L'enseignement primaire : journal d'éducation et d'instruction, 1 janvier 1922, Janvier
43e Année Québec, Janvier 1922 No 5 LEnsemement EDUCATION INSTRUCTION.DÉPARTEMENT DE ^INSTRUCTION PUBLIQUE Québec, le 20 décembre 1921.Aux instituteurs, institutrices, professeurs, au personnel enseignant et à leurs élèves, à tous ceux qui se dévouent pour la cause de l’instruction publique dans cette province, mes bons souhaits et meilleurs vœux pour la nouvelle année.Cyrjlle-F.Delage, Surintendant de l’Instruction publique.BONNE ET HEUREUSE ANNÉE A tous ses lecteurs, l’Enseignement Primaire présente ses meilleurs vœux de bonheur à l’occasion de la nouvelle année.PÉDAGOGIE LE CENTENAIRE DU PREMIER TRAITÉ DE PÉDAGOGIE PUBLIÉ AU CANADA (1822-1922) En 1822, paraissait à Québec le Cours ^Éducation élémentaire “à l’usage de l’Ecole gratuite établie dans la cité de Québec en 1821”.En dessous de ce titre, nous lisons : “Rédigé par Jos.-Frs Perrault, président de la Société (1), et Protonotaire de la Cour Civile du Banc du Roi”.Ce manuel de 172 pages est dédié au comte de Dalhousie, alors gouverneur en chef “de la Province du Bas-Canada”.Rédigé pour les besoins de l’“École gratuite” fondée à Québec par les soins “de la Société d’Éducation pour le district de Québec” (2), en 1821, le Cours d’Éducation élémentaire est tout à la fois un traité de méthodologie pratique et un recueil de lecture, de grammaire, d’arithmétique, de fables, etc., etc.(1) La Société d’Éducation pour le district de Québec.(2) Pour le centenaire de la “Société d’Éducation pour le district de Québec”, voir Y Enseignement Primaire de mai 1921. — 274 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE Ce curieux et intéressant petit livre, dont nous possédons un exemplaire, résume les principes de l’enseignement mutuel, mis en honneur en Angleterre par Joseph Lancaster, et introduit au Canada par ordre de la Chambre d’assemblée du Bas-Canada,en 1815 (1).Lancaster, pédagogue anglais, visita Québec en 1829 et y demeura pendant quelques années (2).Dans l’exposé de la méthode de Lancaster, M.Perrault est parfois plus clair et plus pratique que l’auteur de la méthode lui-même.D’une façon ingénieuse, le Cours d’Éducation élémentaire décrit tout un ensemble de procédés pour l’enseignement du catéchisme, de la lecture, de l’écriture, de l’arithmétique et de la grammaire (3).L’enseignement mutuel se donnait au moyen des moniteurs et des assistants-moniteurs.D’après ce mode, un seul maître pouvait diriger cent ou deux cents élèves.Tous les mouvements des écoliers se faisaient d’après des “mots de commandements” : Attention, tête-nue, à genoux, croisez-vous, debout, assis, soyez prêts, regardez, pointez, examinez, etc., etc.Pour faciliter l’enseignement de la lecture élémentaire, on avait inventé le Télégraphe, sorte de porte-carton, composé d’une tige de fer fixée à une base massive, laquelle tige était terminée par une baguette transversale, sur laquelle on suspendait les lettres imprimées sur des cartons.Pour l’écriture, on utilisait l’ardoise, mais aussi le sablier fixé au rebord des longues tables.Ce rebord était couvert de sable; “ d’un sable qui tire sur le blanc”.Le fonds de la table était peinturé de noir, pour mieux faire ressortir la forme des lettres tracées sur le sable (4).Les élèves plus avancés se servaient de l’ardoise.A ce propos nous lisons ce curieux paragraphe à la page 12 du Cours d’Éducation: “Effacez.—Revenus à leurs places, et ayant donné le signal, le moniteur crie: effacez; sur quoi les écoliers doivent porter la main droite à la bouche, en tirer de la salive, et effacer avec, la lettre écrite sur leurs ardoises, et l’assistant du premier banc efface sur le sable les lettres qui y sont formées.” JW à Cm raine à L’o bis icoiieei :ou!a le sur lem lire la !i (l) Voir Procédés de la Chambre d'assemblée, dans la première session du huitième parlement provincial du Bas-Canada, sur l’état et les progrès de VEducation résultantde V Acte de la J+le Geo.III, chapitre dix-sept, qui pourvoit à V établissement d'Ecoles gratuites et d'avancement des Sciences en cette province, aussi un extrait du système amélioré d’Education, par Joseph Lancaster, Québec,imprimés à la nouvelle imprimerie, No 21, rue Buade, 1815.Nous possédons ce petit in-8 de 132 pages, avec texte anglais en regard du texte français.(2) Ce Joseph Lancaster qui eut un moment de célébrité en Angleterre et même en Europe, demeurait à Québec en 1833, dit Philéas Gagnon, dans son Essai de Bibliographie Canadienne.(3) M.Perrault a aussi publié en 1829, à Québec, un petit Manuel pratique de l'école élémentaire /rançoise, véritable guide pratique du maître.Nous possédons aussi cet in-16 de 47 pages.(4) Il est possible, mais je ne puis l'affirmer, que, pour rédiger son Cours d'Education, Perrault se soit inspiré d’un ouvrage similaire publié en France en 1818 : L'Enseignement mutuel, par Joseph Hamel.L'i v tyreiiiif] fèC b; p,r,S ¦ L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 275 Lan.meme, tou I e mots ms, Les Télégraphes servaient aussi à renseignement de l’arithmétique: énumération, règles simples, fractions.La méthodologie de par l’enseignement de l’arithmétique ne couvre pas moins de 50 pages du Cours d’Éducation.La méthode préconisée est celle qui va de la règle à l’exemple, la méthode déductive.On faisait apprendre d’abord, quitte à faire comprendre dans la suite, si possible (1).L’ouvrage de M.Perrault renferme des conseils excellents sur le choix des moniteurs, la discipline et l’émulation.Lisons ce paragraphe concernant les punitions: “Les Maîtres établis par la Société ne pourront chasser aucun écolier, ni lui infliger aucunes punitions que celles qui lui seront indiquées par le Comité de surveillance (2).M.Perrault avait le sens pédagogique.Ecoutons-le au chapitre intitulé: Base de VEnseignement mutuel, page 7.“Le grand point dans le mode d’enseignement mutuel est de tenir constamment les écoliers sur le qui vive—de ne les point laisser oisifs, sans cependant les tenir à de longues et pénibles leçons.Pour cela il faut leur mettre successivement sous les yeux quelque chose qui attire leur attention; d’abord leur montrer sur le Télégraphe la lettre, le mot, ou la leçon qu’on veut leur faire apprendre, ensuite la leur faire pointer sur leurs cartons, après leur faire nommer la lettre; épeler le mot ou lire la leçon alternativement, suivant leurs capacités, et enfin leur faire respectivment écrire, soit sur le sable, soit sur les ardoises, leurs leçons respectives; encore faut-il vivifier ces exercices par les changements de places que les plus habiles obtiennent sur les moins experts, par les évolutions, les récompenses et les punitions.” Dans son plan d’éducation, M.Perrault donne une place d’honneur à la politesse et aux bienséances, ainsi qu’à l’enseignement du catéchisme.Les procédés en usage aujourd’hui n’étaient pas encore répandus.Aussi suivait-on des routes fort longues pour apprendre aux enfants les premiers éléments de la lecture, par exemple.Voyons plutôt: “Récapitulation du temps pour apprendre (page 98) : Les Alphabets.20 jours.Pour épeler.-255)/2 jours.“Pour lire 15 leçons.60 jours.“Pour compter et lire.258 jours”.Quoi qu’il en soit des méthodes exposées il y a un siècle par cet ami de l’éducation que fut Joseph-François Perreault, elles n’ont pas moins rendu de réels services à la jeunesse canadienne d’il y a cent ans.Rappelons-nous que c’est grâce à l’école mutuelle fondée par Perrault que ittiré sur le oal, le iiiaiD ettre U' (1) Le mode mutuel a rendu service dans un temps où les maîtres étaient rares.Mais ce mode offrait de graves inconvénients, entr’autre celui de la “réciprocité de l’enseignement entre les écoliers, le plus capable servant de maître à celui qui l’est moins”.(2) J os.Fus Perrault, Cours d'Education élémentaire, p.6. 276 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE Garneau put acquérir cette instruction élémentaire qui le mit en mesure de compléter seul, dans la suite, des études qui lui permirent d’élever ce superbe monument national, son Histoire du Canada.L’un de mes anciens professeurs à l’École normale Laval, M.Napoléon Laçasse, avait reçu sa première instruction à l’école mutuelle de M.Perrault, dont il vénérait la mémoire.Mais, ce qui restera éternellement à l’honneur de ce pionnier de la pédagogie canadienne, c’est qu’il ouvrit, le premier, en faveur des enfants canadiens pauvres, des écoles catholiques et françaises, alors que le gouvernement réservait toutes ses faveurs aux écoles anglaises et protestantes de l’Institution Royale (1).C.-J.Magnan.Janvier 1922.(1) L'Enseignement Primaire a naguère publié plusieurs articles et études sur J.-F.Perreault.Voir aussi La Vie de Joseph-François Perrault, par P.-B.Casgrain, Québec, 1898.ORGANISATION DE L’ENSEIGNEMENT AU MOYEN AGE (1) (Pour VEnseignement Primaire) I.—LE COURS D’ÉTUDES Enseignement primaire.—Dans les écoles élémentaires, le Cours d’études comprenait la religion, la lecture, l’écriture et le calcul.Le programme religieux était déterminé par l’autorité ecclésiastique.L’enfant devait connaître l’oraison dominicale, la salutation angélique, le symbole des apôtres, le décalogue, les préceptes de 1’ glise, la manière de se confesser en latin et en langue vulgaire, le catéchisme du diocèse et les principaux faits de l’histoire sainte.La religion pénétrait tout l’enseignement.Toutes les sciences étaient rapportées à un objet unique, à un même but: la connaissance de Dieu.Les maîtres s’attachaient particulièrement à former la conscience et à donner l’amour du devoir.La confession, la communion, les pratiques religieuses opéraient, chez les enfants, d’admirables transformations morales.L’Église ne perdait pas de vue la formation du citoyen; elle prêchait toutes les vertus sociales: aux puissants, elle conseillait l’usage modéré du pouvoir, la bonté envers les humbles, la justice à l’égard de tous; aux faibles, elle enseignait le respect de l’ordre établi, la patience et la résignation.Lecture.—La coutume était d’apprendre à lire en latin.Après la Croix de Dieu ou Alphabet, les écoliers lisaient les offices du dimanche, (l) Reproduction interdite.Voir le chapitre précédent dans Y Enseignement Primaire de décem-bre 1921. lier ^ ur des Le 'içnces iMCd pre?L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 277 puis le psautier.Les plus avancés déchiffraient les chartes et les manuscrits.On faisait encore lire le catéchisme et la Bible.On ajouta à ces ouvrages un code de politesse et quelques livres de piété.Dans certaines écoles, on leur mettait aussi entre les mains des résumés de grammaire et des recueils de sentences sous une forme métrique.Les Distiques de Caton étaient d’un emploi universel, ainsi que les fables d’Avien et de Phèdre mises en prose.Ecriture.—L’art de l’écriture avait une grande importance au moyen âge, et les capitulaires reviennent fréquemment sur la nécessité d’y former avec soin les écoliers.Mais comme le maître d’école était généralement le scribe du village, il n’apportait pas toujours un grand zèle à faire de ses élèves d’habiles calligraphes, jaloux qu’il était de conserver la prééminence dans un art qui le mettait en vue et lui procurait un surcroît de salaire appréciable.Calcul.—Le calcul se bornait à la numération et aux opérations fondamentales.Les élèves les plus avancés apprenaient à calculer le calendrier ecclésiastique.Enseignement secondaire.—Les études secondaires comprenaient, nous l’avons vu, le trivium (grammaire, rhétorique, dialectique) et le quadrivium (musique, arithmétique, géométrie, astronomie).Grammaire—Dans l’enseignement de la gamma ire on comprenait toute la formation littéraire.Après l’étude des éléments, on apprenait la grammaire savante dans Donat, Priscien, Isidore de Séville, Remi d’Auxerre.On abordait ensuite l’étude des auteurs.Prudence était généralement choisi pour les débuts.Virgile et Lucain étaient très répandus.On lisait beaucoup Cicéron, Quintilien, Stace, Salluste, Tite-Live, Sénèque, Horace, Juvénal, Térence et quelques écrivains médiévaux, tels que Grégoire de Tours, Orose, Boèce.Les chrétiens du moyen âge ne ménageaient pas leur admiration aux grands génies de l’antiquité.Il se trouvait parmi eux des Virgiliens et des Ciceroniens presque aussi enthousiastes que les beaux esprits de la Renaissance.On appréciait surtout chez les auteurs grecs et latins ce caractère d’impersonnalité et d’universalité qui en fait des hommes de tous les temps et de tous les lieux, et aussi cette noble simplicité qui les met à la portée des esprits les moins exercés.Toutefois, on ne les lisait qu’avec précaution en faisant un choix délicat; les moines et les prêtres voyaient dans l’enfant Uun Dieu en fleur” et ils entouraient des soins les plus tendres cet être si frêle, mais si grand par sa destinée.Rhétorique.—Nous sommes moins fixés au sujet du programme de rhétorique.On suivait Quintilien, Cicéron, ou des compendiums imités de ces deux auteurs.M.Kurth dit que les applications consistaient essentiellement en des exercices de rédaction sur des thèmes donnés.On rédigeait des diplômes, on écrivait des lettres sous le nom de tel ou tel personnage, sur telle ou telle question, et ces exercices, 278 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE quand ils étaient bien faits, ont été pris plus d’une fois pour de vrais documents historiques (1).Dans beaucoup d’écoles, les préceptes étaient étudiés en vue de la prédication, et la composition de sermons servait d’exercices d’application.Dialectique.—Sous le nom de dialectique on comprenait tout l’enseignement de la philosophie.L’art de raisonner fut, au moyen âge, ce qu’avait été la rhétorique dans l’antiquité: l’art des arts, la science des sciences.Au Xle siècle, se forma la philosophie scolastique qui devint la la philosophie traditionnelle de l’Église.Au XHIe siècle, le cours complet comprenait la logique, la physique, la métaphysique et la morale L’enseignement se donnait sous forme de leçons et de disputes.Le maître prenait pour base un texte qu’il expliquait.Dans les disputes on procédait par objections et réponses.La leçon était vivante, parce que chacun était invité à prendre part à la discussion.Musique.—Au moyen âge on regardait la musique comme le premier des arts.Saint Thomas d’Aquin lui donne la place d’honneur et la considère comme la plus noble des sciences, comme une œuvre de raison plutôt que de sentiment.Dans les écoles, on s’attachait surtout à la philosophie de la musique, à ses rapports avec l’arithmétique,l’harmonie des astres et les lois de l’acoustique.Sous le nom de musique, on comprenait quelquefois l’ensemble des beaux arts: chant, dessin, peinture, sculpture, architecture.Arithmétique.—L’arithmétique était tenue en haute estime.L’ignorer, disait Cassiodore, c’est ressembler à l’animal.Une partie de l’importance qu’on lui accordait venait de la croyance à la “valeur mystique des nombres.” Il était convenu que la connaissance de cette valeur était nécessaire à la bonne interprétation de l’Écriture sainte.On employait pour l’enseignement, Vabaque, instrument dans le genre de nos bouliers-compteurs.Avant le XI siècle, on se servait des chiffres romains, et comme le zéro n’était pas connu, les calculs étaient très compliqués.Quelques auteurs mirent en vers les divisions de la livre, de l’as, des fractions et de l’once.Les difficultés du calcul diminuèrent par l’emploi des chiffres arabes et de la numération décimale.L’Église fit une obligation stricte aux clercs, aux moines et même aux religieuses, de l’étude du comput.Géométrie.—Le programme de géométrie comprenait l’étude des proportions élémentaires d’Euclide applicables aux figures planes considérées dans l’arpentage, la manière de mesurer la hauteur d’une montagne, la profondeur d’un puits.Dans certaines écoles on rattachait à la géométrie des notions de géographie.Astronomie.—Les études d’astronomie se réduisaient à la théorie des astres et à l’étude du comput.Cette connaissance était indispen- ufliveiiit dralfô i attr: - dcVu^.lit t, apptniu: graoû' t h Syrie I !.v'' ¦ bend la ki .te-.Cet Amiens icefe L (l) Kurth, Notger de Liège, I.p.279. RENSEIGNEMENT PRIMAIRE 279 iable aux clercs qui étaient chargés de la rédaction du calendrier ecclé-iastique.La détermination de Pâques s’établissait d’après la place occupée par la pleine lune du printemps.Tout computiste était astronome.Les maîtres se servaient surtout de Vastrolabe.Les moines de Saint Gall construisirent un globe terrestre.On attribue àGerbert l’invention d’une sorte de lunette astronomique, car, d’après le témoignage de ses contemporains, il considérait les astres “à travers son long tube”.Enseignement supérieur.—Longtemps avant la fondation des universités, les écoles supérieures des monastères et les écoles cathédrales eurent un enseignement théologique parfaitement organisé.La théologie était regardée avec raison comme la reine de toutes les sciences.Elle comportait des études complémentaires, comme l’Écriture sainte, la liturgie et l’exégèse.A la fondation des universités, le droit canon fut enseigné à tous les clercs, afin de leur faire connaître les décisions des conciles et les décrétales des papes.Le droit civil eut ses universités attitrées: Orléans, Montpellier, Bologne, etc.Les études médicales se développèrent au point de nécessiter une faculté spéciale.La mécanique, les sciences physiques et naturelles étaient étudiées d’une manière approfondie: nous le savons par les connaissances très étendues des grands scolastiques.Les relations qui s’établirent avec les Sarrasins, les Syriens et les Grecs, donnèrent une impulsion à l’étude des langues orientales: grec, hébreu, arabe, chaldéen.Les beaux-arts, ennoblis par l’inspiration chrétienne et encouragés par l’Église, atteignirent une perfection qui fait le désespoir des artistes modernes.II.—DIRECTION ET DISCIPLINE L’écolâtre.—L’écolâtre était le directeur des écoles du diocèse.A l’origine il était désigné par l’évêque; cependant, à partir du XHIesiècle, dans bon nombre de diocèses, il fut nommé par le chapitre.Ses fonctions consistaient à exercer un contrôle sur les établissements d’instruction, spécialement en ce qui concernait le choix des maîtres.Il était généralement directeur de l’école épiscopale et accordait, au nom de l’Église, la licence d’enseignement aux candidats jugés dignes d’instruire la jeunesse et de la former aux vertus chrétiennes.Il y avait aussi un écolâtre dans tous les monastères.Cet officier portait différents noms : on l’appelait écolâtre à Orléans, Amiens, Arras, Soissons et autres lieux; capischol en Gascogne, chancelier en quelques églises, spécialement dans les villes qui possédaient une université.Mais toujours il fut le chef des écoles, magister scholarum; les autres n’étaient que les maîtres d’une école, magister scholae.Les Maîtres.—Nul ne pouvait enseigner sans une license accordée par l’écolâtre.On attachait, avec raison, une grande importance au WM 280 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE choix des maîtres.Ils devaient se distinguer par une conduite exemplaire, une foi exempte de toute hérésie, des connaissances solides et le talent inné et naturel d’élever les enfants.On ne dédaignait pas l’homme savant, mais on lui préférait l’honnête homme suffisamment instruit.Les maîtres étaient, en général, convenablement rétribués.Ils recevaient une allocation pour l’instruction des indigents et une rétribution scolaire qui variait selon l’âge et la capacité intellectuelle des élèves; en outre, une indemnité de chauffage leur était payée si les enfants ne fournissaient pas le combustible.Les services qu’ils rendaient à l’église leur étaient également rétribués.Leur salaire total s’élevait généralement à 300 louis, somme considérable pour l’époque.Organisation scolaire.—Pendant plusieurs siècles,l’école se tenait à l’église et au presbytère.Mais vers le Xlle siècle, on construisit des bâtiments spéciaux aménagés pour la séparation des sexes et des différentes divisions.Les écoles épiscopales étaient construites dans les cloîtres de la cathédrale.Les petites écoles n’avaient pas toujours un local construit spécialement pour l’enseignement.Quand il y avait fondation, les classes se faisaient dans des maisons données à cet effet; quelquesfois elles avaient lieu dans les églises et les chapelles, ainsi que le prouvent les défenses portées à diverses reprises par les évêques.La plupart du temps, le maître ou la maîtresse réunissait les écoliers dans leur logis ou le premier local venu (1).Les classes ne comprenaient qu’un petit nombre d’élèves; en général on ne dépassait pas la dizaine; s’il y en avait beaucoup plus, on dédoublait la classe.Les élèves étaient assis séparés les uns des autres et placés par ordre de mérite.L’émulation était très ardente quand elle était stimulée par un maître zélé; quelquefois même il y avait excès.Pour l’enseignement, on suivait le mode individuel, dans certaines écoles cependant on se servait de moniteurs.L’école s’ouvrait à sept heures et demie pendant l’été et à huit heures et demie pendant l’hiver.En entrant, les élèves récitaient une prière.Ils se rendaient ensuite à la messe, puis ils prenaient leur déjeuner.Les plus riches apportaient un surplus de nourriture pour les pauvres -qui n’avaient pas sufisamment (2).Gratuité.—La gratuité des écoles, au moyen âge, était réelle et non de surface comme celle d’aujourd’hui.Des prescriptions fort anciennes ordonnaient aux curés des paroisses rurales de donner l’instruction, avec un soin égal, aux enfants de toutes conditions et à titre gratuit.“En théorie, dit M.Luchaire, l’Église recommandait aux professeurs même des grandes écoles de n’exiger aucun salaire.Pour la pratique, on distinguait cependant.Les écoles d’abbayes donnaient et pouvaient donner l’instruction gratuite: la condition du professeur, qui était .ontfi I et' 10'1 L?< Biibü loi seul les le [ntretei fiir ev Cep Isproff le malt d'airêtei pA.des clerc loirs t ; faite d pécliait loiiceiir; le lavei ® alite ma Pdes i féales,, 11 été « ^ racij (1) Dictionnaire de Pédag., art.Normandie.(2) Dictionnaire de Pédag., art.Seine et Marne. