» Il s'agit de la Sicile, terre de littérature et d’exil, des drames et des sensations.Revenir à Catane pour conjurer une perte essentielle.«Lorsque j’ai écrit Tous les soleils, le roman fiançais traversait une période d’anémie.Les romans post-modernes, dans la génération des penseurs, étaient assez discrédités.» La nécessité de cette Italie du Sud, où une culture populaire est encore vivante, s’est de nouveau imposée.La bascule des sensations Intérieur Sud ne raconte pas un retour réel.«Il s’agit d’un Sud inté- rieur, mental.Comme Léonard de Vinci l’a dit de la peinture, le rapport au lieu géographique^ de l'écriture est “cosa mentale”.» A mi-chemin entre une posture d’observateur et celle d’un créateur de beauté, Visage mélange subtilement les registres en mouvement du regard et de la pensée.Ce roman est pourtant différent des précédents.Plus épuré, moins baroque, peu anecdotique, mais imagé et rempli de détails pittoresques, le livre se lit dans sa double réalité, sensible et symbolique.Comme un théâtre réduit, un rien clownesque et très acrobatique, elle crée un effet d’illusion captivant.Quelle est donc cette arène où s’exhibe le cirque?L’île se donne dans ses cercles concentriques, jusqu’à un puits central, où est sis un plongeon inouï.Dans un vieil immeuble de l’industrielle Catane, aux quartiers multiformes, des voisins vivent en proximité.Leur amitié intrusive dessine un ballet sympathique autour d’un étranger qui, après une exclusion violente, revient sur ce lieu d'amour et de perdition.Malgré les gens heureux, le drame se produit «Mes premiers livres m’apparaissent quelque peu décoratifs et maniéristes.Je vais aujourd'hui à l’essentiel.» Le saut est au cœur de l’histoire.Taisons son charme, à ceci près.Deux personnages féminins, l’une grande forme solide, l’autre petit cœur palpitant et déchiré, dévisagent en poupées gigognes le personnage pivot Dépouillez l’une, l’autre surgit sans prévenir, ombres troublantes dans les coups de théâtre.La plus ivieri librairie ^bistro Olivieri au coeur de la littérature Lundi le 18 février à 19h 5219 Côte-des-Neiges Métro Côte-des-Neiges RS VP : 514 739-3639 Bistro : 514 739-3303 Dans le cadre des Rencontres du CRILCQ Causerie avec Évelyne de la Chenelière L'autre et les autres : une dramaturgie Évelyne de la Chenelière est l’auteure de plusieurs textes de théâtre, dont Des fraises en janvier.Henri
de

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