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Titre :
Maintenant
Revue d'idées très en phase avec les débats qui animent la société québécoise durant la Révolution tranquille.

[...]

La revue Maintenant arrive et s'inscrit dans l'effervescence du Québec des années 1960, au moment de la Révolution tranquille. Elle a pour vocation de remplacer la Revue dominicaine en créant un lieu de discussion collé sur l'actualité. Pour s'insérer davantage dans l'activité intellectuelle de son temps, la nouvelle revue affiche une facture moins savante.

Père Henri-Marie Bradet, directeur de la revue depuis ses débuts en 1962, rassemble rapidement de nombreux collaborateurs, clercs et laïcs. Plusieurs dominicains, mais aussi Benoît Lacroix, Louis Lachance, Émile Legault, Gérard Dion et Louis O'Neill offrent des contributions à la revue, tout comme les laïcs Hélène Pelletier-Baillargeon, Louis Fournier, Pierre Saucier, Dr Paul David, Ernest Pallascio-Morin, Jacques-Yvan Morin, Guy Robert et Naim Kattan, parmi de nombreux autres.

La volonté d'actualisation du catholicisme prônée par Maintenant tient ses racines dans le personnalisme des années 1930 et son ouverture à l'individualisme, et coïncide, en 1962, avec le programme de réformes du catholicisme de Vatican II, duquel la revue portera l'esprit au Québec. Elle offre une tribune aux catholiques de gauche, soucieux de montrer un esprit actuel et moderne à la jeunesse intellectuelle.

Maintenant s'adapte rapidement aux changements accélérés en cours dans la société québécoise et devient un lieu de débat important. Les clercs souhaitent se positionner comme porteurs d'une conscience morale évolutive de la société vis-à-vis des intégristes et du contrôle de l'Église. Cet humanisme chrétien motive Maintenant à adopter hâtivement le socialisme démocratique et à cautionner et pousser l'idée de l'indépendance politique du Québec.

Le contexte de laïcisation et de pluralité grandissante des affiliations religieuses, conjugué au déclin de l'attachement national canadien-français et catholique, donne naissance à un nationalisme québécois civique qui se manifeste notamment dans la déconfessionnalisation de l'enseignement public. Maintenant en sera partie prenante.

La revue participe ouvertement aux débats sur la régulation des naissances, mais, par principe religieux fondamental, demeure d'abord contre l'avortement. Et bien qu'elle appuie une laïcité ouverte, la revue refuse affronte la position radicale de la relégation du religieux à la sphère privée. Les audaces que Maintenant se permet font des mécontents à la tête de l'ordre dominicain à Rome, qui demande la destitution du père Bradet en 1965. La maison provinciale de l'ordre ne souhaite pas se ranger dans la réaction. Le père dominicain Vincent Harvey prend la relève de Bradet à la direction et offre au contraire davantage d'autonomie à la revue, qui appuie plus résolument le socialisme et l'indépendantisme québécois.

Maintenant souhaite mettre un terme au nationalisme messianique pour que toute la place soit laissée à un mouvement politique pragmatique, qui envisage la souveraineté politique comme moyen pour le Québec de se développer. Tous les dominicains ne sont toutefois pas à l'aise avec les positions politiques de la revue. L'ordre sort de l'aventure en 1969. Son maigre financement est dorénavant assuré par Pierre Péladeau. La revue délaisse alors presque complètement le contenu religieux pour se concentrer sur les questions politiques, sociales et économiques.

Durant la période qui suit, Maintenant accueille des collaborateurs réputés, dont Robert Boily, Jacques Parizeau, Michèle Lalonde, Fernand Dumont, Jacques Grand'Maison, Jacques-Yvan Morin, Guy Rocher, Camille Laurin, Pierre Vadeboncoeur et Louis O'Neill. Hélène Pelletier-Baillargeon y est toujours et sera d'ailleurs nommée directrice au décès de Vincent Harvey en 1972.

Maintenant est affiliée aux journaux indépendantistes et réformistes Québec Presse (1969-1974) et Le Jour (1974-1978). Les trois cahiers publiés en 1975 sont d'ailleurs distribués avec Le Jour. Plusieurs des collaborateurs des dernières années seront des figures importantes du gouvernement et de l'administration du Parti québécois à partir de 1976.

Source:

ROY, Martin, Une réforme dans la fidélité: la revue Maintenant (1962-1974) et la «mise à jour» du catholicisme québécois, Québec, Presses de l'Université Laval, 2012.

Éditeurs :
  • Montréal, P.Q. :les Dominicains en collaboration avec d'autres clercs et des laïcs,1962-1975,
  • Montréal :Éditions Maintenant inc.,
  • Montréal :Editions Maintenant :
Contenu spécifique :
Septembre
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Revue dominicaine ,
  • Témoins
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Références

Maintenant, 1962-09, Collections de BAnQ.

