L'enseignement primaire : journal d'éducation et d'instruction, 1 février 1937, Février
58 Vol.Québec, ^ - ' 1937 L'ENSEIGNEMENT PRIMAIRE ÉDUCATION — INSTRUCTION LE MUSÉE SCOLAIRE AGRICOLE (Pour VEnseignevient Primaire) Une 'petite armoire magique.Où Von voit que la pédagogie s'allie aux réalités.Il faut le “ pain des champs ” au petit campagnard.Le musée scolaire favorise Vambiance champêtre.Ordre et beauté, source d'aisance et de bonheur.S.S.120 -—• d’après H.Armstrong Roberts œ&tsmMgm mSm msm 4'.' m§ mm ,, ; .: : ¦ RURALE î wmm d-i ;| Que l’enfance rurale, notre plus grande ressource naturelle, ne soit pas détournée des champs, par l’école et son enseignement .! Nous sommes à St-Valérien de Rimouski.Voilà une belle paroisse avec de bien braves gens.Entrons dans une petite école de rang.L’institutrice, Mademoiselle Hudon, 350 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE souriante, vient de terminer la leçon de choses, en face de son musée scolaire agricole.Ses élèves, aux yeux avides, ne peuvent quitter du regard les jolies choses de la nature, étalées sur les tablettes de la petite armoire magique.On dirait qu’ils viennent d’entendre le récit d’un conte de fées.Mademoiselle Hudon, elle, jouit visiblement à la vue de ses marmots dont la figure est encore toute illuminée.La joie de connaître ! Au fait, cette institutrice pédagogue et humaine n’oublie pas que la collaboration des yeux de l’enfant obtient presque toujours celle de l’esprit.Aussi, le musée scolaire devient pour elle un auxiliaire précieux, en vue de l’enseignement de l’agriculture à l’école ; en plus il lui fournit un secours extérieur puissant et il illustre, par l’objet et par l’image, une leçon de choses, parfois aride et souvent abstraite.Sous la direction des inspecteurs d’écoles (1), des agronomes et de M.le curé, Mademoiselle Hudon, avec l’appui des parents et de ses élèves, a créé un vrai musée scolaire qui fait l’émerveillement des visiteurs.Ce musée, simple et à la fois varié, renferme des objets collectionnés ou fabriqués de longue haleine : céréales, graines de légumes, éléments du sol, minéraux de la région, engrais chimiques, bois de la forêt, insectes nuisibles, de la laine, du miel, de la cire, un herbier, des tableaux agricoles, etc., etc ; le tout classé et étiquetté avec soin.L’amour de la terre, la pédagogie, le sens des réalités, bonne volonté et persévérance, voilà ce qu’il a fallu à Mademoiselle Hudon pour organiser son musée scolaire.Lors d’une leçon au musée, il faut voir l’intérêt et la curiosité des élèves, très éveillés par la sensation visuelle qui explique et fait comprendre.L’art d’enseigner, il me semble, n’est que l’art d’éveiller la curiosité, le désir de connaître, la faculté de juger et de conclure.L’enfant surtout, de même que le savant, est curieux : ils savent tous deux qu’ils en ont encore à apprendre.! Nécessairement, l’école doit être à la mesure de l’enfant, à cet âge questionneur où les “ pourquoi ” et les “ comment ” ont besoin d’être satisfaits.Selon le Programme des études agricoles, faisons une heureuse digression ; sortons l’enfant des cadres de la leçon obligatoire, abstraite, sans images, pour le plonger dans un bain rustique.Au musée scolaire, c’est la vie rurale en petit, sa propre vie, où il est chez lui ; c’est l’atmosphère des champs retrouvée.Après la leçon orale d’agriculture, plongeons les élèves dans le concret, replon-geons-les, par le musée, dans le réel de la vie des champs, déjà si familière à leur esprit.Au surplus, et ne l’oublions pas, l’enfant est un actif : il agit, c’est sa nature ; il vit dans le présent et la réalité.Et, le maître, digne de ce nom, sait bien que les sens de l’enfant sont les interprètes et les messagers des choses.C’est par eux que l’esprit des élèves se met en communication avec le monde extérieur et prend connaissance.L’activité de l’enfant s’exerce sous l’influence d’impressions sensibles ; et, aussi, les sens, considérés comme source d’instruction et d’éducation, méritent toute l’attention de l’instituteur.Le musée scolaire agricole, bien organisé et justement utilisé, peut devenir ce que j’appellerais volontiers le centre d’une systématisation psychologique qui convoquerait toutes les facultés de l’élève rural sur son propre terrain champêtre.Baigné dans cette ambiance sympathique, le petit campagnard subit fructueusement cette éducation agricole (1) M.l’inspecteur régional Paul Hubert et M.l’inspecteur du district Henri Lavoie. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 351 qui provoque chez lui des sympathies complices envers la vie rurale.Ce faisant, les choses de la nature lui sont ainsi rendues plus claires, plus agréables, plus compréhensives.De grâce, ne soyons pas de ces barbares inconscients qui refusent à l’enfant des campagnes le pain des champs dont il doit se nourrir.Si le musée agricole aide le maître à créer, dans sa classe, l’atmosphère agreste où s’épanouiront les jeunes intelligences à cultiver, il ne pourra y dépenser trop de soins, car, en vertu d’un mimétisme inconscient, une âme humaine tend toujours à se mettre en harmonie avec ce qui l’entoure.Musée, tableaux agricoles, “ ruralisation ”, tous ces moyens sont loin d’être indifférents à l’esprit et au cœur des élèves ; au contraire, ils impressionneront leur imagination et orienteront leur conception de l’idéal de la vie agricole.Ces moyens excellents n’atteindront leur plein effet que si l’attention des élèves conspire avec le maître et seconde ses efforts, dans un vrai sentiment pro-ter-rien.En somme, que le musée scolaire soit l’œuvre de l’instituteur ; qu’il l’organise lui-même avec le concours de ses élèves, sous la direction de l’agronome et de l’inspecteur d’écoles.Peu de matériaux pour commencer.Collectionnons, améliorons, à mesure que le temps et les ressources le permettront.Évitons de faire du musée un ramassis de curiosités sans valeur éducative ou encore un étalage de bebelles inutiles.Que ce musée soit le résultat de l’ingéniosité du maître, plus encore que celui des crédits de l’État.Et, avant d’y introduire un objet, demandons-nous toujours s’il est susceptible d’être profitable à la leçon de choses et s’il peut prêter à d’intéressantes observations.Enfin, souvenons-nous que l’éducation agricole demeure aussi importante, sinon plus, que l’instruction élémentaire de l’agriculture.A cette fin, donnons au futur cultivateur le goût et l’habitude de l’ordre, l’amour du beau, sources de richesse et de joie dans la vie.Par des exemples, des paroles, (le tout choisi et approprié), mettons les enfants de la campagne en mesure de recevoir des impressions de beauté, des idées de justesse, des plis de mesure et d’harmonie.Hélas, il y a un âge où la poésie semble un luxe, mais pour l’enfance et la jeunesse, la poésie est une sorte d’aliment, un pain quotidien.Dans notre enseignement, — attendu que tout se tient dans la vie, — la notion du beau et du vrai, jetée dans l’âme de l’enfance rurale, aura peut-être chance demain de soulever notre agriculture inerte, presque sans foi, sans espérance, et de l’orienter vers le chemin du savoir, de la confiance et du bonheur.! O maîtres de notre pays français du Québec, gardez aux champs nos enfants du sol, initiez-les, de votre mieux, aux principes d’une saine agriculture ; donnez-leur l’amour de la terre et le goût du travail bien fait ; donnez-leur aussi, avec la joie de connaître, la fierté de la profession ; dans leur cœur, mettez hardiment l’étincelle qui allumera en eux des sentiments supérieurs qui fortifieront et grandiront les agriculteurs de demain ! Jean-Chs Magnan.Agronome. 352 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE SUGGESTION PATRIOTIQUE Aux États-Unis, paraît-il, les maîtres et maîtresses font, chaque jour, saluer le drapeau étoilé par leurs élèves.INe pourrions-nous pas trouver là une des raisons pour lesquelles les fils de Canadiens français éduqués dans des écoles américaines deviennent si rapidement entichés de leur patrie d’adoption ?Pourquoi n’emploierions-nous pas dans nos écoles primaires un moyen si facile d’éducation nationale?Pourquoi ne placerions-nous pas, chaque côté du crucifix, deux petits drapeaux Carillon-Sacré-Cœur qui se croiseraient sous les pieds du Christ ?Pien de plus agréable à l’œil ! Et rien ne serait plus symbolique ! Sans cesse, l’emblème de notre foi, le crucifix, et l’emblème de notre nationalité, le drapeau, nous rappelleraient, à nous éducateurs, notre double obligation de former des catholiques et des Canadiens français.Le salut au drapeau pourrait se faire avant ou après la prière du début de la journée, sinon chaque jour, du moins une fois par semaine.Il est prescrit dans les règlements du Comité catholique du Conseil de l’Instruction publique de faire chanter le 0 Canada dans les classes une fois par semaine.On pourrait profiter de cette circonstance.Que tous nos enfants sachent bien par cœur chacune des strophes de notre hymne national.A l’amour de Dieu, ne craignons pas de joindre l’amour des nôtres, l’amour de notre patrie : c’est faire acte de vertu, c’est obéir au quatrième commandement de Dieu : Tes père et mère honoreras Afin de vivre longuement.Un Éducateur.EXPLICATION DE TEXTES FRANÇAIS Elégies (Pour Y Enseignement Primaire) La mort, non moins que la vie, est un thème poétique d’une extrême richesse, par les réactions que cette pensée provoque dans les âmes sensibles.On trouve des poètes qui ont entrevu par avance leur propre mort, soit pour la bénir, soit pour la maudire.On en rencontre d’autres dont le cœur fut déchiré en se séparant d’un être très cher ; leurs élégies sont capables de nous arracher des larmes.Étudions quelques morceaux de cette dernière catégorie.Nous choisirons les pièces qui concernent les tombes prématurément ouvertes, tombes où reposent les jeunes corps qui ont succombé dès l’aurore de la vie.Conformément à notre programme, nous n’examinerons que les poèmes parus à une époque récente, en ne remontant pas plus loin que Victor Hugo.Nos élèves peuvent trouver là une grande leçon littéraire et morale.Ils verront quel prix a leur existence aux yeux de leurs parents et amis.Ils n’en seront que plus attachés à leur entourage.D’autre part, quels que soient les vastes espoirs qui conviennent ici-bas à leur jeunesse, ils seront avertis de la fragilité de tout ce qui est terrestre et ils éprouveront le besoin de s’assurer une vie plus stable dans l’au-delà.Les sanglots L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 353 des poètes, écoutés avec recueillement, peuvent devenir une éloquente prédication.S’il fait un pareil Cours, le professeur présentera d’abord Victor Hugo, premier en date.Certes, ce prodigieux cerveau eut des heures d’égarement ; mais l’ensemble de son œuvre n’en demeure pas moins spiritualiste et même chrétienne.Un prédicateur alsacien, tout récemment, a pu sans paradoxe faire l’oraison funèbre de ce poète à l’occasion du cinquantenaire de sa mort ; et cela, pour l’édification d’un auditoire très croyant, dans une église de Strasbourg.Une partie du volume intitulé Les Contemplations fut écrite à une époque de grande tristesse : la fille aînée de Victor Hugo s’était noyée accidentellement dans la Seine, à Villequier.Le pauvre père ne s’en consola jamais, et sa désolation lui inspira des vers qui sont parmi les plus beaux qu’il ait composés.Arrêtons-nous seulement à la pièce qui a pour titre A Villequier ; nous y découvrons une âme en voie d’apaisement, après de cruels désespoirs : “Je dis que le tombeau qui sur les morts se ferme Ouvre le firmament, Et que ce qu’ici-bas nous prenons pour le terme Est le commencement.Je conviens à genoux que vous seul, Père auguste, Possédez l’infini, le réel, l’absolu ; Je conviens qu’il est bon, je conviens qu’il est juste Que mon cœur ait saigné, puisque Dieu l’a voulu.” En d’autres passages du même morceau, un théologien strict pourrait reprendre certaines expressions qui ne concordent pas pleinement avec le dogme de la Providence.Il reste là quelques traces des révoltes qui agitèrent ce cœur paternel, aux premières heures de son deuil.Ce qui peut nous rendre indulgents, c’est qu’il s’excuse de ce manque de résignation : “ Seigneur, je reconnais que l’homme est en délire S’il ose murmurer ; Je cesse d’accuser, je cesse de maudire, Mais laissez-moi pleurer.” Après avoir analysé ces sentiments devant ses élèves, le professeur fera bien d’insister sur l’allure classique des vers, bien que Victor Hugo ait voulu affranchir la métrique française des règles par trop sévères d’un Malherbe ou d’un Boileau.On fera aussi remarquer la richesse et la variété des rimes ; elles n’ont rien de factice, de recherché, mais elles évitent les alliances de mots qui seraient banales.Les rimailleurs ont tôt fait d’accoupler des termes comme admirable, adorable, mourir, périr, vanité, charité ; ces combinaisons suppriment à peu près tout effort ; mais les vers valent ce qu’ils coûtent.Pour ce qui est du style des strophes que nous avons citées, un critique sévère admettrait difficilement le membre de phrase : “ Et que ce qu’ici-bas nous prenons pour le terme.” Le mot que a le malheur d’avoir plusieurs sens : il est tour à tour conjonction, pronom relatif, et même adverbe ; il ne faut pas l’employer coup sur coup avec ces diverses acceptions.Les plus grands auteurs n’évitent pas toujours ces négligences.Nous pouvons aborder maintenant le commentaire des vers élégiaques que nous a laissés Charles de Pomairols, un chrétien plus convaincu que ne l’était Victor Hugo, mais, par contre, un poète plus faible que son illustre devancier.Ce qui les rattache l’un à l’autre, c’est la similitude de leurs épreuves.Comme Victor Hugo, Charles de 354 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE Pcmairols perdit une fille sur laquelle il avait concentré toutes ses tendresses.Prêtons l’oreille à sa mélopée ; il déclare qu’il aurait été prêt à mourir pour sauver cette enfant : “ Me donner à sa place au destin comme proie, La sauver en souffrant moi-même, quelle joie! Si le sort eût voulu se prêter à mes vœux.Je ne concevais pas de pouvoir finir mieux Qu’en allant à la mort pour elle, sans le dire.Et mon dernier regard empli de son sourire ! ” Combien sincère est ce dévoûment paternel ! Mais on s’aperçoit bien vite que le poème est de second ordre ; ce style moyen, dénué de toute puissance de relief, confine à la prose ; nous avons ici un lettré délicat qui exerce honnêtement son métier de poète, sans pouvoir atteindre les sommets.Ailleurs, il nous dit que sa fille, bien qu’elle fût sortie de l’enfance, avait conservé la candeur ingénue des premières années ; son âme toute blanche se reflétait sur ces traits innocents.De tempérament discret, presque timide, elle apparaissait comme dans une pénombre et n’aimait à se produire que dans l’intimité du foyer.Là, elle causait, elle chantait parfois, mais sa voix n’était qu’un murmure, tel un gazouillis d’oiseau craintif.La fille était à l'image du père : en effet, contrairement à Victor Hugo, le gentilhomme-poète n’a jamais recherché la publicité tapageuse.Voilà pourquoi ces affinités morales avec sa fille ont rendu la séparation si cruelle : “ Depuis un affreux jour, un dernier cri perdu, J’ai sans cesse écouté, je n’ai rien entendu ! J’écoute encore ; Mon cœur avide explore La sphère sans limite où reposent les sons.Pour reprendre un instant, à l’air qui les dévore, Ta voix évanouie et tes frêles chansons ; Mon désir s’élance, Mais j’épuise mon âme en ce stérile appel ; Un refus éternel M’apparaît dans l’abîme infini du silence ! ” Les rimes sont riches, comme on peut s’en rendre compte ; mais elles ne rachètent pas l’insuffisance de l’inspiration et les embarras du style.Tout au plus, dans le dernier vers, l’allure semble plus ferme que dans le reste du morceau.Nous allons maintenant présenter à nos élèves quelques petits enfants dont le berceau fut proche de la tombe, Joséphin Soulary n’a pas voulu envisager seulement le spectacle de la mort en pareil cas ; à vrai dire, au même instant où un enfant disparaît, un autre fait son apparition, comme pour affirmer le triomphe de la vie.Le poète imagine donc deux cortèges qui se rencontrent à l’église : d’un côté, un cercueil qu’accompagne une mère éplorée ; d’autre part, une cérémonie de baptême où la maman porte entre ses bras un robuste poupon.Ces chassés-croisés ne sont pas rares dans les églises des grandes villes.Nous allons voir le curieux contraste qui résultera de cette coïncidence, quand les deux convois sortiront ensemble de la maison de Dieu : “ On baptise, on absout, et le temple se vide, Les deux femmes alors, se croisant sous l’abside, Echangent un coup d’œil aussitôt détourné ; L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 355 Et — merveilleux retour qu’inspire la prière — La jeune mère pleure en regardant la bière, La femme qui pleurait sourit au nouveau-né.” La transposition est ingénieuse, mais non invraisemblable.L’heureuse maman est secouée par un frisson de crainte : si elle allait perdre, elle aussi, son ange tant aimé ! Quant à la femme en deuil, elle croit revoir son bébé qui, hier encore, était plein de vie.Au reste, le cœur des mères est assez charitable pour qu’elles puissent échanger entre elles des sympathies, au sujet de leurs joies et de leurs douleurs respectives.Joséphin Soulary a parfaitement exploité ce trésor des tendresses maternelles.Autrement isolée est la grand’mère dont Gabriel Nigond nous peint la détresse, en termes aussi poignants que familiers.Il s’agit d’une pauvre femme du peuple qui a perdu sa petite-fille : “ Ma petite Jeannette est morte En son lit, grand comme un berceau ; Voilà sa chambre, où son cerceau Pend encor derrrière la porte.Le morceau compte une vingtaine de strophes très variées, très prenantes.Il aurait fallu traiter exclusivement ce petit chef-d’œuvre dans notre leçon d’aujourd’hui.Nous y reviendrons peut-être, mais il est trop Qird pour que nous puissions l’analyser dans tous ses détails.Savourons du moins les plus beaux passages.Voici le souvenir des heureux moments où Jeannette s’éveillait : “ Je la trouvais, au jour levant, Telle qu’au soir je l’avais mise, .Roulée en sa longue chemise Comme un petit paquet vivant.O ma Jeannette, ma Jeannette, Qui t’éveillais disant : Coucou ! Et, grimpant bien vite à mon cou.Faisais chavirer mes lunettes ! ” Que de traits croqués sur le vif ! Une aïeule ne saurait parler autrement, quo -qu’elle ne s’exprime pas en vers.Nous nous garderons bien de lui donner tort quand elle déclare qu’il ne lui reste plus qu’à mourir, puisqu’elle n’a même plus la force de verser des larmes ; la source en est tarie : “ Je voudrais pleurer, pas moyen! O mon Dieu, des douleurs pareilles ! Les enfants et les bonnes