Maintenant, 1 janvier 1972, Janvier
- — Ie Rapport Dumont une ÉCUSE POUR LES HOMIVES D'ICI numéro 112 sommaire ÉDITORIAL Vincent Harvey.3 SIGNES DU MOIS "GOOD LUCK, MISTER SRICER!,, Jacques-Y van Morin.7 TÉMOIN OU DÉLATEUR?Claude Saint-Laurent.8 LE RAPPORT DUMONT Dossier d'information.10 INTERVIEW DE FERNAND DUMONT Hélène Pelletier-Baillargeon.12 FOI ET ENGAGEMENT POLITIQUE Jacques Grand'Maison.18 LE MESSAGE SERA-T-IL ENTENDU?Guy Rocher.24 DU FAIT À L'ÉVÉNEMENT Jean-Louis Lévesque, o.p.26 LE DERNIER CONGRÈS DE LA FTQ Jean-Réal Cardin.28 MON ONCLE ANTOINE Richard Gay.32 ERRATUM L'extrait que nous avons publié à la p.339 de notre dernier numéro, provenait du Mémoire de la FMOQ (Fédération des médecins omnipraticiens du Québec) et non de la FMSQ (Fédération des médecins spécialistes du Québec).Janvier 1972 numéro 112 Mensuel publié par LES EDITIONS MAINTENANT INC.FONDATEUR Henri Bradet DIRECTEUR Vincent Harvey ADJOINTS A LA DIRECTION Hélène Pelletier-Baillargeon.Richard Gay COORDONNATEUR DE LA REDACTION Yves Gosselin SECRETAIRE DE REDACTION Laurent Dupont SECRETAIRE ADMINISTRATIVE Louise Boileau COMITE DE REDACTION Robert Boily, Serge Carlos, Fernand Dumont, Jacques Grand'Maison.Jacques- Yvan Morin Guy Rocher.Claude Saint- Laurent, Pierre Vadeboncoeur.MAQUETTE: Lise Nontel IMPRESSION: Imprimerie Montréal Offset DISTRIBUTION: Les Messageries Dynamiques Inc., 9820 rue Jeanne-Mance, Montréal.(514) 384-6401.CONDITIONS D'ABONNEMENT: Abonnement d'un an $ 7.00 Abonnement d'étudiant $ 5.00 Abonnement de soutien $10.00 N.B.Les abonnements ne sont enregistrés qu'au reçu du versement.2715 Chemin Côte Ste-Catherine, Montréal 250, P.Q.— (514) 739 2758 Courrier de la deuxième classe Enregistrement no 1419 2 U s Le rapport de la Commission Dumont que viennent de publier les éditions Fides n’échappera pas à la critique.Ce n’est pas un rapport parfait.Les auteurs eux-mêmes le reconnaissent dans leur introduction: Ce livre comporte bien des lacunes et de tout ^enre.Pour prétendre à une certaine exhaustivité, il nous aurait fallu reporter à beaucoup plus tard la remise de notre rapport.Et ils ajoutent une justification qu’il ne faut peut-être pas considérer comme une excuse facile ou une précaution littéraire: Après tout, nous n'avions pas à proposer une sorte de système; aussi valait-il mieux dégager les grandes lignes d'un diagnostic et de larges orientations de façon à laisser place à l'initiative et à la discussion (Rapport, p.13).L'entretien avec Fernand Dumont, que nous publions dans le présent numéro, souligne entre autres le bien-fondé et les implications de cette affirmation.Il fournit également une grille de lecture utile pour ceux qui n’auront pas encore lu le rapport, et de relecture pour ceux qui l’auront parcouru rapidement.Rapport Dumont La démarche du rapport La démarche empruntée par les rédacteurs du rapport est à la fois la plus normale et la plus réaliste.L’Eglise comme la culture et la société québécoises passe par une crise dont personne n’ose contester l’existence ni la profondeur, à moins de s’enfouir la tète dans le sable des nostalgies et des illusions du genre “c'est une crise passagère] ça va se tasser".Les symptômes sautent aux yeux: déclin de la pratique religieuse, décimation dans les rangs du clergé, désaffection à l’égard de l’Eglise, démantèlement des paroisses surtout en milieu urbain, indifférence des jeunes, absence de leadership spirituel dans l’Eglise et carence de projets susceptibles de regrouper les chrétiens et les hommes d’ici.Devant tout cela, devant d'autres phénomènes encore, on peut bien affirmer que le malaise est diffus; il est certain, du moins, que les chefs religieux et les chrétiens responsables ne peuvent chercher des faux-fuyants et encore moins se réfugier dans des alibis apologéti- ques sur l'éternité de l'Eglise (Rapport, p.25).Or, en période de crise et d'évolution rapide comme celle que nous vivons au Québec depuis une décennie, il faut d'abord regarder la réalité en face et tâcher de bien diagnostiquer la situation globale." Car malaise et critiques ne peuvent être envisagés uniquement dans l'enceinte de l'Eglise, ainsi que le signalait le président de la Commission dans le communiqué remis à la presse lors du lancement du rapport.Ils ont leurs parentés et leurs correspondances, ajoutait-il.dans la société québécoise tout entière.La foi chrétienne.en effet, se vit dans une culture et une société données, non pas dans quelque sphère éthérée d’un universalisme abstrait.Cette auscultation détecte des scléroses, des tiraillements, des conflits et des brisures; elle décèle, par ailleurs, des aspirations humaines et religieuses encore confuses, des dynamismes nouveaux qui cherchent leurs formes d’expression, des attentes et des désirs apparemment contradictoires mais qui pourraient fort bien se rapprocher, sinon se rejoindre, au niveau plus profond de l'âme québécoise.Une telle analyse est indispensable dans un processus d'évolution par lequel une collectivité tout comme un individu recherche et construit son identité.Tout passage d’un âge de la vie à un autre comporte des ruptures, parfois brutales mais aussi des continuités qui s’expriment sous des formes nouvelles.Chacun de nous peut en trouver des exemples dans sa propre histoire.Songeons à notre passage de l’enfance à l’adolescence ou de l’adolescence à la maturité.Dans chacune de ces crises, il y a eu rejet, critique mais aussi récupération originale de valeurs antérieures et de dynamismes latents.On ne change jamais du tout au tout, à moins d’exceptions .et encore?On ne crée pas de toutes pièces ses qualités ou ses défauts, ses réussites ou ses échecs.Sur ce point la psychanalyse nous a appris beaucoup de choses.Elle