Le devoir, 21 juin 2008, Cahier F
LE DEVOIR.LES SAMEDI > \ ET DIMANCHE 22 J C I \ 2 0 0 8 POLAR t fill Un Chrystine Brouillet pour V L-tS Page F 3 CHRONIQUE > L’affaire Morisset, un roman selon Louis Hamelin Page F 4 Mot à mot, tels des alpinistes grimpant aspérité après aspérité un flanc abrupt, ils sont montés à l’assaut de Book of Longing, le plus récent recueil de poèmes et de proses poétiques de Leonard Cohen.Avec patience et passion, ils se sont frottés au frotti-frotta du plus grand poète-singer-songwriter de chez nous: ses rimes, son rythme, son verbe, sa verve, et même sa verge.Ils?Book of Longing a fait l’objet de deux traductions, l’une française de France, l’autre québécoise, parues quasi concurremment.D’où la curiosité, pour ne pas dire l’irrépressible envie, de comparer les solutions trouvées par les traducteurs à l’insoluble problème: faire parler Cohen dans une autre langue que la sienne.Comparons donc.SYLVAIN CORMIER CA est à la page 19 de Book of / Longing, par Leonard Cohen, dans l’édition «paperback» de 2007.Les premiers vers de Collapse of Zen: «When I can wedge my face / into the place».On comprend d’emblée, quand on parle anglais, de quoi il est question.Pas besoin de faire un dessin.C'est dessiné.Ç’a même une odeur, une saveur, une texture.Tout est là Seulement voilà, le Québec entier, la France entière ne parlent pas couramment l’anglais.Et encore moins le Cohen.Pour parler le Cohen, lire le Cohen, comprendre le Cohen, il faut non seulement bien posséder l’anglais, mais connaître Cohen.L’avoir fréquenté, pratiqué, lu et relu, écouté et réécouté, en être imbibé.Avoir mis sa face dedans, quoi.C’est le cas du poète québécois Michel Gameau, c’est le cas des journalistes et biographes de chanson Jean-Dominique Brierre et Jacques Vassal.Leur Cohen, ils l’ont sur le bout de la langue.Des décennies de Cohen derrière la cravate.Cohen en tête, Cohen par cœur.Ds peuvent même vous traduire Cohen, si vous le leur demandez gentiment Brierre et Vassal adaptaient déjà une bonne moitié des Selected Poems de Cohen en 1972.Cohen hiknême a demandé à Vassal de traduire son Book of Mercy pour la France en 1986.Gameau, également à la demande expresse de son ami Leonard, a transposé Stranger Music en «étrange musique étrangère» à L’Hexagone en 2000.«Il m’a pris par les sentiments, le salaud!», s’exclame Gameau au téléphone.«f avais dit non à l’éditeur, parce que je trouve ça ben difficile de traduire, mais Leonard m’a appelé.» Voilà justement que Brierre-Vassal pour la France et Gameau pour le Québec publient à quelques mois d’intervalle, pour ainsi dire en même temps, leur traduction respective du dernier Cohen, Book of Longing.Versions totalement indépendantes, il va sans dire.«On s’est interdit de lire la traduction de Gameau jusqu’à la parution de la nôtre, avoue Brierre, candide, lorsque joint à Paris.On aurait été vraiment trop perturbés et influencés.Mais une fois notre travail achevé, on était très curieux de connaître les solutions qu'il avait trouvées, lui, à tous les problèmes que nous avait posés Cohen.» Problèmes?Quels problèmes?Garneau rigole à son bout du fil.«f ai traduit Shakespeare pour le Québec.Quand t’as fait ça, Leonard, c’est de la p’tite bière.» Vraiment?«Leonard, je le sens, je le comprends.Je connais son anglais de Montréalais.Et son anglais est coloré par le fait qu’en son enfance, chez lui comme chez son ami Morton, qui est mon grand ami, toutes les bonnes étaient canadiennes-françaises.Des bonnes qu’ils désiraient tous deux profondément!» Curieux de connaître les «solutions des collègues français», Garneau ne l’est pas moins.Et nous alors! Assouvissons nos désirs et revenons à l’exemple de la page 19.Gameau propose «Quand je réussis à glisser mon visage /à la bonne place», alors que le tandem Brierre-Vassal offre «Quand je peux enfoncer mon visage / dans le lieu des lieux».Explication de Brierre: «The place”, dans le contexte, c’est visiblement le sexe féminin.Traduit par “le lieu”, ça ne voulait rien dire en français.Nous avons trouvé “le lieu des lieux”, dans le sens du “saint des saints”.» Gameau commente à distance: «C’est très élégant, ç’a quelque chose de sacré; j’ai rien contre, mais c'est pas cochon.Et Leonard, il est cochon!» Il est aussi éminemment élégant La vérité se trouve à mi-chemin.Autre exemple, tout simple celui-là Titre d'origine: Food Tastes Good.Solution française: «La nourriture a bon goût.» Solution québécoise: «La nourriture goûte bon.» Pas de problème ici.Chacun se fait comprendre de ses concitoyens.«C’est évident», tranche Gameau.On continue.Exemple en apparence anodin, mais plus corsé, The Remote, court poème que voici: «I often think about you / when I’m lying alone in / my room with my mouth / open and the remote / lost somewhere in the bed.» Titre français: La Zappeuse.Titre québécois: La Télécommande.Ni l’un ni l’autre ne tiennent compte de l’allusion à l’éloignement que le mot «remote» comprend.«Je le sais bien, reconnaît volontiers Vassal, joint chez hii dans le sud de la France.Ça nous a embêtés aussi.On a choisi le sens le plus littéral en fonction du ton du poème, où Cohen décrit une scène tout à fait ancrée dans la vie quotidienne.Les poètes, ça regarde aussi la télé!» VOIR PAGE F 2: COHEN Chacun reçoit Cohen avec ses moyens, sa culture, ses limites, ses audaces et ses retenues gSSps wmm JEAN FRANÇOIS BÉRUBÉ / f ET DIMANCHE 22 J U I X 2 0 0 8 F 2 L E I) E V O I R , L E S S A M EDI 21 LIVRES COHEN Chacun reçoit Cohen avec ses moyens, sa culture, ses limites, ses audaces et ses retenues SUITE DE LA PAGE F 1 Une amie traductrice, Danielle Charron, qui a accepté de réagir a chaud aux variantes, reconnaît bien là le respect de la forme d’origine propre à ceux qui n’ont pas la traduction pour premier métier.«Ils sont Unis très attachés aux mots.Traduire, ce n'est pas que traduire ties mots.C’est essayer de rendre compte de tout: la prosodie, les polysémies.Four y arriver, il faut souvent s’éloigner des mots.On sent dans les deux traductions que les mots de Cohen sont sacrés, presque intouchables.» Peur de trahir?«Tra-duttore, traditore», comme disent les Italiens.Traduire, n’est-ce pas toujours trahir un peu?Le plus flagrant cas est le titre même du livre: comment rendre de façon satisfaisante «longing», ce mot anglais qui n’a pas son pareil en français?Book of Longing est devenu Le Um du désir en France, Le Livre du amsUmt désir au Québec.Différence notable.Vassal: «Comme vous dites au Québec, ça nous a dtmné “ben de la misère”.“Ijmging”, c’est à la fins le désir et une attente longue.Et ce n’est pas seulement le désir sexuel, mais le désir spirituel, la longue attente de Dieu.» Brierre: «On a pensé un miment traduire ça par he livre du languir, mais LEONARD COHEN - Jl I étrange musique étrangère • IHEXAGOMf* c’était vraiment pas beau.On a choisi finalement Le livre du désir, parce que.ça avait de lu gueule.» Carneau aussi avait médité Le Livre du languir.«Je trouvais qu'il y avait quelque chose de mou dans l’idée de se languir.J’ai préféré me référer à ma propre langue parlée.Pit moi, il m’arrive de dire à ma blonde, pur exemple, que j'ai depuis quelques jours le “constant désiF’d’un cheeseburger.» Chacun son compromis: Carneau accepte de traduire un mot par deux, sacrifiant la musique du titre, alors que Brierre et Vassal renoncent a une part du sens du mot «longing».«Il y aurait certainement une autre solution, croit notre traductrice, mais pour la trouver, il aurait fallu oublier la définition littérale de “longing”, et peut-être aussi la fi/rmu-lation “Book of, et chercher ailleurs, complètement ailleurs.» Tel Baude-laire traduisant Poe.Idéalement Bien sur, on n’est pas dans l’idéal Les deux traductions, profondément intègres et résultant d’une passion intense et suivie pour l’œuvre de Cohen, sont forcément des approximations acceptables: chacun reçoit Cohen avec ses moyens, sa culture, ses limites, ses audaces et ses retenues.Les journalistes français ont la sensibilité poétique d’habitués de la chanson, le poète québécois son parti pris populaire.Chacun vient d’où il vient, atteint qui il veut atteindre et sait que ça teinte la traduction.