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Titre :
L'enseignement primaire : journal d'éducation et d'instruction
Éditeur :
  • Québec :[L'enseignement primaire],1881-1956
Contenu spécifique :
Mars
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
autre
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • École primaire (Lévis, Québec)
  • Successeur :
  • Instruction publique
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L'enseignement primaire : journal d'éducation et d'instruction, 1931-03, Collections de BAnQ.

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52e Vol.Québec, Mars 1931 N° 7 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE ÉDUCATION — INSTRUCTION PEDAGOGIE LE CENTENAIRE DU PREMIER MANUEL D’AGRICULTURE EN LANGUE FRANÇAISE ET A L’USAGE DES ECOLES PUBLIÉ AU CANADA La leçon d’un vieux livre Sou ventes fois, au cours des nombreuses soirées du travail aimé que je consacre à la rédaction de VEnseignement primaire, je me repose un instant en tirant avec respect des rayons de ma bibliothèque un livre de classe d’autrefois que je feuillette avec émotion.En cette veillée du 26 janvier 1931, mon regard a rencontré, sur la tablette de mes vieux livres, le titre d’un ouvrage depuis longtemps oublié, sauf d’une élite de bibliophiles, et qui nous rappelle qu’il y a un siècle, l’enseignement de l’agriculture préoccupait les éducateurs du Bas-Canada, aujourd’hui Province de Québec.Voici ce titre, que je reproduis avec sa disposition typographique: TRAITÉ d’AGRICULTURE adapté au climat du Bas-Canada Rédigé par Jos.-Frs.Perreault, pour l’usage des établissements d’éducation dans les CAMPAGNES Québec: Imprimé par Fréchette & Cie, No 11, Rue La Montagne 1831 Sur la couverture de l’exemplaire que je possède (1), on lit ce qui suit, écrit de la main de l’auteur, âgé alors de 78 ans: Présenté à M.J.Neilson, président de la Société de VAgriculture de Québec, par l’auteur Soussigné ce 8 octobre 1831.Joseph-François Perrault compte parmi les plus illustres bienfaiteurs de l’éducation en notre province.Né à Québec en 1753, il y décéda en 1844.Il occupa avec distinction le poste de Protonotaire pendant de nombreuses années.(1) Don de M.le notaire Cyrille Tessier, de Québec, qui est entré dans sa 96e année, le 10 février dernier. 418 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE Il fut aussi un agronome-amateur qui faisait autorité: "‘Il fonda des fermes-modèles qu’il faisait fonctionner d’une manière exemplaire (1)” Il établit deux écoles élémentaires à Québec, écoles dites mutuelles, et fonctionnant d’après le système Lancaster.C’est dans l’une de ces écoles, celle de garçons, que Thistorien Carneau fit ses études primaires (2).Perrault a publié plusieurs ouvrages élémentaires sur l’histoire du Canada, l’éducation élémentaire (Cours d’éducation) (3), l’agriculture, etc., etc.Parmi les ouvrages de Perrault sur l’agriculture, son Traité d’Agriculture adapté au climat du Bas-Canada est celui qui mérite le plus d’être sauvé de l’oubli.Parlant de cet ouvrage, Maximilien Bibaud, dans le Panthéon Canadien, dit: “Les livres de M.Perrault laissent beaucoup à désirer sous le rapport de la pureté et de la correction du langage.Il paraît cependant qu’il faut faire une exception pour son traité de la grande et de la petite culture (4), couronné par la Société d’horticulture de New-York, car le savant Pascalis dit dans son rapport: “Il paraît tirer la philosophie de son art d’une grande expérience; il enseigne une pratique judicieuse et une théorie saine.Il traite son sujet avec une charmante simplicité; il joint une méthode claire à une telle pureté de langage que son ouvrage mérite d’être mis au rang des livres classiques.” Le savant Pascalis se montra-t-il trop indulgent, c’est possible.Il faut admettre, néanmoins, que le style du Traité d’Agriculture est de beaucoup supérieur à celui des autres manuels de Perrault.En 1931, le problème de Vécole rurale est plus que jamais à l’“ordre du jour”.Éducateurs, journalistes et nombre de profanes émettent des théories assez variées sur “l’enseignement de l’agriculture à l’école de la campagne”.Il est donc intéressant de rappeler ce qu’un grand ami de l’éducatio^ qui fut en même temps un agronome distingué, pensait de cette question et ce qu’il suggéra à ce sujet il y a cent ans aux dirigeants de son époque.La première partie du Traité (5) débute par une lettre de l’auteur Aux Membres de la Société d’Agriculture du Bas-Canada: cette lettre sert d’introduction au traité; Voici comment M.Perrault trace son plan d’éducation rurale: “Je diviserai ce traité en deux parties, le petite et la grande culture.“La petite, ou le potager, devrait être, suivant moi, enseignée aux élèves dans les écoles élémentaires de paroisses, et la grande, dans les collèges ou séminaires de comtés.A cette fin il devrait être annexé à chaque école de paroisses un terrain de deux à quatre arpents, et aux collèges ou séminaires de comtés une terre de soixante à quatre-vingt-dix arpents, que les instituteurs feraient cultiver aussi par les élèves, aux heures prescrites et d’après la manière ci-après indiquée.Par ce moyen on parviendrait dans peu à introduire dans le pays une culture uniforme, judicieuse et lucrative.“Je commencerai par la petite culture ou potager, dont je m’occupe depuis prés de vingt ans, avec succès, dans le faubourg St-Louis de Québec, à l’Asile Champêtre, ma demeure actuelle.” (6) Il indique ensuite les conditions requises pour établir un potager sur le terrain de l’école.Puis il décrit le plan dudit jardin et entre dans des détails techniques concernant la culture de toutes les spécialités horticoles.A la suite (1) Meilleuk.—Mémorial de l'Éducation du Bas-Canada, seconde édition, p.293.(2) Voir les notes que j’ai publiées sur Perrault dans VEnseignement primaire de juin 1898, page 552 et février 1914, page 323.(3) Voir dans Y Enseignement primaire de janvier 1922, page 273, le centenaire de la publication du Cours d Education élémentaire.(4) Le Traité d’Agriculture comprend deux petits volumes: le premier traite de la petite culture et est destiné aux “écoles élémentaires de paroisses”; le second {Traité d'Agriculture pratique) a été rédigé pour “les collèges ou séminaires de comtés”.(5) Ce traité a été publié en deux petits volumes, l’un traitant de la Petite culture (58 pages) et 1 autre de la Grande et Moyenne Culture (156 pages, plus VII pages pour la Table des matières).(6) Voir un plan et une description de l’Asile Champêtre dans VEnseignement primaire de janvier 1917. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 419 de cette démonstration, Perrault énumère les travaux pratiques qui doivent être faits chaque mois, de janvier à décembre, sans omettre juillet et août.Un chapitre intéressant de la première partie du Traité, c’est celui des “Règlements généraux”.Nous le citons en entier: RÈGLEMENTS GENERAUX Admission.—Tous garçons, depuis l’âge de six ans jusqu’à douze, seront admis dans les écoles élémentaires des campagnes, sur un mandat d’un des syndics, qui mentionnera le nom et surnom de l’enfant, son âge, le temps qu’il doit faire et le prix que ses parents doivent payer annuellement, afin que le maître l’inscrive dans le livre qu’il doit tenir des élèves qui lui sont confiés.Appel.—L’appel des.élèves se fera matin et soir, et leur présence, ou absence, sera notée.Heure d’École.—L’École commencera le matin, à neuf heures, et finira à midi.Elle s’ouvrira, l’après-midi, à deux heures, et finira à cinq heures, le printemps et l’été, et à quatre heures l’automne et l’hiver, à moins que les élèves ne soient employés à quelques travaux.Diner.—Il sera permis aux enfants qui auront apporté leur diner, de le manger dans la salle de récréation.Prières.—La prière se fera le matin, en français, avant l’ouverture de l’école, ou le commencement du travail, et l’après-midi, en latin, aussitôt l’école ou le travail finis.Catéchisme.—Tous les samedis, l’après-midi, on fera le catéchisme, au lieu de l’école, à moins que les travaux du dehors ne pressent.Dimanches.—Tous les élèves seront tenus d’assister aux offices de l’église paroissiale et au catéchisme.Il serait à désirer qu’il leur fût désigné un endroit particulier, où ils se tiendraient, et où le maître veillerait à leur bon comportement.Confession.—Le maître dispensera les élèves de venir à l’école le jour qui sera fixé pour la confession, à moins que monsieur le curé n’ordonne qu’elle aura lieu à l’école même.Communion.—Ils seront aussi exempts d’y venir lors des exercices pour la première communion.Certificat.—Tout élève qui aura fait le cours entier d’éducation élémentaire, mentionné dans ce traité, aura droit d’avoir du maître un certificat, qui le constatera, et certifiera en même temps s’il a été fait avec diligence et succès, et si l’élève a été docile et honnête.Cours d’Éducation.—Le cours d’éducation élémentaire dans les campagnes sera conforme, soit à celui des garçons, soit à celui des filles, dans les écoles établies dans le faubourg St-Louis par M.Perrault.Le cours d’éducation ci-dessus mentionné, est celui-lâ même que M.Perrault publia en 1822, sous le titre de Cours d’Éducation élémentaire à l’usage de l’École gratuite établie dans la cité de Québec en 1821.Ce manuel, outre des directions d’ordre disciplinaire, renferme un programme détaillé pour l’enseignement de la lecture, de l’écriture, de l’arithmétique et de la grammaire.A la suite des règlements que nous venons de citer, viennent des graphiques ou plans indiquant la situation de l’école, son installation intérieure, la disposition des dépendances et la distribution des différentes cultures dans le potager.La première partie du Traité (petite culture) traite en détail du jardin potager ou légumier.L’auteur indique aussi, mois par mois, douze mois durant, ce qui doit être fait à l'école au point de vue pratique.Ici, que l’on veuille bien se rappeler que les garçons devaient être admis à l’école élémentaire rurale, d’après le paragraphe premier de l’article ci-dessus, “depuis l’âge de six ans jusqu’à douze ans”.Voyons ce que Perrault exigeait des enfants de cet âge en janvier, par exemple: Janvier.