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Maintenant
Revue d'idées très en phase avec les débats qui animent la société québécoise durant la Révolution tranquille.

[...]

La revue Maintenant arrive et s'inscrit dans l'effervescence du Québec des années 1960, au moment de la Révolution tranquille. Elle a pour vocation de remplacer la Revue dominicaine en créant un lieu de discussion collé sur l'actualité. Pour s'insérer davantage dans l'activité intellectuelle de son temps, la nouvelle revue affiche une facture moins savante.

Père Henri-Marie Bradet, directeur de la revue depuis ses débuts en 1962, rassemble rapidement de nombreux collaborateurs, clercs et laïcs. Plusieurs dominicains, mais aussi Benoît Lacroix, Louis Lachance, Émile Legault, Gérard Dion et Louis O'Neill offrent des contributions à la revue, tout comme les laïcs Hélène Pelletier-Baillargeon, Louis Fournier, Pierre Saucier, Dr Paul David, Ernest Pallascio-Morin, Jacques-Yvan Morin, Guy Robert et Naim Kattan, parmi de nombreux autres.

La volonté d'actualisation du catholicisme prônée par Maintenant tient ses racines dans le personnalisme des années 1930 et son ouverture à l'individualisme, et coïncide, en 1962, avec le programme de réformes du catholicisme de Vatican II, duquel la revue portera l'esprit au Québec. Elle offre une tribune aux catholiques de gauche, soucieux de montrer un esprit actuel et moderne à la jeunesse intellectuelle.

Maintenant s'adapte rapidement aux changements accélérés en cours dans la société québécoise et devient un lieu de débat important. Les clercs souhaitent se positionner comme porteurs d'une conscience morale évolutive de la société vis-à-vis des intégristes et du contrôle de l'Église. Cet humanisme chrétien motive Maintenant à adopter hâtivement le socialisme démocratique et à cautionner et pousser l'idée de l'indépendance politique du Québec.

Le contexte de laïcisation et de pluralité grandissante des affiliations religieuses, conjugué au déclin de l'attachement national canadien-français et catholique, donne naissance à un nationalisme québécois civique qui se manifeste notamment dans la déconfessionnalisation de l'enseignement public. Maintenant en sera partie prenante.

La revue participe ouvertement aux débats sur la régulation des naissances, mais, par principe religieux fondamental, demeure d'abord contre l'avortement. Et bien qu'elle appuie une laïcité ouverte, la revue refuse affronte la position radicale de la relégation du religieux à la sphère privée. Les audaces que Maintenant se permet font des mécontents à la tête de l'ordre dominicain à Rome, qui demande la destitution du père Bradet en 1965. La maison provinciale de l'ordre ne souhaite pas se ranger dans la réaction. Le père dominicain Vincent Harvey prend la relève de Bradet à la direction et offre au contraire davantage d'autonomie à la revue, qui appuie plus résolument le socialisme et l'indépendantisme québécois.

Maintenant souhaite mettre un terme au nationalisme messianique pour que toute la place soit laissée à un mouvement politique pragmatique, qui envisage la souveraineté politique comme moyen pour le Québec de se développer. Tous les dominicains ne sont toutefois pas à l'aise avec les positions politiques de la revue. L'ordre sort de l'aventure en 1969. Son maigre financement est dorénavant assuré par Pierre Péladeau. La revue délaisse alors presque complètement le contenu religieux pour se concentrer sur les questions politiques, sociales et économiques.

Durant la période qui suit, Maintenant accueille des collaborateurs réputés, dont Robert Boily, Jacques Parizeau, Michèle Lalonde, Fernand Dumont, Jacques Grand'Maison, Jacques-Yvan Morin, Guy Rocher, Camille Laurin, Pierre Vadeboncoeur et Louis O'Neill. Hélène Pelletier-Baillargeon y est toujours et sera d'ailleurs nommée directrice au décès de Vincent Harvey en 1972.

Maintenant est affiliée aux journaux indépendantistes et réformistes Québec Presse (1969-1974) et Le Jour (1974-1978). Les trois cahiers publiés en 1975 sont d'ailleurs distribués avec Le Jour. Plusieurs des collaborateurs des dernières années seront des figures importantes du gouvernement et de l'administration du Parti québécois à partir de 1976.

Source:

ROY, Martin, Une réforme dans la fidélité: la revue Maintenant (1962-1974) et la «mise à jour» du catholicisme québécois, Québec, Presses de l'Université Laval, 2012.

Éditeurs :
  • Montréal, P.Q. :les Dominicains en collaboration avec d'autres clercs et des laïcs,1962-1975,
  • Montréal :Éditions Maintenant inc.,
  • Montréal :Editions Maintenant :
Contenu spécifique :
Avril
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Revue dominicaine ,
  • Témoins
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Références

Maintenant, 1966-04, Collections de BAnQ.