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SEPTEMBRE 1962 ROLANDE MAJOR-CHARBONNEAU : MA PETITE FOI CHAN.JACQUES LECLERCQ : AIMER WILLIE CHEVALIER : JOURNAUX, • INTELLECTUELS » ET POLITIQUE LOUISE DARIOS : LE SAINT BALAYEUR JACQUES CROTEAU, O.M.I.: LES EXIGENCES LAÏQUES DU PLURALISME CLAUDE DÉRY : ON LÈVE LE COUDE TROP ALLÈGREMENT JULES GILBERT — J.-O.-EDGAR HOULE : MÉDECINE ET CHIROPRATIQUE JEAN HAMELIN : THÉÂTRE D'ÉTÉ M.-M.DESMARAIS, O.P.: « NOUVELLE VAGUE » ET PRÉDICATION PIERRE SAUCIER: À LA COMMISSION PARENT, LES DÉS SONT-ILS PIPÉS?Le ciel n’est et Dieu aide plus sacré.les Russes! Les Américains aiment dire que Dieu s’est inspiré de leur drapeau pour étoiler son ciel.Peut-être ! En tout cas, Dieu ne s’inspire pas d’eux et ne les inspire guère quand il s’agit d’explorer ce ciel et de s’y promener.Que le ciel cesse d’être sacré et que les cosmonautes élus soient des communistes : voilà des faits qui gênent et troublent certains croyants.J’ai entendu des considérations religio-philosophiques et politico-sociales qui, plus ou moins consciemment, tentaient de minimiser les derniers exploits spatiaux.Autant de paroles et d’attitudes qui m’apparaissent comme une crainte de la science et une sorte d’aigreur envers ceux qui sont de l’autre bloc.De telles réactions n’atteignent sûrement pas à la double grandeur de la Foi et de l’Homme.Les chrétiens devraient plutôt s’inspirer des réflexions du Saint-Père, qui a accueilli avec une largeur de vue réjouissante la nouvelle des nouveaux lancements de Vostoks.Il a parlé des « capacités intellectuelles, morales et physiques de l’homme » et exprimé l’espoir que « ces entreprises constituent un hommage à Dieu, Créateur et Législateur suprême ».Et le pape d’associer les jeunes pilotes « aux intentions de nos prières ».Oüvier Marchand dans un article publié dans La Presse du 15 août, admirait justement la sérénité d’un pareil homme sous le titre : « La jeunesse est russe et papale ».„ ., LE CIEL ET LA TERRE (Sommaire complet au verso) Deux domaines que le langage réunit souvent, tout en les croyant à jamais distincts et irréconciliables.La Terre, c’est notre zone d’univers, visible et tangible, à laquelle nous retiennent les lois de la pesanteur.Nous étions sommaire H.-M.Bradet, O.P.: Le ciel n'est plus sacré.et Dieu aide les Russes ! .278 Chan.Jacques Leclercq : Aimer .281 Marcel-Marie Desmarais, O.P.: « Nouvelle vague » et prédication 283 Roger Duhamel : Des orchidées pour Miss Blanding .284 Francine Laurendeau : «Ça bouge!» mais.285 Sœur Ste-Marie Eleuthère, C.N.D.: Futures bachelières qu'attendent- elles ?.285 H.-M.Robillard, O.P.: Et les réformes disciplinaires ?.287 Jacques Croteau, O.M.I.: Les exigences laïques du pluralisme .288 Louise Darios : Le saint balayeur 292 La morale du drame : Marilyn Monroe .293 Jules Gilbert, M.D.: La reconnaissance et l'enseignement de la chiropratique .299 J.-O.-Edgar Houle, D.C.: Evolution indépendante et permanence de la chiropratique .300 Jacques-Yvan Morin : La « décolonisation » ?.302 Willie Chevalier : Journaux, « intellectuels » et politique .304 Jean-Paul Vanasse : Au nom de notre père, le commanditaire .306 Claude Déry : On lève le coude trop allègrement .306 Noël Pérusse : On demande : des chefs ouvriers ! .307 Lionel Lafrance : Tel le paysan du Danube .308 Pierre Saucier : A la Commission Parent, les dés sont-ils pipés?.309 Guy Robert : Poésie d'ici et de Maintenant .311 Jean Hamelin : Art et littérature 313 Anne de Nomerenge : Musique .313 L'Estoc: Beaux-Arts .314 Rolande Major-Charbonneau : Ma petite foi .316 condamnés à vivre quelque temps à sa surface, avant d’entrer à jamais dans son sein.Voici que nous pouvons désormais nous en échapper.pour monter au ciel ! Le ciel, c’était pour nous le séjour des dieux et le centre du mystère.C’était le lieu où s’envolaient les âmes purifiées, la demeure des anges et de toute la cour céleste.Le Seigneur s’y tenait assis dans la gloire, ayant des élus à sa droite et d’autres à sa gauche, selon l’expression même de l'évangéliste.Et ce ciel, nous l’avions toujours imaginé en haut, en arrière des nuages, quelque part dans le firmament, dans ce que nous savons être aujourd’hui l’espace interstellaire, le vide illimité.Pourquoi une pareille conception du ciel ?Parce que nous avions cru trouver dans le langage primitif de la Bible une explication scientifique de l’univers.L’Eglise nous avait pourtant dit et redit que ces images bibliques n’entendaient pas expliquer le cosmos.De même, la théologie a toujours enseigné que le ciel n’est pas un lieu mais un état.En d’autres termes, nous avions pris l’habitude d’assimiler le divin et le céleste, l’espace et le ciel, l’indéfini et l’infini.Il n’est donc pas étonnant que nous soyons aujourd’hui choqués par le fait que les cosmonautes aient pénétré dans « notre ciel » et que l’on ait pu écrire à ce propos cette fausseté : « L’homme, cet ange déchu qui se souvient des cieux, est maintenant capable d’y retourner ».POURQUOI LES RUSSES ?C’est une ancienne et tenace tradition qui divise l’humanité en deux camps : les bons et les méchants.On retrouve constamment cette mentalité dans l’Ancien Testament et le Christ l’a vivement combattue.« Dieu fait lever son soleil sur les bons et les méchants ».« Il ne faut pas séparer l’ivraie du bon grain avant la moisson ».Aux apôtres qui voulaient faire descendre « le feu du ciel » sur leurs adversaires, le Seigneur réplique : « De quel esprit êtes-vous ?.» Que les Russes soient les champions de l’espace, eux, les méchants, voilà une pilule amère à avaler, surtout pour certaines âmes religieuses, mal informées et surtout peu imprégnées de l’esprit évangélique.Pourtant, notre Eglise n’a jamais condamné les Russes, les hommes russes, mais une Doc- ,vom#c' I jj g# I Hl^l SlJD trine, un Système, en opposition formelle avec ce que notre foi nous dit de la destinée et de la dignité humaines.Comme son Fondateur, l’Eglise se montre dure au péché qu’elle condamne sous toutes ses formes, mais pourtant que de bonté elle témoigne aux pécheurs ! Egalement, notre Eglise a des normes rigoureuses (appuyées sur la Révélation et la raison), quand il s’agit de préciser ce qui est bien et ce qui est mal, la vertu et le vice, la vérité et l’erreur.Mais jamais notre Eglise ne dira qui est l’homme bon, qui est l’homme méchant.Ainsi, devant un acte objectivement mauvais, nul ne peut s’arroger le droit de porter un jugement de culpabilité, avec toutes ses implications morales.Il y a là un privilège qui n’appartient qu’à Dieu, et le juge en condamnant pour un délit, déclare coupable vis-à-vis de la société et n’entend pas, à ce que je sache, s’ingérer dans les rapports intimes entre l’âme et son ,î»' seul vrai Juge.» m ET LA SCIENCE K 9 L’homme, né en 1940, entré dans la vie active à l’âge cosmique, se donne une supériorité sur ses aînés.Il a raison et il connaîtra beaucoup plus qu’eux, si, comme on dit et comme je m’acharne à le croire, la science n’est qu’à ses premiers balbutiements et que le monde actuel n’a peut-être pas exploité la centième partie des possibilités de l’univers.Dans le même sens, le Père A.-D.Sertillanges écrivait à peu près ceci : peut-être sommes-nous les premiers chrétiens.En tout cas, le ferment évangélique est à peine à l’œuvre.Quant aux possibilités de la science, à la conquête de l’espace, à la maîtrise de l’univers, à l’essor de l’Evangile et de l’Eglise.tout incline vers l’optimisme.Alors qu’un homme est pressé de réussir ou de rater sa vie, la science et la foi peuvent s’épanouir sur des milliers d’années.if LA OU LA MODESTIE S'IMPOSE L’espace s’est agrandi et l’homme échappe à la gravitation.Il s’est enfoncé dans le vide interstellaire, tout en ressentant aussi durement qu’aux âges primitifs, la morsure de la solitude, du vide et de la mort.Au- jourd’hui reste triste parce que nous n’en savons pas plus qu’hier sur le sens de la vie.La direction la plus vraie et la plus profonde n’est pas encore trouvée.Le plongeon dans l’espace m’importe moins que de trouver le bonheur et de me trouver moi-même.Il nous faut explorer le mystère de Dieu et le royaume intérieur.Découvertes dont chacun ressent tragiquement le besoin : « Que sert à l’homme de gagner l’univers ?» Ainsi, la foi garde sa pleine actualité et les réponses de l’Evangile ne sont pas remplacées.Le ciel reste sacré, la foi sans nuage et Dieu a besoin des Russes, tout autant que des autres hommes, pour exploiter sa création.r I® tipkàce ; Demi k loi; a H.-M.BRADE!, O.P Si Voici ^ teviic | RESPECTUEUX HOMMAGES AUX ïrive, j Rme Père ANICETO FERNANDEZ, O.P.nouveau Maître Général des Dominicains Rme Père BENOÎT NADRA JOSEPH, O.P.Procureur Général de l'Ordre et aux socii qui composent la Curie Généralice et dont chacun représente les provinces groupées selon la langue : T.R.P.Etienne Gomez, O.P., de la Province d’Espagne ; T.R.P.Jérôme Hamer, O.P., de la Province Saint-Thomas de Belgique ; T.R.P.Hyacinthe Bosco, O.P., de la Province Saint-Pierre Martyr; T.R.P.Chrysostome Vijverberg, O.P., de la Province de Hollande ; T.R.P.Hilaire Carpenter, O.P., de la Province d’Angleterre ; T.R.P.Marcelin Paez, O.P., de la Province d’Argentine ; T.R.P.Alexis Driscoll, O.P., de la Province Saint-Albert des Etats-Unis.RÉDACTION, ADMINISTRATION, ABONNEMENTS ET PUBLICITÉ, 2715, Chemin Côte-Ste-Catherine, Montréal 26, P.Q.Tél.739-4002.Le Ministère des postes, à Ottawa, a autorisé l'affranchissement en numéraire et l'envol comme objet de la deuxième classe de la présente publication.ni,, Frais de port garantis si non livrable. Réflexions sur le Christianisme AIMER Jésus disait : « On reconnaîtra que vous êtes mes disciples à ce que vous vous aimez les uns les autres ».Henri IV disait : « Paris vaut bien une messe ! » Pour lui.devenir catholique, c’était aller à la messe.C’était un bon roi ; il aimait son peuple ; il a continué en devenant catholique.Par ailleurs, il avait une conduite privée scandaleuse ; il a aussi continué.Il n’a pas songé un instant que, devenant catholique, il devait changer quelque chose à sa vie.AIMER OU PRATIQUER ?Mais, lorsqu’on va à la messe, cela n’amène-t-il pas à changer sa vie ?L’exemple d’Henri IV ne semble pas l’indiquer.Voici une autre histoire que j’ai lue récemment dans une revue française.Il s’agit d’une de ces paroisses rurales profondément déchristianisées, comme il s’en rencontre dans les campagnes françaises.Trois familles vont encore à la messe ; mais elles ne veulent pas s’adresser la parole ; et elles s’arrangent pour arriver à l’église par des chemins différents.Le curé ne leur dit pas : « Dans ces conditions, je ne dis pas la messe pour vous ! » Il semble trouver que c’est déjà beaucoup que ceux-là, au moins, consentent à venir à l’église.Pourtant il y a un passage de l’Evangile qui s’applique textuellement à ce cas : « Si, lorsque tu présentes ton offrande à l’autel, tu te souviens que ton frère a quelque chose contre toi, laisse là ton offrande devant l’autel, et va d’abord te réconcilier avec ton frère ; puis viens présenter ton offrande» {Matt., V, 23-24).Y a-t-il dans ce village une seule personne qui puisse avoir envie de devenir catholique, si les catholiques, c’est cela ?On parle de conquérir le monde.Soyons sérieux.En quoi le catholicisme peut-il avoir un rayonnement ou exercer un attrait quelconque, si être catholique, c’est simplement assister à la messe, fût-ce en n’y comprenant rien ?Certains évêques américains ont jeté l’interdit sur des églises où les paroissiens blancs refusaient de prier avec les Noirs.Ne seraient-ils pas davantage dans la ligne de l’Evangile ?Ne vaut-il pas mieux que la messe ne soit pas dite, que de l’être dans les conditions que nous venons de voir ?Et celui qui va à la messe dans ces conditions, ne commet-il pas un péché mortel, — pas un péché contre le droit canon qui ordonne d’aller à la messe le dimanche, mais n’ordonne pas d’aimer ses frères — un péché contre Dieu, un abominable péché contre toute l’œuvre du salut à laquelle la grâce nous associe ?Tous les péchés sont contre Dieu, dira-t-on.C’est vrai ; mais il y en a qui sont contre Dieu par la voie du droit canon — c’est le cas de manquer la messe le dimanche, ou de faire gras le vendredi — il y en a qui sont directement contre Dieu, contre le message du salut, contre la vie divine qui est en nous ; et ces péchés-là sont d’affreux sacrilèges.Ils sont une dérision pour le Sauveur qui vit dans notre âme.Je ne vois pas comment on pourrait se moquer du Seigneur sans commettre un péché mortel.UN PROJET DE CALICOT Je voudrais qu’un curé de grande ville barre sa façade d’un grand calicot portant : « Aimez-vous les uns les autres ».Je suis à peu près sûr qu’on viendrait lui demander : « Est-ce l’Armée du Salut, ici ?» ou « Est-ce le Réarmement moral ?» Et s’il répondait : « Non, c’est l’Eglise catholique », on le regarderait avec un drôle d’air, parce qu’on le croirait un peu fou, ou hérétique.En tout cas, la plupart des gens sont tout à fait certains que l’Eglise catholique, c’est pas ça.On le sait bien : le catholique, c’est celui qui va à la messe.D’ailleurs, quand on fait des enquêtes de sociologie religieuse, comment fait-on pour déterminer les catholiques ?On cherche quels sont ceux qui vont à la messe et ceux qui font leurs pâques, les messalisants et les pascalisants comme on dit en France.Mais ceux qui aiment leur prochain ?Est-ce qu’on pose cette question ?Je connais des catholiques très fervents qui ont découvert la fraternité humaine au Réarmement moral.Ils n’avaient jamais remarqué cela dans l’Eglise catholique.Sans doute, ils faisaient des aumônes ; ils soutenaient les œuvres ; ils contribuaient à construire des églises ou des écoles ; ils donnaient pour les missions.Mais ils sont allés à Caux, et là, ils ont vu des hommes d’affaires importants