Maintenant, 1 septembre 1966, Septembre
SEPTEMBRE CHRETIENTE HIER 1966 No 57 LIBERTÉ DEMAI N GUY ROCHER BERNARD JASMIN ROBERT BELLE-ISLE JEANNE LAPOINTE La réforme scolaire a suscité beaucoup d’inquiétudes et rencontré de nombreuses résistances dans de larges secteurs de la population.La très grande majorité des parents reconnaissent pourtant la nécessité d’une instruction de plus en plus poussée pour leurs enfants, et bon nombre de jeunes adultes souhaiteraient pouvoir se rattraper avant qu’il ne soit trop tard.Comment expliquer alors ces inquiétudes et résistances ?LES CHASSEURS DE SORCIÈRES PAUL BERNARD MAURICE L’ABBÉ A.CHARBONNEAU ETC.Ce que beaucoup de gens ne semblent pas avoir compris c’est le type de réforme scolaire présentement en cours.L’information du public a été insuffisante, laissant le champ libre aux chasseurs de sorcières qui ont mobilisé une bonne part de l’opinion publique contre le Ministère de l’Education et le Rapport Parent en accusant ces derniers de vouloir « laïciser » nos écoles et de faire le jeu d’« une poignée d’agnostiques ».Par ailleurs, les voix autorisées qui auraient pu dénoncer efficacement ces calomnies et apporter un contre-poids à cette APRÈS LE RAPPORT PARENT: CONSTRUIRE L’ÉCOLE propagande réactionnaire sont restées muettes ou bien se sont fait entendre trop tard et avec trop d’ambiguïté.De sorte que la réforme scolaire a été partiellement paralysée — et risque de l’être davantage à l’avenir — par une mentalité apeurée par les transformations profondes qu’exige la société actuelle trop uniquement préoccupée de sauvegarder à tout prix les formules et privilèges d’un régime de chrétienté en voie de dissolution rapide.LA TÂCHE LA PLUS URGENTE: CONSTRUIRE L'ÉCOLE toun régit dsl mil en i (ta Au lieu de poser des diagnostics alarmistes inspirés par un refus maladif de l’évolution, ne serait-il pas plus opportun de regarder lucidement la réalité et de s’attaquer à la besogne la plus urgente : construire l’école.L’an prochain, 20,000 jeunes sortant du secondaire ne pourront continuer leurs études, et la situation risque de s’aggraver.Voilà ce qui doit surtout nous inquiéter ! Les plans et les orientations de la réforme scolaire ont été définis avec suffisamment de compétence et de clarté pour qu’on cesse les vains procès et qu’on conjugue tous les efforts pour mettre en place les nouvelles structures proposées par le Rapport Parent.H tto mu à la etd part ælo: aise iar PRINCIPES INDISCUTABLES Même si quelques points de détail peuvent faire l’objet de précisions complémentaires, on ne saurait mettre en doute la validité de la philosophie dont s’inspirent les commissaires.Pour le lecteur un peu attentif, l’orientation fondamentale du Rapport Parent s’articule autour de quelques principes indiscutables.lili fai Sia KH coin Droit universe! à l'éducation tOt! Le premier de ces principes établit que l’éducation est un droit ^ universel.L’école doit donc être accessible à tout le monde, indépendamment |e[ de la fortune, du statut social, de l’origine raciale ou de la croyance.Elle doit également offrir un enseignement qui permette à chacun de s’épanouir selon ses aptitudes et ses goûts et le prépare adéquatement aux fonctions qu’il est appelé à remplir dans une société de plus en plus complexe.D’où la nécessité d’un enseignement polyvalent.RÉDACTION, ADMINISTRATION, ABONNEMENTS, 2715, Chemin Côte-Ste-Catherine, Montréal-26, P.Q.Tél.739-2758 Le Ministère des Postes, à Ottawa, a autorisé l’affranchissement en numéraire et l’envoi comme objet de la deuxième classe de la présente publication.Frais de port garantis si non livrable.Participation démocratique et] Le second principe découle des exigences d’une société démocratique.Une véritable démocratie repose sur la participation organiquement structurée de tous les citoyens.Dans la nouvelle organisation scolaire que propose le Rapport Parent, ce principe apparaît constamment en filigrane.Le dialogue avec la population est assuré par des mécanismes précis à tous les niveaux de l’organisation scolaire.Le conseil supérieur de l’éducation avec ses divers organismes (ses deux comités confessionnels et ses différentes commissions) dont les membres sont choisis parmi les corps représentatifs de la nation, fait le lien entre la population et le ministère.Par ses l’en me L’é ÎÔtf tournées régionales le conseil supérieur se tient à l’écoute de la diversité géographique des besoins qu’il transmet à l’administration centrale.Le Rapport Parent assigne, en outre, aux commissions scolaires régionales une part importante dans l’organisation et la gestion des écoles de leur territoire.Cette décentralisation évite le danger d’une trop grande uniformité qui ne respecterait pas suffisamment la diversité des régions, tout en remédiant au morcellement des petites commissions scolaires locales devenues impuissantes à organiser un enseignement valable.Certains pourraient croire que la régionalisation enlève aux parents un contrôle direct indispensable à l’exercice de leurs droits.Or, il n’en est rien puisque le Rapport Parent prévoit des comités scolaires composés chacun de cinq membres élus par les parents des élèves.Ces comités scolaires remphront des rôles précis aux différents paliers de structuration.Sur le plan local, chaque comité aura pour fonction générale de veiller à la qualité de l’enseignement donnée par l’école et au bien-être des enfants et des maîtres.Il aura également pour tâche de déterminer les modalités particulières de la confessionnalité ou de la non-confessionnalité de l’école selon les exigences du milieu.Il devra enfin, parmi d’autres responsabilités, susciter l’intérêt et la participation des parents, non seulement pour la bonne marche de l’école, mais encore pour toute organisation para-scolaire complémentaire de l’école et visant à promouvoir la culture populaire.Sur le plan régional, les comités scolaires délégueront des représentants pour former le collège électoral chargé de choisir les commissaires ; ils auront également leur mot à dire dans l’orientation et les services pédagogiques de l’ensemble des écoles de leur régionale.Sur le plan provincial enfin, on souhaite que ces comités scolaires deviennent les noyaux actifs des associations de parents.En se formant en association provinciale, les comités scolaires pourront entrer plus efficacement en contact avec le conseil supérieur de l’éducation, ses comités et ses commissions.Le système antérieur ne pouvait sûrement pas se vanter d’accorder une aussi large part aux parents dans l’organisation et la marche de l’école à tous les niveaux.Comment a-t-on pu laisser entendre que les droits des oit parents étaient menacés par les nouvelles structures scolaires que propose ait le Rapport Parent ?illel Respecter la liberté religieuse et la diversité culturelle Enfin, tout au long de leur travail, les membres de la Commission Parent ont été guidés par le souci de respecter la liberté des consciences et la diversité culturelle du Québec.Comme ils l’expriment eux-mêmes avec clarté : « toute solution proposée doit favoriser le plus possible le libre choix des parents et des élèves entre un enseignement confessionnel et l’enseignement non-confessionnel, entre l’enseignement de langue française et l’enseignement de langue anglaise, sans que cette possibilité d’option entraîne une excessive fragmentation et une dévalorisation de l’enseignement public » (tome IV, p.17).Il ne servirait à rien d’entretenir la nostalgie de l’uniformité passée.L’évolution est en marche et les gains de l’avenir seront, somme toute, du côté de la liberté et de l’épanouissement tant personnel que collectif.m ici' sommaire «CONSTRUIRE L'ECOLE» Chrétienté hier, liberté demain La direction .253 Instruire, c'est éduquer Guy Rocher .256 L'option nécessaire : la pédagogie active Bernard Jasmin .258 Défi aux éducateurs : l'école polyvalente Robert Belle-lsle.261 L'instruction n'est pas un privilège Paul Bernard.263 Le grand absent au collège : Dieu Vincent Harvey .266 La nouvelle catéchèse aura-t-elle son cinq juin ?Louis Racine .269 Que deviendront les institutions privées ?Jeanne Lapointe.271 L'école mixte Jean Gaudreau .274 L'université à l'heure du Rapport Parent Maurice L'Abbé .276 Le Montréal scolaire André Charbonneau I - Un beau casse-tête chinois : le damier métropolitain .278 II - La clé de l'énigme : pluralisme dans l'unité.280 Réactions protestantes au Rapport Parent Michel Despland .282 Les Juifs et le Rapport Parent David Rome, H.Pelletier-Baillargeon 284 Réflexions de Guy Rocher : Les sacrifiés.262 Frais de l'opération 265 Les deux « Ismes » .265 Le climat chrétien 268 Le péril agnostique 270 La confessionnalité menacée 274 Personnalisation 286 Le billet de confession .287 Le droit des parents H.Pelletier-Baillargeon 288 L'ÉQUIPE DE DIRECTION 256 On se plaint que l’école dispense plus l’instruction qu’elle n’assure l’éducation, qu’elle privilégie la première aux dépens de la seconde, qu’elle tend à se spécialiser dans une tâche et qu’elle néglige sa fonction globale.Ce reproche, souvent entendu, est lourd de conséquence parce qu’il touche à la finalité même de l’enseignement.Il vaut donc la peine de s’y arrêter et d’y réfléchir.FAIRE LE PLEIN Disons tout de suite que, posée en ces termes, la question comporte une grave ambiguïté : on suppose qu’instruire n’est pas éduquer.C’est avoir une bien pauvre idée — et une idée profondément fausse — de l’instruction dispensée par le maître que d’y voir une simple transmission de connaissance ou d’information, dont l’objectif serait d’accumuler dans l’intelligence de l’enseigné une certaine quantité du savoir qui se trouve dans l’intelligence de