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Titre :
L'enseignement primaire : journal d'éducation et d'instruction
Éditeur :
  • Québec :[L'enseignement primaire],1881-1956
Contenu spécifique :
Février
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
autre
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • École primaire (Lévis, Québec)
  • Successeur :
  • Instruction publique
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L'enseignement primaire : journal d'éducation et d'instruction, 1908-02, Collections de BAnQ.

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29e ANNÉE Février 1908 No 6 Revue illustrée de PEcole et de la Famille I ’ Frçseigneqent primaîrç C.-J.MAGNAN.Propriétaire et Rédacteur-en-clief IHi ' .Mère Gamelin Fondatrice et première supérieure des Sœurs de la Charité de la Providence, Montréal.Née Emmélie Tavernier, le 19 février 1800.La maison de son père, Antoine Tavernier, était située sur le terrain où se trouve aujourd’hui le haut de l’Avenue Mont-Royal.Avant d’entrer dans la vie religieuse, Mlle Tavernier fut engagée dans les hens du mariage.En 1823 elle épousa M.J.-B.Gamelin.En 1827 elle devint veuve.Et en 1844 elle fonda la communauté des Sœurs de la Providence, qui compte un nombre considérable de maisons sur tous les points du Canada et des Etats-Unis.La Vie de Mère Gamelin, vie admirable, a été écrite en 1900, par une Soeur de la Providence.C’est un des plus beaux livres qu’une institutrice puisse lire. 322 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE Souvenirs historiques Le 2 février 1865, mourait, à Québec, notre historien national F.-X.Garneau.« Parfaitement résigné à la volonté de Dieu, dit l’abbé H.-R.Casgrain, M.Garneau s’est préparé au moment suprême, et a reçu -les derniers sacrements avec une piété profondément édifiante ».Questions professionnelles « La commission scolaire est-elle obligée de chauffer l’appartement de la maison d’école, réservé à l’instituteur pour sa famille ?» Un instituteur.Réponse :—L’article 70 des Règlements Refondus du Comité Catholique (1906), dit : « Les commissions scolaires doivent fournir le combustible nécessaire pour chauffer les salles de classe et autres pièces de leurs maisons d’école à l’üsage des élèves et des instituteurs ou institutrices ».Cet article nous semble très clair : les commissions scolaires sont tenues, croyons-nous, à chauffer les chambres réservées pour l’instituteur et sa famille.L’enfant sous la garde de l’éducation religieuse L’enfant, même celui qui a reçu du ciel en naissant le plus heureux caractère, est un être léger, volage qui erre de désir en désir à la merci de sa propre inconstance.11 semble que rien ne le peut fixer, qu’il est incapable d’appliquer sa raison à rien, de former une résolution, de prendre un parti sérieux.Sur toute chose, il ne paraît suivre que les goûts,'les fantaisies les plus frivoles, et n’avoir rien de fixe qu’une agitation éternelle ! C’est l’œuvre et la gloire même de l’éducation de vaincre cette légèreté et de fixer cette inconstance ; c’est aussi l’œuvre et la gloire de la jeunesse.J’ai assisté à ce triomphe, et j’en ai joui.J’ai vu des enfants avant leur douzième année, fidèles aux heures du silence, attentifs aux leçons de la science et de la vertu, empressés au travail, ardents aux combats de l’émulation, recueillis dans la prière, et je me suis dit : Quelle joie pure, quel honneur pour ceux qui élevèrent ces enfants, et qui sont parvenus à former des esprits si mûrs, des cœurs si fermes, des âmes si sérieuses, dans un si jeune âge ! Mais aussi comment ne pas aimer des enfants si courageux et si aimables ! Comment ne pas admirer une enfance si noble et si pure, si généreuse et si docile ! Mgr Dupanloup.Pensée Nous avons droit à notre existence nationale, comme race à part ; et malheur à quiconque voudra nous enlever ce droit.T-Trwr r\-n-n» L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 31 23 PEDAGOGIE ORIGINES D'UNE COMMUNAUTE RELIGIEUSE Le Bon-Pasteur de Québec Dans la précédente livraison de U Enseignement Primaire, nous annoncions la mort de la Sœur Marie de Saint-Vincent-de-Paul, l’une des fondatrices du couvent du Bon-Pasteur de Québec.L’histoire de cette communauté est des plus intéressantes.Fondation de la Société de Saint-Vincent-de-Paul de Québec, l’Asile du Bon-Pasteur, inauguré dans la pauvreté, a prils rang depuis longtemps parmi les institUr tibns les plus importantes du Canada catholique.De son œuvre toute de miséricorde au début, cette communauté a élargi les cadres originairement tracés, pour ajouter à son apostolat de repentance, celui de l’enseignement.Nos lecteurs connaissent la réputation avantageuse que les Sœurs du Bon Pasteur se sont acquise dans le domaine pédagogique.Elles dirigent aujourd’hui un grand nombre de maisons enseignantes dans notre province et aux Etats-Unis.Dernièrement le gouvernement de Québec, sur la recommandation de S.G.Mgr Labrecque, ne leur confiait-il pas la nouvelle école normale de filles de Chicoutimi ?C’est le il janvier 1850, rue Richelieu, Faubourg Saint-Jean, que fut ouvert l’Asile Sainte-Madeleine, connu dans la suite sous le nom de l’Asile du Bon Pasteur.—Le promoteur de cette institution fut M.Muir, ancien greffier de l’Assemblée législative, et ancien président de la Société de Saint-Vincent-de-Paul de Québec, et la fondatrice Mme Roy, une pieuse veuve qui renonça au monde pour se faire sœur de miséricorde.Un très beau volume paru il y a quelques années : L’Asile du Boîi-Pasteur-de Québec, rappelle les commencements de la communauté.Ce sont des pages captivantes que nous voudrions pouvoir reproduire ici.Contentons-nous de les résumer brièvement.M.Muir Q) visitait souvent la prison de Québec.Il s’entretenait avec les détenus et tâchait de les ramener au bien.Un jour qu’il exhortait quelques femmes de mauvaise vie à renoncer à leur désordre, il voulut connaître le fond de leur pensée ; il les interrogea sérieusement et leur demanda si elles avaient (1) George-Manly Muir était natif d’Amherstburg, petite ville de la province d’Ontario, située sur les bords de la rivière du Détroit.Il naquit en 1810.Son père, Adams-Charles Muir, écossais de naissance, était colonel d’un régiment d’infanterie stationné au Canada.Bien que protestant et fort rigide dans ses principes religieux il était entré dans une famille catholique, en épousant, à Montréal, Mlle Eliza Bender' 324 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE réellement le désir de se convertir.“Que voulez-vous,, répondirent-elles, quand même nous en aurions la volonté, nous ne le pourrions pas.PTne fois perdues, nous le sommes sans ressources-, personne ne veut plus, nous recevoir.Au sortir de la prison, nous n’avons point d’autre asile que les mauvais lieux, d’autre moyen de vivre que la débauche.” Cette réponse frappa M.Muir.Elle fit naître en lui l’idée d’une maison de refuge.Il fit part de son projet à ses confrères de la Société de Saint-Vincent-de-Paul.Toutes les Conférences de la ville promirent leur modeste concours, et un Jésuite dont la mémoire est encore vénérée à Québec, le R.P.Sache, fut chosi o mine guide spirituel.Bref, le il janvier 1850, la pieuse personne dont nous avons parlé plus haut, Madame Roy, prenait possession du modeste asile de la rue Richelieu.Voici en quels termes l’ouvrjage déjà mentionné (1) raconte les événements de cette première journée du 11 janvier 1850 à l’Asile Sainte-Madeleine: — La journée si’annonça sous de rudes auspices, où l’on aurait pu voir un signe des temps durs et difficiles par où devait passer l’institution qui allait naître.La température était devenue glaciale et un fort vent de sud-ouest soulevait des nuages de poudrerie que peu de personnes se hasardaient à affronter.Cela aurait pu suffire pour motiver un retard de quelques jours ; mais Mme Roy n’eut pas' un instant d’hésitation.Aidée de Mary Keogh (jeune Irlandaise, qui était pensionnaire chez les Sœurs de la Charité et qui ne perdrait aucune occasion de faire des bonnes œuvres) qu’elle appellera désormais Sœur Mary, elle réunit ce qui lui restait de son ancien ménage, c’est-à-dire deux litsl, quelques chaises, une table, un peu de linge, de vaisselle, et les fait charger sur quatre voitures, auxquelles elle donne ordre de se rendre à la maison de la rue Richelieu.Toutes deux quittent l’Hospice de la Charité sans avoir le courage de faire leurs adieux à la communauté, dans la crainte de trop céder à l’émotion.Elles suivent à pied les quatre voitures qui transportent le ménage.Les deux servantes de Dieu s’avancent péniblement à travers les rues emcombrées de neige où l’on ne rencontre que de rares piétons.Le vent glacial qui souffle avec plus de violence que jamais, oblige les deux femmes de s’arrêter de temps en temps et die se retourner pour prendre haleine.