nous a appris en particulier que c’est en assumant dUriiîliHvî'-r.3 son histoire personnelle qu’on peut briser les chaînes de sa captivité intérieure et dégager les virtualités d’une liberté créatrice.Un bon psychothérapeute n’impose pas de nouveaux conditionnements à son patient et ne décide pas à sa place d’un programme de vie; il l'aide à devenir ce qu’il est.Les communautés et les collectivités suivent, j’imagine, à peu près le même cheminement.C’est la démarche qu’ont suivi les rédacteurs du rapport Dumont.La première partie, intitulée Inquiétudes et aspirations, analyse la situation des chrétiens et de l’Eglise dans le Québec d’aujourd’hui: inquiétudes, angoisse, critiques, attentes, aspirations.Il n’y a pas de statistiques ni de graphiques.A vrai dire rien n’est quantifié.Les annexes nous donneront sans doute plus de détails.Mais déjà, sans avoir parcouru tous les coins de la province comme l’ont fait les commissaires, on sent que le diagnostic est juste dans son ensemble.Dans la deuxième partie, Un héritage religieux mis en question, les commissaires ont interrogé l’histoire de l’Eglise du Québec, son rôle dans la société et la culture d’hier.Ils en ont fait une sorte de psychanalyse, discernant ses conditionnements, ses faiblesses, mais aussi son enracinement dans le terreau québécois, ses énergies passées et ses chances de résurgence dans les nouveaux projets humains de la communauté québécoise.Une résurgence, certes, dont les formes seront toutes différentes des modèles du passé.Les grandes options de l'Eglise du Québec C’est dans la troisième partie, Un nouveau chantier, que le rapport définit les grandes options de l’Eglise en solidarité d’abord avec la société québécoise, sans pour autant se fermer aux aspirations de tous les hommes et de tous les chrétiens du monde.Il n’y a pas là contradiction: les gens d’ici ne pourront s’accomplir humainement que dans la mesure où ils auront conquis leur identité individuelle et collective dans une lutte sans relâche pour la promotion de leur société.Alors ils pourront accéder à une espérance chrétienne authentique de même qu’à une véritable solidarité universelle.On n’atteint l’universel qu’à travers le particulier.On devient être pour les autres, selon l’expression de Bonhoeffer, à propos du Christ, que dans la mesure où l’on a une pleine conscience de son identité, individuelle et collective, dans le partage des tâches quotidiennes avec ceux qui nous sont proches.Venant à la suite des deux premières, cette troisième partie constitue incontestablement la pièce maîtresse du rapport.Il faut la lire à plusieurs reprises et la méditer longuement pour en découvrir toutes les implications.On sera surtout captivé par les chapitres trois et quatre (Une Eglise engagée, pp.129-136, et Les tâches missionnaires pour l’Eglise du Québec, pp.138-147 — le mot missionnaires étant ici synonyme de tâches d’une Eglise engagée).On s’attardera notamment aux pages Mission et développement, pp.139-147, et Mission et culture, p.147 ss.Mais dans tout le reste de cette partie, en particulier dans les premières pages qui semblent ne rappeler que du déjà connu, on trouvera des affirmations très importantes tant par leur aspect traditionnel que par leur à point dans la situation présente.J’en cite deux au hasard: Il existe une infinité de modalités de regroupement dans notre univers urbain; une planification intelligente prêtera attention aux spontanéités des solidarités existantes.Un regard attentif discerne, pour chaque milieu, ces points d'appui latents ou manifestes.Le Seigneur a bâti sa première communauté de disciples en assumant des solidarités comme la parenté, l’amitié, la profession, les affinités spirituelles, etc.: ce fut le point de départ de la construction de l’Eglise.Il a précisé peu de choses au plan institutionnel, mais il semble avoir tenu à constituer un noyau solide de départ.Evidemment, il en a fait une communauté ouverte, un groupe respon- sable, un pilier de son projet; .mais, il n’a pas brûlé les étapes en créant rapidement une structure, une charte et une stratégie, (p.110).[ ïort rU 0 Avant de condamner ou de liquider superficiellement beaucoup d’organismes existants, nous devons nous demander si une lucide et profonde révision évangélique n’apporterait pas le souffle nouveau et l’orientation décisive dont ils ont besoin.Notre appel à la créativité, à l’imagination apostolique pour faire naître des cellules d’évangélisation n’implique pas une liquidation irresponsable d’institutions qui sont le fruit d’une longue expérience historique.Mais on^ ne se rappellera pas vainement que la fidélité à ceux qui ont innové autrefois exige le courage de prendre le large à notre tour, d’affronter des risques avec la même foi évangélique, (p.HD.i» Les orientations majeures que le rapport Dumont propose à l’Eglise dans cette troisième partie peuvent se ramener à trois.1) L’Eglise doit d’abord opter pour une stratégie du provisoire très diversifiée qui mobilisera ses dynamismes internes et ses ressources missionnaires, laissant place à toutes les initiatives, se mettant en dialogue avec tous les centres où s’élabore un nouveau type de société, multipliant les cellules de res-sourcement et d’évangélisation, s’offrant comme lieu du service, de la fraternité et de la signification.Ce qui exigera d’elle de profondes modifications dans son style et son mode d’action.2) Dans le prolongement de ce rôle, on attend de l’Eglise du Québec qu elle se fasse plus démocratique, qu’elle se mette vraiment à l’écoute de la base et qu’elle prenne au sérieux la participation.3) Enfin, l’Eglise doit s’engager résolument en faveur des déshérités, des plus démunis.Elle ne doit pas craindre