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f&e /i-19/- AVRIL 19 6 6 No 5 2 PRETRE ET GUÉRILLERO MAÎTRE DU TÉLÉPHONE LES « VOCATIONS » GILLES VIGNEAULT Sommaire complet à l’intérieur LE CHRIST CET HOMME Rien de plus ordinaire que les trente premières années du fils de Marie et de Joseph.Rien de sensationnel qui attire l’attention d’un entourage villageois naturellement à l’affût des va-et-vient de tous et chacun.Certes, les chroniqueurs évangéliques ajoutent après coup des enluminures selon le goût d’un merveilleux bien oriental : concert d’anges, périple de mages, signes célestes, figures patriarcales du vieillard Siméon et de la prophétesse Anne ; mais l’historiographe aura beaucoup de peine à faire ici le partage entre l’enjolivement et la réalité.Même l’épisode de l’adolescent parmi les théologiens du Temple pourrait bien attester simplement une intelligence très vive comme la lucidité précoce d’une Anne Frank.Silence opaque sur la vie nazaréenne scandée de labeurs domestiques et de montées annuelles à la ville sainte.Pas un mot sur l’éducation et la lente maturation de ce fils d’homme vivant dans le cadre rural et bucolique d’une famille d’artisans modestes.Bref aucune surprise ou fait saillant dans cette vie très ordinaire de colonisé du Proche-Orient et de fidèle de Yahvé.SOUDAIN PROPHÈTE Soudain, après trente années d’incognito, ce fils de charpentier, que rien ne semble avoir préparé à cette mission, apparaît dans le Jourdain auprès de Jean, prophète très écouté, et il se fait baptiser dans le fleuve.Jean qui attendait cette heure se retire dans l’ombre, laissant la place à ce nouveau prophète plus grand que lui.Peu après, en Galilée, un message choc retentit : « le temps est accompli, le règne de Dieu est proche, faites pénitence et croyez en la bonne nouvelle ».L’inconnu de la veille a pris la stature d’un prophète et les signes se multiplient pour qui a des yeux et des oreilles pour comprendre.Mais le message comme la semence tombe le plus souvent sur un sol raboteux.En son propre patelin ce langage déconcerte.Et vingt siècles après, ce même langage est toujours objet de contradiction.Pour une large portion des hommes, les réalités extra-terrestres ont perdu toute espèce de sens et de saveur.L’homme n’a que faire d’œuvrer pour un monde futur et hypothétique.Toutes ses énergies visent à l’aménagement de la terre des hommes.AU PANTHEON DES SAGES Cet agnosticisme pratique n’est cependant pas de règle universelle et l’on reconnaît encore volontiers en Jésus un prophète éminent, un prédicateur inspiré, un sage d’une haute noblesse d’âme.Jésus prend place au panthéon des sages de l’histoire dans une galerie où il voisine avec Confucius, Çakya-Mouni, Mahomet et l’on pourrait ajouter Luther et Marx.Rien non plus ne distinguerait tellement son enseignement de toutes les grandes sagesses.Du reste la religion qu’il a fondée correspond à une phase historique de l’évolution humaine et elle accuserait déjà un déclin manifeste en un âge laïciste et pluraliste.Pour un grand nombre d’hommes, Jésus appartient certes à l’histoire de l’humanité, mais il n’aurait pas inauguré la révolution spirituelle que ses disciples lui attribuent.Pourtant, il reste qu’à ce nom de Jésus, ou de Christ, des hommes continuent de vibrer et sont prêts à donner leur vie.Et l’un des plus authentiques savants de notre temps, Teilhard de Chardin, propose une vision cosmique renouvelée à partir de cet homme qu’il place au point-charnière ou convergent de sa perspective évolutive.Quels traits spécifiques peut-on repérer qui accusent la pleine humanité de cet homme-scandale tout en annonçant une exceptionnelle singularité ?une personnalité irréductible à aucune autre ?L'HOMME-MYSTÈRE RÉDACTION, ADMINISTRATION, ABONNEMENTS, 2715, Chemin Côte-Ste-Catherine, Montréal-26, P.Q.Tél.739-2758 Le Ministère des Postes, à Ottawa, a autorisé l’affranchissement en numéraire et l’envoi comme objet de la deuxième classe de la présente publication.Frais de port garantis si non livrable.Depuis deux millénaires, les chrétiens s’efforcent de comprendre cet homme-mystère à la fois si proche et si éloigné de notre condition commune.Comment concilier en lui sa pleine humanité et son être divin ?La réflexion s’oriente presque obligatoirement dans deux directions inverses qui conduisent l’une et l’autre à des vues partielles.Soit qu’on insiste au départ sur sa divinité, sa préexistence comme Verbe et Fils du Père à l’intérieur de la Trinité : on a beaucoup de peine alors à sauvegarder tout le réalisme de l’Incarnation.Soit qu’on parte de l’humanité de Jésus, telle que la décrivent les auteurs du Nouveau Testament : on rencontre alors d’énormes difficultés à percevoir la divinité du Christ.Les deux tendances se sont douloureusement affrontées au cours de l’histoire.Après des siècles d’âpres discussions théologiques, on aboutit à la formulation du dogme christologique des deux natures en une seule personne.Si ce dogme maintient l’équilibre théorique de la foi, il n’en va plus de même i i so m m aire au plan vécu de la foi et de la spiritualité.La tendance, ici en christianisme, fut de réduire le réalisme de l'Incarnation.Si dès le début de son existence Jésus avait une pleine conscience de sa divinité, s’il connaissait à l’avance tout son itinéraire humain et spirituel, si, en outre, comme le veulent certains théologiens, il possédait la science infuse et la vision béatifique, toute sa vie, y compris ses souffrances et sa mort, a été une sorte de mime.Il a joué le jeu de l’homme.Il a fait semblant de ne pas savoir.A la rigueur il a fait semblant de souffrir, puisque son âme humaine aurait déjà été plongée dans la vie bienheureuse.Même si nous admettions qu’il ait quand même pu endurer des souffrances corporelles, ç’eût été bien peu dans une existence humaine.Il y a des souffrances beaucoup plus profondes que nous connaissons mieux aujourd’hui : souffrances psychiques et morales qui s’enracinent dans les limites de l’être humain concret.LE DUR MÉTIER D'HOMME Chaque homme émerge lentement d’une existence enfermée presque totalement dans le biologique vers l’existence consciente et libre de l’adulte.Pénible cheminement de l’ignorance à la connaissance, de la non-hberté à la liberté, de la nuit à la lumière.Cette évolution qui est le sort commun de l’humanité ne se fait pas sans une progression de conscience, sans une succession de choix par lesquels l’homme se construit.Ces limites qui tiennent à la structure même de notre être évolutif sont encore accrues par les particularismes de notre milieu familial, culturel et social.Jésus aurait-il échappé à ce dur métier d’homme avec toutes les lenteurs, les difficultés, les acceptations et les choix qu’il comporte ?Jésus aurait-il échappé à cette loi de la croissance au plan humain et spirituel ?L’évangéliste saint Luc n’a pas craint d’affirmer qu’il « croissait en sagesse et en taille et en grâce auprès de Dieu et des hommes ».SOLIDAIRE DE SON MILIEU Comme tout homme, Jésus est solidaire d’un milieu humain et spirituel particulier.Cette solidarité le met en présence de situations qu’il n’a pas choisies.Il fait partie de ce petit peuple juif avec toute son histoire de salut et de calamités, d’un pays dominé par la puissance romaine avec ses difficultés politiques, ses divisions internes et ses factions religieuses.Il appartient à une humble famille de la petite ville de Nazareth d’où « rien de bon ne peut sortir ».Ses parents lui lèguent un héritage culturel plutôt déficient, surtout si on le compare à celui de son contemporain, plus âgé d’une vingtaine d’années, le juif Philon d’Alexandrie, philosophe et théologien célèbre, formé à la grande culture grecque.Jésus ne parle que l’araméen et semble bien ne posséder que la culture très modeste de son entourage immédiat.C’est dans ces conditions très particulières qu’il choisit d’abandonner le métier de son père pour se faire prophète itinérant dans la ligne du messianisme du « Serviteur souffrant ».Tous les psychologues diront que c’est un signe de maturité humaine d’accepter lucidement ses limites et de tenir compte de façon réaliste des situations particulières qui s’imposent à toute existence.C’est ce qu’a fait Jésus.Il restera lui-même tout au cours de sa vie publique, l’humble fils de charpentier.Il s’adresse de préférence aux gens simples avec qui il a une affi- ARTS ET LETTRES Mon pays, quand il me parle : J.