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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


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  • Montréal :Le devoir,1910-
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Le devoir, 2004-11-24, Collections de BAnQ.

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INTERNATIONAL Espagne, Iran, Thaïlande Uruguay NATIONAL Démocratie municipale CULTURE Entrevue avec Jean-Paul Dubois alternatives LE JOURNAL VOL11 • NO.4 / DÉCEMBRE 2004 UN JOURNAL POUR UN MONDE DIFFÉRENT WWW.ALTERNAT1VES.CA La troisième mort de Yasser Arafat Le décès de Yasser Arafat marquera une date importante de l'histoire du peuple palestinien et de sa lutte pour l'autodétermination.Déjà affaibli par trois ans de « détention à domicile » dans son bunker encerclé par des blindés israéliens, le raïs est disparu au moment où les menaces contre le peuple palestinien s'intensifient à l'ombre d'Ariel Sharon et de Georges Bush.Ce n'est pas la première fois que l'aspiration palestinienne à l'autodétermination se retrouve au pied du mur.Cependant, l'histoire n'a pas dit son dernier mot.En 1967, la Palestine a vécu un tremblement de terre politique.La Cisjordanie et la bande de Gaza, les derniers bastions palestiniens, sont occupées par l'armée israélienne.Les Palestiniens comprennent qu'ils ne peuvent compter sur les résolutions des Nations unies - jamais respectées.Ils ressuscitent, sous l’égide d’Arafat, l'Organisation pour la libération de la Palestine (OLP).Celle-ci fait brusquement irruption, d'abord en Jordanie, où une sorte d'État parallèle se construit dans les camps de réfugiés palestiniens.Mais en septembre 1970, le roi de Jordanie, appuyé par Israël et les États-Unis, défonce l'OLP.L'événement demeurera dans les mémoires sous le vocable de Septembre noir.Arafat s'échappe de justesse, alors que plusieurs milliers de Palestiniens sont tués par l'armée jordanienne.11 réussit à rapatrier son mouvement vers le Liban.Survivre au Liban Malgré la catastrophe en Jordanie, Arafat devient une sorte de chef d'État et se fait reconnaître lors d'une visite ultra médiatisée aux Nations unies.Mais la dynamique palestinienne finira par créer des remous au Liban.Peu à peu, les réfugiés palestiniens se trouvent pris au piège d'une série de confrontations intercommunautaires.Le tout éclate en 1976 avec une guerre civile qui coupe le pays en deux, permettant à Israël d'intervenir.A l’été 1982, c'est l'invasion.Plus de 20 000 Libanais et Palestiniens sont tués.Arafat lui-même échappe de peu à la mort lorsque Ariel Sharon, qui commande l'invasion, organise des attentats meurtriers le ciblant spécifiquement.Un peu plus tard, Sharon encer- ! ^ i.V'Mtf&SSj - as.,, ¦ * *'.* si 4ï PHOTO «JOSÉE LAMBERT cle les camps de réfugiés de Sabra et Chatila et plusieurs milliers de civils sont assassinés.Un « consensus » se forge entre Israël, les États-Unis et même la Syrie, afin d'en finir une fois pour toutes avec le pouvoir parallèle que représente l'OLP.À nouveau, le leader palestinien est sur la sellette.Il finit par être évacué vers la Tunisie grâce à la protection de la France.De l'Intifada aux accords d'Oslo En 1987, la révolte des pierres éclate en Cisjordanie et à Gaza.C'est l'In-tifada, un soulèvement organisé localement, ce qui effraie Arafat.En 1990, l'Irak envahit le Koweït et le chef palestinien se range derrière le président irakien, Saddam Hussein.Il commet alors, une très lourde bavure politique.Peu après, l'Irak est bouté dehors du Koweït et l'OLP se retrouve isolée.Mais encore une fois, tel un magicien, le président palestinien tire son épingle du jeu.Des négociations secrètes, entamées avec le gouvernement israélien, aboutissent à l'accord de paix d'Oslo.Auréolé de son prix Nobel de la paix, Arafat revient triomphalement en Palestine occupée.Une Autorité nationale palestinienne est mise en place, selon des conditions qui demeurent ambiguës.D'une part, les Palestiniens n'ont pas vraiment le contrôle des territoires, qui demeurent occupés.D'autre part, l'occupation israélienne, par multiplication des colonies de peu plement, s'accentue.D'impasse en impasse, une nouvel la le crise germe.Des groupes armés (principalement le Hamas, qui se propose comme une alternative à l'OLP) passent à l'attaque.Les attentats-suicide créent la consternation dans l'opinion israélienne qui se durcit.Après l'assassinat du premier ministre Yitzhak Rabin en 1995 par un militant de l'extrême-droite israélienne, la situation dégénère.En 2000, Ariel Sharon fait un spectaculaire comeback politique.La répression s'accentue, la Cisjordanie et Gaza sont segmentées en microterritoires, coupés par les blindés israéliens.Arafat appuie alors le déclenchement d'une nouvelle Intifada.Cependant, contrairement au soulèvement de 1987, celle-ci est menée principalement par des groupes armés.Dans un rapport de forces totalement inégal, les villes palestiniennes sont prises d'assaut, comme lénine, Naplouse et Gaza.L’administration palestinienne est anéantie, et à la suite du 11 septembre 2001, l'administration Bush donne tous les feux verts à Ariel Sharon.Le président palestinien redevient une « bête à abattre », Ariel Sharon menace de le tuer ou de l’expulser, tout en le confinant dans son quartier général de la Mouqataa, à moitié démoli, situé à Ramallah.La page est tournée Pour la majorité des Palestiniens, le départ du président est une tragédie.Il a incarné tout un pan de l'histoire palestinienne.11 a redynamisé le mouvement national dans des circonstances éprouvantes.Il a eu le génie de transformer des défaites en victoires.Plusieurs fois « tué », il est resté indestructible, une sorte de phare dans la nuit de l'occupation.Mais d'autre part, Arafat a mené le mouvement palestinien dans plusieurs impasses.Vis-à-vis de cela, des Palestiniens et des Palestiniennes en lutte contre un système de pouvoir autocratique et paternaliste — incarné par Arafat — demandent une réforme démocratique de la gouvernance palestinienne, plus de transparence et plus d'inclusion.Ce qui n'a rien à voir avec les prescriptions de Bush.Washington verse des larmes de crocodile et affirme, sans gêne, que la disparition du président palestinien permettra la « relance du processus de paix ».Le mensonge, s’il n'était pas aussi gros que celui des « armes de destruction massive de Saddam », ferait rire, si Bush lui-même n’avait pas contribué à détruire l'infrastructure palestinienne en laissant les mains libres à Ariel Sharon.Mais il se pourrait que l’histoire bifurque de nouveau.Un nouveau leadership palestinien, de toute manière, est inévitable.Car personne ne pourra réellement remplacer Arafat.Des négociations intrapales-tiniennes sont en cours pour trouver le nouveau consensus qui permettra aux Palestiniens de bloquer l’occupation, qu'Ariel Sharon veut redéployer en se « désengageant » de Gaza et en consolidant sa mainmise sur les territoires.La solidarité internationale, qui appuie les revendications légitimes pour l'autodétermination palestinienne et la coexistence pacifique avec l'État d'Israël, pourrait également être réanimée.Maintes fois isolée et marginalisée, la résistance opiniâtre des Palestiniens pourrait encore une fois déjouer l'histoire.Pierre Beaudet L’auteur est directeur général d'Alternatives Repères la Palestine de Yasser Arafat 1929 : Naissance de Rahman Abdel RaoufArafatal-KoudwaalHusseini, qui deviendra Yasser Arafat.1948 : Arafat participe aux combats en Palestine, la même année de son entrée à l'Université du Caire.1959 : Fondation du Fatah (la Conquête).Premier mouvement de libération de la Palestine, il naît de la fusion de plusieurs groupuscules.Dix ans plus tard, le mouvement prendra les armes et s'affirmera aux yeux du monde comme un mouvement de libération nationale.1969 : Arafat devient président de l'Organisation de libération de la Palestine (OLP), créée en 1964 par le président égyptien, Abdel Nasser.Gagnant en prestige et en reconnaissance nationale, le Fatah prend le contrôle de l'OLP en 1969.1970 : Septembre noir.À la fin de la guerre de 1967, Israël s'empare de la Cisjordanie, que la Jordanie avait annexée en 1949.Les actions palestiniennes à la frontière accroissent les frictions entre les dirigeants jordaniens et les Palestiniens, qui culminent en septembre 1970.L’armée du roi Hussein de Jordanie s'oppose aux organisations palestiniennes et exécute près de 3 500 Palestiniens à Amman.1974 : Arafat lance un appel à une résolution non violente du conflit devant l'Assemblée générale des Nattons unies.1987 : Début de la première Intifada (guerre des pierres).Le soulèvement populaire est mené par les jeunes Palestiniens qui manifestent massivement leur révolte contre l'occupant, sans relâche pendant près de cinq ans.1989 : Arafat est nommé président de l'État palestinien, autoproclamé par le Conseil national palestinien l’année précédente.1993 : Signature des accords de paix d’Oslo, sous l'égide du président américain Bill Clinton.