L'enseignement primaire : journal d'éducation et d'instruction, 1 juin 1914, Juin
35e Annee Quebec, Juin 1914 No 10 (J ^r\seignerr|ent Primaire C.-J.MAGNAN.Propriétaire et Rédacteur-en-chef i:Tm ÿm*£ • , U-"’ v AV I iâi; .-4 vgsat:.,'îS-â Ç-::, ife ;?M4i Ai2-' '' A ' ¦•¦¦ .-v.; r:, , V'5?:v-:.'.; •' '•;1: v'* ¦:¦ ¦ .k.¦ r-KrW'-X 'm4% .¦;• - •- v.v :.¦r&M.œ r-V .'- •¦.• JBStyâgjfm ::;VAr;;w '¦A u-y, 70» -• *•' .- «• :U; :-u .:; •-i»' v’;'1 y*®: éïïîS ' ' y.r mm '.¦vA.'î**! SON EMINENCE LE CARDINAL L-N.BEGIN ARCHEVEQUE EE QUEBEC, Que Sa Sainteté Pie X vient d’élever au rang de Prince de l’Eglise. 578 L'ENSEIGNEMENT PRIMAIRE Aux anciennes élèves de l’école normale de la Congrégation de Notre- Dame de Montréal.Les religieuses de la Congrégation de Notre-Dame, de l’Ecole normale de Montréal, désireuses de procurer à leurs anciennes élèves le plaisir de se rencontrer, les invitent à se réunir toutes, le mardi, 28 juillet prochain, à leur nouvelle Ecole normale, 992 rue Sherbrooke ouest.La convention sera suivie d’une retraite fermée pour l’avantage de celles qui désireraient profiter des exercices qui se donneront les 29, 30, 31 et le 1er août.Que celles qui prendront part au conventum et à la retraite, veuillent bien avertir sans retard, afin que nous puissions les pourvoir de ce qui est nécessaire pour la circonstance.Pas de frais exigés.Sœur Saint-Isaïe, Directrice.A l’école Les instituteurs doivent s’efforcer d’inculquer dans le cœur de la jeunesse la piété, la justice et le respect de la vérité, l’amour de^la patrie, le goût du travail, la chasteté, la modération, la tempérance et toutes les autres vertus qui sont l’ornement de la société et la base de la république.Ils doivent montrer comment ces vertus tendent à perfectionner les institutions républicaines, à garantir tous les inestimables bienfaits de ladiberté et à assurer leur propre bonheur, et comment les vices opposés mènent inévitablement aux plus désastreuses conséquences.(Loi scolaire du Massachusets, Etats-Unis.) La politesse La politesse a toujours été un des plus beaux caractères de l’éducation française; c’est peut-être son trait le plus distinctif.Le mot éducation, dans toute langue, a un sens spécial, et, chez nous, l’on n’est pas bien élevé, si l’on ne possède le savoir-vivre, autre mot essentiellement français.En effet, parmi nous, manquer de politesse, c’est ne pas savoir vivre.La politesse des manières, le sentiment des bienséances, le goût exquis, ce sont des choses qui se pratiquent encore mieux en France qu’elles ne se définissent et que les nations rivales elles-mêmes sont convenues de nommer 'politesse française; noble apanage du caractère national, glorieuse distinction dont il faut nous féliciter, s’il est vrai, qu’aujourd’hui encore, au milieu du naufrage de tant de sérieuses et antiques vertus, nous avons du moins sauvé la politesse.Il ne faut pas croire que ce soit là une variété de l’éducation ou du caractère: la politesse se lie profondément à des vertus sociales, dont une nation peut être justement fière et heureuse.Monseigneur Dupanloup.Pensées Faire le bien et le faire joyeusement, c’est un double bien.Saint-François de Sales.Le bonheur est un composé de tant de pièces, qu’il y en a toujours quelqu’une qui manque.Bossuet.On déshonore la justice quand on n’y joint pas la douceur, les égards et la condescendance; c’est mal faire le bien. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 579 PEDAGOGIE UN BREVET SUPERIEUR UNE IDEE FECONDE Devant le deuxième congrès des Principaux des écoles normales catholiques de la province de Quebec (3 mars 1914) M.l’abbé Sabourin, Principal de l’Ecole normale de Valleyfield, a fait une suggestion des plus importantes.Il s’agit de la création d’un Brevet supérieur qui s’appellerait Certificat d’aptitude pédagogique ou Licence, peu importe, brevet auquel les porteurs (hommes et femmes) du brevet académique pourraient aspirer, après examen sérieux devant un jury spécial.Cet examen roulerait sur un programme défini et plus vaste que celui des Ecoles normales et du Bureau Central, quant à la pédagogie théorique et pratique, à la psychologie pédagogique et à l’histoire de la pédagogie.Dans notre rapport sur les écoles primaires et les écoles normales de la France, de la Suisse et de la Belgique (1), nous avions suggéré la création d’un “Certificat d’aptitude au professorat des écoles normales” et demandé aussi de soumettre “les aspirants à l’inspectorat à un examen d’aptitude pédagogique spécial”.Le projet soumis par le distingué principal de Valleyfield rencontre absolument les desiderata du rapport que nous avions l’honneur de soumettre au Surintendant de l’Instruction publique, de retour d’une mission d’études en Europe.Ce projet s’impose encore plus aujourd’hui qu’en 1909.Notre enseignement primaire est entré dans une ère de progrès, c’est évident, mais il importe que ce progrès se continue, qu’il s’accentue.Et pour qu’il en soit ainsi, il faut de toute nécessité créer une élite parmi les primaires.Le professorat dans nos écoles normales et l’inspectorat constituent déjà une carrière importante.Ceux qui y aspirent devraient être invités à poursuivre leurs études pédagogiques après l’obtention du brevet académique.La sanction de ces études complémentaires serait le Certificat d’aptitude pédagogique que décernerait la Commission dont M.l’abbé Sabourin demande la formation.La création du Certificat d’aptitude pédagogique stimulerait aussi l’ardeur des jeunes filles déjà en possession du brevet académique.L’idée émise par M.l’abbé Sabourin, idée actuellement soumise à l’attention du Comité catholique, nous paraît féconde en excellents résultats.Les luttes que notre petit peuple français et catholique aura à soutenir (1) Rapport sur les Ecoles primaires et les Ecoles normales en France, en Suisse et en Belgi-que> Québec, 1909, page 330. 580 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE de plus en plus en ce pays réclament une élite dans toutes les classes de la société et particulièrement dans celle des éducateurs.Cette élite, nous la créerons en provoquant un effort vers le mieux, en encourageant les studieux, en distinguant ceux qui étudient, qui travaillent de la trop nombreuse armée des “quelconques”.C.-J.Magnan.Les jeux à l’école Nos cours de récréation ne sont pas toujours ce qu’elles devraient être, et trop souvent les enfants s’amusent-ils dans le chemin ou ailleurs.Il semble qu’on devrait répandre chez nous certains jeux qui amusent bien, qui exigent peu d’espace et qu’on trouve représentés dans le Larousse, à l’article “Gymnastique”.il est très facile d’installer un tremplin quelconque, un cheval de bois fait à la grosse, un pas-de-géant comme le comité du Bien-Etre des enfants en a placé dans les parcs de Montréal.Et les échasses donc, cette espèce de jeu national des petits français, elles sont très amusantes, très pratiques, les jours de boue, et surtout de fabrication facile: 2 baguettes, 2 blocs et 4 clous, et tout est dit.Qu’on en donne une paire à quelqu’un et le lendemain toute l’école en sera pourvue! Des jeux comme des cartes murales on peut dire qu’il n’y en a jamais trop.Quand les enfants ne jouent pas, ils s’adossent à un mur, ils se reposent peu, ils parlent beaucoup trop de toutes sortes de choses (ordinairement c’est un garnement qui fait la loi), ils se dégoûtent de l’école et ils apprennent le métier de gamin.Les jeux développent les muscles, les poumons et trempent le caractère: Napoléon se mettant à la tête de ses condisciples préludait à son rôle de général.L’éducation des livres se poursuit en récréation et les maîtres peuvent y exercer une influence très efficace.C’est le conseil d’un grand éducateur, Monseigneur Dupanloup: “Il est désirable que les maîtres prennent autant que possible leurs récréations avec leurs élèves, se mêlant amicalement à leur conversation et à “leurs jeux, et même mettant les jeux_en train”.Montréal, juin, 1914> Yves Noel. L'ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 581 Enseignement de l’arithmétique La pratique d’abord, la théorie ensuite.Le plus grand tort dans l’enseignement du calcul aux commençants, celui qu’on rencontre le plus communément, c’est une hâte inconsidérée.On veut aller beaucoup trop vite, et on met les enfants au calcul écrit avant qu’ils aient la moindre idée des nombres.Or, c’est par là qu’il faudrait commencer, car c’est là le fondement indispensable de l’édifice.On familiarise les enfants avec les nombres en les exerçant à compter des objets réels, qu’on leur met en mains ou qui se trouvent dans la classe.On fait ensuite ajouter ou retrancher effectivement deux quantités des mêmes objets.Puis lorsque les enfants sont ainsi familiarisés intuitivement avec les dix ou vingt premiers nombres, on passe graduellement au calcul mental, si l’expression peut ne pas paraître trop ambitieuse.Voici une quantité d’objets réels, bûchettes, traits au tableau, etc., que l’on fait compter, combien en aura-t-on si l’on en ajoute ou si l’on en retranche un, deux, trois?.L’enfant s’habitue peu à peu à compter dans sa tête, à se passer d’aide matérielle.Si l’on procède méthodiquement, si l’on prend soin de s’en tenir toujours à des nombres concrets, que l’enfant peut se représenter en esprit, on arrive à obtenir des enfants qu’ils opèrent assez rapidement de tête toutes les combinaisons possibles, qu’ils ajoutent, retranchent, multiplient ou partagent même dans la limite des vingt premiers nombres.A partir de ce moment, mais à partir de ce moment seulement, on peut passer plus loin et commencer à familiariser les enfants avec le mécanisme du calcul écrit.Remarquons encore qu’il ne peut être question d’amener de jeunes enfants à se rendre compte de ce qu’ils font et à comprendre clairement pourquoi ils le font.La théorie de l’addition et de la soustraction n’est pas à la portée d’enfants du cours préparatoire, ni même du cours élémentaire, et c’est perdre son temps et sa peine que de vouloir la leur faire comprendre.Que dire de celle de la multiplication ou de la division ?Mais si les enfants ne peuvent tout comprendre, il est des choses dont on peut les amener cependant à se rendre suffisamment compte.Les enfants qui ont été suffisamment familiarisés avec la composition des nombres arrivent à comprendre pourquoi ils s’écrivent de telle manière et pourquoi on fait des retenues, par exemple.Plus tard, et à mesure qu’ils deviendront capables de raisonnement, lisseront aptes à comprendre le mécanisme de chaque opération et ils feront d’une façon plus intelligente ce qu’ils n’avaient fait d’abord que d’une façon purement mécanique.Mais procédons par ordre et n’oublions pas que la pratique doit toujours précéder la théorie.B.L. 582 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE CONSEILS AUX COMMISSIONS SCOLAIRES Commentfprofiter des avantages du Gouvernement.1.—Primes pour Traitements minima.Dans^une récente circulaire (1er avril 1914) (1), le Surintendant de l’Instruction publique a informé les commissions scolaires que les minima des traitements avaient été portés respectivement à $120, $150 et $175, pour 1914-15.Les primes aux municipalités qui paient les salaires minima se répartiront comme suit : 1ère Sur le fonds de $125,000.00 en faveur des municipalités payant des salaires annuels d’au moins $120.00; 2e Sur le fonds de $60,000.00 en faveur des municipalités payant des salaires annuels d’au moins $150.00; 3e Sur le fonds de $40,000.00 en faveur des municipalités payant des salaires annuels d’au moins $175.00.Ces primes spéciales doivent donc encouiager les commissaires à payer généreusement les institutrices et à exiger d’elles les meilleures qualifications.II.—Ameliorations materielle des ecoles Le département de l’Instruction publique enjoint aux commissions scolaires de bâtir de meilleures écoles, afin de désencombrer les classes et de mieux observer les règlements de l’hygiène, et le gouvernement accorde aux municipalités des primes spéciales pour encourager l’amélioration matérielle des écoles; ces primes sont au nombre de cinq par district d’inspection: $60, $50, $40, $35, $30.Voilà, certes, un encouragement pratique.Aussi, le nombre des municipalités qui profitent de ces primes va en augmentant chaque année.Et, au témoignage des inspecteurs primaires, une louable émulation a été créée entre les municipalités par l’établissement de ces primes spéciales.III.—Engagements des maîtres Depuis quelques années, le gouvernement accorde une prime spéciale aux municipalités qui confient les écoles modèles et les académies de garçons (1) Voir L’Enseignement Primaire du mois d’avril dernier, page 491. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 583 à des instituteurs de préférence à des institutrices.La subvention votée à cette fin par la législature a été portée de $10,000 à $12,000.Voici à quelle condition cette prime est accordée: Retenir les services d’un instituteur laïque ou de deux ou plusieurs instituteurs (religieux ou laïques) : les intituteurs laïques doivent être diplômés.Payer à l’instituteur laïque au moins $400, ou $250 au moins à chaque maître, lorsque dans la même école il y a deux instituteurs ou plus (religieux ou laïques).En plus de tous ces octrois spéciaux, le gouvernement distribue encore entre les municipalités: a $260,000 (c’est le Fonds des écoles publiques); b $21,000 aux municipalités pauvres; d $150,000, subvention spéciale en vertu de la loi 60 Victoria, chapitre 3: cette subvention est accordée aux municipalités pour diverses fin d’éducation, tel que constructions d’académies, encouragement aux écoles des régions de colonisation, etc.De plus, la somme de $14,000 est partagée, chaque année, entre les instituteurs et les institutrices qui enseignent depuis dix ans au moins, dans la province de Québec: ceux qui enseignent depuis 10 ans reçoivent $15; ceux qui enseignent depuis 15 ans, $20, et ceux qui enseignent depuis 20 ans et plus, $25.00.Le gouvernement et la législature donnent donc un exemple généreux que les commissions scolaires doivent s’efforcer d’imiter.Car, en dépit des efforts du département de l’Instruction publique et des encouragements substantiels et opportuns du gouvernement, il y a place encore à beaucoup de dévouement et de générosité de la part des commissions scolaires.L’Instruction publique est en progrès dans notre province: il n’est que juste de le reconnaître.D’autre part, il serait puéril de le taire, il y a encore de nombreuses améliorations à réaliser dans ce domaine.C.-J.Magnan.SCIENCE MÉNAGÈRE SA NECESSITE.11 y a quelques semaines, une dame vint me présenter sa fille comme élève du cours supérieur d’enseignement ménager.“Je sens trop, me dit-elle, et par moi-même, et par mes amies, les lacunes de la formation actuelle à l’égard des choses ménagères, pour ne pas vous demander d’épargner à ma fille les mêmes inconvénients.Mais qu’on est loin encore de comprendre la nécessité d’une formation spéciale à cet égard! Tenez, l’autre jour, je faisais part à mon excellente cousine de mon intention de vous confier majBlle.Elle se récrie: “Quand une jeune fille du monde a tant de choses à étudier, comment voulez-vous encore lui donner le surcroît d’apprendre ce que vous appelez la science ménagère ?Mais, la science ménagère, toutes les femmes la possèdent.Nous avons cela dans le sang!.Cela s’apprend tout seul ! Est-il donc si difficile de conduire une maison ?On a des domestiques (1) Reproduit du Noël, de Paris. 584 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE il suffit de les laisser faire”.Et elle me parla longtemps sur ce ton.Elle avait, comme on dit, son siège fait.Et je vis qu’il était inutile de discuter.Or, ajouta ma visiteuse, cette bonne cousine fait souffrir tout le monde autour d’elle par son inhabilité ménagère.Son mari, employé dans une grande administration, qui ne dispose que d’une heure et demie au milieu du jour pour le déjeuner, se plaint que jamais le repas n’est prêt à l’heure.Il lui est arrivé, plus d’une fois, de rentrer chez lui au milieu de la poussière soulevée par le domestique qui, à l’heure de midi, brossait encore les tapis.D’ailleurs, sa femme ne garde aucun serviteur.Lassés de ses ordres incohérents et contradictoires, ils lui dénoncent leurs huit jours à peine entrés.L’autre jour, il y eut mieux encore.Je reçois une invitation à dîner à 7 heures du soir., J’arrive en grande toilette avec ma fille.Je vois à la porte deux autres voitures d’où descendent des personnes, apparemment des invités.Nous montons l’escalier et sonnons.Stupéfaction de ma cousine: “Mais.vous.A cette heure!.Et d’où venez-vous en si élégante toilette?.Puis, brusquement, se frappant le front: “Ah! j’avais oublié!.Et ce fut une valse, je n’oserai dire un tango, de domestiques lancés à la poursuite des éléments d’un dîner express.