-P.Vanasse.131 ÉCONOMIQUE Une vocation naturelle pour l'Hydro : le téléphone : M.Van Schendel .138 ÉDUCATION Profil de la cité scolaire de demain : M.Moreau .134 L'éducation chrétienne après le concile : P.-M.Lemaire .142 ÉGLISE Prêtre et guérillero : L.A.G.de Souza .114 Une heure avec Jacques Loew : I Bilan d'une expérience : 126 II Perspectives H.P.-Baillargeon 129 INFORMATIONS 116, 125, 127, 128, 133, 141 JOURNALISME Du miel au sel : F.Séguin .136 MUSÉE DES CANDEURS 130 PASTORALE Fuir le monde ou le servir ?: en collaboration .120 La théologie a-t-elle sa place à l'université ?: F.Ouellet.140 POLITIQUE Un tracteur aux affaires culturelles ! : C.Déry .132 Gerda au bûcher : P.Doucet.144 PSYCHOLOGIE A travers Jésus : Freud réinterprété : M.Dansereau .117 THÉOLOGIE Le Christ, cet homme : P.Saucier et V.Harvey 109 Les « vocations » : I Du carcan des états de vie.à une théologie du service 122 Il La liberté évangélique : J.-P.Audet 124 nité naturelle.Il affectionne particulièrement les malheureux, les malades, les pauvres.Il choisit ses disciples et ses amis parmi les gens de son entourage : de frustes pêcheurs, Marthe et Marie, Lazare.Il ne recherche pas les grands rassemblements, ni les tribunes académiques.Il limite son action aux enfants d’Israël, laissant à ses disciples le soin « de faire de plus grandes choses que lui ».A lire attentivement les évangiles, on découvre l’homme concret qui a ses préférences, sa sensibilité bien à lui, sa pédagogie, ses habitudes non conformistes qui ne manquent pas de scandaliser les défenseurs acharnés de l’orthodoxie juive, son sens de l’humour dont scribes et docteurs de la loi font souvent les frais, voire son agressivité qui trouve particulièrement à s’exercer contre les pharisiens, « ces sépulcres blanchis ».Et la colère contre les vendeurs du Temple ?LES DIFFICULTÉS DE LA VOCATION DE PROPHÈTE Jésus savait sans doute, lorsqu’il choisit de devenir prophète, que ce n’était pas une vocation de tout repos.Par définition, le prophète est « un signe de contradiction ».Il inquiète les certitudes tranquilles, conteste les orthodoxies rassurantes, dénonce l’hypocrisie des conformismes officiels et l’immobilisme des structures.Il s’oppose aux gens en place, aux responsables du « bon ordre ».Il fait nécessairement cavalier seul dans la marginalité et l’inédit.Il est forcément soupçonné d’hérésie et vu comme un fauteur de troubles.Psychologiquement, c’est un dur poids à porter.Il est combien plus rassurant et sécurisant de suivre les sentiers battus, d’aligner ses comportements sur ceux de la majorité ! Certes, Jésus savait tout cela, ou du moins le prévoyait.Mais connaissait-il exactement toutes les situations conflictuelles dans lesquelles son choix allait l’entraîner ?« Il est probable, écrit le théologien Piet Schoonenberg, que Jésus ne sut que graduellement quelle direction sa vie devait prendre et quelles en seraient les circonstances.Il est possible qu’au moment de son baptême, Jésus n’ait pas encore vu clairement que la fin douloureuse du « Serviteur de Yahvé » serait un jour la sienne » (Concilium no 11, p.58).Tout choix majeur comporte chez l’homme sa part d’inconnu et de risque.Pensons au mariage, à la profession religieuse.Nous engageons un avenir qui nous échappe et dont le déroulement nous confronte à des situations imprévues et inédites qu’il faut intégrer dans le choix initial.Pour tout homme c’est un signe de maturité humaine d’accepter les conséquences qui découlent de ses choix majeurs au fur et à mesure qu’elles se présentent.C’est au fil des jours, dans la complexité du quotidien, que l’option se clarifie, s’approfondit, s’actualise.On ne peut savoir avant d’avoir vécu.LE CHOIX MESSIANIQUE DE JÉSUS Au départ, Jésus situait son action prophétique dans le courant messianique du « Serviteur souffrant».Il optait contre le messianisme davidique qui polarisait l’espérance commune d’Israël.Il est probable qu’il ne découvrit que graduellement toutes les implications et la justesse de son choix.Mais non sans lutte intérieure.Les évangélistes nous parlent des tentations de Jésus.Tentations mystérieuses, au désert, d’utiliser son pouvoir miraculeux pour son avantage personnel, pour sa gloire.Tentations plus proprement messianiques qui lui venaient de sa parenté le poussant à s’entourer de publicité, une publicité qui atteindrait son apogée dans le rôle de Roi-Messie qui lui fut offert plusieurs fois et auquel ses disciples mêmes tenaient tant.La tentation du messianisme politique était impensable au début de sa vie publique.Comment l’humble artisan de Nazareth aurait-il pu envisager une action politique contre Rome ?C’eût été de l’illuminisme ! Mais son prestige et sa renommée grandissant, cette action politique devenait une option possible et apparemment valable.Le rôle du Roi-Messie tel que l’annonçait la lettre des prophéties ne manquait pas de grandeur.Le fils de David devait soumettre tous les peuples de la terre pour y faire régner la justice, la paix, la fraternité.Vieux rêve théocratique de toute religion.Tentation permanente à laquelle le christianisme n’a pas toujours su résister.LES VÉRITABLES VOIES DU ROYAUME Jésus comprit que le royaume de Dieu se réalise par d’autres moyens que la puissance et les appuis politiques.Œuvre d’amour, il ne peut s’accomplir que dans un climat de liberté.Dieu trouve un chemin bien plus direct vers le cœur de l’homme en passant par la douceur et la mansuétude du prophète que par la puissance d’un roi, même si ce roi fait justice aux pauvres.Les voies du Royaume de Dieu sont celles du don et du service, du renoncement total à soi pour les autres.Si par des lois et des structures on peut pousser des hommes à agir, c’est uniquement par le témoignage de l’amour qu’on peut changer les cœurs et c’est par cette conversion du cœur que Jésus voulait établir le royaume de son Père.Dans cette perspective, sa mort, que l’opposition grandissante des gens en place et des pouvoirs politico-religieux rendait de plus en plus imminente, lui apparut comme un témoignage suprême d’amour et le moyen voulu par Dieu de sauver l’humanité.« Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime ».C’est ainsi que Jésus « anéanti », s’est « vidé lui-même » de toute puissance, de tout droit et de tout privilège.Il s’est à ce point identifié, par l’amour, à l’humanité pécheresse et sans droit aucun au salut, qu’il se retrouva à l’agonie, face à son Père, dans l’indigence totale.« Tous nos péchés sont sur ses épaules ».