Le devoir, 11 avril 2009, Cahier F
L K DEVOIR.LES SAMEDI II ET DIMANCHE 12 A V R I L 2 O O » !1 Jean Désy, médecin malgré lui Le médecin et écrivain Jean Désy plaide, dans un essai inspiré par l’esprit de Jacques Perron, pour une pratique médicale nourrie d’amour et de poésie.LOUIS CORNEL LIER Au Québec, comme ailleurs en Occident, nous n’avons pas l’habitude d’accoler les mots «médecine» et «humilité».Quand l’espérance d’une vie éternelle recule, quand il ne reste, à sauver, que les corps, il est inévitable que les spécialistes de ces derniers soient considérés comme des demi-dieux.On s'honorait, hier encore, d’avoir un prêtre dans la famille.On se glorifie, aujourd’hui, du fils ou de la fille médecin, un titre qui s’accompagne de l’aura de prestige par excellence dans nos sociétés.Comment les médecins, dans ces conditions, peuvent-ils éviter d’avoir la grosse tête, et leurs patients, d’en attendre la rédemption?Et si c’était, peut-être, en lisant Jean Désy, ce «simple généraliste bourlingueur en fin de course qui ne [sait] plus gagner sa vie que sous des latitudes marginales ou en enseignant», et dont l’œuvre écrite est en grande partie, sur les traces de Jacques Perron, consacrée à illustrer que «faire le constat de l’amour pour tout scientifique pratiquant la médecine, ici et maintenant, c’est faire le constat d’une obligatoire humilité»?Recueil ô.'«histoires médicales» d’abord publiées dans les revues spécialisées Le Médecin du Québec et L’Actualité médicale, Entre le chaos et l’insignifiance raconte, avec tendresse et intensité, les grandeurs et misères de la pratique médicale.«Je sais maintenant, annonce Désy en prologue, que lorsque j’ai terminé mes études, je n’étais pas prêt à affronter le Mal dans ses diverses composantes.J’allais en souffrir.» Et cet état d’impréparation, précise-t-il, tenait à une lacune de sa formation.«Une meilleure prise de conscience de phocle, Flaubert, Dostoïevski, Rimbaud, Camus et Simone Weil, «ces auteurs ayant développé la capacité de capter grâce à la magie des mots rassemblés certains états d’âme».Ce pourrait être, de même, lire Jean Désy, qui se plaît à bousculer ses étudiants imbus d’esprit scientifique en leur rappelant que, «quelle que soit la qualité de la science médicale permettant le sauvetage d’un enfant handicapé, il n’y a toujours que ce puissant et total constat: en dehors des forces de l’Amour, rien n’en vaut la peine, rien de rien».Entre avocat et bûcheron Dans une forme et un ton qui tiennent à la fois du récit, de la chronique et de l’essai, les «histoires médicales» qui composent « En dehors des forces de l’Amour, rien n’en vaut la peine, rien de rien » «Faire le constat de l’amour pour tout scientifique pratiquant la médecine, ici et maintenant, c’est faire le constat d’une obligatoire humilité » ce qu'est la littérature m’aurait permis de comprendre pourquoi j’allais tant souffrir au conjact de la souffrance des autres.» Etudier la médecine, suggère-t-il ainsi avec audace, ce devrait être aussi lire Homère, Lao-Tseu, So- Entre le chaos et l’insignifiance se veulent des leçons d’humilité, servies autant aux toubibs qu’à leurs patients.On apprenait récemment, dans L’Actualité (15 avril 2009), que les médecins ont parfois le blues.VOIR PAGE F 11: MÉDECIN ft* J nu» LITTÉRATURE Le big-bang Nicolas Dickner Page F 3 LITTÉRATURE Lire John Berger pour la santé Page F 4 ENTRETIEN Luc Bureau, géographe du désir Page F 5 BÉDÉ La fête avec Jacques Tardi Page 10 ESSAIS Ghislain Picard et Georges Sioui Page 12 15 au 19 avril Centre des congrès de Québec www.silq.org i m m r =3 de Québec .Mm i|il06 3 IrSolril Québei Qui iu 3 I Vsj.mlins F 2 I.K l> K V 0 I R , I, E S S A M EDI 11 ET I) I M A N C 2 AVRIL 2 0 0 il SALON DU LIVRE DE QUEBEC EN APARTÉ La fabrique à voyages .*• f \ Jean-François Nadeau uelle destination pour les vacances?Londres, Tokyo, Sydney, Rome, Honolulu?Cela dépend.«Complet pour Madrid?Bah! Trop cher, de toute façon.Don-nez-moi plutôt deux billets de votre promotion pour Rio.» Les villes, partout, sont devenues des marchandises, des machines qui permettent de vivre des aventures préprogrammées, au diapason d'un universel en voie de waltdisnéisa-tion complète.Une agence de voyages qui entendrait ne pas offrir du connu à ses clients — tour Eiffel, Colisée, Taj Mahal, statue de la Liberté, Château Frontenac — fermerait bien vite ses portes.Pour soutenir cette demande de pittoresque, les villes se transforment volontiers en musées figés.Au fond, le visiteur moyen tient à voir ailleurs ce qu’il connaît déjà chez lui grâce au truchement de la télévision, des livres, des photos.Evidemment, il revient souvent de son voyage un peu déçu puisque les images de cartes postales dont il a été gavé au départ ont toujours une longueur d’avance sur le réel.En matière de voyage, tout consiste donc désormais à faire correspondre au mieux le réel avec l’irréel.Rien d’étonnant, dans ce contexte, à ce que partout le faux gagne du terrain sur le vrai.Prenez le cas de Venise, explique Régine Robin.La ville de l’amour n’a cessé de décliner pour devenir une sorte de bijou mort du patrimoine, comme bien d’autres villes qu’elle symbolise désormais.La population de Venise est en constant déclin: 1951:191 000 habitants, 1966:135 000, 1995: 70 000.Le Guide du routard parle désormais de 40 000 habitants seulement On y vient pour voir, mais on n’y vit plus.Où vit-on?Une ville comme Las Vegas, avec son faux petit Venise, son faux petit Paris et toute sa faune du faux, prolifère dans une orgie de kitsch.Las Vegas dépasse désormais les 2 millions d’habitants.Et la ville ne cesse de grandir.Rien de bien différent chez nous, lorsqu’on y songe.Nombre de Montréalais préfèrent habiter les pseudomaisons victoriennes en fausses pierres des banlieues champignons tandis que les vrais bâtiments du XIX1 siècle se lézardent et finissent par tomber sans émouvoir personne.Tout, plutôt que d’affronter la réalité homogène d’un lieu historique! Les gens préfèrent de plus en plus vivre dans une imagerie, façon Las Vegas, plutôt que dans l’image pure, façon Venise.Autrement dit, des fragments de mémoire, même assemblés n’importe comment, triomphent de plus en plus de l’Hiç-toire.Une reproduction de l’Egypte ancienne dans un centre d’achat apparaît de plus en plus banale.«On trouve partout à présent des zones off world qui sont des répliques miniatures de la Californie du Sud, en particulier de Beverly Hills», explique Régine Robin.L’inouï du kitsch devient la norme.Faut-il se moquer de tout ce faux en trompe-l’œil qui prolifère partout en marge d’espaces historiques glorifiés, mais de plus en plus morts?«La mondialisation a déterritorialisé nos derniers ancrages», écrit Robin, sans ca- cher sa fascination et son intérêt pour ces zones curieuses où s’établit peu à peu une nouvelle représentation du monde.Dans Mégapolis, elle multiplie les dérives dans des lieux inconnus de New York, Londres, Buenos Aires, Tokyo et Los Angeles avant d’en arriver à conclure que le disparate d’une ville moyenne comme Montréal l’enchante.«A Montréal, on serait bien justement parce qu’on ne serait pas tout à fait “chez soi”, un tiers lieu, un hors lieu, un espace pour respirer sam se sentir totalement concerné, un dedans-dehors.» Régine Robin a publié en 2001 un livre consacré à Berlin qui lui a valu le Grand prix de la Ville de Montréal.Elle a aussi déjà remporté un Prix du Gouverneur général pour un roman curieux.Mais Mégapolis, publié chez Stock, est peut-être son meilleur livre à ce jour.C’est vous dire.Patrick Poivre d’Arvor sera au Salon du livre de Québec.Le ministère des Relations internationales accueille l'ancien maître du téléjournal de TF1 «pour mousser le prestige du prix France-Québec», remporté cette année par Christine Eddie avec ses Carnets de Douglas, publiés aux Editions Alto.Depuis deux ans, cet homme qui a débouché le champagne en ondes lors de l’élection de Nicolas Sarkozy agit comme parrain du prix.PPDA a beau avoir écrit quelques livres populaires, on se demande bien tout de même en quoi il peut représenter une caution littéraire.Le quotidien Libération, qui le suit de près, le décrit plutôt dans un clin d’œil à l’œuvre d’Oscar Wilde, comme une sorte de «Dorian Gray de l’information se repeignant sans cesse en journaliste intègre, en écrivain majeur, en héros romantique et désormais en menhir déontologique».Même au temps de sa présence à TF1, certains de ses collègues, dans un livre intitulé Madame, monsieur, bonsoir, l’ont accusé d’écrire en vérité bien peu lui-même.Mondain sans cesse à fleur d’écran, il a été condamné en 1996 à 30 800 euros d’amende et 15 mois de prison avec sursis pour «abus de bien sociaux», selon l’expression élégante de la justice française.Au programme: avions privés, notes salées de restaurants, hôtels, hélicoptères.De quoi peut-être écrire un roman.PPDA a aussi beaucoup fait parler de lui pour avoir présenté très sérieusement, à la fin de 1991, une curieuse «entrevue» de Fidel Castro.Les phrases du Lider maximo, tirées d’une simple conférence de presse, avaient été découpées puis remontées avec des questions de PPDA enregistrées après coup, comme si le chef d’Etat lui avait accordé une entrevue particulière! Cette pseudoentrevue est encore citée régulièrement comme un cas patent de manipulation journalistique.Selon le documen-tariste Pierre Caries, qui avait mis à jour cette histoire, PPDA continuait néanmoins après coup de se prendre «pour l’égal du président de la République».PPDA profite en tout cas de sa venue au Québec pour réaliser aussi une émission d’Artv, Horizons lointaim, consacrée à la littérature québécoise.Au programme, pas vraiment de surprises, comme on s’en doute: Jacques Godbout, Nelly Arcand, Danny Laferrière, Jean-François Beau-chemin, Marie-Sissi Labrèche, Monique Proulx, Nicolas Dick-ner, Catherine Mavrikakis.jfnadeaufà ledevoir.coin Le Salon international du livre de Québec présente plein d’activités CAROLINE MONTPETIT C> est sous la présidence d’honneur de Jacques Godbout que s’ouvrira mercredi prochain, et jusqu’au dimanche 19 avril, le Salon international du livre de Québec, au Centre des congrès de Québec.Jacques Godbout y sera accompagné de plusieurs invités d’honneur, dont India Desjardins, Herménégilde Chiasson, Jean Provencher.Retenu par la convalescence d’une intervention chirurgicale au cœur, Yves Beauchemin, qui se porte bien dit-on, sera absent du Salon.Ses admirateurs pourront cependant le voir en entrevue sur écran, au stand des Editions Fides.Expositions Plusieurs expositions seront présentées sur le thème de la bande dessinée, dont celle intitulée Les Histoires en images, ancêtres de la bande dessinée.On y remonte aux sources de la bande dessinée à travers les journaux satiriques du Québec du XIXe siècle.Cette exposition sera l’occasion de faire connaissance avec La Scie illustrée, Le Charivari canadien, Le Canard et le Grognard, journaux d’une autre époque, et leurs séries d’illustrations signées entre autres par Jean-Baptiste Côté et Henri Julien.On y retrouvera, promet-on, des personnages dont Pacot, le fonctionnaire paresseux, et Benjamin Gigot, l’éternel étudiant.Dans le cadre du Festival de la bande dessinée francophone de Québec, le magazine Croc présentera une exposition célébrant feu le magazi- ne Croc, qui a cessé d’exister en avril 1995, au Musée de la civilisation, du 7 au 26 avril.Autre exposition portant sur la bande dessinée, L’union fait la schtroumpf qui revisite l’œuvre de Pierre Culliford, alias Peyo, avec, dit-on, des «documents exceptionnels».Les schtroumpfs ont fait leur première apparition publique dans le Journal de Spirou le 23 octobre 1958, au milieu d’une aventure de Johan et Pirlouit.Prix et distinctions Tout le long du Salon, différents prix et distinctions littéraires seront remis, dont le Prix littéraire des collégiens, qui met à contribution les cégépiens de la province, et qui sera remis le 17 avril à 13h.On y remettra aussi les prix littéraires de la Ville de Québec et du Salon international du livre de Québec, célébrant respectivement un auteur adulte et un auteur jeunesse.Le prix Champlain sera destiné cette année, comme à chaque année impaire, à un ouvrage d’érudition.Une foule de distinctions, du prix Adrienne-Choquette, célébrant une nouvelle, au prix jeunesse des univers parallèles, seront également décernées.Des tables rondes se déroulent aussi tout le long du Salon, portant tant sur le développement durable que sur la création littéraire et les contes et légendes, en passant par l’autobiographie et l’importance pour l’écrivain de lire ses contemporains, avec une foule d’écrivains invités pour les animer.Plus d’infos au www.silq.org.Le Devoir LA REMISE DU PRIX AURA LIEU À QUÉBEC AU SALON INTERNATIONAL DU LIVRE, LE VENDREDI 17 AVRIL yj À 13 HEURES SUR LA SCÈNE DES RENDEZ-VOUS LITTÉRAIRES LES FINALISTES DU PRIX LITTÉRAIRE DES COLLÉGIENS 2009 SONT : Champagne, Monique Proulx Boréal J’ai l’angoisse légère Francine Noël Leméac Le ciel de Bay City Catherine Mavrikakis Éditions Héliotrope Mégot, mégot, petite mitaine Johanne Alice Côté Éditions Triptyque Un enfant à ma porte Ying Chen Boréal PM Jm Crilligiens -twwtdy AHERN —nw Philippe Turchet Le principej du petit Jk pingouin fA *,«•; Soudre.