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 281 et le 'urne ¦Ils rte ienU - PV-tif ¦Mail iprs avait effet; que le 'La dans ,,v Pour huit it une Miner, luvres etuou valent étai' .moine, soumis au vœu de pauvreté et assuré de la subsistance, permettait et commandait le désintéressement.Les écoles épiscopales et cathédrales ne réclamaient également rien aux clercs des familles pauvres; elles demandaient aux jeunes nobles.L’exigence était légitime” (1).Le corps enseignant était invité à donner les moyens de subsistance aux écoliers qui n’en avaient pas.Fulbert de Chartres écrivait à son ami Hildegaire: “Veille à ce que les écoliers ne souffrent ni de la faim, ni du manque de vêtements”.Dans la plupart des écoles monastiques, non seulement serfs et libres, riches et pauvres, recevaient uniformément les leçons de la charité, mais beaucoup d’écoliers sans ressources étaient entretenus aux frais de la communauté.L’abbaye de Salzbourg avait fait graver, au-dessus de sa porte d’entrée, le vers suivant proclamant la gratuité de son enseignement: Discere si cupias, gratis quod quoris habebis”.Cependant, à certaines époques, la passion du lucre avait gagné des professeurs.Abélard notamment vendait ses leçons à beaux deniers.Quelques-uns louaient à d’autres pour de l’argent les écoles qu’ils tenaient.Le mal traversa la Manche, et le concile de Londres, en 1138, fut obligé d’arrêter cet abus par une interdiction formelle En 1179, le troisième concile de Latran donna une consécration solennelle au principe de la gratuité.Dans beaucoup d’écoles, elle était assurée par les économies des clercs, la fondation de bourses et les bienfaits de généreux donateurs.Nous trouvons dans les chartes du moyen âge de nombreuses donations faites avec cette mention expresse qui en fixe la destination: “Ad docendum puerum”.Discipline.—Quelques historiens ont représenté les écoles du moyen âge sous les couleurs les plus sombres.Leur but est évident: jeter le discrédit sur les maîtres de cette époque, parce qu’ils étaient des clercs ou de bons chrétiens.Sans doute, la discipline était sévère, et l’on péchait peut-être moins souvent qu’aujourd’hui sous le rapport de la douceur; sans doute,—et il faut le déplorer—quelques maîtres abusèrent de la verge, comme en avaient abusé les Grecs et les Romains, comme en abusèrent les pédagogues de la Renaissance et comme en abusent malheureusement quelques maîtres de nos jours.S’il y eut des abus, ce fut surtout dans les écoles de hameaux et de la banlieue des; jgrandes villes; mais dans les écoles épiscopales, monastiques et presby-térales, la disc'pline était maintenue par une douce fermeté.On élevait les enfants pour l’avenir; les traiter avec trop de condescendance eût été une cruauté.Les maîtres ne croyaient pas qu’il fût moral d’ôter aux racines de la science leur amertune et à la vie chrétienne ses ronces et ses clous (2).Cette forte éducation fut une source de vertus robustes.(1) Cf.La visse, Histoire de France, T.II, 1.(2) Bernard.L'enseignement élém.en France aux Xle et XIle siècle, p.356.6046—2 282 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE La recommandation générale des saints, des fondateurs d’ordres, fut toujours la douceur.Et de nombreux documents prouvent que la bonté fut la vertu dominante des religieux et des prêtres du moyen âge.Leurs élèves, d’ailleurs, l’ont proclamé hautement; ils se rappelaient avec délices les heureux jours qu’ils avaient passés dans les écoles.Même ceux qui avaient été traités un peu durement ne laissaient pas que d’être reconnaisants et de témoigner aux maîtres qui les avaient châtiés à propos, leur gratitude pour les bons services qu’ils leur avaient rendus.La discipline était facilitée par de nombreux moyens d’émulation, par le chant, les congés, les promenades, les représentations, et surtout par les moyens qu’inspire la religion.Elle était facilitée encore par le dévouement des maîtres, conséquence de l’affection surnaturelle qu’ils portaient à leurs élèves.F.P.Gonzales.Note de la Rédaction^—'Cette belle page est tirée d’une “Histoire de l’Éducation” que publiera bientôt, en France, le C.F.Pierre Gonzalès, des F.F.Maristes.Nous remercions de nouveau l’éminent éducateur pour l’envoi de cette deuxième primeur.L'AUTORITÉ (Conférence pédagogique donnée par M.l'inspecteur Paul Hubert au personnel enseignant de son district, au cours de la visite de l’automne 1921) L’Autorité, Mesdemoiselles, voilà le sujet délicat et difficile que je suis appelé à développer devant vous.Il faudrait bien un livre volumineux pour dire tout ce qui concerne Vautorité, et vous conviendrez avec moi que je ne pourrai pas, dans une simple conférence, donner à ce sujet tout le développement qu’il conviendrait de lui donner.Mais c’est un si beau sujet, d’une importance capitale, que je vais peut-être m’y attarder plus que vous ne le désirez.Je vous prie d’avance de m’en excuser.L’autorité, c’est la pierre de touche de toute éducation dans la famille et à l’école.Elle est d’une nécessité absolue, puisque l’éducation est essentiellement une œuvre de respect basé sur l’autorité.Et quand je dis éducation, je vous prie de ne pas confondre avec instruction.L’éducation est plus haute, plus noble; elle élève l’enfant, elle forme l’homme.Je ne m’attarderai pas à vous décrire les lacunes de l’éducation familiale.Vous en voyez trop d’exmples chaque jour pour qu’il soit nécessaire d’insister.C’est trop pénible de voir le sans gêne, l’effronterie, pour ne pas dire la grossièreté, avec laquelle des enfants de quinze ans L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 283 ouùlieral éminent! ^répondent à leurs parents, pour le relater ici.Il ne faut pas avoir un grand sens d’observation pour s’apercevoir que le mal est profond et que, comme dirait Alfred de Musset, ‘la mer y passerait sans laver la souillure, aientjlcar l’abime est immense et la tache est au fond”.!ole$,| Mais ne soyons pas pessimistes à ce point.La tâche nous incombe, ;pas|,à nous éducateurs, de travailler à la grande œuvre, la première après le tut» sacerdoce, de l’éducation du peuple.Quand on a la vocation, quand on ©at sent dans son âme le feu de l’apôtre, ah ! comme il est doux de penser : que par son action, par sa sollicitude et son exemple, on rendra des âmes fion ¦ meilleures, des cœurs plus nobles, des êtres plus dignes de s’appeler en-irtout fants de Dieu ! )ârie| L’éducateur doit donc s’envelopper d’une autorité qui lui mérite le qu’ilsl respect de tout son petit monde.C’est cette qualité première, cette j qualité fondamentale qu’il doit posséder.Mais ce n’est pas une qualité innée.Elle s’acquiert, elle se développe, elle se perfectionne, puisqu’elle prend sa force dans l’âme, le cœur et l’intelligence.L’éducateur doit avoir une belle âme, une âme généreuse, pleine de foi et animée d’une piété ardente.“Les âmes grandissent au contact des grandes âmes; elles se font nobles, généreuses, belles, au contact des âmes généreuses, nobles, belles.” (Kieffer.) L’influence du milieu, l’ambiance est un grand moyen d’éducation.Une institutrice vivante a des élèves tout actifs, animés ; celle qui a le sang figé dans les veines, qui est nonchalante et sans souci, fait les élèves à son image en l’espace d’un an.Les changements qui s’opèrent dans une classe par l’action de la maîtresse sont vraiment extraordinaires.Telle école renommée, parce qu’elle fut dirigée durant quelques années par une excellente institutrice, tombe rapidement dans la médiocrité avec une institutrice médiocre.Ce sont des constatations que je fais, hélas, trop souvent.Toute autorité, toute supériorité vient de Dieu.C’est sous le regard de Dieu et avec le secours de sa grâce que l’éducateur pourra exercer une suave influence sur l’âme des enfants qu’il a mission d’élever.C’est en se tenant sous le regard de Dieu que son exemple sera un principe d’énergie, sa parole une rosée rafraîchissante, sa dignité sans reproche.Et cela s’obtiendra par la prière et par l’Eucharistie.L’institutrice devrait avoir l’habitude de la méditation qui détache l’âme pour quelques moments des médiocrités qui nous entourent et l’élève, dans une sublime [lfa(ioa prière, vers son Créateur.La méditation habitue à la réflexion, elle repose, elle permet de voir mieux son étoile à travers et au-dessus du tourbillon quotidien; elle rassérène dans les inquiétudes, elle nous rapproche de Dieu, en nous faisant lui parler plus amicalement.^gji Oh ! comme après un bon quart d’heure au pied du tabernacle, la jjj tête dans ses mains et l’esprit là-haut, où l’on déverse le trop plein de son cœur, l’intime, ce qu’on ne dit à personne, parce que personne ne pour-njis' rait assez nous comprendre, oh ! comme on se relève plus fort, comme on aul ne je volii- ce liais ¦être {«'H 1» 284 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE aime mieux sa tâche, ingrate mais belle, passionnément belle ! Et l’Eucharistie, cette source de douceurs et de mansuétude, faisons-en notre aliment indispensable.Nous avons besoin d’un réconfort surhumain, d’un tonique surnaturel.C’est là et là seulement que nous le trouverons.Il nous est offert à nous qui croyons et qui aimons, ne soyons pas indifférents à tant de générosité.Nourrissons-nous du Christ qui fut le plus grand éducateur que le monde ait connût, afin que par nous se répande, comme disait saint Paul, la bonne odeur du Christ, et qu’à travers nous l’on voit l’autorité: Dieu lui-même.Nous pourrons être novices, avoir de la misère, faire de faux pas, nous tromper, si nous prions, si nous méditons et si nous fréquentons Jésus, nous ne pourrons que faire de rapides progrès et bientôt posséder le tact, la touche de l’éducateur.Par ces pratiques, nous acquerrons la vraie bonté qui fut la qualité distinctive du Christ et qui reste le grand ressort de toute éducation chrétienne.C’est ici que le cœur joue son rôle particulier.L’éducateur, non seulement doit aimer sa tâche, mais il doit aimer l’enfant, se pencher vers lui pour le comprendre et l’élever avec lui jusqu’à Dieu.C’est par l’âme qu’on atteint l’âme et par le cœur qu’on atteint le cœur.Imitons notre grand Maître; aimons à la façon du Christ.Aimons l’enfance pour sa candeur et sa naïveté, pour sa vertu et sa pureté; pour sa bonté et sa générosité; pour sa gaité et sa spontanéité; aimons-la pour sa promesse d’avenir.N’aimons pas seulement l’enfant, mais les enfants: les pauvres comme les riches, les moins doués comme les intelligents, les laids comme les beaux; aimons-hs tous, parce qu’ils ont tous une âme qui a ravi le Sauveur et lui a fait dire : “En vérité, si vous ne devenez semblables à ces petits enfants, vous n’entrerez point dans le royaume des deux”.Aimons-les parce que c’est l’espérance de la race ; aimons-les parce que l’amour fait plus de conquête que la violence.Ah ! que je plains l’institutrice qui a un cœur aigre, qui n’aime pas les enfants, qui acompiit son travail quotidien avec dégoût, avec hâte de se débarrasser de ses élèves, qui n’ouvre pas son cœur à leur sourire candide, qui n’aime pas sa classe ! Elle doit être bien malheureuse.Quel contraste avec celle qui a hâte chaque matin de voir arriver ses élèves, qui regrette leur départ le soir, qui cause maternellement avec eux, les console, les encourage, leur parle de l’abondance de son cœur.Celle-ci est bonne.Ah ! de la bonté, comme il faut en avoir avec les enfants pour être à l’exemple du Christ, le Bon Pasteur.Etre bon, c’est être doux et humble de cœur.“Etre doux, c’est être d’un abord facile, agréable, supportant sans trouble, sans laisser paraître ni répugnance, ni indignation, les défauts d’esprit, du cœur- tout ce qui est de nature a impressionner péniblement.C’est juger les choses sans aigreur, sans passion, sans entêtement.C’est ne jamais opposer l’humeur à l’humeur, la violence à la violence__ mais savoir se posséder et rester toujours poli.La douceur n’est pas l’apa- tiû )ieiuiul El leHaï avoir Is de fenfa APP B letireux losséder IcoDimei irend pl Migre, l’est la ( qui l'est L’in jsr dcfifii: du prest p.ioiii des auti ntelletfi biv Naïfs i OUÏ iisseï les faut naui 'l'-iand i (dliç.dir Ber air fîei: L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 285 t l’W DOtrJ ;his”j ni la faiblesse, “c’est la possession de son âme sous le regard de Dieu qui vit en elle.” “Oh ! savoir résister—savoir plier—savoir refuser—savoir accorder—savoir revenir sur un ordre donné—savoir s’arrêter à temps— [savoir laisser passer un orage—savoir attendre—savoir accommoder un reproche ou une punition, à l’âge, au tempérament, à l’état présent [de l’enfant qui est là”, combien de douceur cela demande ! ! (Notes de Pédagogie par Tuteur des Paillettes d’Or, pages 150-151.) Appliquons-nous-y religieusement, car c’est de cette façon que nous nous ferons aimer des enfants, que nous les posséderons : “Bienheureux les doux, car ils posséderont la terre.” Pour nous, si nous arceslvoulons faire du bien aux enfants, cherchons à nous les attirer, à les itivdposséder.Nous y arriverons par la bonté, par la douceur.Alors me.jcomme il sera facile de les faire travailler à leur propre grandeur.On prend plus de mouches avec une goutte de miel qu’avec un tonneau de ervers| vinaigre, disait le bon saint François de Sales.Le miel en éducation, c’est la douceur du cœur.C’est le meilleur moyen d’acquérir l’autorité qui n’est pas, comme vous le voyez, un esprit autoritaire.L’intelligence, je vous le disais, a aussi quelque chose à faire dans et sali l’acquisition de l’autorité.C’est en la cultivant qu’on obtient la com-medlpétence professionnelle.Nous, éducateurs, nous avons le devoir de développer chaque jour les connaissances acquises, afin de nous entourer du prestige que donne la compétence.Il nous faut donc étudier notre art, nous perfectionner, étendre notre horizon, profiter de l’expérience des autres, chercher de toutes façons les moyens de rendre meilleurs, intellectuellement et moralement, les enfants qu’on nous confie.Si vous avez la compétence, vous mériterez la confiance entière des enfants et des parents et passerez pour une autorité auprès d’eux.Ils diront: “la maîtresse est savante,” et cela vous classera à la tête de l’arrondissement, à la suite du curé dans la paroisse.Mais si on remarque des fautes dans votre langage, des erreurs dans vos explications, des lacunes dans votre éducation, on doutera de votre force et on vous épiera.Et le jour où on découvrira que vous êtes pédantes et non savantes, on n’aura plus confiance en votre enseignement.“Le savoir vrai est modeste.Il ne fait pas parade de ce qu’il sait, mais ce qu’il sait rayonne comme une auréole autour de la maîtresse qui enseigne et fait resplendir aux yeux des élèves.Elle n’y pense pas, mais les élèves l’écoutent avec bonheur.Elle est pour eux un oracle.” (Op.c.128.) D’ailleurs, les- quand on se contente de ce qu’on sait, on se rapetisse, parce qu’on .ment oublie ; on se croit plus capable qu’on ne Test et c’est du pédantisme, st- I Ne jamais converser avec des personnes plus instruites que soi, ne jamais demander un conseil, ne jamais lire d’ouvrages qui ouvrent l’esprit et élèvent Tâme, c’est s’emprisonner, se condamner à la sécheresse, à la e te liste que je ts, qui] rasser ’aime 286 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE stérilité intellectuelle.Etudions donc, ayons la fringale de l’étude et du savoir, ne passons pas un jour sans avoir lu quelque chose d’utile.Cela revient à dire que “l’autorité a pour fondement une supériorité d’âme, une puissance intérieure qui transparaît dans le commerce jounalier avec les subordonnés : c’est la force intellectuelle qui, dans le vaste domaine de l’enseignement, s’appelle la compétence ; c’est la force de volonté, l’énergie en même temps que la souplesse du caractère qui constitue en grande partie l’ascendant ; c’est enfin la valeur morale, la vertu, la sainteté qui inclinent les âmes devant celui qui commande et provoquent le respect”.(De “L’autorité dans la famille et à l’école”, F.Kieffer, p.29.) DISCIPLINE Voilà donc Mesdemoiselles, que par la culture de votre âme, de votre cœur et de votre esprit, vous avez acquis la triple autorité de l’éducatrice.Voyons maintenant comment vous vous en servirez pour développer normalement l’enfant et le laisser assez conscient de lui-même, pour qu’il se conduise dans la vie d’après les principes qu’il aura appris chez vous.La discipline scolaire consiste dans l’application de ces principes.Elle est l’ensemble des règlements qui servent à la bonne régie de l’école.Elle est d’une importance primordiale, à cause de la formation et de la direction qu’elle donne à l’enfant, à cause de son sens moral et de sa valeur pédagogique.Habituellement, on n’emploie le mot discipline que pour les lois qui régissent certains corps, mais il ne serait pas téméraire de dire qu’il y a une discipline individuelle.C’est le règlement de vie que doit avoir tout homme qui ne veut pas marcher à l’aventure, sans but défini, qui ne veut pas se laisser ballotter par le courant des événements, des émotions, des passions.Il importe donc d’appliquer la discipline d’une façon intelligente, afin que l’enfant soit amené à une vie réglée, non pas à cause de l’œil de la maîtresse, ni de la punition qui l’attend, mais à cause de la beauté qu’il y a dans l’ordre, à cause de sa responsabilité et de ses devoirs vis-à-vis de ses semblables, à cause de Dieu qui le voit partout.Au lieu de compliquer la discipline, simplifie ns-la tant que nous pourrons en en faisant comprendre la grande nécessité.Vous avez dû remarquer avec quelle instance j’attire l’attention des élèves sur la hiérarchie de l’autorité et l’obligation pour tous les âges de la vie d’obéir et de se soumettre à plus grand que soi.Le devoir est bien facile quand on est enfant.Avec l’âge, les charges multiples accroissent la responsabilité, en rendant le devoir plus difficile à accomplir.En somme, commander, c’est obéir, car, pour bien commander on doit suivre des principes qui sont comme ses maîtres, écouter sa conscience et son âme qui sanctionnent toutes ses fautes, se soumettre à la loi humaine et à ses tracasseries.L’obéissance est donc une loi générale, un ordre kp ,aiVB etv' , doives leiirv .(b’1 plesc >iiapa tielda dissipf seront ils am parer eux, 1 aimai) premii doivei mente deeet “Mes Made perdre Vü!, • son fnt’an! Oui, parole piaisn serai 1 accorc vous i Wuei L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 287 suprême et éternel qui contraint l’homme dans tout le cours de sa vie, depuis son berceau jusqu’à son tombeau.Faisons bien comprendre aux enfants qu’ils ne sont pas les seuls atteints par la loi d’obéissance et qu’ils ne s’en échapperont pas à leur sortie de l’école, mais qu’ils doivent l’accepter comme une règle et en pénétrer leur esprit pour toute leur vie.Si vous réfléchissez un peu et si vous regardez autour de vous dans la nature et dans le monde, vous trouverez une multitude d’exemples qui illustreront bien votre thèse et convaincront les enfants qu’on n’a pas besoin de l’obéissance seulement à l’école.C’est un point essentiel dans l’éducation de l’enfant.La discipline est composée d’un corps et d’une âme: la discipline extérieure et la discipline intérieure.Occupons-nous de l’âme d’abord.Avec l’autorité que vous possédez, vous êtes tout préparées pour établir une discipline éducationnelle dans votre école.Les enfants vous arrivent pêle-mêle au commencement de septembre.Il y en a de toutes sortes : des timides, des effrontés, des polis, des bons, des dissipés, tous ont la légèreté de l’enfance.La première journée, ils seront sages par prudence.Ils veulent tâter le terrain et savoir à qui ils auront affaire le reste de l’année.C’est le moment psychologique par excellence.C’est à la fin de cette journée que, retournant chez eux, les enfants se disent les uns aux autres : elle est bonne, elle est aimable, elle est sévère, on va avoir du plaisir, etc.C’est donc en cette première journée que tout le savoir-faire et tout le tact de l’institutrice doivent se montrer.Si vous voulez que les enfants suivent les règlements, il faut que vous les leur fassiez connaître.Les enfants doivent savoir ce qu’ils auront à faire et pourquoi ils le feront.Profitez donc de cette première journée pour bien expliquer cette chose à vos élèves ; “Mes enfants, que venez-vous faire ici?—On vient pour apprendre, Mademoiselle.—Comment devrez-vous vous conduire pour ne pas perdre de temps et apprendre le plus possible?—Etre sage, Mademoiselle.—C’est très bien, je suis contente que vous parliez ainsi, que vous montriez de si bonnes dispositions.Vous avez raison, il faudra que vous soyez sages, que vous ne parliez pas durant la classe, que vous soyez obéissants, soumis, bons.N’est-ce pas que vous serez de bons enfants, obéissants?—Oui, Mademoiselle.—Vous me le promettez?— Oui, Mademoiselle.—Prenez-y garde, vous vous engagez sur votre parole d’honneur et quand on a promis quelque chose, il faut le donner, n’est-ce pas ?Mais c’est facile d’être bon, et c’est beau, car ça fait plaisir au Bon Dieu.Nous nous appliquerons tous à être bons; je serai bonne pour vous et vous serez bons pour moi.De cette manière, vous n’aurez pas de misère, il y aura de l’ordre dans la classe, nous nous accorderons, vous serez contents, vous serez heureux de travailler à vous instruire en venant tous les jours à l’école, et vous apprendrez beaucoup.Trouvez-vous que c’est mieux comme cela que de faire 288 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE de la dissipation ?—Oui, Mademoiselle.—Car, si vous faisiez de la dissipation ce ne serait plus beau, ce serait du désordre et il faudrait que je vous punisse.Ce n’est pas agréable punir.Moi, j’aimerais bien mieux que vous fussiez assez bons pour que je n’aie jamais la peine de vous punir.Et vous autres ?—Nous aussi, Mademoiselle.