de prendre parti dans les conflits socio-économiques, politiques et culturels que vit le Québec.Notre foi en l’égalité fondamentale des hommes devant Dieu et en Jésus-Christ n’est pas sans retentissement sur les rapports sociaux que ves, liv« fill! 150 cepf quo en» I tiEtu tes factuf Parti proti catéc Niil Ni 4 % elo pufr içue (ori- nodi- rôle.lebecj ique.toute If 3U nous envisageons au coeur de la cité terrestre.Ce qui engage à une critique de toutes les formes d’exploitation et d’aliénation des hommes d’où qu’elles viennent; qu’elles soient d’ordre individuel ou collectif, culturel ou structurel, privé ou public, social ou politique, national ou universel (p.137).Ce rôle va cependant plus loin que la simple critique, il comporte des gestes, des initiatives, des efforts concertés, de la mise à contribution de ressources humaines et financières dont les chrétiens disposent individuellement et collectivement par l’intermédiaire de leur église.Une retombée du souffle Le rapport Dumont aurait pu se terminer à la fin de cette troisième partie, soit à la page 150.Nous avons là tout l’esprit du rapport.Les 150 autres pages ne sont pas inutiles cependant; elles ne manquent pas non plus d’intérêt à certains moments.Il est vrai que nous ressentons une retombée du souffle qui a inspiré les trois premières parties, comme plusieurs critiques l’ont déjà mentionné; il est vrai également qu’on constate une incohérence entre le projet tel qu’esquissé et les aménagements proposés qui ressemblent parfois à des réformettes plutôt qu’à des coups de barre audacieux.Mais peu importe en un sens, puisque ce sont là des aménagements qui doivent être considérés comme provisoires et susceptibles de changement.En outre, si l’on veut être fidèle à l’esprit du rapport, il faut tenir compte des cheminements individuels et collectifs ainsi que des nécessaires lenteurs de la conversion chrétienne.Chacun de nous évolue à son rythme.Les groupes évoluent également à leur rythme, plus lent encore que celui de l’individu.Respecter cette lenteur des cheminements, c’est respecter l’homme dans la complexité de son histoire.Dans cette perspective, les trois dernières parties du rapport contiennent des suggestions intéressantes et valables pour la situation actuelle.La quatrième partie, en particulier (pp.151-203), traite de problèmes pour lesquels beaucoup de chrétiens d’ici se sentent concernés, tels l’homélie dominicale, la catéchèse aux adultes, la pastorale du baptême, la façon de rejoindre ceux qui ont déjà pris leur distance à l’égard de l’Eglise (pas nécessairement à l’égard de l’Evangile), la nouvelle liturgie, la prière, l’éducation chrétienne à l’école, l’information dans l’Eglise comme condition indispensable à la participation, etc.On aurait aimé ici et là une réflexion plus poussée, des positions moins hésitantes.Mais encore ici les auteurs ont voulu respecter la diversité des opinions et des situations au Québec.La cinquième partie sur les Mouvements religieux et apostoliques était nécessaire d’abord pour justifier le mandat originel des Commissaires.Ces mouvements ont tenu autrefois une place importante dans l’Eglise du Québec.Ils ont perdu beaucoup de dynamisme ces dernières années.Ils font encore partie cependant de notre paysage.Plusieurs d’entre eux, du reste, se sont renouvelés.Je pense notamment aux anciennes Dames de sainte Anne, aujourd’hui Dames chrétiennes, qui, dans certaines régions, sont très actives au plan social.On a l’impression cependant que ces cinquante pages du rapport auraient pu être réduites de moitié et rédigées dans un style beaucoup plus alerte.Je crains qu’elles ennuyent plusieurs lecteurs.Quant à la sixième partie du rapport, des structures pour l’Eglise d’ici, elle ne comporte pas, elle non plus, de choses sensationnelles, sauf le désir clairement exprimé que les évêques du Québec prennent une distance beaucoup plus grande à l’égard de la C.C.C.(Conférence catholique canadienne) qui jusqu’à maintenant se présentait comme l’Eglise représentative de ce Canada prétendument bi-culturel et bilingue: on souhaite une Eglise du Québec comme entité particulière.Après avoir signalé que les problèmes du Québec sont très différents de ceux que l’on rencontre dans le reste du Canada, le rapport Dumont recommande que la curie romaine accorde une reconnaissance appropriée à l’A.E.Q.(Assemblée des Evêques Québécois), et d’autre part, que l’A.E.Q.ne soit pas considérée comme une succursale de la C.C.C.(p.286).Les autres structures proposées sont déjà mises en place ou en train de l’être dans plusieurs diocèses.Voilà en très gros la structure et le contenu du rapport Dumont.Un appel à l'incarnation Mon intention n’est pas d’en faire une apologie ni une critique un peu élaborée.Ce n’est d’ailleurs pas dans cet esprit que j’ai lu ce rapport.Je l’ai plutôt accueilli comme un message provenant de mes frères chrétiens et de mes concitoyens du Québec, car ce livre déborde la sphère du monde ecclésiastique.Je ne m’attendais pas à un manifeste qui aurait remplacé l’Evangile.Je ne désirais pas non plus un rapport de technocrates qui aurait décidé, sur papier et à la place des chrétiens, des formes d’expression et d’engagement de leur foi.Nous sommes ici dans le monde des valeurs les plus personnelles et les plus difficiles à cerner.De fait, nous sommes en présence de deux mystères: le mystère de l’homme et le mystère de Dieu, le mystère de l’histoire et le mystère du salut.Et sur ce mystère de l’histoire, le rapport contient une affirmation qui m’a beaucoup plu: A la limite, pour trop de croyants, il n'y aurait pas à proprement parler de projet historique.Un projet suppose, en effet, consentement aux incertitudes de l’histoire; il n’y a pas de véritables paris sur des fins et des moyens si on connaît déjà l'issue des enjeux.Une Eglise qui saurait déjà tout ce qu'il faut savoir de l'histoire serait-elle encore une société de ce monde-ci?Cela n’est pas sans conséquences, quand on songe à un projet pour l’Eglise de Dieu qui est au Québec.Nous ne pouvons le concevoir si, au plan de la réflexion chrétienne, il y équivalence de toutes les situations historiques collectives et individuelles par rapport au salut.On ne respecterait plus le critère d'historicité du dessein de Dieu; il n 'y aurait plus de salut temporel parce que toute l’aventure chrétienne serait ramenée à une sorte de monde spirituel intérieur.