«J’accepte toutes mes limites, convient Vassal.Mais Cohen dirait probablement qu'à certains moments, lui-même n'est pas arrivé tout à fait à l’expression idéale de ce qu’il avait en tête et dans le amr Ça le rapproche de nous.Cette petite part d’incertitude, au départ et à l’arrivée, me console.» Collaborateur du Devoir Leonard Cohen Le livre du LEONARD COHEN Booh of Lonaina BOOK OF LONGING léonard Cohen McClelland & Stewart Toronto, 2006,232 pages LE LIVRE DU DÉSIR Traduit par Jean-Dominique Brierre et Jacques Vassal Le Cherche midi Paris, 2008,252 pages LIVRE DU CONSTANT DÉSIR Traduit par Michel Garneau L’Hexagone Montréal, 2007,245 pages SOURCE L'HEXAGONE Dessin de Leonard Cohen pour la couverture du Livre du constant désir, traduit par Michel Garneau Bibliographie B Let Us Compare Mythologies, 1956 N The Spice-Box of Earth, 1961 ¦ The P'avourite Game (roman), 1963 É Flowers for Hitler, 1964 N Beautiful Losers (Les Perdants magnifiques, roman), 1966 N Parasites of Heaven, 1966 B Selected Poems 1956-1968,1968 B The Energy of Slaves, 1972 B Death of a iMdy's Man, 1978 B Book of Mercy, 1984 B Stranger Music (Etrange musique étrangère), 1993 B Book of Longing (Le Livre du constant désir), 2m ^ « ONE ONTI GROS-l MAX «ONE ONTI» GROS-LOUIS, CONSTANCE ET DETERMINATION Renée Dupuis Collection mémoire vive Découvrez l’homme derrière la figure emblématique du grand chefhuron.VARIA www.varia.com TÉMOIGNAGE L’écriture, un voyant SUZANNE GIGUÈRE Port-au-Prince.Un matin d’avril 2000.Le journaliste Jean Dominique, directeur de Radio Haiti, est assassiné.Le pays est sous le choc.La démocratie et la liberté de presse viennent de perdre un combattant Trois ans après sa disparition, sa compagne Michèle Montas et sa fille Jan J.Dominique sont contraintes à l'exil.Mémoire errante raconte dans un récit empreint d’émotion la relation de Jan J.Dominique avec son père, aimé et admiré, l'exil, la fragilité existentielle, le devoir de mémoire et le désir de justice dans un pays gangrené par le silence et l’impunité.La mémoire erre.Les souvenirs remontent, éparpillés dans le temps, flottent dérivent se fixent sur le papier.Nomadisme littéraire Le récit se divise en trois parties.Dans une sorte de nomadisme littéraire, nous suivons la narratrice et sa belle-maman dans plusieurs villes américaines et européennes où est projeté L’Agronome de Jonathan Demme.Le documentaire relate les différents épisodes de la lutte du militant, qui n'a jamais interrompu son combat pour une information libre et pour la défense des droits des Haïtiens et qui dut s’exiler à deux reprises.Dès 1994 ses prises de position critiques à l'égard de la politique du parti Lavallas de Jean-Bertrand Aristide, dont les dérives graves s'accumulent, le mettent lui et sa femme en danger de mort.«Pourquoi cette spirale du mal- heur?», s’interroge la narratrice, découvrant la face hideuse de l’Amérique exposée sous le soleil de la Floride: Krome, le camp de détention des «boat people» haïtiens qui fuient les griffes de la misère.«La misère les pousse dans ces bateaux instables, harponnés en pleine mer par les navires américains.Les mêmes navires incapables d’intercepter les vedettes bourrées de drogue.Les trafiquants de cocaïne sont plus futés que les paysans désespérés.» La romancière également journaliste s’autorise tout au long du récit quelques espaces éditoriaux incisifs et courageux.La dictature des Duvalier, père et fils, a «zombifié» les esprits.Loin de dédouaner les siens, la narratrice pointe leur irresponsabilité: «Je suis d’un pays à l’histoire pesante, étouffante, je suis d’une nation sans mémoire vive, qui ne veut se souvenir que de la geste fondatrice.Mémoire figée d’une grandeur chaque jour grignotée.Je suis d’un pays qui oublie sans cesse le présent, obsédé par un lointain passé glorieux.D’un pays où l’horreur côtoie les manifestations les plus éclatantes de la créativité.» Les nombreuses projections de L’Agronome ont ravivé le drame haïtien, son passé de terreur et d’apocalypse, de couvre-feu et de censure à outrance.La force d’émotion contenue dans ces pages est telle qu’on doit reprendre sa respiration en fin de paragraphe.Consciente de ce débordement de souffrance, la narratrice opère un glissement vers l'intime.vers le sentiment, avec des mots tendres où s’abritent les amours, les amitiés, les déchirures et les rêves secrets.Les carnets de l’éphémère Après trois ans de déplacements répétés, la narratrice pose enfin ses valises à Montréal, où elle a vécu il y a vingt-cinq ans.En réponse à un ami québécois qui ne voit que la violence, la mort et la désespérance du peuple haïtien et qui croit qu’elle s’est battue en vain, elle essaie de le persuader que les progrès ne sont pas toujours visibles, que le peuple haïtien a maintes fois tenté de faire échec au malheur en se soulevant Blessée mais convaincue «qu’aucune vie n’est un échec, qu’on vit ou on ne vit pas, qu’on se bat ou on s'écrase, quelles que soient les raisons», elle sort un petit carnet à couverture mauve et écrit vingt-cinq petits textes, un par année d’absence.Submergée par des visages, des noms, des voix qui se répondent le vent dans les arbres, la couleur du ciel, l’odeur des fruits au marché de Pétionville, le bruit des vagues sur la côte des Arca-dins, la cacophonie des conversations dans un taptap, elle trace une cartographie humaine et géographique encerclée d’émotions.Des instantanés de bonheur.Le devoir de mémoire L’absence du père aimé n’est supportable que dans la tendresse reçue et donnée.Cette tendresse disparue, la romancière s’en souvient et se met à écrire le récit que nous avons sous les yeux.L’écriture est ce voyant qui extrait la douleur, abolit la distance et permet de poursuivre le combat «J’ai su très jeune qu’être privilégiée, avoir bénéficié de la santé, de l’éducation, avoir la capacité d’aller au fond des choses et de vouloir les changer, entraînait une responsabilité: le devoir de çelui qui sait.» A l’orée de la cinquantaine, Haiti reste le seul endroit duquel la narratrice ne pourra jamais totalement s’arracher, «fai sacrifié les objets restés dans Tîle sans un regret.Je plaisante souvent en affirmant que mon jardin ne me manque pas mais qu’il doit être si beau ces jours-ci.Je suis une enracinée, j’ai besoin d’ancrage en dur, mais je n’ai pas besoin que la terre où s’enfoncent mes racines m’appartienne.» Arc-en-ciel de ténèbres et de lumière, Mémoire errante est un récit sur l’exil, l’errance, la perte de repères et de traits identitaires, les pertes individuelles aussi.Ecrit dans un style presque viscéral — on a l’impression que Jan J.Dominique écrit «avec ses tripes» —, il contient des images merveilleuses et douloureuses, des couleurs délicates, des sons sauvages, un rythme d’écriture prompt Jan J.Dominique signe une cinquième œuvre de fiction très poignante.Entre l’œuvre de mémoire et le chant lyrique d'un peuple malmené qui croupit dans une misère séculaire.Collaboratrice du Devoir MÉMOIRE ERRANTE Jan J.Dominique Editions du Remue-Ménage/ Mémoire d’encrier Montréal, 2008,177 pages /-v» e-< /Oiire La Librairie Alire a de fabuleuses suggestions de lecture d’éfé pour vos jeunes lecteurs.Un roman de Denis Vézina illustré par Philippe Béha Un jour ou l'autre, il faut se débarrasser de sa carapace.88 pages - 8,95 $ Soulières éditeur souutel tdileiK I Alire, Librairie indépendante agreee 450.679.8211 I Place Longueuil Clubs de lecture dans 400 bibliothèques C9 est l’été qui arrive, l’école ferme ses portes, et ce sont souvent les bibliothèques publiques qui assurent l’accès deg jeunes aux livres durant l'été.A ce chapitre, la Banque Toronto Dominion pousse à la roue depuis 13 ans avec l’établissement des clubs de lecture, ouverts à tous, tout l’été, dans 400 bibliothèques du Québec.L’expérience se déroule cette année sur le thème «Lire aux larmes», c'est-à-dire que les jeunes intéressés seront invités à lire une liste de livres frayant avec l’humour.Les jeunes lecteurs se voient remettre en début d'été une trousse de lecture, qui compte notamment un journal de bord, des affiches, des autocollants, une bibliographie.et sont invités à parti- ciper à diverses activités durant! l’été.«En général, cela fonctionne, assez bien», dit Danielle Keable, dé la bibliothèque Le Prévost, dans ViDeray.De 80 à 90 enfants partiek pent en effet chaque été au club de; lecture, dans cette bibliothèque du nord de ITle.«Parfois, on fait venir un auteur, ou on organise une çctivité de bricolage», ajoute-t-eDe.A la fin de l’été,; à la bibliothèque Le Prévost, Içs jeunes ayant participé au club d& lecture sont invités à une fête, où; l’on fait notamment tirer des prix/ ; De son côté, la Banque TD a annoncé un investissement de 2ff-millions de dollars pour assurer la pérennité de ces club de lecture; jusqu’en 2011.Le Devoir y j f LE DEVOIR L E S S A M E l> 1 D 1 M A X I H E .1 T t X 1 O O S ITTERATURE Chrystine Brouillet : bon polar, bon Danielle Laurin Elle est rousse, a quelques kilos en trop, ne s’aime pas beaucoup, se remet constamment en question.Au centre de ses préoccupations: un fils adoptif enfermé dans le mutisme.Et un amoureux plus jeune quelle, qu’elle craint de se faire ravir.Cette éternelle angoissée pourrait être votre voisine de palier.si vous vivez à Québec.Vous la verriez partir tous les matins.Sans vous douter que, comme la plupart des flics-vedettes dans les séries policières, elle est un as de l’enquête, carbure à l’instinct ne baisse jamais les bras.Entre Maud Graham la policière et Maud Graham la femme ordinaire, il y a constamment dans la série que lui consacre depuis une vingtaine d’années Chrystine Brouillet un va-et-vient Ce qui fait que l’intérêt est soutenu: quand il y a trop de sang, trop de meurtres, trop de violence, on se retrouve dans le qùotidien de l’héroïne, chez elle.On la voit boire (de bons vins), manger (de bons petits plats).On la voit scruter ses rides dans le miroir.Prendre soin de son chat Et tenter de briser le mur d’incommunicabilité avec Maxime, l’ado dont elle est la tutrice.On la voit aussi discuter avec Grégoire, l’ex-drogué et ex-prostitué qu’elle a pris en affection, aujourd’hui recyclé en apprenti cuisinier au fameux resto Laurie Raphael, rien de moins.Et puis, on l'aperçoit dans les bras de son amoureux, pathologiste de métier.quand il n'est pas au boulot à Montréal, ou en congrès à Toronto.Parfois, la vie professionnelle de l’héroïne interfère dans sa vie