—Ceci est un cas que l’on peut appeler extrême.Mais, dans les familles combien d’incidents moins graves, fâcheux quand même, qu’un peu d’expéiience ménagère, une expérience non pas de routine, mais, avisée et réfléchie, aurait évités.Ce sont, par exemple, des provisions de chauffage, de denrées, de conserves, qu’on n’a pas faites en temps opportun.Par suite on se trouve brusquement en disette au moment du besoin.Il faut à prix d’or, avec un surcroît de dépenses, réparer la négligence commise.Tantôt, ce seront des menus désespérément uniformes que le cordon bleu, que vous payez bien cher, vous sert en dépit de vos observations.Monsieur se plaint, et non sans quelque raison.Tout le monde, chez vous, a l’estomac plus ou moins fatigué.En tout cas, votre table n’a pas cet aspect appétissant, qui dilate les cœurs encore plus que les estomacs, et qui est un si grand élément du contentement familial.La bonne domestique n’en sait pas plus, et ce n’est pas près de vous, ma chère amie, qu’elle trouvera des leçons.Tantôt, ce sont les notes des fournisseurs, boulangers, pâtissiers, bouchers, épiciers, laitiers, marchands de primeurs ou de conserves, qui montent, grossissent, s’enflent démesurément.On dit bien autour de vous que le coût de la vie augmente, mais il vous semble que chez vous, il augmente plus vite qu’ailleurs.Et vous manquez des notions nécessaires pour exercer un contrôle judicieux.Ne croyez pas que j’invente.J’entends encore les doléances d’un monsieur de la haute société parisienne, homme d’œuvres, disposant d’un très honnête revenu dont se contenteraient aisément plusieurs de mes lectrices, et qui vint me conter le coulage toujours grandissant qu’il constatait dans ses dépenses ménagères.Il me montra quelques factures où il avait de fait des majorations étonnantes.Mais ce n’est pas en un quart d’heure qu’on remet sur pied le budget d’une ménagère.Tantôt ce sont de menus détails qui risquent de revenir fréquemment: une déchirure à un vêtement, des fourrures mangées, des insectes, un accroc à une pièce de lingerie, quoi encore ?une tache sur un habit, un encrier renversé sur le parquet, une souillure de graisse ou d’huile sur un tapis de table, une pièce d’argenterie ternie, une peinture défraîchie.Ce sont des riens et si on n’y remédie pas tout de suite, cela donne à vous-même ou à votre ameublement un air de négligence, presque de misère.Et s’il faut recourir à des spécialistes du dehors, vous aurez affaire, toutes les semaines, à tous les corps de métier! Quel retard! Par suite quelles contrariétés et quelles dépenses d’argent! Et nous n’avons rien dit encore des choses les plus importantes, les plus essentielles de la vie ménagère et familiale: la comptabilité, la puériculture, la médecine usuelle, rien non plus de la formation aux vertus domestiques, de l’éducation des enfants, de votre préparation, mes chères amies, à votre rôle futur d’épouses et de mères.Ne croyez-vous pas avec moi.qu’en tout cela vous avez plus d’une chose à apprendre ?H.Husson, Directrice du C.N.C.d’E.M. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 585 INAUGURATION DE L’ECOLE NORMALE CLASSICQ-MENAGERE DE SAINT-PASCAL Le 5 mai dernier a été inaugurée solennellement l’Ecole normale classico-ménagère de Saint-Pascal, comté de Kamouraska.Cette école ménagère, dirigée par les Révérendes Sœurs de la Congrégation Notre-Dame, a été fondée, il y a dix ans, par M.l’abbé A.Beaudet, curé de Saint-Pascal.La ceremonie d’inauguration, présidée par Son Excellence le Lieutenant-Gouverneur, a été des plus imposantes.L’honorable M.de LaBruère, Surintendant de l’Instruction publique, l’honorable M.J.-E.Caron, Ministre de l’Agriculture, MM.les députés Lapointe et Stein, AI.le Chanoine Ross, Principal de l’Ecole normale de Rimouski, un grand nombre de membres du clergé et plusieurs autres laïques de distinction étaient aussi présents.Plusieurs discours furent prononcés, mentionnons ceux de M.l’abbé Beaudet, Principal de laânouvelle école normale, du Lieutenant-Gouverneur et du Surintendant de l’Instruction publique.Nous reproduisons ici pour l’histoire les discours de M.l’abbé A.Beaudet, ainsi que celui de M.de LaBruère: mim çwyyyy.W'Æ- Wm& mm HM mmm: mSm - fflgm wmm yyssY-yA’.Mm W .Sx S.x< mm#®* L’Ecole normale Classico-Ménagère de Saint-Pascal dont l’inauguration officielle eut lieu le 5 mai 191./+.DISCOURS DE M.A BEAUDET, PRINCIPAL M.[le Lieutenant-Gouverneur, Mesdames et Messieurs.Nous sommes profondément honorés de votre présence au milieu de nous.Nous vous offrons à tous nos profonds hommages et vous souhaitons heureuse bienvenue.Nous sentons que ce n’est pas nous que vous visitez, nous Dames Religieuses, élèves et moi-même, mais que c’est à l’enseignement ménager que vous venez rendre hommage, et nous nous en réjouissons: l’honneur que vous lui rendez va droit à nos cœurs, comme les honneurs rendus à un enfant vont droit au cœur de sa mère. 586 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE Nous regrettons cependant que certaines circonstances aient gardé loin de nous certains personnages de marque, lesquels, au travail avec nous, devraient aussi être à l’honneur.Et tout d’abord vient à notre pensée Monseigneur l’Archevêque de Québec, qu’on appellera bientôt: Son Eminence, lequel m’écrivait au 8 avril: “Je viens de recevoir votre invitation à présider la séance d’inauguration de votre Ecole normale Classico-Ménagère.Vous savez tout l’intérêt que j’ai porté à la fondation de votre institution appelée,ce me semble, à rendre de grands services.Aussi je regrette vivement de ne pouvoir me rendre à votre invitation par suite d’engagements pris d’avance ailleurs.Je serai avec vous d’esprit et de cœur le 5 mai et prierai Dieu de bénir la grande et belle œuvre dont vous avez été l’infatigable promoteur et que vous avez réussi à conduire à bon terme”.Monseigneur l’Archevêque Bégin a été tout naturellement le premier consulté par moi touchant l’opportunité de fonder l’Ecole ménagère.Et, sans hésitation aucune, il m’a répondu: “Si vous me demandiez de fonder un couvent ordinaire, je dirais: non; mais une école ménagère, oui, je le permets de grand cœur, et je bénis votre projet”.Et Sa Grandeur n’a cessé d’encourager notre œuvre, nous prodiguant ses sages conseils, nous défendant au Comité catholique, soutenant notre œuvre auprès du gouvernement.Aussi longtemps que l’on verra Monseigneur l’Archevêque de Québec toujours à la tête des grandes questions d’éducation, on pourra dire avec orgueil que le siège épiscopal des Laval, des Plessis, des Taschereau, ne dégénère pas.Je ne dirai qu’un mot à son Excellence, frère très distingué de deux de mes compagnons de classe, Charles et Jean, beau-frère des trois abbés Légaré, auxquels je dois presque tout ce que j’ai acquis de bon au Séminaire, coopérateur à notre affiliation à l’Université Laval, puisque Son Honneur fait partie depuis très longtemps du Conseil Universitaire, légiste des plus remarquables, enfin preuve évidente par sa verte vieillesse que le travail et l’activité ne ruinent pas celui qui sait observer les lois morales et hygiéniques.Je ne dirai que cela, je le répète, puisqu’une adresse lui sera présentée dans quelques instants, ainsi qu’à Monsieur le Surintendant, lequel ressemble absolument à Son Excellence par son demi-siècle de travail ardu et fructueux consacré à la patrie, d’abord dans le journalisme, puis en siégeant dans les Conseils de la Nation, puis comme chef prudent et apprécié du Département de l’Instruction publique.Je souligne ensuite l’absence bien sensible et regrettée de Sir Lomer Gouin et de Lady Gouin, de laquelle une circonstance mémorable nous a fait apprécier les aimables vertus sociales.Le 15 avril dernier, nous recevions la réponse suivante avec peine: “Sir Lomer Gouin et Lady Gouin remercient le Principal et les Directrices de l’Ecole Normale Classico-Ménagère de Saint-Pascal de leur aimable invitation et ils regrettent qu’un engagement antérieur les prive d’assister à l’inauguration officielle de leur institution.” A son retour d’Europe, l’an dernier, Sir Lomer Gouin daigna me dire: “Votre question d’Ecole Ménagère a hanté mon esprit presque tous les jours de mon voyage.Tantôt j’ai voulu 1’enterrer, tantôt la promouvoir.C’est une des grandes questions d’éducation, voyez-vous, auxquelles on ne doit toucher qu’avec circonspection.Et vous avez tant d’ennemis parmi les éducateurs.—“Oui, Sir Lomer, mais n’avons-nous pas des amis qui compensent : le Comité Catholique du Conseil de l’Instruction publique, l’Université Laval, qui nous a accordé les honneurs de l'affiliation, quand pas un autre couvent n’avait encore été admis dans ce sanctuaire sacré de la science; tous ces éducateurs qui se sont passionnés pour notre système d’éducation Classico-Ménagère, après visite et étude sur place: Messieurs O.-E.Dallaire, H.Hagant, G.-A.Gigault, tous les visiteurs ecclésiastiques des Couvents, Monsieur C.-J.Magnan, Monsieur le Surintendant.“Lire les rapports officiels, c’est constater leur dévouement entier à la question d’éducation ménagère.Pourquoi, Sir Lomer Gouin, ne viendriez-vous pas étudier la question sur place?Vous êtes plus que tout autre en état de la juger au mérite”—“Oui, dit l’honorable Premier, je veux m’en rendre compte, avoir le cœur net de cette question qui agite tant d’esprits”.Et comme toujours le Premier Ministre tint parole.Le 16 juin suivant, Sir Lomer Gouin et Lady Gouin s’étaient faits inspecteurs d’école, examinateurs de la capacité classico-ménagère de nos élèves et augurant de l’heureuse influence que pourrait avoir sur l’avenir de la province un tel système d’éducation.Sir Lomer bravait toutes les difficultés, ne s’occupant que du bien général L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 587 et déclarait officiellement notre institutio.i Ecole Normale Classico-Ménagère, avec l’agrément de ses collègues et la très haute sanction de Son Excellence ici présente.Tout cela pour s’être passé sans bruit, dans l’ombre, n’en est pas moins ie digne pendant des discours très remarquables que prononça l’honorable Premier Ministre au Congrès Eucharistique de Montréal, et à l’Assemblée Législative à propos de l’instruction obligatoire: action et discours qui commandent l’admiration de tous les vrais Canadiens et leur font souhaiter que la province ait toujours à sa tête de tels Premiers Ministres.J’avais tout naturellement invité à cette fête de l’Enseignement Ménager l’Université Laval dans la personne de son très distingué Recteur, Monseigneur Gosselin.En juin 1909, l’Université Laval nous avait adoptés comme ses pupilles, pour nous encourager, nous faire grandir sous son ombre bienfaisante.Le refus forcé de Monseigneur le Recteur d’être ici en ce moment ne nous dispense pas de profiter de l’occasion solennelle qui nous est offerte de témoigner toute notre vive et profonde gratitude à l’Université Laval, et tout particulièrement à son digne Recteur, ainsi qu’à M.l’abbé E.Nadeau, lequel disait: “Tous ceux qui ont eu l’avantage d’assister aux examens de l’Ecole Ménagère de St-Pascal sont revenus entièrement gagnés à la cause de l’enseignement ménager: Pas une seule voix discordante”.Nous n’oublierons jamais que nous devons probablement au beau geste de l’Université Laval d’avoir été considérés pour quelque chose dans le monde des éducateurs, par le Conseil de l’Instruction publique, et par le gouvernement lui-même.L’honorable secrétaire provincial, M.Jérémie Décarie, est un converti de notre cause, et nous l’en félicitons.Dans la première audience qu’il daigna m’accorder, Monsieur Décarie déclara avec franchise qu’une légion d’éducateurs se dressait contre notre méthode d’enseignement, qu’il fallait ménager les susceptibilités de ces éducateurs de bonne foi.N’empêche pas que deux années après, Monsieur le Secrétaire Provincial se serait battu pour la défense de l’Enseignement Ménager, et, qui est plus, donnait l’aide de son Département à notre Institution.Il a donc cru sans voir, et mérite donc cette belle louange des Livres Saints: “Bienheureux qui a cru sans avoir vu”.En outre, tandis qu’ordinairement on croit par entraînement ancestral, par habitude, les nouveaux convertis croient, au contraire, par la force de leuAconviction profonde.Nous avons donc double motif d’espérer que Monsieur le Secrétaire Provincial sera toujours le défenseur puissant et le ferme appui de l’Ecole normale Classico-Ménagère, à laquelle il a si vaillamment contribué à donner la vie.Nous ne devons pas remercier seulement les absents.Ceux qui ont sacrifié leur journée et partie même de la nuit prochaine pour encourager de leur présence l’Education Ménagère méritent aussi notre reconnaissance.L’honorable J.-E.Caron, l’infatigable et très distingué ministre de l’Agriculture, est un ferme croyant de la première heure.Dès le début de sa carrière ministérielle, il nous a visités en homme convaincu de l’opportunité de l’œuvre que nous poursuivions, nous a prodigué ses sages conseils, ses encouragements en paroles et “en octrois”.En sa qualité de chef du Ministère de l’Agriculture dont nous dépendions uniquement au début, c’est avec cet honorable Ministre que nous avons eu le plus souvent à traiter d’affaires, et nous sommes heureux non seulement de témoigner publiquement de ses bons procédés avec nous en toutes circonstances, mais de saisir cette solennelle occasion pour le remercier chaleureusement de l’extrême bienveillance qu’il nous a toujours témoignée.L’honorable M.Turgeon, Président du Conseil Législatif, était ministre de l’Agriculture quand j’entrepris la fondation de l’Ecole Ménagère.Je me rappelerai toujours l’instant où je lui exposai mon projet, et lui demandai l’aide de son Département.Après une courte conversation, il s’écria: “Ah! quel bien ça ferait à la femme, puis à la famille, puis à la société, si votre projet réussissait! Je veux moi aussi avoir part au mérite de ce grand projet”.Et il me promit sim le champ un octroi annuel qui me permit de commencer, trois mois après, notre maison, laquelle n’a pas encore, il me semble, déshonoré son premier bienfaiteur, humble et ignoré jusqu’à ce jour, mais auquel nous avons voué une vive reconnaissance.Reconnaissance aussi à notre ancien député, l’honorable Rodolphe Roy, qui nous appelait avec orgueil: “Mon Ecole Ménagère”.Et il avait raison de parler de la sorte, puisque, jusqu’à son entrée heureuse et méritée dans la magistrature, il n’a pas cessé de nous prodiguer son assistance.Que la vie soit douce et longue pour ce bienfaitem! 588 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE C’est avec bonheur que nous remercions publiquement nos Députés actuels qui ont continué les heureuses traditions de leurs devanciers, en nous visitant souvent, en envoyant de très généreuses récompenses à nos élèves, favorisant d’un mot approprié, d’une lettre, d’une démarche, dispendieuse quelquefois, nos rapports avec le Gouvernement.Notre gratitude envers eux s’accroît encore dans cette circonstance quand nous corn' tors les graves difficultés qu’ils ont eues à surmonter pour nous procurer le bonheur et.l'honneur de les avoir au milieu de nous avec leur très distinguées épouses dans cette journée mémorable.Nous témoignons de notre admiration tout particulièrement pour notre Député nu local, Monsieur l’avocat Stein, pour s’être dépensé avec tant de vaillance à hâter la reçut.nais n e offerte de r Gc Institution comme Ecole normale.Ce qui lui a valu, on se le rappelle, .ors : notre séance dp fin d’année scolaire dernière, d’être reçu d’une façon inouïe pour un député, au “chant du Magnificat”.Il y a MM, des hommes qui travaillent toute leur vie pour les meilleures causes, les causes les plus patriotiques, sans bruit, dans l’ombre, je dirai même dans l’humilité.Et leurs paroles, leurs sages avis n’en sont que plus écoutés, plus efficaces.Tels sont M.G.