—Comme on ne peut jardiner durant ce mois, la terre en Canada étant couverte de neige et souvent gelée à plusieurs pieds de profondeur, il faudra commencer à dresser et corroyer les bois que l’on a tirés de la forêt le mois précédent; les faire sécher en les exposant à l’entour et au-dessus du poêle, jusqu’à ce qu’ils soient en état d’être travaillés.La maître se procurera un ouvrier entendu pour tracer et faire faire par les élèves les instruments de jardinage, dont on a coutume de faire usage dans le pays, comme des brouettes par les uns, des boyards et des hottes par les autres; des échelles, des râteaux, des fourches, par les moins adroits; des manches de haches, de pioches, de bêches et de casse-têtes par ceux-ci et ceux-là; et par quelques-uns, des cribles pour sasserla terre, des vans pour nettoyer les graines, et des claies et des 420 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE paillassons pour couvrir les plants; enfin les plus petits des élèves ébrancheront et affileront les rames pour les pois et les fèves; feront des plantoirs, des rouleaux pour entortiller les cordeaux et des paniers d’osier ou de saule.On choisira les plus adroits pour faire des sabots, des pelles, pour jeter les neiges et des berlines pour les charroyer à bras.En février on continue les travaux commencés en janvier.Puis, vers le 15 mars, “il faudra pelleter et charroyer la neige amoncelée sur le terrain destiné à établir les couches, ce que les élèves exécuteront, avec alacrité, au moyen des pelles et des berlines qu’ils traîneront eux-mêmes; aussitôt la neige enlevée on leur fera faire le travail indiqué au chapitre “Couches chaudes”.Il est fort possible que les petits garçons ào,6 à 12 ans témoignassent moins d’alacriték tirer les berlines chargées de neige comme paraît le croire M.Perrault, qui semble s’être peu soucié de la force physique des garçons de “6 à 12 ans”.Perrault fait défiler ainsi tous les mois de l’année, juillet et août compris, chaque mois imposant une tâche manuelle très lourde et pour le maître et pour les petits garçons de 6 à 12 ans.Aussi le projet Perrault ne put être mis en pratique, malgré la bonne intention de l’auteur, qui ignorait que l’école primaire élémentaire ne peut être transformée en école technique ou spéciale.Néanmoins, l’idée d’apprendre aux petits garçons de la campagne, l’âge venu, des métiers utiles aux cultivateurs, n’est-elle pas excellente ?La première partie du Traité se termine par des graphiques ou planches représentant “la distribution d’un terrain d’un arpent de large sur deux de long, avec, une maison d’école élémentaire en campagne, ses dépendances et un jardin potager”.Tout est décrit avec soin : cave, intérieur de l’école, planches du jardin.La seconde partie du Traité d’Agriculture, traite de la “moyenne et grande culture” et était destinée “aux séminaires ou collèges de comtés”, qui devaient être pourvus d’une terre de soixante à quatre-vingt-dix arpents.Les élèves de ces institutions devaient être pensionnaires et un peu plus âgés, nécessairement, que ceux de l’école élémentaire.Voici les règlements proposés par Perrault pour la régie de ces écoles que l’on nommerait aujourd’hui Écoles moyennes ou Écoles régionales à’agncxàturQ: RÈGLEMENTS POUR LES COLLÈGES DE CAMPAGNE Réveil }/2-—Le réveil tous les jours de l’année sera à cinq heures du matin et il sera accordé une demi-heure pour que chacun puisse s’habiller, faire son lit, arranger ses hardes et vider son pot.Prière —Du dortoir les élèves descendront dans la salle de récréation, où se fera la prière qui durera un quart d’heure.Déjeuner J4-—Le quart d’heure suivant sera employé à servir le déjeuner par les moniteurs et leurs assistants, ce déjeuner consistera en une tasse de lait bouilli, et un morceau de pain et ne durera qu’un quart d’heure.Pansement des animaux pj.—Il sera alloué une demi-heure aux élèves destinés à soigner les animaux, à traire les vaches et enlever les fumiers, un autre parti de jeunes gens sera employé à la laiterie et à balayer les appartements du Collège.Lavage des mains —Le quart d’heure suivant sera donné à ceux qui auront été ainsi em- ployés à se laver le visage et les mains, à se peigner et à brosser leurs hardes et souliers.Lecture pj-—-A sept heures tous monteront dans la salle d’étude (à moins qu’ils n’aillent à quelque travail du dehors) où le maître fera une lecture et explication sur quelque partie théorique de l’économie rurale, en commençant par le premier chapitre du traité d’Agriculture pratique, laquelle lecture durera une demi-heure.Copier pj.—La demi-heure suivante sera donnée aux élèves pour copier sur dictée, partie de cette lecture sur les ardoises.Corriger Yi.—Le maître et les moniteurs prendront une demi-heure pour corriger.Mettre au net Y-—H sera alloué aux élèves une demi-heure pour mettre au net, sur un cahier, la dictée corrigée.Travail 2 heures.—L’étude finie, une partie des élèves sera envoyée travailler au champ, ou au jardin, selon la saison, ou à jeter les neiges, l’hiver, à scier, fendre et arranger le bois, un autre L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 421 .partie sera employée à l’attelier, pendant deux heures, d’après la force et capacité des dits élèves qui seront classés plutôt d’après leurs facultés physiques que morales.Préparatifs 3d>.—Les élèves auront une demi-heure les uns pour soigner les animaux, les autres pour dresser la table et servir le diner.Diner —A midi sonnant les élèves se mettront à table, mangeront de la soupe, du bouilli, du pain, des patates et autres légumes pendant une demi-heure.Récréation 1 heure.—-A la suite de quoi ils auront une heure de récréation.Étude 34—Le temps de la récréation écoulé, s’il n’y a pas de travail pressant au dehors, ils monteront dans la salle d’étude, où le maître leur fera une lecture et explication de quelque partie du traité de la médecine vétérinaire, en commençant par le premier chapitre et ce pendant une demi-heure.Dictée^-—La demi-heure suivante sera employée à leur dicter et leur faire écrire sur les ardoises partie de cette lecture pendant une demi-heure.Correction 34—Le maître et moniteur corrigeront pendant une demi-heure.Mettre au net 34—Les élèves seront employés pendant une demi-heure à mettre au net sur un cahier ce qui aura été ainsi dicté et corrigé.Travail 2 heures.—Après quoi ils seront envoyés par brigades aux travaux du dehors et à l’atelier pendant deux heures seulement, à moins d’une grande urgence.Service 34—De retour au collège les élèves destinés à soigner les animaux, à tirer les vaches, à servir la table auront une demi-heure pour le faire.Souper 1 heure.—A 6 heures et demie tous souperont, avec du lait soit chaud, soit froid, ou avec de la bouillie tantôt de farine d’avoine, tantôt de celle de blé-d’Inde, de sarrasin, avec du pain ou des patates.Récréation 1 heure.—Le repas fini à sept heures tous se rendront à la salle de récréation pour y prendre leurs débats pendant une heure, ou dans l’avant cour.Prière 34—-A huit heures la prière se fera dans la salle d’étude qui durera une demi-heure.Coucher 4-—La prière faite les élèves se rendront au dortoir, où ils auront une demi-heure pour se déshabiller et se coucher, de sorte qu’à neuf heures ils seront tous au lit.On observera le silence le plus profond dans le dortoir, chacun se déshabillera monté dans son lit.Admission.—On ne doit admettre dans ces collèges que les jeunes garçons qui auront fait un cours complet dans les écoles élémentaires, âgés au moins de douze ans, soit comme pensionnaires, demi-pension ou externes.Conditions.—Les pères de famille conviendront du prix des aspirants, avec les syndics ou administrateurs des collèges, pour la pension des élèves, soit en argent, soit en denrées.Fournitures.—Les pensionnaires devront avoir deux vêtements complets, savoir: deux chemises, deux paires de bas, deux gilets, deux paires de culottes, deux paires de souliers, deux cravates, deux bonnets, deux serviettes, deux paires de drap, deux couvertes, un oreiller, un matelat ou paillasse piquée, un couteau, une fourhctte, une cuiller, un gobelet, une assiette creuse et une plate, une tasse et une soucoupe, le tout renfermé dans un petit coffre fermant en clef, dans lequel chacun aura aussi une brosse, un peigne, des aiguilles, du fil, des ciseaux pour se raccommoder au besoin.Ce projet de “séminaires” ou “collèges” agricoles, ce que plusieurs réclament aujourd’hui sous le titre d’“école moyenne” ou “école régionale” d’agriculture, pour y recevoir les garçons de la campagne au sortir de l’école primaire, fait honneur à M.Joseph-François Perreault.Ce bon patriote fut un précurseur, et à cent ans de distance, son projet d’école rurale servant de lendemain à l’école primaire mérite d’être étudié et adapté aux besoins de notre époque.Si, faute de connaissance suffisante de pédagogie, M.Perreault s’était trompé sur le but de l’école élémentaire (enfants de 6 à 12 ans), au point de vouloir la transformer en école spéciale, il avait vu juste en suggérant de créer dans différentes régions, à la campagne, des écoles moyennes où les garçons pourraient, au sortir de l’école élémentaire, faire des études pratiques d’agriculture sur une ferme, en même temps qu’ils recevraient quelques leçons sur les matières classiques.Le centenaire de la publication du premier traité d’agriculture à l’usage des écoles méritait d’être souligné et le nom de son auteur proposé à l’admiration de la génération présente.C.-J.Magnan. 