-wui * J + • ilk -««m**»- l .urtotir des objets LF LANG AG F LE POISON* *“FAVORJ1 ndike lebecor Media, un phar la littérature québécois et File mère Welle filie?auide essais oi tine L! rijtjon mro iü cœur www.prixlitterairedescollegiens.ca C pf Communkat/ont • H/lHTC Bourgie LoWrvt Sport „„ QUEBECOR NATIONALE Québec E"3 Québec "n U; cnLcp «RADIO Snlun inlernMionikl du livr* l> E Q U fi U E C T .Groupe Livre Québécor Media Media K BE Cl ZM c 86 Le big-bang Dickner Danielle Laurin Tout de suite, on est situé dans le temps: «Août 1989.» Et tout de suite, l’actualité internationale se juxtapose à un événement des plus banals: «Ronald Reagan avait quitté la Maison-Blanche, la guerre froide tirait à sa fin et la piscine municipale extérieure était (encore une fois) fermée.» Ensuite: les grands événements historiques vont débouler, à commencer par la chute du mur de Berlin.Mais vus à distance, par deux ados.Un gars, une fille.Plantés devant la télé, dans un sous-sol de Rivière-du-Iuup.Ce n’est qu’un début Tout arrive dans ce roman, les choses les plus inimaginables, inattendues.L'impression, parfois, de feuilleter une bande dessinée.Puis, au tournant de glisser dans un roman de science-fiction.Avant de tomber dans un polar.Aussi: la sensation, à certains moments, que Réjean Ducharme n’est pas loin.Quand ce n’est pas Kafka.Divers univers cohabitent s’entrechoquent les images défilent comme dans un film en accéléré.Le big-bang n’est pas loin.N’ajustez pas votre appareil: vous êtes chez Dickner.Nicolas Dickner.L’auteur du fameux Nikolski.Qui a séduit la critique, récolté une flopée de prix et conquis des dizaines de milliers de lecteurs avant d’être traduit en dix langues.Même ton hirsute.Même attention aux petits détails, jusqu’à l’obsession.Même joyeuse érudition.Même genre de personnages sortis de nulle part Même goût de l’errance, de la dérive, même souci pour la lignée, l’origine.Et même époque, même génération.Au bout du compte, la même question nous taraude: comment il a fait, Nicolas Dickner, pour mettre tous ces morceaux ensemble?Pour faire en sorte que ça se tienne tout en ayant l’air complètement disparate, saugrenu, déjanté?Il y a des accalmies, oui.Des moments où l’at- Farmac \ '• i; v-r - « ‘‘H tention retombe un peu.L’action ralentit.Et puis oups, c’est reparti.Jusqu’à ce qu’on se dise: non, là, il charrie! Même la structure du roman est bizarre.On se demande pourquoi, vers la fin, tout à coup, on revient au début.On se demande aussi comment un narrateur qui n’est pas là peut voir et décrire ce qu’il n’a pas pu voir.Inutile de résumer l’histoire.Pas plus que celle de Nikolski elle ne se laisse raconter en deux temps trois mouvements.11 faudrait la réécrire, tout simplement, la réinventer pour en parler.Vous dire simplement ceci: les deux ados dans le sous-sol de Rivière-du-Loup sont tout simplement craquants.La fille, surtout, qui est polyglotte, assoiffée de science et en pâmoison devant David Suzuki.En passant elle s’appelle Hope.et vient d’une famille de fous où tous les membres ont cette faculté de pouvoir prédire la fin du monde.Son chiffre à elle: le 17 juillet 2001.Mais elle n’est pas la seule à arrêter cette date fatidique, ce qui va la conduire dans une épopée sans queue ni tête, jusqu’au Japon.N’essayez pas de comprendre, c’est comme ça.Pendant ce temps-là, à l’autre bout du monde, à Rivière-du-Loup, son ami non plus ne la comprend pas.D’ailleurs, il est sans nouvelles d’elle.Ah oui, j’oubliais: c’est une histoire d’amour aussi.Une histoire d’amour sur fond de fin du monde qui n’aura pas lieu.Pas tout de suite.Mais je n’ai encore rien dit Rien dit de ce qui fait la force de ce roman désarçonnant, déconcertant.C’est ce qui est caché, je crois.Ce qui se lit entre les lignes.La fin du monde C’est ce regard en biais posé sur les aberrations du monde dans lequel nous vivons.C’est cette façon de mettre en scène une génération accroc à la télé, qui a grandi dans l’attente imminente d’une attaque nucléaire.Comme le dit le narrateur: «Dans la cour de mon école primaire, l’holocauste atomique était un sujet de conversation comme un autre.Entre deux marelles, nous discutions bunker, radiations, plutonium et mégatonnes.» Puis, les années ont passé: «La chute de l’URSS nous laissa un peu décontenancés.Peu importe: il nous restait les pluies acides, la couche d’ozone, les substances cancérigènes, le cholestérol, la désertification, la fluoration de l'eau courante et les astéroïdes — n’importe quoi pourvu que ce soit imminent.» Au bout du compte: «Nous avions tant attendu la fin du monde quelle faisait désormais partie de notre ADN.» Voilà, c’est cette inquiétude-là qui porte le roman.C’est cette gravité qui gronde, sans en avoir l’air.Qui n’arrive pas à s’exprimer autrement que dans le foisonnement, dirait-on.Surenchère, juxtaposition des contraires, jaillissement de l’inattendu, explosion de l’imaginaire: ça prend ces allures-là Ça s’amuse ferme, ça rit, ça folâtre et.ça virevolte, mais dessous il y a toutes sortes de questions.Des questions laissées sans réponses.Des questions pêle-mêle.Sur le sens de la vie, la place du hasard dans nos vies.Sur la finitude, nécessairement Et sur cette propension à la destruction, à l’autodestruction.Sur le lien qui nous unit aux autres, aussi.L’amour, bien sûr.Et l’entraide.Tout ça.Tout ça reste un mystère, finalement.Que la science tente tant bien que mal d’expliquer.Que la télé tente de capter sur le vif.Mais que la fiction, le roman, peut-être, assimilent mieux.Ce roman-là, en tout cas, sans finalité apparente, y parvient admirablement TARMAC Nicolas Dickner Alto Québec, 2009,280 pages i A-t-on oubliéi}^Ja(jul nouo étiono « frèiro ».EDITION CRITIQUE Pierre Peukprat cpghtion des missions In T^eétabUpatUéaiOmUei fDirlON I HITIQl l nul puj Mnll"1 d'Avignon j Ç'ainil ISBN : 97B-2-7637-8850-0 • 192 pages • 29,95 $ ISBN : 978-2-7637-8659-0 • 350 pages • 39,95 $ Texte établi par réal OUELLET Sous la direction de MATHIEU D’AVIGNON camil GIRARD pu! LES PRESSES DE L’UNIVERSITÉ LAVAL • www.pulaval.com LITTÉRATURE QUÉBÉCOISE Le vert paradis des amours enfantines Une seule lecture ne suffit pas à assimiler toutes les subtilités et les richesses de ce premier roman plein de vie et d’humanité d’Alexandre Lazaridès, ancien professeur originaire du Caire, très tôt intéressé par «la mystérieuse écorce sonore des mots» et qui vit à Montréal depuis 1965.SUZANNE GIGUÈRE Adieu, vert paradis fait partie de ces romans qui dès les premiers mots vous saisissent, éveillent vos sens et vous embarquent tout entier dans leur univers, tant ils ont des airs de carte postale animée.H nous transporte dans la chaleur suave d’une cité vibrante, grouillante, avec ses palmiers élancés et ses hauts treillis recouverts de jasmins et de bougainvillées.Le pays, jamais nommé mais que le lecteur reconnaît sans peine, est à la veille de grands bouleversements: la révolution nassérienne est en marche.C’est dans ce contexte que grandit le jeune narrateur au sein d’une famille chrétienne mixte (père arabe, mère arménienne) entre un père dominant, une mère au caractère trempé et son frère aîné.La cohabitation familiale est âpre, souvent passionnée et torride.Dans cette maison pleine de secrets et de mensonges, la vie conjugale n’est qu’un sourd règlement de comptes, les relations entre les deux frères, conflictuelles, les querelles sont incessantes, les mésententes et les affrontements, permanents.Pour échapper à ce climat étouffant, l’enfant trouve refuge sous son lit ou sous la housse fleurie qui recouvre la machine à coudre.C’est là qu’il entreprend ses voyages imaginaires.L’histoire prend une tournure dramatique à l’arrivée d’une jeune bonne, pauvre et ignorante, issue des classes populaires.Celle-ci apprend à ses dépens ce qu’il en coûte d’entrer dans une famille sur laquelle plane une violence restée sourde jusque-là.Ce jour fatidique, l’enfant, caché sous son lit, est témoin d’un acte sordide.Des images entrées en lui par effraction font voler en éclats «le vert paradis des amours enfantines».Rongé par la honte et aveuglé par la rancœur, «le petit voyeur» décide de faire du mensonge et de la délation ses instruments de vengeance.Si les secrets de famille fournissent une matière première formidable pour la littérature et la fiction, ils sont aussi le poison qui ruine les relations, et parfois la vie, par l’atrophie de l’estime de soi.Le récit de ces événements est ponctué d’intermèdes dans lesquels l’enfant, devenu adulte et vivant au Canada, se rend compte au mitan de la quarantaine qu’à l’intérieur de lui, une guerre couve, une guerre de tous les instants: la survivance tenace de la mémoire.Sur le cours sinueux de l’écriture, l’adulte remonte les abysses du souvenir pour arpenter de nouveau les territoires vertigineux de l’enfance entachés d’émotions troubles.Par le biais de l’analyse, il souhaite mettre fin à l’engourdissement qui s’empare de son esprit chaque fois qu’il pense à ce passé oppressant.Ecrire sur soi, pour organiser le chaos de sa vie intérieure, y voir plus clair, puis transformer l’expérience vécue en aventure Alexandre laiandès Adieu, vert paradis littéraire.Le projet autobiographique y trouve alors sa vraie justification.Le romancier nous ferre avec ce ton à la fois réaliste et intimiste, ce rythme lent, le non-dit qui plane autour des personnages, la profondeur des sentiments et des émotions qui leur donne presque chair.Cette émotion transparaît plus encore aux moments où la mémoire affective (et involontaire) lui offre l’occasion de retrouver le vert paradis de l’enfance, quand le rêve et la réalité communiquaient encore, entraînant le lecteur dans une complicité amusée ou émue.Collaboratrice du Devoir ADIEU, VERT PARADIS Alexandre Lazaridès VLB éditeur Montréal, 2009,368 pages ARCHAMBAULT Une compagnie de Québécor Media MARCEL BROQUET La nouvelle édition Rencontrez ces auteurs au stand de Prologue Francine Allard J’ai tué Freud et il m’en veut encore Roman 24,95$ JAITUE^æUO M'EN VB .rT ENCORE L’auteur du best-seller La couturière raconte, de façon subtile, un monde peu exploité en littérature : le viol de la confidentialité.Un psychiatre raconte à sa conjointe, tel un téléroman, ses entretiens avec ses patients.Rosette Pipar Désir d’écrire Préfice de Natalie Choquette Essai intimiste 19,95$ Tout homme a, dans sa vie, un moment oh il ne peut plus ignorer son désir de créer.Difficile d’étouffer la voix de sa conscience qui appelle l’écriture, la danse, la sculpture, la musique.Comment oser son talent.Diane Patenaude A nous deux, Parkinson ! Préface du juge John H.Gomer) Chroniques humoristiques • 19,95$ Démystifier cette maladie mal connue par le biais de chroniques humoristiques pour apprivoiser le Parkinson.Tout y passe: prise de médicaments, sexualité, image de soi, deuils à vivre.Désir d'ccrirc Déjà paru Plaidoyer pour la Terre et les Vivants Bernard Anton Intrusion Danielle forget Le gars des vues Bernard Marcoux Périls blancs Robert G.Roy À paraître fin avril Le rire de Jésus Claude Jasmin www.marcelbroquet.com PALMARÈS LIVRES —— Résultats des ventes : du 31 mars au 6 avril 2009 —— ROMAN OUVRAGE GÉNÉRAL LES DÉLICES DE JEAN CHEN Jean Chen (Académie Culinaire du Qc) TELLE MÈRE, QUEUE FILLE 1 S.Thibault / M.Larauche-thibault (de l'Homme) LA BIBLE DES ANGES Joane Flansberry (Dauphin Blanc) ¦V RENÉ ANGÉUL : LE MAÎTRE DU JEU KJ Georges-Hébert Germain (Libre Expression) L'ENVERS DE MA VIE M.-C.Toupin/M.Genrais (Un Monde Différent CRÉATURES FANTASTIQUES DU QUÉBEC 12 Bryan Perm / Alexandre Girard (Intouchables) MAUDITE FOLLE) HJ Varda Étienne (Intouchables) LES 7 ÉTAPES DU LÂCHER-PRISE Colette Portelance (Du Cram) ff|l KILO CARDK) JJ Isabelle Huot (de l'Homme) MANGER DES BANANES ATTIRE LES.Julie Desgroseillers (La Presse) ANGLOPHONE ECLIPSE Stephenie Meyer (Little Brown & Ce) TWILIGHT : DIRECTOR’S NOTEBOOK Catherine Hardwicke (Little Brown & Co) DEVIL BONES Kathy Reichs (Pocket) HOLD TIGHT JJ Harlan Coben (Signet) WATCHMEN Alan Moore / Dave Gibbons (H.B.Fenn) DREAMS FROM MY FATHER : A STORY.Barack Obama (Three Rivers) TWH1GHT: THE COMPLETE.JJ Mark Cotta Vat (Little Brown & Co) CHOSEN V.3 P.C.Cast / Kristin Cast (St.Martin's Press) Pn ALWAYS LOOKING UP JJ Michael J.Fox (Hyperion) PILLARS OF THE EARTH Ken Pollett (Signet) MÉMOIRES D’UN QUARTIER T.3 L.Tremblay-D'essiambre (Guy Saint-Jean) A.N.G.E.T.5 Anne Robillard (Michel Brûlé) CHRONIQUES D’UNE MÈRE INDIGNE T.2 Caroline Allard (Septentrion) PI L'ANGLAIS N’EST PAS UNE LANGUE.JJ Jacques Poulin (Leméac) LES LETTRES OU MERCREDI Jason F.Wright (City) MILLÉNIUMT.1,1.2 et T.3 Stieg Larsson (Actes Sud) 1 LE LISEUR Bemhard Schlink (Gallimard) LE SHACK W.Paul Young (Le Jour) LE DANGER ARCTIQUE Robert Ludlum / James Cobb (Grasset) LES PILIERS DE LA TERRE Ken Follett (Livre De Poche) JEUNESSE ERAG0N T, 3: BRISINGH Christopher Paollni (Bayard-Jeunesse) FASCINATION T.2 : TENTATION Stephenie Meyer (Hachette Jeunesse) LE GUIDE OFFICIEL DU FILM TWILIGHT Mark Cotta Vaz (Hachette jeunesse) J VISIONS T.1 : NE MEURS PAS UBEUULE Linda Joy Singleton (ADA) TRAPÈZE AMOUR ET JONGLERIE Émilie Rivard (Boomerang) SI0NRAK T.1 : LES HÉRITIÈRES Line Bordeleau (Québec Amérique) LES CHRONIQUES DU JEUNE H0U0N T.1 Denis Ramsay (Réunis) LA PREMIÈRE FOIS DE SARAH-JEANNE Marie Gray (Guy Saint-Jean) LE ROYAUME DE U FANTAISIE Geronimo Stilton (Albin Michel) UGLIEST.1 Scott Westerfeld (Pocket Jeunesse) LE DEVOIR.LES SAMEDI II ET DIMANCHE 12 A V H I L 2 0 O 9 K 1 SALON DU LIVRE DE Lire John Berger est bon pour la santé Écrivain, critique d’art et réalisateur britannique, âgé de 78 ans, John Berger vit en France depuis plus de vingt ans.Ways of Seeing, son livre publié en 1972, a influencé des générations d’artistes et d’étudiants.Passionné par la peinture et la photographie, tout comme son amie Susan Sontag, il a remporté comme écrivain plusieurs prix, dont le Booker Prize.Au sujet de cet intellectuel hors normes, on a même dit qu’il avait inventé les cultural studies.Louis Hamelin Le continent Littérature est presque infini.Les œuvres sont les fleuves et les