l’enseignant.On traite alors le processus de l’enseignement selon la conception de la physique traditionnelle : l’esprit de l’enfant ou de l’adolescent est représenté par un contenant où il s’agit de remplacer le vide par le plein.A force d’y transporter et d’y empiler une masse suffisante de diverses connai-sances, on viendra bien à bout d’en déloger le vide — puisqu’on sait bien que « la nature a horreur du vide », selon le vieux principe de physique — jusqu’à ce qu’on puisse sceller le tout et l’étiqueter d’un diplôme.L'ENSEIGNEMENT-MÉCANO L’analogie physique se poursuit plus loin encore.La personnalité de l’enfant est faite de pièces détachées et le maître ne doit pas en oublier une seule, s’il veut réaliser un montage bien équilibré.En plus de remplir l’intelligence, il lui GUY ROCHER : Professeur à l’Université de Montréal.INSTRUIRE ÉDUQUER C’EST rii) l»Ii! jet1 mis C GUY ROCHER » Ci est donc recommandé de « nourrir » le cœur de bons sentiments, de « forger » la volonté de l’enfant et de « mouler » son caractère.La terminologie employée n’est plus équivoque : l’enfant est constitué au point de départ de morceaux informes qu’il faut travailler et de réservoirs qui n’attendent que le produit approprié.Cette description est caricaturale, et peut-être injuste ; bien sûr, ni éducateurs ni parents n’expriment aussi crûment une aussi fausse conception de l’instruction et de l’éducation.Pourtant, l’analogie physique est toujours présente dans l’esprit et dans le langage des éducateurs et des parents, même — et peut-être surtout — quand on a pris soin d’affirmer d’abord que l’école doit s’occuper de l’éducation de l’enfant dans sa totalité et dans son unité.Comment d’ailleurs expliquer autrement cette malheureuse distinction, devenue monnaie courante, entre l’instruction et l’éducation ?INSTRUIRE C'EST DÉJÀ ÉDUQUER Il est nécessaire de le rappeler et d’y insister : instruire c’est déjà éduquer.Instruire, c’est guider une intelligence dans la découverte des démarches propres à l’esprit et c’est ouvrir à son exploration des horizons toujours nouveaux ; instruire, c’est proposer un mode nouveau de rapport avec le monde, un rapport fondé sur la médiation du symbole et de la représentation symbolique.Par le développement intellectuel, l’homme grandit suivant une dimension nouvelle qui est l’appréhension, la saisie des êtres et des choses par l’intermédiaire d’une symbolique toujours plus étendue, plus raffinée et plus riche.Les mots, les concepts, les idées, les nombres, les sons, les images se chargent de représentations signifiantes ; la réalité, transposée symboliquement, se révèle sous des jours nouveaux, offre des perspectives que les contacts bruts n’avaient pas laissé soupçonner.Mieux encore, la connaissance symbolique des choses, par la manipulation qu’elle permet d’en faire, décuple la puissance de l’intelhgence qui peut établir des classifications, des rapprochements, des comparaisons, des analogies, des oppositions.Savoir réunir des objets dans une même catégorie, les relier entre eux par des liens que cachent les apparences, les dissocier pour mieux les rapprocher, autant d’opérations mentales qui confèrent à l’homme un pouvoir sans égal par la nouvelle étendue qu’elles donnent à son action.Car connaître n’est pas seulement se rapprocher des êtres, c’est en même temps agir sur eux, c’est établir avec eux une relation nouvelle qui n’est pas moins réelle et efficace que le contact sensible.I lui L'ACTION EDUCATRICE Instruire, c’est donc éduquer, parce que c’est transformer un être.L’acte pédagogique est en effet bien éloigné du simple transvasement d’un produit fini dans un réceptacle tout prêt à l’accueillir ; ce serait plutôt — si l’on peut oser dire —- contribuer à une véritable mutation à l’intérieur de l’espèce humaine.L’enfant qui apprend à exercer son aptitude symbolique se modifie aussi profondément — et plus encore sans doute — que si son corps était peu à peu doté de membres ou d’organes nouveaux.Chez certains peuples que des hommes de notre civilisation ont appelés primitifs, on croyait que le fait de connaître le nom d’une chose ou d’une personne conférait sur elle un certain pouvoir et permettait de l’influencer ; pouvoir nommer un objet permettait de s’approprier une partie de sa nature et d’agir sur lui par une sorte de membre invisible.Nous n’avons voulu voir qu’une simple vision magique dans cette conception de la connaissance ; peut-être faudrait-il aussi y lire une représentation profondément vraie de la transformation que la connaissance opè- lîi Itl «à «111 l’ItOl h [BCt t'tSl tï eii dtp ' Urgence d'un organisme de planification Ces différents organismes reconnaissent eux-mêmes leur insuffisance et réclament d’urgence la mise sur pied d’un nouvel organisme, muni de l’autorité et des pouvoirs nécessaires, dont la principale tâche serait d’assumer le dévelop- pement efficace et équilibré de l’enseignement supérieur au Québec.Plus particulièrement, cet organisme verrait à planifier ce développement, à en assurer la coordination, à répartir annuellement, ou pour des périodes plus longues bien déterminées, les subventions du gouvernement en fonction des estimations budgétaires des établissements concernés tout en tenant compte des ressources disponibles, des besoins de la collectivité et du plan d’ensemble établi.Quel statut devra avoir cet organisme ?Sera-t-il indépendant et consultatif auprès du Ministère de l’Education à la manière de l’Office pour le développement de l’enseignement supérieur recommandé par le Rapport Parent ?Sera-t-il tout simplement un comité du Ministère à la manière de COPEPP ?Ou bien, sera-t-il un organisme d’Etat créé par une loi, un amendement au Bill 60, et où travailleront ensemble comme partenaires des fonctionnaires du gouvernement, des professeurs d’université et des représentants intéressés de la société ?Nous croyons que pour le moment cette dernière formule est plus fonctionnelle et plus réaliste.Il ne faut pas oublier que les universités du Québec doivent être considérées maintenant comme des institutions publiques, qu’à toute fin pratique elles sont financées par l’Etat, qu’elles devront s’intégrer à notre nouveau système d’enseignement, et que, pour ces raisons et pour certaines autres plus complexes, l’Etat doit jouer un rôle majeur à ce niveau de l’enseignement supérieur.Loi-cadre éventuelle : l'Université du Québec En fait, il nous semble que la création de cet organisme devra être la première étape vers une organisation plus globale.La façon logique et efficace d’aborder l’ensemble des problèmes serait l’établissement éventuel d’une Loi-cadre couvrant tout ce niveau d’enseignement.Une telle loi prévoirait un ensemble de dispositions définissant les constitutions de chaque type d’établissement universitaire existant ou à venir, ainsi que les organismes nécessaires à la planification et à la coordination tant pour la consultation, que pour la décision et l’exécution.Dans une telle perspective, nous serions en droit de parler d’universités d’Etat, ou plus justement de l'Université du Québec avec ses divers campus répartis selon les besoins de la population.Il existe plusieurs modèles remarquables d’une telle organisation.Mentionnons, en particulier, la célèbre Université de Californie qui constitue, peut-être, l’un des modèles les plus intéressants.L’expression « Université d’Etat » soulève chez certains groupes une méfiance qui ne nous semble guère justifiée.La liberté académique et l’autonomie universitaire bien comprises peuvent sans doute être pleinement respectées dans un système où l’Etat assume ses responsabilités.Rappelons-nous qu’il y a à peine trois ans, l’expression « Ministère de l’Éducation » faisait également l’objet de réticence et même d’opposition.4 PSYCHOLOGIE ET TECHNIQUE DE LA COMMUNICATION (Cours pratiques d’art oratoire) Monastère St-Albert-le-Grand 2715, chemin de la Côte Ste-Catherine Montréal 26 3 groupes en formation : 1er groupe — LUNDI, de 7 h.30 à 10 h.p.m.1er cours : 3 octobre 1966 2e groupe — MARDI, de 7 h.30 à 10 h.p.m.1er cours : 4 octobre 1966 3e groupe — MERCREDI, de 7 h.30 à 10 h.p.m.1er cours : 5 octobre 1966 INSCRIPTIONS LIMITÉES À 15 participants par classe DATE DES COURS : d'octobre à février Renseignements : Tél.: 739-9797 278 LE MONTRÉAL I - UN BEAU CASSE-TÊTHll Au cours des cent dernières années, les pourcentages relatifs à l’importance numérique des Canadiens français et des catholiques de File de Montréal se sont maintenus sans variation notable autour des taux respectifs de 62 et 76 pour cent.Cette stabilité est d’autant plus remarquable qu’elle est observée chez une population en perpétuelle croissance et soumise à des facteurs de développement aussi irréguliers que divers : immigration, natalité, migration, etc.En définitive, puisqu’il existe une identification assez rigoureuse entre le fait français et le fait catholique, (98% des Français d’origine se déclarent catholiques et 80% des catholiques, Français), ce phénomène révèle que le groupe canadien-français-catholique a réussi jusqu’ici à se maintenir au milieu des éléments allogènes qui menaçaient sa supériorité numérique.TABLEAU DES MINORITAIRES A cette stabilité du groupe majoritaire, correspondent des variations notables du côté minoritaire.Alors qu’en 1871, un groupe compact de Britanniques et de protestants formait à toute fin pratique l’unique minorité de File, aujourd’hui, le groupe non-français-catholique se partage entre diverses communautés d’origine ou de confes-sionnalité différente.En outre, les Britanniques ne détiennent plus une majorité absolue parmi les minoritaires.De 38% en 1871, ils sont en effet passés à 18% en 