Le devoir, 3 juillet 2004, Cahier B
LE DEVOIR.LES SAMEDI 3 ET DIMANCHE 4 JUILLET 2004 -— f ^ IDÉES Les libéraux se sont-ils abstenus plus que les autres au dernier scrutin ?PageBS SUSPECT VES Le funambule Paul Martin devra louvoyer à travers les méandres des intérêts des autres partis Æm.JACQUES NADEAU LE DEVOIR Paul Martin aura une certaine marge de manœuvre.pendant un certain temps.MANON CORNELLIER Ottawa — Le premier ministre Paul Martin a été clair: peu importe qu’il soit minoritaire, il n’est pas question pour son gouvernement de former une coalition avec un des partis d’opposition.Son choix surprend peu quand on examine son programme électoral et ceux de ses adversaires.Aucun d’eux ne pourrait appuyer l’ensemble de sa vision, mais chacun pourrait être d’accord avec plusieurs de ses éléments.La stabilité promise par le chef libéral reposera donc sur sa capacité à manœuvrer à travers les méandres des intérêts de chacun.Les croisements possibles sont assez prévisibles mais pas garantis.Si le gouvernement ne ménage pas les susceptibilités de ses vis-à-vis, il peut se retrouver isolé sur des sujets qui lui tenaient à cœur et qu’il croyait pouvoir faire passer comme une lettre à la poste.Les libéraux savent, par exemple, que les conservateurs favorisent la participation canadienne au projet américain de bouclier antimissile.Le Bloc québécois et le NPD sont farouchement contre.Si le gouvernement va de l’avant, il peut se gagner la faveur du PC mais perdre l’appui des deux autres partis dans d’autres dossiers.Le gouvernement aura toutefois une certaine marge de manœuvre, du moins pendant un certain temps, car plusieurs mesures peuvent aller de l'avant sans qu’il ait à demander l’autorisation du Parlement C’est le cas dans tous les dossiers où il n’a pas à changer une loi, à mettre en place un nouveau programme ou à investir de l’argent frais.Et même dans ces deux derniers cas, cela peut prendre des mois avant que l’avis du Parlement soit sollicité, c’est-à-dire le temps de présenter un budget ou une demande de crédits supplémentaires.Ainsi, le Parlement n’a pas à se prononcer sur une éventuelle participation au bouclier antimissile.Chaque fois qu’il l’a fait d’ailleurs, ce fut à travers une motion de l’opposition, ce qui ne lie pas le gouvernement On peut prédire que le NPD ou le Bloc s’empresserait d’agir de la sorte, mais pour que cela mette en péril le gouvernement, Q faudrait qu’il précise que la motion en est une de non-confiance.Un geste ris-ué car il peut signifier le déclenchement rapide ’élections, ce que personne ne souhaite pour l’instant Le NPD a promis une bagarre pour empêcher la vente des dernières actions qu'Ottawa détient dans PétroCanada, mais il est déjà trop tard.Aucun projet de loi, ni même de décret n’a besoin d’être adopté pour autoriser cette vente puisque, depuis la privatisation de 1991, le gouvernement canadien n’est qu’un actionnaire et non le propriétaire.La mise en œuvre du protocole de Kyoto ne nécessite pas non plus un vote parlementaire, contrairement à ce qu’exigeait sa ratification.Le gouvernement a déjà une multitude de programmes en place et les budgets ont déjà été votés.11 devrait revenir devant le Parlement pour en faire plus, ce que souhaitent le Bloc et le NPD, mais il n’a pas à le faire s’il décide de continuer à traîner les pieds.Les députés n’ont pas davantage de mot à dire sur un éventuel accord sur la santé.Le contenu de l’entente que M.Martin espère conclure à la fin de l’été avec les provinces n’a pas à être soumis au Parlement Le gouvernement doit faire appel aux députés seulement s’il crée un nouveau programme fédéral, met sur pied une fiducie ou accroît les fonds mis à la disposition des provinces.Cependant peu importe le scénario, il faudrait attendre le budget ou l’adoption de crédits supplémentaires pour en disposer.Les libéraux auront toutefois intérêt à se montrer généreux avec les provinces car tous les partis d’opposition ont demandé plus d’argent que ce que le PLC a lui-même promis dînant la campagne.Ds devront aussi faire attention à ne pas empiéter sur les platebandes des provinces s’ils ne veulent pas voir les conservateurs et les bloquistes se mettre sur leur chemin.Le même scénario pourrait s’appliquer dans le cas de l’aide fédérale aux municipalités.Les députés n’auront pas à se prononcer sur un éventuel accord avec les provinces mais le transfert d’une portion de la taxe sur l’essence devra faire l’objet d’une mesure budgétaire.Et là encore, le BQ et le PC surveilleront de près toute ingérence dans un domaine de compétence provinciale.Les libéraux ont promis d’investir davantage dans les garderies, ce qu’appuie le NPD.Quant au Bloc, il est d’accord pour qu’Ottawa transfère des fonds aux provinces mais s’oppose à l’imposition d’un cadre fédéral.Les ententes fédérales-provinciales n’auront toutefois pas à être entérinées par le Parlement, pas plus d’ailleurs que le mécanisme de transfert puisqu’on envisage d’utiliser le système actuel de transferts.Ottawa devra cependant obtenir l'autorisation des élus pour augmenter la valeur de ses investissements, ce qui devra encore une fois attendre le dépôt du budget ou de crédits supplémentaires.L’adoption du discours du Trône et celle du budget sont par conséquent les votes les plus cruciaux, d’où la tradition d’en faire des votes de confiance à l’égard du gouvernement.Pour éviter d’être défait, Paul Martin devra donc faire preuve de finesse et trouver un équilibre entre ce qu’il veut et ce qui peut satisfaire l’opposition.Donnant, donnant D devra tenir compte du fait que les trois partis veulent une augmentation des transferts aux provinces et une correction du déséquilibre fiscal.Il pourra par contre chercher à tirer profit de leur désaccord sur de possibles réductions de taxes et le remboursement de la dette.Le NPD s’oppose aux deux, le Bloc peut vivre avec un remboursement modéré de la dette, alors que le PC veut voir les taxes et la dette diminuer.VOIR PAGE B 3: MARTIN L’adoption du discours du Trône et celle du budget sont les votes les plus cruciaux, d’où la tradition d’en faire des votes de confiance La première région d’Irak où les soldats américains ne posent plus le pied Les émirs régnent en maîtres à Fallouja RAMZl HAIDAR AGENCE FRANCE-PRESSE .Même endommagées, les mosquées de Fallouja accueillent encore les Irakiens.