Échange d’une poignée de main historique entre Yasser Arafat et Itzhak Rabin, alors premier ministre israélien, ce qui leur vaudra le prix Nobel de la Paix l’année suivante.1994 : Arafat revient à Gaza et met sur pied l'Autorité palestinienne, dont il devient le président.1995 : Signature des accords d'Oslo II.1996 : Arafat remporte les premières élections tenues dans les territoires palestiniens, obtenant 87,1 % des voix.1996 : Signature des accords de Wye Plantation.Septembre 2000 : Début de la deuxième Intifada provoquée par la visite du premier ministre israélien, Ariel Sharon, sur l’Esplanade des mosquées, à Jérusalem Cette fois, les actes de résistance des Palestiniens se manifestent par une vague d'attentats-suicide en territoire israélien, auxquels Israël réplique par des opérations militaires d'une ampleur grandissante dans les territoires occupés.3 décembre 2001 : Arafat est confiné à Ramallah en Cisjordanie, située à une quinzaine de kilomètres au nord de Jérusalem.29 mars 2002 : Le gouvernement d'Ariel Sharon qualifie Arafat d'« ennemi » et lance en Cisjordanie une offensive militaire au terme de laquelle le dirigeant palestinien se retrouve enfermé dans quelques pièces seulement de son quartier général, la Mouqataa, qui est assiégée par l’armée israélienne 2 mai 2002 : L’armée israélienne lève son siège de la Mouqataa, mais Arafat y demeure confiné jusqu'à la fin.24 juin 2002 : George W.Bush annonce son plan de paix ; la création d'un État palestinien dépend du départ de Yasser Arafat.Naplouse yW Ciajordanlfi r \lsrael (./Jordanie^ ^ Saoudite Cisjordanie Ramallah O Jérusalem Bethléem Hebron Rafah 14 février 2003 : Arafat cède aux pressions et délègue une partie de son pouvoir au premier ministre 6 septembre 2003 : Le premier ministre Mahmoud Abbas démissionne de son poste ; il est remplacé par Ahmed Qoreï.11 novembre 2004 : Hospitalisé pendant 13 jours, Yasser Arafat meurt à l’hôpital militaire Percy, en banlieue de Paris, Miriam Fahmy t l I PHOTO CM LQZANOexnNG Internationa Plages d/Espagne/ l'eldorado des échoués de la terre Dans la foulée du 11 septembre, et davantage après le 11 mars 2004 à Madrid, sur fond de « choc des civilisations », on a confondu l'immigrant et le réfugié avec le terroriste.Espagne — Avec son adhésion en 1991 à l'espace Schengen — territoire sans frontières (du nom de la ville luxembourgeoise où le premier accord a été signé en 1985) —, l'Espagne lançait l'opération « Verrouillage des frontières » devant rendre encore plus difficile l'admission de tout étranger en terre ibérique et consolider son rôle de gendarme du sud-ouest européen.L'obtention d'un visa rendu presque impossible, cette nouvelle stratégie n’a fait que gonfler le flux des immigrants clandestins.En 2003, on estime que 23 % des sans-papier qui ont réussi à pénétrer à l'intérieur de la ceinture européenne sont passés par l'Espagne, principale porte d'entrée de cet eldorado.La convention de Schengen reflète une politique à deux vitesses : d'un côté, la libre circulation des citoyens européens d'une frontière à l'autre à l'intérieur de l'espace ; de l'autre, une plus grande surveillance et rigidité des frontières extérieures.Dirigée par un comité exécutif composé des ministres de l’Intérieur de chacun des États membres, elle ne dépend d'aucune structure de l'Union européenne, ne doit être approuvée par aucune institution parlementaire et n'est soumise à aucun contrôle démocratique.Plutôt que de combattre le travail clandestin et ceux qui en profitent, on privilégie la traque aux immigrants illégaux.Dans le cadre du Système intégré de vigilance extérieure (le SIVE), le pays a investi des sommes astronomiques (estimées à plus de 200 millions d'euros) pour installer caméras thermiques, radars longues distances et hélicoptères de surveillance.Une politique de fermeture Si ce blindage des frontières a connu son paroxysme au cours du règne de José Maria Aznar, chef autoritaire du Parti populaire (centre droite), les politiques de fermeture demeurent tout aussi prioritaires pour le nouveau gouvernement socialiste.Depuis son élection en mars dernier, le premier ministre José Luis Rodriguez Zapatero a manifesté avec ardeur son désir d'élaborer une stratégie commune de contrôle des frontières terrestres, aériennes et maritimes afin de maîtriser les flux migratoires.Selon le quotidien espagnol El Pais, entre le premier janvier et le 31 août 2004, quelque 73 747 immigrants illégaux ont été interceptés et refoulés aux postes frontières, ce qui représente en moyenne 303 personnes par jour, 12,6 par heure.Une personne aux cinq minutes.Ces mesures ont certainement freiné le passage d'immigrants par les voies traditionnelles.Mais contrairement aux buts avoués, le durcissement des législations en matière d'immigration a non seulement entraîné un renforcement de la clandestinité, mais a surtout rendu plus dangereuses les nouvelles routes empruntées par les immigrés qui doivent durement marchander le rêve avec les filières mafieuses profitant de la misère humaine.Un long voyage À partir du littoral marocain, on voit se dessiner au loin les contours des côtes espagnoles.À seulement quelque 14 kilomètres du continent africain, il n'est pas surprenant que le rêve semble aussi accessible.Entre Tarifa, extrémité méridionale de la péninsule ibérique — nouveau paradis de la planche à voile —, et Tanger, au nord du Maroc, les traversiers rapides de Trasmediterranea, Buquebus et Euroferrys, assurent aux touristes un JT*.' • : ' S Mâ PMSi ¦¦ - Toutes les semaines, Africains et Maghrébins s'entassent sur des embarcations précaires, espérant traverser de nuit les eaux de Gibraltar qui séparent le Maroc de l'Espagne.Plusieurs sont intercapt» par les autorités espagnoles.Quelque 4 000 individus depuis 10 ans y ont trouvé la mort, noyés.Leurs corps viennent alors s'échouer sur les plages espagnoles.passage en une trentaine de minutes.Mais pour les « illégaux » qui tentent de franchir le détroit de Gibraltar à bord de paieras, petites embarcations de pêche où s'entassent parfois de 30 à 50 personnes, l'odyssée vers l'Europe peut prendre plusieurs jours.Refoulé une première fois, puis une deuxième, on prend à chaque passage plus de risques.Or, si la hausse des contrôles et des restrictions a rendu le passage de plus en plus périlleux, elle n'a pas pour autant dissuadé ceux qui croient encore que le voyage vaut les dangers encourus.À l'échelle nationale, le nombre de clandestins qui franchissent le détroit demeure cependant assez faible.Comme l'explique Francisco Majueles de l'organisation des droits humains, Asociacion Pro Derechos Humanos de Andalucia (APDHA), « ce n'est qu'une minorité de clandestins - principalement des Marocains, des Algériens et des Subsahariens - qui empruntent ce passage.La majorité des immigrants dits illégaux, soit environ 90 %, privilégie d'autres voies, notamment l'aéroport de Madrid-Barajas.» Néanmoins, le drame des noyés de Gibraltar est réel.Bien qu’une évaluation précise soit difficile, l'APDHA l'estime à quelque 4 000 victimes depuis 10 ans.Jadis un espace naturel de relations et d'échanges, le détroit est désormais un cimetière marin.Quelle politique d'immigration ?« L'immigration est un phénomène très récent en terre ibérique, rappelle Francisco Majueles, et les défis pour favoriser une meilleure gestion politique de la situation et développer des mécanismes d'intégration sociale sont encore énormes.» Pays d'émigration il y a trente ans, l'Espagne a dû faire appel à une main d'œuvre étrangère afin de relancer son économie après son entrée dans l'UE.Aujourd'hui, elle compte parmi les principaux pays d'accueil de l'Union.