montagnes que nous choisissons de traverser, de gravir, de suivre.parfois de contourner.Celle de John Berger m’est apparue à un détour du chemin, d’un seul coup, dressée contre le ciel.C’est le miracle du nomadisme: toutes ces années d’écriture qui m’étaient restées inconnues, soudain devenues l’air même que je respirais.D’un seul coup, trois livres de cet écrivain, peintre et journaliste engagé né en 1926, ont paru ce printemps aux Editions de l’Olivier.A commencer par son ouvrage le plus récent, DeAàX, qui emprunte à la tradition, à premiere vue un brin désuète, à l’ère du texto, du Twitters et autres fabriques de débiles légers de la chose écrite, du roman épistolai-re.De ce genre en principe démodé, Berger adopte la principale convention, lui qui joue, dans une introduction signée de la main d’un personnage nommé John Berger, à la fois auteur et éditeur-narrateur de ces lettres, à imiter la réalité: «Quant à moi.je dois garder secrète, pour l’instant, la façon dont je suis entré en possession des lettres envoyées et non envoyées, car l’explication pourrait mettre en danger des tiers.» Or ces écrits ont été, dit-il, découverts dans une cellule de la prison désaffectée de Suse, qui est, comme une rapide vérification nous l’apprend, une dté biblique de la lointaine civilisation élamite, ancienne capitale du royaume perse achéménide, aujourd’hui disparu, absorbé par un État moderne qui porte le nom d’Iran.Peu importe.Car le choix de cette géographie largement imaginaire, avec ses référents qui — y compris les termes affectueux utilisés par la femme pour s’adresser à son correspondant, de «Ya Nour» à «Mi Guapo» — réunissent en les confondant l’Amérique latine et les antiques empires du désert en une même humanité combattante, sert un rêve aussi universel que le propos de l'auteur et aussi vieux que l’ambition de son livre.De quoi s’agit-il?X (Xavier), accusé d’avoir mis sur pied un réseau terroriste, est en prison, condamné à deux fois la perpétuité.A (Aida) lui écrit.Et entre ces deux êtres voués (sauf improbable, c’est-à-dire l’amnistie, la révolution) à ne plus jamais se revoir, ces deux êtres pour qui le mot «espoir» devient donc un absolu non pas abstrait, mais paradoxalement incarné, se donne à lire une des plus belles histoires d’amour de la littérature récente.On pourrait être en Irak, comme l’exotisme brutal des hélicoptères Apache et des Humvees nous invite à le penser, à le croire, mieux: à résister.Un écrit résistant auquel Berger est arrivé Rs RECHERCHES SOCIOGRAPHIQUES 50 ans de recherche -'-’'•J&îa&WESl iSLtTilUUr.Les nouvelles dynamiques régionales de l'économie L’insertion pro fessionnelle des jeunes et la famille Le symbole de Manic-S L'état du Québec La nostalgie ou les jeunes et mai 1968 Sociologie du Canada français Comptes rendus En vente en librairie ou achat en ligne sur le site Internet de la revue 22 $ www.soc.ulaval.ca/recherchessociographiques Salon du livre de Québec Herménégilde Chiasson Béatitudes Invité d’honneur -16 avril 2009 le jeudi16 avril à 15h Rencontre d'auteur avec Herménégilde Chiasson Animation • Françoise Cuénette Lieu-Scène des rendez-vous littéraires Maurice Henrie Esprit de sel le vendredi 17 avril à 14h 15 Rencontre d'auteur avec Maurice Henrie Animation-Laurent Laplante Lieu-Café-rencontre BD Vittorio Frigerio La cathédrale sur l'océan le samedi 18 avril à 14h 30 Rencontre d'auteur avec Vittorio Frigerio Animation • Pierre Cayouette Lieu-Café-rencontre BD â|.clcjparole STAND 186 Venez saluer les auteurs ! Renseignements: 705.675.6491 Pour la liste des séances de signature, veuillez consulter de programme, __________________tr » en juxtaposant les élans d’une passion féminine grandie dans la révolte et une réserve plus typiquement masculine: de Xavier, nous n’avons droit qu’aux annotations griffonnées au dos des missives de sa compagne, et tandis que les mots de cette dernière vivent et emportent, ceux de l’homme, plus froidement analytiques, citant Marcos et Eduardo Galeano, trahissent des préoccupations plus théoriques.Mais ce divorce des discours, comme s’il ne faisait qu’alimenter encore plus la puissance du sentiment et la folie du désir, Berger l’exprime magnifiquement «Je ne saurais pas t’inventer, même si j’avais cent vies pour le faire.» «Dès le moment où ils t’ont condamné à deux peines à perpétuité, j’ai cessé de croire en leur temps.» Et ceci, qui concerne nos petits gars du Royal 22' , protagonistes d’une de ces guerres actuelles dans lesquelles.«il n’existe plus ni front ni armée adverse»: «Personne ne pourra dire d’un seul de ces salopards qu’il est mort noblement.» Un très fort livre, bref.A lire en parallèle avec le rapport du Comité international de la Croix-Rouge sur les méthodes d’interrogatoire utilisées sur les détenus des sites secrets {black sites) de la CIA, pendant la guerre au terrorisme, rapport enfin rendu public grâce à la New York Review ofBoçks (9 avril).Si un président des États-Unis a pu affirmer publiquement que la fellation n’était pas un acte sexuel, le mensonge de son successeur, voulant que le supplice de la baignoire ne s’apparente pas à de la torture, est d’une nature plus grave.Si vous lisez l’anglais, achetez la PTYROB et regardez les choses en face: nos grands alliés et voisins, s’ils ont eu recours à des techniques de déshumanisation nettement plus raffinées que celles des bourreaux jadis formés à l’École des Amériques de Panama, ont pratiqué, tout comme ces derniers, la torture sous Trois livres de l’écrivain britannique John Berger viennent de paraître en français.e M OH R JEAN supervision médicale.Ce n’est pas rien: sous les Bush Jr, Cheney et Rumsfeld, des docteurs ayant prononcé le serment d’Hippocrate ont examiné des cœurs, compté des pulsations, mesuré des tensions afin de déterminer si tel méchant présumé, tombé dans les pommes, pouvait endurer davantage de «traitements».Contre la résignation Le toubib que décrit John Berger dans Un métier idéal, d’abord paru en 1967 et réédité cette année, est évidemment d’une tout autre trempe.Tra- Fivieri librairie » bistr Dans le cadre des Rencontres du CRILCQ Comme un écho.L’écriture Causerie avec Olivieri Au cœur de la littérature Mardi le 14 avril 2009 à 19 h 00 Avec le soutien du Conseil des Arts du Canada et de la Sodée 5219 Côte-des-Neiges Métro Côte-des-Neiges RSVP : 514 739-3639 Bistro : 514 739-3303 Martine Delvaux Professeure de littérature à l'UQÀM, romancière et essayiste, auteure notamment des Histoires de fantômes.Spectralité et témoignage dans les récits de femmes contemporains (PUM, 2005), et de C’est quand le bonheur?(Héliotrope, 2007), elle a co-signé avec Catherine Mavrikakis Ventriloquies (Leméac, 2003).Animatrice Catherine Mavrikakis Le féminisme québécois raconté à Camille Micheline Dumont ' * ‘VM .ri Micheline Dumont participera à la table ronde Peut-on écrire l’Histoire sans les femmes ?avec Jacques Lacoursière et d'Hélène-Andrée Bizier Animation Françoise Guénette Dimanche 19 avril à 13 h, Scène médias Séance de signature Micheline Dumont Dimanche 19 avril de 14 h à 16 h stand Dimédia #S vaillant en tandem avec le photographe Jean Mohr, Berger a suivi pendant plusieurs mois un médecin de campagne dont la pratique est située dans un équivalent britannique de ce que nous appelons ici «régions éloignées» et qui, dans ce livre, n’est jamais désigné autrement que comme «la forêt».Je manque de mots pour parler de ce livre.C’est une lecture qui procure, en proportions à peu près égales, du bonheur et de cet autre état d’esprit qui n’est ni l’espoir ni le désespoir, mais peut-être une forme de gratitude envers certains êtres qui, dans la vie ou dans les livres, ne nous paraissent exceptionnels que dans la mesure où ils refusent de se résigner à vivre dans un monde où la résignation fait la loi.Que de fois j’ai pensé au docteur Perron en le lisant! J’ai vu quelque part que John Berger était marxiste.Je le devine peu orthodoxe, conscient, comme son médecin humaniste (merveilleux D1 Sassall), que la seule véritable pauvreté est culturelle, et que dans cette société que nous nous sommes donnée, avec ses parents infanticides et ses tireurs fous, «nous avons tendance à négliger ou oublier le contenu historique des névroses ou des maladies mentales».Aussi réédité: G., roman de John Berger qui a obtenu le Booker Price en 1972.DEAÀX John Berger Traduit de l’anglais par Katya Berger Andreadakis Editions de l’Olivier Paris, 2009,211 pages UN MÉTIER IDÉAL John Berger et Jean Mohr Traduit de l’anglais par Michel Lederer Éditions de l’Olivier Paris, 2009,171 pages G.John Berger Traduit de l’anglais par Élizabeth Motsch Éditions de l’Olivier, coll.«Points» Paris, 2009,405 pages LIBRAIRIE BONHEUR D’OCCASION Livres d’occasion de qualité Livres d'art et de collections Canadiana Livres anciens et rares Bibliothèque de la Pléiade Littérature Philosophie Sciences humaines Service de presse BD, livres jeunesse Achetons à domicile 514-522-8848 1-888-522-8848 4487, rue De La Roche (angle Mont-Royal) bonheurdoccasion@bellnet.ca NOUS NOUS DEPLAÇONS PARTOUT AU QUEBEC, POUR L’ACHAT DE BIBLIOTHÈQUES IMPORTANTES.terni les éditions du remue-ménage wiwv.editlons-remuerrienage.qc.ca WWW.LECOSSETTE.COM 'mtm'itiftmmm.mmmmmmiKt 5252 LE DEVOIR, LES SAMEDI II ET DIMANCHE 12 AVRIL 2 0 0 9 F 5 SALON DU LIVRE DE , LITTÉRATURE QUÉBÉCOISE Terre : cet obscur objet du désir Une entrevue avec le géographe Luc Bureau Il a exploré la géographie de la nuit, tenté, citant Miron, d’établir le lien qui l’unissait à la Terre.Dans son dernier essai, Terra erotica, qui paraît chez Fides, le géographe Luc Bureau observe la façon qu’a son dieu de prédilection, Eros, de gouverner les rapports de l’humain avec le monde.CAROLINE MONTPET1T Il y a longtemps, alors qu’il avait le géographe Louis-Edmond Hamelin comme professeur, Luc Bureau s’était fait enseigner que la géographie, c’était tout ce qui peut être vu et photographié.Or il fallut bien quelques années de pratique au géographe, aujourd’hui septuagénaire, pour faire la preuve du contraire.En 1997, il faisait paraître un essai intitulç Géographie de la nuit, aux Editions de l’Hexagone.«Il y a une autre géographie qui se dessine durant la nuit», dit-il, à partir de la lumière et de l’ombre, notamment.Cette année, c’est chez Fides que paraît son dernier ouvrage, Terra erotica, une réflexion sur le rapport érotique que l’humain entretient avec la planète Terre.«C’est du dévergondage un peu», lance-t-il, en boutade, en début d’entrevue.Véritable œuvre de poète, Terra erotica puise abondamment à même la culture universelle, sans pourtant se gêner pour y laisser une touche bien personnelle.Ainsi Luc Bureau emprunte-t-il une citation d’Holderlin, «c’est poétiquement que l’homme habite», qu’il transforme comme suit: «C’est érotiquement que l’homme habite.» Très tôt, Luc Bureau a développé la notion de perception, appliquée à la géographie.C’est une attitude qui l’invite à étudier les rapports entre les gens, ou les rapports entre les humains et la nature.«Ma carrière littéraire a commencé en prenant des thèmes paradoxaux.Mon premier livre publié a été Entre l’éden et l’utopie.Il jouait sur l’antinomie entre l’éden et l’utopie, et sur comment cela pouvait jouer un rôle dans l’aménagement de l’espace», dit-il.Les origines copulatoires Cette fois, c’est le dieu Eros qui a gouverné sa réflexion.Eros, «c’est le dieu des rapports.C’est un dieu humain, beaucoup < Va ANNICK MH DE CARUFEI.LE DEVOIR Le géographe Luc Bureau vient de publier Terra erotica, une réflexion sur le rapport érotique que l’humain entretient avec la planète Terre.plus que les autres dieux», ex-plique-t-il.«Je me suis rendu compte en fait que toutes les grandes cosmographies ont une origine copulatoire», dit-il, ajoutant que notre relation avec la nature est toujours un peu charnelle.Plus précisément, il cite Le Banquet de Platon, où l’un des personnages évoque le fait qu’Eros n’est pas seulement présent dans le cœur humain, mais qu’il est partout, chez les animaux, dans la nature.En entrevue, le géographe, qui est aussi très érudit, rappelle les travaux de Lynn White, un historien et théologien qui, dans les années 60, s’intéressait déjà aux causes historiques de la crise environnementale.Selon lui, explique Bureau, l’attitude de l’humain envers la terre était liée au message biblique, à travers lequel l’homme devient responsable de nommer les choses, de les apprivoiser.«Il doit exercer son dominium sur terre.Les hommes ont pris cela au sérieux: c’est Dieu qui a donné cet ordre de maîtriser le monade», raconte Luc Bureau.A l’époque, Lynn White suggérait qu’«î7 fallait changer notre rapport avec le divin, avec Dieu.Moi, je dis qu’il faut changer de dieu», dit Luc Bureaq.Et voilà qu’il se tourne vers Eros pour faire avancer les choses.Géographe, Luc Bureau se méfie d’ailleurs de l’appellation qui fait de lui un scientifique, lui qui aime tant les poètes et la poésie.«J’hésite à utiliser le terme “scientifique” pour me définir.C’est parfois trop corsé.C’est un mot qui est très fermé.Quand on est scientifique, on n’est pas censé être autre chose.On n’est pas censé être littéraire, ou être poète, on ne peut pas être ci, on ne peut pas être ça.Moi, j’ai essayé de jouer sur les différent paliers.Je fais un effort d’écriture», dit-il.Le scientifique, explique-t-il, travaille par analyse, alors que lui tente de travailler par synthèse, d’englober de son regard le monde dans son ensemble, et aussi, et peut-être surtout, de capter l’atmosphère des lieux.Lorsqu’il aborde la question environnementale, cependant, Luc Bureau reconnaît qu’il trouve plus de questions que de réponses.