Épine au pied du nouveau premier ministre irakien, la ville de Fallouja, aux portes de Bagdad, est totalement contrôlée par les rebelles armés et leurs chefs, les «émirs», qui imposent la loi islamique.RÉMY OURDAN Fallouja, d’une année à l’autre, est devenu le symbole de l’échec américain en Irak.C’est là, dans la «dté des mosquées» sunnite, qu’a eu lieu la première action de guérilla, en avril 2003, peu après la chute de Saddam Hussein, et ce sont ses moudjahidines (combattants) qui ont infligé à l’armée américaine sa première défaite militaire, en avril 2004.Entre ces deux printemps, une année d’erreurs tragiques.Et Fallouja est devenu le premier «émirat moudjahid» en Irak.Les «émirs».C’est ainsi que les moudjahidines appellent leurs commandants militaires, qu’ils soient salaffates, soufis, «al-qaidistes» ou caïds de quartier.Émirs, des officiers de l’armée baasiste et des Moukhabarat (services secrets) de Saddam Hussein le sont aussi devenus.Les émirs régnent en maîtres à Fallouja.Les émirs de la «résistance irakienne» se partagent le «territoire libéré» de Fallouja et des alentours, la première région d’Irak où les soldats américains ne posent plus le pied.Et ces émirs sont réunis, depuis la fin de la violente bataille du printemps, au sein d’un conseil moudjahidin, la Choura, en compagnie des dignitaires religieux et tribaux Cette Choura avait été créée durant l’hiver et est contrôlée par les imams Abdallah al-Janabi et Dhafer al-Oubeydi.Figures célébrées et controversées, les imams sont les deux chefs spirituels de la guérilla de Fallouja.L’imam al-Janabi, de la mosquée Saad bin Abi Wakkas, est perçu par beaucoup de moudjahidines comme étant le leader des takfi-ris, les combattants les plus extrémistes, étrangers ou Irakiens liés à des organisations arabes étrangères.D n’en est pas moins très respecté, autant que craint, par la population locale.Très radical, il fut le premier à appeler l'an dernier à la résistance armée, puis à l’assassinat des «espions».L’imam al-Oubeydi, de la mosquée al-Ha-dra al-Mohammadiya, est plus respecté au sein de la Choura par certains émirs de Fallouja et les chefs tribaux notamment pour sa science religieuse et ses fatwas.«L’émirat moudjahid» de Fallouja est doréna- vant le problème principal du nouvel homme fort de l’Irak, le premier ministre lyad Allaoui, qui ne peut guère tolérer que des rebelles armés contrôlent un territoire aux portes de Bagdad.Territoire où ils ont désormais des lieux d’entrainement militaire, des caches d’armes, où ils accueillent des combattants étrangers et d’où ils mènent des opérations jusqu’au cœur de la capitale irakienne.Les forces de sécurité et des Bagdadis ont noté que, pendant le siège de Fallouja, en avril, peu d’attentats ont eu lieu à Bagdad et qu’ils ont repris aussitôt après le siège.Certains en tirent la conclusion que Fallouja est la principale base du «terrorisme» en Irak.Et des voix chiites et kurdes commencent à s’élever contre ce que certains appellent r«émirat taliban d’Irak» ou r«émirat wahhabite».Isolé, Fallouja s’enfonce dans la paranoïa.La chasse aux «étrangers», c’est-à-dire à tous ceux qui n’habitent pas la ville, est ouverte.La décapitation filmée de l’homme d'affaires américain Nicholas Beig a été revendiquée par Abou Mous-sab al-Zarquaoui, le chef de Tawhid wal djihad (Unification et guerre sainte), un mouvement lié VOIR PAGE B 2: FALLOUJA LE DEVOIR, LES SAMEDI 3 ET DIMANCHE 4 JUILLET 2 0 0 4 B 2 ?PERSPECTIVES* Jean Dion Pouet pouet Croyez-m’en, il est de plus en plus difficile de ne pas le savoir, même si on ne veut pas le savoir ou si on veut ne pas le savoir.Prenez Marlon Brando, par exemple.Il n’était pas mort depuis trois minutes et quarante-cinq secondes, hier matin, que le réseau CNN — The Most Trusted Name In News, c’est ainsi qu’ils se définissent, mais ce sont eux qui le disent, or peut-on leur faire confiance là-dessus car quelles preuves ont-ils?des sondages?ha ha, continuez de lire — avait nolisé un hélicoptère pour nous montrer en plongée sa maison que jouxte une piscine ayant une drôle de forme, genre silhouette de Mickey Mouse ou du Marsupilami, quoique l’on puisse douter que le vieux forban connût ce dernier.Remarquez, il est assez rare qu’un hélico fasse dans la contre-plongée, mais bon, vous voyez un peu le pourquoi du comment: qu’est-ce que ça donne de montrer sa maison, non mais batèche de bondan-ce?Pensent-ils que Brando va sortir par la porte patio dans son corps de gloire et dire «Michael.»?Surtout que le survol de la maison où il n’y avait strictement rien à voir retardait d’autant la présentation de Colin Powell en train de danser à Jakarta pour des raisons qui ne regardent que lui sur l’air de YMCA, un spectacle saisissant.Qui nous rappelle opportunément que s’il y avait un peu plus d’YMCAs au Darfour, ça irait peut-être un peu mieux pour la jeunesse de là-bas.On notera par ailleurs que si CNN est The Most Trusted Name etc., Fox News, de son côté, a fait breveter l’expression Fair and Balanced™ (qu’on pourrait rendre, si ça nous tentait, par Beau Temps sur la Balançoire™).Or, lorsque le comique socio-critique de centre-gauche Al Franken a voulu se servir de l’expression dans un bouquin satirique, Fox News l’a poursuivi devant les tribunaux pour usurpation de série de mots qu’on a été les premiers à trouver.N’épiloguons pas trop sur la chose, mais toujours est-il que le juge a dit à Fox News de manger un char.Et pas un char d’assaut, même si Fox News aime gros gros les chars d’assaut ?Enfin bref.Mettons que vous vous intéressez dans une saine mesure au futbol.Mettons que, pour des motifs d’ordre privé, vous ne pouvez ou/ni ne voulez voir le match en direct.Vous l’enregistrez pour le regarder plus tard.Entre-temps, pour des raisons générales de suspense, vous vous isolez du monde vivant.Vous vous déconnectez du cyberespace, rangez la télé au fond du placard, fermez la radio, ne répondez pas au téléphone.Vous vous ouatez les tympans et lisez un truc où vous pouvez être certains de ne pas trouver le score, genre La Chartreuse de Parme.Et puis paf.À moins d’être retranché dans la cambrousse à 200 km/h de toute manifestation de la civilisation, inévitablement, irréfragablement, indubitablement, incontournablement, dans l’heure qui suit la rencontre, une voiture va passer pas loin en klaxonnant.Or si le match était Portugal-Pays-Bas, mettons, vous venez aussitôt de savoir, même si vous ne voulez pas le savoir, que le Portugal a gagné.Vous avez beau faire, essayer de vous auto-convaincre dans votre van der for intérieur qu’il peut peut-être s’agir là de klaxons néerlandais, peine perdue.Idem pour la Grèce et la République tchèque.Klaxon?Grèce.Même les fenêtres fermées avec châssis doubles et calfeutrage au Map-O-Spread, le son du klaxon s’immisce jusqu’au cœur de votre intimité.Et vous savez ce qu'il représente.Tenez, après la finale, dimanche, je vous jure que, sans avoir vu le match, je pourrais distinguer un klaxon portugais d’un klaxon grec.Ainsi en est-il de notre société postmoderne: la technologie révolutionne les communications, on passe notre vie branchés comme des aspirateurs centraux qui gobent n’importe quelle cochonnerie, et c’est