vieilles Ensemble s’accordent si bien ! “Daignez, mon Dieu, daignez m’entendre ! Je n’ai plus à vivre, à présent : Je suis seule, à quatre vingts ans, Et me sens si lasse d’attendre ! ” Voilà un modèle de poésie populaire, sans aucune trivialité.Nous passerons volontiers condamnation sur quelques rimes au singulier qui correspondent à d’autres rimes 356 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE au pluriel, Le ton général du poème comporte ces licences qui seraient moins admissibles dans la haute poésie.Pour finir son Cours, un professeur canadien se doit de citer un poète de chez lui, Louis Fréchette.Ce remarquable écrivain vécut presque autant en France qu’au Canada.Il a pris place dans les Anthologies des poètes français.Les critiques parisiens ont vanté “ son vigoureux lyrisme, la mâle beauté de ses vers.” L’Académie française a couronné deux de ses recueils : Fleurs boréales et Les Oiseaux de neige.Tous les auteurs canadiens ne peuvent passer une partie de leur vie en France ; mais tous ceux qui ont à cœur de bien écrire devraient ambitionner l’honneur de voir figurer leurs œuvres parmi celles qui se vendent à Paris.La littérature canadienne-française trouverait là le meilleur critérium de sa valeur.Chez Louis Fréchette, voici ce qui se rapporte au genre élégiaque.Il avait eu la douleur de voir descendre dans la tombe un jeune enfant, et cette mort fit jaillir de son cœur les vers qu’on va voir.C’est un sonnet qui témoigne d’une Foi chrétienne bien digne d’un Canadien ; au surplus, le morceau est d’une facture non moins artistique.Examinons les deux tercets qui le terminent et qui s’adressent à Dieu : “ Mon chérubin chéri, mon doux bébé mignon, De mes vieux ans futur et dernier compagnon, Vous me l’aviez donné dans un beau jour de fête.Un seul de ses regards était pour moi sans prix ; Pourquoi donc en mes bras l’avoir si tôt repris ?Et pourtant, ô mon Dieu, ta volonté soit faite ! ” Notre époque contemporaine ne connaît plus les poèmes longuement développés, en plusieurs milliers de vers.On se contente de morceaux qui tiennent en une ou deux pages.Mais, en matière de poésie, la quantité importe peu, pourvu que le souffle soit puissant et que la technique ne soit pas trop éloignée de la perfection.Dans les pièces étudiées aujourd’hui, nous avons noté au passage ce qu’il y avait de meilleur et de moins bon.Quoi qu’il en soit, les sentiments dont sont animés ces poètes derniers venus démontrent la survivance tenace des croyances religieuses, les seules qui puissent nous consoler en présence de la mort.Abbé F.Charbonnier, Docteur ès-Lettres.PÉDAGOGIE PRATIQUE Qualités essentielles de T éducateur QUALITÉS INTELLECTUELLES (1) 3.Les facultés harmonieusement développées et l’esprit discipliné— Toutes ces qualités essentielles sont des éléments d’autorité.La mémoire bien exercée, bien meublée, fournit au maître des matériaux, des détails intéressants.(1) Voir VEnseignement Prim,aire de janvier 1937. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 357 L’imagination donne du coloris à ses explications, lui fait découvrir des moyens ingénieux de rendre accessible ce qui est difficile, de rendre concret ce qui est abstrait.Le jugement surtout le fera estimer des élèves parce qu’il l’aidera à mieux connaître leurs qualités, leurs défauts, leurs ressources, le degré de bonté ou de malice de leurs actes.Cette faculté bien cultivée contribue de toutes manières à la bonne marche de la classe : adaptation du programme, préparation des leçons, choix des devoirs ; elle indique dans quelle proportion il faut allier la fermeté à la douceur, comment il faut traiter chaque enfant.Elle préside aux rapports avec les parents, les autorités, le public, fait éviter les conflits et les froissements, concilie au maître l’estime et la sympathie.L’esprit d’observation ne lui est pas moins indispensable.On a dit de l’éducateur: Qu’il soit observateur ou ne soit pas.Cette qualité lui est nécessaire pour connaître les élèves au point de vue intellectuel et moral ; pour se connaître lui-même et faire chaque jour un petit examen de conscience vraiment fructueux.Il en a besoin pour se souvenir et appliquer à son enseignement les fruits de son expérience.Jj esprit de réflexion lui fera éviter des actes inconsidérés, le portera à voir les choses sous leurs divers aspects, disciplinera ses sentiments, fortifiera son cœur contre lesrpeines inhérentes à sa mission d’éducateur.Il importe aussi, pour son prestige et son autorité, que le maître ait l’esprit équilibré par de bonnes études.Chaque genre de connaissances apporte un appoint spécial à cette formation.Les mathématiques donnent l’habitude de la précision, de l’exactitude.Elles apprennent à ne pas se contenter de l’à peu près, à exiger des démonstrations rigoureuses.Les sciences physiques et naturelles exercent les sens et développent l’esprit d’observation.Celles qui impliquent l’analogie apprennent de plus à comparer avant de classer.Quelques-un obligent à des expériences délicates qui exercent la patience et la réflexion.Les études littéraires développent, perfectionnent toutes les facultés essentielles.Le contact avec les grands écrivains forme l’esprit, le cœur, la volonté.Le travail de composition utilise les connaissances et demande le concours de toutes les ressources de l’esprit.L’hùtoire offre à notre appréciation les actions humaines avec toutes les conséquences ; elle forme le jugement, élargit les horizons et donne de fortes leçons morales.Le P.Longhaye la regarde “ comme une introduction naturelle à la maturité de l’esprit, comme une sorte de moyen terme entre les subtilités de la philosophie et les jolis rêves de la pure littérature.” L’étude des langues, surtout des langues anciennes, est une discipline de premier ordre.Le thème et la version impliquent les grandes opérations de la pensée.La comparaison d'une langue étrangère avec la langue maternelle donne aux idées plus de netteté et de justesse.La philosophie est le couronnement de toute formation.Elle découvre les suprêmes lois, les premières causes, les dernières fins.Elle donne des principes à toutes les connaissances et juge de la valeur de leurs méthodes.Cette étude développe l’esprit philosophique composé surtout de trois-qualités que tout éducateur digne de ce nom doit posséder : esprit d’observation et d’analyse, indépendance raisonnable pour penser par soi-même.On peut poser en principe que tout ce qui concourt à la formation intellectuelle du maître contribue à donner à son enseignement plus d’intérêt, plus de solidité, plus de largeur et d’étendue et augmente par là même chez les élèves la confiance et le respect.Louis Kiboulet. 358 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE CES PETITS RIENS .(suite et fin) Les livres sont aussi des amis fidèles, toujours prêts à nous tenir compagnie.Les œuvres de spiritualité et de morale nourrissent l’esprit et réchauffent le cœur; les ouvrages historiques nous transportent en d’autres siècles ou en d’autres pays; les poésies et les romans nous enchantent par des récits fictifs ou réels.Pardonnons-leur de nous enlever quelquefois au pays des chimères où se colore un peu la triste réalité des choses.Que pouvons-nous ajouter ?.LTn sermon dont le texte semble choisi exactement pour répondre aux besoins de notre âme, un beau concert où il nous est donné d’entendre nos airs favoris, la visite d’une exposition artistique qui est un régal pour les yeux.Si la fatigue nous empêche de goûter ces distractions, retirons-nous seules .écoutons le silence des choses .et rêvons tout doucement, oh ! un tout petit peu .laissons errer nos pensées vers le passé où dorment tant de charmants souvenirs, ou regardons l’avenir dans une claire vision de courage et de gaîté.Mais revenons bien vite à la réalité et nous voici de nouveau avec nos élèves qui nous dispensent bien des petites joies auxquelles nous ne devons pas être insensibles.Ne soyons pas trop exigeantes, ne demandons pas trop .tout simplement : un mot affectueux et reconnaissant, une fleur offerte avec un bien beau sourire, une attention touchante, un service gentiment rendu, un succès remporté dans un examen.Les voilà, les milles petites pierres que nous devons réunir avec art pour former la mosaïque précieuse de notre bonheur.Une romancière française, qui a écrit des pages exquises, emploie souvent cette expression : fabriquer du bonheur — Fabriquer, comme ce mot est vivant et pittoresque! Fabriquer, cela ne se fait pas sans un acte de la volonté ; cela suppose le don de soi et de son temps, l’emploi de matériaux bien choisis et bien adaptés.Donc fabriquons notre bonheur et amplifions-le du bonheur que nous donnerons aux autres.Je laisse ici parler un poète : “ Tout le bonheur qu’on a vient du bonheur qu’on donne ” — dit-il.Donner du bonheur, que faut-il pour cela?Souvent, il suffit d’un mot qui console, d’un sourire qui encourage, d’un conseil qui relève, d’une marque de sympathie qui réconforte.Pour nos élèves, faisons (’avantage, laissons notre affection leur créer une atmosphère agréable, un décor plaisant : des plantes ou des gravures donneront un air accueillant à la salle de classe, des récompenses ou des louanges judicieusement accordées feront battre les jîetits cœurs de plaisir et de fierté.Portons un intérêt léel ou simulé aux menus incidents que les plus jeunes surtout viennent raconter avec tant d’empressement, ayons une caresse pour sécher les larmes et consoler les gros chagrins des tout petits, donnons un enseignement aussi attrayant que possible où nous ferons large la part du récit dans les premières années du cours.A ces seuls mots: “Je vais vous conter une histoire”, les physionomies deviennent vivantes et curieuses, les yeux se lèvent interrogateurs et avides, mais aussi pleins de joie.Il nous faut gronder et punir parfois, évitons dans nos réprimandes les épithètes injurieuses qui cinglent l’amour-propre et se gravent dans la mémoire.Au besoin, usons d’un peu d’indulgence, une punition peut être levée sans nuire à l’autorité ou à la justice.Rappelons-nous les vers de Sully Prud’homme : “ Le temps passe et remplit la mémoire à plein bord, Le souvenir nouveau, c’est la dernière goutte Qui sous le moindre heurt, s’en échappe d’abord Tandis que la première au fond demeure toute.” L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 359 Faisons en sorte que les souvenirs de l’école qui ne s’effacent pas soient beaux et joyeux.Les petits enfants ont des âmes de poètes, ne les déformons pas, apprenons-leur à se réjouir d’un soleil radieux, à se consoler d’une ennuyeuse pluie en pensant qu’elle fera croître les fleurs et les fruits, faisons-leur désirer l’apparition de la première neige à l’hiver ou le retour des petits oiseaux au printemps.Qu’ils sachent enfin goûter les “ milles petits riens ” qui embellissent la vie et font oublier que la route du devoir est bordée d’épines.Quand nos élèves quitteront l’école, nous pourrons nous rendre le témoignage que nous les avons armés pour la lutte de la vie, en leur enseignant par nos paroles et nos exemples, avec la science religieuse et profane, “ l’art d’être heureux de tout et de rien ”.Ainsi, ils ne mériteront pas ce reproche que Rostand met dans la bouche de Jésus, parlant de la Samaritaine : “ Elle s’en va.C’est bien la pauvre Humanité Qui frôle le bonheur et qui passe à côté.Marguerite Beaudry, Institutrice, Montréal.LA COMPOSITION FRANÇAISE A L’ECOLE PRIMAIRE Suite (1) Ne décourageons pas les premiers efforts de nos élèves.Comme il faut user de patience, d’industries, d’encouragements tout d’abord ! Dans un fouillis inexplicable de fautes et d’expressions barbares, on trouve parfois une perle fine, on sent un talent qui s’éveille, une intelligence qui s’ouvre et met à profit les premiers enseignements reçus.Amener l’enfant à fournir un effort personnel, le mettre en état de découvrir ses fautes et de les corriger, tel doit être l’objectif poursuivi par toute institutrice soucieuse de former ses élèves à la composition française.Mgr Ross nous dit : “ Elle ne manquera jamais de louer un effort, d’encourager une initiative et d’inspirer la confiance qui soutient.” Je me souviens d’une petite enfant de 7 ou 8 ans qui apportait toute fière un de ses premiers devoirs sur “son petit chat!” Après avoir décrit son minet en quelques mots, elle ajoutait : “ Il est bien fin mon petit chat ; mais il a deux gros défauts: il est voleux, puis il est menteux ! ” Au lieu de se moquer, la maîtresse lui demanda : “ Il parle donc, votre petit chat ?” —“ Oh ! non ! Mère ! ” —“ Mais, vous dites qu’il est menteur !” — “ C’est que, répondit l’enfant, il vole et il se cache ; il fait semblant de rien — Ah ! bon ! de reprendre la maîtresse, votre chat est hypocrite ; ce mot là veut dire : faire des choses vilaines et se cacher ; faire semblant qu’on n’a rien fait.Et la petite, docile, d’écrire : “Mon chat est pas menteux, il est tépocrite ”.Il fallait encore corriger, mais il y avait un pas de fait.Pour varier et soutenir l’enthousiasme des enfants, il faut, au cours moyen, remplacer de temps à autre, une fois par semaine par exemple, la composition par de la phraséologie, que nous corrigerons tout comme la composition.Commençons par des mots faciles, connus ; encourageons l’élève à faire, avec le mot suggéré, une belle petite phrase claire, rare ; c’est la clef du succès.On peut même promettre un point de plus à l’élève qui aura cherché, qui aura trouvé une phrase non banale.Ainsi, l’enfant qui écrira avec le mot soleil'.“ Le soleil brille, ” ne mérite évidemment pas la même note (1) Voir Y Enseignement Primaire de janvier 1937. 360 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE que celui qui aura écrit : “ Quand le soleil paraît le matin, tous les petits oiseaux chantent à la fois La phraséologie est un exercice très pratique, et, à mon avis, nous l’ignorons trop dans nos clauses.Je disais tout à l’heure qu’il y a pénurie d’idées chez nos élèves.En effet, c’est l’obstacle contre lequel se heurte l’enfant qui commence à composer.Et Dieu sait si nos oreilles de professeur sont habituées à cette phrase : “ Je ne sais pas que dire ”.Nos enfants sont là, devant leur page blanche, songeurs, tristes, maussades ; leur physionomie nous révèle que la composition n’a rien de bien attrayant pour eux.Qui doit les aider à penser ?Nous ! Par des questions soigneusement préparées, par quelques petits moments obligatoires de concentration en eux-mêmes et d’observation d’un objet ou d’une personne.Le sujet de la composition est-il, par exemple : “ Les petits oiseaux ”.Demandez aux enfants, vous servant de leurs réponses pour poursuivre vos questions et leur donnant ainsi l’illusion qu’ils ont trouvé tout seuls : Qu’est-ce qu’un petit oiseau ?Ils répondront : “ Un petit animal ”.De quoi est-il vêtu ?Quelle est la cou’eur de ses plumes ?Est-ce qu’il marche ?Vole-t-il très haut ?Quelle est sa maison ?Qui construit son nid ?L’oiseau y demeure-t-il toujours ?Quand s’éloigne-t-il de nos parages ?Pourquoi ?Où va-t-il ?Quand reviendra-t-il ?Aimez-vous les petits oiseaux P Pourquoi?Sont-ils aimables seulement par leurs chants?etc.etc.L’enfant va se mettre au travail avec joie.On lui a montré à penser, à trouver des idées, il n’aura plus qu’à les transcrire, et c’est encore une rude besogne.Ici cependant, il faut éviter un écueil.L’intelligence paresseuse, ennemie de l’effort, se contentera de ce que nous lui avons fait découvrir.Ne nous montrons pas trop vite satisfaites.Encourageons finement à trouver quelques détails inédits, quelques idées personnelles.Et à ce sujet, ne soyons pas avares des points qui stimulent et aiguillonnent.Louons hautement un élève qui aura traité le sujet d’une manière originale et neuve.L’enfant comprendra alors et retiendra toute sa vie, que composer, c’est dire ce que l’on pense, soi-même, sur un sujet, et non répéter servilement ce que d’autres ont pensé et écrit.Il comprendra qu’un devoir sur l’automne, par exemple, peut être très bien jugé, même s’il ne parle pas de “ feuilles qui tombent et de soleil qui pâlit ”.En troisième et quatrième années, l’enfant est porté à faire des phrases incomplètes.Pourquoi ne pas faire indiquer d’un trait ou d’une lettre, le sujet, le verbe et le complément de chaque proposition ?L’enfant constatera lui-même son erreur, et on ne verra pas en septième et huitième années, de ces phrases enchevêtrées, impossibles à comprendre autant qu’à analyser.Tout ceci, sans doute, demande du dévouement, de la patience.Quelle abnégation ne faut-il pas pour se pencher ainsi vers l’enfant, épier l’éveil de sa pensée, s’ingénier à donner de l’ampleur à cette pensée et à la conduire dans des voies sûres et droites.Pour nous encourager, avons-nous parfois songé qu’après le catéchisme, c’est peut-être par la composition que nous pouvons le plus atteindre les âmes ?Qu’est-ce que l’éducation, sinon l’épanouissement d’une âme ?Or, supposé que nous soit donné, un seul jour, le pouvoir magique de faire, d’un souffle ou d’un geste léger, s’épanouir les fleurs, comme nous irions vite par les jardins et les prés, faisant se dérouler le pétale des roses, faisant s’ouvrir mille corolles parfumées.Nous en sèmerions jusque le long des routes, ce serait une profusion de fleurs.Mais que serait donc ce pouvoir merveilleux, en comparaison du don que nous avons d’ouvrir les âmes ?D’où obligation rigoureuse d’un choix sévère, étudié, approfondi des sujets de composition que nous donnons en classe.Nous apprenons par exemple à connaître nos enfants dans un de leurs devoirs.Dans la.composition suivante, sagement préparée, nous pouvons redresser un jugement qui s’égare, corriger un défaut qui s’affirme, en un mot, élever un cœur, l’ennoblir, sans que l’enfant se doute du travail poursuivi dans son petit intérieur.Il faut, en ornant L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 361 l’esprit, faire entrevoir à Pâme des horizons toujours plus élevés et plus vastes.Mais ce n’est que par des recherches sérieuses et une préparation méthodique que nous parviendrons à des résultats si consolants et si dignes d’une éducatrice.Que penser alors d’une institutrice qui arrive en classe et qui cherche là, à la hâte, devant ses élèves, le sujet qu’elle donnera à développer ?Qu’elle agisse ainsi habituellement et elle aboutira à un échec complet, tant au point de vue moral qu’au point de vue intellectuel.Quelles qualités faut-il tout spécialemeent cultiver dans la composition ?Il sera toujours vrai de dire que, au point de vue du fond aussi bien que de la forme, la clarté reste la base du style.Les enfants aiment les grands mots ; ils les placent à tort et à travers dans leurs devoirs ; leur jugement n’est pas encore formé, leur mémoire est souvent rebelle, l’expression propre leur manque.Tout ceci fait que nous recevons parfois des devoirs incompréhensibles.Cet écueil serait en partie évité, si nous exigions des commençants, des devoirs courts, des phrases bannissant toute affectation.Voulons-nous obtenir des-compositions claires et intéressantes, ou, pas trop longtemps assommantes ?Qu’elles; ne dépassent pas une demi-page en troisième année, trois quarts de page en quatrième, de une à deux pages en cinquième, sixième, septième et huitième années.On permet trois ou quatre pages accidentellement à des enfants bien doués sous ce rapport ; car, trouvons l’enfant qui remaniera avec un soin parfait un brouillon de plusieurs pages,, et qui se mettra ensuite en devoir de le transcrire convenablement, surtout si le temps qui lui reste est limité.Si le devoir est d’une longueur raisonnable, l’enfant s’habituera, à établir un choix dans ses idées, à condenser, à résumer, et à ne conserver que la fine fleur de sa pensée.Tout autant de gagné pour la clarté et l’intérêt.Une précieuse qualité de fond, la vérité.Libre à l’élève d’inventer tout à son aise, quand il doit traiter des sujets d’imagination, tels que légendes, contes, rêves.Mais en dehors de ce genre, tout en favorisant le travail de l’imagination, il faut savoir brider cette dangereuse faculté, lorsqu’elle dépasse les bornes de la vérité et la vraisemblance.Cultivons aussi la noblesse : les expressions de l’élève sont souvent vulgaires.Sans l'humilier, pourquoi ne pas lui suggérer des termes plus distingués ?Faisons-lui remarquer que tel fait qu’il raconte avec des mots vulgaires, gagnerait beaucoup à être décrit avec telles expressions plus gracieuses et plus élevées.Tslous formerons ainsi son goût •et son jugement.