—C’est bien ; voici, pour cela, ce que vous aurez à faire”.Et l’institutrice explique le règlement, ce qu’elle fera de nouveau au commencement de chaque mois.Ainsi, les enfants verront clair dès la première journée ; ils sauront qu’ils ont un règlement qu’ils doivent suivre pour telle ou telle raison, que sinon c’est la punition.Ils commenceront déjà à saisir leur responsabilité.Parce que la maîtresse leur aura parlé •amicalement, cordialement, ils sympathiseront tout de suite avec elle.Ce sera un commencement d’amitié qui devra faire de l’institutrice la meilleure amie des élèves et de ceux-ci ses meilleurs amis.SURVEILLANCE Et maintenant, Mesdemoiselles, vous êtes à la voile ; vous avez largué le port et voguez en pleine mer.Vous êtes le capitaine et vos élèves sont les matelots.La bonne direction du navire dépend de la coopération de ces deux éléments, mais le capitaine est le seul responsable et il doit exercer une surveillance continuelle.Ah ! la surveillance, comme elle est précieuse en éducation ! Le comprenez-vous assez, Mesdemoiselles ?Savez-vous quel puissant moyen vous avez en mains ?C’est par la surveillance que vous connaîtrez bien vos élèves, que vous les empêcherez de faire de mauvais coups, que vous trouverez la manière de diriger leur activité vers le bien, que vous atteindrez leur caractère.Il n’y a pas si longtemps que nous étions enfants à la petite école et nous nous rappelons tous, à un degré ou à un autre, les sauvageries, les tours vicieux, la conduite malsaine de certains écoliers.Ils y a toujours de mauvais garnements dans un groupe -d’élèves et souvent il arrive qu’une seule brebis galeuse peut empoisonner tout le troupeau.Je ne sais pas si je me trompe, mais il me semble que les institutrices n’ont pas assez le sens de leur responsabilité.Est-ce naïveté, est-ce ignorance, est-ce aveuglement ?Elles ne semblent pas se rendre compte de la pétulance de vie qui déborde par tous les sens de l’enfant, vie qui doit être non pas paralysée, mais dirigée, canalisée vers le bien.Laissés à eux-mêmes, les enfants se gâtent affreusement vite, à cause des ferments mauvais qu’y sèment les galeux.Le contact des deux sexes augmente encore énormément le danger, en excitant la curiosité insatiable de l’enfant.L’institutrice n’a donc pas le droit de laisser garçonnets et fillettes s’amuser ensemble, seuls, ni à l’intérieur, ni à l’extérieur de l’école.Je me dépêche de dire qu’il ne faut pas surveiller uniquement pour empêcher le mal de se commettre, ni qu’il faille habituer les enfants L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 289 à ne pas faire telle chose parce que la maîtresse pourrait les voir ou les entendre.Ce serait une éducation négative, et le jour où l’enfant n’aurait plus à craindre l’œil de la maîtresse, il se permettrait les pires bassesses.Non, quand on est institutrice, on est assez âgée pour connaître la nature qui bouillonne dans ses élèves, on a assez de conscience et de formation personnelle pour savoir prudemment et graduellement ouvrir les yeux de ses élèves sur les dangers inhérents à leurs natures respectives et cultiver leur conscience pour qu’ils arrivent à ne pas se permettre telle licence, non parce que la maîtresse va les voir et les punir, mais parce que c’est mal, parce que c’est défendu, parce qu’une voix intérieure leur en fait reproche, parce que Dieu les voit.Il faut assez cultiver et développer la conscience de ses élèves pour que, le jour où l’un d’entre eux s’oubliera et fera quelque chose de mal, il ait la réprobation publique de ses camarades.Et, ce quelque chose de mal, il faut bien le dire, ce sera presque toujours un péché de sensualité, “à cause de la prédominance de la vie physique sur la vie intellectuelle et morale, je parle du développement des sens qui devance celui de la raison, et enfin, s’il faut tout dire, de la manière insensée dont la plupart des parents élèvent sous ce rapport les jeunes enfants” (1).Oui, la sensualité, c’est le mal, le grand mal, le fléau de l’enfance ; c’est le défaut dont on se gare le moins, je dirai qu’on nourrit avec le plus de soin, qu’on développe chez l’enfant, sans s’en apercevoir, sous figures de bonté, de caresses, d’affection, de cajoleries, de gâteries de toutes espèces.C’est ce défaut qui fait l’enfant orgueilleux, le jeune homme et la jeune fille sans respect envers leurs parents, ni envers eux-mêmes, l’homme révolté contre Dieu.Et le jour où la mère pleure parce que sa fille se câbre sous son autorité, où le père souffre de l’abandon de son fils, ils peuvent ordinairement se frapper la poitrine et s’accuser d’avoir fait des enfants orgueilleux et égoïstes par la sensualité.Car un égoïste est ordinairement un orgueilleux et celui-ci un sensuel.Et dans les familles sans autorité, cherchez le mal s’il n’est pas dans la mollesse des parents qui établit son empire dans leurs enfants, “les énerve, les engourdit, les paralyse, leur inspire je ne sais quelle lâcheté, quelle horreur de l’effort et du travail, qui ruine en eux toute énergie, toute activité, et prépare à leur éducation future les plus graves difficultés” (2).Quand vous avez des élèves paresseux, étudiez-les de près, observez-les, pénétrez jusque dans leur famille, et la plupart du temps vous découvrirez que ce sont des épaves d’une fausse éducation familiale, d’un laisser-aller, d'une mollesse morbide.Tout cela demande votre surveillance, votre observation.Avec du tact, de la bonté, des conseils, des (1) Mgr Dupanloup : L’Enfant p.276.(2) Mgr Dupanloup : L’Enfant p.278.6046—3 290 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE encouragements, vous pourrez arriver à faire un bien considérable à ces pauvres enfants.Mais vous ne devrez pas vous contenter de leur signaler les fautes de paresse, d’indiscipline, de sensualité que vous pourriez découvrir dans leur conduite.La faute importe moins que le défaut.C’est à celui-ci que vous devez vous attaquer ; c’est lui que vous devez mettre à nu sous les yeux de l’enfant, avec toutes ses graves conséquences, en tâchant de l’amener à reconnaître le mal et à admettre avec vous qu’il faut agir énergiquement.Le grand secours sera toujours la prière et la sainte communion que vous devez amener votre élève à pratiquer avec une grande piété.Des entretiens amicaux, un exposé clair de la situation, des conseils pratiques donnés avec bonté ne pourront manquer d’exercer une salutaire influence, même sur les enfants les plus rebelles.Mais si votre surveillance est lâche, si elle est molle et négligée, comment vous apercevrez-vous du mal et comment le corrigerez-vous ?C’est une surveillante de tous les instants que vous devez exercer, non pas un espionnage, mais une surveillance franche, amicale, imperceptible.Vous devez surveiller sans faire semblant de rien, voir tout, entendre tout, prévenir plutôt que guérir.Ce n’est pas ce que vous faites quand vous corrigez des cahiers à votre pupitre pendant que vos élèves jouent.Le temps de la récréation n’est pas pour corriger des cahiers, c’est pour se détendre un peu, respirer du bon air, ventiler la classe, c’est un moment de répit pour souffler, c’est une halte nécessaire à l’institutrice comme aux élèves.L’institutrice ne doit pas se tenir dans l’école pendant que les élèves s’amusent dehors.Elle doit se mêler avec eux, aller d’un groupe à l’autre, empêcher les isolements de petits groupes de deux ou trois, rire avec eux, applaudir leurs jeux, y prendre part sans créer une familiarité indiscrète et irrespectueuse.Cependant, elle pourra quelquefois se mêler au tourbillon des enfants pour quelques minutes, mais non pour toute une récréation.Elle doit savoir garder la distance nécessaire au respect entre élèves et institutrices.(à suivre) h TiltiOD il h à.-.deni if Pou te.b.:.tfbf - h Lei t iî : h.; Le 'v.,,.a::;.’ ALMANACHS CANADIENS Nous recommandons aux instituteurs et aux institutrices le très joli Almanach de l’Action sociale catholique, publié à Québec ainsi que celui de V Action française publié à Montréal.BÉNÉDICTION D’UNE NOUVELLE ÉCOLE A BEAUPORT Dimanche, le 18 décembre, a eu lieu à Beauport, comté de Québec, la bénédiction d’une nouvelle et vaste école que la commission scolaire a confiée aux Sœurs de la Congrégation de Notre-Dame.L’honorable M.Delâge, Surintendant de l’Instruction publique,a honoré de sa présence cette fête de l’éducation.1, 1 f l' ' H L'ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 291 c’est c’est [OD» able! e leiitl uiqiiel ïfavesl oettrel oioursj èyeà xposé pot-ntsles eti CONSEIL SUPERIEUR D’HYGIÈNE Propos d’hygiène dW ffgtioD ‘ 'fiS& LA LUTTE CONTRE LA TUBERCULOSE- (Suite) Au moment où le Conseil supérieur d’hygiène de la province, fort de l’appui du gouvernement qui a mis à sa disposition une allocation spéciale, entreprend d’intensifier la lutte contre la tuberculose, il convient de connaître quels sont les éléments de cette lutte pour que tous les membres de la société prennent rang dans cette milice de préservation de notre population.Tous, en effet, nous devons prendre notre part de la tâche à accomplir, parce que tous nous sommes intéressés à assurer notre propre protection, ainsi que celle des personnes qui dépendent de nous, par une victoire définitive sur le bacille de la tuberculose.Pour cela, plusieurs moyens nous sont proposés.Ils n’ont pas tous la même importance, mais chacun a sa place marquée dans le plan de la campagne à entreprendre.Les facteurs de la lutte contre la tuberculose sont : le dispensaire, l’œuvre Grancher, l’inspection médicale des écoles, l’hôpital pour les cas avancés, le sanatorium pour les cas au début, le casier sanitaire des maisons et des établissements industriels, la tuberculinisation des vaches laitières et la pasteurisation du lait.Examinons chacun de ces éléments de la lutte à entreprendre.1.—Le dispensaire Le dispensaire est le premier anneau.C’est la clef de voûte de tout l’édifice antituberculeux, sùivant la belle expression du Dr Léon Bernard.Le Dr E.Émeric nous définit ainsi l’importance du dispensaire: “Le centre de toute l’organisation, c’est naturellement le dispensaire antituberculeux qui est en rapports étroits avec toute une série d’œuvres départementales extrêmement intéressantes :—Œuvres de Grancher, sanatoriums, hôpitaux spéciaux pour incurables, etc.Il représente le pivot de toutes nos organisations.Notre but est d’attirer les malades urbains et ruraux vers un dispensaire proche de leur résidence, où ils seront secourus moralement et matériellement et d’où ils seront dirigés, suivant le cas, vers les sanatoriums, ou vers les hôpitaux spéciaux”.L’expérience attribue au dispensaire les fonctions suivantes : 1.diagnostic ; 2.traitement médical ; 3.surveillance à domicile ; 4.distribution des malades dans les différentes institutions ; 5.centre d’éducation populaire.Le dispensaire sert d’abord à faire le diagnostic des malades.C’est bien là le premier pas à faire.Pour pouvoir venir en aide aux 292 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE tuberculeux, pour pouvoir protéger la société, il faut d’abord reconnaître quels sont ceux qui souffrent de tuberculose.Aussi, aux dispensaires qui fonctionnent déjà comme à ceux qui s’ouvriront à l’avenir, il est entendu que tout le monde est bienvenu.Riches comme pauvres, jeunes comme vieux, hommes de bureaux comme ouvriers, tous nous avons intérêt à faire l’inventaire de notre bilan vital.Sommes-nous tuberculeux ?Suivons-nous une route qui conduit à la tuberculose ?Voilà la question à élucider.Or, c’est au dispensaire que se fait l’examen de toutes les personnes qui veulent se présenter.C’est là que l’on peut reconnaître une petite lésion à son début, qui se fait à l’insu de celui qui en est le porteur, et qui augmentera sûrement si on n’intervient à temps.Ce premier service du dispensaire est donc considérable.La seconde fonction du dispensaire est la suite logique de la première.Là, non seulement on reconnaît les malades, mais on peut aussi instituer pour eux un traitement médical.Il est reconnu, en effet, que la grande majorité des tuberculeux ne peuvent pas aller au sanatorium, ni à l’hôpital et doivent, par conséquent, continuer à habiter chez eux.Il est vrai que bon nombre parmi eux peuvent suivre le traitement que pourra instituer leur médecin de famille.Mais, les pauvres, qui sont toujours si nombreux, comment leur venir en aide, comment les traiter, si ce n’est par l’intermédiaire du dispensaire ?Aussi, est-il bien admis que les indigents, mais les indigents seulement, doivent recevoir au dispensaire les traitements que réclame leur état.Mais le dispensaire va encore plus loin.Non content de recevoir les malades, il les suit jusqu’à leur domicile pour leur enseigner sur place comment organiser le traitement institué par le médecin, mais aussi comment préserver de la terrible contagion les autres membres de la famille, comment en protéger surtout les jeunes enfants.Voilà un rôle social vraiment admirable.Combien qui aujourd’hui sont inévitablement condamnés à prendre la maladie qui demain seront mis à l’abri de ses atteintes ! Combien de vies précieuses seront ainsi sauvées ! Le dispensaire devient ainsi un grand centre d’information.Là on est renseigné sur l’état de tous les tuberculeux de la région.On sait quels sont ceux qui offrent un plus grand danger pour leur entourage.On connaît quels sont les malades qui, aidés, peuvent recouvrer la santé.On y est donc ainsi plus en mesure de recommander l’hospitalisation des premiers, l’entrée au sanatorium des seconds.Enfin, le dispensaire est un centre de diffusion de connaissances scientifiques au sujet de la tuberculose.On y fait une large distribution, dans des milieux particulièrement intéressés, des imprimés du Conseil supérieur d’hygiène.Le rôle des dispensaires paraît donc tellement important que toute organisation antituberculeuse doit les réclamer aussi nombreux que Bai lutter ¦Sut L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 293 possible.Ainsi, dans l’État du Massachusetts, toutes les villes de 10,000 de population et plus sont tenues d’avoir leur dispensaire.Dans le Département de l’Eure-et-Loire, en France, comprenant une population de 275,000, on a établi 24 dispensaires.Il ne paraît donc pas exagéré de demander avec le Dr J.A.Jarry, le directeur médical de l’Institut Bruchési, de Montréal, “un dispensaire par 20,000 de population”.En effet, comme d’une part, la recherche des malades jusqu’à ce que tous les tuberculeux soient connus, traités et secourus, est à la base de tout programme de protection sociale et que, d’autre part, c’est par le dispensaire que l’on peut plus facilement atteindre ce but, il s’ensuit que l’on doit multiplier autant que possible ces organisme, indispensables.Il nous reste à prendre connaissance des chevilles ouvrières des dispensaires, c’est ce que nous ferons dans un prochain article.Dr J.-A.Beaudoin.CHRONIQUE JUDICIAIRE JURIDICTION DE LA COUR SUPERIEURE EN MATIERE SCOLAIRE Il a été décidé par le Juge Tourigny, à Trois-Rivières, il y a quelques années, que les commissions scolaires sont soumises au droit de surveillance de la Cour supérieure.Le même jugement décrétait que la partie qui demande l’annulation d’une résolution des commissaires en prétendant qu’elle est illégale et constitue à son endroit une injustice flagrante, justifie la Cour Supérieure d’accorder son intervention.Voici les faits.Les commissaires d’écoles de Saint-Sévère avaient adopté une résolution ayant pour effet de changer les limites des arrondissements d’écoles No 1 et No 3 de ladite municipalité.Par cette résolution, les commissaires détachaient de l’arrondissement No 1 une partie de son territoire qu’ils annexaient à l’arrondissement No 3.Un contribuable, M.Chaîne, intenta une action en Cour Supérieure pour obtenir l’annulation de cette résolution, en alléguant : lo.que cette résolution était illégale, 2o.que ce changement dans les arrondissements No 1 et No 3 constituait une injustice flagrante à son endroit.A cette action, les commissaires répondirent par nue motion déclinatoire (1) contestant la juridiction de la Cour Supérieure et alléguant pour cela lo que le seul recours accordé par la loi à celui qui se prétend lésé par l’adoption d’une résolution changeant les limites d’un arron- (l) L’exception déclinatoire est une procédure de défense par laquelle on plaide devant un tribunal que ce même tribunal n’a pas juridiction pour juger la cause que le demandeur a amenée devant lui Le jugement sur une exception déclinatoire ne concerne donc aucunement le fond de la question en litige mais ne fait que décider si oui ou non le tribunal a droit de se prononcer sur la cause qu’on lu i soumet.L’exception déclinatoire est, pour employer une comparaison, comme un combat d’avant-poste que le défendeur livre au demandeur avant la grande bataille définitive. / 294 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE dissement scolaire et veut faire redresser ses griefs, est l’appel à la Cour de Circuit de comté ou de district, 2o que les délais pour recourir à cet appel à la Cour de Circuit se sont écoulés sans que le demandeur Chaine s’en soit prévalu ; 3o que les commissaires n’ont pas outrepassé leurs droits et qu’ils n’ont fait qu’exercer un droit discrétionnaire autorisé par la loi; 4o que le demandeur Chaine n’établit aucune fraude, aucun empiètement sur des droits privés, ni aucun tort manifeste résultant de la résolution en question; 5o que la Cour Supérieure n’a pas juridiction en la matière.Le tribunal, après avoir examiné les procédures et bien considéré la question, a rendu le jugement cité plus haut en le faisant précéder des considérants suivants : “Considérant qu’aux termes de l’article 50 du Code de Procédure et de l’article 3085 des Statuts Refondus, à l’exception de la Cour du Banc du Roi, tous les tribunaux, juges de circuit magistrats et autres personnes, corps politiques et corporations dans la province sont soumis au droit de surveillance et de réforme, aux ordres et au contrôle de la Cour Supérieure; “Considérant qu’en vertu de la jurisprudence ce contrôle, ce droit de surveillance et de réforme est reconnu à la Cour Supérieure vis-à-vis et à l’égard des corps politiques et corporations, même dans le cas où, de leurs décisions, il y a appel à un tribunal inférieur (13 B.R.228); “Considérant que les corporations scolaires de même que les corporations municipales sont soumises à ce droit de surveillance et de réforme ainsi qu’à ce contrôle ; “Considérant qu’il appert, des allégués de la déclaration, que le présent tribunal a juridiction en la matière en ce que le demandeur se plaint du fait que la résolution dont il demande la nullité est illégale, et de plus, constitue une injustice flagrante à son endroit ; “Considérant que les allégations de la demande sont suffisantes pour donner juridiction à la Cour Supérieure, et que la motion des défendeurs est mal fondée ; Renvoie l’exception déclinatoire des défendeurs avec dépens.” Eug.L’Heureux, avocat.jfl DOD hljrJL1 larRiw l cured II les plus h M.De liiiptl1 IL C ’ DOCUMENTS SCOLAIRES CONGRES DE COMMISSAIRES D’ÉCOLES A VAUDREUIL Le 21 novembre 1921, un congrès des commissaires d’écoles des comtés de Vaudreuil, Soulanges, partie de Jacques-Cartier et de Laval a été tenu au palais de Justice de Vaudreuil, sous la présidence de l’honorable Cyrille-F.Delâge, Surintendant de l’instruction publique, pour la province de Québec.Plus de 400 délégués ont pris part à ce congrès:membres du clergé et de communautés religieuses, instituteurs, commissaires d’écoles et secrétaires-trésoriers des différentes commissions scolaires.Malgré la saison avancée, une belle température a favorisé la venue au complet de plusieurs commissions scolaires.Ce congrès, le 33ème du genre, depuis que M.C.-J.Magnan en a lancé le mouvement en 1912, a été organisé par l’inspecteur du district, M.Pierre M.Brionne.Un bien immense est résulté de ces assemblées pédagogiques, partout où elles ont été tenues.Espérons que ce 33ième congrès portera aussi ses fruits.Si l’on peut augurer quelque chose de l’attention soutenue de l’auditoire et de la conviction qui a paru passer dans toutes les intelligences, les discours de S.G.Mgr J.-M.Emard, évêque de Valleyfield, de l’honorable Cyrille-E, Delâge, de Messieurs H.Pilon et A.Farand, députés à la législature provinciale, de Mgr A.-C.Dugas, chanoine titulaire du diocèse de Valleyfield et curé de St-Poly-carpe, de M.l’abbé A.Desrosiers, principal de l’École normale Jacques-Cartier, ainsi que la conférence de M.C.-J.Magnan, Inspecteur général, et les remarques de l’inspecteur du Éurih %: LL 1 ".:¦¦¦ feL FLS'ï; te LiV,;; .ft'ltle, héeiiii \\K' •Ury .tue L®'1eile; Nevé m)) ïlHe L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 295 district, donneront la plus heureuse impulsion à la grande cause de l'éducation et de l’instruction dans cette région.Au nombre des principaux délégués, à part ceux qui ont été déjà nommés, mentionnons Mgr J.Dorais, Y.G.du diocèse de Valleyfield, les abbés Nantel, curé de File Bizard; Desjardins, curé de Ste-Genevière-de-Pierrefonds; Chclette, curé de Ste Dorothée; N.Rémil-lard, curé des Cèdres; J.H.Martel, curéde St-Clet; O.Delisle, curé de St-Lazare; E.André curé de St-Rédempteur; F.-H.Tisseur, curé de Coteau-du-Lac; M.Préville, curé de St-Zotique; D.Mailloux, vicaire des Cèdres; M.Chartier, curé de Ste-Anne de Bellevue; Messieurs A.Wattier président de la commission scolaire de Vaudreuil ; François-de-Sales Bas-tien, avocat, ex-bâtonnier du barreau de Montréal; J.-N.Legault, N.P.; A.Favreau, N.P.; Z.Libersan, N.P.de Ste-Geneviève; J, Bouchard et J.-E.Girard, instituteurs et une nombreuse délégation des RR.SS.de Ste-Anne de Vaudreuil et de Ste-Geneviève.SÉANCE DU MATIN La séance s’ouvre à lO^ heures.Mgr Émard donne sa bénédiction aux congressistes et demande à Dieu d’éclairer toutes les intelligences; puis en quelques mots, l’inspecteur du district prie l’honorable Cyrille F.Delâge, Surintendant de l’Instruction publique, de bien vouloir présider le congrès.M.le Surintendant se dit heureux d’accepter.M.le Surintendant de l’Instruction Publique profite de l’occasion qui lui est offerte pour présenter ses sympathies à la population de la paroisse de Vaudreuil, à l’occasion de la mort de son dévoué curé qui fut l’un des plus grands apôtres de l’instruction et l’un des professeurs les plus brillants qui soient passés par l’École normale Jacques-Cartier.M.Delâge remercie les personnes présentes pour la cordiale réception qu’on fait à ceux qui dirigent l’enseignement dans cet important district.Il félicite chaleureusement les délégués de s’être rendus en aussi grand nombre à l’appel de leur inspecteur et demande à S.Mgr Émard d’adresser la parole.Mgr paie d’abord un tribut d’admiration à la mémoire de M.le chanoine J.O.Godin, décédé en son presbytère le 19 du courant.M.le Curé de Vaudreuil a consacré les meilleures années de sa vie à la cause de l’éducation.Après avoir été 3 ans procureur au Collège de Ste-Thérèse, il fut chargé d’une mission officielle en Europe et revint au Canada à titre de professeur à l’École normale Jacques-Cartier.Pendant près de 15 ans, ce vénérable prêtre, cet ardent apôtre, contribua à la formation intellectuelle et morale des instituteurs.Nombreux, très nombreux furent ceux qui bénéficièrent de la haute compétence de cet éducateur modèle.Il fut dans la suite aumônier du pénitencier de St-Vincent de Paul et enfin curé de Vaudreuil pendant près de 35 ans, où là encore il a travaillé sans compter au développement de l’instruction des enfants, de ses enfants.En rendant hommage à ce cher disparu, dit Monseigneur, je veux atteindre toute cette phalange d’hommes et de femmes admirables qui se dévouent chaque jour au bien de tout ce que nous avons de plus cher au monde: nos enfants.Messieurs les Commissaires, vous aussi vous avez un rôle et un grand rôle à jouer dans nos écoles.Que seront les hommes de demain ?Ce que nos petites écoles les auront faits.Maintenez toutes vos écoles sur un bon pied, tant au point de vue matériel, qu’intellectuel.Surveillez l’enseignement qui s’y donne.Ayez de bonnes maîtresses et payez leur le salaire le plus élevé possible.Ce sera le moyen de les garder longtemps à votre service et d’assurer ainsi l’expansion d’une instruction solide et d’une saine éducation.Au grand regret des congressistes, Mgr annonce qu’il est obligé de retourner àValleyfield.Il nous quitte après nous avoir demandé d’étudier avec toute l’attention possible les problèmes qui nous seront soumis.M.Hormidas Pilon souhaite la plus cordiale bienvenue aux commissaires d’écoles.Comme maire de la paroisse de Vaudreuil, je vous remercie de l’honneur qui rejaillit sur notre localité par votre présence.Il remercie tout particulièrement l’honorable Cyrille Delâge qui a bien voulu faire trêve à ses nombreuses occupations et venir présider ce congrès qui 296 L’ENSEIGNMENT PRIMAIRE aura les meilleurs effets dans notre district.Il adresse aussi un mot de gratitude à M.C.