422 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE L’ÉDUCATION PROFESSIONNELLE DANS NOS ÉCOLES NORMALES (Pour Y Enseignement primaire) Deuxième partie 0) Et puisque cette affirmation est faite, prouvons-en de suite la véracité, surtout pour celles qui se destinent à l’enseignement et qui doivent connaître parfaitement les enfants qu’elles sont appelées à former et à élever.C’est d’abord la conscience qui nous avertit de tout ce qui se passe en nous au point qu’aucun phénomène psychologique ne doit échapper à l’esprit observateur d’une bonne maîtresse.En ce sens Descartes avait raison de dire que le monde de l’âme est plus facile à connaître que le monde des corps.Mais n’oublions pas, dans nos directions psycho-pédagogiques à nos normaliennes, que les données de la conscience spontanée sont souvent imprécises et mêlées d’éléments hétérogènes: pour se mieux connaître, il faut les convaincre qu’elles doivent avoir recours à la réflexion par laquelle elles se regarderont et s’écouteront vivre, en quelque sorte.La conscience réfléchie elle-même ne leur donnerait que des garanties insuffisantes sur la valeur scientifique de leurs expériences internes, si elles ne les contrôlaient pas par l’observation externe.La normalienne peut se faire le jugement suivant: “De ce que j’ai remarqué en moi tel ou tel phénomène psychologique, je n’ai pas le droit de l’ériger en loi générale de l’âme humaine, avant de m’être assurée qu’il m’est commun avec les reste de l’humanité”.Et l’influence du professeur de pédagogie agira ici en cela que cette nouvelle expérience sera facilitée soit par l’observation de ses compagnes ou de ses semblables, soit par un commerce habituel de la vie, soit par l’étude attentive de l’histoire de la pédagogie, soit par la consultation de l’expérience pratique des plus éminents pédagogues.D’aucuns poseront ici une objection: Est-il vrai que l’expérimentation, à l’Ecole normale, soit possible en psychologie ?Nous répondrons par cette citation de Rabier (Leçons de Psychologie, pp.47) : “Il ne le semble pas tout d’abord, car les phénomènes spirituels ne sont pas accessibles et maniables comme un gaz ou un liquide.On ne peut se les procurer à volonté, comme de l’électricité ou de la vapeur; on ne peut les dissocier non plus comme on dissocie les nerfs des muscles, par dissection.Cependant l’expérimentation n’est pas interdite au psychologue, loin de là, car on peut agir directement sur l’âme humaine pour y susciter des phénomènes et cela de plusieurs façons.Quand nous donnons des conseils à quelqu’un, nous tâchons d’agir sur son âme et de la modifier dans un sens déterminé.Le législateur fait des expériences pour le psychologue lorsqu’il éprouve tel ou tel mode de répression, d’intimidation ou de correction: ainsi le pédagogue.” Et la pédagogie en général n’offre-t-elle pas un champ immense à des expérimentations de toute nature (importance et dangers de l’émulation, utlité des leçons de choses, procédé de l’abstrait au concret ou inversement, etc.).Mais ce sont là, dira-t-on, des expériences encore vagues.Oh ! des expérimentations plus précises sont possibles aussi.En effet, bien des espèces de phénomènes psychologiques dépendent directement de phénomènes physiologiques avec lesquels ils forment des couples indissolubles.Donc, en agissant sur le corps, dans des conditions définies, pour y provoquer des phénomènes physiologiques déterminés, nous suscitons dans l’âme par contrecoup des phénomènes psychologiques déterminés.Si en opérant un aveugle atteint de cataracte congéniale on lui donne tout à coup des sensations visuelles, on reconnaît quelle est la nature de ces sensations, avant qu’elles se soient agglutinées par association, avec des sensations d’origine différente; de même, à l’école, une maîtresse connaissant les principes de l’éducation physique appuyée sur des notions de physiologie, d’hygiène et d’anatomie, en faisant varier les conditions ordinaires des sensations visuelles, parviendra à découvrir, pour le bénéfice de ses élèves, pour en écarter les dangers du surmenage par l’écart des sens, quels sont les indices particuliers à l’aide (1) Voir VEnseignement primaire de février 1931. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 423 desquels elle pourra déterminer dans quel milieu propre la vue de l’enfant appréciera la distance convenable pour bien suivre au tableau noir ou écouter les explications orales tout autant que le relief que celui-ci pourra saisir directement.Concluons qu’une science qui donne la connaissance de soi-même, de ce qu’il est et de ce qu’il peut, qui lui dévoile jusque dans ses plus profonds replis l’âme des autres si complexe et si mystérieuse, une telle science utile et nécessaire à tous, l’est plus conséquemment à la normalienne.Quand il s’agit de l’éducatrice, ce n’est trop dire aux maîtres de la jeunesse, quels qu’ils soient: la psychologie est nécessaire, indispensable même.En effet, si l’éducation n’est autre chose que le développement harmonieux des facultés humaines, comment travailler efficacement à ce développement lorsqu’on ignore les facultés de l’âme, leur jeu naturel et leurs différentes fins ?Conçoit-on un médecin qui voudrait exercer son art avant d’avoir demandé à l’anatomie les secrets du corps ?Or, qu’on ne s’y trompe pas, la psychologie est à l’esprit ce que l’anatomie est à la matière, et l’une est aussi indispensable à l’éducatrice que l’autre l’est au médecin.Sans doute le psychologue, si expérimenté soit-il, ne saurait prétendre dans ses investigations à la même rapidité et à la même sûreté qu’un habile praticien du corps, mais quelle joie supérieure pour lui lorsqu’il a pu saisir et pénétrer à fond, à force de recherches patientes, même par de longs tâtonnements, l’âme humaine, l’âme du petit enfant, “cette chose ondoyante et diverse” comme dit Montaigne.L’on conçoit déjà toute la formation professionnelle qui s’accomplit dans la troisième année de l’École normale.Cette formation professionnelle converge bien vers le but de toute éducation : le devoir, et nos normaliennes, comprenant ce noble but, essaient de le mieux comprendre, de toutes leurs forces et dans la hiérarchie et l’étendue de tous leurs devoirs de normaliennes, tendant à s’élever elles-mêmes pour bien élever les autres ensuite.C’est tout le but de la fondation des Écoles normales: l’Éducation de l’enfant, la grande, la nécessaire, la difficile assistance.Il faut, dit Spencer, un long apprentissage pour arriver à faire un soulier, à bâtir une maison, à manœuvrer un navire, à conduire une locomotive.Croit-on que le développement corporel et intellectuel du cher enfant de nos écoles primaires soit chose comparativement si simple, que la première personne venue puisse y présider sans aucune étude préalable ?Plusieurs le croient encore, et justement pour cette raison, le Conseil de l’Instruction publique a jugé opportun d’aiouter à la troisième année de nos Écoles normales, une quatrième année de perfectionnement professionnel pédagogique.Et comme le caractère de l’enseignement pédagogique dans ce nouveau cours est à base de philosophie catholique, les normaliennes qui ont fait le stage des trois années précédentes s’y trouvent naturellement préparées.J’ai dit tantôt que plus d’un encore croient que l’éducation professionnelle des futures institutrices n’a pas besoin d’être portée à un si haut niveau.Ils le croient, ces parents et ces collaborateurs qui abordent la plus difficile des œuvrse, sans souci des principes rationnels et essentiels d’éducation, et de l’accord nécessaire entre tous les éducateurs d’un enfant sur ces mêmes principes.Ils le croient ceux qui négligent de faire, au cours de toute éducation, la part de la science de l’éducation.Ils le croient surtout ceux qui doutent encore de la nécessité d’une éducation professionnelle pour les maîtres et les maîtresses eux-mêmes.Ils le croient, ou agissent comme s’ils le croyaient, les uns et les autres, tout en admettant volontiers la nécessité de l’éducation professionnelle pour la généralité des autres professions.Comment s’expliquer tout cela?Une telle contradiction trouve son explication dans l’indifférence, l’ignorance, et aussi dans une opinion courante irréfléchie d’après laquelle la valeur personnelle des éducateurs, l’expérience et surtout les aptitudes naturelles qui dictent ou doivent dicter leur vocation suppléent à tout, et que rien ne peut y suppléer.Or, les éducateurs ne sont pas tous richement doués, et des considérations secondaires en engagent presque autant que la vocation dans les œuvres d’éducation.Mais seraient-ils ou seraient-elles tous entraînés par une vocation déterminée que l’éducation professionnelle leur serait encore nécessaire.Et les membres distingués et avisés du Conseil de l’Instruction publique, plus que quiconque, en comprennent la nécessité et la valeur, et telle est la raison principale de l’organisation d’une quatrième année complémentaire aux trois années régulières du stage normalien.Étudions donc la direction qu’il faut donner à l’enseignement de la pédagogie aux élèves de cette quatrième année.Disons que cette préparation professionnelle au moyen de la pédagogie 424 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE s’édifiera par une étude plus analysée de la psychologie et par une compréhension plus parfaite de la philosophie catholique.Attachons-nous plus particulièrement à cette science parfaite qu’est la philosophie, dont d’ailleurs les élèves de troisème année reçurent des notions fort appréciables.Il n’est plus permis, de nos iours, de regarder les éléments de philosophie comme déplacés dans l’éducation d’une jeune institutrice: c’est vieux jeu de dire maintenant que la philosophie est réservée aux femmes savantes ou aux originales.Ils appartiennent, ces éléments, de droit à toute éducation catholique vraiment sérieuse et le besoin s’en fera de plus en plus sentir.Il ne s’agit pas seulement, à l’école, d’instruire l’enfant, mais il faut que l’institutrice contrebalance l’impulsion irréfléchie qui pousse à vivre au jour le jour en ne songeant qu’au plaisir: or les éléments de la philosophie chrétienne lui faciliteront son travail d’éducation scolaire et post-scolaire en lui apportant réponse aux problèmes qui se posent en face des esprits sérieux à mesure qu’ils se développent.Une préparation professionnelle pédagogique sans psychologie et philosophie, c’est une préparation à peu près manquée, car l’expérience montre, lorsque cet enseignement a fait partie d’un plan d’études, que l’ensemble y gagne en fermeté et en cohésion.Dans toute l’éducation normalienne, les principes entrevus deviennent la base sur laquelle s’appuient avec sûreté toutes les études antérieures et ultérieures, de sorte que chaque branche sera, non isolée, mais unie aux autres par le tronc auquel elle se rattachera et dans lequel elle puisera force et vie.A l’Ecole normale, la valeur des études philosophiques n’est pas moindre au point de vue de l’observation des devoirs de chaque jour: elles soudent, en quelque sorte, l’étude de la religion et la conduite de la vie, unifiant merveilleusement les moyens d’action et de défense, dans la meilleure sagesse de ce monde et de l’autre.Par exemple, les rapports entre la foi et la raison étant bien établis, la crainte instinctive de les trouver en opposition, qui jette le désarroi dans un si grand nombre d’âmes d’éducateurs et de chrétiens, tombera d’elle-même.Ce sera une grande puissance dans ce travail si important de l’éducation intégrale de l’enfance.Une objection surgit ici, qu’il faut absolument démolir.Les jeunes filles, au début de ces études, courent le risque de poser comme “étudiantes en philosophie”, de parler logique et métaphysique à la confusion