finalement le klaxon qui nous met au diapason de l’univers.D’ailleurs, qu’il soit mentionné au passage qu’à l’occasion du premier tour de cet Euro, la ville de Lausanne, en Suisse, avait exceptionnellement permis aux automobilistes de klaxonner librement pendant une heure après chaque match de l’équipe nationale.En temps ordinaire, il y est interdit de se faire aller le criard sans motif valable.Ici aussi, remarquez, mais il appert que saluer une connaissance sur le trottoir, signifier à sa date qu’on est arrivé ou simplement avertir le gars d’en avant que le feu est passé au vert depuis un millième de seconde sont des motifs valables.?Puisqu’il est question de l’Europe du Sud, voyez un peu comme vous aviez tort de vous inquiéter.Combien de fois ne vous avait-on seriné que si vous élisiez un gouvernement minoritaire, vous fonciez tout droit vers le chaos intégral, le bordel caractérisé, l’anarchie institutionnalisée?Combien de fois ne vous avait-on mis en garde contre cette légendaire instabilité gouvernementale (qui ne change de toute manière rien puisque, comme l’a assuré M.Gaglia-no, les ministres ne contrôlent rien)?Contre un Parlement à l’italienne?Pourtant, en Italie, on change de premier ministre tous les six mois.Or il s’agit d’une excellente perspective.Jamais le temps de se lasser d’une face à claques, cela, bien qu’on ait vu dans un cas canadien particulier que six mois, ça peut être long.Mais void que votre premier ministre vous annonce un gouvernement «minoritaire stable».Formidable, moi, je trouve.Et fort peu étonnant: les libéraux fédéraux ont toujours pensé qu’ils pouvaient dérider pour les autres.Par ailleurs, fausse l'allusion voulant que les sondeurs se soient gourés.En fait, c’est vous, petits sno-reaux, qui les avez enduits d’erreur.Enfin, vous, les Ontariens surtout mais comme ils dérident tout eux aussi et comme on péréquationne tout au Canada, cela rejaillit sur l’ensemble.D’ailleurs, je me demande pourquoi les sondeurs ne se trompent pas plus souvent En d’autres termes: pourquoi vous leur mentez aussi peu.D’abord, c’est de la très mauvaise stratégie (par exemple, si vous êtes libéral, dites que vous êtes conservateur, ça va faire monter le score des conservateurs et faire peur au monde, qui va voter libéral).Et puis, comme des klaxons, ça tue complètement le suspense.À cause de vous, on connaît le résultat trop tôt Il faut abolir les klaxons, sauf au Scrabble.jdionCdledet'oir.com REVUE DE PRESSE -?- L’Ouest est exaspéré par le Canada de « centre-gauche » Antoine Robitaille Cette semaine, à la fois électorale et marquée par la «Fête du Canada Day», nous impose une chronique ROC «format géant», ou une «supenized ROC», si vous voulez.Ainsi, les libéraux sont minoritaires à la Chambre des communes.Et l’ouest du pays, alors?Plus que minoritaire, marginal.Et ça lui semble de plus en plus insupportable, en conduisant plusieurs à «penser à l’impensable», la séparation.«Le Canada n’existe pas», a déclaré mardi au Globe and Mail Elizabeth Graine, une des fondatrices du Reform Party.Selon elle, «il y a le Québec, les Maritimes, l’Ontario et enfin, l’Ouest.Toutes ces régions sont différentes.C’est la réalité qu’il faut accepter, dit-elle, et c’est le temps de constituer notre propre pays.» Jamais avant mercredi n’avait-on vu pareil étalage de sentiment séparatiste westerner à la une du Globe.Un sentiment partagé, depuis les élections de lundi, par un nombre croissant de personnes «à Calgary, en Alberta, et dans de grandes poches en Colombie-Britannique».Le journaliste Roy MacGregor dressait même un parallèle entre les 54 sièges du Bloc, qui ont «redonné vie à l’idée de souveraineté du Québec», et les 99 conservateurs de l'Ouest Certes, MacGregor dit qu’il serait simpliste de suggérer que tous les Al-bertains, de même que les autres Westerners, sont prêts à demander la souveraineté de l’Ouest, mais «ce serait une erreur de présumer qu’il n’y aura aucun mouvement du genre».MacGregor en veut pour preuve les courriels qu’il reçoit depuis mardi.«Un homme à Delta, en Colombie-Britannique, m’écrit qu’il appuiera désormais tout “mouvement en faveur d’un Ouest canadien indépendant, similaire au Bloc québécois.Ce pays s’en va chez le diable avec les libéraux.Je suis plus convaincu que jamais que l’avenir pour l’ouest du Canada est de se séparer et de laisser le Canada central poursuivre son chemin dans la direction qu’il souhaite".» MacGregor dte aussi un PhD qui lui prédit que «dans 10 ans, nous ne reconnaîtrons pas le Canada, puisqu’il aura disparu».Ce que ces gens en général, et Elizabeth Graine en particulier, déplorent c’est que ce pays semble «imperméable au changement».Autrement dit, lance Graine dans une tirade qui rappelle celles des souverainistes québécois, «ce pays ne suscitera jamais rien d’autre que de la frustration.Pourquoi ne devrions-nous pas le diviser?Plusieurs pays se sont divisés.Et ils survivent très bien chacun de leur côté.» C’est le Canada central qui poussera peut-être un jour l’Ouest dans les bras de séparatistes.Car on en a fait un véritable épouvantail, dans cette campagne électorale, s’indignait Roger Gibbins, p.-d.g.de la Canada West Foundation, dans le Globe de mercredi.Pourtant l’automne dernier, Paul Martin avait promis d’écouter l’Ouest rappelle Gibbins.Mais il a renié cet engagement dès que les sondages ont commencé à le mettre en difficulté.Dans le discours des libéraux, l’Alberta, lieu où plongent les racines de Stephen Harper, «incarnait tout ce qui est contraire aux “vraies" valeurs canadiennes».Aux yeux de Gibbins, les libéraux n'ont eu de cesse de répéter qu’un gouvernement Harper «mettrait en danger les valeurs et les institutions canadiennes».Selon lui, une publicité — non projetée au Québec — où l’on voyait «un drapeau canadien s’affaisser» soutenait au fond que «les gens qui appuient le Parti conservateur sont des ennemis de l’État».Les relations pourront-elles s’améliorer entre l’Ouest et les libéraux?Gibbins dit que, dans les débats sur la santé, comme c’est déjà le cas, «l’Alberta et son premier ministre» vont incarner plus que jamais «la menace sur le système de santé public».Et c’est sans compter, insiste Gibbins, tous les dossiers qui viendront accroître le fossé: «Avec l’appui des néo-démocrates, les libéraux appliqueront rapidement le protocole de Kyoto, ce qui provoquera la consternation dans le secteur pétrolier al-bertain.Sans compter que M.Martin comblera bientôt plusieurs sièges de l’Ouest au Sénat et qu’il le fera très probablement de la manière traditionnelle, sans respecter la volonté de réforme institutionnelle qui est chère à l’Ouest.» La solution est-elle la séparation?Gibbins n’évoque pas ce scénario.Selon lui, les Westerners risquent plutôt de se retirer carrément des institutions et de la politique fédérales, «certains se réfugiant au palier provincial», ou encore dans le privé ou dans le communautaire.Black is back.Oui, Conrad Black, ce célèbre baron de la presse, a pondu une analyse des élections, publiée hier dans le journal qui était jadis sa propriété, le National Post.Lord Black se montre plutôt déconcerté par le peuple canadien, résolument de gauche.