-J.Magnan qui s’est identifié avec l’œuvre si bienfaisante des Congrès des Commissaires d’écoles., • M.Pilon dit en terminant : “ Messieurs les commissaires d’écoles, permettez-moi de vous demander de faire largement votre part pour répandre l’instruction qui de jour en jour devient plus nécessaire.Suivez en cela l’exemple du gouvernement provincial qui, chaque année, ouvre plus grande la porte de son coffre-fort afin de venir en aide aux différentes municipalités scolaires.Individuellement chaque municipalité ne s’aperçoit peut-être pas beaucoup de cette générosité parce que, d’année en année, les besoins se multiplient avec l’augmentation constante du nombre d’écoles et d’écoliers, mais si vous voulez vous rendre compte de l’effort accompli, ouvrez les statistiques et vous constaterez, comme je l’ai constaté moi-même, combien la marche vers le progrès est sensible.” L’inspecteur du district est prié de faire part aux commissaires des remarques qu’il juge utiles pour le bon fonctionnement des écoles.L’Enseignement Primaire publiera ces observations presque au complet ; nous nous dispensons donc d’en donner ici un résumé.M.C.-J.Magnan, Inspecteur général, commence sa conférence.Dès ses premières paroles, l’auditoire est gagné.M.Magnan intéressera l’assemblée non seulement par le fond de sa conférence très pratique, mais encore par le charme de sa parole éloquente.Pendant vingt minutes, le conférencier qui, à certains moments, devra dire des “vérités” et de dures “vérités” aux congressistes, prépare son terrain.Le jardinier soucieux de faire produire au sol tout ce qu’il peut donner, le bêche avant la saison rigoureuse, afin que les gelées de l’hi ver ameublissent la terre et lui permettent de semer dès les premiers beaux jours du printemps.Une seule idée, mais une idée fondamentale ressortira de ce premier entretien: Dans notre système scolaire, les véritables maîtres de l’éducation et de l’instruction sont les commissaires d’écoles.Tout repose sur eux.Le rôle des officiers du Département de l’Instruction n’est point de surveiller les commissions scolaires, mais simplement de les guider dans la manière d'appliquer la loi.Dans d’autres pays, même dans d’autres provinces de la Confédération, l’instruction dépend d’un ministre.Ici, dans la province de Québec, le ministre de l’éducation, c’est la commission scolaire.En terminant cette première partie de sa conférence, M.Magnan veut bien faire un délicat éloge du travail accompli par l'inspecteur de VaudreuiDSoulanges.Il est midi ; la séance s’ajourne à 2 heures de l’après-midi.Messieurs les commissaires sortent du palais de Justice convaincus de l'importance de leur rôle et vont converser, entre le potage, le bon rôti et le dessert qui les attendent chez nos restaurateurs, sur les principaux devoirs qu’ils ont à remplir pour la bonne marche de leurs écoles respectives.Après le cigare ou une bonne touche, ils vont nous revenir bien disposés à faire un examen de conscience des plus sérieux.SÉANCE DE l’après-midi A 2 heures, tout le monde est au poste; plusieurs commissaires d’écoles qui n’avaient pu arriver pour la séance du matin viennent grossir nos rangs.La salle est trop petite et de cinquante à 60 personnes sont obligées de se tenir debout, bien qu’on ait ajouté bon nombre de sièges.L’examen de conscience annoncé par M.l’Inspecteur général commence.Pendant plus d’une heure, les principaux devoirs des commissaires sont passés en revue.M.C.-J.Magnan s’attarde quelque peu sur deux points importants : l’élection des commissaires d’écoles et une séance de commi sion scolaire.Trop de citoyens se désintéressent du choix des commissaires.Le jour de l’élection 3 ou 4, peut-être 5 ou 6 hommes se rendent au lieu désigné par le secrétaire-trésorier.Monsieur X sort de charge.Qui va le remplacer ?.Il y a Jean-Baptiste de la Petite-Côte qui ferait bien l’affaire, dit quelqu’un; mais on ne sait pas s’il acceptera—Ça ne paie pas d’être commissaire d’écoles.et puis, il y a les “critiqueux” dont on a peur.Bref, cette nomi- nation semble approuvée; malheureusement il n’y a personne pour appuyer la proposition. L’ENSEIGNMENT PRIMAIRE 297 En toute hâte, on court chez le bedeau, brave homme toujours prêt à rendre service.Il arrive tout essoufflé, ne sachant trop ce qu’on lui veut.Il trouve, en effet, que c’est bien le tour à Bapti ‘te d’être dans les honneurs.Ça y est.Encore quelques formalités à remplir et voilà J.-Baptiste commissaire d’écoles.Les choses se font à la bonne franquette dars la municipalité de la Petite-Côte.Dans vos districts, messieurs, vous n’agissez pas ainsi, je l’espère.Le Lieutenant-Gouverneur n’est jamais obligé non plus, dit M.Magnan, de faire les nominations.Oh ! non.Tenez, permettez-moi de vous reconter ce qui est arrivé, l’an dernier, dans la commission scolaire de la Grande-Côte.Vous allez voir que les élections sont prises au sérieux, avec autant de sérieux que les élections fédérales ou provinciales.Un mois avant le scrutin, les francs-tenanciers de la Grande-Côte se sont concertés.Cette année, M.Lalime se retire de la commission scolaire ; il a fait son devoir, en homme consciencieux, pendant deux termes ; c’est raisonnable.Il y a, à côté de chez lui, le jeune Onésime Caron, garçon intelligent, homme de progrès qui devrait faire un bon commissaire.Il a déjà trois mioches à l’école ; il ne refusera pas d’accepter la charge.Onésime n’est pas du goût de tout le monde.Le père Lamalice, digne cultivateur qui n’a plus d’enfants à l’école, s’en va de maison en maison faire de la “cabale”.J’estime Onésime Caron, mais c’est un jeune pas mal lancé et j’ai peur qu’il ne soit un fort “taxeux”.Il va vouloir faire des améliorations et ça va nous coûter cher.Tachons donc d’élire JœLamoureux; il a “déjà été commissaire; il est ben ménager”—(pingre conviendrait mieux)—C’est l’homme qu’il nous faut.De leur côté, les gens en faveur d’Onésime travaillent aussi.Il y a dans le rang trois ou quatre jeunes pères de familles soucieux d’avoir une bonne école, qui préparent l’élection.Us ont même su faire parler les mamans.“Mon vieux, tu sais, tu vas voter pour Onésime Caron”.C’est Onésime qu’il nous faut, dit un autre.La lutte est ardente des deux côtés.Mais les jeunes ont si bien mené leur campagne, qu’Onésime est élu.Fier de sa nouvelle dignité et conscient de la confiance que ses amis lui ont témoignée, il est décidé à remplir son devoir.Il sait qu’il aura fort à faire, car il y a dans la commission scolaire de la Grande-Côte un certain père Chicaneau peu facile à conduire.Ce bonhomme est bien près de ses gros sous quand il s’agit de dépenses, il est rarement de l’avis de ses confrères.L’inspecteur d’écoles a fait sa visite d’automne, les jours derniers, et il a envoyé un rapport aux commissaires d’écoles, les avertissant que leur école est trop nombreuse—65 enfants pour une seule maîtresse.Il faudrait une assistante à l’institutiice.De plus, le rapport mentionne que l’école est froide et demande des réparations avant la saison rigoureuse.Le bois fourni à l’école est vert et de très mauvaise qualité, etc.Le Secrétaire-trésorier réunit la commission scolaire et donne lecture de la communication de l’inspecteur.Le débat s’engage.Naturellement, comme d’habitude, Père Chicaneau trouve à redire.La maîtresse n’est pas si à plaindre qu’on le dit.Après tout, il faut bien qu’elle gagne son argent.Pour le bois,.je ne trouve pas qu’il soit si mauvais que cela—C’est lui qui l’avait vendu et à bon prix sûrement—Et puis, on voit bien que ce n’est pas l’inspecteur qui paie nos dépenses.On est déjà taxé 21 sous dans le $100.; avec tout ça, la sous-maîtresse à payer, les réparations et le reste, les taxes monteront bien à 30 sous dans le $100.C’est effrayant, ce qu’on est taxé ! Pensez donc encore ! les contribuables qui vont se plaindre.Jean-Pierre, vieux garçon qui a $2400 de rentes ; le père Lamou-reux, malade de $35,000, et la vieille Catherine du Petit-Moulin, avec ses 67 ans et 4 grandes terres payées, et Jules, et Louis, et—etc.Après ces dépenses, tout le monde sera dans la misère.L’institutrice qui gèle ou qui s’exténue avec les 65 petits malheureux qui grelottent depuis 9 heures du matin jusqu’à 4 heures de l’après-midi, est bien loin de la pensée de Chicaneau.L’amour insatiable des richesses a fait disparaître du cœur de cet homme tout sentiment de pitié: la compassion a quitté sa poitrine pour aller se loger, près de ses dollars, au plus profond de ses goussets ! Onésime Caron a tout écouté, tout pesé.Tempérament calme, peu facile à énerver, il a le contrôle de toute sa pensée.Pendant le discours du père Chicaneau, il a lu dans les yeux du président avec Iquel il avait eu une entrevue la veille, que la partie serait dure Le bon 6046—4 298 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE président avait l’habitude un jour ou deux avant chaque séance, de prendre connaissance des sujets qui devaient être discutés.Les sujets étant cette fois très sérieux, il avait cru bon d’avoir une entente avec le jeune commissaire.De sorte qu’Onésime avait eu le temps de préparer son plan d’attaque.“ Je sais, Monsieur Chicaneau, dit-il, que vous avex plus d’expérience que moi dans les affaires de la commission; cependant, si vous me le permettez, je ferai quelques observations devant l’assemblée.Notre maîtresse d’école ne peut, malgré son dévouement et son savoir-faire connus de tous, faire progresser nos enfants comme nous le voudrions.C’est l’opinion de l’inspecteur d’écoles.Cet homme doit connaître quelque chose de plus que nous dans renseignement; il a fait l’école pendant 30 ans, paraît-il.Je crois qu’il serait prudent de prendre son conseil au sérieux et d’engager une sous-maîtresse.Si nous ne suivons pas son avis, nous allons perdre les $350 que nous donnons à notre institutrice,puisque nos enfants vont rester ignorants.Je comprends maintenant pourquoi notre école est si peu avancée: les maîtresses ont un travail au-dessus de leurs forces et elles en ont assez, quand elles sont restées un an avec nous.Nous avons une très bonne institutrice, soyons généreux envers elle et soulageons-la en lui donnant une sous-maîtresse.Après tout, s’il faut augmenter un peu les taxes, nous ne serons pas plus mal que d’autres.Je serai obligé de payer comme tout le monde, comme vous Monsieur Chicaneau.J’ai entendu dire que les gens de la Côte-St-Louis étaient obligés de payer jusqu’à $1.10 dans le $100.Que dirions-nous, si nous habitions dans cette municipalité ?D’après mes petits calculs et ceux de M.le Secrétaire-tréso- r’er, nous pourrons nous tirer d’embarras avec $0.35 dans le $100.” 35 sous dans le $100, mais c’est la ruine ! Le père Chicaneau ne se possède plus, il bout, il écume, il va ouvrir la bouche, et.“Onésime Caron a raison”, dit tout à coup une voix qui arrête dans la gorge du père Chicaneau la première syllabe d’une vocifération ._ “Onésime Caron a du bon sens et si quelqu’un appuie ma demande, je propose que M.le Secrétaire écrive au plus tôt à l’inspecteur pour lui demander s’il ne pourrait pas nous trouver une bonne sous-maîtresse.” Je seconde la motion, dit Joseph, le paisible commissaire du rang du Vieux Moulin, de sa voix de basse profonde.Père Chicaneau sentant sa faiblesse demande le vote : 3 voix en faveur de la motion, 1 contre.Père Chicaneau, battu ! Quel désastre pour celui qui pendant nombre d’années avait fait la pluie et le beau temps dans la commission scolaire de la Grand’Côte.Victoire mémorable, pour Onésime Caron et pour l’école qui, désormais, pourra s’organiser et donner un enseignement vraiment efficace.Après ce tableau vivant d ure séance de commissaires d’école, monsieur l'Inspecteur généra’insiste auprès des commissaires en faveur du relèvement des salaires.Il reconnaît l’effort accompli, dans ce sens, depuis quelques années.Nous ne devons pas nous arrêter en si beau chemin jusqu’à ce que les maîtres et les maîtresses arrivent à toucher un salaire raisonnable.Chiffres en mains, il établit l’insuffisance des salaires actuels.Les chiffres parlent, ils ont de l’éloquence parfois ; présentés par M.Magnan, ils émeuvent profondément et j’ai vu plus d’un commissaire d’écoles essuyer des larmes en écoutant le récit de la misère qu’endurent maintes institutrices.—“Messieurs les commissaires, vous n’avez pas le droit de laisser mourir de faim celles qui chaque jour distribuent abondamment le pain de l’intelligence à vos enfants” s’est-il écrié, à la fin d’une envolée vraiment pathétique.Les congressistes ont compris.Demain, espérons-le, les pères Chicaneau étant convertis, il ne restera dans les commissions scolaires que des Onésime Caron qui feront bénéficier tout le corps enseignant du chaleureux appel de M.l’Inspecteur général.Le chanoine A.-C.Dugas, et M.Avila Farand, qui parlèrent ensuite, ont insisté tout spécialement sur le choix judicieux que les commissaires doivent faire des titulaires, maîtres et maîtresses et sur l’importance que l’on doit attacher à la construction et même à l’enjolivement des maisons d’écoles.Nos écoles n’ont pas besoin d’être luxueuses, mais doivent être cependant de belle apparence.Qu’elles soient pourvues surtout de tout ce qu’il faut pour les rendre salubres.M.le Chanoine prie les commissaires, par mesure de prudence, de consulter leur curé à l’époque des engagements.Le curé qui ordinairement fait les examens, est à même, plus que tout autre, de juger de la compétence des institutrices.M.A.Farand fait L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 299 remarquer que le changement fréquent de maîtres est l’un des plus grands obstacles au progrès des enfants.M.l’Abbé A.Desrosiers rappelle la belle mission d’éducateur remplie par M.le Chanoine J.-O.Godin.Il mentionne tout spécialement le bien accompli par ce bon prêtre pendant son long séjour à l’École normale Jacques-Cartier,soit comme professeur, soit surtout commevice principal.Il dit un mot de l’enseignement intuitif, de l’enseignement de l’histoire du Canada par l’image.L’honorable M.De1 âge résume avec clarté et éloquence les travaux du congrès et fait ressortir les leçons pratiques qu’il faut en retirer.M.le Surintendant corrobore ce que M.C.-J.Magnan a ditsur les avantages qu’ont les commissions scolaires de contrôler elles-mêmes toutes les affaires scolaires.Cette autonomie et ces nombreux avantages leur seront conservés tant que les commissaires, choisis avec soin par le peuple, sauront en faire un usage judicieux.Il fait en plus un bel éloge du travail accompli par l’inspecteur du district dans l’organisation de ce 33ième congrès, le plus nombreux qui se soit réuni depuis plusieurs années.L’honorable M.Delâge rappelle le rôle bienfaisant de l’école primaire en notre pays depuis les temps lointains où vivaient Marie de l’Incarnation et Marguerite Bourgeoys.M.le Surintendant termina en louant hautement l’oeuvre si efficace des congrès de commissaires d’écoles, “œuvre inaugurée à Laprairie en 1912 par M.Magnan,l’Inspecteur général, que vous verez d enter die et d applaudir”.L’honorable Cyrille Delâge adresse un dernier merci aux congressistes pour l’attention soutenue dont ils ont fait preuve pendant tous les discours, puis M’gr A.-C.Dugas récite le Sub tuum.Le congrès est fini.PIERRE-MARIE BRIONNE, x 7.E.Vaudreuil, 25 novembre 1921.MÉTHODOLOGIE LA RÉDACTION A L’ÉCOLE PRIMAIRE {Pour “l’Enseignement Primaire”) LES DEUX CHÈVRES Deux chèvres se rencontrèrent sur une étroite passerelle, au-dessus d’un torrent.“Sors de mon chemin !” cria la première.—J’étais la première sur ce pont, dit l’autre, je passerai la première.—Je suis la plus âgée, et tu dois me céder le pas.—Jamais !” Toutes deux s’entêtèrent si bien qu’elles en vinrent à la lutte.Cornes en avant, elles se jetèrent Tune sur l’autre.Le choc fut si violent que les deux chèvres perdirent l’équilibre et furent précipitées dans le torrent impétueux.Belle leçon pour ceux qui ne veulent jamais céder et qui prétendent avoir toujours raison. 300 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE EXERCICE D’ÉLOCUTION M.—Dans quelle genre de compositions classerez-vous le morceau ci-dessus ?E.—Je le classerai dans les fables.M.—Pouvez-vous indiquer le plan suivi par l’auteur ?E.—Rencontre des deux chèvres sur une passerelle.M.—Ensuite ?E.—Ensuite elles se chicanent.M.—Ce verbe est-il toujours pronominal?E.—Il est intransitif, et signifie contester en s’appuyant sur de mauvaises raisons.Ce verbe il est aussi employé transitivement : chicaner quelqu’un : lui faire des reproches mal à propos.M.—Trouvez un autre verbe.E.—Elles se querellent.M.—Avant de se quereller, que font-elles ?E.—Elles discutent.M.—Indiquez la 2e division du plan.E.—Discussion et querelle.M.—Ensuite ?E.—Ensuite, elles tombent dans le torrent.M.—Remplacez le verbe par le nom.E.-—Chute dans le torrent.M.—Quelle est la cause de leur chute dans le torrent ?E.—C’est la querelle qui en est la cause.M.—L’échange de gros mots, de violents reproches, ne peut être la cause immédiate de leur chute_ Relisez donc le texte.E.—C’est la lutte qui a causé leur chute.M.—Après avoir fait connaître le résultat de la lutte, que fait l’auteur ?E.—Il fait une réflexion pour les gens qui ne veulent point céder.M.—Comme cette réflexion sert à tirer une conséquence d’une action, on doit la dénommer.?E.—On doit la dénommer conclusion.M.—Reprenez les idées générales du plan et indiquez-les les unes à la suite des autres, en les numérotant.E.—1.Rencontre des deux chèvres ; 2.Discussion et querelle ; 3.Lutte se terminant par la chute des deux chèvres dans le torrent ; 4.Conclusion sur l’entêtement des chèvres et des gens qui leur ressemblent.M.—Quel était le défaut des chèvres de cette fable ?E.—Elles étaient entêtées.M.—Quelle est la source de cet entêtement ?E.—C’est leur vanité qui en est la source. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 301 M.—Quel adjectif qualifierait bien la vanité de ces deux chèvres ?E.—L’adjectif sot, sotte : leur sotte vanité fut la cause de leur entêtement.M.—Expliquez l’expression : céder le pas.E.—Cette expression signifie : laisser passer quelqu’un devant soi.M.—Au figuré, cette expression signifie : s’effacer spontanément devant quelqu’un.Rappelez la conclusion à tirer de cette fable.E.—L’entêtement peut avoir de tristes conséquences.M.—-Il aboutit presque toujours à de regrettables résultats.Pour sujet de rédaction, vous me raconterez un incident, arrivé à vous-même ou à une de vos connaissances, et qui mette en pratique la leçon à tirer de la fable ci-dessus.Choisissez un fait que vous connaissez bien ; ce qui est préférable, un fait auquel vous avez été mêlé ; dans ce cas, vous ne manquerez pas de nous intéresser.M.—Qu’allez-vous raconter, Joseph?E.—Je ne trouve rien.M.—Vous ne trouvez rien parce que vous ne cherchez pas, ou que vous cherchez mal.Demandez-vous si vous n’avez pas été entêté vous-même, soit dans la famille, soit à l’école, ou si vous avez été témoin de l’entêtement d’un frère, d’une sœur, d’un compagnon.E.—J’ai un petit frère qui ne veut jamais céder: si j’entreprends quelque chose, si je fais une demande, il intervient tout de suite pour faire la même chose ou la même demande.M.—Que faites-vous alors ?E.—Je cède pour éviter la chicane.M.—C’est ce que vous devez faire ; étant plus âgé, plus réfléchi que lui, vous devez céder, pour lui éviter les conséquences de son opiniâtreté.D’ailleurs, le bon exemple que vous lui donnez aura bientôt raison de son défaut et vous méritera son estime.M.—Que nous raconteiez-vous, Georges?E.—Je vous raconterai ce que m’a valu de m’être entêté contre mon frère aîné, qui, dans cette occasion, n’a pas été aussi bon que mon camarade Joseph.M.—Et vous, Jules, que prendrez-vous pour sujet de narration?E.—Ce sera l’entêtement.M.—Je ne vous crois pas de force à disserter sur l’entêtement en général ; trouvez un trait, un fait où l’opiniâtreté a attiré quelque chose de fâcheux à quelqu’un.E.—Je parlerai de l’entêtement de notre voisin.M.—A quel sujet ?E.—C’est au sujet de clôture entre sa terre et la nôtre.M.—Que nous écrirez-vous, Simon?E.—Je vous dirai, ou plutôt je vous écrirai ce qu’a gagné Marcel par son entêtement au jeu avec un compagnon. 302 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE M.—Quel exemple choisissez-vous, Pierre?—Mon choix est fait : je vais essayer de vous raconter ce qui m’est arrivé un jour.M.—Ce sera plus personnel, et, sans doute, plus intéressant.Que devez-vous faire d’abord ?E.—D’abord, je ferai un plan.M.—Comment fait-on le plan d’une rédaction?E.—On fait le plan de sa composition en numérotant et en indiquant les idées générales dans un ordre successif.M.—Que ferez-vous pour trouver les idées de votre composition?E.—Je me rappellerai le fait, et j’en noterai les détails au fur et à mesure qu’ils se présenteront à mon esprit.M.—Vous dites que vous numéroterez les détails au fur et à mesure qu’ils se présenteront à votre esprit.Est-ce que les idées se présentent toujours dans l’ordre successif qu’elles doivent avoir dans le développement ?E.—Pas toujours : souvent ce sont les dernières qui viennent les premières.M.—Il y a donc un travail à faire avant le plan proprement dit.E.—Il y a d’abord l’invention, la recherche des idées et des faits ; ensuite le plan.M.—Le plan comprend donc les idées générales de l’invention et la disposition.—Que comprenez-vous par disposition ?E.—Par disposition je comprends l’ordre dans les idées.M.—Une fois ce travail fait, c’est-à-dire le plan, rédigez tout d’une haleine votre composition, et ne vous préoccupez pas trop de corriger vos phrases à mesure ; en agissant ainsi, on ne vient plus à bout de son travail.Ce qu’il faut faire, c’est de l’écrire tout d’un jet si possible, comme si on racontait ou décrivait oralement à quelqu’un; puis, de corriger avant ou pendant la transcription ou la mise au net.