de leurs amis et aussi à la leur quand, plus tard, elles comprendront la vanité de ce sot étalage de science: elles passeront par une période de manie d’argumentation, accablant de leur dédain philosophique tous ceux qui ne se sentent aucun goût à “distinguer des majeures, concéder des mineures et nier des conclusions”.Telle est l’objection.Répondons qu’elle aura vite son terme, cette phase orgueilleuse: le ridicule en apparaîtra vite et il en sera sans doute la plus salutaire expiation.Viendra vite, à l’École normale, sous une direction discrète et avisée, la persuasion que cette prétendue science, cause d’un tel éblouissement, ne consiste au fond qu’en humbles rudiments.Les caractères pondérés échappent d’ailleurs à cette période épineuse.Pour un bon professeur de pédagogie, ceci ne compte pas, car il peut, sous le rapport intellectuel, assez facilement diviser ses jeunes élèves en trois groupes.1° Les “SANS-SOUCI” qui aiment à folâtrer, prennent les plaisirs de la vie comme ils viennent: “plus y en a, mieux cela vaut”, et qu’il est presqu’impossible de faire réfléchir.Les sentiments produisent en elles des impressions peu profondes et qui ne durent pas, le raisonnement les touche à peine.Le seul côté difficile, dans leur formation, c’est qu’on a sur elles peu de prise: leur jeu cependant n’est pas dissimulé et elles proclament avec candeur leur résolution de prendre la vie du côté le plus gai.Cette disposition est à la fois dans l’intelligence et dans la volonté.Chez elles, la philosophie agira directement sur ces deux facultés pour les redresser et leur mettre plus de plomb sous l’aile, et cela sans les contraindre, car leur tendance n’est pas de résister, mais d’échapper.Le sens de la responsabilité manque à ces natures qui ne se sentent retenues par aucun lien, quoique la piété ne leur fasse pas défaut: elles en ont sans doute reçu des touches dans les années d’enfance, mais des touches plutôt que des fondements, touches vagues et affaiblies qui ne leur apportent pas l’énergie nécessaire pour répondre aux appels du devoir; c’est une piété sans racines, comme une religion sans sacrifice.Que faire pour leur éducation, si l’on veut que leur rôle d’éducatrice devienne bienfaisant ?Il faut agir constamment sur leur volonté, s’aidant de bonnes notions de morale qui auront pour effet de planter dans ces esprits légers le glaive acéré du remords; il faut leur communiquer un esprit de L’ENSEIGNEMENT PEIMAIKE 425 piété plus véritable et mieux compris.Ces élèves peuvent s’étourdir en pensant que Dieu pardonne facilement tôt ou tard: ce qu’elles ne pourront pas oublier jamais, si on le veut, c’est la loi qu’on peut imprimer dans leur âme, au plus profond de leur âme, de la responsabilité personnelle de ses actes, de l’inévitable châtiment qui atteint le coupable et de l’obligation où il se trouve de payer sa dette jusqu’à la dernière obole.La mission de l’éducatrice a assez de responsabilité pour qu’elles en connaisse toute la pesante obligation.Léon XIII disait que la responsabilité, une fois comprise, est une ressource suprême d’éducation et le moyen presqu’infaillible de conversion dans la direction de certaines facultés faussées.L’esthétique peut même avoir une heureuse influence sur cette catégorie de normaliennes qui ne sont point sans ressources, on le voit.Elle serait même un préventif, si les études étaient suffisamment poussées pour mettre en rehef les grandes lois de l’ordre et du bien.En contemplant et en admirant un idéal élevé et noble, elles sentiraient un regret salutaire s’emparer d’elles et leur reprocher l’horizon vulgaire qui borne alors leur existence.Est-ce que la philosophie n’est pas un merveilleux moyen d’éducation apportant à l’entraînement pédagogique de nos normahennes le plus riche complément d’éducation intégrale?Leurs élèves plus tard pourront-ils en souffrir ?(à suivre) J.-E.Faquin, 'professeur.DES IDIOTISMES Ce sont des manières de dire, des tours de phrase, des assemblages de mots, irréguliers et tellement propres (idioï) à une langue qu’ils n’ont pas d’équivalence littérale dans une autre langue.Par exemple, en français: il ij a.Chaque langue a les siens: la langue française a ses gallicismes, la langue anglaises, ses anglicismes, l’allemande, ses germanismes, etc.Et plus une langue possède d’idiotismes, plus elle est riche, toutes choses égales d’ailleurs.Car, ce qui donne à un idiome sa valeur, c’est son originalité.Celle-ci, sans doute, a d’autres sources, mais elle est due, en grande partie, à ces locutions intraduisibles et pleines d’une saveur du crû, qui reflètent la personnalité d’un peuple, son histoire, son caractère, son esprit, ses mœurs.Par parenthèses, on voit idiotisme n’est pas synonyme d’idiotie, et qu’un écrivain dont le langage est semé d’idiotismes est loin d’être un idiot! Les gallicismes sont nombreux.Certaines œuvres littéraires, d’entre les plus belles, en sont émaillées, telles les fables de La Fontaine.Comment se sont formés ces gallicismes ?d’où sont-ils venus ?Dans quelques-uns, on retrace d’anciennes tournures latines.D’autres, le plus grand nombre, sans doute, et les plus caractéristiques, sont sortis du parler populaire, comme le fonds originel de la langue.C’est dans la bouche du peuple que se triturent les vocables et se tournent les locutions inverses et elliptiques.Le peuple n’a point souci de la grammaire, qu’il ignore, mais il a un esprit naturel et une vive imagination.L’incorrection est son fait; le pittoresque aussi.Sa vie, ses besoins, son travail, son horizon familier, lui fournissent les éléments de son langage, qu’il associe à sa façon.Chaque génération donne son apport.Des écrivains ingénieux, un Rabelais, un Montaigne, venant par là dessus, ont brodé sur l’acquis et l’ont enjolivé de formules nouvelles, tout en affinant et mettant au point les anciennes.Voilà, vraisemblablement, l’origine de nos gallicismes.Maintenant, comment traiter les idiotismes dans une langue étrangère, puisqu’ils sont intraduisibles ?On ne peut tout de même pas les omettre.D’abord, il faut se résigner à laisser la lettre dans l’original; ailleurs que là, elle n’a absolument aucun sens, ou un sens risible.Allez donc dire en anglais: to have nice, ou beautiful, pour avoir beaul ou, en français: vue d’œil d’oiseau, pour bird’s eye view\ Quelquefois un anglicisme correspond à un gallicisme, comme there is, there are, pour il y a.A la bonne heure, alors.Mais souvent on doit se contenter du sens, rendu grammaticalement, et précisé le mieux possible grâce au contexte.Et encore n’est-il pas toujours possible de dégager entièrement le fond de la forme, tellement l’un fait corps avec l’autre.D’autres fois, l’idiotisme a capté une image ou un mouvement que 2 426 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE force est à la grammaire de lui laisser.On a alors un sens exact, mais décoloré et réduit à l’idée pure et simple.C’est ici que la “traîtrise” de la traduction est inévitable, en dépit des meilleures approximations.Il faut conclure de là que, si l’on veut goûter tout le suc de l’idiotisme, il n’y en a pas d’autre moyen que de savoir le lire dans l’original.N.Degagné, ptre.LE CONSEIL SUPÉRIEUR DE L’INSTRUCTION PUBLIQUE EN FRANCE Brefs renseignements généraux L’enseignement en France est soumis, comme dans tout autre pays, à l’autorité constituée qui porte le nom de Conseil supérieur de l’Instruction publique.Ses prérogatives s’étendent aux trois ordres d’enseignement existant dans notre ancienne mère-patrie: enseignement supérieur, secondaire et primaire.Les membres de ce conseil suprême, élus ou nommés par le ministre de l’Instruction publique, se réunissent annuellement à Paris, et parfois en session spéciale, pour étudier et adopter tout projet, toute mesure (l’État devant ratifier cette dernière) censés être profitables et nécessaires à la cause de l’enseignement.Le Conseil supérieur de l’Instruction publique, en France est aidé dans ses travaux par trois Comités consultatifs: le premier pour l’enseignement supérieur, comprenant quatre commissions composées de recteurs, de professeurs, de directeurs d’établissements supérieurs; le deuxième pour l’enseignement secondaire, composé du directeur de l’École normale supérieure et des inspecteurs généraux; et le troisième pour l’enseignement primaire, composé des inspecteurs généraux de l’enseignement primaire.Deux représentants, un, masculin et l’autre, féminin, désignés par les associations du personnel de l’enseignement, sont adjoints aux Comités consultatifs de l’enseignement secondaire et primaire.(1) En France, le Conseil supérieur de l’Instruction publique et ses comités consultatifs jouent le même rôle que celui rempli en notre province par les comités du Conseil de l’Instruction publique, pour l’enseignement primaire, avec la seule différence que celui de France s’occupe des trois degrés de l’enseignement.Dans la Province de Québec, l’on sait que tout ce qui relève de l’enseignement secondaire et universitaire est du ressort des Collèges et des Universités.Le Conseil de l’Instruction publique de notre province approuve les allocations gouvernementales pour les deux ordres d’enseignement, secondaire et universitaire, mais il ne s’occupe nullement de ce qui concerne les règlements et programmes des collèges classiques et des universités.Pierre-Paul Magnan, Professeur à VÉcole normale de Québec.Québec, 2 février 1931.LA PREPARATION DE LA CLASSE .On se propose, ici, de dégager quelques règles générales qui doivent présider à la préparation quotidienne des leçons et des devoirs.Il est évident qu’elle varie avec les manières.On peut dire même que chaque leçon, en la même matière, doit avoir sa préparation, laquelle n’est pas forcément identique, comme méthode et procédés, à celle qui la précède ou qui la suivra.Aussi, bien loin de nous est la pensée d’enfermer (1) Bibliographie: U Enseignement en France.—C.Richard. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 427 la préparation de la classe dans des cadres immuables; voici cependant quelques règles qu’il est bon de connaître: Le maître, assis le soir à son bureau, devant les programmes, les instructions officielles qui les accompagnent et les livres scolaires dont ses élèves font usage, doit se demander si la leçon précédente a été bien comprise et suffisamment sue.Si, en toute conscience, il répond négativement à ces demandes, il lui faut prévoir sur son carnet de préparation les lacunes à combler.Ceci fait, il va tracer le plan de la leçon du lendemain.Quel en sera l’objet 'précis, eu égard à l’âge et aux moyens intellectuels de ses élèves?Quels buis va-t-il se proposer?Est-ce un but éducatif ou un but d’enseignement, ou les deux à la fois ?Si c’est un but éducatif qu’il faut atteindre, s’agit-il de l’éducation du cœur et de la conscience, ou bien de l’éducation de l’intelligence et de la raison ?Dans ces deux cas, par quelles méthodes et par quels procédés pourra-t-on y arriver ?Quelles questions précises faudra-t-il poser ?Est-ce un but d’enseignement qui est visé ?Alors, quelles notions choisir, qui méritent d’être surtout retenues ?Comment les mettre en relief ?Que faut-il écrire au tableau noir, à la craie blanche et à la craie de couleur ?Que faut-il montrer au cours de la leçon en fait d’objets, de gravures, de livres ?Qu’est-ce qui doit être appris par cœur ?Ce n’est pas tout: il reste à prévoir les explications que les élèves mieux doués ou plus curieux que les autres pourront solliciter, les questions bizarres que certains esprits, soi-disant'‘malins”, ne manqueront pas de poser’ Enfin, on se préocccupera du point de départ de la leçon : c’est par là que doit se terminer la préparation, de même que c’est par l’entrée en matière que se termine la recherche des idées dans l’exercice de composition française.Pour trouver ce point de départ, il faut avoir toujours bien présent à l’esprit ce passage des instructions officielles: “Le maître part de ce que les enfants savent”.Il est d’une importance telle que le succès d’une leçon en dépend bien souvent.Une leçon ainsi préparée ne peut être que claire, et la clarté n’est-elle pas une des qualités pédagogiques les plus essentielles ?Y.Arnaud, 1.P.E.{Manuel général, France).ESSAI PÉDAGOGIQUE “L’étude à la maison” Q) EN MARGE D’UN RÉCENT CONGRÈS L’école, depuis longtemps on l’a dit, est l’apprentissage de la vie.Elle a ses lois, ses méthodes, son esprit, tout un programme pour développer normalement l’enfant au triple point de vue physique, intellectuel et moral.Au cours des ans, des pédagogues dignes de ce nom, se sont préoccupés, chez nous comme ailleurs, du perfectionnement de son système.Dans l’amélioration apportée, il est cependant des traditions qui n’ont subi aucune altération, parce qu’elles ont été reconnues nécessaires aux fins générales de l’éducation.Ainsi, en feuilletant la longue histoire de l’école en notre pays, on voit que “l’étude à la maison” ou en dehors des classes est une pratique en honneur chez chaque génération écolière.Maîtres et élèves s’y livrent pour rendre complète la tâche de formation qui leur incombe.Et la saine pédagogie a mis en évidence, plus d’une fois, les raisons attestant l’harmonie de cette pratique avec l’idéal éducatif.Sous prétexte d’améliorer l’école, de nouvelles conceptions nées de l’amour exagéré du bien-être, tentent de renverser cette tradition si ancienne.Ainsi, au cours du 66e Congrès (1) Étude présentée par Mlle Emma-Maria Lalonde, du cours supérieur, à la 62e séance publique du Cercle pédag ogique de l’École normale de Valleyfield, le 28 novembre 1930. 428 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE annuel du Corps enseignant protestant, tenu à Montréal récemment, le Directeur provincial de l’enseignement protestant dans les écoles de la Province, a émis l’opinion suivante:—“Tout le travail scolaire” a déclaré le Docteur Percival, “devrait être fait pendant les heures de classe.Lorsque le temps fixé à cette fin est écoulé, que les élèves s’en retournent chez eux et fassent autre chose s’ils veulent, et que les maîtres et les maîtresses s’en aillent aussi chez eux.” Voilà une innovation pédagogique qui ne rencontre pas un accueil unanime, et à bon droit.Elle est de la doctrine des partisans de l’école agréable absolue.Quelles raisons apportent-ils à son appui ?Enfants et parents forment l’objet de leur préoccupation sympathique.C'est en classe, disent-ils, que l’enfant doit “faire sa journée” et qu’elle est bien suffisante à ses forces mentales et physiques.L’obliger, en dehors des heures de classe, à faire des devoirs ou à étudier une leçon, c’est se condamner à n’obtenir de lui que le travail des doigts et non celui de l’esprit, c’est exposer en même temps sa santé; c’est, en un mot, aller à l’encontre de ses besoins et de ses intérêts.Et pour les parents, ajoutent-ils, quelle corvée que celle de surveiller l’étude de leurs enfants, chaque soir de jour de classe! ou encore, leurs occupations sont incompatibles avec le travail scolaire de leurs enfants.—Bon nombre de parents ne sont pas non plus qualifiés pour guider leurs enfants dans les devoirs à domicile.—D’ailleurs, ils n’ont pas à faire le travail des maîtres et des maîtresses.—Et, en retranchant du programme de l’école primaire, l’étude à la maison, les punitions infligées sans discrétion aux enfants qui ne remplissent pas la tâche imposée, disparaîtraient.Ces objections doivent-elles être acceptées, sans discussion ?.Voyons ce que disent à ce sujet des maîtres éclairés en matière d’éducation.Si nous ouvrons l’Enseignement 'primaire, ce foyer pédagogique, année 1884 (1), à l’article intitulé: “Devoirs à domicle”, nous y lisons ceci: “L’enfant est doué d’une aptitude remarquable à recevoir des impressions vives et spontanées.—-Mais précisément en raison de cette promptitude, de cette spontanéité, le sillon tracé dans cette terre quasi-vierge, par la parole du maître, disparaît avec une décourageante rapidité.Le grand art de l’éducateur est donc de prolonger les impressions et de les réitérer aussi souvent que possible: à cette condition seulement, elles laisseront dans l’intelligence de l’enfant, une trace indélibile.“Partant de ce principe, l’explication la plus lucide, la leçon la plus attrayante et la plus instructive ne seront vraiment efficaces que si l’enfant est obligé d^ fixer à nouveau son attention, d’y concentrer toutes ses forces, de travailler en quelques sorte la matière première que lui a fournie l’école.Dans cet ordre d’idées, les devoirs à domicle sont non seulement avantageux, mais absolument nécessaires parce qu’ils peuvent seuls graver dans la mémoire de l’enfant les leçons orales reçues de l’école.Nous disons plus: l’étude de toutes les matières composant le programme des écoles primaires étant obligatoire dès la division inférieure, l’enfant ne saurait s’orienter dans ce dédale de choses nouvelles pour lui, et les classer dans son intelligence naissante, si après les heures de classe, on ne lui donne l’occasion de se recueillir, de grouper et de fixer les impressions si diverses emportées de l’école, de digérer enfin la nourriture intellectuelle qu’on lui a servie.” Quel stimulant ils sont aussi au cours des classes les devoirs à domicile! Pour les bien réussir, l’enfant est obligé de prêter une attention plus soutenue, de déployer une plus grande activité, il n’est pas alors condamné à cet état de passivité qui lui permet d’acquérir quelques connaissances, de les retenir même, grâce à d’heureuses dispositions naturelles, mais par lequel il ne développe pas ses facultés et ne possède que des notions forcément incomplètes.Citons encore Y Enseignement primaire: “Un second avantage des devoirs à domicile est d’initier de bonne heure l’enfant à la grande loi du travail.N'est-il pas touchant de voir ce petit garçon ou cette petite fille tout encore sous l’effervescence de ces jeux bruyants renoncer soudain à leurs ébats joyeux et s’attabler sérieux et réfléchis devant la tâche quotidienne.Pour ces enfants, soyons en sûrs, la réalité de la vie ne sera pas une triste désillusion; habitués de bonne heure à faire alterner l’accomplissement du devoir avec les charmes de la distraction, à concilier les exigences delà vie avec une tendance instinctive au plaisir, ils sauront, devenus grands, faire une juste part à l’agréable et ne considérer en toutes choses que leur véritable perfectionnement.“Les devoirs à domicile constituent, en outre, un procédé éminemment propre à inculquer à l’élève l’habitude de produire quelque chose par lui-même, et de joindre, à cette précieuse qualité, l’initiative personnelle, une confiance en ses propres aptitudes.” Le travail personnel qu’ils imposent est d’ailleurs une cause de joie; en lui, il porte le plaisir de l’effort, après lui, (1) Livraison du 15 mai, No 10. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 429 il laisse le plaisir de la découverte et l’un et l’autre de ces stimulants sont puissants sur l’âme.Quelle joie, en effet, lorsque, de retour à la classe, l’enfant constate avoir résolu la question posée, et avoir découvert ce que le maître avait demandé la veille.Dans ses yeux brille un rayon de bonheur, preuve du sentiment qui inonde son âme; ainsi réjoui, il est porté à vouloir plus qu’auparavant/'—Au point de vue de l’éducation morale, les devoirs à domicile sont donc aussi un moyen excellent d’orner l’enfance de la plupart des qualités qui contribuent à notre bonheur: ordre, régularité, propreté, économie, courage, persévérance, soumission, voilà autant de qualités à la pratique desquelles l’enfant s’exerce en accomplissant sa petite tâche journalière.” Les pédagogues émérites de nos jours, de notre pays, ne tiennent pas, à ce sujet, un langage différent de ceux d’il y a cinquante ans.Écoutons encore d’autres voix autorisées: “Les devoirs à domicile, dit Mgr Ross, dans son Manuel de Pédagogie, “sont nécessaires si l’on veut que les enfants profitent réellement de l’enseignement et s’habituent à travailler seuls.Les applications complètent les leçons; on ne sait bien que ce que l’on peut appliquer facilement.—Elles fournissent en outre l’occasion à l’élève de faire l’effort personnel requis pour son développement intellectuel et moral,— et aux maîtres de contrôler le développement de l’enfant.