«Je préfère les questions aux réponses, dit-il.Bien sûr, c’est une thèse et une hypothèse, mais je n’entends pas trouver quelque chose d’éternel.J’explore la question de notre rapport à l’environnement».Les villes, la nuit Cette exploration, elle prend le chemin des villes auxquelles Luc Bureau consacre tout un chapitre.Alors que l’explosion des populations urbaines donne souvent lieu à la paupérisation et à la discrimination des migrants, Luc Bureau se demande pourquoi tous ces gens ne rebroussent pas tout simplement chemin devant le triste sort qui leur est réservé en milieu urbain.«La règle ne connaît pourtant pas d’exception: le magnétisme qu’exerce la ville sur les masses lui vient de ce qu’elle figure et attise le désir.Elle compose une atmosphère érotique qui se propage dans ses rues, ses places, ses jardins et même ses taudis, et à laquelle on ne peut se soustraire», écrit-il.Quant à la nuit, elle permet, écrit-il, de «ressaisir {’indivision primordiale, de reconstituer les affinités naturelles qui nous unissent avec les êtres».Dans cette obscurité qui naît chaque soir au pied des choses, une perception nouvelle est enfin possible.Le Devoir TERRA EROTICA Luc Bureau Fides Montréal, 2009,240 pages BUBtA Venez nous rencontrer au Salon International du livre de Québec, stand Prologue (bloc 130) MANIFESTE POUR LE DROIT À L'INFORMATION DE U MANIPULATION À IA LEGISLATION LANGAGE et LITTÊRATIE chez L'ENFANT ® SERVICE (te GARDE ÉDUCATIF Manifeste pour le droit à l'information De la manipulation à la législation Claude Jean Devirieux Basé sur les plus récentes découvertes scientifiques, le Manifeste pour le droit à l’information établit les fondements biologiques de ce droit et affirme la nécessité de le reconnaître comme un droit fondamental.Une analyse détaillée des textes législatifs et de nos structures médiatiques prouve que la jouissance de ce droit est loin d'être garantie.26$ Claude Jean Devirieux sera présent au Salon du livre, samedi le 18 avril de 14h à 16h.Langage et littératie chez l'enfant en service de garde éducatif Sous la direction de Annie Charron, Caroline Bouchard et Gilles Cantin Collection Éducation à la petite enfonce Plusieurs chercheurs conjuguent ici leur expertise et proposent de nombreux moyens d'aider les enfants à se développer sur le plan du langage et de lo littératie, dons un contexte ludique.24$ Caroline Bouchard sera présente au Salon du livre, vendredi le 17 avril de 14h à ISh et samedi le 18 avril de 14h à 16h.FACE CACHEE DES ÉLUS L’organisation d’un événement Guide pratique .11 La face cachée des élus Engagement, responsabilité et comportement éthique Yves Boisvert Nos élus figurent à la traîne de tous les sondages d'opinion qui s'intéressent à lo confiance du public; Ils se retrouvent à côté des vendeurs de voitures usagées, ce qui n'a rien de très glorifiant.On leur reproche souvent de mentir, de foire de la politique que par intérêts personnels ou, pire, pour s'enrichir.Pas étonnant alors que de plus en plus de voix se mettent a réclamer qu'il taille « introduire une certaine forme de moralité en politique ».Mais, jusqu'où ce moralisme doit-il aller ?25$ L'organisation d'un événement Guide pratique Lyne Bronchoud Collection Communication - Relations publiques Votre patron vous demande d'organiser le congrès annuel de l'entreprise, un colloque national ou un symposium.Le tournoi de golf de votre entreprise est prévu pour demain et l'on annonce de la pluie.Vous devez engager un conférencier ou planifier un lancement.Que faire 7 Par où commencer ?Presses de l'Université du Québec t ittoSE! MfSaMCMKia 4444 HH HHHH I.E l> K V 0 I R t L K S S A M EDI II E T I) I M A V (HE I 2 A V R I L 2 0 0 9 SALON DU LIVRE DE QUEBEC LITTERATURE ETRANGERE Une épopée au pays d’Ho Chi Minh GUY LAI N E MASSOUTRE Ly exploit littéraire de lecrivai-' ne vietnamienne dissidente Duong Thu Huong, qui publie Au zénith, un huitième ouvrage consacré à son pays natal, le Vietnam, n’est pas le moindre dans sa vie.A la tête d’un groupe d’artistes chanteurs, elle a d’abord destiné son patriotisme sans faille au moral des soldats, jusqu’à ce que son zèle cesse de plaire au Parti.En Occident, on a cessé de s’intéresser à ce peuple opiniâtre, meurtri par les guerres et les invasions jusque dans les villages les plus reculés: le pays s’est refermé après 1976.Mais les temps changent, et les relations culturelles internationales prévalent sur les politiques de domination et leurs engrenages, qui accablent encore les civils.Qui est Duong Thu Huong?Née en 1947 et emprisonnée en 1991 pour dissidence, sauvée par Amnesty International, elle est placée en résidence surveillée.Mais, en 2006, Terre des oublis lui permet d’obtenir un visa pour la France.Elle va y demeurer et poursuivre au grand jour son œuvre de témoignage, qu’elle écrit dans sa langue.En français, il n’en existe nul équivalent Duong Thu Huong a circulé dans les milieux officiels et simples du Vietnam.Ce sont sur les qualités et les faiblesses qu’elle a connues qu’elle écrit.Précis, presque naïf, son ample récit est perlé de menus délais, même dérisoires.D’une valeur ethnologique et humaine, cet Am zénith est un roman accessible et terriblement vivant S’il y a un combat littéraire, l’enjeu y dépasse la politique.Les personnages reflètent bien les dissensions du pouvoir, mais SABINE WESPIESER Duong Thu Huong nous lisons le livre pour sa magie et dans l’effroi des contes, qui traduisent une subjectivité.Faire voir comment on vivait et pensait sous la surveillance communiste, oui, ces presque huit cents pages le disent, mais en reliant l’État au privé.La géographie dé Au zénith n’est guère connue.On est au nord, dans la province de Ha Tây, où subsistent légendes et préjugés, comme autour des femmes Cham, ce peuple réfugié en altitude et fondu aux misérables cultivateurs de patate douce qui y ont fait souche.On y suit mariages, décès et naissances, rites de passage et querelles entre villageois.Le roman social rebondit dans des aires particulières.Comment les mœurs séculaires et les décisions révolutionnaires, souvent improvisées, purent-elles cohabiter?Comment ces trous perdus furent-ils soumis au code socialiste et les dénonciateurs de mœurs traquées, dûment récompensés?Comment y aima-t-on, y cohabita-t-on entre voisins, y survécut-on à la mousson, aux famines, à la folie, aux trahisons?Fresque Duong Thu Huong fait parler, chanter, réciter, respirer quantité de personnages quotidiens, entre fêtes et traditions, dans la nature ou leurs maisons.Sa chronique, en trois temps et autant d’angles, bâtit des ponts fragiles entre le passé et les changements, l’instabilité du bonheur et les blessures de la mémoire ou les tourments des émotions.Sa touche narrative sur le fond épique tient à sa ponctuation pittoresque des journées dont elle restitue les désirs brûlants, les rêves mouillés et les gestes tantôt minuscules et prudents, tantôt impétueux et fracassants.Des figures attachantes ressortent de la fresque, comique ou sinistre — une épouse, une vieille fille, monsieur Trân Vu.—, répondant dans leurs détails variés à l’uniformité que les idéologies patriotiques et populistes ont voulu imposer.La plus surprenante est celle du vieil Ho Chi Minh, sacrifiant sa femme et ses enfants.L’écrivaine, lui rendant un hommage inattendu, lui accorde un va-tout d’innocence, victime à deux doigts de la sottise, alors que, dépossédé du pouvoir, il se perd dans un drame humain qui le rend misérable et fou.Au zénith, le pouvoir n’est pas ce que l’on croit, tandis qu’au village des Bûcherons, la «barque [des personnages de Duong Thu Huong] est arrachée à l’oubli pour être entraînée de force vers la rive du souvenir».Collaboratrice du Devoir AU ZÉNITH Duong Thu Huong Sabine Wespeiser éditeur Paris, 2009,787 pages LA PETITE CHRONIQUE Autour de Gide Gilles Archambault Les nombreuses publications qui célèbrent cette année le centenaire de la Nouvelle Revue française remettent en lumièrp l’œuvre de l’un de ses initiateurs, André Gide.A vrai dire, l’auteur des Caves du Vatican n’a jamais cessé de susciter de l’intérêt Soit par son œuvre, soit par la place qu’il a occupée dans les lettres françaises pendant un demi-siècle, soit par ses mœurs dont certaines particularités seraient moins tolérées à notre époque.Les Cahiers de la NRF publient des entretiens auxquels s’est livrée la fille de Gide, Catherine, en 2002 et en 2003.On y apprend peu de choses inédites.Les lecteurs des Cahiers de la Petite Dame encore moins.Mais enfin, le ton est franc, sans apprêts inutiles, du genre de celui que l’on trouve dans des propos échangés dans un magazine.On se rend jusqu’au bout de sa lecture en se disant toutefois qu’on aurait pu tout aussi bien s’en dispenser.H en va autrement de la cor-secret respondance Gide-Valéry ré- éditée dans les mêmes Cahiers de la NRF.Reprenant l’édition établie en 1955 par Robert Mallet et publiée dans la «Collection blanche», l’universitaire anglais Peter Fawcett y ajoute des lettres inédites et surtout annote de façon experte un échange qui s’échelonne sur une période de 52 ans et qui ne s’achève qu’à la mort de Valéry.C’est autour de leur trentaine toutefois que les deux écrivains s’écrivent le plus volontiers.Les deux sont peu connus du public.De 1890 à 1900, ils se feront part de leurs engouements respectifs, Si Gide se livre souvent sans détour, sans les afféteries qui abondent dans son journal, l’auteur de La Jeune Parque est plus tous deux à la recherche l’un de l’autre, riches d’une vie intellectuelle nourrie.Curieusement, Valéry n’apprend l’homosexualité de son ami qu’en 1923, si bien sûr on se fie aux lettres échangées dont on possède la trace.Lui ne se prive pas de mettre Gide au courant de ses déconvenues amoureuses.Si Gide se livre souvent sans détour, sans les afféteries qui abondent dans son journal, l’auteur de La Jeune Parque est plus secret.Ce qui ne l’empêche pas d’évoquer des pensées suicidaires.Comme en témoigne sa lettre du 31 mars 1922: «Je suis une maladie affreuse.Seul maintenant car B.est partie hier.Jamais je n’ai été si abandonné des dieux, si réduit à une douleur fixe, avec des accès furieux et des calmes atroces.Ma vie tient dans une toute petite idée que je manie, que je pétris, que je broie.et toujours sur le point de jeter cette boulette parla fenêtre.» C’est qu’à ce moment de sa vie, Valéry connaît par rapport à ses relations avec Catherine Pozzi des moments cruciaux.Valéry l’avoue lui-même, il n’est pas un correspondant généreux.Ses lettres sont au fond des pages de journal.«Admets que je ne t’écris pas.Je m’écris et je tue le temps», écrit-il le 25 décembre 1895.L’intérêt de cette correspondance ne fait aucun doute.On peut être surpris que le Sétois ait été antidreyfusard et qu’il ait eu des positions antisémites, mais on est retenu par bien autre chose.Comme, par exemple, la chaleur d’une correspondance entretenue par une amitié jamais trahie et nourrie par une rare ferveur intellectuelle.J’avai^ lu, il y a bien 40 ans, cette correspondance.A la relecture, il m’a tout de même semblé qu’elle avait une profondeur que je n’avais pas su saisir alors.La littérature, comme la vie, nous échappe parfois.Même celle qui a agité des êtres de qualité qui ont fait de la création littéraire leur passion.ENTRETIENS 2002-2003 Catherine Gide Gallimard, «Les Cahiers de la NRF» Paris, 2009,154 pages CORRESPONDANCE 1890-1942 André Gide / Paul Valéry Gallimard, «Les Cahiers de la NRF» Paris, 2009,992 pages Alire, Librairie indépendante agreee 450.679.8211 | Place Longueuil www.ecosociete.org Les livres qui ne L^'fpïe soï c\evntU Nouveautés en librairie Salon du livre Passez nous voir au Stand 9 L’anglais n’est pas une langue magique « Le style, c’est son Graal, et cela n’est pas sans lien avec le rythme.Celui de la lenteur.Essentiel à la douceur et à la tendresse, une infusion toujours très concentrée dans les romans de Poulin.» - Chantal Guy, La Presse « Plus encore en retenue, plus encore en concision et en ramassé, en délicatesse d'approche (.j le nouveau roman de Poulin (qui maintient haut son art du récit en émotion contenue) est une élégie aux amours ’durables, aux lectures tenaces (Steinbeck.Hemingway, Grandbols), aux sports qu'il ne pratique que par procuration .» - Robert Lévesque.La Presse « Lire pour la beauté du texte.La précision, la rigueur.Simplicité et dépouillement, (.) Les qualités du coeur autant que sa pensée filtrent à travers les personnages.¦¦ - Anne-Marie Voisard, Le Soleil (51 A)524-5558 lemeac@lemeac.com Québec”»' Pourquoi i'rrtours tout l'temps Anaïs Airelle Pourquoi j'meurs tout l'temps Ce récit d’une itinérance, vécue de iïnté-rieur, nous parle avec lucidité d’une réalité trop souvent occultée et nous explose en plein coeur.Paul Ariès Désobéir et grandir Vers une société de décroissance Collection Actuels Préface de Serge Mongeau Dédicaces de Serge Mongeau sur le stand 9 PonpppBF philosophic da l atfron et da l'émancipation Pierre Mouterde Pour une philosophie de l'action et de l'émancipation Rencontre d'auteur Jeudi 16 à 15 h 30, entretien de Pierre Mouterde avec Laurent Laplante, scène médias.Dédicaces sur le stand 9 circulent pas meurent L1 ÉCHANGE 70/ El 713 MONl-ROyAL ESI ©M0N1-R0m, 514-523-6389 UNE PROMENADE LITTÉRAIRE UNIQUE Ce deuxième opus poursuit la route tracée par le premier tome (finaliste au Prix des libraires 2008).En conclusion, une nouvelle inédite où l’auteur nous fait pénétrer dans son taxi et dans son monde un soir de pleine lune.Un voyage introspectif jusqu’au bout de la nuit.278 pages, 19,95$, ISBN 978-2-89448-585-9 Pieire-Léon lolonde Un tani Iq nuit Septentrion.qc.ca Membre de l'Association nationale des éditeurs de livres 1- “ £*0 ^ £ 71 fl! S K 1— «/> . ¦ - Martine Laval, Telerama •< En vieux philosophe qui a lu (presque) tous les livres.Alberto Manguel propose à un inonde qui a perdu ses repères de retrouver le chemin de l'imaginaire.» - Olivier Le Naire, L'Express (514)524-5558 lemeac@lemeac.com Entrevues, dossiers, portraits, commentaires de lecture, actualités littéraires.A lire, entre autres, dans le numéro 114 de Nuit blanche en kiosque et en librairie à travers le Québec La mort de la bien-aimée raconte comment l'agonie, puis la mort d'Else ont entraîné, de façon aussi étrange qu'inattendue, une période de quintessence amoureuse, voire de mystérieux bonheur.