«La majeure partie des Canadiens qui sont de centre gauche à l’égard des impôts et des programmes sociaux croient réellement que leurs positions constituent le noyau dur de la spécificité canadienne par rapport aux États-Unis.» D’où l’incroyable succès du Parti libéral, le «parti naturel du Canada», dit Black avec un brin de fatalisme.«C’est le parti politique qui a eu le plus de succà dans le monde développé.Il a été au pouvoir 70 ans au XX‘ siècle et rien ne peut nous faire croire qu’il n’en sera pas ainsi en ce siècle.» Selon Black, on peut même prévoir qu’une fois la bouffée de fièvre souverainiste passée au Québec, «le Parti libéral, aux prochaines élections, y reprendra ses 40 à 60 sièges habituels».Curieusement, les nouveaux conservateurs vont aider les libéraux à reprendre leur place au Québec.Car maintenant qu’ils se sont débarrassés des Joe Clark, c’est-à-dire des «Tory rouges», de gauche, «ils sont revenus à une situation pré-Mulroney puisqu’ils n’ont aucun appui appréciable au Québec et en ont très peu dans l’Ontario urbain».Black estime que, pour faire avancer le Parti conservateur, celui-ci devra se trouver un Ronald Reagan ou encore une Margaret Thatcher.Mais à l’évidence, écrit-il, «on n’en voit aucun à l’horizon».Au fond, ces élections ont démontré que les Canadiens sont des «conservateurs petit “c"», c’est-à-dire qu’ils souhaitent conserver le statu quo: «les libéraux et la social-démocratie».Ils ont donc peur du changement, écrivait Diane Francis, mardi, dans le National Post.Nous vivons une «européanisation du Canada», affirme la chroniqueuse controversée, «puisque les électeurs ne sont d’accord que sur une chose: leur mépris face à leur “Bruxelles", c’est-à-dire le gouvernement fédéral».Le gouvernement Martin sera désormais contraint de «marcher sur des œufs».Et ses dirigeants, à l'avenir, auront du succès «uniquement s’ils arrivent à maîtriser au moins “quatre langues officielles": le français, l’anglais, le canadien westerner et le canadien atlantique».Francis conclut que, de toute façon, le modèle de l’Union européenne, «pour un pays aussi politiquement éclaté que le nôtre, est probablement plus fonctionnel qu’un modèle à l’américaine».?Mais non, mais non, «il n’y a aucun clivage régional dans ce pays, comme tant d’observateurs se sont permis de l’affirmer».La cause de notre politique éclatée?«Notre mode de scrutin dysfonctionnel», soutenait mercredi Mindelle Jacobs, du Edmonton Sun.Ce n’est donc pas la faute des Ontariens si les conservateurs n’ont pas accédé au pouvoir.Jacobs insiste pour dire qu’il y a de nombreuses personnes conservatrices dans Test du Canada et «beaucoup plus d’électeurs de gauche dans l’Ouest» qu’on peut le croire.Le problème, c’est notre mode de scrutin; celui-ci a été abandonné par la plupart des pays occidentaux.Pourquoi?Entre autres parce qu’il exacerbe les différences régionales.Jacobs, citant Fair Vote Canada, qui plaide pour l’instauration de la proportionnelle au pays, déclare que, si le Canada avait utilisé un système qui permet une certaine proportionnalité, «les libéraux, le Bloc et les conservateurs auraient remporté moins de sièges tandis que le NPD et les verts en auraient gagné davantage».Le portrait aurait été le suivant 113 sièges pour les libéraux, 91 pour les conservateurs, 48 pour le NPD.Les verts?Ils auraient remporté 12 sièges.Jacobs espère que Jack Layton fera campagne comme il Ta promis pour l’adoption d’un système en partie proportionnel.«Cinq provinces ont promis un référendum sur le sujet, ce qui aura pour effet un jour de contraindre Ottawa à se joindre au mouvement.» Mais selon Jeffrey Simpson, qui abordait le sujet hier dans le Globe, «si vous aimez les gouvernements minoritaires, vous allez adorer la proportionnelle».Ce fut le cas, argue-t-il, en Nouvelle-Zélande, qui a adopté un tel système au milieu des années 90 et a eu par la suite trois gouvernements minoritaires.Selon Simpson, «si vous aimez le Bloc québécois et souhaitez avoir plus de partis de ce type», c’est-à-dire centrés sur une région ou un thème, «vous réclamerez ce changement».Sinon, priez pour que Ton conserve le mode de scrutin actuel, écrit-il.Le Devoir La presse du Canada FALLOUJA SUITE DE LA PAGE B 1 à la nébuleuse al-Qaïda qui regrouperait des takfiris, volontaires arabes étrangers ou jeunes désœuvrés de Fallouja fascinés par le fondamentalisme.Depuis, les assassinats se sont multipliés.«D’avril à juin, les moudjahidines ont aussi exécuté une trentaine d’habitants de Fallouja dénoncés comme étant des espions des Américains», raconte H., un fidèle de la mosquée Saad bin Abi Wakkas.«Cheikh Janabi encourage dans ses prêches la traque et l’exécution des espions.» Isolé, Fallouja s’enfonce aussi dans la charia (la loi islamique) la plus stricte, au grand dam de beaucoup des 500 000 habitants de cette région pourtant conservatrice, effrayés par tant de radicalisme.Peu après la fin de la bataille d’avril, les moudjahidines ont investi la portion de la route Fallouja-Ramadi où les jeunes hommes se retrouvent traditionnellement, à l’écart de la ville, pour boire de l’alcool, parler de football et de filles.Les nouveaux maîtres de la cité se sont saisis de certains d’entre eux et, le lendemain, leur ont offert un tour de Fallouja sur le plateau arrière d’une camionnette, les battant jusqu’au sang devant la population.Les moudjahidines ont ensuite placardé leurs «décrets d’Allah, qui a offert la victoire», sur les murs de Fallouja.Invitation à dénoncer tout étranger, interdiction de boire de l’alcool, menaces envers les femmes qui ne porteraient pas Tabaya ou souhaiteraient se maquiller.Les combattants, qui seraient près de 10 000, auréolés de leur victoire contre les Marines américains, ont pris le pouvoir dans la rue, avec le soutien des mosquées, et par les armes, si nécessaire.L’ordre règne à Fallouja.Commandant de la brigade Fallouja créée par les Marines américains, le général Mohammed Latif n’a aucun pouvoir dans T«émirat moudjahid», lui dont la famille vit à Bagdad, dans le quartier d’Adhamiya.L'influence militaire baasiste à Fallouja est davantage entre les mains de Jassem Mohammed Saleh et d'Abdallah Hamed, originaires de la ville.Jassem Mohammed Saleh, prédécesseur éphémère du général Latif à la tête de la brigade Fallouja, cultive des liens étroits avec les émirs moudjahidines.