“Mon Dieu, murmurent-elles, c’est pour vous, pour votre amour, venez à notre aide” ! Enfin elles arrivent à la maison où l’excellent M.Murr les, attendait /depuis quelques temps.Le logement mis' à leur disposition ne consistait qu’en un deuxième étage avec un grenier, l’étage inférieur ne devant leur être livré qu’au printemps.Les chambres dont se composait ce deuxième étage, étaient assez vastes, mais dans un état d’abandon et de malpropreté extrêmes.Pendant qu’on y mettait un peu d’ordre, M.Muiù, a qui un voisin avait prêté un vieux poêle, s’occupait à le monter, ce qui n’était pas chose facile pour un homme peu habitué à ce genre de travail, d’autant plus que deux des pieds de ce poêle étaient cassés, et qu’il fallait y substituer deux morceaux de bois.Cette (1) L’Asile du Bon-Pasteur de Québec. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 325 première opération terminée, le charitable M.Muir apporta un seau d’eau et un peu de bois de chauffage qu’il venait de scier lui-même dans la cour.Il ne pouvait en faire davantage ce jour là, car son travail de bureau l’attendait.1 eis lurent les nuinuies du Bon-Pasteur de Québec.ue i iiistriuuon aujouru nui C.J.MAGNAN.Le secret de la science G) I l’idéal dans l’étude “Heureux, disait Pasteur, celui qui porte en soi' un Dieu intérieur, un idéal de la beauté et qui lui obéit, idéal de l’art, idéal de la slcience, idéal de la patrie, idéal des vertus de l’Evangile : ce sont les sources des grandes pensées et des grandes actions.Toutes s’éclairent d’un reflet de l’infini.” On peut étudier pour bien des motifs.Passons en revue les plus nobles, les plus désintéressés, ceux qui nous élèvent le plus vers notre fin suprême : 1.Etudier pour savourer les jouissances de l’étude L’étude procure à l’intelligence ses joies les plus nobles; elle adoucit l’é- preuve, console dans la tristesse, procure des heures délicieuses, remplit l’âme d’idées et d’images bienfaisantes : “Donnez-moi, dit un auteur, donnez-moi la permission de m’amuser à ma fantaisie ; l’endroit qui contient mes livres, ces compagnons les meilleurs, est pour moi une cour royale, où à toute heure, je puis m’entretenir avec les sages et les philosophes d’autrefois ; et souvent, pour varier mon plaisir, je parle aux rois et aux empereurs, je discute leurs conseils, je juge sévèrement et je condamne leurs victoires si elles ont été déloyalement remportées; et dans mon esprit je brise leurs statues dressées injustement.Que tout votre souci soit d’entasser l’or, tout le mien sera d’accroître ma science.” Comment dire les joies de l’homme d’étude en la solitude qu’il se crée loin des agitations d’ici-bas ! N’est-ce pas une anticipation du bonheur céleste où l’esprit volera de clartés en clartés '?Reboul, recevant chez lui Alexandre Dumas, le conduisit dans sa modeste chambre de travail: “Nous voilà, dit le poète, séparés du monde matériel.A nous maintenant le monde des illusions.Ceci est le sanctuaire.La prière, l’inspiration et la poésie ont seules le droit d’y entrer.C’est dans cette chambre bien simple, vous le voyez, que j’ai passé les plus douces heures, de ma vie ” Les moines du moyen âge regardaient aussi le scriptorium comme un (1) Voir L’Enseignement Primaire de janvier 1908. 220 XJ L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE sanctuaire.“Dans le silence le plus rigoureux, copistes, enlumineurs, miniaturistes, théologiens, philosophes, chroniqueurs, poètes, commentateurs, mystiques, physiciens, astronomes, alchimistes, goûtent d’ineffable jouissances en travaillant sous le regard de Dieu, entourés de volumineux manuscrits grecs et latins, inondés de lumière par des larges baies ou par des lampes qui pouvaient d’elles mêmes s’alimenter d’huile, imprégnés de solitude et de silence, au fond du val, à l’orée du bois, avisés de la rapidité du temps par le sablier, les clepsydres, les horloges solaires, transfigurés par le rayonnement de l’intelligence qu’illuminent la pureté du cœur et le voisinage de Dieu.” (1) Quel déchirement lorsqu’il fallait dire adieu à cette retraite bien aimée ! Alcuin, au moment d’aller à la cour de Charlemagne, se lamente ainsi : “O ma cellule, douce et .bien aimée demeure, adieu pour toujours ! Je ne verrai plus ni les bois qui t’entoure de leurs rameaux entrelacés de leur verdure fleurie, ni tes prés remplis d’herbes aromatiques et salutaires, ni tes eaux poissonneuses, ni tes vergers ni tes jardins où le lis se mêle à la rose.Chère cellule, je te pleure et te regretterai toujours.(2) Aimons les livres ; ils nous donnent la clef des pfilais enchantés, ils nous, apportent un rayon de l’éternelle vérité; ils s'onfi, comme1 dit Montaigne, la “meilleure munition” que nous puissions trouver pour cet humain voyage.2.Etudier pour conserver et compléter les connaissances Les connaissances professionnelles doivent avoir Ta place d’honneur.Il faut les entretenir par un travail continuel ; les comparaisons abondent pour nous le faire comprendre : l’or et l’argent s’oxydent quand on les enfouit ; l’eau stagnante perd sa limpidité; les fruits se deslsèchent et tombent lorsqu’on a tari les sucs nourriciers de l’arbre ; le palais le plus somptueux se dégrade si on n’en répare sans cesse les petites brèches ; le vaisseau immobile perd de sa solidité ; la charrue au repos se couvre de rouille.Il en est de même de notre esprit; si on l’éloigne des connaissances précédemment acquises, il les perd de vue petit à petit ; c’est comme un horizon lumineux qui s’éloigne d’heure en heure ; bientôt, tombe sur ces connaissances le voile de l’oubli et de l’obscurité.Ce qui importe le plus, ce n’est pas l’étude des lourds in-folio, ni des ouvrages en vingt-cinq tomes.Laissons cela aux érudits.Cherchons d’abord la science des principes, revenoris-y souvent pour nous les assimiler, les cimenter fortement au roc de notre intelligence.A un certain âge, l’étude se borne surtout à la lecture intelligente.Il faut alors faire un bon choix, se méfier un peu des articles écrits à la hâte, relatant des/ faits insignifiants, débilitants, quelquefois trop .sensationnels et presque toujours en un style défiant le bon sens et la syntaxe.“ La presse à un sou est devenue l’estaminet où le public s’alcoolise” (3).S’abreuver prudemment à cette source.(1) De Castegens—Horizons intellectuels, I, p.118 (2) Montalembert, Moines d’Occident, Introd., p.LXXXI.(3) Guesdon, Régime intellectuel', page 26. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 327 Quelques revues seulement sont à conseiller.En général, la lecture des revues produit des hommes superficiels, parlant de tout et ne sachant rien.Il faut le dire aussi : très peu sont franchement catholiques ; la plupart sont contaminées par les grandes erreurs modernes : naturalisme, positivisme, darwinisme, etc.“C’est faire œuvre de préservation intellectuelle que de s’interdire des élucubrations si dangereuses”.Le choix des lectures est donc très important.Personne ne peut dire que les lectures ne lui font rien: “Dis-moi qui tu hantes, et je te dirai qui tu es”.C’est un fait “les écrivains font les lecteurs a leur image”.Voltaire a fait des Voltairiens, Goethe des Wertheriens; Lamartine des Lamarti-niens, Byron des Byroniens, Sand des Sandistes, Hugo des Hugolâtres, Tolstoï des Tolstoïens.Un écrivain français rappelait récemment comment “on pétrit l’esprit populaire avec le roman feuilleton et comment on fabrique l’opinion” avec la presse.Joseph de Maistre disait fièrement : Ma mère ne m’ayant jamais nourri que d’ambroisie, j’ai toujours eu horreur de la piquette.,, Cherchons l’ambroisie; mettons-nous en rapport avec les âmes les! plus saintes de l’humanité ; elles nous donneront les idées les plus élevées, les plus saines.Quand on a la Bible, les Pères, les écrivains du XVIIe siècle, Lacordaire, Veuillot, Mon-talembert et tant d’autres, on peut aisément se passer de la piquette des auteurs de dixième ordre.3.Etudifer pour mieux remplir sion devoir.C’est une banalité de répéter que la science donne du prestige.Voyez l’influence de Socrate, de Platon, d’Aristote etl de tous les grands génies de l’humanité.On les écoutait, oh les vénérait, on subissait leur influence surtout lorsqu’ils apparaissent nimbés de la double auréole du savoir et dé la vertu.Leurs paroles, leurs actes faisaient autorité.Leur exemple seul avait