-A.Gigault, sous-Ministre de l’Agriculture; M.O.-E.Dallaire, Secrétaire de la Société d’industrie Laitière; M.S/Sylvestre, sous-Ministre des Travaux Publics.Nos archives et nos cœurs conserveront toujours les noms et les signalés services de ces humbles, mais insignes bienfaiteurs.Notre regret de ne point voir en cette enceinte M.C.-J.Magnan, Inspecteur général des Ecoles Catholiques, égale le regret qu’il nous a témoigné, de ne pouvoir y assister.A l’Ecole Ménagère, personne ne connaissait autrement que par sa renommée enviable M.C.-J.Magnan, quand il nous arriva le 21 mai 1911, délégué par M.le Surintendant, pour étudier notre double enseignement.Après étude de nos méthodes, et avoir vu à l’œuvre nos directeurs et nos élèves, il devenait franc et fervent prot ecteur de l’Enseignement Classico-Ménager,disait peu après, à Monseigneur l’Archevêque de Québec, ainsi qu’à d’autres Evêques qui nous l’ont rapporté: “J’ai vu dans une campagne reculée un mode d’instruction qui s’impose.Ça été toute une révélation pour moi: c’est une puissance, une force irrésistible qui s’étendra à tous les couvents, qu’on le veuille ou non, qui fera un bien immense à la femme de demain et par suite, à la famille, à la société”.C’est ainsi que M.l’Inspecteur général, depuis cette époque, a répandu la bonne semence d’éducation ménagère partout où il a passé: Ministres, Evêques, Députés ont entendu ses plaidoyers en notre faveur: et l’on sait que la parole chaude et convaincue de ce fervent ami de l’éducation fait un travail plus efficace que la Mouche du Coche du bon Lafontaine.Que notre Institution soit honnie par tout le monde, si nous oublions jamais les services de cet homme de bien.Nous offrons encore nos remerciements aux journaux qui ont contribué si largement à faire connaître notre œuvre.Je signalerai entre autres “L’Action Sociale”, “Le Soleil” surtout, qui plus âgé, a salué notre naissance, et publié nos premiers vagissements.Méritent notre gratitude ceux des paroissiens de Saint-Pascal qui ont su nous encourager de leurs sympathies et de leurs générosités; toutes ces familles qui, de tous les coins de la Province, et même du Nouveau-Brunswick et de la Nouvelle-Ecosse, nous ont confié leurs filles chaque année de plus en plus nombreuses.Enfin merci à cette nombreuse assistance qui vient témoigner son contentement de voir l’Enseignement Ménager organisé dans la Province par la reconnaissance de notre Ecole Classico-Ménagère comme Normale, c’est-à-dire comme règle, étalon, modèle, devant servir d’Ecole Normale type, d’Ecole mère de l’Enseignement Classico-Ménager dans notre pays.Jusqu’à cette date, Messieurs, nous avons travaillé au milieu des luttes renaissant sans cesse, comme les Martin, les premiers colons avec les Hebert, illustres ancêtres de l’Honorable Caron, lesquels, pour se défendre contre les attaques des Indigènes, tenaient charrue d’une main et épée de l’autre.Nous avons lutté même avant de naître, puisque quelques jours avant l’ouverture de nos cours en août 1905, alors que je soumettais mon programme à l’approbation du Ministre de l’Agriculture,celui-ci me dit: “Savez-vous les graves accusations dont vous êtes l’objet?Un de vos confrères prétend que vous tirerez sur les octrois du Gouvernement, plutôt que l’Enseignement Ménager!” “Vous verrez dans quelques années, répondis-je, M.le Ministre”.—Il est vrai que trois années après j’étais bien vengé par le rapport officiel de trois délégués du Gouvernement envoyés pour examiner nos élèves.M.Gigault, ici présent, chef de ce Comité, disait au nom de tous: “Vous avez fait infiniment plus qu’attendait le Gouvernement.Nous sommes heureux de L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 589 proclamer que nous trouvons dans l’Ecole Ménagère de Saint-Pascal l’Enseignement complet, indispensable à la femme de demain ” Ces victoires étaient comme des oasis où nous nous reposions un instant, refaisant nos forces.Et quand après quelques années de travail et de luttes, ayant épuisé les critiques, on tenta de nous imiter, parce que la haute approbation de l’Université Laval nous avait signalés à l’attention publique, de nouvelles alarmes nous assaillirent.Nous avions conçu l’Enseignement Ménager sur une note assez haute, afin de le faire goûter davantage et l’établir sur des bases plus solides.Nous nous appliquions dans nos cours à laisser entrevoir toute la noblesse du travail de la femme comme cuisinière, lingère, blanchisseuse, balayeuse même, femme d’intérieur enfin, où nous l’installions comme dans un royaume de choix, ainsi qu’à la basse-cour et au jardin.Dans notre cours d’éducation physique et morale de l’enfant, nous faisions ressortir le rôle important, noble, divin, en quelque sorte, de la femme comme mère et éducatrice, et voilà qu’en voulant nous imiter, on met les pieds dans les plats, faisant du terre à terre, rabaissant l’Enseignement Ménager, à une simple affaire de cuisine, de lessive.Nous entrevoyions que si l’on continuait à laisser répandre l’Ensei- gnement Ménager sans principe, sans méthode, sans organisation sérieuse; si on ne s’appliquait pas à en faire ressortir le côté noble, religieux, moralisateur, philosophique même, et hautement éducateur, bientôt, nous disions-nous, bientôt on ne s’attachera plus qu’à ce qui frappe les sens, comme les odeurs de cuisine, et c’en sera fait de l’Enseignement ménager classique, le seul viable: le terre à terre le tuera au berceau.Nous savions par l’histoire qu’en Angleterre, en France, en Belgique, l’Enseignement Ménager avait longtemps végété, pour avoir été confié à des personnes sans instruction, à de simples cuisinières, ou couturières, ou manœuvres ordinaires.Nous savions aussi, par les Congrès tenus sur cette question, que l’Enseignement Ménager,pour être vraiment efficace, doit s’appuyer sur une éducation intégrale, et voyant le sans-méthode avec lequel on procédait à l’organisation de cette branche importante de l’éducation féminine, nous avions des appréhensions sérieuses de voir s’ajourner à longtemps le vrai progrès de l’Enseignement Ménager.Nous entrevoyions même sa déchéance complète, quand enfin, après des années ce travail et de crainte, votre sage gouvernement, Excellence, organisa l’Enseignement Ménager en lui donnant une école normale.Si cette heureuse nouvelle a été d’un grand soulagement pour nous, l’orgueil d’être choisis comme Ecole type n’est pas cause de cette satisfaction légitime, qui ressort uniquement de ce que cette science, pour l’étude de l’enseignement de laquelle nous nous sommes passionnés, depuis une décade, aura enfin une tête, laquelle, il faut l’espérer, entretiendra la vie dans tous les membres, dans ceux au moins qui voudront se rapprocher de la tête.On a dit que ce jour était notre jour de triomphe, que nous nous reposerions ensuite sur nos lauriers.Ce n’est pas ainsi que nous l’entendons.Le travail aura un autre objet: voilà tout.Au lieu de lutter contre les ennemis conscients ou inconscients du vrai Enseignement Ménager, nous devenons ses serviteurs; nous aurons à répondre à tous les besoins de l’Enseignement Ménager, et comme noblesse oblige, nous entendons travailler plus fort que jamais pour répondre à ce que le Gouvernement et la Province attendent de nous.Etant dans le métier depuis longtemps, plus que tout autre, nous comprenons tous les perfectionnements qu’il y a à accomplir pour répandre l’Enseignement Ménager efficacement dans toutes les couches de la société.Nous nous engageons sur l’honneur à faire tout en notre pouvoir pour promouvoir partout un enseignement si utile.Mais il ne faudra pas nous jeter la pierre, si l’on ne nous fournit pas les ressources pour donner toute l’efficacité possible à notre travail.T/opinion publique, les journaux, les députés, quelques ministres même croient et enseignent que le Gouvernement a supporté tous les frais de notre installation, qui coûte à la Congrégation de Notre-Dame dans les $80,000.00.Nous avons eu en différents temps depuis dix ans, un peu moins de $5,000.00 en bonus, c’est-à-dire, le seizième partie du coût total.Quant à notre octroi annuel, les toursej pour les élèves et le paiement de Monsieur le Professeur étant déduits, ce qui reste ne paie qü’une partie des intérêts de notre lourde dette qui se chiffre à plus de $50,000.00.Cette fête n’en est pas une de reproches, mais bien de gratitude envers nos bienfaiteurs et particulièrement le Gouvernement qui nous a patronnés gentiment 590 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE depuis notre fondation.Nous serions faits autrement que nous le sommes si nous cessions d’être reconnaissants envers nos généreux bienfaiteurs.On travaille, Messieurs, depuis quarante ans à réformer nos méthodes surannées d’agriculture, et il semble depuis cinq ou six ans seulement y avoir amélioration, réveil dans l’étude et l’application de l’art agricole, réveil dû à l’intelligent et infatigable travail que poursuit l’Honorable Caron, réveil dû surtout aux octrois généreux des deux gouvernements.Les trois écoles d’Agriculture d’Oka, de Sainte-Anne de la Pocatière et de Sainte-Anne de Bellevue, lesquelles, jusqu’à ces dernières années ne recevaient que de $3,000.00 à $5,000.00 et avaient conséquemment peu d’efhcacité, reçoivent aujourd’hui près de $35,000.00 d’octrois annuels: ce qui permet de tout organiser sur un meilleur pied, et attire à ces Ecoles d’Agriculture une légion de jeunes gens courageux, cherchant dans l’art agricole, un avenu sain, brillant, noble, patriotique: ce qui est une censure sanglante de cette autre légion de jeunes hommes se précipitant vers les villages et les villes, où ils vonbétioler leur vertu et leur santé, et se réduire eux-mêmes, avec leurs familles futures, à l’état de serviteurs, d’ilotes.Croyez-vous, Mesdamès et Messieurs, sauver la Patrie, alanguie par la désertion des campagne, au moyen des hommes seulement ?Le Paradis terrestre a été perdu par le péché de la femme et de l’homme.Le Paradis terrestre, que l’on retrouve dans une agriculture prospère, ne sera rendu à la terre canadienne que par le concours commun de l’homme et de la femme.Pour en arriver là il ne faut pas s’occuper de l’homme seulement et attendre 40 autres années pour s’occuper de la femme.Il faut que le jeune homme courageux, au sortir de nos Ecoles d’Agriculture améliorées, trouve une compagne toute préparée à le seconder en tous points.La Providence a tout prévu en plaçant à la tête du Secrétariat Provincial un Montréalais de marque, un protecteur naturel des faibles par son grand nom et sa grande fortune, un galant homme, un chevalier sans peur et sans reproche, qui aura la vaillance de fournir à la jeune fille, ainsi que Monsieur le Ministre de l’Agriculture fait pour le jeune homme, le nerf de la guerre, toutes les ressources pour s’instruire dans les établissements organisés à cette fin, et se préparer de la sorte à être une Eve régénératrice du Home Canadien.Nos couvents ont bien fait, tout fait jusqu’à présent; et les héritières des Mères Bourgeois et de l’Incarnation n’ont pas dégénéré.Mais les besoins nouveaux sont si grands et si pressants et la vie est devenue si chère, que les ressources Ordinaires sont insuffisantes.H faut l’aide des Gouvernements.Si ceux-ci ne peuvent suffire aux besoins, que l’on fasse moins, mais bien.Le salut de la Patrie ne sortira pas d’un grand nombre d’Ecoles Ménagères, insuffisamment organisées, mais plutôt d’un moindre nombre, mises sur un bon pied.Témoin la France qui, après avoir inauguré l’Enseignement ménager en Europe, est des moins avancées aujourd’hui, pour l’avoir laissé se répandre sans aide, ni contrôle.Témoin, la Suisse, pays plus populeux que le nôtre, à la tête de l’Enseignement ménager, pour avoir patronné pendant de longues années la seule Ecole Ménagère de Fribourg.J’ignore ce que les aléas politiques réservent à l’enseignement ménager, mais je sais bien que l’admirable congrégation de Notre-Dame qui a su populariser l’enseignement ménager en le faisant marcher de pair avec l’enseignement classique, est une personnalité qui ne change pas, qui ne meurt pas, et qui sera toujours à l’œuvre et à la peine pour protéger, défendre, perfectionner, son nouveau mode d’éducation féminine.Une mère n’abandonne jamais son enfant, parce qu’une mère c’est un dévouement.Une communauté, comme celle dont je parle, c’est 1500 dévouements, Ce sont ces dévouements qui ont formé depuis deux siècles et demi tant de femmes admirables, vases sacrés d’où sont sortis nos grands hommes d’autel et d’état.Ce sont ces dévouements inlassables qui continuent de perfectionner ces 100 jeunes filles qui iront bientôt, d’abord comme institutrices, puis comme •religieuses, ou mères de familles, dans toutes les parties du pays faire revivre les vertus morales et matérielles de nos mères canadiennes.Pour moi, je n’ai pas l’espoir, avec les “deux fois trente hivers qui ont blanchi ma tête”, comme le dit la chanson, je n’ai pas, dis-je, l’espoir de constater les résultats consolants de l’Enseignement Classico-Ménager dans mon cher pays.J’ai-une foi parfaite dans ses heureux fruits tant matériels que moraux.La jeune fille peut sortir des écoles ménagères les mieux organisées un peu volage encore: qui n’a pas ses illusions à vingt ans! Mais entrée dans la vie réelle, ce qu’on lui aura laissé entrevoir de cette vie réelle pendant son cours ménager, se réveillera, se développera même, grâce L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 591 à ses initiatives personnelles, et, à son insu, elle sera à 100 coudées au-dessus de la femme primitive qui entre en ménage sans aucune expérience préalable.Elle sera épouse plus dévouée et plus aimée, maîtresse de maison, mieux entendue et plus appréciée, mère plus sérieuse et plus compétente, éducatrice plus à la hauteur de son noble rôle.Voilà, mesdames et messieurs, qui vivrez dans un quart de siècle, ce que vous commencerez à constater.Il suffit à mon ambition, Excellence, honorables Ministres, Messieurs et Mesdames, de vous présenter dans la personne de ces cent jeunes filles, les espérances de la Patrie canadienne pour lesquelles je veux continuer à sacrifier mon travail et ma vie.DISCOURS DE L’HONORABLE M.P.B.De LABRUERE, SURINTENDANT DE L’INSTRUCTION PUBLIQUE.