privée.Parfois, comme c’était le cas dans Le Collectionneur, adapte au cinéma par Jean Beaudin avec Maude Guérin dans le rôle de l'enquètrice, la vie de Graham est elle-même mise en danger.Dans le huitième roman de la série, Silence de mort, Chrystine Brouillet ne va pas jusque-là Mais elle s'organise pour semer le trouble dans la tète de son héroïne (et dans la nôtre!) quant aux agissements de son jeune protégé, Maxime, qui pourrait bien être aux prises avec des problèmes de drogue.et des dealers peu scrupuleux.Car c'est dans le milieu de la drogue que la conduit son enquête, cette fois.Il y a eu quatre meurtres en un mois.Et les victimes n’ont même pas trente ans.L’une d’elles, un jeune dealer insouciant, avait tout juste quinze ans.Pendant qu'on s'immerge, avec Maud Graham, dans le monde parallèle des vendeurs de drogue, du blanchiment d'argent, du crime organisé à Québec, on lorgne aussi un quartier paisible de la ville où vient d’emménager un nouveau voisin.Un voisin intolérant au bruit Qui, bientôt n’en pourra plus d’entendre la musique à tue-tête de sa jeune voisine à toute heure de la journée.Quand la belle sera trouvée étranglée, la police penchera tout de suite pour la thèse de la vendetta liée à la drogue.Son compagnon, un petit caïd, vient lui aussi d’être assassiné.Mais Maud Graham s’entête.Elle ne croit pas à cette these-ki.Son petit doigt lui dit que les motifs de ce crime n’ont rien à voir avec ceux des meurtres précédents.Chrystine Brouillet t Elle a bien raison.Nous, lecteurs, on le sait déjà On sait qui a tué qui et pourquoi.Ce qui nous tient en haleine, c'est quand et comment Maud Graham parviendra à mettre la main au collet des meurtriers.C’est là un des grands intérêts du roman: on en sait plus qu'elle.On est dans la tète de tous les personnages à la fois, y compris dans la sienne.On coin- été prend les motivations de chacun, on ressent leur peur, leur angoisse.On s'insurge contre la malveillance de certains, on sympathise avec d’autres.Et on se rend compte que la plupart, même en apparence inoffensifs, ont quelque chose à cacher.i, On s'interroge aussi sur le fait que, du jour au lere demain, un bon citoyen, rangé, sophistiqué, puisse en venir à perdre le contrôle de lui-même, à tuer quelqu'un pour un rien, ou presque.Et on croit reconnaître certaines personnes qui ont déjà croisé notre route, dans le portrait d’une femme manipulatrice jusqu’aux bouts des ongles, prête à tout poiu- mettre la main sur un mari friqué.Surtout, ce qui fait qu'on tourne et tourne les pages de plus en plus vite, c’est la façon dont s'imbriquent les différentes intrigues, la façon qu’a l'auteure de passer d'un univers à l’autre et d’incarner, dans chaque milieu, des personnages hy* percrédibles, qu'ils soient jeunes, vieux ou entre de\ix âges.Habile, très habile, Chrystine Brouillet.Juste ùiv peu trop bavard, son nouveau polar.Mais prenanC très bien ficelé.Là-dessus, bon été! SMI Ni 1 m MORl Collaboratrice du Devoir SILENCE DE MORT Chrystine Brouillet la Courte Echelle Montréal, 2(X)8,376 pages ROMAN QUÉBÉCOIS Petites histoires pleines d’humour, tendres et cruelles SUZANNE G1GUÈRE La faculté qui! a de pouvoir marcher parmi les livres et les encriers sans rien déranger, de tourner autour de l’ordinateur en ronronnant, fait de lui le compagnon idéal des écrivains.De tout temps il les a fascinés, ils lui ont rendu hommage.«Si vous voulez être écrivain, ayez des chats», disait Aldous Huxley.Véronique Papineau semble leur vouer une passion débordante.Le petit félin s’impose comme un complice indispensable dans son premier recueil de nouvelles.Silencieux rôdeur, promeneur nocturne, veilleur, «mais c’est une veille de fakir, une ankylosé bienheureuse d’où il perçoit tout bruit et devine toute présence», écrivait Colette dans Douze dialogues de bêtes, aristochat qui joue les grands seigneurs ou finit misérablement, il accompagne les personnages de Petites histoires avec un chat dedans (sauf une) de sa présence affectueuse, réconfortante, inconditionnelle.Et ils en ont grand besoin, car la vie n’est pas toujours simple quand on est jeune.«L’époque est aux carriéristes, aux couples qui se désintègrent avec le temps, qui ramollissent avec les chairs, l’époque est aux familles déconstruites et truquées, aux condos pour personnes seules, aux échanges intenses et brefs.» La ménagerie intime Ils ont entre vingt-cinq et trente-cinq ans, vivent des histoires de cœur compliquées, ont des problèmes de travail ou d'argent Avec une grande sensibilité, l’auteure rend compte de la profondeur de leurs sentiments dans douze histoires pleines d’humour, tendres ou cruelles, marquées du sceau de la légèreté et de la gravité.Lorsqu’elle apprend par la poste que son amant la largue, la jeune narratrice de la nouvelle Les filles ne sont pas faites en chocolat a un coup de colère: «Pourquoi est-ce que les gars font toujours ça?Quand leur couple bat de l’aile, au lieu de dire: “Je ne veux plus rien savoir de toi", ils s’échappent, fourrent des Marie-folie contre des réfrigérateurs et font sem- blant que tout va bien.» Une femme désire désespérément un enfant (Bonbons à la menthe) tandis qu’une autre, enceinte, ne veut rien savoir (Extra vierge).Une femme sans amoureux, sans enfants et avec des amitiés qui foutent le camp, est envahie par une immense lassitude: «Avoir envie de hurler.N’en rien faire.Se retenir.Comme toujours.terminer la journée avec m nœud dans l’estomac.Ravaler son stress.Soupirer devant un réfrigérateur vide.Allumer la télé.Se heurter aux horreurs du monde» [Dormir très mat).Petite histoire avec un chat dedans (sauf une) traite de la rivalité entre un amant et un chat épris de leur maîtresse commune.Dans Bobby Bibbo se fait kidnapper, deux ados bourrés de colère, prêts à exploser, fuguent: «On avait arrêter de parler à nos parents depuis longtemps et nos parents ne s’en étaient pas rendu compte.» Garçons en mauvais état et Pas d’espoir pour les bizarres racontent l’histoire tendre et triste de deux frères dont l’un traverse un épisode psychotique.Sauf une parle du coup de foudre, de la passion qui étrangle, avec un humour ravageur «Mais tout le monde sait bien que personne ne se sert de sa tête lorsqu’il est amoureux.La tête, ça ne sert pas à ça.Le tête, ça sert à faire des listes d’épicerie, ça sert à se rappeler le nom de quelqu’un rencontré l’année dernière, ça sert d apprendre une autre langue, ça sert à lire une posologie, ça sert à résoudre un problème de logistique au travail, ça sert à réciter des tables de multiplication.» Enfin, dans Lettres of love, une femme, dans le vertige de l’attente de l’homme qu’elle aime, s’endort avec ses mots sous l'oreiller.Quelle qualité — de la gravité ou de la légèreté — correspond le mieux à la condition humaine?Cultivant l’art du paradoxe, Véronique Papineau pose cette question dans un jeu de variations où s’unissent récit, rêve et réflexion.C’est avec aisance et une maîtrise de style assez remarquable que la nouvelliste âgée de vingt-huit ans fait son entrée en littérature.Note: si d’aventure elle choisissait de poursuivre cette belle aven- SOURCE BOREAL Véronique Papineau ture de l’écriture au gré des humeurs félines, voici deux proverbes réjouissants qui pourraient l’inspirer «E est difficile d'attraper un chat noir dans une pièce sombre, surtout quand il n’y est pas» (proverbe chinois).«Ne faites pas comme un chat qui cache ses ongles» (proverbe malgache).Miaou.Collaboratrice du Devoir PETITES HISTOIRES AVEC UN CHAT DEDANS (SAUF UNE) Véronique Papineau Boréal Montréal, 2008,184 pages igifQuiL Papineau PAR L'AUTEUR DU BEST-SELLER Ensemble, c'est tout f* (;\i il.»' LA CONSOLANTE * » Murmvrt: «Charles, Anouk et Kate [.] Anna Gavalda est là simplement pour les servir le plus fidèlement possible.Pour les aimer aussi.Surtout.» Sonia Sarfati - La Presse « Un beau roman qui me réconcilie avec la vie.[.] J'ai l'impression qu'Anna Gavalda m'a prise dans ses bras.» Sylvie Lauzon - RockDétente EN B K E K Un nouveau Benacquista As des «il était une fois», Tonino Benacquista reprend la plume pour conter les dernières aventures de Giovanni Manzoni, que l’on avait laissé au fin fond du bocage normand dans Malavita (Folio).Le revoilà dans Malavita encore (Gallimard), lui, l’ex-caïd de la mafia qui autrefois pouvait se vanter d’avoir purgé sa première peine dès l’âge légal.En choisissant de collaborer avec le FBI, il a perdu l’estime de sa *«.femme et, surtout, de ses deux enfants.Et il a beau être l’auteur de deux best-sellers — ses mémoires, à peine transposés —, pour son fils il n’est qu’un traître, «qui laisserait son nom dans l’histoire non pas pour ses bouquins débiles, mais pour avoir I.I fait entrer la Cosa Nostra dans 1ère du déclin».De surcroît, notre héros est en panne d’inspiration et n’a qu’un rêve: écrire son grand roman américain.Entre remise en cause existentielle et questions métaphysiques, Benacquista s’en donne à cœur joie.