—(à suivre).Une Sœur de la Charité de Saint-Louis.LA JOIE ET LA BONNE HUMEUR DANS L’EDUCATION (Suite et fin) Montaigne demandait autrefois qu’on réveillât les enfants au son de la musique.Un philosphe moderne écrit que la jeunesse devrait être élevée in hymnis et canticis.Us ont raison ; car rien n’est éducateur comme les belles harmonies, comme la joie, la gaîté, la bonne humeur, comme les sourires, comme l’enthousiasme.Le Créateur n’a-t-il pas mis dans les rayons du soleil la force mystérieuse qui éveille l’âme des plantes, l’éclat et le parfum des fleurs et la saveur des fruits ?C’est une divine leçon qui place dans la volonté et dans la vertu d’être toujours épanoui tout le secret des éducations parfaites. 362 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE Je ne réclame donc de vous, si vous voulez être des maîtres accomplis, et de vos élèves, s’ils ont l'ambition de répondre aux espérances de leur jeunesse, qu’une constante initiative ; celle de la joie, la joie pour instruire, la bonne humeur pour apprendre, la joie pour réformer, la bonne humeur pour transformer, la joie et la bonne humeur dans le devoir, dans l’épreuve, dans l’effort, la joie et la bonne humeur toujours ; non pas la dissipation, mais la joie saine et douce qui sourit à la vie, et la bonne humeur qui en accepte les tâches, quels qu’en soient les sacrifices ou la félicité.Cette double et essentielle vertu éducatrice est celle qui reproduit le mieux en nous l'image calme et pure de Dieu, qui nous emporte le plus haut au-dessus des misères et des tristesses de cette terre, cpii nous fait le plus homme en nous donnant une âme plus vivante et plus radieuse ; sans elle, il n’y a pas en nous de moralité ni de sociabilité.Si vous pouviez savoir ou même entrevoir tous les chagrins, toutes les rancœurs, toutes les haines qui s’amassent, tous les mauvais soupçons qui croissent, toutes les révoltes qui s’exaspèrent dans les jeunes âmes que la joie et la bonne humeur de l’éducation ne pénètrent pas, d'où l'amour allègre et tendre est absent, où la seule contrainte préside ! Les âmes tristes sont toujours de tristes âmes, des âmes sans élévation ni fécondité.Rien n’est d’ailleurs plus difficile, si rien n’est meilleur, que cette méthode et ce devoir éducateur de la joie.Son accomplissement réalise admirablement une parole de nos Saints Livres : Qui seminant in lacrymis, in exultntione metent.Elle croît dans la douleur, et parce qu’on veut la chercher à d'autres sources, on ne l’a presque jamais vraie, on ne la possède qu’en passant et l’on reste petit, vulgaire et médiocre, parce qu’elle n’élève et transfigure que peu de nous.Si j’avais, en finissant, un conseil à donner à vos enfants, je leur dirais : “Vous, qui êtes à l’âge où la jeunesse vous fait la joie plus familière, soyez-en, pour grandir, les fidèles, j’allais dire, empruntant le langage courant du ministère pastoral, les dévots et les dévotes.Pour transfigurer notre société si triste, soyez de la bonne humeur les disciples et les messagers.“Plus vous en jetterez dans vos écoles les chants heureux, et plus vous les ferez prospères.Elles seront toujours comme vous, et comme plus tard votre foyer, grandes à la mesure de votre joie.En les quittant, portez-en la semence et l’écho dans vos familles, aux quatre coins de l’horizon, à toutes les extrémités du pays, et que le bonheur qui rayonnera par vous en tous lieux soit le témoignage et la garantie de la bonne et haute éducation que vous y aurez reçue”.{Le Prêtre Éducateur.) Mgr Tissier, Evêque de Châlons.À Lire Dans VEnseignement Secondaire du Canada, de janvier 1937, sous le titre l'Ecole Active, un très intéressant compte rendu de l’examen de Pédagogie à l’Univesité Laval (Cours de vacances de 1936 aux institutrices).L’Enseignement Secondaire se publie à l’Univesité Laval.Québec.La Montée, Québec, numéro de décembre 1936.Ce bulletin est l’organe du Cercle Marie-Rollet des institutrices de Québec. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 363 POURQUOI PRENDRE SOIN DE NOS VIEUX MOTS (Suite) (1) Non, les élèves de la petite école du “Trois”, dans la paroisse Saint-Michel, tout espiègles qu’ils puissent être, n’auront point l’envie de répondre comme ceux d’Albert Thierry, dans Y Homme en 'proie aux enfants, après que leur maître leur a lu une description de la forêt de Fontainebleau par Flaubert : “ M’sieu, ça c’est n’importe quelle forêt ; je la connais, moi, la forêt de Fontainbleau.” Lisez plutôt cet extrait, et dites si pareil tableautin est tout inventé : D’abord, les rapaülages, c’est presque toujours à l’ombre du bois, là où les grandes faucheuses ne peuvent aller à cause des pierres et des souches.Il faut donc les faucher doucement, par petits andains, à la petite faux.Et dans ce foin des rapaillages, que de gentilles choses il y a ! Il y a des herbes de senteur, du baume, du thé des bois, du trèfle d’odeur, de la fougère, et tous ces parfums secoués par la faux vous montent délicieusement à la figure.Il y a aussi des fruits, des fraises des champs, et de belles et de juteuses, qui ont crû à l’ombre ; il y a des framboises, des catherinettes, quelquefois même les premières mûres, quand il n’y a pas dans le feuillage au-dessus de votre tête des cerises, des étrangles et des petites merises.Dans les rapaillages il y a encore des chants d’oiseaux ; il y a des nids bien cachés que vous mettez à vue en coupant l’herbe, et voici des petits œufs, gris, blancs ou bleus, enveloppés de crin et de duvet, et voici encore des oisillons frileux qu’il est si doux de tenir dans sa main.Dans les rapaillages de par chez nous il y avait aussi un vieux puits abandonné, d’une margelle en bois.Chaque année, en fauchant, nous levions le couvercle.Penchés sur le bord, nous écoutions les gouttes d’eau qui, des pierres humides des parois, tombaient avec rythme sur la surface du fond immobile et noire.Et cette solitude et ces larmes secrètes du vieux puits qui pleurait son abandon nous emplissaient l’âme de mélancolie et de mystère .Oui, dans les rapaillages de par chez nous, il y avait tout cela, tout cela ! Ah ! qu’il ferait bon quelquefois dans la vie trouver encore quelque bout de rapaülage à faucher ! Quelques lignes plus loin, voici une scène non moins achevée : C’était dans mes premières années de collège, par un soir de fin de juin, un soir de fenaison.Nous retournions au foyer, les jambes pendantes au bord de nos grand’charrettes, le chapeau sur l’arrière de la tête, une tige de mil entre les dents.Les chevaux s’en allaient lentement, de leur pas fatigué.De larges bandes de lumière retraitaient de clôture en clôture et se repliaient rapidegient du côté de l’ouest, où le soleil, derrière le rideau des arbres, achevait de s’éteindre comme une lampe qu’on vient de baisser.Cependant il rougissait encore la grande pièce de mil en bas des coteaux que tout à l’heure, en prévision du serein, nous avions mises en veillottes.A l’entrée de la forêt un bois-pourri reprenait éperdûment son chant monotone, et, du fond lointain, lui répondait à intervalles bien marqués, le cri solennel du héron.Soudain du village là-bas s’en vint le bonsoir de l’angelus.Nettement, dans l’apaisement de tous les bruits la cloche tinta ses rumeurs de prière.Presque en même temps les derniers moulins venaient de cesser leur chanson, et seule, au bout des terres, continuait de résonner la voix claire d’un enfant qui appelait ses vaches.Mais il faudrait citer aussi le voyage de la Grise menant les enfants à l’école, la description du logis des vieux colons sur le dépent de la montagne, la prière du soir au pied de la croix, la visite aux blés le dimanche après Vêpres ; il faudrait tout citer.Les llapaillages, à la vérité, sont un produit authentique et charmant de notre littérature régionale.* * * Il en est d’autres, et vous me permettrez de faire encore un bout de lecture, cette fois dans le savoureux petit livre de votre principal ouvrier, Messieurs du Parler français, le Juge Rivard, Chez Nous.J’en lirai la première et la dernière page.(1) Voir Y Enseignement Primaire de janvier 1937. 364 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE LA MAISON Il y en avait de plus grandes ; il n’y en avait pas de plus hospitalière.Dès le petit jour, sa porte matinale laissait entrer, avec le parfum des trèfles, les premiers rayons du soleil.Et jusqu’au soir, elle offrait aux passants le sourire de ses fenêtres en fleurs, l’accueil de son perron facile, l’invitation de sa porte ouverte.De si loin que vous l’aperceviez, elle vous plaisait déjà, et, quand vous étiez tout proche, elle se faisait si attrayante que résister à son appel devenait impossible ; vous entriez.Dès l’abord vous étiez chez vous.«Asseyez-vous, l’ami, et prenez du repos.» Travaillait-on, — et l’on travaillait toujours, — on s’interrompait pour vous bienvenir.Si vous étiez altéré, le banc des seaux était là, avec la tasse à l’eau, reluisante et toujours amain.La table était-elle mise, vous étiez convié, et sur la plus belle des assiettes à fleurs le meilleur morceau vous était servi.Si vous arriviez à la tombée de la nuit et aviez encore loin à cheminer, on ouvrait pour vous la chambre des étrangers, la plus grande et qui avait le meilleur lit.Qui donc n’arrêtait pas chez nos gens, ne fut-ce que pour apprendre des vieux quel temps il devait faire le lendemain ?Seuls, les hôtes mauvais passaient tout droit, et d’un pas plus pressé, devant la maison hospitalière.Il y en avait d'une parure plus opulente ; il n’y en avait pas de meilleures à voir.Ses quatre murs, solides, fortement liés, de tout repos, inspiraient d’abord confiance.Les pierres étaient vieilles; mais, à chaque printemps, elles faisaient leur toilette à la chaux, et il n’y avait guère de maisons aussi blanches dans toute la paroisse.Et voyez-vous comme, sur cette blancheur mate et chaude, les volets verts se détachaient et réjouissaient l’œil?.Une petite vigne canadienne, accrochant ses vrilles aux balèvres du long pan, grimpait du solage aux acoyaux, courait sous le larmier, et allait vers le soleil pousser ses plus belles feuilles au pignon.Le toit aussi était agréable à voir, avec ses bardeaux goudronnés, la lisière blanche de son cadre, ses lucarnes en accent circonflexe, son faîtage pointu, et sa cheminée de pierres plates.Au coin du carré, sous le dalot, une tonne recueillait l’eau de pluie, douce et précieuse ; à la devanture de sable fin, un banc, deux lilas, quelques gros cailloux blanchis.Tout cela était clair, propre, bien ordonné ; tout cela convenait.Je ferme les yeux, et je la revois encore, la maison de nos gens, blanche, dans la lumière, sur le chemin du roi.Il y en avait où la gaieté était plus bruyante ; il n’y en avait pas de plus profondément joyeuse.On savait, là, tous les cantiques ; on savait, là, toutes les chansons.Et on les chantait bellement avec des^ons les plus jolis du monde.La vie n’était pourtant pas moins rude à nos gens qu’aux autres ; ils devaient, eux aussi, trimer dur pour gagner leur pain ; et l’épreuve était venue, année après année, faire leurs pas plus lourds, leurs fronts plus ridés.Mais l’âme de ces anciens était forte ; le malheur même n'en avait pu troubler le calme profond.Us savaient que cette vie n’est rien, et, résignés aux tristesses d’ici-bas, pleins d’une confiance sereine, en paix avec la terre, en paix avec le ciel, ils laissaient simplement couler leurs jours vers la Grande Espérance.Matin, midi et soir, nos gens priaient ensemble ; et, parce qu’ils avaient prié, les tâches étaient plus douces, les fardeaux moins lourds, les peines plus vite consolées.Aussi, la joie était-elle revenue, après chatoie deuil, habiter cette maison comme l’oiseau retourne à son nid.Qu’il faisait bon vivre chez nos gens ! Soudain, et comme par miracle, on s’y trouvait délivré de tous les soucis, loin de tous les tracas, à l’ai ri de toutes les intrigues.Rien de mal ne se pouvait concevoir sous ce toit béni.On y passait des jours de paix heureuse et discrète.On y était meilleur.Qu’il eût fait bon mourir chez nos gens ! Tout cela, n’est-il pas vrai, est d’une harmonie et d’un rythme insurpassables.L’émotion aussi et la pensée y sont profondes.Ecoutez l’autre citation : il n’est plus du temps Le vieil Anselme est mort.Aussitôt, par la paroisse, le bruit en a couru : «Le père Anselme est sur les planches;)) et de partout l’on vient, en silence, lui faire une dernière visite.Il est là, au milieu de la chambre tendue de noir, paré, comme aux jours de fêtes, de ses habits du dimanche, Mais le grand vieillard ne se lève pas, comme à l’accoutumée, pour bienvenir les visiteurs ; son corps, très lourd, reste étendu sur le lit de parade.Ses mains ne s’ouvrent pas pour l’accueil ; elles sont croisées dans le geste, qui se prolonge, de la prière suprême.Sa face ne s’éclaire pas du sourire habituel ; les traits, rudes et calmes, sont fixés pour toujours.Le vieil habitant est mort : il n’est plus du temps.C’est le soir, à la brimante, que ses pauvres yeux se sont fermés. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 365 Or, voici, le lendemain, luire de nouveau l’aube coutumière.Trois quarts de siècle durant, du Jour de l’An à la Saint-Sylvestre, le laboureur s’est levé dès qu’à l’horizon blanchissait la barre du jour ; aujourd’hui, les clartés avant-courrières se répandent sur les champs, puis le soleil paraît, mais les paupières matinales restent closes.Anselme, vieux lève-matin l Que fais-tu, si tard, étendu sur ta couche ?Léve-toi, il est l’heure ; car les coqs ont chanté, le jour est déjà haut.Anselme, la besogne t’appelle ! Lève-toi!.L’impassible dormeur ne se réveille pas.Malheur à nous! La lueur de nos aurores ne pénètre pas dans l’ombre où il est plongé.Les heures passent, la journée s’achève.Depuis soixante ans, c’est lui qui, le soir venu, rentre les bêtes, ferme les portes.Anselme ! Anselme ! Il fait sombre, et bientôt ce sera la noirceur ; car la nuit tombe-Ne'feras-tu pas, comme à l’ordinaire, le tour des bâtiments?Les vaches meuglent vers l’étable, la porte de la grange est ouverte.Va donc mettre ordre à ces choses, puis tu viendras t’asseoir sur le perron, et, comme tu l’as fait tant de fois, tu regarderas, tranquille, décroître le jour.Mais le laboureur, qui n’a pas vu le soleil paraître, ne voit pas plus l’ombre grandir.Gloire à Dieu ! Le vieil Anselme est entré dans une lumière qui ne connaît pas de crépuscule.Il n’y a plus pour lui de jours, ni de nuits : il n’y a que l’éternité.Le vieil Anselme n'est plus du temps.* * * Voyez-vous bien, Mesdames et Messieurs, pourquoi il faut prendre soin de nos bons vieux mots ?Ils sont de pure tradition, et ils enveloppent nos plus inamissibles souvenirs.Mots sans heurts ni secousses, emprunterai-je encore à notre maître entre tous sur le sujet’ le Juge Rivard, et dont les syllabes se déroulent comme les légères ondulations de la plaine bourbonnaise ; mots doux et riants comme les campagnes et les horizons nivernais ; mots du Berry, pittoresques, qui ne sont plus guère que du sens, pleins de grâce et de poésie, et qui conviennent singulièrement à l’âme populaire, amante de la terre ; mots saintongeois, saupoudrés de sel gaulois ; mots du Poitou, expressifs dans leur forme vieillie de la langue d’oïl, et plus doux dans leurs syllabes d’origine occitane ; mots normands, aventureux et conquérants comme des Vikings venus sur des barques rouges, et qui gardent encore les accents vigoureux delà langue de Wace et la richesse de forme de l’idiome de Théroulde ; mots du «mol» Anjou, doux comme les habitants et le climat de cette province, et qui peignent toute chose en rose ; mots de la Touraine, qui savent rire ; mots de la Bourgogne, subtils et primesautiers, gais et colorés, pleins d’entrain, de verve et de bonne humeur ; mots picards, rustiques et terriens, semeurs de sentiments et de sensations ; ce sont ces mots, sortis du vieux terroir comme autant de fleurs champêtres nées de la glèbe, qui nous ont conservé ce parler cher à nos lèvres, le seul qui convienne à l’expression de notre conscience nationale, et c’est la gloire immortelle de nos pères de nous avoir légué, avec la langue française classique, les sources fécondes où celle-ci puise ses sucs les meilleurs.* * * J’avais parlé, le dimanche 20 octobre dernier, à la cathédrale de La Rochelle, et le lundi j’étais aussi monté en chaire à Sainte-Marie de l’île de Ré.Des foules m’avaient écouté.Au sortir, un prêtre et quelques laïcs paraissaient intrigués.S’approchant de l’un des membres de ma suite, ils osèrent interroger.— Le Cardinal, dirent-ils, quand il parle à ses gens, comment leur parle-t-il ?— Mais, tout comme il vient de le faire, il n’a rien changé.— Et on le comprend ?