(Le maître ou la maîtresse encouragera, stimulera les élèves timides et ceux qui se croient incapables de rédiger, en les poussant, à l’aide de questions, à faire oralement une partie de leur travail.Il faut prouver à l’élève qu’il sait rédiger oralement dès qu’il sait parler, et par écrit aussitôt qu’il connaît tant soit peu l’orthographe.Il faut encourager l’effort et n’exiger que ce que l’enfant peut faire ; après avoir signalé une faute, on ne manquera pas de mettre au crédit de l’élève le mot juste, ou la phrase correcte qui peut se trouver dans son exercice.Il sera bon, après le récit oral par un élève, de faire trouver le titre qui convient le mieux.Encore une fois, habituons les élèves à la rédaction par l’exercice oral.De même que la grammaire doit s’enseigner par la langue, non la langue par la grammaire, de même aussi la composition, aux commençants surtout, doit s’enseigner par le langage parlé.) L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 303 LUTTE INUTILE C’était après la classe.Les élèves s’en allaient chacun de son côté ; Lucien et moi suivions le même chemin, nos parents sont voisins.Comme nous arrivions au bas d’un léger talus, j’aperçus sur la voie quelque chose de gris avec un bord luisant.“C’est un porte-monnaie”, pensai-je, et je cours pour le saisir le premier.Lucien se précipite, me pousse, me culbute pour s’en emparer le premier.Il me tenait sous lui, mais je tenais le porte-monnaie.“Donne-le-moi, crie-t-il, je l’ai vu le premier.-—Tu l’as vu quand je l’ai ramassé ; il m’appartient, je le garde.—Lâche-le, rugit-il, ou je te casse les doigts”.Lucien luttait de toutes ses forces pour me l’arracher ; il m’en eût certainement cassé un s’il avait pu l’en détacher.“Tu le lâcheras bien”, grommela-t-il avec rage, et il me saisit entre ses dents la deuxième phalange du pouce et la mord fortement.“Chien, m’écriai-je, tu es un chien”.Si je n’avais lâché prise, je crois bien qu’il m’aurait coupé le pouce.Tout fier de son exploit, Lucien n’eut rien de plus pressé que d’ouvrir la bourse, pour palper les pièces blanches qu’il espère y trouver.Il en fouille tous les compartiments, et devinez ce qu’il en tire?.Rien, ils sont vides.Furieux, il me le lance à la figure.Je vous avoue que la morsure me faisait moins mal, et je riais de la déconvenue de mon camarade, ou plutôt de mon assaillant.“Si cet incident pouvait en finir là”, pensai-je ; et plus j’approchais de la maison, plus je craignais.Comment cacher le bobo au pouce, et la meurtrissure que les cailloux du chemin m’avaient faite au nez ?Papa, qui a l’œil ouvert sur tout, ne manquerait pas de les voir.Mentir, je ne le pouvais- Vous voyez ma fâcheuse situation.J’eus beau, en entrant, faire semblant d’être gai, tout fut remarqué et par mon père et par ma mère.| Il me fallut m’expliquer.Heureusement pour moi, on me trouva assez puni, puisque mon père se contenta de rire de ma mine, en ajoutant : “Tu avais vu le porte-monnaie le premier, tu avais droit de le prendre, mais l’eusses-tu gardé et fût-il rempli d’argent, tu aurais été obligé de me le remettre, et moi, d’annoncer la trouvaille et d’attendre le réclamant”.Inutile d’ajouter que ces remarques me consolèrent encore de l’injustice et de l’assaut brutal de mon compagnon, mon voisin.Nérée Tremblay. 304 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE L’Analyse littéraire à l’Ecole normale {Pour UVEnseignement Primaire”) I QUESTIONNAIRE GÉNÉRAL POUR ANALYSE LITTÉRAIRE A quel genre littéraire appartient l’ouvrage ou le morceau ?à quelle espèce de ce genre ?à quelle variété de cette espèce ?Quel en est le fond1! Qu’est-ce qui en fait Vimité ?Quel en est le résumé, ou synthèse, ou plan ?Quelles en sont les parties principales, ou majeures ?Quelles sont les subdivisions de celles-ci ?Quel est le rapport des parties entre elles et avec Vensemble ?(enchaînement logique).Quelles sont les transitions, ou liaisons de détail ?Quel est le détail ?Y a-t-il, au pointde vue du développement, proportion du détail à la partie, et de la partie au tout ?En quoi consiste ce développement ?Le style (forme) est-il propre au sujet, ou convenable ?(Voir, pour chaque matière, questionnaire spécial) Est-il caractéristique de l’auteur ?Dites ce que vous savez de l’auteur: Caractère, vie, époque, génie, ou talent, œuvres et leur moralité.Pouvez-vous faire quelque rapprochement entre cet écrivain et tel autre que vous connaissez ?entre lui et ses contemporains en général ?ou son siècle, ou ceux d’une ’autre époque ?entre ouvrages de ce même auteur ?Goûtez-vous cet auteur ?Pourquoi ?pour ses idées ?pour son style ?II QUESTIONNAIRE SPÉCIAL POUR ANALYSE LITTÉRAIRE Outre les questions générales, s’appliquant à un écrit quelconque, conformément à la nature de l’analyse littéraire, en voici de spéciales, propres à différents genres.POUR UNE FABLE Quel est le but moral du fabuliste?(Une fable n’est faite que dans ce but.) N’est-ce pas là l’âme de l’apologie ?La moralité est-elle exprimée ?A quel endroit de la fable se trouve-t-elle ?Si elle n’est pas exprimée, elle n’en ressort pas moins de l’ensemble du récit : trouvez-la et l’exprimez.Est-elle juste ?commune?pratique?d’intérêt purement humain?passée en proverbe?—ou au contraire ?—Justifiez votre sentiment.Quels sont les personnages ?Quel caractère font-ils voir ?Quelle classe d’hommes, ou de la société, représentent-ils ? L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 305 Quelle action contient la fable ?Est-ce là le corps de la fable ?résumez-le.Cette action est-elle racontée ou dramatisée par le dialogue ?Quelles sont les qualités du dialogue'! Le fabuliste dramatise-t-il l’action sans introduire de dialogue! (Voir Chêne et Roseau) (Fable : ample comédie à cent actes divers).La fable contient-elle quelque tableau! quelque peinture! quelque autre ornement! ou si elle est tout à fait simple ?Notez telle image, toile figure, telle particularité de style: naiveté, malice, réflexion spirituelle, tour original, archaïque, personnification.Y a-t-il quelque idiotisme ! Notez ce qui vous frappe, ce qui vous plaît, dans la langue, dans le vers.Quelles transitions ! d’idée ! de mot ! Étudiez la versification, et si le poète use de certaines licences; la poésie, et en quoi l’auteur se montre poète ! Quelle sorte de vers ! de rimes ! de coupes ! de rythmes ou mesures ! Dites quelque chose de l’auteur, de son caractère, de son œuvre, de sa vie, de son temps, de son génie.N.B.—Chaque fable prête, en outre, à des questions qui lui sont propres.POUR UNE LETTRE Quelle est l’occasion de la lettre ?Quel en est le motif! Quelle en est la substance! Affaires! amitié! bienséance! Quelle bienséance?félicitation! condoléance! reconnaissance! Quel en est le ton! Familier! poli! déférent! respectueux! officiel! Affectueux! tendre! spirituel! enjoué! ironique! malicieux! méchant! Quel en est le style! Simple! naturel! spontané! libre! raide! ou empesé! guindé! affecté ! obséquieux ! précieux ! Quels sentiments particuliers ?Bonté ! tendresse ! bienveillance ! dévouement ! zèle ! charité! délicatesse! reconnaissance! amour!, filial, maternel! (Nhne de Sévigné).Quel en est le cérémonial, en vedette, au cours de la lettre, en conclusion ! La signature, l’adresse ! POUR UNE NARRATION Quel est le sujet ! sa, nature: historique! fictif! (histoire, biographie, monographie, roman conte, nouvelle, fable, épopée).Quels sont les faits ! (Le fait dominant avec les secondaires) ! Comment s’enchaînent-ils ! comment les uns sont-ils le résultat des autres ?(Exposition, nœud, dénouement.) Quels sont les personnages ! le héros et les principaux acteurs ! (les personnages vont avec les faits, en importance.) Quel portrait de ces personnages ?surtout du héros ?Les caractères se soutiennent-ils ! sont-ils moraux ! bienfaisants ! admirables ! imitables—ou détestables ! méchants ! funestes ! Leurs actes, bons ou mauvais, ont-ils un caractère social ! Lequel, suivant leur condition (roi, ministre, gouverneur, législateur] père, mère, époux, épouse, fils, filL, pape, évêque, prêtre; moine, religieuse, fondateur, supérieur, etc.) La narration est-elle claire, èrèt>6,(c’est-à-dire, sans longueurs ou superfluités), vraie, (ou vraisemblable dans la fiction), intéressante surtout, et d’un intérêt croissant ! Le conte, la nouvelle, ont-ils un caractère original ! ingénieux ! moral ! Sont-ils heureusement amorcés, noués ! dénoués ! 306 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE Le récit est-il 'patriotique ?L’auteur est-il canadien! Quelle est son œuvre! littéraire! historique ! Le style de la narration est-il grave! élevé! éloquent!— ou simple! familier! badin! soutenu ! divers (selon les objets) ?—ou monotone !—coloré ! ou pâle ! Quelles sont les peintures ! les tableaux ! les portraits ! les simples traits, ou esquisses ! (La narration comporte éminemment ces choses).Sont-ils bien encadrés dans le sujet?POUR UN EXTRAIT Forme-t-il un tout particulier dans un ensemble ?Comment le rattacher à celui-ci ?à ce qui précède ! u ce qui suit ! Quel en est le détail ! d’idée à idée ! de fait à fait ! de phrase à phrase ! Quelles liaisons de toutes choses ?Quel en est le style ! l’auteur ! De quel ouvrage est-il tiré ?POUR UNE DESCRIPTION Quel en est l’objet ! terre ! eau ! ciel ! paysage ! coin de nature ! lac, vallon, montagne ! etc.Quel est le centre du tableau ! quelle en est l’unité ! Quels en sont les traits essentiels ! les lignes harmonieuses ! la lumière ! la couleur ! L’accessoire est-il à sa place ?ou vient-il troubler la vue ?La beauté de l’œuvre divine est-elle aperçue et montrée ?La description est-elle bien encadrée dans le récit ?(La description n’atteint bien tout son objet qu’en fonction d’une narration.Même ici, certains auteurs, voire des meilleur^ abusent).Le style,tout riche et coloré qu’il peut être, est-il sobre et juste,et rend-il l’exacte vision ?Questionnaire analogue pour un portrait.—Traits essentiels qui déterminent la physionomie d’une personne, au physique et au moral.Qualité ou défaut, vertu ou vice, dominant, principe moteur d’une vie; vertus et vices auxiliaires.—Talent.—Génie.—Culture.—Rôle; œuvres.POUR UNE ŒUVRE ORATOIRE (discours, conférence, article de revue, article de journal.) Quelle est l’intention de l’orateur ?Qu’est-ce qu’il veut ! Quels moyens prend-il pour arriver à son but ?Raisonne-t-il d’abord ?Sa rhétorique est-elle solide ! Quels sont ses arguments ! Sait-il plaire ! Est-il poli ! A.-t-il du style ! Est-il passionné ! éloquent ! Est-il sérieux ! instruit ! érudit ! cultivé ! littéraire ! académique ! Est-ce un avocat ! un politique ! un patriote ! un éducateur ! un apôtre ! N’a-t-il pas recours au sophisme ! son talent oratoire, ou d’écrivain, ne sert-il pas à voiler l’erreur ou simplement à masquer le vide de sa pensée ?Veut-il mon bien ?ou le sien ! Chicoutimi, 3 décembre 1921 N.Degagné, pire. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 307 UNE LEÇON D’ANALYSE LOGIQUE {Par une élève-institutrice de VÉcole normale des filles de la Congrégation de Notre-Dame, Montréal) (1) On appelle “analyse” la décomposition d’un tout en ses différentes parties, pour les étudier séparément.Presque toutes les sciences ont besoin d’analyse : l’horloger qui explique à son apprenti les ressorts et les rouages de ses mécanismes, fait de l’analyse ; le médecin qui dissèque le corps humain, fait de l’analyse ; le chimiste qui décompose les corps en leurs éléments divers, fait à toute heure de l’analyse; et quand nous nous replions sur nous-mêmes, pour examiner nos actes, nos intentions, nos désirs, nous faisons l’analyse de notre vie morale.Dans l’étude d’une langue, il y a différentes sortes d’analyses.Toute l’analyse se résume, pour les enfants de cinq à six ans, à distinguer les lettres entre elles, à reconnaître les voyelles et les consonnes—plus tard, à reconnaître le nom, l’adjectif, etc.Pour nous, quatre sortes d’analyses se présentent : l’analyse littérale ou étymologique, l’analyse logique, l’analyse grammaticale, et—en littérature, l’analyse littéraire.L’analyse littérale ou étymologique, recherche l’origine des mots et le sens exact qui en dérive.Ainsi, quand Bossuet, dans l’oraison funèbre d’Henriette d’Angleterre, parle de llYétonnante nouvelle qui a rententi dans la nuit”, il emploi le mot étonnante dans son sens étymologique et non dans son sens actuel.Bossuet veut dire, en effet, “une nouvelle qui a ébranlé, foudroyé toute la cour, comme l’aurait fait le tonnerre”, puisque étonnante vient du mot tonnerre.Aujourd’hui, on ne lui donne guère que le sens très appauvri de surprenante.Il faut connaître l’étymologie pour bien parler une langue : il n’y a pas deux mots qui soient absolument synonymes, en effet ; et les maîtres de la littérature sont ceux qui n’emploient jamais un mot à la place d’un autre ; cela s’appelle “la propriété des termes”.Mais les deux sortes d’analyse qui reviennent le plus souvent et se rattachent étroitement à l’étude de la grammaire, sont l’analyse logique et l’analyse grammaticale.La première, qui se base sur le sens, décompose la phrase en ses éléments, qui sont les propositions,— et décompose les propositions en leurs différentes parties : sujet, verbe, attribut et compléments.Dans une proposition, il y a, en effet, Yêtre dont je parle, sujet ; ce que je dis de lui : il est comme ceci ou comme cela, il fait ceci ou cela, c’est I’attribut, qui, le plus souvent, en fran- (1) Travail lu à 1’ occasion de la visite de l’Inspecteur général. 308 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE çais, est combiné avec le verbe ; et enfin, ce que le sujet fait aboutit à quelque chose, se passe dans tel temps, dans tel lieu, pour tel motif, ce sont les différents compléments.Une suite de propositions formant un sens complet, font une phrase.Il faut toujours faire l’analyse logique d’une phrase avant d’en faire l’analyse grammaticale, parce que l’analyse grammaticale est souvent très difficile, si l’analyse logique n’a pas été faite précédemment.Ainsi, la nhrase suivante : “On m’a dit \ que du haut des cieux | ou s7 élève ton trône, | tu protèges celui qui fait la charité.” doit d’abord être décomposée et mise en ordre.Il est plus difficile de trouver la fonction d’un mot parmi une vingtaine d’autres, qu’il n’est difficile de l’analyser s’il ne se trouve qu’entre deux ou trois mots, “un mot n’ayant de fonction que dans la proposition où il se trouve.” Et l’analyse logique décompose une phrase en propositions.Ainsi “On m’a dit”, etc_____ renferme quatre propositions, qui sont formées par les quatre verbes qu’elle renferme : a dit,—élève,—protèges,—fait.— Pour limiter chaque proposition, je n’ai qu’à rechercher les sujets et les compléments de ces verbes.La première proposition : “On m’a dit___” renferme un sujet, “on”,-—un verbe, “a dit”,-—un comp.indirect, “m’ La deuxième proposition est plus difficile à déterminer.—Nous savons que les propositions ne se valent pas toutes.Quelques-unes sont là simplement pour compléter le sens des autres ; on les appelle “subordonnées ou complétives” et elles sont faciles à reconnaître parce qu’elles commencent toujours par une conjonction ou un pronom relatif.Ces deux mots : conjonction et pronom relatif, sont donc importants à distinguer parce qu’ils nous indiquent toujours qu’une proposition commence.Dans cette phrase, “que” est une conjonction, —“où” est un pronom relatif, parce qu’on peut le remplacer par dans lequel,— “qui” est un pronom relatif.Ces trois mots commencent donc une proposition.Mais, entre la conjonction que et le pronom où, il n’y a pas de verbe ; c’est signe qu’il y a inversion, c’est-à-dire, que les mots ne sont pas dans leur ordre grammatical.—Je cherche donc le verbe de la proposition commençant par que et je trouve : “que, du haut des cieux,., tu protège celui—”—; c’est-à-dire, en remettant les mots dans leur ordre logique: “que tu protèges celui., du haut des cieux”.“Tu”, sujet,—“protèges”, verbe,—“celui” comp.dir., “du haut des cieux”.comp.cire.— r - "Cieux” est suivi d’un complément : “où s’élève ton trône”.—Li subordonnée précédente commençait par une conjonction et jouait h rôle__de complément direct.Celle-ci, commençant par un pronon L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 309 le d’ea son- geât, pro- qu'il .linsi relatif, ne peut se rapporter qu’à un nom ou à un pronom,—et le pronom relatif joue le rôle que jouerait le mot dont il tient la place, si ce mot était dans la proposition où il se trouve.J’analyse donc ainsi : 11 Ton trône”, sujet; — 11 élève”, verbe; “s’”, comp, direct; “où”, mis pour “au haut des cieux”, comp.circonstanciel.La dernière subordonnée, complément de “celui”, n’offre aucune difficulté.Il ne reste plus que l’analyse grammaticale, qui est maintenant très facile.L’analyse logique a étudié les groupes de mots, l’analyse grammaticale étudie les mots un à un,^—et cherche leur nature, leurs modifica- tions, leurs rapports.Ainsi, en analyse logique, je dis que “du haut des cieux” est un complément circonstanciel ; en analyse grammaticale, je m’arrête à chaque mot : “du, article contracté mis pour “de le” ; “de”, préposition,fait rapporter “haut”, à “protèges”; “le”, art.simple, etc., etc.?t$et .: :omp, •Nous HISTOIRE DU CANADA AU TEMPS DES RÉCOLLETS (1) ppele naître onom nipor- " v-¦de ' :¦ C1 ; le® "fb , )) 0 •• ‘rU nd l'1 LE FRÈRE DID ACE PELLETIER III La dépouille mortelle fut ensevelie dans le terrain conventuel.Et deux fois elle fut exhumée.Lorsque l’église des Récollets fut achevée, en 1704, on y déposa le corps de son charpentier et son crâne fut porté dans la sacristie du couvent des Récollets de Québec ; non plus à Notre-Dame des Anges, qui était la possession des Augustines depuis 1692, mais à la Haute-Ville (là où sont placés actuellement le Palais de Justice, la cathédrale anglicane et le monument de la Foi), dans le couvent Saint-Antoine de Padoue.Ce dernier, hélas, avec ce chef précieux, devint la proie des flammes en l’incendie du 6 septembre 1796.De plus, le couvent des Trois-Rivières dut à son tour être rebâti sur d’autres bases en 1742.C’est ce dernier que l’on voit maintenant, tristement perverti en presbytère et temple anglicans.En 1754 on dut probablement placer les squelettes des Récollets et du frère Didace dans la nouvelle église.Identifiera-t-on jamais les ossements de notre cher frère?Dieu seul qui “veille sur les os de ses saints” (Ps.XXXIII, 21) s’en réserve le secret.Ce que l’historien sait et constate—et ici dans tout cet article je n’écris qu’en “homme”, et en homme faillible dans ses appréciations, et qui n’entend pour aucun prix préjuger ce que Rome doit seule dire authentiquement : ce que l’histoire sait et constate, dis-je, c’est que les cendres du frère Didace enrichissent la terre trifluvienne.Mystérieusement “ses (1)—Voir “l’Enseignoment Primaire” de décembre 1921. 310 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE ossements refleurissent dans son tombeau” car “sa mémoire est comme un mélange odorant composé par un parfumeur.Son souvenir est pour tous doux comme le miel à la bouche, et comme la musique durant un festin.Il dirigea son cœur vers le Seigneur et affeimit la piété.il brilla comme l’étoile matinale au milieu des nuages et il resplendit dans le temple de Dieu connue l’astre brillant du jour.Il était comme le vase d’or massif, orné de toutes sortes de perles précieuses, comme la fleur des rosiers aux jours du printemps, comme les lys sur les bords des eaux, comme l’encens odoriférant soit qu’il brûle sur les charbons, soit qu’il parfume l’atmosphère en coulant durant les jours chauds de l’été.” (Eccl.XLIX,L.) Rien de plus vrai.Partout, toujours, maintenant comme autrefois, chez les Dieppois du Follet comme pour les Trifluviens, le frère Didace a la réputation d’un saint.Pour beaucoup, le saint Espagnol n’existe pas : le seul “saint Didace” c’est notre hi mble Récollet.Aux Trois-Rivières, on le comprend, ce culte devint un foyer intense qui se répandit ailleurs.“Je conserve précieusement ses reliques que vous avez eu la bonté de m’envoyer, écrit en 1720 le sulpicien Monsieur Chèze au R.P.Joseph Denys.Les malades appliquaient sur leurs membres endoloris des effets ayant été à l’usage du bon frère ; qui, une dizaine de son chapelet ; qui, des morceaux de son habit ou du linge ayant servi au saint Récollet.” Depuis les guérisons et autres faveurs n’ont pas cessé.Il vaporise encore les bienfaits ! La discrétion m’oblige de taire actuellement des faits modernes.Petit historien qui écrit en “homme” je n’ai aucune compétence en la matière.Mais on ne me pardonnerait pas si je ne sortais des archives de l’archevêché de Québec le document suivant : NOUS, JEAN, ÉVÊQUE DE QUÉBEC croyant rendre le témoignage à la sainteté du frère Didace : qu’ayant une fièvre fort opiniâtre, Nous fûmes délivré à la fin d’une neuvaine que Nous crûmes être obligé de faire dans le lieu de son tombeau qui est la petite ville des Trois-Rivières, de Notre diocèse.Notre maladie commença dans le mois de septembre 1715, laquelle après avoir été violente dans les commencements, se changea enfin en une fièvre lente qu’aucun remède ne put enlever ; ce qui Nous détermina à faire un voyage au lieu où son corps réside.Ce ne fut qu’au dernier jour de la neuvaine que nous fîmes en l’église où son corps repose que Nous fûmes soulagé et guéri.Dieu voulant apparemment faire connaître à tout Notre diocèse le grand crédit qu’avait ce serviteur de Dieu auprès de Lui, en Nous obligeant de reconnaître que Notre mal s’aigrissant plutôt que de diminuer, même durant Notre neuvaine, Nous ne pouvions devoir notre guérison qu’à la persévérance avec laquelle Nous la demandions à Dieu par les mérites de son Serviteur.C’est le témoignage que Nous devons à la vérité et que Nous rendons bien volontiers pour Lui marquer Notre recoxmaissance, et augmenter dans tous les cœurs la confiance qu’on a à ce saint Frère Récollet, dont nous voudrions bien qu’on imitât les vertus.Donné à Québec sous notre seing, celui de notre secrétaire et scellé du sceau de nos armes.Par Monseigneur, Sauvenier, Québec, 9 juin 1717.f JEAN, Êvqêue de Québec.Monseigneur de Saint-Vallier fit autre chose, qui a une valeur très considérable.Non seulement il députa, le 25 mai 1717, messire Charles Glandelet, chanoine theological, puis doyen du Chapitre et Vicaire général de Québec, pour prendre les informations canoniques relatives aux miracles attribués au frère Didace ; mais en 1712, comme il l’avait déjà fait en 1702, il s’entretint de ce même frère avec le Pape Clément XI, et il fut question “de la L'ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 311 iüobi ««elle,, ’milia ém ¦eppoisl itolet ;uaieDt| leJe5 let,11 Dl'aits!