(p.96).Une des dimensions essentielles du rapport, c’est précisément cette invitation à l’incarnation de la foi et de l’espérance chrétiennes dans les réalités de la vie quotidienne et les projets des hommes d’ici.Le rapport Dumont a déjà suscité plusieurs réactions et discussions.Il ne satisfait ni ceux de gauche ni ceux de droite, qui auraient voulu, les uns et les autres, se l’approprier pour justifier leurs positions.Or, le rapport n’appuie de façon exclusive 5 aucune tendance ou idéologie particulières.Pour les chrétiens conservateurs qui continuent à rêver de la belle époque où le pape et les évêques disaient clairement quoi penser et quoi faire, il est trop novateur, en ce sens qu’il accepte la diversité des opinions, des initiatives et privilégie la créativité.Pour des jeunes chrétiens plus politisés et acculturés, le rapport n’est pas assez radical: il ne tient pas suffisamment compte de la lutte des classes et de la mutation culturelle.C’est un rapport écrit par des hommes vieillissant et de tendance conservatrice.Encore là, on aurait voulu qu’il consacre de nouveaux dogmes et qu’il mette “le cap sur des.mers nouvelles’’, juste entre ciel et terre.En somme, si le rapport ne peut satisfaire pleinement aucune catégorie, c’est peut-être qu’au fond il interpelle chacun de nous et nous place dans l’embarrassante situation de dire oui ou non au message évangélique ici et maintenant.Il n’impose rien: il invite et suggère dans le respect de la liberté des individus et des groupes.L'exemple de l'école confessionnelle Le danger c’est que rien ne se fasse par la suite, que chacun continue sa petite routine comme auparavant, oubliant les orientations majeures du rapport et leurs implications concrètes.Je me contenterai d’un exemple tout récent.Sur l’école confessionnelle, le rapport est assez peu loquace.Il en parle cependant dans un sens d’ouverture au monde pluraliste de la nouvelle clientèle scolaire.Il est évident qu’il serait illusoire de vouloir trop s’appuyer sur les structures juridiques pour assurer une présence d’Eglise efficace en milieu scolaire; ces structures peuvent même, en certaines circonstances, faire écran à l’action et au témoin gnage des chrétiens.Autant nous croyons qu’il serait malheureux de tenter de véhiculer les schèmes anciens d’une confes-sionnalité étroite, autant nous estimons qu’il serait stérile d’engager un débat sur le caractère confessionnel des écoles.Tous doivent prendre conscience que l’action des chrétiens agissant dans le monde scolaire se situe dans un contexte pluraliste.Ceci implique, dès le départ, que chacun prenne pour acquis que les différents groupes ne sont pas nécessairement d’accord sur les fins et sur les valeurs.Comme ces groupes vivent sur le même terri toire, dans la même ville ou le même village, ils doivent inlassablement rechercher des solutions pratiques qui leur permettent de vivre ensemble en se respectant et en s’acceptant différents.Cela est moins affaire de théories générales que d’aménagements concrets selon les milieux diversifiés qui forment le Québec (pp.192-193).Dumont pourrait fort bien devenir un point de repère, un instrument de confrontation et de ralliement .si toutefois tous et chacun mettent temporairement de côté leurs intérêts et leurs idéologies pour s’entendre sur des objectifs communs qui concernent toute la communauté québécoise.VINCENT HARVEY On peut se demander si les interventions de Mgr Grégoire à propos du projet de loi 28, qu’ont soutenues et défendues vigoureusement deux commissaires, étaient conformes à l’esprit du rapport Dumont, alors que ce projet de loi comportait d’autres enjeux beaucoup plus importants pour l’avenir socio-culturel du Québec.Un point de repère?Le rapport Dumont pourrait avoir le même sort que plusieurs des meilleurs textes de Vatican II: c’est-à-dire être remisé sur des tablettes poussiéreuses.C’est une crainte qu’il ne faut pas écarter trop naïvement.Il me semble pourtant que la stagnation au Québec a atteint son point de saturation dans plusieurs secteurs, dont le secteur religieux.On est écoeuré de mourir et de moisir, là comme ailleurs.Quand des gens sont tannés, qu’un peuple est tanné, c’est le signe que quelque chose va bientôt se passer.On ne sait trop quoi ni comment.Mais la vie est plus forte que la mort, l’homme plus digne que la platitude.Le rapport Dumont arrive à un moment où tout le monde éprouve le besoin de sortir d’une léthargie qui a suffisamment duré.Dans une telle conjoncture le modeste rapport de la Commission 1 signes da mois MISTER SPICER! Le plaignant va avec sa famille visiter la forteresse de Louisbourg.A l'entrée du musée, la préposée à l'accueil ne peut lui répondre en français et le traite avec une certaine arrogance.Qui de nous n’a fait l’expérience de ces petites avanies qui donnent au Canada son charme si particulier?Autrefois, ce fait divers n’aurait eu d’autres suites que le dépit de la victime ou son irritation vite étouffée, tandis que, depuis le 1er avril 1970, date à laquelle le