« Le problème aujourd'hui est davantage au niveau de la perception de l’immigration, poursuit Francisco Majueles.II faut d'abord se demander, quel type de politique d'immigration voulons-nous proposer ?» Catherine Pappas En octobre, à la suite de longues négociations avec le patronat, le syndicat et les ONG, le gouvernement de Zapatero a annoncé un nouveau règlement de développement de la loi sur l'immigration.Afin de normaliser la situation des immigrants illégaux entrés au pays avant juin 2004, ces derniers devront cependant présenter un contrat de travail signé d'au moins six mois dans le pays.Le gouvernement estime à 800 000 le nombre de sans-papier qui pourront profiter de ce règlement.Mais selon une étude réalisée par le syndicat national espagnol (Confederacion sindical de comisiones obreras), près de 39 % des employeurs engageant des illégaux refuseraient de leur accorder un contrat légal.Carnet de voyage.de Séville Espagne — Théâtre Lope de Vega, Festival de cinéma européen de Séville, projection de Visions d'Europe.Les spectateurs observent une minute de silence à la mémoire du cinéaste néerlandais, Théo Van Gogh, assassiné lundi l1* novembre.Son film Euroquiz, perspective sur une Europe qui se construit au rythme et au ton d’un concours télévisé, était l’un des courts-métrages composant Visions dEurope.Il est dit que le présumé assassin du cinéaste est Mohammed B., 26 ans, né dans un quartier immigrant d’Amsterdam.Jeune homme avec la double nationalité (marocaine et néerlandaise), qui parlait bien la langue du pays d’accueil.Rapidement capté par les médias espagnols, ce « fait isolé » multiplie à lui seul les incidents xénophobes.Le mouvement d’extrême droite s’en réjouit ; on en profite pour brûler une école musulmane — dont il sera à peine question dans la presse nationale.Le discours dérape.Le gouvernement néerlandais interprète l’incident comme le début d’un Djihad (guerre sainte) lancé contre son pays et en profite pour déclarer la guerre aux islamistes radicaux.Les immigrants sont alors perçus comme des indésirables.Dans le quotidien El Pais du 8 novembre, la photo illustrant un article sur l’assassinat du réalisateur montre deux femmes voilées passant près de l’hôpital d’Amsterdam où repose le présumé assassin.Celles-ci n’ont pourtant aucun lien avec cette histoire, mais elles sont voilées, donc musulmanes.L’amalgame est vite fait.L’assassin est musulman et représente tous les musulmans des Pays-Bas, voire les musulmans de l’Europe et du monde entier.L’Europe s’unit derrière l’ennemi commun : l’étranger non européen.Car dans cette constante représentation négative de l’immigration, notamment d’une immigration visible voire musulmane, on a construit l’image du barbare — que l’on doit tenir à l’écart de la Cité.Les Pays-Bas se tournent vers l’Espagne pour consolider leur alliance dans la guerre contre le terrorisme.On soupçonne des liens entre Mohammed B.et les cellules terroristes espagnoles.GP.Dans le cadre du projet Parole citoyenne, l’auteure tient un journal de bord, à lire sur le site de l’ONF, www citoyen.onf.ca.Radio Alternatives • De l’information internationale centrée sur les enjeux de la mondialisation • Des pistes de réflexion critique sur les questions sociales d’ici et d’ailleurs • Une tribune pour les acteurs des mouvements sociaux et les actions qu’ils proposent • Un lieu d’apprentissage et d’implication Diffusion le dimanche & 16 h sur les ondes de CKRL 89,1 & Québec Information : (418) 881-4000 Quel avenir pour la démocratie en Iran ?À en croire Kaveh Ehsani et Ali Rezaei, l'avenir politique de l'Iran serait plus sombre que jamais.Les deux membres chevronnés du Mouvement de la réforme iranien prenaient la parole à un colloque organisé par le Comité pour la paix et la résolution des conflits, à l'Université Concordia de Montréal, le 4 novembre.Selon Kaveh Ehsani, politologue à l’Université de Chicago et collaborateur de la prestigieuse revue iranienne Goftégou (Dialogue), personne ne peut prédire l'avenir en Iran en matière de démocratisation, ni, à plus forte raison, au Moyen-Orient.Mais les perspectives demeurent fort minces, surtout après l'élection aux États-Unis de George W.Bush, reporté au pouvoir pour un deuxième mandat.En Iran, les élections législatives de février 2004 ont complètement bouleversé le paysage politique.On sait que l'aile conservatrice du régime a fait disqualifier plus de la moitié des candidats et candidates se réclamant des partis ou regroupements de la Réforme.La chambre est passée sous le contrôle des conservateurs.C'était, soutient le politologue Ehsani, « un coup de force » contre la Réforme, qui signifiait la fin de l'éphémère « printemps de Téhéran » inauguré avec l'élection de Mohammed Khatami en 1997.Définitivement mort En somme, les sept dernières années n’auront été qu'un intervalle ayant permis à un régime illégitime de perdurer.Par contre, insiste Kaveh Ehsani, la révolution islamique de 1979 a été une véritable révolution sociale, l’une des plus populaires jamais vues.Malgré la mainmise du clergé chiite sur les rouages de l'État peu après, le régime islamique n’a pas su, n’a pas pu, et peut-être n'a pas voulu interrompre l’essor de la modernité en Iran.Car, en même temps que la Loi islamique a été imposée, les classes populaires ont accédé à presque tous les paliers de la vie publique et politique.L’ancien régime est définitivement mort, nonobstant le rêve des monarchistes.« La politique de la Réforme, c'est le résultat de ce mouvement-là, soutient le militant du Mouvement.Mais le régime islamique a voulu instaurer un modèle “chinois’’ de libertés économiques assorties de répression politique.Cela n’a pas marché.On assiste aujourd'hui à l’émergence des Gardiens de la révolution en tant que structure quasi mafieuse.Mais en même temps, une classe moyenne urbaine s'esf formée.Cette classe constitue la base, même si elle est flottante, de la Réforme.» La Réforme est donc, pour le moment, moribonde.Mais, explique encore M.Ehsani, elle a réussi à faire passer dans le discours politique de nouvelles préoccupations.En Iran, on parle désormais de la primauté de la loi, au moins en ce qui concerne le gouvernement.De nouvelles lois votées par le Parlement précédent ont su articuler des demandes sociales.Plus important encore, l'Iran a réussi, pour la première fols dans son histoire, à respecter l'alternance pacifique du pouvoir au niveau municipal.Cette vision, un tant soit peu pessimiste, n'était pas tout à fait partagée par l'autre membre du Mouvement de la réforme, invité à prendre la parole au colloque du 4 novembre.f PHOTCC HASANSARBAKHSHJAN/CP Ali Rezaei est un militant réformateur de la première heure et il partage son temps entre ses études à l’Université de Calgary et son travail de consultant auprès du Mouvement à Téhéran.Il soutient plutôt que « la Réforme s'est transformée au fil des ans en lame de fond qui a porté Khatami au pouvoir.De part et d’autre, c’était la surprise totale.Le régime croyait que son candidat l'emporterait.Du côté des réformateurs, c'était la surprise totale.Ils n'avaient ni organisation ni programme politique ou économique.» Absence de stratégie D'où la relative facilité avec laquelle les « purs et durs » de l'appareil clérical, s'appuyant sur une interprétation contestée de l'islam, ont pu paralyser le gouvernement de Khatami et, finalement, lui casser les reins.Si Ton avait à en tirer des leçons, toujours selon le militant Rezaei, il faudrait conclure que ce Mouvement n’avait pas de stratégie pour la conquête du pouvoir ; il n'avait pas d'organisation sur le terrain ; il n'a pas été capable de rejoindre les préoccupations — surtout économiques — bien réelles du peuple.Bref, c’est Tanatomie d’un échec.Comme si cela ne suffisait pas, enchaîne Ali Rezaei, l’attitude agressive des États-Unis a encouragé les ultraconservateurs.Ces derniers s'érigent désormais en défenseurs et porte-étendards de la fierté nationale.» La seule approche susceptible d'influer sur le cours des événements en Iran, selon M.Rezaei, serait d’installer les droits de la personne au cœur d’une éventuelle négociation.« Oui, la pression internationale compte en Iran.Les gens se trouvent actuellement dans un état d’apathie, c'est vrai.Mais il subsiste beaucoup d'énergie politique ; les gens ne sont pas désarmés pour autant.» En fin de compte, tout changement en Iran doit venir de l’intérieur, a fait remarquer Roksana Bahramitash, professeur à l’université Concordia, qui vient de rentrer d'un séjour de plusieurs mois à Téhéran.« C'est un paradoxe.Les conservateurs religieux sont, en matière d'économie, plus progressistes que ne l’étaient les réformateurs.Le régime songe même à la création d'un ministère du Bien-être social.» Et tout cela peut se passer sans démocratisation, ont fait valoir les conférenciers.La démocratie demeurant une perspective à peu près nulle.