« Marc Bernard, Ecrivain méconnu du XXe siècle » par Patrick Bergeron Le Québec.un détail dans la grande histoire de l'univers des machines.« Mais qu'a bien pu vouloir nous dire Robert Lepage ?» par joseph Yvon Thériault La promiscuité avec un pavé aussi indigeste nous entretiendrait jusqu'au bout dans une hargne salvatrice.« Le livre jamais lu », Ulysse par Laurent Chabin Nous sommes fascinés par la noire monstruosité.Son existence est une énigme sans fond que nous nous épuisons à vouloir résoudre.Et il faut que ('interrogation continue.« Paroles de survivants » par Roland Bourneuf LES RECITS DE SURVIVANCE LA FATIGUE POLITIQUE DU QUÉBEC FRANÇAIS SF: DANIEL SERNINE CHARLES BUKOWSKI LE LIVRE JAMAIS LU DE LAURENT CHABIN JACQUES FOLCH-RIBAS marc bernard iêl.SUZANNE AUBRY MAIS QU'A BIEN PU VOUlOIR NOUS DIRE ROBERT LEPAGE ?.m Tout le champ littéraire québécois et international dans un seul magazine Offrez-vous Quatre numéros par année et l'accès gratuit au site littéraire le plus complet au Québec www.nuitblanche.com |e m'abonne pour une période de U 1 an (4 numéros) : 34 $ J 2 ans (8 numéros) : 56 $ taxes incluses Nom .Prénom .Adresse .Ville .Code postal .Tél.Courriel .?Chèque à l'ordre de Nuit blanche N de la carte .Date d’expiration .?Master Card Postez ce coupon à Nuit blanche, 1026, rue Saint-|ean, bureau 403 Québec (Québec) C1R 1R7 c m c ce F 10 SAMEDI 11 ET DIM A N C UE 12 A V R I L 2 0 0 9 LE DEVOIR.LES SALON DU LIVRE DE QUÉBEC LITTÉRATURE JEUNESSE Crotte et caca au pays des petits La fête de à Québec YASMINE BERTHOU Québec — La présence de Jaques Tardi, maître consacre du 91 art auquel on doit Les Extraordinaires Aventures d’Adèle Blanc-Sec et le plus récent Putain de guerre, signerait-elle le grand retour du Festival de la bande dessinée francophone de Québec, qui se tiendra du 15 au 19 avril au Centre des congrès de Québec, sur le devant de la scène?Thomas-Louis Côté, son directeur général, refuse de parler de renaissance.Il reconnaît toutefois que le festival n’a pas connu que des heures de gloire.Accueillir le père d’Adèle Blanc-Sec au pied du Château Frontenac pour sa 22( édition relève donc incontestablement du coup de génie.«Il y a six ans, le festival se tenait encore dans un centre commercial et il était à bout de souffle.Les auteurs européens qui acceptaient de venir à Que-, bec étaient déçus par l’accueil imparfait et par l’inévitable image de foire commerciale qui collait au festival.» Avec un décor planté entre des étalages de vêtements et d’accessoires mode, il était en effet difficile pour les bédéistes de créer un lien avec leur public.Pour Philippe Girard, auteur des Ravins (aux Editions Mécanique générale), la déception des auteurs européens était partagée par leurs confrères québécois.«Les organisateurs pensaient à tort que le prestige des grands noms de la bédé européenne allait rejaillir sur le festival.Il leur a fallu du temps pour réaliser que le visage de la bande dessinée avait évolué et que le Québec comptait aussi son lot d’auteurs capables de déplacer des foules.» la bédé JACQUES DEMARTHON AFP Jaques Tardi, ce maître consacré du 9' art, sera du Festival de la bande dessinée francophone de Québec.Cinq ans après son association avec le Salon international du livre de Québec, le festival a réussi à renverser la vapeur et à se remettre sur les rails.«Le temps des Tintin et Spirou est révolu, lance le directeur.Il y a aujourd’hui une nouvelle génération d’auteurs — Julien Neel et Lou, Michel Rabagliati et Paul, Martin Desbat et Mégamonsieur — et d’amateurs qui attendent autre chose que de simples séances de dédicaces.» Entre les expositions — L’Union fait la schtroumpf; Tardi, Putain de guerre —, la réalisation d’œuvres en direct à l’Atelier bédé ou une classe de maître avec Tardi, même les plus sceptiques devraient être convaincus: le Festival de la bédé a survécu à sa traversée du désert et il s’annonce plus vivant que jamais.Collaboratrice du Devoir CAROLE TREMBLAY Dans le monde merveilleux de la littérature jeunesse actuelle, dès que la fée du succès pose sa baguette sur un livre, il se met presque aussitôt à faire de nombreux enfants.Quand ce n’est pas une suite ou carrément une série qui apparaît, ce sont les produits dérivés qui surgissent comme par magie.Dans les cas les plus heureux, l’affaire se conclut par un mariage avec la télé.Si on mesure le succès d’un ouvrage à la quantité de déclinaisons qu’il génère, De la petite taupe qui voulait savoir qui lui avait fait sur la tête est sans contredit un des grands gagnants des dernières années.Paru pour la première fois en 1993, cet album traduit de l’allemand raconte les mésaventures d’une petite taupe qui cherche à savoir quel malotru lui a déféqué sur le crâne.Elle va donc chez la vache, le lapin, le FABIEN DEGLISE Un rappel de l’épisode précédent s’impose: partie dans une maison de Bretagne pour préparer un «exam de sciences éco», Pauline voit son destin bouleversé par la rencontre de l’intrigant Erwan, de son ami, le vieux sage et aveugle Christo, et surtout par l’abus de larmes d’abeilles, substance magique qui permet de plonger dans un monde parallèle.Et comment! Cet univers étrange, habité par le singulier, la jeune fille va avoir l’impression de s’y perdre quelques jours à peine.Or elle en reviendra un an et demi plus tard cheval et la chèvre, coiffée de son casque nauséabond, pour mener son enquête.Chaque animal plaide l’innocence, montrant ses propres crottes à l’appui, dans l’espoir de prouver à la victime de l’outrage qu’il ne peut pas s’agir des siennes.Le coupable sera bien sûr puni à la juste mesure de sa faute.Avec ses 15 ans de service, cet ouvrage fort distrayant et joliment illustré par Wolf Erlbru-ch est devenu un classique des bibliothèques enfantines.On l’a vu défiler en album régulier, en mini-album, en tout carton, en boîtier avec peluche et en livre animé avec des volets à soulever.Voilà que cette année, la myope bestiole revient accompagnée d’un DVD.C’est tout frais, ça vient de sortir.La popularité n’apporte pas que des produits dérivés, elle engendre aussi des émules.Avec Qu’y a-t-il dans ta couche?, Guido Van Genechten emprunte le dans un état nauséeux et pas vraiment à temps pour remplir ses obligations estudiantines.Bizarre, vous avez dit bizarre?Oui.La trame est étrange et l’inexplicable qu’elle génère persiste, on s’en doute, encore une fois dans le deuxième tome du Grand Mort (Vent d’Ouest), épopée subtilement captivante dans la mythologie, scénarisée par Régis Loisel — deux des quatre mains derrière Magasin général — et mise en images par Vincent Mallié, le Mallié de Hong Kong triad (Soleil).Dans cette suite des choses, on retrouve donc le jeune Erwan lancé à la recherche d’une Pauline qui, malheureusement concept pour l’appliquer à une petite souris.Dans ce cas-ci, pas de victime ni de vengeance à l’horizon, mais plutôt une petite leçon de propreté.Bébé Souris se promène pour explorer les alentours.Quand elle rencontre Bébé Lapin, elle s’enquiert, curieuse, de ce qu’il a dans sa couche.Pour découvrir le contenu dans toute sa splendeur, l’enfant lecteur doit soulever le rabat Puis, c’est Bébé Chèvre qui, une fois son volet rabaissé, montre ce qui tapisse le fond de sa couche.La souris exploratrice va de cheval en cochon et de vache en chien, découvrant formes et consistances diverses, jusqu’à ce que ses amis lui retournent la question.Surprise! La petite souris, elle, n’a rien dans sa couche! Comment est-ce possible, s’étonnent les bêtes ébahies rassemblées autour du fond de culotte vide?C’est là que, oh! RG vélation! La petite souris leur présente fièrement son pot, conte- pour lui, a décidé de jouer la fille de l’air dans un monde qui tourne de plus en plus mal.Et les larmes d’abeilles, la pauvreté qui se répand dans les rues de Paris, la fuite de l’ex-étu-diante et les moustiques auraient peut-être un lien entre eux.Qui sait?Accroché par les premiers pas de cette aventure, le public va encore une fois «vouloir savoir» — parce qu’il en a le droit — en sortant de ce tome 2 qui poursuit la construction de cette balade aux confins du mystérieux.Un voyage intelligent, sans la lourdeur et l’hermétisme qui composent parfois ce genre littéraire, dont les écueils nant sa petite production personnelle.Les illustrations fraîches et aérées de ce grand album carré ont un côté gentiment propret qui contraste avec le thème abordé.Et comme le tout est imprimé sur du solide papier légèrement plastifié, il est parfaitement adapté aux mains parfois un peu.crottées des jeunes enfants.Collaboratrice du Devoir DE LA PETITE TAUPE QUI VOULAIT SAVOIR QUI LUI AVAIT FAIT SUR LA TÊTE Texte de Werner Holzwarth Illustrations de Wolf Erlbruch Milan jeunesse, 22 pages QU’Y A-T-IL DANS TA COUCHE?Texte et illustrations de Guido Van Genechten Albin Michel jeunesse, 27 pages ont été facilement évités par l’équipe de production.Mallié, Loisel, Djian et Lapierre livrent en effet ici un scénario d’une précision redoutable et articulent une mécanique narrative entre deux mondes et deux individus dont le destin, finalement, va finir par créer une forte dépendance.Autant être prévenu avant de plonger.Le Devoir LE GRAND MORT Tome 2: PAULINE Loisel, Djian et Mallié Vents d’Ouest Paris, 2009,62 pages Dans les coulisses du chaos Les Éditions du Noroît www.lenoroit.com Offrandes de la jouissance Marylène Bertrand pk ne pas humecter Charles Drouin DIFFUSION J UIMEDIA.Æ> « ne pas humecter Alain Farah, Mathieu Bergeron, Thierry Dimanche, Bertrand La verdure, Franz Schüreh & Renée Gagnon seront au Salon international du livre de Québec ENTRE LE JEUDI 16 AVRIL ET LE SAMEDI 18 AVRIL 2009 au stand numéro 9 (Dimedia) FRANZ SCHURCH CE QUI S’EMBRASSE EST CONFUS èixniCHt Tl ' B B R O R U JJ Matamore n° 29 Jacob Hrm 2 iHÏTÏÏnfd Les éditions LE QUARTANIER POÉSIE • ROMAN • ESSAI Nos plus récents titres, parus en avril 200g : Carnet de désaccords, de Nathalie Stephens ; Ce qui s’embrasse est confus, de Franz Schürch ; Autoportraits-robots, de Thierry Dimanche WWW.LEQUARTANIER.COM/DIFFUSION DIMEDIA « V C DE C Montréal, du 16 au 19 avril 2009 Jeudi 16 avril, À 17 h 30 Conférence publique de Paul Chamberland Maison des écrivains 3492, avenue Laval Entrée libre Vendredi 17 avril, À 17h30 Lecture publique Maison de la culture Plateau-Mont-Royal 465, avenue du Mont-Royal Est Invité/es Exposé d’ouverture par Paul Chanel Malenfant Claude Ber (France) Rose-Marie François (Belgique) Georgette LeBlanc (Acadie) Samira Negrouche (Algérie) Daniele Pieroni (Italie) Juan Manuel Rodriguez Tobal (Espagne) Alberto Ruy Sanchez (Mexique) Lambert Schlechter (Luxembourg) Alexandre Voisard (Suisse) Du Québec Ann Charney Diane-Monique Daviau Bertrand Gervais Louis-Philippe Hébert Tania Langeais Rachel Leclerc Jean-Éric Riopel Rodney Saint-Éloi (Québec / Haïti) JM Académie des lettres du Québec www.academiedeslettresduquehee.ca Comité de direction Louise Dupré, directrice Nicole Brossard Denise Desautels Hélène Dorion Naïm Kattan Pierre Nepveu Québec ï’o ÇR?Conseil d«s Arts Canada Council «HT) du Canada for th« Arts Spirale/ B «Bfc.’ UNEQ A PoUiÇ In .