premier Commissaire aux langues officielles est entré en fonctions à Ottawa, cet impair est devenu le dossier no 66.Comme la nouvelle Loi sur les langues officielles l’y autorise, le Commissaire a porté la plainte à la connaissance du ministère intéressé.On lui a répondu que la moitié des guides employés à Louisbourg étaient bilingues et que des visites étaient organisées, tous les jours, assorties de commentaires donnés dans les deux langues officielles.Toutefois, le ministère donnera instruction aux responsables d’orienter un visiteur qui ne parle pas leur langue vers un centre d’accueil qui mettra à sa disposition un guide parlant sa langue.En outre, à la suite de l’intervention du Commissaire, le ministère a émis une directive officielle enjoignant à ses directeurs régionaux d’assigner aux parcs nationaux un personnel bilingue.Une langue exotique Autre dossier, portant le no 58.Le plaignant est un étudiant francophone qui a travaillé dans un ministère fédéral pendant ses vacances.On lui remet un formulaire rédigé en anglais.Il le remplit en français.Un fonctionnaire de la Direction du personnel déchire le document sur le champ et, devant témoins, déclare que personne ne peut comprendre cette langue, aussi exotique, selon lui, que le gallois.Nouvelle intervention du Commissaire, devenu redresseur de torts linguistiques par la volonté du Parlement.Le fonctionnaire reconnaît que sa conduite est inacceptable et consent à présenter ses excuses à l’étudiant (moment de jouissance infinie ou seconde et plus subtile humiliation?).Le ministère donne l’assurance que les formulaires seront imprimés dans les deux langues.Le Commissaire suivra l’évolution de cette réforme, qui porte sur plus de 300 documents.Une diplomatie détendue Ces deux dossiers sont considérés comme clos, de même que 113 autres.Au cours de sa première année d’activité, le Service des plaintes du Commissariat en avait ouvert 181.Dans son rapportée Commissaire, M.Keith Spicer, déclare qu’il a évité systématiquement toute action coercitive, bien que la loi lui confère des pouvoirs étendus: convoquer et assermenter des témoins, ordonner la production de documents et accepter des preuves qui, normalement, ne sont pas admissibles devant les tribunaux.Il a préféré user d’une diplomatie détendue et recourir à des moyens de persuasion discrets.Mais il ajoute, usant cette fois de la technique très britannique de P'understatement: La franchise a toujours été de rigueur, dégénérant à l’occasion en un certain manque d’urbanité.Quiconque a rencontré M.Spicer doit reconnaître ses qualités de coeur et d’esprit tout à fait exceptionnelles et s’incliner devant sa parfaite maîtrise de la langue française.Vraiment, on ne pouvait avoir la main plus heureuse que dans le choix d’un tel homme pour occuper un poste aussi délicat! Je serais tenté de lui redire, à la lecture de son rapport, cette phrase entendue dans des cercles québécois fréquentés par des anglophones éduqués: Si tous les Anglais étaient comme vous, il n’y aurait pas de problème au Canada.L'ombre de Dalton McCarthy Mais voilà, Mr.Spicer, il ne vous ressemble guère, le citoyen anglo-canadien moyen de l’Ontario, du Nouveau-Brunswick ou de l’Ouest .N’a-t-il pas davantage en commun avec Dalton McCarthy, Thomas Greenway et tous ceux qui, jadis, boutèrent le français hors du Manitoba?Et que dire des hommes politiques qui, dans la pseudo-charte de Victoria, n’avaient autre chose à offrir que des concessions caricaturales?J’élargis sans doute indûment le débat, puisque votre rôle d’ombudsman linguistique se limite à tout ce qui relève du Parlement et du Gouvernement du Canada.Vous n’avez à investiguer ni chez les gouvernements provinciaux, ni dans l’administration de la justice des provinces, ni dans les agissements des particuliers, mais seulement dans le comportement des institutions fédérales à l’endroit de leurs employés et des citoyens.C’est déjà là une tâche considérable, puisque la réforme dont vous êtes responsable touche plus de 150 organismes; il vous faudra, nous le savons, une ténacité, voire un courage, peu ordinaires pour faire respecter un peu l’égalité linguistique dont vous avez fait votre objectif en acceptant ce poste de Commissaire aux langues officielles.Cependant, il faut souligner à quel point la justice linguistique est une 7 Z compris qu’en définitive, la vitalité de la langue reposera sur le dynamisme, voire la saine prédominance, du français dans ce seul territoire où les francophones forment la majorité et possèdent des institutions qui reflètent cette réalité.question qui dépasse vos fonctions.Quand bien même vous obtiendriez que tous les formulaires fédéraux soient bilingues et que tous les fonctionnaires puissent travailler dans leur langue, l’égalité ne serait pas acquise pour autant.Vous n’auriez pas encore effleuré les neuf dixièmes de la vie quotidienne du citoyen, au travail, dans les magasins et dans la rue.Ecarter toute ambiguïté D’ailleurs, la langue française fût-elle acceptée partout au Canada, il resterait encore à assurer l’égalité socio-économique des Québécois et, pour tout dire, leur liberté politique.Sur ces questions, vous n’avez point prise.Certes, cette tâche plus vaste relève des gouvernements et votre activité s’intégre dans un ensemble de politiques.Malheureusement, ces limites inhérentes aux fonctions du Commissaire aux langues officielles ne sont pas toujours clairement exprimées.Or, il me paraît essentiel que votre rôle soit exempt de toute ambiguïté.D’aucuns sont tentés de voir dans le bilinguisme fédéral, élargi éventuellement par le moyen des districts bilingues, la solution de la question québécoise, comme s’il était possible de refaire a posteriori