un pouvoir extraordinaire.Ozanam vacillant dans sa foi sent! tous ses doutes s’évanouir à la vue du grand Ampère disant son chapelet comme un enfant devant l'autel de la Sainte Vierge.Tel est, dans sa sphère propre, le rôle d’un éducateur chrétien orné de science et de vertu.Son influence rayonne autour de lui ; ses élèves le vénèrent, l’écoutent, le croient.On répète dans les foyers 3es paroles et ses conseils; on se conduit d’après ses .avis, on juge de tout comme il en juge lui-même.On redit inconsciemment la fameuse parole : Magister dixit.L’autorité du maître peut agir même sur des âmes étrangères à la classe ; elle peut en affermir dans la bonne voie ; elle peut surtout fermer la bouche aux “fortes têtes” qui se rencontrent un peu partout et ressassent les simpiternelles objections contre l’Eglise et ses ministres.L’étude est un devoir pour ceux qui doivent instruire les autres.Dieu le pays, les enfants, ont droit à l’épanouissement de tous nos talents, au complet développement de toutes nos facultés.Voici ce que- disait récemment une voix autorisée : 328 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE “ Il y un sermon célèbre de Masillon sur les Devoirs des Grands.Ces grands aujourd’hui, ce sont ceux à qui, l’instructibn, l’éducation, la culture, en quelque rang de la société qu’ils soient placés, donnent une action dirigeante, ou simplement une influence, ce sont particulièrement ceux qui pensent ou prétendent penser, ceux qui parlent, ceux qui écrivent.A ces “grands” d’un nouveau genre, il y a quelque chose à dire.N’avoir qu’une vie unique, médiocre, sans grandes fautes, je le veux bien, sans secousses, mais oisive, inutile, c’est un mal.Assurément, c’est bien de ne point pécher, ou de ne pécher guère; mais ce n’est pas assez, et si on ne se persuade que c’est assez, là est le mal.Malheur à qui n’a pas d’ambition ! Il y a une ambition belle et nécessaire, celle d’accomplir en perfection ce à quoi l’on s’applique.D’ailleurs les périls de toutes sortes qui nous environnent nous font un devoir de ne pas nous endormir.A chacun d’agir pour sa part en homme de sens, en homme de cœur.Si tout fallait tout seul, si le mouvement régulier de la vie sociale assurait chacun et tous contre les heurts dangereux, quelque indulgence serait permise pour d’aimables endormis; mais quand tout est en question ou en péril, ne pas le voir, ou, le voyant, ne rien faire, c’est une impardonnable faute C1).Ceux qui ont mission d’enseigner la jeunesse peuvent être placés parmi les “grands” dont parle l’éminent philosophe.Ils doivent s’unir à toutes les âmes d’élite qui travaillent courageusement au progrès moral et religieux de la société, s’abreuver aux sources les plus pures de la science afin d’exercer un apostolat plus fécond.Combien ils seraient coupables de vivre dans une paresse béate qui neutralise et anesthésie les plus brillantes facultés ! (à Suivre) Ere.P.GONZALES.Les jeunes filles au pensionnat (2) * Au moment de terminer ces rapides esquisses où, suivant point par point les directions excellentes de Mgr Dupanloup, nous nous sommes contentés d’accentuer certains traits dans le sens indiqué par les besoins actuels, nous voulons citer tout entière une page admirable, le portrait de la jeune fille chrétienne en qui a fructifié pleinement une éducation intelligente et bien conduite.“ Si toutes les notes de l’âme sont justes dans une jeune personne, si la loi divine est au milieu de ce cœur virginal, si elle domine ses sens! par la raison, si elle éclaire sa raison par la foi, c’est l’image de la sainte Vierge, et son état d’âme qui se rapproche de l’état primitif d’innocence: c’est ce qui charmera le ciel et la terre dans une jeune fille bien élevée, à quinze ou seize ans.( T ' Ollé Laprune, Le' prix de la vie, p.414.(2) Dernière page d’tme série d’articles parus naguère dans L’Ecole Française, (Paris). L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 329 “ Que c’est beau et bon, un cœur de jeune fille réellement chrétienne ! Quel ordre ! quelle simplicité, quelle transparence de son âme ! Tout y est vrai, parce que tout vient d’un fonds vraiement angélique; c’est la vertu qui semble personnifiée, c’est la pureté, la bénignité dans sa plus discrète expression ; enfin, c’est la plus délicate des créatures, pleine encore de la grâce baptismale, et qui offre cependant la plus virile fermeté.Dès que le mot devoir frappe son oreille, droite elle avance et si un mot impie ou immonde s’échappe devant elle, elle sait opposer la plus invariable résistance.D’un regard, d’un mouvement de sa paupière abaissée et relevée, elle écrase, elle anéantit.Du fond divin de son âme, ce regard foudroie.“ Rien ne montre plus la force d’une éducation chrétienne bien conduite que l’alliance magnifique de la prudence et du courage dans une jeune fille de quinze, seize, dix-sept ans,.Elle sait craindre et fuir comme un petit oiseau et elle sait attaquer, résister, soutenir la lutte comme un lion, dès qu’il s’agit d’un bien réel à faire, d’unie vertu à défendre.C’est merveilleux ! et quand elles sont plusieurs arrivées ensemble à ce même résultat, très fréquent dans un pensionnat religieux, c’est un spectacle qui ravit le cœur de Dieu et qui fait bénir toutes les sollicitudes de l’éducation' ! Et tout l’héroïsme de ces maternelles sollicitudes, Dieu seul le connaît, les hommes l’ignoreront toujouis; si je parle des admirables résultats obtenus, il faut bien demander à qu -I prix, et après quelles luttes souvent, on voit apparaître les vertus solides et Ile gage des fruits à venir.” Comme cet idéal pur et charmant, dont ceux et celles qui ont vu dans l’intimité les meilleures élèves des pensionnats chrétiens, connaissent toute la vérité, nous conduit loin de ces innocentes mais insignifiantes petites “ oies blanches ” que nous représentait naguère un écrivain bien intentionné mais insuffisamment informé ! Nous aimons à faire appel ici à des souvenirs déjà lointains pour rendre aux Mères qui Se sont dévouées à notre éducation un hommage ému de fidèle et sincère reconnaissance.Certes, grande et vigilante était leur sollicitude à nous conserver “ blanches ” ; mais aussi quel tact délicat et discret agissait de manière à ce que nous ne fussions pas “ des oies ” ! — Les colombes aussi ont de' blanches ailes, et tandis qu’elles planent dans l’azur sans froisser leur robe immaculée jusqu’au terme lointain de leur voyage, les oies béant) le cou tendu plonge parfois dans la boue qu’elles ne voient point leurs lourdes pattes.L’éducation chrétienne forme les colombes : c’est l’éducation nulle qui fait les oies.Et si nous nous permettons d’exprimer un vœu motivé par le trouble de l’atmosphère où nous vivons, nous dirons aux éducatrices chrétiennes : Formez vos colombes pour le vol en plein air et non pour la cage ; ne craignez point d’ouvrir prudemmnt la fenêtre de l’arche pour qu’elles apprennent à s’orienter; elles reviendront à votre appel -sans avoir effleuré la fange terrestre, même de leurs ongles roses, et quand viendra le jour de prendre leur définitif essor elles sauront trouver leur route et n’en point dévier. 330 L'ENSEIGNEMENT PRIMAIRE Dans notre société troublée, orageuse, aux rumeurs discordantes, “ que Palliance magnifique de la prudence et du courage ”, dont parle l’évêque d’Orléans, soit consommée dans le cœur des jeunes filles, qu’elles soint préparées à quitter l’asile béni où s’est formée leur jeunesse, initiées à la grandeur de leur mission d’apostolat humble et discret, mais incessant ; qu’elles soient préparées ' intelligemment à leur rôle d'ange du fo}Ter, et qu’elles n’oublient pas que les anges sont chargés par la Providence de présider à-l'économie du monde, à l’ordre universel.Donc, la mission d’ange du foyer demande des connaissances nécessaires pour prendre en main les rênes de l’administration intérieure ; l’éducation chrétienne doit comprendre une initiation intelligente à tout ce qu'embrasse dans son sens, le plus large, l’expreslsion “ économie domestique Pour répondre à sa vocation sublime, la femme chrétienne doit être prête à étendre son influence bienfaisante au-delà même du cercle familial.Qu’on ne craigne point de nous entendre souhaiter qu’elle oublie la modestie, la fragi lité de son sexe.Un mot d’Ozanam nous trace exactement son rôle social r “ Les femmes!, a-t-il dit, peuvent prendre part au gouvernement du monde, mais à la façon des anges en restant invisibles comme eux”.Ce que nous souhaitons donc c’est que les jeunes filles, dans les dernières années de leur séjour au pensionnat, reçoivent comme leurs frères une véritable éducation sociale, qu’elles soient au courant de ce qu’il faut entendre par les œuvres sociales, les devoirs sociaux, afin de ne pas se tromper de route quand elles chercheront à faire du bien autour d’elles; afin aussi d’apprendre à être vraiment justes et bienveillantes dans tous les actes de la vie : dans leurs achats, leurs dépenses, leurs exigences, dans leurs rapports avec les serviteurs, les ouvriers, les fournisseurs, aussi bien qu’avec les pauvres.Car cette application incessante au travail personnel selon sa condition, à la justice éclairée dans tous les actes quotidiens leur est nécessaire pour être des chrétiennes selon l’esprit de l’Evangile, c’est-à-dire des chrétiennes vraies.Et si les/ jeunes filles chrétiennes rentrent dans leurs familles avec une telle formation, nous saluerons leur entrée dans la vie avec un sourire joyeux et serein, car les petites colombes entreront dans le monde y apportant le rameau de paix.M.Decaux. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 331 I/’enseignement aux Pays-Bas (Nederland) 0) lo.De l’enseignement primaire (2) suite Il y a encore, comme avant, deux brevets de capacité : celui du simple instituteur et celui de l’instituteur en chef.Voici ce qui est requis pour le brevet élémentaire.Art.78: i° a-—L’âge de 18 ans accomplis.b.—L’examen devant une commission composée d’un inspecteur de l’enseignement primaire ou d’un inspecteur d’écoles de district comme président et de pas plus de cinq inspecteurs dVcoles de district ou d’arrondissement en activité ou à la retraite.20.—Il y a au moins neuf commissions.Le Ministre, chargé de l’exécution de cette loi, indique les arrondissements où les commissions siègent, nomme les membres de ces commissions et détermine le temps de leurs réunions.30.—Les membres des commissions reçoivent de la «Caisse de l’Etat» leur salaire ainsi que le remboursement des frais de voyage et de séjour.Art.79: 20.—L’époque des examens est annoncée d’une manière publique par les inspecteurs de l’enseignement primaire.30.—La commission peut se faire assister par ces derniers.40.—Les examens, à l’exception de ceux des institutrices, se font en public.Art.80: i°.—Celui qui veut passer un examen, doit en aviser à temps l’inspecteur d’école du district de sa demeure, ou, s’il vient d’un autre pays, celui de la place où il a l’intention de se fixer.2°.—Il doijt fournir un ou plusieurs certificats de moralité et son extrait de naissance.30.—Le lieu et la date des examens lui sont indiqués par l’inspecteur d’écoles du district.40.—Il doit subir son examen devant la commission désignée pour st»n arrondissement ou, s’il vient d’un autre pays, devant celle de l’arrondissement où il a l’intiention de se fixer.Art.81 : i°.—L’examen comprend: Bien lire et bien écrire.La connaissance de l’analyse grammaticale, des règles d’orthographe de la langue Néerlandaise.(1) Hollande.(2) Voir L’Enseignement Primaire de décembre 1907. 332 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE La capacité de s’exprimer correctement et facilement tant par écrit que verbalement.Tes éléments, du dessin.L’arithmétique ;—• fractions décimales ;— proportions ;— poids et mesures.Les éléments de la géographie surtout des Pays-Bas et de nos colonies.Les grandes lignes de l’histoire des Pays Bas.Les éléments de Mustoire naturelle.La théorie du chant.Les éléments de renseignement et de la pédagogie.2°.—A tous ceux qui en ont exprimé le désir lors de leur demande d’admission à l’examen et qui ont réussi aux examens, est fournie l’occasion de passer un examen de capacité pour la gymnastique, et de plus aux institutrices celui de l’économie domestique.3°.—Tous ceux qui ont réussi reçoivent leur brevet gratuitement.On fait mention sur ce brevet des autres brevets de gymnastique ou d’économie domestique qu’ils ont obtenus.Ceux qui ont déjà un brevet de dessin n’ont pas à subir un examen sur cette matière.Art.82 : Pour obtenir le brevet d’instituteur en chef, il faut : i°.—Avoir le brevet d’instituteur dont on a parlé plus haut.20.—Avoir enseigné comme instituteur au moins deux ans dans les Pays-Bas ou les Colonies Hollandaises; ou encore, après avoir obtenu le brevet d’instituteur, comme élève d’une ou plusieurs écoles de l’Etat ou libre de l’enseignement primaire; ou comme instituteur dans une ou plusieurs écoles de sourds-muets, d’aveugles, être muni d’un brevet délivré par ^inspecteur (le chef) ou les inspecteurs de ces écoles; ou encore le certificat donné par le Directeur d’une de nos écoles normales pour instituteurs, avoir suivi pendant deux années dans cettte école les leçons préparatoires à cet examen après avoir obtenu ce brevet.3°.—Subir l’fexamen sur les matières suivantes: i°.—La lecture—l’écriture—l’arithmétique—la langue Néerlandaise— l’histoire nationale—la géographie—l’histoire naturelle—l’histoire universelle—les mathématiques)—le dessin—les éléments de l’agriculture et de l’horticulture—la gymnastique, et pour les filles les ouvrages au crochet et la broderie—la pédagogie.2°.—Ceux qui ont un brevet de dessin, n’ont pas cette matière pour l’examen.Art.84:1°.—L’art.80, No 1,2,34, sont les mêmes pour l’examen du brevet supérieur. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 333 2°.—Le brevet simple.N.B.—-Il y a un examen spécial pour ceux qui veulent enseigner dans une famille privée, sans être munis du brevet simple ou du brevet supérieur.Il y a aussi des examens spéciaux pour avoir des brevets spéciaux pour les matières ordinaires des examens.Art.88: Pour subir des examens, les sommes suivantes doivent être déposées d’avance : examen pour brevet simple : 4 florins.pour brevet supérieur: 10 florins.devant une commission, sur une matière, 2 florins.devant une commission, sur plusieurs matières, 4 florins.spécial pour enseign.dans une famille, sur matière du brevet supérieur, 5 florins.spécial pour enseign.du dessin, 5 florins; gymnastique écon.dom.2 florins.Cet argent va à la Caisse de l’Etat.Art.89: i°.—Les brevets obtenus suivant les conditions de cette loi, peuvent servir en Hollande et dans les colonies.2°.—Les brevets obtenus dans les colonies, après examens faits suivant les mêmes règlements qu’en Hollande, valent autant que ceux donnés en ce pays- {à suivre) Havenaar, Juin 1907 H.G.DROST, Inst.Directeur de l’Institut St-Joseph.Lecture à haute voix SON UTILITÉ Quelques esprits prétendus graves vous disent: Tout dans l’enseignement primaire doit avoir un caractère sérieux et pratique.L’art de la lecture peut servir d’agréable complément à l’éducation des classes riches; il peut former de beaux diseurs de salon, voire même des comédiens de société, mais à quel titre l’introduire dans le sévère et sobre programme des écoles primaires ?Ce que renferme ce programme s’appelle la grammaire, la géographie, l’arithmé- 334 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE tique, l’histoire.Qu’ira faire dans une si austère compagnie, cet art si aimable, qui a toute la grâce mais toute la frivolité d’un amusement mondain ?A quoi servira-t-il aux fils et aux filles de fermiers, de paysans, d’ouvriers ?A quoi servira-t-il à leurs instituteurs ?Il leur servira à mieux remplir leur rôle de maîtres et d’élèves.Oui, certes, l’art de la lecture est un art agréable, mais c'est aussi, c’est surtout un art utile.Oui ! il a sa place marquée dans l’éducation élégante des classes, riches, mais il doit entrer dans l’enseignement des classes populaires, sinon au premier rang, du moins au même titre que la géographie et la grammaire.Il n’est pas le privilège de quelques-uns, il est le besoin de tous.Prenons des faits pour preuve.Les fonctions de l’instituteur primaire consistent à donner des explications, à lire des morceaux détachés, à corriger des devoirs tout haut; or, avec quoi lit-il, explique-t-il ?corrige-t-il avec sa voix, y a-t-il intérêt pour l’élève à ce que cette voix soit claire et juste ?Explications orales ou morceaux lus tout haut ne s’imprimeront-ils pas plus fortement dans l’esprit si la prononciation est nette, si le débit est approprié aux paroles?C’est incontestable, car les mots ne sont pas tout dans le débit; la musique des mots, l’accent des mots ont leur valeur, ils sont à la parole ce que sont les plumes à un flèche, elles la portent plus loin et plus avant.Ce n’est pas tout.Les classes commencent à neuf heures, et finissent à quatre; soit six heures de travail, si l’on en déduit le moment du repas- Pendant ces six heures, que fait la maître?Il parte.Ces six heures de paroles par jour, durant dix mois par année, et cette année se prolonge pendant dix ans, quinze ans, vingt ans, trente ans ! Il y a donc pour le maître, intérêt de premier ordre, intérêt de santé, intérêt de vie peut-être, à savoir se servir de son unique et fragile instrument de travail, à le ménager, à l’économiser, à le rendre capable de fournir à une si pénible et si longue besogne.Eh ! bien, un des résultats de l’étude de la lecture est précisément de vous apprendre à lire et à parler sans fatigue.Quant aux enfants, un mot suffira.Quel est leur principal travail ?Apprendre des leçons et les réciter- Quel doit être leur but ?Apprendre des leçons le plus vite possible et les retenir le plus longtemps possible.E- LEGOUVE. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 335 I/ECOLB NORMALE LAVAL (i) in.Résultats obtenus Je n’ai pas le temps, ce soir, d’établir le bilan des résultats pratiques obtenus par l’Ecole normale Laval depuis cinquante ans.Cependant, je ne puis me soustraire à l'obligation qui m’incombe de dire sommairement, au moins, le bien opéré par cette maison, l’influence qu’elle a exercée dans le vaste champ de l’enseignement primaire.En 1884, M.l’abbé Lagacé écrivait ce qui suit au Surintendant de l’Instruction publique : « J’ai remarqué que les élèves qui rentrent depuis quelques années à l’école normale sont mieux préparés qu’autrefois.Le niveau de l’instruction primaire a évidemment monté et cela doit provenir de l’enseignement donné par les instituteurs sortis des écoles normales.» Trois ans plus tard, M.l’abbé Bégin s’exprimait comme suit : « Près de trente ans d’une existence glorieuse et féconde lui ont conquis le droit de cité dans notre pays ; elle est désormais à l’abri des fluctuations presque toujours désastreuses de l’inexpérience et procède avec une sécurité qui, en s’appuyant sur les traditions du pass)é, lui permet d’envisager l’avenir avec confiance.Le but à atteindre, les programmes à suivre, la méthode d’enseignement, le mécanisme de son cours d’études, tout est si bien consacré par l’usage, que, pour avoir des succès satisfaisants, il lui suffit de ne pas s’écarter de la route suivie jusqu’ici.Sans doute elle n’est pas arrivée à la.perfection ; comme toutes les maisons d’éducation elle aspire à quelque chose de mieux encore ; aussi s’empresse-t-elle de mettre à profit tout ce qui peut être utile à ses futurs instituteurs.Toutefois elle a lieu d’être fier des résultats qu’elle obtient chaque année au triple point de vue, religieux, intellectuel et moral, résultats qui lui concilient les sympathies et la bienveillance du public (2) ».Je ne sache pas que depuis vingt ans notre Alma Mater ait démérité.Et je suis convaincu que l’Archevêque de Québec n’hésiterait pas, en 1907, à corroborer le té-témoignage de M.l’abbé Bégin en 1887.M.le Principal actuel, dans sa lettre aux anciens élèves, en date du 20 juillet dernier, dit, en parlant de l’Ecole normale Laval : « L’instruction publique a largement profité de l’action conjointe et salutaire de l’Eglise et de l’Etat.Les trois mille huit cent quatre-vingt-dix brevetés qui sont sortis de cette pépinière d’instituteurs, ont travaillé avec courage et discernement à justifier la devise chère à tout normalien : Rendre le peuple meilleur.Dans quelque carrière qu’entre l’élève de Laval, il a à cœur de promouvoir la cause sacrée de l’éducation.L’Ecole a raison d’être fière de cette phalange d’hommes instruits, qui, dans les diverses situations où se déploie l’activité humaine, font honneur a la formation qu’ils ont reçue (3) ».Sur les quatre mille huit cent brevetés sortis de l'Ecole normale Laval (4), élèves-maîtres et élèves-maîtresses, combien d’entre eux se sont livrés à l’enseignement ?(1) Voir L’Enseignement Primaire de novembre et décembre 1907, et janvier 1908.(2 ) Rapport adressé au Surintendant pour l'année 1887.(3) Voir L’Enseignement Primaire, livraison de septembre 1907, page 53.(4) Rapport du Surintendant de l’Instructicn publique (1905-1906), p.382. 336 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE Le Souvenir décennal publié en 1867 par Mgr Langevin établit que de 1857 à 1867, les dix-onzièmes des élèves (instituteurs et institutrices) munis de diplômes se sont livrés à l’enseignement (1).De 1870 à 1884, l’Ecole normale Laval a donné des diplômes à 187 élèves-maîtres : les deux tiers de ces brevetés ont enseigné au moins trois ans.Plusieurs d’entre eux sont encore dans renseignement.En 1888, on compte 90 anciens élèves-maîtres dans l’enseignement, et en 1907, U Annuaire de l’Ecole normale Laval en retrace 83.Sur ce nombre 7 enseignent au Manitoba et dans l’Ouest.A ces 83 nous devons ajouter les 19 inspecteurs d’écoles diplômés à l’Ecole normale Laval (2).Le nombre des élèves-institutrices qui se sont livrées à l’enseignement est au moins le triple de celui des élèves-maîtres.Nous devons réunir à ce nombre celui des anciennes élèves de l’Ecole normale Laval qui sont devenues religieuses dans les différentes communautés de la province.Plus de deux cents d’entre elles ont dit adieu au monde pour s’enfermer dans un couvent où elles poursuivent dans l’humilité, la piété et le silence l’œuvre que le pays attendait des normaliennes.L’Ecole normale Laval a non seulement fourni des instituteurs, des institutrices et des inspecteurs d’écoles à la Province de Québec et de dévouées religieuses aux communautés enseignantes (3'., mais elle a eri|o;e fourni au clergé plus de 60 prêtres qui ont presque tous enseigné dans les collèges ou immédiatement après leur sortie de l’Ecole normale.Dans l’exercice de leur ministère ils ont partout fait preuve d’un zèle éclairé en faveur de l’éducation populaire.L’Ecole normale Laval, par ses Principaux et ses professeurs a aussi accompli une œuvre pédagogique considérable.Depuis 1857, plus de cinquante manuels classiques et ouvrages de pédagogie ont contribué dans une large mesure à combattre la routine et remplacer les procédés surannés par des méthodes progressives.L’Ecole normale Laval a aussi été le berceau de trois revues d’enseignement dont l’une d’elles est actuellement distribuée aux cinq mille quelques cents écoles de notre province.Depuis sa fondation, l’Ecole normale Laval a groupé autour d’elle en une association très progressive, les instituteurs de sa circonscription.Deux fois l’année, les membres de cette association se réunissent pour étudier et discuter les questions professionnelles ou des sujets pédagogiques.iv.Son role dans l’avenir « L’Education, dit Guizot, est la préface de la vie.» Et de même que la préface d’un livre contient comme l’essence de l’œuvre, de même aussi, la formation scolaire reçue dans l'enfance renferme les principes d’après lesquels la vie entière sera orientée.Voilà pourquoi l’on a prétendu avec raison que le cours entier de l’existence humaine dérive de l’éducation première comme le fleuve dérive du filet d’eau qu’on appelle sa source.(1) Souvenir décennal, p.8.(2) Voir Y Annuaire de l’Ecole normale Laval (1907), p.15.(3) Nous avons pu retracer oielques an • rm élèves-instituteurs de 1 Lcole normale Laval devenus Erères dans des communautés enseignantes. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 337 Cette éducation première c’est à l’école primaire que la grande masse la puise : voilà la source où s’abreuve presque tout notre peuple.En effet, peu nombreux sont ceux, qui, toute proportion gardée, poursuivent leurs études plus loin.Quoi qu’il en soit, c’est dans ce milieu et par ce milieu que doit se donner le premier enseignement.Ce qu'il faut c’est préparer un personnel enseignant à la hauteur de sa grande mission.Et malgré le nombre, le dévouement et la compétence des instituteurs congréganistes, il est évident que notre province ne peut se passer du concours de l’instituteur laïque.En présence de ce fait, il est donc de la plus élémentaire prudence de favoriser le recrutement d’instituteurs et d’institutrices convenablement instruits de leurs graves devoirs et ayant reçu une formation pédagogique suffisante.Plus que jamais la nécessité de bonnes écoles primaires se fait vivement sentir.L’heure est grave pour la province de Québec.Dans dix ans d’ici elle aura peut-être à faire face à de nouvelles obligations qui lui seront imposées par le développement extraordinaire que le Canada est en train de subir.La population de notre pays aura presque doublé alors.Les .circonstances seront telles que l’axe de notre influence sera déplacée.Par quel moyen la nationalité caoiadienne-française réussira-t-elle à maintenir sa position nouvelle dans la Confédération ?Ce moyen réside en partie dans une-sage éducation populaire.Matteins nos fils en mesure de s’emparer de l’industrie et du commerce ; apprenons surtout aux enfants des cultivateurs que l’agriculture bien comprise, pratiquée avec intelligence et en connaissance de cause, mène à la vraie richesse, celle qui assure l’indépendance d’un peuple.Sachons aussi découvrir dès l’école primaire, ceux qui ont des aptitudes spéciales et dirigeons-les vers le génie civil ou autres sphères jusqu’ici trop fermées, et pour causes, aux Canadiens français.Mais cette grande tâche d’éducation et de sélection ne saurait être accomplie judicieusement que par un personnel enseignant bien formé.Dans le public on ne se fait pas toujours une idée juste des difficultés qui attendent l’instituteur au cours de sa carrière, des qualités qu’il possède ou acquiert.On l'a dit avec raison, pour les maîtres d’écoles les combats sont incessants : chacun d’eux peut être léger, mais à la longue la somme fatigue.