1961.Les Néo-Canadiens et notamment les Italiens et les Juifs ont comblé la différence de 20%.Bref, si nous combinons les caractéristiques eth- niques et religieuses, nous obtenons la répartition suivante : catholiques d’origine française : 61% non-catholiques d’origine britannique : 12% catholiques d’origine britannique : 6% catholiques d’origine italienne : 6% juifs : 6% autres Néo-Canadiens catholiques : 4% autres Néo-Canadiens non-catholiques : 4% non-catholiques d’origine française : 1% Il est intéressant de noter que l’écart entre les deux principaux groupes n’a cessé de s’élargir depuis cent ans, passant d’une différence de 40% à celle de 49% observée présentement.Il convient également de remarquer que les 25% qui échappent à ces deux groupes et à celui des non-catholiques français se partagent à peu près également entre cinq autres types de communautés.Cette distribution demeure cependant quelque peu théorique.En pratique, l’origine ethnique offre moins d’intérêt que l’allégeance culturelle.Il importe donc de savoir comment se partagent les Néo-Canadiens entre les deux cultures française et anglaise.CALCUL THÉORIQUE Vu la stabilité du groupe majoritaire, le morcellement progressif du groupe minoritaire, l’accroissement de la population totale et l’éparpillement qu’elle entraîne, on devrait théoriquement pouvoir estimer que l’assimilation se fait surtout en faveur de la majorité.Il suffirait alors d’attribuer aux secteurs français selon le pro-rata de la population, deux Néo-Canadiens sur trois pour obtenir une supériorité numérique des francophones égale à trois contre un.]1(| Mais en fait, certains indices nous o- ' .; bligent à renoncer à ce genre de calcul.LE LANGAGE DES FAITS Nous savons, par exemple, que dans le secteur catholique idéalement si favorable à une assimilation française, l’apport des allogènes augmente de 200% la fréquentation des écoles anglaises et de seulement 1.5% celle des écoles françaises.Ce phénomène suppose que seulement 11% des Néo-Canadiens catholiques se rallient aux institutions scolaires de la majorité.Une telle situation en secteur catholique laisse présager une assimilation quasi totale à l’élément britannique en secteur non-catholique.A ce rythme, à peine 20,000 des 350,000 Néo-Canadiens de File a-dopteraient la culture française.Ce qui nous conduit à l’estimation suivante : catholiques de langue française : 63% non-catholiques de langue anglaise : 21% catholiques de langue anglaise : 15% non-catholiques de langue française : 1 % Ainsi, il appert que la situation est demeurée inchangée depuis cent ans à cette nuance près que les anglophones ne sont plus en majorité britanniques.Cette situation implique que les Canadiens français n’ont aucunement su profiter des avantages démographiques et autres que leur conférait une situation de majoritaires.Par ailleurs, la multiplication par vingt de la population au cours des cent dernières années a considérablement modifié la distribution écologique et l’importance absolue des différents groupes ethniques et religieux.[it Seof te pu ti ils pain isà ËpliC il* !(!«, tail s ft Iciiesi % %( Eut ’Si «lia % ! 279 SCOLAIRE MINOIS: LE DAMIER METROPOLITAIN ANDRÉ CHARBONNEAU 111.fr ai lit ois Ijlli ca- ps-le à Ki- el- ijii «6 !lü1 l!ï 1S 1 si a® 100 )llS- >1- lis» il»8 ici»1 iite»1 li ^ jejS Jadis, débordant les murs de la vieille cité, les Britanniques obliquèrent vers l’ouest et les Français envahirent l’est, laissant entre eux un quartier cosmopolite qui allait devenir le berceau des Néo-Canadiens.Mais la pression numérique des Français étant plus considérable que celle des Britanniques, on vit les premiers s’implanter à l’est partout où ils s’installaient et amorcer peu à peu un mouvement d’encerclement côtier à l’ouest forçant les seconds à se déplacer suivant l’axe de la rue Sherbrooke vers Pointe-Claire.C’est pourquoi, à l’est de Lachine où ils enregistrent leur plus fort taux pour un secteur de recencement (82%), les Britanniques ne dominent plus aujourd’hui que dans le bastion de Westmount-Montréal-Ouest et dans quelques autres secteurs dont ceux de Ville Mont-Royal et de l’ouest de Verdun.En ces zones toutefois leur importance numérique diminue de décade en décade.Par contre, tout l’ouest de l’Ile, hormis trois petites municipalités, passe entre leurs mains.RAMIFICATIONS DES NÉO-CANADIENS Entretemps, le long des rues du Parc et Saint-Laurent, la colonne des Néo-Canadiens s’étirait vers le nord.A la hauteur des rues Van Horne et Bélanger, les Juifs tournèrent vers l’ouest et les Italiens vers l’est tandis que d’autres allogènes poussaient plus au nord vers Park-Extension.Chacune de ces branches alimentent depuis des ramifications secondaires.A l’ouest, les Juifs débor- dant Outremont tantôt s’orientent vers Côte Saint-Luc, tantôt s’infiltrent dans l’Ile Jésus en passant par Ville Saint-Laurent.A l’est, les Italiens s’installent dans Rosemont ou bifurquent vers Montréal-Nord via Ville Saint-Michel.Au centre, la colonne initiale se disperse de part et d’autre du boulevard l’Acadie.Bref, alors que les Canadiens français augmentent la pression latérale qu’ils exercent sur le noyau central de File, les Britanniques qui l’occupaient se dirigent vers l’ouest laissant à leur place les Néo-Canadiens qu’ils ont assimilés.Le regroupement de ces derniers, leur intégration préalable à la culture anglaise, et l’augmentation de leur importance numérique rend cependant plus aléatoire toute éventuelle assimilation à la majorité.En somme, c’est à la périphérie des mouvements migratoires néo-canadiens que l’influence de la majorité risque de jouer.C’est également dans la mesure où le mouvement de dispersion des minoritaires s’étendra aux différents secteurs francophones de File que les Canadiens français pourront espérer récupérer ceux qu’ils ont laissé s’intégrer à la culture anglaise.Historiquement cependant, rien ne laisse présager pareil morcellement et pareille dissémination uniforme.Au contraire la dissémination observée a eu pour effet de conférer une majorité locale à divers groupes minoritaires.Alors que les catholiques français maintiennent leur majorité absolue dans 218 des 327 secteurs de recensement (66% du territoire), les Britanniques conquièrent cet avantage dans 13 secteurs (4%) et les Néo-Canadiens non-catholiques, surtout Juifs, dans 16 autres (5%).Les Italiens catholiques ne sont majoritaires de façon absolue que dans un seul secteur.Dans soixante-dix-neuf autres (25% du territoire) plus particulièrement cosmopolites, aucune majorité absolue n’est enregistrée.Les Français catholiques et les Britanniques protestants se partagent à part égale des majorités relatives d’une soixantaine d’entre eux.COSMOPOLITISME Vu ce lotissement de File, 108,897 Canadiens français, 10%, vivent en minoritaires au plan local.211,151 Britanniques (66%), 246,007 Néo-Canadiens (70%), connaissent la même situation.Au total, 566,055 personnes, soit le tiers de la population, sont minoritaires au niveau du secteur où elles habitent.Par contre, 58% des habitants de File vivent dans des milieux dominés de façon absolue par leur groupe religieux et ethnique, 90% d’entre eux sont Canadiens français et catholiques.Il s’ensuit que pour une personne sur deux le milieu immédiat où elle habite est fortement cosmopolite ou dominé par un groupe différent de celui auquel elle appartient.Pluralisme et diversité culturelle définissent donc assez bien la situation des occupants de File.INTÉRÊTS MINORITAIRES La proüfération des villes(33) et des commissions scolaires (41) a consacré 280 jusqu’ici ces particuralismes locaux si favorables aux minoritaires.Certes, la ville de Montréal localise actuellement 69% des habitants de File mais autour d’elle gravitent 32 autres municipalités.Or, il est remarquable que la moitié de celles-ci échappent à l’emprise de la majorité canadienne-française, au profit de la minorité anglophone.Inversement, six cités de l’ouest permettent aux francophones de conserver leur majorité en territoire dominé par l’élément britannique.Il est donc permis de conclure que le morcellement urbain de l’Ile favorise surtout les minorités locales.Vu dans cette perspective, toute régionalisation, tout regroupement municipal paraît à l’encontre des intérêts minoritaires, ethniques, religieux ou autres.Certes, certaines formes de régionalisation peuvent permettre aux minorités locales de conserver leur suprématie.Ainsi par exemple le regroupement des neuf municipalités anglaises de l’ouest de l’Ile ne redonnerait pas aux francophones la majorité locale.Toutefois, il ferait perdre aux Britanniques une arme utile pour certains types de pression.Qui ne voit en effet les avantages de déléguer 20 représentants sur 33 lors des rencontres intermunicipales ou lors des négociations avec les autorités supérieures sans compter les sommes additionnelles que les dédoublements de fonctions et de structures permettent aux minorités ainsi subdivisées de percevoir.Avantages d’autant plus précieux que l’autonomie locale n’a jamais empêché les Britanniques de collaborer entre eux.UN SIGNE D'OPPORTUNISME « Diviser pour régner, regrouper pour agir » voilà deux principes que les anglophones n’ont pas besoin de formuler pour appliquer.La clôture de Ville Mont-Royal est à ce titre plus qu’une fantaisie bourgeoise.Elle est aussi le signe tangible de l’opportunisme grâce auquel le groupe anglophone sauvegarde ses majorités et ses influences locales contre la pression envahissante du groupe dominant de l’Ile.Ainsi en va-t-il sur le plan scolaire.Si l’existence de 13 commissions scolaires protestantes permet aux anglophones de se présenter 13 fois au ministère de