l’histoire du Canada, de redresser les conséquences objectives et inaltérables des injustices du passé, avec leurs séquelles sociales, politiques et psychologiques.En d’autres termes, il suffirait, selon certains, de restaurer une certaine égalité officielle des langues pour que la majorité francophone du Québec se détourne de ses projets d’indépendance et accepte même de transformer son territoire en district bilingue.Il semble que tel ne soit pas le sens que vous donnez à votre action.Certains passages de votre rapport indiquent plutôt le contraire.Vous admettez pour le Québec un rôle particulier, en ce sens que l’avenir du français en Amérique du Nord vous paraît dépendre avant tout de la façon dont le Québec saura affermir sa principale langue de culture pour en faire une langue de travail et d'échanges sociaux.Vous avez Civilisation ou politique?Il ne vous reste qu’un pas à franchir pour que votre travail prenne, dans les limites qui lui sont imparties, sa véritable portée, qui est considérable, et que les Québécois puissent, comme vous le souhaitez, vous accepter comme l'allié naturel de tous ceux qui.au Québec, s'intéressent à la promotion de la langue française.Il vous siérait de favoriser l’essor de la langue pour sa valeur intrinsèque, et de contribuer au développement du fait français en Amérique du Nord pour des motifs de civilisation, et non pour mettre en oeuvre je ne sais trop quel projet de renflouement politique d’un pays qui n’a pas su — et qui ne pouvait sans doute point — répondre à l’attente de ses citoyens francophones.TÉMOIN OU ¦ DÉLATEUR?v_____________y Si tels étaient l’esprit qui animait votre vigilance et la perspective généreuse dans laquelle vous vouliez travailler, les Québécois — même ceux qui aspirent à l’indépendance politique — ne pourraient que vous souhaiter de réussir.Jacques-Yvan Morin Dans son édition du vendredi 3 décembre 1971, le Devoir nous apprenait que Mme Pauline Décompté venait d’être condamnée à $50.d’amende ou à sept jours de prison pour mépris de cour après avoir refusé de témoigner dans une cause de meurtre.Le refus de cette travailleuse sociale professionnelle s’appuyait sur un engagement moral qu’elle croyait avoir pris auprès de son client dès l’instant où, à titre de thérapeute, elle s’était prêtée aux confidences de l’accusé.Depuis Mme Décompté a décidé d’en appeler de la décision du tribunal et dans cette action, elle reçoit l’appui de la Corporation des travailleurs sociaux et de divers organismes professionnels dont les membres sont exposés au même dilemme: assurer absolument le caractère confidentiel des aveux que l’on reçoit au nom de la vérité libératrice mais personnelle du client ou bien conditionner et l’aveu et le caractère confidentiel à un droit supérieur abstrait, celui de l’Etat ou de la Société.C’est bien ce problème que la secrétaire générale 8 de la Corporation des travailleurs sociaux a souligné à l’occasion d’une conférence de presse en disant que la décision du juge remettait en question l’existence même de la relation de confiance entre le thérapeute et son client.Il est évident que l’exercice de la justice devient plus complexe et dans certains cas aléatoire (quand le professionnel lui-même est objet de poursuite par exemple) dès lors que le secret professionnel, déjà acquis aux avocats, est étendu à quiconque se dit autorisé à recevoir ce secret et qualifie de client l’auteur de l’aveu.Pour y voir plus clair, on peut se demander pourquoi l’Etat a conféré aux avocats le privilège du secret professionnel.Disons tout de suite que ce n’est pas pour protéger les membres du Barreau ni pour assigner une importance supérieure aux affaires de droit.Ce privilège, le législateur le leur a assuré dans l’intérêt de la justice et de l’administration de, la justice.Le fondement de toute contestation devant les tribunaux c’est l’interprétation des droits et obligations définis par les lois.La société construit ainsi un système de règles par lesquelles elle tente de définir les frontières de la liberté et les limites du pouvoir de la force brutale.Autrement, comme dans le cauchemar de Kafka, tout individu est coupable du seul fait d’être différent, d’avoir des pensées personnelles, de poursuivre la réalisation de ses désirs et la police suffit alors à elle seule à définir le délit.L’homme accusé l’est en vertu des règles du droit qu’il ne connaît pas ou qu’il connaît presque toujours imparfaitement.Pour s’assurer que l’interprétation tienne compte de ses intérêts aussi bien que de ceux de l’accusateur (qui dans les affaires criminelles se trouve être l’Etat lui-même), la justice exige qu’il puisse s’adjoindre un conseiller juridique qui sans réserve et sans autres limites que celles des règles de procéfure se voue à sa défense.Ainsi se trouve rétabli un équilibre qui seul fonde l’équité, but ultime de Droit.Si l’on a intérêt à- consulter ceux qui ont le savoir et l’expérience des lois, de la jurisprudence et de la pratique des procès c’est bien parce que l’on peut être certain de leur discrétion et que l’on n’a pas à trier d’avance les éléments qui pourraient à tort nous apparaître favorables ou défavorables.On voit donc que la société ne peut promouvoir la justice que si, ayant défini les frontières du droit, elle s’oblige à protéger tout ce qui est en deçà et au-delà de ces frontières par le privilège du secret inviolable.En tout cas, c’est la raison qui justifie le secret professionnel de l’avocat et personne ne songerait à remettre ce privilège en cause.Pourquoi conférer à d'autres professions le privilège du secret Pourquoi n’en serait-il pas ainsi pour quelques professions qui depuis près d’un siècle ont mérité leurs lettres de créance