Î7-' koif est soutenue par le Conseil îles arts et des lettres du Quélxt, le Conseil îles Arts du C anada, le Conseil des arts de Montréal, le Consulat général de France, k.Consulat général du Mexique, la Délégation Wallonnie-Druxclles au Québec, l’Institut Culturel Italien, le Ministère de la culture de l’Algérie, le Ministère de la culture de l'Eapagne, le Ministère de la culture, de l’enseignement supérieur et de la recherche du Luxembourg et Pro Helvetia, Fondation suisse pour la culture, l.’IINEQ, Radio Spirale, CIBL, la librairie le Port de tète, le Festival international Montréal Metropolis bleu et le Marché de la poésie de Montréal sont partenaires de l’événement.C c £ C ' t c* L K l> K V 0 I H .LES SAMEDI 11 ET DIMANCHE 12 AVRIL 2 0 0 9 Salon international du livre de Québec VENEZ RENCONTRER Y I I SALON PII LIVRE DE QUEBEC Une bibliothèque à soi GEORGES LEROUX Ce petit livre intéressera tous les amateurs de livres; jls découvriront qu’il n’est pas nécessaire d’être bibliophile pour appartenir à une vaste confrérie regroupant aussi bien les collectionneurs que les passionnés de livres bien ordinaires.La bibbophilie est en effet une passion dévorante, elle peut conduire à des excès insoupçonnés; l’amour des livres provoque des excès moins graves.La recherche du bibliophile peut impressionner, elle aura souvent exigé beaucoup, qu’on pense seulement au récent catalogue donnant l’inventaire de la bibliothèque mise en vente par Jean Leduc.L’amateur de livres, de son côté, est l’honnête homme, le digne descendant du notaire ou du séminariste, l’amoureux de littérature: il aime les livres pour ce qu’ils apportent moins que pour ce qu’ils sont.Cette distinction un peu tranchée exigerait plus de nuance; les libraires d’occasion sont les mieux placés pour nous dire si elle tient la route: un livre présentant peu d’intérêt pour un amateur général pourrait être la pièce manquante dans le puzzle d’une vie! Jacques Bonnet sait de quoi il parle: est-il collectionneur de quelque domaine particulier, sinon de la littérature universelle?Chose certaine, il aime les livres en général.Bien sûr, il apprécie la rareté et l’objet surprenant, mais cet éditeur bien connu — on se rappellera ses merveilleux Cahiers pour un temps, publiés sous l’égide du Musée Beaubourg, et consacrés aux grands penseurs du vingtième siècle — est d’abord un connaisseur des métiers du livre et il ne ménage pas son admiration pour tous ceux qui y passent leur temps.Comme tous les amateurs, il peut citer Borges («Le Paradis est une bibliothèque») et aussi notre cher Alberto Manguel, et pour lui les bibliothèques personnelles ne sont pas seulement des énigmes, mais souvent de véritables mystères.Comment se constituent-elles?Qu’est-ce qui pousse quelqu’un à laisser croître les rayonnages dans son logement jusqu’à envahir la chambre à coucher?Des psychanalystes très sérieux ont donné de ce réflexe de la rétention et de l’entassement une interprétation assez intéressante, mais le réflexe anal n’explique pas tout; il y a aussi du surmoi là-dedans, et notamment dans cette ambition absurde de reconstruire chez soi le monde du connaissable, à défaut de pouvoir y convoquer tout le réel.Mais encore faut-il être juste à l’égard de l’ama- teur: se pourrait-il que son amour des Livres soit au-dessus du soupçon freudien et qu’il ne s’agisse, très simplement, que d’une vénération du geste de la connaissance, c’est-à-dire de l’écriture et de la publication?Jacques Bonnet, revenant lui-même sur ses premières joies de lecteur enfant, nous instruit de l’importance de cette scène primitive complexe, où le bonheur de lire va déterminer toute la suite de l’existence.La lecture, il insiste sur ce point, est d’abord une ouverture au monde, et sa vraie définition fait d’elle l’instrument par excellence de la liberté.On aimera donc dans ce livre très personnel l’enfilade des exemples, anecdotes, récits et souvenirs où un vrai amateur nous offre son amour des livres et les raisons qu’il a trouvées de se réconcilier avec ce qui, pour un regard extérieur, peut paraître une aberration.Les problèmes si singuliers du rangement et du classement, qui obsédèrent Aby Warburg et qui sont le pain quotidien des amateurs, ne peuvent peut-être pas être résolus.Qu’importe! Bonnet recommande un subtil panachage, il en fait presque une éthique.Et que dire des pratiques de lecture et du choix des ambiances et des environnements?Dans cet essai vraiment délicieux, on goûtera peut-être surtout les réflexions de fond sur l’itinéraire particulier de chaque lecteur, le rôle des amis, des critiques, des maîtres.Personne ne niera que, comme la vie elle-même, la lecture soit le résultat d’accidents, de rencontres, bref qu’elle ne puisse jamais être planifiée.Le monde des livres est infini, il échappe par essence au désir de maîtrise, et c’est ainsi que chaque geste de poser un livre près d’un autre nous apparaît comme une victoire, si minime soit-elle, sur le chaos.Ils sont rares en effet les lecteurs qui n’aiment pas les livres au point de vouloir, au moins un moment, les conserver, un peu comme les catalogues après la visite d’une exposition.La bibliothèque de chaque lecteur est une partie de son monde et elle influence le regard sur tout ce qui la concerne dès qu’on sort de chez soi.Autant que le testament qu’inéluctablement on rédigera, car le destin des livres est de nous survivre.Elles sont hélas nombreuses les bibliothèques qui auraient mérité un sort meilleur que la dispersion chez les revendeurs, mais là encore, on ne peut tout régler d’avance.Collaborateur du Devoir RÉFÉRENCE Des bibuothèques PLEINES DE FANTÔMES Jacques Bonnet Denoël Paris, 2008,139 pages La lecture, Jacques Bonnet insiste sur ce point, est d’abord une ouverture au monde, et sa vraie définition fait d’elle l’instrument par excellence de la liberté MÉDECIN «En Colombie-Britannique, pouvait-on lire, un médecin de famille sur trois regrette le choix de sa profession, révèle un sondage Léger Marketing.» Les demi-dieux, donc, sont parfois fatigués.Désy, justement, évoque ceux et celles qui craquent.Devant la souffrance des patients, le manque d’accès aux soins, mais aussi à la suite de plaintes les visant.Il y a, dit-il, un sens qui se perd facilement dans cette aventure, en raison de structures déficientes, mais peut-être plus encore à cause de l’oubli, de part et d’autre, de la fragilité inhérente à la relation soignante, qui exige humilité et confiance, de même que le droit à l’erreur.Cette humilité, deux jeunes étudiants en médecine, en stage à Haïti, l’apprennent à la dure, mais non sans susciter le sourire.Lors d’une chirurgie nocturne pratiquée sur un paysan qui s’est fait encorner par sa vache enragée, Esther, tenant le fanal pour éclai- rer sœur Sonia qui opère avec des moyens de fortune, chancelle et plonge tête première dans la plaie, déclenchant les rires de la sœur et du prêtre! Son collègue Julien, appelé à arracher une dent, doit lui aussi s’en remettre aux religieuses expertes qui, équipées de cognac et fortes de techniques pour le moins rudimentaires — «Un doigt dans chaque narine et la bouche ouvre toute seule.Tu vois?» —, réussissent là où il a échoué.Il y a du Ferron dans cette histoire d’un médecin vaguement décrocheur, démuni devant une amie cancéreuse, qui soigne un randonneur à l’épaule luxée en plein bois.«Tabar-nak! Ça, c’est de la médecine!», s’exclame un bûcheron.Plus tard, un ami avocat se scandalisera de cette audace soignante, en affirmant qu’une complication aurait justifié une poursuite.Perte de sens, déplore Désy.Encore du Ferron, de même, dans l’évocation de cette munici- palité Scandinave, sans dispensaire ni médecin, dans laquelle les habitants, initiés à l’anatomie et à l’art de l’examen physique à l’école, sont capables, pour les maladies courantes, «de se soigner les uns les autres».En visite à Hygiks-vall, Désy a presque l’impression d’avoir trouvé «la réalisation de l’impossible utopie», jusqu’à ce qu’un drame, qui n’a rien à voir mais tout de même, le ramène sur terre.Il faudra Kierkegaard, lu entre amis, pour se consoler.«Il faudrait les adopter, tous! Il faudrait les adopter, nos patients! Les faire entrer dans nos maisons, dans nos foyers, au risque de sombrer avec eux, au risque de mourir avec eux», lance Jean Désy dans ce beau plaidoyer en faveur d’une pratique médicale qui, au-delà des bienfaits de la technoscience, saurait faire une place à l’amour et à la poésie, ce «baume pour chaque plaie du monde».louiscoCqsympatico.ca Entre le chaos et l'insignifiance xn &IIUT*ür ENTRE LE CHAOS ET L’INSIGNIFIANCE Histoires médicales Jean Désy XYZ Montréal, 2009,108 pages Des livres et des auteurs Salon du livre de Québec, du 1 5 au 1 9 avril Paul OHL Montferrand-Le prix de l’honneur Arlette COUSTURE Depuis la fenêtre de mes cinq ans Janik TREMBLAY Le bonheur est assis sur un banc et il attend Suzanne AUBRY La Vengeance du Lumber Lord Fanette, tome 2 Jennifer AHERN Le Poison de la favorite Noblesse déchirée, tome 2 Ghislaine MEUNIER- TARDIF L’Écarlate Richard Julie f STE-MARIE ÊÊk HUBERT Un ménage ' Les Retrouvailles JP HI FM HUÉ Jean-Pierre JB WILHELMY " Il Iv Mylène WILHELMY Sarah—À l'ombre des hommes Nathaly DUFOUR Sous la toge Louise LACQURSIÈRE Lunes bleues S !«• HnnhrMr a»!.LE POISON AÛ-AVOH^l VIVRE Drnis Monritc JETTE L u nos bleues /infidencei bon agent -double fromages MllM IiOl Manche Nouille -«fBtaft»* .OtMrtA vivre Libre Expression | Trécarré | Stanké | Éditions Logiques | Publistar STAND 191 Pour connaître l'horaire des séances de signature, veuillez vous référer au programme.iMj GROUPE L I B K E X Un» compngnte (ta Quptx'aw groupelibrex.com Pl'iitn» A'Iotto Couitur», Sunnno Aubry, Nathaly Dufour, Julio Hubert, Ghislaine Mounler-TortM C Jacques Mlgnonull Autres photos e Groupe i ihron Stands 65 • 89 LES AUTEURS DES PUL ET DE l’INRS Marcel SYLVESTRE • La peur du mal.Le conflit science et religion au Québec : l'affaire Laurendeau ^Samedi le 18 avril de 16 h 00 à 17 h 30 Jacques ROY • Entre la classe et les mejobs.Portrait d’une génération de cégépiens Samedi le 18 avril de 18 h 00 à 19 h 00 André PARENT • Histoire du cerveau.De l’Antiquité aux neureosciences Vendredi le 17 avril de 19 h 00 à 20 h 00 Mathieu D'AVIGNON et Camil GIRARD • A-t-on oublié que jadis nous étions « frères » ?Alliances fondatrices et reconnaissance des peuples autochtones dans l’histoire du Québec.Samedi le 18 avril de 12 h 00 à 13 h 00 Mario PAQUET • Entretien avec une aidante « surnaturelle ».Autonome S’démène pour prendre soin d’un proche à domicile Samedi le 18 avril de 13 h 00 à 15 h 00 Bernard ANDRES • Journal du siège de Québec du 10 mai au 18 septembre 1759 Samedi le 18 avril de 15 h 00 à 16 h 00 Dimanche le 19 avril de 13 h 00 à 14 h 00 Malcolm REID • Notre parti est pris Jeudi le 16 avril de 18 h 00 à 19 h 00 Gérard MARTIN • L'industrie de la pêche et de l’aquaculture.et ses multiples facettes Vendredi le 17 avril de 15 h 00 à 16 h 00 Réjean PELLETIER • Le Québec et le fédéralisme canadien.Un regard critique Vendredi le 17 avril de 16 h 00 à 17 h 00 Christian BOISSINOT • La vraie dureté du mental.Hockey et philosophie Vendredi 17 avril de 18 h 00 à 19 h 00 MarC VALLIÉRES • Histoire de Québec et de sa région Dimanche le 19 avril de 12 h 00 à 13 h 00 Nathalie POIRIER et Catherine KOZMINSKI • L'autisme, un jour à la fois Dimanche le 19 avril de 14 h 00 à 15 h 00 Réal LA ROCHELLE • L’opéra du samedi.Le Metropolitan à la radio du Québec Dimanche le 19 avril de 15 h 00 à 16 h 00 Emeline PIERRE • Le caractère subversif de la femme antillaise (Éditions l'Harmattan) Dimanche le 19 avriil de 16 h 00 à 17 h 00 LES PRESSES DE L'UNIVERSITÉ LAVAL www.pulaval.com b F 12 ' F_ lJ ° 1 H l h: s sa m k i> i il k r d i m a \ cue 12 avril 2009 SALON DU LIVREIe .___ , .\j HISTOIRE L’histoire de l’Amérique, d’un point de vue huron-wendat « SOURCE PUO Georges Sioui est coordonnateur du programme d’études autochtones à l’Université d’Ottawa CAROLINE MONTPET1T Au début des années 1990, le Huron Wendat Georges Sioui devenait le premier autochtone canadien à obtenir un doctorat en histoire.Il suivait ainsi les traces de sa mère Eleonore Sioui, qui fut la première autochtone canadienne à décrocher un doctorat en philosophie, et qui fonda aussi une revue nommée Kanatha.En 1989, le travail de maîtrise de Georges Sioui était publié sous le titre Pour une autohistoire amérindienne et était préfacé par nul autre que Claude Lévi-Strauss.Cette année, et quelques livres plus tard, puisqu il a aussi écrit sur l’histoire de la civilisation Wendat, Georges Sioui fait paraître une collection de ses textes, principalement des conférences et des entrevues, sur la façon dont les Hui ons-Wendat conçoivent t’histoiie et l’expérience coloniale.C’est donc une perspective peu explorée qu’offre n pi otesseur agrégé et coordonnateur du pr ogramme d’études autochtones de l’Université d’Ottawa, qui sera très utile à qui tente de connaître une histoire de l’Auiéi ique antérieure à la date de 1 arrivée de Christophe Colomb ici-bas.De ce point de vue, l’arrivée des Européens est perçue comme un «accident» plutôt que comme le début d’une ère nouvelle.Les Hurons-Wendats auraient d’ailleurs adopté l’agriculture à partir des années 900 ou 1000 de notre ère, établit Georges Sioui, à partir d’un suivi archéologique.«Vers les années 1200 à 1300, écrit-il, les Wendats étaient actifs au cœur de grands réseaux de commerce et d’échanges, non seulement matériels: on s’échangeait aussi des pratiques religieuses, des croyances, des gens, etc.Une harmonie remarquable Hfe’WflZZl ; Hisroirt's (k- Kill®;) .1 Histories of Kanatha GEORGES SIOUI habitait déjà toute cette grande nation bien avant l’arrivée des Français et d’autres Européens parmi eux.» Au fil de cette collection de textes, dans lesquels il aborde longuement les thèmes de la morale et de la philosophie amérindiennes, Georges Sioui se défend bien pourtant de défendre le mythe du «bon sauvage».«Il est facile de prétendre que mes thèses reprennent à leur compte le mythe du bon sauvage.Je ne prétends pourtant pas que les sociétés amérindiennes étaient des sociétés idéales.Les guerres menées par les Amérindiens étaient aussi inhumaines et cruelles, comme le sont toutes les guerres.De plus, il est malheureux de constater que les sociétés amérindiennes ont connu et connaissent encore l’abus politique.Mais au-delà de l’invention des mythes, il ne faut pas oublier que, si elles n’étaient pas parfaites, les sociétés amérindiennes traditionnelles n’en ressemblaient pas moins pour les arrivants européens à de petits paradis en comparaison des sociétés du vieux continent», écrit-il.Relecture Procédant tout de même à une relecture de l’histoire, Georges Sioui avance que les relations entre Iroquois et Hu-rons n’étaient pas aussi minées qu’on le prétend avant l’arrivée des Européens dans le Nouveau Monde, et que ce ne sont pas les Iroquois qui ont exterminé les Hurons, comme le prétendent erronément les livres d’histoire.«Personne ne voulait exterminer personne.Le dossier archéologique est clair à ce sujet: les gens ne se faisaient pas grand tort par leurs guerres», écrit-il.Il ajoute plus loin: «Nous savons tous que ces peuples, les Hurons et les Iroquois, ne se faisaient pas grand tort.Même s’ils étaient parfois en guerre, ils étaient parfois des alliés.