«Les dignitaires de Fallouja auraient préféré que Jassem Mohammed Saleh commande l'armée.Ils n'ont toutefois finalement rien contre le général Latif puis-qu ’il laisse le champ libre aux moudjahidines.Latif ne représente aucune menace pour l'imam aljanabi et pour la guérilla, raconte un journaliste de Fallouja Ces jeux de pouvoir sont le fait de Mohammad Abdallah al-Chahouani, le chef des nouveaux services secrets gouvernementaux formés par les États-Unis, ajoute-t-il.Chahouani espérait qu’un retour des officiers baasistes atténuerait l’influence des moudjahidines, mais c’est le contraire qui s 'est produit.Les baasistes remis en selle par les Américains obéissent » PATRICK BAZ AGENCE FRANCE PRESSE Un résidant de Fallouja attend d’avoir la permission des soldats américains pour entrer dans la ville.« Si nous avons awjchefsde la i Bagdad, dans les cercles religieux de la guérilla sunnite, on pense aussi, comme à Fallouja, que la lutte ne fait que commencer.Dans le salon de réception de la mosquée Cheikh Ibn Tay-miya, Timam Mahdi al-Sumaidaï, vêtu d’une djellaba et d'un turban blancs.Tœil pétillant, sourit.Il a récemment été libéré de la prison américaine d’Abou survécu aux Américains, tout l’Irak peut les vaincre» Ghraib après dnq mois de détention.Lors d’un raid, le premier jour de Tannée, l’armée américaine avait trouvé des armes dans sa mosquée.L’imam al-Su-maidai, le guide des salafistes irakiens, est souvent présenté comme le leader spirituel de la guérilla sunnite dans le pays.«Ne me présentez pas comme le chef spirituel des moudjahidines, prévient-il, ou je vais retourner en prison.» Et il éclate de rire.L’imam al-Sumaidaï vient de retourner à Fallouja, pour la première fois depuis sa sortie de prison.Il en revient encore plus convaincu que la lutte armée est la seule voie.«La bataille d’avril a prouvé, parce qu ’une poignée de moudjahidines a tenu en échec une armée si puissante, que la victoire ne vient pas uniquement de la force militaire.La victoire vient d'Allah et de l'ardeur de la fin.En un an, la résistance s’est étendue de quelques hommes à quelques brigades, puis à quelques villes.A moins que les Américains calment le jeu, à moins qu'ils deviennent sérieux et honnêtes, inch'Allah [si Dieu le veut], la résistance sera victorieuse.» Jassem aHssaoui, le porte-parole du Consei} salafistes et des soufis en Irak, pense que «les i Unis ont décidé de détruire Fallouja parce que la ville est un symbole religieux et un symbole de résistance».«Nous sommes tous émus, touchés, en colère.L’attaque américaine de Fallouja fut une punition collective.Comment devait-on réagir?Offrir des fleurs aux Marines ou résister et contre-attaquer?Et pourquoi le monde entier, qui refuse de juger les crimes américains, appelle-t-il nos résistants des "terroristes"?Les Américains sont des cow-boys alors que nous sommes un mouvement de résistance populaire.» «Les leçons de la bataille de Fallouja sont que non seulement l’armée américaine peut être tenue en échec mais que la sécurité est excellente là-bas depuis que les moudjahidines contrôlent la ville, pense Qays al-Fakh-ri, le porte-parole des salafistes.C’est la preuve que tout va mieux lorsque les Irakiens gouvernent.» Fallouja attend, inquiète, la prochaine bataille.Personne là-bas ne croit que «l’émirat moudjahid» va s’enliser dans le statu quo.«Fallouja agit comme un révélateur, pense A., un moudjahid.Si nous avons survécu aux Américains, tout l’Irak peut les vaincre.Si nous survivons à Allaoui, tout l’Irak peut être demain entre nos mains.» Le Monde i LE DEVOIR.LES SAMEDI 3 ET DIMANCHE 4 JUILLET 2004 H ;î ?PERSPECTIVES* Québec donnera sa chance au coureur Le gouvernement Charest attend beaucoup de la nouvelle ère de collaboration promise par Paul Martin ANDY Cl ARK REUTERS Jean Charest lors de la première rencontre du Conseil de la fédération, en février dernier.¦ ROBERT DUTR1SAC Québec — Jean Charest s’attend à des avancées significatives pour le Québec avec «la nouvelle ère de collaboration» promise par Paul Martin.Son gouvernement donne quelques mois au premier ministre canadien pour prouver qu’un changement de ton peut aussi se traduire par des résultats concrets.Jean Charest table sur le Conseil de la fédération et les négociations multilatérales avec le gouvernement fédéral pour régler le déséquilibre fiscal et le financement de la santé.Son ministre délégué aux Affaires intergouvemementales canadiennes, Benoît Pelletier, mise sur des négociations bilatérales pour régler d’autres questions litigieuses et obtenir pour le Québec des droits de retrait avec pleine compensation financière.«Ilyaun défi du côté d'Ottawa, qui va devoir démontrer que la nouvelle ère de collaboration fédérale-provinciale donne en fin de compte des résultats tangibles», a livré le ministre dans une entrevue téléphonique avec Le Devoir.«Les prochains mois vont être très importants», a-t-ü ajouté, soulignant qu’on doit donner à Paul Martin «la chance au coureur».De la campagne électorale fédérale, le premier ministre Jean Charest a surtout retenu l’initiative du Conseil de la fédération qui, sous l’impulsion d’une des dix provinces, le Québec, a envoyé une lettre à chacun des chefs de parti fédéraux pour leur demander leurs positions sur le déséquilibre fiscal, le financement fédéral de la santé et les changements à la péréquation.Pour Jean Charest, les relations multilatérales entre Ottawa et les provinces, que le Conseil de la fédération contribue à structurer, sont le meilleur moyen pour le Québec de faire des progrès et de défendre ses intérêts.Au cours de son point de presse tenu mardi pour livrer ses impressions sur les résultats électoraux, M.Charest n’a pas soufflé mot sur de quelconques négociations bilatérales Québec-Ottawa.fl a signalé le caractère historique de la lettre du Conseil de la fédération qu’ont approuvée tous les premiers ministres des provinces.«Cest la première fois de l’histoire que les autres gouvernements [provinciaux] s’avancent.Ily a là-dedans quelque chose de très significatif pour le Québec parce que l’histoire nous apprend que, pour pouvoir réussir dans ces dossiers-là [le déséquilibre fiscal et le financement de la santé], il faut se bâtir des alliances», a dit M.Charest Pourtant, des négociations bilatérales entre Québec et Ottawa, il y en aura au cours des prochains mois, a signalé Benoît Pelletier.Le gouvernement Charest tentera d’obtenir un droit de retrait, avec pleine compensation financière, du nouveau programme fédéral de bourses pour les étudiants contenu dans le dernier budget Goodale.Le gouvernement québécois doit aussi s’assurer que ce droit de retrait avec pleine compensation lui soit accordé pour le programme pancanadien de garderies, calqué sur le modèle québécois, que le fédéral a promis de mettre sur pied.