dans notre société?Le législateur ne peut décemment prétexter le danger de voir s’affaiblir les pouvoirs de la justice.Ces pouvoirs ne cessent d’augmenter à mesure que l’Etat, la police et les tribunaux accroissent leurs moyens d’enquête, de vérification, de fichage et, disons-le, d’intimidation.Si la justice devait poser comme condition à son efficacité, la nécessité de tout savoir elle pourrait simplement s’en remeb tre à la police qui par l’espionnage électronique, les interrogatoires ininterrompus ou la torture pourrait lui garantir cela même.Le Général Massu n’avait pas d’autre justification que cette efficacité lorsqu’il posait la torture comme moyen légitime d’action contre les terroristes algériens.Le fait est cependant que la justice ne peut aspirer à cette efficacité sans se nier elle-même.Pour maintenir un système voué à défendre la liberté de l’innocent, il faut accepter de courir le risque (quoi qu’en dise M.Caouette) que des coupables soient innocentés.On pourrait objecter aussi que si l’on ouvre la porte de ce privilège du secret à quelques-uns, tout le monde va désirer s’en prévaloir.Là encore le législateur peut se permettre d’être prudent.On ne lui demanderait pas de privilégier toute confidence et encore moins tous ceux qui, par le biais de leur pratique professionnelle, sont appelés à en recevoir.Il est bien évident que les choses que je confie à mon comptable, à mon dentiste ou à mon coiffeur ne sont pas du même ordre.Il est même raisonnable de penser que tout ce qui est confié à un médecin n’est pas justifiable du secret professionnel.On pourrait distinguer entre deux ordres de confidences celles qui sont liées à des maladies physiques et celles qui relèvent des affections mentales.A partir de cette distinction on pourrait établir dans les professions connexes (travailleurs sociaux, psychologues) des critères qui définiraient le cadre de la confidentialité, en précisant par exemple que dès que le client entre dans un cadre de thérapie, il est le seul qui puisse délier le thérapeute de l’obligation absolue du secret.Cette distinction a toujours paru simple en ce qui concerne le prêtre.Tout ce qui était entendu en confession liait ce dernier (vis-à-vis le Droit canonique) sans qu’il puisse se libérer de cette obligation ni pour sauver sa vie ou sa réputation, ni pour sauver la vie d’un tiers, ni pour avancer la cause de la justice, ni pour conjurer une calamité publique.L’Etat pourrait sans difficulté se prémunir contre les abus en exigeant du praticien reconnu qu’il justifie par des motifs raisonnables l’utilisation du cadre thérapeutique.Au-delà de ces garanties, l’Etat devrait accepter son impuissance à sonder les reins et les coeurs.Nous y reviendrons.Claude Saint-Laurent 9 doSSÎER d iNrORMATioN LA COMMISSION DUMONT I.Origine et mandat La Commission d’étude sur les laïcs et l’Eglise a été créée le 22 avril 1968 par la Conférence catholique canadienne (secteur français).Les motifs qui ont incité l’Assemblée épiscopale canadienne à prendre cette décision étaient: les interrogations de l’épiscopat, les interrogations des mouvements d’Action catholique, les préoccupations des clercs et des laïcs, les changements qui affectent notre société et les lendemains à donner à Vatican IL Le projet de la création d’une commission d’étude sur les laïcs et l’Eglise origine de la crise de l’Action catholique canadienne survenue à l’automne 1966.A cette époque, la Conférence catholique canadienne, par l’intermédiaire de la Commission épiscopale de l’Action catholique et de l’apostolat laïque avait mis sur pied un comité de liaison chargé d’étudier en profondeur les raisons d’une telle situation et de présenter les recommandations appropriées.Le comité de liaison remit son rapport à la Commission épiscopale le 9 février 1967.Deux mois plus tard, le 6 avril 1967, l’assemblée plénière de l’épiscopat canadien (secteur français) adoptait les recommandations contenues dans le rapport du comité de liaison.La plus importante recommandation concernait la création d’une commission d’étude qui aurait pour mandat d’étudier l’avenir de l’Action catholique au Canada (secteur français) de même que les modes d’insertion et de participation du laïcat dans la vie de l’Eglise.Après une large consultation, la Commission épiscopale et le comité provisoire de coordination de l’Action catholique canadienne précisèrent le mandat de la commission d’enquête souhaitée: La Commission d’étude a pour mandat d’étudier la participation des laïcs à la mission de l’Eglise et l’avenir de l’Action catholique.II.Nomination des commissaires lors de la nomination des commissaires fut de rendre la Commission la plus représentative possible des divers milieux et des divers types d’engagement.Fernand DUMONT, président de la Commission, directeur de l’Institut supérieur des Sciences humaines de l’Université Laval Hélène CHENIER, vice-présidente de la Commission, secrétaire général de l’Alliance des Professeurs de Montréal et, par la suite, directrice d’école Claude RYAN, vice-pré si dent de la Commission, directeur du journal LE DEVOIR Paul-Emile CHARBONNEAU, évêque de Hull Janine DALAIRE, étudiante à l’Université de Montréal et, par la suite, conseiller pédagogique au ministère de l’Education du Québec Anne-Marie FRENETTE, ex-dirigeante de la Jeunesse ouvrière chrétienne, institutrice Jacques GRAND’MAISON, chanoine, professeur à la faculté de Théologie de l’Université de Montréal Jean-Paul HETU, directeur du service d’éducation à la Confédération des Syndicats nationaux Jean-Marie LAFONTAINE, vicaire général du diocèse de Montréal Jean-Marie POITRAS, président de la compagnie d’Assurances La Laurentienne Rolande VIGNEAULT, ex-dirigeante