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Titre :
L'enseignement primaire : journal d'éducation et d'instruction
Éditeur :
  • Québec :[L'enseignement primaire],1881-1956
Contenu spécifique :
Juin
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
autre
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • École primaire (Lévis, Québec)
  • Successeur :
  • Instruction publique
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L'enseignement primaire : journal d'éducation et d'instruction, 1930-06, Collections de BAnQ.

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51e Vol.Québec, Juin 1930 N° 10 L'ENSEIGNEMENT PRIMAIRE ÉDUCATION — INSTRUCTION CINQUANTENAIRE DE NOTRE HYMNE NATIONAL “O CANADA ! ” ii i I.—M.le Juge A.-B.Routhier, auteur des paroles de “O Canada !” IL—Calixa Lavallée, auteur de la musique de “O Canada!”.X vî Le mois de juin 1930 marquera une date importante dans l’histoire du peuple canadien-français.En effet, il y a cinquante ans que les paroles et la musique de “O Canada ! ” ont été composées.Dans une jolie brochure, M.Hormisdas Magnan a rappelé ce cinquantenaire mémorable, brochure dont nous avons parlé à deux reprises dans VEnseignement primaire.A l’aide de cette brochure, il sera facile de donner une petite causerie en classe sur l’origine de notre hymne national et les auteurs de ce beau chant.Inutile de rappeler qu’un règlement du Comité catholique du Conseil de l’Instruction publique oblige les instituteurs et les institutrices à faire chanter O Canada! dans toutes les classes au moins deux fois le mois.Une excellente analyse littéraire de “O Canada” a été publiée dans Y Enseignement primaire de juin 1929, sous la signature de M.Gaillard de Champris.C.J.M. 738 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE DOCUMENTS OFFICIELS L’ORDRE DU MERITE SCOLAIRE MANIFESTATIONS MÉMORABLES A MONTRÉAL ET A QUÉBEC A MONTREAL Dans la livraison de VEnseignement primaire de mai dernier, nous avons rapporté sommairement la séance que l’Ordre du Mérite scolaire a tenue à Montréal le 5 avril dernier.Aujourd’hui, nous sommes en mesure de publier les discours qui ont été prononcés en cette circonstance mémorable.ALLOCUTION PAR L’HONORABLE CYRILLE-F.DELAGE, Surintendant de l’Instrustion publique, prononcée à l’École normale Jacques-Cartier, département des filles, C.N.D., Samedi, le 5 avril 1930, lors de la remise des premières décorations de l’Ordre du Mérite scolaire Messeigneurs, (1) Madame la Supérieure générale, (2) Mesdames, Messieurs.Je me lève, veuillez le croire, sous le coup d’une vive émotion et d’une grande satisfaction pour vous exprimer les sentiments qui m’animent en cette circonstance qui fera époque, je n’en ai aucun doute, dans les annales du corps enseignant et dans celles de notre province.Certes, ce j'our, samedi, 5 avril 1930, où se fait pour la première fois remise des décorations d’un ordre récemment créé, ne peut être autre pour moi qu’un jour heureux, car il m’apporte la réalisation d’un projet formé depuis longtemps afin que soient mieux connus, plus appréciés et rémunérés les services de ce modeste, mais précieux collaborateur de la Famille, de l’Église et de l’État: le MAITRE de notre petite école.Rien donc d’étonnant que j’éprouve en ce moment une douce émotion et que je res5ente une réelle satisfaction.A peine étais-je arrivé au poste important que j’occupe depuis quelques années, je constatai bientôt la position pénible dans laquelle je me trouverais maintes fois.Après avoir découvert un méritant au service de la cause qui nous intéresse d’une manière particulière, me voir dans l’impossibilité de lui offrir une récompense adéquate, quelle contrariété!.Immédiatement, je songeai à la création d’un organisme qui me sortirait de cette impasse.A cette fin, j’attirai donc plusieurs fois dans mes rapports annuels l’attention sur cette lacune, suggérant un moyen qui, dans mon humble opinion, la ferait disparaître.Les esprits s’éveillèrent aussitôt: le Comité catholique du Conseil de l’Instruction publique adhéra unanimement à ma proposition et au cours de l’avant-dernière session, en la cristallisant dans un projet de loi, l’honorable Secrétaire de la province en assure le succès définitif.Par la loi 18 George V, chapitre 46, sanctionnée le 28 mars 1928, un ordre nouveau est institué dans notre province—l’Ordre du Mérite scolaire—dans le but d’encourager les instituteurs par des honneurs et des récompenses et de reconnaître les services rendus à l’instruction publique.Et j’ai cru que nul endroit ne serait plus approprié pour sa première manifestation que celui où nous sommes en ce moment réunis—l’École normale Jacques-Cartier des filles—ce fécond foyer de formation morale, intellectuelle et pédagogique, sous la sage et habile direction, depuis plus d’un quart de siècle, de la Congrégation de Notre-Dame.Et je suis venu y solliciter l’hospitalité; et les portes, comme les cœurs, se sont ouvertes à deux battants.(1) S.G.Mgr Gauthier, archevêque-coadjuteur de Montréal et S.G.Mgr Limoges, évêque de Mont-Laurier.(2) La révérende Mère Supérieure des Sœurs de la Congrégation de Notre-Dame. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 739 A ceux dont le concours m’a été si précieux, aux amis de toutes les heures, aux personnages distingués qui se sont rendus à notre invitation et dont la présence jette un si grand lustre sur cette démonstration, aux voix autorisées qui se feront entendre, à tous le plus cordial remerciement.Vous connaissez Thistoire de ce pays.Vous savez que sous la poussée d’un noble idéal, l’agrandissement du royaume de leur Dieu et de celui de leur Roi, des hommes, à l’instar des pêcheurs galiléens, dont nous parlons la langue et pratiquons la religion, y abordèrent, il y a quatre siècles près et se mirent résolument à l’œuvre.Sous leurs coups vigoureux, les limites de la forêt reculèrent rapidement, la barbarie à son tour abandonna la partie et ces pionniers purent bientôt, exhubérants de joie, déposer dans un large sillon qu’ils avaient creusé sur ce sol vierge, avec le premier grain de blé, le germe d’une civilisation nouvelle, la civilisation française et catholique.Le laboureur avait été le premier à la peine; il devait être le premier à l’honneur.Il le fut le 23 décembre 1890, date mémorable dans nos annales.Alors un Premier Ministre, incarnant les sentiments de sa race, la fidélité au passé, la loyauté au présent, Mercier, qui avait créé l’Ordre du Mérite agricole afin de lui prouver notre vive reconnaissance, notre profonde admiration, notre inaltérable confiance, au sein de l’assemblée législative où il l’avait invité à prendre place, après l’avoir, dans une éloquente envolée, salué comme l’un de nos plus insignes bienfaiteurs, en présence de la nation réunie, épingla sur sa poitrine la croix d’honneur, celle que l’on donne à ceux qui meurent, mais ne se rendent pas.L’instituteur a été le plus fidèle compagnon du laboureur dans cette chevaleresque entreprise.Le semeur du blé a eu son jour de gloire; il le méritait.Au tour de l’autre maintenant, au tour de l’instituteur, du semeur d’idées dans le sillon qu’il creuse—parfois si péniblement—au champ de l’intelligence.Il ne l’a pas moins mérité.Il l’aura dans quelques instants.L’instruction, la formation physique, morale et intellectuelle de l’enfant, “cet anneau de chair et d’esprit”, parure de la famille, espoir de la société, commence sous le toit paternel, mais d’une manière inévitable se continue à l’école qui en est le prolongement.La famille, en effet, ne peut longtemps seule qu’avec la plus grande difficulté remplir cette charge onéreuse.Elle appelle bientôt au secours et sollicite un auxiliaire qui lui est fourni dans la personne de l’instituteur dont le rôle est aussi délicat que la mission chargée de lourdes responsabilités.Car, auxiliaire en outre de l’Église et de l’Etat, il faut que d’une main habile il ouvre le cerveau de l’être confié à sa sollicitude, en chasse les ténèbres et y fasse pénétrer la lumière et burine dans son cœur les principes qui font les citoyens utiles et les patriotes véritables.Pour mieux arriver à un tel résultat, remplir une tâche parfois fastidieuse parce que sans cesse renaissante et souvent, pour ne pas dire toujours, guère appréciée à son mérite par les plus intéressés, le véritable instituteur, pendant des années, toute sa vie, doit s’astreindre et se résigner à un isolement presque complet et continuel, ne reculer ni devant l’effort ni devant le travail ni devant aucun sacrifice.Il faut que chaque jour le volume de ses connaissances augmente, que sa formation devienne meilleure, c’est la condition essentielle de ses succès; et s’il met à notre disposition le fruit d’un pareil labeur, ne soyons pas des indifférents, des oublieux, des ingrats.Notre instituteur ne s’est pas conduit, ne se conduit pas différemment; aussi a-t-il été, est-il à la hauteur de la position.Sa réponse fut prompte et il se mit à l’œuvre avec une inlassable ardeur, une indomptable énergie; les résultats obtenus proclament éloquemment l’efficacité de sa forte contribution, de sa précieuse collaboration.Je n’ai aucune hésitation à le répéter aujourd’hui: “si le verbe français résonne encore sur les bords de notre majestueux fleuve, si la religion catholique y prouve encore sa vitalité par la ligne pénétrante de ses flèches qui en jalonnent les rives, si les mœurs ancestrales n’y ont pas succombé sous les coups violents et répétés qui lui ont été portés de toutes parts, si la voix du Pays de Québec “à moitié un chant de femme, à moitié un sermon de prêtre” au doux murmure que rien “ne doit mourir, que rien ne doit changer”, y a toujours été entendue, religieusement écoutée, nous le devons sans doute à la famille, à l’Église et à son admirable clergé, à l’État, nous le devons surtout à notre corps enseignant dans les rangs duquel instituteurs laïques et membres de congrégations religieuses, depuis la première heure jusqu’à celle-ci, se sont généreusement mêlés, confondus avec un véritable zèle apostolique, sous l’anonymat du dévouement, afin de servir, de toujours mieux servir la cause si intéressante, si vitale pour notre nationalité de l’instruction publique. 740 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE Dans notre humble opinion, l’heure de l’appréciation sincère publique était arrivée.Nous avons cru, voulu que la manifestation n’en fût pas plus longtemps retardée.Mais les bons sujets sont nombreux.Quatorze mille pouvaient légitimement aspirer cette année aux décorations et diplômes suivants de l’Ordre du Mérite scolaire: 1.La décoration du premier degré, avec diplôme de “MÉRITANT”, dont la quantité est illimitée; 2.La décoration du second degré, avec diplôme de “BIEN MÉRITANT”, dont la quantité ne doit pas dépasser trois cents, est répartie entre les instituteurs et institutrices religieux et laïcs proportionnellement au nombre de chaque catégorie; 3.la décoration du troisième degré, avec diplôme de “TRÈS MÉRITANT”, dont la quantité ne doit pas dépasser cinquante, est repartie de la même manière que pour le deuxième degré.Et le jury n’a recommandé que deux cent quatre-vingts titulaires pour le deuxième degré et quarante et un pour le troisième degré.Le choix sera toujours difficile, embarrassant.Les plus dignes, dont les noms ne nous parviendront jamais, sont probablement tombés depuis longtemps au champ d’honneur, nobles victimes dans l’accomplissement d’un grand devoir.Je ne les troublerai point dans leur éternel repos, mais en ce jour de témoignage public, aucun oubli, si possible, aucune omission; à eux donc notre première pensée, émue, sincère et reconnaissante.Au lendemain de la grande guerre, les peuples se trouvèrent dans la même situation.Une idée lumineuse traversa leur cerveau: exhumer le cadavre d'un soldat inconnu, le transporter sous l’Arc de Triomphe et reconnaître ainsi à un anonyme l’immense dette contractée envers tous pour leurs souffrances, leur suprême sacrifice.Le geste ne peut-il pas se répéter en cette occasion et plus facilement en faveur de ces insignes bienfaiteurs de la première heure ?A quelques pas de moi dans une crypte qu’éclairent les rayons de la croix lumineuse élevée par la piété populaire sur la montagne de Ville-Marie, sa ville d’adoption, reposent les restes mortels de la Vénérable Marguerite Bourgeoys, votre mère, Mesdames, votre modèle, Mesdemoiselles, la première institutrice, Monseigneur, de votre diocèse.Elle montera bientôt, c’est ma prière la plus ardente, sur les autels de la Religion; elle est déjà rendue sur ceux de la Patrie.Dans sa personne, m’inclinant avec respect, avant le présent, je salue le passé, je remercie le passé, et, comme preuve de la sincérité de nos sentiments, en mon nom, en ma qualité officielle, en votre nom, je dépose sur sa tombe avec la fleur du souvenir celle de la reconnaissance.Et Vous, le présent, vous l’Elite désormais de notre corps enseignant, élite constituée avec le plus grand soin et la plus stricte impartialité, dont les rangs, je l’espère, se grossiront rapidement, vos noms, parce que vous avez fait pousser le brin d’herbe là où il n’en poussait point, seront proclamés dans quelques instants.Que la démonstration sincère, respectueuse et sympathique dont vous allez être l’objet soit votre meilleure récompense; conservez-en longtemps, toujours, le bon et réconfortant souvenir!.RÉSUMÉ DES REMARQUES DE S.G.Mgr G.GAUTHIER, ARCHEVÊQUE- COADJUTEUR DE MONTRÉAL J’ai accepté avec bonheur la présente invitation.Tous, d’ailleurs, nous attendions dans la joie, cette fête que la Commission d’administration de l’Ordre du Mérite scolaire avait préparée, et dont M.le Surintendant eut la première pensée.Tous les membres du Comité catholique avaient souscrit avec enthousiasme, au projet qui s’élaborait.Aussi j’éprouve, étant donnée la position que j’occupe, la joie la plus vive, devant la réalisation d’aujourd’hui.Je le répète donc, mes sentiments comme ceux de Monseigneur de Mont-Laurier, sont des sentiments de joie.Mais ce n’est pas sans émotion que je vous ai entendu, Monsieur le Surintendant, faire allusion aux disparus tombés au champ d’honneur.Je suis ancien élève du Plateau.Je profite de la circonstance pour dire un merci cordial et reconnaissant à mes premiers maîtres.Je les revois ces vieux maîtres et j’en suis ému.Mais aujourd’hui, nous sommes en face de vivants, de vivants qui vont être à l’honneur.Je les félicite de leurs succès pédagogiques.Beaucoup de compétences ont pu être reconnues mais, à notre grand regret, de très méritants resteront dans l’ombre.A titre d’évêque, je vous remercie It 3 - S 3- ^ ?s- ^ S- g ^ £3 £3 S3 - 3§ to V! Skrik O T"~—-^v PROVÎNCE DE QUEBEC â département de rinetruetion ipublique Le Surintendant de l’Instruction publique, Vu la résolution du Comité catholique du ter février 1928 ; Vu la loi 18 George V, Chapitre 46; Vu le rapport de la Commission de l’Ordre du Mérite scolaire établissant que a enseigné pendant au moins vingt ans avec très grands succès, ARRÊTE : est nommé Membre de l’Ordre du Mérite scolaire à titre de Très Méritant.Fait à Québec, le 193 .POU* AVtfUATlOtN : Le Secrétaire Je la Commission, Le Surintendant de VInstruction publique, «gagBaagggg »i ip* L j 1 I fc iiiiM DIPLOME DE L’ORDRE DU MÉRITE SCOLAIRE Province de Québec L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 741 742 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE avec effusion des services que vous nous rendez.Au point de vue chrétien, vous tenez une place éminente.L’école, boulevard des idées, est entre vos mains.Il est essentiel que la jeunesse soit chrétiennement formée.Car enfin nous ne vivrons pas toujours, il faut atteindre notre fin dernière.Il est de première nécessité de préparer nos enfants en vue de cette fin dernière.Nous y arriverons par une action soigneuse, constante et directe sur la jeunesse de notre province.L’école est non seulement le boulevard des idées sociales, elle est encore et surtout le boulevard des idées chrétiennes.Le dirons-nous ?Des mouvements se dessinent qui nous causent des inquié-tudes.Des étrangers qui n’ont aucune idée de nos traditions, de la constitution que nous avons préparée, établie, moyennant tant de sacrifices, après tant d’années de discussions, de réflexion, ces populations nous obligent à veiller sans cesse à la sauvegarde des traditions qui sont nôtres.Mais, c’est l’école qu’il faut garder: c’est l’école qui gardera la province.Il est de toute nécessité que notre jeunesse grandisse avec des idées chrétiennes; ce soin retombe sur vous, instituteurs méritants.REMERCIEMENTS ADRESSÉS PAR MONSIEUR VICTOR DORÉ, PRÉSIDENT GÉNÉRAL DE LA COMMISSION DES ÉCOLES CATHOLIQUES DE MONTRÉAL Monseigneur, Monsieur le Surintendant, Mesdames et Messieurs, “Vous êtes au nombre des décorés.Vous voudrez bien, en leur nom, dire quelques mots pour remercier le Comité catholique du Conseil de l’Instruction publique et le Gouvernement d’avoir institué l’Ordre du Mérite Scolaire.” Tel le commandement d’un chef à un soldat, votre lettre, monsieur le Surintendant, m’appelle à l’honneur.Non content d’attacher à ma boutonnière une décoration inespérée, vous m’enjoignez de parler au nom de mes compagnons de fortune: j’obéis.J’éprouve à prendre la parole une certaine appréhension.C’est que je parle au nom d’un grand nombre de religieux et de religieuses et aussi de laïques; en m’écoutant, ils ne pourront s’empêcher de se dire que mes remerciements ne revêtent pas nécessairement la forme de leurs sentiments.En effet, selon la pensée d’un grand philosophe chrétien “un homme se fait en dedans de lui-même et non en dehors”, et je ne peux pénétrer dans l’intimité de la pensée de ceux qui m’écoutent.L’éducateur véritablement épris de sa fonction n’a qu’un seul désir: inculquer à ses élèves les qualités dont il reconnaît la grandeur et la beauté,—qualités auxquelles il aspire lui-même et que, dans son for intérieur, il admet ne pas toujours posséder.Façonneur d’âmes et de cerveaux, il prépare avec soin les éléments de la société.Le sentiment qu’il a de sa tache, si simple mais si belle, s’enrichit, avec le temps, de souvenirs.Il se rappelle avec émotion la piété exemplaire de tel ou tel caractère, la richesse d’une intelligence, et quand la vie sourit à un “ancien”, quand l’opinion publique met en évidence son effort ou ses succès, l’instituteur qui fut son maître et son guide, en éprouve une satisfaction faite d’un peu d’orgueil.N’est-ce pas là une récompense ?Il y a aussi ce fait que le mérite de l’humble instituteur, si souvent ignoré du grand public, est cependant reconnu par des milliers d’êtres qui rattachent à un enseignement lointain et à la personnalité d’un maître certaines vertus acquises à l’école.Autant de récompenses merveilleuses, riches de silence, dont le récipiendaire ne sera jamais troublé, mais qui restent des prières pour son œuvre et sa personne.Des fronts s’inclinent aujourd’hui devant le geste bienveillant du Gouvernement et du Comité catholique du Conseil de l’Instruction publique; l’âme humaine est sensible aux manifestations extérieures de la reconnaissance, et des ambitions louables sont en ce moment pleinement satisfaites.Une religieuse appelée à la tâche que je remplis imparfaitement eut, en rougissant, balbutié son merci et reporté à Dieu l’honneur qui lui est fait.Un esprit plus profane, plus épris des hon.neurs terrestres, songe peut-être aux longues années dépensées au service de la société, a la tache obscure et ingrate généreusement acceptée, et se réjouit en toute sincérité et toute humilité de voir son apostolat enfin reconnu.Je ne peux oublier que parmi les décorés du premier degré, beaucoup Remportent en vertu et en sagesse sur ceux que le hasard de la vie a mis en lumière.Aussi ne ten- L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 743 terai-je pas, Monseigneur, Monsieur le Surintendant, de trouver une formule qui synthétise les sentiments de tous.Vous me permettrez d’évoquer le souvenir de vieux professeurs depuis longtemps disparus, et qui, dans le domaine de l’enseignement primaire, en notre pays, ne seront pas facilement égalés.En un souvenir plus intime encore, je veux reporter ma décoration à mon père, lui qui fut un des amis—le plus sincère et le plus dévoué—du premier Directeur Général des écoles de Montréal et qui pendant plus de cinquante ans donna le meilleur de lui-même au service de l’enseignement primaire en cette ville.Je me rappelle une parole qu’il aimait me répéter dans mon enfance et qu’il me disait être du grand Lacordaire: “Les choses passagères doivent servir au triomphe des choses permanentes.” En créant l’Ordre du Mérite scolaire, le Gouvernement de notre province et le Comité catholique du Conseil de l’Instruction publique ont témoigné de leur attachement à la cause de l’éducation et de leur intérêt manifeste à l’endroit d’un grand serviteur de la société, le maître d’école.LES DECORES DE LA RÉGION DE MONTREAL Voici la liste des instituteurs et des institutrices du troisième degré (Très Méritant) qui ont été décorés à Montréal: M.Victor Doré, président général de la Commission scolaire catholique de Montréal; Rév.Frère Jérôme, Fr.des É.C.; Rév.Frère John, Fr.des É.C.; M.A.-C.Miller, ass.-directeur Éc.cath.de Montréal; Rvde Sœur Sainte-Anne-Marie, Cong.de N.-D.; M.J.-M.Manning, directeur général des Études, Com.scol.Mont.; M.Napoléon Brisebois, professeur à l’École normale Jacques-Cartier; M.J.-P.Labarre, principal Éc.Supérieure du Plateau; Rév.Bruno Gareau, des Clercs de St-Viateur; Mlle Emma Beaudoin; Rvde Sœur Marie-Irène, des Sœurs de Ste-Anne; M.Joseph-Georges Bouchard; M.Napoléon Lussier; M.Patrick Malone, professeur à l’École normale Jacques-Cartier; Mlle Athénaïs Bibaud; Rév.Frère Théodule, des Fr.du Sacré-Cœur; M.L.-P.-Joseph Jasmin; M.Joseph Hébert, insp.d’écoles.La liste des décorés du 1er et du 2e degrés (Méritant et bien Méritant) a été publiée dans Y Enseignement primaire de novembre 1929: cette liste couvre plusieurs pages de la revue.À QUEBEC La deuxième séance publique de la Commission de l’Ordre du Mérite scolaire a été tenue à Québec, le 24 avril, à l’École normale Laval, Chemin Sainte-Foy.Cette réunion a revêtu un cachet particulier, vu la présence de Son Éminence le Cardinal Rouleau, et de Son Excellence le Lieutenant-Gouverneur, l’honorable H.-G.Carroll.La réunion, qui fut des plus solennelles, fut présidée par l’honorable Cyrille-F.Delâge, Surintendant de l’Instruction publique.Sur l’estrade, on avait invité plusieurs personnages à prendre place, entre autres, l’honorable Thomas Chapais, sénateur et membre du Comité catholique du Conseil de l’Instruction publique; l’honorable Juge P.Choquette; M.J.-N.Miller, secrétaire du Comité catholique; M.Lionel Bergeron, secrétaire du Département de l’Instruction publique; M.B.-O.Filteau, assistant-secrétaire du même département; M.C.-J.Magnan, inspecteur général des écoles normales; M.C.-J.Miller, inspecteur général des écoles primaires; M.l’abbé J.-T.Dubé, principal de l’École normale Laval, et membre-adjoint du Com'té catholique; M.J.-E.Chapleau, C.R., de la Commission scolaire de Québec; M.Nérée Tremblay, professeur à l’École normale Laval et membre-adjoint du Comité catholique; le R.P.Calmein, supérieur du Patronage Saint-Vincent de Paul; la révérende Sœur Ste-Anne-Marie, de la C.N.-D.et directrice de l’Institut pédagogique; la révérende Sœur Saint-Léopold, provinciale, de la C.N.-D.; M.G.-E.Marquis, chef du Bureau des Statistiques, et MM.les professeurs de l’École normale Laval: G.-A.Brulé, J.-H.Jobin, G.-Z.Tousignant, R.Létourneau, Pierre-Paul Magnan, E.Badeau, L.Gravel.Dans la grande salle, magnifiquement décorée, et qui était remplie d’auditeurs réjouis et attentifs, un beau spectacle s’offrait au regard des éminents personnages assis sur l’estrade: le 744 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE fraternel voisinage des congréganistes et des laïques, tous membres de l’Enseignement primaire: Frères et Soeurs de diverses communautés enseignantes, inspecteurs d’écoles, professeurs, instituteurs et institutrices laïques.Mesdames C.-F.Delâge, Lionel Bergeron, B.-O.Filteau, C.-J.Magnan, C.-J.Miller et N.Tremblay occupaient des sièges au premier rang de l’auditoire.Une scène touchante, ce fut celle où l’Éminenticime Cardinal-Archevêque de Québec épingla sur la poitrine de son premier maître d’école, la médaille de Très Méritant.Cet instituteur, qui eut l’honneur de faire la classe au Primat de l’Église canadienne, à l’école primaire de l’Isle-Verte, comté de Témiscouata, c’est M.Amédée Tanguay, inspecteur d’écoles à sa retraite.Scènes non moins touchantes, quand M.le Surintendant proclamait telle Religieuse, tel Frère, tel instituteur, telle institutrice qui enseignaient depuis 60, 50, 40, 30 ans, parfois dans la même paroisse, voire dans le même rang pour quelques institutrices laïques.C’est M.Lionel Bergeron, secrétaire de la Commission de l’Ordre du Mérite scolaire, et organisateur de la démonstration, qui proclama les Méritants et les Bien Méritants; ceux du troisième degré, les Très Méritants le furent par le Surintendant de l’Instruction publique.Les décorés reçurent leurs diplômes et insignes de la main de Son Éminence le Cardinal, après quoi ils étaient chaleureusement félicités par l’honorable.M.Delâge et Son Excellence le Lieutenant-Gouverneur.Les Méritants reçurent un diplôme et un joli ruban-insigne, les Bien-Méritants, un diplôme et une croix d’argent et les Très Méritants, un diplôme et une croix d’or.Voici la photographie de ces deux croix d’honneur: SKS’isï ;ï5ïK mMm ÉPpM Croix d’or de Très Méritants Croix d’argent de Bien Méritants DISCOURS Au début de la séance, l’honorable M.Delâge prononça une allocution appropriée, qui fut vivement applaudie; en voici le texte: DISCOURS PRONONCÉ A L’ÉCOLE NORMALE LAVAL, DES GARÇONS, LE 24 AVRIL 1930, PAR L’HONORABLE CYRaLE-F DELÂGE, SURINTENDANT DE L’INSTRUCTION PUBLIQUE, LORS DE LA REMISE DES DÉCORATIONS DE L’ORDRE DU MÉRITE SCOLAIRE DANS LE DISTRICT DE QUÉBEC Monsieur le Gouverneur, Éminence, Mesdames, Messieurs, Le 5 avril courant, à l’École normale Jacques-Cartier des filles, lors de la première remise des décorations de l’Ordre du Mérite scolaire, je me suis levé, pour exprimer les sentiments qui m’animaient alors, sous le coup d’une vive émotion et d’une grande satisfaction.En me levant en ce jour—24 avril 1930—où se fait pour la première fois, dans notre région, remise des décorations’de L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 745 cet ordre, date qui fera également époque dans nos annales, en me levant, dis-je, aujourd’hui dans cette institution pour vous y adresser la parole, je suis encore, veuillez le croire, profondément remué et de la même manière.Rien d’étonnant; c’est la réalisation d’un projet qui se prolonge, d’un projet caressé depuis longtemps, afin que soient mieux connus, plus appréciés et rémunérés les bons services de ce modeste, mais précieux collaborateur de la Famille, de l’Église et de l’État: le Maître de notre petite école.J’étais à peine arrivé au poste important que j’occupe depuis quelques années, de suite je constatai la position pénible dans laquelle je ne manquerais pas de me trouver maintes fois.Après avoir découvert un méritant au service de la cause qui nous intéresse d’une manière particulière, me voir dans l’impossibilité de lui offrir une récompense adéquate, rendre un témoignage mérité, quel ennui ! Immédiatement je songeai à la création d’un organisme qui me sortirait de cette impasse.A cette fin, souvent dans mes rapports annuels, j’attirai l’attention sur cette lacune, suggérant un moyen qui, dans mon humble opinion, la ferait disparaître.Aussitôt les esprits s’éveillèrent et se montrèrent sympathiques à l’idée.Le Comité catholique du Conseil de l’Instruction publique adhéra unanimement à ma proposition et au cours de l’avant-dernière session, lorsqu’il présenta un projet de loi pour y donner suite, l’honorable Secrétaire de la province en assura le succès définitif.Par la loi 18 George Y, chapitre 46, sanctionnée le 28 mars 1928, un ordre nouveau est institué dans notre province—l’Ordre du Mérite scolaire—dans le but d’encourager les instituteurs par des honneurs et des récompenses et de reconnaître les services rendus à l’Instruction publique.Et j’ai cru que nul endroit ne serait plus convenable pour sa première manifestation dans notre district que celui où nous sommes en ce moment réunis—l’École normale Laval des garçons—cette institution féconde en œuvres et en hommes, que nous devons au génie patriotique et créateur de Chauveau, l’un de mes plus distingués prédécesseurs, et dont les Horan, les Langevin, les Chan-donnet, les Lagacé, les Bégin, les Rouleau, pour ne parler que des principaux disparus, en ont par une réponse prompte et intelligente à l’idée des promoteurs et un travail opiniâtre de tous les instants, assuré l’entier succès.Une fois de plus elle nous a ouvert ses portes avec le plus grand empressement et va nous prodiguer la plus large hospitalité.A ceux dont au début le concours fut si précieux, aux personnages distingués qui ont daigné répondre à notre invitation, à vous plus particulièrement, Monsieur le Gouverneur, Éminence, dont la présence rehausse l’éclat de cette fête et jette sur elle un lustre extraordinaire, à vous Monsieur le principal et à vos dévoués assistants dans l’exécution du programme élaboré à l’occasion de cette mémorable journée, aux amis de toutes les heures, à tous, mes remerciements les plus sincères.Faisons un retour sur le passé, remontons au berceau de nos origines, sortons de l’écrin “une des perles ignorées”, l’arrivée sur nos plages des pionniers de la civilisation chrétienne et française.D’abord des laboureurs, puis des éducateurs.Des bras qui tiendront les mancherons de la charrue, qui ouvriront le premier sillon sur une terre nouvelle et y déposeront la semence de la récolte future.Des mains délicates qui formeront les esprits, pétriront les cœurs de la génération naissante.Le semeur de blé fut le premier à la peine, il devait être le premier à l’honneur; c’était dans l’ordre, justice, et il le fut le 23 décembre 1890, lorsque Mercier, alors au zénith de sa carrière, qui avait créé l’Ordre du Mérite agricole afin de lui prouver notre admiration et notre reconnaissance, exprimer notre confiance, le fit sortir des rangs et après l’avoir salué devant ses camarades comme un insigne bienfaiteur, accrocha sur sa poitrine la croix des chevaliers du sol.L’instituteur avait été l’inséparable compagnon du laboureur dans cette marche à l’étoile.A son tour maintenant; au tour du semeur d’idées dans le champ, parfois si ingrat, des intelligences.Il ne l’a pas moins méritée; il l’aura dans quelques instants.La formation physique, morale, intellectuelle de l’enfant commence sous le toit de la maison paternelle, mais se continue sous celui de l’école qui en est le prolongement nécessaire, inévitable.La famille, en effet, ne peut longtemps seule et qu’avec la plus grande difficulté remplir cette onéreuse obligation.Elle appelle bientôt au secours et sollicite un auxiliaire; il lui est rendu, il lui est fourni par l’instituteur dont le rôle est si délicat, la mission si lourde de responsabilités.Cet auxi- 746 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE liaire, en outre de l’Église et de l’État, ouvre en effet le cerveau de l’être confié à sa sollicitude, en chasse les ténèbres, y fait pénétrer la lumière, et burine en même temps dans son cœur les principes du bon citoyen et du véritable patriote.Pour mieux arriver à un tel résultat, remplir une tâche parfois fastidieuse parce que sans cesse renaissante et souvent, pour ne pas dire toujours, guère appréciée à son mérite par les plus intéressés, le véritable instituteur, pendant des années, toute sa vie, doit s’astreindre, se résigner à un isolement presque complet et continuel, ne reculer ni devant l’effort ni devant le travail ni devant aucun sacrifice.Il faut que chaque jour le volume de ses connaissances augmente, que sa formation devienne meilleure, c’est la condition essentielle de ses succès; et s’il met à notre disposition le fruit d’un pareil labeur, ne rémunérons pas au moins ses précieux services avec la monnaie de l’indifférence, de l’ingratitude, de l’oubli.Notre instituteur ne s’est pas conduit, ne se conduit pas différemment; aussi a-t-il été, est-il à la hauteur de la position.Sa réponse fut prompte et il se mit à l’œuvre avec une inlassable ardeur, une indomptable énergie; les résultats obtenus proclament éloquemment l’efficacité de sa forte contribution, de sa précieuse collaboration.Je n’ai aucune hésitation à répéter aujourd’hui ce que j’affirmais hier: “Si le verbe français résonne encore sur les bords du Saint-Laurent, si la religion catholique y prouve encore sa vitalité par la ligne pénétrante de ses flèches qui en jalonnent les rives, si les mœurs ancestrales n’y ont pas succombé sous les coups violents et répétés qui lui ont été portés de toutes parts, si la voix du Pays de Québec “à moitié un chant de femme, à moitié un sermon de prêtre’’ au doux murmure que rien “ne doit mourir, que rien ne doit changer”, y a toujours été entendue, religieusement écoutée, nous le devons sans doute à la Famille, à l’Église et à son dévoué clergé, à l’État, nous le devons surtout à notre corps enseignant dans les rangs duquel instituteurs laïques et membres de nos nombreuses congrégations d’hommes et de femmes enseignantes, depuis la première heure jusqu’à celle-ci, se sont généreusement mêlés, confondus avec un véritable zèle apostolique, sous l’anonymat du dévouement, afin de servir, de toujours mieux servir la cause si intéressante, si vitale pour notre nationalité, de l’instruction publique.” Dans notre humble opinion l’heure de l’appréciation sincère, publique, était arrivée et nous avons voulu que la manifestation n’en fût davantage retardée.Mais les bons sujets sont nombreux.Quatorze mille pouvaient légitimement aspirer, cette année, aux décorations et diplômes suivants de l’Ordre du Mérite scolaire: 1° La décoration du premier degré, avec diplôme de “Méritant”, dont la quantité est illimitée; 2° La décoration du second degré, avec diplôme de “Bien Méritant”, dont la quantité ne doit pas dépasser trois cents, est répartie entre les instituteurs et institutrices religieux et laïcs, proportionnellement au nombre de chaque catégorie; 3° La décoration du troisième degré, avec diplôme de “Très Méritant”, dont la quantité ne doit pas dépasser cinquante, est répartie de la même manière que pour le deuxième degré.Et le jury n’a recommandé que deux cent quatre-vingts titulaires pour le deuxième degré et quarante et un pour le troisième degré.Le choix sera toujours difficile, embarrassant.Les plus dignes, dont les noms ne nous parviendront probablement jamais, sont, hélas! depuis longtemps tombés au champ d’honneur, nobles victimes dans l’accomplissement d’un grand devoir.N’ayez crainte.Je ne troublerai point un repos si mérité! Mais en ce jour de reconnaissance nationale, aucun oubli, si possible, aucune omission.A eux donc notre première place, une chaude pensée.Dans ces anonymes, m’inclinant avec un profond respect, avant le présent je salue le passé, je remercie le passé, et sur leur tombe, comme sur celle du soldat inconnu, j’allume la lampe symbolique du souvenir qui ne s’éteindra jamais.Et Vous, élite du Présent, constituée avec le plus grand souci de nos responsabilités, vos noms vont être incessamment proclamés aux applaudissements de cet auditoire.Je ne suis nullement surpris de la sympathie que vous provoquez.Vous avez de forts titres à pareilles marques de respect et d’estime de la part de vos concitoyens et de vos compatriotes, et je sais être leur fidèle interprète en priant la Providence de vous conserver longtemps encore dans la noble carrière que vous avez embrassée et dans laquelle vous vous êtes distingués d’une manière si remarquable. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 747 ALLOCUTION DE SON ÉMINENCE LE CARDINAL R.-MARIE ROULEAU, O.P., ARCHEVÊQUE DE QUÉBEC Après avoir prononcé le discours ci-dessus rapporté, l’honorable M.Delâge invite Son Eminence le Cardinal Rouleau à adresser la parole.Son Éminence se rendit de bonne grâce à l’invitation du Surintendant et prononça une allocution marquée au coin d’une grande bienveillance unie à une forte pensée doctrinale.Voici le texte de l’allocution de Son Éminence: Excellence, Monsieur le Surintendant.Mesdames et Messieurs, Celui que les siècles ont appelé le divin Platon, a écrit dans sa République: “Si les instituteurs sont mauvais, ils entraîneront votre famille à sa ruine; d’eux seuls dépend votre bonheur”.Parole profondément vraie; l’assertion du penseur de l’antiquité est confirmée par les faits de l’histoire de tous les temps et de tous les pays.S’il avait été donné au Philosophe grec de contempler le magnifique auditoire réuni dans cette enceinte au lieu de disserter dans les jardins d’Académus, ne se serait-il pas écrié: “Plût aux dieux que tous les instituteurs fussent semblables à ceux-ci; ils entraîneraient nos familles vers la prospérité; ils sont les artisans de notre bonheur”.En effet, ne sommes-nous pas redevables pour une bonne part aux maîtres de nos écoles des qualités intellectuelles et morales de notre peuple?Les instituteurs laïques et religieux, soit de la ville, soit de la campagne, ont pu être initiés à la science de la pédagogie en des institutions différentes, tous sont animés d’un même désir; tous travaillent à un même but avec un égal dévouement: compléter l’œuvre de la famille dans la formation des jeunes générations.Pendant 10, 20, 30 et 40 ans, ils ont dû avec une inlassable vaillance recommencer chaque matin la tâche accomplie la veille; semer peu à peu de la vérité dans des esprits tout neufs; causer de la science, élémentaire si vous voulez, mais fondamentale en tout cas, dans des raisons qui éclosent et qui s’ouvrent graduellement aux premiers rayons du vrai et du bien.Que de patience et d’habileté pour provoquer les juvéniles efforts qui développeront l’intelligence et produiront le savoir! A cette tâche ajoutez la constante préoccupation de familiariser les enfants avec les devoirs de la morale chrétienne, afin que chez eux l’instruction ne tue pas l’éducation.Tel fut votre rôle, ô magnanimes éducateurs! A force de longanimité et d’ingénieuses industries vôus avez arraché les âmes à l’ignorance et aux ténèbres qui les emprisonnaient pour les faire monter vers la lumière, la beauté et la vie, dont la source immortelle est dans le Verbe Incarné! Qu’elle prospère donc et qu’elle soit considérée, la race de nos généreux, de nos courageux instituteurs, qui chaque jour se penchent sur l’enfance pour y verser les éléments des connaissances, avec des sentiments de foi et de religion.Qu’ils fassent de leurs élèves des êtres intelligents, mais toujours raisonnables, des êtres bons et aimants, mais de plus fermes et consciencieux.La magnificence morale de ces humbles vies entraînera les jeunes à leur suite en d’admirables voies d’honneur et de vertu.Aussi longtemps que nos écoles élémentaires seront ainsi guidées, nous aurons un rempart pour protéger notre peuple et ses institutions contre les pernicieuses attaques de ses ennemis.Par l’école du village ou du rang ils se heurteront à un barrage que la crue de leurs torrents ne débordera pas, que la violence de leurs eaux n’emportera pas.Ainsi que l’a déclaré le vieux sectaire Clémenceau, la lutte pour l’avenir n’est plus aux chemins creux, elle est à l’école.Et au fond du problème qui inquiète les générations successives, il y a de plus un problème d’éducation: les peuples seront demain ce que les aura faits l’éducation d’aujourd’hui.Dès lors, est-il étonnant que l’Église, chargée de l’immortel intérêt des âmes, s’alarme de toute mesure "qui puisse compromettre l’intégrité de la doctrine et la pureté des mœurs?Est-il étonnant que les hommes d’État, soucieux de l’ordre et de la propreté de la Cité, résistent aux innovations dangereuses qui les sollicitent ?Est-il étonnant que ces deux grandes forces établies 748 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE par Dieu pour le bonheur de ses enfants, travaillent de concert au progrès rationnel des régimes scolaires qui président au développement de l’instruction publique?Ils n’ignorent pas, selon l’image pittoresque du Bienheureux Don Bosco “qu’un verre de bon vin ne peut corriger un tonneau de vinaigre; mais qu’un verre de vinaigre peut gâter un tonneau de bon vin”.Ainsi, un mauvais principe, un mauvais livre, un mauvais maître suffit pour anéantir l’héroïque effort des meilleurs pédagogues et des auteurs les plus sains.Honneur à vous tous, nobles instituteurs religieux ou laïques! Quels que soient votre livrée ou le théâtre de votre dévouement, vous avez le privilège de constituer l’élite du personnel de notre enseignement primaire.S’il est équitable de glorifier les artistes qui ont incarné leurs géniales conceptions en des chefs-d’œuvre de peinture et de sculpture, n’est-il pas plus juste de célébrer les peintres et les sculpteurs d’âmes humaines?Ces grands artistes n’ont pas travaillé sur une matière inerte et périssable, ils ont imprimé en un esprit dans toute la fraîcheur d’une vie naissante le sublime idéal qui fait un homme et un chrétien.Aussi, pour reconnaître l’excellence de ces titres chez les anciens non moins que pour favoriser l’émulation chez les professeurs de l’instruction primaire, le très digne représentant de notre gracieux souverain en cette province, les autorités civiles et religieuses se font-ils une joie d’assister à cette première fête de l’Ordre du Mérite scolaire en ce diocèse de Québec.C’est dire toute leur estime et leur gratitude pour les vétérans de l’école.A tous les récipiendaires de ces décorations si légitimement conférées, nous sommes heureux d’offrir nos plus cordiales félicitations.REMISE DES DÉCORATIONS La remise des décorations fut des plus impressionnantes.A l’appel de M.Lionel Bergeron secrétaire du Département de l’Instruction publique et secrétaire de la Commission du Mérite scolaire, les révérends Frères, les révérendes Sœurs, les institutrices, les inspecteurs d’écoles, les professeurs et les instituteurs laïques défilèrent tour à tour pour recevoir des mains de Son Éminence, diplômes, rubans et médailles.A chacun M.le Surintendant disait un bon mot, signalant parfois avec tact une particularité remarquable de la carrière du récipiendaire, après quoi ce dernier recevait les cordiales félicitations du représentant du Roi, Son Excellence le Lieutenant-Gouverneur Carroll.Lorsque la remise des décorations fut terminée, M.le Surintendant invita M.C.-J.Magnan à remercier les autorités au nom du personnel enseignant.Voici le texte de ce discours: DISCOURS DE M.C.-J.MAGNAN, INSPECTEUR GÉNÉRAL DES ÉCOLES NORMALES Éminence, Monsieur le Lieutenant-Gouverneur, Monsieur le Surintendant, Chers collègues de l’enseignement primaire, Dans sa récente Encyclique sur l’éducation chrétienne de la jeunesse, Sa Sainteté le Pape Pie XI consacre tout un chapitre aux bons maîtres.“C’est moins la bonne organistion que les bons maîtres qui font les bonnes écoles”, dit le Saint-Père.Et, après avoir exprimé le vœu que ceux-ci, “parfaitement préparés et instruits, chacun dans la partie qu’il doit enseigner, ornés de toutes les qualités intellectuelles et morales que réclament leurs si importantes fonctions, soient enflammés d’un amour pur et surnaturel pour les jeunes gens qui leur sont confiés, les aimant par amour pour Jésus-Christ et pour l’Église, dont ils sont les fils privilégiés, et ayant pour cela même sincèrement à cœur le bien véritable des familles et de lâ patrie”, le Pape ajoute: “Et c’est bien ce qui nous remplit l’âme de consolation et de reconnaissance envers la bonté divine de voir, à côté de religieux enseignants, un aussi grand nombre de bons maîtres et de bonnes maîtresses”.UNION FRATERNELLE DES RELIGIEUX ET DES LAÏQUES Ces paroles du Chef de l’Église s’appliquent parfaitement à la'réunion solennelle dont nous sommes les heureux témoins.Cet auditoire reconnaissant et recueilli ne se compose-t-il pas, en L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 749 effet, pour la majeure partie, de religieuses et de religieux enseignants et de bons maîtres et de bonne maîtresses laïques.C’est bien, en raccourci, l’imagé fidèle de la grande famille enseignante catholique de la Province de Québec que vous avez sous les yeux aujourd’hui, Éminence.Famille unie par les mêmes liens de la foi chrétienne et du patriotisme canadien, dont les membres poursuivent un but commun: la formation des hommes dont l’Église et la Patrie ont besoin; des hommes de bon sens, des hommes de foi et des hommes de bien.Religieux et laïques, nous les maîtres de l’enfance en notre bien-aimée province, sommes frères par la vocation, par le dévouement et par la mission commune qui nous est confiée.Certes, dans cette émulation fraternelle, il y a des nuances que soulignent le renoncement des uns à leur liberté personnelle par esprit de sacrifice, et l’acceptation volontaire des autres d’une vie modeste et rarement appréciée à sa valeur.Mais chez nous, entre les religieux et les laïques, le dévouement à une cause commune a créé des liens sincères que le laïcisme, au sens doctrinaire du mot, ne saura jamais rompre.Une preuve manifeste de cette entente, c’est la constatation suivante que me faisait, il y a quelques semaines, le distingué principal de l’École où nous recevons aujourd’hui une si bienveillante hospitalité.Voici cette constatation: en 1928-29, tous les élèves-maîtres finissants de l’École normale Laval ont trouvé des situations dans l’enseignement, soit à Québec, soit dans les campagnes.Et M.l’abbé Dubé a dû refuser cinq autres demandes, tous ses finissants étant placés.Et d’après les demandes déjà arrivées à l’École normale, tous les futurs diplômés de juin prochain trouveront cette année des situations et à Québec, sous la Commission scolaire de cette ville, et dans les gros villages du diocèse.L’an dernier, M.le principal de l’École normale Jacques-Cartier m’assurait également que les finissants de son école avaient tous trouvé à se placer avantageusement.Il n’y a donc pas lieu de s’alarmer sur l’avenir des instituteurs laïques qui ont dans leurs confrères congréganistes des amis bienveillants et qui comprennent que le bon instituteur laïque, digne de sa mission, a un rôle utile à jouer dans notre enseignement primaire.Et il est aussi du devoir des commissions scolaires d’accorder aux instituteurs et aux institutrices, religieux ou laïques, un salaire juste et raisonnable.LE MÉRITE SCOLAIRE Unis dans l’effort et le sacrifice, les autorités scolaires de notre province n’ont pas voulu, chers confrères religieux et laïques, nous séparer en ce beau jour de reconnaissance nationale envers la Famille enseignante.Pour la première fois dans l’histoire de l’enseignement primaire en notre province, le mérite du Maître d’École est reconnu par une sanction officielle extraordinaire.Cette sanction officielle est établie en vertu d’une loi spéciale, la “Loi du Mérite scolaire”, adoptée par notre Législature, le 28 mars 1928.Monsieur le Surintendant, c’est vous qui avez pris l’initiative de cette loi de pieuse gratitude, c’est vous qui en avez exprimé l’idée initiale, et c’est grâce à vos persévérants efforts qu’elle est désormais inscrite dans les Statuts, recueils de nos lois provinciales.Le personnel enseignant primaire, Monsieur fe Surintendant, vous est reconnaissant de cette heureuse mesure menée à bonne fin, et, par ma modeste voix, il vous en remercie chaleureusement.Sa reconnaissance va aussi au Comité catholique du Conseil de l’Instruction publique qui a approuvé votre démarche et lui a prêté l’appui de son influence, ainsi qu’au Gouvernement qui a fait adopter la loi du Mérite scolaire et a accordé l’aide financière nécessaire au fonctionnement de la nouvelle institution.Nous n’oublions pas non plus la large part de mérite qui revient au secrétaire de la Commission de l’Ordre du Mérite scolaire, M.Lionel Bergeron.En effet, c’est par les soins diligents de cet officier distingué du département de l’Instruction publique que la loi du Mérite scolaire a pu être mise en vigueur dès cette année.Comment aussi ne pas saluer avec émotion et gratitude la présence à cette fête de l’instituteur primaire de l’Êminentissime Cardinal-Archevêque de Québec, de Son Excellence le Lieutenant-Gouverneur de cette province et de plusieurs autres éminents personnages religieux et civils.Tous ces distingués personnages ont voulu témoigner personnellement leur sympathie aux primaires de chez nous, qu’ils en soient le plus cordialement remerciés.3 750 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE LES PRIMAIRES Je viens de prononcer de nouveau le mot primaire, mot honorable qui désigne le plus modeste des trois degrés de l’enseignement en tous les pays.Les “primaires”! Voilà un terme qui a un sens peu flatteur dans certains pays.En France, notamment, il n’est pas loin d’être synonyme d’ignorant, de prétentieux, d’âne, en un mot.Tout récemment encore, un écrivain français renommé, René Benjamin, a défini le primaire des écoles officielles de France “un habitué des manuels qui s’imagine connaître le tout de tout et le fin du fin, confondant l’art avec la science et n’apercevant guère les bornes étroites de ses manuels et de son cerveau”, et encore: “le primaire est un homme au premier degré du savoir, mais qui se croit au dernier, parce que la vue des éléments de la science et l’usage de quelques mots de savants l’ont grisé.” Cet écrivain va très loin dans sa définition, puisque sa plume ne s’est pas refusée à écrire le mot “bête” en parlant du primaire officiel de son pays.L’article de René Benjamin a été reproduit dans un journal de Québec en février dernier.Sa lecture causa une émotion pénible chez quelques instituteurs, aussi dévoués que compétents; elle fit rire aussi aux dépens des primaires de chez nous certains intellectuels peu charitables.A un bon maître d’école, homme cultivé et modeste, instituteur par vocation, qui me demandait mon avis sur l’article de René Benjamin, reproduit à Québec, je lui répondis: “J’ai lu cet article avec un vif intérêt, avec plaisir même.—Avec plaisir ?me dit mon interlocuteur, surpris.—Mais, oui, lui répondis-je.—Je ne comprends pas, reprit-il.” Alors, j’expliquai à ce bon instituteur que l’article de René Benjamin ne visait que les instituteurs laïques ofiiciels de France qui, en grande majorité, sont passés au socialisme en s’enrôlant dans la Confédération Générale du Travail, et dont une quinzaine de mille au moins versent ouvertement dans le communisme.C’est à ces primaires, ennemis de Dieu et de la patrie, que Benjamin a infligé le châtiment d’une définition impitoyable, digne de Monsieur Homais.Ne dit-il pas, en effet, que c’est “l’école laïque qui est révolutionnaire, qui les commence;” qu’ils “lisent les sorbonnards de la Ligue des Droits de l’homme”; qu’ils “s’attaquent à l’armée, à la religion”; qu’ils “sophistiquent” constamment; qu’ils “sont trop imbéciles pour pénétrer ces jardins secrets qui ont nom l’Histoire, la Poésie, la Religion”; qu’ils se mêlent de parler de tout, qu’ils “lâchent” des paroles incohérentes, comme les chèvres “lâchent” sans scrupule d’autre chose en grimpant monts et collines.La diatribe de René Benjamin ne vise donc que les malheureux primaires de France qui font la guerre à Dieu, aux meilleures traditions de notre mère-patrie et au bon sens même, sous l’égide de la Franc-Maçonnerie.Il ne s’adresse donc nullement aux bons instituteurs qui, heureusement, sont encore nombreux en France, notamment dans l’enseignement libre et même dans l’enseignement officiel.Il s’adresse encore moins aux instituteurs canadiens-français, amis de l’ordre, dévoués à leur patrie et fils respectueux de l’Église.LA NOBLESSE DU TITRE DE PRIMAIRE Ainsi, le titre de “primaire” conserve donc à nos yeux toute la noblesse de son origine, celle de prémices, qui signifie, au figuré, “première production de l’esprit”.Ah! ces premières productions de l’esprit que le plus modeste instituteur provoque chez l’enfant, ne sont-elles pas dignes d’admiration ?Avec les parents, qui sont les primaires par excellence, l’instituteur et l’institutrice partagent l’honneur de collaborer à l’œuvre primordiale, celle que Dieu a imposée aux premiers: l’éducation de l’enfant.Saint J ean-Chrysostome n’a-t-il pas placé l’éducateur de l’enfance bien au-dessus des plus grands artistes?Le défricheur et l’instituteur primaire préparent, chacun dans leurs sphère particulière, ce qui fait la force d’un pays: l’un, la terre qui donnera la vie du corps, l’autre, l’âme qui donne la vie spirituelle.Ces deux primaires sont les grands bienfaiteurs de la patrie et méritent estime et considération.Et c’est pour témoigner cette estime et cette considération que M.le Surintendant de l’Instruction publique vient de proclamer quelques-uns des “méritants” du personnel enseignant pri- L'ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 751 maire de la région de Québec.C’est pour rendre hommage aux modestes primaires de chez nous que, au nom de l’Église catholique, Son Éminence le Cardinal-Archevêque de Québec a épinglé sur la poitrine de chacun de nous la croix et le ruban de l’Ordre du Mérite scolaire.C’est pour témoigner la reconnaissanse de l’État aux primaires de chez nous que M.le Lieutenant-Gouverneur a bien voulu honorer de sa présence la réunion historique de ce jour.A M.le Surintendant, à notre vénéré Cardinal et à Son Excellence le Lieutenant-Gouverneur, le personnel enseignant primaire de la région de Québec offre, par mon humble voix, sa plus profonde reconnaissance.EXCELSIOR Pour mériter de plus en plus la haute considération que l’Église et l’État veulent bien nous témoigner, nous, les instituteurs, religieux et laïques, nous nous efforcerons de remplir la noble et difficile tâche qui nous est confiée avec un redoublement de zèle et de probité.Nous ferons en sorte qu’un bon esprit règne dans nos écoles, nous souvenant “qu’au pays où l’air est excellent, les santés sont florissantes.” Sachant que le bon exemple est encore le meilleur enseignement, nous nous soumettrons avec bonheur à la loi du devoir qui donne le sens de la vie.Repoussant le naturalisme pédagogique, condamné récemment par sa Sainteté Pie XI, nous nous attacherons de plus en plus aux traditions religieuses et nationales qui ont fait jusqu’ici de l’école catholique de la Province de Québec une forteresse commune au service de la Religion et de la Patrie.Lacordaire disait un jour que le plus beau spectacle que la terre pouvait offrir au ciel, c’était “un grand cœur dans une petite maison”.C’est bien là l’image de la modeste situation sociale faite aux primaires de chez nous.Ils ne s’en plaignent pas, tout en souhaitant que leur sort s’améliore suivant les lois de la justice et de l’équité.Les décorations qui brillent aujourd’hui sur la poitrine de quelques-uns d’entre eux sont le fruit de cette justice et de cette équité auxquelles les autorités ont si généreusement obéi aujourd’hui Noblesse oblige.Les instituteurs devront donc répondre au geste royal qui vient d’être fait en leur faveur, par un redoublement d’efforts afin d’augmenter de plus en plus chez eux les vertus essentielles à leur état, savoir : la dignité personnelle; l’amour de l’étude et de la retraite; l’esprit de foi; le sentiment patriotique.Nous nous rappelerons, avec un grand éducateur français, que “le meilleur maître, c’est celui qui, après avoir anobli son âme, l’ouvre et la communique aux enfants dans tous les actes de la vie scolaire, avec simplicité, sans procédés, sans formes convenues, sans attitude de métier, comme souffle le vent et coule la source.” Avec Mgr Dupanloup, nous nous rappelerons aussi “que la génération présente est la source des générations futures”, et qu’il importe de la préparer “de manière à léguer à l’avenir des espérances meilleures que le présent.” Mais nous nous rappelerons surtout que l’école catholique est un sanctuaire où le maître qui y commande est le représentant de Dieu et de la famille et que les enfants qui la fréquentent sont, par leur baptême, les enfants préférés de Dieu, l’objet de prédiction du Vicaire de Jésus-Christ sur la terre.Au cours de la séance il y eu de la belle musique par un orchestre choisi.Et la séance se termina par le chant national exécuté par les élèves-maîtres de l’École normale, soutenus par l’orchestre.Après la cérémonie, un goûter excellent fut servi aux décorés et à tous ceux qui avaient pris part à cette belle fête, qui laissera dans l’âme de ceux qui y prirent part un souvenir impérissable. 752 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE Le Surintendant, l’honorable M.Delâge, et M.Bergeron, le secrétaire du Département de l’Instruction publique, ont fait preuve d’un tact et d’un dévouement dont le personnel enseignant primaire leur sera éternellement reconnaissant.LES DECORES DE LA REGION DE QUÉBEC Voici la liste des officiers de l’Instruction publique, des instituteurs et des institutrices du Troisième degré (Très Méritant) qui ont été décorés à Québec: Hon.Cyrille-F.Delâge, M.J.-N.Miller, M.John Ahern, (1), M.Lionel Bergeron, M.C.-J.Magnan, M.B.-O.Filteau, M.C.-J.Miller, M.L.-O.Pagé, M.J.-E.Body, M.Alphonse Filteau, M.G.-S.Vien, M.L.-P.Goulet, M.Amédée Tanguay, M.le Chanoine Alphonse Beaudet, Rév.Frère Nivard, des É.C., Rév.Frère Eugénius, des É.C., Rvde Sœur Saint-Léopold, Cong.de N.-D., M.Nérée Tremblay, Rév.Frère Narcisse Grenier, Fr.de St-Vincent-de-Paul, Révde Sœur Marie-des-Séraphins, du Bon-Pasteur, Madame Joseph Théberge, Mlle Josephine Gravel.La liste des décorés du 1er et du 2e degrés (Méritant et bien Méritant) a été publiée dans Y Enseignement primaire de novembre 1929; cette liste couvre plusieurs pages de la revue.ERRATUM Dans la liste officielle publiée dans la livraison de novembre, le nom de Mlle Alphonsine Sauvé, ex-institutrice à Saint-Hermas, a été inscrit par erreur dans la catégorie des Méritants; Mlle Sauvé a reçu, à Montréal, le diplôme et la croix des Bien Méritants.DÉPARTEMENT DE L’INSTRUCTION PUBLIQUE Instructions aux commissions scolaires Le secrétaire-trésorier doit, sans retard, lire cette circulaire à une réunion régulière de la Commission scolaire, et la conserver avec soin dans les archives, pour la consulter au besoin.Québec, 20 mai 1930.Aux Commissaires et aux Syndics des écoles catholiques de la Province de Québec.Messieurs, ENGAGEMENT DES INSTITUTEURS ET DES INSTITUTRICES L’année scolaire tire à sa fin, et vous devrez bientôt songer à l’engagement des instituteurs et des institutrices pour 1930-31.Il me faut revenir sur cette question importante, car la bonne tenue de l’école et le progrès des élèves dépendent de la qualité du maître.“Tant vaut le maître, tant vaut l’école”, voilà une vérité pédagogique que l’on ne saurait trop répéter.(1) M.Ahern, qui est retenu chez lui par la maladie depuis plusieurs années, n’a pu assister à la démonstration.Le lendemain de la fête, 25 avril, M.Lionel Bergeron, secrétaire du Département de l’Instruction publique, a été remettre à M.Ahern, au nom du Surintendant, le diplôme et la croix de l’Ordre du Mérite scolaire, degré Très Méritant.M.Bergeron était accompagné de M.J.-N.Miller, de M.l’abbé J.-J.Dubé, principal de l’Ecole normale Laval où M.Ahern est professeur depuis plus de quarante ans, de MM.B.-O.Filteau, C.-J.Magnan, C.-J.Miller, Paul Bergeron.La cérémonie eut lieu en présence de Mlle Frieda Ahern et de M.Francis Ahern.Ce fut une minute émouvante, où M.J.-N.Miller, sur l’invitation de M.Bergeron, épingla la croix d’or sur la poitrine de es vétéran de l’enseignement qu’est M.John Ahern, ce vénérable vieillard qui est cloué sur son lit par une maladie pénible depuis huit ans.M.Ahern remercia avec émotion M.Bergeron et ses compagnons pour leur dédeate démarche et rappela maints souvenirs intéressants de sa longue et brillante carrière de professeur. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 753 Messieurs les commissaires et messieurs les syndics, vous tenez à la bonne réputation des écoles qui sont sous votre juridiction; vous désirez sincèrement la bonne formation de la jeunesse dont vous êtes les bienfaiteurs, et voulez que l’argent consacré chaque année au maintien des écoles de votre municipalité profite le plus possible aux enfants qui les fréquentent et aux parents qui paient les taxes scolaires.Eh bien! pour réaliser tous ces nobles désirs, une chose est indispensable: c’est le bon maître, c’est la bonne maîtresse d’école.Gardez donc en place les instituteurs et les institutrices qui donnent satisfaction, dont les parents, M.le curé, M.l’inspecteur d’écoles et vous-mêmes êtes contents.Pour de tels instituteurs et de telles institutrices, ne reculez pas devant une augmentation de traitement: le personne! enseignant doit vivre honorablement de son salaire, comme les autres classes de la société.Je fais donc appel à votre esprit civique pour que les traitements de $175, $200 et $225, encore accordés à quelques-unes de nos institutrices, disparaissent pour toujours.Évitez les engagements au rabais et les engagements d’institutrices non diplômées.Les institutrices qui s’engagent au rabais donnent rarement satisfaction, et les personnes non diplômées sont d’ordinaire incompétentes.Au sujet de ces, dernières je vous préviens que ce n’est qu’en cas d’extrême nécessité que je les autoriserai.Les Écoles normales et le Bureau central fournissent chaque année un grand nombre d’institutrices qualifiées; sauf des circonstances particulières il n’y a donc pas d’excuse d’engager des jeunes filles non diplômées.Permettez-moi de vous rappeler que, conformément à l’article 229 du Code scolaire, une copie des engagements des instituteurs et des institutrices doit m’être transmise dans les quinze jours qui suivent la passation de l’engagement.ÉCOLE RURALE Vous le savez, Messieurs, au spectacle de la désertion des campagnes pour les villes, les esprits les plus sérieux s’inquiètent de notre avenir national.Il est sans doute exagéré de dire que l’école rurale est seule responsable de cet état de choses.Cet abandon de la terre est plutôt dû à un problème économique.Néanmoins, l’école de campagne doit faire sa part afin de garder autant que possible à l’agriculture notre jeunesse rurale, et les autorités scolaires des centres ruraux ont le grave devoir d’encourager les maîtres et les maîtresses à suivre avec intelligence la partie du programme qui se rapporte à l’enseignement de l’agriculture ainsi qu’à l’orientation à donner aux différentes matières du cours d’étudves.“Les connaissances agricoles et surtout l’amour de la profession agricole, s’imposent dans les écoles de la campagne comme une nécessité sociale.Il faut surtout inculquer aux élèves des convictions solides sur l’importance et la noblesse de l’agriculture, et leur faire aimer cette profession.” Voilà qui est clair.Ne perdons pas de vue le but principal de l’enseignement de l’agriculture.L’école primaire ne peut prétendre qu’elle doive former des agriculteurs.Elle donnera sans doute des “notions rudimentaires indispensables” qui permettront aux élèves de se perfectionner plus tard, lorsqu’ils auront mis les mains à la charrue, mais elle fera voir surtout la noblesse du rôle de l’agriculteur; elle montrera aux jeunes gens de la campagne les services nombreux et quasi inappréciables que le cultivateur rend à la société.Dans le monde, l’agriculteur joue un rôle véritablement providentiel.L’institutrice n’oubliera pas non plus de faire ressortir les avantages que l’individu retire, pour lui-même, de sa position: liberté, vie paisible, santé physique et morale, aisance, etc.Les membres des corporations scolaires rurales rendront à la société contemporaine le plus grand des services si, par la direction qu'ils donneront aux titulaires de leurs classes, ils réussissent à attacher au sol nos fils de cultivateurs.SECTION INDUSTRIELLE ACHAT DU MATÉRIEL NÉCESSAIRE A L’ENSEIGNEMENT TECHNIQUE Dans les villes et les centres industriels de la province, MM.les commissaires ont le devoir d’encourager la création et le maintien des classes de la section industrielle de nos écoles primaires complémentaires.Notre programme d’études officiel qui s’adapte admirablement bien aux exigences des diverses localités, contient un programme spécial pour ces classes; il suffit de l’appliquer partout où il peut rendre service à la jeunesse écolière.Au sujet de l’achat du matériel nécessaire, je vous prie de prendre bonne note de l’entente suivante qui vient d’être conclue entre la direction des écoles techniques de la province et mon département: Les commissions scolaires qui désirent organiser des cours techniques dans leurs écoles, doivent tout d’abord soumettre leur projet au Surintendant de l’Instruction publique, ainsi que la liste complète du matériel d’enseignement qu’elles se proposent d’acheter, et ce, avant qu’aucune commande ait été placée. 754 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE Ces formalités de la part des commissions scolaires sont obligatoires pour l’obtention des octrois spéciaux que le gouvernement accorde pour favoriser l’enseignement technique.TRAITEMENT DES SECRÉTAIRES-TRÉSORIERS J’attire votre attention sur l’article 315 de la Loi de l’Instruction publique, lequel stipule que le traitement du secrétaire-trésorier doit être fixé par résolution.Il n’est donc pas légal d’accorder, comme salaire, à cet officier un pourcentage sur les deniers perçus.Le chiffre exact de son traitement doit être déterminé dans l’acte d’engagement.ACTE DE CAUTIONNEMENT DU SECRÉTAIRE-TRÉSORIER Il est opportun de vous rappeler que le secrétaire-trésorier ne peut entrer en fonction qu’après avoir prêté serment de remplir fidèlement les devoirs de sa charge et avoir fourni le cautionnement exigé par les articles 322, 323 et suivants de la Loi scolaire.Une copie de l’acte de cautionnement ou une copie de la résolution acceptant celui qui est par contrat ou police d’assurance, doit être transmise à mon département dans les quinze jours qui suivent sa passation.ÉLECTION ET RAPPORTS D’ÉLECTION L’élection des commissaires ou syndics d’écoles doit avoir lieu le premier lundi juridique de juillet ou l’un des autres lundis juridiques du même mois.Les membres de la commission scolaire, de même que les contribuables, ne devraient rien négliger pour qu’elle ait lieu dans ce délai.Une formule de rapport d’élection sera adressée sous peu au secrétaire-trésorier et, l’élection faite, ce rapport devra être transmis sans retard à mon département.RAPPORT DES COMMISSAIRES OU SYNDICS D’ÉCOLES Votre rapport annuel doit être adressé à votre inspecteur d’écoles avant le 15 du mois de juillet.Vous ne devez pas oublier que les subventions dues à votre municipalité scolaire vous seront retenues tant que ce rapport ne me sera pas parvenu.RÉTRIBUTION MENSUELLE Afin de mettre plus de précision dans vos rapports annuels, veuillez ne plus indiquer le taux de la rétribution mensuelle en disant, par exemple, telle ou telle quantité de bois de chauffage.Cette contribution devra être évaluée en piastres et cents.LIVRES DE RÉCOMPENSE A plusieurs reprises déjà, je vous ai rappelé les dispositions de la Loi scolaire au sujet des livres de récompense.Permettez que je vous cite de nouveau l’article 458, paragraphe 5: “Pour avoir droit à une part de l’allocation sur le fonds des écoles publiques, il faut qu’une municipalité ait fourni la preuve: que si cet examen (l’examen public à la fin de l’année) a été accompagné d’une distribution de prix faite aux frais de la municipalité, la moitié du montant affecté à cette fin a été employée à l’achat de livres canadiens”.Association des secrétaires-trésoriers des municipalités rurales et des commissions SCOLAIRES DE LA PROVINCE DE QUÉBEC.Depuis quelques années, les secrétaires-trésoriers des municipalités rurales et des commissions scolaires se sont groupés en association, dans le but de mieux se renseigner sur l’administration municipale et scolaire de notre province.Cette louable initiative mérite tous vos encouragements, puisqu’elle peut assurer dans une large mesure à nos lois municipales et scolaires le maximum de leur rendement.On peut dire avec raison: Tel secrétaire-trésorier, telle commission scolaire.En effet, si cet officier est zélé, compétent, honnête, convaincu de l’importance de son rôle au point de vue civique et national, la commission dont il est la cheville ouvrière fera bonne et excellente besogne.Dans l’intérêt bien compris de votre commission scolaire, vous devriez procurer à votre secré- L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 755 taire-trésorier l’avantage de faire partie de cette association en payant sa contribution comme membre et ses frais de voyage pour assister à la réunion annuelle.