- Le Monde ARCHAMBAULT^ Une compagnie de Québécor Media PALMARES LIVRES — Résultats des ventes: du 10 au 16 juin 2008 _____ ROMAN OUVRAGE GÉNÉRAL SILENCE DE MORT Chrystine Brouillet (Courte Échelle) TOUTES CES CHOSES QU’ON NE S’EST.I Marc Levy (Robert Laffont) MH.LÉNIUM T.1, T.2 ET T.3 Stiefl Larsson (Actes Sud) À GENOUX Michael Connelly (Seuil) I GM TOHK ET CONCOMBRE Rafaële Germain (Libre Expression) I PARCE QUE JE T’AIME Guillaume Musse (Pocket) ECHO PARK Michael Connelly (Points) F » J LES ENFANTS DE LA LIBERTÉ Marc Levy (Pocket) ¦ «] LE CONTRAT John Grisham (Robert Laffont) LA CONSOLANTE Anna Gavalda (Dilettante) JEUNESSE n RENCONTRES H L’ETRANGE T.1 Linda Joy Singleton (ADA) H VISIONS T.1 : NE MEURS PAS UBELLUIE Linda Joy Singleton (ADA) H IAN FUBUST.1 : LlLE AUX TREIZE OS Alain Ruiz (Boomerang) Wt LE CLUB DES DISEUSES.T.1 Dotti Enderie (ADA) LA MA0E DU DtAOtME 11 : LE LIVRE.John Peel (ADA) î SÉT1T.1 : LE LIVRÉ DES DIEUX D.Mahvat / C.Pelletier (Pierre Tisseyre) LES SECRETS DE LhJWVERS T.1.ChartJonneau/BilodeauMtleneuve (ADA) TUNNELS T.1 Roderick Gordon (Michel Lafon) L’APPRENTI ÉPOWaiNIEIIR 14 Joseph Delaney (Bayard-Jeunesse) LEOWS T.11 : LE TEMPLE DES.Mark) Francis Untouchables) IWflHfif Pftff ftIMf Elizabeth Gilbert (Calmamt-Lévy) JE N’AURAI PAS LE TEMPS Hubert Reeves (Seuil) US RÊVES DE MON PÈRE Barack Obama (Presses de la Cité) BV GILLES VILLENEUVE LI Joanna Villeneuve (La Presse) NOUS ÉTIONS MVMCWUS Denis Morisset (JCl) L’ABC DES TRUCS DE MADAME.Louise Robitaille (Publistar) LE SECRET Rfexxta Byme (Un Monde Différent) U MONDE SELON MONSANTO Marie-Monique Robin (Stanké) U PÈCHE A U MOUCHE AV QUÉBEC CoHecW (Rdes) U POUVOIR DU MOMENT PRÉSENT Eckhart Toile (Ariane) ANGLOPHONE ANEW EARTH Eckhart Toile (New American Library) EAT, PRAY, LOVE Elizabeth Gilbert (Penguin Books) STEP OR A CRACK J.Patterson/M.Ledwkfge (Vision) ¦PI HIGH NOON U Nora Roberts (Jove) THE BOURNE BETRATAL R.Ludlum/E.V.Lustbader (Grand Central Pub.) SIMPLE GENIUS David Baldaccl (Vision) |n THE moos Ul Harlan Coben (Signet Book) THE POWER OF NOW : A GUIDE TO.Eckhart Toile (New World Library) THE JUDAS STRAIN James Rollins (Harper CoHins) DEVIL MAY CARE Sebastian Faulks (Doubleday) Consultez notre CIRCULAIRE* f f LE DEVOIR, L E SAMEDI il ET DI M A N l HE 22 J U I X 2 0 0 8 T TERATURE L’affaire Morisset, ou le romancier malgré lui Louis Hamelin CH est une chose qui se voit de plus en * plus: telle petite madame écrit un livre dans lequel elle raconte sa plongée dans l’enfer de la drogue et ses orgies sexuelles avec des motards.Témoignage vécu, ce genre-là.Elle est invitée à Oprah Winfrey et, le iendemain, son bouquin défonce les plafonds des ventes à la grandeur des Etats-Unis.Une cousine qui l’a entendue à Oprah envoie alors une lettre aux journaux pour dire que, excusez-la, mais il n’y a absolument rien de vrai là-dedans, pas un mot.Alors quoi?Un nouveau tirage avec le mot «roman» ajouté en catastrophe sur la page-titre?Trop tard: la dégringolade des chiffres de vente a commencé.11 ne reste plus à l’auteure qu’à presser le citron de son coup de pub et à accepter la première offre venue: contrat de télé-réalité, poser nue pour un magazine bas de gamme, etc.J’ai pensé à ce nouveau phénomène (ap-pelons-le les romanciers réticents) en lisant le livre de Denis Morisset, je devrais plutôt dire: en prenant connaissance de l’affàire Morisset, car affaire il y a, je pense, même si limitée jusqu’à présent au Soleil de Québec et à quelques blogues et sites de nouvelles du grand Hyper-Rien.Voici les faits: Morisset, 44 ans, est un militaire canadien, petit gars du Royal 22e spécialisé dans les communications et ancien membre du FO 12, la Deuxième Force opérationnelle interarmées, une unité secrète de tueurs d’élite qui, à sa manière silencieuse et efficace, nous représente, paraît-il, à l’étranger.Démobilisé en 2003, Denis Morisset est arrêté et accusé d’agression sexuelle et de possession de matériel pornographique juvénile.Après un séjour de 14 mois en prison, il couche sur le papier, avec l’aide d'un certain Claude Coulombe, le récit de ses huit années dans le JTF2 (Joint Task Force 2), ce groupe spécial d’intervention dont l’éditeur, en qua-trième de couverture, nous assure qu’il fut mis sur pied, à l’image du SAS britannique et de la Delta Force américaine, «pour s’infiltrer derrière les lignes ennemies, rechercher des objectifs-clés et les détruire».Ce témoignage se lit comme un roman et ce n’est pas pour rien : c’en est un Ses membres n’ont donc pas été formés «pour distribuer de la nourriture [.], [mais] pour abattre des cibles».La devise de l’unité, Facta non verba, veut dire: «Tirez d'abord et réfléchissez ensuite!» dans la langue de Virgile.Le cow-boy et Madame Bovary En avril de cette année, plus précisément le 29 avril 2008, Denis Morisset, en pleine campagne de promotion de son ouvrage annoncé en librairie pour le lundi suivant, est de nouveau arrêté chez lui, par la Sûreté du Québec, qui porte cette fois à son encontre des accusations de sollicitation de faveurs sexuelles auprès de mineures sur Internet Je ne vais pas commenter le système de défense de l’accusé, qui ne m’intéresse ici que dans la mesure ou le «pacte de lecture» (cette entente sur la nature et le statut du contenu) qui lie l’auteur a son éditeur et à son lecteur, est concerné.Dans la mesure, donc, où c’est la réception même d'une œuvre d’imagination qui pourrait être en cause, dans cette histoire.Permettez-moi alors de faire remarquer quelle formidable source d’inspiration et d’enseignement les procès, 140 ans après Madame Bovary, continuent de représenter pour le romancier.Celui de Parasiris a illusr tré, presque à la perfection, la mentalité d’un certain type de cow-boys qui sévissent dans nos rues, déguisés en serviteurs de l’ordre public.11 y a quelques semaines se déroulait à Kaboul un procès dont il a été bien peu question dans nos journaux, je trouve: celui de ce journaliste de 23 ans qui encourt une condamnation à mort pour avoir critiqué, sur Internet, la situation de la femme en Afghanistan.Oui: à mort Le pauvre doit être tombé aux mains des talibans?Pas du tout Ses juges sont les représentants légitimes du régime que nous soutenons dans ce pays, au nom de valeurs qui bientôt inspireront d’autres charmantes courbettes à Son Excellentissi-me Michaëlle Jean plantée devant la prochaine parade de cercueils drapés dans l’unifolié.Public dans la collection «Témoignage» chez JCL et sous-titré «Témoignage d’un ex-commando», Nous étions invincibles, de Denis Morisset et Claude Coulombe, nonobstant toute considération d’ordre littéraire, se lit comme un roman et ce n’est pas pour rien: c’en est un.Impossible, tout d’abord, de ne pas songer au confort moral que peut représenter, pour un homme de plume, la posture narrative consistant à dévoiler les exploits d’une aventure militaire vouée par définition à rester secrète.C’est ouvrir la porte à une forme virile de licence poétique dont les coauteurs, qui donnent dans le style Capitaine Bonhom- SOURCE ÉDITIONS JCL Denis Morisset était un soldat du Royal 22' spécialisé dans les communications et ancien membre du FOI2, la Deuxième Force «pc.a-tionnelle interarmées, une unité secrète de tueurs d’élite.me, ne se sont guère privés.C’est pourquoi les timides remontrances du porte-parole de la Défense nationale, selon qui ce récit «non autorisé» serait de nature à «potentiellement nuire à la sécurité des membres de Tunité et à l’efficacité des opérations», alors qu’il eût été si facile de se distancier officielle ment de ce tissu de vantardises de taverne, me font penser que nos généraux ne doivent pas être si fâchés au fond de cette propagande gratuite qui grossit le mythe d’une arme secrète dans leurs rangs: un escadron de cracks de la gâchette bourrés de stéroïdes et surarmés, entraînés à tuer sans état d’âme au nom de la sécurité nationale.L’imaginaire Le FOl2 existe, là n’est pas la question.Quant à Morisset, il y a probablement occupé un poste quelconque, sans doute l’équivalent en cette ère info-sa- tellitaire, de ce qu’on appelait jadis un opérateur-radio.Pour le reste, démontrer que ce sanglant témoignage vécu n’est rien d’autre que la régurgitation pleine d’invention d’une expérience personnelle re-mixée par un cerveau gavé de films de Bruce Willis s'avère une tâche tellement facile que j’en éprouve comme un scrupule.Sur le plan humain, toute ma sympathie va à l’homme qui, en ce moment, a des problèmes avec la loi.Mais c’est un livre que j’ai entre les mains, acculé que je suis, comme critique littéraire, à me faire l’avocat, sinon du talent, du moins du simple bon sens.Je me limiterai à quelques exemples: Le tandem Morisset-Coulom-be veut nous faire croire que les hommes en noir du FOI2 ont un beau jour été lancés contre une banque d’Ottawa dans laqueDe une prise d’otages était en cours.Bilan de l’opération: aucune victime innocente et cinq malfaiteurs abattus d’une balle en pleine tête.Mais, bizarrement, aucune trace dans les journaux.Sur un site Ouè-be, Coulombe prétend qu’un quotidien outaouais en a parlé, mais que quand il a voulu consulter les archives, l’article avait mystérieusement disparu.Oh oh.D y a aussi la Bosnie, décidément un sujet de controverse.La scène de massacre que découvrent les commandos canadiens à Backa Palanka sort tout droit, avec sa systématisation de l’horreur, d’un roman du marquis de Sade.Et on n’a pas à chercher trop longtemps pour comprendre qu’elle n’a jamais existé, n’a laissé aucune trace dans la réalité.Que Morisset s’est probablement inspiré, très librement, de la tuerie d’Ovcara, dans laquelle 200 hommes arrachés à l’hôpital de Vukovar ont été assassinés par l’armée