{Prononcez lors de l’inauguration de l’Ecole classico-ménagere, de Saint-Pascal, 5 mai 1914) Mesdames et Messieurs: L’automne dernier, j’avais le plaisir de présider la séance d’inauguration officielle de l’école normale de filles de Saint-Hyacinthe et, tout récemment une cérémonie semblable m’appelait à Johette.Aujourd’hui, la troisième fois depuis six mois, l’occasion m’est donnée d’assister à une séance solennelle de même genre à Saint-Pascal-de-Kamouraska.Cette école normale est la dixième dont j’ai la joie, depuis 1889, de saluer la fondation.L’établissement d’un pareil nombre de ces maisons d’enseignement pédagogique en un espace de temps aussi court indique bien leur importance, et leur nécessité.En effet, elles ont répondu à un besoin pressant, car, au siècle précédent, les jeunes personnes qui voulaient se livrer à l’instruction des enfants ne trouvaient point, à l’exception de l’unique école normale des Ursulines de Québec, établie en 1857, d’institutions spécialement destinées à les initier aux meilleures méthodes pédagogiques.Nous devons donc nous réjouir de voir la province de Québec posséder aujourd’hui treize écoles normales catholiques.Et encore ce nombre sera augmenté d’ici à quelques années par l’établissement d’institutions similaires sur divers points de notre territoire, car l’augmentation de la population et l’efficacité de nos écoles primaires l’exigeront.Nous devons donc, de ce chef, féliciter le Comité catholique du Conseil de l’Instruction publique qui a recommandé la fondation de ces écoles normales, et le gouvernement qui, désireux d’activer le mouvement éducationnel, a voulu en doter le pays.C’est vous dire, Mesdames et Messieurs, combien je m’estime heureux d’être venu à Saint-Pascal, en cette occasion solennelle, y remplir l’un des devoirs de ma charge et prendre part à la joie des habitants de la région de Kamouraska.Mon premier mot doit être l’expression de mon admiration pour le prêtre dévoué qui, avec un grand déploiement de zèle, une activité sans cesse en éveil et une générosité remarquable, a voulu jeter les bases d’une maison d’éducation particulièrement adaptée aux besoins de la classe rurale, quoique s’écartant, par son programme spécial d’études, des sentiers suivis par nos divers pensionnats de filles.Le vaillant curé de Saint-Pascal, animé des plus purs sentiments patriotiques et après avoir pris conseil de personnes d’expérience, n’hésita pas à doter sa paroisse d’une école ménagère dans laquelle, la jeune fille, tout en apprenant grammaire et arithmétique, pourrait en même temps acquérir des notions variées d’économie domestique, s’initier à la bonne tenue d’une maison et se préparer, sous l’œil de personnes expérimentées, aux graves devoirs de la vie de famille.Il y a peu d’années, il n’existait dans la province qu’une seule grande école ménagère, celle de Roberval, dans la vallée du Lac St-Jean.En donnant à la rive du St-Laurent une institution de même nature, le révérend M.Beaudet a rendu un service signalé à la population de St-Pascal et des belles paroisses d’alentour.Honneur donc à ce vénérable curé d’avoir consacré la deuxième 592 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE période de sa vie sacerdotale à la diffusion d’un enseignement qui, par son utilité pratique, sera un immense bienfait pour la population agricole.La Providence, M.Beaudet, vous a certainement guidé dans la détermination que vous avez prise de fonder ici une institution dont l’importance vient de s’accentuer par le titre d’école normale classico-ménagère que lui a conféré le gouvernement.Aux félicitations que je vous adresse, M.le Principale de l’école, j’ajouterai l’expression de la reconnaissance de tous les amis de l’éducation si hautement intéressés à cette œuvre dont dépend à un tel degré l’avenir de notre race.Et, en plaçant cette maison sous la direction intelligente des Sœurs de la Congrégation de Notre-Dame, vous avez fait un choix très heureux ;vous avez trouvé dans ces religieuses des coopératrices dévouées à l’extrême à l’œuvre nouvelle et, dans la Supérieure de votre couvent, une femme d’action dont vous avez pu apprécier les efforts presque surhumains qu’elle s’est imposés pour en préparer le succès.J’ai vu moi-même Sœur Marie-Vitaline à l’œuvre dans l’élaboration des programmes d’études et l’organisation des cours, et, en proclamant son mérite, j’ai le devoir agréable de la remercier au nom de tous pour la tâche ardue qu’elle a su mener à bonne fin.11 me fait grand plaisir aussi de constater la présence dans cette salle des personnages distingués qui ont daigné venir témoigner de leur sympathie et de leur encouragement à la nouvelle école ménagère, et au nombre desquels je signalerai Son Excellence le lieutenant-gouverneur qui, par son long et fécond enseignement à l’Université Laval, a pris une large part à l’œuvre de l’éducation et dont la visite à St-Pascal, en cette circonstance, honore grandement la nouvelle institution.La présence au milieu de nous de Lady Langelier, dont tous admirent les éminentes qualités de l’esprit et du cœur, jette aussi un grand éclat sur la cérémonie.Je vois de plus à nos côtés le ministre de l’Agriculture qui a tant à cœur l’établissement d’écoles ménagères au sein de nos compagnes.J’unis ma voix à celle de M.le Principal de l’école normale pour remercier l’Honorable M.Caron de l’aide qu’il veut bien donner au mouvement qui se manifeste dans la province en faveur de l’enseignement ménager.La présence des représentants du comté de Kamouraska à Ottawa et à Québec nous fait aussi beaucoup plaisir et la venue de tous ces hauts personnages accentue davantage l’importance de cette fête de l’Education.Les parents des élèves et les amis de l’institution qui se sont empressés, avec tant de bienveillance, d’assister à cette séance ont une part non moins grande de la reconnaissance des religieuses et des élèves qui, j’en suis sûr, apprécient beaucoup l’honneur qu’ils leur ont fait.Mesdemoiselles de l’école normale, c’est à vous maintenant que je m’adresse.D’abord, je vous remercie de la charmante adresse que vous venez de me présenter et de votre bienveillante appréciation des années que je viens de passer à la tête du département de l’Instruction publique.Les élogieuses paroles que vous avez dites à mon égard, je les reporte non sur mon humble personne, mais à l’honorable position que j’occupe.Ce fut pour moi une tâche agréable de contribuer à la diffusion de l’enseignement ménager et de seconder les vues des fondateurs de l’école normale de Saint-Pascal.Mais là a été tout mon mérite.Si, d’autre part, depuis quelques années, les succès des écoles primaires ont été plus accentués, nous les devons aux sages mesures adoptées par le Conseil de l’Instruction publique et aux généreuses allocations de la Législature.Cette magnifique réunion qui fera époque dans l’histoire de St-Pascal, doit vous impressionner grandement, car elle vous démontre l’importance de l’institution où vous êtes venues vous initier à l’art d’enseigner et vous faire mieux comprendre la nécessité pour vous d’étudier et d’approfondir autant qu’il vous sera possible, la théorie de la pédagogie et la pratique qui en est une partie essentielle et inséparable.Cette école classico-ménagère, la première du genre dans notre province, se distingue par son programme d’études.Quoique ce programme réunisse comme en un faisceau les matières du cours classique et celles du cours d’enseignement ménager, vous avez cependant en réalité à parcourir déux voies parallèles qui tendent vers le même point sans doute, mais qui exigent de votre part beaucoup d’endurance intellectuelle, car, outre votre diplôme d’institutrice, vous avez à conquérir celui de l’enseignement ménager et à subir pour cela de sérieux examens sur les diverses branches de l’économie domestiques. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 593 Mesdemoiselles, vous êtes les premières appelées à profiter des enseignements de cette école norma e, vous etes comme les pierres d’assise de la nouvelle institution et vous devez donc vous estimer heureuses d’avoir été choisies pour devenir élèves de cette maison d’éducation qui n’est plus le couvent des années passées: vos compagnes de classe ne sont pas non plus les jeunes élèves qui sont à faire leur cours d’études; vous êtes ici pour apprendre une profession et vous préparer à remp r une mission spéciale.Par l’enseignement même qui vous y dispose, cette mission regarde surtout l’avenir de nos familles d’agriculteurs.L agricultuie est 1 industrie la plus importante du Canada.Ici, comme dans les autres pays, elle est la source de la richesse de la nation et la base la plus solide de la société.Ceux qui l’exploitent sont les plus indépendants des citoyens et la campagne qui est son domaine, par l’air vi'/ifiant qu on y resphe et par la nature des travaux qu’on y exécute, donne à la patrie ses enfants les plus robustes et des cœurs vaillants.Vous êtes, Mesdemoiselles, en majorité je suppose, des filles de cultivateurs et vous devez aimer à porter ce titre.Appelles par les circonstances et par goût sans doute à devenir institutrices, vous devrez par votre profession participer à l’extension et à l’influence de la classe agricole, remarquable par ses vertus sociales et son attachement à sa langue maternelle et au sol qui l’a vu naître.Si vous feuilletez les pages de l’histoire canadienne, vous y trouverez un exemple extraordinaire de ce qu’on peut déployer de volonté et de courage en faveur d’une idée ou d’une œuvre dont on ambitionne d’assurer le triomple.A côté de l’illustre Champlain, on voit se dresser un homme qui, ayant dit adieu à la terre de France, résolut de consacrer son talent et son énergie à ouvrir a la colonisation le riche et beau territoire de la nouvelle colonie.Malgré l’opposition malveillante d une compagnie qui voulait empêcher l’agriculture de s’implanter ici, malgré les déboires qu il éprouva au début de ses travaux, ce colon, à l’âme fortement trempée, réussit à vaincre les obstacles.Il délxicha quelques arpents de terre sur le plateau qui dominait Vhabitation de Québec et bientôt il put récolter les premières moissons qu’ait produit le sol de la Nouvelle-France.Il avait eu foi dans l’agriculture.Pour encourager ce brave agriculteur, et l’aider dans son œuvre, une femme de caractère, au courage inébranlable, s’imposa la tâche d’unir ses efforts à ceux de son mari pour opérer la réalisation de leuis communes espérances.A ses travaux domestiques et horticoles elle ne craignit pas d ajouter d autres devoirs en s’occupant à enseigner, dans son humble chaumière, le catéchisme et la lecture aux enfants sauvages et aux petits français de la bourgade.Vous avez nommé les deux personnes dont je parle.Louis Hébert et son épouse Marie Rollet.Saluons en eux la première famille d’agriculteurs du Canada français.Eh bien, Mesdemoiselles, vous avez là un exemple que la jeune institutrice canadienne ne saurait méconnaître.L’instruction que vous recevez ici, vous impose l’obligation de développer par 1 école 1 intelligence des descendants des premiers pionniers de l’agriculture du Canada, afin qu à 1 exemple de leurs devanciers vos élèves deviennent des fils dignes de Louis Hébert et des filles douées des qualités et des vertus de Marie Rollet.Notie classe agricole, depuis le temps de Champlain jusqu’à nos jours, a toujours fait preuve de la meilleure raison; aux époques troublées de notre histoire, elle a été, avec le prêtre, le soutien le plus efficace de notre nationalité; elle a abattu la forêt pour semer le blé qui nourrit; pour le recrutement du clergé, elle a été la pépinière des vocations sacerdotales: le Canada lui doit donc la plupait de ses citoyens qui se soient illustrés dans l’épiscopat, la magistrature et les parlements.A vous maintenant, Mesdemoiselles, de conserver à nos traditions ancestrales le lustre des temps écoulés, de faire de nos enfants des hommes de caractère, de jeter dans l’âme àes petits campagnards les germes d’une bonne instruction agricole.A vous de les détourner de l’abandon du bien paternel pour aller dans les villes respirer l’air vicié par les exploitations industrielles et surtout pour s exposer à négliger la pratique des vertus familiales.Dans cette école normale ménagère, vous allez donc acquérir d’excellentes notions d’économie domestique, soit afin de les communiquer aux autres par votre enseignement, soit pour les utiliser vous-mêmes au foyer paternel.Permettez-moi, Mesdemoiselles, de vous exprimer une crainte 2 594 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE que vous saurez plus tard, je l’espère, dissiper par votre manière d’agir.Cet enseignement classico-ménager que vous recevez ici renferme, à un certain point de vue, un danger que vous ne pouvez apercevoir maintenant.Je vous ai dit tout à l’heure que la maîtresse d’école devait, par ses leçons, conserver au sol l’enfant du cultivateur.Votre instruction, puisée au couvent et complétée à l’école normale, ne doit pas non plus contribuer à vous déclasser en vous faisant aspirer à quitter la paroisse rurale pour vous soustraire aux occupations agricoles.Après vos années d’institutrice, Dieu vous demandera peut-être de fonder une famille; or, votre éducation ne devra pas, à votre retour de St-Pascal à la maison paternelle, vous faire désirer un plus grand luxe dans l’ameublement, l’habillement ou la manière de vivre.Je sais que l’on s’efforcera ici d’écarter de vous ce danger et de vous prémunir contre une mentalité qui vous ferait dédaigner les occupations de la ferme ou la condition de fortune de vos parents.Tout en ayant conscience de l’excellence de votre instruction, ayez à l’école comme à la maison l’humilité de la violette des champs, si vous voulez en conserver tout le parfum.Je vous souhaite, Mesdemoiselles, une année fructueuse en bons résultats pour votre formation pédagogique.Justifiez par votre ardeur à l’étude les espérances que vous faites concevoir et donnez à l’école normale l’élan dont elle a besoin pour que de nombreux essaims de jeunes filles viennent y puiser l’enseignement et les habitudes qui en feront des institutrices dignes de leur mission.Je souhaite en terminant que la population de cette pittoresque région recueille en abondance les fruits les plus savoureux de cet établissement éducationnel dont nous saluons aujourd’hui les heureux débuts.5 mai, 1914.Fréquentation scolaire Le Bureau des statistiques fédérales vient de terminer un état .très intéressant de la fréquentation scolaire, basé sur les données du recensement de 1911.Il y appert que plus de la moitié de la population âgée de 6 à 20 ans—exactement 52.51 pour cent—fréquente les écoles.Dans les provinces de l’Est, la fréquentation scolaire pour les enfants de 7 à 14 ans, est sensiblement meilleure que dans les provinces de l’ouest.Elle est de 84.6 pour cent dans ITle du Prince Edouard, de 84.27 pour cent dans l’Ontario, de 82.86 pour cent dans la Nouvelle-Ecosse, de 80.96 pour cent dans le Québec, de 80.05 pour cent dans le Nouveau-Brunswick; dans l’ouest, la fréquentation scolaire est de 75.33 pour cent dans la Colombie Britannique, de 74.64 pour cent dans le Manitoba, de 66.71 pour cent dans la Saskatchewan, et de 62.83 pour cent dans l’Alberta.La province de Québec possède une école par 290 de population,T’Ontario, une école par 376 de population.Si l'on compare combien d’enfants de 7 à 14 ans fréquentent l’école pendant plus de six mois par année, on trouve que la proportion est de 76.47 pour cent dans la province de Québec, de 74.43 dans l’Ontario, de 62 à 67 pour cent dans les provinces Maritimes, de 43 à 61 pour cent dans les provinces de l’Ouest.Ces statistiques sont loin de montrer la province de Québec sous un jour défavorable.“La Patrie”. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 595 DEPARTEMENT DE L’INSTRUCTION PUBLIQUE Direction du dessin A tous les élèves, et particulièrement aux aspirants aux brevets, nous recommandons la pratique d’exercices analogues aux suivants: (AUX COURS ELEMENTAIRES) 1.—Une porte entr’ouverte telle que vue.2.—Un pot à eau et un verre près de ce pot.3.—Quatre légumes différents groupés.4.—Un enfant se rendant à l’école, ou saluant, ou dessinant debout.(Aux COURS MODELE ET ACADEMIQUE) 1.—Un drapeau ou un pardessus pendus, (draperies) 2.—^Elévations, plans et coupes, (en géométral), d’objets cylindriques.3.—Perspective à vue de ces mêmes objets, (diverses positions) 4.—Illustrations de fables, de leçons et de faits historiques.Ces travaux seront personnels: par suite, ils différeront nécessairement d’élève à élève.Ils seront exécutés : (a) d’après nature ou d’imagination ; (b) à main libre ; (c) sur papier peu coûteux, format approchant 7 x 10 pcs.Surtout, ne pas pousser aux beaux dessins achevés; mais s’en tenir à des esquisses rapides, nombreuses.Dessinons dehors maintenant et pendant les vacances.Le beaux jours sont revenus: dessinons dehors, dessinons beaucoup dehors.C’est le temps de crayonner de grands motifs vus de loin, (maisons, charrettes, balançoires, instruments de culture, bateaux, clôtures, grilles, chemins de fer, rangée de poteaux, jeux de quilles, jeux de croquet, etc., etc., lesquels vont Etonnamment nous aider à mieux remarquer les apparences perspectives.C’est le temps aussi de nous initier au paysage (alentours de l’école, promenades, excursions, etc.).Le paysage d’après nature, quelle jouissance! Que de beautés, jusque-là inaperçues, il va nous faire découvrir et admirer! Comme il va nous apprendre à plus aimer notre petit coin, notre région, notre pays! Comme aussi il va nous pousser h dessiner durant les prochaines vacances ! 