À l’heure de l'invasion américaine et de l'imposition de la « démocratie de marché » en Irak par le feu et le sang.On est en droit de se demander de quelle démocratisation il s'agit au juste.Fred A.Reed t f International Le nouvel Uruguay PHOTO MARCELO HERHAMDEZ / AP À Montevideo, capitale de l'Uruguay, une mère quête de l'argent pour subsister.Alors que la boutique à laquelle elle est adossée solde sa marchandise de 50 %.Le pays est durement frappé par la récession depuis plusieurs années.B la débâcle financière de l'Argentine, l'un des principaux partenaires commerciaux du pays, a davantage aggravé la situation.Après l'élection d'Hugo Chavez au Venezuela, de Lula au Brésil, de Lucio Gutiérrez en Équateur et de Nestor Kirchner en Argentine, voilà que pour la première fois depuis 30 ans, la gauche uruguayenne est aussi au pouvoir.Depuis 10 ans, le Frente Amplio, de Tabaré Vasquez, coalise les forces de gauche dans ce petit pays du cône sud, et occupe une place de plus en plus importante sur la scène politique uruguayenne.Lors des campagnes électorales de 1994 et 1999, la coalition avait déjà réussi à emporter respectivement 35 % et 45 % des suffrages.Cette fois, le 31 octobre, en portant au pouvoir Tabaré Vasquez et son parti, les Uruguayens ont mis un terme au bipartisme monopolisé jusque-là par le parti National dit Blanco, d'origine catholique et de tendance conservatrice, et par le parti Colorado, de tendance plutôt libérale, de Jorge Batlle Ibanez.Le bilan économique du parti Colorado de Battle, qui dirigeait le pays depuis 2000, n'est pas reluisant : le taux de chômage se maintient autour de 15 %, et l'exode national s'élèverait à quelque 15 000 personnes par année, soit près de 500 000 depuis 20 ans.La dévaluation de 1999 au Brésil a rendu les produits uruguayens moins compétitifs et les épidémies ont eu un impact sur l’exportation de viande bovine vers l'Amérique du Nord.La crise argentine de 2001 est venue fragiliser un peu plus l'économie.Le retrait de l’épargne argentin des banques uruguayennes aura obligé le gouvernement à octroyer un important prêt aux institutions financières pour renflouer les caisses, augmentant d'autant la dette nationale.Ce sont donc tant les succès de la gauche des pays voisins que le contexte socioéconomique de l'Uruguay qui auront permis à Vasquez et sa coalition de faire valoir leur pro- gramme plus à gauche et plus critique quant aux politiques néolibérales.Pour Gustavo Dans, du Réseau des organisations communautaires du MERCOSUR, cette victoire représente une opportunité pour freiner les politiques « impulsées par les vieux partis conservateurs, qui ont favorisé l'ouverture totale de l'économie durant les vingt dernières années, la concentra- tion de la richesse et les privatisations qui ont été destructrices pour le secteur de la production nationale ».Rupture avec le tout au marché Se présentant comme « anti-impérialiste », le programme du Frente Amplio repose sur un principe d'autodétermination nationale, dont les priorités sont l’amelioration des politiques sociales et productives, l’approfondissement de la démocratie, la transparence de l’État et l'intégration régionale.La grande priorité de Tabaré Vasquez demeure la résolution de la crise structurelle.A cet égard, les nouveaux gouvernements de l’Argentine et du Brésil ont déjà commencé à tourner le dos aux agences multilatérales de financement et aux politiques de marche néoliberales, qui ont provoqué un cycle de décroissance socioéconomique.L'élection de Vasquez viendra peut-être renforcer les projets de Parlement supranational et de création d'une monnaie commune en Amérique latine.Pour Gustavo Dans, les pays voisins auront une incidence cruciale sur la politique interne et sur l'avenir de la coalition : « La négociation de la lourde dette externe et la façon dont on envisage l'insertion du pays dans la région et dans le monde vont conditionner les possibilités d'application du programme de la coalition de centre gauche.Entre les propositions et leur application, il y a un espace-temps que les voisins, spécialement l'Argentine, le Brésil et le Venezuela sont en train de parcourir.Ces pays constituent des sources d’inspiration et d'apprentissage permanents.» Consultation populaire sur l'eau La campagne sur l'eau a été l'un des thèmes centraux de la campagne électorale de Tabaré Vasquez.Plus de 65 % des électeurs ont approuvé le projet de réforme constitutionnelle pour garantir le contrôle des ressources hydrauliques du pays.Une façon de dire non aux politiques de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international qui offrent des prêts aux pays du Sud qui envisagent de privatiser leur eau et les services afférents.Mais encore faut-il que le pays dispose de mécanismes lui permettant de mettre en ivuvre les changements souhaités.Gustavo Dans est préoccupé et questionne l’absence d’infrastructures facilitant le changement.» U faudra la création d instances de dialogue et de négociation collective qui donnent de l'espace i) des organisations syndicales, aux entrepreneurs, aux universités et aux mouvements sociaux.» L’alliance entre les mouvements sociaux et le gouvernement devient stratégique dans la recherche de solutions aux problèmes de pauvreté et d’exclusion.L'Amérique latine a payé cher son statut de laboratoire des expériences néolibérales.Malgré tout et au prix d'efforts de concertation, les partis de la gauche latino-américaine occupent de plus en plus l’espace politique.Reste à savoir si cette nouvelle Amérique latine relèvera le défi d'un nouveau genre de développement.Tania Vachon C’est en 1971 qu'a été formé le Frente Ampollo, alors organisation parapluie de plusieurs mouvements politiques de gauche.Ciblée par la répression durant la dictature de 1973 à 1985, c'est au retour de la démocratie que la coalition s’est constituée comme véritable alternative politique.L'Amérique latine a payé cher son statut de laboratoire des expériences néolibérales.Malgré tout et au prix d'efforts de concertation, les partis de la gauche latino-américaine occupent de plus en plus l'espace politique.À la frontière du Myanmar, une clinique illégale thaïlandaise Pas de panneau, aucune inscription n'indique la présence de la clinique.Il s'agit de ne pas provoquer les autorités thaïlandaises qui ferment les yeux sur son existence.Installée en périphérie de Mae Sot, petite ville frontalière de la Thaïlande, à 10 kilomètres du Myanmar (Birmanie), la clinique fourmille d'activité.La plupart des membres du personnel médical n’ont pas le droit d’exercer officiellement.Les médecins sont des réfugiés karens, une minorité de la Birmanie persécutée pour son refus de reconnaître le gouvernement en place et leur revendication indépendantiste.Formés par la docteure Cynthia Maung, elle-même médecin karen en exil, ils sont venus chercher refuge en Thaïlande où ils ne sont que tolérés et vivent une existence très précaire.Ils reçoivent un apprentissage théorique de 18 mois seulement puis passent directement à la pratique.Car les besoins sont énormes et le temps presse.« Il y a tellement de besoins », soupire Mya, 23 ans, qui a cessé d'exercer les fonctions d'infirmière pour s'occuper de l'administration.La docteure Maung ne pouvait plus faire face à la demande grandissante, elle a donc entrepris de donner une formation médicale à la clinique.Rien d'officiel ici.La clinique n'est pas censée exister, les étudiants devenus médecins sont toujours illégaux et sans-papier, en fuite.Les patients franchissent la rivière qui sépare les deux pays, parfois sur des chambres à air de tracteur, au risque de leur vie, car le courant est fort.« Nous recevons en moyenne cent patients par jour et la demande ne cesse d'augmenter », confie Mya.Il fait chaud, très chaud.C'est la saison des pluies.L'humidité est lourde.Dans la cour, les patients font déjà la queue.Certains viennent de très loin, leurs visages portent les stigmates de la fatigue et de la maladie.Dans leurs yeux, se lit l'espoir.Dans les salles que nous traversons, pas de climatisation, pas même de ventilateur.Il fait 35 degrés Celsius.Nous arrivons aux urgences, les gens sont allongés sur des planches de bois.Certains viennent de se faire amputer « sans anesthésie », nous précise Mya.: « Nous n’en avons pas les moyens.On leur donne du paracétamol pour calmer la douleur.» Médecins bénévoles La jeune femme nous présente Lun des médecins étrangers bénévoles à la clinique.Us sont trois actuellement.« Souvent ce sont des étudiants en médecine qui viennent de terminer leurs études, nous explique Mya.Ils nous aident quelque temps et prennent de l'expérience avant de retourner dans leurs pays.Nous sommes connus des organisations non gouvernementales, c'est ainsi qu'ils prennent contact avec nous.» Le médecin bénévole, c’est Dan DWyer.Il est australien, et installé à Mae Sot depuis un an.Souriant, il confie : « le donne mon temps bénévolement, c’est vrai, mais c’est une expérience et un apprentissage ex- traordinaires.Les gens ici sont d’un courage exceptionnel.On aimerait pouvoir faire davantage, mais on manque de tout.Impossible de faire des tests sanguins pour chaque malade, pas de rayons X, peu de médicaments.Lorsqu'un malade est atteint du sida, on l'expédie chez lui avec quelques condoms en essayant de le persuader de les utiliser.C'est tout ce qu'on peut faire.Nous n'opérons que les cas urgents.Les patients qui ont des tumeurs qui n'évoluent pas trop rapidement, nous les renvoyons chez eux, par manque de moyens, de personnel qualifié et de temps.Et puis, il n'y a que 60 lits.Certains malades doivent dormir par terre.» Mya nous introduit maintenant le jeune Basowe à l’école de la clinique que fréquentent les enfants du personnel médical et quelques jeunes patients.