régulière yougoslave et les paramilitaires serbes.Et je pourrais continuer à démonter, scène par scène, une mécanique littéraire qui fait penser à ces vieux westerns dans lesquels trois Indiens tombent de cheval pour chaque coup de pistolet tiré par John Wayne.Les auteurs avaient tout ce qu’il fallait pour écrire un scénario à Guillaume Lemay-Thivierge.Leur éditeur en a décidé autrement.hamelinlo@sympatico.ca NOUS ÉTIONS INVINCIBLES Denis Morisset et Claude Coulombe Les Editions JCL Chicoutimi, 2008,276 pages LITTÉRATURE QUÉBÉCOISE Petite leçon de physique littéraire POESIE Serge Mongrain, l’insoumis LA PETITE CHRONIQUE / CHRISTIAN DESMEULES On trouve un peu de tout dans ce livre.Des épisodes d’enfance ou d’adolescence — tantôt une passion contrariée pour la guitare, tantôt un flirt avec la mère d’une amie —, la descente aux enfers d’un champion cycliste, le voyage en ambulance d’un piéton sous sédatif après avoir été fauché par un vélo, des observations vestimentaires dans une salle d’attente de CLSC.Tout cela sous le signe plus ou moins flou d’une fiction qui semble s’intéresser davantage aux détails (le ton, le regard, l’anecdote) qu’à un ensemble qu’on pourrait appeler récit L’auteur de 5FU (L’Instant même, 2005), qui y racontait son combat personnel contre le cancer, et de C’est la faute à Bono (Hurtubise HMH, 2007) puise encore une fois ici aux thèmes qu’il semble privilégier: la mesure du temps qui passe, l’urgence de vivre, le sentiment exacerbé du sursis, l'angoisse de passer à côté de l’essentiel, une certaine monde «volontariste» (à la si-tu-veux-tu-peux).Un regard en biais sur l’existence où on trouvera à coup sûr beaucoup de tendresse.Accumulation de choses vues, d’anecdotes, de traits d’esprit à l'humour parfois forcé, les récits, courtes histoires, portions de quotidien, coq-à-l’âne et autres zappings qui composent Je veux cette guitare, troisième titre de Pierre Gagnon, pourront tour à tour taire sourire ou grimacer.Grimacer d'ennui ou d’agacement.Paradoxe apparent et leçon de physique littéraire: il vient un point d’ébullition où toute légèreté finit par se transformer en lourdeur.Pierre Gagnon, dans sa recherche frénétique du gag, de la cabriole et de l’assentiment de ses lecteurs, ne se rend pas compte qu'il en fait peut-être trop.Comme un enfant hyperactif faisant la roue dans le salon depuis trois heures sous le regard éteint de parents épuisés.Mais le dernier texte, intitulé Besoins, par miracle épargné des travers qui frappent le reste du recueil, sans sauver vraiment les meubles, vaut toutefois largement le détour.Il s'agit d’un magnifique et bouleversant morceau d'humanité où un honune seul et mélancolique, au cours de ses derniers jours d'été à la campagne, passe une nuit en compagnie d’un vieillard à l’orée de sa vie.«Il se publie un livre toutes les trente secondes, écrit-il lui-même dans Prix littéraire, l’une des vingt-cinq nouvelles du recueil.Pourquoi?Parce que tout le monde a une bonne histoire à raconter, valable et intéressante.J’ai dit une! Pas des tomes, trilogies, séries, suite et fin.B est là, le caillou dans l’espadrille.L'industrie.Elle devrait se limitera ne publier qu'un seul livre par auteur, et pas de tricherie s'il vous plaît.Compris, m'sieur Ajar?» • Provocateur et transparent, Pierre Gagnon nous suggère peut-être qu'il a déjà enfreint deux fois sa propre leçon de sagesse.Collaborateur du Devoir JE VEUX CETTE GUITARE Pierre Gagnon Hurtubise HMH Montréal, 2008,262 pages HUGUES CORRIVEAU Le Ghetto, de Serge Mongrain, n’est pas sans évoquer Yves Boisvert ou Patrice Desbiens.Mais quelque chose d’authentique s’impose malgré tout avec cette violence sous-jacente qui porte les textes d'une façon remarquable.On y rencontre une faune bancale et triste à faire peur: «un trou pas possible / des filles laides / à t’écœurer de bander / un père noyé / dans la bagosse / une femme pognée / jusqu’au cou».Les femmes violentées, la sexualité de misère, l’exploitation et l’extorsion, c’est par ces méandres que la vie mal résolue s’étale, page après page, créant un effet cinématographique proche des ambiances glauques des films de Grande-Bretagne.Des échos des romans de Dickens, aussi.Cette misère-là n’est pas loin non plus de celle de Jean Le Maigre, que Marie-Claire Blais nous a donné comme un icône de l’abandon.Mongrain, furieux, qui déballe tout, qui expose les ordures et les tristesses! Et c’est infiniment prenant: «Tous aimaient la laideur / et l’obscurité / ils avaient besoin de ça / pour vivre / avec leurs rideaux sales / et sans vie / et la grisaille / qui les tenaillait / jusque f dans le lent pourrissement / de leurs âmes / et cette haine / morne / et cette jalousie / délibérément morbide».Mais c'est aussi un grand western urbain, une galerie de portraits de soûlons et de tueurs, de pauvres hères qui ne savent pas comment mourir à mort: «le ghetto / défendait jalousement / son mode de vie / cette maladie de la violence / souvent intenable / était un moyen / de Résister Dans Insoumission, le ton est radicalement différent.Serge Mongrain, entouré de livres, rêve de voyages à travers l’univers et les mots, sorte de lieu mythique de la délivrance: «Tous ces livres / serrés // territoires / signes graphiques / où Ton se laisse guider f f dans la pièce / jusqu’au plafond / les livres II il faut interroger / d’autres voyageurs».Et le voyageur Mongrain écrit, fait des livres, chercheur impénitent, à l’affût, car: «cela ouvre aux ruptures U toujours ce tracé / à refaire / des jaillissements fauves».Ainsi, pour ne pas être soumis aux diktats, il faut atteindre «un trait de plume / et sous le cœur / l’ultime révolte».Il s’agit de traverser des pans de langage pour éviter l’inertie, pour «feuilleter / la cartographie / du monde / ses escarpements».Ce recueil tient le pari d’une sorte d’apaisement, comme si la violence ultime de son Ghetto avait aidé à cette atteinte au bord de la nuit, bien que le poète ne renonce pas à voir, dans la littérature, un lieu de belligérance: «En bordure du papier / des voix / font craquer / le texte II la lettre / crayonnée / se froisse / avec rage.» Collaborateur du Devoir GHETTO Serge Mongrain Editions Trois-Pistoles, coll.«Inédits» Trois-Pistoles, 2008,138 pages INSOUMISSION Serge Mongrain Editions du Noroît Montréal, 2008,82 pages Ecritures de femmes Jean Rhys et Charlotte Brontë, deux créatrices à la sensibilité exacerbée Chez votre libraire, aujourd hllL.^ssauan, 1 11 est i d'o, , Les Éditions du CRAM ««rw.cditiofticism.com n cherchant un peu, on peut trouver des points de similitude entre les œuvres de Jean Rhys et de Charlotte Brontë.Ces mondes littéraires, séparés par le temps et la géographie, se rejoignent en partie par la sensibilité exacer- ; bée de leurs créatrices.J’ai lu et relu tous les livres de Jean Rhys.Romancière de langue anglaise, elle est née en 1890 dans les Antilles britanniques.Arrivée à Londres à seize ans, elle quitte rapidement cette ville pour une vie de bohème qui la mènera de Paris à Vienne.Dans ses nouveDes comme dans ses romans, elle excelle dans la peinture de destins féminins ratés.Ses personnages, souvent attachants, connaissent des détresses de tous ordres, matérielles et morales.La plupart du temps, l’action se déroule dans le Montparnasse des années 20 et 30.Après une longue éclipse, Jean Rhys obtiendra, en 1966, un succès international grâce à La Prisonnière des Sargasses.Sous le titre de L’Oiseau moqueur, on publie des inédits en livre de cette romancière au talent nettement original.Pourquoi se le cacher, ces courtes nouvelles, toutes attachantes qu’elles sont, n’ont pas la valeur de celles de Rive gauche ou des Tigres sont plus beaux à voir.L’amateur y trouvera toutefois ce qui fait la valeur inestimable de cette auteure, la description, en nuances et nettement minimaliste, de la misère humaine.Quelle nous mène dans les rues qui avoisinent le boulevard Montparnasse ou dans les îles de son enfance, Jean Rhys joue, avec maestria, avec les silences, les sous-entendus.Jean Rhys qui, dans la vie — ceux qui l’ont connue en témoignèrent à l’envi —, avait le verbe haut consommait de l’alcool d’une façon peu raisonnable et pratiquait dans récriture, une économie de moyens remarquable.Le destin des sœurs Brontë est connu.Filles d’un pasteur irlandais, elles vécurent dans les premières années du XK' siècle dans la campagne anglaise.Elles étaient trois: Anne, Emily et Charlotte.Dans le deuxième volume de La Pléiade consacrée à leur œuvre, on a réuni des œuvres de jeunesse et \ejane Eyn?de Charlotte.Si on peut se demander si les poèmes des trois femmes et de leur demi-frère Patrick Branwel proposés dans le recueil peuvent encore intéresser les non-spécialistes, Jane Eyre, à n’en pas douter, se lit d’un trait Il y a d’abord l’aspect autobiographique du roman.Chariotte Brontë a eu une enfance hors de l’ordinaire.Jouissant comme ses sœurs d’une liberté étonnante, elle se réfii-’ ’ gie dans le rêve, multi- ^ _ pliant les recours à la fiction, écrivant des romans, imaginant des mondes farfelus./«ne Eyre, qui obtint dès sa parution un grand succès, n’échappe pas au mélo.Les sévices que doit subir l’enfant convainquent même si l'accumulation des détails peut lasser.D n’empêche que Jane, la petite orpheline qui finira par épouser l’homme qu'elle aime, s’illustre comme une femme libérée avant l’heure.Ne pas oublier que l’action se déroule dans un milieu puritain et que le roman fut publié en 1847.Le roman a ses accents poussés, tout à fait contraires à la retenue des courtes nouvelles de Jean Rhys, mais on reste surpris, emporté par la fougue d’une écriture qui dépeint une conscience aux prises avec une passion amoureuse dévorante.Ces deux lectures, l’une dans un univers connu et l’autre dans un ' monde qui.de prime abord, ne m Interpellait pas, m’ont retenu plus qu'il n'est raisonnable.Pas question pour moi de le déplorer.