— Certes, oui, on le comprend, parce que nos mots sont des mots de ¦parlure française, que nous avons conservés.Mots qui sont comme miel en bouche, aimait à dire Monseigneur Adélard Langevin, archevêque de Saint-Boniface.Il recueillait comme des morceaux de sucre les vieux mots, et avait lui-même des trouvailles d’expressions que lui eût enviées le saint Évêque de Genève au langage si coulant à l'oreille et si frôlant au cœur. 366 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE A la réception que me firent à La Rochelle les Amitiés canadiennes des provinces de l’Ouest, le Président, M.Cailloux, en un langage aussi distingué que rempli d’admiration pour le Canada français, exposa la thèse de notre survivance.Elle fut illustrée d’abord par les chants français conservés sur nos bords et qu’une maîtrise fit entendre.Et peut-être aussi mon allocution illustra-t-elle que nous avons gardé la langue française.En tout cas, pendant que je me sentais remué au plus profond de mon âme de me voir ainsi soudainement transporté dans une province de France et d’en saisir l’âme en même temps que j’en parlais le langage, je n’apercevais plus devant moi que des yeux mouillés.Le lendemain, nous allions sur la route claire qui mène de La Flotte à Sainte-Marie dans l’île de Ré.J’avais souhaité visiter le lieu d’origine dé mon ancêtre Mathurin Villeneuve, et ce jour-là encore l’on me faisait fête.Les rues étaient pavoisées, les maisons blanches aux volets verts éclataient sous un soleil doux, tandis qu’une brise d’octobre caressait nos visages.La foule des paysans nous suivait sur la chaussée en rangs serrés, et, en les bénissant au passage, je jetais un regard vers les vieillards et les petits enfants penchés aux fenêtres.C’est ainsi que j’apercevais les visages moustachus des vieilles sous leurs bonnets blancs.Visages usés par l’âpreté du labeur, mais où des rayons scintillaient dans les yeux.Je les reconnaissais nos vieux mots, parfois rudes et sans façon, mais beaux quand même sous leurs bonnets clairs, et descendant comme nous des vieux siècles de la vie française.On nous répétait là-bas le vers de Zidler : C’est notre doux parler qui nous conserve frères.Songeant aux pures croyances et aux habitudes religieuses que nous a transmises notre langue en Nouvelle-France, j’avais envie d’ajouter : C’est notre doux parler qui nous a gardé Dieu.f J.-M.-Rodrigue Card.Villeneuve, O.M.I., archevêque de Québec.LE DEVOIR MISSIONNAIRE DES INSTITUTEURS ET DES INSTITUTRICES {suite et fin) (1) La prière quotidienne en classe pour les missions ; la Sainte Communion de temps à autre pour les missions ; aussi les lectures, les récitations, tournant avec discrétion les regards des élèves vers les missions, l’œuvre de la Sainte-Enfance bien établie, le “ petit sou missionnaire ” recueilli chaque mois, voilà autant, comment dirais-je, d’exercices pratiques préparatoires à la vocation missionnaire.Dans les classes supérieures, on pourra ajouter des cercles d’études, des ligues ou autres organisations.Dans ces cercles on étudierait la vie merveilleuse de nos Saints Martyrs canadiens ; on ferait apprendre et réciter en classe l’une des plus belles pages de la Légende d’un 'peuple, de Fréchette : Missionnaires et Martyrs.Quel est l’adolescent qui lira ou entendra réciter les strophes suivantes du poète canadien sans ressentir une profonde émotion?1 ’ (1) Voir VEnseignement Primaire de janvier 1937. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 367 Oh ! lorsque l’on parcourt nos annales naissantes, Et que, tournant du doigt ces pages saisissantes, On poursuit pas à pas par la pensée, au fond De la forêt immense encore inexplorée, Ces immortels semeurs de la moisson sacrée, On éprouve un trouble profond.Vieux prêtres au front chauve ou lévites imberbes, Pieds nus mais souriants, harassés mais superbes, Aux plus mortels dangers prodiguant leurs défis, Regardez ces héros, en leur ardeur sans borne, S’enfoncer à travers l’horreur du désert morne, Sans autre arme qu’un crucifix.Fleuves, monts et torrents, chaleurs, pluie ou tempête, Rien ne les décourage et rien ne les arrête ; Narguant les jours sans pain, bravant les nuits sans feu, Poursuivis par les loups et guettés par les fièvres, L’Évangile à la main et le sourire aux lèvres, Ils vont sous le regard de Dieu.Où ?Qu’importe ! leur zèle embrasse un hémisphère.Sous des cieux incléments si loin que vont-ils faire P Quel but rêvent-ils donc qui les fait tant oser ?Où donc est le secret du feu qui les consume ?C’est que leur mission en deux mots se résume : Convertir et civiliser ! Devant ces deux grands mots point d’obstacle qui tienne ! Oui, ces fiers envoyés de la France chrétienne N’ont qu’un vœu, qu’un désir et qu’une ambition : Conquérir, par l’effort de vertus surhumaines, Des âmes à l’Église, et de nouveaux domaines A l’héroïque nation.O mon pays, au cours des siècles qui vont naître, Puissent tes fiers enfants ne jamais méconnaître Ces humbles ouvriers de tes futurs destins ! Ils furent les premiers défricheurs de la lande : Qu’on réserve toujours la plus fraîche guirlande Pour ces vaillants des jours lointains ! Et nous, qui recueillons—oui, croyants ou sceptiques Les éternels bienfaits que ces âmes antiques Sur notre terre vierge ont semés en passant, N’oublions pas qu’un jour l’arbre aux palmes sans nombre Qui protège aujourd’hui nos enfants de son ombre A germé dans leur noble sang ! Pour convaincre, pour émouvoir, pour entraîner vers les^ sommets de l’idéal, l’éducateur doit être un convaincu.S’il est convaincu, que 1 Eglise est la forme divine du monde ”, comme le dit avec tant d’éloquence un mission- 368 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE naire célèbre, le P.Charles, jésuite, déjà cité, “ qu’elle est la forme divine du monde, le seul point de rencontre par lequel toute l’œuvre du Créateur fait retour au Rédempteur ; le seul point de jonction par lequel le Rédempteur lui-même entre en possession de son héritage universel ; que seule elle a le droit de prononcer les paroles qui sanctifient et qui pardonnent, qui pardonnent aux pécheurs, mais qui sanctifient toute créature et qui, colmatant pour ainsi dire la crevasse du péché d’origine, refont des choses les véhicules et les réceptacles du don divin;” s’il est convaincu du rôle divin de l’Église catholique, apostolique et romaine, il gagnera à cette dernière toutes les jeunes âmes de son école.Il n’imposera pas à ses élèves l’amour de l’Église, il la fera aimer par son exemple et son enseignement.Il aura toujours présent à l’esprit qu’il n’y a sur la terre que 350 millions de catholiques en face de plus d’un milliard d’infidèles ; que la plus humble prière, que le moindre sacrifice fait à l’intention des missions a une répercussion par le monde entier.Écoutons encore le P.Charles à ce sujet : “ Lorsque, par délégation du Saint-Père Pie XI, une main de prêtre, du haut d’un avion de croisière, jeta sur le Pôle nord une grande croix de bois, ce n’était point pour qu’elle pût servir là-bas d’enseignement ou de leçon édifiante aux habitants des glaces éternelles.Le pôle n’en a jamais eu.Mais c’est bien la planète tout entière que l’on consacrait, que l’on sanctifiait, que l’on offrait à Dieu en la marquant à ce point unique de son axe du signe même de la rédemption, comme ces statues de pierre, cachées dans les recoins invisibles des tours des cathédrales et qui, pendant des siècles, sans que personne ne les aperçoive, perpétuent le geste de l’oraison et rendent gloire au Maître de toute chaire.“ Je me rappelle -— excusez ce souvenir — lorsqu’au milieu de l’Océan Indien, sur le bateau japonais qui m’emmenait vers l’Orient, seul prêtre à bord, et je le crois, seul catholique, la nuit jetait sur les flots son immense douceur , sentant bien que j’accomplissais un ministère de chrétienté, je n’ai jamais pu m’empêcher de monter sur le pont supérieur et là, devant l’étendue muette, d’un grand geste chaque soir, au nom même du Seigneur, les larmes aux yeux, j’ai béni l’Océan.L’Océan n’en a rien su sans doute, pas plus que le vin du calice ni le baume du saint chrême ; mais cependant, par le geste des mains consacrées, c’était toute cette création qui prenait la marque de l’Église, comme les troupeaux des nomades portent à leur insu dans leurs trans-humances le signe au fer rouge de leurs vrais maîtres dans la tribu.“ Nous devons sans doute toujours distinguer, mais nous ne pouvons jamais séparer Dieu de son œuvre.Et la mission de l’Église, c’est d’envahir visiblement, de son invasion pacifique, toute la terre pour la sanctifier et lui redonner sa place dans la liturgie éternelle de l’oblation ”.Le Pape demande à tous les fidèles de collaborer à l’œuvre des missions.Pouvons-nous rester passifs alors que l’Église lutte et combat?Devant l’ampleur de la tâche à laquelle le Vicaire de Jésus-Christ nous convie, n’allons pas nous décourager.Faisons nôtres ces paroles du général de Sonis: “ Quand on a Dieu dans son cœur, on ne capitule jamais ”.C.-J.Magnan. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 369 LE TRAVAIL MISSIONNAIRE DES PREMIÈRES INSTITUTRICES CANADIENNES URSULINES ET SŒURS DE LA CONGRÉGATION DE NOTRE-DAME AUPRÈS DES INFIDÈLES Deuxième partie (1) Pour donner une idée nette du travail des premières religieuses Ursulines auprès des Indiennes, nous le préciserons ici en quelques traits qui le résument : Collaboratrices des Révérends Pères Jésuites dans la mission de Sillery, elles tiennent : 1.Un Séminaire ou maison d’enseignement et pensionnat pour les filles sauvages.2.De plus, dit le Révérend Père Le Jeune, dans sa Relation de 1641, “ nous en \ oyons d’autres élèves passagères, vêtues à la sauvage, qui demeurent quelque temps en cette petite maison pour y être instruites sur les mystères de notre sainte croyance.” 3.Elles reçoivent aussi des sauvages, hommes et femmes au parloir, pour les catéchiser par la répétition des instructions du Père et la solution apportée à leurs questions, à leurs doutes et aux perplexités de leurs consciences.4.En 1674, une Huronrie est reçue chez elles, en qualité de postulante.Elle ne peut, par défaut de santé, y persévérer et quitte le couvent après trois ans.5.Elles ajoutent bientôt à leurs œuvres l’adoption de petits enfants amenés très jeunes au monastère par leurs parents.Il ne faut cependant pas le perdre de vue, le travail des religieuses Ursulines subit toutes les fluctuations de l’histoire du pays, et les événements qui tissent la trame de cette histoire, augmentent ou diminuent tour à tour le nombre des élèves au Séminaire ou des disciples au parloir.C’est ainsi que les incursions des Iroquois en 1648 restreignent le nombre des catéchumènes, et l’année 1649, qui marque la dispersion des Hurons, amène en plus fort contingent chez les Ursulines les filles de cette tribu.Les victoires du Marquis de Tracy sur les Iroquois, en 1665, seront aussi l’occasion qui ouvrira aux filles de cette nation les portes du Séminaire.“ L’on instruit, écrit la Vénérable Missionnaire, leurs familles sédentaires ou captives.” Ce travail auprès des Indiennes, les Ursulines le continueront jusqu’à la fin du 17e siècle (1696).Les circonstances devaient en effet peu à peu interrompre cette œuvre de trois quarts de siècle, et vers l’an 1720, les Ursulines cesseront d’ajouter à la formule de leurs vœux : “ Je voue instruction aux petites filles sauvages.” Mais si les filles de Mère Marie de l’Incarnation ont dû abandonner l’apostolat direct, auprès des Indiennes, l’influence posthume de la Vénérable missionnaire sur les bauvages du Canada a été tout de même considérable et longtemps prolongée.Je veux parler des ouvrages linguistiques de la sainte Fondatrice.Elle avait résolu, à cause de la difficulté de ces études des langues indigènes, d’en laisser avant sa mort le plus (1 écrits possible.Depuis le commencement du Carême dernier jusqu’à l’Ascension, lit-on dans une de ses lettres, j’ai écrit un gros livre Algonquin d’Histoire sacrée et de choses saintes avec un dictionnaire Algonquin à l’alphabet français et j’en ai un autre à l’alphabet sauvage.” (1) Voir Y Enseignement Primaire de janvier 1937. 370 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE Or, ces manuscrits furent cédés au commencement du siècle dernier à des missionnaires qui allaient évangéliser les Sauvages du Nord.C’est ainsi que devait se continuer auprès des Indiens du Canada, l’œuvre apostolique de Mère Marie-de-1’Incarnation.Comme celle de Mère Marie-de-l’Incarnation à l’œuvre de Québec, la mission de Marguerite Bourgeoys devait tenir étroitement à la fondation de Montréal.1653 ! En cette année seulement, Montréal fondée depuis 11 ans “ prend la forme d’une colonie ”.C’est aussi cette année-là que Marguerite Bourgeoys y arrive.Sa vocation missionnaire sera la réponse adéquate aux vues du fondateur.Monsieur de Maisonneuve, qui désire “pour les écoles, des filles séculières et non cloîtrées qui puissent se transporter où le bien du prochain réclamera leurs services.” “ Pour comprendre, dit dans son Eloge Historique de la Sœur Bourgeoys, l’abbé Sausseret, la grandeur d’âme, le courage et l’héroïsme de la Sœur Bourgeoys, il faut savoir que Ville-Marie, où elle s’était fixée, touchait aux pays des Iroquois, les sauvages les plus féroces de ces contrées barbares.Sans cesse, ces hommes de sang harcelaient la ville ; ils pénétraient jusqu’à la porte des maisons, pillant et incendiant les habitations et tuant les personnes.Tels étaient, continue le panégyriste, les dangers auxquels la Sœur Bourgeoys et ses filles furent continuellement exposées durant les premières années de leur séjour à Ville-Marie.Cette ville était sans murailles, et, la nuit, les Iroquois y pénétraient pour fondre sur ceux qui venaient à sortir de chez eux.Ils s’introduisirent ainsi jusque dans la cour des Sœurs de la Congrégation.Mais Dieu ne permit pas qu’ils leur fissent aucun mal Elle ne peut donc pas être taxée d’exagération la crainte de ceux qui, voulant détourner de ses plans apostoliques la nouvelle missionnaire, lui disaient qu’elle “ allait être en péril d’être prise et brûlée par les Sauvages ”.Et elle exprime vraiment une ardeur surnaturelle la réponse réfléchie, généreuse et confiante de Mère Bourgeoys : “ Sous les auspices de Marie, nous n’avons rien à craindre dans nos voyages.” Avec les cent hommes que Monsieur de Maisonneuve amène comme recrues à Montréal en 1653, la population de la nouvelle colonie se chiffre à 196 âmes.La Vénérable Mère ne put, il va sans dire, avoir tout de suite l’occasion d’exercer son zèle pour l’éducation des enfants.En attendant, elle habite chez le Gouverneur qu’elle assiste en tout, le remplaçant dans beaucoup d’occasions, lit-on dans l’histoire de la Congrégation de Notre-Dame.La première sauvagesse confiée aux soins de Mère Bourgeoys, le fut vers 1658.C’était une Iroquoise, une petite fille d’environ 9 mois.“ Dans le temps où je commençais la Congrégation séculière, rapporte la Fondatrice, une femme iroquoise avait une petite fille d’environ 9 mois qu’elle négligeait assez.Marguerite Picaud (plus tard Madame Lamontagne) me pressait de la demander, ce qui paraissait impossible d’obtenir ; mais Monsieur Souart ayant offert à la mère un collier de porcelaine de 30 francs et quelques autres objets, elle consentit à céder sa fille.Monsieur de Maisonneuve voulut être son parrain ; sa marraine fut Elisabeth Moyen, femme du major Closse.et on lui donna le nom de Marie des Neiges, à cause de la fête de Notre-Dame des Neiges, jour où elle fut baptisée.Le Père Lemoyne a assuré que c’était la première baptisée des Iroquois ; elle mourut à l’âge de six ans.J’eus ensuite, dit toujours Mère Bourgeoys, une petite Algonquine, et une petite Illinoise, qui moururent âgées d’environ huit à neuf ans.J’eus encore une autre jeune fille, de la même nation, âgée d’environ V L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 371 dix-huit à dix-neuf ans ; celle-ci avait grande envie de demeurer avec nous.Pendant longtemps, elle fut fidèle à toutes les pratiques de piété en usage parmi nous, quelque contraires qu’elles fussent à ses inclinations et aux maximes de sa première éducation.Elle fut baptisée et nommée aussi Marie.Peu de temps après, elle mourut très chrétiennement et avec beaucoup d’édification.J’eus une autre Algonquine, nommée Marie-Barbe, qui mourut peu de temps après son baptême.” En 1659, Marguerite Bourgeoys avec ses quatre premières compagnes se logeaient dans une étable que leur avait livrée Monsieur de Maisonneuve.Elles y demeurent jusqu’en 1669.Dès cette année 1659, on se prête aux missions ambulantes, dont la première fut à la croix de la montagne.“Ça été le premier lieu où les Sauvages sont venus pour être instruits, et aussi le premier endroit où les Sœurs de la Congrégation ont donné l’instruction aux filles ”, dit leur Histoire, en citant la Vénérable Mère Bourgeoys.C'est en 1672 que Marguerite Bourgeoys et ses compagnes se constituent en communauté.Les lettres patentes obtenues l’année précédente du Roi Louis XIV rappellent en termes précis le but de la Vénérable Mère dans la fondation de la Congrégation de Notre-Dame : “ L’avancement de la foi catholique par la bonne instruction des personnes de son sexe tant des sauvages que des Français naturels de la Nouvelle-France.” Le premier établissement fixe des Sœurs de la Congrégation, pour la conversion des Sauvages, date de 1676.Les prêtres du Séminaire de Montréal fondent cette année-là un établissement de Sauvages à la Montagne.Ils y ouvrent deux classes : L’une pour les garçons et l’autre pour les filles.C’est cette dernière que dirigeront les sœurs de la Congrégation.Donc : Adoption d’enfants sauvages,— Missions ambulantes,— Missions stables pour les Sauvages,— Formation d’aides sauvages pour les classes et vocations indigènes, ainsi peut se résumer le travail missionnaire des premières religieuses de la Congrégation de Notre-Dame à Montréal, lesquelles travaillent auprès des Indiennes en collaboration avec les Messieurs de Saint-Sulpice.Nous le voyons, ce travail ressemble à celui des Ursulines à Québec, à cette différence près que l’œuvre de Québec, à l’arrivée de Mère Marie de l’Incarnation et de ses compagnes, était plus vieille et plus organisée que ne l’était celle de Montréal quand quand Mère Bourgeoys s’y vint consacrer.Ainsi les religieuses missionnaires de Québec peuvent tout de suite ouvrir leurs classes pour les sauvagesses et les françaises quand Mère Bourgeoys doit se mêler d’abord à l'œuvre de l’organisation de Montréal et pourvoir à la fondation d’une communauté qui réponde aux besoins de la ville comme aux intentions des Associés-Fondateurs.Quoi qu il en soit de cette différence toute extérieure, il est facile tout de même de retrouver dans les commencements des deux communautés, la similitude des méthodes employées pour la conversion des Sauvages.