« Comme les parents n'ont pas de papiers, ils ne peuvent envoyer leurs enfants dans les écoles thaïlandaises.Il a aussi fallu y remédier.» Basowe a quatre ans, sa mère est morte du sida à la clinique.Lui aussi est atteint.Orphelin, il a été pris en charge par la clinique comme patient permanent.Il sourit, 11 rit, il a Tait heureux, épanoui.« Mais sa situation est très précaire, soutient Mya.Pour l'instant les autorités thaïlandaises ferment les yeux sur toutes nos activités mais tout peut changer du jour au lendemain.Il suffit que les tensions qui existent entre la Thaïlande et le Myanmar s'intensifient.Nous n’avons pas le droit, légalement, d'exister.Basowe, n'existe pas davantage officiellement.Sa naissance n'a pu être déclarée.» Nous changeons de bâtiment.C'est la section des maladies mentales.Un vieil homme est attaché sur son lit.Il crie.Il a l'air hagard.Un infirmier se tient à ses côtés et nous raconte qu'« il est ici depuis longtemps.Il a perdu la tête.On ne peut pas le laisser sortir mais il n'y a pas de médicaments pour le soigner.Tout ce qu'on peut faire c'est l'attacher pour éviter qu'il ne nous frappe.» Les fonds manquent péniblement La clinique est soutenue par de nombreuses organisations gouvernementales et non gouvernementales, et pourtant l'argent manque.Les dons sont insuffisants avec le flux incessant des réfugiés.« Depuis la création, en 1988, d'une petite structure accueillant quelques étudiants birmans militants pour la démocratie et fuyant les représailles, nous sommes passés à un établissement qui reçoit plus de 30 000 patients par an, continue Mya.Docteure Cynthia est très connue pour son œuvre maintenant.On lui a décerné de nombreux prix, mais ça ne suffit pas.Il faut se battre tous les jours pour continuer à subsister.» Nous demandons plusieurs fois à rencontrer la docteure Cynthia Maung.Impossible, le rendez-vous est repoussé d’heure en heure.Elle est trop occupée.C'est bien malgré elle qu’elle passe tant de temps à essayer de recueillir des fonds.Sylvtane Cortial Pour aider la clinique : Mae Tao Clinic, PO Box 67, MAE SOT, TAK 63110, Thaïlande Fax : 001 66 55 563 644.Courriel : wtn7@loxinfo.co.th Une autre mondialisation est-elle possible ?Les nouveaux enjeux et les nouvelles stratégies de développement en ce début de XXIs siècle Dans la collection Pratiques et politiques sociales et économiques Altermondialisation, économie et coopération internationale Sous la direction de Louis Favreau, Gérald Larose et Abdou Salam Fall 2004, 404 pages ISBN 2-7605-1309-2, D-1309, 39$ t 08^ Altermondialisation, économie et coopération internationale m Le Sud.et le Nord dans la mondialisation Quelles alternatives ?Le renouvellement des modèles de développement Sous la direction de Abdou Salam Fall, Louis Favreau et Gérald Larose 2004, 408 pages ISBN 2-7605-1318-1, D-1318, 39$ Le Sud., et le Nord dans la mondialisation Quelles alternatives! mà « Presses de l'Université du Québec L«a grand* dtftwur* ^ /Tan* d* te connaissance \J Québec Téléphone : (418) 657-4399 Télécopieur: (418) 657-2096 www.puq.ca i t « nts de vue Billets F Indymedia a 5 ans Francis Oupuis-Déri Le mouvement altermondialiste espérait un débat public plus dynamique, plus participatif et alimenté par une information plus diversifiée.Passage aux actes : les militants ont lancé des journaux et des revues un peu partout.À l'ère de la grande toile électronique, le mouvement s'est aussi déployé virtuellement.Ce dynamisme vient contredire l'idée que les militants critiquent beaucoup, mais ne proposent rien : voilà des réalisations concrètes, en accord avec les valeurs véhiculées par le mouvement.Le réseau électronique Indymedia (www.indymedia.org) reste la plus belle réussite.Sa première cellule a été mise sur pied en prévision de la « bataille de Seattle », le 30 novembre 1999.Comme dans presque toutes les grandes manifestations du mouvement, un centre des médias alternatifs avait été organisé, accueillant des journalistes de médias étudiants, communautaires et militants, qui y trouvaient des ordinateurs, des tables de montage audio et vidéo, et du café, beaucoup de café.À l'occasion du Sommet des Amériques, à Québec en 2001, c'est le Centre des médias alternatifs (www.cmaq.net) qui a mis sur pied un tel lieu d'accueil et de diffusion.Si les contre-sommets passent, les médias attematifs restent et prennent de l’expansion.Il y a maintenant sur une base permanente plus d’une centaine d'antennes du réseau Indymedia, dans autant de villes un peu partout autour du monde, mais surtout en Occident Le réseau est quotidiennement visité par des centaines de milliers d'internautes, et même des sociologues spécialisés dans l’étude des mouvements sociaux considèrent qu'il s'agit d'une source d’information importante pour mieux connaître les activités du mouvement Le réseau Indymedia cherche à fonctionner selon des principes d’égalité et de liberté, et à abolir l’inégalité entre les producteurs et les consommateurs d'information, un idéal qu’évoque le slogan « Ne détestez pas les médias, devenez les médias ! ».Fonctionnant sur le mode de l’édition ouverte et sans rédacteur en «chef», quiconque peut en principe y publier ses textes, photos et vidéos et participer à des débats.Indymedia n’est pas seul.D'autres réseaux électroniques se spécialisent, entre autres, dans l'annonce des manifestations (www.protest.net) ou dans la diffusion d'information au sujet de la mouvance libertaire (www.ainfbs.ca).Il existe aussi, bien sûr, des sites liés directement à des organisations participant au vaste mouvement transnational, comme ATTAC (www.attac.org) et la Convergence des luttes anticapitalistes de Montréal (http://clac.taktic.org/index.php).Tout comme le mouvement dans la rue, son double virtuel est aussi victime de répression.Lors des grands sommets, les autorités officielles ont souvent fermé les centres des médias alternatifs, parfois avec une très grande violence, comme dans le cas des manifestations de Gênes, en juillet 2001, alors qu'une soixantaine de journalistes et militants endormis avaient été brutalisés à un point tel qu'ils avaient pris directement le chemin de l'hôpital.Des ordinateurs avaient été saisis, d'autres détruits.En octobre dernier, le FBI procédait à la saisie de disques durs du réseau, sans donner d'explication.Plusieurs sites ont été privés de textes ou d’images, voire paralysés pendant des semaines.Le FBI a finalement restitué une partie du matériel, précisant qu’il enquêtait à la demande d’autorités étrangères, d’Italie ou de Suisse.Plus pernicieux encore sont les individus qui profitent de la liberté qu’offrent ces médias alternatifs pour diffuser de la propagande haineuse.Le CMAQ du Québec a ainsi beaucoup de difficulté à juguler des « masculinistes » qui intoxiquent le réseau en publiant des textes antiféministes, voire explicitement misogynes, ce qui a valu au CMAQ d’être vertement critiqué par des féministes.Comme l’ensemble du réseau altermondialisation, sa part virtuelle évolue donc au gré des alliances et des conflits, du départ et de l’arrivée d’alterjoumalistes, et des tentatives de résoudre des tensions entre les idéaux et la dure réalité politique.Mais Indymedia a 5 ans, ce qui est déjà une grande réussite.Abu Amar N Michel Warschawski Jusqu’à il y a deux ans, j’étais, je crois, le seul Israélien de gauche à n’avoir jamais rencontré Yasser Arafat.Non pas par boycott ou en raison d’une quelconque aversion envers le dirigeant du mouvement national palestinien, mais parce que si j’apprécie les discussions politiques et les réunions avec des militants, je fuis les rencontres protocolaires et les accolades avec les grands de ce monde.Il y a deux ans, j’ai décidé de rendre visite à Yasser Arafat, enfermé par mon gouvernement dans ce qu’il restait de son quartier général dévasté.Parce qu’une fois de plus, il symbolisait le sort de son peuple tout entier.Et c’est précisément parce que, plus que tout autre, Yasser Arafat représente le mouvement national palestinien, qu’il est l’objet de la haine des Israéliens et de l’affection qu’éprouve envers lui la grande majorité de son peuple.Car au-delà des critiques, et elles sont nombreuses, sur la gestion naïve des négociations avec Israël, sur l’administration bureaucratique de l’OLP et sur les grands problèmes de corruption dans les finances de l’Autorité nationale palestinienne, il est et restera dans l’histoire et dans le cœur de son peuple le père de la renaissance nationale palestinienne et de la lutte pour la liberté et l’indépendance des Palestiniens.Certes, Yasser Arafat n’est pas Nelson Mandela et certainement pas Ho Chi Minh, ni même Abdel Nasser ou Ben Bellah.Mais, comme l’écrit cette semaine le militant, sioniste et pratiquant, Yitshak Frankental, du Comité des parents israéliens des victimes, comparé aux politiciens israéliens, c’est un géant : car il a su faire des choix douloureux et s’y accrocher, envers et contre toutes les pressions.