« Lui qui n’a pas connu le péché, il s’est fait péché pour nous ».Son identification est si totale à l’humanité qu’il porte en son cœur toutes nos angoisses et toutes nos souffrances.Jamais une autre conscience humaine n’atteindra un tel universalisme de solidarité, encore qu’elle doive y tendre.QUI PERD SA VIE LA GAGNE Mais « l’amour est plus fort que la mort ».Jésus qu’on a crucifié et mis à mort est ressuscité.Il s’est manifesté comme vivant à ses disciples et à plusieurs autres personnes.On pourrait discuter longuement sur le genre littéraire des témoignages évangéliques concernant la Résurrection.Peu importe.Les disciples ont cru, des hommes ont cru en ce fait sur lequel repose toute notre espérance : non seulement Jésus est vivant mais il est devenu pour l’humanité à travers toute la durée de l’histoire source de vie.Et nous continuons de croire à la victoire de l’amour sur la haine, de la vie sur la mort.Qui, comme Jésus, donne sa vie, la retrouve.PIERRE SAUCIER VINCENT HARVEY PRETRE ET GUERILLERO LUIS ALBERTO G.de SOUZA Les journaux ont annoncé la mort, aux guerrillas en Colombie, d’un jeune prêtre de trente-six ans, le père Camilo Torres.L’armée du pays vient de tuer ce personnage embarrassant, qui descendait d’une des grandes familles colombiennes.Aristocrate, il avait commis la trahison d’avoir uni son destin à celui du peuple.Prêtre de l’Eglise la plus conservatrice d’Amérique Latine, il l’a mise devant une décision déchirante.Voyons quelques données rapides au sujet de ce qu’on appelle « l’affaire » (el caso) Camilo Torres.Sociologue, il est rentré il y a dix ans de Louvain.Pendant des années il a étudié la réalité sociale de la Colombie, rencontré des paysans, des spécialistes en sciences sociales, des jeunes.Il a découvert la misère et la mort.La Colombie a connu dans les dix dernières années une vague de « banditisme » qui a fait plus de 300,000 morts.Cause immédiate ou plutôt apparente : la rivalité entre les deux groupes politiques traditionnels, les conservateurs et les libéraux.Cause profonde : la faim, les grandes propriétés foncières.61% de la surface agricole appartiennent à 3,6% de propriétaires, tandis que 4,2% de la surface sont cultivés par 56% des agriculteurs, 4,6% de la population reçoivent 40% du revenu total.BANDITISME ET GUÉRILLA L’Eglise était traditionnellement liée au parti conservateur.Après la chute du dictateur militaire Rojas Pinilla, en 1957, les deux partis ont introduit un amendement à la constitution par lequel, pendant 16 ans, ils alterneraient au pou- LUIS ALBERTO G.DE SOUZA : Ancien secrétaire général de la Jeunesse Etudiante Catholique Internationale.Professeur d’anthropologie culturelle à l’université nationale de Rio de Janeiro.Secrétaire exécutif de C1DOC-Dossiers, au Centre Interculturel, Cuernavaca, Mexique.Auteur de Qu’est-ce que le Concile ?(en collaboration) et Le chrétien dans le monde, œuvres publiées en portugais.voir.Une écrasante abstention aux élections a exprimé clairement le rejet, par le peuple, de cette nouvelle dictature légalisée de l’oligarchie.Il est significatif que le banditisme n’a pas disparu après 1957.Il faudrait aussi soigneusement distinguer entre banditisme tout court et guerrilla politique qui s’est développée de plus en plus dans les dernières années.Le banditisme, c’est la révolte irrationnelle et meurtrière, la guérilla vise un objectif politique précis et répond à une stratégie d’action.UN DESTIN TRAGIQUE Le 12 mars 1965, Camilo Torres a lancé une proclamation politique invitant toutes les forces populaires à s’allier pour transformer radicalement les structures sociales du pays.Ce fut la naissance du Front Uni, dont le programme était approuvé le 22 mai.Du Parti Démocrate Chrétien au Parti Communiste colombien, les militants ont répondu.Immédiatement les pressions ont commencé.Le père Camilo a perdu ses fonctions de doyen de l’Ecole d’administration publique à l’Université Nationale.Un échange de lettres et une conversation avec le cardinal de Bogota ont abouti à sa demande de laïcisation, le 24 juin.La réponse de Rome est arrivée au moment où il était au Pérou.Sa situation canonique, dans l’Eglise, s’est trouvée tout à fait en règle.D’ailleurs, personne n’a osé parler de quoi que ce soit qui pourrait mettre en cause l’intégrité de sa vie sacerdotale.On n’a rien trouvé de déshonorant.En rentrant en Colombie, le 31 juillet, Camilo reçut une des réceptions les plus triomphales qu’on a connues à Bogota.Pendant trois mois il a secoué le pays par ses discours.Vers la fin de l’année les pressions contre le Front Uni sont allées en croissant.Quelques mouvements ont quitté le regroupement.Camilo a disparu.La nouvelle s’est vite répandue qu’il avait regagné les guerrillas à l’intérieur du pays.Finalement, à la mi-février, les journaux du monde ont annoncé sa mort.INTERPRÉTATION DIFFICILE La tentation serait de faire une analyse politique de son action.Ou bien, de proposer une réflexion théologique et abstraite sur le rôle du prêtre.Mais c’est impossible pour un Latino-Américain.Moins encore pour un chrétien latino-américain.Dans ce sens cet article pourra décevoir.A d’autres de le faire, tête reposée, avec la froide objectivité qui laisse échapper la complexité d’une situation concrète.Essayons plutôt de voir les implications profondes de son témoignage.PARLONS DU TÉMOIGNAGE Je sens presque une certaine pudeur à parler ouvertement de ce geste en dehors du contexte latino-américain ; car le risque est grand de ne pas être compris.Cela est trop sérieux pour qu’on en parle à la légère.Ce n’est pas le lieu de discuter ici, dans le détail, de la validité d’une certaine stratégie d’action.Le problème central n’est pas là.Il s’agit avant tout de témoignage.Ce serait trop simple de dire que Camilo a échangé la soutane pour le fusil, comme on l’a appris par quelques journaux.Ce serait rester à la surface.Il faudrait ne pas avoir connu son action.Le politicien est l’homme de la stratégie et de la réussite.Pour aller jusqu’au bout il doit rester froid, avancer pas à pas, organiser, s’intégrer dans un mouvement valable ou tâcher d’en créer patiemment un autre.Camilo n’a pas eu cette patience-là.Il n’a pas cherché sa réussite.Le Front Uni, carrefour de groupes politiques, n’était pas un mouvement fort.Le Front Uni, c’était avant tout Camilo et son inspiration.Et cela n’était pas dû à un désir de publicité ou de pouvoir.Il voulait dire quelque chose. Bien des gens parleront de naïveté.On serait tenté de le croire, si l’on se plaçait uniquement au plan politique.Il peut sembler naïf de se lancer presque seul, poitrine découverte, contre le gouvernement, l’impérialisme international, l’oligarchie, la hiérarchie conservatrice, l’armée.Voulait-il réussir ?Quelle était son idée ?DÉCISION CRUCIALE Il a dit qu’il reviendrait à l’exercice de ses fonctions sacerdotales après la libération de son peuple.Prêtre, il le serait toujours, par droit et par conscience.Sa décision n’a pas été facile.On le sent dans ses articles.Voyons celui qu’il a écrit pour le premier numéro de sa revue.Frente Unido, paru le 26 août : « J’ai laissé les devoirs et les privilèges du clergé, mais je n’ai pas cessé d’être prêtre.Je crois que je me suis donné à la Révolution par amour du prochain.J’ai cessé de dire la messe pour réaliser cet amour du prochain sur le terrain temporel, économique et social.Au moment où mon prochain n’aura plus rien contre moi, quand nous aurons fait la Révolution, je reviendrai offrir le Sacrifice, si Dieu le permet.Je crois qu’ainsi je me conforme au mandat du Christ : « Quand donc tu présentes ton offrande à l’autel, si là tu te souviens d’un grief que ton frère a contre toi, laisse