nettoyer la vaisselle avec de petites jeunes filles, et ils ont participé à des réunions où chacun disait ce qu’il faisait pour ses frères.Us en sont rentrés bouleversés, et se sont mis à chercher ce qu’ils pouvaient faire, partout où il leur était possible d’agir.J’en ai été fort scandalisé, parce que, personnellement, j’ai rencontré le Christ, et il m’a dit dix fois plus que ce qu’on dit à Caux.Mais j’ai réfléchi aussi, et je me suis dit que ces hommes-là, qui ont été élevés en milieu catholique, et qui étaient même des catholiques fervents, semblaient n’avoir jamais rencontré le Christ, en fréquentant des écoles catholiques depuis l’âge de six ans, et parfois jusqu’à vingt-cinq ans, en allant tous les dimanches à la messe, et parfois tous les jours, en écoutant prêcher leur curé.Alors ?C’est une terrible énigme.Et le pire, c’est que, comme le curé qui avait mis un calicot sur la façade de la maison — ce curé n’existe pas, mais je l’ai vu en imagination — comme le curé en question, je crains qu’on ne me demande : « mais êtes-vous catholique ?» Cela m’est déjà arrivé quand je disais qu’on doit aimer le Christ et aimer son prochain, et que c’est toute la loi.Pour rassurer mes lecteurs, je leur dirai : « Je suis un prêtre catholique.Il est vrai que je n’ai pas été promu aux honneurs ».Et certains penseront : « Cela se comprend ! » 282 ÊTRE DES FRÈRES Dans un article sur les « sectes », je lisais qu’une part de l’attrait de ces groupes, vient de ce qu’on s’y appelle l’un l’autre : Frère et Sœur.Cela traduit une atmosphère.Il est vrai que ce sont de petites communautés, qu’il est impossible d’avoir la même intimité dans le grand complexe qu’est l’Eglise catholique.Mais ceci n’est pas l’essentiel.On est des frères, malgré tout, et on peut se demander ce que c’est que d’être des frères.Etre des frères, c’est autre chose que s’occuper d’œuvres.Je songe à une conception du bon catholique d’autrefois qui, d’abord, était pieux, fréquentait l’église, ensuite s’occupait de quelques œuvres, et, à part cela, vivait comme les autres.Etre frères, ce n’est pas cela.On s’occupe d’œuvres, on est frères.Etre : cela porte sur toute la vie.Quand on est frère, on ne pourrait pas ne plus l’être.Quand on s’occupe d’une œuvre, on peut démissionner.Mais si, quand on est frères, on ne peut plus ne pas l’être, on l’est aussi en tout.Cela ne porte pas sur une ou quelques activités, on le porte partout avec soi.C’est comme aimer.Quand on aime, cela ne consiste pas à faire ceci ou cela.Aimer n’est pas faire quelque chose ; aimer est aimer : c’est tout différent.Et celui qui aime porte partout son amour.Il n’y a pas de vacances à l’amour.Quand on aime, ce qui serait fatigant, ce serait de cesser d’aimer.Si les chrétiens sont des frères, cela se manifestera, non spécialement par des œuvres, mais dans tout le comportement.Les œuvres, ce n’est pas ce qui nous manque ; et elles viennent d’un petit nombre de chrétiens qui prennent souvent d’admirables initiatives.De même que le public catholique est formé dans une certaine mesure à donner — donner de l’argent pour cent motifs.Et pourtant, quand on voit ce que les protestants des Etats-Unis donnent pour leurs missions en Amérique latine, on n’est pas si sûr que la communauté catholique attire l’attention du monde par sa générosité.Mais le problème est plus profond.Il s’agit d’être des frères et de former une communauté.RÉHABILITER L'ÉGLISE En somme, l’Eglise est discréditée.Le monde ne voit pas en elle le message d’amour du Christ.Ce qu’on voit, c’est une puissante société, avec une doctrine touffue, où la plupart ne distinguent pas l’essentiel de l’accessoire, avec une hiérarchie solennelle, des assemblées spectaculaires réunissant des foules.Mais tout cela, ce n’est pas l’amour.Il y a cependant de tout côté de bons chrétiens qui prennent des initiatives de charité de toutes sortes, mais on n’a pas l’impression que le corps de l’Eglise, ce soit eux.Et ce qu’on ne voit pas, c’est que tout l’édifice de la doctrine et de la hiérarchie ait pour but d’arriver en fin de compte à ce que l’amour du Christ vive dans le monde.Cela fait penser au système artériel.On sait que le sang part du cœur par de grosses artères, d’où il se répand par des vaisseaux de plus en plus fins, qui aboutissent à des artérioles, minces comme des cheveux, qui irriguent tout le corps.Quand ces artérioles sont bouchées, le sang ne circule plus.Dans l’Eglise les grosses artères, ce sont le Pape et les évêques.Il me semble qu’ils sont admirables.Ils se dépensent sans compter, enseignant, parlant, écrivant, présidant des réunions.On se demande parfois comment ils arrivent à résister ! Mais les artérioles ce sont les chrétiens ordinaires, vous et moi, les communautés paroissiales, à l’échelon inférieur de la vie de l’Eglise.Et là, on a souvent l’impression que le sang de la charité ne circule pas.Il ne suffit pas d’un petit nombre d’apôtres consacrant leur vie entière à exercer la charité, pour que le monde voie à l’évidence que l’Eglise comme telle reflète l’amour du Christ.Il nous a dit que nous sommes comme une lampe qui doit éclairer le monde, et qu’on ne doit pas mettre la lampe sous le boisseau.Or elle y est bel et bien.Ce n’est pas simplement en allant à la messe et en s’occupant de quelques œuvres, en donnant quelques aumônes, que nous éclairerons le monde.Et le monde ne voit pas du tout que toute la hiérarchie de l’Eglise, tout l’enseignement doctrinal n’ont pour but que de préparer le terrain, pour que l’amour du Christ s’épanouisse.On en rencontre même qui croient qu’ils doivent abandonner l’Eglise pour être purement chrétiens ! C’est un type de crise de la foi qu’on rencontre assez souvent chez les jeunes d’aujourd’hui.J’ai lu récemment le témoignage d’un catholique sud-américain qui ayant visité l’Europe, disait que le catholicisme européen lui avait fait l’impression d’un « musée glacial ».Je souhaiterais beaucoup que le catholicisme canadien donne une autre impression, mais je ne remarque pas qu’il soit évident, aux yeux de tous ceux qui le voient, que l’Eglise au Canada, ce soit le Christ.Un signe de cela est que le catholicisme est surtout conservateur.Dans des milieux préservés, à la campagne surtout, il subsiste comme il est ; aussitôt qu’un milieu s’ouvre aux courants de l’époque, comme dans les villes, le catholicisme entre en crise.Pourquoi ?Parce qu’il ne paraît pas évident que c’est lui qui apporte la réponse la plus enthousiasmante aux problèmes humains du temps.Et à la base de cela, se trouvent les communautés primaires, qui sont les communautés paroissiales.L’étranger qui se rend par hasard à la messe dans une paroisse ne se sent d’habitude pas pris dans une chaude atmosphère de fraternité ; et, après cela, s’il séjourne dans la paroisse, il ne remarque pas dans la communauté chrétienne, cet esprit d’union, de fraternité, d’amour, dont je parle depuis le début de cet article.Il ne se dit pas : « Le Christ est là ».QUELQUE CHOSE QUI GERME Et cependant quelque chose germe.Dans l’Eglise d’aujourd’hui, il y a une renaissance ; et la preuve se trouve dans cet article même, qui n’est qu’un parmi beaucoup, et qui rendra un son familier aux oreilles de plus d’un lecteur.Un peu partout, des communautés paroissiales se forment ; des curés appellent leurs paroissiens à former une famille dans le Christ, et des paroissiens répondent, ou même manifestent le désir d’une paroisse vivante.Les résistances ne manquent pas, il est vrai, résistances venant souvent de chrétiens traditionnels, qui se croient des modèles et ne veulent rien changer à leurs habitudes, qui trouvent même qu’à trop parler du Christ et de l’amour, on fleure le protestantisme.Comme si la seule manière de manifester que l’Eglise catholique est authentiquement l’Epouse du Christ, ce n’est pas que l’amour chrétien y soit plus éclatant qu’ailleurs ! On n’est qu’au commencement d’une étape qui sera sans doute longue ; mais il y a quelque chose.On est peut-être au bas de la pente, mais sur le versant où elle remonte.Jacques Leclercq 283 En marge du troisième festival du film fil pas fm e à eiercs JB l'Egfe « laupei)» Nouvelle vag t ûn: Ei • I ;xb: - j;:: f- ', ' -H if6'' |« S-jèj:;-1'' : E.l" i'::' ; JEÜ l'Eîlii; 2 SS»» :ü ”6 ;:l B 'iil6 ^ répfï; 11 i#, ,T#ïJléS o^tef fip"6* tsll»’' $ eiil1" K » # fa»- Sans doute, on a vu des œuvres splendides à ce festival, tenu à Montréal avec tant d’éclat et de succès, en plein mois d’août.Je me demande toutefois si le plus intéressant spectacle n’était pas offert par le public lui-même.Curieusement constitué, ce public.Y prédominaient à coup sûr les non-conformistes, blousons noirs de l’intelligentsia.Plusieurs ne se révélaient que par les hyperboles de leurs appréciations : éreintage ou dithyrambe.D’autres ajoutaient l’insolite et l’insolence de leur accoutrement, destiné manifestement à épater « les bourgeois ».De rigueur pour ces derniers : cheveux mal taillés, tenue négligée et affichage frondeur d’une consciente malpropreté.Chez les garçons, de ces colliers de barbe qui donnent des allures de barbets.Chez les filles, des tignasses qui évoquent les « vailloches » de foin ou encore les blancs d’œufs battus en neige.Côté hommes, le velours côtelé avec, autant que possible, taches éparpillées et rondeurs aux genoux.Côté femmes, pantalons ajustés, serrés, tendus jusqu’au point critique de l’éclatement.Tout ce négligé voulait clamer la rébellion contre « le désordre établi », contre toute forme de contrainte.Liberté, liberté chérie !.Les réactions d’un tel public ?Aussi époustouflantes que son débraillé.Plus l’illogisme triomphait sur l’écran, plus l’enthousiasme montait dans la salle.Un seul exemple.« Une femme est une femme » de Jean-Luc Godard.On se trouvait là devant le prototype de l’effort « pour plastiquer le cinéma de papa en vue de le remplacer par un cinéma de fils à papa », selon le mot de Gaston Bounoure.Une apothéose de l’absurde.A un rythme affolant s’y succédaient les coq-à-l’âne, les invraisemblances, les réflexions saugrenues, les baroques mystifications.Les « croulants » égarés ce soir-là au Loew’s essayaient en vain de découvrir une petite pointe de bon sens, une aspérité quelconque où s’accrocher.Impossible de trouver la moindre faille dans la granitique uniformité de l’illogisme.A chaque tentative, les doigts ue » et prédication crispés devaient lâcher prise : les malheureux se retrouvaient, déçus et furieux, dans le cloaque d’une totale incompréhension.Les « blousons », eux, se délectaient.On les entendait saluer au passage, par des gloussements, les réparties schizophréniques où leur astuce savait déceler un humour de haut vol.Que penser ?Suffit-il d’ironiser, de se retrancher dans « une possession tranquille de la vérité » ?Ne doit-on pas plutôt chercher à détecter ce que contient de valable l’enthousiasme de ces jeunes pour d’audacieuses explorations artistiques ?Peut-être s’achemine-t-on vers une saisie plus compréhensive de toute la vie dans son jaillissement parfois si désordonné.Quoi qu’il en soit, un fait nous affronte : les « blousons » intellectuels existent et la vocation sacerdotale nous intime de ne pas les exclure de nos soucis apostoliques.Comment les atteindre ?Quel genre de prédication adopter qui puisse les intéresser et leur être bénéfique ?Se laisser porter par la vieille vague ?.Les formes traditionnelles du sermon avec leur ordonnance classique, leurs arguments pourléchés, gominés et proprets, réussiront-elles à accrocher ces originaux qui se passionnent à la fois pour « les fantaisies décontractées » et les « drames palpitant de pathétisme » ?Peut-être ces esprits bizarres, aux dehors farfelus, gardent-ils une nostalgie inavouée de l’ordre, des allées droites, des jardins à la française, de l’austère logique.Peut-être.Alors les sermons en trois points et les démonstrations en baralipton les rapprocheront du Christ sauveur, mort et ressuscité.Est-ce là rêve, utopie, chimère ?Prédicateurs, devons-nous plutôt imiter les incohérences qui marquent les démarches intellectuelles de ces adolescents prolongés ?Ne sont-ils pas sensibilisés favorablement à tout ce qui s’apparente au désordre d’une éruption volcanique ?Alors, pourquoi ne pas projeter les blocs de doctrine sans les avoir au préalable équarris ni agencés, dans une éblouissante fulguration ?Qui sait ?Nous nous rapprocherions peut-être davantage ainsi de la méthode de Jésus.Les séquences évangéliques ne se composent-elles pas souvent de juxtapositions où se heurtent les idées et se choquent les sentiments ?Qu’on y est loin des rigides classifications cartésiennes ou thomistes ! Angoissants problèmes.Peu importe leur solution concrète pour le moment.Une certitude demeure : impossible de prêcher aujourd’hui comme autrefois, du moins aux « blousons » cultivés.Pour sûr, l’on doit reléguer parmi les curiosités de musées certaines formes à jamais périmées : ainsi les définitions « ex cathedra » à propos de tout et de rien, les considérations nébuleuses sans rapports avec la vie quotidienne, les exposés unilatéralement négatifs sur le péché, le jugement et l’enfer.A rejeter également tout ce qui donnerait l’impression de vouloir imposer des solutions préfabriquées et standardisées.Plus que jamais, les auditeurs aspirent à trouver chez l’orateur sacré un frère qui, à leur exemple et en leur compagnie, « cherche en gémissant ».S’il possède la vérité, c’est par grâce gratuite, si l’on peut employer ce pléonasme.Qu’on sente chez lui une gratitude émue au moment où il la propose, cette vérité, à la libre acceptation de ses compagnons d’humanité.A l’époque des cosmonautes tout comme autrefois, l’important ne réside pas dans la technique humaine du sermon.Plus même que par le passé, l’essentiel se situe dans le feu sacré, le prophétisme, l’union vivante au