[.] L’histoire euroaméricaine est basée sur des mensonges», écrit-il Georges Sioui revient d’ailleurs beaucoup sur certains principes chers aux Amérindiens, comme l’absence du sens de la propriété, l’absence du Tien et du Mien, telle que racontée par le baron de Lahon-tan, abondamment cité par Sioui.Selon Sioui, cette perception du monde serait aujourd’hui fort utile à l’Europe, aux prises avec des problèmes d’intégration des immigrants.S’il reconnaît l’apport européen aux civilisations traditionnelles de ses ancêtres en écrivant que «les Indiens sont une race améliorée par la présence blanche et vivent aujourd’hui infiniment mieux qu’il y a 500 ans», Sioui avance que sous différents points de vue, et notamment aux plans moral et spirituel, les Blancs auraient encore beaucoup à gagner à s’inspirer un peu plus des traditions indigènes qu’ils ont tenté d’anéantir.Le Devoir HISTOIRES DE KANATAHA, VUES ET CONTÉES HISTORIES OF KANATHA, SEEN AND TOLD Georges Sioui Sélection et présentation de Dalie Giroux Presses de l’Université d’Ottawa Ottawa, 2009,373 pages ESSAI ESSAIS QUÉBÉCOIS C La science, les Indiens, Galilée et nous LOUIS CORNELI i ER Eq 2005, le physicien français Etienne Klein l'encuime a Paris, cinq chets indiens d un peuple d’Âniazdme 1 es dm niers expriment leut angoisse, et leur révolte devant la menace que fait peser notre monde occidental et technologique sur le leur».En les écoutant, Klein découvre que la nature dont parlent ces Indiens n’est pas la sienne.«Héritier de Galilée», il ne se recon naît pas dans la nature sensible et non séparée de ses interlocu leurs.La sienne, constate-t-il «est réduite à la matière et à l’énergie, elle est abstraite, insen sible, dépouillée de toute vie» S’en désole-t-il?Certes non mais cette rencontre lui inspire une réflexion critique sur sa propre tradition.Lumineux plaidoyer en faveur de «l’esprit de la science», Galilée et les Indiens prend acte des critiques formulées à l’endroit de la science pour mieux défendre cette dernière.Les Indiens, en effet, ne sont pas les seuls à exprimer des craintes à cet égard.En Occident aussi, le règne de la technoscience inquiète, et certains suggèrent même d’abandonner la course.La relève scientifique, d’ailleurs, st: ferait de plus en plus rare.A esi dt Ha du divorce iqui] se profite mire la science et la so léie- qut Klein lui.s inquiète Contre le scientisme, le relativisme et la dérive technoscientifique, / le physicien français Etienne Klein veut sauver l’esprit de la science Le scientisme Père de la science moderne, Galilée, avec sa lecture mathématique de l’univers, a radicalement modifié notre vision du monde et installé une nette sé-pai ation entre la nature et l’humain L’efficacité scientifique était à ce prix, mais elle n’allait pas sans danger.En 1935, le philosophe allemand Edmond Husserl évoque «une crise de l’humanité européenne» pour désigner l’hégémonie du «comment», imposé par la science au détriment du «pourquoi».Le rationalisme, en se dégradant dans un objectivisme selon lequel il n’y aurait qu’une seule forme de connaissance, a échoué et «risque de nous perdre».Le vrai nom de ce rationalisme égaré est le scientisme, ou cette doctrine utopique selon laquelle la science peut tout résoudre, Klein, qui donne en partie raison à Husserl, y voit une dénaturation de l’esprit de la science.«Les sciences, écrit-il, ne traitent vraiment bien que des questions.scientifiques.» Les questions de sens et de valeurs ne sont pas directement de son ressort.La science a pu jouer «un rôle d’acide, dissolvant progressivement certaines croyances enseignées par les autorités supposées naturelles», mais elle «n’édicte pas de valeurs».Ni le bien ni le mal ne sauraient lui être attribués en soi.La science n’est pas pour autant privée de sens, précise Klein.Il y a une joie profonde à comprendre, quand «le réel, soudain, vous répond».Reste ensuite à ' joindre l’amour du monde à sa compréhension».Pour y arriver, «il y a donc urgence à faire collaborer la philosophie et la science».Souveraine dans son ordre, la science, qui fournit NOUVEAUTÉ Jean Di Tomaso HISTOIRES DE CŒUR poésie Histoires dt cœur ü Les îles de la vie Interludes Les saisons du cœur Fleurs et fruits Poèmes en prose Volume de 182 pages • 19,95 $ En vente dans les librairies CARTE BLANCHE -I- éditions Liber Philosophie • Sciences humaines • Littérature Andrée Lajoie Vive la recherche libre! Les subventions publiques à la recherche en sciences humaines et sociales au Québec i * 224 pages, 24dollars Antifée Idiote Vive la recherche libre! «une connaissance objective de la nature», est nécessaire — on voit mal comment son rejet serait salutaire —, mais pas suffisante, puisque des questions — comment vivre?par exemple — lui échappent Autres menaces A ce scientisme, certains répliquent par un relativisme qui considère la connaissance scientifique comme «un récit parmi d’autres».S’il est vrai, reconnaît Klein, que des considérations d’ordre historique, social et culturel peuvent influer sur la direction des recherches — Einstein, par exemple, a élaboré la théorie de la relativité restreinte en travaillant sur la synchronisation des horloges d’Europe —, elles ne déterminent pas «le contenu même des connaissances».La formule E = me2 n’est plus «dépendante de sa genèse».La science a une méthode, des critères de validité et une efficacité qui la distinguent des autres récits.Pour ces raisons, Klein attribue le soupçon que certains font peser sur elle à une forme de paresse qui les soulage de faire l’effort nécessaire à sa compréhension.Aux dérives scientistes et relativistes s’ajoute, enfin, une autre menace: la technoscience.Obsédée par l’utilité, cette approche limite la liberté des chercheurs et détourne la science de son but le plus noble.Fascinés par les retombées pratiques de la science, nous sommes souvent indifférents à sa méthode et à ses contenus fondamentaux.Son enseignement, par exemple, se concentre sur «des équations et des résultats» et néglige de la rendre désirable, en mettant à l’écart «les passions singulières de ceux qui les ont voulus, pensés, créés».De plus, cette même technoscience, promotrice de technologies qui ont transformé notre modernité animée par l’idéal du progrès en «société du risque», rend urgente «une prise de responsabilité collective», impensable sans une réelle démocratisation de la culture scientifique.«Dans la détresse de notre vie, écrivait magnifiquement Husserl, cette science n’a rien à nous dire.» Klein, avec autant d’écla-tante intelligence, montre que ce n’est vrai que pour une science qui, privée de conscience, c’est-à-dire de philosophie, renie le meilleur de son esprit.Collaborateur du Devoir GAULÉE ET LES INDIENS Étienne Klein Flammarion Paris, 2008,128 pages Ghislain Picard, en parole et en action DALIE GIROUX Dans l’avant-propos de cet excellent recueil d’entretiens, l’anthropologue Pierre Trudel rappelle la question à l’origine de la démarche entreprise en 2005 avec le chef de l’Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador: «Quelle pensée politique se trouve derrière cet Innu que l’on voit depuis si longtemps représenter les Premières Nations du Québec?» Or, le genre de l’entretien, lorsqu’il s’agit d’acteurs politiques contemporains, échoue souvent à reconstruire la cohérence et la richesse d’un propos qui se qualifierait au titre de «pensée politique» — rappelons à ce titre le malheureux Max «One Onti» Gros-Louis.Constance et détermination, publié récemment, et dont j’ai parlé dans ces pages (Le Devoir, 18-10-08).Picard, penseur politique Il faut s’incliner ici devant le travail du tandem Picard-Tru-del à cet égard.Non seulement l’ensemble tient la route sur le plan de l’organisation des idées et de l’approfondissement des thèmes politiques dominants dans la pensée et dans l’action du chef autochtone, mais le voyage offert au lecteur à travers les cinq chapitres qui forment la première section de l’ouvrage et la deuxième section, qui présente quelques textes et discours récents de Ghislain Picard, offre une vue imprenable sur les enjeux politiques autochtones contemporains au Québec et au Canada.La qualité du personnage joue pour beaucoup dans l’actualité et dans la complexité du texte offert.Picard, qui se retrouve au cœur de la vie politique autochtone depuis plus de deux décennies, s’y est engagé à la fois en tant que démocrate — il a développé une réflexion remarquable sur la notion d’écoute en politique — et dans une identification totale avec la cause qu’il défend.S’il faut faire une différence entre le politicien de carrière et l’homme politique, le chef innu, qui appartient sans l’ombre d’un doute à cette dernière catégorie, nous en donne la formule dans sa définition du politicien autochtone: «Il fait partie de ce pour quoi il se bat.» L’ancien du collège Manitou esriun fervent défenseur pierre trudel « de l’autonomie des communautés autochtones en matière d’éducation, par laquelle passe le développement culturel des peuples autochtones.Ayant le courage des prises de position parfois inconfortables, le chef entretient une tension productive entre l’idéal d’autonomie politique et la nécessité de développer des moyens d’atteindre la santé socio-économique des communautés.Dans tous les cas, explique le chef, il s’agit de «travailler à rendre les individus plus forts».En pays autochtone Trudel, par sa manière d’organiser l’information et de mener les entretiens, aménage judicieusement l’espace de parole pour un éclairage «autochtone» des enjeux autochtones contemporains, évitant le piège répété dans ce genre d’ouvrage d’une perspective obstinément québécoise sur ces questions (pensons à cet égard au récent De Kebec à Québec).Il est encore rare d’entendre et de voir reconnaître dans les lettres québécoises une pensée politique d’ici.Il est encore plus rare que le lieu de la pensée dont il est question dans cet «ici» puisse être compris comme pays autochtone.Pour cela, et parce qu’ils constituent une petite mine d’information sur la politique autochtone contemporaine au Québec et au Canada, ces entretiens réjouissent.Collaboratrice du Devoir GHISLAIN PICARD: ENTRETIENS Ghislain Picard, propos recueillis par Pierre Trudel Boréal Montréal, 2009,195 pages Ci’- : m MJÊÊÊÊÊÊIÊÊÊÊÊÊÊÊÊÊÊÊÊC.i c: s^ii.4444 L K I) K V () I H , LES SAMEDI II ET I) I M A N C II E I 2 A V H I L 2 0 0 il SALON DU LIVRE DE .ESSAIS QUÉBÉCOIS Ceci n’est pas une chronique d’essais Selon Robert Vigneault, c’est par abus de langage et confusion conceptuelle qu’on accole l’étiquette d’essai à toute la prose d’idées Loins CORNEIJLIER Vous êtes ici, croyez-vous, dans une chronique d’essais.Mais en est-ce bien une?Ne seriez-vous pas plutôt en train de lire un de «ces chroniqueurs qui mettent toute la prose d’idées, y compris d’authentiques essais, sur le même pied en se contentant de résumer la pensée d’un auteur sans tenir compte des divers niveaux de lecture que l'attention à l’énonciation, dans le cas des essais, permet de discerner»?Ce serait, en effet, le cas ici, s’il faut en croire la thèse développée par le professeur de littérature Robert Vigneault dans Dialogue sur l’essai et la culture.Cette chronique, donc, pour être vraiment fidèle à son contenu, devrait plutôt se présenter sous la rubrique «Etudes et essais».Pourquoi, au juste?Parce que, selon Vigneault, c’est par abus de langage et confusion conceptuelle qu’on accole l’étiquette d’essai à toute la prose d’idées.«Les études, précise-t-il, relèvent de la prose d’idées de communication courante, tandis que l’essai est aussi une prose d’idées, mais transmuée par l’écriture.» On pourrait croire, à lire ces savants distinguos, que nous sommes ici en présence d’un ouvrage qui, par zèle linguistique, coupe les cheveux en quatre.Ce ne serait pas totalement faux, mais néanmoins injuste.Brillant essai — oui, oui, c’en est un — dialogué qui explore la nature même du genre essayistique, l’essai «dans toute sa pureté formelle», l’ouvrage de Vigneault regorge de fascinantes réflexions.A ceux qui considèrent l’essai, d’un point de vue littéraire, «comme un écrit mineur, inclassable, qu’on n’a pas honte d’ignorer», Vigneault réplique par un classique québécois du genre, la célèbre Petite essayistique, du regretté André Belleau.Dans cet essai sur l’essai, le professeur de l’UQAM rappelait que tout «écrivain est toujours d’abord et avant tout un réécriveur», que l’essayiste «est un artiste de la narrativité des idées» et qu’il procède, au fond, à «une réelle dramatisation du monde culturel».Il affirmait, en d’autres termes, que l’essayiste est un écrivain au sens plein du terme.Vigneault adhère à cette conception de l’essai et déplore qu’elle soit si souvent dévoyée.On oublie, note-t-il, que, dans ce genre littéraire, «la façon est indissociable de la justesse même de la pensée».Une étude peut se résumer par ses idées; pas un essai, «où toute l’attention doit porter sur l’écriture, seule révélatrice de la \ (frill pensée dans sa pleine justesse».L’essai, autrement dit, déploierait une pensée libre et sans système, contenue dans son style même.L’usage a fait que, de nos jours, on appelle «essai» toute prose d’idées et qu’on réserve le terme d’«essai littéraire» au genre que décrit Vigneault.Le professeur, pourtant, ne veut pas en démordre et qualifie de pléonasme ce dernier terme.