l’Education, le regroupement de ces u-nités locales au sein d’une commission centrale fournit aux Britanniques depuis 1925 les moyens adéquats pour faire face aux problèmes contemporains en matière d’éducation.CONFESSIONNALITÉ ÉLASTIQUE ! Alors qu’aujourd’hui encore la C.E.C.M.ne juge point opportun d’organiser une section d’enseignement non confessionnelle parce qu’elle n’a pas encore reçu d’ordre spécial émanant du ministère de l’Education (?! !), les Britanniques ont depuis longtemps pris l’initiative en matière d’interprétation large de la confessionnalité scolaire.Depuis moult années, ils accueillent dans leurs écoles les enfants non-protestants.Ils ne craignent pas alors d’accorder à ces élèves des conditions qui respectent leur conscience individuelle.N’accep-tent-ils pas en outre de grouper dans une même école les enfants d’une même origine ethnique afin de leur donner sous la conduite d’un maître connaissant leur langue, un enseignement approprié à leur besoin particulier ?Ainsi les anglophones n’ont pas seulement affirmé que tout ce qui n’était pas catholique était protestant et que tout ce qui n’était pas français était anglais ; ils ont également incarné ces dires dans les faits.OBÉSITÉ ÉTOUFFANTE A l’opposé, retenant les inconvénients sans assumer les avantages du système, le morcellement sans regroupement de vingt commissions scolaires catholiques a multiplié les coûts et les structures sans profiter en aucune façon au groupe majoritaire.Ce morcellement et cette absence de regroupement est à ce point irrationnel qu’aujourd’hui à côté du monstre administratif de la C.E.C.M.qui étouffe d’obésité, nous trouvons encore des « commissionnettes » incapables de fournir un cycle d’enseignement complet.Ainsi en proposant à la majorité canadienne-française d’appliquer les principes qui ont si bien réussi à la minorité britannique, la Commission Parent a su parfaitement tenir compte de la situation qui prévaut dans l’Ile de Montréal.De même a-t-elle judicieusement diagnostiqué les problèmes de la majorité en rappelant à celle-ci l’existence des groupes allogènes et des diverses con-fessionnalités car le refus d’accepter cette présence comme un enrichissement éventuel a largement contribué à l’assimilation anglaise des Néo-Canadiens sans rien apporter de positif à la culture française au Québec.11 - LA CLÉ DE L’ÉNIGME : PLURALISME DANS L’UNITÉ læ , :0t lest I;:: Ksi[i r!« biit ’ I ¦iirti peà tke ‘ci ï Bl fit % 'îli La Commission Parent a posé le problème des structures inférieures du système scolaire de la façon suivante : comment concilier les exigences du bilinguisme officiel et du pluralisme religieux avec l’unité économique et ad-mistrative requise au plan de l’efficacité ?Tel est bien en effet le titre donné au troisième tome du rapport : « Diversité religieuse, culturelle et unité de l’administration ».20,000 SACRIFIÉS A première vue, ce titre laisse à penser que les commissaires ont étendu à l’ensemble de la Province des caractéristiques propres à File de Montréal.Il est vrai, — et les commissaires eux-mêmes le concèdent, — que les problèmes du pluralisme et du biculturalisme se posent surtout à Montréal.Pourtant les membres de la commission n’ont pas voulu en faire un cas d’exception.Avec raison : car le problème des struc tures scolaires ne se révèle pas plus à Montréal qu’ailleurs dans la Province, un problème de partage entre deux majorités d’égale importance.Il demeure essentiellement celui de fournir à une majorité française et catholique des moyens éducatifs appropriés à ses besoins.Il est accidentellement celui de respecter les options des citoyens ap- hiiii, ¦mille !ll Sac HOmii'i Ni Hd’ ^ei| 281 Mtr ns- tp- yisi taf-i a- «ce 11»; OÎB m (èmî, ilds lues ?» 1 cilice noté .CI E id- le Ci- r.v.'C* ,::d delà «t 'iiiii C.'J- rca- .e ¦ ¦ i ; : ¦¦ -i rü- „•,< i ' ; 5 : '¦ partenant à des croyances et à des cultures hétérogènes et minoritaires.Cette responsabilité additionnelle n’est que renforcée à Montréal du fait que les minorités ethniques et religieuses forment des groupes numériquement plus considérables.On ne peut pas par exemple oublier que même s’ils ne fournissent que 1% de la population de l’Ile, les Canadiens français non-catholiques forment, sur un territoire relativement restreint un groupe aussi important que celui des citoyens d’une ville de 20,000 habitants.Trop nombreux collectivement pour être négligés, trop peu nombreux, groupe à groupe, pour avoir droit à un système parallèle complet, les minoritaires, où qu’ils soient, posent un problème particulier, qui ne saurait être envisagé sans considération pour les droits prioritaires de la majorité et pour les exigences fondamentales de l’efficacité du système dans son ensemble.STRUCTURES DE BASE UNIQUES Ces droits et ces exigences tendent d’ailleurs à se confondre.A l’heure des grands ensembles, ils appellent au plan scolaire l’unité et même l’uniformité des structures de base.Inutile d’insister longuement à ce sujet : la régionale unique réduit les coûts, simplifie les relations hiérarchiques et assure en définitive l’égalité de tous en matière d’éducation.En conséquence, toute dérogation à ce principe d’uniformité et d’unité au profit d’une minorité joue contre les intérêts de la majorité.Dans ce contexte, seuls des impératifs autres que mathématiques peuvent justifier une diversification des structures.Parmi ces impératifs, le respect de l’option religieuse et culturelle des citoyens paraît fondamental.Les principes d’uniformité et d’unité peuvent donc être remis en question par ces droits fondamentaux.ADMINISTRATION PARTAGÉE « Fondre ce qui est commun, isoler ce qui est particulier » devient alors la suprême sagesse.Pour la majorité, cette formule réduit au minimum ce qu’il faut sacrifier du principe d’unité et d’uniformité ; pour la minorité, partager avec d’autres l’administration des affaires conjointes sera souvent la seule façon d’accéder à des services trop coûteux et trop complexes pour être accessibles aux petits ensembles.RÉGIONALISATION CONCRÈTE Hors de Montréal, il suffira souvent que l’école française et catholique se souvienne de sa nature d’établissement public et ouvre ses portes, sans difficulté, aux élèves venus des minorités quitte à assouplir certains aspects de son caractère confessionnel.A Montréal, la régionale unique impliquera presque partout la création de directions pédagogiques multiples destinées à répondre aux besoins des différents types d’écoles prévus à la suite des recensements annuels.STRUCTURES ÉQUITABLES Après l’exposé de la situation que nous avons fait précédemment, nous croyons inutile d’insister sur la légitimité d’une pareille formule à Montréal.Si les structures anciennes favorisaient les minorités, il est normal de prévoir pour l’avenir un système scolaire moins désavantageux pour ceux qui constituent malgré tout la majorité de la population de l’Ile et du Québec.Les minorités d’ailleurs ne seront pas lésées dans leur droit.Elles ne pourront cependant bénéficier que des avantages dévolus à tout citoyen à part entière au lieu de profiter d’un traitement de faveur comme c’est le cas très souvent à l’heure actuelle.D’autres minorités présentement injustement spoliées pourront par contre faire reconnaître leur droit à la suite du recensement annuel.DIFFICULTÉS PRATIQUES Ceci dit, reste un problème d’ordre pratique : celui du nombre et des frontières des régionales.Si la distribution des différents groupes ethniques était uniforme dans File de Montréal le problème se résumerait à la délimitation d’un chiffre optimum de population par régionale.La Commission Parent avance celui de 300,000, nous ne la chicanerons pas sur ce point.Par ailleurs, nous croyons avoir des objections sérieuses contre la façon avec laquelle les commissaires ont appliqué ce barème, précisément parce que la distribution des groupes majoritaires et minoritaires n’est pas uniforme dans l’Ile.Voyons pourquoi.QUELQUES ANOMALIES Après avoir pris la peine de préciser au paragraphe 311 que les commissions régionales de l’Ile de Montréal devront desservir des populations d’autant plus nombreuses qu’elles auront à organiser des services éducatifs complets dans des écoles de plusieurs types, les commissaires proposent que la régionale II, la plus homogène de toutes, desserve une population de 327,540 habitants et que la régionale VII, une des deux plus cosmopolites, se contente d’un réservoir de 131,947 personnes.Or il se trouve que la première est entièrement dominée par les Canadiens français et la seconde, surtout britannique.Curieusement, ces deux exemples se généralisent.Les régionales à très forte majorité française et donc suffisamment homogènes pour être morcelées à la limite en territoires de 50,000 habitants comme les autres régionales de la Province, ces régionales, dis-je, sont celles où l’on prévoit la population la plus nombreuse.Il en résultera qu’au conseil métropolitain les régionales françaises ne délégueront que cinq commissaires sur sept alors qu’elles devraient normalement en faire siéger neuf contre trois si l’on conservait comme base la population de la plus petite unité, celle de la régionale VII de l’ouest.Certes, nous reconnaissons que cette dernière est en pleine période d’expansion.De même en est-il pourtant de la zone IV à laquelle on assigne une population de 334,471 habitants dont 71% sont Canadiens français.Quoi qu’il en soit ne prévoit-on pas le réajustement périodique des frontières ?Pour corriger cette anomalie, on pourra soit porter à 12 le nombre des régionales, soit revoir les frontières des sept proposées.CORRECTIONS SUGGÉRÉES Dans le premier cas, on isolera avec profit