“répartition mensuelle” Plusieurs commissions scolaires s’adressent à mon département pour obtenir la “Répartition mensuelle du programme d’études”.Je profite de cette circulaire pour redire au personnel enseignant et aux membres des commissions scolaires de la province combien il importe pour eux tous d’avoir ce manuel sous la main, afin de pouvoir le consulter souvent.La “Répartition mensuelle” est surtout indispensable aux instituteurs et aux institutrices parce qu’elle leur indique clairement les détails des différentes matières à enseigner durant chacun des mois de l’année et constitue une mise au point du programme qui fait éviter bien des erreurs dans l’enseignement.Elle est le complément obligatoire du programme d’études officiel.Je vous recommande donc fortement de pourvoir toutes vos classes de ce précieux ouvrage.La deuxième édition (1925) qui a été complétée par l’addition des programmes du français et de l’anglais au cours complémentaire, du dessin, de la gymnastique et de l’enseignement ménager, se recommande particulièrement à votre attention.A l’avenir, les commissions scolaires qui désireront procurer la “Répartition mensuelle” à leurs maîtres et maîtresses devront faire parvenir leur commande soit aux principaux libraires, soit aux auteurs dont voici les noms et adresse: MM.Miller et Brionne, 148)^, rue Scott, Québec, l’“Enseignement primaire”.Vous savez, Messieurs, le rôle utile que joue VEnseignement primaire dans les écoles.Cette revue est tout à la fois une aide précieuse, un guide sûr et un moyen de culture générale à la portée des instituteurs et des institutrices.Depuis plusieurs années, le gouvernement envoie gratuitement un numéro mensuel de VEnseignement primaire à chacune des écoles de la province.Cette mesure généreuse est très appréciée par le personnel enseignant et MM.les inspecteurs d’écoles.Mais il arrive dans bien des cas que plusieurs instituteurs ou institutrices (religieux ou laïques) enseignent dans une même école sous contrôle.Alors on s’adresse à mon département pour obtenir des numéros supplémentaires pour telle ou telle école, en alléguant qu’un seul numéro de la revue est insuffisant pour deux, trois, quatre ou cinq titulaires.Cette réclamation est fondée au point de vue pédagogique, mais je ne puis donner satisfaction à ceux qui la formulent, car chaque école n’a droit qu’à un abonnement gratuit, et je ne puis obliger son éditeur à payer personnellement les frais d’envois supplémentaires.Dans l’intérêt bien compris des écoles, les commissions scolaires feraient œuvre pratique en payant des abonnements supplémentaires, dont le prix est minime, pour une revue de haute valeur, et formant chaque année un fort volume de six à sept cents pages.A ce sujet, MM.les secrétaires-trésoriers voudront bien s’adresser à l’Administrateur de Y Enseignement primaire, Case postale 636, Haute-Ville, Québec.J’attire aussi votre attention sur l’importance de faire relier Y Enseignement primaire chaque année, au cours des vacances, et pour chaque école.C’est pourquoi le paragraphe 23 de l’article 227 des Règlements du Comité catholique fait un devoir aux instituteurs et aux institutrices de conserver avec soin tous les numéros de cette revue.AIDONS A PRÉVENIR LES ACCIDENTS Il arrive trop souvent hélas! que des enfants et même des adultes sont victimes de pénibles accidents.Les enquetes qui sont alors tenues révèlent que la plupart de ces malheurs sont dus à un manque de prudence.Il est opportun, je crois, que les commissaires et les syndics d’écoles organisent, chaque année, deux ou trois conférences publiques au cours desquelles les écofiers principalement seraient mis en garde contre les graves dangers auxquels ils s’exposent en manquant de prudence soit en traversant les rues ou les grandes routes, soit encore en s’approchant des fils de transmission électrique à haut voltage.Tout dernièrement, les compagnies d’énergie électrique m’ont fait connaître leur désir de collaborer avec les commissions scolaires intéressées en leur fournissant gratuitement des illustrations et des statistiques appropriées à ce genre de conférences.Leur suggestion me paraît excellente et j’approuve hautement les démarches qu’elles se proposent de faire.Il importe que les autorités scolaires fassent tout leur possible pour prévenir les accidents, ou tout au moins en diminuer le nombre, chez les enfants de notre province. 756 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE AMENDEMENTS AUX ARTICLES 204 ET 244A En terminant, je désire porter à votre connaissance les récents amendements faits à la Loi scolaire.Au cours de la dernière session, deux articles de la Loi de l’Instruction publique ont été modifiés; le premier concerne le remplacement des commissaires ou des syndics d’écoles dans le cas d’absence ou de maladie, et le second, les résolutions d’emprunts scolaires.A l’avenir, les articles 204 et 244a se liront comme suit: L’article 204 de la Loi de l’Instruction publique (Statuts refondus, 1925, chapitre 133), est modifié en y ajoutant, après le deuxième alinéa, le suivant: “Nonobstant les dispositions des articles 148 et 207, dans le cas d’absence ou de maladie, un commissaire ou un syndic d’écoles peut légalement donner sa démission qui prend effet immédiatement après son approbation par le surintendant”.L’article 244a de la Loi de l’Instruction publique (Statuts refondus, 1925, chapitre 133), tel qu’édicté par la loi 16 George V, chapitre 41, section 1, est remplacé par le suivant: “244a.Le lieutenant-gouverneur en conseil peut, sur le rapport du ministre des affaires municipales et la recommandation du surintendant, modifier une résolution d’emprunt soumise à son approbation, à la demande formulée par une résolution ultérieure de la corporation scolaire qui a passé la dite résolution et sans qu’il soit nécessaire de donner les avis publics prescrits par les articles 243 et 307, pourvu que les modifications ne changent pas l’objet de l’emprunt, qu’elles n’augmentent pas le montant de l’emprunt, qu’elles n’augmentent pas le taux de l’intérêt de plus de un pour cent du capital de l’emprunt, et qu’elles ne prolongent ni n’abrègent le terme de remboursement”.Veuillez agréer, chers collaborateurs, avec l’expression de mon entière confiance, mes meilleurs souhaits de succès dans l’exercice de vos importantes fonctions.Cyrille-F.Delage.Surintendant.LOI CONCERNANT L’EDUCATION DES ENFANTS DE CROYANCE JUDAÏQUE DANS LTLE DE MONTREAL (1) Sanctionnée, le 4 avril 1930.SA MAJESTÉ, de l’avis et du consentement du Conseil législatif et de l’Assemblée législative de Québec, décrète ce qui suit: 1.Est constituée en corporation par la présente loi, une commission désignée sous le nom de “Commission des écoles juives de Montréal”, ci-après appelée la Commission, composée de sept membres professant la religion judaïque, dont un président, lesquels sont nommés par le lieutenant-gouverneur en conseil.2.Avis de la nomination des membres de cette commission ainsi que de la date de leur nomination est publié dans la Gazette officielle de Québec.3.A compter de cette date, la commission a succession perpétuelle et possède tous les droits et tous les pouvoirs qui appartiennent généralement aux corporations similaires, sujet cependant aux dispositions ci-après édictées.4.Les dispositions de la Loi de l'instruction publique (Statuts refondus 1925, chapitre 133,) s’appliquent à la commission et aux écoles juives, sauf incompatibilité avec celles de la présente loi.5.Le président et les membres de la commission restent en fonction pendant une période de cinq années, mais ils peuvent être remplacés en tout temps, pour cause, par le lieutenant-gouverneur en conseil.6.Le territoire sur lequel s’étend la juridiction de la commission créée par la présente loi, pour les fins scolaires juives, comprend tout le territoire de l’île de Montréal.7.1.Les affaires de la commission sont administrées par ses membres, quatre d’entre eux constituant le quorum.2.En cas d’égalité de voix relativement à la décision d’une question, le président a un vote prépondérant.(1) 20 Geo.V, Chap.61. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 757 8.La corporation n’est pas dissoute par une ou plusieurs vacances arrivées parmi les membres de la commission ou par la disparition de tous ses membres.9.Au cas de vacance d’un, de plusieurs ou de tous les membres de la commission, ces vacances sont remplies de la même manière dont sont faites les nominations des membres originaires de la commission.10.La commission possède à l’égard de l’éducation des personnes de croyance judaïque tous les pouvoirs que possèdent le Commission des écoles catholiques de Montréal et le Bureau des commissaires d’écoles protestants de la cité de Montréal, relativement g l’éducation dans leurs écoles respectives.11.La commission peut, sur l’invitation du conseil de l’instruction publique ou du surintendant de l’instruction publique, être appelée, à titre consultatif, à rencontrer ce conseil, lorsqu’il s’agit d’une question d’éducation qui intéresse toute la population en général.12.La commission peut faire tous les règlements qu’elle jugera nécessaire pour la régie de ces écoles.Ces règlements n’entrent en vigueur qu’après leur approbation par le lieutenant-gouverneur en conseil sur la recommandation du surintendant de l’instruction publique.13.Les questions scolaires concernant les intérêts de l’éducation des personnes de croyance judaïque et de la Commission des écoles juives de Montréal sont de la seule compétence du surintendant de l’instruction publique, et celui-ci est revêtu à cet égard des mêmes pouvoirs, obligations et autorité que ceux qu’il possède en vertu de la loi lorsqu’il s’agit de l’éducation des catholiques et des protestants et de leurs écoles.14.Le lieutenant-gouverneur en conseil peut, sur la recommandation du surintendant de l’instruction publique ou à la demande de la Commission des écoles juives de Montréal, établir, par proclamation, un bureau central d’examinateurs juif, pour l’examen des candidats à l’enseignement des personnes de cette croyance religieuse.15.Nonobstant toute disposition contraire, dans toute municipalité scolaire de l’île de Montréal, régie, en ce qui regarde les écoles, soit par la Loi de l’instruction publique, soit par une loi spéciale, ou soit par la loi de l’instruction publique et par une loi spéciale, une ou plusieurs municipalités scolaires, pour les personnes professant la religion juive, peuvent être érigées, divisées, et leurs limites modifiées, en vertu du premier alinéa de l’article 71 de la Loi de l’instruction publique, mais cette municipalité ou ces municipalités ainsi érigées dans toute municipalité scolaire protestante de l’île de Montréal, doivent renfermer tout le territoire de cette municipalité scolaire protestante, et doivent après qu’elles sont établies, être régies par la commission créée par la présente loi.16.Au lieu d’établir des écoles séparées pour l’instruction des enfants professant la religion juive, dans une localité ainsi érigée en municipalité pour les personnes de cette croyance, la commission peut conclure des arrangements avec tout autre bureau de commissaires ou de syndics d’écoles, ayant juridiction dans la même localité, pour l’instruction de ces enfants juifs, dans les écoles régies par cet autre bureau, pourvu que tous ces arrangements soient sujets à l’approbation du lieutenant-gouverneur en conseil sur recommandation du surintendant de l’instruction publique.Des arrangements aux mêmes fins, et sujets à la même approbation peuvent être conclus avec toute autre municipalité scolaire de l’île de Montréal, avant qu’une municipalité scolaire pour les personnes de religion juive y soit érigée.17.1.A défaut d’entente entre le Bureau des commissaires d’écoles protestants de la cité de Montréal ou la Commission des écoles catholiques de Montréal et la Commission des écoles juives, avant le 1er avril 1931, le territoire de la cité de Montréal, est par la présente loi érigé en municipalité scolaire juive, sous la direction de la commission des écoles juives, présentement constituée en corporation, à compter du 1er juillet 1931, sans préjudice des droits que peuvent avoir les catholiques romains et les protestants dans ledit territoire.2.A défaut d’entente entre le bureau des syndics d’écoles protestants de la cité d’Outremont ou les commissaires d’écoles catholiques de ladite cité et la commission des écoles juives, avant le 1er avril 1931, le territoire de la cité d’Outremont est par la présente loi érigé en municipalité scolaire juive, sous la direction de ladite commission des écoles juives, à compter du 1er juillet 1931, sans préjudice des droits que peuvent avoir les catholiques romains et les protestants dans ledit territoire.3.Le surintendant de l’instruction publique doit être notifié de tout arrangement conclu avant le 1er avril 1931, et il doit alors donner avis, dans la Gazette officielle de Québec, dudit arrangement ou de l’établissement de la municipalité scolaire juive résultant du fait qu’un arrangement n’a pas été conclu.18.Nonobstant toute loi contraire, dans toute localité de l’île de Montréal où une telle municipalité scolaire pour les personnes professant la religion juive a été établie, la commission des écoles juives a droit, à compter du 1er juillet suivant la date de cet établissement, aux taxes scolaires, au même taux que celui des protestants sur les propriétés des contribuables juifs de cette localité,_ et aussi à la proportion des taxes qui y sont payées, d’après la liste neutre, s’il y en a, proportionnellement à la même base que celle qui est établie pour les protestants et les catholiques; et, lorsque, dans tout semblable territoire, les taxes scolaires sont perçues par la corporation municipale et les propriétés imposables sont divisées en listes séparées, une liste additionnelle, semblable à celle qui se compose des contribuables protestants, doit être dressée pour les contribuables juifs.4 758 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 19.A compter du premier juillet 1930, l’article 3 de la loi 13 George V, chapitre 44, (temporairement abrogé par la loi 19 George V, chapitre 48, sections 1 et 3,) est remplacé par le suivant: “3.1.Les frais d’éducation des enfants non catholiques romains et des enfants non protestants, dans les écoles de^ l’un ou l’autre système, à l’exclusion de ceux qui professent la religion juive, seront payés, à même les fonds de la liste neutre au bureau qui leur procurera l’éducation, comme une charge sur iceux, et seront établis d’après le coût per capita calculé sur la base du nombre total des élèves inscrits jusqu’au 30 avril de l’année scolaire précédente.2.Sauf dans un territoire où une municipalité scolaire juive a été établie, on devra payer au bureau des commissaires ou des syndics d’écoles protestants, à même les fonds de la liste neutre, comme une charge sur iceux, la différence, pour chaque année, entre le montant payé à la liste protestante par les propriétaires juifs et le coût per capita, calculé comme susdit, de l’éducation des enfants juifs qui fréquentent les écoles du bureau protestant.3.Dans la cité de Montréal, cependant, le coût per capita est, par la présente loi, fixé à soixante-quinze piastres, et la différence entre ce coût et le montant versé à la liste protestante par les propriétaires juifs, doit être supportée par les bureaux protestants et catholiques en proportion de leurs populations respectives, les juifs n’étant pas considérés comme protestants pour cette dernière fin.4.Jusqu’à ce qu’une municipalité scolaire pour les personnes professant la religion juive soit érigée, dans la cité de Montréal, la taxe de la liste neutre dans ladite cité, déduction faite des montants payables à chaque bureau, conformément à cette section, sera divisée entre les bureaux d’écoles catholiques romains et protestants proportionnellement à la population des catholiques romains et des protestants, suivant le dernier recensement d’alors, les personnes professant la religion juive n’étant pas considérées comme protestantes pour cette dernière fin.20.A compter du 1er juillet 1930, l’article 4 de la loi 13 George V, chapitre 44, (temporairement abrogé par la loi 19 George V, chapitre 48, sections 1 et 3,) est remplacé par le suivant: “ 4.Chacun des bureaux de commissaires ou de syndics d’écoles doit envoyer au trésorier de la corporation municipale intéressée, le ou avant le 15 septembre de chaque année, un rapport dûment certifié par le président et le secrétaire-trésorier du bureau et approuvé par résolution de ce bureau, indiquant le nombre total d’élèves inscrits non catholiques romains et non protestants, au 30 avril de l’année scolaire précédente, et indiquant, quant aux enfants juifs, le nombre de ces enfants, séparément des autres enfants non catholiques romains et non protestants, ainsi que, à l’exception de la cité de Montréal, un état certifié par le vérificateur du bureau et indiquant les dépenses totales, excepté les dépenses au compte du capital, faites par le bureau au cours de l’année scolaire précédente.La division des dépenses totales de chaque bureau par le nombre total de tous les élèves inscrits dans ses écoles, établira le coût per capita.” 21.A compter du 1er juillet 1930, l’article 5 de ladite loi (temporairement abrogé par la loi 19 George Y, chapitre 48, sections 1 et 3,) est remplacé par le suivant: “5.Dans un territoire où une municipalité scolaire juive a été établie, la taxe de la liste neutre, après déduction des montants payables à chaque bureau en vertu de l’article 3 de la présente loi, sera divisée pour l’enseignement entre les protestants, les catholiques-romains et les juifs, en proportion du nombre respectif d’enfants protestants, catholiques et juifs âgés de cinq à seize ans, résidant dans la municipalité, tel qu’il appert du recensement scolaire de l’année précédente.Néanmoins, dans la cité de Montréal, cette division doit être faite entre les commissions scolaires catholiques-romaines, protestantes et juives en proportion des populations catholique-romaine, protestante et juive de ladite cité d’après le dernier recensement.” 22.L’article 7 de la loi 13 George V, chapitre 44, est remplacé par le suivant: “ 7.Les estimateurs de chaque corporation municipale doivent désigner au rôle d’évaluation, tous les propriétaires de croyance judaïque qui payent des taxes scolaires, en apposant la lettre “J” en regard des noms de ces propriétaire, et ils doivent apposer la lettre “N” en regard des noms des propriétaires qui n’appartiennent pas à la religion catholique-romaine, protestante ou juive.” 23.L’article 8 de la loi 13 George V, chapitre 44, est abrogé.24.La dixième partie de la Loi de l’instruction publique (Statuts refondus, 1925, chapitre 133,) comprenant les articles 576 à 581, ne s’appliquent à aucun territoire dans lequel une munici-palité scolaire juive a été établie.25.A compter du 1er juillet 1930, les dispositions de la loi 13 George V, chapitre 44, telle que modifiée, à l’exception des paragraphes 3 et 4 de l’article 3 tel qu’édicté par la section 19 de la présente loi, s’appliquent dans les limites de tout le territoire sujet à la j mi diction du Bureau central des écoles protestantes de Montréal.26.Dans tout territoire où une municipalité scolaire juive a été établie, si le bureau des commissaires ou des syndics d’écoles protestants intéressés et la commission des écoles juives ne peuvent s’entendre quant à la disposition des terrains, des écoles, des maisons d’écoles, et du mobiher qui s’y trouve et quant à l’indemnité à payer, s’il y a lieu, à ces fins, dans les quinze jours qui suivent l’avis donné par l’un à l’autre, le bureau ou la commission peut s’adresser à la Commission des services publics de Québec qui décide de la question en litige, et sa décision est finale.27.La présente loi entrera en vigueur le jour de sa sanction. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 759 BUREAU CENTRAL DES EXAMINATEURS CATHOLIQUES Pour les examens de Juin 1931 LITTÉRATURE FRANÇAISE Brevet élémentaire: 1.—Le loup et le chien.2.—Le loup et la cigogne.3.—Le lièvre et la tortue.4.—Le chat, la belette et le petit lapin.5.—Conseils d’un père.6.—L’examen du général Drouot.7.—Lettre à Mgr Parisis.8.—Hommage à mes parents.9.—Le vieux hangar.10.—Le coin de Fanchette.11.—Lejaboureur.12.—L’Église.La Fontaine.La Fontaine.La Fontaine.La Fontaine.Fénelon.Lacordaire.Louis Veuillot.Pasteur.Mgr C.Roy.P-A.de Gaspé.William Chapman.Blanche Lamontagne.Note.—Par décision du Bureau central, “La Littérature au Brevet élémentaire”, pour 1928-29-30, de la Congrégation de N.-Dame, est en vigueur jusqu’en juin 1931.Brevet supérieur: 1.—La mouche et le fourmi.La Fontaine.2.—Le coche et la mouche.La Fontaine.3.—Le savetier et le financier.La Fontaine.4.—Le vieillard et les trois jeunes gens.La Fontaine.5.—Notre histoire.Louis Fréchette.6.—Nos héroïnes canadiennes.Monseigneur Gauthier.7.—La fête du Christ à Ville-Marie.Albert Ferland.8.—A Louis Fréchette.L.Rainier.9.—Tirade de Chrysale.Molière.10.—O Sainte Église Romaine.Guéranger.11.—Le châtaignier à la fin de l’hiver.Fabre.12.—Chanson des épées.Henri de Bornier.Note.—Par décision du Bureau central, “La Littérature au Brevet supérieur” pour 1928-29-30, de la Congrégation de Notre-Dame, est en vigueur jusqu’en juin 1931.ENGLISH LITERATURE Elementary Diploma: a.The Vision of Sir Launfal.b.The legend of Sleepy Hollow.Superior Diploma: a.The Merchant of Venice.b.Julius Caesar.HISTOIRE DE LA PÉDAGOGIE Brevet supérieur: De la Renaissance au XVIIe siècle: I.La Renaissance et la Réforme, chapitres 1, II, III, IV, V, VI, VII {Histoire de la Pédagogie, de L.Riboulet pages 191 à 245, édition de 1927, et pages 191 à 243, édition de 1925.PÉDAGOGIE Le programme de pédagogie pour les deux brevets est celui des Écoles normales (Voir les Règlements du Comité catholique.) y 760 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE PEDAGOGIE LES ECOLES NORMALES CATHOLIQUES DE LA PROVINCE DE QUEBEC (suite et fin) (1) MISE EN ŒUVRE DU PROGRAMME NORMALIEN Dans nos écoles normales, non seulement les élèves-instituteurs ou les élèves-institutrices s’exercent à l’enseignement pratique à l’école d’application, en 2ème et Sème années, mais, dès la première année jusqu’à la fin du cours, ils apprennent à enseigner, tout en revoyant et approfondissant les matières du programme des écoles primaires et en étudiant les matières spéciales au cours normal; c’est l’exemple du professeur, dont les leçons deviennent des leçons de méthodologie.Ce que le professeur d’école normale doit apprendre surtout à ses élèves, c’est à transposer les connaissances qu’il leur donne, à les mettre au niveau d’intelligences moins développées.Pour arriver à ce résultat, il faut qu’il pénètre ses élèves de la méthode qui convient à son genre d’enseignement.Je dis •pénétrer à dessein, car il ne suffit pas de connaître théoriquement une méthode pour pouvoir l’employer habilement et sûrement; il faut s’en être fait une habitude d’esprit dont l’influence s’exerce d’une manière discrète et permanente, à la façon d’un instinct mais d’un instinct capable de progrès.A l’école normale, la méthode s’enseigne donc d’abord par l’exemple.Dans ses leçons, le professeur emploie de préférence les procédés qui conviennent à l’école primaire, entourant ainsi ses élèves d’une véritable atmosphère professionnelle.Il s’efforce avant toute chose d’être simple et clair, de se mettre à leur portée, de provoquer leurs réflexions : recourant très fréquemment aux procédés intuitifs, à la méthode d’interrogation.Le professeur d’école normale est donc avant tout un maître dé pédagogie et de méthodologie.C’est pourquoi il indique à ses élèves, à propos de chaque leçon qu’il leur donne (grammaire, littérature, histoire, géographie, mathématiques, etc.) comment enseigner les mêmes matières aux différents cours ou degrés de l’école primaire.C’est là le point important, c’est là aussi le point difficile: dès l’école normale, le futur maître et la future maîtresse doivent apprendre à transmettre à des enfants plus jeunes la substance des choses que le professeur leur enseigne.Voilà ce qui distingue l’école normale des autres maisons d’enseignement où l’on n’a pas à se préoccuper de la formation pédagogique ou professionnelle.Ajoutons à cette préoccupation pédagogique que je viens d’exposer, les leçons pratiques données à l’école d’application par les élèves-instituteurs et les élèves-institutrices, pendant la 2ème et la Sème années; les travaux préparés par ces dernières et lus aux réunions ou séances pédagogiques et littéraires de chaque mois, et encore, dans quelques écoles normales, la leçon faite chaque quinzaine par une élève-maîtresse à une division de l’école annexe, en présence des compagnes des trois années, du principal, de la directrice de l’école et du professeur dans la spécialité de laquelle rentre le sujet de la leçon.Celui-ci (ou celle-ci) vise le sujet proposé, donne des conseils à la conférencière et se prépare lui-même (ou elle-même) à la critique de la leçon qui doit être faite.VERS LE PROGRÈS De même qu’en 1923, le programme des écoles normales catholiques de Québec a été profondément modifié en vue d’une formation générale plus complète des futurs instituteurs (1) Voir VEnseignement primaire d’avril et mai 1930. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 761 et des futures institutrices, en exigeant d’eux trois années d’études académiques et professionnelles avant de leur accorder un brevet supérieur et deux années au moins avant de leur donner un brevet élémentaire, en cette année 1929, le Comité catholique a ajouté une quatrième année supplémentaire facultative, année plutôt scientifique et de perfectionnement professionnel.Les sciences naturelles, les mathématiques, la littérature, la religion, la morale et l’économie domestique pour les filles forment le principale armature du programme de cette quatrième année supplémentaire.C’est un acheminement vers le professorat aux écoles normales et l’inspectorat.De plus, cette quatrième année d’école normale prépare immédiatement au professorat dans les écoles primaires supérieures (9e, 10e, lie années) qui se multiplient dans nos grandes villes.De plus en plus dans nos écoles normales primaires l’on accentue la formation du caractère des futurs instituteurs et des futures institutrices par un enseignement religieux et moral approfondi et des études psychologiques s’appuyant sur les données de la philosophie thomiste.Le régime de l’internat et le séjour de deux, trois ans, et à compter de cette année, quatre ans, pour un certain nombre, favorise la formation du caractère des normaliens, l’acquisition d’une bonne éducation et des habitudes sociales développant en eux un excellent esprit civique.Enfin, un nouveau pas sera bientôt fait par les Instituts de Frères enseignants qui ont demandé aux autorités scolaires de reconnaître leurs scolasticats (maisons de formation générale et pédagogique) comme écoles normales officielles.Les Frères accepteraient les programmes, règlements et inspections officielles.Les diplômes que les écoles congréganistes décerneraient seraient contrôlés et signés par le Surintendant de l’Instruction publique.Ce projet a été approuvé en principe par le Comité catholique du Conseil de l’Instruction publique.Il est encore à l’étude et recevra une solution au cours de la présente année scolaire.Loin de moi, Messieurs, la prétention de croire à la perfection de notre système normalien.Ce système est susceptible d’amélioration, et le département de l’Instruction publique' s’applique à le rendre de plus en plus efficace, tout en lui gardant son caractère académique et professionnel.C.-J.Magnan, Inspecteur général des écoles normales catholiques de la Province de Québec ÉDUCATEURS, SOYONS GÉNÉREUX Quand on possède, avec le grand bienfait surnaturel de la foi, les ressources du talent, de l’influence, de la fortune, on doit se rappeler que toutes les richesses réparties par Dieu dans une âme, dans une vie, ne sont jamais octroyées pour le bénéfice égoïste de celui qui les possède.Son devoir est d’en faire bénéficier les autres.La même loi qui régit l’ordre physique régit en effet Tordre moral.Le soleil ne garde pas ses énergies pour lui-même, mais les répand sur la terre en gerbes de lumière et de chaleur qui font éclore la vie; les sources profondes jaillissent du sol pour désaltérer les plantes, les animaux et les hommes; les trésors cachés de la terre ne sont que des dépôts au bénéfice des humains.Ainsi les richesses d’âme, d’influence, de fortune qui sont le lot d’un individu doivent profiter aux autres et la valeur d’une vie se mesure aux bienfaits qu’elle répand autour d’elle.C’est la quintessence du christianisme bien compris, sa synthèse la plus forte: “celui qui aime ses frères accomplit la loi”, dit saint Paul.Que ce soit là votre devise pour vous-mêmes, que ce soit votre idéal dans votre travail d’éducation du peuple.Soyez des apôtres.Mgr F.-X.Ross, Évêque de Gaspé. 762 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE DOCTEUR EN PÉDAGOGIE A l’occasion de la collation des diplômes et des grades qui eut lieu en mai à l’Institut pédagogique de Montréal (O.N.-D.), l’honorable M.Cyrille-F.Delâge, Surintendant de l’Instruction publique, a reçu le titre de Docteur en Pédagogie, honoris causa, en reconnaissance des services qu’il a rendus à l’instruction publique.PSYCHOLOGIE PRATIQUE l’irrésolution .Un être irrésolu porte son irrésolution dans le choix d’un habit comme dans le choix d’un état, dans une visite à faire comme dans un voyage à entreprendre, dans les plaisirs comme dans les affaires.—Marie, me conseilles-tu de prendre mon parapluie ?disait à sa femme un employé des finances.—Fais comme tu voudras, mon ami.—Crois-tu qu’il pleuve ?—Je n’en sais rien, mon ami.¦—Allons ! je l’emporte.¦—Tu fais bien, mon ami.•—Mais s’il ne pleut pas, il me gênera.—Eh bien, ne l’emporte pas.—Mais s’il pleut, je serai mouillé.—Alors emporte-le.—Tu es insupportable ! Emporte-le.ne l’emporte pas.On a un avis ! Crois-tu que je ferai bien de l’emporter ?—Oui ! —Eh bien, alors je l’emporte.Cependant le baromètre a remonté depuis ce matin.le ciel s’éclaircit.Si le temps devient beau, je ne penserai plus à ce parapluie et je le perdrai.Ah ! ma foi ! décidément (décidément est le mot favori des irrésolus), je ne l’emporte pas !.Le voilà parti.Mais, en passant dans l’antichambre, il a vu son parapluie, il le prend, et.et arrivé en bas, il le dépose chez le concierge.—Mais, me dira-t-on, c’est de la manie.—Voilà pourquoi il faut la guérir.Mais comment ?Y a-t-il un remède ?Oui, il y en a un, un seul, mais infaillible et qui réussit toujours chez les enfants, si on le fait entrer dans l’éducation, et que j’ai vu pratiquer heureusement, même par des hommes faits.Le voici: Il y a deux choses dans l’irrésolution: un défaut natif et une habitude.C’est par l’habitude qu’il faut attaquer le défaut natif.Le raisonnement y échouera, les bonnes résolutions n’y suffiront, pas; l’habitude seule en viendra à bout, l’habitude fondée sur une règle.Cette règle est bien simple elle se compose d’un seul article: Une fois qu’on a dit: Je ferai une chose,—la faire, quoi qu’il en coûte et quoi qu’il en arrive.Suivons cette méthode, car un irrésolu n’est bon qu’à être esclave ou victime.Soumettons nos actes à la gymnastique de la volonté, supprimons de notre programme le mot “caprice”, et nous aurons entre les mains un véritable instrument de succès et de bonheur.Legouvé.Après lecture de cette page, on en fera une imitation en cherchant d’autres traits d’irrésolution.IMITONS LE DIVIN MAITRE .Quand nous avons plus envie de nous taire que de parler, songeons à Celui qui nous a laissé son exemple afin que nous marchions sur ses traces, et qui en se revêtant d’une chair mortelle, tout Dieu qu’il était, est encore descendu de plus haut que nous ne faisons lorsque nous employons un temps considérable à exprimer aux enfants ce que quelques mots nous disent d’une manière claire et distincte.” Saint Augustin. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 763 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE EN FRANCE Quelques renseignements généraux et observations personnelles Simples notes (Suite) (1) TABLEAUX STATISTIQUES Nous ne pouvons mieux terminer nos modestes écrits, sur l’Enseignement primaire en France, qu’en fournissant quelques statistiques générales, donnant une idée d’ensemble sur l’enseignement primaire, secondaire et supérieur.Les informations relatives à l’enseignement officiel (d’État) nous ont été aimablement communiquées par M.Ch.Ab Der Halden, Inspecteur général, de France, auteur de plusieurs livres de valeur.Nous avons eu l’honneur, lors de notre séjour à Paris, de jouir et de profiter de sa sympathique et agréable compagnie, de goûter les charmes d’un cordial accueil sous son toit hospitalier, en sa demeure de Saint-Germain-en-Laye (Seine et Oise), à ISj/g milles de Paris.(Cette ville est remarquable par son beau site, son air salubre, endroit où les rois de France possédaient des résidences d’été à partir du Xlle siècle, place intéressante à visiter où abondent les souvenirs historiques, etc.) Des charmantes heures passées avec cet éducateur émérite, nous garderons un vivace souvenir.STATISTIQUES GÉNÉRALES Enseignement officiel (d’État) en France (Statistiques du 31 juillet 1928) Enseignement universitaire Enseignement secondaire Universités.18 Lycées et collèges (g.et f.).Professeurs.767 Nombre d’élèves (g.et f.).Etudiants (des deux sexes).64,293 Professeurs, directeurs, censeurs, etc.