Dieu vivant.Aucune recette, si brillante soit-elle, ne compensera l’absence d’une foi sincère, enflammée, intégrale.Par contre, tout prêtre « qui y croit » réussira toujours, même à travers les maladresses et les inadaptations, à porter jusqu’aux âmes les plus réfractaires le message ardent qu’il a mission de leur communiquer pour les éclairer et les réchauffer.La vie seule engendre la vie, au plan divin comme dans la nature.Marcel-Marie Desmarais, O.P. Des orchidées pour Miss Blanding ! Voici un incident très révélateur de notre époque.Un incident qui s’est déroulé le printemps dernier aux Etats-Unis, et qui a provoqué une polémique assez vive dans la presse.Je résume les faits.Vassar est un grand collège pour jeunes filles ; elles sont environ 1 500 à loger dans un immeuble construit de briques rouges, aux lignes gothiques.On y pratique un libéralisme aéré.Ainsi ces élèves ont le privilège de recevoir dans leur chambre leur ami, à la condition que les portes ne soient pas fermées à clé.En ces dernières années, il y a eu relâchement de la règle : les portes sont souvent fermées à clé ! Pour la première fois dans son histoire centenaire, le président de Vassar est une présidente.Miss Sarah Gibson Blanding est une personne de 63 ans.Alarmée par certains abus et certaines rumeurs, elle convoque une réunion de ses jeunes filles en fleur pour leur déclarer nettement qu’elle juge indécent pour toute étudiante de boire à l’excès et d’entretenir des relations sexuelles avant le mariage.Elle ajoute que les récalcitrantes seraient sujettes à l’expulsion.La réaction a été immédiate et violente.Depuis quand s’abaisse-t-on à imposer la morale ?Les élèves elles-mêmes ne sont pas d’une seule opinion.Si l’on s’en tient à un référendum organisé sur le campus, 52 pour cent tombent d’accord avec Miss Blanding, cependant que 40 pour cent soutiennent que leur vie privée est leur affaire personnelle.Une blonde enfant exprime son sentiment en toute ingénuité, malgré les études de philosophie qu’elle poursuit : « Je ne pense pas qu’aucune jeune fille dira à son ami : « Je ne peux pas coucher avec toi parce que Miss Blanding a dit que je ne devais pas le faire ».Ce serait une oie blanche.Le débat a rebondi dans le grand public.Le New York Herald Tribune a attaché le grelot et à sa suite chacun a ressenti en lui une vocation de moraliste et de théologien.J’ai eu la curiosité de lire les pièces du dossier.C’est d’une inconcevable confusion intellectuelle, et d’une pauvreté spirituelle qui n’étonne guère dans un pays où le plus haut tribunal interdit de rappeler aux petits enfants à l’école que Dieu existe.Il serait navrant de recopier ces textes.En voici un toutefois qui résume assez bien une partie importante de l’opinion : « Aucune école n’a le droit d’imposer un standard moral particulier à ses élèves, — ce qu’en réalité a fait Miss Blanding.Si deux jeunes gens mûrs savent tous les deux ce qu’ils veulent et sont mutuellement d’accord, c’est dès lors leur affaire personnelle et qui ne regarde qu’eux ».Encore heureux qu’on suppose le consentement et qu’on ne préconise pas le viol ! Si l’on veut creuser plus avant la signification de cette anecdote locale, on doit accuser, plus que des individus déterminés, le matérialisme régnant en Amérique.Un correspondant de Newsweek a raison d’écrire : « Malheureusement, les élèves de Miss Blanding partagent le dilemme affligeant de l’Amérique matérialiste, qui est d’avoir des cœurs chrétiens sans des esprits chrétiens.Elles veulent la moralité, mais ne lui découvrant aucun fondement philosophique, elles sont assez honnêtes pour percer le mince écran des convenances ».Il est beau de réclamer la pureté, mais au nom de quoi ?Au nom de l’hygiène et des bonnes manières ?C’est vraiment un peut court.Quand on entend secouer un joug, on brandit l’étendard de la tolérance.Ceux qui ne s’y rallient pas sont d’infâmes réactionnaires.Le truc est un peu gros pour convaincre les esprits lucides.Si ce terme trop flou de tolérance signifie une « admission du principe qui oblige à ne pas persécuter ceux qui ne pensent pas comme vous en matière de religion » ou une « disposition de ceux qui supportent patiemment des opinions opposées aux leurs », il n’y a plus de querelle.Ce sont là des définitions hautement recommandables et qui doivent s’exprimer dans le comportement de chacun.Telle n’est pas l’acception généralement reconnue.Ce qu’on recherche dans la tolérance, c’est ce que Littré exprime ainsi : « Condescendance, indulgence pour ce qu’on ne peut pas ou qu’on ne veut pas empêcher ».En d’autres termes, la tolérance recouvre également la faiblesse coupable des uns et la connivence intéressée des autres.On aboutit à une civilisation où domine la foire d’empoigne ; cette dernière ex- pression étant retenue dans son sens propre, si l’on peut dire.De son ton bourru, Claudel bondissait : La tolérance ?.Il y a des maisons pour ça ! Vassar en deviendrait donc une pour jeunes filles de haut savoir ?Ce serait la maison Tellier de Poughkeepsie.En attendant, vite, des orchidées pour Miss Blanding : les causes perdues ne sont pas les moins nobles.Roger Duhamel Qu’est-ce qu’un esprit juste ?La justesse indique l’exacte adaptation de l’esprit à son objet, l’égal éloignement de l’excès ou du manque.Il est extrê-ment difficile d’être juste, sans exagération, ni défaut.C’est aussi difficile que d’arriver juste à l’heure, sans avance ni retard : cela implique une appréciation de la durée et de la distance, un calcul de ses forces, un contrôle de tous ses membres.De même, dans l’ordre du jugement.Combien de juges se laissent entraîner par la précipitation et disent plus qu’ils ne savent ! D'autres, par la langueur et la paresse de juger, n’osent pas affirmer ce que pourtant ils n’ignorent pas.L’habitude de juger et de voir son jugement confirmé par ses effets donne à l’esprit une assurance qui fait qu’il porte son décret avec plus de vigueur et de béatitude.Jean Guitton, « Apprendre à vivre et à penser » 285 is SOI « Éltafe a da * diàito1 a di W Tillitnk: hidiaf® jilioiiifl i# iA a ni ^ Utirt' ¦J Jf\ K $ M é ,,r’\ y «ÇA BOUGE!» MAIS.J’allais m’envoler vers Montréal pour y passer quinze jours après deux années à Paris.Déjà, à Orly, des amis me prévenaient : « Tu as quitté le Canada avant les dernières élections provinciales ?Tu ne t’y reconnaîtras plus, tu verras.Au pays du Québec tout est en train de changer.Ça bouge, enfin ! » Joie de retrouver famille et amis.Curiosité aussi.On veut prendre le pouls après une longue absence.Qu’à cela ne tienne ! Chacun se fait aussitôt un plaisir de vous raconter l’essor du « Nouveau Journal », les progrès du Mouvement Laïque, la libéralisation de la censure cinématographique, la commission d’enquête sur l’éducation — sans oublier la solution à tous nos problèmes : le séparatisme ! Tout cela ponctué de « ça bouge ! » enthousiastes tandis qu’étourdie j’ai peine à suivre le récit de toutes nos conquêtes depuis la prise de notre petite Bastille québécoise.En effet, c’est fou ce que « ça bouge » chez tous les amis qui m’offrent un verre à la santé de l’ère nouvelle.Et ça discute ferme ! et ça vous échafaude des projets hardis de réforme ! et ça brasse des idées, des tonnes d’idées !.Parfois, dans ce beau tumulte, on daigne s’intéresser à celle qui arrive des « vieux pays ».« Vous étiez avant-hier à Paris ?et alors, ces Français, encore aussi rouspéteurs ?et la tour Eiffel, toujours à la même place ?» Beaucoup plus rarement, quelqu’un tente d’ébaucher une discussion sur la crise de Berlin, le Jean Rostand qui vient de paraître, l’Algérie, une pièce récente de Billetdoux, le désarmement, le dernier film d’Antonioni.Ces sujets me sont plus familiers.Je risque donc timidement une opinion.Mais autour de mon interlocuteur et moi s’établit soudain un silence figé.Le feu des regards s’est éteint.J’arriverais en bikini au cocktail ultra-chic de Madame Chose que je ne provoquerais pas plus de stupeur et de réprobation.Alors un des auditeurs déclare : « Oui, c’est bien beau tout ça, mais on s’en occupera plus tard.Il faut d’abord résoudre notre question nationale.Je disais donc que le Séparatisme ».Soupirs de soulagement.La petite flamme reparaît.Chacun retrouve son aplomb et sa fougue.On discutera avec entrain jusqu’à cinq heures du matin.Et on se reverra deux jours plus tard, et on recommencera allègrement.Je n’ai pas la prétention de faire ici une analyse de la situation.La brièveté de mon séjour au Québec m’interdit des considérations qui risqueraient d’être fondées sur des impressions trop hâtives et superficielles.Je n’ai pas non plus la moindre intention de mettre en doute l’incontestable évolution qui bouleverse notre province depuis la mort de Duplessis et l’avènement du régime libéral.Bien sûr, « ça bouge » ! Mais deux constatations frappent tout de même désagréablement celui qui séjourne chez nous après une assez longue absence.La première, c’est qu’il entre dans ce remue-ménage une bonne part de défoulement.On hurle des mots autrefois chuchotés et on se trouve follement audacieux parce que le gouvernement de Papa n’est plus là pour nous ramener à l’ordre.Mais on commence à se rendre compte que la véritable révolution est à peine ébauchée.Celle qui transforme le fond des choses et la mentalité populaire.(La mort du « Nouveau Journal ».La réaction intégriste.Les récents succès créditistes : le peuple a protesté, certes, mais à tort et à travers.Notre immaturité demeure) .De grandes tâches nous attendent.Pour donner deux exemples entre mille, la réforme intégrale de notre système d’enseignement et la création d’un régime moderne de Sécurité Sociale me semblent des objectifs plus urgents que l’élaboration du prochain manifeste du R.I.N.Et puis, il y a tout de même ce monde qui nous entoure.Il y a d’autres pays sur la planète Terre.D’autres efforts, d’autres entreprises dignes de susciter l’attention de tout citoyen de l’univers.Les problèmes canadiens-fran-çais sont intéressants, voire fascinants.Mais à trop s’hypnotiser sur soi, on finit par se prendre pour le nombril de la terre.Pour qui a connu d’autres dimensions, l’atmosphère du Québec se révèle rapidement étouffante.Les seuls événements qu’on y commente sont locaux.On se croirait dans une île perdue où tous les centres d’intérêt sont à l’échelle de la tribu.Ou encore dans une chambre de malade.Les médecins sont là, en grand nombre, discutant âprement le cas du patient.Toutes les issues sont fermées et, dans le feu du débat, personne ne se soucie d’aérer la pièce.Oui, « ça bouge » ! Mais le malade ne s’en porte pas mieux, ahuri par tout ce tapage, affaibli par le manque d’oxygène.Par pitié ! Canadiens français, ouvrons toutes grandes les fenêtres ! Francine Laurendeau Futures bachelières qu’attendent-elles?Le collège.ce mot à résonance masculine flatte souvent l’oreille de la jeune fille.Lorsqu’elle en franchit le seuil, l’illusion brille dans ses yeux parce que des rêves sans nombre ont déjà enchanté son imagination.L’éducatrice le sait et elle attend l’étudiante afin de l’aider à franchir le passage difficile entre le secondaire et le collégial.Mais en réalité, qu’attendent nos futures bachelières ?J’ai posé la question à mes élèves.L’origine de cet article est donc un sondage d’opinions et mon but sera de montrer le sérieux des aspirations des étudiantes, de laisser entrevoir la complexité du problème et de suggérer quelques éléments de solution.Ce qu’elles viennent chercher ?D’abord une culture classique qui doit leur révéler les merveilles de la civilisation gréco-latine.Ensuite, comme elles se savent solidaires d’un univers chaque jour plus petit à mesure que les dis- tances se rapprochent, elles ne veulent rien ignorer du monde moderne.Sciences, mathématiques, techniques sont devenues d’une urgente nécessité et, quoi qu’on en pense parfois, l’esprit féminin n’est pas rebuté par l’austérité de ces études.Est-ce assez pour combler les rêves de nos futures bachelières ?Non.Elles espèrent encore qu’on les informera des mouvements de la pensée, et tout ce qui touche à la philosophie et à la littérature contem- 286 poraines les trouve attentives et passionnées.Elles s’y reconnaissent, elles s’y retrouvent, elles veulent réfléchir.Désirent-elles encore autre chose ?Certainement.Elles entendent que le collège veille surtout à leur formation personnelle, morale et chrétienne et, qu’à la fin de leurs études, elles se sentent des femmes accomplies aussi bien que des chrétiennes convaincues.Enfin, est-ce tout ?Non pas.Elles veulent être heureuses au collège avec nous et grâce à nous.Dans l’idéal, il apparaît évident que les buts des éducatrices rencontrent les espérances des éduquées.Mais dans la pratique du terrible quotidien, y a-t-il une aussi exacte coïncidence ?Ce serait vraiment trop beau, si la vérité résidait dans un oui catégorique et sans nuance.Cherchons les points névralgiques de part et d’autre avant d’oser quelques suggestions curatives.Points névralgiques : Il est évident qu’une atmosphère, un climat, une ambiance sont nécessaires à l’épanouissement d’une culture.Aussi longtemps que, dans notre milieu, étudier sera considéré comme n’avoir rien à faire et à lire, une pure fainéantise, l’éducatrice et son élève seront réduites à peiner sans atteindre des résultats durables.Si le courant d’air qui circule dans notre Province balaie beaucoup de poussières vieillottes, il laisse aussi voir la solidité de certaines incrustations.Dans le domaine qui relève uniquement du milieu du collège, le premier mal à dénoncer est une non-entente initiale entre professeurs et élèves sur les moyens à prendre pour atteindre les fins de l’éducation.Quand 0 s’agit de la formation intellectuelle, confiance trop grande est faite par les professeurs au programme d’études à remplir.Le