Verdun-LaSalle du Saint-Henri-Centre-Ville ; Outremont-Côte-Saint-Luc de Westmount-Montréal-Ouest.Dans l’est, on s’efforcera de cerner en une seule régionale le plus grand nombre possible d’Italiens en ramenant à quatre les régionales II et IV.Les quartiers Mercier, Maisonneuve et Hoche-laga pourraient enfin alimenter une dernière régionale.Dans le second cas, on pourra adjoindre à la régionale de l’ouest la zone qui l’alimente, soit celle de Westmount Montréal-Ouest.Bref, on n’aura qu’à appliquer les principes de partage que la Commission a formulé en oubliant de les appliquer intégralement.Aux yeux d’un Montréalais, si nous exceptons la distraction que nous venons de mentionner, le Rapport Parent apparaît donc parfaitement adapté à la situation qui prévaut dans File.Les solutions qu’il propose aux problèmes qu’il soulève devraient donc être favorablement accueillies par tous ceux qui ont à cœur l’épanouissement de la culture française en Amérique.A I-' RÉACTIONS PROTESTANTES AU RAPPORT PARENT toi Le p il ci Wlî! :: : c::é; s::.:: f::.MICHEL DESPLAND jliï, Éla Les éducateurs protestants de la province de Québec ont attendu avec impatience les deux volumes de la troisième partie du Rapport Parent et les ont lus avec intérêt.Des éloges et des critiques ont alors été formulés.Mon but dans cet article est de rassembler certaines impressions recueillies au cours de discussions portant sur le Rapport Parent et de présenter une interprétation des réactions anglo-protestantes aux recommandations contenues dans la troisième partie.UNE CHANCE UNIQUE Penchons-nous tout d’abord sur le problème religieux.Les auteurs du rapport font preuve d’une générosité remarquable à l’égard de toutes les minorités religieuses et saisissent fort bien la valeur du principe de la liberté des consciences.Les recommandations portant sur la création d’un système diversifié d’enseignement religieux (cours de religion ou de morale pour protestants, juifs, catholiques, orthodoxes et neutres au sein d’une même école anglophone alors que les élèves étudient les matières profanes ensemble) sont en général bienvenues.Certes il se trouvera certains protestants pour déplorer cet acheminement vers la multi-confession-nalité et pour souhaiter le maintien d’une atmosphère protestante homogène dans toute l’école et dans tous les cours.Mais d’autre part, il se trouvera pas mal de pasteurs pour trouver MICHEL DESPLAND : Professeur au Département de religion, Université Sir George Williams.que l’occasion de donner un cours de religion en milieu strictement confessionnel est une chance pour la catéchèse autrement plus valable que la vague atmosphère protestante censée être présente dans tous les cours.INUTILE DIVISION La proposition de la création d’un réseau d’écoles anglaises strictement non-confessionnelles soulève quelques problèmes.Le rapport reconnaît lui-même qu’en milieu protestant la confes-sionalité est du type large alors qu’en milieu catholique c’est une affaire plus stricte.Les neutres y sont donc probablement moins mal à l’aise.De plus, les anglophones sont une minorité dans la Province.Pourquoi les diviser ?N’est-ce pas les affaiblir dangereusement, et peut-être inutilement, surtout si l’école multi-confessionnelle anglophone a des cours de religion et de morale convenant à toutes ses minorités et surtout si elle fait preuve d’un vrai sens de la liberté religieuse de ses maîtres et de ses élèves ?Le problème des ressources financières est important ici, les écoles anglaises du Québec pourront-elles maintenir les mêmes standards que le reste du Canada au point de vue équipement et salaires si elles sont divisées ?UN PROBLÈME D'IDENTITÉ L’aspect du Rapport Parent qui a suscité les plus vives réserves est celui (ft SSI] tta MS Mai ail::.pe «B ten feu portant sur l’administration et en particulier les recommandations souhaitant la création de commissions scolaires régionales unifiées, administrant les écoles de langue anglaise tout comme celles de langue française.A part la crainte de certains administrateurs scolaires anglophones de perdre leur autonomie et leur statut de minorité indépendante, il y a derrière ces réserves des craintes, peut-être justifiées, de perdre l’identité propre des écoles québécoises de langue anglaise.A quoi tient cette identité ?A la confes-sionalité ?Probablement non.On vient de voir que les cours de religion sont garantis et que certains pasteurs y voient l’occasion d’un progrès pour la catéchèse dans la mesure où des spécia- .' listes seront bien préparés pour donner1 ces cours.A la langue ?Probable-| ment non.Fort rares sont ceux qui craignent de voir les écoles de langue anglaise devenir des écoles utilisant exclusivement la langue française.Non, je crois plutôt que cette identité relève d’une réalité culturelle, que je nommerai le protestantisme culturel.ECU oh be iii fe LE PROTESTANTISME CULTUREL Ici une distinction s’impose entre le protestantisme confessionnel et le protestantisme culturel.Le premier est une version de la foi chrétienne, caractérisée par le principe de l’autorité de la Parole de Dieu et des Ecritures, et par celui de la justification par la grâce Le deuxième est une réalité culturelle flouts «Mini «Itl h’in luis It. s et non religieuse, bien que souvent reliée à la réalité religieuse.Son principe de base est l’autonomie de la conscience individuelle.Au Québec, ce protestantisme culturel se définit en opposition (ou en distinction) à une autre réalité plus culturelle que religieuse : la culture canadienne-française catholique.Le protestantisme culturel est une espèce de mentalité, une série d’attitudes et d’habitudes intellectuelles, d’où découlent certaines conceptions de la pédagogie et du rôle de l’école.Pour caractériser ce protestantisme culturel et son opposition à la culture canadienne-française catholique, j’utiliserai certains des termes des Québécois de langue anglaise, laissant le lecteur libre de juger de la valeur de cette caractérisation.tisme, mais c’est aussi un respect plus radical de l’autonomie.Dans l’esprit de certains, ces deux types de mentalité relèvent de l’essence propre du protestantisme et du catholicisme.Ce jugement est abusif.Historiquement il y a eu plusieurs types de protestantisme et plusieurs types de cathohcisme.Ces deux mentalités relèvent beaucoup plus de réalités historiques conditionnées : la mentalité canadienne-française catholique d’une part, et la mentalité protestante des anglophones du Québec d’autre part, qui discernent une différence de culture et de conceptions pédagogiques en plus d’une différence de langue.UNE AFFAIRE TYPIQUEMENT QUÉBÉCOISE p- litanl sri- BIS- per-, ride niire ijns- :ds ;laise.«al i soil ms 1 «Il pii-{«et hole-il* Hoi, itile ;î:fr iiiiitf de li if .Je DEUX PÉDAGOGIES DIFFÉRENTES Dans la perspective du protestantisme culturel québécois, la tâche de l’école est de favoriser l’épanouissement de l’individu.Mais on conçoit volontiers que l’on facilitera cet épanouissement avant tout par des méthodes indirectes : il s’agit de communiquer des connaissances objectives, de donner des méthodes de travail, d’encourager la curiosité intellectuelle et l’honnêteté du jugement personnel.Bref, tout est censé mener à l’exercice libre du jugement individuel et les maîtres se flattent de faire un effort incessant d’approximation de l’objectivité.Aux yeux de cette tradition pédagogique, la pédagogie moyenne canadienne-française et catholique utilise des méthodes trop directes et ses maîtres se réfugient trop rapidement dans l’affirmation de l’inévitable subjectivité du pédagogue.On y parle trop de former l’individu ou bien de faciliter son développement autonome.On y parle trop d’entraînement de la volonté.On y tombe trop souvent dans des moralismes, vu que le maître veut toujours gagner l’adhésion de l’élève à certaines valeurs.Au fond, dit-on, la pédagogie canadienne-française et catholique tient avant tout à formuler avec clarté et dès le départ les buts de l’action du maître : on veut façonner un certain type d’homme pour une certaine société, qui, plus qu’une société, est plutôt une communauté avec des traditions bien reçues.La pédagogie du protestantisme culturel, par contre, se méfie toujours un peu d’une définition donnée à l’avance des buts de son action à l’égard des libertés : elle y craint un projet d’aliénation.C’est probablement du pragma- II faut bien souligner enfin que ce protestantisme culturel est une réalité culturelle québécoise à laquelle, en plus des protestants croyants religieux, des juifs, des incroyants et des catholiques de langue anglaise peuvent participer et participent en fait sans pour autant ressentir une atteinte à leur liberté religieuse.L’école protestante dans son aspect culturel c’est au fond l’école neutre canadienne-anglaise.C’est peut-être là une des ambiguïtés les plus dangereuses dans tout le débat portant sur les écoles protestantes.L’adjectif ren-voie-t-il à une réalité religieuse ou à une réalité culturelle ?Il faut bien ajouter que certains protestants exploitent cette ambiguïté d’une manière abusive.SE PROTÉGER D'UN INTÉGRISME CATHOLIQUE On peut donc comprendre pourquoi pas mal de Québécois de langue anglaise regardent d’un œil critique l’idée d’une intégration administrative des é-coles du Québec.Une tradition pédagogique à laquelle ils tiennent serait peut-être en danger.Il faut bien ajouter aussi que selon eux les deux différentes mentalités débouchent dans deux genres d’exercice de l’autorité dans l’administration et voilà certes une raison de plus de craindre l’intégration administrative.Au fond, je crois que l’on tient à l’autonomie administrative tout comme on tient à