Évidemment ; Collaborateur du Devoir L’OISEAU MOQUEUR ET AUTRES NOUVELLES Jean Rhys Denoël et D’ailleurs Paris.2008,168 pages JANE EYRE-ŒUVRES DE JEUNESSE Charlotte Brontë Gallimard, Bibliothèque de la pléiade Paris, 2008,1724 pages r INTERNATIONAL PORTRAIT GALERY Charlotte Brontë i » LE DEVOIR.LES SAMEDI 21 ET DIMANCHE 22 J l' I \ 2 0 0 8 LIVRES UTTERATT RE ANGLAISE lJTTERATl RE FRANÇAISE Virginia Woolf, une vie d’écriture CLans d’humains Une nouvelle édition en deux volumes du journal intime d’une immense romancière, sans cesse partagée entre l’amour absolu de la littérature et une étrange mélancolie JOSYANE SAVIGNEAU Le Journal 1915-1941 de Virginia Woolf (1882-1941) est un de ses livres majeurs, comme l’explique son neveu Quentin Bell — le fils de sa sœur Vanessa — dans son introduction.D a été publié en cinq volumes à partir de 1977.Tous ceux qui ont aimé les grands textes de Virginia Woolf, des Vagues à La Promenade au phare, de Mrs.Dalloway à cette Chambre à soi que tant de femmes ont du mal à conquérir, se doivent de posséder cette nouvelle et excellente édition du Journal.On peut le déguster à petites doses, ou aller et venir, au gré des années auxquelles on s’intéresse le plus, chercher les allusions aux auteurs qu’elle aime ou déteste, aux personnalités qu’elle observe avec acuité.Ce monologue intérieur est sans indulgence, comme se doit de l’être le regard d’un écrivain sur ses contemporains et sur la corné die sociale.D insiste sur la passion absolue de Virginia Woolf pour la littérature, il décrit les bonheurs et les difficultés de son travail créateur, il révèle son sens des portraits, son humour aussi.Parfois, elle se dédouble, s’adresse à elle-même, imaginant une vieille Virginia relisant ces pages — et peut-être supprimant certains passages.S’il fallait une preuve de plus de son aptitude à définir, d’emblée, son interlocuteur, à le deviner, on pourrait la trouver ce jour du 23 fé vrier 1937 où elle reçoit la traduc-• trice française des Vagues, qui s’appelle Marguerite Yourcenar.Elle n’a pas mémorisé son nom, «Mlle Youniac (?) Non», et elle a beaucoup à dire ce jour-là, «si bien, conclut-elle, que je n’ai plus le temps ni la place de décrire la traductrice, seulement celle de dire qu’elle avait de jolies feuilles d’or sur sa robe noire et que c’est une femme qui doit avoir un passé amoureux, intellectuel [.] Une Française travailleuse [.] Esprit positif» Une évocation parfaite de Yourcenar à 34 ans, qui se vit corpme une conquérante.Ecrire et lire, c’est finalement l’essentiel, et ce qui permet de vivre, d’aimer la vie.«Aussitôt que je m’arrête d’écrire, je me mets à lire Shakespeare, alors que mon esprit est encore grand ouvert, rouge et brûlant.A ce moment-là, il me stupéfie.Jamais je n’avais aussi bien compris son étonnante envergure, son agilité [.}.J’irais jusqu’à dire que Shakespeare est au-delà de toute littérature, si seulement je savais ce qu’on entend par là.» (13 avril 1930) On a beaucoup moqué les propos de Virginia Woolf sur Ulysse, de Joyce, qu’elle juge «grossier», «le livre d’un manœuvre autodidacte» (16 août 1922).Mais on oublie toujours de préciser qu’elle y revient à de multiples reprises, jusqu’à la fin de septembre 1922.Elle fait part de l’admiration de ses amis pour ce chef-d’œuvre, elle reconnaît que «le génie n’y manque pas» (6 septembre) et s’interroge sur une critique particulièrement pertinente, «qui, pour la première fois, analyse» au plus juste Ulysse «et lui donne assurément une plus grande portée que je ne lui en avais attribué» (7 septembre).Malgré ses passions, malgré son bonheur d’écrire, il y a, toujours, cette étrange mélancolie, ARCHIVES LE DEVOIR Virginia Woolf.Malgré ses passions, malgré son bonheur d’écrire, il y a, toujours, cette étrange mélancolie, surtout lorsqu’elle vient de terminer un livre.surtout lorsqu’elle vient de terminer un livre.Alors elle relit d’anciens cahiers et constate (17 octobre 1934) «le même profond malaise après Les Vagues.Et après Le Phare,/e m’en souviens, j’ai été près du suicide comme jamais encore depuis 1913.» Cette année-là, elle avait fait une tentative de suicide, après son premier roman, La Traversée des apparences.L’année 1941 semble, dès le 9 janvier, marquée par cette mélancolie: «Un vide.Tout est gelé.Gel figé.» Virginia Woolf écrit dans son Journal, pour la dernière fois, le 24 mars.Elle a une «curieuse impression du bord de mer».«Chacun s’arc-boutant, luttant contre le vent, saisi, réduit au silence.Entièrement vidé de sa chair.» Quatre jours plus tard, elle marche vers la rivière Ouse, et s’y noie.Destin tragique C’est en lisant le Journal d’adolescence — paru seulement en 1990, grâce à Mitchell A.Leaska, qui le présente avec pertinence — que l’on comprend mieux le destin tragique de ’Virginia Woolf.Quand elle commence son Journal, en 1897, elle a 15 ans.Sa mère est morte deux ans plus tôt et elle a eu une première crise de démence.Elle sombrera de nouveau en 1904, à la mort de son père.Le Journal de 1897 est vraiment un «diary» d’adolescente se remettant lentement de la mort de sa mère.D n’y a rien en 1898, et c’est en 1899 qu’on assiste à ses débuts d’écrivain, du moins à son désir de consacrer sa vie à écrire.Elle s’entraîne, comme on fait des gammes.Ainsi, le 12 août 1899, alors qu’elle est «au beau milieu du vieux pays des Fens»: «J'aimerais tant, une fois pour toutes, dire avec cette méchante écriture qui est la mienne combien ce pays m’impressionne — comme je ressens bien cette uniformité dure comme la pierre (?) & la monotonie de cette plaine.» Dès ce moment-là, on a envie de la suivre, de partager ses doutes — «Tencre me paraît ce soir la méthode la moins efficace qui soit — & la musique celle qui s’approche le plus de la vérité» —, de l’accompagner dans ses voyages et ses lectures, avec la certitude qu’elle accomplira une œuvre magistrale.Le Monde JOURNAL INTÉGRAL 1915-1941 Virginia Woolf Préface d’Agnès Desarthe Introduction de Quentin Bell Postface de Frédérique Amselle Traduit de l’anglais par Colette Marie-Huet et Marie-Ange Dutartre Stock, «La Cosmopolite» Paris, 2008,1560 pages JOURNAL D’ADOLESCENCE 1897-1909 Virginia Woolf Préface de Geneviève Brisac Préface à l’édition de 1990 et notes de Mitchell A Leaska Traduit de l’anglais par Marie-Ange Dutartre Stock, «La Cosmopolite», Paris, 2008,500 pages Guide pour globe-trotters tous azimuts 400 voyages délirants ISABELLE PARE \ A moins d’être un millionnaire, centenaire de surcroît, on n’aura pas assez d’une vie, ni même de deux, pour réaliser le quart des quelque 400 itinéraires de rêves recensés dans le dernier-né des guides National Geographic.TRAVEL LIBRARY / RH /NATIONAL GEOGRAPHIC Le Kilimanjaro et sa couronne de neige (Tanzanie) Du trajet de 2000 kilomètres à bord du luxueux Eastern & Oriental Express reliant Bangkok à Singapour aux voyages à dos de chameau, d’éléphant ou de mulet ou au trekking sur la piste des chasseurs de têtes de Bornéo, 400 voyages de rêves réunit en 300 pages les itinéraires les plus fous, les plus beaux et les plus inattendus que l’on puisse trouver sur le globe.Accompagné des photos léchées qui ont fait la signature du plus que centenaire magazine scientifique, ce condensé, qui a de quoi faire planer n’importe quel globe-trotter, a aussi le mérite de présenter des itinéraires pour tous les types de voyageur, du routard extrême aux aventuriers en herbe.Le guide décline en effet les phis beaux itinéraires à faire en bateau, sur la route, en train ou à pied, et même à vélo.Si certains circuits sont convenus, d'autres rivalisent d’audace et d’originalité: traversée du fleuve Sépik en Papouasie-Nouvelle-Guinée, remontée du Nil en felouque, randonnée sur la plus ancienne route du Japon ou envolée au-dessus des chutes Victoria en ULM.Ce palmarès tous azimuts des plus beaux coins du globe comblera autant le sportif, ravi par l’excursion de plongée proposée dans Shark Alley en Afrique du Sud ou sur la route de la mort de l’Altipla-no bolivien, que les plus douillets avec une liste des plus suaves visites culturelles ou culinaires proposées sur les cinq continents.On aime aussi les nombreux «top ten» qui déclinent les plus belles routes à vélo, les plus belles routes des vins, les plus beaux marchés aux puces, les plus belles descentes en eaux vives, etc.Bref, dix guides en un seul, bien tassés, qui ont de quoi nous projeter en orbite ne serait-ce que le temps de lire ses 336 pages.Le Devoir 400 VOYAGES DE RÊVES National Geographic 2008,336 pages Ce recueil de nouvelles d'Anne Brochet est un véritable plaisir de lecture Où il est question d’animal, il y a de l’humain GUY LAI NE MASSOUTRE Six personnages de femmes, six imaginaires d’animaux: autant de nouvelles