—Les applications se font en classe, soit au cours de la leçon ou à la suite de la leçon, et après les classes, —à la maison paternelle.” (à suivre) Emma-Maria Lalonde, de l’École normale de Valleyfield.L ENSEIGNEMENT DE LA GÉOGRAPHIE par Émile Miller (suite) (1) D’abord, le relief, les chaînes de montagnes, l’orographie, pour employer un mot savant.Quel parti allons-nous tirer de ce chapitre si bref, dans nos manuels—si bref qu’il se résume à ces expressions: Laurentides et Apalaches à l’est, puis vioutagnes Rocheuses à l’ouest.Au lieu d’énumérer ces faits stériles en eux-mêmes, je vous invite à observer sur l'un et l’autre côtés de l’Atlantique l’absence de soulèvements montagneux longeant ses côtes, mais au contraire la présence de nombreuses chaînes qui aboutissent à la mer, formant avec le rivage des angles plus ou moins obliques.Tels sont, sur la côte orientale de cet océan, les monts de l’Atlas, les Pyrénées, les Cheviots, les hautes terres de b Écosse, et, de ce côté-ci, les Laurentides, une expression beaucoup plus qu’une chose définie, les Laurentides qui terminent au sud l’immense domaine du granite qui couvre presque tout le Canada oriental, puis le vaste système des Apalaches qui atteint la mer par plusieurs chaînons disposés en éventail.Qu’est-ce que la Nouvelle-Écosse, le Nouveau Brunswick, la Gaspésie, sinon des langues montagneuses lancées à la conquête de l’océan ?Et quelques-uns de ces rameaux, après s’être abaissés, après avoir plongé sous les eaux, en donnant place au golfe du St-Laurent, ne se relèvent-ils pas pour former Fîle de Terre-Neuve ?C’est la géologie qui a levé le voile sur ce mystère du relief.Toutefois, l’examen le moindrement attentif d’une carte bien faite nous conduit au même résultat.Voyez ces péninsules d’étendue, de forme et de hauteur variables, elles sont toutes orientées, en Amérique, du Sud-ouest au Nord-est; voyez ces quadre chaînons parallèles qui remplissent Terre-Neuve; observez-y un peu la forme des lacs, la disposition des vallées; elles s’alignent toutes fidèlement dans la même direction.En passant aux rivages du Pacifique, nous remarquons sans peine qu’au lieu d’aboutir à ces rivages, pour y découper des péninsules, les chaîens se bornent à longer fidèlement cet océan.pluie, le gel, surtout les glaces, et cela depuis de longs siècles.Voyez tous ces dômes isolés, toutes ces croupes de bêtes fatiguées; il y a du sol meuble sur leurs flancs, si bien que les hommes s’en sont emparés pour y bâtir des villages, pour y faire des cultures.Quel contraste avec les bords du Pacifique où se dressent des alignements continus altiers, aux arrêtes vives, aux sommets anguleux! Chaînes relativement jeunes par conséquent, qui permettent de comprendre comment s’édifie une montagne—tantôt par les énergies souterraines du volcanisme, comme dans la rangée côtière—la Coast Range; tantôt par des cassures en longueur, suivies de l’ascension d’une lèvre et de l’abaissement graduel de l’autre.(1) Voir Y Enseignement primaire de février 1931. 430 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE Le contraste que présente cet état de choses est si bien marqué sur les deux flancs du Canada, que les géographes ont adopté l’expression côte du type Atlantique pour désigner un littoral frangé d’amples péninsules, et l’expression côte du type Pacifique, pour désigner un littoral que longent assidûment des élévations montagneuses.Et veut-on fixer l’attention de l’élève sur la valeur de ces faits de relief, qu’il faudra lui en signaler des conséquences qui s’affirment dans l’histoire et dans la vie actuelle.La présence de ces multiples chaînons de médiocre altitude, qui, en poussant une pointe dans l’Atlantique, a créé tout un ensemble de pays découpés et les espaces marins compris entre ces langues de terre, ce sont des portails grands ouverts, des avenues invitantes, que les navigateurs eurent bientôt fait de trouver.Ce coin de l’Amérique a été un champ de pénétration facile.Et ce simple fait de relief a eu sa répercussion dans notre primitive histoire.Le St-Laurent, c’est l'iartère, la trachée-artère qui conduit au cœur même du continent.Voyez combien la nature a favorisé ce génial Champlain.Dans l’espajce de quelques mois, il s’aventure jusqu’à 600 milles vers l’intérieur.Bientôt, les missionnaires et les interprètes, portés dans des canots d’écorce, s’avancent jusqu’au fond du plus lointain des grands lacs, ces petites méditerranées qui prolongent la voie laurentienne.Et cependant nous ne sommes encore qu’en 1611.Suivent bientôt les explorations scientifiques, auxquelles s’attachent les noms immortels du Père Marquette, de Jolliet, de Cavelier de la Salle, qui retracent une route fluviale ininterrompue en caravanes de canots d’écorce depuis le golfe St-Laurent jusqu’à celui du Mexique, car c’est une plaine.Puis ce sont tous ces obscurs missionnaires, ces découvreurs anonymes qui remontent le cours des eaux, dans toutes les directions, jusqu’à La Vérendrye qui, en se rendant à cheval jusqu’au pied des Rocheuses, achève de déchirer le voile de l’inconnu qui recouvrait les trois quarts de l’Amérique.Comment ces choses étonnantes ont-elle pu s’accomplir si tôt ?Sans doute, par prosélytisme, par amour de la gloire, par ambition de fortune.Soit! Mais comment ne pas reconnaître que toutes ces choses étonnantes ne se sont accomplies que parce que d’abord le centre du continent est une plaine s’ouvrant sur l’Atlantique, séparée de l’Europe voisine, par une ample vallée, par cette royale avenue qui semblait dire à tout venant: “C’est par ici qu’on entre, Capitaines, chercheurs d’âmes et coureurs de pelu, c’est par ici qu’on entre!” Québec et Boston, la Nouvelle-France et la Nouvelle-Angleterre, ont le même âge.Les Canadiens étaient déjà maîtres de toute l’Amérique connue, que les Anglo-Américains s’en doutaient à peine.Pour avoir assis leurs établissements sur cette bande de terre relativement étroite qui court entre la mer et les plissements des Apalaches, ils y restent longtemps confinés, n’osant aller voir ce qui peut bien se passer en arrière de ces montagnes.Cela est si manifeste qu’il fallut la présence de colons canadiens sur l’Ohio, dans toute la vallée du Mississipi et jusqu’en arrière de la Virginie, pour que des Anglo-Américains se décident à s’aventurer au delà de ces Apalaches, pour y déloger les pionniers de la race rivale—ce qui devait déclencher notre guerre de Sept Ans, dont vous connaissez bien les conséquences.En autre fait humain, découlant du contraste qu’il y a entre le relief des côtes atlantiques et celui des côtes pacifiques, c’est un fait d’ordre économique.Si le rivage atlantique n’a qu’une élévation médiocre, il est en revanche amplement découpé par la mer, qui, souvent, s’y enfonce à l’emporte-pièce, ce qui fait que les bons ports y sont particulièrement nombreux.Sans compter tous ceux-là qui sont demeurés inutilisés, comme ceux de Mingan et des Sept-Iles, sur la côte nord du golfe St-Laurent, il faut signaler St-Jean de Terre-Neuve, Sydney, Halifax qui comptent parmi les plus amples et les plus sûrs du monde.Plus au sud, les grandes cités de Portland, Poston et New-York sont redevables de leur existence même aux avantages qu’offrent leurs ports de mer.Et que faut-il penser des ports qui s’ouvrent sur le Pacifique, sur cette côte en muraille, avec des saillants et des rentrants, dont elle est comme frangée ?A première vue, on croirait que chacun de ces fjords—pour les appeler de leur vrai nom—peut constituer autant d abris, et que la multitude des ports et des lieux de mouillage qui semblent exister sur la carte concède une écrasante supériorité à la Colombie britannique.Mais il n’en est pas ainsi, à cause que, dans chacun de ces fjords, il descend au moins une rivière— rivière impétueuse, charriant des galets, des boues arrachées aux flancs des montagnes et des plateaux, et que ces alluvions viennent combler les ports, qui étaient originairement profonds.Parmi les villes, ports de mer de la Colombie britannique, il n’y a que celui de Prince-Albert, tête de ligne d’un transcontinental, qui ne soit pas envahi par les alluvions.Et pour profiter de ce rare avantage, on a dû établir ce terminus beaucoup plus au nord qu il ne le fallait.Il y a un motif à cela.De nos jours, seuls les très vastes ports sont utilisés par la navigation océanique.Malheur, a-t-on déjà dit, malheur aux Etats qui n’ont que des ports moyens.Voyez encore comme il a fallu déplacer fréquemment le terminus du Canadien Pacifique.D’abord établi à Port-Moody, on l’a successivement porté à New-Westminster, puis à Vancouver.Ici encore, le véritable motif, ça été le besoin que l’on éprouvait de posséder un vaste port, en eaux profondes.Ces ports du Pacifique, à la fois mal protégés des assauts de la haute mer et graduellement comblés par les détritus qu’y charrient les cours d’eau dévalant des montagnes, il faut nécessairement les corriger.On ne les maintient qu’à force de curages et de draguages tandis que pour les rendre plus sûrs, il faut les prolonger par des jetées, des brise-lames qui s’avancent jusqu’en eaux profondes.Et tout cela dépend de quoi ?Du relief. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 431 Si ces ports ne sont pas indépendants de la physionomie des côtes, les fleuves qui originent parfois à de considérables distances de la mer, nous amènent à leur tour à examiner le centre du continent.L’existence d’un fleuve dépend à la fois du relief, de la nature du sol et de la quantité d’eau qui s’abat en une année sur le bassin qui draine ce fleuve.Comme l’étude de ce sujet pourrait nous entraîner si loin, au point de lasser votre patience, et qu’il n’y a pas que des fleuves dans le monde, nous ne parlerons que du rôle que joue le relief sur le cours d’eau.Si, en Colombie, les fleuves sont nombreux sur le versant des montagnes qui regardent la mer, ils ont, par contre, un cours peu développé.C’est qu’ils ne peuvent que dévaler de ces hauteurs.Tout autre est le parcours des fleuves qui se développent entre deux chames de montagnes.Voyez comme le Fraser, le Columbia décrivent des courbes, des détours et des lacets interminables; c’est qu’ils courent à la base de longs alignements montagneux; ils cherchent et finissent par trouver une issue vers la mer.