À l’époque où les sondages servent de seules boussoles à la majorité des politiciens, où, dans le monde de la diplomatie, la parole donnée n’a plus aucune valeur, Yasser Arafat a su être un dirigeant prêt à prendre ses responsabilités.au risque d’échouer.Pour les Palestiniens, Yasser Arafat aura eu au moins trois grands mérites : d’abord, et malgré les pressions énormes mises en œuvre et les menaces de le lui faire chèrement payer, Yasser Arafat n’a pas accepté de provoquer une guerre civile entre Palestiniens ; il l’a payé par un boycott international et son enfermement dans la Mouqataa.Ensuite, et là aussi malgré les pressions énormes des puissances impérialistes et les menaces d’Ehoud Barak, il a refusé à Camp David de revoir à la baisse le « compromis historique » décidé par le Conseil national palestinien d’Alger, basé sur les résolutions de l’ONU.Finalement, il a été un exemple de laïcité, défendant une vision de l’État palestinien où puisse se réaliser une véritable coexistence entre hommes et femmes de confessions différentes, ce qui est loin d’être évident dans le monde arabe actuel.Pour les Israéliens, il aura été celui qui, sur la base d’un compromis extrêmement généreux et d’une véritable volonté de réconciliation - qui, pour beaucoup, était déjà une compromission -, leur offrait une légitimité nationale et la possibilité d’une souveraineté dans le monde arabe.L’immense majorité des Israéliens a été incapable de le comprendre.Un jour, ils le regretteront.Espérons que ce ne soit pas trop tard.L’auteur, journaliste et écrivain israélien, est un militant de la première heure pour la paix en Israël et Palestine.Il est le fondateur du Alternative Information Center (AIC).ViSiTE.oa AO cA>Ut>A.ÜMVi/ / xt ÇST SUg LA V&, ïHpWiDUS Per&btri&u&A'&sr A ÀrrçfiTïflrt.Il Pï&MUiê Des Apmt* t>£?rpUCTi0N J WELCOME v/iinirM BIENVENUE ^ a la tcviue ^ A -J États-Unis : dur lendemain de veille pour 'économie Au-delà de la guerre au terrorisme et des valeurs morales, l'élection du 2 novembre divise le peuple américain sur les questions économiques et sociales.Du nord au sud, riche ou pauvre, pieuse ou non, la population américaine est aujourd'hui victime de fractures qui pourraient avoir un impact négatif sur l'économie du pays.S'il veut redonner à l'économie américaine son erre d'aller des années 1990, le président Bush devra, d'ici 2008, revoir sa politique de « conservatisme compatissant ».Alors que le pôle économique et démographique de l’Amérique ne cesse de regarder vers le Sun Belt (les États du Sud), les États du Rust Belt (Midwest industriel) sont victimes d'une dépression économique qui commence à faire de sérieux dégâts.Ainsi, dans sa stratégie économique, le président devra proposer un agenda de croissance économique qui plaira non seulement à sa base électorale conservatrice issue du Sun Belt, mais aussi trouver des solutions novatrices plus « libérales » (au sens américain du terme) pour les régions économiques déprimées du pays, principalement situées dans le Rust Belt.C'est que l'économie américaine est engagée depuis 2000 sur une route plutôt cahoteuse.Bush 1, croissance économique O - L'hebdomadaire The Economist a qualifié le président « d'incompétent » en matière de gestion économique, et plusieurs économistes bien en vue sur la scène internationale (dont certains prix Nobel) rejettent carrément le plan de relance économique reaganien développé par l'administration républicaine, selon lequel une baisse d'impôt pour les plus riches relancerait la croissance économique du pays.À ce titre, le déficit budgétaire du gouvernement (actuellement à 4 % du PNB), créé par la guerre en Irak et les importantes baisses d'impôt consenties aux mieux nantis, force à la hausse les taux d’intérêt, ce qui risque d'entraîner le pays dans une récession pouvant tirer vers le bas une bonne partie des économies de la planète, dont celle du Canada.Politique sociale : In God we trust Pour éviter ce glissement, l’administration Bush devra utiliser la politique sociale comme outil de croissance économique.13 % des ménages vivent sous le seuil de la pauvreté, les coûts reliés à la santé explosent et les écarts entre les riches et les pauvres vont grandissants.Entre-temps, Bush tente de sous-contrac-ter les services sociaux aux Faith Based Initiatives qui sont gérées par des organisations caritatives religieuses.Il s'agit de dispensaires, de prisons, d'écoles, etc.Des services sociaux qui en principe relèvent En 2003, les Etats-Unis ont consacré plus de 396 milliards de dollars US à leurs dépenses militaires, alors que 33 milliards étaient destinés au développement international.Si cette aide passait de 0,14 % du PNB à 0,7 %, tel que réclamé par les membres des Nations unies, cette initiative pourrait à elle seule enrayer le quart de la pauvreté sur la planète d'ici 2015.de l'État sont donc de plus en plus dispensés en fonction des croyances religieuses des bénéficiaires, amplifiant du coup le problème de leur accessibilité.Tout sécuritire, tout utilitaire La sécurité intérieure et la politique étrangère auront été les principaux enjeux de la campagne électorale 2004.Mais bien peu de solutions novatrices et durables ont été développées et débattues par les candidats.George W.Bush et son cabinet devront comprendre que la guerre sera toujours un remède à court terme pour un problème autrement plus complexe, de pauvreté et de marginalisation économique, et que cela nécessitera des engagements sérieux en matière d'aide au développement international et de lutte contre la pauvreté.En 2003, les États-Unis ont consacré plus de 396 milliards de dollars US à leurs dépenses militaires, alors que 33 milliards étaient destinés au développement international.Si les États-Unis faisaient passer leur aide au développement de 0,14 % du PNB à 0,7 %, tel que réclamé par les membres des Nations unies depuis 1969, on estime qu'une telle initiative pourrait à elle seule enrayer le quart de la pauvreté sur la planète d'ici 2015, tout en gagnant une importante bataille dans la guerre menée contre le terrorisme à l'échelle mondiale.En somme, d'ici 2008, s'il veut maximiser les potentialités de croissance de son pays tout en luttant efficacement contre le terrorisme international, George W.Bush devra sérieusement revoir son agenda de « conservatisme compatissant » et sa politique étrangère, tout en restant ouvert aux quelques outils et opportunités qui s'offrent à lui pour remettre la locomotive économique mondiale qu’est l'Amérique sur les rails.Ce faisant, il créerait non seulement une meilleure situation pour les citoyens de son pays, mais aussi un meilleur environnement économique et géopolitique à l'échelle mondiale.François Boutin-Dufresne L'équipe du journal Alternatives fait relâche pour le temps des Fêtes.Nous serons de retour le 26 janvier 2005.¦ g XV g ¦ Ce journal est produit par Alternatives, réseau d'action et de communication pour le développement IT |* / ¦ TI % //U Ç international, en partie grâce à l'appui financier de l'Agence canadienne de développement international O I L III LI V V» ^ (ACDI).Le contenu n'engage en rien ce dernier organisme.Tirage : 50 000 exemplaires.Le journal Alternatives est distribué de façon indépendante et ce numéro est publié dans l'édition du 24 novembre JOURNAL du quotidien Le Devoir La reproduction des textes est autorisée.Veuillez mentionner la source.COORDINATION ET RÉDACTION : France-Isabelle Langlois - COMITÉ DE RÉDACTION : Pierre Beaudet, Catherine Binette.Daphnée D»n-Viens.Batiste Foisy, Alexandra Gilbert.Chad Lubelsky, Catherine Pappas, Fred A Reed et Tania Vachon - RECHERCHE : Miriam Fahmy - CHRONIQUES : GH Courtemanche, Murray Dobbin, Francis Dupuis-Déri Ariane Émond.David Homel, Naomi Klein, Stanley Péan et Judy Rebick -CARICATURE : Boris - RÉVISION DES TEXTES : Gilles McMillan - INFOGRAPHIE : Brigitte Beaudet ALTERNATIVES DIRECTEUR GÉNÉRAL Pierre Beaudet - RESPONSABLE DES COMMUNICATIONS : France-Isabelle Langlois Montréal - 3720, avenue du Parc, bureau 300.Montréal (Québec) H2X 2J1 • Tél : (514) 982-6606 Fax : (514) 982-6122 Québec - 266, rue Saint-Vallier Ouest, Québec (Québec) G1K 1K2 • Tél.: (418) 521-4000 Fax : (418) 521-4000 Courriel : commentaires@altematives ca • Site Internet : www alternatives ca L National Les rendez-vous ratés de Montréal A moins d un an des prochaines élections municipales, les rendez-vous manqués entre Montréal et la démocratisation s'additionnent.Comme en témoigne l'adoption récente par le conseil de ville du nouveau cadre électoral qui sera présentée le l*'décembre au ministère des Affaires municipales, du Sport et du Loisir.Un article publié dans Le Devoir du 12 novembre, « Montréal pourrait devenir ingouvernable », a suscité de vives réactions au sein de l’administration municipale.On y met en évidence la perte des pouvoirs exercés au conseil de ville au profit des nouveaux conseils d’agglomération et des conseils d'arrondissements.Le cadre électoral que doit présenter la Ville de Montréal au Ministère concernant le nombre de conseillers par arrondissement, la division du territoire, et la manière dont les conseillers municipaux et ceux d'arrondissements, doivent être élus.Le maire Gérald Tremblay a attendu à la dernière minute pour présenter un projet sans consulter les citoyens.Malgré ces délais serrés, trois arrondissements ont tenu des séances d'information, dont le Plateau Mont-Royal.Les citoyens ont été invités à émettre leurs commentaires sur la disparition des districts d'arrondisse ments — qui seront finalement main tenus —, l'élection au suffrage univer sel des maires d'arrondissements plu tôt que leur nomination, et l'instaura tion de conseillers d'arrondissements.Critique de ce processus, Dimitri Roussopoulos, président de la Société de développement communautaire de Montréal, soutient cependant que la création des postes de conseillers d’arrondissements est une bonne nouvelle.