signées Anne Brochet.Si ce nom invite à une telle fantaisie, son recueil, lut Fortune de l’homme, offre un de ces plaisirs de lecture dont fa littérature a le secret.Précises et réalistes, les petites scènes de Brochet, en prise sur maintes défaillances, cernent la cruauté larvée, sous couvert d’ordinaire.la première histoire brosse le portrait d’une femme-chatte, langoureuse et effrontée.Nul stratagème ne vient à bout de sa volupté.Un amant épisodique relance fa mécanique du désir.Inassouvie, fa féline fantasme.Son esprit tremble, comme son corps vorace, de l’homme en fuite.Imaginez le fiasco, enfin presque, lorsqu'il se pointe finalement.La seconde a des contours de marges humaines.On y relate un désir humiliant, celui d’une femme poisson pour un animal innommé, fort, sexué et denté.Un singe, peut-être?L’écriture, métaphorique mais crédible, frôle le décalage sensoriel, fa bizarrerie mentale.In troisième nouvelle, qui débute près d’un bac à sable, place fa hantise au cœur de la narration: une gentille maman y évite de démêler ses emotions léonines et la férocité de ses peurs.Toujours compulsives, les projections imaginaires se poursuivent dans les textes suivants.Une jeune mère souffrant de carence affective rêve quelle est attaquée par un loup, la?jour, elle violente son enfant en traînant dans les cafés.Pas vue, pas prise.La vie continue, mal conçue mal fichue.Il y a aussi cette mère de famille qui, confondant mari et insecte domestique, en vient à se voir en limace.Le dégoût de soi passe par l’exécration de l’autre, et vice versa: une petite bête servira de repoussoir.Enfin, inouï, ce qui peut se passer dans 1a tète d’une propriétaire de hamster.La personnification de l’animal conduit à une pleine névrose.Où il est question d’animal, il y a de l’humain.Inversement, au contact de notre espèce, l’innocente bête joue des rôles imprévus à son destin.Collaboratrice du Devoir LA FORTUNE DE L’HOMME ET AUTRES NOUVELLES Anne Brochet Le Seuil Paris, 2(X)8,149 pages IJTTÉRATl IRE JEUNÈSSE Vive les voyages en famille ! Avoir des parents originaux, ç’a parfois du bon ! ANNE MIC H AUI) Voyager en famille, c’est parfois exaltant, souvent exaspérant, mais toujours très enrichissant.Surtout quand on a la chance d’avoir des parents qui aiment s’éloigner des sentiers battus.C’est le cas des parents de Max et Charlie, pour qui le mot «voyage» signifie partir à la découverte d’endroits inhabituels et peu fréquentés.Après s’être baladés en Amérique du Nord et avoir affronté ouragans, alligators et sauterelles frites (Voyages avec mes parents, tome 1), Max et Charlie s’envolent pour l’Europe.Devinez quelle est leur destination?Paris?Rome?Allons, ce serait beaucoup trop prévisible.Non, cette fois leurs parents ont choisi d’aller passer une année dans un petit village du sud de la France baptisé Panais.Oui, oui, comme le légume! Les enfants, et surtout Charlie (l’aîné), sont loin d’être enchantés, mais une fois sur place ils sont vite conquis par leur nouvel environnement.Des parties de soccer avec leurs nouveaux copains jusqu’aux courses de taureaux dans les rues du village, ils découvrent un univers très différent de leur quotidien habituel.Comme quoi avoir des parents originaux, ç’a parfois du bon! Collaboratrice du Devoir VOYAGES AVEC MES PARENTS Tome 2: SAUCISSON D’ÂNE ET BAVE D’ESCARGOT Marie-I nuise Gay et David Homel Traduit de l’anglais (Canada) par Michèle Marineau Boréal junior Montréal, 2008,210 pages (8 ans et plus) Je ne vais pas pouvoir partir.Il arrive parfois que je n'y arrive pas.Les enfants ne comprennent pas.Maman veut partir.Maman ne veut plus partir.Regarde l'arbre au bout du champ.Un jour nous marcherons jusqu'à lui./ta listel Le rent faut autour La mue du serpent de terre % m % Pierre tabrie MtP lenmfer Tremblay Benoît Boutbillette COLLECTION I PARKING I leseditionsdelabagnole.com F (; I) E V 0 I H A M E l> I D I M A X C H E J T I X 2 0 0 8 ESSAIS QUÉBÉCOIS Nos bras dissidents vous tendent le flambeau Louis Cornellier Nous avons besoin de l’institution, mais il nous faut apprendre à résister à son autorité», écrit Jean-Claude Guillebaud dans son Comment je suis redevenu chrétien (Albin Michel, 2007).«La longévité du christianisme trouve là son origine, ajoute-t-il.Sans la subversion venue des marges, le message se serait affadi ou même éteint.Mais, sans l’Église, il n'aurait pas été transmis.Dissidence et institution sont comme l’avers et le revers d'une même vérité en mouvement.» Tous les invités à cçs «conversations entre les générations dans l’Église» regroupées dans Transmettre le flambeau, paru sous la direction de Marco Veilleux, partagent ce constat.Issus de générations différentes, mais animés par une foi commune qui se conjugue avec un engagement social progressiste, ils ne ménageijt pas leurs critiques envers l’Eglise institutionnelle, mais ils rejettent l’idée d’en finir avec elle.«Im critique légitime de la religion, écrit par exemple Jacques Grand’Maison, ne saurait déboucher sur le rejet de son rôle de médiation dans l’expérience de plusieurs milliards d'êtres humains d’hier et d'aujourd'hui.» Aussi, pour les aînés, transmettre le flambeau signifie autant appeler les plus jeunes à une «foi rebelle» (Hélène Pelletier-Baillargeon), à une foi dissidente, que les prévenir contre la tentation de la table rase qui les cantonnerait au statut de «consommateurs de spiritualité».«Rêver d’une Eglise désinstituée, note Grand’Maison, est une grave illusion.[.] D'où l’importance de discerner [.] ce qui mérite la continuité, la rupture ou le dépassement.» Si elle partage le point de vue du prêtre-sociologue, Caroline Sauriol souligne toutefois que faire institution, pour les jeunes croyants, est un défi qui prend un nouveau visage en une époque où plusieurs affirment que la spiritualité est une affaire privée.A ceux-là, avoue-t-elle, elle aimerait répondre: «À quoi ton Dieu t’invite-t-il?Pour quel type de relations avec les autres ton Créateur t’a-t-il fait?Es-tu porteur d'une espérance de vie particulière?» Par là, rejoignant Grand’Maison, elle redit avec raison que, «sans mise en commun et sans partage, la spiritualité peut demeurer une zone informe de l’être, une présence imprécise qui, au mieux, accompagne les aléas de la vie, mais qui n appelle pas au dépassement et qui ne s’inscrit pas dans le monde réel environnant».Nous ne sommes pas catholiques en solitaires, affirment tous les collaborateurs de cet ouvrage, et cette «maison» qu’est l’Eglise nous est nécessaire.Comment, cela étant, s'y sentir à l’aise quand les valeurs que nous chérissons (démocratie, égale dignité des personnes, justice sociale) et qui nous sont inspirées par notre foi y sont foulées au pied?«La non-reconnaissance, par ceux qui la gouvernent, de l’intégralité humaine et baptismale de la femme compromet l’authentiçité du message évangélique», lance la théologienne Elisabeth J.Lacelle.Sans y voir «la solution miracle à tous les maux de l’Eglise», le jeune théologien Jean-Philippe Perreault lie tout de même la révolution démocratique et féministe à la crédibilité du discours de l’Eglise.«Il ne s'agit pas, précisa t-il, d’une “concession” à la culture ambiante.C’est une question de cohérence évangélique.L’Église ne peut pas annoncer l'espérance et la libération pour les autres et encourager la discrimination et la sujétion en son sein.» Un printemps de courte durée Vatican II avait ouvert les fenêtres et suscité l’espérance en ce sens.Ce printemps de l'Eglise, tous le notent, fut malheureusement de courte durée.Depuis quelques décennies, ce sont plutôt ses «fossoyeurs inavoués» qui tiennent le haut du pavé à Rome et qui imposent leur mouvement de restauration, ainsi résumé par Pelletier-Baillargeon: «Mise en veilleuse de la collégialité des évêques, tentative de centralisation de plus en plus poussée du pouvoir au.* mains des instances romaines, condamnation de la théologie de la libération, méjiance des avancées de la psychanalyse et de celles du féminisme, exclusion réaffirmée de la femme des ministères ordonnés, perpétuation d’une morale sexuelle décrochée du réel et de la compassion face au sida.» Pourquoi, dans ces conditions, ne pas quitter ce navire a la direction douteuse?Rédacteur en chef adjoint de la revue Relations, organe des catholiques i de gauche québécois, Marco Veilleux fait état de cette tension.«Comment dépasser, demande-t-il, ce tiraillement entre l’option de quitter l’Église — et avoir ainsi la conviction de renoncer à mon héritage et à mon identité religieuse — et l’option d'y rester — et avoir ainsi la perception de devoir trahir mon intégrité?» Il évoque alors le concept de «liberté baptismale», qui donne à tous les héritiers de cette tradition «la faculté de vivre, de parler et d’agir en sujets libres et responsables».L’Eglise, clame-t-il, «c’est chacun de nous» et il est impossible «d’en être expropriés».Veilleux rappelle d'ailleurs que l’arrivée de ses ancêtres en Nouvelle-France précède de 18 ans la nomination de François de Montmorency-Laval comme évêque de Québec.