596 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE A la besogne, sans plus tarder: les beaux jours sont si courts! Travaillons assis sur une pierre, un tronc d’arbre, un talus, etc., ou debout.Pas nécessaire de terminer nos esquisses: il est préférable, au début,de nous en tenir à des ébauches rapides et nombreuses.Commençons par des “éléments” isolés, vus de très-loin d’abord, puis de plus en plus près, (masseset branches d’arbres, buissons, herbes, terrains, chemins, rochers; eaux, lacs, rivières, reflets, chûtes, ponts, phares; ciels, nuages, etc., etc.), et finalement, mettons-nous hardiment aux paysages complets, faciles et peu accidentés.Que de jolis sites à croquer! Si nous avons des crayons de couleur, utilisons-ies.La couleur, quelle j oie des yeux, quelle attirance ! Sans doute, nos premiers essais seront imparfaits; qu’importe! pas de découragement; rappelons nous qu’en toute chose: “d’abord on s’y prend mal, puis un peu znieux, puis bien, puis qu’enfin il n’y manque rien”.Sachons persévérer: la réussite est au bout, certaine, délicieuse.Donc, c’est entendu: au commencement et à la fin de Vannée scolaire, comme aussi durant les vacances, dessinons dehors.Tout nous y invite.Réponses a questions I.—Pour les exercices de dessin, aux cours élémentaires, nous préférons, de beaucoup, un bon cahier brouillon non ligné, aux blocs-tablettes (dont les feuilles, une fois détachées, sont souvent perdues).Entre autres avantages, ce cahier est peu coûteux, et surtout il permet à la maîtresse, aux parents et aux visiteurs, aussi bien qu’à l’élève, de se rendre compte, d’un coup d’œil, de la suite des travaux exécutés et des progrès réalisés.Pour le rendre rigide, il suffit de lui adjoindre un morceau de carton quelconque, toujours facile à se procurer à la maison.Quant au dessin à conserver, chaque mois, dans les archives de l’école, quoi de plus simple, pour l’institutrice, de l’extraire, à temps et proprement, de ce cahier?2.—Certainement que deux motifs différents peuvent être dessinés du même côté de la feuille; à condition, toutefois, que cette feuille soit divisée en deux rectangles égaux: un dessin, (pas plus) dans chaque rectangle.3.—Oui, les 11 Arrangements décoratifs'’ et les “Notions pratiques sur la couleur” devront aussi être enseignés l’année prochaine.(Voir le nouveau programme du dessin).A cette double fin, nous signalons le manuel illustré en couleurs: "Initiation a la composition decorative”, par C.Patissié.—Prix, 2 frs 75 (55 sous)—chez Fernand Nathan, libraire, 16 rue de Condé, Paris. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 597 4.—Pour d’autres bons et peu coûteux manuels de dessin élémentaire, consulter UL’Enseignement Primaire” de novembre, 1912, page 133.5.—Aux institutrices qui nous demandent où se procurer, pour le dessin, le cahier non ligné ‘Atlas”—5 sous—et la boîte‘Eureka” de huit excellents crayons de couleurs assorties—5 sous —nous indiquons la maison de gros: “Remillaru, Rinfret & Lefevre”, 8 rue St-Joseph, Québec.Chs.-A.Lefevre, Directeur de VEnseignement du Dessin.HYGIENE Conseils aux eleves—Precautions a prendre pendant LES VACANCES.Avant que nos enfants soient envoyés en vacances, dans leurs familles, où ils prendront un repos bien mérité, nous leur offrirons quelques conseils.Le temps des vacances ne signifie pas absolument un temps où Ton met tout travail de côté, où l’on se livre à une indolence physique et morale qui n’a rien de commun avec le repos légitime et réconfortant.Le temps des vacances doit être un temps de détente pour l’esprit et une occasion de sains exercices pour le corps.Nos élèves de la campagne trouveront chez eux, à la ferme, toutes les chances de se livrer à un travail bienfaisant qui leur sera en même temps une salutaire distraction.Un exercice auquel on devra se livrer tous les jours, c’est la balnéation.Cette excellente pratique hygiénique produira, chez nos enfants, les plus heureux résultats.Le meilleur bain est le bain de rivière, à l’eau courante, et il ne faudra pas s’effaroucher de la course à faire, avant le déjeuner, si la rivière est un peu éloignée de la maison.Cet exercice matinal doublera les bienfaits du bain et provoquera une réaction des plus salutaires.Le bain du matin ne devra se prolonger outre mesure; si l’on se baigne, le soir, avant de se mettre au lit, on pourra être plus longtemps dans l’eau.Il ne faut pas avoir peur de se mettre à l’eau quand on est en transpiration, cette circonstance ne doit pas être une contre-indication.On évitera avec le plus grand soin de se baigner après un repas et lorsque l’on est bien fatigué.Dans ce dernier cas, la fatigue du corps empêche la réaction de se faire assez vite et il peut se produire des congestions des organes internes dangereuses.Prendre un bain après un repas copieux est une pratique funeste qui peut causer la mort. 598 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE Nous croyons qu’il est inutile d’engager nos jeunes aniis à se défier des endroits dangereux où ils exposeraient imprudemment leur vie; tels que les courants trop rapides, les remous, etc.Que l’on évite de se baigner dans les mares d’eau stagnantes et dans toutes rivières où l’eau n’est pas saine.QuébeCy 1 juin, 1914- J.-G.Paradis, M.D, “La Normalienne en Belles-Lettres” Dans la livraison de mai dernier, nous avons dit un mot du manuel que vient de publier M.l’abbé Corbeil, Principal de l’Ecole normale de Hull.A sa dernière réunion le Comité catholique du Conseil de l’Instruction publique a approuvé “La Normalienne en Belles-Lettres.Cet hommage de l’autorité pédagogique supérieure souligne, comme il convenait, la valeur de la méthode originale créée par M.le Principal de l’Ecole normale de Hull.Au chapitre de la Méthodologie, nous publions un devoir d’élève préparé et exécuté d’après la méthode Corbeil, à l’Ecole normale de Hull, et en notre présence.C’est un document qui n’est pas sans valeur pédagogique.L’ouvrage de M.Corbeil a été récemment apprécié à la demande d’un Principal d’une école normale, par une Religieuse distinguée, professeur de littérature dans une école normale de notre province.Nous publions cette pièce en taisant les noms propres: "Monsieur l’abbé X., Principal.Ecole normale de."Monsieur le Principal, J’ai lu et relu attentivement le Manuel: La Normalienne en Belles-Lettres, dont vous me chargiez, il y a quelques semaines, de donner une appréciation.En toute simplicité, je viens vous dire le résultat de l’étude qui a été vraiment attachante.Des tableaux synoptiques qu’il m’a été facile d’établir sur l’ensemble et les parties du manuel, en ont dégagé la belle ordonnance, et il m’est apparu avec tout le charme le plus parfait et d’un énoncé en des formules agréablement rajeunies.De nombreuses citations qui, pour la plupart, ont le mérite d’être bien canadiennes, jettent une double clarté sur les préceptes énoncés si clairement déjà; cependant, à certaines pages nous nous prendrions à en souhaiter davantage.Le manuel me semble bien répondre au besoin de nos Ecoles normales où, souvent, la page littéraire est à créer de toute pièce.Ici, pas de détails qui retardent, c’est la moelle des choses qui est servie.Les procédés, pleins d’à-propos, sont de nature à donner plus d’assurance aux pas toujours si timides des débutants.Je résume en disant que ce manuel me donne l’impression d’une main paternellement tendue à l’inexpérience, et qui, après avoir orienté dans le chemin de la belle page littéraire la future institutrice, lui indique encore la voie à suivre avec les jeunes élèves qu’elle aura à instruire.Au reste, l’auteur ne paraît pas avoir eu souci de s’astreindre au programme des Ecoles nor- L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 599 males; mais, soit dans l’en-dcça ou l’au-delà, la même idée du but pratique à atteindre semble le guider; et n’est-ce pas là le plus excellent programme?Voilà, Monsieur le Principal, mon humble mais sincère appréciation.Je pourrai bientôt peut-être parler d’expérience dans l’emploi du manuel; dès cette année, dans les classes de littérature, j’essaie de faire bénéficier nos élèves des précieux enseignements contenus dans La Normalienne en Belles-Lettres.Veuillez agréer, Monsieur le Principal, l’hommage de mes sentiments respectueux.Sr.M.des.” Voilà un témoignage que nous faisons nôtre après avoir nous-même constaté .sur place l’excellence de la méthode préconisée par M.le Principal de l’Ecole normale de Hull.La Normalienne en Belles-Lettres, voilà donc le manuel de littérature qui rendra le meilleur service à toute institutrice et toute élève en préparation d’examens pour un brevet d’enseignement.Ce manuel assure à son disciple trois précieux avantages:—une formation d’art littéraire,—une initiation à la causerie littéraire,—et une direction dans le labeur de la rédaction à la petite école.Une formation d’art littéraire.Ce manuel n’est pas un vocabulaire comme le sont trop de traités de littérature, il est un moule.Toute âme qui a reçu le don du Ciel, sortira de cette étude avec une intelligence et une imagination entrainées, c’est-à-dire avec des facultés aptes à créer “la belle page”.Une initiation à la causerie littéraire.En effet, la jeune normalienne, familière avec ce manuel, aura un goût remarquablement averti sur les manières des auteurs, sur leurs conceptions si diverses des éléments d’une belle page; et par conséquent cette jeune fille, cette institutiice, ne manquera pas d’apercevoir et, par une facile analyse, de discerner les éléments de beauté, et ceux de vérité variée, et ceux de visions esthétiques, que peut contenir “la belle page”,—fut-elle ample comme un chant d’épopée, brève et ardente comme l’ode, ou de vérité profondément humaine comme le poème dramatique.Une direction pour le labeur de la rédaction à la petite école.“La Normalienne en Belles-Lettres” est un manuel à.intention manifestement pédagogique.Guidée par les bons conseils qu’il contient, l’institutrice possédera bientôt le secret de conduire l’élève dans le travail de la composition, en le lui faisant et entendre et goûter.Et ce labeur à la fois rationnel et effectif aura pour récompense “une charmante effloraison, chez l’enfant, du sens esthétique”.G -J.M. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE -v” \ • .> - i .- i • Il S g S ' À lii /¦ - j— i â ÿ tel' / •.¦v-V 8 lr * mr :.!r- ¦il MÊM m ïr*\ WM MH m '*Mï w -• «SÉ V I^s TRQ'S-R(v1ëReS sas»^:?-" 'V^- ' -.a,.Le Monastère des Ursulines, Trois-Rivières, P.Q.Etabli dans la cité de Laviolette par Monseigneur de Saint- Voilier, 2e évêque de Québec, en 1697 Outre un florissant pensionnat, les Ursulines des[Trois-Rivières dirigent une école normale et ont charge de toutes les écoles primaires de filles de cette ville.En outre, elles ont établi deux succursales importantes: celle de La Grand’Mère, en 1900, et celle des Chûtes Shawinigan, en 1908.Religieuses: 203; élèves: 2,666. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 601 Les Ecoles primaires et les Ecoles normales en France, en Suisse et en Belgique Deuxieme partie: SUISSE.CHAPITRE III DU PERSONNEL ENSEIGNANT A.—Nomination.—Brevet de capacité.—Examens de concours.Les instituteurs et les institutrices sont nommés par le Conseil d’Etat (conseil cantonal).Dans le canton de Fribourg, le conseil d’Etat ne nomme le personnel enseignant qu’après un concours et sur le préavis des communes intéressées.Les nominations sont provisoires ou définitives; provisoires pendant la durée de quatre ans pour tous les instituteurs nouvellement brevetés qui n’ont pas encore enseigné; définitives à l’expiration de cette période.Le Conseil d’Etat peut aussi procéder à une nomination provisoire lorsque le candidat n’offre pas toutes les garanties nécessaires.Tout instituteur nommé à un poste est astreint à y enseigner pendant deux années consécutives au moins, sous peine d’une retenue de traitement de trois mois, à moins qu’il ne soit appelé d’office à un autre poste.Le Conseil d’Etat peut l’écarter de tout concours avant l’expiration de ce délai.Dans les écoles mixtes dirigées par un instituteur, l’enseignement de l’économie domestique et du travail manuel est donné par une maîtresse d’ouvrage.Celle-ci, à la suite d’un concours spécial, et sur le préavis du conseil communal et de l’inspecteur, est nommée par la direction de l’Instruction publique.(1) Dans le canton de Genève, la nomination des maîtresses et des sous-maîtresses des écoles enfantines appartient au Conseil administratif pour la ville de Genève, et au Conseil municipal pour les autres communes.Cette nomination est soumise au Conseil d’Etat, qui peut toujours révoquer les fonctionnaires.(2) Toute nomination est faite à titre d’épreuve et pour un terme qui peut être inférieur à un an.Ce dernier temps d’épreuve peut être prolongé.(3) Dans ce canton l’enseignement est donné: Dans les écoles enfantines par des maîtresses et des sous-maîtresses; dans les écoles primaires par des régents et des régentes; des sous-régents et des sous-régentes; dans les écoles complémentaires par des maîtres et des maîtresses.(4) Les régents et les régentes occupent des postes fixes.(1) Les maîtres de dessin, de musique, de chant, de gymnastique, sont nommés par les conseils communaux respectifs, leur acte de nomination est cependant soumis à la sanction de la direction de l’Instruction publique.(2) Art.49, loi de 1885.(3) Art.56, loi de 1885.(4) Le conseil d’Etat (canton de Genève) d’accord avec les autorités municipales, ouvre des classes gardiennes dans les écoles de la ville de Genève et dans les villes suburbaines.Les classes gardiennes sont destinées à recevoir, en dehors des heures affectées par le règlement aux leçons du matin et de l’après-midi, les élèves des écoles primaires dont les parents sont retenus pendant la journée hors de leur domicile par leurs occupations quotidiennes, et en général ceux qui demeurent privés de surveillance.Elles sont ouvertes à ces élèves pendant le temps où les parents sont absents de leur domicile. 602 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE Dans le canton de Genève, il y a un directeur (ou une directrice) à la tête de chaque école (enfantine, primaire, complémentaire).La surveillance générale de l’enseignement est exercée par quatre inspecteurs.Il y a en outre une inspectrice de couture et une inspectrice des écoles enfantines.Une inspection spéciale est établie pour l’enseignement de la gymnastique.Pour être instituteur, (canton de Fribourg) il faut être porteur d’un brevet de capacité et âgé de 18 ans.L’enseignement des ouvrages manuels et de l’économie domestique, dans les écoles mixtes dirigées par un instituteur, est donné par des institutrices ou des maîtresses d’ouvrages.Celles-ci sont pourvues d’un brevet spécial.L’enseignement des branches accessoires telles que le chant, le dessin, la gymnastique, etc., peut être confié à des maîtres spéciaux.Le brevet de capacité est délivré par l’autorité cantonale.A Fribourg, un jury composé de 3 membres au moins nommés par la Commission des études, procède une fois l’an à l’examen des aspirants au brevet de capacité.Un de ces trois membres fait partie de la section compétente de la Commission des études, et à ce titre préside le jury.Pour se présenter à l’examen prescrit pour l’obtention du brevet le candidat doit justifier de quatre années d’études préparatoires après sa soitie de l’école primaire.