(h.etf.).567 169,270 15,772 ENSEIGNEMENT PRIMAIRE Écoles: Nombre d’écoles.Nombre d’élèves (g.et f.).Nombre de professeurs (h.et f.) Maternelles Élémentaires Cours complémentaire 3,115 71,327 1,559 341,221 3,303,660 66,542 7,458 120,506 2,632 Supérieures 540 83,668 3,966 Ce qui fait pour l’Enseignement primaire d’État de France, pour toutes les écoles de toutes les catégories: Un nombre total d’écoles de.76,541 Un nombre total d’élèves (garçons et filles).3,795^091 Un nombre total de professeurs et directeurs (h.et f.).134,562 Sur le nombre total des professeurs de l’Enseignement primaire en France, les % environ sont des femmes.On compte> pour le département de la Seine seulement 8,000 instituteurs et institutrices approximativement.Ecoles normales 'primaires Nombre d’écoles (garçons et filles).177 Nombre d’élèves (garçons et filles).9,890 Nombre de professeurs (hommes et femmes).’689 (1) Voir 1 Enseignement primaire de septembre, d’octobre, de novembre, de décembre 1929, de janvier, d’avril et de mai 1930. 764 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE Enseignement libre {catholique) en France Nous n’avons pas pu, malheureusement, nous procurer les dernières statistiques concernant l’enseignement libre en France.Dans l’occurrence nous empruntons les chiffres suivants de la Correspondance hebdomadaire de Paris (1921) : Écoles libres (catholiques).12,000 Maîtres et maîtresses.29,000 Élèves (garçons et filles).950,000 Ces chiffres ont dû augmenter quelque peu depuis 1921.L’enseignement libre (catholique), en France, instruit donc de nos jours un million près d’enfants sur les 4,800,000 (en chiffres ronds) d’élèves d’âge scolaire en France.Ci-après, quelques renseignements statistiques pris dans l’instructive revue L’École, de Paris du 21 mars 1930.DIOCÈSE DE PARIS Nombre des écoles (paroissiales ou primaires chrétiennes), des élèves et des maîtres, au 15 novembre, 1929.Nombre d’écoles primaires (garçons).117 “ “ “ (filles).158 Nombre d’élèves (garçons).11,903 “ “ (filles).11,351 Nombre de maîtres.404 “ Maîtresses.459 Total d’écoles primaires chrétiennes.275 Total d’élèves.23,254 Total des membres enseignant (h.et f.).863 Il est à propos de faire remarquer ici que l’affranchissement de l’enseignement primaire libre (catholique) en France ne fut reconnu légalement qu’en 1833, celui de l’enseignement secondaire libre qu’en 1850 et celui de l’enseignement supérieur libre qu’en 1875.Pierre-Paul Magnan, Professeur à l’École normale Laval, de Québec.Québec, 20 mai 1930.QUELQUES CENTENAIRES I.L’année 1930 est fertile en anniversaires mémorables.C’est d’abord le 15e centenaire de la mort de saint Augustin.A cette occasion un congrès eucharistique international a été tenu à Carthage, du 7 à 12 mai dernier.IL Puis vient le centenaire de l’apparition de la Sainte Vierge, dans la chapelle des Filles de la Charité de la rue du Bac, à Paris, à une humble novice Catherine Labouré.Au cours de cette apparition, la vision expliqua à la religieuse sa mission: faire frapper et répandre dans le monde une médaille sur le modèle de l’apparition: la Vierge se tenant debout sur le globe; de ses deux mains tombent des faisceaux de rayons lumineux; au-dessus de sa tête sont inscrits ces mots: “O Marie conçue sans péché, priez pour nous qui avons recours à vous.” La médaille miraculeuse, dit la Croix, de Paris, allait propager à travers la France et l’étranger la dévotion à Marie Immaculée, préparer les esprits à la proclamation, vingt-quatre ans plus tard, du dogme de l’immaculée Conception, et, par les faveurs obtenues, les grâces de guérison et de conversion accordées, annoncer les merveilles innombrables qui réjouiraient l’Église catholique, au dernier tiers du XIXe siècle, devant les Roches-Massabielle.III.1930 rappelle encore le centenaire de la conquête de l’Algérie par la France (prise d’Alger 1830); le centenaire de l’indépendance de la Belgique et de la Grèce.IV.Enfin comment ne pas signaler le deuxième millénaire de la naissance de Virgile, cet immortel paysan, qui a glorifié la terre dans les Georgiques, l’œuvre maîtresse du grand poète latin.Au seul nom de Virgile, le célèbre vers que personne n’ignore revient à la mémoire: O fortunatos, sua si bona norint.Agricolas ! (Heureux les agriculteurs, s’ils savaient leur bonheur!) C.-J.M. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 765 y-'y^t/ ônV^Î’ïSfflwf / H- •>"^\sWÇ?r- , .'•'^1 CjÉRrtKD fipR/55^,,, '^ll ' l/î(' 'U ' Or/; /^f/ y \\y^^ .X " v\*v\l)»-| '4 ^S, Wtâi > 2B3 L^U.) S//A MK: l(iiiPIHI^l '¦^#lllllli'"' - ~ïi Üfr~^î {"•"••atM.m., Ç^AvJ l^ÿ] UN MODÈLE D’ÉCOLE DE RANG D’après un dessin original de Gérard Morisset; dessin exécuté pour 1’“Enseignement primaire”.(Drois réservés) 766 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE ‘‘L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE” Dans une récente circulaire adressée aux commissions scolaires de la Province de Québec, l’honorable Cyrille-F.Delâge, Surintendant de l’Instruction publique, donne les sages conseils qui suivent au sujet de Y Enseignement 'primaire: 11 Vous savez, Messieurs, le rôle utile que joue YEnseignement primaire dans les écoles.Cette revue est tout à la fois une aide précieuse, un guide sûr et un moyen de culture générale à la portée des instituteurs et des institutrices.Depuis plusieurs années, le Gouvernement envoie gratuitement un numéro mensuel de YEnseignement primaire à chacune des écoles de la Province.Cette mesure généreuse est très appréciée par le personnel enseignant et MM.les inspecteurs d’écoles.“Mais il arrive dans bien des cas que plusieurs instituteurs ou institutrices (religieux ou laïques) enseignent dans une même école sous contrôle.Alors on s’adresse à mon département pour obtenir des numéros supplémentaires pour telle ou telle école, en alléguant qu’un seul numéro de la revue est insuffisant pour deux, trois,_ quatre ou cinq titulaires.Cette réclamation est fondée au point de vue pédagogique, mais je ne puis donner satisfaction à ceux qui la formulent, car chaque école sous contrôle n’a droit qu’à un abonnement gratuit, et je ne puis obliger son éditeur à payer personnellement les frais d’envois supplémentaires.“Dans l’intérêt bien compris des écoles, les commissions scolaires feraient œuvre pratique en payant des abonnements supplémentaires, dont le prix est minime, pour une revue de haute valeur, et formant chaque année un fort volume de six à sept cents pages._ “A ce sujet, MM.les secrétaires-trésoriers voudront bien s’adresser à l’Administrateur de YEnseignement primaire, Case postale 636, Haute-Ville, Québec.“J’attire aussi votre attention sur l’importance de faire relier YEnseignement primaire chaque année, au cours des vacances, et pour chaque école.C’est pourquoi le paragraphe 23 de l’article 227 des Règlements du Comité catholique fait un devoir aux instituteurs et aux institutrices de conserver avec soin tous les numéros de cette revue.” En en faisant la demande aux commissions scolaires, les instituteurs et les institutrices (religieux et laïques) sous contrôle, obtiendront facilement quelques abonnements supplémentaires, chaque fois qu’il y a plus d’un titulaire dans une école.L’ENSEIGNEMENT RELIGIEUX Pédagogie {Communiqué par l’auteur) Grâce à Dieu, l’enseignement religieux domine dans nos écoles; nos ^institutrices surtout et c’est la très grande majorité des titulaires de nos classes—y mettent leur âme, leur instinct maternel, leur formation très chrétienne, mais pourquoi faut-il qu’un abîme se creuse si souvent entre l’idéal et la réalité ?., , , , , .L’enseignement de cette matière— la plus importante, puisqu elle est la base de toutes les autres, et la plus éducatrice—donne-t-il les résultats espérés, donne-t-il la formation voulue, nécessaire, fait-il de nos enfants des hommes, des femmes dans le bon sens du mot tel que l’entend Mgr Dupanloup, leur donne-t-il les principes suffisants pour vivre et défendre leur religion contre les attaques croissantes ?Autant de questions—et combien d’autres—difficiles, délicates à résoudre.Quelles sont les méthodes, les procédés à suivre ?Ceux de la nature: continuer ou reprendre, quand il a fait défaut, l’enseignement dufoyer; parler à l’enfant, comme une bonne mère, de tout ce qu’il connaît en matière religieuse pour lui ouvrir des horizons nouveaux; converser avec lui pour lui expliquer ce qu’il ne comprend pas, pour lui apprendre ce qu’il ne sait pas; par des questions adroi-tes, bien enchaînées, déchirer peu à peu le voile qui enténèbre son intelligence; suivre dans ses yeux la marche de la lumière; attendre patiemment l’éveil de la pensée; épier le sourire au coin des lèvres et jouir de son triomphe, de la satisfaction qu’il éprouve en face de la vérité.Aussi longtemps que ces symptômes ne se manifestent, aussi longtemps que le front reste soucieux, qu’un ph s y creuse, que les yeux restent interrogateurs, inquiets, il faut continuer la conversation.La conversation! l’enseignement est-il autre chose ?Et c’est en cela que se trompent la plupart des éducateurs, des éducatrices.Ah! l’enseignement livresque, le manuel nous a fait et nous fait L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 767 encore beaucoup de mal, puis on dirait qu’ils ne sont pas faits pour des enfants, tant ils sont savants.Sans faire un autodafé de tous les manuels scolaires, comme le voulait un certain Monsieur Quick, de Chicago, comme ils devraient rester dans les tiroirs au cours de la classe! Quels obstacles ne mettent-ils pas entre l’intelligence du maître, de la maîtresse et celle des élèves! Quend débarrassés du livre, les yeux plongent dans les yeux, quand ils peuvent suivre l’évolution de la pensée, comme le travail est plus intéressant, plus effectif.Que faut-il enseigner ?Le programme et la répartition mensuelle—hélas trop chargés—y pourvoient.Mais peut-on enseigner tout cela ?Pour l’institutrice de campagne, seule dans son école avec six, sept divisions, quand bien même cela se résumerait en quatre cours et quatre enseignements, c’est une impossibilité absolue.Il faut choisir, et ce qui rend la tâche difficile, c’est ce qui demande du tact, du jugement.Choisir! choisir ce qui convient aux élèves, à leur développement intellectuel, au milieu, au présent, à l’avenir; choisir ce qui convient au plus grand nombre, ce qui est pratique, nécessaire, indispensable; choisir juste, ni trop, ni trop peu, ce que peuvent assimiler les enfants, ce qu’ils peuvent comprendre, apprendre.Apprendre et comprendre sont deux activités cérébrales bien différentes, et l’on peut dire qu’elles ont été jusqu’ici bien incomprises.Partout ou presque partout, l’on cherche à faire apprendre et l’on se préoccupe fort peu de faire comprendre.On fait apprendre par cœur et réciter par exemple le “Notre Père”, le “Je vous Salue, Marie” et l’on demande à l’enfant: “A qui parlez-vous en disant: “Notre Père qui êtes aux cieux?Regards étonnés, yeux chercheurs et pas de réponse.—A qui dites-vous: “Je vous salue, Marie?Est-ce à votre mère, votre sœur?” Mutisme complet, embarrassé.Et ainsi pour toutes choses.L’enfant dit des mots, des mots et ne sait pas ce qu’il dit.Et pourtant, cela serait si facile de lui expliquer qu’il dit cela à la mère du petit Jésus, puis de lui raconter, en langue enfantine, tout le dialogue de l’ange Gabriel à Marie, de lui conter un beau conte qui aurait pour sujet cette scène biblique.L’adaptation de l’histoire Sainte à l’enseignement des prières et du catéchisme est un procédé incompris et paraît bien difficile à maintes institutrices.Celles-ci ne réalisent pas que l’histoire Sainte, dans le nouveau programme, se confond avec les prières et le catéchisme, dont elle est en maintes occasions un complément explicatif.En fait, l’histoire Sainte ne doit pas avoir son horaire propre au tableau d’emploi du temps, mais elle doit s’enseigner conjointement avec les prières et le catéchisme.Les faits principaux de l’histoire Sainte doivent servir de sujets de narration.Les enfants écoutent si bien les récits bien faits, circonstanciés.Avant de faire apprendre “par cœur” la première réponse du catéchisme: “C’est Dieu qui a créé le ciel et la terre”, pourquoi ne pas raconter toute la scène de la création et surtout, si l’on a le beau tableau du Père Lacombe, montrer Dieu le Père représenté par un beau vieillard à barbe blanche, penché sur les six gravîmes expliquant chaque œuvre des six jours.Après cela point ne sera nécessaire de lui faire apprendre “par cœur” la réponse; il la saura avant de l’avoir apprise.C’est la direction que donne Mgr Ross dans sa récente conférence à l’Université Laval dont la publication se poursuit dans l’Enseignement 'primaire.Peut-on oser dire que dans maintes écoles, l’on se borne encore au texte des prières, du catéchisme et d’histoire Sainte en fait d’enseignement religieux ?Ce serait une grande erreur, un grand malheur si cela était, et l’on devrait sortir au plus tôt de cette ornière anti-pédagogique.Le principal motto de l’école devrait être celui-ci: “S’adressera l'intelligence de l’enfant et non pas à sa mémoire, seulement”.Certes, il faut de la mémoire, mais de la mémoire intelligente: c’est pourquoi il faut commencer par comprendre avant d’apprendre; puis, l’enfant qui comprend ne trouve-t-il pas dans son vocabulaire les mots nécessaires pour dire ce qu’il comprend ?^ En toutes choses, le but que l’on se propose doit être inspirateur des moyens à prendre.Or, hidéal de l’enseignement religieux doit être la fin pour laquelle Dieu nous a créés: le connaître, l’aimer et le servir, en faisant le bien ici-bas.Développer chez l’enfant le sens du bien, cultiver en lui les qualités innées, refreiner les tendances mauvaises, lui faire aimer Dieu et sa religion en lui inspirant l’horreur du mal, lui en montrant les conséquences néfastes et par contre lui faisant entrevoir tout le bonheur qu’éprouvent ceux qui font le bien, ceux qui vivent la religion du Christ, c’est la tâche aussi grande que belle de l’éducateur, de l’éducatrice vraiment digne de ce nom.Nous, Canadiens français, avons reçu le plus bel héritage d’honnêteté au sens absolu qui soit au monde.Vraiment, la Providence s’est penchée sur notre berceau pour y déposer les qualités qui font une nation grande.Pendant plusieurs générations, nos ancêtres ont conservé presque intact le patrimoine de nos vertus nationales.Pouvons-nous déchoir ?Hélas! oui, si nous ne savons résister aux ambiances de plus en plus corruptrices: à l’égoïsme qui sape l’amour du prochain; à l’ambition qui sacrifie tout; au luxe qui s’infiltre dans toutes les classes de la société; à l’indépendance qui ne respecte plus l’autorité établie: familiale, scolaire et civique.Hélas! oui, si les éducateurs, les éducatrices de la génération qui grandit ne savent inculquer à la jeunesse les principes qui en feront plus tard des pères et des mères conscients de leurs responsabilités, des chrétiens, des catholiques soucieux de remplir leurs devoirs, tous leurs devoirs.A.-B.Char bonne au, LÉ. 768 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE TEMOIGNAGES REÇUS A L’OCCASION DU CINQUANTENAIRE DE L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE DES RÉVÉRENDS FRÈRES DU SACRÉ-COEUR, MONTRÉAL Monsieur C.-J.Magnan, Commandeur de l’Ordre de Saint-Grégoire-le-Grand, Directeur-propriétaire de Y Enseignement primaire, Québec.Monsieur le Commandeur, Depuis quelques temps, de toutes les parties du pays, voire même de la République voisine, s’élèvent à votre adresse des témoignages élogieux à l’occasion du jubilé d’Or de la revue périodique dont vous êtes le corps et l’âme, Y Enseignement primaire.Les Frères du Sacré-Cœur ne sont pas indifférents à cette acclamation spontanée qui s’échappe, à l’occasion de cet heureux événement, des poitrines de tous ceux qui s’intéressent aux questions d’éducation.Votre périodique mensuel, en effet, Monsieur le Commandeur, nous le répétons avec des centaines d’autres, est de toute première valeur au double point de vue fond et forme; et, pénétrant régulièrement comme il le fait depuis plus de trente ans, jusqu’à la plus petite école de la plus petite et plus pauvre municipalité scolaire de la Province, opère un bien incalculable chez les institutrices des centres les plus reculés comme chez tous les autres membres du corps enseignant, en particulier chez nos Frères, lesquels sont de vos lecteurs assidus.Nous le reconnaissons et nous tenons à vous en féliciter et à vous en remercier.Avec nos meilleurs vœux de santé et de prospérité, comme par le passé, daignez agréer, Monsieur le Commandeur, cet humble témoignage de notre estime et de notre reconnaissance, Les Frères du Sacré-Coeur, 2240, rue Fullum, Montréal.DES RÉVÉRENDES DAMES URSULINES DE RIMOUSKI Monastère des Ursuhnes, Rimouski, avril 1930.Monsieur l’Inspecteur général C.-J.Magnan, Commandeur de l’Ordre de Saint Grégoire-le-Grand, Hôtel du Gouvernement, Québec.Monsieur le Commandeur, Qu’il nous soit aussi permis de jeter une note de gratitude dans le concert de félicitations qui chantent les gloires de Y Enseignement primaire, à l’occasion de son jubilé d’or ! L’étape si brillante que célèbre une si précieuse revue honore en même temps le vénéré Directeur qui, depuis quarante ans, consacre toutes les énergies de son esprit et de son cœur au service d’une cause si chère à l’éducation.Encore une décade, et Y Enseignement primaire fêtera ses noces de diamant, tandis que votre front s’auréolera du nimbe d’or, prix des saints labeurs et des inlassables dévouements.Puissions-nous alors, dans un concert plus harmonieux, célébrer les bienfaits inappréciables de la revue dont vous êtes le zélé Directeur ! L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 769 Dans cette radieuse espérance, veuillez agréer, Monsieur le Commandeur, l’hommage de nos pieuses félicitations, et croire au profond respect avec lequel Nous avons l’honneur d’être, Monsieur le Commandeur, Vos humbles servantes en N.-S., Les Ursulines de Rimotjski.DES RÉVÉRENDES SOEURS MISSIONNAIRES DE l’iMMACULÉE-CONCEPTION, RIMOUSKI Monsieur C.-J.Magnan, Québec.Monsieur, Couvent de l’Immaculée-Conception, Rimouski, 8 avril 1930.1j’Enseignement primaire nous est d’une grande utilité dans l’enseignement que nous donnons à nos élèves de l’Ecole Apostolique.Nous sommes heureuses de constater, en parcourant ses pages, les hautes marques d’estime que des personnes compétentes savent faire remonter jusqu’au dévouement le plus constant et le plus désintéressé.Nos humbles sentiments sont entièrement conformes à leur juste admiration.Que notre Immaculée Mère vous accorde, Monsieur, avec plein succès en vos œuvres, une santé qui vous permette de réaliser pour le bien de tous, les nobles conceptions de votre âme d’éducateur.Vos bien obligées en M.I., Les Missionnaires de l’Immaculée-Conception, Par S.M.de Ste G., m.i.c.DE LA RÉVÉRENDE MÈRE SAINT-BRUNO, SUPÉRIEURE GÉNÉRALE DES SŒURS GRISES DE LA CROIX, OTTAWA Maison-Mère des Sœurs Grises de la Croix, Ottawa, ce 4 mai 1930.A Monsieur C.-J.Magnan, inspecteur général des Écoles catholiques de la Province de Québec.Monsieur l’Inspecteur général, Est-il vraiment trop tard pour vous exprimer ma respectueuse admiration et joindre l’expression de mes vœux les meilleurs aux voix nombreuses et choisies qui se sont élevées de tous les coins de notre cher Canada, à l’occasion du cinquantenaire de votre si méritante revue ?C’est encore l’année jubilaire et tant qu’elle n’aura pas disparu, elle nous autorisera, me semble-t-il, à vous dire notre sympathie et notre gratitude.Comment se fait-il que moi, qui ai été pendant de longues années, à même d’apprécier la valeur pédagogique, morale, patriotique et religieuse de l’Enseignement Primaire, comment se 770 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE fait-il, dis-je, que je ne sois pas encore venue déposer sur les pages de cette revue si bienfaisante au personnel enseignant de la Province de Québec, dont nos religieuses forment une jolie partie, l’hommage d’une gerbe fleurie faite des sentiments les plus nobles et les plus reconnaissants?• En visite régulière aux États-Unis, lors de la date du jubilé d’or, assaillie par mille soucis à mon retour, je n’ai appris que récemment le béni anniversaire et la glorieuse éclosion de souhaits et de vœux qu’a suscitée la noce d’or.J’ai béni le bon Dieu de la divine protection qu’indique ce demi-siècle de prospérité et je suis heureuse de vous dire qu’une messe d’actions de grâces sera célébrée dans la chapelle de notre maison-mère en la fête de N.-D.du Sacré-Cœur, le 31 mai.La divine Victime portera là-haut l’écho de notre enthousiaste reconnaissance et appellera sur vous et vos œuvres, les faveurs célestes que je désire de tout cœur pour ce bienfaiteur de l’instruction catholique qu’est notre éminent Inspecteur général.Avec l’hommage de mes humbles félicitations pour tout le bien déjà accompli par votre intelligente collaboration à l’œuvre scolaire, j’ai l’honneur d’être, Monsieur l’Inspecteur général, Votre toute dévouée en N.-S., Sr St-Bruno, Supre génie DES RÉVÉRENDS FRÈRES VISITEURS DES ÉCOLES CHRÉTIENNES DE MONTRÉAL ET DE QUÉBEC Monsieur le commandeur C.-J.Magnan, Inspecteur général des Écoles normales, Directeur de Y Enseignement Primaire, Québec.Montréal, 6 mai 1930.Monsieur l’Inspecteur général, Les frères des Écoles chrétiennes se font un plaisir et un agréable devoir de joindre leur note laudative aux concerts de louanges qui, d’un bout de la province à l’autre, célèbrent l’excellence et les mérites de la revue que vous dirigez avec autant de dévouement que de compétence.Si, à trente ans d’enseignement, YOrdre du Mérite scolaire décerne le titre de méritant, de quel terme élogieux devrait-il honorer Y Enseignement primaire, qui joint la note “avec grand succès” à cinquante années de labeurs scolaires ?Depuis un demi-siècle, en effet, Y Enseignement primaire apporte chaque mois aux instituteurs et aux institutrices une riche collaboration intellectuelle, vraiment patriotique et chrétienne.Ses directions sages ont largement contribué à maintenir les formateurs de notre jeunesse dans la ligne de nos traditions nationales et religieuses.LTnis à vous et à toutes les âmes que préoccupent l’instruction et l’éducation chrétienne, les frères des Écoles chrétiennes bénissent Dieu du bien qu’il vous a donné d’accomplir dans notre province, monsieur l’Inspecteur général.Ils le prient de garder à votre revue la vigoureuse jeunesse qui la caractérise, et à son dévoué directeur une verte vieillesse pour communiquer à ses successeurs l’excellent esprit qui a toujours animé Y Enseignement primaire.Veuillez agréer, monsieur l’Inspecteur général, avec leurs meilleurs vœux de prospérité l’assurance des sentiments respectueux.Des frères Visiteurs des Écoles chrétiennes POUR LE DISTRICT DE MONTREAL ET DE QUÉBEC. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 771 AUTOUR D’UN LIVRE IMPRESSIONS DE “PELERINAGE À L’ÉCOLE DE RANG” Conférence donnée à V École normale de Valley field le 28 novembre 1929, 'par M.le chanoine L.-U.Mousseau, Principal.Monseigneur, (1) Mesdames, Messieurs, Un ouvrage qui fait du bruit et fera du bien, a paru récemment.Il s’intitule: Un Pèlerinage à l’École de Rang; il a pour auteur un prêtre éminent du clergé de Montréal: l’abbé Auguste Lapalme, le curé actuej de Ste-Clotilde.Il ramène au premier plan de l’actualité le problème toujours vital de l’École rurale.Écrit dans un style alerte et original, âprement critiqué en certains milieux—largement loué en d’autres, par des gens qui voient tout en noir ou tout en rose, il me semble que c’est entre ces deux extrêmes que se trouve la vérité, et que si les appréciations et suggestions de l’auteur ne sont pas toujours acceptables, un bon nombre sont louables et propres à faire réfléchir et à éclairer.Dans son "Avant-propos” l’auteur disait: "Nous ne pensons pas que nos appréciations soient à l’abri de toute discussion”, et nous ne demandons pas qu’elles soient agréées par tous les intéressés”.Les événements lui ont largement donné raison.Il devait s’y attendre.Les réformateurs n’ont jamais été très populaires, l’ardeur de leur zèle outrancier parfois, contraste avec l’indolence apparente des réformés.C’est sans doute pour nous permettre de le critiquer plus aisément, que le pèlerin scolaire a mis au frontispice de son volume une phrase fameuse de Montaigne: "Ce n’est pas aimer la vérité que ne l’aimer que flatteuse et agréable; il faut l’aimer âpre et dure, affligeante et sévère; il faut en aimer les épines et les blessures”.Comme lui, nous pouvons nous aussi invoquer l’autorité de Montaigne, pour apprécier les suggestions qu’il expose, en vue de réformer l’éducation donnée à l’École du Rang, mais semblent plutôt une charge à fond de train contre l’organisation actuelle de l’école rurale.APPRÉCIATIONS ET SUGGESTIONS Les intentions sont parfois difficiles à juger, mais les déclarations et les actes d’un écrivain nous permettent de les évaluer, D’abord notre auteur ne se présente pas comme un oracle.Il le déclare sans ambages dans sa préface: "Nous nous sommes soigneusement tenu éloigné de la cathèdre et du trépied”; et il ajoute cpie "cet ouvrage veut rester une humble contribution au problème de l’enseignement à l’École rurale”.Je le crois sincère; et si sa critique de l’École du rang est parfois âpre et dure, affligeante et sévère, elle ne vient pas, à coup sûr, d’un esprit systématiquement hostile.Son ouvrage a été inspiré par une enquête sérieuse.Pour ma part, je crois que son patriotisme ardent, et les suggestions qu’il lui inspire, viennent plutôt du désir intense de voir grandir l’école rurale, que du vain plaisir de la dénigrer.Il a dit (page 17) “ne pas vouloir le décri général de l’École primaire à la campagne, et que cette façon ne rendrait pas justice”.Il n’aime pas par tempérament, à prodiguer les éloges; mais la raison qu’il en donne (page 18) que "là où il il est besoin d’améliorer, les compliments ne vont pas sans traîtrise” ne m’apparaît pas de bonne tactique.Au contraire, c’est en louant ce qui le mérite, qu’on démontre son impartialité et sa bienveillance, comme c’est en les encourageant qu’on stimule les bons vouloirs.Question de tempérament, peut-être, mais aussi question de justice et de psychologie éducative.Il ne faut pas oublier que l’école rurale a, dans la montée du progrès, des obstacles à vaincre, que sa sœur l’école urbaine ne rencontre pas; et que de plus elle est privée des stimulants qui accélèrent puissamment la marche de l’école des villes.Puisque l’auteur intitule son livre: Un pèlerinage” c’est sans doute qu’il considère l’école du rang comme un sanctuaire.Il était dès lors tout naturel que ses considérations se terminassent la plupart du temps par des prières, aux parents, aux institutrices, aux commissions Mgr J.Dorais, V.G. 772 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE scolaires, aux inspecteurs et au gouvernement chargé de subsidier nos écoles primaires qui sont les écoles du peuple de cette province.Comme le Pèlerin scolaire n’est pas un nouveau Procuste, il me permettra de lui parler franchement, avec une sincérité qui s’autorise de la sienne propre.La critique est facile, mais l’art est difficile, en matière d’éducation, plus qu’en toute autre.Il est toujours désagréable pour des ouvriers consciencieux et zélés d’entendre décrier leur œuvre; et je suis de ceux qui croient que l’école primaire rurale offre dans son ensemble un groupe d’artisans dévoués qui donnent sans compter leurs forces et leurs lumières à l’œuvre qui leur est confiée.Il y a sans doute beaucoup à faire; mais il y a beaucoup de fait; et depuis 25 ans, l’école de rang a réalisé des progrès étonnants, en dépit des difficultés de toutes sortes qu’elle rencontre dans un milieu qui ne lui prodigue pas toujours l’encouragement dont ont besoin ceux qui peinent dans l’œuvre ingrate de l’enseignement rural.Et c’est peut-être par une compréhension incomplète de ces difficultés qu’on pourrait expliquer l’ampleur des reproches dont on l’accable.Dans l’étude de ce problème, il est un principe supérieur qu’il ne faut pas oublier: c’est que l’école primaire est l’école des éléments; elle s’adresse à la masse.Le degré d’instruction qu’elle aspire à donner à ses élèves, surtout à l’école du rang, a pour but d’en faire des citoyens possédant une instruction élémentaire, proportionnée au milieu où ils devront passer leur vie; des citoyens attachés à leur religion, à leur race, à ses traditions, et capables de s’intéresser au progrès de leur profession agricole pour la masse, comme aussi à tous ceux qui concernent la nation elle-même.Vouloir trop demander à l’école du rang, vouloir exiger d’elle du primaire supérieur, c’est perdre le sens des proportions, c’est tomber dans l’exagération.L’éducation primaire présuppose l’éducation initiale et maternelle fort négligée de nos jours, et dont l’insuffisance ou l’absence nuit grandement à l’efficacité de l’école du rang, rendant plus onéreuse et ardue la tâche de l’institutrice.L’école primaire qui la suit, est celle qui convient à tout homme dans tous les états de vie, et sans laquelle, de nos jours surtout, il ne saurait sans difficultés, assurer sa subsistance, et remplir tous ses devoirs de bon citojœn et de bon chrétien.Or, le programme le plus parfait est celui qui est le mieux adapté aux nécessités futures des élèves.Donc le meilleur programme de l’école de rang sera celui qui s’adapte le mieux aux nécessités de ceux qui vivent au rang, et doivent y rester, tout en participant à la vie plus large de la nation.D’ailleurs le cerveau d’un enfant de 6 à 14 ans est d’une réceptivité fort limitée.Il ne faut donc pas charger inconsidérément cette "tabula rasa” encore mal assurée, se rappelant que pour la santé de l’intelligence comme pour celle du corps, ce qui compte n’est pas ce qu’on ingère, mais bien ce qu’on digère.Le bourrage des crânes n’est pas plus de mise à l’école rurale qu’à l’école urbaine.Ne demandons donc pas trop de choses à l’école du rang, et là plus qu’ailleurs défions-nous de la mégalomanie scolaire en matière de programmes, ou en programmes de matières—la race des Pic de la Mirandole a disparu pour jamais.Ces principes posés, il me semble que nous verrons plus clair dans l’opportunité des réformes prônées par notre Pèlerin scolaire, pour l’école du rang, comme dans l’appréciation de sa valeur actuelle.Dans le jugement général qu’il porte sur l’état actuel de Vécole du rang, il semble que l’auteur tombe dans un pessimisme injuste et injustifiable, quand il écrit (page 15): "Dans les autres écoles c’est le mouvement et la vie; à l’école de rang, c’est la stagnation”.Il avait pourtant rendu un beau témoignage à l’école de rang d’autrefois quand il écrivait (page 231): "Sur tous les terrains, politique, financier, commercial, littéraire ou social, partout où les évolutions de la vie ont forcé les nôtres à combattre à armes combien souvent inégales, les succès les plus honorables ont manifesté combien ils sont doués.Nous avons établi nos titres de noblesses par la montée émouvante des nôtres à tous les rangs, avec maîtrise.Nous avons nos littérateurs, nos poètes, nos artistes, nos publicistes, dont une juste renommée fait au moins les pairs de ceux qu’applaudissent nos compatriotes d’une autre langue.Nous avons enfin nos chefs religieux ou politiques qui ne le cèdent à aucuns comme conducteurs habiles, puissants de nos destinées”.Bravo; mais est-ce que ces hommes n’ont pas fréquenté, pour la plupart, l’école rurale.C’est que l’école rurale n’avait pas trop mal accompli sa tâche.Donc la préparation initiale qu’elle donne n’avait pas nui au succès des nôtres.Quant à l’Ecole de rang d’aujourd’hui, à moins d’être presbyte ou hostile, comment ne pas constater que depuis 20 ans, elle a réalisé des progrès considérables. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 773 Elle a progressé parce que les sources de progrès ont été multipliées.Comparée à l’idéal très élevé rêvé par l’auteur, l’école rurale est bien en deçà, je l’admets; mais comparée à ce qu’elle était il y a 20 ans, elle est évidemment en progrès et remarquable.Les activités dqi Département de l’Instruction publique se sont agrandies et intensifiées au profit de l’École de rang.Les inspecteurs d’écoles suivent de plus près qu’autrefois le mouvement scolaire de leur district.La création d’Écoles normales dont bon nombre de brevetées vont enseigner à l’école du rang, et qui sont réparties dans toute la Province, ont puissamment activé et stimulé le progrès pédagogique.Elles ont ouvert un essor nouveau, et créé une belle émulation chez toutes les institutions qui préparent au brevet, aux intentions du Bureau Central.Grâce à l’établissement de ces foyers pédagogiques, les méthodes se sont améliorées, et les programmes aussi.Ainsi en 1906, nous avions 4 Écoles normales d’institutrices préparant 308 sujets pour l’enseignement.En 1926-27, nous en avons 17 préparant 1676 institutrices dont plusieurs iront à l’école du rang.La réforme du programme scolaire de 1923 avec la création des sections agricole, industrielle, commerciale et ménagère, n’est-elle pas une preuve de souci du progrès chez ceux qui l’ont conçu et réalisé?La multiplication des Congrès de Principaux, d’inspecteurs et de Commissaires d’écoles n’ont-ils abouti qu’à rétrograder, ou à intensifier la stagnation ?.Les manuels scolaires ont suivi cette marche en avant, et de nouveaux et nombreux ouvrages ont paru s’inspirant des procédés pédagogiques les plus efficaces, qu’il s’agisse d’histoire du Canada, de géographie, de grammaire avec analyse et vocabulaire, de pédagogie^ de lecture pour les plus jeunes et de dessin, etc.Nos Congrégations religieuses ont été d’ingénieux et zélés artisans dans cette œuvre importante de l’amélioration des manuels, dont l’école du rang a bénéficié comme les autres.Du côté matériel nous sommes aussi en progrès : nos écoles ont progressé en nombre, en comfort, et aussi en mobilier scolaire.Ainsi en 1906 nous avions 6503 écoles; en 1926 nous en avons 8116.En 1906 nous avions 12575 professeurs, en 1926 nous en avions 22668, dans toute la province.En 1906, la fréquentation scolaire moyenne était de 277983 élèves, en 1926 elle était de 469170, soit une moyenne de 80/100.Il y a là autre chose que de la stagnation.Nous avons donc le droit d’en être contents quand l’on songe qu’en France, le pays de la lumière scolaire par excellence; 20 ans après l’adoption de la loi d’instruction obligatoire, sur 5 millions et demi d’enfants d’âge scolaire, environ 600000 enfants passaient à travers les mailles du filet obligatoire, et ne fréquentaient aucune école.De plus, le nombre d’écoles construites ou réparées d’après les plans approuvés par le Département de l’Instruction publique était de 187 en 1906, au coût de $263,084 dollars; tandis qu’en 1926, leur nombre s’est élevé à 375, au coût de $2,831,829.Enfin l’école du rang ne végète pas parce qu’il y a des institutrices courageuses et renseignées, qui la font bénéficier d’un dévouement sans égal, et font de l’enseignement un sacerdoce, et elles sont nombreuses.Par ailleurs de grands progrès ont été réalisés dans la construction des écoles rurales : on les fait plus belles (sans construire des palais) plus spacieuses plus hygiéniques, mieux éclairées, mieux ventilées, mieux chauffées.Naturellement le progrès à l’école de rang sera toujours plus lent qu’à l’école urbaine.Trop de commissions scolaires rurales se laissent encore guider plus par le souci économique, que par le souci pédagogique et le problème capital pour plusieurs d’entre elles, reste plus un problème de soustraction qu’un problème d’addition.Dans le milieu rural trop de parents sont apathiques ne s’intéressant guère à la compétence et au progrès scolaire.De plus l’institutrice rurale a plus de difficulté, parce qu’elle a généralement 4 à 5 divisions à diriger, à discipliner et à instruire, et que cet éparpillement en la divisant, affaiblit l’efficacité de son travail.L’infériorité du traitement nuit aussi au progrès et empêche l’institutrice rurale de faire de l’enseignement une carrière, qui serait en trop de cas, une carrière de famine.Puis l’institutrice y souffre de l’isolement, privée des avantages qu’ont les institutrices urbaines de se grouper en associations d’études et de protection professionnelle qui les renseignent, les encouragent et les éclairent.C’est donc apprécier injustement l’école du rang, et celles qui les dirigent, que d’écrire, (page 29) que l’enseignement s’y réduit à une formation pratique manquée, à cause des moyens exclusivement livresques, et notoirement inefficaces mis en œuvre pour la procurer”.6 774 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE C’est là une accusation gratuite que les faits démentent dans la généralité des cas et que démentent aussi tous ceux qui depuis 20 ans font plusieurs fois par année le pèlerinage à l’école du rang, je veux dire, nos braves institutrices, et nos consciencieux inspecteurs, et tous ceux et celles qui s’occupent de préparer des institutrices pour l’école de rang comme pour celle du village et des villes.S’il en était ainsi, il faudrait conclure que l’admirable travail de nos Congrégations enseignantes qui.de concert avec les Écoles Normales préparent les institutrices des écoles de rang, ont perdu leur temps, ou n’y entendent rien.* * * Un autre problème important étudié au cours du Pèlerinage est celui de la “Culture de VInstitutrice”.C’est une des meilleures méditations pédagogiques de notre Pèlerin pédagogue, que ces 73 pages (le tiers du volume) remplies de considérations psychologiques et suggestions intéressantes, sans doute, mais dont quelques-uns ne sont pas facilement réalisables, surtout à l’école du Rang: ce qui en l’espèce, constitue un grand défaut.L’auteur trouve que “faute de culture générale, l’école reste inefficace et l’institutrice manque de compétence pour s’adonner à la formation des enfants”.Ici d’accord sur le besoin de culture; désaccord sur le degré requis pour tenir l’école du rang.La culture générale, dit-il, “(p-29) est un minimum de connaissances générales; c’est l’entraînement de méthode et de jugement, au degré qu’on doit attendre d’une culture primaire”.J’admets bien que c’est à l’école primaire que l’enfant doit être initié au sens et à l’application des idées supérieures qui doivent guider les individus et faire régner l’ordre dans la société.Mais cette culture générale ne peut que s’ébaucher dans l’âme de l’enfant de l’école du rang, et ce, à cause de l’extrême faiblesse de l’activité de sa raison et de sa volonté à former des idées, des raisonnements et des résolutions, à cause de la réceptivité limitée de son esprit, et de son extrême mobilité d’esprit.L’auteur a aussi de belles pages sur l’étude des classiques et leur aptitude à former l’esprit et le cœur.Très bien.Ces pages seraient la matière d’une intéressante conférence pour des professeurs de nos Collèges classiques, ou des habitués d’une École Normale Supérieure.Exiger de l’institutrice de l’école du rang qu’elle “soit éclairée par l’humanité profonde des classiques” (p.197) c’est oublier qu’elle a déjà les lumières de l’évangile, de la pédagogie et du bon sens, et que ce triple foyer lumineux peut éclairer convenablement l’école du rang.D’ailleurs nos intitutrices ont été initiées dans une itiesure convenable aux classiques français durant leur séjour à l’École Normale, ou dans les Couvents qui les préparent aux fonctions de l’enseignement.De la mesure en tout et du sens des proportions: voilà ce que doit développer surtout la culture classique.D’ailleurs des institutrices trop classiques ne voudraient plus rester à l’école de rang.Et quand l’auteur dit: (p.193) “Les livres en général, les auteurs classiques en particulier, sont un moyen nécessaire de former les autres, donc pour une maîtresse d’école un moyen nécessaire d’éduquer ses élèves”, je me hâte d’ajouter qu’il en est bien d’autres, et des meilleurs consacrés par l’expérience.Et j’ajoute que l’auteur, en faisant cette recommandation doit se rappeler qu’il a déjà condamnée comme “notoirement inefficaces, les moyens exclusivement livresques.(p.29).De plus, je crois que c’est exagérer que d’écrire (p.197): “que l’institutrice a besoin de culture classique, pour développer dans le cœur du petit enfant de l’école de rang, l’amour de la terre, l’attachement aux travaux paternels, la soumission à la tâche paternelle.” On peut être un agriculteur progressif, sans connaître un mot des “Bucoliques” de Virgile.Toutes ces choses sont excellentes, mais l’institutrice de l’école de rang n’est pas un Professeur de collège classique, et alors on ne saurait exiger d’elle qu’elle soit en commerce journalier avec les classiques, si vénérables, si bienfaisants qu’ils soient pas plus qu’on ne saurait souscrire absolument à la déclaration qu’il fait (P.198): “Que la grâce d’état de l’institutrice dépend du commerce avec les classiques”.* * * Religion.—Pour l’enseignement de la religion, je crois que même à l’école de rang, l’on ne saurait exiger beaucoup plus que ce qui se fait actuellement.D’ailleurs, règle générale, nos ruraux n’ont que peu à emprunter aux urbains, en fait de pratiques religieuses, de conscience morale, de piété et d’attachement à la religion.Quant au projet de catéchisme illustré L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 775 que l’abbé Lapalme réclame avec beaucoup d’autres, il est sûrement à désirer, pour l’avantage du peuple si fortement intuitif des petits.Quant à “l’intelligence des frontières dogmatiques et à la distinction des bornes salvatrices de la morale’’ que notre Ami veut inculquer par le Catéchisme, (p.172) je suis d’avis que l’institutrice de l’école de rang ne doit pas risquer de les franchir et de s’égarer; qu’il vaut mieux s’en tenir à l’explication simple et claire du petit catéchisme, d’ailleurs contrôlée par le prêtre dans ses visites à l’école, car la maîtresse n’est pas théologienne, et n’a pas la direction doctrinale et spirituelle du rang, encore moins de la paroisse.Histoire.—L’abbé Lapalme a sur l’histoire et les raisons de la mieux étudier des considérations supérieures fort intéressantes, et j’abonde en son sens, pour une étude plus appliquée, plus pratique, plus intuitive; qui s’occupe des causes des faits historiques, et des leçons qui s’en dégagent, et, dit-il magnifiquement: “avec un décor historique et catholique, évocateur des principaux épisodes de l’histoire ancienne du pays, qui batte sous les yeux de leurs descendants le rappel des actions glorieuses des ancêtres, et les invite à applaudir aux sentiments qui les animaient”.On ne saurait mieux dire.D’accord aussi quand il demande la préparation d’une galerie de nos grands hommes avec les tableaux des actes héroïques de notre histoire, pour distribution gratuite dans toutes nos écoles, aux frais du Budget scolaire de la Province.L’enseignement de notre histoire est un instrument de culture intellectuelle et morale, et un excellent moyen de développer un patriotisme actif au^cœur des enfants.L’action agricole.—Notre ami la voudrait intensifier à l’École de rang.Tous le désirent, peu s’entendent sur le mode.Notre Pèlerin voudrait y introduire l’horticulture, l'apiculture, l’aviculture.li’École possède déjà le jardin de l’enfance, la.ruche scolaire; il lui il faudrait donc ajouter.le poulailler scolaire.Je badine, ce que veut l’abbé Lapalme c’est que l’on initie les enfants à ces diverses cultures qui peuvent aider à combler parfois les déficits de la grande culture.Les enfants reçoivent des notions d’agriculture; de plus l’on travaille à ruraliser l’atmosphère de l’école en faisant des observations aux enfants d’école, et en prenant occasion de tout au cours des lectures, des exemples et des devoirs pour leur montrer l’importance de la profession agricole, et les avantages qui compensent les inconvénients.De plus, les jardins scolaires sont assez répandus.Mais je crois que l’action agricole aurait plus de chances de s’établir avec le concours des agronomes, que par celui de l’institutrice.Avec le concours des agronomes qu’il faudrait multiplier pour en arriver à un résultat de quelqu’importance.Puis, c’est à la maison paternelle, et sur la terre paternelle que les enfants devraient observer et acquérir l’expérience.Sur toutes ces choses, je suis fort aise de citer l’opinion de Si G.Mgr Decelles, extraite d’une magistrale lettre publiée récemment sur la “Ligue catholique Féminine”: “.Chez nous, écrit S.Grandeur, Dieu merci, nous n’avons pas encore la terre qui meurt, mais la terre qui est un peu malade.De divers côtés accourent des médecins qui veulent la guérir” (sans compter les charlatans, pourrais-je ajouter).“Quelques-uns proposent comme remède, la petite école de campagne”.C’est bien fort; mais il n’est pas sûr que l’amour de la terre se puise principalement dans les livres, ou sur les lèvres d’une excellente institutrice, qui ne voudrait peut-être pas marier un fils d’habitant.L’atmosphère de l’école ne fera pousser des vocations de cultivateurs, qu’avec la collaboration intelligente des parents à la maison.Jusqu’à lage de majorité les enfants ne sauraient plus sûrement prendre le goût de la terre, que sous l’influence du père et surtout de la mère, pourvu qu’eux-mêmes estiment fortement leur profession”.L’on ne pouvait avec plus d’autorité indiquer le rôle de l’école et celui des parents en matière d’action agricole.Et plus loin.Mgr l’Évêque de St-Hyacinthe ajoutait: “en parlant du rôle de la mère: “Mieux que les livres: elle enseigne l’art d’une bonne cuisine”.Voilà qui peut aider à juger, en passant, la valeur du projet un peu chimérique de la “Cuisine-automobile”, projet émis par l’abbé Lapalme.Cette installation ambulante serait forcément incomplète et instable, et entramerait foule de complications.Il reste encore plusieurs suggestions se rattachant aux matières du programme, aux méthodes, ou aux moyens d’améliorer la situation de 1 Institutrice ou de l’école: nous les examinerons brièvement afin de ne pas surcharger cette étude et de ne pas abuser de votre patience.L’abbé Lapalme réclame un type unique d’écriture, afin que Messieurs les “graphologues puissent se pâmer d’admiration”.En cet ordre je crois qu’il suffit de viser surtout à obtenir une écriture lisible et bien ordonnée.Que de professionnels en sont encore à l’imitation des hiéroglyphes, après huit ans de cours classiques, hélas. 776 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE Je suis d’accord avec lui quand il demande que l’on réintroduise la lecture latine et le chant à l’école.Quant au solfège, bien que désirable, la chose est plus difficile à réaliser maintenant à l’école de rang où tant d’autres choses plus importantes sollicitent l’attention de l’institutrice.Pour ce qui en est de la classification des élèves, elle ne se fait ni à l’aveuglette, ni par caprice, mais selon le développement intellectuel des enfants.Les notes de l’année précédente, et le petit examen d’entrée, sont de bons moyens pour guider l’institutrice.Les enfants qui doublent ou triplent leur année, ou bien sont de petits cancres, ou bien des enfants qui par maladie, ou manque d’assiduité qui fait le désespoir des maîtresse, se perdent en cours de route.Recommencer devient alors une nécessité, et nulle institutrice avisée voudrait donner une promotion à ces arriérés qui sont toujours la petite minorité.Prononciation.—L’on ne saurait exiger de l’école de rang qu’elle soit une sorte de réplique du Conservatoire Lasalle.A cause des conditions désavantageuses du milieu où elle opère, l’institutrice devient une sorte de Pénélope qui voit son travail d’école souvent défait à la maison.Il y a beaucoup à faire tout de même pour habituer les enfants à articuler nettement, et l’abbé Lapalme a raison quand il demande que l’on intensifie la campagne du meilleur parler, et qu’il assigne 25 ans pour atteindre l’idéal proposé.C’est aussi à bon droit qu’il demande à l’institutrice de combattre sans relâche, l’anglicisme, qui défigure notre langage, et l’anglomanie qui défigure notre mentalité.Quant au langage, j’admets volontiers avec notre ami, qu’il y a des lacunes dans le parler de nos professionnels; mais il serait injuste d’en tenir l’école primaire seule responsable.Et ceux qui, dit-il, “restent pour toujours tarés par les défauts de langage qu’ils n’ont pas su corriger à l’âge de l’école primaire” (p.43) ont eu, après leur sortie de l’école du rang, de plus amples facilités de se réformer au Collège et à l’Université qui, j’imagine, doivent être en état de faire plus et mieux que l’école de rang à laquelle on semble vouloir imputer tous les péchés d’Israël.En passant, ne cessons de réclamer la collaboration familiale à l’œuvre de l’enseignement primaire afin de ne pas surcharger l’institutrice d’une obligation qui incombe aux parents partiellement: elle en a bien assez des siennes.Heureusement que notre auteur se rachète, quand, (p.60) il écrit: “C’est d’expérience quotidienne que tout français comprend tout de go, le cultivateur qu’il aborde au Marché Bonsecours; et que les Cardinaux français, dans leur pèlerinage à travers le Québec ont tenu à constater”, ex auditu”, la qualité de notre langage populaire”.On trouve aussi en cet ouvrage des appels très opportuns pour une meilleure connaissance de l’hygiène à l’école, pour un usage plus fréquent de l’enseignement intuitif et des leçons de choses.Il se plaint avec raison, que le journal sérieux, la revue, le livre n’ont pas de lecteurs dans le rang.Pas de biliothèque non plus.Ces gens trouvent de l’ennui aux choses sérieuses: on le voit bien au sermon du dimanche.L’institutrice peut faire quelque chose en ce domaine, mais elle a besoin d’être aidée, encouragée et subsidiée.Pour la lecture à l’École, il préconise la méthode phonétique, qui, en théorie est la plus logique, parce qu’elle fait apprendre immédiatement aux enfants lavaleur réelle des lettres dans leurs combinaisons.En pratique, il faut tenir compte des circonstances, et ne pas mélanger les méthodes.On peut l’adopter: mais il faut la savoir parfaitement et non à demi.En beaucoup de régions, l’on se sert de la méthode phonique, qui est plus logique que l’ancienne épellation, et moins compliquée que la méthode phonétique._ .Parlant des meilleurs procédés de formation intellectuelle, notre ami recommande instamment, et avec combien de raison, l’analyse et la synthèse: la première qui fait connaître les détails des choses, la seconde qui nous fournit des vues d’ensemble, et associe tous les détails dans un ordre logique.Cette méthode est la meilleure pour équiper l’esprit: sans contredit.Dire, comme le fait l’auteur: “que ces méthodes d’analyse de tableaux synoptiques de résumés de leçons, ou de lecture, ne sont pas en usage à l’école du rang (p.81) “.c’est peut-être vrai, en se sens qu’elles ne le sont pas assez.Passe.^Mais ajouter que nos msti-titutrices n’y sont pas préparées: Passe pas .Car, dans nos Ecoles Normales et dans les autres milieux de formation pédagogiques, cette méthode est d usage quotidien et imprégné tout l’enseignement.Or ces futures institutrices vont enseigner à l’école du rang.COMMISSAIRES d’ÉCOLES ET INSPECTEURS Trop de Commissions scolaires rurales méritent le reproche d’inertie et de lésinerie que M.Lapalme leur adresse.Le progrès scolaire rural sera assuré le jour où les commissaires seront en état de s’intéresser pleinement à l’enseignement, d’évaluer la compétence de l’ms- L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 777 titutrice, de choisir les mieux qualifiées, et de les garder même au prix de quelques sacrifices pécuniaires, en mettant de côté les questions de clocher, de protection et d’intérêt privé, qui sont trop souvent le critère décisif, pour l’engagement des institutrices dans le rang.La raison de cette inertie dit l’abbé Lapalme, est d’ordre pécuniaire.Je suis avec lui, quand il réclame un million du budget provincial pour l’école du rang, au lieu de $25,000 qu’elle retire par an actuellement.Le budget de la Voirie est 7 ou 8 fois plus élevé.Mais la tête doit passer avant le pied.L’on a fait des chemins pour aller à l’école: qu’on aide maintenant l’Ecole du rang à faire son chemin.Les congrès de commissaires, congrès régionaux et fréquents aideront grandement à réaliser ces buts, en éclairant la route, carries Commissaires tiennent en mains l’organisation matérielle, pédagogique et morale de l’École.M.Lapalme rend à nos inspecteurs, à leur compétence, à leur culture et leur zèle, un hommage mérité.Très bien.Mais il ajoute, et je le crois, que le territoire visité est trop grand pour que les deux visites annuelles de l’inspecteur puissent constituer un contrôle pleinement efficace; et qu’il demande pour lui une meilleure rétribution.L’institutrice débutante surtout, a besoin d’être guidée, éclairée, contrôlée; or, c’est l’inspecteur qui doit surtout remplir ce rôle de Mentor pédagogique.Au nombre des réformes proposées par l’abbé Lapalme, se trouve celle ayant trait à “L’abolition du Bureau Central” (p.160): “Maintenant, dit-il, 17 écoles normales doivent suffire au recrutement de nos maîtresses d’écoles”.Cette déclaration manque de fondement, et les statistiques se chargent de l’anéantir.En effet, d’après la Statistique de 1927-28, sur un total de 8286 institutrices catholiques laïques, il n’y avait que 1761 institutrices normaliennes (déduction faite de 571 institutrices non brevetées qui enseignent encore.Nous avons donc dans l’enseignement 1761 normaliennes, et 6525 non normaliennes.C’est clair comme de l’eau de roche.Le Bureau Central est indispensable et il rend d’immenses services à l’enseignement primaire.L’on y rencontre des institutrices fort expérimentées, d’une compétence reconnue, et qui remplissent leurs hautes fonctions avec un zèle admirable.J’arrive enfin au dernier appel du Pèlerin scolaire, en faveur d’une meilleure rétribution pour les institutrices, surtout celles du rang.Notre Province n’a pas de quoi se glorifier en ce domaine.Ainsi d’après la Statistique de 1926-27, le salaire moyen de l’institutrice dans le Québec n’est que de $378.00, et l’on dit qu’il est en progrès.L’institutrice protestante reçoit, elle, un salaire moyen de $1071.00.Voilà des chiffres d’une éloquence'plutôt humiliante.Les Provinces de l’ouest nous font la leçon, celles de l’est aussi, Ontario donne un traitement moyen de $1200 dollars; le Manitoba $1000.00; l’Alberta $1000.00 à $1200.00, la Saskatchewan $1500.00.Les commissions scolaires devraient le comprendre; mais elles sont autonomes en cette matière; une campagne intense s’impose pour redresser un état de choses aussi humiliant.Le gouvernement pourrait y aider en subsidiant davantage, par octroi de primes beaucoup plus élevées, dont la distribution serait réglée d’après la qualité du brevet, le nombre d’années d’enseignement, et les succès obtenus dans l’enseignement.Que le budget scolaire rural soit augmenté: ce sera un bon moyen d’augmenter l’efficacité de l’enseignement rural.Conclusion.—Notre pèlerinage touche à sa fin: il a été long: l’école du rang est si loin-L’ouvrage qui nous l’a permis aborde tous les problèmes de l’actualité pédagogique.Il ne pouvait manquer d’amorcer des discussions, de susciter des oppositions: du choc des idées jaillit la lumière.Pessismiste sur la valeur de l’école du rang, je crois l’auteur animé de bonnes intentions.Je crois aussi que bon nombre de ses suggestions aideront au progrès de l’école du rang.Peu de nos quotidiens donnent à l’école rurale l’appui dont elle a besoin, pour éclairer l’opinion, la stimuler, la fouetter au besoin et lui faire comprendre que le travail de l’institutrice rurale n’est pas toujours suffisamment considéré, équitablement rétribué, et efficacement encouragé.Quand l’on compte les colonnes et les pages que certains grands quotidiens consacrent chaque jour aux faits divers, au sport, aux activités de la mode, aux échos mondains, et parfois aux fumisteries de substituts de l’homme des cavernes, l’on voit quelle place minime tient l’école du rang dans les préoccupations de la masse.Travaillons à améliorer, mais sachons encourager.Rappelons-nous toujours que le temps ne respecte pas ce qu’on fait sans lui; que celles qui font chaque jour le pèlerinage à l’Ecole du rang, sont les gardiennes d’un sanctuaire; qu’elles n’ont ni brevet d’impeccabilité, ni brevet d’infaillibilité; mais qu’elles sont à des titres divers des bienfaitrices de la race et de l’Eglise.Chan_ L .qj Mousseau, Principal de l’École normale de Valleyfield. 778 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE OPINION DE M.G.-E.MARQUIS Ex-inspecteur d’écoles et Chef du Bureau des Statistiques de la Province de Québec (1) IV L’auteur du “Pèlerinage à l’École de Rang” s’occupe de l’instrument humain, c’est-à-dire de l’hygiène.“L’organisation des écoles primaires à Montréal est strictement conforme aux lois de l’hygiène” (Page 109).C’est clair, c’est net, c’est précis, et nous n’avons plus qu’à suivre ce modèle incomparable.Malheureusement, tout n’est pas si parfait chez nous, ou plutôt à l’école rurale.“De fait, le service d’hygiène y est inconnu ou à peu près.Qui jamais a eu connaissance d’un médecin dans les écoles de rang, pour le soin hygiénique de nos enfants” (page 109).Le service provincial d’Hygiène, qui a organisé, jusqu’à présent, une douzaine d’Unités Sanitaires, et qui travaille à la création de plusieurs autres, sera sans doute enchanté d’apprendre que son travail ne compte pas et que les médecins à son emploi ne visitent pas les écoles.Il y a des comtés qui contribuent jusqu’à $5,000 par année, pour le maintien de ces unités sanitaires, d’autres $3,500 et quelques-uns $2,500.Dans le dernier rapport du directeur du Service Provincial d’Hygiène, l’on voit que les médecins à la tête de ces unités sanitaires “font l’inspection médicale des enfants des écoles.” (Sixième Rapport annuel dp Service Provincial d’Hygiène, 1927-28, page 14.) Nous ne voudrions pas jurer que même dans ces unités sanitaires, l’organisation, au point de vue hygiénique, est strictement conforme aux lois de l’hygiène, comme à Montréal, mais, depuis plusieurs années déjà, l’on s’y est appliqué, et avec des résultats très satisfaisants.Mais sortons en dehors de l’école et voyons si le terrain de jeux ou de récréation est bien conditionné et conforme à l’hygiène.Nous en avons vu quelques-uns: il y en a de très beaux, de très propres, mais il est vrai que c’était loin de l’île de Montréal, tout à fait à l’extrémité est de la province, dans la Gaspésie.Voyons ce que rapporte l’abbé Lapalme dans son volume, à ce sujet: “Autour de l’école, un terrain vague, tel que la nature le présente, une fondrière souvent: c’est tout.A la moindre pluie, un cloaque”.(Page 112).Tout cela fait partie de la “grande pitié de l’école de rang”, telle que vue par l’éminent pédagogue montréalais.Il manque encore bien des choses à notre pauvre école de rang: pas de bibliothèques, pas d’archives, pas même de trace, paraît-il, de la revue que le Gouvernement distribue gratuitement à nos petites écoles: “Cherchez-en trace, vous ne trouverez rien.Pas trace davantage du moindre embryon de bibliothèque”.(Page 117).Et cependant, nous avons vu, récemment, (No de juillet-août du Terroir) qu’il y a des centaines de bibliothèques scolaires et, de plus, nous savons qu’il existe des centaines et peut-être bien des milliers de petites écoles qui ont des collections complètes et reliées de Y Enseignement primaire, depuis la fondation de cette revue, et nous pourrions en désigner nous-même un grand nombre, dans notre ancien district comprenant la Vallée de la Matapédia et la Baie des Chaleurs, que nous connaissons tout particulièrement.(Voir à ce sujet la lettre de M.L.-O.Pagé, No de septembre de Y Enseignement primaire.) Le traitement des institutrices n’est peut-être pas ce qu’il devrait être, et ce sujet attire l’attention du pieux pèlerin dans ses pérégrinations à l’école.Il en fait un reproche amer au Gouvernement, comme si les titulaires des écoles sous contrôle des commissaires étaient des fonctionnaires publics du gouvernement de la Province.“Songez que sur les $225,000 de contributions annuelles que le gouvernement accorde aux écoles primaires, la part des_ écoles rurales est réduite à $25,000”.Il y a ici erreur évidente et confusion.L’année dernière, le Gouvernement a dépensé une somme de $460,748 pour les écoles publiques; $81,000 pour l’éducation primaire supérieure, chez les catholiques; $75,421 pour l’éducation primaire supérieure, chez les protestants; $25,000 pour les municipalités pauvres, ehez les catholiques, $15,440 chez les protestants; $14,000 pour les écoles de village qui emploient des maîtres; $19,895 en primes aux municipalités les plus méritantes; $45,550 pour les académies de garçons; $125,000 distribuées aux corporations scolaires rurales, sans compter d’autres sommes considérables dont la majeure partie est allée aux écoles rurales.Bref, si l’on retranche ce qui est accordé aux universités et aux collèges classiques par le gouvernement de la Province de Québec, tout le reste va aux écoles primaires, et les dernières statistiques établissent que ces (1) Voir VEnseignement primaire de mai 1930. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 779 subventions gouvernementales s’élevaient à tout près de $4,000,000, soit exactement $3,983 , 752.Il y a donc loin de la mesquine somme de $225,000 mentionnée par l’auteur d’un “Pèlerinage”.Il n’y a pas que la question de pénurie de fonds qui semble chagriner notre écrivain, mais il y a aussi le manque de compétence de la part des commissions scolaires.Il propose à l’attention de nos administrateurs ruraux un modèle.Écoutez bien ce qu’il dit dans les lignes suivantes: “Le conseil municipal de Montréal, selon la nature de l’affaire qu’il doit transiger, éclaire sa conscience en consultant avocats, architectes, ingénieurs de toutes sortes, hommes d’affaires.Serait-il donc si étonnant que nos commissions rurales ouvrissent leurs rangs à quelque compétence qui sut éclairer leur région sur la conduite et l’ordonnance difficiles des écoles!” Nous avons toujours pensé, dans notre candeur naïve, que le Comité catholique avait édicté des règlements pour la gouverne de nos commissions scolaires et que, de plus, le département de l’Instruction publique possédait un personnel nombreux et compétent, chargé de fournir aux commissions scolaires renseignements, éclaircissements et interprétations nécessaires.Mon expérience m’a appris que le Surintendant et ses officiers se font toujours un devoir d’aider tous ceux qui sont appelés, en vertu de leurs fonctions, à diriger l’école du rang, aussi bien que les autres du domaine primaire.Mais tout cela semble être de la petite bière à côté de la sagesse du conseil municipal de Montréal, qui, lui, sait, au moment voulu, appeler à son sceours tous ceux qui sont capables d’éclairer sa conscience.Et si après cela cet excellent conseil municipal de Montréal n’achète pas au moins 5,000 exemplaires d’un “Pèlerinage à PÉcole de Rang”, c’est qu’il manque vraiment de gratitude.Y Assez longtemps nous avons commenté et épilogué sur notre bilan scolaire et son milieu matériel.Entrons de plein pied avec l’abbé Lapalme dans le domaine de l’esprit, afin de voir de près ceux qui et celles qui évoluent dans la petite école de rang.Le premier personnage qui est présenté par l’auteur, dans la dernière partie de son volume, c’est l’inspecteur d’école.Nous sommes heureux de déclarer qu’ici une appréciation tout à fait sympathique de ce fonctionnaire nous est donnée: “.Nous avons un corps d’inspecteurs dont il serait facile de faire l’éloge” (Page 131).Toutefois l’abbé Lapalme trouve que ces fonctionnaires sont surchargés d’ouvrage et qu’ils n’ont pas le temps ni les moyens voulus d’accomplir comme ils devraient l’accomplir la tâche qui leur est confiée.Et ce manque de sanction du travail des titulaires des écoles est cause que “l’action des inspecteurs perd pratiquement 50% de son efficacité” (Page 133).Il y a un peu d’exagération par ci par là dans ce chapitre relatif aux inspecteurs d’écoles, et l’auteur, qui n’a peut-être pas pénétré dans plus de 2 ou 3 districts d’inspection, ne saurait parler pour les inspecteurs en général.Si jamais il lui prenait fantaisie de descendre dans le bas de la Province, jusqu’à la Vallée de la Matapédia ou la Baie des Chaleurs, il constaterait que les doléances qu’il expose avec verve, au sujet de l’inspection des écoles, n’auraient plus leur raison d’être dans cette partie de la Province, et j’ai la conviction morale que, dans un grand nombre de districts, l’inspecteur novice pourrait en dire autant.Après avoir constaté que “l’inspecteur ne peut suffire à toutes les tâches qui s’imposent”, notre réformateur propose qu’on lui donne comme auxiliaire des professeurs missionnaires: “Un religieux ou une religieuse de vieille expérience.un instituteur, une institutrice, chevronnés à point, lesquels, à période réglée, feraient la visite des écoles de deux ou trois paroisses commises à leurs soins”.Y a-t-il lieu de ressusciter le maître d’école ambulant de jadis?Le programme d’études et la formation des classes dans une même école sont encore l’objet de certaines remarques, qui ne manquent peut-être pas d’à-propos.“A la campagne, il n’est pas possible de mener trois divisions de front” (Page 143).C’est un peu exagéré, puisque nous ayons vu grand nombre d’écoles remporter des succès remarquables avec 4 et 5 classes, mais avec le système actuel qui veut que les 6 premières années du cours primaire puissent se donner par un même titulaire, je suis convaincu qu’il est très difficile, sinon impossible, dans la plupart des cas, de trouver le temps voulu pour tenir occupés tous ces élèves, à moins d’avoir des moniteurs capables de maintenir les plus jeunes en respect, tout en leur enseignant les éléments.VI Une autre déclaration contre laquelle je m’inscris en faux, c’est la suivante: “La moitié des enfants, à la campagne, est en retard de 2 et 3 ans” (Page 143).L’auteur veut sans doute dire que lorsque ces élèves poursuivent leurs études au collège ou au couvent, ils sont en retard 780 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE pour leur âge, et que cela est dû à la qualité inférieure de l’enseignement que l’on donne dans l’école du rang.Tous les inspecteurs d’écoles que j’ai connus et qui ont fait du travail à la campagne et à la ville, s’accordent à dire le contraire, c’est-à-dire que les élèves, âge pour âge, sont beaucoup plus avancés à la campagne qu’à la ville, pour les quatre premières années, et c’est aussi mon avis après avoir enseigné à la ville et à la campagne.Le programme d’études, qui est déjà chargé, dit-on, et les écoles de rang qui sont appelées maintenant à donner les six premières années du cours primaire, n’empêchent pas l’abbé Lapalme de suggérer de lui faire de nouvelles additions, afin d’arriver à une culture générale plus complète des enfants.