là ton offrande, devant l’autel, et va d’abord te réconcilier avec ton frère ; puis reviens, et alors présente ton offrande » (Mt.V, 23-24) ».LE SALUT ET L'HISTOIRE Pourquoi donc a-t-il quitté la vie sacerdotale pour un entre-temps ?Cet entre-temps, selon lui, devait se situer entre l’oppression de son peuple et sa victoire.Si les nouvelles sont vraies, l’entre-temps, pour lui, a été différent.Et nous, chrétiens, qui avons bâti notre foi à partir de l’échec de la croix, y pouvons lire quelque chose plus caché.Per-mettez-moi de parler d’immolation.Je sais qu’il y aura des gens sages pour répondre avec des distinctions et faire sentir la différence entre l’action religieuse au plan du salut et une action purement politique.Mais, peut-on séparer l’homme de son histoire ?La libération d’un peuple n’est-elle pas inscrite à jamais dans le salut du monde ?Israël selon l’esprit ne devrait-il pas réfléchir sur l’histoire d’Israël selon la chair ?Le peuple de Dieu, un jour, a quitté l’Egypte.Moïse le guidait.Celui-ci a aperçu la terre promise, il ne l’a pas touchée.Mais le peuple est arrivé après quarante années d’une marche dure et longue.Dans la lutte.Et cette terre n’était pas l’utopie ou le paradis.Elle était seulement une escale dans le plus long chemin de l’histoire.C’est la même chose pour la libération d’un peuple.Ce n’est pas la fin de ses aliénations.Mais c’est un pas de plus, vers quelque chose, qui est au bout des siècles.Vers la récapitulation de tous « les êtres célestes comme les terrestres » (Eph.I, 10).LE CRI DE LA MISÈRE Nous pouvons amorcer une première réponse.Camilo trouvait intenable la situation du peuple colombien.« Plutôt que de mourir de faim et de froid, plutôt que de subir encore plus de misère et d’humiliations, le peuple veut lutter pour conquérir définitivement le pouvoir » (article du 28 octobre, Frente Unido, no.10).Nous pourrions penser à un autre cri : « J’ai pitié pour ce peuple » (Mt.XV, 32).Il a dit: assez.C’est très beau de jouer théoriquement avec l’enseignement social de l’Eglise et de parler dans le vide de personne humaine et de bien commun.Voilà des mots que nous, chrétiens, avons répété jusqu’à la nausée.Ils ont perdu leur sens.Ils ne disent plus rien tant qu’ils ne sont pas incarnés, vécus.Camilo a demandé la fin des divisions stériles entre les forces populaires.C’était le moment de l’union pour la victoire.Cependant, il a sous-estimé le poids des structures politiques avec ses petits dieux et ses dogmes d’action importés de Moscou, Rome ou Pékin.Il a voulu être le catalyseur, avant la Conférence Tri-Continentale de La Havane et peut-être avec plus d’ouverture.OÙ EST LE VRAI SCANDALE?Mais il y a un deuxième point, inséparable du premier.Comme chrétien, il ne pouvait pas accepter la situation d’une Eglise — qu’il aimait tellement — compromise avec le passé et l’injustice.Il fallait un témoignage.Théoriquement, on peut toujours dire que cette action appartenait à des gens qu’on désigne curieusement sous l’appellation artificielle de laie.Mais les situations existentielles déchirantes ne sont pas aussi simples qu’un traité de théologie nuancée.Pas mal de questions se posaient pour Camilo.Où étaient ces fameux laies dont on parle beaucoup ?Etaient-ils disposés à aller jusqu’au bout ?Et, dans un pays terriblement clérical, un clerc ne devait-il pas donner l’exemple ?Quand un clergé est collectivement compromis avec le féodalisme et le capitalisme naissant — qu’il le veuille ou non, et malgré des restrictions particulières, plus mentales que réelles — un prêtre ne doit-il pas mettre en question cet état de choses ?Il n’a pas voulu écrire la théorie de la mission du prêtre.D’ailleurs, quelle est cette mission ?Soyons honnêtes, c’est le problème qu’on se pose maintenant en Amérique Latine et dans le monde.Nous, fidèles — ou laies si vous le voulez bien — le sentons grandir chaque jour.C’est vrai qu’on reste tranquille tant qu’on a des prêtres qui enseignent la botanique, administrent les écoles ou sont députés des partis honorablement établis.On crie au scandale dès que le prêtre va à l’usine ou vit dans un mouvement populaire.MÉDIATEUR ET SERVITEUR Pour Camilo il s’agissait d’un appel personnel à une mission qu’il avait en tant que Colombien, en tant que chrétien, et, oui, en tant que prêtre.C’est pour cela que je dis qu’il a été prêtre jusqu’au bout.Entièrement prêtre.Qu’est-ce que le prêtre sinon le médiateur, celui qui exprime le Sacrifice et le répète ?Un homme politique aurait peut-être été beaucoup plus prudent et discret.Camilo a parlé sur les places publiques et, quand la tribune n’était plus suffisamment voyante, il est parti pour la montagne.Pour être plus présent.Dans un acte public, comme un prêtre serviteur.Face au peuple, pour présider le Sacrifice.Et y être le premier.SACRIFICE INUTILE ?Vous verrez, on se souviendra de son geste d’ici quelques années, pour prouver que l’identification des chrétiens avec le « désordre établi » n’a pas été totale.Il y a eu le père Camilo Torres.C’est très plausible qu’il vienne à être l’avocat de cette communauté qui aujourd’hui semble le renier.On aura vite fait d’oublier d’autres noms « officiels » dans l’Eglise de Colombie.Il aura été un des précurseurs de l’indépendance économique-sociale d’Amérique Latine au XXe siècle.Ce n’est pas le premier de notre histoire.Au XIXe siècle, parmi d’autres, les pères Hidalgo et Morelos sont à l’origine de l’indépendance du Mexique.Les pères Canaca et Roma ont eu une place importante dans l’émancipation politique du Brésil.Les quatre ont été tués et n’ont pas vu la victoire.Camilo Torres sera sûrement une des figures les plus pures et les plus transparentes.Mais, il serait honteux que son exemple n’eût servi que d’excuse tactique, et donc politique, pour rendre plus propre la face de l’Eglise aux gens de demain qui doivent se demander où étaient les chrétiens dans les temps difficiles.PERSPECTIVE HUMANISTE On parle aujourd’hui de plus en plus de théologie des réalités terrestres.Les chrétiens rejettent un vague spiritualisme qui oublie l’homme.L’humanisme chrétien est en pleine découverte.Au concile Vatican II on a amorcé un essai timide d’anthropologie.La crise, non seulement théologique mais plutôt vitale de l’Eglise au cours des prochaines années, paraît résider dans l’effort d’intégration de l’immanence avec la transcendance.Mystère que le Christ a résolu en étant une personne dans deux natures.Vrai homme et vrai Dieu.De la même façon nous sommes appelés à être participants de la nature de Dieu, tout en étant chaque fois plus homme.La pensée de Blondel et celle de Teilhard vont dans ce sens.OÙ SERONT LES CHRÉTIENS ?Cette crise éclate en Amérique Latine, parmi les chrétiens en général et d’une façon particulière parmi les prêtres.Il faudrait revenir là-dessus.Ce n’est pas une crise d’application des réformes conciliaires.La réforme liturgique, par exemple, est plus acceptée ici que dans certains pays dits développés.Mais une simple remise à jour — n’oublions pas que le monde court vite — n’est pas un vrai « aggiornamento ».Ce qu’il nous faut, c’est de repenser l’Eglise, la recréer en dehors d’une vieille civilisation qui meurt.« L’Eglise a été faite pour le monde et non le monde pour l’Eglise » a dit Pie XI en 1927.Notre monde éclate.Camilo l’a bien vu.La mort de Camilo Torres — et tout porte à croire que les nouvelles sont vraies — doit dire quelque chose.La société d’hier n’accepte pas un tel témoignage.Quelques chrétiens — peut-être inconsciemment — se sentiront rassurés par la fin rapide d’une aventure que les gênait.La société colombienne a bonne conscience et continue d’aller à la messe.Quand les vents changeront, où seront les chrétiens ?La mort de Camilo dit quelque chose.Saurons-nous comprendre dès maintenant son message ?