(1) Un règlement spécial détennine l’époque à laquelle les examens ont lieu, les conditions d’admission des candidats, les branches sur lesquelles porte l’examen qui se fait de vive voix et par écrit, et le nombre de points nécessaires à l’obtention du brevet, ainsi que la manière de les fixer.Un article important de l’examen c’est celui de 'pédagogie pratique.Chaque aspirant est tenu défaire une classe en présence du jury.Les aspirants doivent, de plus, justifier d’un cours d’enseignement ménager.Les brevets de capacité sont délivrés par la Commission des études et suivant les résultats plus ou moins favorables de l’examen pour une période de 4 à 1 an.A l’expiration de ces délais, le porteur du brevet enseignant dans le canton est astreint à subir un nouvel examen pour le renouvellement de son brevet.L’instituteur qui justifie de quatre années d’exercice dans l’enseignement public ou libre et qui subit avec distinction ces secondes épreuves, obtient en outre, un certificat d’aptitude pédagogique.Le brevet définitif est octroyé au porteur du certificat d’aptitude pédagogique, ainsi qu’aux instituteurs qui justifient de huit années d’enseignement satisfaisant.Tout porteur de brevet qui le laisse périmer ou qui abandonne l’enseignement pendant trois ans, peut être astreint à subir à nouveau l’examen en vue du renouvellement de son brevet ou de l’obtention d’un deuxième brevet.La Direction de l’Instruction publique est autorisée à admettre comme aspirants à l’enseignement les porteurs de brevets de capacité délivrés dans d’autres cantons suisses, moyennant équivalence des programmes d’examen.Dès qu’un poste d’instituteur devient vacant, le conseil communal en donne connaissance à l’inspecteur qui en avise la direction de l’Instruction publique.Celle-ci ouvre alors un concours avec indication du traitement et des accessoires du poste auquel il s’agit de repourvoir.(1) Ces études préparatoires, qui comprennent l’étude de la pédagogie, sont faites à l’école secondaire (primaire supérieure).La plupart des écoles secondaires ont une section pédagogique préparatoire au brevet d’enseignement.Le pensionnat des Ursulines de Fribouxg est très bien organisé à ce point de vue.A partir de la neuvième classe, les élèves étudient la pédagogie théorique.Durant les dixième et onzième classes on ajoute à la pédagogie théorique la pédagogie pratique, qui consiste en exercices d’application dans les écoles primaires du pensionnat et de l’externat.Les Ursulines de Fribourg ont pour fondatrice Anne de Xainctonge, née à Dijon, en 1567.Leur pensionnat date de 1634.Mais l’Institut des Ursulines, fondé à Dole, Franche-Comté, par Anne de Xainctonge, fut approuvé par le pape Innocent X en 1648. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 603 L’examen de concours est public, les autorités locales y sont invitées d’office.Il a lieu au local de l’école à repourvoir, et en présence d’un jury composé comme suit: le préfet du district qui préside, l’inspecteur d’arrondissement qui examine et up aide désigné par la Direction de l’Instruction publique.L’inspecteur remplit les fonctions de secrétaire.L’examen porte sur les principales branches du programme; il est suivi à'un examen d’enseignement -pratique qui peut avoir lieu avec d’autres élèves que ceux de la classe à repourvoir.Dans le canton de Genève, les candidats à l’enseignement primaire sont soumis aux obligations suivantes: Toute personne postulant les fonctions de maîtresse ou de sous-maîtresse d’école enfantine doit subir un examen satisfaisant sur les matières du programme fixé par le règlement.Tout candidat aux fonctions de régent, de régente, de sous-régent ou de sous-régente, doit: a Présenter un diplôme de la Section pédagogique du Gymnase ou de la Section pédagogique de l’Ecole secondaire et supérieure des jeunes filles; Le département peut exceptionnellement accepter, au lieu du diplôme indiqué ci-dessus, des titres jugés par lui équivalents.b Avoir fait preuve d’aptitudes pédagogiques par un stage dans une école primaire.Avant leur entrée en fonctions, les maîtresses et les sous-maîtresses des écoles enfantines peuvent être astreintes par le Département de l’Instruction publique à faire un stage.En outre, elles peuvent être appelées chaque année à suivre des cours spéciaux.Dans ce dernier cas, il leur est alloué une indemnité de déplacement de 1 à 3 fr.par jour.Lorsqu’une place est vacante dans les écoles primaires et complémentaires, une inscription est ouverte au Département.La durée de cette inscription est de quinze jours au moins.Quand l’inscription est close, le Département nomme une commission d’enquête composée de cinq membres qui lui adresse un rapport sur les titres des candidats.Ce rapport est soumis au conseil d’Etat.Cette Commission d’enquête comprend le Directeur de l’enseignement primaire, ou l’un des inspecteurs, et en outre: a Lorsqu’il s’agit d’un sous-régent ou d’une sous-régente, le Directeur du Collège ou celui de l’Ecole secondaire et supérieure des jeunes filles; b Lorsqu’il s’agit d’une maîtresse de couture, d’un régent, d’une régente ou d’un maître chargé de l’enseignement complémentaire, un représentant de la commune où a lieu la vacance, désigné par le Conseil Administratif pour la Ville de Genève et le Conseil Municipal pour les autres communes.Si, à la suite de ce rapport, le Conseil d’Etat décide qu’avant de procéder à la nomination, il y a lieu de soumettre les candidats à un examen, le Département nomme un jury.Cet examen peut comprendre aussi une tenue de classe.Les régents et les régentes sont choisis à mérite égal, parmi les sous-régents et sous-régentes.Les fonctionnaires de l’enseignement complémentaire sont, d’ordinaire, choisis parmi les fonctionnaires de l’instruction publique.B.—Des moyens de perfectionnement des instituteurs.Dans certain canton, notamment dans le catholique canton de Fribourg, l’Etat met à la disposition du personnel enseignant les moyens suivants de se perfectionner dans l’enseignement.a Les cours de répétition; b Les conférences d’arrondissement.Les instituteurs sont tenus d’y assister sous peine d’une amende de 3fr.au profit de la bibliothèque scolaire du district.La même amende est appliquée aux instituteurs qui ne préparent pas les travaux requis pour la conférence.c Les leçons d’application ou la visite d’écoles-modèles; 604 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE d Les bibliothèques scolaires de district.(1) Le règlement général détermine l’organisation et le fonctionnement de ces divers Moyens de perfectionnement.(2) * .’ C.-J.Magnan.Conférence de M.J.-A.üupuis (Souveraineté de l’alcool {Suite et fin) (3) C’est grâce à cet usage rationnel et à un autre dont je pailerai plus loin, que l’on doit de ne jamais voir un ivrogne dans les cafés parisiens.Et c’est un des faits qui frappent le plus sensiblement nos concitoyens lorsqu’ils visitent la capitale française.Je n’ignore pas les difficultés qui accompagneraient cette tentative de révolution dans nos coutumes; mais je crois fermement qu’avec de la bonne volonté et de la persévérance, on pourrait promptement casser ce sot décret de la mode qui veut qu’un homme d’affaires aille au bar, qu’iî y boive avec des indifférents ou même avec des inconnus, et qu’il fasse là des dépenses d’imbécile.A ce prix, la déesse exigeante consent à classer cet homme parmi ceux qui savent vivre et lui décerne en guise de titre honorifique, l’épithète bête de Fl.C’est pour mériter cette réputation de dépensier, que quantité de braves gens ébréchent brutalement leur budget journalier et dépensent quotidiennement au bar deux ou trois dollars, alors qu’un écu pourrait largement couvrir les dépenses obligatoires.“Oui, me dira-t-on, vous avez raison; la mode de la traite est stupide.Nous en convenons.Mais pensez-vous qu’il soit facile de se soustraire à cet usage?Le premier qui fera cette tentative passera pour un pingre, et cette réputation d’avaricieux peut lui causer beaucoup de tort dans ses affaires”.L’objection est sérieuse.Il est certain que toute tentative isolée sera stérile, en même temps que préjudiciable à celui qui se risquerait imprudemment à essayer ce procédé nouveau.Mais du jour où tous les hommes prendront la résolution de mettre fin à un abus tyrannique, qui n’offre de compensation d’aucune sorte, ces hommes-là se coaliseront, établiront de nouvelles règles de politesse, et ils y trouveront leur compte, non-seulement au point de vue économique, mais encore au point de vue de leur santé et de la régularité de leurs affaires.On a beau ne pas être ivre après l’absorption rapide d’une demi-douzaines de verres, le cerveau n’est pas en équilibre parfait et la propension à continuer les libations est en raison directe du nombre de verres avalés.Que de fois un homme séiieux n’est-il pas tombé dans le piège de la traite générale au bar ?Et que de fois cet homme n’a-t-il pas, à la suite de cette petite débauche non préméditée, remis au lendemain des affaires sérieuses.Que de fois encore cet homme n’a-t-il pas maudit les circonstances qui l’avaient ainsi détourné de son chemin et de ses occupations ?Il est inutile de faire le procès de cette ridicule coutume.Tout le monde s’en plaint, tout le monde reconnaît qu’elle est fatale.Alors, qu’on la supprime.En même temps, on supprimera les parasites, les “Boit-sans-soif” désignés sous le nom pittoresque d’écornifleurs, qui marchent dans le sillage des hommes d’affaires et qui, comptant sur la tyranie stupide de l’usage, se font arroser le gosier à cœur de jour.Que les gens sérieux se liguent, qu’ils fassent une convention aux termes de laquelle ils s’interdiront, au moins dans les rapports journaliers, de sacrifier à l’usage de la traite générale et réciproque, et la victoire est assurée.(1) Dans le canton de Genève, les fonctionnaires de l’enseignement primaire sont réunis périodiquement en conférence.Leur présence est obligatoire.(2) Pour les traitements, caisses de retraites, écoles normales, écoles complémentaires, voir notre Rapport officiel, de la page 219 à la page 232.(3) Voir L’Enseignement Primaire d’avril et de mai, 1914. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 605 Lorsque des hommes bien connus par leur générosité se mettront à la tête du mouvement, il ne viendra à l’idée de personne d’attribuer à l’avarice, leur résistance à la coutume déplorable de la traite générale.Et même, ils laisseront les imbéciles et les ivrognes penser ce qu’ils voudront.Ainsi, l’abolition de la traite et la renonciation à l’habitude impolie de rendre séance tenante l’équivalent de ce qui a été offert, constitueraient deux règles nouvelles dont l’adoption générale n’aurait que des conséquences salutaires.Quant à ce qui concerne les mesures dont l’exécution appartient à l’Etat, il suffirait simplement d’appliquer les lois existantes, que l’on a le tort de laisser tomber en désuétude par excès de complaisance envers les hôteliers.Ces mesures antiques et sages que l’on a prises dans le passé, bien que toujours en force, sont tacitement abrogées, soit par la négligence ou l’insuffisance numérique des agents préposés à la surveillance des hôtels, soit par la répugnace des citoyens à dénoncer une contravention.Ainsi, sans avoir besoin de légiférer à nouveau, la justice est armée pour réprimer les abus les plus criants et parer aux dangers les plus véritables.Cependant, en plus des lois existantes et des dispositions de police, il serait désirable d’insérer au moins une nouvelle prescription légale dans la règlementation des hôtels.Ce serait la suppression du bar.Cette mesure faciliterait singulièrement l’œuvre de ceux qui désirent abolir l’usage de la traite.En effet, les hommes d’affaires qui sont obligés d’aller à l’hôtel, sont ceux qui doivent, séance tenante, terminer un marché, donner ou prendre un ordre, attendre un client ou un ami, en un mot, tous ceux qui dans un cas d’urgence, ou par suite d’une rencontre fortuite, ont quelque raison de ne pas retarder la conclusion d’une affaire, ou sont dans l’impossibilité momentanée, soit de se rendre chez la personne rencontrée, soit de la recevoir à leur bureau- ou à leur domicile.« Malheureusement, dans bien des cas, ces hommes sont empêchés de traiter les questions qui ont motivé leur entrée à l’hôtel, parce que, au bar, ils ont trouvé des amis, appelés également par leurs affaires.Au heu de se saluer honnêtement et de passer outre, l’usage absurde prend le pas sur toute autre considération, et une politesse de convention veut la fusion des deux groupes.C’est alors au moins, quatre verres pris, un quart d’heure perdu et les affaires négligées.On va ailleurs, dans l’espoir d’être tranquille, et la même scène se renouvelle.Tout ça, grâce au bar.S’il était interdit aux hôteliers de servir au comptoir, ces graves inconvénients ne se produiraient pas.Le bar est un lieu public, qui est censé le rendez-vous des désœuvrés.Aussi personne n’hésite à venir se mettre en tiers avec deux consommateurs.Et si un survenant isolé veut se faire servir une consommation, le voisinage immédiat d’un ami ou d’une connaissance impose au premier occupant l’onéreuse politesse d’offrir la traite qui, je le répète, doit être acceptée et rendue sur le champ.S’il n’y avait plus de bars, si les consommations n’étaient servies que dans des cabinets ou à des tables isolées, toute intrusion ou toute invitation forcée seraient à peu près impossibles.Voyez les hôtels qui possèdent des tables ou des cabinets.Lorsque des hommes prennent place à une de ces tables ou se retirent dans une logette, ils sont par l’usage et de droit dispensés de héler au passage des arrivants; et ceux-ci les sachant en affaire ou en conversation privée, se gardent bien de les déranger en venant s’asseoir auprès d’eux Mais on ne va pas à l’hôtel par affaires seulement, on y va aussi par besoin.Voyez les cafés français, les clients ne sont pas servis debout.Ils s’attablent, causent ou font une innocente partie de cartes ou de dominos, publiquement, parce qu’en somme ils se livrent à un plaisir per mis, à un délassement mérité; ils ne se cachent pas, et ils sont sûrs de n’être importunés par personne, attendu que leur table est considérée comme une propriété inviolable.Et le système de consommer assis a un autre avantage: celui d’habituer les buveurs à absorber lentement, et d’éviter ainsi les chocs soudains et violents que les boissons alcooliques et fermentées portent au cerveau lorsqu’on en prend une quantité déterminée dans un très court espace de temps.Deux ou trois verres de liqueur, pris en une heure, tout en causant paisiblement, en faisant une calme partie, ou en lisant les journaux, réconfortent plutôt un homme qui vient de se livrer à des travaux d’esprit ou à des travaux manuels, tandis que deux ou trois v> rres de liqueurs, pris coup sur coup, en deux 606 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE ou trois minutes, terrassent le buveur, l’incitent à continuer et le plongent dans une demi-ivresse qui, hélas, trop souvent sollicite l’ivresse complète.Je ne crois pas utile de m’étendre davantage sur la nécessité de ces réformes, qu’il appartient surtout aux consommateurs intelligents de provoquer.C’est une véritable révolution des mœurs que je prêche.Révolution lente, difficile, mais non impossible a accomplir.11 s’agit, pour les éducateurs de la jeunesse, d’inspirer à celle-ci l’horreur de l’ivresse; de lui montrer dès l’enfance, les dangers terribles de l’alcoolisme, et, sans lui imposer une abstinence à peu près impossible à observer, de l’éloigner autant que possible de l’usage des boissons spiritueuses et de l’engager à se borner aux boissons dites hygiéniques: le vin, le cidre, la bière et quelques autres liquides en usage dans les familles.De toutes ces boissons le vin est la meilleure.Le vin, considéré au point de vue chimique, est composé d’alcool de matières sucrées, d’acide malique, d’acide tartrique, de tartrate acidulé de potasse, d’acide acétique, d’une matière colorante, dans les vins rouges seulement qui a quelque analogie avec le tannin, et quelquefois d’une matière aromatique.Tous ces matériaux se trouvent tout formés dans le raisin.Les raisins, donnent en général, un vin d’autant plus alcoolique qu’ils sont plus sucrés.Mais il existe une quantité de procédés industriels pour les purger de l’excès d’alcool et pour leur donner différentes saveurs, sans altérer leur qualité.Les propriétés médicales des vins sont variées.Ils sont généralement toniques et stimulants et ils le sont d’autant plus qu’ils sont plus alcooliques.C’est à cette propriété qu’ils doivent d’être employés, en petite quantité, dans les convalescences, et aussi pendant la durée même des certaines maladies qui ont pour cause l’épuisement du sang ou la débilité des organes.Les vins qui contiennent beaucoup de tartre et de matières colorantes, comme les vins de Bordeaux sont toniques astringents.Ceux qui sont blancs et acidulés sont diurétiques.Le vin d’adleurs, ne s’emploie pas seulement en médecine; il est journellement