Énumérons quelques-uns des désiderata de l’éminent pédagogue et voyons s’il est possible, dans la petite école de la campagne, d’introduire tous ces moyens de formation.Il demande: 1°.l’établissement de la lecture latine; 2° du solfège; 3° du chant d’église; 4° d’un jardin potager; 5° d’une ruche d’abeilles; 6° d’un poulailler; 7° de l’économie domestique; 8° de l’art culinaire (1) ; 9e enfin, la gymnastique.Une autre préoccupation d’ordre matériel trotte encore dans le cerveau fertile de notre réformateur pédagogique: il voudrait que, à la petite école de rang, comme au collège et au couvent des villes et des cités, institutrices et élèves aient un costume uniforme “attendu que les enfants, en particulier à l’école rurale, sont tristement fagottés” (Page 156).D’autre part “une robe professionnelle rehausserait la tâche de l’institutrice, affirmerait son autorité, et lui donnerait plus d’influence sociale” (Page 156).Pourquoi ne pas y aller de la description de cette robe, quant à y être, où il y aurait, je présume, en guise de boutons jaunes qui con-viennent à nos sergents de ville, des petites faveurs roses, bleues ou mauves suivant l’âge et le teint de nos petites maîtresses d’écoles.Mais nous n’en sommes pas à bout de réformes, si les désiderata de l’abbé Lapalme se réalisent.Faute d’institutrices suffisamment cultivées pour qu’elles puissent s’adonner avec confiance à la formation des enfants, par le moyen de la culture générale, il y va de quelques suggestions pour combler ces lacunes: 1° abolition du Bureau central des Examinateurs, 2° organisation d’un personnel volant pour aider l’institutrice dans sa tâche, 3° publication d’un supplément de Y “Enseignement primaire” à l’adresse des institutrices.Au point de vue du développement et de la formation intellectuels de l’institutrice, l’auteur suggère que celle-ci suive les cours en personne ou par correspondance, de l’Institut Pédagogique.Ceci est certainement très désirable et nous espérons qu’on fournira, dorénavant, à un plus grand nombre d’institutrices, les moyens de faire un stage à cet institut.La compétence est sans contredit ce qu’il y a de plus nécessaire chez une institutrice, et nulle ne saurait se contenter, si elle veut réussir, du diplôme que lui a octroyé le Bureau central des Examinateurs ou une école normale quelconque.Ce ne sont là, à bien dire, que des certificats de compétence, mais d’une compétence tout à fait primaire.L’abbé Lapalme en vient aussi à parler des livres de classe approuvés par le Comité catholique et il demande que le petit catéchisme du Québec soit rédigé de nouveau par “une commission de pédagogues-théologiens”, attendu que ce volume “est peut-être un monument de théologie, mais qu’il n’est sûrement pas un monument de pédagogie” (Page 162).Ce jugement peut avoir du bon, mais il eut sans doute été plus convenable de faire cette remarque, délicatement et discrètement, au Comité catholique du Conseil de l’Instruction publique.Nous sommes peut-être trop chatouilleux sur ce point, puisque l’auteur a obtenu pour son ouvrage le nihil obstat du censeur ecclésiastique du diocèse de Montréal et, de plus, Vimprimatur de l’archevêque coadjuteur du même diocèse.La formation patriotique n’échappe pas à la lunette de notre pédagogue et il regrette que l’Histoire du Canada, entre autres, soit enseignée d’une façon aussi incomplète et que l’on ne trouve pas, dans chaque école rurale, l’Histoire du Canada de Carneau.Sans doute que l’on trouve cette histoire dans un grand nombre d’écoles, mais il serait à désirer que, dans toutes les écoles, elle brillât au premier rang sur les rayons de la bibliothèque scolaire.Il n’y a pas d’ailleurs que l’Histoire de Carneau qui soit recommandable.Nous pourrions en énumérer plusieurs qui, sans être aussi considérables que celle de notre historien national, sont encore très convenables et peuvent suffire aux besoins de nos écoles primaires.Espérons que les commissions scolaires y verront un bon jour et qu’elles fourniront cette arme indispensable à nos institutrices, pour faire connaître et aimer notre belle histoire.(1) Mais au moyen “d’une cuisine-automobile que la direction de cet enseignement promènerait entre trois ou quatre paroisses” (Page 155).L’on verrait donc refleurir les moyens de pérégrination adoptés par les bohémiens,et la cuisine, comme l’amour, serait enfant de Bohême. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 781 Toutefois, si une institutrice possédait le quart et peut-être même le huitième des connaissances que l’abbé Lapalme voudrait lui voir acquérir, elle pourrait devenir du coup professeur de collège classique et même d’université.Il voudrait une maîtresse d’école capable “d’échapper à son manuscrit comme le papillon impatient de sortir de son cocon, demeure enchiffrenée dans son enseignement.Elle est victime de sa pauvreté toute livresque et ses élèves aboutissent au plus inintelligent psittacisme” (Page 201-202).Comme autre forme de ce que doit être une institutrice cultivée, voici un échantillon du modèle désiré par notre éminent pédagogue: “dans la lumière géminée de son expérience classique et personnelle, la maîtresse se rend au goût de Montaigne qui préfère la beauté discrète d’une tête bien faite à l’éclat tapageur d’une tête bien pleine”.(Page 202).Les lecteurs qui ne comprendraient pas tous les mots de ces deux ou trois dernières phrases, n’auront qu’à faire un peu de lexicologie et à recourir au dictionnaire.Quant à certains néologismes 'qu’elles renferment, on peut fort bien deviner, avec un peu d’imagination, ce que leur auteur veut exprimer en les employant.Dans les dernières pages de son travail, notre psychologue y va d’une savante et longue dissertation sur notre mentalité de coloniaux, notre manque de patriotisme agissant et bien d autres lacunes de notre cerveau et de notre cœur.Et savez-vous pour en arriver à quoi ou plutôt en accuser qui?Mais, comme toujours, la petite école de rang et la pauvre maîtresse qui la dirige.La preuve ?“C’est donc manifestement une injustice envers nos enfants de leur donner, pour les instruire, des maîtresses d’instruction uniquement primaire”.; Nous aurions pu extraire bien d’autres choses de l’ouvrage, fort intéressant à lire, de l’abbé Lapalme,_ et qui contient des suggessions louables, mais nous laissons aux autorités le soin de les étudier et de le digérer.Il y en a de pratiques dont on verra l’accomplissement avant longtemps et d’autres de chimériques, qui ne sont nullement du domaine de l’école primaire.Mais nous regrettons que l’abbé Lapalme ait donné libre cours à son imagination et qu’il ait trop souvent, au cours de son travail, dénigré, rapetissé et amoindri même dans leur estime, notre personnel de la petite école de rang.Il n’a sans doute pas voulu attaquer, dans ses écrits, les communautés religieuses d’hommes et de femmes, qui dirigent un grand nombre de ces écoles, bien que je ne leur concède pas plus qu’aux laïques la science infuse, mais en parlant toujours de l’institutrice et de la maîtresse, il semble bien que c’est uniquement aux laïques que vont tous les péchés d’Israël énumérés au cours des chapitres de ce volume.La perfection n’est pas de ce monde et nul ne prétend que nous avons atteint, dans le domaine de l’école primaire, le plus haut degré de l’échelle, mais les progrès accomplis depuis un quart de siècle, les sacrifices consentis librement par les parents et les commissions scolaires, le degré de plus en^ plus élevé de formation de nos instituteurs et de nos institutrices, tout cela mérite considération, louange, reconnaissance, et c’est en admettant que nous ne sommes pas restés constamment enlisés dans l’ornière; que nous nous sommes efforcés chacun de notre côté d’aller de l’ayant, que nous encouragerons tous les intéressés, depuis les autorités, gouvernementales jusqu’à la petite maîtresse de 20 ans qui fait vaillamment, intelligemment et patriotiquement la classe à 30 ou 40 marmots, et que nous obtiendrons de nouveaux succès et rendrons justice à qui justice est due.Nous avons le plus grand respect pour le caractère religieux de l’abbé Lapalme, mais nous ne, croyons pas que l’habit religieux qu’il porte lui confère l’infaillibilité dans le monde de la pédagogie et de l’enseignement et que ses jugements doivent être acceptés d’emblée, sans bénéfice d’inventaire.D’ailleurs, lui-même serait l’homme le plus surpris du monde s’il voyait tous les éducateurs, lui lancer des fleurs et exécuter devant lui de profonds salamalecs.Nous ne faisons que casser la glace.D’autres viendront, après nous, faire une étude plus détaillée de l’ouvrage de l’abbé Lapalme et énuméreront forces textes, lois et statistiques établissant que le diable n’est pas aussi noir que l’a représenté le savant curé de Ste-Clotilde de Montréal.Comme je l’ai dit au commencement, il faut se méfier pareillement des dénigreurs et des flagorneurs.Le vieux fabuliste l’a énoncé: “Patience et longueur de temps font plus que force et que rage”.Allons-y donc en douceur, par la persuasion, et soyons assez charitables pour rendre à César ce qui appartient à César, puis à notre école de rang et à son titulaire le témoignage d’être en progrès.G.-E.Marquis. 782 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE CORRIGEONS-NOUS! A propos de chemins CHEMIN CROCHE Nos gens désignent sous le nom de chemins croches, les chemins publics établis sur la neige pour attelages de front.Cette appellation doit être rejetée.Disons: chemin 'pour attelages de front.CHEMIN DE PIED Nos gens appellent chemins de pied les chemins étroits pour les piétons.C’est sentier qu’il faut dire.CORDEROI, PAVÉ, CHEMIN DE PONTAGE, CHEMIN PONTÉ, CHEMIN DE PLANCHES On donne, chez nous, le nom de corderai, de pavé, de chemin de pontage, de chemin ponté, ou de chemin de planches, au mauvais chemin qu’on a garni de fascines, de rondins ou de troncs d’arbres pour le rendre praticable.Le nom de corderai nous vient de l’anglo-américain corduroy qui s’emploie avec la même signification.En français, on dit: chemin fasciné, chemin paillé, chemin bachonné.Les chemins fascinés s’établissent avec des fascines sur le sable ou sur les terrains fangeux; les chemins paillés s’établissent avec de petits arbrisseaux sur le sable; et les chemins bachon-nés s’établissent avec des bâchons ou rondins sur les terrains fangeux.(Notons, en passant, q’uun rondin est un morceau de bois de chauffage laissé rond, non fendu, et qu’il y a, par conséquent, des rondins qui ont été coupés dans des troncs d’arbres assez gros.) RENCONTRE On donne, au Canada, le nom de rencontres aux voies latérales qui servent, de-ci, de-là, à la rencontre des voitures dans les chemins d’hiver ou dans les chemins étroits établis dans les bois.Ex:.L’hiver, il y a généralement deux rencontres dans la descente du troisième rang.On dit aussi place de rencontre, avec le même sens.Ces rencontres ou places de rencontre sont de véritables voies d’évitement.A défaut d’équivalent français, on pourrait se servir de la locution voie de rencontre.TRAVERSE La traverse, en France, c’est le chemin de traverse, le chemin qui mène plus directement que la grande route au point où l’on veut arriver.Chez nous, une traverse est un chemin établi sur la glace qui recouvre une rivière, un lac, et allant d’une rive à l’autre.Ex.: La traverse de Verchères.Ce terme de traverse nous semble bien approprié.Une traverse est aussi, chez nous, l’endroit où l’on passe une rivière à gué ou en bateau.On doit dire gué dans le premier cas, et passage d’eau ou passage dans le second.Nos gens donnent, à tort, le nom de traverse aux endroits où un chemin, une route, une rue, traverse une voie ferrée, sans différence de niveau.C’est passage à niveau qu’il faut dire.RUE Sur la rue signifie, en français: avec vue sur la rue.Ex.: Habiter un appartemant sur la rue.On demeure sur un boulevard, dans ou sur une avenue, sur une place, mais on demeure dans une rue.Demeurer sur la rue, marcher sur la rue, fumer sur la rue sont des façons de parler incorrectes.On marche dans la rue, sur le trottoir ou sur la chaussée, et l’on fume dans la rue.BOULEVARD Un boulevard est une large voie bordée d’arbres qui a été établie autour d’une ville ou dans l’intérieur d’une ville.Ex.: Le boulevard Langelier (à Québec);)—le boulevard Saint-Joseph (à Montréal).Mais le mot boulevard ne se dit pas, en France, pour désigner les routes, si larges, si longues soient-elles, qui traversent la campagne pour mettre des villes ou des villages en communication.C’est donc à tort que l’on donne quelquefois le nom de boidevard à la route Édouard VII (qui s’étend de Saint-Lambert, près Montréal, à Rouse’s Point). L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 783 De même, c’est imiter mal à propos les Anglo-Américains que d’appeler boulevards les rues où les automobilistes ne sont pas tenus de céder le passage à ceux qui veulent traverser ces rues aux intersections.En bon français, on ne peut donner le nom de boulevard qu’à une rue large et bordée d’arbres.AVENUE En France, Vavenue est une voie par laquelle on arrive dans un lieu.Ex.: Prendre l’avenue qui conduit à une maison.Avenue s’y emploie aussi dans un sens spécial pour désigner une large voie publique, ordinairement bordée d’arbres, par laquelle on arrive à un palais, à un château, à une place, etc.Ex.: L’avenue des Braves (la voie qui conduit au monument des Braves (à Québec);—-l’avenue de l’Opéra (à Paris).C’est à, tort que l’on donne, au Canada, le nom à’avenues à de simples rues pour les distinguer des rues qui les croisent.Cet abus, qui nous vient des États-Unis, est à éviter.SENTIER Le sentier, dans la langue courante, est un chemin étroit pour les piétons, dans les champs, dans les bois ou dans les montagnes.Au Canada, on se sert aussi du mot sentier (qu’on prononce parfois chenkier) pour désigner un chemin d’hiver établi pour les voitures à travers les champs.Ce chemin d’hiver est un chemin de traverse ou une traverse.CARRÉ Carré se dit au Canada d’un square, d’un jardin public au milieu d’une place.Ex.: Le carré Viger (à Montréal).En français, un carré est une pièce de terre carrée, ou à peu près carrée.Ex.: Un carré de légumes.A l’avis de quelques philologues français, le terme canadien carré est préférable à square.En tout cas, on peut dire place ou.jardin au lieu de square.A propos de maisons d’habitation BLOC Ce terme dont nous nous servons pour désigner certaines constructions est un anglicisme.Il faut dive pâté de maisons, îlot, maisons collectives, immeubles ou maison de rapport, construction de grande dimension, maison d’habitation, selon le cas.Un pâté de maisons est un assemblage de maisons formant une masse séparée des maisons voisines; un îlot est un petit groupe de maisons, isolé des autres maisons voisines par des rues, des terrains vagues; on appelle maisons collectives un groupe de maisons non isolées les unes des autres; un immeuble de rapport, une maison de rapport sont des immeubles d’assez grande dimension dont la location donne des revenus au propriétaire.BATISSE Bâtisse n est usité en France qu’en parlant du gros œuvre, c’est-à-dire des fondations, des murs et de la toiture d’une construction.C’est donc à tort que nous nous servons de ce terme pour designer un immeuble, un édifice, un bâtiment, une maison.Il faut dire: L’hôtel du gouvernement ou le palais législatif, et non les bâtisses du parlement; les bâtiments de la ferme, et non les bâtisses de la ferme; se construire une belle maison, et non se construire une belle bâtisse.MAISON A APPARTEMENTS, APPARTEMENTS En France, on donne généralement le nom de maison de rapport à la maison à plusieurs étages, habitée par plusieurs locataires dont chacun vit isolément, et surveillée par un concierge.Cette ^PPel\afion a le tort de s’appliquer aussi bien à un immeuble divisé en bureaux qu’à une maison d habitation.L abbé Klein, dans son livre Au Pays de “la Vie intense”, emploie le terme maison à appartements pour désigner une maison d’habitation divisée en plusieurs appartements et placée sous la surveillance d’un concierge; nous pourrions, semble-t-il, faire de même, ou nous servir simplement du terme appartements.Ex.: Construire une maison a appartements;—Habiter les appartements Champlain.la Société du Parler français au Canada, Université Laval, Québec. 784 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE MÉTHODOLOGIE LA LECTURE EXPLIQUEE A L’ÉCOLE PRIMAIRE SUPÉRIEURE ET A L’ÉCOLE NORMALE (Pour Y Enseignement primaire) LES ÉLÉPHANTS Leconte de Lisle: Poèmes Barbares Le sable rouge est comme une mer sans limite.Et qui flambe, muette, affaissée en son lit.Une ondulation immobile remplit L’horizon aux vapeurs de cuivre où l’homme habite.Nulle vie et nul bruit.Tous les lions repus 5 Donnent au fond de l’antre éloigné de cent lieues, Et la girafe boit dans les fontaines bleues, Là-bas, sous les dattiers des panthères connus.Pas un oiseau ne passe en fouettant de son aile L’air épais, où circule un immense soleil, 10 Parfois quelque boa, chauffé dans son sommeil, Fait onduler son dos dont l’écaille étincelle.Tel l’espace enflammé brûle sous les cieux clairs.Mais, tandis que tout dort aux mornes solitudes, Les éléphants rugueux, voyageurs lents et rudes, 15 Vont au pays natal à travers les déserts.D’un point de l’horizon, comme des masses brunes, Ils viennent, soulevant la poussière, et l’on voit, Pour ne point dévier du chemin le plus droit, Sous leur pied large et sûr crouler au loin les dunes.20- Celui qui tient la tête est un vieux chef.Son corps Est gercé comme un tronc que le temps ronge et mine; La tête est comme un roc, et l’arc de son échine Le voûte puissamment à ses moindres efforts.Sans ralentir jamais et sans hâter sa marche, 25- II guide au but certain ses compagnons poudreux; Et, creusant par derrière un sillon sablonneux, Les pèlerins massifs suivent leur patriarche.L’oreille en éventail, la trompe entre les dents, Us cheminent, l’œil clos.Leur ventre bat et fume, 30' L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 785 Et leur sueur dans l’air embrasé monte en brume; Et bourdonnent autour mille insectes ardents.Mais qu’importe la soif et la mouche vorace, Et le soleil cuisant leur dos noir et plissé ?Ils rêvent en marchant du pays délaissé, 35 Des forêts de figuiers où s’abrita leur race.Ils reverront le fleuve échappé des grands monts, Où nage en mugissant l’hippopotame énonne, Où, blanchis par la lune et projetant leur forme Ils descendaient pour boire en écrasant les joncs.40 Aussi pleins de courage et de lenteur, ils passent Comme une ligne noire, au sable illimité; Et le désert reprend son immobilité; Quand les lourds voyageurs à l’horizon s’effacent.EXPLICATION LITTÉRALE V.v.1-2.—Le sable rouge: que ce soit sa couleur naturelle, ou qu’il soit rougi par les reflets du soleil ardent.V.2—Qui flambe: non seulement le sable est rouge, brûlant, mais, au-dessus, l’air chaud vibre, palpite comme s’il flambait.V.3.—Ondulation immobile: Une ondulation c’est exactement un mouvement sinueux; puis, ce mot peut désigner, comme ici, une ligne sinueuse.V.4.—L’horizon aux vapeurs de cuivre: même phénomène qu’au v.2; mais ici le poète insiste sur l’aspect éclatant (cuivre) de cette vibration.V.5.—Repus: Le préfixe re implique souvent la seule idée de répétition (re-venir, re-faire, re-partir).Ici il implique l’idée de perfection: repaître c’est nourrir de façon à rassasier.V.6.—Antre: excavation naturelle qui sert de repaire, de refuge aux bêtes féroces.V.7.—Fontaines bleues: Le bleu intense du ciel se réfléchit dans l’eau.V.10.—L’air épais où circule un immense soleil.—1° L’air épais: l’atmosphère donne la sensation de pesanteur presque solide; 2° un immense soleil: d’abord le soleil paraît lui-même agrandi, et puis, dans l’air, l’étendue de son rayonnement chargé de vapeurs et de poussières s’accroît encore.V.14.—Mornes solitudes: tristes solitudes.L’excès de la chaleur abat tous les êtres, et les rend mornes.V.19.—Rugueux: dont la surface présente de petites aspérités.—Donc rugueux est le contraire de lisse.— V.v.18-20.—Et l’on voit, Pour ne point dévier du chemin le plus droit.crouler au loin les dunes.—Construction hardie, pour ne pas dire incorrecte, les deux infinitifs dévier et crouler étant construits comme s’ils avaient, ce qui n’est pas, le même sujet.Régulièrement il faudrait: on les voit, pour ne point dévier, faire crouler.V.22.—Gercé comme un tronc que le temps ronge et mine: 1° Gercé: légèrement, superficiellement fendu.Le froid gerce la peau, la sécheresse gerce la terre, le bois.Ronger et miner ont à peu près le même sens figuré: ruiner lentement, détruire peu à peu.Mais, au propre, ronger c’est manger à petits coups de dents; miner, c’est creuser en dessous pour faire écrouler.V.23.—L’arc de son échine: Les éléphants ont la ligne du dos courbée comme un arc.V.24.—Se voûte: se courbe comme une voûte.V.26.—Au but certain: Ce but, il le connaît et aussi le chemin pour y parvenir.V.28.—Les pèlerins: ce retour “au pays natal” (v.16) a quelque chose d’important, de grave, presque de sacré; ce voyage devient presque un pèlerinage.Leur patriarche: par là-même, l’ancien qui leur sert de guide prend la figure vénérable des vieux chefs de famille dans la Bible.V.29.—L’oreille en éventail: comme l’éventail, l’oreille de l’éléphant a la forme d’un triangle qui aurait pour base un arc de cercle.V.30.—Cheminent: ils vont leur chemin d’un pas égal.Leur ventre bat et fume: La chaleur les fait palpiter, haleter, et aussi fait évaporer leur sueur.V.31.—Leur sueur.monte en brume: légère hyperbole qui d’ailleurs s’explique: de leur file serrée, la sueur évaporée s’élève comme un brouillard.V.32.—Et bourdonnent autour mille insectes ardents: 1° Inversion inattendue, un peu forcée, un peu rude.—2° Les insectes sont ardents dans tous les sens du mot: ils brillent, ils brûlent de chaleur, et, par le fait même, sont excités.(Voyez au vers suivant la mouche vorace). 786 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE V.39.—Blanchis par la lune: La lumière pâle de la lune blanchit leur peau noire.—Et projetant leur forme: projetant sur le sol l’ombre de leur forme.V.41.—Pleins de courage et de lenteur: Antithèse exacte.Le courage ici ne consiste pas dans la rapidité, mais dans la persévérance de la marche; or la lenteur est une condition de la durée.V.42.—Au sable illimité: dans le lointain sans fond du désert de sable.ANALYSE LITTÉRAIRE Le poète peint ici un vaste paysage exotique.A cette date (1862), l’exotisme n’est plus une nouveauté; depuis bientôt cent ans, Bernardin de Saint-Pierre, Chateaubriand, Lamartine, Hugo nous ont promenés un peu partout de l’Amérique au Proche-Orient.Cependant Leconte de Lisle nous découvre des plages peu fréquentées avant lui, et ici même le désert africain.Surtout son esprit, son art ne sont plus celui des romantiques.Chez Lamartine le paysage, imposant ou émouvant, manque presque toujours de précision; surtout il n’est guère qu’un prétexte à l’effusion sentimentale, à la méditation, à la prière.Plus nets, plus vigoureux, plus éclatants, les paysages de Chateaubriand, eux aussi, conduisent souvent à Dieu; souvent encore René berce en eux son ennui.Presque toujours, en tout cas, la phrase vibre, chante; presque toujours on y sent une palpitation humaine.Plus soucieux déjà du pittoresque pour lui-même, Y.Hugo ne laisse pas pour autant de prêter une âme à la nature, aux choses mêmes.Leconte de Lisle s’efforce de voir et de peindre en pur artiste, en pur savant.Il s’intéresse au spectacle comme spectacle; il s’efforce de le rendre en toute vérité et pour sa seule beauté.Ici, par exemple, à l’exactitude s’associent la vigueur et l’éclat; nous le verrons en étudiant tour à tour le paysage lui-même et la caravane qui le traverse.Le paysage d’abord.Le paysage remplit les trois premières strophes et le premier vers de la quatrième.Un ou deux traits jetés çà et là, un dernier tout à la fin achèvent de le dessiner, Premier caractère de ce paysage, l’immensité.Il est marqué dès le premier vers: Le sable rouge est comme une mer sans limite Le poète y revient à plusieurs reprises: Tous les lions repus Dorment au fond de l’antre éloigné de cent lieues Et la girafe boit dans les fontaines bleues, Là-bas.,j .D’un point de l’horizon, comme des masses brunes, Ils viennent, soulevant la poussière, et l’on voit Sous leur pied large et sûr crouler au loin les dunes.Ainsi, pleins de courage et de lenteur, ils passent Comme une ligne noire, au sable illimité; Et le sable reprend son immobilité Quand les lourds voyageurs à l’horizon s’effacent.Second caractère, intensité de la lumière: , Le sable rouge est comme une mer sans limite Et qui flambe.L’horizon aux vapeurs de cuivre.L’air épais où circule un immense soleil.Parfois quelque boa.Fait onduler son dos dont Y écaille étincelle.Tel Y espace enflammé brûle sous les deux clairs Troisième caractère, encore plus marqué que les deux autres, chaleur lourde, accablante qui impose à tous silence et sommeil.une mer sans limite, Et qui flambe, muette, affaissée dans son lit. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 787 Nulle vie et nul bruit.Tous les lions repus Dorment Pas un oiseau ne passe en fouettant de son aile L’air épais où circule un immense soleil.Parfois quelque boa, chauffé dans son sommeil, Fait onduler son dos.Tel l’espace enflammé brûle sous les cieux clairs, Mais tandis que tout dort aux mornes solitudes.Mais là où notre analyse a dû distinguer et dissocier, le poète presque toujours a réuni, composé ces éléments divers, et un seul vers, large et lourd, à plus forte raison, une seule strophe, puissante et riche, nous accable sous cette triple sensation d’immensité, de lumière aveuglante et d’implacable chaleur.Nous n’en citerons qu’un exemple, laissant au lecteur le soin de relever les autres: Le sable rouge est comme une mer sans limite, Et qui flambe, muette, affaissée dans son lit.Une ondulation immobile remplit L’horizon aux vapeurs de cuivre où l’homme habite.Insistons seulement sur ce fait: ce n’est pas uniquement par leur sens que les mots nous touchent; c’est aussi par leur sonorité, c’est par leur distribution respective et par le rythme du mètre et de la strophe.Pour varier nos exemples, nous citerons la seconde strophe (la première ne serait pas moins significative).Aux sonorités lourdes (v.2), s’ajoutent l’allongement du vers (v.v.1-2) et aussitôt telles coupes, tels artifices de ponctuation qui, pour ainsi dire, font reculer l’horizon (v.v.3-4): Nulle vie et nul bruit.Tous les lions repus Dorment au fond de l’antre éloigné de cent lieues, Et la girafe boit dans les fontaines bleues, Là-bas, sous les dattiers des panthères connus, * * Dans cette immensité dévorée de lumière et de chaleur, le poète va faire défiler une étrange caravane.Déjà, dans le lointain, il nous a montré la faune redoutable ou bizarre de l’Afrique tropicale: lions repus, girafes, panthères, boa.Voici maintenant les héros mêmes du poème, les éléphants.Une épithète pittoresque peint d’abord heureusement leur aspect: Les éléphants rugueux 'r.‘ Un peu plus loin des traits d’égale valeur achèveront de montrer en eux une masse, une puissance comparable à celles des éléments: Son corps Est gercé compte un tronc que le temps ronge et mine; Sa tête est comme un roc, et l’arc de son échine Se voûte puissamment à ses moindres efforts.# ‘ I 'h '1 ! .¦ Et par deux fois encore le poète évoquera ces pèlerins massifs et ces lourds voyageurs.Lourds, évidemment, mais propres au plus rude effort, et au plus prolongé.D’où viennent-ils ?Où se trouve ce pays natal dont le charme les rappelle à lui.Le poète ne le dit pas.Mais tous les mots dont il se sert supposent un but fort lointain.Ces voyageurs surgis soudain d’un point de l’horizon, vont.à travers les déserts; ce “pays délaissé”, devient l’objet de leur rêve.Or rêve-t-on vraiment d’un objet proche ?De fait, projetant leur pensée tour à tour dans le passé et vers l’avenir, ils élargissent pour ainsi dire la distance qui sépare l’un de l’autre, et cela par la simple opposition des temps: Us rêvent, en marchant, du pays délaissé, Des forêts de figuiers où s’abrita leur race.Ils reverront le fleuve.Où, blanchis par la lune.Ils descendaient pour boire. 788 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE D’ailleurs comment concevoir près du désert, sec et stérile, ces “forêts de figuiers” et ce “fleuve 'échappé des grands monts” ?A cette longueur du voyage s’ajoutent les difficultés, les souffrances de la route.“Dunes” qu’ils doivent faire “crouler sous leur pied large et sûr”; lumière aveuglante qui oblige à “cheminer l’œil clos”; chaleur qui les assoiffé, qui fait “battre et fumer leur ventre”; “insectes ardents, mouche vorace” qui “bourdonnent autour d’eux”.Mais qu’importe?Disciplinés (v.29), patients (v.19), réguliers (v.25), soutenus par l’appel du pays natal (strophes 9 et 10), “ils passent pleins de courage et de lenteur.Mais de même que le poète s’est interdit, ou à peu près, tout détail de pittoresque pur (1), de même il évite de prêter à ses éléphants une dignité humaine.Chez eux point de pensée, ni de sentiments vrais; uniquement des associations d’images, des souvenirs de sensation, des besoins corporels, des appétits.Le pays natal c’est pour eux “les forêts de figuiers, le fleuve”, où ils pourront reposer, manger, boire et se baigner (strophes 9 et 10).Donc Leconte de Lisle rompt ici avec la tradition romantique; ne prétendant qu’à faire vrai, ni il ne projette son âme sur le monde, ni il n’en distribue les attributs aux animaux et aux choses.(Opposez à cet art tout objectif, l’art lyrique et philosophique de Vigny dans la Mort du Loup, l’art tout sentimental de Musset dans la Nuit de Mai, épisode du Pélican.) Du moins sa puissance d’évocation ne le cède-t-elle à aucune autre.Nous l’avons montré déjà à propos du paysage proprement dit; deux exemples prouveront que l’animalier n’est pas inférieur au paysagiste.Voici d’abord le guide, le capitaine: Celui qui tient la tête est un vieux chef.Son corps Est comme un tronc que le temps ronge et mine; Sa tête est comme un roc, et l’arc de son échine Se voûte puissamment à ses moindres efforts.et voici sa troupe: L’oreille en éventail, la trompe entre les dents, Ils cheminent, l’œil clos.Leur ventre bat et fume, Et leur sueur dans l’air embrasé monte en brume; Et bourdonnent autour mille insectes ardents.On voit les principaux procédés employés ici: tantôt la vision directe du trait, du mouvement ¦caractéristique; tantôt la comparaison à la fois exacte et légèrement hyperbolique.Les effets sonores renforcent pour ainsi dire la sensation visuelle.Quelle dureté, par exemple, est celle des c, des r accumulés dans la première strophe (v.v.1-3)! Quelle lourdeur au dernier vers de la même strophe, comme dans les deux derniers de la seconde! Enfin, puisque, pour la commodité de l’analyse, nous avons distingué entre le paysagiste et l’animalier, voici une strophe qui nous permet de ne plus les séparer: Ils reverront le fleuve échappé des grands monts, Où nage en mugissant l’hippopotame énorme, Où, blanchis par la lune et projetant leur forme, Ils descendaient pour boire en écrasant les joncs.Vocabulaire, construction syntaxique, slyle, rythme du vers et de la strophe, tout est ici parfaitement simple.Cependant quelle richesse et quelle force d’évocation: lignes, masses, puissance, couleur, étendue, tout y est! Pour finir, il faudrait reprendre tout le morceau, et montrer avec la continuité du mouvement, l’unité de la composition (2).Nous laissons à chacun le soin de cet exercice, et nous concluons d’nn mot.Rarement mieux qu’ici, jamais peut-être, Leconte de Lisle n’a réalisé le programme de l’école parnassienne: exactitude et poésie.Gaillard de Champris.(1) “Oreille en éventail, trompe entre les dents, œil clos", n’est-ce pas là du pittoresque pur?Non, si ces gestes, ces attitudes prouvent la fatigue et sont des moyens de défense contre la chaleur et la lumière.(2) Si, après la description du désert, les éléphants deviennent comme les héros du poème, ils n’offusquent pas le paysage (dunes.sillons sablonneux.air embrasé.autant de détails qui les placent bien dans le cadre dessiné ¦d’abord).Surtout quand ils s’effacent, disparaissent, le désert reste seul sous nos yeux immobile, silencieux.Le poème se clôt comme il s’était ouvert, sur l’espace infini. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 789 CHEVREUILS ' : ; .M&.tMùf * •««2SL -r» PRIS DANS LEUR PROPRE PIÈGE 790 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE L’HISTOIRE NATURELLE A L’ÉCOLE PRIMAIRE (Pour l’Enseignement 'primaire) Le Chevreuil.(Cervus Virginianus) Ce joli quadrupède appelé aussi “Daim fauve à queue blanche”, “Cerf de Virginie” est d’un fauve clair en été et d’un gris bleuâtre en hiver.Ses formes élancées, sa démarche légère et pleine de grâce, l’extraordinaire souplesse de ses membres en font le plus beau et le plus apprécié de nos fauves.Il est encore assez commun dans notre pays et se rencontre depuis les Montagnes Rocheu-ses_ au Golfe St-Laurent.Sa chair est des plus délicates, sa peau fournit un cuir aussi souple que solide, et sa ramure est utilisée dans les coutelleries de luxe ou comme ornement.C’est un animal timide et prudent chez lequel l’ouïe et l’odorat sont très développés.Sa ramure osseuse, comme celle de l’Orignal, tombe au commencement de l’hiver et repousse au printemps avec une pointe de plus chaque année.Ses jambes, hautes et sveltes, terminées en petits sabots lui permettent des mouvements aussi agiles que gracieux.On en a vu franchir d’un seul bond une distance de 19 pieds sans toucher le sol; d’autres, poursuivis par des ennemis le long des flancs escarpés d’une montagne, bondir et retomber à 37 vgs plus bas que le point de départ.La longueur moyenne du mâle est de 6 pds; la hauteur aux épaules, de 3'6" et le poids environ 150 Ibs.La femelle, plus petite, ne pèse en moyenne que 100 Ibs.En été il se nourrit d’herbes, de bourgène et fréquente les.