«Cette préséance est, pour moi, plus que chronologique, explique-t-il.Elle a une signification sur le plan de ma foi.Elle illustre remarquablement le fait que les laïcs “précèdent” l’autorité hiérarchique dans la fondation de l’Eglise de Dieu en Nouvelle-Erance, cette Église locale qui a partie liée avec le projet d’une société française en Amérique et dont je suis le fils et l’héritier » Etrangers à toute complaisance, les six croyants réunis dans cet ouvrage savent bien que la foi qui les anime suscite souvent l’indifférence de leurs contemporains, notamment des jeunes.«On vous livre une Église démunie de bien des façons», constate Grand’Maison.«Au Québec, nous cherchons encore les mots pour dire notre foi contemporaine», ajoute Pelletier-Baillargeon.S’ils restent, malgré tout, «des espérants têtus dans [leurs] engagements», selon les mots du sociologue, c’est qu’ils continuent de croire à la pertinence de «cette tradition ouverte et progressiste du catholicisme d’ici» (Veilleux) qui donne sens à leurs actions en faveur d’un monde meilleur.Le flambeau qu’ils continuent de porter est peut-être «plus modeste, moins triomphal», mais il éclaire encore au ras du sol, là où ça compte, disait Fernand Dumont.louisco@sympatico.ca TRANSMETTRE LE FLAMBEAU Conversations entre les générations dans l’Église Sous la direction de Marco Veilleux Postface d’Anne Fortin Rdes Montréal, 2008,208 pages il SOURCE UDM «ln critique légitime de la religion, écrit Jacques Grand’Maison, ne saurait déboucher sur le rejet de son rôle de médiation dans l'expérience de plusieurs milliards d'êtres humains d’hier et d'aujourd’hui.» Étrangers à toute complaisance, les six croyants réunis dans cet ouvrage savent bien que la foi qui les anime suscite souvent l’indifférence de leurs contemporains, notamment des jeunes Masculinisme de vieux petits garçons MICHEL LA PIERRE En Occident depuis environ 2000, des hommes, déguisés en Batman, en Robin, en Superman ou en Spider-Man, escaladent de grands ponts et d’autres structures vertigineuses pour protester contre un pouvoir féminin qui, simplement à cause de Icin' masculinité, ferait d’eux des victimes.L’infériorisation des femmes, phénomène vieux de plusieurs millénaires, se serait-elle changée en son contraire?Le féminisme exercerait-il une dictature?En posant ces drôles de questions, on dévoile déjà l’absurdité du courant que certains de ses défenseurs ont, en l’assimilant aux cultures ancestrales, baptisé masculinisme.Ce courant et les civilisations qui, de l’Europe à la Chine en passant par le Proche-Orient, proclamaient plus ou moins subtilement la supériorité de l’homme sur la femme ont besoin, pour que les petits garçons comprennent, d’un tel nom, générique et caricatural.Les petits garçons?Eh oui! C’est à eux — en fait, ils peuvent être très vieux — que s’adressent de toute évidence les masculinistes costumés en Batman ou en d’autres héros semblables.S’ils avaient revêtu, en tentant de symboliser les graves principes dont ils se targuent d’être les adeptes, les habits de Moïse, de Jésus, d'Homère ou de Conlucius, ils auraient passé davantage pour des illuminés.Mais Mélissa Blais et Francis Dupuis-Déri auraient eu encore raison de diriger l’ouvrage collectif Le Mouvement masculiniste au Québec et de lui donner comme sous-titre «L’antiféminisme démasqué».Ces deux spécialistes des sciences sociales, leurs huit collaboratrices et Mathieu Jobin, leur collaborateur, ont su pulvériser, avec beaucoup d’objectivité, l’apparence libératrice et progressiste d’un courant en réalité, on ne peut plus réactionnaire.Depuis près d’un siècle, le mouvement d’émancipation féminine a changé le monde en mettant en lumière les défauts des vieilles civilisations, celles que les masculinistes québécois défendent dans une version réductrice, infantile.Les plus virulents d'entre eux traitent les féministes de «féminazies» et voient Marc Lépine, le tueur de jeunes femmes destinées à des carrières autrefois réservées aux hommes, comme l’un des héros de leur cause.Sous sa forme la plus nuancée, l’influence indirecte du masculinisme, mouvement né dans les années 80, atteint, hélas, des milieux québécois respectables! Fort bien documenté, le livre de Mélissa Blais, de Francis Dupuis-Déri et de leur groupe de recherche signale les essais Père manquant, fils manqué (1989), de Guy Comeau, La Déroute des sexes (1993) et Nos hommes (1998), de Denise Bombardier, en plus d’un avis (2004) du Conseil du statut de la femme.Il montre que, chacun à sa maniéré, ces textes trahissent une complaisance à l’égard du désarroi masculin causé par l’évolution rapide des rapports sociaux entre les hommes et les femmes.Le misérabilisme, moteur indéniable du mouvement masculiniste, aurait réussi à séduire un psychologue, sensible au danger des mères castra-trices, et même des féministes mitigées, incapables de ne pas verser une larme sur les malheurs de ces messieurs.Les masculinistes répètent que beaucoup d’hommes mettent fin à leurs jours parce que des femmes libérées les abandonnent.Dupuis-Déri leur rappelle qu’il y a proportionnellement plus de femmes divorcées ou séparées qui se suicident que d’hommes dans la même situation.Quant à sa collaboratrice Josianne Lavoie, elle oppose les statistiques à ceux qui prétendent que les tribunaux privent de nombreux pères du bonheur de vivre avec leur progéniture.«Encore aujourd'hui, les pères ne demandent, écrit-elle, que trop peu souvent la garde de leurs enfants.» Cela est d’autant plus lourd de conséquences que le revenu des hommes dépasse généralement celui des femmes.Dans la conclusion du livre, Mélissa Blais et Francis Dupuis-Déri citent l’essayiste française Colette Guillaumin au sujet des enfants des pères divorcés: «C’est leur possession que revendiquent les hommes, et non leur charge matérielle.» Possession, voilà le mot clé.A lui seul, il définit le masculinisme en le situant dans l’orbite des conservateurs qui ont depuis quelques décennies, marqué l’Occident Posséder les êtres et les choses pour qu’ils ne changent pas, c’est bien le rêve des vieux petits garçons.Collaborateur du Devoir LE MOUVEMENT MASCULINISTE AU QUÉBEC Sous la direction de Mélissa Blais et Francis Dupuis-Déri Remue-Ménage Montréal, 2008,264 pages Sous sa forme la plus nuancée, l’influence indirecte du masculinisme, mouvement né dans les années 80, atteint, hélas, des milieux québécois respectables ! iILes librairies i indépendantes \ du Québec Les conseils de vos libraires indépendants La rivière aux castors Marthe Pelletier (texte) et Guillaume Mazille (photos), Bayard Canada, 32 p., 14,95$ Lancez-vous dans l'histoire touchante de Mèche Blanche, un jeune castor à la recherche de sa famille qui devra lutter contre les dangers de la nature.Ajoutez-y le plaisir d’admirer les somptueuses photos prises au Québec.Pour découvrir ou prolonger l’émotion du film.SoizikJosse, Librairie Le Parchemin, Montréal Kassauan Alain Gagnon, Du CRAM, 196 p., 19,95$ Une petite ville tranquille habitée par une peur sans nom.Que peut faire un chef de police devant les forces obscures?Des forces qui surgissent de l’étang et qui prennent source dans l’histoire tragique des premiers occupants du territoire?Pour Alain Gagnon, la spiritualité et les coutumes ancestrales sont souvent sources d’inspiration.Il confirme son don de conteur avec Kassauan.Lina Lessard, Les Bouquinistes, Chicoutimi ¦ HIMU'iRl (H A mot DFSSINff Kl QUfftff Histoire de la bande dessinée au Québec Mira Falardeau, VLB éditeur, 192 p., 25,95$ Véritable état des lieux de la BD québécoise, Histoire de la bande dessinée au Québec allie brillamment description et critique d’un milieu qui est toujours trop méconnu du public.À la fois enrichissant et engageant, l’ouvrage dresse le portrait de l’évolution du neuvième art, de son apparition dans les journaux de la fin du XIX6 siècle jusqu'à l'aventure numérique qu'il entreprend actuellement.Gautier Langevin, Le Fureteur, Saint-Lambert La deuxième vie de Clara Onyx Sinclair Dumontals, Septentrion, coll.Hamac, 196 p„ 17,95$ Dans un futur antérieur, les gens se sont mis à rajeunir, les morts à revenir parmi les vivants.Mais que ferons-nous avec cette deuxième vie?En particulier, qu'arrivera-t-il à Clara Onyx, l'idole de toute une génération?Un roman intriguant et très bien ficelé.Marie-Hélène Vaugeo/s, Librairie Vaugeois.Sillery Ophélie Charlotte Glngras (texte) et Daniel Sylvestre (illustrations), La courte échelle, 264 p„ 19,95$ Lire Charlotte Gingras, c’est trébucher, puis marcher vers soi pour mieux s'y blottir, puis s'épanouir.Grandir, quel que soi l'âge.On fait le deuil de l'enfance, le deuil des douleurs, mais aussi celui des autres et de soi.Alice Liénard, Librairie Monet, Montréal Les Éditions du Noroît Nouveautés www.lenoroit.com Un oiseau moqueur sur l’épaule 1 * HMteThèadt Un oiseau moqueur sur l'épaule Martin Thibault Les oiseaux de passage Rabindranath Tagore Traduit par Normand Baillargeon OlMVS'O* OtMIO'A Rabindranath T*ç< «fe LES OISEAUX DF l'ASSAOE le Parchemin LI6KMKIE AGRÉÉE | PAPETERIE Une présentation des librairies indépendantes suivantes : li»*A!KtF • CU#.LibraineVaugeois Bouquinistes lURETEUR Los librairies indépendantes du Québec (les I.IQ) publient: le libraire Bimestriel littéraire gratuit et www.lelibraire.org Portail du livre au Québec Lire l’été Barbecue, jardinage, plein air, polar et autres plaisirs de saison En vedette Dany Lalerrière Marina Lewycka Sylvie Brien Alain Deneault Adèle Lauzon William Reymond Libraire
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