(A suivre).Sœur Saint-Adolphe, de la Congrégation Notre-Dame.PENSÉE La conscience est comme une glace qui se ternit un peu chaque jour, il faut l’essuyer souvent sous peine de ne plus y voir.X. 372 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE METHODOLOGIE MIEUX CONNAÎTRE POUR MIEUX AIMER NOTRE LANGUE Explication d’auteurs français {Ecoles primaires supérieures et Écoles normales) (Pour Y Enseignement Primaire) IMAGES DOULOUREUSES Si, nous l’avons dit déjà, le “ parallèle ” risque de devenir un exercice artificiel et faux, rien n’est plus riche de suggestions, rien n’est plus formateur que certaines comparaisons.Ainsi allons-nous étudier, en trois fois, quatre textes consacrés à tels épisodes de la Passion.Trois sont du XVIIe siècle, un du vingtième.Ils nous permettront d’établir, je crois, le progrès de la poésie religieuse en France, de Racan à Paul Claudel.(1) Voici d’abord deux sonnets : l’un de Racan (1589-1670), l’autre d’un inconnu.SONNET SUR LE BOIS DE LA CROIX Beau cèdre aimé des cieux, dont l’heureuse mémoire Ne craint point de l’oubli les rigoureuses lois, Ne blâme point le sort qui fit mourir ton bois, Puisque le même sort a fait naître ta gloire.Celui de qui le sang sur toi s’est épanché.C’est celui dont la grâce égale la justice Qui souffre injustement notre juste supplice Et qui nous fait revivre en tuant le péché.O non pareil ouvrier des œuvres non pareilles De qui tous les effets sont autant de merveilles.Que ton amour est grand, que ton pouvoir est fort ! Mon Dieu ! de quel miracle est ta bonté suivie : Jadis un bois vivant nous apporta la mort, Un bois mort, aujourd’hui, nous apporte la vie ! Racan.(1) Voir dans Y Enseignement Primaire de janvier 1937, l’étude que j’ai faite d’un morceau de Claudel, intitulé la Sainte Face. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 373 SONNET ANONYME Lorsque Jésus souffrait pour tout le genre humain, La Mort, en l’abordant, au fort de son supplice.Parut tout interdite, et retira sa main, N’osant pas sur son Maître exercer son office.Mais Jésus, en baissant la tête sur son sein, Fit signe à la terrible et sourde exécutrice Que, sans avoir égard au droit du Souverain, Elle achevât sans peur le sanglant sacrifice.L’implacable obéit, et ce coup sans pareil Fit trembler la Nature et pâlir le Soleil Comme si de sa fin le monde eût été proche.Tout gémit, tout frémit sur la Terre et dans l’Air, Et le pécheur fut seul qui prît un cœur de roche Quand les rochers semblaient en avoir un de chair.COMMENTAIRE LITTÉRAL Sonnet de Racan V.1.— Cèdre : grand conifère, à bois odorant, et peu corruptible.Aimé des deux : Les qualités du cèdre semblent indiquer une prédilection du Ciel.Heureuse mémoire : 1° Mémoire — souvenir que laisse le cèdre ; 2° heureuse, puisque cette mémoire, ce souvenir ne doit pas périr.V.2.— Les rigoureuses lois de l’oubli : c’est comme une loi inexorable que tout être finit dans l’oubli.V.3.— Blâmer : du latin blasphemare, désapprouver quelqu’un comme ayant mal agi.Qui fit mourir ton bois : soit que cette mort ait précédé la coupe, ou qu’elle en soit résultée.V.4.— A fait naître ta gloire : puisque dans le cèdre, on a taillé cette Croix fameuse à travers le monde entier.V.5.— Epancher : répandre abondamment.— S’est épanché : ce verbe a bien toute sa valeur de réfléchi, le sang du Christ ayant coulé volontairement.V.6.—¦ La grâce égale la justice : Donner à ces deux substantifs la plénitude de leur sens premier.Tandis que la justice respecte mais aussi exige le droit, la grâce est une faveur non dûe.Cf.les adjectifs gratuit, gracieux, et l’adverbe gratis.V.7.— Notre juste supplice : le supplice qui, en toute justice, aurait dû être le nôtre.V.8.— Nous fait revivre : de la vie surnaturelle.V.9.— Non pareil : qui n’a pas de pareil, pas d’égal.Ouvrier : ne comptait alors que pour deux syllabes.Sans doute le v était-il comme escamoté.V.10.— Effets : chose effectuée, réalisée.Exemple : “ Les effets décident mieux que les paroles ”.Molière, don Juan, II, 4.Merveille : ce qui frappe d’étonnement, d’admiration, par sa beauté, sa grandeur.Y.12.— Est la bonté suivie : Cette inversion compliquée d’une tmèse (coupure du verbe est suivie) ne serait plus guère d’usage aujourd’hui.V.13.— Un bois vivant : un arbre, l’arbre de la science du bien et du mal.V.14.— Un bois mort : l’arbre coupé, réduit à l’état le bois, est mort.SONNET ANONYME V.2.— La mort : la mort est ici personnifiée ; elle va être acteur dans un drame.V.3.— Au fort de son supplice : Au moment où le supplice de Jésus était le plus violent, à son paroxysme.V.4.— Interdite: 1° Interdire, privée du droit d’exercer une fonction, de disposer de ses biens.— 2° Troubler quelqu’un au point de lui enlever l’usage de l’esprit, de la raison. 374 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE Y.5.— Office : fonction dont on doit s’acquitter.Sur son Maître : sens propre à la fois et sens figuré.La mort n’ose pas porter la main sur son Maître, et par conséquent agir contre lui.V.6.— Fit signe : ordonna par signe.Y.7.— Avoir égard à : tenir compte de .V.8.— Achevât : exacte correspondance des temps, un verbe principal au passé exigeant, en pareil cas, que la subordonnée soit à l’imparfait du subjonctif.V.9.— Sacrifice : immolation religieuse d’une chose ou d’un être vivant.V.10.— L’implacable : la Mort qui, d’ordinaire, ne se laisse pas apaiser.Ce coup sans pareil : au sens exact du mot.Ce coup qui frappe Dieu est unique dans l’histoire.V.11.— Trembler la Nature, etc .: ce sont les phénomènes décrits dans l’Évangile.V.13.— Qui prît : imparfait du subjonctif.Le passé simple (qui prit) exprimerait simplement un fait.Le subjonctif exprime une conséquence : Le pécheur fut seul capable de .seul le pécheur fut tel qu’il prît .Un cœur de roche : image d’un goût douteux, sur quoi nous nous expliquerons en étudiant le style.V.14.— Quand les rochers semblaient en avoir un de chair : — Remarque analogue.ANALYSE LITTÉRAIHE 11 y a dans le sonnet de Racan du mouvement, de la chaleur.Le départ, en particulier, est assez heureux, avec cette apostrophe admirative : Beau cèdre aimé des cieux .Et si aux conseils chaleureux du premier quatrain, succède, dans le second, un raisonnement, qui pourrait y être rattaché par un car ou un en effet : Celui de qui le sang sur toi, s’est épanché C’est celui dont la grâce égale la justice ; le ton ne reste pas longtemps didactique.Passant de la croix au Crucifié, le poète chante de nouveau son admiration : O non pareil ouvrier des œuvres non pareilles De qui tous les effets sont autant de merveilles, Que ton amour est grand, que ton pouvoir est fort ! Il laisse même percer quelque émotion dans des vers comme ceux-ci : Que to?i amour est grand .Mon Dieu ! de quel miracle est ta bonté suivie ! D’autre part, on reconnaît ici l’excellent disciple de Malherbe.Puis dans leur sens premier, les mots ont une vigueur, une plénitude toutes classiques : C’est celui dont la grâce égale la justice .De qui tous les effets sont autant de merveilles.Démonstrative ou simplement affirmative, la phrase marche régulièrement, solidement appuyée sur ses relatifs ou ses conjonctions : Beau cèdre aimé des cieux, dont l’heureuse mémoire Ne craint point de l’oubli les rigoureuses lois, Ne blâme point le sort qui fit mourir ton bois, Piiisque le même sort a fait naître ta gloire.Celui de qui le sang sur toi s’est épanché, C’est celui dont la grâce égale la justice.Qui souffre injustement notre juste supplice, Et qui nous fait revivre en tuant le péché. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 375 La régularité s’accompagne d’une souplesse qui prévient la monotonie.De quatrain à quatrain, de tercet à tercet, une comparaison rapide le montrera.Dans le premier quatrain, la phrase se présente ainsi : une apostrophe remplit les deux premiers vers, eux-mêmes très heureusement construits (un hémistiche, et une simple proposition d’un vers et demi) : Beau cèdre aimé des cieux, dont l’heureuse mémoire Ne craint point de l’oubli les rigoureuses lois ; la principale et ses deux subordonnés occupent les deux derniers vers : Ne blâme point le sort qui fit mourir ton bois, Puisque le même sort a fait naître ta gloire.Dans le second quatrain au contraire, un vers1 se détache nettement : Celui de qui le sang sur toi s’est épanché .suivi de trois vers construits sur le même modèle, mûs du même rythme : C’est celui dont la grâce anime la justice, Qui souffre injustement notre juste supplice, Et qui nous fait revivre en tuant le péché.Même variété dans les tercets.Dans le premier, la phrase monte d’abord comme un oiseau de large envergure : O non pareil ouvrier des œuvres non pareilles De qui tous les efforts sont autant de merveilles .puis retombe en deux temps d’égale valeur : Que ton pouvoir est grand, que ton amour est fort ! Dans le second, au contraire, c’est le premier vers qui se détache, suivi d’une ponctuation forte, et d’ailleurs constitué de deux exclamations inégales : Mon Dieu ! de quel miracle est ta bonté suivie .Quant aux deux derniers vers, dans leur régularité didactique, ils s’opposent exactement l’un à l’autre, mais avec un léger renversement de termes qui rompt la monotonie : Jadis un bois vivant nous apporte la mort, Un bois mort, aujourd’hui, nous apporte la vie.(1) L’art est donc ici d’excellente qualité, mais justement nous n’avons guère là que de l’art, et un art dont les procédés sont un peu trop sensibles.Au vrai, ce sonnet est fait tout entier d’un procédé qui est l’antithèse.Il est né d’une antithèse : un bois mort est devenu arbre de vie, un instrument de supplice est devenu instrument de rédemption.Sur ce thème antithétique, le poète multiplie les antithèses de détail, du cèdre ne craint point de Y oubli les rigoureuses lois.L’heureuse mémoire Le même sort qui^/zi mourir son bois a fait naître sa gloire.De Notre-Seigneur, la grâce égale la justice.Il porte injustement notre juste supplice.Il nous/ai< revivre en tuant le péché.Si bien que dans le second vers il n’y a pas un seul mot qui ne réponde ou ne s’oppose à un mot du premier : (1) La rime est d’excellente qualité, sans excès de recherche.A signaler cependant que Racan ne construit pas les deux quatrains sur deux rimes seulement, mais bien sur quatre.Mais, à côté du sonnet strictement régulier, les formes plus libres sont autorisées par les meilleurs maîtres. 376 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE Jadis un bois vivant nous apporta la mort, Un bois mort aujourd’hui nous apporte la vie.Sans doute, c’est l’idée première, c’est le sujet même, la réalité qui est antithétique ; c’est bien le sacrifice du Christ qui nous a sauvés et, au sens strict du mot, nous vivons de sa mort.Les détails ne sont pas moins exacts ; et pour n’en prendre qu’un d’abord, il est incontestable que, instrument de supplice ignominieux, la Croix de Jésus est devenu le symbole glorieux des plus sublimes espérances O crux, ave, spes unica Salut, Croix, notre unique espérance, Mundi salus et gloria Salut et gloire du monde Et dans cette même hymne Vexilla Regis, deux autres vers présentent une antithèse plus qu’analogue à celles de Racan : .Vita mortem pertulit L’auteur de la vie a subi la mort Et morte vitam protulit.Et par sa mort nous apporte la vie.Que dis-je?La liturgie abonde en images de ce genre ; et, pour nous en tenir à un dernier exemple, voici ce que nous trouvons dans la Préface pour les Messes votives de la Sainte Croix ou de la Passion de Notre-Seigneur : .Pater omnipotens, æterne Deus, qui salutem humani generis in ligno Crucis consti-tuisti unde mors oriebatur, inde vita resur-geret, et qui in ligno vinctbat, in ligno quoque vinceretur.Père tout puissant, Dieu éternel, c’est sur le bois de la Croix que vous avez fondé le salut du genre humain ; ainsi ce qui avait engendré la mort, assure la résurrection de la vie ; et celui qui devait sa victoire à un arbre, doit encore à un arbre sa défaite.Le chrétien ne s’étonne donc pas de retrouver dans un poète chrétien tant d’images empruntées à la liturgie chrétienne.Mais justement il y a, dans ce sonnet, trop d’emprunts ou trop de réminiscences.Développant un lieu commun de méditation religieuse, Racan ne s’est pas efforcé d’en rajeunir l’expression ; usant le procédés déjà millénaires, il ne nous apporte guère qu’un exercice pieux et, pour tout dire, un poncif.* * * Le sonnet anonyme échappe d’abord à ce défaut.L’inspiration première en est même d’une belle originalité.Non que le poète inconnu soit le premier à personnifier la Mort.Mais il ne se contente pas de l’appeler magnifiquement la terrible et sourde exécutrice.Il lui prête un caractère inattendu et dans le véritable drame où il l’engage, il lui attribue un rôle émouvant.Cette “ implacable ” est capable d’étonnement, de respect, d’humble scrupule: Lorsque Jésus souffrait pour tout le genre humain, La Mort, en l’abordant au fort de son supplice, Parut tout interdite, et retira sa main, N’osant pas sur son Maître exercer son office.Il faut l’impérieuse intervention du moribond divin pour vaincre sa résistance : Mais Jésus, en baissant la tête sur son sein.Fit signe à la terrible et sourde exécutrice Que, sans avoir égard au droit du souverain.Elle achevât sans peur le sanglant sacrifice.Et c’est une idée de grand poète, une idée digne du drame liturgique ou de l’épopée que d’avoir ainsi opposé les scrupules du bourreau, et quel bourreau ! — à la générosité de la victime — et quelle victime ! A cette invention géniale, correspond la perfection de l’art.Sauf, la magnifique périphrase que nous avons déjà citée : .la terrible et sourde exécutrice, tout est ici d’une simplicité parfaite. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 377 Qu’il s’agisse d’indiquer une circonstance (v.1 et 2) et de traduire une intention (v.1) ; d’esquisser un geste (v.2 et v.5), d’exprimer un sentiment (v.4) ou de traduire une volonté (v.8), rien ici de remarquable que la convenance du vocabulaire, tour a tour abstrait et concret ; la plénitude expressive de la syntaxe (v.v.6 et 8) ; la souple solidité de la période et de la strophe.Laissant à chacun le soin des observations de détail, nous redonnons les deux quatrains.Une lecture attentive justifiera chacune de nos remarques : Lorsque Jésus souffrait pour tout le genre humain, La mort, en l’abordant au fort de son supplice.Parut tout interdite, et retira sa main, N’osant pas sur son Maître exercer son office.Mais Jésus, en baissant la tête sur son sein, Fit signe à la terrible et sourde exécutrice Que, sans avoir égard au droit du Souverain, Elle achevât sans peur le sanglant sacrifice.Tout cela est dans la simplicité même d’une émouvante noblesse (1).Moins original, le premier tercet présente encore une certaine grandeur, et conserve à l’ensemble son caractère tragique.Même la construction syntaxique, la distribution des pauses-donne à ces trois vers une ampleur digne de la scène décrite : L’implacable obéit, et ce coup sans pareil Fit trembler la Nature et pâlir le Soleil, Comme si de sa fin le monde eût été proche.Avec sa double coupe (après le troisième pied et à l’hémistiche), ses répétitions du même terme (tout, toîit), son retour des mêmes consonances (gémit, frémit, terre, arr) le vers 12, quoique plus banal, n’est pas indigne de ce qui précède.Mais voici qui va tout gâter, et c’est encore une antithèse.De cette antithèse, un des deux termes est acceptable en soi, encore qu’un peu banal ; en effet, d’un homme peu sensible on dit volontiers qu’il a le cœur dur ; de là à ajouter le cœur dur comme un roc, il n’y a qu’un pas.Mais de cette image banale, le poète fait ici un emploi particulier assez contestable.En opposant au frémissement universel de la nature, l’insensibilité du pécheur, il donne à l’image une précision excessive : Tout gémit, tout frémit sur la terre et dans l’Air, Et le pécheur fut seul qui prît un cœur de roche.surtout, lorsque il ajoute Quant les rochers semblaient en avoir un de chair, il ne se permet pas seulement une hyperbole violente ; visiblement il cherche ce qu’on appelait au XVIIe siècle une pointe, c’est à dire un effet de surprise, grâce à un trait ingénieux.Mais l’ingéniosité devient ici préciosité, et préciosité du plus mauvais goût.Ainsi, pour avoir suivi une mode littéraire, le poète anonyme a finalement gâté un sonnet dont le début annonçait presque un chef-d’œuvre.Gaillard de Champris, professeur honoraire à l’Université Laval de Québec, professeur à l’Institut Catholique de Paris.(1) Quant aux rimes, un petit fait prouve quelle était, dès le 17e siècle, la souplesse, au moins relative, de ce genre à forme fixe qui est le Sonnet.Les quatrains ne comptent bien que deux rimes (ice et ain); mais au lieu d’être réparties suivant l’ordre traditionnel (1-4, 2-3), elles sont simplement alternées (1-3, 2-4). 378 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE Chandeleur Matière a enseigner : fait liturgique Objet précis : la Chandeleur Année du cours : 8e DÉVELOPPEMENT I.— Revision : 1) Qu’est-ce que l’année ecclésiastique ?2) Quel nom donne-t-on aux grandes divisions de l’année ecclésiastique ?3) Comment désigne-t-on chaque cycle, selon qu’il se rapporte au propre du temps ou au propre des saints ?4) Combien de temps comprend le cycle temporal ?5) Dans quel temps du cycle temporal sommes-nous actuellement ?6) Avec quelle fête se termine le cycle sanctoral de Noël ?(Missel en mains) II.— Présentation de l’objet précis : Que représente la gravure au premier plan?Quel nom l’Église donne-t-elle à cette fête?Que représente l’autre gravure à l’arrière-plan ?Comment appelle-t-on cette cérémonie au cours de laquelle on fait la procession des cierges le 2 février ?Pourquoi l’auteur a-t-il placé ces deux gravures sur des plans différents ?Ces deux gravures rappellent-elles des faits distincts accomplis en même temps, ou l’un serait-il le symbole de l’autre ?Nous étudierons cette fête sous un triple aspect : historique, liturgique et symbolique.III.— Analyse : L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 379 1ère PARTIE : ASPECT HISTORIQUE a) Purification de la sainte Vierge : D’après une loi juive, les mères devaient se rendre au temple quarante jours après la naissance de leur enfant pour offrir à Dieu, en hommage de purification, le sacrifice d’un agneau d’un an, si elles étaient riches, ou d’une paire de colombes, si elles étaient pauvres.La sainte Vierge n’avait aucun besoin de se soumettre à cette loi des Juifs, puisque la naissance de l’Enfant-Dieu tenait exclusivement du miracle : la pureté même ne se purifie pas, qui pourrait blanchir la neige tombant du ciel ?Mais Marie, étant la plus humble des femmes, la servante du Seigneur, se mit en marche avec saint Joseph pour aller au temple de Jérusalem présenter le don des pauvres, les deux tourterelles du sacrifice.b) Présentation de l’Enfant-Jésus au temple.