consommé, soit comme boisson de luxe, soit même comme boisson ordinaire, par un grand nombre de peuples et d’individus, et surtout par les Français.Considéré à ce point de vue, le vin acquiert une importance hygiénique, économique et philosophique immense.Quand on en use avec mesure, il donne par l’excitation modérée qu’il produit, plus d’activité à la nourriture et améliore en quelque sorte, les conditions de l’état physique de l’homme.En augmentant ses forces, il lui rend plus facile l’accomplissement des travaux que son sort lui impose; en le ranimant, il abrège les maladies; en le conservant, il assure à la vieillesse une dernière verdeur et diminue ainsi la tristesse de notre décadence.Le vin, ont dit tous les poètes qui l’ont chanté, les anciens aussi bien que les modernes, le vin se mêle aux mœurs de ceux qui le boivent, c’est-à-dire que la gaieté, la vivacité, la franchise dont il semble contenir en lui le principe, mais dont il n’est sûrement que l’aiguillon, s’introduisent, grâce à lui, dans les mœurs, et en deviennent les traits essentiels.Aussi est-il naturel que le caractère des peuples qui jouissent des bienfaits du vin, éprouvent à la longue des modifications heureuses, et prennent à certains égards, de la supériorité sur ceux auxquels le même bien n’est pas accordé.Eh bien! ne s’efforcerait-on pas aussi bien dans les sphères gou-vernamentales que dans les milieux isolés où l’on s’occupe du sort matériel ou moral de la masse, de travailler à populariser l’usage du vin?Je ne parle pas ici des vins de France, qui sont trop coûteux pour pouvoir pénétrer dans les classes laborieuses, mais du vin canadien que l’on arrive à produire à bas prix et dont la consommation, depuis quelques années, va sans cesse en s’accroissant.Il y a maintenant à Montréal, notamment, des viticulteurs expérimentés qui livrent d’excellents vins à des prix modérés.Ces vins sont très agréables à boire et ils ont toutes les qualités tonifiantes des vins français.Si le peuple les adoptait comme boisson nationale, les ravages de l’alcoolisme perdraient considérablement de leur gravité, et une industrie nouvelle, fructueuse et sans aléas, verserait ses bienfaits économiques et moralisateurs sur notre population.L’adoption de ces mesures ne serait nullement nuisible aux hôteliers.Cette certitude doit nous engager à poursuivre ces réformes, car la ruine ou seulement la paralysie du commerce des boissons jetterait un grand trouble économique dans notre organisation.En resume, le meilleur remède à opposer a r envahissement de l’alcoolisme, consiste non-seulement à prohiber l’alcool, mais à en surveillereiroitement la fabrication et à en régler le débit.En outre de ces mesures protectrices, il faut de toute nécessité travailler à obtenir les réformes dont je viens d’indiquer les grandes lignes.Pour arriver à ce but, il est indispensable que tous les hommes de bonne volonté L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 607 se groupent et prennent l’engagement de ne pas faiblir, soit dans l’application des règles nouvelles à faire prévaloir, soit dans la propagande qu’ils s’engageront à faire^au profit des boissons hygiéniques dont la fabrication locale, si elle prenait un essor énergique, doterait notre industrie d’un facteur nouveau et puissant.J.-A.Dupuis, Professeur à l’Académie Comme rcialt^catholique, Montréal.METHODOLOGIE La rédaction à la petite école Le maître est avec ses élèves devant l’image et prépare le devoir de rédaction par la conversation qu’il engage avec eux.Maître.—Considérez bien cette image et pensez à ce qu’elle vous montre, écoutez ce qu’elle vous dit; puis nous allons causer un peu.{On laisse quelques instants aux élèves pour observer).Eh bien! Charles, que voyez-vous ?Charles.—Monsieur, je vois deux petits garçons qui sont nu-pieds et qui marchent dans l’eau d’une petite rivière.Maître.—Oui, c’est bien cela, mais croyez-vous qu’ils font cela pour le plaisir de marcher dans l’eau ?Chai les.—{hésitant).Non, M., je crois qu’ils cherchent quelque chose.Maître.—Quelqu’un pourrait-il dire ce qu’ils cherchent ?.{Personne ne trouve une réponse.) Voyons, regardez bien, sont-ils à un endroit ou la rivière coule doucement sur un lit de sable ?Vous Edouard ?Edouard.—Non M., c’est un endroit parmi les roches.Maître.—Ils cherchent, peut-êtrre, des poissons, des petites truites ?Edouard.—Oh! non, M., ils font du bruit en marchant dans l’eau, les truites les verraient et se sauveraient.Maître.—Eh bien! alors, ils cherchent peut-être d’autres petites bêtes qui vivent dans l’eau ?Qu’en pensez-vous, Jules ?Jules.—Oui, M., un des petits garçons lève le pied et fait la grimace comme s’il était mordu.Maître.—Est-ce qu’il ne lève pas aussi le bras ?Jules.—Oui, M., et il a quelque chose qui pend à son pouce.Maître.—Ce sont deux écrevisses qui l’ont pincé, l’une au pied, l’autre à la main et qui ne le lâchent pas.Avez-vous déjà vu des écrevisses ?Les élèves.—Non, Monsieur.Maître.—Peut-être que vous avez vu des homards ?Charles {ou un autre)—Oui, monsieur. 608 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE mm mÊmm WmÊi mm.Wm WM ' ‘E .v i K@8É A'Wi ;?j 9/ÊêL *«IS, •^jaw4^^ ^wÉWmbt VÆ W?.1 ojvA.U^S ! ii y- ', .j sp®É Éât>S fe'i 1»' • ~ î ¦ il- IgsÉ « • s mé- •A ;$$?}, .AvTi.'.V • ^ Maître.—Eh bien! le homard est l’écrevisse de mer; il ressemble àl’écre-visse de rivière, mais il est plus gros.\ .Ces animaux sont revêtus d’une espèce de cuirasse, enveloppe dure d’un noir verdâtre, composée d’anneaux qui se recouvrent les uns les autres, ce qui permet à l’écrevisse de se plier.L’écrevisse a cinq pattes de chaque côté; les deux de devant sont armées de pinces qui serrent très fort et leur servent à prendre leur proie.La chair de l’écrevisse est très recherchée et d’un goût délicieux.Quand on fait cuire l’écrevisse, un fait curieux se produit, sous l’action de la chaleur, leur enveloppe noir-verdâtre devient rouge.Les écrevisses vivent sous les roches au fond des rivières et c’est là qu’il faut les prendre en ayant soin de ne pas se faire pincer. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 609, Y Maintenant, que vous connaissez mieux, pourquoi le petit garçon* lève-t^il le pied et la main en faisant la grimace ?Charles.—Monsieur, il s’est fait pincer le pouce et le bout du pied par deux écrevisses qui serrent fort et ne lâchent pas.Maître.—Pensez-vous que des petits animaux comme ceux-ci peuvent serrer assez fort pour faire mal?• Edouard.—Je crois bien que oui, M., car, si le petit garçon ne sentait pas de mal, il ne ferait pas la grimace.Maître.—Vous avez raison, et les pinces de l’écrevisse sont armées de pointes comme les dents d’une scie.Ces pinces mordent jusqu’au sang ?Que fait l’autre garçon?Edouard.—Il cherche des écrevisses sous une grosse roche.Au cri de son camarade il se retourne un peu et semble sourire.Maître.—Croyez-vous qu’il ne parle pas ?Imaginez un peu ce qu’il dit.Jules.—Il doit dire en se moquant un peu: “Lâche-les vite”.Maître.—Et que pourrait répondre l’autre ?Jules.—“Mais, ce n’est pas moi qui les tiens; c’est elles qui ne veulent pas me lâcher”.Maître.—Oui, c’est à peu près cela.Mais avec elles au pluriel, on ne doit pas dire c’est.Qu’en dites-vous?Jules.—“Ce sont elles qui ne veulent pas me lâcher! aie! aie!”.Maître.—Très bien! Ne voyez-vous pas, au loin, plus haut dans le courant, des témoins de la scène ?Vous.Joseph qui n’avez encore rien dit ?Joseph.—Oui, M.il y a deux vaches qui étaient entrées dans l’eau pour boire et qui regardent d’un air surpris.Maître.—Sont-elles aussi dans la partie rocheuse de la rivière ?Joseph.—Non, M., elles ont l’air d’être sur un beau fonds de sable.Maître.—Est-ce qu’elles ne pourraient pas se faire pincer aussi parles écrevisses ?Joseph.—(riant avec les autres) Oh! il n’y a pas de danger; elles ont les pattes trop grosses; et puis les écrevisses ne vont pas là.Maître.—Vous avez raison; les écrevisses se tiennent dans les endroits ombragés où elles trouvent des trous pour se cacher.Vous voyez maintenant, comme cette image nous a dit bien des choses, et une image c’est fait pour cela; ça parle aux yeux.Mais il faut savoir écouter, c’est-à-dire s’efforcer de se rendre compte en réfléchissant sur ce qu’on a devant les yeux, comme on cherche à comprendre les idées en écoutant les sons de la voix qui parle.Pour votre devoir de rédaction, vous raconterez ce que vous dit l’image; regardez-la bien encore et prenez en écrit le canevas que je vais vous donner pour la fixer dans votre tête.Canevas.—Pariez du temps et du lieu (été);on le voit au costume des enfants—rivière—lieu choisi pour les enfants—donnez des noms aux gar-3 610 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE çons—ce qu’ils font—comment on prend les écrevisses—danger—l’un se fait pincer—l’autre plaisante—air piteux de l’un, air moqueur de l’autre— faites les parler—les deux grosses vaches—où elles sont—ce qu’elles ont l’air de penser—on dirait qu’elles sont du parti du moqueur.—Si les écrevisses sont délicieuses à manger, il en coûte quelquefois pour les prendre.Avec ce plan ou plutôt ces quelques idées écrites, les enfants doivent être capables de faire une bonne petite rédaction.Exemple de ce que les enfants pourraient produire après la préparation qui précède: C’est par une belle journée d’été, dans la jolie rivière qui coule tantôt paisible sur le beau sable fin, tantôt bouillonnante à travers un lit de roches.Joseph et Georges se sont mis à l’aise; les pieds nus, les jambes du pantalon et les manches de la chemise retroussées, ils sont entrés dans la rivière à Pendroit où elle coule à travers les roches et font la chasse aux écrevisses, qui vivent là dans les creux des rochers où sous les grosses pierres du fond.G’est bien bon les écrevisses quand elles sont bien rouges dans le plat sur la table; mais il y a des risques à courir quand elles sont dans leurs demeures sombres et qu’on vient les attaquer chez elles.Elles ont de bonnes pinces dentelées et Joseph en a fait l’expérience.Il s’est fait prendre aux deux extrémités par l’ennemi, l’un le tient bien serré par le pouce et l’autre le tient également par le bout du pied .Joseph lève la main et le pied et pousse un cri de douleur en faisant la grimace sous la pince mordante des ennemis.Georges se retourne à ce cri et lui dit d’un air un peu moqueur: aLâche-les vite ”—“Mais, répond Joseph, ce n’est pas moi qui les tiens; ce sont elles qui ne veulent pas me lâcher! aie! aie!” Il a l’air tout piteux ce pauvre Joseph, et deux belles grosses vaches entrées pour boire dans la rivière un peu plus haut, se sont retournées à son cri et semblent se moquer un peu de son malheur, avec Georges.Elles n’ont pas à craindre de se faire prendre, mais Georges le moqueur pourrait bien être pincé à son tour; car si les écrevisses sont délicieuses à manger quand elles sont cuites, il en coûte quelquefois pour les prendre.Mais c’est une chose reconnue, qu’il “n’y a pas de plaisir sans peine”.Les élèves réussiront à des degrés divers, on aura soin de bien souligner les bons passages de chacun, pour ne corriger qu’ensuite les défauts.Il importe de faire remarquer à l’enfant qu’en faisant un effort, il peut produire quelque chose.Il met alors volontiers son activité en œuvre et travaille avec profit.Autrement, il se contente de remarquer à chaque devoir qu’il est inhabile et finit par se résigner ; il devient un être passif qui travaille sans goût, par là-même sans profit.H.N ansot, Inspecteur d’écoles. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 611 mmM «ffÉ ¦ ¦ 4.• WiiUm.W/MM mêm ¦ '?&/0;?/ff/s, ï/.V7WW/;//*.V-V/.'.mXêiM ' LEÇONS D'ANGLAIS D’apres la Méthode Naturelle Tell me what you see in the picture ?In the picture I see a boy shaving.At what is he looking ?Or What is he looking at ?He is looking at himself.Where does he see himself?He sees himself in the looking-glass or mirror. 612 L'ENSEIGNEMENT PRIMAIRE Where is the looking-glass ?Or The looking-glass is where ?It is on the table.Where is^the table ?It is in front of the boy.What kind of looking-glass is it ?It is a portable shaving looking-glass.What shape is it ?It is rectangular.Is it upright on the table?No, it is not upright on the table.If it is not upright it is inclined I suppose ?Yes it is inclined.How is it inclined backwards or forwards ?It is inclined backwards.Is it much inclined backwards?No it is inclined backwards but very slightly.What prevents the mirror from falling backwards ?A movable metal support fastened to the middle of the back of the mirror and the lower extremity of which rests on the table, behind the mirror, prevents it from falling backward.What color is the back of the mirror ?It is black.On the table is there anything else besides the mirror ?Or, Is there anything else on the table besides the mirror ?Or, Besides the mirror, is there anything else on the table ?Yes, on the table there is something else besides the mirror ?Or Yes, there is something else on the table besides the mirror.Or, Yes, besides the mirror there is something else on the table.What else is there on the table besides the mirror ?On the table, besides the mirror, what else is there?Or besides the mirror, what else is there on the table ?There is on the table besides the mirror a mug.Or Besides the mirror, there is a mug on the table.Or On the table, besides the mirror, there is a mug.What kind of mug is it ?It is a strong china or stone ware shaving-mug.What color is the mug ?It is white.Is it all white ?No it is not all white.Wrhat part of it is not white ?Close to the rim of the mug it is circled by a broad black band.What do you see sticking up a little above the rim of the mug ?Sticking up a little above the rim of the mug I see the handle of a shaving-brush.Wdiat is a shaving-brush used for ?It is used for two purposes.What is the first purpose for which it is used ?The first purpose for which is used is to make a thick, frothy, foamy mixture of soap and water.What is this thick, frothy, foamy mixture of soap and water called ?It is called a lather.What is the second thing for which the shaving brush is used?The second thing for which the shaving-brush is used is to apply the lather to the hair growing on the boy’s face.What is hair growing on the face called ?It is called beard.What is putting lather on the beard called ?Putting lather on the beard is called lathering it. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 613 Why do men lather their beards before shaving ?They lather their beards to soften them.What advantage is there in softening the beard with lather before shaving ?The beard is not so tough and cuts cleaner and with less trouble and pain when it has been softened with lather.Do men who shave always content themselves with simply lathering their beard with a shaving-brush?No, many men after putting on the lather with the brush rub it in with their fingers.Why do many men rub the lather into their beards with their fingers ?They rub the lather in with their fingers to increase its effect in softening their beards.Has the boy’s face been sufficiently lathered?To judge from appearances, the boy’s face has been most generously lathered.On what part of the boy’s face is his artistic work with the shaving-brush to be seen?The boy’s artistic work with the shaving-brush is plainly visible on his cheeks from his ears down, on his chin, and on his two lips.Is his mouth visible?No it is not visible.What has happened to his mouth that it is not visible ?It is not visible because he has hidden it under a generous coat of lather.Wffiat is the color of his face where it has been lathered ?It is milk white.Is the boy^sitting orjstanding ?I think he is sitting.Why do you think he is sitting ?I think he is sitting because his left .elbow is resting on the table.