* Cela va ouvrir la porte aux jeunes, aux femmes et aux communautés culturelles puisque le renouvellement des postes traditionnels de conseillers est normalement très difficile.Lors de l'assemblée dans Plateau Mont-Royal, des citoyens ont demandé un moratoire sur le mode de scrutin, afin de profiter de ce moment de réforme pour aller beaucoup plus loin, notamment en proposant un mode de scrutin proportionnel.» Le conseil d'agglomération, une perte de pouvoir pour la ville ?C'est la loi 9 sur les défusions qui a mené à la création du conseil d'agglomération, où doivent être contrôlées 60 % des dépenses municipales et où le maire de Montréal y détiendra 87 % des pouvoirs, proportionnels à la population de sa ville.Toutefois, le maire devra agir sous mandat du conseil municipal.En cas de minorité du parti, comme le prédit Monsieur Roussopoulos, on s'apercevra rapidement que le conseil municipal a perdu beaucoup de pouvoirs.« C'est la première fois qu'un élu de ce niveau aura les mains liées par les instances législatives.» Par ailleurs, le projet de loi 75 sur le fonctionnement de ce conseil d’agglomération prévoit qu’outre les maires des villes de l’agglomération, sa composition sera déterminée par Québec et par décret.Dans un souci de représentation démocratique, plusieurs citoyens souhaitent que les maires d'arrondissements et les conseillers municipaux siègent aussi au conseil d'agglomération.Mais où livrer un tel point de vue puisqu'une fois encore, aucune consultation publique n’est prévue ?Aucune consultation n’est davantage prévue sur le rapport du Comité de Dans un souci de représentation démocratique, plusieurs citoyens souhaitent que les maires d'arrondissements et les conseillers municipaux siègent aussi au conseil d'agglomération.Mais où livrer un tel point de vue puisqu'une fois encore, aucune consultation publique n'est prévue ?transition.L'an dernier, la loi 33 sur la décentralisation a été également adoptée en l'absence de consultations publiques.Pour plusieurs, la Ville a fait un pas en avant en créant l’Office de consultations publiques.Toutefois, l’Office est surtout saisi de questions ponctuelles, de l'ordre de l'aménagement urbain, et pratiquement jamais des questions de gouvernance, de grands enjeux politiques ou économiques.Le Groupe de travail sur la démocratie municipale et la citoyenneté souhaite la création d’une commission sur la démocratie afin que soit reconnu un espace public qui focalise le débat sur les questions de démocratisation et de gouvernance.Pour Dimitri Roussopoulos, « en l'absence d'espaces de consultation et de participation, de tels débats continueront d’avoir lieu presque uniquement entre certains chroniqueurs de quotidiens montréalais et certains élus ».Èvr.Gauthier CONFÉRENCE ET DÉBAT Pour quand la démocratie participative à Québec ?La Démocrati participativ la mise sur pied des conseils de quartier avait été un premier pas.Maintenant, un an avant les élections municipales, à quoi peut-on s’attendre ?Peut-on penser qu'un projet de budget participatif verra le jour dans la ville de Québec ?Venez en discuter avec nous.mercredi 8 décembre 2004 à 19 h 30 Maison de la coopération 155, boul.Charest Est, salle 3 • Historique des conseils de quartier • Les conseils de quartier, vus de l’intérieur • Perspectives de démocratie participative à la Ville de Québec • La place des comités populaires dans la mise sur pied d’une démocratie participative Avec la participation de Line Cauchon, présidente du Collectif Femmes au sein du parti Renouveau Municipal de Québec (RMQ).Alternatives «*• rsr sc Information : (418) 521-4000 La Ville de Montréal se prononce contre l'AGCS Le 25 octobre, le conseil de ville de Montréal a adopté à l'unanimité une résolution importante concernant les services publics et les pouvoirs municipaux menacés par l'Accord général sur le commerce des services (AGCS).Le maire Gérald Tremblay a ainsi concrétisé Prenez position •fi’T Les grandes fractures de la mondialisation l'engagement qu'il avait pris lors du 3* Sommet des citoyens sur l'avenir de Montréal, tenu en septembre.L’Accord général sur le commerce des services (AGCS) fait partie des Accords de Marrakech signés en 1994 par les pays membres de l'Organisation mondiale du commerce (OMC), dont le Canada.Il couvre tous les niveaux de pouvoirs publics d'un État, du national au municipal.Il mobilise contre lui la société civile et un nombre croissant d'élus à travers le monde, qui estiment que les négociations en cours, dont l’échéance a été reportée à la fin 2005, ont un caractère antidémocratique.Ils considèrent aussi que l'AGCS peut sérieusement réduire leur capacité d'exercer le pouvoir public dans l'intérêt collectif, en toute souveraineté.Les élus de Montréal ont adopté une résolution sans équivoque demandant « au gouvernement fédéral de s'assurer qu'aucun accord international, notamment l'AGCS, ne puisse être interprété comme limitant le pouvoir des citoyens de décider, par l’entremise de leurs élus, du type de services pouvant être offerts et contrôlés par leurs pouvoirs publics locaux ».La Ville exprime aussi son désaccord vis-à-vis de toute obligation susceptible de lui être imposée en matière de libéralisation des services publics et de toute mesure pouvant nuire à sa capacité de légiférer dans l'intérêt public.Une ville ne peut s'exclure elle-même des dispositions d'un accord de TOMC qui a prééminence sur le droit national des États membres.Par cette résolution, la Ville de Montréal a donc rejoint une majorité de grandes villes canadiennes ayant déjà demandé au gouvernement fédéral d'obtenir une exemption permanente pour les gouvernements locaux.Initiative qui a Inspiré des centaines de villes au Royaume-Uni, en Autriche, en Belgique, en Nouvelle-Zélande, etc., à se déclarer hors AGCS, en réclamant un moratoire sur les négociations.Ailleurs, en France et en Italie notamment, les élus municipaux se mobilisent.Ce sont, entre autres, les grandes multinationales de l'eau, de l’énergie, de la santé, de l'éducation et de la culture qui influencent l'agenda de l'AGCS à travers leurs puissants lobbys et font pression sur les gouvernements des pays riches qui y voient un outil formidable pour conquérir les marchés extérieurs.L'objectif étant de libéraliser et de soumettre à la concurrence un maximum de secteurs de services.Au Québec, le terrain a déjà été préparé, entre autres, par les lois adoptées sous le bâillon par le gouver- nement Charest : des interventions législatives nécessaires à la libéralisation des marchés et à la pleine application d'accords comme l'AGCS.L'AGCS oblige les États membre de TOMC à ajuster l’ensemble de leurs lois et réglementations sur les services publics, selon ses prérogatives, en limitant le plus possible les obstacles au commerce que représentent les lois du travail ou environnementales, de même que les règlements de zonage ou les subventions, etc.L'affaire Telmex, premier cas de jurisprudence de l’AGCS, démontre à quel point le droit des États à préserver leurs services publics et à maîtriser leurs politiques est une illusion.En avril 2004, pour établir de nouvelles règles dans le domaine des télécommunications afin d'assurer les services dans les régions mal desservies, le Mexique a été reconnu coupable de ne pas avoir conformé sa législation interne aux règles de l’AGCS.L'OMC avait pourtant reconnu le droit des pays de maintenir des dispositions pour « sauvegarder les responsabilités des fournisseurs de services de télécommunications en tant que services publics ».Mais une sorte d'annexe de l'annexe, vient invalider ce droit.Le texte de l'accord précise qu'un « service fourni dans l'exercice du pouvoir gouvernemental » est un « service qui n'est fourni ni sur une base commerciale ni en concurrence avec un ou plusieurs