l’étiquette protestante (en dépit du fait que l’école protestante est en réalité multi-confes-sionnelle et le deviendra de plus en plus) simplement parce que l’on désire se protéger des ravages de la mentalité intégriste présente dans certaines sections de la majorité catholique.Au fond, pour beaucoup l’école protestante c’est peut-être simplement l’école dont on est sûr qu’elle n’aura pas de fil à retordre avec un groupe d’intégristes catholiques.ENTRE DEUX CHAISES : CRAINTE ET CONFIANCE Le lecteur ici risque de s’impatienter : tous ces anglophones craintifs ont des réflexes de ghetto et peignent des diables sur les murailles.Comment peuvent-ils lire le Rapport Parent et avoir de telles craintes ?Certes, les anglophones de la Province savent fort bien que le rapport est une révolution dans la philosophie pédagogique de la Province.Mais ils savent aussi que la révolution scolaire n’a pas toujours été bien reçue partout dans la Province.Alors ils se demandent comment le rapport sera appliqué à l’échelle locale.Tous les maîtres religieux ne sont pas des Mgr Parent ou des sœurs Marie-Laurent-de-Rome.Et tous les laïcs engagés dans l’éducation ne sont pas des Gérard Filion ou des Guy Rocher.Les éducateurs protestants observent donc avec soin l’évolution des esprits au niveau local.Us ont noté avec plaisir le nouveau statut de l’instruction religieuse au sein des écoles catholiques.Us ne craindraient pas d’être administrativement parlant à la merci du genre de Canadiens français catholiques qui ont inspiré ce changement.Par contre d’autres citent des exemples locaux tendant à prouver que rien n’a changé.A partir de quel moment une minorité peut-elle faire confiance à une majorité ?Voilà une question de philosophie politique fort délicate.U faut beaucoup d’observations empiriques encourageantes et pas mal de garanties pour pousser la minorité à faire le geste de confiance.Le Québécois qui examine l’hypothèse canadienne est bien placé pour le savoir.h « CONSTRUIRE L'ÉCOLE » Suite au numéro d'octobre.Des articles de : Daniel Latouche, Jocelyne Dugas, etc.idfl 284 LES JUIFS ET LE RAPPORT PARENT jeli 0lC EU jisM Kît es'» sijii Au moment de mettre en chantier son numéro spécial sur Véducation, Maintenant est allé demander à M.David Rome, directeur de la Bibliothèque juive de Montréal et professeur d’histoire du Judaïsme à McGill, ce que nos concitoyens juifs entrevoient de bon, et de moins bon pour leurs enfants, dans la révolution tranquille de l’école au Québec.— Interview de Hélène Pelletier-Baillargeon.H.P.-B.— Selon vous, M.Rome, quelle serait la philosophie de l’éducation qui vous semblerait prévaloir, ici, dans la communauté juive du grand Montréal ?D.R.— Approximativement, je dirais que l’idéal démocratique qui se traduit dans le système scolaire américain (i.e.l’école d’Etat neutre pour tous, avec écoles privées pour les groupes marginaux qui le désirent) serait probablement celui qui rallierait l’adhésion d’une forte majorité des Juifs du Québec, s’ils avaient spontanément à faire un choix.Cet idéal démocratique, qui implique une citoyenneté unique atteinte par une confrontation et un mélange égalitaires de toutes les races et de toutes les religions, même au prix de la perte des identités ethniques et souvent religieuses, enthousiasme à raison beaucoup de Juifs qui, pour des motifs historiques faciles à comprendre, ont développé une phobie de tout ce qui peut ressembler de près ou de loin à la ségrégation ou au ghetto.L'ÉCOLE NEUTRE POUR TOUS ?H.P.-B.— Ces Juifs croient-ils l’école neutre et démocratique de type américain réalisable au Québec ?D.R.— Je vous dirai tout d’abord que cet idéal démocratique réalisé dans l’école neutre pour tous, même s’il était réalisable ici, ne répondrait pas à la totalité des objectifs du peuple juif, objectifs qui sont très complexes en Amérique du Nord et particulièrement au Québec.DAVID ROME : Professeur d’histoire du Judaïsme à McGill et directeur de la Bibliothèque juive de Montréal.Mais pour vous répondre plus directement, je verrais, pour ma part, deux objections majeures à la réalisation d’un système d’écoles neutres pour tous ici : d’abord la dualité linguistique du Québec et, secondairement, ce choix historique et permanent des Canadiens français, ici majoritaires, pour le principe des écoles confessionnelles.Or dans un tel système confessionnel, contrairement au système américain, ce sont les neutres qui apparaissent minoritaires et marginaux.L’école neutre pour tous me paraît donc pratiquement irréalisable au Québec pour cette double raison.OU ALORS UN SYSTÈME ANGLOPHONE NEUTRE?H.P.-B.— Si l’idéal scolaire américain est irréalisable ici, vers quelle option se tournerait alors cette majorité de la communauté juive ?D.R.— Consciemment ou non, cette majorité des Juifs se tourne vers un compromis : s’il est impossible d’obtenir un système totalement neutre à l’américaine peut-être pourrait-on du moins obtenir un système anglophone qui, lui, soit vraiment neutre ?Cet idéal secondaire est d’ailleurs partagé par beaucoup d’anglophones non-juifs.Evidemment la plupart des Juifs le souhaiteraient aussi pour le Québec, puisqu’au fond, il ne s’agirait là que de ratifier une situation déjà existante de fait.Les écoles protestantes du Québec sont selon l’avis de la majorité des Juifs, à toutes fins pratiques des écoles neutres.J’irais même jusqu’à dire qu’elles le sont aussi implicitement au niveau des principes.H.H.-B.¦— Au niveau des principes, dites-vous ?D.R.— Bien sûr : dès que la loi affirme que, pour fins scolaires « les Juifs sont des protestants », cela revient à dire que : « les protestants ne sont plus des protestants ».C’est mathématiquement irréfutable.DAVID ROME Élloi ras tl Bpf1 DEUX OBJECTIONS : LES PROTESTANTS ET LA LOI H.P.-B.— Et cette solution de compromis, cette déconfessionnalisation du secteur anglophone, vous semble-t-elle réalisable ?D.R.— A mon avis, elle présente elle aussi deux premières difficultés majeures : 1 ° Peut-être existe-t-il au Québec des protestants nombreux qui désirent des écoles protestantes vraiment confessionnelles.Nous ne pouvons l’affirmer avec certitude mais nous le supposons aisément.oiiiiél Jw wild.Il - 2° La loi est là, formelle dans son texte et statuée par le Conseil privé à Londres : pour déconfessionnaliser le secteur anglophone, il faudrait qu’elle soit changée.H.P.-B.— Ces difficultés vous semblent-elles à première vue insurmontables ?l'école affié l'école De loin fai! tou ten D.R.— Pas irrémédiablement ; c’est pourquoi je vous laissais entendre qu’une autre série d’objections, beaucoup plus profondes celles-là, nous viennent ensuite à l’esprit.idem s «me m ijfjjfjof.H.P.-B.— Quelles seraient-elles ?ET LES CATHOLIQUES .PM ià pi 'Wt «Sfr,, *8 fie D.R.— Ce sont celles qui, historiquement, ont toujours découlé de tout essai de coexistence de l’école neutre et de l’école chrétienne : une telle confrontation a toujours posé et posera toujours^ des problèmes de taille pour l’Eglise catholique, quelle que soit la forme sous laquelle l’école neutre est organisée.Inégalité d’un secteur à l’autre, dans la qualité de l’enseignement et des profes-LCJ seurs, problèmes de distribution par ré-, gions, problèmes douloureux de choix, pour les parents catholiques à cause du: conflit créé par les obligations que leur| fait toujours le Droit Canon, etc.Or., en réclamant l’école neutre, les JuifsL pourraient être identifiés comme les res-L.’ pensables de ces divisions et de cesj, problèmes chez les catholiques : et cela,;. 285 es* njet k 4 ildi ïaiOi ii a liais iDb Sû privé lia ma iml ;;c’c iqiini appli i«ie !l! JO# rjliS üi' jflOllI (ggjOU 0 (!iS° (JjflS proif pari le * jjele SH lits! Ji1 el ce ils ne le souhaitent pour rien au monde, vous le pensez bien.En outre, il faut reconnaître qu’une division utopique entre secteur catholique et secteur neutre serait artificielle.Ces « neutres » ne le seraient pas tous en réalité puisque « non-catholiques » ne signifie pas nécessairement et exclusivement « non-religieux ».On instaurerait alors toute une autre série de divisions et d’affrontements (le « kultur-kampf » des Allemands) peu souhaitables.Notre division actuelle entre « secteur catholique » et « secteur protestant » est très boiteuse.mais je crois définitivement que la situation serait encore pire dans la seconde hypothèse.ÉDUCATION JUIVE ET RELIGION H.P.-B.— Vous faites allusion à cette conception chrétienne de l’école selon laquelle tout un climat religieux doit imprégner même l’enseignement profane.Existe-t-il une telle conception juive de l’école que nous puissions lui opposer en parallèle ?D.R.— Il est certainement possible d’établir ce parallèle, quoique, vous le pressentez, les objectifs fondamentaux de l’école juive confessionnelle soient bien différents des visées fondamentales de l’école chrétienne.De toute son ancienne tradition, le judaïsme n’a à peu près pas connu, jusqu’aux temps modernes, de conflits entre éducation et religion.L’intégration des deux s’est toujours effectuée harmonieusement : la vérité étant perçue comme une valeur unique, fin de toute éducation, il n’était auparavant jamais question de dissocier éducation et religion.Depuis les temps modernes et l’apparition de l’athéisme, on aurait pu croire à première vue que les Juifs non-religieux, comme beaucoup de Canadiens français devenus agnostiques, se mettraient à vouloir exclure la religion de l’éducation de leurs enfants.Mais il n’en est rien en fait parce que, même évacuée de ses dimensions d’absolu, la religion demeure utile à tous les Juifs, religieux ou non, comme valeur de culture et facteur de survivance nationale.Car c’est la mixité religieuse nord-américaine qui rend démocratiquement souhaitable l’école neutre : en soi elle ne constitue pas une valeur aux yeux des Juifs.Pour vous, vous avez proclamé autrefois que la « langue était gardienne de la foi » ; pour nous, ce serait l’inverse qui se vérifierait en pratique : ce serait la religion qui deviendrait gardienne de la survivance nationale.Cette utilisation de la religion pour des fins nationalistes explique le large éventail de tendances religieuses qui se retrouvent dans les écoles privées juives, tendances qui vont de l’orthodoxie la plus stricte au libéralisme le plus moderne mais où on reconnaît toujours, à travers la culture biblique, la base linguistique de l’hébreu et du yiddish.H.P.