plus brillant succès scolaire n’a rien à voir avec la culture ; celle-ci, qui repose sur le savoir, s’élève au-dessus comme la flèche gothique s’élance depuis les fondations jusqu’à la fine pointe du clocher.Le contraire se produit chez les élèves.Pour elles, le travail quotidien, précis et méthodique n’est pas important.Le talent et la chance doivent suppléer à toute carence.Bien douées, elles ne savent qu’improviser.C’est le joint qui reste à faire entre le travail d’instruction que poursuit le professeur et l’idéal de culture rêvé par l’élève.La formation de la jeune fille à sa vie de femme chrétienne est reconnue comme capitale.Les éducatrices ont peut-être trop tendance à se fier à l’ensemble organique constitué par la vie de collège pour assurer cette formation : cours de religion et de philosophie, initiation biblique et liturgique doivent donner les assisses de la vie chrétienne et de la pensée ; les activités diverses permettent le développement de la personnalité, de l’esprit sportif, du sens social, ou esthétique.Pour que cet ensemble fonctionne efficacement, il faut réaliser la coordination parfaite de tous les éléments.La nécessité s’impose ensuite de se rendre compte dans quelles proportions les élèves sont ainsi atteintes.Cette éducation collective, pour excellente qu’elle soit, glisse sur les élèves moins perméables à l’influence et ces jeunes filles ne sont pas les moins riches de dons ni les moins exigeantes.L’action personnelle et pénétrante de l’éducatrice reste indispensable.Suggestions curatives : Dans l’ignorance où sont les élèves des intentions de leurs éducatrices, elles concluent à un manque de vision.D’une année à l’autre, d’une matière à l’autre, d’un professeur à l’autre, elles éprouvent le besoin d’une continuité dans l’œuvre d’éducation.Elles sont trop intelligentes pour ne pas savoir que, des erreurs pédagogiques, ce sont elles qui paient les frais.Cette continuité indispensable, difficile à obtenir, ne m’apparaît pourtant pas chimérique.Voici comment je la vois réalisable.Le cours collégial se divise en quatre années.Pourquoi n’aurions-nous pas un plan d’éducation, comme il y a un programme d’études ?En fixant pour chaque année un objectif précis : sens social, initiation liturgique, personnalité féminine, sens esthétique, par exemple, on pourrait obtenir, dans des rencontres au début de l’année scolaire, que tous les éducateurs, parents et professeurs, travaillent de concert avec les élèves en vue d’un résultat à obtenir.Ainsi orientée, la formation deviendrait l’objet d’une préoccupation précise et réalisable.Nous ne pouvons tout obtenir en même temps et c’est malheureusement ce que nous tentons de faire.Une dernière aspiration de nos futures bachelières exige d’être comblée et tout échec à cet égard paralyse l’éducation.Nos élèves doivent être heureuses au collège.Il faudrait découvrir le secret de semer du bonheur dans tous les coins et recoins de nos grandes maisons.Il faudrait surtout que les futures bachelières apprissent de nous que le bonheur, chacune le porte en soi, le réalise pour soi et ne le conserve qu’à la condition de le donner aux autres.Sœur Sainte-Marie Eleuthère, c.n.d.Et scofe nï fête sm nerne pli Imteofe Nnire, * * pro 'U lion poi]j] km « effet,, s® les pie Il est bien fâcheux que l’Eglise qui a compris et assimilé tant de choses, n’ait pas su absorber les incrédules, grands promoteurs et confesseurs de l’esprit.Paul Valéry “oneiai luUl’o, U classe Harpy;; fraie Pensée eomposiii, La doctrine chrétienne s’enseigne avec négligence où on se dérobe à l’obligation de cet enseignement.Pie XI Il y a des esprits inquiets et chagrins qui pressent les congrégations romaines de se prononcer sur des questions douteuses.Je m’y oppose.Je les arrête.Car il ne faut pas empêcher les savants de travailler.Il faut leur laisser le loisir d'hésiter et même d’errer.La vérité ne peut qu’y gagner.L’Eglise arrivera toujours à temps pour les remettre dans le droit chemin.Léon XIII Les hommes peuvent bien manquer à l’Esprit-Saint ; l’Esprit-Saint ne manque jamais à l’Eglise.R.P.de Lubac L’Eglise compte des ennemis parmi ses enfants et des enfants parmi ses ennemis.Saint Augustin ^ eontei •fpiie.L 8 ikais 'Non PîTCê devie -«nies Xi,, % Uhl., ' Xsjb.s, s, XkL 1 N hu 287 Et les réformes disciplinaires?.A ma connaissance, aucun problème relatif à la discipline scolaire n’a été abordé devant la Commission Royale d’enquête sur l’éducation.Cette abstention et ce silence me paraissent troublants.Serait-ce donc qu’on ne se rende pas compte de la gravité de certaines situations, ou qu’on n’a même plus le courage d’envisager la question dans sa désolante objectivité ?Les quelques réflexions qui vont suivre se défendent d’être des prises de position ; elles ne visent, au contraire, qu’à rendre toute son urgence et son importance à un problème qu’il serait dangereux d’ignorer.'1.— Disons, pour inquiéter tout le monde, que la question pourrait intéresser aussi bien les milieux universitaires que les maisons d’enseignement secondaire.Il n’est pas sûr, en effet, que les dernières n’aient pas exercé quelque influence sur les premiers, et que les mêmes tares n’affectent pas à l’occasion des milieux pourtant si différents.Que penser — je ne donnerai que cet exemple, — du professeur d’Universisté qui, à l’ouverture des cours, se rendant compte qu’il y a dans sa classe plus d’élèves que de sièges, fait l’éblouissante remarque : « Ne vous en faites pas : dans quelques semaines il y aura ici de la place pour tout le monde ! » J’avais toujours pensé que l’ambition d’un professeur était de conduire le plus grand nombre possible d’hommes à la science, non de couper le chemin à des étudiants studieux et intéressés, par des compositions au-dessus de leur force et de leur condition de commençants.Mais, pour me borner, je m’en tiendrai ici aux cas concernant le secondaire, pour lesquels la matière ne manque pas.2.— Quand on m’a demandé, à la fin de ma Rhétorique, si j’avais encore le désir de me faire prêtre, j’ai répondu : « Non, jamais.» J’étais peut-être fou furieux alors, mais parce que furieusement blessé.Plus de garçons et de filles perdent la foi, perdent leur vocation religieuse ou sacerdotale, deviennent des anticléricaux militants, dans nos institutions très chrétiennes, pour des raisons d'ordre disciplinaire que pour des raisons d’ordre intellectuel.Et je n’entends aucunement signifier par-là, comme on nous l’expliquait dans les sermons de Retraite, que l’immoralité les a conduits à l’incroyance.Je veux dire carrément qu’ils ont été les victimes de maladresses ou d’injustices si graves, qu’ils n’ont pu supporter ensuite une religion qui leur paraissait en assumer toute la responsabilité.J’ai entendu moi-même, et il n’y a pas si longtemps encore, les protestations et les cris de conscience de directeurs spirituels, écœurés de l'attitude prise par les responsables de la discipline, à l’égard d’élèves dont ils connaissaient à fond le cas et dont ils pouvaient entrevoir le douloureux avenir.Au lieu de compter le nombre d’anciens devenus prêtres, avec ou en dépit de leur concours, certaines institutions pourraient essayer de compter combien ont éprouvé une difficulté parfois insurmontable à aimer encore la sainte Eglise, à leur sortie de collège.3.— Depuis qu’elles sont surpeuplées, nos maisons d’enseignement semblent jouer vite et fort du privilège de l'exclusion.On chasse qui l’on veut, quand on veut, pour les raisons qu’on veut ; et parce que, en plus, les institutions du même rang se tiennent entre elles et se donnent la main, on y décide du même coup des possibilités d’avenir des jeunes.Chassé d’un collège, ordinairement au plus mauvais moment, l’étudiant n’a aucune chance de poursuivre ailleurs le cycle commencé de ses études.Un Supérieur à qui on faisait cette remarque est même allé jusqu’à déclarer : « Justement, c’est cela que nous voulons.» Il entendait, je suppose, sauver l’Eglise d’une mauvaise tête, en l’empêchant d’accéder à une carrière de niveau supérieur ! C’est jouer gros jeu et un jeu dont on ne peut prévoir s’il sera à la fin plus dommageable à l’Etat qu’à l’Eglise.Pour ma part, je craindrais qu’un jour l’armée des chassés ne demande des comptes à ceux qui les ont chassés 1.4.— Je lis de Françoise Sagan qu’elle fut renvoyée de plusieurs institutions pour des crimes tels que : « Avoir décroché le battant de la grosse cloche », etc., et celui-ci en particulier (qui sent son genre) : « Pour manquer de spiritualité ».Ce qui me console, en cela, c’est la pensée que nous ne sommes pas les seuls, dans le Québec, à nous payer ce ridicule — ou ces monstruosités.Le plus navrant, c’est qu’en fait des vies se jouent sur cette carte.On chasse de son institution un garçon qui a du mauvais esprit (dit-on.) et, pour laver la souillure, on prend un sadique plaisir à lui briser son avenir.On met trois ans à le surveiller, cherchant à le prendre une bonne fois en faute, et on ne songe même pas à aller visiter sa famille, à interroger ses camarades, à créer autour de lui un climat qui facilite son relèvement.Drôle de morale que celle qui n’a que le souci de camoufler ses échecs, et point celui de prendre en charge, pour le mieux et pour le pire, les âmes qu’on s’est vu confier.5.— Les dirigeants de nos institutions ne manquent jamais l’occasion d’affirmer qu’ils sont les représentants des parents auprès des enfants dont ils ont la charge ; on se rend vite compte, cependant, que les parents n’ont aucun droit de représentation réelle dans l’ordonnance et l’organisation de leur vie.Le principe est trop mauvais pour qu’il mérite une longue discussion.Je veux bien que certains parents soient d’une maturité inférieure à celle de leurs propres enfants, mais est-ce les aider que de se substituer à eux dans l’exercice de leur responsabilité de parents, d’où pourrait leur venir cette maturité même ?Qu’un enfant soit chassé d’une institution, sans même que les parents aient été prévenus, sans que le cas de l’enfant ait été étudié avec eux, voilà qui dépasse, au vingtième siècle, toute imagination, et pourtant cela se fait tous les jours.Ce qu’il faut, ce n’est pas décider à la place des parents, c’est amener les parents à agir sur l’enfant de telle manière qu’il puisse s’améliorer.Depuis le temps qu’on se fend la tête pour inventer de nouveaux péchés contre la pureté, je me demande ce qu’on attend pour qualifier comme il convient un certain autoritarisme maladif qui entend faire de ses sautes d’humeur, ou de son habit religieux ou sacerdotal, la justification de toutes les incompréhensions et de tous les ostracismes.6.— Parmi ses confrères, professeurs de carrière, le surveillant fait figure de sacrifié.Et pourtant !.Si la préférence des pères de famille va au professeur, celle des mères devrait aller au surveillant.Le professeur ne donne que l’instruction, le surveillant doit faire l'éducation.En classe, l’élève n’est qu’un étudiant ; en récréation, à l’étude, il rede- 288 vient un homme.Le surveillant a vite fait de déceler ce que le professeur ne soupçonne même pas : que tel enfant, sur-doué, est égoïste et tricheur ; que tel autre, plus modeste, est patient, persévérant, souffrant.Le domaine du professeur sur l’élève est facile : il a peu d’élèves, 0 en impose par son savoir, il peut facilement faire reprendre un devoir, allonger une composition, etc.; le surveillant n’occupe pas une situation de prestige, il a sous ses soins une multitude, allant, de l’enfance, à l’âge mûr commençant : pour jouer efficacement son rôle, il lui faut une psychologie, une pédagogie, et une liberté d’action qu’on ne lui permet d’ordinaire jamais d'acquérir.Croit-on qu’il lui suffise d’avoir passé par le Noviciat ou par le Grand Séminaire, pour être d’emblée à la hauteur de la tâche ?Croit-on qu’il soit le seul à n’avoir pas besoin de diplômes en psychologie et en pédagogie ?Croit-on qu’il soit le seul dont les remarques soient dépourvues de poids et d’intérêt ?Ne pourrait-on choisir pour cette tâche des hommes exceptionnellement qualifiés, qui suivraient l’enfant dans le déroulement de sa vie individuelle et sociale, et qui aideraient les professeurs eux-mêmes à le mieux comprendre et à le mieux rejoindre ?Pendant six années un Les exigences laïques L’idée même de pluralisme sème chez les uns la panique, tandis qu’elle fait naître chez les autres un sentiment libérateur.Comme c’est sympathique, pensent les derniers, d’être ainsi divisés sur les options fondamentales de la vie : Dieu existe, Dieu n’existe pas ; l’âme est immortelle, l’âme n’est pas immortelle.Les premiers, par contre, se réconcilient plus difficilement avec le fait.Ils déplorent avec raison le mal que constitue incontestablement la division religieuse.Non pas qu’ils ne soient disposés à le supporter.Ils s’y résignent finalement, mais en usant envers les autres d’une tolérance boudeuse, toujours sur le point de rallumer les bûchers.Les seconds plus tournés vers l’avenir prétendent marcher dans le sens de l’histoire.Prophètes à leurs heures, ils discernent dans la confusion doctrinale présente l’avènement d’un nouvel humanisme, un humanisme post-chrétien comme on l’appelle, qui rendra enfin l’homme libre à l’égard de la vérité.On dirait qu’à leurs yeux la vérité est scandaleuse.Du moins est-ce l’impression qu’ils nous laissent lorsque nous nous avisons de prononcer ce mot devant eux.C’est un terme qui leur paraît, écrit Jean Daniélou, « l’expression de je ne sais quel dogmatisme, de je ne sais quelle intolérance, de je ne sais quelle prétention ou mépris des autres ».Croire en la vérité de nos jours, n’est-ce pas le signe de quelque débilité mentale, d’un besoin morbide de sécurité ?C’est à croire, en toute vraisemblance, que le pluralisme ne serait bon qu’à engendrer des esprits