«C’est ce à quoi on s’attend: un droit de retrait pour le Québec, a affirmé M.Pelletier.C'est comma ça que ça nous a été présenté [par Ottawa].» Autre objet de négociations: l’entente de principe sur les congés parentaux, survenue à la veille du déclenchement des élections fédérales.Cette entente se transformera en un ac- cord final qui vise le transfert de quelque 600 millions.La hauteur des sommes qu’Ottawa transférera du fonds de l’assurance-emploi au gouvernement du Québec n’est pas arrêtée; ce n’est pas un mince détail.«Pour nous, c'est un objectif prioritaire», a dit le ministre.C’est une «entente très prometteuse», a-t-il ajouté.«On ne part pas complètement dans le vide.» Les visées d'Ottawa dans le monde municipal — Paul Martin cherche un moyen de négocier directement avec les municipalités avec la bénédiction des provinces — rencontrent une forte résistance à Québec, mais pas autant dans plusieurs autres provinces.«On connaît notre position de faire en sorte que toute négociation ppsse par Québec», a dit M.Pelletier.A défaut d’un consensus en ce sens au sein du Conseil de la fédération, Québec maintiendra «sa position spécifique».En matière de relations internationales, le Québec n’est pas disposé à se contenter de quelques présences à l’UNESCO, comme l’a promis Paul Martin.«Ce n’est pas le seul forum international qui soit d’intérêt pour nous», a indiqué M.Pelletier.Une présence du Québec à l’Organisation mondiale de la santé (OMS), un organisme onusien, tout comme à l’Organisation internationale du travail (OIT) est souhaitée.D’autres organisations internationales, «qui sont reliées de près ou de loin à la spécificité québécoise», pourraient s’ajouter à la Uste, a précisé le ministre.Benoît Pelletier dit avoir du mal à évaluer si le tait que le gouvernement Martin soit minoritaire avantagera ou non le Québec.L’influence du Nouveau Parti démocratique pourrait amener Paul Martin à se lancer dans des «projets d'affaires sociales» qui empiéteront sur les compétences du Québec, a-t-il envisagé.Préconisant «un rééquilibrage des rapports fédératifs», Benoît Pelletier est optimiste: il juge que «ça progresse».D’une part, un plus grand nombre de provinces penchent pour le point de vue du Québec sur le respect du rôle des provinces dans le système fédéral.D’autre part, le gouvernement du Canada pourrait «en venir à comprendre qu’il y a une limite à sa capacité d’intervenir dans les champs de compétence provinciaux», espère M.Pelletier.Mais à quatre semaines de la rencontre du Conseil de la fédération à Niagara-on-the-Lake, les premiers ministres des provinces n’ont pas encore arrêté de positon commune.Le premier ministre de l’Alberta, Ralph Klein, vient de jeter un pavé dans la mare en évoquant la possibilité — une fois encore — de déroger à la Loi canadienne sur la santé.Le Québec peut s’entendre avec M.Klein, estime M.Pelletier.«Ce n’est pas normal que la loi et son interprétation dépendent strictement du gouvernement du Canada», a-t-il avancé.«Les provinces devraient avoir un rôle à jouer en ce qui concerne l’interprétation de ces principes-là et leur adaptation à des contraintes très modernes en matière de santé.» Le Devoir « On connaît notre position de faire en sorte que toute négociation passe par Québec » MARTIN SUITE DE LA PAGE B 1 À court terme, c'est sur le front législatif que les libéraux risqueront de connaître des déboires, même si cela ne se traduit pas automatiquement par une défaite du gouvernement et un retour aux urnes.Pour arriver à leurs fins, les libéraux n’auront pas le choix.Ils devront jeter du lest dans quelques dossiers pour obtenir des appuis dans d’autres.Ils savent qu’ils peuvent compter sur le Bloc et le NPD pour reconnaître les mariages entre conjoints de même sexe, des appuis dont ils auront bien besoin pour contrer l’opposition des conservateurs et d’une bonne frange du caucus libéral.Ils savent aussi que le Bloc et le NPD peuvent être des alliés en matière de décriminalisation de la possession simple de marijuana ou encore pour maintenir un registre des armes à feu, bien que tous exigent une gestion améliorée de ce programme.Mais pour s’assurer leur coopération, le gouvernement Martin devra les charmer en agissant enfin dans des dossiers qui leur tiennent à cœur, comme la réforme de l’assuran-ce-emploi.Il devra aussi éviter de les braquer avec des initiatives à saveur plus conservatrice, comme le projet de resserrement de la loi sur la reconnaissance du statut de réfugié ou l’adoption d’une nouvelle loi en matière de sécurité.Dans ces deux cas, par contre, il sait qu’il peut compter sur les conservateurs.Et ces derniers peuvent être fort utiles pour faire adopter une hausse des budgets militaires, un plan de réduction de la dette ou des réductions de taxes.Paul Martin a d’autant plus besoin de ménager son opposition qu’il n’a pas terminé la réorganisation des ministères entreprise en décembre.Des décrets adoptés à l’époque ont permis d’en démarrer la mise en œuvre, mais on attend toujours l’adoption des lois appropriées, en particulier pour la division du ministère du Développement des ressources humaines et la création du nouveau ministère de la sécurité publique.Un Parlement différent Le gouvernement libéral devra aussi naviguer dans un tout nouvel environnement parlementaire qu’il a lui-même créé.La réforme mise en branle en février prend, avec un gouvernement minoritaire, une nouvelle dimension.Il y a des changements qui vont accommoder les libéraux, comme la décision de limiter les votes de confiance aux votes sur le discours du Trône et sur les mesures budgétaires.Les nouveaux pouvoirs accordés aux comités parlementaires changeront toutefois la donne.D y a d’abord les présidents qui sont élus par les membres et non plus nommés par le gouvernement De plus, depuis son arrivée au pouvoir en décembre, le gouvernement Martin a pris l’habitude de référer les projets de loi en comité immédiatement après la première lecture, ce qui autorise les comités à tout amender, même les principes inscrits dans le projet Les comités doivent aussi commencer, cet automne, à revoir les principales nominations faites par le gouverneur en conseil.Comme les libéraux ne sont plus majoritaires dans les comités, une toute nouveDe dynamique va s’installer.Les partis d’opposition auront plus de chances de voir leurs amendements repris et le gouvernement lui, ne saura pas à l’avance dans quel état son projet de loi en ressortira À moins, évidemment qu’il n'ait consulté les partis d’opposition au préalable.Consultations, négociations, marchandage seront les nouvelles règles du jeu.