-B.— Mais si telles sont les visées fondamentales de l’éducation juive, comment les Juifs peuvent-ils se sentir à l’aise à l’intérieur du secteur scolaire protestant ?D.R.—• Tout simplement parce que le secteur protestant n’est pas réellement protestant ! S’il l’était, au sens religieux du terme, les Juifs s’y sentiraient évidemment brimés.Mais à leurs yeux, les seuls « chrétiens » qu’ils reconnaissent, ce sont les « catholiques ».les protestants se comportant à toutes fins pratiques comme des « neutres » sur le plan scolaire.Géographiquement d’ailleurs la population scolaire juive étant très regroupée, beaucoup d’écoles, comme à Montréal, Strathcona, Van Horne School, Northmount High School, West Hill High School qui, sur papier sont censées être des écoles protestantes, sont en réalité des écoles juives.Ecoliers et professeurs juifs y sont en telle majorité que dans beaucoup d’endroits on se met tout bonnement à y enseigner ouvertement un peu de judaïsme durant les heures de cours.S’il fallait parler de discrimination, ce serait plutôt alors envers les quelques rares écoliers vraiment anglais et vraiment protestants qui fréquenteraient ces écoles ! H.P.-B.— Les professeurs juifs ne sont donc l’objet d’aucune discrimination à l’intérieur du secteur protestant ?D.R.— Pas du tout.La demande de professeurs est énorme, la population scolaire juive est suffisante pour absorber tous les enseignants juifs qui se présentent et de fait, on ne leur pose aucune condition brimante.LES ALÉAS DU SECTEUR PRIVÉ JUIF H.P.-B.— Mais cette situation étrange de l’école juive se reformant tant bien que mal à l'intérieur de l’école protestante peut-elle répondre à toutes les exigences du nationalisme juif ?D.R.— Naturellement pas : pour les Juifs, deux idéaux entrent alors en conflit.D’une part leur fidélité au système démocratique d’inspiration américaine dont nous avons parlé plus haut et, d’autre part, l’expérience historique qui démontre la fonction essentielle de l’é- ducation juive dans la survivance nationale.Or, à long terme, cette éducation juive authentique ne peut se réaliser dans les cadres de la neutralité scolaire.C’est pourquoi, en plus de payer leurs taxes aux commissions scolaires protestantes qu’ils financent à 75% (si l’on excluait Juifs et Néo-Canadiens du secteur protestant, on s’apercevrait que les payeurs de taxes vraiment anglais et le nombre des étudiants vraiment protestants se réduiraient à une bien petite minorité.) les Juifs financent, par le mécénat et les campagnes de souscriptions, un secteur d’écoles privées pour une valeur d’un million de dollars.H.P.-B.— Ces écoles privées répondent-elles à la demande des Juifs ?D.R.— Elles sont insuffisantes en nombre et handicapées au départ de trop d’exigences contradictoires.Pensez qu’il y a à Montréal 16,000 écoliers juifs dont 4,000 (le quart !) fréquentent leur secteur privé qui est insuffisant, coûte très cher, pose d’énormes problèmes de transport aux parents et enfin se voit forcé d’opérer une sélection rigoureuse des meilleurs sujets, puisque ces enfants doivent cumuler dans les mêmes heures de cours, à la fois le programme général des écoles de la province, et en même temps tous les cours de culture, de langue et de religion juives.A côté de ces écoles privées plein-temps, nous avons bien aussi des écoles supplémentaires : les enfants juifs qui les fréquentent vont d’abord à l’école protestante pour l’enseignement général et, en fin de journée se rendent à l’école supplémentaire.Compte tenu de la psychologie normale de l’écolier, ce système risque plutôt de lui faire considérer sa foi, sa langue et sa culture comme un pensum ! H.P.B.— Les Juifs seraient-ils donc en majorité tentés par l’école juive de préférence à l’école neutre s’ils avaient le choix ?D.R.— Je le pense.Si vous considérez qu’en dépit de toutes ces difficultés que je viens d’énumérer, le quart des enfants juifs fréquentent déjà les écoles privées, vous pouvez imaginer qu’en aplanissant ces difficultés, vous verriez la majorité des parents juifs opter pour l’école confessionnelle juive de préférence à l’école neutre.UN SECTEUR PUBLIC JUIF?H.P.-B.— Si la Commission Parent a-vait proposé la création d’un secteur public juif, vous croyez donc que cette perspective aurait rencontré les vœux de la plupart des Juifs ? 286 D.R.— J’en suis convaincu d’autant plus que les objections qu’on a faites à la création de ce secteur juif ne sont pas fondées.On a dit que la création d’un tel secteur serait un facteur d’émiettement et de morcellement du système scolaire.Mais les chiffres et les exigences démocratiques démentent une telle affirmation.J’ai déjà dit qu’en plus de subventionner personnellement et sans aide gouvernementale leur propre secteur privé, les Juifs fournissaient 75% du budget des écoles protestantes à la direction desquelles ils ont bien peu de part.De plus, leur population scolaire est déjà regroupée et concentrée ce qui rendrait très facile la création d’écoles juives publiques.H.P.-B.¦— La situation financière peu démocratique faite aux Juifs à l’intérieur du secteur protestant va-t-elle les amener à demander l’aide gouvernementale pour leur secteur privé, ou une meilleure redistribution des deniers versés au secteur protestant ?D.R.— Pas nécessairement.Par principe, les Juifs répugnent assez aux interventions de l’Etat en matière religieuse et la contribution financière de l’Etat à l’école confessionnelle quelle qu’elle soit constitue toujours l’une de ces interventions plus ou moins ouvertes.Je vous l’ai dit au début : les Juifs en général sont assez fidèles à l’idéal américain de la non-intervention de l’Etat en matière religieuse.TROIS HYPOTHÈSES D'AVENIR: UN SEUL IDÉAL H.P.-B.— En gros, comment finalement les Juifs entrevoient-ils leur avenir scolaire au Québec ?D.R.— Il n’y a pas d’unanimité là-dessus car tous n’ont pas d’idées également précises sur cette question de l’éducation et de la confessionnalité.Si la plupart pensent avec réalisme que la solution n’est pas pour demain, un premier groupe, lui, attend tout bonnement de la révolution tranquille qu’elle produise à longue échéance un système neutre pour tous à la manière des U.S.A.Un second groupe espère plus simplement que les écoles protestantes deviennent un jour selon la loi, comme elles le sont déjà en fait, des écoles neutres.Un troisième groupe, après avoir soigneusement lu le Rapport Parent, place désormais ses espoirs dans les comités régionaux de parents qui, selon les recommandations du rapport, doivent décider du caractère confessionnel de l’école.Majoritaires au sein de ces comités, les parents juifs pourraient alors, en bien des endroits, faire officiellement transformer une école officiellement protestante fréquentée en grande partie par des écoliers juifs en école confessionnelle juive.Enfin au sein de tous ces groupes un grand espoir lointain domine : obtenir, à côté des secteurs catholique, protestant ou neutre, un secteur public juif et autonome qui réponde aux exigences de notre nombre, de notre identité culturelle, religieuse et nationale.ET LA FRANCOPHONIE.JJ.P.-B.— En terminant, M.Rome, dites-nous quel serait le nombre approximatif de Juifs francophones qui se seraient joints au groupe canadien-fran-çais, en matière scolaire, à supposer que les recommandations du Rapport Parent aient choisi comme base initiale une division selon la langue ?D.R.— Il y a environ 10,000 Juifs francophones actuellement à Montréal.Ces Juifs d’origine française sont d’immigration assez récente au Québec (5 à 10 ans au plus).Tous n’exercent donc pas encore une égale influence dans notre milieu, mais il est à prévoir que leur nombre ira en augmentant ; sans parler bien sûr de tous ces Juifs anglophones qui vont en grand nombre devenir francophones à cause du tournant décisif que prend aujourd’hui l’évolution du Québec.Je laisse là-dessus à notre réflexion les récents propos de M.Nurenberger à Toronto : « Il est inutile de regarder en arrière : 11 faut envisager l’avenir.Et l’avenir de la communauté juive au Québec réside dans la préservation de sa religion particulière.La survivance juive au Québec ne dépendra pas de la langue dans laquelle nous transmettrons nos traditions aux jeunes.Etant donné que la communauté juive de Montréal fleurit dans la deuxième plus grande ville française du monde, après Paris, il lui incombe tout naturellement de s’intégrer à la culture française, tout comme la communauté juive de New York s’est normalement intégrée à la culture américaine.« Je l’ai dit, il y a plusieurs années, les écoles de la communauté juive de Montréal devraient être d’esprit juif et de langue française.Après tout, la Thora n’a pas été transmise sur le mont Sinaï en langue anglaise ».4 DÉPERSONNALISATION .Q.— Certains parents se plaignent du gigantisme des régionales, ainsi que de l'absence de titulaires.A-t-on prévu pour ces écoles nouvelles des mécanismes par lesquels les enfants seraient moins dépersônnalisés ?G.R.