intraitables.D’un côté, il nourrit la passion de la vérité jusqu’au mépris des personnes, de l’autre le culte des personnes aux dépens de la vérité.Deux mentalités extrémistes, en apparence diamétralement opposées, mais qui en réalité se rejoignent dans une intolérance farouche : qui pour imposer sa vérité religieuse, qui sa vérité laïciste.Est-il donc vrai que le pluralisme soit irrémédiablement voué à sécréter une atmosphère aussi irrespirable ?S’il en était ainsi, la situation de nos démocraties de type pluraliste serait déses- pauvre homme a été, dans mon temps, condamné à nous servir de préfet de discipline ; les trois dernières années de son régime n’ont été pour moi qu’une longue souffrance ; il était nerveux, hystérique, etc.Le coupable, ce n’était pas lui, mais ceux qui, en le maintenant là, jouaient de notre équilibre psychologique en même temps que du sien.Ceci dit, je m’excuse de n’avoir même pas abordé mon sujet, mais aussi bien, était-ce à moi à le faire ?Ceux qui me reprocheront de parler sans connaissance de cause ne seront pas pour autant dispensés du reproche de s’être tus, eux qui connaissaient la cause.Hyacinthe-Marie Robillard, O.P.1.Pour une solution rapide et efficace des problèmes de cette espèce, je suggérerais la formation d’une Commission Disciplinaire, ayant pouvoir sur tout le secondaire, et à laquelle les parents pourraient toujours en appeler dans les cas graves.Chose certaine, la seule pensée que les « exclusions », pour moüfs injustifiables, pourraient être discutées et réprouvées en haut lieu, inclinerait à la recherche de solutions moins simplistes et moins tragiques.du pluralisme pérée.Heureusement qu’il y a moyen d’en sortir, pourvu que nous consentions à nous faire une raison devant le phénomène, en prenant au départ la précaution de tirer au clair la signification du mot.PLURALISME ET PLURALISME Le pluralisme n’évoque pas d’abord une doctrine, comme le libéralisme, mais un fait doublé d’une attitude d’esprit : le respect d’une pluralité de conceptions et d’institutions au sein d’une même communauté humaine.Il va sans dire que le phénomène n’offre comme tel rien de nouveau.Toutefois, le monde contemporain, issu d’une longue évolution religieuse, sociale et politique, comporte une organisation pluraliste aux formes plus définies, aux articulations plus nettes, aux options plus tranchées.On reconnaîtra, par exemple, que la simple distinction introduite par l’Evangile entre le temporel et le spirituel établissait déjà une structure pluraliste bien déterminée, au regard de la confusion entre le religieux et le politique qui régnait dans l’Empire romain.De plus, à l’intérieur de la cité politique, toute une gamme d’institutions distinctes s’est formée à partir du principe de l’association naturelle ou libre : la famille d’une part, puis les formes diverses d’associations culturelles, économiques, sociales et politiques d’autre part.A bien des égards, cette pluralité représente une richesse inestimable.Elle remplit les vœux variés de la personne en quête de son épanouissement.Autant dire que le personnalisme appelle naturellement le pluralisme.Par ailleurs, la division ne va pas sans entretenir un état latent de perpétuels conflits.Ce n’est pas une mince difficulté que de réaliser dans tous les cas l’unité dans la diversité des options.Il est surtout manifeste que, sur le plan religieux, le problème tend à prendre des proportions incommensurables.Comment pourrait-il en être autrement ?Car dans ce domaine aussi, le Itates divffiiî li G1IB implies féritiB de Dem esprit, Ij wia rfaie se düXHti dœ me tiemai p liberté des; et tonne pluralisme ne désigne pas seulement un fait brut, une société divisée de croyances, mais encore une attitude définie devant la division religieuse.Le problème capital surgit avec toutes ses implications doctrinales au moment même où il est impérieux de se réconcilier avec le fait.Deux attitudes caractérisées se présentent d’emblée aux esprits.Il y a en premier lieu la position de ceux qui sous le nouveau vocable retournent purement et simplement au libéralisme sectaire, à l’indifférentisme naturaliste du XVIIIe et du XIXe siècle.La tolérance de ces gens prend sa source dans une méfiance sceptique vis-à-vis de toute vérité.Ils tiennent pour intolérants ceux qui ne professent pas leur liberté devant le vrai.C’est là une perversion de l’intelligence et comme le péché intellectuel massif de nos sociétés contemporaines.Nous croyons flairer ce libéralisme doctrinal, cette intolérance dogmatique camouflée, sous la plume de certains qui se réclament à tort et à travers de la situation pluraliste.C’est du pluralisme « libéral ».Il y a par contre l’autre pluralisme, d’inspiration nettement différente, qui est d’abord et avant tout respect des personnes dans leur cheminement pénible et lent vers la vérité.Il respecte la diversité non pas parce qu’il n’a plus foi dans la nature même de l’intelligence, mais parce qu’il conçoit que la vérité imposée travaille à la longue contre la vérité en brisant les ressorts vitaux de l’intelligence humaine.Il distingue donc entre adhérer à la vérité et adhérer vraiment à la vérité.Et c’est pourquoi son respect des personnes s’enracine profondément dans un sens aigu de la vérité.C’est le pluralisme personnaliste.UNE DIFFICULTÉ MAJEURE Une fois fermement fixés sur le sens du pluralisme personnaliste, nous sommes déjà placés sur la bonne piste.Du moins avons-nous écarté les malentendus possibles.Il reste cependant un long chemin à parcourir avant de saisir clairement les exigences et les implications du pluralisme tant au point de vue scolaire que politique.La difficulté majeure qui surgit sous nos pas est de savoir sur quels principes va se fonder la coexistence politique et scolaire d’une société divisée dans ses croyances.Or, l’idée dominante du pluralisme personnaliste nous rend la tâche facile.Elle est apte à rassembler des esprits, par ailleurs fort divers, sur un terrain commun où le respect de la personne aura pour eux tous force de loi.A la condition cependant qu’ils s’appliquent avec patience à découvrir tout ce que ce mot d’ordre entraîne dans la pratique.A cette fin, deux vérités capitales, concernant précisément la structure intime de l’homme, devront retenir leur attention.La première, habituellement formulée en termes de distinction entre le temporel et le spirituel au niveau des institutions, affirme à un niveau plus profond, à savoir à l’intérieur même de la personne, la double dimension horizontale et verticale de l’homme.La personne humaine en vertu de sa condition charnelle est plongée dans le temps.Il est donc normal qu’elle tende à s’épanouir à travers les diverses communautés temporelles.Mais en raison aussi de son émergence au-dessus du temps, elle cherche, cette fois, sa perfection au niveau des choses divines et éternelles.C’est du reste de cet ordre éminent de valeurs que relève la seconde vérité de base sur laquelle tous s’entendront encore : la reconnaissance de la liberté de l’acte de foi.Un corollaire important en découle immédiatement du point de vue de l’organisation temporelle de la cité.L’unité politique ne repose plus sur l’unité religieuse.Il n’est plus exigé de professer la foi chrétienne pour être citoyen de plein droit.Seul le titre de personne y suffit, auquel est attachée l’obligation d’adhérer à la foi politique du pays.LE PRINCIPE DE SOLUTION De cet ensemble d’affirmations se dégage le principe fondamental de solution au problème de la coexistence politique et scolaire.C’est le principe de la laïcité de l’Etat.Il ne fait que réaffirmer à l’échelle juridique ce que notre enquête sur la personne vient justement de nous révéler d’un point de vue philosophique.Il affirme en premier lieu la souveraine autonomie de l’Etat au temporel, reposant en dernière analyse sur la distinction des ordres à l’intérieur même de l’homme, en second lieu, la non-compétence de l’Etat dans le sanctuaire intime des consciences, laquelle se présente comme un corollaire de la liberté de l’acte de foi.Il est incontestable que la coexistence n’est réalisable qu’à ces conditions.Il est non moins évident qu’elle sera compromise le jour où l’on s’aviserait de mêler à la notion de laïcité des éléments doctrinaux autres que ceux-là.Ils sont les seuls, à mon avis, à l’exclusion de tout autre, sur lesquels il soit légitime et prudent de s’appuyer soit pour définir le contenu juridique de la laïcité, soit pour en dégager les exigences concrètes dans le domaine politique et scolaire.On semble l’oublier trop souvent.La tentation reste grande, comme nous le verrons plus loin, de lester le concept de laïcité de l’Etat de scories idéologiques étrangères à sa nature.Mais avant de le faire voir, il conviendra d’ajouter de nouvelles précisions sur le fondement même de la laïcité.LE NOMBRE N'Y EST POUR RIEN Du fait que nous nous sommes placés dans la perspective concrète d’un pluralisme existant, il ne faudrait pas conclure que la solution proposée soit liée essentiellement à cette hypothèse.Car si l’Etat doit laisser civilement libres les fois diverses, ce n’est pas en raison de leur pluralité.Le principe de la laïcité de l’Etat n’a rien à faire avec la quantité.Il ne dépend pas de la statistique, mais comme nous croyons l’avoir montré, d’une saine conception de la personne en sa double dimension.Autant dire que la reconnaissance civile de la liberté religieuse n’est pas inversement proportionnelle au nombre de chrétiens, ni en raison directe de la division religieuse.Elle est fondée en nature et non sur des contingences historiques.Elle vaut donc toujours et partout comme un principe définitivement et universellement acquis en bonne philosophie politique.A fortiori, dirions-nous, dans Thypo-thèse d’un pays tout chrétien, s’il est vrai que la transcendance de la personne au-dessus de la cité temporelle n’est apparue clairement qu’avec le christianisme.Il s’ensuit que la multiplicité des options religieuses n’en est nas la raison profonde.Elle n’a servi que de catalyseur dans le développement nouveau de principes traditionnels comme la distinction entre le temporel et le spirituel d’une part et la liberté de l’acte de foi d’autre part.LAÏCITÉ ET LAÏCISME De ceci le pluralisme personnaliste demeure toujours conscient.C’est pourquoi, la notion de laïcité à laquelle il se réfère présente-t-elle toutes les garanties nécessaires.On n’en peut dire autant du personnalisme « libéral ».Tandis que le pluralisme, première manière, ne voit dans la division religieuse qu’un motif additionnel de s’adonner au plus tôt à 290 l’élaboration d’une doctrine raisonnable sur la coexistence politique, le pluralisme, seconde manière, y découvre un prétexte pour une conception rationaliste ou totalitaire du politique.Puisque toutes les vérités se valent, pense-t-il, autant faire prévaloir la sienne.Ayant donc pris au départ des libertés vis-à-vis de la vérité, il ne se fera pas faute d’en prendre dans la suite à l’endroit des personnes.Aussi, la laïcité qui en découle renvoie-t-elle d’elle-même une image trompeuse.Elle ne représente plus seulement l’expression juridique de la liberté religieuse, mais elle reflète crûment toute une métaphysique.Car, il y a métaphysique toutes les fois qu’un système quelconque prétend se prononcer sur l’ensemble du réel, et plus concrètement sur le sens ultime de l’existence humaine.Le pluralisme libéral s’engage manifestement dans cette direction.L’Etat qui s’y appuie proclame la primauté du politique sur toute autre valeur refusant du même souffle d’admettre l’émergence de la personne au-dessus de la cité temporelle.Puis dans la même veine, il va jusqu’à imposer aux consciences sa conception naturaliste et même athée de l’existence.En un mot il se constitue le milieu de salut pour l’homme, fait de la raison d’Etat la règle ultime de la morale, du politique un absolu religieux.Dans ces conditions, il est évident qu’en violant le caractère sacré des consciences, un tel Etat a trahi la véritable laïcité, la laïcité ouverte.Car la laïcité trouve son sens en même temps que ses limites dans le respect de tout un ordre intangible de valeurs sur lequel la société n’a confié à l’Etat aucun pouvoir direct.La seule chose qu’un peuple libre lui ait transmis à cet égard, c’est de veiller sur cet ordre, soit pour le protéger, soit pour le promouvoir en lui assurant toutes les conditions nécessaires à son épanouissement.LES EXIGENCES CONCRÈTES DE LA LAÏCITÉ Il est de la plus haute importance de garder ces vérités fondamentales présentes à l’esprit lorsqu’on en vient maintenant à définir les exigences de la laïcité.On ne le fait pas toujours.On ne semble pas s’apercevoir dans certains milieux que le principe de la laïcité de l’Etat doit s’appliquer avec des nuances fort différentes selon qu’il est question de coexistence politique ou de coexistence scolaire.Et ce n’est certes pas en tenir compte que de passer sans plus, de la laïcité de l’Etat à la laïcité scolaire.Un Etat laïque, donc une école laïque.Le raisonnement, avouons-le, est simpliste à force d’être simple.Il est sans aucun doute trop précipité pour ne pas être mû par des postulats idéologiques.On en conviendra.Ceux qui prônent la laïcité scolaire intégrale se sont déjà mis, quoi qu’ils en disent, à l’école du pluralisme « libéral ».A moins d’avoir à l’avance chargé la notion de laïcité d’éléments doctrinaux, qui n’ont rien à faire là-dedans, on ne voit guère que la laïcité de l’Etat doive entraîner nécessairement la non-confessionnalité.Si l’on persiste à soutenir le contraire, on sera bien libre de le faire.Mais qu’on ne vienne plus parler de pluralisme.Le seul vocable approprié dans les circonstances n’est pas un autre que celui de monisme scolaire.Au fond, on sera revenu à une idée chère au vieux