« On se lasse à monter une pente, il faut un souffle puissant pour ne pas s’asseoir sur le chemin (i) ».Dans l’accomplissement de ses devoirs quotidiens, l’instituteur doit s’armer d’une patience réfléchie, avoir l’humeur toujours égale, observer la plus stricte justice, être bon en même temps que ferme et sévère.Recommencer chaque année à enseigner les mêmes éléments avec un enthousiasme qui ne doit pas vieillir aux yeux des enfants ; très souvent, le plus souvent peut-être, vivre au milieu de l’indifférence des parents ou de leur ingratitude ; enfin n’être presque jamais sûr du lendemain, après avoir donné son savoir, son temps et sa santé.Voilà, bien sommairement, ce qui résume la vie de l’instituteur et de l’institutrice.Seuls l’amour des âmes, inspiré par une foi éclairée et l’amour de la patrie que toute âme bien née porte en soi, peuvent soutenir l’éducateur dans sa tâche ingrate.Plus l’idéal est beau, plus ceux qui le poursuivent doivent être mis en possession d’une culture proportionnée au but poursuivi.Or l’idéal de l’instituteur canadien-français, c’est de verser dans l’âme du peuple ces trésors de foi catholique et de traditions nationales, cet amour du sol natal qui ont (i) Qmbzrt, Y Educateur Apôtre.2 338 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE su accomplir sur notre .cher coin de terre, le miracle de la survivance, depuis 1760 ; c’est aussi de pétrir les cerveaux et de développer les intelligences suivant les besoins matériels de notre temps.Dans cette formation, l’instituteur peut, et doit même, en présence des conflits nombreux entre le capital et le travail, le patron et l’ouvrier, non seulement enseigner les notions nécessaires à chacun dans la vie, mais, encore faire comprendre en s’inspirant des enseignements de l’Eglise que les intérêts de tous sont solidaires, que patrons et ouvriers, riches ou pauvres, ne retireront que des avantages d’une sage entente, d’une exacte appréciation de leur part de travail, d’une juste rémunération de cette dernière.Cette semence jetée en temps opportun dans l’àme de l’enfant, ne sera pas perdue, et plus tard, à un moment critique, les réflexions du maître se dresseront dans l’esprit de l’homme fait pour lui dicter sa conduite.Mais, je le répète, pour que l’école primaire soit à la hauteur de la mission qu’on lui confie, il faut qu’elle soit aux mains de personnes dignes d’elle, à tout point de vue.Et c’est ici que s’impose la mission de l’école normale, véritable noviciat du personnel enseignant laïque.Ah ! que cette mission de nos écoles normales catholiques est belle et utile ! Dans ces maisons on s’efforce d’appliquer ce mot de saint Augustin, « Aimez et faites ce que vous voudrez », car on ne fait bien que ce qu’on aime.On forme avec soin, en vue de l’enseignement, une vigoureuse jeunesse choisie avec prudence ; on lui donne une haute idée de sa vocation, on tâche de lui révéler la grande portée sociale du travail obscur dans lequel elle va consumer ses jours ; en un mot, on ne lui fait embrasser la profession qu’à la condition de l’aimer.Quelle satisfaction pour les directeurs et les professeurs de nos écoles, d’entendre parfois leurs élèves répéter, dès le début de leur carrière, ce que l’illustre auteur de l’Educateur Apôtre met dans la bouche de ses héros : « Je mets la main au plus noble ouvrage, tous les grands cœurs aspirent à servir la patrie ; moi jè suis enrôlé dans l'armée d’élite qui prépare l’avenir ; tous les regards se tournent vers moi et me demandent des chrétiens convaincus, des catholiques éclairés et des patriotes fiers de leur nationalité et prêts à tout sacrifier pour elle ».Ces fiers sentiments sont contenus en germe dans la belle devise que, dès son origine, l’Ecole normale Laval inscrivait en tête de son programme : Rendre le peuple meilleur.C.-J.MAGNAN. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 339 Les écoles nationales Les journaux ont naguère cité la dernière lettre pastorale de feu Mgr Stang, évêque de Fall-River, sur l’Education chrétienne.L’évêque américain, quelques jours seulement avant sa mort, a dénoncé avec force les écoles nationales dont la république voisine est couverte.Ecoutons ces belles paroles du grand évêque trop tôt disparu : « Il n’y a qu’une grossière et coupable ignorance, écrivait Mgr Stang, qui puisse porter un être à accuser l’Eglise catholique d’être hostile à l’éducation populaire et universelle.C’est avec une ténacité inébranlable que l’Eglise a proclamé, durant 19 siècles, la nécessité d’une éducation dont l’essence est la religion chrétienne ; elle maintiendra ce principe jusqu’à la fin des temps.Elle instruit l’enfance, développe non seulement l’esprit par l’instruction^ mais forme son cœur par la religion.Elle prend le petit enfant avant que le péché ait déflor|é son âme ; elle le conduit à l’école où l’enfant est enveloppé d’une atmosphère religieuse.» « Notre système national d’éducation ne pourvoit pas à une telle éducation poulies enfants catholiques ; il n’est pas dans sa nature de le faire.La religion du Christ est bannie de ces écoles nationales, et c’est ainsi qu’il manque un facteur essentiel à une véritable éducation.Il n’y a pas de place, dans nos écoles publiques, pour les enfants auxquels les parents veulent faire donner une éducation chrétienne sur une base doctrinale ».% bonds, at 101.25, brokerage ^2 Jo ; what will be his annual income from them ?$1.0125 + $0.005 = $1.0175 the cost of $1 worth of bonds.$6562.875 -r- $1.0175 = $6450 the par value of the bonds bought for $6562.875.$6450 X .045 = $290.25 the annual income.Solution:—Since for $1 of bonds you pay $1.0125 $0.005 = $1.0175, for $6562.87X2 you can buy as many dollars’ worth of bonds as $1.0175 is contained times in $6562.875, that is 6450 times.Therefore you can buy $6450 worth of bonds,.The annual income of the bonds = $6450 X -045 which equals $290.25.2.I sent my broker $8406.50 to invest in Panama 4% bonds, at 97 ^4 brokerage y^Jo ; what annual income shall I receive?Solution:—$0.975 + $0.0025 = $0.9775, cost of $i’s worth of bonds.$8406.50 $0.9775 — $8600, par value of the bonds purchased with $8406.50.$8600 X .04 = $344 the annual income.3.A lady invested $6795 in gas stock (par value $50), at 47, dividend 5X2%, brokerage 3/8 % ; what was her income from the investment?Solution:—$50 X -003/8 — $°-I875> Ihe brokerage on 1 share of gas stock, par value $50.The brokerage is always culculated on the par value.$47 + $0.1875 ==: $47-1875 the cost of $50 par value of gas stock.$6795 $47-1875 = I44 shares gas stock, each share having a par value of $50.I44 X 5° — $720o> par value of the 144 shares.$7200 X Ü.055 = $396, the income.4.I invest $19716 in G.T.R.4’s at io53/4, interest payable Semiannually, brokerage/^ % ; what will be my semi-annual income from the investment ?Solution: $1.0575 + $0.0025 = $1.06 cost of a bond of a par value of $1.$19716 — 1.06 ¦= $18600, par value of the stock bought (18600 X 04) 2 = $372, the semi-annual dividend.{To be continued) J.AHERN 352 L'ENSEIGNEMENT PRIMAIRE Analyse littéraire Le Héron (La Fontaine, livre VII, fable IV) Analysez cette fable, montres renseignement qu’elle contient 1.Sommaire.—Le Héron côtoyait un jour une rivière au sein de laquelle se jouaient la carpe et le brochet, tous deux d’un goût bien appétissant ; il était aisé au Héron d’en faire son profit ; mais, vivant de régime, il aima mieux attendre.A ses regards s’offrirent ensuite quelques tanches ; ce mets ne lui plut pas, il les dédaigna.A la fin, il ne vit plus aucun poisson ; il fut heureux de rencontrer un limaçon.2.But et morale.