de la Jeunesse rurale catholique et de l’Action catholique rurale Jacques CHAMPAGNE, secrétaire de la Commission III.Les travaux de la Commission La Commission Dumont tint sa première réunion le 26 octobre 1968.Dans son travail, la Commission a adopté une double méthode de fonctionnement: 1) la consultation, et 2) les recherches commandées.1.la consultation Dans chaque diocèse, a été proposée la mise sur pied d’un comité de liaison 'chargé d’informer la population et de faire un travail d’animation auprès des groupes, de façon à susciter une expression d’opinion large et diversifiée sur tout- ce qui a trait à la participation des laïcs à la vie et à la mission de l’Eglise.Les membres de la Commission d’étude furent nommés Environ huit cent mémoires, en provenance de vingtr à l’automne 1968.Un des principaux critères invoqués, trois diocèses, sont parvenus à la Commission Dumont, 10 soit privément, soit lors des trente-sept audiences (publiques tenues entre les mois de janvier et septembre 1970.On estime en gros à près de quinze mille le nombre de ceux qui ont d’une façon ou d’une autre collaboré à la préparation de ces textes.Ces mémoires ont tous été analysés avec soin.La synthèse de ces mémoires constitue la quatrième annexe au rapport de la Commission.12.les recherches commandées La Commission Dumont a élaboré un programme de recherches qui se sont poursuivies parallèlement aux audiences publiques: sur les plans sociologique, historique et théologique.Dans les recherches sociologiques, on a procédé à: a) des entrevues de groupes: cinquante-deux entrevues de petits groupes furent réalisées sur l’ensemble du territoire auprès de deux cent quatre-vingt-quinze personnes de conditions sociologiques, de sexes et d’âges différents, dans le but de cerner la place de la religion et de l’Eglise dans leur vie; b) l’étude d’itinéraires personnels: vingLdeux personnes de différents milieux furent interviewées individuellement sur leur cheminement de foi ou itinéraire spirituel.Cette recherche ainsi que la précédente sont l’objet d’un rapport-synthèse présenté dans la troisième annexe au rapport de la Commission.Les recherches historiques s’attachèrent principalement à deux aspects de l’histoire: 1) tracer une première esquisse historique de l’Eglise au Canada français (cf.1ère annexe au rapport de la Commission) et 2) brosser un premier tableau de l’histoire de l’Action catholique au Canada français (cf.2e annexe au rapport de la Commission).Enfin, les recherches théologiques essayèrent de cerner d’un peu plus près trois grands thèmes: la théo- tlogie de l’Eglise, la théologie du laïcat et les rapports entre le laïcat et l’Eglise.A l’intérieur de ces trois thèmes, une vingtaine de travaux particuliers furent commandés à des théologiens.Un comité, chargé de cette recherche, présenta également un rapport global à la Commission.c) une étude de vingt-sept cas-types de formes de regroupement de chrétiens ou de formes de participa- ¦ tion de laïcs à la vie de l’Eglise; chaque cas comprenait l’étude de la documentation disponible sur le groupe et des interviews avec des responsables du groupe et des membres de la base.Un rapport-synthèse de cette recherche est également présenté dans la troisième annexe au rapport.IV.Coût d'opération et sources de revenus Les trois années d’opération de la Commission auront coûté $190,000.00.Ses revenus provenaient de quatre sources différentes: la Conférence catholique canadienne ($114,000.00), les Chevaliers de Colomb ($45,000.00), les Filles d’Isabelle ($8,000.00) et diverses institutions socio-économiques canadiennes-françaises (environ $20,000.00).V.L'Eglise du Québec: un héritage, un projet La Commission a tâché de faire entendre la voix des croyants.Elle y a réussi.Les résultats de cette prise de parole des chrétiens du Québec ont permis aux membres de la Commission de mieux dégager, dans leur Rapport, les grandes lignes d’un diagnostic et d’élaborer de larges orientations pour la future Eglise d’ici.Après avoir précisé les inquiétudes et les aspirations des croyants (partie I), la remise en question de l’héritage religieux (partie II), les membres de la Commission proposent un nouveau chantier pour une réorientation de l’Eglise (partie III).L’étude de la foi, de ses sources et des moyens pour la communiquer constituent une quatrième partie, suivie de considérations sur les mouvements religieux et apostoliques relativement à leur situation actuelle et aux attentes de ces organismes (partie V).La recherche de nouvelles structures pour l’Eglise d’ici termine ce rapport (partie VI).A ce premier document s’ajouteront cinq volumes annexes à paraître bientôt.• L’Eglise du Québec: un héritage, un projet, par la Commission d’étude sur les laïcs et l’Eglise (Commission Dumont).Editions Fides, 323 pages.En vente dans toutes les librairies.$3.50 net.11 N.D.L.R.: La Commission Dumont a voulu que son Rapport se situe dans la continuité de ce qu'elle avait entendu dans les audiences publiques et lu dans les divers mémoires.C'est ce qui explique sans doute l'indéniable caractère de groupe du Rapport.Même si c'est un Rapport engagé, il s'agit vraiment d'une sorte d'engagement d'un groupe, et d'un groupe éphémère.Cela suppose que chacun des commissaires s'est, en quelque sorte, mis provisoirement entre parenthèses, pour une large part.Si bien qu'à la lecture du Rapport on a le sentiment qu'il manque les alentours.Pour faciliter une lecture compréhensive du Rapport, Fernand Dumont a bien voulu s'entretenir avec nous, en son nom personnel, de ces alentours du Rapport Dumont.Hélène Pelletier-Bail-largeon a rédigé cet entretien.ilMTEKviEW 3 o> 3 (D
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