— D’après une autre loi, tout enfant mâle premier-né de chaque famille appartenait à Dieu et devait, par conséquent, lui être offert et racheté ensuite au prix de cinq sides (le side est une monnaie juive, d’argent pur, et de très petite valeur, puisque cinq sides équivalent à moins d’une piastre de notre monnaie).Jésus-Christ, la sainteté même, ne voulut pas non plus se soustraire à cette ordonnance, car c’est bien d’après sa volonté qu’on le portait au temple : ceux qui croyaient le conduire marchaient guidés par lui.Le graduel de la messe du jour nous le dit : “ Le vieillard portait l’Enfant ; mais l’Enfant conduisait le vieillard.” La présentation de Jésus au temple était bien la réalisation de la prophétie de Malachie disant : “ Voici qu’il viendra dans son temple, le Dominateur que vous cherchez et l’Ange de l’alliance que vous désirez.” c) Rencontre du vieillard Siméon.— Quand la Vierge mère eut offert le sacrifice ordonné par la loi, quand elle eut dit à Dieu : “ Je vous offre mon fils qui est le vôtre ” et quand elle l’eut racheté au prix de cinq sides, elle allait redescendre du temple et prendre le chemin de Nazareth ; mais un homme juste et craignant Dieu, le vieillard Siméon, à qui l’Esprit-Saint avait révélé qu’il ne mourrait point sans avoir vu le Christ et qui, pour cette raison, passait ses jours à espérer la venue du Messie, fut poussé à venir au temple : sur le seuil de la maison de Dieu, parmi la foule des mères qui s’y pressaient, chargées de leurs enfants, ses yeux inspirés reconnurent la Vierge et son Enfant divin.Il prit l’Enfant-Jésus des bras de sa mère, le bénit et s’écria avec une vive allégresse : Nunc dimittis, ce cantique que nous trouvons dans nos missels, aux complies du dimanche et à l’office du jour (La classe suit dans le missel, la maîtresse fait lire.) Siméon remit l’enfant dans les bras de Marie, la bénit aussi, ainsi que Joseph et leur dit : “ Cet enfant est venu pour être la ruine et la résurrection de plusieurs en Israël ; il sera comme un signe qui excitera beaucoup de contradictions.Et votre âme, ô Marie ! sera transpercée d’un glaive de douleurs, afin que les pensées qui sont encore renfermées dans l’âme de plusieurs soient révélées.” (Voici la gravure qui représente ce fait.) d) La prophétesse Anne.— Après ces paroles le vieillard se tut, et une prophétesse nommée Anne, consacrant sa vie à la prière et au jeûne, se mit aussi à louer le Seigneur et à parler de Jésus à tous ceux qui attendaient la rédemption d’Israël.e) La purification dans l’Église.— Cette fête qui rappelle la purification de la mère et la présentation de l’enfant au temple date de loin dans la liturgie de l’Église : des savants, dont Benoît XIV (1740) partage le sentiment, inclinent à donner à cette solennité une origine apostolique ; toutefois, il est certain qu’elle était déjà ancienne au 5e siècle.L’Église grecque et l’Église de Milan la mettaient alors au nombre des solennités de Notre Seigneur, mais l’Église romaine l’a toujours comptée comme fête de la sainte Vierge.f) L’origine de la Chandeleur.— 1) A Rome.— Cette fête s’appelle aussi la Chandeleur à cause de la bénédiction des cierges qui l’accompagne.Quelle est l’origine de cette cérémonie?Dom Guéranger prétend qu’elle est assez difficile à préciser.Cependant, sur le témoignage d’auteurs sérieux, il ajoute qu’elle aurait été instituée vers la fin du 5e siècle par le pape saint Gélase qui voulut abolir complètement, chez les Romains, les derniers vestiges des fêtes honteuses et abominables, appelées Luperco/e,?(t.n.), et célébrées chaque année,en février, dans l’antiquité païenne, en l’honneur de Lupercus, dieu de l’Italie ancienne et protecteur des troupeaux contre les loups.Les Lupercales (t.n.) étaient des fêtes infâmes, dans lesquelles les habitants de Rome, dans le délire du vin et de la débauche, parcouraient presque nus, des torches à la main, les rues et les places de cette ville si fière de sa civilisation.Plus tard, ils donnèrent à cette cérémonie un caractère moins barbare mais encore païen et ils la nommèrent Amburhalia (t.n.) : l’étymologie de ce mot nous en fait connaître le sens: ambulare marcher et urbs : ville—-c’était une procession expiatoire que les habitants de Rome faisaient autour de la ville, avec les victimes prescrites pour les sacrifice, porc, bélier, taureau, afin de conjurer la colère des dieux.Le souverain pontife Gélase (t.noir) qui gouverna l’Église de 492 à 496 substitua à ces restes de cérémonies païennes un rite chrétien, la bénédiction et la procession des cierges et unit cette solennité à la célébration de la fête dans laquelle le Christ, Lumière du monde, est présenté au monde, par la Vierge mère ; l’Église répond ainsi à la prophétie du cantique de Siméon : “ Cet Enfant sera la lumière d’Israël.” 380 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 2) En Grèce.— Cinquante ans après, en 542, l’empereur d’Orient, Justinien, (t.n.) l’imposa à l’Église grecque, en accomplissement d’un vœu pour obtenir la cessation d’une maladie qui dépeuplait Constantinople.Cette fête était nommée chez les Grecs Hi/papante (t.n.), mot grec qui signifie aller au-devant, à la rencontre de quelqu’un, Siméon et Anne étaient venus au-devant à la rencontre de Jésus dans le temple : c’était ce souvenir-là que l’Église voulait perpétuer et depuis lors la Chandeleur s’est répandue dans l’Église entière.Questions de contrôle 1) Racontez les deux mystères que nous rappelle la fête du 2 février.2) Quelle fut la prophétie du vieillard Siméon ?3) Où remonte l’origine de la Chandeleur ?2e PARTIE : ASPECT LITURGIQUE La liturgie de la Chandeleur est si belle qu’il est intéressant d’en faire une étude, afin d’en comprendre le sens et d’exciter notre piété.Nous l’étudierons avec nos missels en mains (Toute la classe prend son missel).Voici un cierge qui a été bénit, voyons quand et comment il l’a été.a) Temps de la bénédiction.— Avant la messe de la Purification, l’Église procède à la bénédiction des cierges ; cependant, si le dimanche de septuagésime tombe le 2 février, la fête de la Purification est remise au lendemain, mais la bénédiction des cierges et la procession demeurent fixes au 2 février.b) Ornements.— Le prêtre revêt Fétole et la chape violette comme pour la bénédiction des cendres et celle des rameaux.N.B.— Avant la cérémonie, les fidèles se pourvoient de cierges afin de les faire bénir avec ceux que les ministres portent à la procession.c) Prières préliminaires : 1) lere oraison.—¦ Cette cérémonie commence à l’autel du côté de l’épître par cinq oraisons: La lere demande au Seigneur, qui a donné au travail des abeilles la cire servant à former le cierge et qui a exaucé la prière du vieillard Siméon, de daigner bénir ces cierges pour la santé des corps et des âmes, soit sur terre, soit sur eau.Ces cierges bénits deviennent alors des sacramentaux auxquels l’Église attache des grâces spéciales.Passons à la 2e oraison, nous reviendrons tout à l’heure sur l’usage du cierge.2) 2e oraison.—La 2e oraison implore le Dieu tout-puissant, par l’intercession du saint Enfant présenté au vieillard Siméon, d’allumer les cierges au feu de la céleste bénédiction et d’enflammer nos cœurs du feu sacré de la charité, afin que nous méritions d’être présentés au temple de la gloire.3) 3e oraison.— La 3e s’adresse à Jésus-Christ, la vraie lumière qui illumine tout homme venant en ce monde, et lui demande d’éclairer nos cœurs d’un feu invisible, c’est-à-dire de l’Esprit-Saint, afin qu’ils soient préservés de l’aveuglement de tout vice, de même que le cierge allumé du feu visible chasse les ténèbres.4) 4e et 5e oraisons.—La 4e et la 5e rappellent l’ordre que Dieu avait donné à Moïse de pré" parer une huile très pure pour l’entretien des lampes qui devaient brûler continuellement en sa présence et demandent de nouveau la bénédiction des cierges et, avec leur clarté, la lumière de l’Esprit-Saint dans nos âmes, ainsi que la connaissance et l’amour de Dieu.d) Bénédiction des cierges.—- Après ces oraisons, le célébrant asperge d’eau bénite et encense les cierges.A ce moment, l’Église s’unit aux transports du saint vieillard Siméon qui, tenant en ses bras l’Enfant de la Vierge, le proclama: “ La Lumière des nations ”.Elle emprunte son beau cantique N une dimittis.répétant, après chaque verset, une antienne formée des dernières paroles dont il se compose : “ Il sera la Lumière qui éclairera les nations et la gloire d’Israël ”.e) Procession.— Puis, la sainte Église se met en marche pour aller au-devant de l’Emmanuel : c’est la procession des cierges.Tous les fidèles tiennent aussi en main le cierge allumé ; pendant le défilé, on chante une antienne qui se trouve mot à mot dans la liturgie grecque, en cette même fête, suivie d’une autre antienne tirée de l’Évangile et dans laquelle est racontée la rencontre du vieillard Siméon.f) Messe de la Purification.-— La procession terminée, le prêtre dépose les ornements violets et revêt les blancs pour la messe solennelle de la Purification, pendant laquelle les fidèles tiennent les cierges allumés à l’Évangile d’abord, puis ensuite, depuis l’élévation jusqu’à la communion. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 381 Questions de contrôle 1) Quand l’Église fait-elle la bénédiction des cierges?2) Qu’est-ce qui précède la bénédiction même ?3) Que demandent ces oraisons ?4) Comment se fait la bénédiction des cierges?5) Quelle cérémonie fait suite à la bénédiction ?3e PARTIE : ASPECT SYMBOLIQUE a) Le cierge symbolise Notre-Seigneur.— Quel symbole l’Église prête-t-elle à cette cérémonie, la Chandeleur?Les liturgistes en expliquent ainsi le mystère : la cire des cierges formée du suc des fleurs, par les abeilles, que l’antiquité a toujours considérées comme un type de la virginité, signifie la chair virginale du divin Enfant ; la flamme du cierge, c’est le Christ qui est venu illuminer nos ténèbres.Saint x\nselme nous dit qu’il y a trois choses à considérer dans le cierge : la cire, la mèche et la flamme.“ La cire, dit-il, ouvrage de l’abeille virginale, est la chair du Christ ; la mèche, qui est intérieure, est l’âme ; la flamme, qui brille en la partie supérieure, est la divinité b) La procession est le symbole de la procession dans le temple.— Dans la procession, l’Église veut imiter la procession qui eut lieu en ce jour, dans le temple de Jérusalem dont saintBernard dit : “ Quatre personnes, la sainte Vierge, saint Joseph, Siméon et Anne ont célébré pour la première fois la procession de la Purification ; ne nous étonnons pas que cette procession ait été si petite, car Celui qu’on y portait s’était fait petit.” c) Symbole d’immortalité et de protection de Marie.— Ces cierges bénits, comme nous le savons* doivent être gardés avec vénération dans nos foyers : ils doivent servir au chevet des malades, pour la réception des sacrements ; le mourant devrait expirer un cierge bénit à la main comme un souvenir de l’immortalité que le Christ nous a méritée et comme un signe de protection de Marie, pour le corps et pour l’âme, comme le demande la 1ère oraison.Ces cierges portent encore des bénédictions durant les temps d’orage, d’incendie, d’inondation, de dangers quelconques sur terre et sur eau, dit encore la 1ère oraison.L’Église les utilise dès le lendemain pour la bénédiction des gorges (saint Biaise).Morale d) Symbole de notre rayonnement.— Pour nous, chrétiens, ce cierge est aussi le symbole' de notre mission : comme lui, nous devons éclairer.Comment le ferons-nous ?En réflétant sur notre entourage les principes de vie chrétienne par l’accomplissement fidèle de nos devoirs.î.en rayonnant une grande charité : les occasions sont si nombreuses d’imiter le bon Samaritain ; en donnant à notre enseignement un caractère vraiment religieux qui contribuera à faire aimer le bon Dieu par les petits enfants et à les convaincre que Jésus-Christ est la vraie lumière du monde.Questions de contrôle 1) Que symbolise chaque partie du cierge, d’après saint Anselme?2) Quel souvenir rappelle la procession des cierges ?3) Quand devons-nous faire usage des cierges bénits dans nos maisons ?IV.— Synthèse : Faire reconstituer le tableau synoptique suivant au tableau noir.I.—ASPECT HISTORIQUE a) Purification de la sainte Vierge b) Présentation de l’Enfant-Jésus c) Prophéties du vieillard Siméon d) Rencontre de la veuve Anne e) Origine de la fête, la Purification : temps apostolique. 382 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE pape saint Gélase, 5e siècle, pour substituer le rite chrétien aux fêtes (Lupercales Amburbalia empereur Justinien, 6e siècle, accomplissement d’un vœu, nom : Hypapante II.—ASPECT LITURGIQUE a) Temps : avant la messe du 2 février b) Ornements violets c) Prières préliminaires : 5 oraisons d) Bénédiction avec chant du Nunc dimittis e) Procession des cierges /) Messe de la Purification ou du dimanche occurrent.1) Le cierge : Notre-Seigneur 2) La 'procession 3) Symbole d’im-mortalité, de protection et de V.— Devoir : Vous avez assisté à la cérémonie de la procession des cierges, expliquez-en le symbolisme et tirez quelques applications pratiques à votre vocation d’éducatrice.Auteurs consultés : Missel de Dom G.Lefebvre ; L'année liturgique de Dom P.Guéranger ; Tableau poétipue des fêtes chrétiennes du Vicomte Walsh.Un élève du Cours Supérieur, École normale des Frères de X.III.—ASPECT SYMBOLIQUE (a) cire : chair de Notre-Seigneur b) mèche : âme de Notre-Seigneur c) flamme : divinité de Notre-Seigneur / imitation de la procession dans le temple de Jérusalem : \ Marie, Joseph, Siméon, Anne.(Jésus, la lumière) ' a) chevet des malades b) dangers quelconques de notre rayonnement dans notre milieu./) Genèse de la Chandeleur 1) à Rome 2) en Grèce UNE ENCYCLOPÉDIE POUR TOUT LE MONDE Un jeu nouveau et très intéressant fait son apparition Nous accusons réception d’un très intéressant jeu de cartes d’après Radio-Encyclopédie avec lequel on peut s’instruire en s’amusant.364 questions et réponses sur l’histoire, la géographie, les sciences naturelles.On peut se le procurer pour 35 sous en s’adressant aux librairies ou en adressant ce montant en timbres à l’abbé Étienne Blanchard, Église Notre-Dame, Montréal. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 383 UNE PAGE D’HISTOIRE LES CANADIENS AU LENDEMAIN DE 1760 Y aurait-il un lendemain pour la nationalité française?Le nouveau régime s’ouvrait sous les plus sombres auspices.Ecrasés par le nombre, décimés et ruinés par la guerre, décapités par la chute du gouvernement qui les avait jusque là régis, séparés violemment de la mère-patrie dont la foi, la langue, les traditions, les mœurs, les lois et les coutumes avaient tissé la trame de leur existence nationale, les Canadiens se voyaient soumis à une puissance étrangère, qu’ils avaient appris à redouter, et dont la religion, l’idiome, les usages, les lois, étaient pour eux autant de menaces et de sujets d’appréhension.Leur situation était douloureuse et justifiait toutes les alarmes.Un abîme s’était ouvert sous leurs pas et séparait désormais leur passé de leur avenir.Pendant les trois années qui s’écoulèrent entre la capitulation de Montréal et le traité de Paris, ils purent encore nourrir l’incertain espoir que le Canada serait rendu à la France, comme une fois déjà, en 1632.Mais les jours de Richelieu étaient passés.Et la promulgation du traité de Paris vint frapper de mort cette illusion suprême.Leur sort était scellé.Us ne seraient plus français.Cette mère-patrie dont la civilisation rayonnante éclairait de loin leur marche, qui, malgré ses fautes, était restée pour eux l’objet d’un culte filial, qui leur envoyait depuis cent cinquante ans ses éducateurs, ses administrateurs, ses femmes d’élite, ses apôtres et ses héros, une solution de continuité tragique coupait soudain toutes les artères par lesquelles elle leur transmettait sa vie.Séparés, isolés, privés de tous moyens de communication avec la nation-mère que la défaite forçait à l’abandon, ils se voyaient réduits à leurs propres forces, ou pour mieux dire à leur navrante faiblesse, sous le joug de l’ennemi séculaire, complètement et irrévocablement vainqueur.Que l’horizon était sombre pour nos pères ! Quand ils le sondaient de leurs regards anxieux, ils n’y voyaient poindre aucun rayon d’espoir.Pourraient-ils sauver quelques épaves dans ce grand naufrage de la race française en Amérique ?Qu’allait-il advenir des 65,000 Canadiens dont les établissements s’échelonnaient sur les deux rives du Saint-Laurent?Y aurait-il un lendemain pour leur nationalité ?Le présent était désolé et l’avenir sinistre.Thomas Chap aïs.{Cours d’Histoire du Canada.) COURS ABRÉGÉS D’ÉCONOMIE DOMESTIQUE Aux Religieuses Des cours abrégés d’Économie domestique suivis d’examens théoriques et pratiques pour l’obtention d’un brevet, se donneront à l’Institution Chanoine-Beaudet (ü,cole normale classico-ménagère) de Saint-Pascal, du 10 au 27 mars prochain.Le nombre des candidates étant limité, on est prié de s’inscrire le plus tôt possible.Pour tous renseignements, s’adresser à Sœur Supérieure, C.N .D., Institution Chanoine-Beaudet, Saint-Pascal (Kam.) 384 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE A PROPOS DU DEUXIÈME CONGRÈS DE LA LANGUE FRANÇAISE Etudions notre langue — Aimons nos traditions Conservons notre héritage français.Textes à étudier en classe dans les Écoles primaires supérieures et les Écoles normales Notre histoire L’apparition de l’Histoire du Canada de Garneau ne venait-elle pas de jeter tous les esprits dans le plus grand émoi?N’avait-elle pas du coup et pour jamais fait sortir de leur indifférence pour l’histoire nationale les Canadiens français ?Si longtemps on les avait traités de peuple impuissant et de peuple conquis ; depuis si longtemps surtout on luttait sans succès pour la conquête des libertés politiques, que le courage de plusieurs, et des meilleurs, en était ébranlé, abattu, et que l’on n’osait pas étudier, pour les étaler au grand jour, sous le regard du vainqueur intolérant, les vicissitudes de notre vie historique.Personne encore ne s’était risqué à raconter l’épopée canadienne, du moins à en décrire les derniers et les plus beaux chants.Aussi un long cri de surprise, puis d’enthousiasme avait-il salué l’œuvre de Garneau, qui constituait pour les lecteurs de ce temps une véritable révélation.Jamais la patrie n’avait paru si grande, si héroïque, si belle avec tant de blessures qui saignaient encore ! Mgr Camille Roy.(Historiens de Chez Nous : l’abbé H.