(à suivre) Émile Miller.LE “SOUVENIR CANADIEN’’ (Suite et fin) PLANTEURS DE CROIX.' On a dit, de nos ancêtres, qu’ils furent des planteurs de croix.Rien de plus juste que cette définition, si l’on entend par là qu’ils ont fait autre chose, sans doute, sur le sol du Nouveau-Monde, mais qu’ils n’ont rien fait avec autant d’abondance et d’amour.Les Français, nos pères, ont déployé en cette partie nord du continent américain de splendides énergies.Trois grandes idées ont soulevé et accaparé leur effort, marquant à la fois l’esprit pratique et mystique de la race; la conquête du sol, la conquête du commerce de l’Amérique du Nord, la conquête des âmes.Ces trois grandes idées nous ont donné les figures les plus typiques de notre histoire : le défricheur, héros de la hache et de la charrue, le coureur de bois et de fleuves, héros du canot, enfin, le plus grand de tous: le missionnaire et le martyr, héros du Christ.Toutefois, des défricheurs et des explorateurs merveilleux, d’autres races ont fourni, en Amérique.Il est une gloire pourtant que nul ne saurait nous prendre, une œuvre auguste qui n’appartient qu’à notre race.Et cette œuvre, cette gloire, si vous me demandez ce qu’elles sont, je vous dis: cherchez, de quel rehef original ou de quels faits particuliers de géographie humaine, nous avons marqué le continent.Et vous verrez que ce qui est à nous, exclusivement à nous, c’est le geste de Gaspé répété d’un bout à l’autre de notre terre; c’est cette théorie de croix catholiques dont nous avons marqué partout notre occupation du sol: croix d’explorateurs, croix de missionnaires, croix de clochers d’église, croix de cimetières, avec des répliques de toutes sortes à la croisée de nos routes, sur les toits de nos écoles, de nos couvents, de nos collèges, de nos maisons d’hospitalisation, et jusqu’au front de nos montagnes.Commencée à l’entrée du fleuve, à l’heure lointaine de la première découverte, cette chevauchée spirituelle a traversé le continent de part en part, de l’est à l’ouest, courant parfois de gigantesques tangentes, dont les unes aboutissaient aux rives polaires, et les autres, traversant la frontière du sud, pénétraient jusqu’au cœur du colosse yankee.Les Brésiliens sont fiers de leur Croix du Sud, constellation du ciel austral qu’ils ont, pour ainsi dire, annexée à leur géographie, après'en avoir fait l’emblème héraldique de la patrie.La croix qui symbolise et exprime notre œuvre humaine dans le Nouveau-Monde, nous n’avons pas à la faire descendre des régions aériennes.Nous en avons fait une réalité terrestre.De la théorie de nos croix, comme d’une chaîne serrée et continue, nous avons ceinturé le continent.Oui, tel est bien le sens, la qualité de notre principal labeur en Amérique, la fleur caractéristique de notre civilisation.Comment alors, vrais fils de cette civilisation, persuadés par conséquent de la primauté du spirituel, comment ne garderions-nous pas une insigne gratitude aux fondateurs de notre race qui ont imprimé ce caractère, ce rythme, à notre histoire ?Et, cette gratitude, comment ne pas la garder tout particulièrement au découvreur de jadis, le premier planteur de croix en Amérique ?NOTRE DROIT D’AÎNESSE Notre meilleur intérêt nous commande cet acte de gratitude.Notre pays est envahi par toutes les races du monde, lesquelles n’ayant pas toujours le temps d’apprendre notre histoire, n’ont que trop d’inclination à méconnaître ou à sous-estimer notre passé, nos privilèges et nos droits.Encore (I) Voie VEnseignement primaire de décembre 1930. 432 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE qu’aux nouveaux venus, et en dépit de pénibles expériences, il ne faille pas négliger de faire savoir nos droits constitutionnels et politiques, ni môme de rappeler quelques impératifs du droit naturel, il est un droit pourtant qui gardera toujours sa force auprès des esprits sincères, et c’est notre droit historique : droit du découvreur, droit du premier occupant, droit du premier défricheur, droit du premier apôtre, pour tout dire, droit du premier civilisateur.Il ne se peut que des esprits bien faits n’accordent quelque égard, et encore moins veuillent faire une condition inférieure aux descendants des premiers Européens qui ont ouvert ce pays, l’ont arraché à la sauvagerie, et, au prix de labeurs parfois surhumains, ont préparé la splendeur actuelle du foyer familial.Non, nous ne savons pas assez que, dans ces graves conflits ethniques ou religieux, notre histoire est encore notre meilleur avocat et le plus éloquent de nos témoins.Mais, ce droit historique, les nouveaux venus sont-ils plus tenus de le connaître, que nous ne le sommes de le leur apprendre ?Et l’une des meilleures façons de le leur apprendre, n’est-ce pas de relever partout, puis de marquer d’un monument, d’un signe évocateur, les traces, les empreintes des ancêtres, celles surtout où ils ont déposé, comme un sceau, le caractère de leur race et de leur foi ?En vérité, qu’attendons-nous ?Serait-ce la matière qui nous manquerait ?De bons esprits parmi nos compatriotes anglophones ne nous ont-ils pas dit parfois qu’ “ on ne peut faire un pas au Canada sans donner l’envol à tout un essaim de souvenirs français” ?Des monuments, des stèles commémoratives, à nous donc d’en élever abondamment, de telle sorte que ce revêtement historique se fonde, pour ainsi dire, avec le paysage canadien, et qu’il soit à tous un enseignement direct et vivant.Qui sait ?les premiers, peut-être, nous y apprendrons notre passé, et les premiers aussi nous éprouverons la bienfaisance généreuse de cette révélation.Bienfaisance généreuse! Ecoutez ce qu’en disait, pour l’avoir éprouvée lui-même, Mgr Langevin, le glorieux archevêque de Saint-Boniface, “dont l’image appartient déjà à la légende”: “Quand je me sens déprimé, disait-il, j’évoque le souvenir de nos héros, des missionnaires, des explorateurs, des colons qui ont habité ce pays avant moi et je me dis: ce qu’ils ont fait, ne saurons-nous pas le conserver et le développer?” Ün autre, aux heures de lutte, cherche aussi de ce même côté force et vaillance, et c’est un homme du peuple, M.Longpré, le vieux patriote de Pembroke.“C’était le matin de l’ouverture, dans la grande salle de la maison Lafrance, de l’école libre de Jeanne-d’Arc”, a raconté M.Héroux.“Le vieillard était face à face avec les petits enfants qui venaient chercher dans cet asile une éducation française.Les yeux mouillés, la voix saccadée, haletante d’émotion, (le vieillard) dit simplement : Mes enfants, à deux pas d’ici, ont passé Champlain, les missionnaires, les explorateurs.Ils nous ont légué un héritage que nous devons maintenir, sous peine d’être indignes de nos pères.” Vous entendez.Mais combien cette leçon serait plus prenante et féconde, si elle parlait plus souvent, plus clairement et plus haut, si à l’aspect physique de notre Canada nous joignons le reflet historique et moral; si, pour tout dire, l’embellissant et l’humanisant davantage, nous ajoutions à sa puissance créatrice sur l’esprit et le cœur des générations canadiennes, persuadés que, par nos traits les plus profonds, nous ressemblons infailliblement au visage de la patrie ! AU PORTIQUE DU CANADA Et maintenant, ai-je besoin de conclure ?Ce droit historique, où convient-il de l’affirmer avec plus de vigoureuse éloquence, sinon à l’endroit même qui fut le point de départ de notre race sur le continent et où il fut préludé à son œuvre prochaine par le geste mémorable du découvreur ?Où convient-il d’élever le plus magnifique de nos monuments, le témoin le plus explicite de notre passé, sinon en ce Gaspé, appelé à devenir le portique du Québec?On aura beau faire: la géographie vaincra, coûte que coûte, l’inertie et la mauvaise volonté des hommes.Par ses ressources naturelles à peine soupçonnées, par son charme pittoresque, l’un des plus variés, l’un des plus prenants de l’Amérique du Nord, par son port incomparable, oiî d’excellents ingénieurs pressentent le grand port d’hiver du Canada, par toutes ses antennes géographiques qui sollicitent l’avenir, la péninsule gaspésienne sera demain la porte d’entrée de notre splendide paj^s.C’est donc là, là même, qu’il faut dresser notre plus fier témoin: ce monument au Christ-Roi, auquel toutes les bourses, les plus humbles comme les plus riches, voudront contribuer.Car il faut que ce monument soit l’œuvre véritable d’une souscription nationale, comme il faut un grand acte de foi et de gratitude national.Souhaitons qu’autour de lui se réahse un de ces unanimes mouvements populaires, comme, aux âges de foi, il s’en produisit sur le vieux continent, alors que, pour honorer un thaumaturge fameux, commémorer un grand anniversaire patriotique ou religieux, des populations entières envahissaient les chantiers d’une cathédrale.Donnons, le cœur ouvert et la main ouverte, pour que le monument soit beau, intégralement beau.Que par toutes ses proportions et toutes ses lignes, que par toutes ses flèches et toutes ses pierres, avec la clarté d’un phare, là-bas au bord du golfe, il dise, et dise bien, pour quel peuple il entend témoigner.Lionel Groulx, ptre. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 433 CORRIGEONS-NOUS! Coin a bois.—Nos gens donnent le nom de coin à bois au réduit qui a été pratiqué sous l’esca -lier intérieur conduisant au grenier ou à l’étage supérieur de la maison, et dans lequel on dépose le bois destiné à chauffer le poêle ou le fourneau.Ce coin à bois est un bûcher.On peut aussi donner le nom de bûcher à la boîte à bois, à la boîte au bois.Dado, beaverboard, burlap.—Nous donnons le nom anglais de dado à certains revêtements de peu d’élévation qui garnissent les murs d’une pièce et au-dessus desquels on met généralement de la tapisserie.L’équivalent français de dado est lambris d’appui ou lambris de demi-revêtement.Disons donc: lambris d’appui en bois, en tuiles, en carton (non pas en beaverboard), en toile (non pas en burlap)etc.Quant aux dodos de couleur qui imitent les véritables dados, ce sont des lambris d’appui feints ou de faux lambris d’appui.Bras d’escalier.—C’est à tort que nous donnons le nom de bras d’escalier tantôt à la balustrade qui borde un escaher, tantôt à la partie de cette balustrade qui sert d’appui à la main.Il faut dire rampe dans le premier cas et main-courante dans le second.Notons, en passant, o La boîte osseuse sert à protéger le corps de la tortue dans le danger; elle comprend deux parties: la partie dorsale qu’on appelle carapace et la partie ventrale qu’on nomme plastron.Ordinairement, le mot carapace désigne toute la boîte osseuse.Tout ce que le bon Dieu a fait doit servir à l’homme, donc les tortues sont utiles.La chair et les œufs des tortues marines fournissent une nourriture excellente, très recherchée par les gourmets; la carapace donne l’écaille qui est très employée dans l’industrie, on en fait des coupe-papier, des boutons, des peignes, des broches à cheveux, des manches de couteaux.Au début de ma leçon, je vous ai dit que la tortue est un animal qui se meut très lentement, connaissez-vous un petit animal que l’on chasse à Mont-Laurier, et qui est très vif, léger, agile à la course, tout l’opposé de la tortue ?.C’est le lièvre.La Fontaine a écrit une belle fable intitulée: Le Lièvre et la Tortue, je vais vous la raconter.Un jour, la tortue propose au lièvre de prendre une course avec elle, elle fixe le but à atteindre.Le lièvre, sachant la lenteur de la tortue, lui dit en riant: “Ma commère, vous êtes folle! Vous, courir avec moi! _Y pensez-vous ?”