{ FIN DE LA CENSURE LES DILEMMES DE LA « CENSURE PRÉALABLE » ’C’est du moins ce qu’affirme le père lames V.Schall, jésuite, dans une récente livraison de l’hebdomadaire catholique américain Commonweal.A part l’Eglise, seules les sociétés totalitaires continuent d’exercer comme une fonction normale, logique, voire indispensable, une censure préalable des écrits.Fait d’autant plus incroyable que l’Eglise n’est pas, ne peut pas être une société totalitaire.La censure préalable est d’ailleurs une invention relativement récente dans l’Eglise, note le père Schall, quatre siècles tout au plus.Ce système fait tort à l’Eglise et l’on se doit d’en changer.Les règles canoniques encore actuellement en usage précisent le droit et le devoir de l’épiscopat, de l’ordinaire du lieu, d’approuver préalablement tout ce qui se publie en certains domaines.Ainsi tous les catholiques, même laïcs, doivent soumettre à leur évêque leurs manuscrits portant sur l’Ecriture, la théologie, la morale, les pratiques de piété, l’histoire ecclésiastique, bref sur tout ce qui a trait à la foi et à la morale.En outre les religieux doivent obtenir la permission de leurs supérieurs.Enfin tous les clercs doivent soumettre à la censure tous leurs ouvrages, même traitant de matières purement profanes, telles que la science, la musique ou les mathématiques.Lorsque nous considérons aujourd’hui cette législation démodée, nous ne pouvons qu’en être affligés, dit le père Schall.Nous nous demandons également quelle sorte de mentalité peut justifier une attitude aussi restrictive à l’endroit de ce qui s’écrit et se publie — attitude qui, assez ironiquement, ne se retrouve dans le monde moderne que de l’autre côté du rideau de fer et dans les Etats totalitaires.Cette loi n’est pas sacro-sainte, elle est aujourd’hui dépassée et il faut la changer.Le magistère de l’Eglise ne s’en porterait que mieux d’ailleurs.En outre, estime-t-il, dans un régime de censure préalable, un écrivain ne parvient pas à être totalement fidèle au fil de sa pensée et à la vérité telle qu’il la voit ; il en arrive à se préoccuper constamment de ce que son ouvrage puisse « passer la censure ».Il s’agit-là d’un handicap sérieux qui brise les intuitions qu’il peut avoir.Lorsque je lis une œuvre, dit encore le père Schall, qu’il s’agisse d’un ouvrage protestant, juif, athée ou communiste, je m’intéresse à ce que pense, à ce que croit l’auteur, non à ce que pensent son organisation ou ses supérieurs.Pour les positions officielles, je n’ai qu’à me référer aux documents officiels.Ce qui est en cause donc, c’est l’authenticité même de la pensée d’un auteur, puisque le lecteur n’est jamais sûr que ce dernier est vraiment allé jusqu’au bout de sa pensée.Le théologien jésuite envisage ensuite dans son article de Commonweal plusieurs mesures susceptibles d’assouplir les règles actuelles.Mais il conclut que la meilleure solution serait encore de supprimer tout système de censure.Dans l’Eglise, écrit-il, seuls les évêques et le pape peuvent officiellement, et en suivant certaines règles, définir des points de dogme.Il serait légitime, en conséquence, de considérer tout ce qui s’écrit sur les sujets dont le droit canon dresse la liste, comme de simples « opinions » au sens académique du terme.Tout le reste, en d’autres mots, ne relèverait que du labeur charismatique et scientifique de chrétiens soucieux d’approfondir et de mieux saisir la vérité.Ces chrétiens, bien sûr, sont sujets à l’erreur, mais le mode de correction le plus efficace n’est-il pas encore dans un climat de libre discussion dans l’Eglise ?Le dilemme de la censure préalable n’est pas insoluble et le bien même de l’Eglise exige une revision de cette tradition déplorable. A TRAVERS JESUS : FREUD REINTERPRETE MICHEL DANSEREAU L’approche du mystère de Jésus, vrai homme et vrai Dieu, demeure en grande partie impénétrable ! Mais pouvons-nous pour autant nous empêcher de contempler ce visage si fascinant pour les chrétiens ?Pouvons-nous, sans arrogance, utiliser notre langage d’homme d’aujourd’hui et plus particulièrement la langue psychanalytique pour interroger ce mystère ?La réflexion que nous proposons n’est ni d’un théologien, ni d’un philosophe, elle est d’un médecin qui doit souvent traiter les souffrances psychologiques et qui ne prétend à aucune originalité quant au fond de la Révélation, mais qui aimerait se servir du langage propre à sa discipline pour servir de témoin au Divin Maître ! Peut-être certaines expressions psychanalytiques appliquées à Jésus, tel qu’« oralité » ou « complexe », choqueront certaines oreilles, mais ces expressions n’ont pas le sens péjoratif que leur prêtent souvent les « honnêtes gens ».L’homme véritable est complexe et nul ne peut éviter de franchir les étapes qui passent par l’introjection orale et l’identification s’il veut arriver à maturité humaine.SENS DE NOTRE DÉMARCHE Puisque de nos jours, comme au temps du Seigneur, il est si difficile d’avoir des oreilles pour entendre et s’entendre, précisons dès le début ce que la psychanalyse peut nous apprendre sur Jésus et encore plus ce qu’elle peut apprendre de Jésus.Deux attitudes sont possibles.La première partirait d’une psychologie humaine à la lumière de laquelle nous essaierions de juger Jésus ; cette psychanalyse est réductive et, en ramenant Jésus à nos proportion prises MICHEL DANSEREAU : Psychiatre et psychanalyste.comme critère, elle passerait à côté de notre sujet car, selon la parole de saint Paul : « L’homme spirituel est insondable ».La seconde attitude est l’inverse de la première : elle consiste à prendre Jésus comme mesure de tout et à essayer de comprendre l’homme à partir de lui.Cette seconde démarche qu’on pourrait qualifier de psychanalyse existentielle me semble la seule valable, la moins préjugée et la plus scientifique puisqu’elle part du patient lui-même.LE PROBLÈME DE L'ABANDON Si Jésus est notre patient, et jamais nom impropre pour désigner nos sujets d’analyses n’a si bien convenu à la Patience incarnée, nous devons lui laisser la parole.Comment communique-t-il lui-même l’essentiel de sa souffrance ?C’est par son cri douloureux du haut de la croix : « Père, Père pourquoi m’as-tu abandonné » ! Cliniquement, l’angoisse d’abandon est la pire souffrance que nous connaissions sur le plan mental, et je crois qu’elle est le pivot des souffrances de Jésus.Toutes les autres s’y subordonnent, les coups, les reniements multiples, la crucifixion même sont des expressions de rejet et de mépris.Les souffrances d’un être étant fonction de la qualité de sa sensibilité, il s’ensuit que plus la qualité est grande, plus le sentiment de rejet sera souffrant.Or tout au long des Ecritures, Jésus apparaît comme l’être sensible par excellence.Nous le voyons sans cesse s’émouvoir des misères, guérir les malades, remettre les péchés, prendre la part des petits, la défense de la femme adultère, etc.Lorsque nous comprenons que cet homme n’était pas seulement bon mais divinement bon, nous mesurons l’ampleur qu’a pu atteindre en lui la souffrance d’abandon.Celle-ci a des sources socio-culturelles, dans l’histoire humai- ne de sa vie, qu’une psychanalyse réductive pourrait être tentée de privilégier, en scotomisant le sens théologique de ses origines.On connaît