— Si une école secondaire polyvalente continue d’être administrée à la manière des petites écoles d’autrefois, cela pose assurément des problèmes énormes pour les jeunes.Cependant, la Commission Parent a prévu un système de tuteurs.Ces tuteurs ont la responsabilité de 25 élèves.En principe, tout maître devrait pouvoir être tuteur d’au moins quelques élèves.Le tuteur présente certains avantages sur le titulaire.Tout d’abord, si un jeune « n’accroche pas » avec un maître comme tuteur, il pourra demander de changer de tuteur.Ce qui ne pouvait que difficilement se faire sous le régime du titulaire de classe.Ce système permet donc plus de souplesse et d’efficacité.En outre, tous les maîtres se partageront plus également la responsabilité des élèves, alors qu’au-paravant les titulaires seuls devaient porter cette responsabilité.Enfin, dans l’attribution ou dans le choix des tuteurs, on pourra tenir compte de l’orientation de chaque enfant.Aussi, il y a plus de chance que l’orientation — qui doit devenir une donnée essentielle du système scolaire — soit mieux assurée qu’elle ne l’est présentement et les maîtres seront appelés à y participer de façon toujours plus active.Il faut par ailleurs insister sur le fait que les mouvements de jeunes deviennent essentiels dans les grands ensembles scolaires.Les jeunes, entre eux, retrouvent les fondements des relations humaines que les immeubles scolaires ne leur offrent pas toujours.A l’école, comme ailleurs, il faut savoir inventer de nouvelles structures de relations humaines.Et les jeunes sont beaucoup moins perdus que les parents ne le pensent.Guy Rocher ! I jHjjjH HH RBBHBHHBD iV.V.V.YiY.Vi l'MWÆMy, tmmmmÆ WSÊÊÊÊSBA aapf > j CARICATURES : LE BILLET DE CONFESSION Q.— Un brevet de pratique religieuse pour les professeurs ?G.R.— Il faut d’abord reconnaître que la religion n’est déjà plus un critère d’engagement.En pratique, on n’exige plus la profession de foi.Dans des collèges classiques, pourtant confessionnels, on engage des professeurs non-pratiquants et non-croyants, dès lors qu’ils sont compétents et qu’ils respectent le caractère catholique de l’institution.Les dirigeants des grandes commissions scolaires se doutent bien que plusieurs de leurs professeurs ne pratiquent plus ou même ne croient plus.Ce n’est pas la mention « professant la foi catholique » qu’on lit sur le brevet d’enseignement qui offre une garantie valable.Un professeur pouvait bien être croyant et pratiquant à la fin de ses études normales, mais qui nous dit qu’il le soit encore dix ans plus tard, surtout dans le contexte actuel du Québec ?De plus, quelle signification peut avoir ce brevet confessionnel ?Les étudiants des écoles normales sont bien obligés de faire comme si ils étaient croyants et pratiquants pour obtenir le brevet qui les autorise à enseigner dans les écoles confessionnelles du Québec — les seules qui leur soient actuellement accessibles.Le système les force à l’hypocrisie.On ne peut guère s’appuyer sérieusement sur des garanties juridiques de cette sorte.Par ailleurs, il n’est pas possible en pratique d’exiger la profession de foi sans instaurer tout un système d’enquêtes sur la vie privée des professeurs.Ce qui serait le comble de l’odieux.Cela ne pourrait se faire que dans un système catholique privé de type ghetto dont les résultats, même du point de vue chrétien, seraient du reste fort douteux.Mais dans un système scolaire public, même confessionnel, une telle attitude inquisitoriale serait tout simplement inadmissible.Il n’y a donc pas, à mon avis, de garantie juridique ou administrative qui puisse assurer efficacement l’homogénéité des maîtres, même dans une école catholique.Il faut surtout compter sur l’honnêteté intellectuelle et spirituelle du corps enseignant et sur son authenticité, pour que d’une part, la majorité des maîtres enseignant dans une école catholique soient eux-mêmes catholiques et que d’autre part les maîtres non-catholiques qui y enseignent aussi respectent le caractère confessionnel de l’école et tiennent compte de l’option religieuse de leurs élèves.La maturité, l’honnêteté et l’objectivité des professeurs offriront toujours des garanties plus sûres que l’hypocrisie obligatoire et les méthodes policières.En lui assignant un statut public, le Rapport Parent a fait confiance à l’école confessionnelle.Celle-ci saura-t-elle relever de défi en optant pour une confessionna-lité ouverte ?A l’heure du Schéma XIII, l’Eglise saura-t-elle éviter la tentation de se cantonner dans un secteur scolaire privé dont on peut prévoir qu’il deviendra de plus en plus étroit et marginal ?Saurons-nous éviter les luttes scolaires stériles qu’ont connues d’autres pays ?A ces questions, la Commission Parent a répondu de manière optimiste.Mais la vraie réponse appartient encore à chacun de nous, parents, maîtres, étudiants, membres du clergé.Guy Rocher Studio Jacques Gagnier REVUE CHRÉTIENNE D'OPINION PUBLIÉE SOUS LA RESPONSABILITÉ DE L'ORDRE DOMINICAIN PARAIT LE 15 DE CHAQUE MOIS directeur-administrateur : V.HARVEY, O.P.adjoints à la direction : PIERRE SAUCIER HÉLÈNE PELLETIER-BAILLARGEON PAUL DOUCET, O.P.JEAN PROULX, O.P.ANDRÉ CHARBONNEAU comité de Québec : Claude Beauchamp, Jocelyne Dugas, Pierre Fortin, Gérard Lapointe parmi nos collaborateurs : H.-M.BRADET, O.P.; M.Despland ; Naïm Kattan ; P.Bernard ; F.Dumont ; J.-Y.Morin ; L.Racine, O.P.; A.Beauchamp, pîre ; chanoine J.Leclercq ; J.-P.Audet, O.P.; B.Lacroix, O.P.; J.Grand'Maison, ptre ; J.-P.Vanasse ; J.Lamoureux ; D.Latouche ; H.Robiliard, O.P.CONDITIONS D’ABONNEMENT : ABONNEMENT D’UN AN - - $ 5.00 ABONNEMENT D’ÉTUDIANT - $ 3.50 ABONNEMENT DE SOUTIEN - $10.00 RÉDACTION, ADMINISTRATION, ABONNEMENTS, 2715, Chemin Côte-Ste-Catherine, Montréal-26, P.Q.Tel.739-2753 N.B.Les abonnements ne sont enregistrés qu'au reçu du versement.IMPRIMÉ AU CANADA PAR : L’ŒUVRE DE PRESSE DOMINICAINE CUM PERMISSU S U PER I OR U M Ï*XI-) mm œ cor- £rç>cn LE DROIT DES PARENTS C’est en entendant un nombre croissant d’évêques les proclamer, que beaucoup de parents du Québec ont appris, ces dernières années, qu’ils possédaient des droits touchant le caractère confessionnel de l’école qu’allaient fréquenter leurs enfants.Pour citer les paroles récentes du Cardinal Roy dans Le Devoir du 15 août dernier, paroles auxquelles se rallierait vraisemblablement, selon leur auteur, l’ensemble de l’épiscopat québécois : « L’école catholique (à laquelle les parents ont droit) est celle dans laquelle l’étudiant retrouve l’atmosphère qu’il respire dans son foyer et dans sa paroisse ».Ou encore : « .La religion doit être le fondement et l’âme de tout l’enseignement.Et, nulle part cela ne se réalise mieux que dans une école où tout est imprégné de la foi ».Certains parents se sentent mal à l’aise devant cette terminologie idéale qui prétend créer une « atmosphère », une « imprégnation », une « âme » au niveau des structures.Mal à l’aise également devant la philosophie hésitante et floue de la déclaration de Vatican II sur l’éducation chrétienne, déclaration à laquelle on semble cependant vouloir prêter la même rigueur et la même autorité qu’à la constitution dog- matique sur l’Eglise ou qu’à la déclaration sur la liberté religieuse.Ces parents ont trente et quarante ans.Beaucoup d’entre eux ont connu les humanités gréco-latines-catholiques dans toute leur splendeur.Pourtant, en dépit de leur formation passée, ils ignorent toujours à quoi pouvait bien rimer ce « climat chrétien » idyllique, qu’on veut leur faire revendiquer encore aujourd’hui, et qui était censé « tout imprégner », dans leur temps, depuis l’accord des participes jusqu’au binôme de Newton en passant par le traité d’Utrecht et l’arbre de Porphyre.Ces parents « dissidents » souhaitent tout autant que les autres voir leurs enfants partager leur foi.Mais ils doutent que, dans une société visiblement déchristianisée à 50%, le meilleur moyen pour y arriver soit de leur procurer une école où ils retrouveraient « l’atmosphère qu’ils respirent dans leur foyer et dans leur paroisse ».Dans les « foyers » d’aujourd’hui, c’est un fait, les beuglements du transistor remplacent de plus en plus les litanies du chapelet en famille.A ces pères et mères, la Rapport Parent propose plutôt de « rendre à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu » : l’enseignement des mathématiques aux mathématiciens et celui de la catéchèse à des croyants formés et spécialisés en matière religieuse.Idéal plus restreint, s’objectera-t-on, mais vraisemblablement plus réaliste.On voit mal, en effet, comment les diplômés des Ecoles normales réussiraient à recréer dans toute l’école une « atmosphère chrétienne » que les diplômés des Ecoles de médecine, de génie ou de commerce sont d’ores et déjà impuissants à susciter dans leurs professions respectives.S’il est vrai que les parents croyants possèdent des droits sur l’école, il reste maintenant à se demander si certains d’entre eux ont également celui de les exercer suivant une philosophie de l’éducation qui différerait un tant soit peu, par ses prémisses sociologiques, de celle exprimée dans les paroles récentes du primat de l’Eglise canadienne ?Si celles-ci ne devaient laisser aucune place à une autre interprétation — ce qui serait assez navrant après Vatican II —, il faudrait alors avoir la franchise de borner strictement le droit de ces parents à ceux que posséderait un énorme groupe de pression consentant, mis en bloc au service des hiérarchies locales dans les rapports de force qui les opposent périodiquement aux interventions des Etats.Hélène Pelletier-Baillurgeon IE NUMÉRO : $0.50
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