étangs, les lacs où croissent les nénuphars dont il mange la tige et les feuilles.Il passe généralement le jour caché dans un fourré, où il fait le ronge, et profite de la demi-clarté de l’aurore et du crépuscule pour prendre ses ébats et chercher sa nourriture.En octobre commencent à se manifester les activités sexuelles; c’est le temps où les mâles parcourent les bois à la recherche d’une compagne.Ils deviennent alors agressifs et ne craignent pas de s’attaquer à l’homme qu’ils peuvent blesser ou même tuer en le perçant de leurs bois aigus ou en le piétinant avec leurs sabots à la corne tranchante.Les combats qu’ils se livrent entre eux à cette époque de l’année sont des plus sauvages et se prolongent jusqu’à l’épuisement complet ou la mort de l’un des deux antagonistes.Plus souvent encore que chez les Orignaux leurs bois, au cours de la bataille, s’entrelacent de telle sorte que les combattants, incapables de se séparer meurent tous deux d’épuisement.On prétend qu’environ 1% des Chevreuils mâles périssent annuellement de cette manière.Vers la mi-décembre, cet instinct combattif disparaît et la famille se rassemble pour l’hiver.Le père, la mère, les petits de un et de deux ans passeront ensemble la rude saison dans les taillis épais qu’ils sillonneront de sentiers et où une ample provision de bourgeons, de jeunes pousses, de mousse, de ronces etc., leur sera assurée.Manger semble alors leur seule préoccupation; aussi, acquièrent-ils bientôt un embonpoint qui leur est inconnu à toute autre époque de l’année.Les petits, au nombre de un ou deux, naissent en mai ou juin; ces petites créatures appelées faons, ne pèsent en moyenne que 3^2 Ibs à leur naissance.La couleur mouchetée de leur pelage s’adapte alors si bien avec le milieu dans lequel ils se trouvent qu’ils échappent aux regards de leurs nombreux ennemis, les renards, les chiens, les oiseaux de proie, etc.Plusieurs chasseurs affirment qu’ils n’émettent aucune odeur, ce qui leur assure encore plus de protection.Ils perdent en vieillissant cette immunité, puisqu’il est reconnu que le Chevreuil adulte, plus que tout autre animal sauvage, laisse sur ses traces une forte senteur qui trahit son passage et guide les chiens lancés à sa poursuite.Au mois de septembre, les jeunes sont sevrés et perdent les mouchetures de leur pelage; ils n’en continuent pas moins cependant à suivre leur mère jusqu’à l’âge de un ou deux ans.Les plus redoutables ennemis du Chevreuil sont, par ordre d’importance: Le braconnier qui le surprend et le tue dans ses refuges d’hiver, qui le chasse la nuit à l’aide d’une puissante lumière, laquelle a pour effet d’éblouir l’animal et de l’immobiliser de sorte qu’il devient une victime facile à abattre.Viennent ensuite les loups.En 1906, les restes de 325 Chevreuils massacrés par les loups furent trouvés sur un rayon de trois milles dans le nord de l’État du Michigan.(Shiras) De tels ravages n’ont lieu que quand la neige épaisse ou la nature marécageuse d’un terrain paralyse la marche de l’animal, car, en dehors de telles conditions, il est si rusé, si adroit à se dérober et surtout si agile, qu’il a vite fait de distancer ses ennemis.Il est reconnu que les chiens de chasse, ceux surtout que leur propriétaire laisse errer en liberté le soir dans la forêt, causent de sérieux dommages en s’attaquant de préférence aux femelles que leur condition particulière rend parfois sans défense et incapable de fuir.Les moustiques, en été, torturent le Chevreuil et le forcent parfois à s’enfoncer dans la boue ou dans les eaux des lacs.Un autre insecte, dit l’oestre du Chevreuil, se loge dans sa gorge ou dans sa tête et est considéré comme le plus nuisible.Enfin, certains acariens s’attachent à sa peau, sucent son sang et peuvent lui communiquer de sérieuses maladies. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 791 La durée de la vie chez ce ruminant est de 10 à 15 ans à Fétat sauvage.Dans les parcs où il est mieux protégé contre ses ennemis ordinaires, il vit généralement plus longtemps.Le Chevreuil peut facilement être apprivoisé.Cependant, l’expérience prouve que, à moins qu’il ne soit pris dès sa prime enfance et avant qu’il n’ait commencé à accompagner sa mère, il gardera, le reste de ses jours, son instinct sauvage et, quoi qu’on fasse, la domestication ne pourra que lui enlever la crainte de l’homme.Tôt ou tard, les dispositions combatives qui sommeillent en lui se réveilleront et cette créature, qu’on croyait la plus gentille et la plus inoffensive, deviendra subitement furieuse, pourra blesser gravement voire même tuer les personnes avec lesquelles elle a vécu jusque là dans une familiarité qui n’était qu’apparente.De même que l’Orignal, le Chevreuil, à l’automne, est souvent attiré dans les pièges que lui tend le chasseur.Un des moyens employés par ce dernier pour tromper son gibier consiste à frapper l’une contre l’autre deux ramures, de manière à donner l’illusion d’un combat entre deux rivaux.Désireux d’assister à une bataille réelle ou même d’y prendre part, les Chevreuils accourent de toutes les directions et tombent dans le piège du nemrod qui leur fait payer de leur vie leur curiosité.Ce gentil ruminant a une valeur économique incontestable et est, à bon droit, considéré comme l’un des plus beaux ornements de nos forêts canadiennes.Il attire chaque automne un nombre de plus en plus considérable de chasseurs étrangers et, plus que l’Orignal peut-être, il favorise le tourisme.Chaque citoyen du Canada doit, en conséquence, se faire un strict devoir de respecter les lois sages et prévoyantes qui en régissent la chasse et de dénoncer ceux qui, d’une manière ou d’une autre, s’en font les transgresseurs.E.Litalien, I.É.LE DESSIN A L’ÉCOLE PRIMAIRE (Droits réservés) LES OMBRES Juin 1930 Les notions de perspective déjà passées en revue ne sauraient être complètes sans l’étude sommaire des ombres, qui précise celle de la perspective, dont elle fait en quelque sorte partie.L’ombre aide à mieux rendre l’effet de relief, à marquer les saillies et les emplacements des objets observés.Pour peu que l’on ajoute une ombre légère à telle surface d’un dessin, la première esquisse y gagne de suite en valeur, et révèle chez l’auteur un talent plus ou moins prononcé.L’ombre est opposée à la lumière.Le foyer lumineux plus intense fera ressortir plus nettes, les surfaces, et mieux tranchées les ombres qui s’en détachent.On admet des degrés divers dans l’intensité de la lumière, et aussi bien, dans la force de l’ombre.Cette gradation des valeurs de lumière et d’ombre joue un grand rôle.En réalité, on pourrait supprimer les lignes qui entourent les surfaces d’un objet, puisque ces contours ne sont de fait que la cessation de l’ombre, ou bien la démarcation entre deux surfaces d’intensité différente.Il n’y a donc plus de ligne dite “fil de fer”.On distingue l’ombre propre, et l’ombre portée: celle qui est distribuée diversement sur les surfaces de l’objet même, et celle qui est projetée sur les surfaces avoisinantes.L’ombre propre est plus ou moins teintée selon le degré d’inchnaison que font les rayons lumineux avec les surfaces exposées ou opposées.L’ombre portée reproduit comme en projection la silhouette de l’objet qui intercepte les rayons lumineux; seulement, le dessin perspectif doit rétablir cette projection (l’ombre) en une vue perspective similaire aux contours du dessin étudié.Le foyer lumineux est de préférence choisi ou placé à gauche, au-dessus du dessinateur et quelque peu en arrière.Cette position n’est pas fantaisiste; elle répond généralement à la disposition qu’occupent les élèves, étant assis à leur bureau de travail dans les classes : la fenêtre vitrée donne la lumière à gauche de l’élève qui écrit, ht, travaille, dessine.Et par opposition, l’ombre ira se fixer à droite, et au-dessous de l’objet, marquant ainsi les reüefs et les creux.Cette disposition à gauche n’est pas imposée; on la préconise à cause de ses nombreux avantages; elle est admise et conventionnelle dans les travaux de technique et d’architecture; mais dans le dessin d’après nature, met de côté : théories, conventions, généralisation.On traitera des ombres comme incidemment, considérant le soleil, la fenêtre (foyer) où on le trouve au moment de l’étude.Ces indications sont nulles chez les bébés du cours inférieur, où beaucoup de dessins sont du genre silhouette recouverts de hachures parallèles.On se borne à indiquer l'ombre par quelques zigzags jusqu’à ce qu’on obtienne une ombre de plus en plus parfaite en 5e et 6e années.Pips tard, des principes plus étendus sont donnés avantageusement au cours supérieur, sur la distribution relative de la lumière, proportionnée à la distance où à l’inchnaison des surfaces éclairées. 792 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE i Des renseignements précieux et complets sur le sujet des ombres seront trouvés dans l’un des articles de Gaston Hoffman, Y Enseignement 'primaire de janvier 1926.Et mieux encore pour être plus à point, dans le “Cours Pratique de Dessin d’Observation”.Voir p.73-121 : Le plus sombre du plus sombre.QUELQUES SUGGESTIONS POUR LE MOIS DE JUIN 1930 cours inférieur: Ire et 2e années I.—Genre perspectif.—D’après nature : fleurs de pissenlit, de marguerites, de renoncules.Outils: bêche.Jeu: Le gymnase, divers agrès.Valeur ou Intensité le lOmbre.Place el Forme de l’Ombre , U T' b Il :> - ¦ '«î™ L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 793 II.—Genre décoratif.•—Tiges de pissenlit reliées en anneaux, en former un collier d’anneaux, chaîne.Reproduire le dessin de cette chaîne ou de ce collier.III.—Genre géométrique.—Papiers de couleurs découpés en losanges: placer cinq losanges en chacune des vitres du châssis de la classe.Relevez le dessin d’une de ces vitres.IV.—Dessin de mémoire —Avec le motif précédent faites dessiner: “Mon plus beau prix”; cou- ou libre.verture d’un livre, décoré.COURS MOYEN : 3e ET 4e ANNEES I.—Genre perspectif.—D’après nature : Un bouquet de lilas, (branche), pour orner le reposoir.Deux fraises mûres.Le casseau aux fraises vide,—rempli.Outils: la faulx, la faucille, une fourche à trois branches.Jeu de croquet: boule, maillet, arches.H-—Genre décoratif.—Disposer en semis, droit ou en quinconce, fleur ou fruit: fraise, renoncule, marguerite.III.—Genre géométrique —Le chenil, la couvée.ou technique.IV.—Dessin de mémoire —La rentrée des foins.Une charge de foin.cours supérieur: oe et 6e années I.—Genre perspectif.—Au point de vue des application des ombres, refaire quelques exercices précédemment étudiés.Il-—Genre décoratif —Avec la fleur de trèfle pour motif, et disposée en quinconce, décorez la couverture d’un livre de prix.III.—Genre géométrique —Projet géométral: tracer le projet de construction d’un camp assez ou technique.confortable et peu coûteux.IV.—Dessin de mémoire.—Paysage libre : Revenant d’une excursion de pêche ou de chasse, vous revoyez votre campement entouré de verdure.Esquissez à grande ligne les traits caractéristique du paysage.Frère Prosper, É.G., Inspecteur de Dessin, Commission scolaire de Québec.ETUDE LITTERAIRE MADAME DE SEVIGNE (Suite et fin) (1) La chrétienne Lorsque sainte Chantal quitta sa famille pour aller fonder l’ordre de la Visitation, elle se heurta, sur le seuil, à son fils, qui s’était couché là, en travers de la porte, comme pour lui dire: “ Ma mère, il faut que vous passiez sur mon corps pour fuir le foyer! ” Cet enfant qui avait du cœur et qui était capable de ces résolutions extrêmes, fut le père de Madame de Sévigné.Sainte Chantal, malgré ses nombreuses occupations, n’oublia jamais sa petite fille qui était orphehne; et celle-ci parlait de sa grand’mère avec une vénération profonde.Il lui semblait que vouloir surpasser la Mère de Chantal, c’était proprement “vouloir aller par delà le paradis”.Il n’est donc pas étonnant que Madame de Sévigné ait été une grande chrétienne; elle eut toujours non seulement de la religion, mais de la dévotion, et une dévotion profonde et vraie.Cette dévotion faisait d’elle une fille soumise à la loi de Dieu et de l’Église.Sa conduite fut irréprochable dansjme condition où elle aurait pu facilement se laisser entraîner aux folies de la cour.Non seulement sa vie publique et mondaine fut sans tache, mais sa vie privée fut toute pleine de religion.Elle allait ordinairement à la messe tous les matins, jeûnait aux jours plus nombreux qu’aujourd’hui où l’Église l’ordonnait.et cela, si simplement!.A 64 ans, elle écrivait à sa fille: “ Si vous me voyiez, vous m’ordonneriez de faire le carême, et ne me trouvant plus aucune sorte d’incommodité, vous seriez persuadée, comme je le suis, que Dieu ne me donne une si bonne santé que pour me faire obéir aux commandements de l’Église.”, ajoutant: “Nous faisons ici une bonne chère; nous n’avons pas la rivière de la Sorgue, mais nous avons la mer, en sorte que le poisson ne nous manque pas.Il nous vient, toutes les semaines, du beurre de la Pré-valaie.nous faisons des beurrées infinies.mon fils y marque toutes ses dents, et, ce qui me fait plaisir, c’est que j’y marque encore toutes les miennes!.” -y- (1) Voir V Enseignement primaire de mai 1930. 794 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE Et puis, peut-on dire que les retraites fermées sont une invention de notre époque, quand on la voit, presque chaque année, aller s’enfermer dans un des monastères de la Visitation, et suivre, là, les exercices pieux des saintes filles de sa grand’mère ?.Ses lectures de prédilection étaient des livres de piété; dans sa bibliothèque, la tablette d’honneur était réservée à des ouvrages tels que les sermons de Bourdaloue, les œuvres de saint Augustin.Le trait le plus saillant peut-être des sentiments religieux de Madame de Sévigné était sa foi dans la Providence, cette foi si raisonnable, si sainte, si consolante.Elle était d’avis que rien ne donnait à l’âme plus de tranquillité que l’abandon à Dieu.Elle avait fini par prendre l’habitude de ne plus parler d’un de ses projets sans ajouter: “S’il plaît à Dieu.” Ainsi elle écrit un jour à sa fille: “Si ma jambe est guérie après tant de maux et de chagrins, Dieu soit loué! si elle ne l’est pas, et qu’elle me force d’aller chercher du secours à Paris et d’y voir mon aimable fille, Dieu soit béni! Je regarde ainsi avec tranquillité ce qu’ordonne la Providence.” Que de lettres sur le spectacle du monde, sur le rôle de la Providence, seraient dignes d’être connues! Madame de Sévigné avait une âme réfléchie.Après avoir feuilleté beaucoup de livres, elle aimait à lire en soi.C’est par moments, un beau traité de philosophie grave, sérieuse, profonde, qu’elle nous offre, et dont certaines pages font songer à Bossuet.Si Madame de Sévigné est inimitable comme épistolière, elle est un modèle à notre portée au point de vue religieux; et vraiment presque toutes les femmes qu’on appelle “mondaines” aujourd’hui, y gagneraient à suivre son exemple.La messe chaque jour, le jeûne au temps voulu, des retraites fréquentes, le goût des lectures sérieuses, qui peut se vanter, dans le monde, de pratiquer pleinement ces belles choses, qui illuminent les âmes d’un rayon d’en haut ?.LA MÈRE Rien ne surpasse en Madame de Sévigné son titre et ses qualités de mère tendre et dévouée.Hélas! les femmes du monde prétendues parfaites, c’est-à-dire qui ont l’art consommé de saluer avec grâce et de plaire aux étrangers, sont assez nombreuses; les mères vraiment dignes de leurs subhmes fonctions, sont plus clair-semées dans les sociétés de tous les temps.Madame de Sévigné fut une mère modèle.La tâche auguste d’élever des enfants est d’ordinaire partagée entre les deux époux; Madame de Sévigné la remplit seule.Mariée à l’âge de dix-huit ans, elle resta veuve à l’âge de vingt-cinq ans, et fit dans la solitude l’éducation de son fils Charles et de sa fille Marguerite.Aucun plaisir du monde ou de la cour ne put l’arracher à ses devoirs de mère.Ils suffirent à remplir et à orner son existence; et malgré toutes les recherches dont elle fut l’objet, elle s’absorba tant et si bien dans son amour pour ses enfants, qu’elle n’éprouva aucun besoin d’autre affection.Le monde, les livres, ses amis, tout s’effaçait devant eux.“Je m’aperçois tous les jours, écrivait-elle, que les gros poissons mangent les petits.” Elle voulut faire de son fils un honnête homme et un chrétien.Malgré les dangers qui guettaient les jeunes seigneurs de cette époque, dangers auxquels il n’échappa pas toujours, il sut revenir au devoir chaque fois qu’il s’en était éloigné, grâce à l’amour profond que sa mère avait su lui inspirer.On a dit de lui qu’il avait l’esprit juste et droit, avec un cœur d’or.La lettre qu’il écrivit à sa sœur après la mort de cette mère bien-aimée, est une des pages les plus exquises qu’ait laissées le XVIIe siècle: désintéressement, simplicité parfaite, modestie sincère, tendresse d’âme, tout cela constitue un petit chef-d’œuvre presque unique pour l’époque.Mais quand on parle de Madame de Sévigné, c’est à son amour pour sa fille qu’on pense d’abord et surtout.Elle fit de Françoise-Marguerite, une jeune fille sérieuse, capable de renoncement, de sacrifice, et surtout absolument attachée à ses devoirs de conscience.Quand,devenue Madame de Grignan, elle dut se fixer en Provence, elle sut accepter courageusement l’éloignement de sa mère et des plaisirs de la cour.On sait que Joseph de Maistre la trouvait assez charmante pour dire: “Si j’avais à choisir entre la mère et la fille, j’épouserais la fille et puis je partirais pour recevoir les lettres de la mère.” Ces lettres sont des chefs-d’œuvre d’esprit, de naturel, de philosophie souvent, d’amour maternel toujours.On y lit toutes sortes de conseils qui montrent à quel point Madame de Sévigné garda toujours le grand souci des éducatrices: faire mieux chaque jour.Et cela, sur tous les sujets, depuis les recettes de cuisine, jusqu’aux plus hautes recettes de vie morale.Et quand Madame de Sévigné devint grand’mère, sa sollicitude maternelle renaît pour la formation complète de ses petits-enfants.Que de beaux fragments renfermant d’excellents conseils pédagogiques on pourrait extraire de sa correspondance!.Les manuels littéraires ne citent guère que des pages humoristiques ou des récits spirituels.On pourrait extraire des conseils exquis pour l’art de l’éducation.Elle dit par exemple à sa fille, qui n’a peut-être pas sa délicatesse de doigté pour manier les âmes: “Pensiez-vous donc, ma fille, que votre Pauline dût être parfaite?Elle n’est pas douce dans sa chambre ?Il y a bien des gens fort aimés, fort estimés qui ont eu ce défaut; je crois qu’il sera aisé de l’en corriger; mais gardez-vous surtout de vous accoutumer à la gronder et à l’humilier.” Un autre jour: “Pour Pauline, je crois que vous ne balancez pas entre le parti d’en faire quelque chose de bon ou quelque chose de mauvais.La supériorité de votre esprit vous fera suivre facilement la bonne route: tout vous convie d’en faire votre devoir: et 1 honneur, et la conscience et le pouvoir que vous avez en main.Quand je pense comme elle s’est corrigée en peu de temps pour vous plaire.cela vous rendra coupable de tout le bien qu’elle ne fera pas.” L'ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 795 Voilà comment elle parle de son petit-fils: “Monsieur le Chevalier est plus utile à ce petit garçon qu’on ne peut l’imaginer; il lui dit toujours les meilleures choses du monde sur les grosses cordes de l’honneiir et de la réputation.Il tâche de lui donner son esprit de règle et d’économie et de lui ôter un air de grand seigneur, de qvïimporte, d’ignorance, d’indifférence, qui conduit fort droit à toutes sortes d’injustices.” Madame de Sévigné fut comme on l’a dit, “une mère unique!’.Bien des fois même, on lui reprocha sa tendresse excessive.Elle écrit un jour, en parlant d’Arnauld d’Andilly—(un des solitaires de Port-Royal): “Il me gronda sérieusement; et transporté de zèle et d’amitié pour moi, il me dit que j’étais folle de ne pas songer à me convertir; que j’étais une jolie païenne, que je faisais de vous, une idole dans mon cœur.” Il nous revient en mémoire quelques-unes des formules si jolies où elle enveloppait sa tendresse: “La bise de Grignan me fait mal à votre poitrine.” “Adieu, ma chère enfant, l’unique passion de mon cœur, le plaisir et la douleur de ma vie.” “ .Conservez-vous, si vous voulez que je vive.” “Dès que j’ai reçu une lettre, j’en voudrais tout à l’heure une autre: je ne respire que d’en recevoir.” “Tout ce qui a rapport à vous de cent lieues loin, m’est plus agréable qu’autre chose.“Croyez que de tous ces cœurs où vous régnez si bien, il n’y en a point où vous soyez plus souveraine que dans le mien.” “ Adieu, chère comtesse, je pense à vous join- et nuit.Donnez-moi des moyens de vous servir pour amuser ma tendresse.” “Adieu, mon enfant; je vous embrase avec une tendresse infinie.” “Mes compliments, mes amitiés, mes caresses où elles doivent être; et pour vous, ma chère enfant, vous savez votre part, c’est moi tout entière.” Et nous pourrions continuer ainsi très longtemps; terminons en disant que cette tendresse incomparable n’a jamais nui à la clairvoyance et au franc parler de l’éducatrice, et que ce mélange de raison et de tendresse fait de Madame de Sévigné, une “mère unique”, gloire de la France et de la religion, digne petite-fille de notre grande sainte Jeanne de Chantal.Les Élèves-Institutrices du Cours supérieur, de VÉcole normale Marguerite-Bourgeoys, de Sherbrooke.LECTURE GÉOGRAPHIQUE Le jour et la nuit La Terre tourne devant le Soleil; en vingt-quatre heures, elle lui présente ses flancs, qui en reçoivent, à tour de rôle, leur part quotidienne de chaleur, de lumière et de vie.Pour un regard qui, des profondeurs de l’espace, embrasserait dans une même perspective la Terre et le Soleil, ce dernier apparaîtrait comme un globe énorme emplissant le ciel de ses effieuves lumineuses; la première, comme une humble boule à demi éclairée, à demi-obscure, tournant, respectueuse, devant la gloire de l’astre souverain.Un grain de sable pirouettant devant un gros boulet rouge de feu, telle est la Terre en face du Soleil.Pour nous, les apparences renversent ces rapports.La Terre, dont le volume semble au-dessus de toute comparaison, parce que, dans la faible partie accessible au regard, elle se montre à nous avec ses dimensions réelles, la Terre est réputée immobile sur son immense base; et le Soleil, amoindri par la distance, réduit à un disque étincelant, parcourt le ciel, pour ui distribuer ses rayons.Il monte à l’orient dans la brume matinale, il s’élève, toujours plus chaud, plus radieux jusqu’au sommet du ciel, où il arrive à midi; puis redescendant des hauteurs de la voûte céleste, il plonge à l’occident dans la pourpre du soir, pour continuer sa carrière dans l’autre moitié des cieux, réchauffer de nouvelles contrées et nous revenir le lendemain.Ce voyage apparent est chose toute simple, si l’on considère que la Terre, en tournant sur elle-même de l’ouest à l’est, dans l’intervalle de vingt-quatre heures, présente tour à tour à l’astre ses diverses régions, de telle sorte que chacune d’elles voit successivement le Soleil au bord oriental de 1 horizon, puis au sommet du ciel quand la rotation l’a amenée sous les feux directs de l’astre, plus tard enfin au bord occidental absolument comme si le Soleil lui-même tournait de l’est à l’ouest autour de la Terre immobile.Que la Terre pirouette d’occident en orient en face du Soleil, ou bien que le Soleil circule en sens inverse autour de la terre en repos, les résultats sont les mêmes; aussi, pour faciliter l’exposition est-il préférable de se conformer aux apparences.Nous 796 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE dirons donc que le Soleil tourne d’orient en occident, mais ne perdons pas de vue que c’est ici pure concession aux habitudes du langage.Evidemment, le Soleil ne peut éclairer à la fois que la moitié de la boule terrestre.Pour cette moitié, c’est \q jour; pour l’autre, c’est la nuit.A l’heure de midi, l’astre atteint le point le plus élevé de sa course par rapport au point de la terre d’où on le considère.Ainsi il est midi quand nous voyons le soleil le plus haut au-dessus de nous.J.-H.Fabre.LA VIE RURALE NE GASPILLEZ PAS LE PAIN Ne gaspillez pas le pain, petits enfants.Savez-vous ce qu’il a coûté de temps et de peine pour l’obtenir ! Il a fallu d’abord que le fermier laboure son champ, puis qu’il l’ensemence.L’été suivant seulement, on a pu faire la moisson.La machine à battre a séparé les petits grains de blé de la paille d’abord, puis de leur enveloppe.On a vendu le blé au meunier qui l’a transformé en farine, et enfin le boulanger avec cette farine a pu faire du pain.Mais ce pain ne se donne pas pour rien.Il a fallu que papa travaille beaucoup pour gagner de l’argent, et avec un peu de cet argent il achète du pain pour ses petits enfants.Une pauvre maman m’a raconté un jour qu’elle avait préparé une tartine de confiture pour sa petite fille, et voilà que cette petite fille se mit à manger seulement la confiture qui était dessus, et lorsqu’elle vit qu’on ne la regardait pas, elle jeta le pain derrière le buffet et on ne s’en aperçut que le lendemain matin.C’était une vilaine gourmande que cette petite fille ! Je pense bien qu’aucun d’entre vous ne serait tenté de l’imiter.Mais de plus, aussi, cette petite fille n’avait pas réfléchi à la valeur du pain.Il faut manger du pain parce que c’est nourrissant.Si l’on vous en avait trop donné un jour, ou que vous n’ayez pas faim, mettez ce qui reste soigneusement de côté, et bien proprement.Au repas suivant, vous pourrez l’achever, ou bien votre maman le mettra dans la soupe.Pensez encore qu’il y a bien des petits enfants auxquels leurs parents ne sont pas assez riches pour acheter du pain en quantité suffisante, et vous ne serez pas tenté de le gaspiller.Terre natale.LA CHANSON DU BLÉ Avant que l’hiver recommence La terre reçoit la semence, Dans les sillons à pleine main, Le semeur a versé le grain.Le grain travaille sans relâche, Nuit et jour il poursuit sa tâche; Il germe, il écarte sans bruit Un peu de terre jour et nuit.La terre enfin s’est entr’ouverte, L’épi montre sa tête verte, Il respire le beau temps, Le soleil et le printemps.L’été vient, l’épi blond se lève, Et le grain se gonfle de sève, Le vent balance dans les champs, Les blés alourdis et penchants.La faucille enfin les moissonne, Le fléau bat la gerbe; on donne Le froment pur au moulin, Et le blé se change en pain.Mlle Marie Kœnig. L'ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 797 LECTURE LITTÉRAIRE Les voix de la Ville éternelle LA VOIX DE DIEU La voix de Dieu, comme elle vibre à Rome, surtout lorsqu’on regarde celle-ci dans la lumière mystique ! Je ne tenterai pas de parler des chefs-d’œuvre de cette ville, dont tant d’écrivains et d’artistes compétents ont chanté les merveilles.(1) Je ne ferai que traduire quelques impressions personnelles recueilhes au cours de certains de mes pèlerinages, qui ont été plus particulièrement pour moi une voix de Dieu.Qu’on ne soit donc pas étonné si, en parlant de Saint-Pierre, par exemple, je passe sous silence la chaire, le tombeau des Papes, la statue de l’apôtre, où l’art resplendit.Je m’attacherai beaucoup plus à la Rome invisible qu’à la Rome visible, au fruit spirituel que l’on recueille, en écoutant les appels de Dieu qui jaillissent de certaines de ses beautés, plus qu’aux beautés elles-mêmes.“Il y a, à Rome, écrivait l’ambassadeur de France à M.de Talleyrand, un écho qui répète les secrets du monde entier.” Je me permetterai d’ajouter: il y a à Rome un écho qui répète les secrets de l’éternité.Si le golfe de Naples et le Lido de Venise sont des pays de rêve, tant au point de vue sites, qu’artistique, si Florence s’offre au regard du touriste comme un véritable bijou ciselé, si leurs attraits parlent éloquemment de l’Artiste incréé, à Rome, cependant, un sentiment autrement plus pénétrant vous envahit.Et si à Venise, Florence ou Naples, vous vous êtes contenté de regarder, d’admirer, mais comme en passant, dans la Ville éternelle une force supérieure vous arrête, et vous sentez que là, il faut faire une longue halte, il faut se recueillir, goûter, et surtout écouter.LA VOIX DU VATICAN Ma première visite est pour saint-Pierre.La coupole, blanche comme la neige, qui s’élance sous le ciel azuré, est déjà, à elle seule, un appel divin;.mais que dire lorsqu’on pénètre à l’intérieur de la Basilique! C’est une splendeur! Cependant, avant d’admirer cette profusion de marbre et de peinture qui éblouit le regard, on sent le besoin de tomber à genoux et de rester en silence.La beauté extérieure de cette église est moins pénétrante que la puissance spirituelle qui s’en dégage et vous force à plier les genoux.Ah! n’est-ce pas en ce lieu que l’âme chrétienne sent toute la puissance du catholicisme, en contemplant le centre illuminateur de toute la chrétienté ! A travers la coupole, les colonnes, les peintures, plane et retentit encore la parole de Jésus-Christ à Pierre, parole qui ne passera pas, parce qu’elle est éternelle: “Tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon Église, et les paroles de l’enfer ne prévaudront pas contre elle.Je te donnerai les clés du royaume des cieux, tout ce que tu délieras sur la terre sera délié dans le ciel.” Le royaume des cieux, comme on le sent planer sur le Vatican et sa Basilique! Comme la chaîne qui relie le visible à l’invisible, soudée par le Christ Jésus, apparaît au regard du visiteur chrétien, agenouillé sur les dalles, devant la Confession entourée de multiples lampes toujours allumées! Sous ces voûtes, l’âme contemple le phare éclairant tout homme venant en ce monde et qui se nomme le Vicaire du Christ, le Chef visible de son Église : Notre Saint Père le Pape, successeur de Pierre.Cette puissance spirituelle vous écrase, vous subjugue, et vous laisse dans le silence et le recueillement.G.Joannes, (Les Audiences divines).(1) Voir, par exemple, La Rome chrétienne de l’éminent historien, M.Georges Goyau, qui vient de paraître. 798 L'ENSEIGNEMENT PRIMAIRE CHANSON DES PETITS BOURGEONS 'poésie et M u si a o’e de.' F RA FtC l Ne- et s^* "VyLtrcitAaTir.y 1.f- «I " *P(ovut/u^-\n.^f irtru/i^i^u^wd/kdc'a ^ ^ ' fi I .i-«MrlhlHr sa £»i CûL )pSUSV&«LSy\AJ^^C&*tti4ts^ ({* /Û.L4 ÎE3ÊÊ «[, Agrjy ^UJL ^-tuu Co''A | : - ' t:>i.s.»F L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 799 Ile Couplet Ouvrez-vous, petits bourgeons, Soulevez les frêles housses, Qui cachent leurs jeunes pousses Captives dans vos cœurs blonds.Accordez-nous l’espérance De prochains jours d’abondance.Ouvrez-vous, petits bourgeons.Ille Couplet Cachez-vous, petits bourgeons, Puisqu’on ce monde, tout passe, Sans nul regret, faites place Aux feuilles et aux boutons.Belle est votre destinée : Vous renaîtrez chaque année, Bienheureux petits bourgeons.COMMENTAIRES Délicate mélodie, pleine d’une saveur printanière, faite pour les âmes de nos petits écohers.Le rythme en est bien simple ; la phrase doit être liée, car si on pique trop les mesures, à chaque temps de noires ou à chaque croche, ou si on en augmente la valeur par un point imaginaire qui nécessite l’emploi d’une double croche, tout le tempérament charmeur de cette petite pièce disparaît.On peut tomber facilement dans ce défaut.Habituons de suite l’enfance à comprendre les vocalises qui habillent une pensée.Les petits chants de Privas sont faits pour deux buts: savoir exprimer intelligemment un texte et adapter la phrase musicale pour en rendre le sens plus charmeur et plus intelligible.__ J.-E.Paquin, Professeur à l’École normale de Saint-Hyacinthe.LEÇONS D’ANGLAIS (D’après “La Méthode en Anglais” des Frères de L’Instruction chrétienne) HELPING MOTHER MAKE BREAD (2e partie, suite et fin) OA Ai.iwl k® i /.ri/1 il’-rr-.LcS' J : ËMwii !!5l< iiïSl ¦¦vz?.mmm CONVERSATION ON THE TEXT (1) Does Ann hope to succeed ?—Yes, Ann hopes to succeed.Does Ann want to succeed ?—Yes, Ann wants to succeed.Instead of wants, use another word.—She wishes to succeed.What does to succeed mean ?—To succeed means to have success.What success does she want to have ?—She wants to make a success of the bread she is making.What do you mean ?—She wants to make good bread.Who wants to make good bread ?Ann wants to make good bread.Who wants to succeed ?—Ann wants to succeed.What is Ann glad to do ?—Ann is glad to help her dear mother.(1) Voir VEnseignement primaire de mars et mai 1930: texte et vignette. 800 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE Who is glad to help her mother ?—Ann is glad to help her mother.Whom is Ann helping ?—Ann is helping her dear mother.Whose mother is Ann helping ?—Ann is helping her own mother.Instead of glad use another word.—Ann is pleased to help her dear mother.Do you help your mother at home ?—Yes, I help my mother at home.How do you help your mother ?—I help my mother in going to the store for her, in bringing wood or coal into the kitchen, in setting the table, sweeping the floor.Are you glad to help her ?—Yes, I am very glad to help her.Read the next two lines.So Ann does everything, her mother tells her.It is the first time she bakes bread.Who is making the bread ?—Ann is making the bread.Who usually makes the bread ?—Mrs.Brown usually makes the bread.Is Ann used to do it ?—No, Ann is not used to do it.Who tells Ann how to make the bread ?—Mrs.Brown tells Ann how to make the bread.Does Ann listen to her mother?—Yes, Ann listen to her mother.What does she do ?—She does everything her mother tells her.What does her mother tell her ?—Her mother tells her how to make the bread.And how does Ann follow her counsels ?—Ann does everything her mother tells her.Why does she do everything her mother tells her ?—She does everything her mother tells her because she wants to succeed.How many times has Ann made bread ?—Ann has never made bread.It is the first time she bakes bread.Who bakes bread for the first time ?—Ann bakes bread for the first time.What name do you give to one who bakes bread?—He who bakes bread is called a baker.What is a baker ?—A baker is a man or a woman who bakes bread.Who then is the baker at Mrs.Brown’s to-day ?—Ann is the baker at Mrs.Brown’s to-day.Who is usually the baker at Mrs.Brown’s ?—Mrs.Brown herself is usually the baker.Read the end of the lesson.Ann knows the bread is done when the crust is of a fine yellow brown.The crumb is white and full of holes.Hot bread smells good.Who knows when the bread is done ?—Ann knows when the bread is done.What does the expression “is done” mean ?—The expression “is done” means is well cooked, well baked.When is the bread well done ?—The bread is well done when the crust is of a fine yellow brown.How is the bread when the crust is of a fine yellow brown ?— When the crust is of a fine yellow brown, the bread is well done.What is the crust of the bread ?—The crust is the hard part of the bread.Is the crust inside or outside ?—The crust is outside.Do you know how the soft part of the bread is called?—No, we do not know how the soft part of the bread is called.Listen well.—The soft part of the bread is called crumb.Where is the crust formed ?—The crust is formed in the oven.What causes the crust ?—The heat of the oven forms the crust of the bread.Do you know how the bread is called before it is put into the oven ?