| liais | aient :i itopi-r ,e faire L PB.I 10 W6 i ce put I mitre I entiers îlon calp^ lonif dévotion que tous les peuples ont à ce grand serviteur de Dieu, qu’ils ont déjà canonisé de vive voix.” Nos lecteurs m’en voudraient si je n’ajoutais ici un détail : c’est une coïncidence, je l’avoue, mais elle ne saurait être omise : l’Église Notre-Dame des Anges, où nous vîmes le frère Didace recevoir l’habit et émettre ses vœux, où il pria de 1CSO à 1684 et de 1680 à 1692 est celle-là même où repose le corps de Mgr Jean-Baptiste de la Croix de Chevrières de Saint-Vallier, depuis le 2 janvier 1728.Cette église n’est plus aux Récollets depuis qu’un contral^d’échange fut fait entre l’Êvêque de Québec et ces religieux, le 13'septembre 1692 : ceux-ci cédèrent leur monastère des bords de la rivière Saint-Charles pour un terrain à la Haute-Ville, situé entre le s rues Saint-Louis, la place d’Armes, les rues Sainte-Anne et Desjardins.Là s’élevait le couvent Saint-Antoine de Padoue, qui garda jusqu’à l’incendie du 6 septembre 1796, le crâne du frère Didace, apporté des Trois-Rivières.Ce jour-là, tout fut consumé ! Je me trompe : une précieuse relique fut sauvée par le vent.L’abbé Raymond Casgrain, l’auteur si apprécié du‘Au pays d’Évangéline” et de maints autres doctes ouvrages, va lui-même nous narrer le fait : “Lors de l’incendie, une grande quantité de feuilles volantes, emportées de la bibliothèque et des cellules en flammes, furent entraînées par le vent du côté de la Basse-Ville.Une de ces feuilles, fort belle gravure, tomba, à demi-consumée, dans la cour d’une maison de la rue Sault-au-Matelot.Le propriétaire, M.Baillargé, père de l’avocat du même nom, ramassa cette gravure et la garda chez lui.Elle devint ensuite la propriété de ce dernier et resta longt mps perdue dans ses cartons.Il y a trois ans (c’est-à-dire vers 1886) M.Gonzague Baillargé l’ayant retrouvée et désirant obtenir des renseignements sur le personnage qu’elle représentait, me pria de passer chez lui.J’admirai la beauté de cette gravure, mais je fus bien plus étonné de l’inscription qui se lit au bas.Le portrait qui a huit pouces de hauteur sur six de larg< ur, représente un moine Récollet en prière devant un crucifix.La tête penchée dans un profond recueillement, il tient la main gauche appuyés sur la poitrine et dans la droite il porte un crâne.“Je fus obligé d’avouer mon ignorance à M.Baillargé.Je n’avais aucun renseignement à lui donner, mais je lui ai promis d’en rechercher.J’interrogeai, en effet, nos hemmes les plus compétents, particulièrement M.l’abbé Verrault, de Montréal.“M.Verrault ne connaissait pas la gravure, mais il me dit qu’il était en possession d’un petit manuscrit venant de M.Jacques Viger, qui contenait une suite de procès authentiques sur la vie et les miracles du Frère Didace, et il eut la complaisance de m’en faire parvenir, peu de temps après, une copie.En me la confiant, il me pria d’essayer, pendant le séjour que j’allais faire l’hiver suivant à Paris, de trouver d’autres gravures du frère Didace, car celle que possède M.Baillargé a été fort endorrmagée par le feu.Je le lui promis et courus à maintes reprises les boutiques des boutiquinistes, mais sans le moindre succès.Enfin, j’allai consulter la riche collection d’estampes de la Bibliothèque Nationale et, à ma grande satisfaction, j’y trouvai une copie admirablement conservée du bon Frère, dont je fis prendre immédiatement plusieurs photographies.” Cette gravure est l’œuvre de Jean-Baptiste Scotin le jeune ; elle porte comme preuve de son authenticité le sceau de la Bibliothèque Impériale, et nous donne la vraie physionomie de notre bon frère.Précieux souvenir ! Nous n’avons plus le corps du frère Didace ni ses reliques.Nous possédons son portrait qui nous fait savoir qu’il avait une bonne taille, une puissante carrure, des mains grandes et fortes, le front encadré de cheveux noirs et légèrement frisés au-dessus de ses rides : le visage régulier, reflétant le calme, la fermeté et la bonté.Sa photographie morale est plus suave.L’artiste qui l’a peint au vif, avec la précision historique la plus authentique, est le R.P.Joseph Denys de la Ronde, son confesseur durant quatorze années et son supérieur.En voici les principales lignes : 312 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE Innocence baptismale conservée : “m’ayant fait deux confessions générales, je n’ai pas remarqué qu’il ait jamais offensé Dieu mortellement.” Obéissance : “parfaite dans les petites choses comme dans les plus grandes.” Pauvreté : “extrême; dans les plus grandes chaleurs où il était continuellement exposé (par ses occupations fatigantes), il ne voulut jamais accepter un habit de rechange.” Tempérance et mortification : “jamais il ne souffrit d’être exempté des jeûnes, pas même dans les plus grands et pénibles travaux; et alors comme toujours il se croyait tenu de se lever comme les autres à minuit pour l’office des Matines.Tous les samedis, il jeûnait, ne buvant que de l’eau.” Régularité : “lorsque je lui représentais qu’il ne pouvait pas vivre longtemps, en donnant aucune relâche à la nature, il me priait, non seulement comme son confesseur, mais comme étant presque encore toujours son supérieur, de le laisser faire ; aimant mieux mourir dix ans plus tôt et avoir la consolation d’avoir observé sa Règle, que de vivre dix ans plus tard et avoir à se reprocher de s’être épargné.” Humilité : “si profonde qu’il s’estimait toujours serviteur inutile, quoique doué de beaucoup d’esprit et de pénétration pour tous les arts.Il disait : “l’Ordre s’était bien passé de moi avant que j’y sois, et il s’en passera bien après ma mort.” Culte envers la T.S.Eucharistie et le sacerdoce : “il portait un si grand respect aux prêtres et à tout ce qui pouvait les regarder, qu’il voulait céder le pas aux novices-clercs.Les fêtes et dimanches, il servait autant de messes qu’il pouvait; et à vingt ans de religion, comme dans son noviciat, au retour de la sacristie, il se prosternait pour dire sa coulpe aux prêtres d’un jour comme à son supérieur.” Amour filial envers la T.S.V.Marie : “il avait une grande et solide dévotion à la Très Sainte Vierge, Mère de Dieu.Il lui rendait continuellement des tributs comme un esclave (d’amour) à sa Maîtresse.” Cela fait penser au Bx.Grignon de Montfort, son contemporain (1673—1716) : Esprit de prière et d’oraison : en plus de l’office divin, des Pater, de la messe conventuelle et des messes qu’il servait, de la Couronne des VII Allégresses, des lectures spirituelles et examens, des coulpes, des chapitres, des offices des défunts, d’environ une heure et demie d’oraison chaque jour, (exercice en usage dans l’ordre de Saint-François) : “le frère Didace disait à toutes les heures un Ave ; tous les jours l’office à trois leçons de la T.S.Vierge, toutes les semaines le Rosaire, tous les mois l’office des morts pour l’âme du Purgatoire la plus dévote à I larie, jeûne au pain et à l’eau la veille de ses fêtes (en plus des deux carêmes de la Règle, du jeûne de tous les vendredis, et des jeûnes de l’Eglise.) Tous les samedis il jeûnait, ne buvant que de l’eau, pour obtenir la grâce de mourir ce jour-là, sous la très salutaire protection de la T.S.Vierge.” On comprend qu’avec de pareils moyens “ il ait gardé toute sa vie la première ferveur de son noviciat”, ce qui est extraordinairement rare.Bref il devint un saint, car il fut toujours résolu sérieusement à le devenir : estimant “que le travail qui faisait le plus l’honneur à son état était de se sanctifier lui-même.” Et cela non sans luttes terribles ! “Il fut toute sa vie vierge, quoique au milieu des assauts du diable et de la chair”.Mais il avait eu la prudence de tous les grands saints : celle d’avoir, comme nous l’avons dit plus haut, une dévotion mariale si intense, que sa vie mérite d’être rangée parmi celles des plus grands serviteurs de la Mère de Dieu, comme nous l’avons déjà montré dans un tract publié récemment.Oh “le beau vase d’or massif, orné de multiples perles précieuses ! O rose printanières, ô le pur lis ! O doux mélange de parfums ! ! ” En notre siècle à la marée montante de socialisme et de révolutions ; à notre époque où tant de méchants meneurs grisent les travailleurs par d’irréalisables promesses et flatteries; où tant d’adulateurs encensent et glorifient les figuiers stériles, maints parvenus du plaisir ou de l’or ou du pouvoir, je me fais un devoir de baiser avec un profond respect les mains L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 313 calleuses et virginales d’un humble charpentier, le frère Didace Pelletier.Et comme, hélas, immensément grande est la foule des sots, qui n’ont des mains que pour applaudir ceux qui brillent en faisant du bruit et fort peu de bien, qui n’ont que dédain pour le bien qui se fait sans bruit : je suis fier de consacrer ma dextre et ma plume à la gloire d’un frère menuisier charpentier, dont la vie rappelle—de loin—mais rappelle celle du Père Virginal du Christ-Jésus.Fasse saint Joseph, qu’en 1624, à Québec, le Récollet Joseph le Caron proclama Patron du Canada, que son imitateur soit enchâssé bientôt par le Pape dans le diadème d’or des béatifiés ! C’est alors, vous surtout cités de Dieppe et des Trois-Rivières, que vous exulterez à la vue de la gloire réservée à ce juste qui est vôtre, et jouirez de son puissant crédit :"in bonis justorum exultabit civitas.” (Proverbes XI, 10.) Vincent de CARI SE Y.A L’ÉCOLE NORMALE DE HULL Sur une fable de La Fontaine - 4ème LEÇON PAR MLLE JEANNINE GROULX lo Explication littéraire et grammaticale d’expressions et de mots.'2o Contact de l’imagination de l’élève avec celle de La Fontaine.Culture esthétique.* L’objectif principal de ces leeons ou de ces études sur les fables de La Fontaine est de caractère littéraire plutôt que grammatical.C’est plus l’imagination attique que l’orthographe que nous voulons former par l’étude de La Fontaine, car s’il ne s’agissait que de l’orthographe, pourquoi choisirions-nous une fable plutôt qu’une dictée ?Tout de même, il faut poser des questions qui amènent l’élève à des observations ou bien en vue d’enrichir son vocabulaire par l’explication de mots et de locutio ns, ou bien en vue de préciser chez l’enfant des notions de grammaire et d’orthographe, et cela, par des questions appropriées aux connaissances grammaticales de l’élève.Nous avons dit plus haut qu’il faut s’occuper plutôt de l’imagination attique que de la grammaire, mais il faut observer que le langage grammatical est un élément nécessaire de la langue littéraire.—Voir ce que dit le No J+3 de la N.-en-B.-L.—Voilà pourquoi, au cours de l’étude de la fable, nous devons faire à l’élève quelques questions, lesquelles se rapportent auvocabidaire, à l’orthographe, aux règles de gammaire.Explication des mots et des locutions.-—-Il faut commencer par expliquer les mots et les expressions qui offriraient quelque difficulté.Atteinte.—De quel verbe dérive atteinte, Lucienne ?—Atteinte dérive du verbe atteindre— Atteindre peut-il avoir plusieurs sens, Jeanne ?—Atteindre peut être employé dans trois sens.Donnez un exemple et dites ce qu’il signifie, Fleurette ?—J’ai atteint sa réputation, c’est-à-dire j’ai nui à sa réputation— Donnez un autre exemple, Louise?—J’ai été atteint par une balle, c.-à-d, j’ai été blessé—Un autre exemple, Jeannette?—J’ai atteint mon but, c-à-d.je suis parvenue au but. 314 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE Dans combien de sens peut-être employé "atteint” ?Dites-les, Marie : Vous faites argent de tout :—Que signifie ici cette expression ?—Il vendait sa volaille et entassait l’argent.Dans la fable le sens est clair, mais l’expression est devenue une locution proverbiale qui signifie user de toutes ses ressources pour se tirer d’affaires ou pour réussir une entreprise.Monnoie :—Avec quel mot rime monnoie, Marie-Paule ?—Monnoie rime avec joie.—Que veut dire monnoie, Lucie ?—Monnoie signifie monnaie.—Alors, pourquoi a-t-on écrit monnoie au lieu de monnaie, Rita ?—C’était l’orthographe de ce vieux mot français au temps de La Fontaine.Croc:—Quels sont ceux qui se servent du croc, Léonie?—Les bouchers se servent du croc.—Dans quelle expression emploie-t-on ce mot, Pauline ?—On emploie cette expression dans "mettre au croc”, fournir son croc.Que signifie "mettre au croc”, Lucile?Cette expression signifie, suspendre au gros crochet de fer les pièces de charcuterie, au lieu de les placer sur l’étal.Dans quelle expression le mot "croc” conserve-t-il son ancienne prononciation, Thérèse?Il y a exception pour croc-en-jambe; les petits Canadiens disent “jambette”.Coq :—Avec quel mot rime croc, Marie ?—Croc rime avec coq.Lorsque vous ferez la classe, vous direz à vos élèves: Toi, Louis, tâche d’être le coq du village, c-à-d.un petit garçon distingué et bien élevé; mais toi, Louise, ne sois pas la coquette du village, c-à-d.une petite fille qui s’occupe des flatteries, qui cherche à plaire.Olympe:—L’Olympe, c’est une montagne de la Grèce que les païens appelaient "le ciel”—Le Styx ou Tartare représentait les enfers.Les plus solennel des serments était celui où l’on attestait tous les dieux à la fois, et, c’est ce serment que fait le renard.Pavot :—Qu’est-ce que le pavot, Madeleine ?—Cest une plante, Mlle.—Généralement, de qulle couleur en est la fleur, Yvonne ?—La fleur du pavot est généralement rouge foncé.—Que fait-on avec cette fleur, Claire ?—Avec cette fleur, on fait de l’opium.—Qu’est-ce que l’opium, Cécile?—L’opium, c’est une potion dont on use dans les hôpitaux pour endormir les patients.—Alors, qu’est-ce que le poète voulait dire par cette expression: Il choisit une nuit libérale en pavot, Irène ?—Il voulait dire qu’il choisit une nuit où le sommeil des gens était très profond.Ajax:—Quel caractère a cet homme, Laurette?Il a un caractère violent-—-Vous avez bien répondu; on pourrait dire aussi, il est d’un tempérament irascible.Pendant la guerre de Troie, dans un conflit où l’on se disputait les armes d’Achille, son rival lui fut préféré.Ajax tomba de colère dans le délire et massacra tous ses troupeaux.Avant d’expliquer, la maîtresse fera lire le vers contenant le mot ou V expression.A la suite de ces mots, si la maîtresse le juge à propos, elle pourra poursuivre cette étude de vocabulaire et d’élocution.Elle expliquera les mots suivants de façon L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 315 ODtmi Dtt d'être itek 0m ija# t#sa‘ ¦ ¦0t{ semblable: compère—impunément—le rustre—sottise extrême—guetté—concurrent etc.etc.Règles de grammaire.—La maîtresse pourra aussi revoir quelques règles de grammaire, par exemple: Quoique (des plus fins) :•—Quelle est la nature du mot souligné, Lucie ?—C’est une conjonction.-—Quelle en est la fonction, Pauline ?—Il unit deux propositions dont les verbes sont avait pu et fût sous-entendu.—Quand “quoique” s’écrit-il en deux mots, ]\îadeleine ?-—Quand il signifie “quelle que soit la chose”.—Quelle espèce de mots sont “quoi” et “que”, Irène?—“Quoi” est pronom indéfini et “que”, pronom conjonctif.Tout dormait:—Quelle espèce de mots est “tout” ici, Maria ?—-Il est pronom indéfini.—Pourquoi l’emploie-t-on ici, Cécile ?—On l’emploie pour résumer une énumération.-—-Quelles sont les différentes acceptions du mot “tout”, Suzanne ?—Il peut être pronom indéfini, adjectif indéfini, adverbe et nom commun.Quelle différence y a-t-il entre le participe présent employé avec ou sans la préposition “en” : en laissant, Jeanne?“En laissant” exprime un rapport de causalité, ainsi “en laissant ouverte la porte du poulailler, ”on voudrait dire que cette action fut la cause de la rentrée du voleur.Ici, La Fontaine n’a pas observé cette distinction.Tandis que “laissant” exprime un rapport de simultanéité.Ex.Je m’adonnais à mon travail, laissant mon âme épancher sa prière, c-à-d.j’ai fait l’action de travailler tout en faisant celle de prier.Tu n’es bon qu’à noyer:-—Quelle espèce de locution forment les mots -C’est une locution adverbiale.-Que signifie cette locution, Fernande?-Elle signifie “seulement”.-Quelle faute font fréquemment les élèves, à ce sujet, Berthe ?Ils omettent et emploient “que”.Donc, n’oubliez pas d’employer “ne” avec “que“ quand l’expression signifie “seulement”.-—Quand font-ils tout particulièrement cette faute, Louise ?-Quand le verbe commence par une voyelle et qu’il a pour sujet le pronom Exemple: On n’a que peu de jours à vivre.La maîtresse pourra, si elle le juge opportun, continuer de rafraîchir la mémoire des élèves sur les règles de grammaire.Posons maintenant les questions à propos de la littérature, car la culture esthétique est le premier but de l’étude de la fable.Cette culture ne consiste pas tant à exposer les règles de l’art, qu’à mettre l’imagination de l’enfant en contact avec l’imagination de La Fontaine.Le contact a, sans conteste, un fruit de culture très appréciable: “Dis-moi qui tu hantes, je te dirai qui tu es”.Et comment la maîtresse obtiendra-t-elle ce contact de la faculté d’art, de l’imagination, veux-je dire, de l’imagination modèle du fabuliste et de l’imagination en culture de l’enfant ?La maîtres se obtiendra ce contact bienfaisant, par les questions et les exercices suivants.Quelle est la scène de ce drame ou la partie de ce conte qui vous charme davantage, Marie?—La scène de la famine.—Il me semble que vous choisissez mal, car l’imagination agit peu dans cet endroit.C’est un peu sec, comme on dit en critique littéraire.“ne que”, Lucie?“ne” “on” 316 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE Eh! bien, Jeanne qu’en pensez-vous?—C’est la scène d’Ajax que je préfère.—C’est une peinture très vive que cette scène.Je ne suis pas surprise de votre préférence; cependant, je ne tiens pas à vous mettre dans la tête ces réminiscences classiques.La maîtresse devra diriger les élèves dans ce choix, les amener h juger judicieusement et à motiver leur jugement.Il n’est pas sage, en conséquence, de meubler l’esprit de l’enfant de ces souvenirs classiques, car, s’il en use dans son milieu social, on le qualifiera de pédant.Vous, quelle scène préférez-vous, Louise?•—-C’est celle du dégât.—Bien répondu, car le pittoresque abonde ici.Alors nous allons insister sur cette scène.Il s’agit d’établir le contact dont nous avons parlé polus haut.Le renard vous apparait-il sous le même aspect que dans la scène de la famine, Pauline?—Non, là il souffrait de la faim, ici, il l’assouvit.-—-Comment appelez-vous les traits qui nous représentent les personnages sous des aspects différents, Léonie?—On les appelle traits pittoresques.—Dans la fable pourriez-vous me citer les paroles d’un personnage,—-Marie-Paule ?—Les paroles du fermier: “Ah! méchant animal, qui n’es bon qu’à noyer”, etc.etc.—Comment appelez-vous les traits où l’on cite les paroles de quelque personnage, Thérèse?—On les appelle traits psychologiques.Après ce travail, la maîtresse devra faire lire et relire les plus belles scènes et les faire apprendre par cœur.Ensuite, elle les fera déclamer en exigeant que les élèves fassent des gestes soit pathétiques, soit indicatifs, soit imitatifs.Dans la scène du dégât, la maîtresse fait lire les vers les plus pittoresques en faisant faire des gestes à: Le maître du logis, les valets, le chien môme-geste indicatif.Le voleur tourne tant, qu’il entre au lieu guetté—geste imitatif—remplit de meurtres la cité—geste pathétique, horreur—-on vit un étalage de corps sanglants et de carnage,—geste indicatif.La maîtresse devra faire articider, c-à-d.porter la main au coeur avant d’exprimer le geste.Elle devra aussi exiger que les élèves donnent du ton à leur récitation et qu’ils montrent, par leur expression, qu’ils comprennent ce qu’ils disent.Ainsi, la lecture des plus belles scènes, le résumé de ces mêmes scènes, l’étude de ces beaux vers jusqu’à ce qu’ils soient bien gravés dans la mémoire des élèves, la déclamation de ces extraits: une rédaction en pose de la plus belle scène, une petite amplification littéraire d’une des morales, etc.tels sont les principaux exercices capables de mettre en contact l’âme de l’élève avec celle de La Fontaine et d’opérer sa culture d’une façon appréciable.FAITES RELIER “ l’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE” M.Jérémie Richard, relieur, 31 rue Sault-au-Matelot, Québec, s’est fait une spécialité de la reliure de YEnseigne?nent Primaire, à un prix modéré. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 317 Usta mW ton acuité LEÇON D’ANGLAIS D’APRÈS LA MÉTHODE NATURELLE What does the picture show?It shows an overturned cradle, a baby, four puppy-dogs, a broken feeding-bottle with the milk spilled on the floor.Is the baby under the overturned, cradle?No, he is not under the overturned cradle ?Where is he ?He is on the floor.Is the baby sitting or standing ?He is neither sitting nor standing.If he is neither sitting now standing what is he doing ?He is on his knees with his two hands, resting on the floor, in front of him, supporting him.Is he laughing ?No, he is crying.What clothes has he on ?He has on a single garment, a chemise or shirt.How came the cradle to be overturned, do you suppose ?I suppose the baby was nice and comfortable in his cradle with his bottle.The four puppy-dogs were playing on the floor.The child having been left alone was amused by the anties of the little dogs; he thought what fun it would be to take a hand in the game; he made an effort to get out of the cradle and overturned it; the upsetting of the cradle threw him and his feeding-bottle on the floor, where the bottle was broken and the milk was spilt.What did his friends the puppies then do ?They did as too many human beings do when their friends are down; they started to enjoy themselves at his expense; one, the most greedy of the lot, began to lap up the milk; another having seized the pacifier is climbing, with it in its mouth, on to the child’s fat back, while the other two intent on amusing themselves, having driven their teeth into his shirt-tail are pulling it and its owner backward with all their might.In what direction is the baby pulling ?He is pulling in the opposite direction to that of little dogs which have got their teeth into his shirt.What does the baby want to do ?It looks as if he wanted to reach and drive away the dog which is so ravenously lapping up his milk.On the floor to the right of the dog which is drinking what do you see ?On the floor, to the right of the dog that is drinking, I see the nipple of the feeding-bottle.What is the nipple of a feeding-bottle ?It is the part which covers the mouth of a feeding-bottle through which the infant draws out or sucks the contents of the bottle.If the nipple covers the mouth of the bottle, how can the infant suck the contents of the bottle ?That is quite simple, sir, there is a 318 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE small hole in the nipple which allows the liquid to pass through drop by drop.Of what is the bottle made ?It is made of glass.Of what is the nipple made ?It is made of rubber.What is rubber ?It is an elastic gummy substance made from the •juice of several tropical plants; its real name is caoutchouc; it is also called India rubber and gum elastic.What is the principal quality of rubber?It is waterproof, that is water or other liquids do not pass through it.If the nipple is of rubber and that rubber does not allow liquids to pass through it, how can the baby suck the contents of the feeding-bottle ggjgg(j| HUi v : YvV ll®llw yr'WN‘: r; -/ - V- ?through the rubber ?The baby does not draw the milk from the bottle through the rubber itself, but through a very small hole in the rubber.What is the great hygienic defect of feeding-bottles?The great hygienic defect of feeding bottles is that it is almost impossible, without great and constant care, to keep them clean and sweet.Is it necessary that they should be kept very clean and sweet ?It is absolutely necessary that they should be kept very clean and sweet if it is desired that the baby be well and healthy.Which is the more difficult to keep clean and sweet, the bottle or the nipple ?It is the nipple which is the more difficult to keep clean and sweet.Why is it easier to keep the bottle clean and sweet than the nipple ?The bottle is made of strong glass, before being filled it is placed in warm water which is then raised to the boiling point and kept at this degree for L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 319 about twenty minutes, it is then pretty sweet; this process cannot be followed with the nipple which is not made to resist water at the boiling point during twenty minutes several times a day; all that can be done with it is to wash it well and to dip it in boiling water, during several minutes, three or four times before using.Is it necessary to take all these precautions ?It is if one desires to keep the feeding-bottle clean and sweet.If a person was not so particular would it not be just as well ?No, it would not be just as well.Why would it not be just as well ?Every one knows that milk sours easily; if two jugs, without covers, the one containing sweet milk and the other sour milk are placed side by side in a cupboard, in a short time the sweet milk, will have become sour; again if fresh milk be poured into a jug, not properly scalded, which previously contained sour milk, the fresh milk will lose its sweetness and sour in a very short time; now what is true of the jugs of milk is true of the feeding bott’e.What causes fresh miik to sour ?It is a ferment that causes fresh milk to sour.What is a ferment ?I don’t really know what a ferment is; what I do know is that wine is fermented grape-juice and that beer is the fermented juice of barley.Please tell me sir what is a ferment ?