libéralisme, et, qui plus est, à ce qu’il contient de plus désuet.On sait que selon la conception libérale, la plus proche des origines, l’Etat devait regarder la société comme une poussière d’individus.Il refusait de faire justice à l’une des aspirations les plus foncières de la personne voulant que celle-ci s’épanouisse par la création de communautés diverses.C’est du moins cette erreur que le pluralisme personnaliste voudrait éviter.Parce qu’il croit aux droits prioritaires des personnes en face de l’Etat, il en conclut que le premier devoir de l’Etat laïque est de doter le pays d’institutions scolaires qui répondent aux désirs et aux besoins des diverses familles spirituelles.A ce compte, il ne fait aucun doute que l’enseignement confessionnel est autant dans la logique de la laïcité que l’enseignement non confessionnel.Il l’est certainement plus qu’un système neutre généralisé.Car la seule conclusion logiquement déductible du principe de la laïcité n’est rien d’autre qu’un système scolaire véritablement à la portée de tous, celui d’un pluralisme institutionnel.SUR LE PLAN POLITIQUE Dans le domaine politique, on doit reconnaître que la question se pose tout autrement.La raison en est qu’ici nous avons affaire au plan de l’action alors qu’en éducation nous nous adressons davantage à l’intellection.Différence énorme qui entraîne des solutions différentes.L’uniformité s’accepte mieux dans l’ordre de l’agir ; elle est difficilement compatible avec celui de la pensée.Nous concevons mal, par exemple, qu’on puisse imposer à un pays entier, divisé par ses croyances et ses idéologies, un système éducationnel unique, qui prétendrait par surcroît à la neutralité.Car de deux choses l’une : ou bien l’éducateur s’appliquera consciencieusement à la pratique de la plus stricte neutralité, quitte à renoncer du même coup à éduquer en profondeur ; ou bien il tient avec raison à être éducateur au sens plein du mot, refusant de lui-même l’image d’un simple dresseur, mais alors il se verra forcé de s’écarter de la règle de la neutralité.Il reste que sur le plan politique, disions-nous, nous ne sommes pas affrontés au même dilemme.Il est pensable qu’à l’intérieur d’une seule et même cité chrétiens et non-chrétiens travaillent ensemble à la chose publique sur la base d’une charte politique commune.Pour adhérer dans la pratique au même credo politique, il n’est pas requis de tous de le justifier spéculativement de la même façon.Il suffit que sur le terrain de l’action chacun fasse siennes les valeurs spirituelles qui y sont inscrites.On peut y arriver même si les chemins théoriques d’accès sont différents.Il est facile de comprendre pourquoi.L’ordre politique est l’œuvre de la raison naturelle ; il contient un ensemble de valeurs dont tous les hommes ont un obscur sentiment, tels que le respect de la dignité humaine, des droits de la personne, l’égalité de tous devant la loi, la justice sociale, l’amitié civique qui est comme une ébauche de la fraternité chrétienne.Tous les hommes de bonne volonté qui partagent ces convictions « pratiques » y trouvent la base d’une action commune possible en vue du bien temporel de la société.Le catholique n’y fait pas exception.Il n’a pas à craindre de se diminuer à ses propres yeux ou à ceux de son Eglise du fait qu’il s’engage dans l’action politique et sociale en se plaçant sur un terrain de vérités d'ordre naturel.Car l’ensemble des valeurs, dont il vient d’être question, constitue une ambiance suffisante pour une action chrétienne authentique.Il n’a pas à chercher ailleurs.Le meilleur citoyen catholique n’est pas celui qui tiendrait à pavoiser les murs de la cité de symboles religieux, à organiser des neuvaines ou des croisades de prières pour le succès de son parti politique, mais celui-là qui est épris de justice sociale, qui brûle de cette charité chrétienne, apte à susciter et à réaliser les réformes sociales les plus hardies.A ce point de vue, le chrétien jouit même d’un avantage par rapport au non-chrétien.Car il apporte avec son christianisme à la création de l’ordre social ce « supplément d’âme » dont la société a besoin pour main- 291 tenir élevé le niveau des valeurs spirituelles.Et le principe de la laïcité de l’Etat ne saurait d’aucune façon le lui interdire.Dans son acception juridique, la laïcité signifie tout simplement que l’Etat ne fait pas état de la religion des sujets pour l’accession aux charges publiques.Mais elle ne décrète rien, et n’est pas d’ailleurs en droit de le faire, concernant l’esprit avec lequel le citoyen s’acquitte de sa fonction.Le chrétien a ici toute liberté.Il n’a pas à laisser son christianisme à la porte de la cité.Il est d’autant plus bienvenu qu’il en vit pleinement puisque les hommes ont besoin du ferment évangélique pour vivre en plénitude l’ordre naturel.Quant à nos agnostiques, pour autant que nous les connaissions, je ne sache pas qu’ils aient répudié les valeurs humaines inhérentes à la charte démocratique.Ils y restent attachés, sinon d’une façon cohérente avec leur agnosticisme, du moins en vertu d’une perception obscure, mais sûre, qui tient en quelque sorte de l’instinct humanitaire.Il serait plus exact de dire tout simplement qu’ils continuent de vivre et de penser selon les normes que la civilisation chrétienne, dans laquelle ils sont nés, leur a laissées en héritage.Au reste, il importe peu de savoir du point de vue de la collaboration politique sur quelle base repose leur foi démocratique.Il suffit que leur comportement civique ne trahisse pas une intention de saboter l’ordre social reçu et les valeurs dont il dépend.Qu’on nous comprenne bien.Nous ne prétendons pas que la façon de justifier spéculativement ces valeurs spirituelles demeure indifférente, que n’importe quelle idéologie pourrait y réussir.Nous croyons au contraire qu’il n’y en a qu’une seule de bonne sur ce plan.C’est celle qui défend la dignité humaine à partir de l’existence de Dieu.Nous, chrétiens, croyons avoir raison là-dessus.L’histoire confirme notre thèse.Elle enseigne de la plus cruelle manière que les sociétés fondées sur le refus de Dieu se transforment tôt ou tard en jungle humaine.Mais, ces convictions, quelque solidement fondées qu’elles soient, ne nous autorisent pas à repousser aux frontières les citoyens qui ne sont pas de notre avis.Elles doivent plutôt être en nous comme un incessant appel à prendre plus consciencieusement nos responsabilités de chrétien et de citoyen.Elles doivent nous pousser à coopérer plus ardemment à l’acquisition des valeurs spirituelles dont la société ne peut que bénéficier sur le plan naturel.CONCLUSION Il existe donc de multiples façons de se réconcilier avec le pluralisme.Il y a celle d’abord de ceux qui l’acceptent de mauvais gré et qui finissent bien par le supporter à force de concessions faites à la prudence.Il y a ensuite celle de ceux qui ont sans cesse le mot sur les lèvres, mais qui à la première occasion nous imposent un monisme scolaire et politique.Il s’est fondé de par le monde des ligues célèbres pour promouvoir l’une et l’autre mentalité.Le pluralisme personnaliste, parce qu’il respecte à la fois les personnes et la vérité, voudrait éviter ce double excès.C’est pourquoi, il voit dans la laïcité de l’Etat une valeur positive, basée sur l’autonomie du temporel et la liberté de l’acte de foi.Par contre, pour les mêmes raisons, il se garde de la transformer en une arme de combat en faveur du laïcisme.Le M.L.F.a maintes fois exprimé sa position officielle.Il l’a fait assez souvent pour que nous sachions sous quelle rubrique le classer.Pourtant les vues de quelques-uns de ses militants, non parmi les moindres, ne laissent pas de nous inquiéter.Perspectives, dans la livraison de janvier-février 1962, le relevait au cours de ses commentaires sur le Mouvement laïque de langue française à Québec.Le M.L.F.insiste sur le respect de l’autre au nom de la liberté.Il faudrait peut-être rappeler que c’est la vérité et la liberté de l’acte de foi qui exigent la tolérance.Cette tolérance s’accorde mal avec l’intolérance d’une laïcité totale dans le domaine de l’éducation.En réponse à cette remarque, M.Lebeuf a été catégorique.L’idéal serait l’école publique neutre mais, à cause du climat social et psychologique, le mouvement se contente d’exiger un secteur neutre parallèle au secteur confessionnel.Je crois à la sincérité des chefs actuels du mouvement, le mouvement perdrait quelque trois cents adhérents à Montréal à cause de cette politique, mais les hommes et les circonstances changent rapidement.Cette position de principe, même si l’on juge prudent d’en retarder l’application, est inacceptable au nom même de la tolérance.Nous faisons nôtres ces remarques de l’abbé Jean-Marie Hamelin.Nous nous permettons de renchérir en constatant que cette prise de position nous ramène tout droit à la théorie célèbre, mais renversée pour le besoin de la cause, de la thèse et de Yhypothèse.On connaît la formule devenue classique que l’on attribuait à Louis Veuillot : « Quand nous sommes en minorité, nous réclamons pour nous la liberté au nom de VOS principes ; quand nous sommes en majorité, nous vous la reprenons au nom des NÔTRES ».Jacques Croteau, O.M.I.La liberté n’est pas une exigence présentée par l’homme à Dieu, mais une exigence présentée par Dieu à l’homme.La liberté n’est pas un droit, mais une obligation.Nicolas Berdiaeff INFORMATIONS Tout cela commença le 6 mai de cette année, à l’aube.C’était déjà l’automne à Lima, mais là-bas l’automne est un second printemps, de sorte qu’il y avait un ciel d’un bleu léger, des fleurs qui s’ouvraient dans les patios et des oiseaux tôt levés.A toutes les fenêtres de la Ville des Rois, celles des nobles demeures et des pauvres maisons, des drapeaux claquaient au vent du Pacifique et parce que celui du Pérou est rouge et blanc, ce fut comme un bouillonnement sanglant sur neige vivante.D’habitude, l’angélus surprend une ville endormie que seuls connaissent, de rues en ruelles, les miséreux qui déjeunent dans les poubelles, les servantes, les vieilles femmes d’église en mantes noires et les premières « cholas » vendeuses de fruits.Or, ce matin-là, les bonnes gens sortirent de chez eux avec le soleil.Les « Santas Rositas », ces petites hirondelles de Lima en habit dominicain, à grands cris, traçaient dans le ciel des signes de joie au nom de la Rose des Amériques.J’habite Plaza Francia et pour me rendre à Santo Domingo, je n’ai qu’à suivre la rue de «l’Amargura», voie coloniale de l’Amertume, qu’adoucissent au passage les librairies universitaires et, de bon matin, l’odeur du pain chaud.Le 6 mai, une foule se pressait le long de la rue, une foule à la fois grave et heureuse où l’élément noir dominait très nettement les autres.Des femmes portaient dans leurs bras ou tenaient par la main de petits enfants revêtant, eux aussi, l’habit dominicain, en souvenir d’une guérison accordée par « Fray Escoba » ou pour la demander à l’humble « Frère au Balai ».A Santo Domingo, depuis plusieurs mois, les moines faisaient le grand ménage en prévision du jour de gloire de leur portier ; aussi, la demeure de celui-ci reluisait-elle, ors et argents, bois précieux et mosaïques, des pierres usées du seuil aux galeries du cloître, en passant par tous les autels.A l’intérieur de l’église, la foule augmentait d’heure en LE SAINT BALAYEUR heure.Devant les reliques des trois saints péruviens, un dominicain célébrait la messe, en l’absence du Frère Martin dont la statue, transportée à San Pedro, reviendrait en solennelle procession d’ici quelques semaines.Le Bienheureux Juan Masias, l’autre portier, attendait le retour de son ami en écoutant les voix de « son » silence et la Rose des Amériques faisait les honneurs de Santo Domingo avec une grâce toute liménienne.Dehors, au soleil, les vendeurs ambulants réalisaient des affaires d’or avec les médailles, scapulaires, statuettes, écussons, petits balais du premier saint noir de l’Eglise catholique, dont l’humilité dut être mise à rude épreuve.Les gens se saluaient, s’embrassaient, se félicitaient et ils avaient bien raison.Pensez donc, depuis le temps qu’ils priaient et que le « chien de mulâtre » les écoutait, les consolait, il fallait bien qu’il fût canonisé, n’est-ce pas ?Le « Frère au Balai » officiellement reçu au ciel, n’en était pas moins ce jour-là à Lima, parmi les siens : dans son patio fleuri de jasmins, dans l’austère et magnifique salle du chapitre au plafond de bois sculpté, devant le Christ espagnol qui lui permettait de flotter dans les airs à la hauteur de son cœur, dans les escaliers de pierre, dans les chambres des malades, avec les chiens, les chats et les rats des faubourgs, au cœur des vitraux de Santo Domingo et surtout dans celui des Noirs, des Blancs, des Indiens, des métis et dans mon cœur à moi.Ail heures, le grand défilé civique commençait : avec le drapeau du Pérou et celui du Vatican, le Président du Conseil et ses ministres, les fonctionnaires, le Préfet du Département de Lima, le Président de la Cour Suprême de Justice, celui du Sénat, les écoliers, les moines, les étudiants, des hommes, des femmes, des enfants, des pénitents, des fanfares militaires en énorme multitude, gagnèrent la Place d’Armes où, au balcon du Palais du Gouvernement, le Président de la République et son épouse chantaient, avec leur peuple, l’hymne national en l’honneur du Noir Portier.A midi, toutes les cloches des églises de Lima (et Dieu sait s’il y en a !), se mirent à carillonner et les bateaux du port d’El Callao à leur répondre de leurs sirènes, tandis que les salves d’artillerie ponctuées de cris, de chants, de vivats, s’élevaient vers le célèbre ciel de la « Rome des Amériques », « qu’une transparence dorée couronne de lumière » et que les avions à réaction des forces armées péruviennes bénissaient la ville d’une glissante croix.Une messe solennelle fut dite à Santo Domingo et dans les misérables faubourgs qui entourent Lima, tout spécialement « sous le pont », les Noirs en liesse se préparèrent à fêter, comme il se doit, le Saint au Balai, leur patron, à grand renfort de cœurs de bœuf braisés, de patates, de blé d’Inde en épis, le tout arrosé de « chicha », de rhum et de « pisco » ! Une grosse Noire au visage réjoui, debout devant son fourneau ambulant, tout en distribuant de brûlantes douceurs aux passants, expliquait à qui voulait l’entendre, que « deux saints natifs de Lima étaient bien capables ce jour-là, de faire danser le ciel ».En rentrant chez moi par la rue de « L’Amargura », je riais toute seule en imaginant au paradis, le grand déjeuner créole offert par sainte Rose, patronne des Amériques, au « Seigneur des Miracles », Patron de Lima, à Notre-Dame du Rosaire et à tous les saints blancs, en l’honneur de son compatriote ; tandis qu’Anna Velasquez, l’esclave noire, elle aussi debout devant ses fourneaux, surveillait son fils du coin de l’œil, en faisant rôtir des milliers « d’anticuchos » pour régaler les anges.Louise Darios Lima, mai 1962 Le chrétien est un homme auquel Dieu a confié d’autres hommes.Lacordaire 73 .pué] ji du N® !)