—No, we do not know.It is called dough.Of what color is it?It is white.When it comes out of the oven, what is its color ?—When it comes out of the oven, it is of a fine yellow brown.How is the crumb ?—The crumb is white and full of holes.What is white?—The crumb is white.What is full of holes ?—The crumb is also full of holes.Is the crumb soft or hard ?—The crumb is soft.What is the hard part of the bread called ?—The hard part of the bread is called crust.Is the bread hot or cold when coming out of the oven ?—The bread is hot when it comes out of the oven.How does it smell ?—It smells good.Why does it smell good ?—It smells good because it is hot Is bread a good food?—Yes, bread is our best food.What is bread made of ?—Bread is made of flour.Where does the flour come from ?—The flour comes from the wheat Who gives us the wheat ?—God makes the wheat grow.We must therefore be thankful to God who thus furnishes the means to get our “daily bread”.Frère Anatolius-Louis, de V Instruction chrétienne. L'ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 801 ENSEIGNEMENT PRATIQUE INSTRUCTION RELIGIEUSE DU SACREMENT DE L’EUCHARISTIE.— LA DIVINE EUCHARISTIE EN ELLE-MÊME.1° Sa nature; — 2° sa préparation; — 3° son institution; — 4° son but; — 5° sa mystérieuse profondeur.1° Sa nature.— L’Eucharistie est le signe sensible qui contient réellement, véritablement, substantiellement, et d’une manière permanente, le corps, le sang, Lâme et la divinité de Notre-Seigneur Jésus-Christ, sous les espèces ou apparences du pain et du vin.Les éléments sensibles sont: A) avant la consécration: a) pour la matière, le pain de froment et le vin de vigne, rouge ou blanc; b) pour la/orme, les paroles: Ceci est mon corps, ceci est mon sang.—B) après la consécration, les apparences permanentes du pain et du vin dont la substance est changée en celle du corps et du sang de Notre-Seigneur Jésus-Christ C’est pourquoi cette opération mystérieuse et divine est appelée par l’Église catholique transsubstantiation, c’est-à-dire changement d’une substance dans une autre.L’Eucharistie peut être considérée: a) ou comme sacrifice de la loi évangélique procurant la grâce par voie de médiation; b) ou comme sacrement destiné à produire la grâce par voie de réception.2° Sa préparation.—L’Euchariste, comme le Rédempteur, a été: A) figurée: a) comme sacrifice par le sacrifice de Melchisédech, par l’immolation d’Isaac, par l’immolation de l’agneau pascal; b) comme sacrement par la manducation de l’agneau pascal, par la manne du désert, par les pains de proposition, par le pain du prophète Elie;—B) prédite par plusieurs prophètes, et en particulier par Zacharie et Malachie;—C) promise clairement par Notre-Seigneur Jésus-Christ: Je suis le Pain vivant descendu du ciel.Le pain que je donnerai, c’est ma chair pour la vie du monde.Ma chair est vraiment une nourriture et mon sang un breuvage.Celui qui mange de ce pain vivra éternellement.3° Son institution.—L’institution de l’Eucharistie est formellement décrite dans le saint Evangile.La veille de sa passion, après avoir mangé avec ses apôtres Y Agneau pascal, figure de l’Eucharistie, Notre-Seigneur procède à l’institution de la réalité.Il prend du pain, le bénit, le brise en morceaux et dit : Prenez et mangez-en tous; ceci est mon corps, qui est brisé pour vous.Il prend ensuite le calice où est le vin, le bénit et dit : Prenez et buvez-en tous: Ceci est le calice de mon sang, qui est versé pour vous.Il ajoute: Faites ceci en mémoire de moi.Evidemment, c’est Vexécution mystérieuse de sa promesse précédente, c’est son testament de mort qu’il fait; c’est sa personne divine qu’il laisse en héritage au monde chrétien sous les viles apparences d’une nourriture.4° Son but.—Au moyen de cette institution: a) Jésus-Christ perpétue et étend son incarnation: 1° en ce qu’il y trouve le moyen de demeurer constamment parmi les hommes dans le sacrement divin; 2° en ce que, après s’être uni une première fois à la nature humaine d’une manière générale au moyen de l’Incarnation, il s’unit spécialement à chacun de nous et nous fait, dans la sainte communion, une application particulière et personnelle de ce même mystère; b) Jésus-Christ renouvelle et perpétue le sacrifice de notre rédemption en s’offrant journellement lui-même sur l’autel pour nous en faire à chacun une application particulière et personnelle.c) Jésus-Christ nous a préparé une nourriture céleste et toute divine.5° Sa mystérieuse profondeur.—A la vérité, ce profond mystère confond toute la vaine sagesse et les idées de l’homme; humilie et déroute parfaitement son orgueilleuse raison; exige de lui le plus grand acte de foi divine.Mais c’est le msytère par eccellence de l’amour de Jésus-Christ pour les hommes, cet amour étant tout-puissant et infini: a) il n’est plus étonnant qu’il ait fait Y impossible en apparence et se soit ri de tous les obstacles à ses fins; b) cet amour suffit pour tout expliquer et répondre à toutes les difficultés; c) il doit rendre tout croyable, quelque incroyable qu’il paraisse à la raison humaine. 802 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE D’ailleurs, quelque incompréhensible qu’il soit, ce mystère ne renferme dans les formules qui l’expriment ni absurdité ni impossibilité absolue.D’après M.l’abbé Monnier, (Atlas de la doctrine catholique).LANGUE FRANÇAISE DICTÉES DE REVUE Ecole primaire élémentaire COURS INFÉRIEUR I La hache, la serpe, le rasoir, le couteau, les ciseaux, la faulx, le canif, la serpette sont des outils tranchants; la charrue, la bêche, la pioche, la serpe, la faulx servent aux travaux des champs.II Le charron manie le rabot, la varlope, la hache, le ciseau; le jardinier se sert de la pioche, de la bêche, du râteau, de la serpe; le serrurier emploie l’enclume, la lime, etc.III Il faut, pour se faire aimer, de la douceur et de la bonté; on est bon fils quand on respecte ses parents et qu’on leur est bien docile; on s’instruit par une grande attention et beaucoup de travail.IV LES JEUX En attendant l’heure de la classe, les élèves sont en récréation.On joue à des jeux divers: les petits garçons, aux barres, aux billes, à la toupie, aux quilles; les petites filles, au loto, à la corde, à la dînette, à la poupée, à la marelle, au volant.COURS MOYEN I LA VOIX DE LA CLOCHE Nous marchions en silence par les prés; les sons d’une cloche se firent entendre.Cette voix de la prière s’élevait calme et belle dans le calme et dans la beauté de la campagne; nous en fûmes émus comme si nous l’enten-tions pour la première fois.Que ne disent pas les cloches?A quelle pensée, à quel battement de nos cœurs n’ont-elles pas conformé leur langage ?Cependant c’est la même chose qu’elles disent toujours.Mais elles parlent de Dieu, elles invitent à le prier.Rien n’égalera jamais ni la profondeur ni la mélodie de ce poème que la cloche catholique chante partout à tous les cœurs; et le poète qui a fait cela n’a point de rival, non, pas même la mer et le vent ! Louis Veuillot.II BEAUTÉ ET UTILITÉ DE L’ARBRE Parmi les êtres d’ordre inférieur que nous voyons associés à la vie de l’homme, l’arbre peut être mis au premier rang.Par son origine, son développement, la variété multiple de ses dons; par les charmes qu’il nous offre; ajoutons, par la longue durée qui le classe dans la tradition et l’héritage, l’arbre n’est pas chose vulgaire ou seulement indifférente.L’homme qui plante un arbre en devient à la fois le père, le maître et l’éducateur.Il nous apparaît attentif à sa croissance, à son développement, à sa perfection.Il l’arrose, l’engraisse, l’émonde, le greffe et, le voyant enfin lui donner libéralement, Ou des fleurs au printemps, ou des fruits en autom-L’ombre, l’été; Thiver, les plaisirs du foyer, [ne, il compte pour rien ses peines et sa longue patience.III LE CHÊNE DE SAINT VINCENT DE PAUL Figure-toi un tronc vénérable, assez creux et assez large pour y établir un autel, comme L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 803 on l’a fait l’année dernière quand on y a dit la messe.Il ne tient plus au sol que par l’écorce sur la moitié de sa circonférence, car le reste a été dévoré par le temps.Encore la partie conservée est-elle déchirée par de larges fentes d’un effet admirable pour un peintre.Ce tronc vermoulu porte cependant des branches énormes qui s’étendent de tous côtés, qui se chargent d’un feuillage épais.On dit que chaque année l’arbre du saint est le premier à prendre ses feuilles; au mois de décembre il en garde encore beaucoup.Frédéric Ozanam, 1813-1853, Grand écrivain catholique français, professeur célèbre et fondateur de la Société de Saint-Vincent de Paul (1833) COURS SUPÉRIEUR I LE CIRQUE DE GAVARNIE (1) Quel poète a jamais conçu, quel architecte a jamais dessiné un sanctuaire semblable à celui que l’Éternel s’est bâti à lui-même au plus profond des Pyrénées dans un lieu où il n’était adoré que par des pâtres?On l’appelle le Cirque de Gavarnie.Mais plutôt qu’un cirque, représentez-vous l’abside d’un temple, taillée à pic dans les rochers hauts de deux mille quatre cents pieds.Quand nous arrivâmes en bas de ces murailles prodigieuses, des nuages rougis par le soleil couchant en voilaient le sommet, et flottaient comme une draperie.Puis quand le vent eut dissipé ces vapeurs, le faîte de l’édifice parut couronné des neiges éternelles sous le pavillon bleu du firmament.La voix des cascades gémissait comme une prière sans fin; s’il restait encore des athées, c’est ici que je voudrais les amener pour les voir tomber à genoux, terrassés et ravis.Frédéric Ozanam.II LES PLUS BEAUX INSECTES Les plus beaux insectes, ceux qui ont les couleurs les plus extraordinaires, ce sont les (1) Cette merveille se trouve dans les Hautes-Pyrénées, France.papillons.On les rencontre, en été, dans les sentiers étroits, dans les larges prairies, au bord des fleuves majestueux et sous l’ombrage épais des forêts.Leur vol est léger, rapide et doux.Ils passent vite, rouges, gris, noirs jaunes et blancs - ils rasent, gais et nonchalants, la touffe d’herbe aux bouts tremblants.Ils sont portés par le vent léger, ainsi que la feuille par l’onde, au-dessus du ruisseau qui court; leur vol est somnolent et court.Sur les fougères des grands prés et les genêts aux gousses noires, sur les coquelicots pourprés, ils frémissent tout effarés, éblouissants comme des moires.III QUÉBEC EN 1665 Québec, qui venait de recevoir le nom de “ville”, présentait, en 1665, un aspect des plus pittoresques: “ses édifices religieux en assez grand nombre et de belles dimensions; le château Saint-Louis assis comme par enchantement au-dessus du port; les soixante et dix maisons pierrotées des Français, groupées de distance en distance sur le haut du vieux rocher; tout était de nature à prévenir favorablement l’étranger.Ajoutons à cela les arbres séculaires qui ombrageaient en tout lieu les habitations des Français, et le wigwam solitaire qui, perché çà et là, mêlait ses grâces sauvages à la variété du tableau” (1).IV MONTRÉAL EN 1749 Montréal est la seconde ville du Canada.Elle est passablement bien fortifiée, et entourée d’un mur élevé et épais.A l’est, elle est protégée par la rivière Saint-Laurent (2), et sur tous les autres points par un fossé profond, rempli d’eau, qui défend les habitants contre tout danger d’une incursion soudaine des troupes de l’ennemi.Quelques maisons dans la ville sont bâties en pierre; la plupart le sont en bois de charpente, mais très élégamment construites.Les maisons de première classe ont une porte donnant sur la rue, avec un siège de chaque côté de la porte, où l’on vient s’asseoir pour causer et (1) Annales des Ursulines de Québec.(2) Le fleuve. 804 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE se récréer matin et soir.Les rues principales sont droites, larges et coupées à angles droits par les petites rues.Il y en a qui sont pavées, mais c’est l’exception.La ville a de nombreuses portes; à l’est, du côté de la rivière, on en compte cinq, deux grandes et trois petites; et sur l’autre côté il y en a pareillement plusieurs.Kalm (1) Page citée par M.Ernest Gagnon, dans le Fort et le Château Saint-Louis.(l) Kalm, voyageur suédois, qui visita le Canada en 1749.Ecole primaire complémentaire i LA VUE Les bienfaits de la vue sont immenses.Depuis que l’homme réfléchit sur ses facultés et sur son organisation, il n’a jamais cessé de célébrer les services que l’œil lui rend.“Précieux comme la prunelle des yeux”, dit-il, lorsqu’il veut marquer le prix inestimable d’un objet.—Grâce à la vue, de la place quelconque où il se trouve, il embrasse tout ce qui l’entoure.S’il est en présence d’un horizon libre, il atteint du regard de vastes lointains sur la terre ; dû côté du ciel, il plonge à des profondeurs infinies.A une distance, qu’il sait de bonne heure déterminer, il aperçoit non seulement les couleurs, mais aussi la forme des corps, et calcule les intervalles qui les séparent.—De là, dans ses actes, une précision étonnante.L’œil dirige avec justesse la main de l’ouvrière appliquée à de fins ouvrages : celle de l’artisan dans tous les métiers; le tir de l’artilleur ou du fusillier, et le saut du chasseur qui bondit d’un pied sûr, d’une roche à l’autre, par-dessus l’abîme.—C’est à la science qu’il appartient de décrire l’appareil visuel et de donner une idée vraie des harmonies par lesquelles l’œil, sous la direction de l’intelligence, centuple nos puissances et corrige ses propres défauts.La vue est un des dons les plus précieux que Dieu nous ait fait.Nous ne devons donc nous en servir que pour le glorifier et remplir nos devoirs envers Lui, envers nous-même et envers notre prochain.II amour de l’étude Au siècle denier, vivait à Nancy un enfant qui montrait pour l’étude un instinct des plus précoces.Ses parents, pauvres boulangers, témoins de son application toute volontaire, lui permirent, avec l’âge, de fréquenter les écoles, mais sans rien lui épargner des devoirs et des gênes de leur maison.Rentré du collège, il lui fallait porter le pain chez les clients ; puis, il étudiait, se tenant dans la chambre commune avec tous les siens; il devait subir dans ses oreilles et dans son esprit les inconvénients d’une perpétuelle distraction.Le soir, on éteignait la lumière de bonne heure, par économie, et le pauvre écolier devenait ce qu’il pouvait, heureux lorsque la lune favorisait par un éclat plus vif la prolongation de sa veillée.On le voyait profiter ardemment de ces rares occasions.Dès les deux heures du matin, quelquefois plus tôt, il était debout; c’était le temps où les travaux domestiques recommençaient à l a lueur d’une seule et mauvaise lampe.Il reprenait aussi le sien; mais la lampe infidèle, éteinte avant le jour, ne tardait pas de lui manquer de nouveau; alors il s’approchait du four ouvert et enflammé, et continuait à ce rude soleil la lecture de ses auteurs favoris.Cet étudiant pauvre s’appelait Drouot; il devint dans la suite aide de camp et ami intime et fidèle de Napoléon 1er; c’est une des plus brillantes gloires de France.D’après Lacordaire.III LE LEVER DU SOLEIL On le voit s’annoncer de loin par les traits de feu qu’il lance au devant de lui.L’incendie augmente, l’Orient paraît tout en flammes; à leur éclat on attend l’astre longtemps avant qu’il se montre; à chaque instant on croit le voir paraître, on le voit enfin.Un point brillant part comme un éclair et remplit aussitôt tout l’espace; le voile de ténèbres s’efface et tombe.L’homme reconnaît son séjour et le trouve embelli.La verdure a pris, pendant la nuit, une vigueur nouvelle; le jour naissant qui l’éclaire, les premiers rayons qui la dorent, la montrent couverte d’un brillant réseau de rosée, qui réfléchit à l’œil la lumière et les couleurs.Les oiseaux en chœur se réunissent et saluent de concert le père de la vie; en ce moment, pas un seul ne se tait; leur gazouille- L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 805 ment, faible encore, est plus lent et plus doux que dans le reste de la journée; il se sent de la langueur d’un paisible réveil.Le concours de tous ces objets porte aux sens une impression de fraîcheur, qui semble vouloir pénétrer jusqu’à l’âme.Il y a là une demi-heure d’enchantement auquel nul homme ne résiste; un spectacle si grand, si beau, si délicieux, n’en laisse aucun de sang-froid.J.-J.Rousseau.Note.—Malgré un talent littéraire remarquable, Jean-Jacques Rousseau, fut un piètre éducateur.Ses fausses doctrines ont engendré la Révolution française.IV LE RÔLE DE l’ÉGLISE CATHOLIQUE AU CANADA, D’APRÈS L’HISTORIEN AMÉRICAIN, FRANCIS PARKMAN Une grande force se dresse en pleine lumière dans l’histoire du Canada: l’Église de Rome.Plus encore que le pouvoir royal, elle forma le caractère et prépara les destinées de la colonie.Elle fut sa nourrice et presque sa mère, et tout obstinée et absolue cju’elle était (1), elle ne rompit jamais les liens de la foi qui l’attachaient à elle.Ce furent ces liens qui, en l’absence de franchises politiques, constituèrent, sous l’ancien régime, _ la seule cohérence vitale dans la population.^ Le gouvernement royal était passager, l’Église était permanente.La conquête anglaise brisa d’un seul coup tout l’organisme de l’adininistration civile, mais elle ne toucha pas à l’Église.Gouverneurs, intendants, conseils et commandants, tous étaient partis; les principaux seigneurs s’étaient éloignés de la colonie, et un peuple non accoutumé à vivre sans contrôle et sans assistance fut subitement abandonné à sa propre initiative.La confusion, sinon l’anarchie, s’en serait suivie, n’eussent été les curés, {parish priests) qui, dans un caractère de double paternité, mi-spirituelle, mi-temporelle, devinrent plus que jamais les gardiens de l’ordre par tout le Canada.Francis Parkman.Traduit et reproduit par M.Ernest Gagnon, dans son Fort et Château Saint-Louis.(1) Ne pas oublier que Parkman était protestant.V LA FEUILLE D’ÉRABLE Vois la jolie feuille d’érable, attachée à cette branche flexible, et que berce mollement la brise légère du printemps.Elle vient à peine de naître, et déjà elle montre avec orgueil la ligne capricieuse de son contour, échancrée avec grâce et symétrie; sur sa surface lisse et -verdoyante, on découvre des milliers de filets blancs qui s’entre-croisent en tous sens, et portent jusqu’à l’extrémité de chaque dent aiguë, la sève bienfaisante qui doit y contenir la vie et la fraîcheur.Plus tard, la feuille verra se tarir cette source vivifiante; mais, avant de mourir, elle jettera un éclat beaucoup plus vif et se revêtira de la parure riche et brillante d’une rose délicate.Il en est de même de ta jeune âme, ô mon enfant; si tu la tiens constamment soumise aux enseignements de notre mère commune, la sainte Église, elle sera toujours fraîche et innocente, et, lorsque le terme de tes jours approchera, elle jettera autour d’elle le vif éclat des vertus et des bonnes œuvres.La feuille d’érable est aussi l’emblème du peuple canadien-français.ENSEIGNEMENT MÉNAGER DICTÉE LES FRUITS SECS ET CUITS Les fruits secs, bons à cuire sont les pruneaux, les pommes et les abricots.Les pruneaux sont les plus communément employés.Les pommes coupées en tranches minces et les abricots de Californie sont moins usités et ils constituent cependant un aliment fort agréable.Avant de faire cuire les uns ou les autres de ces fruits, on les met tremper dans l’eau tiède pendant trois ou quatre heures.Ensuite on les égoutte.On les met bien égouttés dans une casserole avec de l’eau tiède, juste assez pour qu’ils soient couverts, du sucre et un petit morceau de vanille.On laisse cuire à petit feu, en ayant soin d’ajouter de l’eau tiède à mesure que celle de la cuisson diminue.Les fruits sont assez cuits lorsqu’ils se laissent pénétrer facilement par une fourchette avec laquelle on les pique.Au-delà de ce degré de cuisson, ils tombent en marmelade.En cet état, ils ne sont pas mauvais, mais sont bien moins présentables. 806 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE Les fruits cuits sont bienfaisants pour la santé.Ils conviennent surtout aux personnes de tempérament échauffé.Mais on en doit manger peu, parce qu’ils sont un peu lourds à la digestion.RÉCITATIONS POUR LA DISTRIBU-BUTION DES PRIX ÉCOLE PRIMAIRE ÉLÉMENTAIRE LE CHANT DES OISEAUX Que chantez-vous, petits oiseaux ?Je vous regarde et vous écoute.C’est Dieu qui vous a faits si beaux, Vous le chantez sans doute.Son nom vous anime en ces bois : Vous n’en célébrez jamais d’autre, Faut-il que mon ingrate voix N’imite pas la vôtre ?Vos airs si tendres et si doux Lui rendent tous les jours hommage, Je le bénis bien moins que vous Et je lui dois davantage.NOTRE PATRIE EST BELLE Enfants, le ciel, le ciel sur nos campagnes A déployé de bien vives couleurs: Sur nos lacs bleus, sur nos vertes montagnes, Le ciel a mis ses plus riches splendeurs.Soit que la neige à nos bois étincelle, Soit que l’été rayonne sur nos bords, Oh! la patrie, oui, la patrie est belle! O Canada!—je t’aime avec transports! L’abbé A.Gingras.LA SAINT-JEAN-BAPTISTE En ce grand jour, honorons la patrie, De nos héros, décorons le cercueil; Chantons ces preux qui donnèrent leur vie Pour le pays, notre amour, notre orgueil.Fier Duvernay, digne fils de la France, Comme toi nous serons forts de nos droits; Nous défendrons toujours sans défaillance Nos libertés, notre langue et nos lois.J.-B.Caquette.GLOIRE A JACQUES CARTIER O Cartier, gloire à toi; l’œuvre de ton génie Était sublime, et ton Dieu l’a bénie En récompense de ta foi: Ce grain de sénevé de l’œuvre évangélique Va produire un arbre magnifique! O Cartier, gloire à toi! A.-B.Routhier.ÉCOLE PRIMAIRE COMPLÉMENTAIRE SONNET NOS CROIX (Pour VEnseignement primaire) Nos pères n’eurent pas leurs noms sur parchemin; Ils peinaient, attendant la divine assistance, Dans le sillon nouveau trouvaient leur subsistance, Et ne divisaient pas l’humble graine de cumin.En leurs cantons ruraux, sur le bord du chemin, Ils ont planté partout, sans honte ni jactance, De grandes croix de bois, de distance en distance, Et semé, tout auprès, la rose et le jasmin.Ces croix, elles sont là : nul vent ne les renverse.Ni cruelle saison, ni science perverse [crês.Ne sauraient, grâce à Dieu, mordre leurs bras sa- Quand on passe devant, sans rougir on salue.Chez nous, bons campagnards à l’âme résolue, Patriotisme et foi sont fortement ancrés.Pamphile LeMat, Mai 1898.Note.—Notre sympathique poète du terroir composa jadis pour [’Enseignement primairele joli sonnet ci-dessus.Dans la liste de nos collaborateurs publiée dans la livraison de janvier, le nom de feu Pamphile LeMay n’apparaît pas.Nous réparons aujourd’hui cette omission bien involontaire.LE SEMEUR C’est le moment crépusculaire.J’admire, assis sous un portail, Ce reste de jour dont s’éclaire La dernière heure du travail.Dans les terres, de nuit baignées, Je contemple, ému, les haillons D’un vieillard qui jette à poignées La moisson future aux sillons.Sa haute silhouette noire Domine les profonds labours.On sent à quel point il doit croire A la fuite utile des jours.Il marche dans la plaine immense, Va, vient, lance la graine au loin, Rouvre sa main, et recommence.Et je médite, obscur témoin, Pendant que, déployant ses voiles, L’ombre où se mêle une rumeur, Semble élargir, jusqu’aux étoiles Le geste auguste du semeur.Victor Hugo.SECTION MÉNAGÈRE UNE SAINTE Chère défunte, pure image Au miroir des neiges d’antan, Petite vieille au doux visage ! L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 807 Petite vieille au cœur battant Des allégresses du courage, Petite vieille au cœur d’enfant! Auguste mère de ma mère, O blanche aïeule, morte un soir D’avoir vécu la vie amère! Figure d’âme douce à voir Parmi l’azur et la lumière Où monte l’aile de l’espoir! Beauté que nul pinceau n’a peinte! Humble héroïne du devoir, Qui dans le Seigneur t’es éteinte ! Je t’invoque comme une sainte.De “Patrie intime”.Nehée Beauchemin.LE ROUET Le vieux rouet bruni qu’habille la poussière Dans un coin de la chambre a sommeillé longtemps.Mais, me penchant sur lui,dans l’ombre, je l’entends Me parler du passé, d’une voix tendre et fière.Il rappelle les jours où ma vieille grand’mère, L’aïeule au front serein, nimbé de cheveux blancs, Tout en filant chantait pour les petits enfants, Ou murmurait tout bas les mots d’une prière.J’écoute avec amour ce langage si doux.Et je suis près, parfois, de me mettre à genoux En retenant mon souffle afin de mieux entendre.Je voudrais te garder à jamais sous mon toit, Ami des anciens jours, témoin fidèle et tendre, C’est tout le passé qui vibre et chante en toi!.Millicent.MATHEMATIQUES ARITHMÉTIQUE, ALGÈBRE ET MESURAGE Avertissement.—Afin de donner à cette partie de la revue un caractère vraiment pratique, nous avons cru devoir nous enfermer strictement, pour le choix des problèmes, dans le cadre tracé par la “Répartition mensuelle du programme” préparé par MM.Miller et Brionne et recommandée par le Surintendant de l’Instruction publique pour toutes les écoles primaires de la province.Les exercices proposés dans chaque livraison ont un double but: 1.Fournir régulièrement aux instituteurs et aux institutrices, pour la récapitulation qu’ils ne doivent pas manquer de faire à la fin de chaque mois, quelques problèmes qui les aideront à s’assurer si leurs élèves progressent normalement; 2.Guider les aspirants et les aspirantes aux deux brevets du Bureau central en leur faisant étudier chaque mois, quelques-uns des problèmes les plus importants du programme de chacune des sections du cours complémentaire.COURS INFÉRIEUR (lcre année) 1.Soustractions à faire expliquer: Poulets Moutons 22 62 -17 -54 Vaches Porcs 42 92 -26 -75 808 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 2.Posez et effectuez les soustractions suivantes: 32-18 82-43 62-24 72-65 Exemple: 32 -18 3.Un fermier récolte 84 minots de blé.reste-t-il ?(2e année) Il en vend 24.Combien lui en 1.Mes volailles m’ont donné en moyenne 2 douzaines d'œufs par jour pendant chacun des jours du mois de mai.Quelle est la valeur de ces œufs à 35 sous la douzaine ?2.En 8 semaines, un ouvrier a gagné $192.Combien gagne-t-il par jour, s'il a travaillé 6 jours par semaine ?COURS MOYEN (3e année) 1.Les f d’une terre sont en prairies, -g- est en pâturage, ^ en avoine et le l’este en cultures diverses.Si cette dernière partie égale 15 arpents, quelle est la superficie de la terre ?Solution : ^ 1 3 1 8 l 1 l 1 _44-3 + 6 'e'S- 18” fl ~ if =ff =15 arpents l_ _ JJ5 e|.JJ3 _ 1 5X 1 8 _ - T8—5-^T8- —5-— = 54 arp.Réy.2.425 minots d’avoine ont été vendus $185.30.Que paierait-on au même prix, pour 1548 minots ?Solution : Si 425 m.coûtent $185.30 1 m.coûtera 185.30 425 et 1548 m.coûteront —^yj2°5x 15 +8.= $674.93.Rép.(4e année) 1.Un cultivateur a une pièce de terre argileuse de 12 arpents de long sur 1+2 arpent de large.Il décide d’y mettre de la chaux afin delà réchauffer et de l’ameublir.Quelle quantité de chaux lui faudra-t-il s’il emploie 15 minots à l’arpent ?Et quelle sera la dépense à $0.45 le minot ?Solution : La superficie = 12X IR?= 18 arp.Quantité: 15X18=270 m.Dépense: $0.45 X 270 = $121.50.Rép. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 809 COURS SUPÉRIEUR (5e année) 1.En travaillant 8M heures par jour, un homme peut faire un ouvrage en lOf jours.Combien de jours prendrait-il, s’il ne travaillait que 7^- par jour ?Solution : Lorsqu’il travaille 8U4 h.par jour, il prend 102/s j.( ( C C C( 10MX8K 10^X8^ 7 H 1 h.7^3 h.8 3 10%x8M = ^X-^_X JL =12 j.Rép.7y3 3 * n 2 2.Le 5 janvier 1930, j’ai emprunté $250 au taux de 43^% par année.Quel était le montant dû au 5 avril 1930 ?Solution : L’intérêt pour 1 an = $250X .045 = $11.25 Du 5 janvier au 5 avril, il y a 90 jours.L’intérêt pour 90j.= -1-1 = $2.77.Montant: $250.+$2.77 = $252.77.Pép.(6e année) 1.Un cultivateur assure ses propriétés pour les de leur valeur al)A% et paye une prime annuelle de $183.Trouvez la valeur de ses propriétés.Solution : 1^4% de l’assurance =$183.100% “ =X.83^Xioo = S1464() ^4 des propriétés =14640 i “ =1,16.10X4.»-§19520.Rép.2.Ln marchand marque ses marchandises 25% au dessus du prix coûtant.Quel escompte peut-il accorder s’il désire faire cependant un profit de 10% ?Solution : Soit $100.le prix coûtant.Alors $125.le prix marqué, et $110.le prix de vente.$125 - $110.= $15.l’escompte à enlever.Sur $125, il ôte $15.Sur $100.“ ?' J+jX+on =$i2.12%.SECTIONS AGRICOLE, COMMERCIALE, MÉNAGÈRE (7e année) Arithmétique 1.Simplifiez l’expression suivante: (3i-23+)-f-|-def 2L3 (/L+M) xm 810 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE Solution : 3^ - 2}4=2^- •§ = "2~06~~ ='6 5 pj p _3_ — 1 5 — 5 T 6u^8""48“"16 = -§• X = |- Valeur du numérateur.2%^- (K + M) =2%-=-M=fXf =-^-.Dénominateur.3 f-¥M x A_ 32 4 Mxf=t 3 I 1 _ 2 1 + 5 _ 2 6 5^~ 7 ~ 3 5 3 5' Rép.N.-B.—Bien tenir compte de la valeur ou de la force conventionnelle des signes.Faire d’abord les opérations indiquées par “de”, puis celles qui sont indiquées par X ou-r- dans Tordre où elles se présentent, puis en dernier lieu celles qui sont marquées par + ou—dans Tordre où elles se présentent.S’il y a des parenthèses, trouver d’abord la valeur de ces parenthèses en observant les règles du paragraphe précédent.2.Un ouvrage peut être fait en 15 jours par 18 hommes ?Us y travaillent pendant 5 jours et alors 6 hommes se retirent.Les autres continuent seuls jusqu’à la fin du douzième jour.Combien d’hommes faudra-t-il alors ajouter, si Ton veut que Touvrage soit terminé à la fin du quinzième jour?Solution: 18 h.en 1 jour fontet 1 h.en 1 jour fait g-fo Les 18 h.en 5 jours font ou -g-.Pendant les 7 jours suivants, les 12 h.qui restent font 2TôX12X7=tf La partie faite alors 154V~~ — Il reste à faire tf - ff = Ü en 3 j°urs ou TWs en 1 j°ur-Puisqu’un hom.fait -^tô Par iour> ^ faudra autant d’hommes que o-y-Q est contenu de fois dans y1^- 2 °u 16 x =32 hommes.135 37 u i Nombre d’hommes à ajouter : 32 - 12 = 20.Rép.MESURAGE (Voir section industrielle) (8e année) A rithmétique 1.Un marchand envoie à son agent une somme de 86150, avec instructions de déduire sa commission à 21-2% et d’employer le reste pour acheter de la farine à $6.00 le baril.Combien le marchand devra-t-il vendre cette farine le baril pour gagner 15% sur le prix de revient, s’il a paye $250.pour le fret et les assurances ? L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 811 Solution : $6150-h 1.025 = $6000., achat.$6000-f-$6.00 = 1000 barils.$6150+$250.= $6,400., prix de revient.$6400.X 15% =$960., bénéfice désiré.$6400.+$960.= $7600.Prix de vente.$7360.-4-1000 = $7.36.Rép.2.L’escompte d’une somme pour un an au taux de 7% a été de $35.Quel aurait été, au même taux, l’escompte pour 2 ans: 1° s’il s’agit de l’escompte en dehors; 2° s’il s’agit de l’escompte en dedans?Solution: 1er cas: L’escompte aurait été tout simplement deux fois plus grand, c.-à-d.$70.Rép.2e cas: Voici comment il faut procéder: $35.4-.07 = $500.Valeur actuelle.$500.+$35.= $535.Valeur nominale.Le taux pour deux ans serait 14% et l’escompte : -$5 3151x414 = $65.70.Rép.MESURAGE (Voir section industrielle) SECTION INDUSTRIELLE (7e ANNEE) Mesurage 1.La figure ABCD est un quadrilatère dans lequel les angles ABC et CDA sont droits.Trouvez-en la superficie en acres, si AB égale 36 chaînes.BC.77 chaînes, et CD.68 chaînes.Solution : V362+ 772 = 85, hypothénuse AC.V852 - 682 = 51, côté AD.—6 2 7 7 = 1386, superficie du triangle ABC.= 1734, “ “ ADC.3120 superficie totale en chaînes.3120^-10 = 312acres.Rép.2.Un silo cylindrique a 9 pieds de diamètre et 28 pieds de hauteur.Quel sera, en tonnes, le poids de son contenu, si la matière ensilée pèse 40 Ibs au pied cube ?Solution : Volume = 92X .7854X28 = 1781.28 pi.eu.Poids du contenu = -1-7-8i Q =35.62 tonnes.Rép.Algèbre 1.Trouvez les facteurs de: 1°) 4 a2 - 9b2-, 2°) a2 - (6 + c)2; 3° a2 - z2 - 2xy - y2 812 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE Solutions: 1° 4a2 - 9b2 — (2a + 36) (2a - 36).Rép.2° a2 - (6+c)2= (a + 6+c) (a-b-c).Rép.3° a2 - x2 - 2xy - y2 = a2 - {x2-\-2jXy -\-y2) = (a+x+î/) (a - x - y).2.Un nombre de trois chiffres égale 25 fois la somme de ces chiffres.Le chiffre des dizaines égale 4 de plus que celui des centaines, et quand on renverse le nombre, on obtient un nouveau nombre qui égale 198 de plus.Quel est ce nombre ?Solvtion : Soit x le chiffre des centaines, y celui des dizaines et z celui des unités.On a, comme équations: 1) 100x + 10;y+z = 25x + 25?/ + 25z ou 75x - Iby - 24z = 0 ou 25x - 5?/ - 8z = 0 (1) 2) y - x=A.3) 100z+l(h/+x = 100x + Kh/+z + 198 ou 99z-99x = 198 ou z - x = 2 (3) Éliminons y entre la 1ère et la 2e équation: 1) 25x - 5?/ - 8z = 0 — 5x + 5iy.= 20 /f) 20x - 8z = 20 Eliminons x entre (3) et (4) : 4) 20x - 8z = 20 3) - 20x+20z = 40 12z = 60; d’où z = 5.Portant cette valeur dans (3), on a: 5 - x = 2; d’où x = 3.Remplaçant x et z par leur valeur dans (1), on a: 75 - 5?/- 40 = 0; d’où ?/= 7.Rép.375.(8e année) Mesurage 1.Le diamètre intérieur d’un anneau cylindrique est de 18 pouces et son •diamètre extérieur est de 30 pouces.Trouvez-en la surface et le volume.Solution: L’anneau cylindrique doit être considéré comme un cylindre recourbé qui, une fois redressé, aurait pour base une section transversale de la partie solide de l’anneau et pour hauteur la circonférence moyenne de l’anneau.La surface égale: cire, de la section X cire, moyenne.Le volume égale: surf, de la section X cire, moyenne.Epaisseur ou diamètre de la section = 3 ° 2 ^ = 6.Diamètre moyen de l’anneau = 18 +-§-+-f = 24.Surface demandée = 6X3.1416X 24 X 3.1416 = 1421.22.Rép.Volume demandé = 62X0.7854X24X3.1416 =2131.83.Rép. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 813 ALGÈBRE 1.Pendant combien d’années fandra-t-il payer une annuité de $932.45 pour amortir un emprunt de $16,000., l’intérêt composé étant à 5% ?Solution : Il faut trouver n dans la formule de l’amortissement complet: on a: C (l+r)ri = a iIqu Cr (l+r)n = a (1+r)71 - a.ou Gr (1 +r)n - a (1 +r)n = - a.ou a (1 +r)n - Cr (1 Tr)" = a.ou (a - Cr) (l+r)?l = a ou(l+r)” = -î>- ou n log.(1 +r) = log.a - log.(a - Cr) ou enfin n = log.a - log (a - Cr) log.(1+r) Appliquons cette formule: n — log- 932-45-log-(932-45 - 16000-X.Q5) _ log.9 3 2-45 - log- 132 -45 log.1.05 log.1-05 n- 2-96962- 2-12202 — 0-84760 — /tn oT-l
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