—It is not easy to define a ferment,but the dictionary says that a ferment is any substance, as a fungus, whose presence in another body produces the peculiar effervescence and decomposition called fermentation, for instance it is a ferment called yeast which causes bread to rise.What is & fungus, sir ?It is a spongy growth of vegetable parasites; the most commonly known fungus is the mushroom; the mould or mildew seen in pots of jam which have not been covered so as to make them airtight is a fungus, a spongy growth like the mushrooms which grow in a night.What causes the fungus to grow ?The germ or seed of the fungus must be in the air; when this germ finds a home in any liquid,even water, decomposition sets in, and fermentation is produced, now sour milk gives off ferments very freely, these fill the air and are deposited in any fresh milk which may happen to be near; immediately there is a growth of fungus in the milk, decomposition and fermentation set in and the milk sours at once.Where a feeding-bottle which has not been properly scalded is filled with fresh milk, the ferments which the bottle contains begin their work of souring the milk, and the baby, instead drinking pure fresh milk, drinks milk beginning to decompose; do you understand?Yes, sir, I think I do; the child drinks milk beginning to ferment and the fermentation or decomposition continues in its stomach and intestines.You are quite right, and what effect does the fermentation in the child’s stomach and intestines produce ?Oh! it depends very much on 320 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE the kind of stomach and intestines the child has and on whether the baby lives very much out of doors or not.My young friend, I don’t understand your answer very well; have not all children the same kind of stomach and intestines ?and I don’t see what living out of doors has to do with it, please explain.Well, you see, sir, all children have not the same kind of fathers and mothers; they have not the same constitutions; they have not the same dispositions; they have not the same strength; they have not the same brains, faces, arms, hands, legs and feet, the same likes and dislikes; why then should their stomachs and intestines be the same?The ostrich, it is said, sir, will digest, stones, iron nails, brass rings, sardine boxes, and many other curious things; some children and some men and women too have stomachs like the ostrich, they will digest things which would kill their neighbors; babies are the same, some the smaller number, will digest anything if, like the ostrich, they live out of doors; the fermentation of the milk in the stomachs of the others will produce, gas, colic, nausea, cholera, etc., all of which will bring the infant to the cemetery in a short time.What has living out of doors to do with it ?It has very much to do with; there is no better doctor, sir, than pure air; people whose occupation keeps them in the open air have but little difficulty in digesting almost anything; now the same holds good of babies.What is the moral to be drawn from the picture ?The moral to be drawn from the picture is that babies should not be left to the care of little puppy-dogs.J.Ahern.COURS DE PÉDAGOGIE DE L’UNIVERSITÉ DE MONTRÉAL Les 3 et 16 décembre dernier, ont eu lieu, respectivement, à la Maison-Mère des Sœurs de la Congrégation de Notre-Dame et à la salle Saint-Sulpice, Montréal, la collation des diplômes et des certificats de pédagogie, aux religieuses et aux professeurs qui ont suivi les cours de pédagogie de l’Université de Montréal, depuis deux ans, pour le certificat, et trois ans pour le diplôme.Les deux séances furent présidées par Sa Grandeur Mgr Gauthier, Recteur de l’Université de Montréal.Dans la prochaine livraison, nous publierons un compte-rendu officiel de ces deux réunions importantes.L’Enseignement Primaire publiera aussi, comme l’année dernière, les rapports intéressants de l’année pédagogique, lus à chacune des séances. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 321 It fe not hvj lemen % ENSEIGNEMENT PRATIQUE INSTRUCTION RELIGIEUSE LES SACREMENTS EN GENERAL NATURE DU SACREMENT lo Définition du sacrement.—Le mot sacrement, dans son acception générale, isii signifie chose sacrée ou secrète.Dans le langage théologique, un sacrement est : o) Un signe extérieur et sensible.b) Institué par Notre-Seigneur Jésus-Christ.c) Qui représente extérieurement la grâce intérieure qu’il est destiné à produire.d) Et qui produit et communique réellement et infailliblement dans l’âme, la grâce s) j intérieure qu’il représente et qu’il signifie extérieurement.2o Analyse.—Dans tout sacrement on doit considérer : a) Sa matière déterminée, c’est-à-dire la chose matérielle dont on se sert pour l’administrer.b) Sa forme déterminée, c’est-à-dire les paroles qui doivent être prononcées en l’adminis-! trant et qui caractérisent ses effets.c) Ses rites essentiels d’administration, divinement institués, et qui fixent la manière ; d’appliquer validement la matière et la forme qui lui sont propres.d) Ses rites non essentiels, d’institution ecclésiastique, et dont le but est de donner plus * !de solennité à son administration.e) Ses effets propres, qui le distinguent d’un autre sacrement, et sont produits immédiatement dans l’âme par le fait de la réception, quand d’ailleurs on n’y met pas obstacle./) Son ministre, c’-à-d.celui qui a le pouvoir de l’administrer validement et licitement.L’ensemble de ces divers points de vue fait connaître la nature particulière de chaque, j sacrement.3o Caractère.—a) Les sacrements sont donc les instruments et les canaux extérieurs jet sensibles de la grâce intérieure et invisible.b) Ils sont les moyens infaillibles dont Dieu se sert pour la communiquer sûrement à l’homme dans les circonstances où elle lui est le plus nécessairement utile, par le fait seul de la réception des signes sacrés.v;r; c) C’est la grâce elle-même, en quelque sorte revêtue d’un corps, pour ainsi dire incarnée et rendue sensible, afin que l’homme, sensible lui-même, mais aussi spirituel, puisse plus facilement se mettre en communication avec elle et avec Dieu qui en est la source, toutes les fois qu’il en a besoin.Un sacrement est donc un tout de nature mixte, comme la nature humaine à qui il est |'['jb destiné et qu’il a pour but de sanctifier.De même que l’Incarnation du Verbe a été l’apparition sensible du Fils de Dieu sous la forme humaine, de même les sacrements divins sont l’apparition sensible de la grâce et la manifestation visible, sous une forme matérielle de l’acte par lequel elle est communiquée à l’homme.Par tous ces caractères, les sacrements de la loi nouvelle se distinguent profondément de ceux de la loi de nature et de la loi mosaïque, qui n’agissaient point par eux-mêmes, et qui n’étaient que des ombres et des figures des sacrements évangéliques.d’après M.l’abbé Monnier, (Atlas de la Doctrine catholique.) ift trois* (ten 322 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE LANGUE FRANÇAISE COURS ÉLÉMENTAIRE DICTÉES I LE COTON Notre tablier est fait avec du coton.L’arbre qui produit le coton est le cotonnier; il ne croît que dans les pays chauds.Les fleurs du cotonnier ressemblent un peu aux fleurs du lis de nos jardins.Le coton recueilli est transporté dans les filatures, où il est tordu et transformé en fil.Ensuite il est tissé pour devenir des pièces d’étoffe, que les marchands achètent pour revendre au détail.C’est la couturière qui a taillé la toile et a fait notre tablier.Explications.—Quels habits sont faits avec du coton ?—Cotonnade ?—-Dites l’origine du coton,-—• ses transformations.-—-Nommez des pays chauds.— Qu’est-ce que des filatures ?—Qu’est-ce que vendre au détail ?en gros ?Grammaire.—Trouvez les verbes, en indiquer les temps.—Eaire conjuguer oralement au présent de l’indicatif croire et croître.—Analyse orale des noms.Vocabulaire.—Faire trouver des dérivés de coton, fil, fleur, jardin.—Définir chaque dérivé et le faire entrer dans une phrase.II LE TONNELIER J’entre dans l’atelier du tonnelier : voici son ciseau, son marteau, son fourneau, sa scie, sa plane, son rabot, son étau.Il ajuste un cerceau sur l’immense tonneau dont les douves s’inclinent en arceaux.Plus tard, il ajustera les deux fonds, assujettira la bonde et pas un clou n’entrera dans la confection de ce vaisseau.Exercices.—Ecrivez au pluriel les noms au singulier: (Tonneliers, ciseaux, marteaux, fourneaux, scies, planes, rabots, étaux, cerceaux, tonneaux, bondes, clous, confections, vaisseaux.) Qu est-ce que: un ciseau, un étau, un arceau7— Ciseair.instrument de fer, plat et tranchant, pour travailler les corps durs.—Etau: instrument pour serrer et maintenir les pièces que l’on travaille.Arceau: partie cintrée d’une voûte, d’un tonneau.Conjuguer entrer, ajuster, aux temps simples du mode indicatif; assujettir, aux temps composés du même mode.RÉCITATION LA GUENON, LE SINGE ET LA NOIX Une jeune guenon cueillit Une noix dans sa coque verte.Elle y porte la dent, fait la grimace : “Ah certes?Dit-elle, ma mère mentit Quand elle m’assura que les noix étaient bonnes.Puis, croyez aux discours de ces vieilles personnes Qui trompent la jeunesse ! Au diable soit le fruit!’' Elle jette la noix.Un singe la ramasse, Vite entre deux cailloux la casse, L’épluche, la mange et lui dit: “Votre mère eut raison, ma mie, Les noix ont fort bon goût, mais il faut les ouvrir.Souvenez-vous que dans la vie, Sans un peu de travail on n’a point de plaisir.' ' Florian.RÉDACTION LA COLERE Racontez qu’un enfant, dans un moment df colère, a grièvement blessé un de ses camarades Faites connaître ses regrets.ü::;- ' DEVELOPPEMENT Je vois toujours mon pauvre camarade avec une large blessure au front et le visage tout en sang.Oh! comme je maudis ce mouvement de colère qui m’a poussé à être s: brutal, si violent! Je vais aller chez Henri.Je me jetterai ses pieds, je le supplierai de me pardonner Je lui dirai tout mon chagrin lorsque j’a compris le mal que j’ai fait.Je lui affirmera que c’est, non la méchanceté, mais la colè: qui m’a emporté.Désormais mon cœur ri tiendra mon bras.Je lutterai à tous les im tants contre moi-même pour ne plus me lai ser aller à la violence.Oh! oui, je veu me corriger; la leçon que me donne l’exp rience est bien amère.fare de % t(% «i L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 323 «posés persoi it le irait MÏÏ1I L0RIA.V amaia Ipiisai ce no' à être jetterai ijuiOBBI jeta cal! oftear teles 1! i, ie vl leap COURS MOYEN DICTÉES I LE CHAMEAU Le désert deviendrait inhabitable si la Providence n’y eût attaché un animal d’un tempérament aussi dur et aussi frugal que le sol est ingrat et stérile, si elle n’y eût placé le chameau.Nul animal ne présente une disposition si marquée et si exclusive pour son climat.Comme le chameau doit habiter un pays où la nourriture est rare, la matière semble être économisée dans toute sa construction.Il n’a les formes pleines ni du bœuf, ni du cheval, ni de l’éléphant- mais une petite tête sans oreilles au bout d’un long cou sans chair, ses jambes et ses cuisses n’ont pas un seul muscle inutile à les mouvoir.(D’après Volney.) Explications.—Désert: quelle idée vous faites-vous d’un désert?Citez un désert en Afrique, en Asie.—Inhabitable : décomposer ce mot et donner le sens du préfixe in.-—Attaché : fixé par sa constitution elle-même qui semble le destiner à vivre dans le désert.-—-Frugal : qui vit de peu et d’une nourriture très simple.-—Sol ingrat : qui ne donne pas la récolte qu’on en espère.-—Constitution : les formes de son corps.—Muscle : organe charnu, fibreux, qui forme la chair de l’homme et des animaux, et dont les contractions produisent les mouvements du corps.Exercices.-—-Relever et mettre au pluriel les adjectifs de la dictée.—Conjuguer mouvoir au présent de l’indicatif et du subjonctif.II MENSONGE ET SINCERITE La première qualité d’un enfant qui veut n’avoir jamais honte de lui-même, c’est la franchise.Celui qui ment ne peut jamais tenir la tête droite, ni regarder en face comme un autre.Quelques-uns mentent par vanité, pour se faire valoir en racontant leurs belles prouesses.D’autres mentent pour déguiser leur faute et éviter une punition : ceux-là commettent une lâcheté.Un brave enfant est celui qui déclare franchement ce qu’il a pu faire de mal; celui-là, on l’estime quand même et on a de l’indulgence pour lui : péché avoué est à demi pardonné.En effet, avouer sa faute, c’est déjà se punir soi-même.Le menteur, une fois qu’on le connaît, est comme un sourd-muet: tout ce qu’il peut dire ne sert de rien : on ne l’écoute pas.Burdeau.Questions.—1.Donnez le sens des mots vanité, prouesses, déguiser.2.Analyser: ceux-là commettent une lâcheté.3.Conjuguez le verbe servir au futur simple et au présent du subjonctif.4.Qu’est-ce que Vindulgence ?Réponses.—1.Vanité : estime de soi-même et désir de plaire qui ne repose que sur des frivolités.Prouesses | acte de vaillance, action de preux.Déguiser : sens propre : habiller de manière à faire paraître autre chose que ce que l’on est: sens figuré (ici) : cacher, montrer autrement qu’elle n’est.2.Ceux-là, pr.dém., masc.pl., sujet de commettent.commettent, v.a., à l’indic.pr., 3e pers.du pl., 4e conj.une, adj.indéf., fém.sing., se rapporte à lâcheté, lâcheté, nom comm., fém.sing., compl.dir.de commettent.3.Futur : Je servirai, tu serviras, il servira, nous servirons, vous servirez, ils serviront.Subjonctif présent | Il faut que je serve, que tu serves, etc.4.Mindulgence : l’indulgence est une grande bienveillance du cœur qui vous porte à excuser 'es fautes du prochain et à lui pardonner.RÉCITATION SOYONS UNIS Le laboureur Je suis le laboureur, je sème et je moissonne ; La plaine , par mes soins, d’épis mûrs se couronne, Je chasse la disette et j’apaise la faim.Le vigneron Je suis le vigneron ; dans mes plants que j’aligne, Je cultive, j’émonde et j’arrose la vigne.Je fais jaillir la source où boit le genre humain.« Le prêtre Je vais semant la vie et nourrissant les âmes ; C’est moi qui de l’amour alimente les flammes, Amis, unissons-nous et nous donnons la main. 324 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE RÉDACTION “en toutes choses considérons la fin” “Rien ne sert de courir, il faut partir à point.’’ Examinez cette maxime au sens propre et au sens figuré.L’élève, l’ouvrier, le laboureur : Comment peuvent-ils mettre cette maxime en pratique ?Voilà une maxime qui nous est bien familière; autour de nous on Ta souvent prononcée; elle cachait un conseil dérobé ou une fine petite moquerie.Que signifie-t-elle en réalité ?Comme toutes les maximes proverbiales, elle contient un double sens : au sens propre, elle veut dire: partez à l’heure si vous voulez arriver à temps, car vous auriez beau vous presser pour rattraper le temps perdu, vos efforts seraient vains et vous arriveriez en retard.Au sens figuré, cela signifie qu’il faut en toutes choses considérer la fin et par conséquent, employer tous les moyens en son pouvoir pour arriver à un but déterminé.Tout succès compte de longs efforts et demande une longue préparation, il faut savoir s’appliquer à cette préparation; les derniers efforts ne suffisent pas, “il faut partir à point” Chaque homme dans la vie sociale met en pratique cette devise, consciemment ou inconsciemment.Celui qui la néglige par paresse ou orgueil risque fort aussi de manquer le but proposé.Par exemple, l’élève, l’ouvrier, le laboureur, qui tous trois doivent accomplir un long travail et créer une œuvre durable, sont plus que d’autres assujettis à suivre la maxime donnée.Pourquoi?mais la raison le dit.Voilà le jeune écolier sur les bancs de la classe; il est là pour s’instruire ; s’il faut beaucoup de patience au maître, il faut beaucoup de bonne volonté à l’élève, car la tâche est rude, un esprit ne se développe pas, une âme ne se forme pas sans un travail lent et opiniâtre.Supposons que l’élève se dise comme, hélas! un certain nombre de paresseux: “Bah! j’ai bien le temps, j’apprendrai demain !” Demain passe, les jours succèdent aux jours et l’enfant perd de plus en plus le goût du travail.Un jour des compositions, des examens arrivent, les retardataires s’efforcent un peu, allons, il s’agit de donner le coup de collier, ils le donnent, mais il est trop tard ; le temps perdu ne se rattrape pas, et l’échec vient confondre ces “lièvres”.L’ouvrier, c’est l’élève d’hier; s’il se dit: “j’ai huit jours pour faire cette commande, j’ai bien le temps!” il verra le jour de la livraison arrivé et le travail pas fini.Que la chose se renouvelle plusieurs fois et il perdra l’estime de ses patrons, il ne sera pas considéré comme un bon ouvrier parce qu’il ne sera pas ponctuel.Mais il est un travailleur qui plus qu’un autre a besoin d’être ponctuel: c’est le laboureur.Les semences ne se font pas au hasard; chaque plante a son mois et si le laboureur, sous prétexte qu’il a le temps, remettait à demain le soin d’ensemencer la terre, que deviendraient les hommes ?La divine Providence de Dieu a ainsi voulu que les hommes soient frères dans le travail, les efforts des uns profitent aux autres, aucune force n’est perdue, c’est pourquoi notre devoir à tous, quel que soit notre rang social, est-il de contribuer généreusement au bien commun.COURS SUPÉRIEUR DICTÉES I LA MER MORTE Les hommes ont bien conservé la faculté que Dieu leur donne, dans la Genèse, d’appeler les choses par leur nom.Cette mer est belle, elle étincelle, elle attire l’œil, elle émeut la pensée, mais elle est morte; le mouvement et le bruit n’y sont plus: ses ondes, trop lourdes pour le vent, ne se déroulent pas en vagues sonores, et jamais la blanche ceinture de son écume ne joue sur les cailloux de ses bords : c’est une mer pétrifiée.Lamartine (1790-1869).Explications.—Sujet de la dictée.-—Que savez-vous de la mer Morte, d’après l’histoire sainte ?—Quelles villes ont occupé son emplacement ?— La lourdeur des eaux de cette mer tient aux énormes quantités de sel, de bitume et d’autres corps que ces eaux tiennent en suspension.Cette lourdeur est telle qu’on ne peut se noyer dans la mer Morte, à peine y enfonce-t-on.Aucun poisson ne L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 325 ‘Pc pas, 'A mails .vit dans son sein, aucun oiseau ne plane au-dessus de ses eaux.-—La blanche ceinture de son écume, c’est-à-dire le bord d’écume blanche qui l’entoure —La Genèse, le premier livre de Moïse.Vocabulaire.—Elle emetjt : elle donne de l’émotion, elle remue l’âme.—Onde : eau et surtout eau en mouvement, soulevée par le vent ; d’où inonder, inondation, ondée, ondoyer, etc.—Bord : border, bordure, déborder, débordement.—Petrifies : changée en pierre.Grammaire.-—Etincelle : verbe étinceler qui, comme tous les verbes en eler, prend deux l devant un e muet.si le icer la iiïüÉ :ravail II LE BON CARACTERE | 111.1 Avoir un bon caractère, c’est posséder en soi le gage le plus assuré du bonheur ici-bas.Un enfant doué d’un heureux caractère est aimé de tous.Si parmi ses sœurs et ses frères, il remarque un sujet de désordre, vite, il met la goutte d’huile ou le baume sur la plaie; il prévient les difficultés, donne un sage conseil à celui-ci, apaise celui-là, fait cesser les malentendus et ramène la paix et la confiance.L’heureux caractère a pour base la bonté, et la bonté, c’est la vertu que les esprits apprécient et estiment toujours.Faire des actes de bonté, c’est jeter sur le chemin que l’on doit parcourir la semence de fleurs brillantes, suaves et parfumées qui embellissent et charment la route.Soyez bons et vous serez heureux.etü^ motive-; ;orifM lent ps 'lieceiï- éïm > :T.Ù ¦ V- r; P®’ Explications.—Sujet de la dictée.-—-Quels sont les avantages d’un bon caractère : pour soi-même?pour les autres ?—Quelle est la base du bon caractère ?Vocabulaire.-—Doué : qui a le don, la qualité native ; mots dans le même ordre d’idées : concéder, conférer, accorder, octroyer.—Baume : sorte de résine odorante, ce qui calme, adoucit ; mots dans le même ordre d’idées : adoucissant, calmant, lénitif, sédatif.—Apaisé : calmé, pacifié, détendu.—Suave : doux et pénétrant.Grammaire.