«Nous allons travailler dur pour que ça fonctionne», a dit Paul Martin mardi, mais il ne pourra jamais oublier que la volonté d’en arriver à des compromis sera proportionnelle à l’intérêt des partis de poursuivre la partie.Heureusement pour lui, aucun chef ne souhaite y mettre fin de sitôt Le Devoir JACQUES NADEAU LE DEVOIR Consultations, négociations, marchandage seront les nouvelles règles du jeu à Ottawa.tik ac Michel David Paul, Jean, Gilles et Bernard Le premier ministre Jean Charest a dûment rempli mardi ce qu’il croit être son devoir de platitude lorsqu’il a commenté les résultats des élections fédérales de la veille.le sujet avait même l’air de l’ennuyer.Il est vrai que M.Charest a perdu ses élections.Sur les deux questions qu'il a évoquées, la santé et le déséquilibre fiscal, le Québec aurait sans doute été mieux servi par un gouvernement Harper, et M.Charest a trop longtemps côtoyé les dinosaures conservateurs de l’Ouest pour s’en faire avec eux.Même si le paysage risque de changer encore une fois à Ottawa d’ici les prochaines élections québécoises, M.Charest n’a pas les moyens d’attendre.S’il n’arrive pas à relancer son gouvernement au cours de la prochaine année, son propre leadership sera remis en question.Ceux qui l’ont convaincu de quitter Ottawa pour Québec, en 1998, sont actuellement très déçus de lui.En revanche, ils trouvent toutes sortes de qualités à son ministre de la Santé, Philippe Couillard.Pour l’heure, ce qui manque le plus cruellement à M.Charest, c'est de l’argent.In population pardonnerait plus facilement les bourdes de ses ministres si au moins il tenait ses engagements.Sur un plan strictement comptable, Paul Martin s’est suffisamment commis pour que les provinces puissent compter sur une augmentation appréciable de la participation fédérale au financement des services de santé, mais à quelles conditions?Dans son principe même, son plan d'action de dix ans basé sur du «donnant-donnant» constitue une atteinte aux «intérêts du Québec», sur lesquels M.Charest s’est engagé à ne faire aucun compromis.A son habitude, le premier ministre albertain Ralph Klein brandit la menace de mesures qui violeraient les dispositions de la loi canadienne sur la santé, mais Roy Romanow a sans doute raison d’y voir une stratégie de négociation.S’il y a suffisamment d’argent sur la table, il y a fort à parier que les provinces anglophones laisseront encore uné fois Ottawa empiéter sur leurs compétences.Même si Stephen Harper reconnaît l’existence du déséquilibre fiscal, il apparaît douteux qu'un gouvernement conservateur accepterait de céder des points d'impôt aux provinces.D’ailleurs, Gilles Duceppe a laissé entendre qu’il n’en ferait pas une question de dogme dans la mesure où il y a un véritable transfert d’argent Reconnaître aux provinces le droit de se retirer avec pleine compensation financière d'un programme fédéral dans leurs champs de compétence serait sans doute un compromis acceptable; Cela suppose toutefois qu’Ottawa renonce à son entreprise de centralisation de la fédération et accepte d’y introduire une asymétrie à laquelle le Parti libéral du Canada est devenu allergique quand Pierre Elliott Trudeau en est devenu le chef.Même s’il a réussi à sauver les meubles, le prestige et l’autorité de M.Martin au sein de son parti n’en sont pas moins très affaiblis.Les comment taires de la députée libérale d’Oakville, Bonnie Brown, étaient très explicites: «Les gens ne voient plus Paul Martin du même œil.Il a hérité d'un gouvernement qui disposait de 50 % d’appuis [.] et nous a menés au bord de la défaite.» Dans ces conditions, même s’il le voulait, on voit mal comment M.Martin pourrait remettre en question l’héritage de Trudeau, que Jean Chrétien a préservé avec tellement de soin — et de succès — pendant une décennie.Les partisans de l’ancien premier ministre n’attendent qu'un prétexte de ce genre pour sonner l’heure de la vengeance.M.Martin n’a pas dû beaucoup apprécier la neutralité presque hostile manifestée par M.Charest pendant la campagne électorale.Ce serait beaucoup lui demander de lui venir en aide au détriment de son propre leadership.La composition du nouveau conseil des mb nistres sera très significative, notamment le sort réservé à Stéphane Dion.M.Martin ne lui rendra sûrement pas les Affaires intergouvemementales canadiennes, mais sa réintégration au cabinet, peu importe à quel poste, enverrait un signal encore plus fort que son exclusion, en décembre dernier.Les récents propos de M.Dion, qui exclut à l’avance toute collaboration avec les séparatistes du Bloc québécois, démontrent qu’il est toujours dans des dispositions aussi belliqueuses.?Si les prochains mois seront déterminants pour Jean Charest, ils le seront tout autant pour Bernard Landry, qui a sûrement pris bonne note des propos très louangeurs que Jacques Parizeau a tenus sur Gilles Duceppe, dont il a même réussi à vanter le charisme.M.Parizeau s’est bien défendu de vouloir émettre des conjectures sur le leadership de M.Landry, mais il n’a pas pu s’empêcher de noter que M.Duceppe avait prouvé qu’il possédait toutes les qualités pour devenir un jour chef du PQ.Le message a instantanément dû faire le tour du parti.Rien n’indique toutefois que M.Duceppe soif pressé de débarquer à Québec.Dans l’immédiat, il risque d’être plus utile à la cause souverainiste en restant à Ottawa.La belle victoire du Bloc n’aura pas servi à grand-chose s’il ne réussit pas à maintenir l’essentiel de ses gains lors du match revanche, dans un an ou dans 18 mois.Si jamais le chef du Bloc se montrait plus impatient, les autres aspirants à la succession de M.Landry pourraient paradoxalement devenir ses alliés les plus sûrs.Si M.Duceppe s’installe aux commandes, il risque d’y demeurer bien plus longtemps.Encore faut-il que M.Landry démontre qu’il est en mesure de ramener le PQ au pouvoir.Des élections partielles auront lieu à l’automne.Personne ne se surprendra que les libéraux conservent leurs forteresses de Nelligan et de Laurier-Dorion.Par contre, si le PQ n’arrivait pas à reprendre Va-nier, où l'ADQ compte de solides appuis, plusieurs pourraient conclure que M.Landry n’est vraiment plus l’homme de la situation.mdavidt&iedevoir.com » \ LE DEVOIR, LES SAMEDI 3 ET DIMANCHE 4 JUILLET 2004 B 4 D I T 0 R I A L •¦l*»1 ^ 3 1 1'* ' ! > * Serge Truffaut Procès dans le brouillard La comparution de Saddam Hussein devant un tribunal spécial s’avère le premier acte fort du nouveau gouvernement irakien.Comme il fallait s’y attendre, la précipitation qui a caractérisé l’organisation de son procès suscite d’ores et déjà énormément de questions, voire de critiques.Il est écrit dans le ciel qu’en la matière, nul ne sera satisfait ombreux sont les juristes qui, depuis l’arrestation de Saddam Hussein, en décembre dernier, assuraient que la garantie d’impartialité commandait le recours au Tribunal pénal international de l’ONU.D’autres, prenant exemple sur