l’histoire de sa famille.Il était de race royale déchue, fils de David ; inutile de s’attarder sur la pauvreté de ses parents, sur sa naissance dans une crèche ou sur son enfance exilée, alors que la Sainte Famille devait fuir en Egypte la persécution d’Hérode.Le seul épisode qui nous est relaté de sa jeunesse, le montre oublié au temple à l’âge de douze ans dans une sorte de rupture anticipée avec ses parents.La mort de Joseph, que nous ignorons, l’a peut-être marqué également.On pourrait croire qu’il a voulu connaître toutes les racines humaines de l’abandon, qu’il exprime parfois comme dans cette parole mélancolique : « Le renard a sa tanière, l’oiseau a son nid, mais le Fils de l’Homme n’a pas où reposer sa tête ».L'ALIÉNATION Chez un autre, ces événements auraient pu conduire à ce que nous appelons une névrose d’abandon.Mais on ne trouve en Jésus aucune structure névrotique.Par exemple le trépied caractéristique de la névrose qui est l’angoisse, l’agressivité réactionnelle à l’abandon et la non-valorisation de soi qui en découle, est absent de son fonctionnement mental habituel.Au contraire du névrosé, Jésus a toujours gardé une conscience aiguë de sa valeur personnelle : « Si tu savais qui est Celui qui te parle et quel est le don de Dieu »! Il en est de même des autres pathologies qui sont impuissantes à rendre compte de la richesse de sa personnalité.Nous ne trouvons en lui aucune complaisance masochiste et il repousserait volontiers le calice de la douleur. 118 En fait, c’est plutôt la structure maso-chique, en tant que caricature de la vraie souffrance dont nous verrons plus loin la révélation, qui trouve son sens positif en Jésus ! Bien sûr les pharisiens le traitèrent d’insensé et des membres de sa propre famille, selon saint Marc, disaient de lui : « il est hors de ses sens », mais on ne peut sérieusement qualifier Jésus d’aliéné au sens psychiatrique du mot.Pourtant si aliénas veut dire étranger, et il répète souvent qu’il n’est pas de ce monde tout en étant singulièrement présent au monde, il s’ensuit que dans ce sens général on peut sans doute parler à son propos d’une sorte de folie qui culminera dans la folie de la croix, terme que saint Paul n’hésite pas à employer.FREUD SOUS UN JOUR NOUVEAU En réalité nous pourrions plutôt établir qu’en assumant une certaine aliénation humaine, Jésus désaliène l’homme en démasquant et en révélant, plus finement qu’aucune psychologie humaine n’a su le faire, le fond pervers et aussi sublime de l’homme ; de sorte que les diverses structures psychologiques loin d’expliquer Jésus reçoivent plutôt leur sens à partir de lui.Par exemple, les traits de caractère oral — on disait de lui qu’il était « un mangeur et un buveur de vin » — trouveront leur accomplissement et leur sublimation dans l’institution de l’eucharistie.On s’étonnera peut-être du rapport de celle-ci avec le fait de boire du vin.On voit plus volontiers l’eucharistie dans le prolongement du repas pascal juif.Mais précisément boire du vin, manger, communier sont des phénomènes à caractère nettement « oral » dans un sens psychanalytique.Nous ne pouvons développer ici ce thème de l’oralité de l’eucharistie qui nécessiterait la considération de nombreux faits cliniques qu’offre la pathologie, par exemple, les troubles digestifs pouvant aller jusqu’à l’ulcère d’estomac chez ceux qui ne peuvent sans culpabilité manger la chair du Christ.Remarquons simplement que le vin et l’eucharistie ont une grande importance psychologique et mystique dans la vie de Jésus.Pensons à Cana, le premier miracle de sa vie publique, où l’on peut voir comme une préfiguration de la dernière Cène.Dans notre société de compétition où prolifère une mentalité si souvent « anale », il n’est peut-être pas inutile de voir ainsi réalisée une sorte de réhabilitation en faveur d’une dimension sacrée de l’oralité : le sacrement de l’eucharistie.La théologie qui intègre volon- tiers le sociologique n’est pas réfractaire, me semble-t-il, à une pareille intégration du psychologique venant de Celui qui est venu sauver ce qui était perdu ! On pourrait décrire bien d’autres comportements de Jésus qui aideraient à comprendre en l’assumant la complexité humaine.Non seulement voit-on des complexes se nouer historiquement chez lui, mais encore recevoir en lui leur pleine signification : complexe maternel et surtout complexe paternel.LE COMPLEXE MATERNEL Voyons son attitude envers sa mère.Pour nous en tenir à notre sujet des souffrances de Jésus, nous retrouvons ici le problème de l’abandon.En effet, si, pour un homme, naître veut dire couper le cordon ombilical, on peut croire qu’il y eut un problème de détachement de la mère pour Jésus, avec les difficultés que cela comporte.Toute la vie de Jésus est baignée dans la présence maternelle de Marie que l’imagerie populaire a exploitée de mille façons.Nous voyons sa mère à ses côtés depuis le « fiat » initial jusqu’à sa présence silencieuse près de la croix.Aussi comprenons-nous l’épisode du séjour au temple à douze ans comme un premier essai psychologique de s’en dégager pour s’occuper des affaires de son Père.et Marie doit accepter qu’il soit un divin étranger.D’autres paroles donnent le même son : « Femme qu’y a-t-il de commun entre toi et moi ?» lui dit-il aux noces de Cana, et à la voix qui s’élève de la foule : « Heureux le sein qui t’a porté », il répond : « Plus heureux encore celui qui entend la parole de Dieu et la met en pratique ».Relevons aussi ce mot qui sonne dur à l’oreille parce que nous sommes durs d’oreilles, lorsqu’on lui annonce que sa mère est là : « Qui est ma mère ?.celui-là seul qui fait la volonté de Dieu, celui-là est ma mère et mon père et mes frères ».Enfin jusqu’au pied de la croix, alors que les souffrances de Marie doivent multiplier les siennes propres et qu’elle attend peut-être une dernière parole de lui, nous le voyons qui se sépare d’elle en lui disant, au sujet de Jean : « Femme, voilà ton fils », et à Jean : « Voilà ta mère ».Bien sûr il y avait là un dernier geste de tendresse et de sollicitude envers ceux qu’il quittait, mais il y avait surtout la solitude redoutable qu’il devait, qu’il voulait affronter loin de toute créature son heure étant venue, seul avec le péché sur les épaules, seul devant la mort et devant Dieu.ŒDIPE RÉCONCILIÉ Dans le même ordre d’idée, on pourrait approfondir la tendresse particulière qui l’unissait à Marie-Madeleine qui porte, par surcroît, le même prénom que sa mère ; sa présence parfume l’évangile d’une odeur amoureuse si suave que « dans le monde entier, ce qu’elle a fait sera raconté en mémoire d’elle ».Avec sa mère elle accompagne Jésus jusque sous la croix et c’est elle qui verra la première le Ressuscité dans une scène admirable d’émotion retenue qu’il emporte jusqu’à son Père.Sans vouloir nous attarder sur cet aspect œdipien, même si le nom de Marie était commun à l’époque, la similitude de nom m’apparaît significative.La psychanalyse n’est-elle pas dans l’esprit de l’écriture qui attache toujours une grande importance au nom lorsqu’elle se penche sur le moindre détail « fortuit » afin de comprendre la filiafion psychologique entre la servante du Seigneur et Marie-Madeleine qui prit soin de Jésus de la façon que l’on sait ?Quoi qu’il en soit, la dimension œdipienne est fondamentale pour l’homme total et c’est dans cette perspective qu’on doit chercher cette dimension dans le Fils de l’Homme.Mais comme je l’indiquais plus haut, les diverses structures psychologiques loin d’expliquer Jésus reçoivent plutôt