—Tourner en ridicule les gens difficiles dans leurs choix et leurs goûts, montrer qu’ils sont souvent attrapés et qu’après avoir été fort exigeants, ils sont obligés-de subir les conditions les plus désavantageuses, tel est le but de cette fable.La morale de cette fable est en tous points acceptable.Notre esprit est charmé de voir le châtiment accompagner l’orgueilleux dédain, de quelque façon que ce dernier se produise.Ici notre attente n’est pas déçue : le Héron est puni, mais il a mérité son triste sort Un jour, sur ses longs pieds, allait je ne sais où, Le héron, au long bec emmanché d’un long cou ; Il côtoyait une rivière.L’onde était transparente ainsi qu’aux plus beaux jours.Ma commère la carpe y faisait mille tours Avec le brochet, son compère, Le Héron en eût fait aisément son profit : Tous approchaient du bord ; l’oiseau n’avait qu’à prendre, Mais il crut mieux faire d’attendre Qu’il eût un peu plus d’appétit : Il vivait de régime, et mangeait à ses heures.Après quelques moments l’appétit vint : l’oiseau, S’approchant du bord, vit sur l’eau Des tanches qui sortaient du fond de ces demeures.Le mets ne lui plut pas ; il s’attendait à mieux, Et montrait un goût dédaigneux, Comme le rat du bon Horace.« Moi, des tanches, dit-il ; moi, Héron, que je fasse Une si maigre chère ! et pour qui me prend-on ?» La tanche rebutée, il trouva du goujon.« Du goujon, c’est bien là le dîner d’un Héron ! J’ouvrirais pour si peu le bec ! aux dieux ne plaise ! » Il l’ouvrit pour bien moins : tout alla de façon Qu’il ne vit plus aucun poisson.La faim le prit : il fut tout heureux et tout aise De rencontrer un limaçon.Ne soyons pas si difficdes : Les plus accommodants, ce sont les plus habiles.On hasarde de perdre en voulant trop gagner.Gardez-vous de rien dédaigner. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 353 Analyse.-—Comme toute composition faite avec art, les fables de La Fontaine comprennent, en général, trois parties bien distinctes, dont la^ fusion, savamment combinée, constitue un tout harmonieux : d’abord Y exposition, où le poète nous fait connaître par les traits les plus caractéristiques les personnages mis en scène et le lieu où l’action se passe ; puis le développement du récit lui-même, et enfin la conclusion qu’on appelle, dans ce genre particulier, la morale, c’est-à-dire renseignement pratique qui en découle.L’exposition est toujours vive et rapide.La Fontaine est un peintre consommé : quelques coups de pinceau lui suffisent pour nous donner une image exacte et vivante de ses héros.On range avec raison, le Héron parmi les plus remarquables fables du fabuliste ; naturel, vives peintures, intérêt de l’action, variété du style, on y trouve toutes ces qualités.Voyons comment il nous présente le héron.Ici pas de préambule, nous sommes tout de suite dans le sujet.Un jour, sur ses longs pieds, allait je ne sais où Le héron au long bec emmanché d’un long cou.Outre le naturel de ce début, admirons les images de ces vers pittoresques, où s’accumulent encore les monosyllabes, les longs pieds, le long bec, le long cou.Ailleurs cette répétition du mot long serait une négligence ; ici, elle constitue une beauté de style.L’image remarquable de ce long bec emmanché d’un long cou est encore à noter.Ces deux grands vers, cette triple répétition du mot long, ne nous montrent-ils pas, avec la saisissante vérité d’un portrait, ce grand échassier promenant au bord de l’eau sa superbe et dédaigneuse oisiveté ?Deux ou trois autres vers précisent le lieu où l’auteur nous transporte : Il côtoyait une rivière.L’onde était transparente ainsi qu’aux plus beaux jours ; Ma commère la carpe y faisait mille tours Avec le brochet son compère.On ne peut imaginer une description plus pittoresque ; nous voyons véritablement cette eau limpide au fond de laquelle vont et viennent carpes et brochets, au gré de leur caprice.Ces vers n’auraient-ils que le mérite de présenter un tableau gracieux, qu’ils seraient déjà excellents ; mais comme ils préparent bien la suite des événements ! ils semblent exciter l’appétit et donner du goût pour ce mets exquis dont le Héron devrait tout de suite s’accommoder.Nous voici au cœur même du sujet.Le Héron en eût fait aisément son profit.Tous approchaient du bord, l’oiseau n’avait qu’à prendre, Mais il crut mieux faire d’attendre Qu’il eût un peu plus d’appétit : Il vivait de régime, et mangeait à ses heures.Une onde transparente où rien ne saurait échapper aux regards du vorace animal, un beau jour où tout invite un gourmand ; sur les bords, les jeux des poissons qui s’approchent tous sans défiance et se livrent d’eux-mêmes à l’ennemi, combien toutes ces circonstances animent le tableau ! Combien elles y répandent de la vie et de la gaîté ! Mais aussi combien elles mettent en relief le caractère du Héron avec ses airs dédaigneux ! 3 354 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE Il n’avait qu’à se baisser pour faire une pêche fructueuse.S’il n’est pas tenté et vaincu par ses attraits, c’est quh'Z vivait de régime.Ce n’était pas encore l’heure du dîner pour ce grand seigneur qui n’aurait voulu pour rien au monde modifier son régime.Ce vivait de régime est une fine satire de la conduite de ces personnes, qui ne veulent pas se soumettre aux circonstances et qui, pour ne pas se plier aux désirs les plus légitimes des autres, mettent en avant quelque futile raison emphatiquement revêtue de quelque grand mot, tels que régime, devoir, convenance, frivoles palliatifs de leur orgueil et de leurs ridicules dédains ! Après quelques moments, l’appétit vint : l’oiseau S’approchant du bord vit sur l’eau Des tanches qui sortaient du fond de ces demeures.Le mets ne lui plut pas ; il s’attendait à mieux.Et montrait un goût dédaigneux Comme le rat du bon Horace.Déjà les affaires changent de tournure ; l’appétit commence à faire sentir ses aiguillons ; mais la carpe et le brochet, mets si délicieux, ont disparu et gagné le large ; l’oiseau est moins fier ; il s’approche de l’eau ; hélas ! ce ne sont plus des carpes et des brochets qu’il voit, mais seulement des tanches, nourriture trop grossière pour lui.Il n’en veut pas et fait la grimace.Tel, le rat de ville, dont parle Horace, invité chez son ami le rat des champs, ne touche aux mets de son hôte que d’une dent dédaigneuse.Lui, Héron, manger des tanches ! Fi donc ! et il reprend sa promenade.Maintenant il ne trouve plus que du goujon ! va-t-il s’abaisser à ce menu fretin ?allons donc ! Il attend encore.Moi, des tanches ! dit-il, moi, Héron, que je fasse Une si pauvre chère ! Et pour qui me prend-on ?La tanche rebutée, il trouva du goujon.Du goujon ! C’est bien là le dîner d’un Héron ?J’ouvrirai pour si peu le bec ! Aux dieux ne plaise ! Il l’ouvrit pour bien moins : tout alla de façon Qu’il ne vit plus aucun poisson.La faim le prit : il fut tout heureux et tout aise De rencontrer un limaçon.La fin de cette fable est digne du début et du milieu ; l’intérêt va croissant.La série des contre-temps qu’éprouve le ridicule oiseau n’est que le juste châtiment de son orgueil ; d’un côté, à l’appétit succède la faim ; de l’autre, à la carpe et au brochet ont succédé les tanches ; aux tanches succède le goujon qui, à son tour, sera remplacé par un hideux limaçon.Voilà ce qui arrive quand on veut faire le difficile.On hasarde de perdre en voulant trop gagner.C’est l’éternelle histoire des gens dont l’orgueil et l’ambition n’ont pas de bornes, qui se croient appelés à de hautes destinées, et qui, en attendant un avenir incertain, dédaignent les biens modestes qu’on leur offre.La Fontaine a bien soin de nous en avertir lui-mêne ; c’est aux hommes, et non aux hérons, qu’il s’adresse.Ceux qui se conduisent comme le Héron ont ce qu’ils méritent ; dédaigner un avantage certain, si médiocre soit-il, dans l’espoir d’un bénéfice problématique, lâcher la proie pour l’ombre, c’est imprudence et sottise. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 355 ANGLICISMES Anglicismes Equivalents français Drille (drill) .Faire la drille .Aller à la drille .•.Drille (drill) .J’ai emprunt/é une drille pour faire ce trou.Driller (to drill) .Je drille tous les soirs cette semaine.Driller (to drill) .Ces soldats ne sont pas drillés.C’est un bon maître, il vous drille ses élèves à la perfection.Driller (to drill) .Se faire driller .Driller (to drill) .Driller un trou dans la pierre.Drill-shed .Braid Braid militaire Braid Braid tubulaire Braid .¦ :i-.