—La tortue insiste, le lièvre finit par accepter.On met près du but les enjeux, c’est-à-dire l’argent.La tortue se met en marche aussitôt, lentement comme toujours, mais d’un pas régulier.Le lièvre la regarde aller et se dit: “J’ai bien le temps de brouter, de m’amuser, d’écouter chanter les oiseaux, en deux bonds, je puis la rejoindre”.et il prend le bois.La tortue plus sage s’en va paisiblement, ne perdant pas de vue le but à atteindre.Tout à Cotqy, après avoir joui à son aise, le lièvre lève la tête et voit la tortue qui touche presque le but, il fait un bond et se met à courir, mais il est trop tard, la tortue arrive la première, elle touche le but avant lui et gagne l’enjeu. 448 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE Dans les classes, il y a quelquefois des petites filles qui jouent le rôle du lièvre.Elles se disent: “Moi, j’ai bien le temps d’étudier, j’ai beaucoup de mémoire, un quart d’heure me suffira demain pour apprendre mes leçons; ce soir, je vais jouer,” et voilà que ces petites filles, qui se fient à leur talent, qui perdent leur étude, manquent leur coup, arrivent les dernières et n’obtiennent point de promotion.D’autres, moins bien douées peut-être, mais plus sages et ne comptant pas sur leur talent, commencent à étudier dès les premiers jours de septembre et travaillent toujours avec la même ardeur; celles-là le bon Dieu bénit leurs efforts, elles ont du succès et, à la fin de l’année, elles remportent les plus beaux prix.La Fontaine a donné comme morale à sa fable: “Rien ne sert de courir, il faut partir à point,” c’est-à-dire—Rien ne sert de se hâter au travail,—il faut le commencer à temps.Personne parmi vous ne voudra, j’en suis sûre, imiter le lièvre, vous serez toutes bien régulières, bien studieuses chaque jour et, sans avoir la lenteur de la tortue qui pourrait être un défaut, vous aurez sa régularité, sa constance, vous arriverez à l’heure, vous emploierez sérieusement votre temps à l’étude, en classe, et le bon Dieu, satisfait de vous, vous donnera de réussir.Une élève-institutrice- de I’École normale Mont-Laurier.ÉDUCATION DU PATRIOTISME La noblesse des origines du Canada français Foi et Honneur En étudiant l’histoire moderne, nos regards s’arrêtent naturellement sur la patrie de nos ancêtres, sur la belle France, qui apparaît au premier rang des nations.Fille aînée de l’Église et gardienne des nobles traditions, nous la voyons, appuyée sur la foi et l’honneur, conserver sa haute position, même après les plus terribles revers, et se relever saine et forte, lorsque ses ennemis croient l’avoir renversée pour toujours.Foi et honneur! c’était la devise qu’elle remettait à ses preux chevaliers, lorsqu’elle les envoyait en Orient délivrer le tombeau du Christ.Foi et honneur! portant ces deux mots sur les lèvres et dans le cœur, les missionnaires français ont fait briller le flambeau du christianisme et de la civilisation au milieu des tribus qui dormaient plongées dans la nuit de l’infidélité.Foi et honneur! tel fut le gage d’union et d’amour que la France remit à ses enfants qu’elle envoyait se créer une nouvelle patrie dans les forêts de l’Occident, sur les bords des grands fleuves de l’Amérique.Et ceux-ci, l’histoire nous l’apprend, ont respecté les enseignements de leur mère.Si l’on trouve dans les annales de l’Europe tant de pages dignes de fixer l’attention, quel intérêt ne doit pas inspirer l’histoire de notre pays, puisqu’elle renferme le tableau animé des épreuves, des souffrances, des succès de nos ancêtres; puisqu’elle nous retrace les moyens qu’ils ont employés pour fonder une colonie catholique sur les bords du Saint-Laurent, et désigne en même temps la voie que doivent suivre les Canadiens afin de maintenir intactes la foi, la langue et les institutions de leurs pères! Les histoires du nouveau monde sont, il est vrai, privées du grave cachet d’antiquité qui est empreint sur celles de l’ancien continent.Tandis que les temps historiques de l’Europe ontuneétendue, ou, pour mieux dire, une profondeur qui fera toujours le désespoir des archéologues; au Canada, il suffit de remonter à deux siècles et demi pour assister avec Champlain à la fondation du fort et habitation de Kébek.Un siècle en arrière, et l’on arrive aux profondes ténèbres dans le sein desquelles ont pris naissance les traditions huronnes et algon-quines.En revanche, l'histoire du Canada jouit d’un avantage inconnu aux histoires européennes, qui, en remontant le cours du temps, vont se perdre dans les ténèbres de la fable.Au Canada, l’histoire a assisté à la naissance du peuple dont elle décrit l’enfance, et qu’elle voit arriver aujourd'hui à l'âge viril.Elle l’a connu dans toute sa faiblesse; elle a reçu ses plaintes lorsqu’il était tout petit et souffreteux; elle a entendu ses premiers chants de joie; elle est préparée à le suivre et à l’encourager dans les luttes que recèle encore l’avenir. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 449 D’ailleurs, cette histoire présente, dans ses premiers temps surtout, un caractère d’héroïsme et de simplicité antique que lui communiquent la religion et l’origine du peuple canadien.En effet, dès les commencements de la colonie, on voit la religion occuper partout la première place.C’est en son nom que les rois de France chargeaient Jacques Cartier et Champlain d’aller à la découverte de pays à civiliser et à convertir au christianisme; elle était appelée à bénir les fondations des bourgades françaises sur le grand fleuve; elle envoyait ses prêtres porter le flambeau de la foi chez les nations sauvages de l’intérieur du continent, et ces courses lointaines de quelques pauvres missionnaires amenaient la découverte d’une grande partie des régions de l’ouest.Les apôtres infatigables de la compagnie de Jésus avaient déjà exploré tout le lac Huron, que les colons de la Nouvelle-Angleterre connaissaient à peine les forêts voisines du rivage de l’Atlantique.Les premières familles, venant pour habiter le pays, y arrivaient à la suite des religieux, qui dirigèrent les pères dans leurs travaux, et procurèrent aux enfants les bienfaits d’une éducation chrétienne.(Introduction au Cours d’Histoire du Canada—Québec, 1861).J.-B.-A.Ferland, ptre.LEÇON DE CHOSES Le sel Sel de cuisine.Sel fin.Salières diverses.Leçon.—Vous regardez sur mon bureau ces objets que je viens d’y poser.Ce sont des salières.Elles servent à conserver le sel.Cette grande boîte blanche, en métal émaillé, où la met-on ordinairement?En voici une pareille en bois.Voici du sel: touchez-le; goûtez-le; quelle est sa couleur ?Dans ces petits godets de verre, on met aussi du sel très fin.On les pose sur la table pendant les repas.Comment se sert-on du sel ?(Le faire).Aimez-vous le sel ?Quelle saveur a-t-il?Votre soupe sans sel serait-elle bonne ?Le pain, non plus, et en général tous les aliments.Savez-vous d’où provient le sel ?Qui le fournit à l’épicier ?—Les eaux de la mer en contiennent beaucoup.Qui a goûté l’eau de mer ?On trouve aussi le sel dans la terre d’où on l’extrait comme la houille.(Images : Marais salants, mines de sel).Les animaux aiment le sel; exemples: Les vaches lèchent les murs des étables parce que le salpêtre dont ils sont couverts a un peu le goût du sel.Les chèvres en mangent avec avidité dans la main.Exercices.—Dessiner diverses salières et boîtes à sel.Lots.COMPOSITION Sujet a développer: Après avoir lu: “En tricotant”.(Les Rapaillages, abbé Groulx) et “Le petit Chat” (poésie d’Edmond Rostand), vous vous essayerez à décrire la scène suivante : Grand’mere s’est endormie en tricotant.La pelote de laine roule à terre, un chat s’en empare.Des enfants regardent en riant.De loin un autre enfant remarque ce qui se passe et s’approche.Décrivez toute cette sçène.Terminez-la à votre façon et dites vos réflexions personnelles.DÉVELOPPEMENT PENDANT QUE GRANd’mERE DORT.Grand’mère s’est assise au coin du feu pour tricoter: ses doigts enfilent la laine dans les broches, les mailles succèdent aux mailles, puis le mouvement devient plus lent et enfin les mains de grand’mère tombent sur ses genoux: elle dort.Elle est jolie avec ses cheveux et son bonnet blanc qui encadrent si bien son visage vénérable et posent sur son front une auréole presque lumineuse.Un 5 450 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE doux sourire erre sur ses lèvres; elle rêve sans doute au temps déjà lointain de sa jeunesse où la vie s’ouvrait devant elle pleine de promesses et de bonheur.Mais tout à coup la pelote de laine roule des genoux de grand’mère sur le parquet, or minet était près de là.Insatiable d’amusement, il a vite fait de s’en emparer comme d’un jouet préféré.Il s’enroule dans la laine, l’échiffe avec ses petites griffes, fait mille bonds de j oie, au grand amusement des petits enfants qui le regardent en spectateurs intéressés.Leur rire cristallin ressemble au murmure d’une source dans un sentier fleuri.Leur joie manifeste semble encourager minet dans sa vilaine besogne, au détriment hélas du pauvre peloton qui trouve dures les griffes de minet.Jean, plus âgé et surtout plus sage que ses frères, s’approche pour savoir la cause de cette explosion de joie.Il s’aperçoit que minet est en train de faire mauvais parti au peloton, il le lui enlève et minet, interdit de voir son plaisir déjà fini, s’en va tristement se coucher sous le poêle.Un nuage de tristesse trouble un moment l’azur des prunelles des tout petits et un reproche est au fond de leurs yeux.Mais Jean leur fait comprendre que ce qui les amusait tant aurait causé de la peine à grand’mère.Aidé des petits, il remet tout en place.Grand’mère n’en saura rien et minet ne sera pas puni.Germaine Magnan, Ecole normale de Nicolet, 1929.L’HISTOIRE NATURELLE A L’ÉCOLE PRIMAIRE Classe des poissons (Pour Y Enseignement 'primaire) Les poissons, les plus anciens de tous les vertébrés, occupent le dernier rang dans cette classe et sont des animaux organisés exclusivement pour la vie aquatique.Leur corps généralement allongé en fuseau, leur peau recouverte d’écailles amoindrissent la résistance de l’eau et facilitent leur progression.Ils possèdent des nageoires au lieu de membres.Leur queue est à la fois un gouvernail et un organe de locomotion.HAC£Q!R£ PORSRLE NA
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