leur sens à partir de lui, de sorte que, Œdipe explique moins Jésus que Jésus offre une solution au conflit œdipien.Dans sa forme classique ce conflit se traduit par le meurtre du père et la possession de la mère.Or Jésus propose exactement l’inverse qui est la réconciliation avec son Père et le détachement de la mère qui peut aller jusqu’au renoncement à la femme en sacrifice au Père.Ce qu’il dit à Marie-Madeleine dans la scène où elle le prend d’abord pour le jardinier a pour moi une grande résonance dans ce sens : « Ne me touche pas, car je ne suis pas encore remonté vers mon Père ».Et il ne s’agit pas ici de refoulement sexuel, car on a vu précédemment qu’il ne craignait pas d’être touché par cette femme qui lui baisait et oignait les pieds de parfum.Non, il s’agit du sacrifice, pour un certain temps, des affections féminines.jusqu’à ce qu’il soit remonté vers le Père.Il y a là pour tout psychanalyste une dimension proprement œdipienne (dans un sens non péjoratif).En ce sens aussi le prêtre est un sacrifié (un homme sacré).Mais le sacrifice suprême reste à venir ! -kCMCAÏS^ -«D'ÉPARGNE 3*- II UN CERTIFICAT DEf 10 VENDU ff.B0 C’est un placement qui augmente du tiers en six ans ! A l’échéance, tout détenteur de ces certificats touchera S10 pour chaque somme de $7.50 investie.ce qui équivaut à un intérêt composé de 4.85% par an, calculé deux fois l’an, ou à un intérêt simple de 5.55% par an.Ces certificats sont remboursables n’importe quand, avec intérêt progressif s’qjoutant après six mois.noiiwwanNuttutn Certificats de $I0 à $50,000 dans toute rirrri succursale de la Première Banque au Canada LQU LA JOIE DE VIVRE COMMENCE AVEC JETTE .parce qu'une installation de chauffage-plomberie réalisée par Jetté est une assurance de confort pour toute une vie! 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» De sorte que renoncer à la vie est certainement pour la conscience d’un tel être ce qu’il peut y avoir de pire.« Mon âme est triste jusqu’à la mort », dit-il.On comprend qu’il ait été tenté de repousser le calice qu’il devait boire.Pour la première et unique fois, on sent à Gethsémani comme l’esquisse d’une opposition entre sa volonté et celle de son Père, mais il ajoute aussitôt : « Non pas ce que je veux mais ce que tu veux ».Il avait parlé de Dieu aux hommes et plus particulièrement à ses disciples dont l’abandon a dû représenter une épreuve terrible dans cette nuit de la trahison.Son message n’ayant pas été reconnu par les hommes, loin de les rejeter à son tour comme un névrosé aurait été tenté de le faire, Jésus se tourne alors résolument vers son Père pour lui parler maintenant des hommes et lui demander de leur pardonner « parce qu’ils ne savent ce qu’ils font ».Psychologiquement, sa mort résulte de la séparation d’avec son Père qui s’opère du fait que Jésus assume le péché du monde.Selon l’Esprit qui l’habitait le péché, en tant qu’offense à Dieu, avait réalisé une séparation d’avec Celui qui ne pouvait dès lors qu’abandonner l’homme ; c’est donc de la main de son Père, tel un nouvel Isaac, que Jésus reçoit la mort, de la main de son propre Père.Moralement, c’est bien la pire souffrance, et c’est au moment où il se sent abandonné de son Père qu’il meurt, aussi rempli d’espérance puissions-nous l’imaginer par ailleurs ! Pour un tel homme • aussi profondément attaché à la volonté de son Père, comme ne se lassent de répéter les Ecritures, on ne peut concevoir pire souffrance que d’être séparé de lui, même un bref instant, c’est comme si Dieu lui-même renonçait en faveur de l’homme.« Scandale pour les Juifs, folie pour les Grecs », dira saint Paul, la tragédie de Jésus est vraiment poignante.Les hommes l’ont condamné parce qu’il s’est dit Fils de Dieu.et parce qu’il est Fils de l’Homme la justice de Dieu le frappe ! L'ANÉANTISSEMENT Nous voyons finalement que Jésus refuse d’utiliser un pouvoir qu’il possédait et qu’à diverses reprises l’esprit malin lui avait soufflé d’employer ! On éprouve un certain malaise quand, en essayant d’analyser les souffrances de Jésus, on aboutit à l’évidence de cette dernière souffrance qui consiste à renoncer à sa toute-puissance.Peut-on affirmer qu’il renonce à être Dieu sans profaner la réalité de Dieu ?La pensée de saint Paul nous rassure heureusement puisque l’épître aux Philippiens dit textuellement la même chose : « Bien qu’il fût dans la condition de Dieu, il n’a pas retenu avidement son égalité avec Dieu, mais il s’est anéanti lui-même.en se rendant semblable aux hommes ».MYSTÈRE DE LA SOUFFRANCE L’amour de Jésus écartelé entre l’homme et Dieu est suprême souffrance qui contient en elle-même celle des innocents.Cette souffrance, intolérable pour un Yvan Karamasov et qui est à l’origine de la philosophie de l’absurde d’un Camus, trouve en Jésus la seule alternative acceptable qui est, au-delà de l’Homme Révolté, la philosophie du Mystère.Devant la question terrible de la douleur, « Dieu seul », écrit Claudel dans Les invités à l’attention, « directement interpellé et mis en demeure, était en état de répondre ; et l’interrogatoire était si énorme que le Verbe seul pouvait le remplir en fournissant non pas une explication, mais une présence, suivant cette parole de l’évangile : « Je ne suis pas venu expliquer, dissiper les doutes avec une explication, mais remplir, c’est-à-dire remplacer par ma pré- sence le besoin même de l’explication ».Le Fils de Dieu n’est pas venu pour détruire la croix, mais pour s’étendre dessus.c’est du côté de la mort qu’il nous a appris qu’était le chemin de la sortie et la possibilité de la transformation ».Saint Paul dira : « Je meurs chaque jour » et Freud découvrira, sans pouvoir en apprécier toute la portée les fameux instincts de mort.Ainsi donc, chaque fois qu’on le rejette, Jésus meurt d’Amour comme un ultime don de Dieu, commémoré dans d’innombrables Messes, qui nous révèlent le sens profond de la souffrance d’abandon.Le fond de la souffrance c’est l’amour, l’Amour-Passion, le sacrifice rédempteur ! Quiconque veut le suivre affrontera une solitude analogue mais trouvera secours dans cette participation rédemptrice.À L'ÉCOUTE DE L'AMOUR La psychanalyse, qui se fait une spécialité des choses de l’amour, ne peut que reconnaître ici la figure exemplaire, hélas jamais atteinte, de sa propre démarche.Devant la profondeur de ce mystère le psychanalyste ne peut que reprendre son rôle et se taire pour écouter, j’allais dire religieusement, parler le cœur.Seule la poésie mystique d’une Thérèse d’Avila ou d’un Angélus Sile-sius pourrait s’avancer plus avant, non pas qu’elle comprend le mystère, mais par son don de divination, elle nous le rend plus proche.en conjurant le danger de scandale.Dans son merveilleux poème du Dialogue de l’Arbre, à la façon du profane inspiré, Valéry chante l’union intime de l’Arbre et de l’Amour, tous deux se développant comme un grain de sénevé pour grandir et s’épanouir ; mais plus il s’épanouit et ramifie ses branches dans le ciel, c’est-à-dire vers la joie pascale, plus il doit aussi creuser ses racines dans la substance obscure que nous sommes sans le savoir : « Amour n’est rien qu’il ne croisse à l’extrême : « Croître est sa loi ; il meurt d’être le MÊME, •> Et meurt en qui ne meurt point d’amour.« Vivant de soif toujours inassouvie, « Arbre dans l’Xme aux racines de chair « Qui vit de vivre au plus vif de la vie « Il vit de tout, du doux et de l’amer « Et du cruel, encor mieux que du tendre.« Grand Arbre Amour, qui ne cesse d’étendre
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