- /.Braid Exercice militaire.Faire l’exercice.Aller à l’exercice.Foret, outil de fer qui sert à forer, à percer.J’ai emprunté un foret pour faire ce trou.Faire l'exercice militaire.Je fais les exercices militaires tous les soirs cette semaine.Exercer, dresser, rendre habile, façonner par des exercices.Ces soldats ne sont pas exercés.C’est un bon maître, il dresse, il forme ses élèves à la perfection.Rudoyer, traiter durement.Se faire traiter durememt.Forer, percer la pierre, le fer.Percer un trou dans la pierre.Salle des exercices militaires.Manège : lieu où l’on dresse les chevaux, où on enseigne, où on pratique l’équitation, Darm.Galon, tissu d’or, d’argent, de soie, de laine, plus étroit et plus épais qu’un ruban, et qui, mis sur le bord ou les coutures des vêtements, des rideaux, etc., sert d’ornement et empêche qu’ils ne s’effilent.Soutache, sorte de galon très étroit dont on orne, en manière de bordure, les costumes militaires et les vêtements des dames.Passement, tissu plat et étroit de fil d’or, de soie, etc.On dit aussi passementerie.Tresse, tissu plat fait de fils, de cordons entrelacés.Milleret (et non miret), sorte d’agréments ou festonnés dont on borde les bandes qui garnissent les robes des dames.Ganse, cordonnet de soie, d’or, d’argent, etc., qui sert ordinairement à attacher un bouton : Une aune de ganse de soie.Braid .Mignardise, petite soutache qui sert à faire certaines dentelles.Braid à dentelles .Lacet, tissu plat de fils entrelacés dont on se sert pour faire certaines dentelles.Braid anglais .Lacet anglais.Braid médaillon .Lacet médaillon.Braid à finir .Lacet à finir.Braider .Galonner ; soutacher ; passementer ; bro- der ; etc.Le Comité du Bulletin du Parler français. 356 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE ENSEIGNEMENT PRATIQUE INSTRUCTION RELIGIEUSE L’Eglise catholique L Pierre chef de e'Eglise Le Sauveur ressuscité demeura quarante jours sur la terre, apparaissant souvent aux siens et leur parlant de rétablissement de son Eglise, de la prédication de l’Evangile, de l’organisation des Prêtres et des Evêques, de l’administration des Sacrements et de la direction des choses saintes.Dans une de ses apparitions sur le bord du lac de Génésareth, il interpella Pierre au milieu de ses frères : « Pierre, m’aimes-tu plus que le font ceux-ci, ?—Oui, Seigneur, répondit Pierre, vous savez que je vous aime.—Alors, sois le Pasteur de mes agneaux ! Il lui demanda une seconde fois : « Pierre, fils de Jean, m’aimes-tu ?—Seigneur, vous savez que je vous aime, répondit Pierre une seconde fois.—Sois le Pasteur de mes agneaux ! » Enfin le Sauveur lui ayant demandé une troisième fois : « Pierre, m’aimes-tu ?» Pierre, guéri de sa présomption passée, se rappelant son triple reniement chez Caïphe, et redoutant humblement" sa faiblesse, répondit tout ému et attristé : « Seigneur, vous savez toute chose, vous savez que je vous aime.» Alors Jésus le regarda avec amour et dit : « Sois le Pasteur de mes brebis ! » Où étaient les agneaux et les brebis que Jésus donnait à saint Pierre ?Les agneaux dont voulaient parler Notre-Seigneur sont tous les fidèles dont se compose le troupeau de l’Eglise.Les brebis sont les Evêques et les Prêtres, qui nous baptisent, nous élèvent dans lia vérité, dans la foi.Brebis et agneaux ne forment qu’un seul troupeau sous la conduite du pasteur qui est Pierre et après lui son successeur notre Saint-Père le Pape.C’est pourquoi, tous nous devons obéir au Pape, notre seul Pasteur, notre seul directeur.Celui qui se révolte contre le Pape se révolte contre Jésus-Christ dont il est le représentant. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 357 LANGUE FRANÇAISE COURS ELEMENTAIRE Orthographe, Grammaire et Vocabulaire Dictées I L’homme ET les animaux Tous les animaux ont 'été créés pour l’homme ; mais plusieurs ne lui sont pas soumis.Dieu l’a voulu ainsi pour le punir de s’être révolté contre lui en commettant le péché.Cependant il y en a un grand nombre qui sont à son service.Le cheval, l’âne, le chameau, le bœuf, l’aident dans ses travaux ; la vache, la chèvre, la brebis, l’ânesse lui donnent leur lait ; le bœuf, -le mouton, le porc, et bien d’autres, lui fournissent la viande.Exercices : I.Reconnaître les participes passés : donner la règle d’accord.IL Distinguer les compléments directs des compléments indirects.II LE bouleau On le distingue facilement dans les bois, par sa tige aussi blanche que la neige, et par sa tête extrêmement divisée en rameaux très menus, faibles et pendants.Sa feuille est pointue, un peu anguleuse à son contour et finement dentelée.Elle est légèrement velue dans sa jeunesse, puis lisse ensuite des deux côtés, d’un vert assez clair en dessus, un peu blanchâtre en dessous.Explications.—Distingue : on le reconnaît facilement entre tous les autres arbres ;—une personne distinguée ?des manières distinguées ?—Extrêmement : beaucoup, autant que possible.-—En rameaux : en petites branches ; les dernières et les plus fines divisions des rameaux se nomment ramilles.—Menus : minces, peu épais ; menu se dit pour petit : menu gibier, menu bétail ;—un menu ?—Anguleuse : sa forme présente des angles, elle n’est pas cylindrique.—Dentelée : découpée en petites dents ;— dentelle est le seul des composés de dent qui s’écrive avec deux l.—Velue : couverte de poils légers.—En dessus,/ en dessous : là-dessus, là-dessous, par-dessus, par-dessous, ci-dessus, ci-dessous, au-dessus, au-dessous ; s’écrivent avec un trait d’union.Exercises.—Analyser les adjectifs et les verbes.INVENTION Achever ces phrases : De même que la terre est ronde, la lune (est ronde) .—Comme l’oiseau a des ailes pour voler, l’homme a des pieds pour (marcher).-—On estime les honnêtes gens, mais on méprise les (malhonnêtes gens).—Avant de commander, il faut savoir (obéir).— Quand on parle trop, on dit beaucoup de (sottises).—Celui qui n’a pas semé ne peut (récolter).—Le -soleil nous donne de (la lumière) et de (la chaleur).—Le chêne résiste au vent, mais le roseau (plie et ne rompt pas). 358 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE RECITATION LE hibou et EA TOURTEREELE Un hibou, parfait égoïste, De tous les oiseaux était fui ; Tous prenaient un air froid et triste S’ils se rencontraient avec lui.A la sensible tourterelle Sa surprise un jour il narra : « C’est votre faute, lui dit-elle : Aimez, et l’on vous aimera.» O.de Fuevy.Questions.—Que veut dire : égoïste ?(qui n’aime que soi) ;—un air froid ?(on eut pour lui peu d’empressement, peu de sympathie) ;—narrer ?(raconter un fait).—Pourquoi le hibou'était-il fui des oiseaux ?—A qui raconta-t-il sa surprise ?— Que lui répondit la tourterelle ?REDACTION Les tabees et les bancs de ea classe Les tables et les bancs sont les principaux meubles de la classe.Sur la table nous posons le papier où nous écrivons, le livre où nous lisons.Nous nous asseyons sur le banc, devant la table.La table comprend une tablette de bois peinte ou vernie et qui forme la pente vers moi.Cette tablette est supportée par quatre pieds.Sous l'a tablette, il y a des cases où les écoliers mettent leurs livres, leurs cahiers.Dans l’épaisseur de la tablette est-un trou où l’on place l’encrier.Le banc se compose d’une planchette supportée par des pieds.Il est bien commode, car il a un dossier.Il ne faut pas s’amuser à rayer ou à couper la table et le banc d’école avec un canif.Questionnaire.—Quels sont les principaux meubles de la salle de classe ?—A quoi servent-ils ?Comment est la table sur laquelle vous écrivez (de quoi elle se compose, tablette, pieds, casiers ou pupitres, encrier, etc.) ?Comment est le banc où vous êtes assis ?Canevas.—Mettez par écrit la réponse à chacune des questions précédentes. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 359 COURS MOYEN Elocution, Orthographe et Grammaire Dictées I Lé chant des oiseaux • Le loriot siffle, rhirondelle gazouille, le ramier gémit : le premier, perché sur la plus haute branche d’un ormeau, àéû'e notre merle, qui ne le cède en rien à cet étranger ; la seconde, sous un toit hospitalier, fait entendre son ramage confus ; le troisième caché dans le feuillage d’un chêne, prolonge ses roucoulements semblables aux sons onduleux d’un cor dans les bois ; enfin le rouge-gorge répète sa petite chanson sur la porte de la grange où il a placé son gros nid de mousse.Chateaubriand.Explications.—Ramier : sorte de pigeon sauvage ; le ramier est proprement un oiseau qui se tient dans les branches, dans les rameaux des arbres.—Ormeau ou orme : arbre de nos forêts.—Défie : semble dire au merle qu’il n’est pas capable de siffler comme lui.—Cède : attirer l’attention sur le changement de l’
de

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