-—-Avoir un bon caractère, c’est., etc.Cet infinitif est employé comme sujet de est, de même plus loin : faire des actes de bonté, c’est jeter, etc.C’est la vertu que., dans ces deux cas, que est pronom relatif._______ RÉCITATION SALUT A LA CROIX Croix auguste, salut ! Salut, Croix vénérable ! Teinte du sang d’un Dieu, témoin de ses douleurs: Chère au cœur déchiré, que l’infortune accable; On oublie à tes pieds, on bénit ses malheurs.Fils de l’homme! Homme-Dieu! sur la Croix tu [t’immoles; La Croix, l’espoir du juste et l’effroi des pervers, Reçoit d’un Dieu mourant les dernières'paroles ; La Croix ouvre les Cieux et ferme les enfeis.Croix, berceau du chrétien ! tu lui donnes la vie : Trône, char triomphal, chaire de vérité, Autel où tous les jours pour nous se sacrifie La victime de grâce et d’immortalité.Comte de Marcellus.COMPOSITION MON RÊVE Lettre à une amie.—Dans une précédente lettre votre amie vous a émis de grands projets qu’elle compte mettre à exécution pour réaliser “son rêve”.Vous y répondez en exposant “le vôtre”.Ma chère Madeleine, (Adaptation) Je ferme votre lettre.et je rêve!.non à ce que vous me dites, mais à ce que je dois vous dire.Nous semblons si loin l’une de l’autre dans nos désirs, et pourtant une sincère amitié nous unit ; un psychologue comme La Bruyère serait nécessaire pour étudier nos cas respectifs et prononcer, une fois de plus, l’éternelle vérité : les contrastes sont une singulière affinité entre eux.Mais revenons à notre sujet.Votre “rêve” est charmant, ma chère Madeleine, et convient à votre nature mouvementée; vous aimez le monde, vous voulez briller dans le monde, vous aimez les “sports”, que sais-je encore.Si j’osais, je dirais comme le bon M.Jourdain, à la longue énumération de vos plaisirs, il y a trop de “tintamarre pour moi dans tout cela”.Et vous m’in- 326 L’ENSEIGNEMENT PRMAIRE terrogez, me demandant mes goûts, mes aspirations personnelles.Je me prépare à vous causer une grosse déception; tant pis; c’est un sincère aveu que vous me faites, c’est donc un sincère aveu que vous me demandez.Mon "rêve” est simple, bien simple.Ce n’est pas à la ville et dans le tourbillon du monde que je veux abriter mon bonheur, je voudrais le cacher à la campagne, dans quelque site solitaire tout paré d’une douce poésie.Riez !.La nature exerce sur moi un tel prestige que je ne comprends et goûte un bonheur que s’il est placé dans le cadre des mes aspirations.C’est pourquoi je n’aime ni les grandes villes, ni les foules, ni les grands magasins, ni rien en un mot où l’on n’a le temps ni de penser, ni de se sentir vivre.Donc, premièrement, si une bonne fée venait me dire: Fais un souhait, je le réaliserai.(Qui de nous n’a pas créé dans ses rêvescette fée bienfaisante aux mains libérales ?) Je lui dirais : Donnez-moi une petite maison à la campagne, au bord de quelque joyeux ruisseau, non loin de la montagne; que je puisse meubler cette maison à mon goût, que chacun des êtres qui l’habitera et que j’aimerai ait tout ce qui est agréable et utile.Car, bien entendu, je ne veux pas l’habiter seule ma Thébaïde; j’y veux voir réunis autour de moi tous ceux qui me sont chers, mes chers parents, quelques amis.Mais vous vous ennuierez à mourir, direz-vous, dans votre paradis; détrompez-vous, ma chère Madeleine, car je me créerai d’utiles et nombreuses occupations.D’abord, j’irai au village tous les jours, à la petite église bien pauvre, mais plus près de Dieu par cette pauvreté; je m’initierai aux travaux des cultivateur s,aux charges de leurs femmes, aux besoins des petits enfants.Ceux-là surtout auraient mes soins et mon affection; je leur apprendrai à lire, j’expliquerai le catéchisme, que sais-je, tous les jours on doit découvrir quelque chose à faire qui soit utile et qui vous rende heureux.Car, ne vous y trempez pas, m.a chère Madeleine, je cherche mon bonheur en bâtissant ce rêve: c’est une variété d’égoïsme, car le mérite consiste "à faire bien” ce qu’on n’aime pas faire.Ainsi, vous la mondaine, vous vivez en ce moment en solitaire et moi, quand j’ouvre mes fenêtres, le matin, au lieu d’apercevoir la verte pelouse rêvée, je vois des voitures qui se croisent, des piétons qui se bousculent ; tout cela c’est la vie et la réalité qui chassent les rêves.Debout pour la lutte, debout pour les devoirs, eux aussi apportent leur part de bonheur, sachons toujours le comprendre.Au revoir, ma chère Madeleine, il est très tard, je vois revoir dans le sommeil ma chère petite maison de campagne.Je vous souhaite des songes dorés où passent de brillantes amazones parmi lesquelles vous vous reconnaîtrez.Les rêves de Morphée nous sont permis car ils n’enlèvent rien à notre activité.Bien à vous, 7 t Isabelle.ENSEIGNEMENT MÉNAGER l’ordre Canevas.—1.Préambule.—2.L’ordre dans sa chambre.—3.L’ordre dans la tenue.—4.L’ordre dans les dépenses.-—5.L’ordre dans l’emploi du temps.1.Une des choses qu’exige le plus impérieusement le respect de soi-même, c’est l’ordre.L’ordre extérieur est à vrai dire l’emblème ou plutôt le résultat, le reflet de l’ordre qui régit et discipline à l’intérieur l’esprit et l’imagination.Il découle tout naturellement d’une nature bien réglée, et il est un besoin pour toute personne ayant le sentiment de l’harmonie.L’habitude de l’ordre est plus facile à prendre qu’on ne le pense, et elle procure de véritables jouissances'à ceux qui l’ont contractée; de plus elle est un devoir envers les autres, que le désordre choque ou gêne inévitablement.2.Une jeune fille doit donc mettre de l’ordre dans sa vie extérieure, et d’abord dans sa chambre.Cela n’a l’air de rien, mesdemoiselles, de ranger votre chambre, et cependant il y a là, en germe, toute la tenue d’une maison. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE iWrt of c®‘ Tfr?les !tic ^ ldi® Quelle que soit votre chambre, belle ou aide, vous pouvez toujours la rendre agréable, avec de la propreté, du soin, de l’ordre.Rien n’y doit traîner, comme on dit vulgai-ement.A toute heure du jour, on doit pou-Ivoir y entrer sans vous faire honte.On est pris d’impatience et de pitié d’entendre une jeune fille defendre l’entrée de sa chambre sous prétexte qu’elle n’est pas rangée.Si votre chambre est jolie, le désordre la dépare • i elle est laide, il la rend repoussante.La toilette, qu’elle soit placée dans votre chambre ou dans un cabinet voisin, doit être tenue avec la plus grande propreté- il est odieux de trouver de l’eau de savon dans une cuvette ou un peigne sur une table.Une femme comme il faut tient toujours sa chambre de manière qu’on puisse la voir à toute heure, et de cette habitude de soin, de propreté, derangement, naît le plus souvent cet instinct d’harmonie et d’élégance qui embellit, qui rend agréable ce qui est laid, qui suggère la disposition heureuse des meubles, des bibelots, des fleurs, etc.Chose incompatible avec le désordre et l’encombrement.3.Une femme qui se respecte fait pour sa toilette ce qu’elle fait pour sa chambre, c’est-à-dire qu’elle est toujours prête à recevoir n’importe qui.Elle évite les contrastes, les variations qui changent sa physionomie, qui la montrent, le matin, vêtue d’une robe salie ou déchirée, les cheveux en broussailles, et le soir, parée avec un excès d’élégance et, frisée comme par le coiffeur.Elle établit certes, des différences entre les diverses heures du jour, et aussi les différentes circonstances qui exigent une toilette plus ou moins relevée, mais la tenue est toujours la même.Il faut qu’une jeune fille soit coiffée en se levant.Elle ne doit revêtir de robe de chambre que dans sa chambre, ou si elle est malade.Elle portera des toilettes aussi simples qu’elle le voudra (et la simplicité est évidemment pour elle un indispensable élément de distinction), mais jamais une robe tachée ou déchirée.C’est aussi une habitude à prendre, que celle de nettoyer ou de raccommoder immédiatement ses vêtements.Le détestable système des épingles remplaçant les agrafes ou les boutons fait tout de suite juger une femme, et la mal juger, sans compter qu’il aggrave le dommage et le rend souvent irréparable.Il faut arriver à ne pouvoir supporter le désordre, et à garder la 327 tenue qui convient à toute fenme carme il faut.4.Si peu d’argent que vous ayez, chères lectrices, il importe encore d’avoir de l’ordre dans vos petites dépenses.C’est là aussi le germe d’un grave devoir dans n’importe quelle situation.Tout d’abord, évitez d’emprunter.Rien n’est plus contraire au respect de soi, et rien n’est plus dangereux comme tendance.Emprunter émousse la délicatesse en attendant que la probité elle-même reçoive des attaques.Apprenez à vous contenter de ce que vous avez : cela ne porte aujourd’hui que sur les petites sommes: ce n’en est pas moins la science de l’éccncmie domestique et le secret de la dignité de la vie extérieure.Raisonnez vos dépenses, discu-tez-les, réglez-les selon les droits de la charité et de la justice, auxquels personne ne doit se soustraire, et inscrivez ce que vous avez dépensé.C’est encore une habitude qui vous sera utile plus tard.Inscrire ses dépenses a de grands avantages: se préserver des soupçons auxquels peut prêter la rapidité avec laquelle l’argent s’écoule dans un ménage; se donner à soi-même d’utiles leçons sur l’inutilité de certaines dépenses qu’on reconnaît blâmables ou futiles, après qu’un certain temps s’est écoulé; puiser des indications pour l’avenir, enfin, maintenir jusque dans son budget cette harmonie, cet ordre qui conviennent dans les moindres détails.5.L’ordre régit encore l’emploi du temps.C’est lui qui empêche de donner à ses amis trois ou quatre rendez-vous pour la même heure; c’est lui qui enseigne la valeur du temps, qui ménage les loisirs indispensables pour les lectures sérieuses, le travail; lui qui défend de l’excès en toutes choses, qui empêche de prolonger telle visite, telle promenade, tel plaisir, au delà de ce qui Est convenable.Lui qui, en un mot, défend la vie contre les terribles empiètements de la fantaisie, du caprice, de la flânerie.Il apprend à régler le temps, comme on règle ses dépenses et, en effet, le temps est un trésor qu’il n’est pas permis de gaspiller.Voilà, en résumé, le véritable savoir-vivre qui utilise, à notre profit et à celui d’autrui notre temps comme nos facultés, qui nous laisse la possession de nous-mêmes, et donne à toute notre existence un cachet d’harmonie, de mesure et de paix. 328 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE MATHEMATIQUES ARITHMÉTIQUE PROBLÈMES SUR LES QUATRE OPÉRATIONS 1.Trois associés doivent se partager un profit de $9720.Le premier recevra 3 fois autant que le deuxième et le deuxième 2 fois autant que le troisième.Combien chacun recevra-t-il?Solution : Soit $1, la part du troisième, alors $2.celle du deuxième et $6.celle du premier.$l+$2+$6=$9, total des 3 parts supposées.$97209 =$1080, la part du 3ième.Rép.$1080 X2 =$2160, la part du 2ième.Rép.$2160 x3 = $6480, la part du 1er.Rép.2.Deux associés se partagent un profit ; la part du premier qui est 9 fois celle du second surpasse la seconde de $2996.Quel est la part de chacun ?Solution : Si la part du premier est 9 fois celle du second, la différence entre les deux parts égale 8 fois celle du second.$2996 =8 =$374.50, la part du second.Rép.$374.50 X9 =$3370.50, la part du premier.Rép.Ou $2996+$374.50 =$3370.50, la part du premier.Rép.3.Une propriété évaluée $3848 comprend une maison, un champ valant $36 de l’acre et un verger valant $24 de l’acre.Le verger vaut 3 fois le champ et la valeur de la maison est de $824 de plus que celle du verger.Trouvez la valeur de la maison et le nombre d’acres dans le champ et dans le verger.Solution : La valeur du champ =la valeur du champ.La valeur du verger =3 fois la valeur du champ.La maison =le verger +$824 =3 fois la valeur du champ +$824.La propriété =la valeur du champ+3 fois la valeur du champ+3 fois la valeur du champ+ $824.=$3848.Ainsi 7 fois la valeur du champ+$824 =$3848.Et 7 fois la valeur du champ =$3848-$824 =$3024.Et la valeur du champ = $3024-=-7 =$432.La valeur du verger = 3 X$432 =$1296.La valeur de la maison =$1296+$824 =$2120.Rép.$432-e $36 =12 acres dans le champ.Rép.$1296-e24 =54 acres dans le verger.Rép. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 329 PROBLÈME DE RÉCAPITULATION SUR LES FRACTIONS 1.Un réservoir est pourvu de trois tuyaux.S’ils coulent en semble le réservoir se videra dans 6 heures.Si on n’ouvre que les 2 premiers il se videra dans 7 heures 1/4.Combien d’heures le troisième mettrait-il à le vider seul?Solution : Dans 1 heure les 3 tuyaux vident Ve du réservoir, Dans 1 heure les 2 premiers vident 1 ^71/4 = 1 ^29/4 = 4/29 du réservoir.Ve- 44q =29/174 — 2Vi74 =5/174 du réservoir, ce que le 3e videra dans 1 heure.V174 == 1/5 d’heure.174/ 1/ v/ 1 'T/I _174» _O/J4/ 174/174 = V5 X174 = 174/5 =344/5 heures.Eép.2.Trois marchands se partagent un bénéfice de $28700 ; la part jp ¦ ; ¦ ¦.¦ L:; fettr I A f; L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 333 LE CABINET DE L’INSTITUTEUR LA VÉNÉRABLE MARGUERITE D’YOUVILLE Le 23 décembre dernier marquait le 150cme anniversaire de la mort de la Vénérable pçjjj Mère d’Youville, fondatrice des Sœurs de la Charité, dites Sœurs Grises, à Montréal, en 1737.De la Maison-Mère des Sœurs Grises de Montréal, sont sorties quatre congrégations du même ordre : Saint-Hyacinthe, 1840 ; Ottawa, 1843 ; Québec, 1849 ; Nicolet, 1886.Voici un résumé des statistiques générales fournies par les Maisons-Mères de Montréal, Saint-Hyacinthe, Ottawa, Québec, Nicolet : Religieuses vivantes : 3,900 ; Religieuses décédées : 1,696 ; Novices : 500 ; Etablissements : 205 ; Malades : 20,920 ; Pauvres hospitalisés : 2,830 ; Orphelins : 8,730 ; Elèves : 15,109.Ces statistiques disent bien haut la vitalité de l’œuvre fondée par la Vénérable Mère Marguerite d’Youville.NOS ENFANTS DE CHOEUR Les enfants de chœur tiennent trop grande place dans la vie paroissiale pour ne pas être l’objet d’une attention spéciale.Ils sont toujours en vue et, même aux heures les plus solennelles de nos mystères et de nos offices, ils aident aux choses saintes et, avec le prêtre, ils sont admis tout près de Dieu.Il est donc nécessaire qu’ils reçoivent une formation qui les mette en état de devenir une véritable édification pour la terre et pour le ciel.Cela fait tant de bien à l’âme de voir autour de l’autel des enfants recueillis, priant, faisant leurs cérémonies avec foi et piété, traduisant dans tous leurs mouvements les sentiments religieux qui pénètrent leurs cœurs ; ils tiennent la place des anges en ce service auguste des autels.Nos enfants de chœur n’atteindront cet idéal qu’à la condition qu’ils soient bien pieux.Il leur faut une piété sérieuse, basée sur une foi très vive, qui fait qu’on accepte son emploi avec amour.La piété inspirera le respect se révélant dans une tenue très propre et très digne, dans une attention continuelle, dans une fidélité ponctuelle à accomplir avec les mêmes soins les plus petits détails comme les plus importantes cérémonies.“Il n’y a rien de petit, disait M.Olier, dans tout ce qui touche au culte de nos autels.” On doit avoir un maintien. 334 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE correct, car les cérémonies faites d’une façon gauche et maladroite, les génuflexions hâtives et mal équilibrées, les cierges et les flambeaux portés de travers, les regards distraits et errants, les colloques furtifs et mal dissimulés, les courses précipitées dans le chœur et la sacristie, à la recherche des objets oubliés, etc., tout cela nuit au recueillement général, attriste le prêtre et édifie mal les fidèles.Aussitôt habillés, avec votre livre en mains, mettez-vous en rangs, pensant à l’honneur qui vous est fait et faites votre entrée à l’église, tout silencieux et recueillis, avec une tenue digne et pieuse.L’esprit de foi est nécessaire, surtout au servant de Messe basse ; sans cela l’enfant portera l’ennui au dedans et le scandale au dehors.C’est à lui surtout de savoir et de se rappeler l’excellence du saint sacrifice de la Messe, d’en connaître les différentes parties avec leur symbolisme et leurs souvenirs particuliers.Il tient la place du peuple auprès du prêtre ; qu’il soit priant, et pour cela qu’il se prépare à son service.Le servant de Messe basse a un instrument indispensable auquel il doit avoir recours : son livre de messe.Le servant chanteur à la maîtrise veillera à ne pas se laisser distraire par son double emploi : il s’estimera très heureux de pouvoir, par ses chants et par ses cérémonies, glorifier le bon Dieu et édifier les âmes.>fS tel ièrd11 {Êè lance Le servant qui communie (et cela est fréquent) sera tout à son bonheur de recevoir le bon Dieu et, le jour de ses communions surtout, il rayonnera l’édification et le bonheur.K; i), Il est bon d’établir une hiérarchie.Il doit y avoir, à côté des enfants de chœur en s :.exercice des aspirants et, au-dessus de tous, un préfet des enfants de chœur, sachant très bien les cérémonies et les usages et jaloux de les montrer et de les maintenir en leur perfeo tion.(1) X.(l) Reproduit de la Quinzaine paroissiale, d’Albert, Somme (France).!¦ t ( LES CLASSIQUES POUR TOUS^ Aires Le so «tipii! rimaire, Nous recommandons aux maisons d’éducation la belle collection de classiques publiée par la librairie Hatier, 8, rue d’Assas, Paris (6e).Cette maison offre à ses clients les méil leures garanties.Nous recommandons en particulier une fort belle Histoire de l’Église, illustrée, en 590 pages.Aussi l’Histoire de la littérature française et les Grands écrivains 1 français de Ch.-M.Des Granges.K irait , j * “H i MJ fi L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 335 flint ÈÉDéral “UN SIÈCLE D’ÉDUCATION RELIGIEUSE ET D’ÉDUCATION CHRÉTIENNE”.etdei partiJ Les amis de l’éducation liront avec un vif intérêt la très belle histoire de l’Institut des 1 Frères du Sacré-Cœur, qui vient de paraître sous le titre : Un siècle de Vie Religieuse ü d1 Éducation.Les 264 pages de ce volume illustré renferme les annales édifiantes st captivantes d’une des plus belles familles religieuses qu’ait produite le sol fécond de la France apostolique.FEU M.C.-J.-L.LAFRANCE MM tattrà A l Nous recommandons aux prières de nos lecteurs l’âme de M.C.-J.-L.Lafrance, ancien instituteur, auteur de manuels classiques et fondateur de la revue pédagogique La Semaine (1864), décédé à Québec, le 12 décembre 1921, à l’âge de 89 ans.Instituteur au Cap-Rouge, à Batiscan, à Beauport, puis à Québec, M.Lafrance enseigna de 1850 à 1876.En 1878, il devient trésorier de la cité de Québec, poste important qu’il occupa avec compétence pendant 36 ans.Dans VEnseignement Primaire d’avril 1916, nous avons publié une biographie détaillée de M.Lafrance, nous y renvoyons le lecteur.Cette biographie a été reproduite par les journaux de Québec du 13 décembre dernier.Nous aimions à rencontrer ce pionnier de l’enseignement primaire, chez nous, et à causer avec lui des petites écoles d’autrefois et des éducateurs de jadis.Nous tenons de M.Lafrance des renseignements précieux sur les choses scolaires de la province de Québec, remontant à 1850.Le souvenir de M.Lafrance vivra dans la mémoire des instituteurs canadiens, qui savent que cet éducateur contribua dans une large mesure au progrès de l’enseignement primaire, à une époque où les instituteurs étaient loin d’etre l’objet de la faveur bien méritée que leurs successeurs reçoivent aujourd’hui de la part du gouvernement et des municipalités.3 publié le; Bîil C.-J.Magnan.UNE TOUCHANTE FÊTE AU COUVENT DE JESUS-MARIE, LAUZON Le onze décembre, c’était fête joyeuse au Couvent de Jésus-Marie, Lauzon.On y célébrait, en famille, le soixantième anniversaire de profession religieuse de Mère Marie Saint-Jean-Baptiste, née Alvine Turgeon, fille de M.Colomban Turgeon, de Beaumont. 336 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE Les Mères fondatrices de “Jésus-Marie” en Amérique, appelées de Lyon, France, par le-Rév.Mr Routhier, arrivèrent au Canada à la fin de novembre 1854.Elles s’empressèrent de répondre aux désirs du bon Curé et des paroissiens de St-Joseph en ouvrant un pensionnat le sept janvier 1865; Melle Turgeon fut une élève du premier jour.Ardente au travail, pieuse et dévouée, elle sut bientôt conquérir l’estime des religieuses» Ces bonnes mères françaises, qui avaient quitté famille et patrie pour se consacrer à l’instruction des enfants sur une terre d’exil, furent heureuses de rencontrer, dès leur installation en terre canadienne, des âmes nobles et grandes, des coeurs prêts à tout sacrifier, à leur tour, pour se dépenser à la gloire du Bon Maître.\ , ' ¦ i Melle Turgeon, douée de cet esprit apostolique, fut la première élève admise au noviciat, et, devenue Mère Marie Saint-Jean-Bpatiste, elle prononça, le 11 mars 1861, ses trois vœux de religion.De ces 63 ans de vie religieuse, dont 53 d’enseignement, 45 années furent consacrées aux élèves externes du Couvent de Jésus-Marie, dans la paroisse de St-Joseph de Lévis Après 4 ans passés à la maison du noviciat, elle fut envoyée en mission.Rappelée aprèi huit ans, elle fut nommée directrice de l’École paroissiale et sacristine de l’église : deux chères obédiences qu’elle remplit pendant 41 ans consécutifs.Qui peut dire le dévouement de cette épouse du Christ, qui, tout en cultivant les nombreuses âmes qui lui furent confiées, savait encore s’acquitter de divers emplois pour aider au personnel de la maison fondatrice.Mère St-Jean-Baptiste vécut avec nos premières Mères; elle partagea les durs et pénibles travaux d’une maison naissante : nos annales gardent précisusement ces souvenirs d’antan qui restent un puissant exemple pour les générations à venir.C’est durant cette période qu’elle propagea avec un zèle admirable la dévotion au Sacré-Cœur, enrôlant un très grand nombre de per-1 sonnes dans la “Garde d’Honneur.” Elle aimait ses enfants, elle s’intéressait à toutes; après leurs années d’école, elle suivait discrètement au foyer ces âmes qui lui étaient si chères.Aussi personne n’a oublié Mère St-Jean-Baptiste.Elles ont bien su le prouver, ces chères anciennes accourues plus de 3004 le onze décembre, auprès de leur bonne Mère, pour lui redire leur affectueuse gratitude.Il y avait là, pour la petite séance de l’après-midi, trois générations d’élèves de Mère St-Jean-1 Baptiste.Grand’Mamans et petits-enfants rivalisaient de joie, de tendresse et de recon-naissance.Qu’il fut touchant et impressionnant ce spectacle religieusement familial?Elle; fut bien goûtée leur jolie adresse.Ayant appris que leur bonne Mère voulait remplacer la statue du Sacré-Cœur, qu’une : bourrasque du nord avait enlevée de son piédestal, ces dévouées anciennes se mirent en frais.) et collectèrent une bourse généreuse.Ce sont les diamants qu’elles offrirent si généreusement: unis à tous leurs sentiments et leurs vœux de gratitude, c’était bien le plus beau cadeau d’un j jubilé de diamants!.Couvent de Jésus-Marie.Sillery, 16 décembre 1921.1914 gUcl fills paii injiii less % de Fl *
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