les scénarios arrêtés pour la Sierra Leone et le Cambodge, proposaient la mise en place d’un tribunal mixte qui aurait rassemblé des juges irakiens et internationaux.On le sait aucune de ces voies n’a été retenue.Réfractaire à tout geste qui pourrait encourager l’essor d’une justice internationale, l’administration Bush s’est employée dès l’automne dernier à baliser l’exercice juridique qui s’amorce.Le but recherché?Que l’affaire Hussein soit administrée par les membres du gouvernement provisoire qui, lui, est une création des Etats-Unis.Au passage, on notera que depuis mars dernier, une cinquantaine de conseillers américains aident les juges et procureurs irakiens.Admettons un instant que le procès doive être placé sous l’égide exclusive de l’Irak.L’avantage?On évite ainsi les longueurs procédurières inhérentes aux procès qui se tiennent en dehors du territoire national.Cela étant rappelé, quel est le principal inconvénient du modèle choisi ou, plutôt, à quelle critique s’expose-t-il?Il s’agit de la crédibilité même du tribunal.Beaucoup d’observateurs de la scène irakienne soufflent déjà le doute sur toute l’opération.Ici et là, on se fait fort de rappeler que le gouvernement en place n’a pas été légitimé par le peuple irakien.Qu’il est provisoire.De fait, tous les gestes qu’il fait pourraient être balayés du revers de la main au lendemain de l’élection, en janvier prochain, d’une assemblée qui, elle, devra plancher pendant des mois sur un projet de Constitution.Ce projet devra ensuite êtr^ soumis, fin 2005, aux Irakiens qui éliront simultanément leur gouvernement Il est donc probable, en théorie il est vrai, que toute la mécanique mise en branle ces jours-ci vole en éclats.Si la majorité chiite parvient, comme on si attend, au faîte du pouvoir et opte pour un Etat empruntant davantage au modèle iranien qu’à tout autre, alors le scénario choisi sera remisé dans les poubelles de l’histoire.D’autant, on le répète, que les juges et procureurs irakiens qui s’attellent actuellement à la tâche sont sous influence américaine.En attendant la suite, un aspect du dossier prête un peu trop le flanc à la critique.On pense au sort réservé à la défense.Si on en croit le patron des vingt avocats qui composent le contingent appelé à croiser le fer avec celui de l’accusation, les autorités concernées n’ont pas encore permis à Hussein de rencontrer un de ses juristes.Lors de sa première comparution, il n’était pas flanqué d’un avocat.On comprend que celui qui a décliné l’acte de l’accusation était un représentant du parquet et non le juge appelé à présider les débats, mais de là à refuser un billet de présence à la défense, franchement.Ça fait désordre! Cela étant il faut espérer qu’au cours des prochaines semaines, des correctifs seront apportés afin d’éloigner l’ombre d’amateurisme qui plane pour l’instant au-dessus de la justice irakienne.D faut espérer cela justement parce que nous sommes en présence d’un des pires bourreaux du XX' siècle.Ainsi qu’en témoigne l’histoire, Saddam Hussein a été ignoble.Les exigences légitimes et inhérentes au devoir de mémoire, si douloureux soit-il à mener parfois, appellent justement un rebond ou une réorientation du dossier.Les Kurdes gazés, ne serait-ce qu’eux, méritent que la justice loge à l’enseigne de la stricte éthique.Bref, qu’elle ne soit pas l’objet de ces marchandages politiciens chers aux épiciers du droit Pas de quoi pavoiser our vraiment pavoiser en matière de logement il faudrait que le marché retrouve l’équilibre, soit un taux d’inoccupation de 3 % (trois logements vacants pour 100 sur le marché).Avec un taux de 1,1 %, Montréal en est loin et le restera même si, comme on le prévoit son taux d’inoccupation devait atteindre 1,5 % lorsque les nouveUes données de la Société canadienne d'hypothèque et de logement sortiront à l’automne.Ce constat s’applique aussi à Québec, Sherbrooke ou Gatineau, toutes villes victimes de la pénurie locative.D’ici là, on peut se réjouir que la crise soit mieux contrôlée — les mesures d’urgence étant maintenant bien rodées — et que l’angoisse des sans-logis soit désormais prise au sérieux.Mais bonne gestion ne vaut pas analyse, et le ministère des Affaires municipales doit s’en souvenir en élaborant sa politique d'habitation, qui doit être déposée prochainement Ce qu’il faut avoir, c'est un regard régional.Si la ville de Montréal prend du mieux, c’est parce qu’elle coûte cher.Elle se vide donc de ses pauvres, las de se disputer les logis bon marché de lie, qui se raréfient Et ces pauvres s’éloignent ils vont à Châteauguay et dans ses villages environnants, Joliette, Saint-Jean-sur-Richelieu, Valley-field — qui se découvre soudain des itinérants.Le phénomène est perceptible à différents indices — les demandes de supplément au loyer, le recours aux groupes d’aide — mais mal documenté, car sous les libéraux, les données de ce type sortent au compte-gouttes.Pourtant il faut suivre ces mouvements de population, annonciateurs de poches de pauvreté et d’un changement de visage de Montréal.Une vraie analyse viserait par ailleurs à essayer de comprendre pourquoi les annonces politiciennes tardent tant à se concrétiser.Un exemple: dans son budget de février 2003, le fédéral annonçait de nouveaux investissements dans le logement abordable.Mais plus d’un an s’est écoulé avant qu’une entente ne soit négociée avec Québec, et ce n’est que la semaine dernière que le gouvernement Charest l’a approuvée.Voilà 75 millions de dollars de promis, bravo.Mais quand donc l’argent sera-t-il versé?S'ajoutent à ces palabres les délais administratifs.Depuis un an, les groupes qui voient à la construction de logements communautaires soumettent à l’étude de la Société d’habitation du Québec quelque 300 unités par mois.Il leur faut des lustres pour en avoir des nouvelles.Oui, les milliers de logements annoncés depuis 2001 par les maires et les ministres finissent par se faire, mais à très petits pas.Pourtant, les besoins existent les idées fourmillent et l’argent est disponible, disent les budgets gouvernementaux.Avoir un toit n’est pas un luxe.Les libéraux eux-mêmes le reconnaissent, eux qui avaient fait du droit au logement une promesse électorale.Encore faut-il les construire, ces logis, et plus vite que ça! jboilea uCHede voir, c a Josée Boileau LE DEVOIR FONDÉ PAR HENRI BOURASSA LE 10 JANVIER 1910.FAIS CE QUE DOIS Directeur BERNARD DESCÔTEAUX Rédacteur en chef JEAN-ROBERT SANSFAÇON Vice-présidente finances et administration CATHERINE LABERGE Directeur de l’information JULES RICHER Directeurs adjoints de l’information PIERRE BEAULIEU.LOUIS LAPIERRE, JEAN-FRANÇOIS NADEAU Directeur artistique CHRISTIAN T1FFET Directrice, ventes publicitaires NICOLE CALESTAGNE
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