fournisseurs de services ».L'électricité est donc considérée comme reposant sur une base commerciale puisque nous la payons.Et l'école publique considérée en concurrence parce que coexistant avec l'école privée.Les domaines de la santé, de l'éducation et de la culture seraient protégés au Canada et non négociables, continuent pourtant d'affirmer les politiciens.Mais en juillet 2004, TOMC a de nouveau répété que l'AGCS n'excluait à priori aucun secteur.De surcroît, un engagement pris dans le cadre de l'AGCS est quasi irréversible et ne pourra être modifié même par un nouveau gouvernement qui le souhaiterait.C'est donc la démocratie même qui apparaît mise en péril, et c'est là que prend tout son sens la résolution adoptée par la Ville de Montréal.D’ici la fin novembre, Québec devrait suivre, le maire L'Allier ayant confirmé son intention de faire déclarer sa ville hors AGCS.Catherine Caron www.quebec.attac.org T L'Institut d'études internationales de Montréal vous invite à participer à la deuxième de quatre tables rondes sur les changements du monde contemporain.Fractures de conscience : les guerres oubliées Le jeudi 25 novembre 2004 19 h à 21 h Pavillon de l’Éducation - local N-M510 1205, rue Saint-Denis fiÿ>] Berri-UQAM Un phénomène paradoxal et inquiétant de la mondialisation est celui des guerres oubliées.Quelles sont les motivations qui poussent les dirigeants à intervenir ou non à propos d'un conflit ?Quelles sont les responsabilités du citoyen et de l'État lorsque le droit fondamental à la dignité humaine est violé systématiquement ?Animateur : Jacques Lévesque, Doyen de la faculté de science politique et de droit, UQAM ^ Jacques Depeichin, Institute of International studies, University of California, Berkeley (É.-U.) ^ Marie-Ève Desrosiers, Chaire de recherche du Canada en politiques étrangère et de défense canadiennes, UQAM ^ Peter Leuprecht, Institut d'études internationales de Montréal, UQAM s* Dan O’Meara, Centre d’étude des politiques étrangères et de sécurité, UQAM Entrée libre JT P Renseignements (514) 987-3667 www.ieim.uqam.ca fj§ H fjl INSTITUT d é: t u o e: s INTERNATIONALES DE MONTREAL UQÀM J.x I & iiy* ANTONIO NEGRI • MICHAEL HARDI Traduit de l’anglais (États-Unis) par Nicolas Guilhot Livres essai Multitude Guerre et démocratie à l'âge de l'Empire Antonio Negri et Michael Hardt Montréal, Éditions Boréal, 2004, 408 pages.Quatre ans après la publication du controversé Empire, voilà que le philosophe italien Antonio Negri et l'étasunien Michael Hardt reviennent à la charge avec la publication de Multitude, véritable traité de philosophie politique.Alors que le premier annonçait le déclin de l’État nation et la fin de l’impérialisme américain, ce nouvel essai se penche sur le projet de multitude, c'est-à-dire de démocratie à l'échelle globale.Un peu comme certains sociologues l'ont fait au début des années 1970 avec la théorie des mouvements sociaux.Cet ouvrage est donc entièrement consacré au projet alternatif de multitude, proposé par les mouvements sociaux du monde entier, à la mondialisation néolibérale.Sans doute, les critiques formulées à l'égard d'Empire au moment de sa parution, quant à son caractère hautement théorique, pour ne pas dire téléologique, ont probablement incité les deux compères à proposer quelque chose de plus empirique, fondée sur la proposition et la pratique.Cependant, comme son titre l’indique, si la globalisation offre la possibilité de repenser la démocratie à l’échelle du globe, l'état de guerre permanent freine, pour ne pas dire empêche l'exercice de cette démocratie.Les auteurs s'attardent donc beaucoup sur cette dualité.L’objectif de l’essai demeure néanmoins l’élaboration des fondements théoriques sur lesquels peut s'appuyer le projet de démocratie globale.L'essai est particulièrement fort d'une mise au rancart de la lutte des classes et de l’action militaire révolutionnaire comme moteur de changement politique et social.Cependant, on nous laisse un peu sur notre appétit quand il s’agit de développer la question des réformes globales.Certes, les États et les nations sont particulièrement malmenés par la mondialisation et le néolibéralisme, mais la volonté des auteurs de nous entraîner unilatéralement dans l’arène internationale mine, en quelque sorte, les références et les initiatives locales et nationales.Enfin, l’œuvre relève une série d'actions non pas proposées comme un petit catéchisme, mais bel et bien comme une véritable opportunité de modifier radicalement le cours des choses.Résolument pacifiste, la multitude, cette» multiplicité de différences singulières », a certainement le mérite d'ouvrir des espaces de réflexion et de mobilisation.Jacques Lètoumeau MULTITUDE ROMAN L'invité Hwang Sok-Yong Traduit du coréen par Choi Mikyung et Jean-Noël Juttet Paris, Zulma, 2004, 283 pages.Les missionnaires, la variole, le Japon, les États-Unis et les idéologies politiques: l’invité, c’est l’étranger.La rencontre des traditions coréennes et de l’Occident est partout présente, faisant figure d’intrus façonnant ainsi le destin de la Corée.Limité, c’est également le pasteur Ryu Yosop qui retourne en Corée du Nord après plusieurs années d’exil aux États-Unis.Il rencontrera la rigidité du système nord-coréen, mais surtout, il revisitera l’histoire de son pays et les événements tragiques qui ont précédé la séparation des deux Corées.En replongeant dans l’histoire de la province de Hwanghae, près du 38e parallèle, théâtre de rares violences, l’auteur propose une sorte de mea culpa en tentant de comprendre comment des voisins, des amis et des familles en vinrent à s’entretuer - libérant ainsi l’invité de la responsabilité de massacres sans nom.Une prise de position audacieuse.La narration du roman, éclatée, reprend douze chapitres d’un rite chaman ; elle allie l’histoire de la Corée, la vie en exil aux États-Unis, les souvenirs d’enfance, les fantômes, les légendes et les traditions coréennes.Malgré une loi sur la sûreté nationale, l’auteur, Hwang Sok-Yong, avait réussi à visiter la Corée du Nord, ce qui cependant lui valut l’exil, puis la prison en Corée du Sud où il s’était établi avec sa famille à compter de 1948, après qu’elle se soit réfugiée en Manchourie.Auteur de nombreux romans, il recherche la vérité historique, prônant l’engagement social et intellectuel.MVŸANG SOK.YONC Limite Alexandra Gilbert ESSAI Matoubor Haïti 1986-1994 Cécile Marotte Paris, L'Harmattan, 2004, 190 pages.Découvrir Haïti sous la forme d’un journal qu’ont entretenu deux femmes pendant plus de 15 ans, voilà ce que nous offre Matoubor.Quel que soit leur emploi du temps, quelle que soit la conjoncture politique, quel que soit le pays où elles se trouvent, elles ne peuvent échapper à Haïti.Haïti est toujours en trame de fonds, Haïti le destin irrévocable, le lieu de la dernière rencontre.Haïti ce terrain miné.Haïti la précieuse.«Et le départ avec un retour quelque part, c'est toujours vers Haïti.» Cécile Marotte est de nationalité française, Toto Bissainthe est haïtienne ; la première est docteure en philosophie mais surtout coopérante nomade qui a vécu en Algérie, en République dominicaine, à Porto Rico et qui, bien plus tard, s'intéressera aux effets psychologiques de la dictature sur les individus.Toto est une artiste qui a vécu 30 ans en France et performé dans plusieurs pays d'Afrique et d'Europe.Sa discographie compte trois disques, elle a à son actif plusieurs films et maintes pièces de théâtre, autant de spectacles.Au gré de leurs amitiés, de leurs départs et retours d'Haïti, elles tentent d'apprivoiser le pays sans toucher à la politique, mais leurs efforts sont vains.Elles souffrent de ce qu'Haïti devient, de leur impuissance vis-à-vis des événements perturbant la paix et cette si fragile démocratie, de l’insécurité grandissante, des changements de gouvernement, de la « dure fragilité de l'existence quotidienne ».À travers l’art, comme en venant en aide aux réfugiés haïtiens venus établir domicile à Porto Rico, elles apprivoisent Haïti : « Ce que nous voulions, c’était y vivre en y travaillant, et nous intégrer au changement d'emblée promis et supposé après le départ des Duvalier.Mais ne voulions-nous pas y vivre aussi et un peu comme avant en ‘ recollant " les bons souvenirs du passé avec un nouveau présent, que l'on voulait immédiatement différent, transformé, en voulant surtout faire i'économie de l’examen de 30 ans d'exercice de la dictature sur les mentalités ?» Le récit de leur vie gravite autour des années de dictature duvaliériste et l'entrée en scène de Jean-Bertrand Aristide.Il s'achève en 1994 avec la mort de Toto.Deux ans plus tard, un parc de Montréal dans le Mile-End portait le nom de Toto Bissainthe en mémoire de cette artiste aux multiples talents.Tania Vachon < AîL -SMRO rt!' MATOUBOR Haïti im i
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