^ What is the boy’s left-hand doing ?It is supporting his chin and at the same time drawing down the skin of his right cheek.Can you see the whole of his left hand?No, I can’t see the whole of his left-hand.Why can’t you see the whole of his left-hand ?I can’t see the whole of his left hand, because a part of it is hidden in the thick mass of lather on his chin.What has the boy in his right-hand ?In his right-hand he has a razor.What is a razor ?A razor is a keen or sharp edged knive used for shaving.Of what are razors made ?They are made of the very best steel.Before using a razor what is generally done to it ?Before using a razor it is generally passed backward and forward several times over a long piece of leather stuck on a piece of wood.What is the piece of leather stuck on a piece of wood called ?It is called a razor-strop.Passing the razor over the strop is called what ?Passing the razor over a strop is called stropping the razor. 614 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE What effect does stropping the razor produce on it ?Stropping the razor sharpens it.Is the razor in the boy’s hand open or closed ?It is open.How is he holding it ?His thumb is pressing against the under part of the blade near the handle while his index-finger is pressing the upper part of the blade down, the next two fingers are over the handle while the little finger is under it.Where is the blade of the razor ?It is almost flat against his cheek.How is it inclined ?The back of the blade is inclined slightly outward.Why is the back of the blade inclined slightly outward ?The back of the blade is inclined slightly outward that the cutting edge may do its work of mowing the beard without cutting the skin.Is shaving a delicate operation ?Yes, it is a most delicate operation.Wflio are the best shavers ?The best shavers are those who can shave alternately with the right-hand and the left-hand.What is a person who earns his living by shaving called ?He is called a barber.Does the word shaver always designate a person who cuts beard off with a razor ?No, the word shaver is sometimes used as a term of contempt for persons who lend money at very high rates of interest, that is to say for usurers.What have you to say of the boy’s right-eye ?It is partly closed.What have you to say of his left eye ?It is wide open.How is he looking at himself ?He is staring.What is the expression on his face ?It is a troubled, anxious expression.Is he an old hand at the shaving operation, do you think?No, I think this is his maiden effort.What makes you imagine that he is a novice ?I imagine that he is a novice because of his expression, andof the quantity of lather to be seen on his youthful countenance.What clothes has the boy on ?He has on a shirt, a pair of suspenders, and a pair of trousers.Of what is his shirt made ?It is made of dotted cotton.Where do his suspenders pass ?They pass over his shoulders.Do you see his suspenders completely ?No, I don’t see them completely.To how many buttons are his suspenders fastened ?They are fastened to six buttons, I think.Where are the buttons ?There are two at the back, one on the right and one on the left, and four in front, two at the right and two at the left.Down the middle of his suspenders what do you see ?Down the middle of his suspenders I see a broad black stripe.Are his trousers long or short ?That I cannot tell.Why can’t you tell whether his trousers are long or short ?I can’t tell L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 615 whether his trousers are long or short, because I don’t see the lower part of them.Which do you think they are, long or short ?I think they are long.Why do you think they are long?I think they are long because if the boy’s legs are too short for long trousers his beard should be too short for a razor.Do boys ever shave before they have any beard ?Yes, some boys shave before they have any beard.Why do they do so ?They do so in orders to make their beards grow.Why do they wish to make their beards grow ?The wish to make their beards grow in order to look like men while they are still boys.Describe the picture briefly.It shows a boy, in his shirt sleeves, sitting before a table on which is a portable mirror, a shaving-mug with a shaving brush and a quantity of lather in it.The boy, his left elbow resting on the table, with his left hand supporting his chin which has as well as his cheeks have been thickly lathered, is staring, with the left eye, at his image in the looking, glass, while his right-hand wields a razor in a vain attempt to shave off a beard, which, most probably, has not yet come to the surface.J.Ahern.UNE LEÇON DE COMPOSITION FRANÇAISE Au COURS ACADEMIQUE DE L’ECOLE NORMALE DE HULL.(Leçon donnée par M.l’abbé S.Corbeil, Principal, au cours académique, en présence de M.V Inspecteur général, le 28 avril, 1914)- JEANNE MANCE (La DONNEE HISTORIQUE.) En 1606, elle naissait à Nogent-le-Roi, près de Langres, dans la province de Champagne, patrie de Maisonneuve et de Marg.Bourgeois.Son père était Procureur du Roi.Elle appartenait donc à une famille distinguée (biens et éducation).En 1613, elle se voue à Notre-Seigneur en faisant vœu de virginité et de chasteté perpétuelle.En 1640,dans un voyage à Langres, un chanoine de la cathédrale de Saint-Mammès lui raconte les dévouements héroïques de Mme de la Peltrie, en la Nouvelle-France.C’est ce jour-là que Jeanne Mance fut prise du désir de venir travailler pour Dieu en Canada.Tous ses parents et ses amis s’opposèrent à son départ pour la Nouvelle-France: la pensée des Iroquois les épouvantait; mais elle avait le courage qui inspirait un jour à Québec, à Maisonneuve, ce mot héroïque: “Y aurait-il à Villemarie autant d’Iroquois que d’arbres, cela ne m’empêcherait pas d’y aller.” Un des bons conseillers de son âme fut M.Olier, le fondateur de la Congrégation de St-Sul-pice.Il disait de Mlle Mance: “C’est l’une des grandes âmes qui vivent en notre siècle”.Il disait encore: “C’est une âme pleine de lumières divines! La clarté de Dieu l’environne comme un soleil”.11 voulait dire: “Elle vit en présence de Dieu toujours”. 616 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE En 1641, elle partait de la Rochelle et arrivait à Québec pour établir à Villemarie l’hôpital et se consacrer au soin des«malades et des blessés.—Le 18 mai 164%, avec Mme de la Peltrie, elle ornait l’autel rustique sur lequel le Père Vimont dit la messe d’inauguration de la colonie de Villemarie.Depuis, ce fut elle qui entretint l’autel de la chapelle d’écorce, puis de la chapelle de bois du fort.L’un de ses soins fut de capturer des lucioles, et en les conservant closes sous un globe de cristal, d’entretenir de cette façon la lumière du sanctuaire.Comme elle était instruite et bien chrétienne, elle parlait dans une langue douce, des discours pleins d’avis sages et de considération réconfortantes.Aussi, tout le monde aimait à la consulter.En 1644, l’Hôteî-Dieu St-Joseph est bâti sur la pente du coteau St-Louis, et les premiers patients furent des colons blessés dans les ambuscades des Iroquois.—Llôpital fortifié en 1650— agrandi en 1654—donné en 1659 aux hospitalières de St-Joseph venues de La Flèche, France.Quand on lit l’histoire des grandes et pures âmes par qui la Nouvelle-France fut fondée, on trouve que le lis est bien la fleur qui symbolise notre chère patrie, la France très-chrétienne.Dimanche, le 28 janvier 1657, à huit heures du matin, Jeanne Mance fait une chute sur le mSÊÊ ' ' ~;' » I |§| Pif" ’O';’ 's'/f A-L'L , V ; ''j' A;-.'A - \ A, 'A r > ~ - r ' I ¦ i VoAw'v jftÆggag - .¦P .' : mm ''' ¦ ' ¦Py-' •' P' Pv a ‘ vT A* v-î- A-y .a"S'.'- umÊ "y.i """Vv.* 4' : ¦ -, - . L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 617 sentier glacé qui conduit à la cour de l’hôpital: chute violente: elle se brise l’avant-bras droit et se démet le poignet.La douleur fut si forte que Jeanne Mance fut un quart d’heure sans connaissance.Elle fut guérie miraculeusement au tombeau de M.Olier, le 2 février 1659, à Paris.Jeanne Mance Son 'portrait d’après une image et d’apres la "donnée historique.Revue de l’enseignement sur l’art du portrait, donné aux Nos 86 et suivants du manuel, “La Normalienne en Belles-Lettres”-Les élèves ont répondu aux questions: “Quel est le nom d’une belle page dont le thème est la description d’une personne?-—Quel nom lui donneriez-vous si le thème était un paysage à décrire?Quels sont les éléments esthétiques dont un portrait peut se composer ?Et pourquoi dites-vous que le portrait est une belle page, bien qu’il ne renferme que l’éthopée, ou la prosopographie ?Est-il parlé quelque part des couleurs locales ?Et qu’est-ce que la couleur locale dans un paysage ?dans le portrait ?Quelle est la grande loi de l’art du portrait ?Et quel est le don nécessaire au littérateur pour réussir un portrait ?Et ce regard aigu, doit-il se concevoir différemment puisque l’élément esthétique du portrait est double?Quel est-il donc ce regard aigu?” Après avoir rafraîchi ces notions d’art chez ses élèves, le professeur commence avec celles-ci la causerie préparatoire à la création du portrait de Jeanne Mance.Comment ferez-vous la prosopographie de Mlle Mance?D’après son image publiée dans 1’ “Histoire des Canadiens-Français” de B.Suite.(Cette image placée sur un lutrin, est visible à toutes les élèves.) Comment ferez-vous l’éthopée de l’héroïne ?—D’après la donnée historique qui nous a été remise l’autre jour.Alors, le professeur écrit au tableau noir, dans les dispositions suivantes, le sujet du travail: Jeanne Mance Fondatrice et hospitalière de Villemarie.I II Sa prosopographie Son ethopee d’apres l’image.d’apres la donnée historique Les yeux bien arrêtés sur l’image, les élèves guidées par les questions du professeur, disent que la chevelure est ce qui les frappe tout d’abord, puis après en avoir annoté successivement les détails elles écrivent : “Ses cheveux qu’un bonnet sans atours ne cache qu’à demi, coulent en ondulant vers les épaules.La chevelure est courte et peu soignée.Toutefois, elle est assez longue et d’une grâce suffisante pour donner au visage qu'elle Les élèves se rappelant les souvenirs (faits et paroles) marqués dans la donnée historique, tâchent de se faire une vision esthétique de l’âme de Jeanne Mance, et tout d’abord, pour passer du premier au deuxième travail du portrait, elles font la transition suivante, en écrivant: a.“Sous la blanche collerette aux pans larges, se cache le cœur de Jeanne Mance.” b.Puis, jetant sur ce cœur un regard d’ensemble et pensant à l’hommage que lui rendait M.Olier, l’un des ses conseillers spirituels, les élèves écrivent: “C’était un grand cœur; c’était même, au témoignage de M.Olier le fondateur de la société sacerdotale de St-Sulpice, c’était, cette Jeanne Mance, l’une des plus grandes âmes qui vivaient au XVIIème siècle.” Ensuite, les élèves en revoyant en leur mémoire la vie de l’héroïne, ont l’impression qu’elle fut femme vaillante; elles 618 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE encadre une apparauce féminine.” Les élèves disent ensuite que le front est un trait personnel intéressant.Après avoir bien observé, elles écrivent: "Son front est large, sans rides, serein, beau enfin.” Les élèves trouvent que Jeanne Mance a de beaux yeux.Et après en avoir annoté les détails divers, elles écrivent: “Sous les paupières qui s’ouvrent largement, ses yeux sont grands et lumineux et les regards de ces yeux beaux s’abaissent avec fixité sur la terre.” Les élèves ont enfin arrêté leur regard observateur sur la bouche de l’héroïne; puis, avec les détails annotés, elles écrivent: “Sa bouche est d’un joli dessin, les lèvres en sont minces, légèrement ouvertes et comme vibrantes de paroles prononcées avec douceur et calme.Ici, les élèves déclarent qu'aucun autre trait de la physiono mie de Jeanne Mance ne les intéresse;.on passe donc à l’autre travail, celui de l’éthopée.annotent les faits de caractère héroïque, finalement, elles écrivent.“Le courage était assurément le trait personnel de cette femme fondatrice des hospitalières de Villemarie.Car, l’œuvre qu’elle accomplissait, se fondait au milieu des périls iroquois et au milieu d’un dénûment bien grand.” (Ici, les élèves font une analogie au sujet du péril iroquois, en écrivant: “Si Maisonneuve excite l’admiration du courage, en répondant à Montmagny : “Y aurait-il à Villemarie autant d’Iro-quois que d’arbres, j’irais quand même à mon travail”; à plus forte raison éclate la vaillance de Jeanne Mance qui n’est qu’une femme et qui a au cœur le sentiment qui inspirait ces courageuses paroles.” Ici encore, les élèves disent les générosités de Mme de Bullion, en observant qu’elles étaient cependant petites pour le grand œuvre à faire par Jeanne Mance.) Les élèves remarquent un autre trait personnel d’une grande beauté de l’âme de Jeanne Mance: c’est une âme virginale, et parce que virginale, une âme voyante du Christ.Elles écrivent : “Jeanne Mance était une âme virginale (le fait: dès l’âge de sept ans, elle fait vœu de virginité et de chasteté perpétuelles).Et comme il est donné aux âmes pures de voir Dieu, Jeanne Mance fut une dévote au Christ, au Christ du tabernacle et au Christ souffrant dans ses membres mystiques, les bons chrétiens.” (Les élèves annotent avec quelle piété Jeanne venait à l’autel de la messe de l’inauguration de Villemarie, et entretenait la lumière du sanctuaire avec les lucioles aux belles lueurs nocturnes; elles annotent avec quelle pitié inlassable, Jeanne eut soin des premiers colons de Villemarie, malades, blessés par la flèche de l’Iroquois.Ici, les élèves déclarent qu’elles n’aperçoivent plus rien de saillant dans la vie de Jeanne Mance.Le professeur les invite à un troisième travail d’invention par une vue d’ensemble sur l’image de Jeanne Mance.III Vue d’ensemble.Guidées par les questions du professeur, les élèves finissent par remarquer deux traits saillants dans l’ensemble de l’image: la blancheur immaculée qui enveloppe le buste de l’héroïne, puis son attitude penchée; alors viennent à l’esprit des élèves deux pensées.Elles écrivent: “Champlain avait l’ambition de semer sur les bords du Saint-Laurent, la fleur symbolique de la nation française; quand on voit dans quelle blancheur immaculée se présente tout le cher personnel de Jeanne Mance, on a raison de dire: “Cette héroïne fut l’un des beaux lis de France que nos Pères ont pu connaître et aimer.Et quand on regarde ce buste de Jeanne à l’attitude inclinée vers la terre, on est tenté de le comparer à la statue des Vierges secourables de nos sanctuaires, tant cette bien-aimée Jeanne Mance fut penchée sur Villemarie dans le geste de l’assistance charitable!” IV Les élèves sont alors invitées à se recueillir en face de leur brouillon pour faire avec les détails déjà annotés, une vision intérieure d’artiste, conformément à la direction qui se lit au N ° SOjdu L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 619 Manuel, mais les élèves protestent.Que disent-elles?Le travail qu’on vie Le français dans Ontario.'.63ô 640 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE Comment préserver les enfants en va- cances.633 Livres de prix.635 Le Révérend Frère Victorien-Pierre.635 Departement de l’instruction publique : Arrêtés ministériels.60, 256, 384, 512 635 ILLUSTRATIONS Monastère des Ursu- lines de Québec.1 Un secret.29 Le bain.33 Musique.54, 126, 186, 250, 318, 370, 447, 506, 570, 634 Congrégation N.-D., Maison-Mère.65 Monument de Châteauguay.81 Une scène de famille.108 Au repos.111 Madeleine de Verchères.129 Au travail.144 Le départ pour l’école.147 Tableau-Catéchisme.151 Ecole normale des filles de Montréal.193 Un moment de recréation.220 A l’abreuvoir.222 Le couvent des Dames du Sacré-Cœur .257 Bonne nuit.292 Um lourd fardeau.299 Académie de Saint-Ferdinand.321 Un congrès d’inspecteurs d’écoles (1873) 331 La visite.342 Ça m’ennuie.347 Intérieur d’une école rurale.385, 576 Dessins.389 Feu M.Calixte Brault.403 Feu J.-G.-W.McGown.409 Une méprise.412 L’accrobate.415 La statue de Barthélémi Joliette.449 L’école normale de Joliette.459 Le sommeil de l’enfant.479 Un rude combat.483 Le couvent de Longueuil et Maison de fondation.514 Maison-Mère des SS.de Ste-Croix.519 Le récit de l’oncle Scipion.543 Le coup de vent.547 Son Eminence le Cardinal L.-N.Bégin.577 Ecole normale Classico-Ménagère de St-Pascal.585 Monastère des Ursulines Trois-Rivières.600 Les écrevisses.608 Un débutant.611 Jeanne’Mance.616
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