>* WeaB d« Iteielî* d'aiiew de# ciel de 1» : del“-l ftiffldt! raHts^' Noirs e» co#11 de^ ide®'pl!; der^11 die»»"' esp^1 deiff sits iHes" irs; y if(St ï»»' J-"’ (ir La morale du drame : MARILYN MONROE Paris-Match du 8 octobre 1960 publiait un texte d’André Frossard, en marge de la tentative de suicide de Brigitte Bardot.En voici un extrait dont l’application se fait d’elle-même.Dans une même perspective, nos lecteurs reliront un texte de Michel Roy paru dans Le Devoir du 6 août.« ils fabriquent avec désinvolture des films tout à fait dépourvus de préjugés sur le thème galant de la liberté des cœurs et du Marché commun des corps.Parce que leurs scènes sont audacieuses, on les croit audacieux ; parce qu’ils ne manquent jamais de tourner en dérision les valeurs dites bourgeoises de la morale reçue, on les imagine dégagés des règles ordinaires de l’existence, et ils ne sont pas loin, parfois, de donner à entendre eux-mêmes, au grand émerveillement des midinettes, qu’il pourrait bien y avoir, en effet, quelque chose de diabolique dans l’intraitable lucidité du regard supérieurement averti qu’ils promènent sur le monde interdit aux moins de seize ans.Mais la vie est là, qui les attend au détour de la ruelle.Et les voilà soudain pris de faiblesse devant elle, qui réagissent en collégiens ou en maris trompés de la belle époque.Le prince de l’école libertine met en scène hardiment une version 1960 des « Liaisons dangereuses », mais il ne prend nullement son parti des liaisons de sa femme.Il se fâche, supplie, pardonne, repardonne et abandonne ; Laclos joue Bou-bouroche dans l’intimité.Les uns se coupent les veines, les autres rôdent dans le périmètre de leur infortune avec l’œil fixe de la jalousie, ou se jettent dans leur voiture comme ils eussent autrefois bondi sur un cheval pour se lancer, hagards, dans une course folle à travers la campagne.Des explications, il y en a beaucoup, et il y en a tant qu’il y en a trop.La fatigue nerveuse, une sourde révolte contre les servitudes de la popularité, une suite désespérante de naufrages sentimentaux, aggravés par certaines indiscrétions de presse, l’abus de ces tranquillisants qui ne tranquillisent guère que l’entourage des malades.Oui, et l’immense lassitude de ces jeunes êtres qui ont déjà trop joué à l’amour, et sur qui l’amour se venge par la nausée.Sur les bancs de la communale, nos bons maîtres nous enseignaient à distinguer le bien du mal, le sens, le contenu et les bienfaits de ce que l’on appelait autrefois le « devoir ».Cette vieille sagesse laborieusement acquise et composée, est-ce la guerre qui l’a détruite, ou ces maîtres douteux qui se complaisent dans l’anarchie mentale, ou les ruées d’un monde de moins en moins capable de résister à ses entraînements ?Mais si la santé de l’esprit tient à son équilibre, et si cet équilibre dépend d’un juste accord entre les droits et les devoirs de la vie, que peut dire la médecine des âmes à ces malades de plus en plus nombreux qui, pour avoir transgressé toutes les règles sous prétexte de liberté, ont perdu, je ne dis pas tout sens moral, puisqu’il leur reste la souffrance, mais toute référence et toute lumière spirituelle ?.L’être humain est ainsi composé qu’il ne peut trouver la paix dans le désordre ; sa morale fait son harmonie ».La mort d'une actrice « Avec la mort tragique de l’actrice Marilyn Monroe, disparaît l’un des symboles les plus puissants de la civilisation américaine ; un symbole cruel et impitoyable qui devait, pour finir, écraser celle qui en fut la vivante incarnation.Marilyn Monroe fut, à n’en pas douter, une grande comédienne de l’écran ; mais elle était pour le public exigeant des salles obscures ce que des millions d’inconnus ont voulu qu’elle fût : un monstre de beauté, de séduction, la femme enjouée que l’Américain recherche sans jamais la trouver.Aussi, dans les officines d’Hollywood, exigeait-on qu’elle fût cela.Elle était devenue une marchandise.Pouvait-elle tenir longtemps cet impossible pari ?Le déséquilibre la guettait constamment ; le malheur l’étreignait ; au fond de la solitude, elle succomba à l’inévitable psychose.Elle y était condamnée dès le premier jour ?L’Amérique a broyé son symbole.Derrière cette femme que le cinéma rendait éblouissante, il y avait une fille généreuse et bouleversée.Cette mort est immensément triste ».293 Communiqué Savez-vous parler en public ?Un orateur d’occasion, au dernier banquet de votre « club », vous a fait passer un mauvais quart d’heure.Outre sa maladresse oratoire évidente, il vous a en plus communiqué, par empathie, la panique qui s’était emparée de lui dès l’instant où on lui avait imposé cette corvée.Est-ce vraiment si difficile de faire un discours ?Pour sa part, Jean Guit-ton affirme qu’« un discours, c’est dire quelque chose à quelqu’un ».Vérité simple mais qui se complique dès que ce « quelque chose » doit être exprimé en public.C’est tout un art.Cet art peut-il s’enseigner ?Les Anciens, Grecs et Romains, le croyaient si fermement qu’ils faisaient consister toute la culture de l’homme dans l’art de bien dire.Pourtant d’aucuns prétendent encore que l’éloquence ne consiste qu’en un don naturel.On dit d’Un tel : « il a la parole facile ! » L’éloquence n’est pas l’élocution.En fait, c’est l’élocutionisme qui a rendu l’éloquence ridicule.Désirez-vous vaincre cette peur d’adresser la parole en public ?L’Institut de la Parole Publique vous en offre les moyens.Depuis une vingtaine d’années, les professeurs de l’Institut en font l’expérience : on ne devient pas orateur uniquement par l’étude de la théorie, mais on s’y exerce avant tout par la pratique.L’éloquence, en effet, est une forme de comportement, une série d’habitudes qui s’acquièrent par un entraînement systématique.L’Institut de la Parole Publique offre à toute personne, homme ou femme, désireuse de parfaire son éducation dans ce domaine, c’est-à-dire de vaincre cette peur de parler en public, une série de 15 rencontres (30 heures) de septembre à décembre 1962.Cet enseignement pratique, sous la direction de professeurs sympathiques et compétents, apprend graduellement à faire face à un auditoire.Au moyen d’enregistrement sur disques, en studio et à la salle de pratique, chaque participant est en mesure de constater et d’évaluer ses propres progrès.Bernard-M.Desroches, O.P.Monastère Saint-Albert-le-Grand, 2715, Ch.de la Côte-Ste-Catherine, Montréal-26.(RE.9-9797). 294 LA MONTEE A ST-BENOIT Les étudiants des Universités de Laval, de Montréal, d’Ottawa et de Sherbrooke feront les 29 et 30 septembre prochain la grande Montée à Saint-Benoît-du-Lac.A l’instar des célèbres pèlerinages à Chartres, un millier d’universitaires du Québec marcheront une vingtaine de milles entrecoupés d’une Liturgie de la Parole et de discussions qui permettent de confronter la paix actuelle avec celle du Christ dans le but de bâtir une paix d’aujourd’hui.Ce pèlerinage, au début d’une nouvelle année académique, prend une certaine importance, si l’on considère qu’il est peut-être l’unique occasion pour toutes les universités de vivre durant deux jours une spiritualité intensive et de manifester collectivement leur foi de chrétiens.Pour assurer le succès d’une telle initiative, la plupart des universités organiseront dans la semaine qui précédera la Montée, des panels et des conférences, et remettront aux étudiants une documentation sur les différents problèmes de la paix.La Montée à St-Benoît, pèlerinage des universités québécoises, aura cette année une actualité nouvelle tant par son thème proposé que par le nombre des participants.A.Vidricaire THEOLOGIE POUR LAICS C’est au Collège Sophie-Barat que le Père Louis-Marie Régis, O.P., poursuit son « Cours de Théologie pour laïcs ».commencé en 1953 à l’avenue Atwater.Cette dixième série sur le thème général « Christianisme et Liberté» étudiera cette année : « Béatitudes évangéliques et complexes humains ».Ces cours s’adressent à quiconque désire rester fidèle aux valeurs chrétiennes tout en se maintenant à l’écoute des préoccupations d’un monde en évolution.Ils ne comportent pas d’examens et sont accessibles à tout adulte, quelle que soit sa formation intellectuelle préalable.Tous les vendredis à 8 heures, du 21 septembre au 23 novembre au Collège Sophie-Barat, 1239 est, boulevard Gouin, près de la rue Saint-Hubert.Pour tout autre renseignement, s’adresser à : Marie Millet : DU.9-9553 Jacques Parent : RE.3-8144 LES 25 ANS DE FIDES Les Pères Ste-Croix ont tenu ces dernières semaines une large place dans l’actualité.Mentionnons l’élection du R.P.Germain Lalande comme supérieur général, la nomination du R.P.Maurice Lafond comme supérieur provincial et celle du R.P.Marcel La-londe comme supérieur de l’Oratoire.En septembre, les Editions Fides célébreront le 25e anniversaire de leur fondation.C’est une œuvre remarquable que le R.P.Paul-Aimé Martin a fondée, animée et solidement établie et dont il continue d’être le directeur général.Pour s’en rendre compte, il n’est que de lire la liste des publications, aussi nombreuses que variées.Fides est sûrement le plus important marché de l’édition et de la librairie, mis sur pied chez nous par des clercs.« L’Œuvre de Fides » est venue en son temps et là, comme en plusieurs domaines, le clergé aura rempli un rôle nécessaire de culture, qu’aucun laïque ne pouvait assumer il y a 25 ans.LE PRETRE ET LES LAICS Les laies « ont un témoignage propre à porter, des problèmes spécifiques à résoudre, des réformes à promouvoir, sous leur seule responsabilité.En leur laissant libre champ, l’Eglise ne cède pas à un besoin pratique de suppléance, comme si elle n’attendait que le moment de redonner à des prêtres nombreux et acceptés de l’opinion, cette gestion des structures temporelles.Elle entend, au contraire, et sans aucune arrière-pensée, réserver aux laies la prise en charge totale de la cité humaine.C’est à former ce ferment qu’est tout spécialement ordonnée l’Action catholique des mouvements spécialisés.« La tentation, cependant, peut être grande, pour le prêtre, de prendre à son compte des fonctions qui ne sont pas les siennes et pour lesquelles les laïcs seuls ont grâce d’état.Il saura y résister — même si « l’efficience » immédiate s’en trouve diminuée.Car son rôle spécifique n’est, en aucune manière, de gérer le temporel.Là expire sa compétence, mais non point sa mission ».Cardinal Suhard, Le prêtre dans la Cité.MAINTENANT félicite les Sœurs de Ste-Anne qui se proposent, dit-on, une modification importante dans leur costume.Il s’agirait de dégager la tête, donc d’un changement capital.En sacrifiant au goût de « l’antique », les religieuses gagneront en prestige, ne perdront rien en vertu, économiseront du tissu et entreront dans l’adaptation que suggérait le Pape Pie XII.a beaucoup apprécié les trois articles de Marcel Adam, publiés dans La Presse, sur le Concile et l’information.C’est la revendication saine et énergique d’un catholique, journaliste de métier, qui veut l’information « dans les deux sens ».C’est bien de rappeler aux laïcs qu’ils sont responsables du Concile.Et c’est vrai à plusieurs points de vue.Mais comment s’intéresser et arriver à ne demander ni trop ni trop peu au Concile, si ces fidèles qu’on veut « responsables » ne le sont qu’en théorie ?voit dans les récents Congrès de la Jeunesse Rurale Catholique (J.R.C.), de la Jeunesse Ouvrière Catholique (J.O.C.), de l’A.G.E.U.M., etc., une jeunesse toute en questions.Elle s’en pose elle-même et elle en pose aux adultes, dans la vue loyale des difficultés dont ces jeunes portent le poids, sans en avoir toujours la responsabilité.Il est réconfortant de constater que tous les jeunes ne s’identifient pas aux « blousons noirs », aux « tricheurs », aux « nouveaux aristocrates », aux habitués des snack-bars et des caves.se réjouit de la dernière fondation de Son Eminence : un centre de consultation matrimoniale.Joignant les actes aux paroles, le Cardinal poursuit la collaboration entre clercs et laïques.En effet, à ce centre, les administrateurs et le personnel sont des laïques.M.l’abbé U.Desrosiers qui en est le directeur apporte les mêmes qualifications professionnelles que les autres travailleurs.s’unit à toutes les manifestations qui ont évoqué le souvenir des soldats canadiens morts à Dieppe. LISEZ PAYEZ PLUS TARD tas p modifia-Ksliie.île, donc Eu «rips >, b esiij(,K mouds-d» l'i-Pipe fs trois ir-ibSés dus el l'in-endali» llolili*.veil fin-B s®’-aiiî II'8 jCrnt36 points1^ ères' i1 top» isfidas
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