«L’essai est littéraire, tonne-t-il, ou bien ce n’est pas un essai, c’est autre chose, de valable peut-être, là n’est pas la question, mais qu’on n’a tout simplement qu’à désigner par son nom.» Réflexions éclairantes Cet entêtement, ébranlé et relancé grâce à la forme dialo-guée du livre, nous vaut de très éclairantes réflexions sur le genre essayistique.Ainsi, explique Vigneault, il ne faut pas confondre la communication, qui est «l’acte de l’utilisateur modèle de la langue, solidaire d'une communauté de pensée et d’action, harmonieusement intégré dans la société», et l’écriture, qui consiste à «s’affranchir de tout port d’attache, [à] sortir des circuits du discours et de la parole, pour enfin manifester sa singularité par une œuvre».La littérature, donc l’essai, relèverait de la non-communication, dans laquelle «les mots [ne] sont plus au service des idées, mais, au contraire, les idées au service des mots».Pierre Vadebon-cœur, par exemple, serait «le plus représentatif des essayistes québécois».Jean-François Li-sée, quant à lui, signerait plutôt des études.Dans la même logique, Vigneault précise que «la dissertation nous achemine vers une conclusion rationnelle», alors que l’essai «débouche sur une prise de conscience».Le communicateur ou celui qui s’applique à disserter veut démontrer quelque chose, alors que l’essayiste «entretient un rapport lyrique avec l’objet culturel».Pour nous plonger au cœur de la distinction essayistique, le professeur multiplie les citations révélatrices.«Et même quand j’affirme, j’interroge encore», retient-il de Jacques Ri-gaut.Il emprunte à Jacques Brault cette formule selon la- E N BREF La stratégie Nouvelle édition de {’Anthologie mondiale de la stratégie de Gérard Chaliand, véritable classique pour qui s’intéresse ne serait-ce qu’un peu à l’histoire des campagnes militaires et des guerres à travers l’histoire, «des origines au nucléaire».On y trouve aussi bien des textes de Thucidide et de Jules César que de Sun Tse, de Richelieu, de Clausewitz et de Kissinger.La nouvelle édition comprend des cartes et des illustrations.Sans conteste un ouvrage incontournable.Anthologie mondiale de la stratégie, des origines au nucléaire est publié dans la collection «Bouquins» chez Robert Laffont.-Le Devoir Les facettes de la vie à la campagne Biologiste et militant écologis-tp, Claude Phaneuf publie, aux Éditions MultiMondes, Habiter en milieu naturel, un livre qui aborde les diverses facettes de liÉOARDCHALIANI) ANTHOLOGIE MONDIALE DE LA STRATÉGIE DLS ORk'iiNHS Al NI Cl F.-URF la vie à la campagne.Comment vivre dans divers milieux ruraux en pleine harmonie avec son environnement?Tous les sujets y passent.Les lacs, la forêt, les contraintes d’une nouvelle construction, la nécessité de rénover les anciennes, le traitement de l’eau et bien d’autres choses encore.Pour qui compte vivre à la campagne un jour ou pour celui qui entend y vivre mieux, voilà sans doute un ouvrage à lire.- Le Devoir Ça chauffe ! LOUIS CORNELLIER Même si, au Québec, en plein hiver, la chose est loin d’être évidente, la planète, selon une vaste majorité de scientifiques, se réchauffe, par suite de l’action humaine.C’est que le climat, explique l’ingénieur-conseil spécialisé en environnement Jean-Marc Jancovici, ce n’est pas la météo; on ne peut donc se fier à cette dernière pour prendre conscience que le problème «est monstrueux».L’environnement, «c’est ce qui permet la prospérité et la paix».En affectant gravement son équilibre, nous contribuons à créer un monde de maladies, de morts et de déplacements de population.La forêt canadienne, d’ailleurs, serait «aux avant-postes» dans cette course contre la montre et serait déjà victime A’«insectes ravageurs», proliférant à la faveur du changement climatique.Que faire?Stopper la déforestation, consommer moins de viande rouge, taxer le pé- trole, voyager moins en avion (un voyage en Europe équivaut à une année d’utilisation d’une automobile) et privilégier le nucléaire et l’hydroélectricité dans la production d’énergie, suggère le papa inquiet.Jancovici rejette la solution des biocarburants et montre très peu d’enthousiasme pour les énergies éolienne et solaire qui, écrit-il, d’ici une génération, «vont rester des toutes petites choses».Il faudra, annonce-t-il à sa fille et à tous, modérer nos transports.Clair et pédagogique, cet ouvrage manque toutefois de perspective politique et néglige les grands plans internationaux (Kyoto et mises à jour à venir) qui devront faire partie de la solution.Collaborateur du Devoir LE CHANGEMENT CLIMATIQUE EXPLIQUÉ À MA FILLE Jean-Marc Jancovici I jp Seuil Paris, 2009,96 pages i (Tu Bibliothèque et Archives nationales du Québec vous donne rendez-vous aux otheque "de la Grande Rencontre avec l’écrivain Émile Martel animée par Aline Apostolska Émile Martel a publié une vingtaine d’œuvres de poésie et de fiction et, récemment, un récit autobiographique fort remarqué.Il est également traducteur, diplomate de carrière et président du Centre québécois du PEN international.Les Midis littéraires de la Grande Bibliothèque, une série de conversations avec des écrivains d’ici et d’ailleurs.à l’Auditorium de la Grande Bibliothèque e mardi 14 avril 200 ie 12 h 30 à 14 h 475, boul.De Maisonneuve Est, Montréal &©© Berrl-UQAM Renseignements : 514 873-1100 ou 1 800 363-9028 Entrée libre www.banq.qc.ca Bibliothèque et Archives nationales Québec ta Ea quelle l’essayiste serait «un philosophe à l’état sauvage: plus pensif que penseur».Il s’agit pour l’essayiste, selon l’expression de Jean Éthier-Blais, de «soi-même s’écrire», c’est-à-dire de déployer, pour reprendre l’expression de Jean-Louis Major, «un je de l’écriture et non une écriture du je», afin de pouvoir lire, lance bellement Claude Roy, «ce que je ne savais pas que j’allais écrire».L’essai, selon Robert Vigneault, c’est bel et bien de la «littérature-faite-avec-des-idées» et non pas seulement de la prose d’idées, aussi stylisée soit-elle.En ce sens, on doit lui donner raison: ceci n’est pas qu’une chronique d’essais, mais aussi d’études, de traités, de monographies.L’usage, cela dit, a ses lois et il continuera de s’imposer, n’en déplaise à Vigneault qui devra supporter, le cas échéant, l’utilisation du pléonasme «essai littéraire».On peut même lui en fournir d’autres, s’il nous promet d’en nourrir ses savants dialogues à venir.louiscoCqsynipatico.ca DIALOGUE SUR L’ESSAI ET IA CULTURE Robert Vigneault Presses de l’Université Laval Québec, 2008,92 pages DIX MINUTES AVANT L'HEURE AUX MONTRES DE DALI Sylvie Nicolas Sylvie Nicolas Dix minutes avant l'heure aux montres de Dali Voici un recueil pour les amateurs de poésie, les aventuriers de l'image, les cascadeurs du mot ou de la métaphore, escouade tactique de la parole vivante et exilés en tous genres.IL EST VENU AVEC DES ANÉMONES Lyne Richard 11 est venu avec des anémones Dans ce recueil de vingt et une nouvelles, Lyne Richard aborde une obsession qui lui est chère : feau.Une mer ici pleine de désespérance, remplie d'un siècle et demi de douleurs et dâmours naufragées.QUÉBEC AMÉRIQUE www.quebec-amerique.com ,H.-il 5252 L E I) K V 0 I R , LES SAMEDI II ET DIMANCHE 12 AVRIL 2 0 0 9 F 1 \ HISTOIRE Québec MICHEL LA PIERRE On ne sait pas assez qu’après la prise de Québec par les Anglais en 1759 et leur conquête définitive du Canada l’année suivante, Versailles imputa la chute de son empire d’Amérique à un bouc émissaire.Montcalm l’Européen ayant péri, la responsabilité pesait curieusement sur les épaules d’un fils du Nouveau Monde, champion de l’alliance avec les Amérindiens, le marquis de Vaudreuil, dernier gouverneur général de la Nouvelle-France.En 1762, Versailles emprisonna même à la Bastille pour quelque temps ce natif de Québec et lui intenta un procès.Vaudreuil, en acceptant une capitulation dont il jugeait les conditions «avantageuses», n’avait-il pas ordonné à un Français aux sentiments héroïques, Lévis, de «mettre bas les armes»?N’avait-il pas préféré à la gloire de la France «l’intérêt» du peuple auquel il appartenait les Canadiens?Donné le 8 septembre 1760, l’ordre du gouverneur général, conscient que la résistance à l’ennemi devenait suicidaire, clôt le recueil de textes intitulé Québec, ville assiégée (1759-1760), d’après les acteurs et les témoins.Il s’agit d’une chronologie que les historiens Jacques Lacoursière et Hélène Quimper ont élaborée en se référant jour après jour aux lettres, aux mémoires-et aux autres documents de l’époque, écrits en français ou en anglais.Cet apport complète à souhait le livre de D.Peter MacLeod que j’abordais en février: La Vérité sur la bataille SALOU DU LIVRE DE .a entre Montcalm et Vaudreuil «pif Québec VILLE ASSIÉGÉE des plaines d’Abraham (Éditions de l’Homme), déjà très lumineux malgré la préface incongrue de Pierre Caron, auteur de romans historiques populaires.La lecture de Québec, ville assiégée permet d’approfondir la différence fondamentale entre l’attitude de Montcalm le Français et celle de Vaudreuil le Canadien devant les événements.Broyer du noir Le 4 janvier 1759, Montcalm, commandant de l’armée française, écrit à Lévis, l’un de ses principaux conseillers: «Ah! que je vois noir!» Démoralisé par la puissance de la flotte britannique qui menace Québec, il est loin de partager la détermination de Vaudreuil, sûr de pouvoir repousser l’ennemi.Selon lui, le gouverneur général attend «des miracles».Même si Montcalm, contrairement à Vaudreuil, se méfie des alliés amérindiens et de leur manière de faire la guerre en se cachant derrière les arbres et en privilégiant l’escarmouche, il est forcé d’admettre que les Anglais «ont diablement peur des sauvages», ces mordus du guet-apens et du scalp.Il a beau s’en tenir, comme l’ennemi d’ailleurs, aux batailles à l’européenne, donc à découvert, l’art si nord-américain de la «petite guerre» l’impressionne.En août 1759, pendant que les pluies de bombes britanniques ruinent largement Québec, une surprenante réflexion échappe à Montcalm dans son journal: «Si l’on pouvait disposer des sauvages et les faire agir avec prudence, on détruirait l’armée anglaise.» Mais le chef militaire français retient surtout des tactiques amérindiennes leur côté spectaculaire et barbare.Il néglige la profonde compréhension de la géographie humaine et physique qui les dicte.Après des moments de désespoir, son caractère très changeant se laisse aller à la légèreté.Il écrit à Lévis: «J’apprends, mon cher chevalier, que nos sauvages voudraient brûler le prisonnier anglais; je vous envoie des branches, en cas que cela soit nécessaire.» C’est le même Montcalm qui s’indigne plus tard que des Britanniques, «fidèles imitateurs de la férocité de nos sauvages, ont fait la chevelure à quelques habitants de la côte du Sud».Quant à Vaudreuil, il prend infiniment plus au sérieux les rudes combats qui s’annoncent.Il tient compte des forêts du Nouveau Continent.«Ce sera une affaire de bois.», déclare-t-il à Lévis.Il poursuit: «Par conséquent nous aurons besoin de beaucoup de sauvages.» Et, cela va sans dire, de beaucoup de miliciens cana- L'historien Jacques Lacoursière diens, même si Montcalm leur préfère les réguliers français.En fait, Vaudreuil, dont Lévis finira par louer «la prudence et l’expérience humaine», opposait l’Amérique à l’Europe.Sans s’en rendre compte, il préfigurait, à un degré obscur, la volonté d'émancipation que manifesteront par rapport au pouvoir colonial tant de nations du Nouveau Monde.Cela dépasse l’ordonnance d’acquittement que, par la voix de ses juges, la France monarchique a rendue en 1763, après avoir tenu Vaudreuil pour responsable de l’effondrement d’un empire perdu d’avance, dont des indépendantistes québécois auraient bien tort de rêver à la folle résurrection en la confondant avec l’avène- RÉMY BOILY ment d’un État moderne et démocratique.Collaborateur du Devoir QUÉBEC, VILLE ASSIÉGÉE (1759-1760) Jacques Lacoursière et Hélène Quimper Septentrion Québec, 2009,270 pages BEAUX LIVRES Charlevoix et le Vieux-Québec en mots et en images ISABELLE PARÉ Après ses incursions dans Montréal, sur les rives du Saint-Laurent, dans l’Ungava et aux îles de la Madeleine, la maison Les Heures bleues poursuit ses balades ludiques en mots et en images dans les régions du Québec.La série qui hume l’air du large s’agrandit avec deux nouveaux titres, dédiés au Vieux-Québec et à Charlevoix.Dans ces carnets de voyage, qui font la part belle à un écrivain et à un dessinateur, la découverte des régions du Québec s’effectue à l’improviste, sur un mode impressionniste qui donne à la lecture des airs de vacances.Une visite dans Charlevoix est ainsi dépeinte par la plume de Cathy Beauvallet et les croquis inspirés de Nathalie Clou-fier, lors d’un pèlerinage allant de l’île aux Coudres, à la papeterie Saint-Gilles, s’arrêtant longuement au domaine Forget.Mille fois croqué et peint sous toutes ses coutures, le Vieux-Québec prend quant à lui un profil inusité dans ces autres carnets de voyage, racontés par Gilles Matte.Les aquarelles de Geneviève Auger nous livrent le Vieux-Québec en contre-plongée ou du haut de ses multiples clochers, faîtes et fortifications.Girouettes, lucarnes, encorbellements: les charmes et secrets de la plus vieille ville d’Amérique nous sont dévoilés par le menu détail, souvent du haut des airs, par un pinceau habile et intelligent.Le Devoir CARNETS DE CHARLEVOIX Cathy Beauvallet et Nathalie Cloutier Les Heures bleues Montréal, 2008, s.p.CARNETS DU VIEUX-QUÉBEC Gilles Matte et Geneviève Auger Les Heures bleues Montréal, 2008,126 pages .Nos nouveautés font KAPHAEI u Mimi s 'CHAMBRE , ¦m y CISEAUX Mythes et réalités dans histoire du Quebec V XX m MAITRE M.mvl TnttW Mythes et réalités dans l'histoire du Québec - tome 4 Marcel Trudel Raphaëlle en miettes Diane Labrecque La Chambre aux oiseaux Chris Killen La Voix du maître Benoit Séguin Olivier ou l'inconsolable chagrin Nicole Fontaine La Gravité réinventée John W.Moffat Profitez du Salon du livre de Québec pour venir rencontrer nos auteurs au stand 128 ?Hurtubise www.hurtubisehmh.com • • c c » • c.c Il t 5252
Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.
Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.