-R.C AS G RAIN) LES PIONNIERS DE LA NOUVELLE-FR ANGE L’établissement des colons dans la Nouvelle-France, la création sur les bord du Saint-Laurent des centres de vie canadienne, et surtout le soin que l’on apporta à les pénétrer de foi religieuse et de vertus, intéressèrent toujours vivement le prêtre qui ne disparaissait jamais derrière l’écrivain.Volontiers, l'abbé Casgrain comparait nos premiers colons à ces Hellènes qui transportaient, aux pays nouveaux où ils allaient fonder leur puissance, ce qui pouvait leur rappeler l’image et aussi la grandeur de la patrie absente : croyances, mœurs, traditions et dieux du foyer.C’est la cité antique qui émigrait tout entière sur d’autres rivages ; c’est aussi la cité chrétienne, telle qu’elle existait alors dans les bonnes provinces de France, que nos pères avaient soin de reconstruire ici et d’asseoir sur la base solide des croyances traditionnelles.Mgr Camille Roy.'Historiens de Chez Nous : l’abbé H.-R.Casgrain) L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 385 PHRASÉOLOGIE ET COMPOSITION A L’ÉCOLE PRIMAIRE A P intention des jeunes professeurs de français (Pour Y Enseignement Primaire) Le travail qui va suivre, dont la genèse remonte à une conférence donnée à des jeunes confrères à propos de Phraséologie et Composition à l’école primaire, ne prétendait aucunement à la publication.J’ai voulu plutôt une poussée qu’un livre.Et les 200 copies au “ miméographe ”, répandues dans une vingtaine d’écoles, avec les copieux extraits, que Y Enseignement Primaire m’a fait l’honneur d’imprimer, n’ont pu donner une vaste publicité à ces quelques pages, qui d’ailleurs n’y étaient pas destinées.Pourtant certaines appréciations louangeuses, écrites et verbales, m’encouragent à continuer, à développer, et peut-être un jour à imprimer, si les jeunes surtout y trouvent à glaner une ample gerbe.Après les nombreux essais notables sur la langue, il serait osé de venir présenter, au corps enseignant de l’école primaire, un ouvrage d’aussi modeste longueur comme une panacée à toutes nos déficiences, qui permit à l’écolier d’atteindre en quelques années, une sûreté impeccable pour émettre ses idées de façon correcte, élégante même.Je ne tiens pas à la réputation de marchand, et moins encore de marchand d’orviétan.Seulement l’amour du métier,uni au culte du beau, le contact prolongé et sans cesse renaissant avec les balourdises coutumières de nos écoliers ont créé en moi autre chose que de l’énervement, de l’impatience, de l’ironie sans baume.Je me suis dit : il faut y porter remède, et, pour ma petite part, je me suis mis à la besogne.Mon modeste travail ne s’adresse ni aux maîtres de la pensée, ni à mes pairs qui partout savent, dans les chefs-d’œuvre, glaner le succulent pour en alimenter leur ruche.Mon ambition aspire à moins, et je serais comblé si le profit des quelques articles que je me propose d’écrire allait tout entier à la langue, en facilitant aux jeunes professeurs un labeur qu’à l’ordinaire ils entreprennent sans goût, et maladroitement pour eux et leurs élèves ; je veux dire sans but et sans méthode.Ils voudraient bien l’œuvre, superbe même, sans pour cela s’astreindre à un plan.Trop souvent ils fuient l’effort, seule base solide du succès.Ce labeur, poursuivi avec une régularité tenace, permettrait à la plupart des élèves d’acquérir une élocution très honnête, et de réussir avec brio les compositions sur la langue aux examens du certificat d’étude primaire.Et même avec des écoliers un peu lents, il paraîtrait avantageux de prolonger ces exercices élémentaires jusqu’en 8e Année, inclusivement.Le bienfait du procédé les mènerait, non pas uniquement à une bonne note de composition, mais à une véritable formation qui les gratifierait d’aisance pour exprimer leurs idées.Cet acquêt ne compte-t-il pas pour quelque chose dans la vie P Ces exercices peuvent s’entreprendre et se répéter autant que le professeur y verra de profit ; des élèves avancés les goûtent ; et je ne crois pas, que si le professeur jouit d’un peu de dextérité, de jovialité dans son enseignement, il soit en danger d’endormir.Mais mieux vaut commencer de bonne heure, afin que les idées et les mots arrivent aux enfants, limpides et chantants, comme les eaux d’une source abondante et pure.Dès la préparatoire et la première année, qu’on apprenne aux bambins à ouvrir la bouche, à s’exprimer oralement d’une façon compréhensible.Jusqu’à présent, ils ont ainsi fait à longueur de jour, sous la conduite de leurs mamans.Cette méthode excellente ne demande qu’à être continuée : qu’ils parlent ; c’est un besoin de leur nature qui s’éveille, qu on sc garde de le comprimer.S’ils ne parlent pas, ils dormiront encore longtemps, et l’école, qui doit fourbir l’intelligence et le cœur de l’enfant, courra risque de gaspiller totalement la besogne.On lui demandait un homme, elle ne fournira qu’un muet taciturne.L’enfant parlera donc afin de progresser.S’il n’avance guère, c’est qu’on le tient trop en laisse ou plutôt en garderie, à demi étendu sur un pupitre qu’il doit fixer des heures, pour ne pas troubler la quiétude de son mentor.Pourtant il voudrait ouvrir la bouche, car il a bien des questions à poser, des réflexions importantes à communiquer.Il ne reste qu’à les susciter, à les ordonner, à les canaliser, par un travail fatigant au début, mais peu à peu nourri d’allégresse.Nous sommes Gaulois, grands dévots de périodes et de beau langage, au dire des Romains.Pourquoi nous en plaindrions-nous ?Ce n est pas sur les rives du Saint-Laurent qu’il faut déchoir de notre antique réputation ; nous méconnaîtrions de splendides pages à notre gloire.A l’œuvre donc, et nous formerons sur les bancs de nos écoles de ces orateurs en herbe dont un jour l’esprit délié saura encore captiver notre admiration en même temps qu’il nous élèvera au-dessus de nos préoccupations parfois terre à terre.Un peu d’envol ne nuit nullement à la marche d’une classe, pas plus qu’il n’alourdit nos rapports de société. 386 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE Bien intéressante et très importante est donc la connaissance de la langue, l’enseignement de la composition, à l’école primaire.La grammaire, d’ordinaire sèche et si fLate, que nous ne savons pas, faute de nous attacher à l’essentiel et de n’exiger rigoureusement que cela ; nos dictées si ennuyeuses quand elles manquent d’âme ; nos analyses et ces fastidieux devoirs français sur lesquels se dépitent nos élèves, mais qui nous demandent assez peu de travail, ne seraient que des carcans injustes s’ils avaient pour fin unique d’occuper tant bien que mal les enfants, et non d’élever leurs âmes, d'en allonger les ailes en leur inculquant l’amour de la langue par le choix d’idées généreuses, de hauts faits alimentant leur jeune enthousiasme, mais mis à leur portée par une élocution heureuse.La présente étude : Phraséologie et Composition à l’école primaire Élémentaire, n’a pas d’autre idéal que de combattre cette atmosphère déconcertante.Malgré tous les progrès réalisés et la docilité ardente de beaucoup, trop de jeunes professeurs encore la négligent entièrement.Tout professeur d’un peu d’expérience a pu remarquer que souvent l’enfant, même en 6e, plus haut peut-être, ne sait pas construire proprement une phrase.A cela, quoi d’étonnant ?Du premier coup on lui demande d’élever une maison ; quant aux matériaux, on se garde bien de lui en fournir.Dites donc à un maçon de bâtir un mur sans pierres, à un menuisier de construire une bibliothèque sans planches : il vous rira au nez.Et trop souvent dans la pratique, l’on procède avec la même sagesse en abordant la composition.Nous faisons comme ce grand professeur qui du premier coup voulait des artistes en dessin, et les plantait devant la nature.Et à l’enfant nous disons : racontez telle cérémonie, contez telle histoire, décrivez tel paysage, sans, comme notre dessinateur, lui avoir appris à tracer quelques lignes d’après ses devanciers.Soyons plus logiques.Un autre mal qui n’améliore pas la situation : nous sommes partisans des gros livres, comme si automatiquement notre cerveau se meublait du volume que nous portons sous le bras.Erreur ! “ Les manuels accablent les élèves, grands et petits, sous le poids du papier et d’une érudition pédantesque .les laissant en fin de compte fâcheusement ignorants .Savoir peu, mais savoir bien.En pédagogie comme en littérature, il faut choix et mesure.Ce sont les gens sans compétence qui veulent tout dire .Les vrais manuels ne devraient comporter qu’un tout petit nombre de pages .” M.Jacques, (L’Ecole).Et c’est fâcheux qu’il n’en soit pas toujours ainsi, que nous ayons la fièvre de courir à un gros livre avant que le précédent n’ait été digéré.Aussi nous n'avons pas les notions claires des principes, des définitions élémentaires ; nous avançons tout de même, et quand nous nous apercevons que les élèves ne nous suivent pas, c’est dépitant, parce que déjà nous sommes loin, et qu’à peu près tout plaide pour un recommencement.Avis aux jeunes qui à grandes enjambées franchissent les débuts.Allons plus lentement, à moindres bouchées dans notre enseignement, seule la partie d’aliment triturée à loisir et digérée à souhait nourrit, tandis que le reste encombrp: n’avançons qu’à la mesure des forces de nos disciples.Autre lacune : notre enseignement ne se contentent-ils pas trop aisément de la passivité ?Au détriment de nos élèves, nous parlons, nous donnons les réponses qu’ils devraient trouver ; nous amorçons des idées qu’ils auraient dû découvrir moyennant une petite sous-question de notre part ; nous passons comme compris quantité de termes, les plus simples, que des élèves entendent depuis cinq ans et plus sans y rien saisir.Et pourtant, la bonne volonté ne leur manque pas ; ils ne sont point fermés non plus.Comment se fait-il donc, qu’en dix, douze ans et plus d’enseignement, qu’avec tant d’élèves qui ne manquent pas d’intelligence, qui sont fidèles à l’école jusqu’à mériter un prix d’assiduité, nous parvenions assez généralement à un résultat trop modeste ?Nos élèves ne sont pas travailleurs, dira-t-on, et l’on apportera en preuve maintes allégations ayant une bonne part de vérité : une seule face à la médaille.L’élève y est le bouc émissaire, jugé à huis clos, sans être admis à présenter sa défense.S’il y venait, certainement il prononcerait un plaidoyer à décharge, où nous n’aurions pas tout le beau rôle.Avouons avec franchise qu’il n’aurait pas totalement tort.Notre verbiage l’ennuie, à moins qu’il ne l’évapore ; nos leçons trop longues, présentées sans intérêt, ne le charment guère ; nos explications trop savantes, sans nerfs ni relief, le laissent froid, tout comme nous d’ailleurs.Avons-nous l’enthousiasme?Que nous disent à nous-mêmes nos termes plaqués, empruntés à quelque bouquin mal fait, ornement, puérils d’une majestueuse naïveté ?Ces termes techniques, propres à ceux qui y consacrent leur vie, endorment les enfants dans leur ignorance.Ce sont là des considérations d’ordre général, mais qui ont leur très grande importance dans le travail ardu de la composition.Aussi, loin d’avoir fui le sujet, je crois être entré tout droit par la grande porte.Sans plus tarder, venons-en à la pratique, puisque tel est bien le but de cette causerie, entachée peut-être de tautologie ; mais les idées qui réclament de l’effort ont rarement l’heur de ne pas compter avec les dérobades.(à suivre) Frère Arsène-Louis, de V Instruction Chrétienne. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 387 LA GÉOGRAPHIE DU SAINT-LAURENT Le Bassin laurentien (Pour Y Enseignement Primaire) Préparation matérielle : Une carte physique de la Province de Québec.A défaut de carte murale, chaque élève peut se servir de la géographie, cours complémentaire, par les Frères des Écoles chrétiennes, page 51.Un bassin et un verre d’eau.I.—Préambule.(Préparation de l’esprit des élèves.) Montrez le fleuve Saint-Laurent.Dans quelle direction coule-t-il ?Où sont les terres les plus basses?Montrez la direction de quelques rivières qui se jettent dans le Saint-Laurent.Où sont les terres les plus élevées ?Qu’arrive-t-il lorsqu’on verse de l’eau sur le bord intérieur d’un bassin?(Démonstration par le maître.) Comment peut-on appeler l’ensemble de toutes les terres qui déversent leurs eaux dans le Saint-Laurent ?Quelle ressemblance y a-t-il entre le bassin du Saint-Laurent et un bassin ordinaire dont on se sert pour se laver ?Quelles en sont les différences ?II.—Indication du sujet et des parties de la leçon Nous étudierons, aujourd’hui, le bassin laurentien.Nous verrons : 1.—-Les montagnes qui bornent ce bassin.a) Au nord : le système des Laurentides.b) Au sud : le système des Apalaches.c) A l’ouest : le système des collines.2.—Les rivières qui descendent de ces montagnes.3.—Le fleuve Saint-Laurent.III.-EXPOSITION DU SUJET 1.—Les montagnes: * a) Le système des Laurentides.Observez sur la carte le groupe des montagnes situé au nord du Saint-Lauzent.Combien y a-t-il de chaînes principales ?Trouvez leurs noms sur la carte.Indiquez la situation de chacune d’elles.Laquelle de ces chaînes est située le plus près de l’endroit où vous demeurez ?Quelle figure géométrique est formée par ces trois chaînes ?En vous servant de l’échelle, mesurez la longueur du côté est de ce triangle.Où sont les montagnes les plus élevées ?(Si la carte indique les altitudes.) Comment appelle-t-on l’ensemble de ces terres élevées formant un immense triangle au nord du Saint-Laurent ?Trouvez sur la carte le nom de ce plateau.Tracez, dans le plateau laurentien, deux lignes de partage des eaux : celle qui sépare le bassin de la baie d’Hudson de celui du Saint-Laurent et celle qui sépare le bassin de l’Atlantique de celui du Saint-Laurent.b) Le système des Apalaches: Observez les montagnes situées au sud du Saint Laurent.Y a-t-il plusieurs chaînes ?Quel est le nom de cette chaîne dans la Province de Québec?Quelle est la direction des monts Notre-Dame par rapport au fleuve Saint-Laurent ?Quel plateau est formé par ces montagnes ?Compa- 388 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE rez son étendue et son élévation avec le plateau laurentien.Quelle est la plus grande largeur des monts Notre-Dame ?Quelle largeur ont-ils en face de l’embouchure du Saguenay ?c) Le système des collines.Indiquez, sur la carte, les rivières qui se dirigent vers les grands lacs.Et celles qui se dirigent vers la baie d’Hudson.Indiquez des lignes de partage des eaux.2.— Étude des rivières qui se jettent dans le Saint-Laurent.Quelles sont les causes qui concourent à la formation des rivières : Au printemps P La fonte des neiges.En été ?Les pluies qui tombent surtout sur les montagnes.Durant l’hiver?Les sources.a) L’Outaouais.Montrez le cours de l’Outaouais.Où prend-il sa source?Près de la ligne de partage des eaux.Dans quelle direction coule-t-il d’abord?Quel lac forme-t-il en prenant une direction pres-qu’opposée ?Dans quelle région son cours est-il le plus sinueux ?Pourquoi cela ?Mentionnez quelques services rendus à l’homme par cette rivière.Quelle ville importante est située sur so» cours ?Remarque: Pour ne pas prendre trop d’espace, nous nous bornerons à indiquer les idées à développer dans le reste de la leçon.A chaque maître incombe la tâche de faire découvrir le plus possible de ces idées par l’observation de la carte et par la réflexion.L’Outaouais prend sa source dans le comté de Montcalm, tout près de l'un de ses propres affluents, la Gatineau.Depuis sa source, l’Outaouais, coule le long de la ligne du partage des eaux jusqu’à la limite entre Québec et Ontario.A cet endroit, il s’élargit pour former le lac Témiscamingue, qui sert de limite naturelle entre Ontario et Québec.Les nombreux rapides qui coupent le cours de l’Outaouais rendent la navigation impraticable jusqu’à Ottawa.En amont de cette ville se trouve la magnifique chute Chaudière.En aval d’Ottawa, et sur une longueur de douze milles, se rencontrent d’autres rapides.Les plus remarquables dans l’histoire sont les rapides du Long-Sault, mémorables, ou mieux, immortalisés par l’exploit de Dollard des Ormeaux qui, avec ses seize braves, soutint contre huit cents Iroquois une lutte dont dépendait le salut de la colonie.6) Le Saint-Maurice prend sa source près de l’Outaouais, au nord du comté de Champlain.Son cours est très accidenté.Pour régulariser l’écoulement de ses eaux et mieux utiliser leur force motrice en toute saison, on a construit plusieurs barrages.L’un d’eux, le barrage Gouin ou de la Loutre, construit dans le haut de la rivière, crée un réservoir qui, par sa capacité et sa superficie (360 m.c.) est le plus grand lac artificiel du monde.Des chutes pittoresques et nombreuses offrent à l’industrie des sources de force hydraulique immenses ; mais, elles interrompent la navigation.Les plus remarquables chutes du Saint-Maurice, sont : celles de Shawinigan et de Grand’Mère, la chute des Grandes-Piles, à 70 milles des Trois-Rivières, et la chute de la Tuque, à 37 milles plus bas.Les chutes du Saint-Maurice utilisées en force motrice donnent naissance à l’établissement de villes très prospères.Le cours de la rivière Saint-Maurice (250 milles) est en grande partie dans les Laurenti-des, ce qui fait que ses bords sont généralement élevés (de 300 à 1,000 pieds) et couverts de forêts.En certains endroits les rives s’abaissent pour former des terrrains plats propres à l’agriculture, ce qui favorise l’établissement de villages très florissants.Le Saint-Maurice se jette dans le Saint-Laurent près de la ville des Trois-Rivières par trois embouchures différentes, d’où la ville, construite sur la rive sud-ouest, tire son nom.c) Le Saguenay prend sa source près de la ligne de partage des eaux, entre les versants du Saint-Laurent et de la baie d’Hudson, sous le nom de rivière Chamouchouan.En tenant compte de cette dernière, le Saguenay a 330 milles de longueur.Au milieu du cours de la rivière Saguenay, se trouve le lac Saint-Jean, qui reçoit de nombreux tributaires entre autres les rivières Mistassini et Péribonka. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 389 Le Saguenay sort du lac Saint-Jean par deux branches appelées, la grande et la petite décharge, qui se joignent quelques milles plus bas, au sud de l’île d’Alma qui donne naissance à ces deux branches.Le Saguenay est célèbre pour ses aspects grandioses.C’est l’un des endroits de l’Amérique, les plus visités par les touristes.Depuis la baie des Ha-Ha, les rives du Saguenay (faites de gneiss et de granit) hautes de 500 à 1,500 pieds, s’élèvent verticalement et même surplombent l’obscure et profonde rivière, que les Sauvages avaient appelée le “Fleuve de la Mort”.La rivière du Saguenay est aussi profonde que ses rives sont élevées.Sa profondeur varie de 100 à 1,000 pieds entre la baie des Ha-Ha et l’embouchure, où l’on n’a pas pu atteindre le fond à 3,000 pieds.d) Le Richelieu (80 milles de longueur) prend sa source au lac Champlain.Ce lac est lui-même relié à l’océan Atlantique par le canal Champlain et la rivière d’Hudson.Le Richelieu, vers le milieu de son cours, c’est-à-dire vers le bassin de Chambly, rencontre des rapides sur une longueur de douze milles ; mais ces rapides sont évités par le canal Chambly.Depuis le bassin de Chambly (15 milles en amont de Sorel) jusqu’à l’embouchure du Richelieu, la navigation ne rencontre aucun obstacle.Le Richelieu est la voie navigable qui relie, d’une part, les grands lacs, Montréal, Québec et, de l’autre, le port de New-York.Cette voie simplifie d’une semaine le trajet que prendrait un bateau en allant contourner la Gaspésie.Le Richelieu se jette dans le Saint-Laurent près de Sorel, où il rencontre le lac Saint-Pierre.Cette rivière fut longtemps la grande route suivie par les Iroquois venant vers Québec ou Trois-Rivières ou même Montréal.e) Le Saint-François a deux sources principales : le lac Memphrémagog, sur la frontière du Vermont (E.U.), et le lac Saint-François, dans le comté de Beauce.Au sortir du lac Saint-François la rivière coule vers le sud-ouest, puis elle tourne brusquement Vers le nord-est dans le voisinage de Sherbrooke, où vient se joindre la rivière, déversoir du lac Memphrémagog.Le Saint-François a un parcours de 150 milles, il n’est pas navigable à cause de nombreux rapides.Le Saint-François ainsi que le Nicolet et le Bécancour arrosent de nombreux comtés et rendent la terre féconde.Le Saint-François se jette dans le lac Saint-Pierre, au nord de l’embouchure du Richelieu./) La Chaudière prend sa source au mont Gosford, près de la frontière du Maine (E.U.), puis traverse le lac Mégantic et poursuit ensuite son cours jusqu’au Saint-Laurent.Cette rivière est remarquable par le grand nombre d’îles pittoresques dont son cours est parsemé , par la chute qu’elle forme avant d’arriver à son embouchure.Ses eaux, en tombant d’une hauteur de plus de cent pieds, ont creusé des cavités qui ressemblent à des chaudières, d’où, dit-on, lui vient son nom.La Chaudière se jette dans le Saint-Laurent, à six milles en amont de Québec, après avoir parcouru 110 milles.3.—Le Saint-Laurent : On a souvent entendu des élèves dire, en regardant la carte géographique, que le Saint-Laurent allait du haut en bas, c’est-à-dire, de l’embouchure à la source.Ce qui est une erreur.Il ne faut pas oublier que la carte représente un plan horizontal ; et non un plan vertical.Si nous plaçons une carte de géographie verticalement sur un mur, c’est pour la mieux faire voir aux élèves.En réalité donc, le Saint-Laurent, sur la carte, va du sud-ouest vers le nord-est, et apparemment de bas en haut c est-à-dire de sa source à son embouchure, tout naturellement ses eaux vont des grands Lacs au golfe Saint-Laurent.Le Saint-Laurent prend sa source dans les grands Lacs.1.Le lac Supérieur: 420 milles par 160. 390 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE Ce lac occupe un plateau et renferme plusieurs îles.Il reçoit de nombreux torrents entrautres le Saint-Louis qui représente la tête ou la source du Saint-Laurent.Les eaux du lac Supée rieur s’écoulent dans le lac Huron par la rivière Sainte-Marie.2.Le lac Michigan : 350 milles par 90.Le lac Michigan, dont les rives sont basses et sablonneuses, communique par un détroit resserré avec le lac Huron de même niveau que lui.3.Le lac Huron : 260 milles par 90.Le lac Huron, qui est coupé en deux parties par la presqu’île de Bruce et la grande île Mani-toulin.Ces deux derniers accidents géographiques déterminent au nord-est la baie Géorgienne, ou lac des Iroquois.Grossi par les lacs Supérieur et Michigan le lac Huron s’écoule dans le lac Érié par la rivière Sainte-Claire, le lac Sainte-Claire et la rivière Détroit.4.—Le lac Érié : 240 milles par 38.Le lac Érié, s’écoule dans le lac Ontario, par la rivière Niagara qui forme une série de rapides ; au milieu de son cours est située la célèbre chute Niagara, divisée par l’île des Chèvres en deux cataractes hautes de 107 pieds.5.Le lac Ontario : 190 milles par 35.Le lac Ontario, est le plus petit et le moins élevé des grands Lacs.Il s’écoule par le Saint-Laurent.En quittant les grands Lacs, le Saint-Laurent baigne un archipel aux îles charmantes et nombreuses, appelé les Mille-Iles.De là dans son parcours jusqu’à Montréal, il forme le lac Saint-François, le lac Saint-Louis ; et plusieurs rapides, évités par des canaux latéraux.Puis le Saint-Laurent baigne l’archipel d’Hochelaga formé par l’île de Montréal, l’île Jésus, l’île Bizard, l’île Perrot et l’île Sainte-Hélène.Vient ensuite le lac Saint-Pierre renfermant plusieurs îles et où viennent se jeter le Richelieu et l’Yamaska.A partir du lac Saint-Pierre, les marées se font sentir sur le fleuve comme sur la mer.En approchant de Québec, le fleuve Saint-Laurent se rétrécit ; au pied du cap Diamant, il n’a qu’un mille de largeur ; puis s’élargissant de nouveua, il enveloppe l’île d’Orléans.A 9 milles de Québec, la chute Montmorency, dont la hauteur est de 70 pieds.Après l’île d’Orléans, le fleuve prend l’aspect d’une véritable mer, et l’eau est salée.A Tadous-sac, où se jette le Saguenay, il a 15 milles de largeur ; des bateaux qui le parcourent, on ne voit plus les rives qu’indistinctement.Les principales îles que l’on rencontre après l’île d’Orléans jusqu’au Bic (comté de Rimous-ki) sont : (a) La Grosse île, servant de quarantaine aux transatlantiques venant à Québec; (b) l’île aux Grues, l’île aux Coudres, l’île Verte et l’île du Bic.Arrivé à la Pointe-des-Monts, le Saint-Laurent, atteint une largeur de 24 milles.Cet endroit marque le commencement de son embouchure ; mais, il ne se jette dans l’Océan Atlantique qu’après avoir passé par l’estuaire auquel il donne son nom , c’est-à-dire : le golfe Saint-Laurent.Le Saint-Laurent appartient à la Province de Québec, qui en est justement fière et y trouve une de ses principales sources de richesses.C’est l’un des plus beaux fleuves du monde, non par sa longueur mais par : (a) le pittoresque de son parcours (b) la masse et la limpidité de ses eaux (c) les facilités qu’il offre aux grandes navigations. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE S 91 IV.-—GÉNÉRALISATION Le maître devra faire une revue rapide des principales idées enseignées durant la leçon pour graver ces notions dans l’esprit des élèves et pour s’assurer qu’ils ont bien compris.Des comparaisons à établir entre les chaînes de montagnes, entre les versants et entre les rivières seraient particulièrement intéressantes.V.-APPLICATION Donner un devoir en rapport avec la leçon.Un Scolastique de VÊêcole normale de Laval-des-Rapides.SOLFÈGE ET CHANT Concours oral Février :— 1.Le professeur fait solfier individuellement en faisant la revision des exercices, page 15.2.Le professeur fait chanter individuellement : Causerie et Chant, page 16.3.Le professeur fait chanter individuellement les chiffres représentant les sons des Mélodies grégoriennes à la page 17.4.Le professeur donne une dictée musicale avec secondes et tierces, à l’aide de l’escalier vocal au tableau noir : a) Le professeur donne d’abord le ton : la ; Il désigne deux degrés, ex.: chantez 6 5 — 5 4 — 3 5 — b) Un élève, avec la baguette, indique les degrés désignés par le professeur.c) Les élèves, à tour de rôle, chantent en nommant les notes demandées, ex.: la sol —- sol fa — mi sol.CONCOURS ÉCRIT 1.Nommez a) la quarte ascendante de ré.“ b) “ descendante de si.“ c) la tierce ascendante de fa.2.Combien de degrés passe-t-on pour chanter un intervalle de quarte ?3.Écrivez une quarte ascendante et une quarte descendante sur chacun des degrés : 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, suivre cette formule : Quartes : ascendante— descendante 1 1, 4 4, 1.4 4 , 1 1 , 4.2 2,5 5, 4.a) Nommez les signes de ponctuation musicale employés en chant grégorien et donnez la signification de chacun d’eux.b) Écrire de mémoire ou sous la dictée du professeur, au moyen des chiffres, la mélodie du Tantum sur l’air du Range liugua.PENSÉE Les abeilles ne travaillent que dans l’obscurité, la pensée ne travaille que dans le silence, et la vertu dans le secret. 392 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE LEÇONS PRATIQUES DES GRAMMAIRE ANGLAISE (Pour Y Enseignement Primaire) 6àme leçon LE FUTUR Il existe en anglais deux futurs : le futur simple qui indique simplement que l’action se fera dans l’avenir, et le futur emphatique qui ajoute à la notion de futur celle d’une volonté qui s’impose.1.FUTUR SIMPLE Le futur simple se conjugue avec l’auxiliaire shall à la première personne, et avec l’auxiliaire will aux deux autres.I shall go, we shall go ; — you will go, he will go, they will go.Remarques.—1.Dans les questions, il faut employer l’auxiliaire qu’exigera la réponse.When shall you go home?— I shall go at 8 o’clock.When will Bob stop his game?— He will stop it before noon.2.Le discours indirect exige le même auxiliaire que le discours direct.He says he shall come.— He says : I shall come.3.On n’emploie pas le futur dans les surbordonnées commençant par when, while, as soon as, ou par un pronom relatif, — la proposition principale étant au futur ou à l’impératif.When you come, bring your racket,— See the doctor while you are in town.As long as I live, I shall not forget it.Ask the first man that you see.4.Dans le langage courant, l’on contracte avec la négation.Quand vous viendrez.Pendant que vous serez en ville.Aussi longtemps que je vivrai.Demandez à l’homme que vous verrez.souvent le sujet avec l’auxiliaire, ou l’auxiliaire I’ll, we’ll, I shan’t, they won’t.Exercises.—1.What Bob thinks of during the dead silence of the evening study : When shall we go to bed?When shall I be allowed to go to bed?Be sure it will not take me long to get asleep, I feel so sleepy.First of all, I shall have to make my bed.It will soon be done.I shall lay the sheets and the blankets over the mattress.Then, with the other boys, we shall kneel down and say a prayer, a short one.It won’t take me five minutes to undress and get into bed.They will put out the lights.I don’t care who will turn the switch.I shall not even see him.I shall’t watch him.I’ll soon be asleep.The other boys will dream maybe.I’ll have no time to lose.Nothing will wake me up before the bell rings.When will it be bed-time?2.Je dirai bonsoir à mes parents.Je monterai ensuite à ma chambre.Vite! la lumière sera allumée.Qu’elle paraîtra jolie, ma petite chambre avec ses rideaux bleus ! Je baisserai les stores.Avec mes petits frères, nous nous agenouillerons devant le crucifix et nous dirons notre prière du soir.Mes bottines seront vite enlevées et mises sur le palier.La servante aura étendu les couvertures sur le lit ; je n’aurai pas à le faire.Je me deshabillerai et je mettrai mon pyjama.Peut-être ne m'endormirai-je pas immédiatement ?Alors je prendrai un livre.Mais une voix criera bientôt dans l’escalier : “Paddy, quand éteindras-tu?Ne te coucheras-tu pas bientôt?’, Aussitôt que j'entendrai cela, je tournerai l’interrupteur.La porte du salon se fermera sans bruit.On arrêtera le radio.Tous les bruits cesseront.Quelques minutes après je dormirai profondément.3.A sept heures, mon réveil sonnera.Mais j’aurai bien trop sommeil pour me lever si tôt.Je me retournerai donc sur mon oreiller, et je m’endormirai de nouveau.A 7.30 heures, on viendra frapper à ma porte.Descendras-tu bientôt?Te feras-tu toujours attendre?Ne te dépêcheras-tu donc jamais?” “ Me voici ”, répondrai-je à moitié endormi.Je m’étendrai, je baillerai.Mfcs yeux s’ouvriront enfin et je regarderai mon réveil.“ Toujours en retard ”, semblera-t-il me dire.Cette fois-ci, on ne me répétera pas de me lever.Ma toilette sera faite en un instant.Vous verrez un garçon rapide.Cela ne me prendra pas cinq minutes pour m’habiller et me laver.En un clin d’œil, mes ongles seront nettoyés, mes cheveux seront peignés.Heureusement que je n’aurai pas à cirer mes chaussures ; la servante les aura nettoyées.Il ne me restera qu’à faire ma prière.Et je serai prêt à descendre. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 393 2.FUTUR EMPHATIQUE Le futur emphatique exprime, à la première personne, la volonté du sujet ; aux deux autres personnes, il marque un ordre, une menace, une promesse.Cette forme du futur est appelée par certains auteurs futur de volonté, et futur d’autorité.Le futur emphatique intervertit les auxiliaires : il emploie donc will à la première personne, et shall aux deux autres.Volonté.— I tell you I will go.Je vous dis que je veux y aller.Will you come?— I will.Voulez-vous venir?— Je le veux.Autorité.—Thou shalt not kill.Tu ne tueras pas.You shall be punished.Vous serez puni.He shall come.J’ordonne qu’il vienne.My word shall not pass away.Mes paroles ne passeront pas.A la forme interrogative, comme il a été dit, il faut employer le même auxiliaire que l’interlocuteur emploiera vraisemblablement dans sa réponse.Ainsi : A la première personne, on emploiera toujours shall : A la deuxième personne, on emploiera shall pour le futur simple, et will pour le futur emphatique (futur de volonté) ; A la troisième personne, on emploiera will pour le futur simple, et shall pour le futur emphatique (futur d’autorité).1.Shall we not be late?2.Shall you soon be ready?Will you really forgige him?3.Will it be fine to-morrow?Shall they be put to death?We shall not.I shad be ready in a few minutes.I will, as I have promised.Very likely, it will.They shall : I have given orders.Exercises.—1.Account for the use of “ shall ” and “ will ” in the following text.The German officer said to the French boy who was standing before him : —WU1 you tell me where the French soldiers are hidden ?—I won’t.—Do you know what will become of you, if you don’t speak.—I do, I shall die.—Yes, you will.You shall be shot.But, if you will show me the place where the French are, you shall be rewarded.—No, I will not be a traitor.3.Explain and translate.—Shall you come and see me to-morrow ?I shall.Will you do your best?I will.Blessed are the meek, for they shall possess the land.I will go there, I tell you.I say, you shan’t.I shall come back in a while.Take my word, I will give them what they deserve.Our friends will wait for us, let us hurry.Obey me, and I will give you this watch.You shall not leave this room before you have spoken.Will Frank succeed in his exam?Certainly, he will.Will there be a fame, next Saturday ?3.Translate.—A neuf heures, nous sortirons, si vous voulez.Tu ne porteras pas de faux témoignage.Prendrez-vous une tasse de thé ?Voulez-vous du sucre ?Vous ne sortirez pas, je ne le veux pas.J’irai, vous dis-je, malgré vos ordres.Quand mourrons-nous, nous ne le savons pas.Tu mourras, dit le chef en colère.Quand serez-vous chez vous ?J’y serai toute l’après-midi.Vous resterez en prison toute la nuit.Il pleuvra demain.Fermerai-je la porte?Voulez-vous que je fasse entrer ces gens ?Si je ne travaille pas, je ne serai pas payé.Ferez-vous du thé ou du café ?Je ferai du thé, si vous aimez.Quand le train partira-t-il ?Passez chez le notaire, quand vous serez en ville.Téléphonez-moi sitôt que vous serez arrivé.Voulez-vous assister à cette réunion?Y assisterez vous ?Certainement.Le docteur a dit qu’il viendra quand il sera prêt.Note.—Autres formes du futur (futur immédiat).Now, I will tell you a story.Maintenant, je vais vous raconter une histoire.(Or) I am going to tell your a story.I am about to leave the city.Je vais quitter la ville.Frère Régis-Stanislas, F.E.C. 394 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE DOCUMENTS OFFICIELS LE 13” CONGRÈS DES INSPECTEURS RÉGIONAUX A Québec, les 28 et 29 décembre 1936, les inspecteurs régionaux se sont réunis en congrès au Département de l’Instruction publique, à Québec, sous la présidence de M.C.-J.Miller, Inspecteur général des écoles primaires.Étaient présents au congrès : MM.les inspecteurs Boily, Hubert, Lamarre, Litalien, Maltais, Marier, Pagé, Faquin.Au cours du congrès, les inspecteurs eurent la visite de M.Albert Rioux, sous-ministre de l’Agriculture et M.Jean-Chs Magnan.Au sujet de cette rencontre de quelques officiers de l’Agriculture et de l’Instruction publique, voici ce que dit le Courrier de Saint-Hyacinthe du 1er janvier 1937 : “Un autre événement d’importance qui a eu lieu au Parlement ces jours derniers est le treizième congrès des inspecteurs d’écoles régionaux.Ces inspecteurs se sont réunis sous la présidence de M.C.-J.Miller, inspecteur général des écoles primaires.Les congressistes ont eu la visite de M.Albert Rioux, sous-ministre de l’Agriculture, et de M.Jean-Charles Magnan, directeur du service de l’enseignement agricole qui vient d’être institué par l’honorable Bona Dussault.“ M.Rioux a demandé la coopération des inspecteurs d'écoles régionaux et ceux-ci la lui ont promise d’emblée.“ Il a été décidé que les inspecteurs constitueront un comité qui verra, en janvier, à préparer un programme de cours d’été pour les instituteurs.Ces cours qui porteront uniquement sur l’agriculture seraient donnés dans les principales parties de la province.Us constitueront un premier pas vers la ruralisation de l’enseignement primaire.” EXAMENS DES ASPIRANTS INSPECTEURS D’ÉCOLES Ao-ût 1937 Littérature Lecture et explication de l’une des fables de Lafontaine dont les titres suivent : 1° La grenouille qui veut se faire aussi grosse q\ie le bœuf.Livre I, Fable III.2° Le loup et le chien, Livre I, Fable V.3° Le loup et Vagneau.Livre I, Fable X.4° L’âne chargé d’éponges et l’âne chargé de sel, Livre II, Fable X.5° Le lion et le rat.Livre II, Fable XI.6° Le coq et le renard, Livre II, Fable XV.T ° Le renard et le bouc, Livre III, Fable V.8° J.o belette entrée dans un grenier, Livre III, Fable XVII.9° Le renard ayant la queue coupée.Livre V, Fable V.10° Le laboureur et ses enfants, Livre V, Fable IX.L’aspirant sera invité à réciter, à son choix, l’une des dix Fables ci-dessus indiquées.Histoire de la Pédagogie Le dix-septième siècle I.Coup d’œil général sur la pédagogie au XVIIe siècle.IL La pédagogie catholique.III.La pédagogie janséniste.IV.La pédagogie protestante.(Voir Histoire de la Pédagogie de L.Riboulet.) L’Instruction publique dans la Province de Québec 1.Domination française.2.Domination anglaise.(Voir Y Instruction publique dans la Province de Québec), de la page 7 à la page 23. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 395 EXERCICES SCOLAIRES INSTRUCTION RELIGIEUSE La Trinité dans PHistoire et dans la Nature (Pour Y Enseignement Primaire) La Trinité est un dogme dont la révélation parfaite se trouve au Nouveau Testament.On connaît les trois circonstances de la vie publique de Jésus où elle a été particulièrement affirmée, à savoir, son Baptême, sa Transfiguration et son Ascension, qui marquent les débuts, l'apogée et le terme de la mission officielle du Sauveur ici-bas.Ces faits sont dans tous les petits livres, nul maître ne les ignore et il est très à propos de les rappeler aux enfants.'¦sV/Ü 'J " ,,r.: On trouvera de même plusieurs affirmations de ce dogme à développer opportunément en faisant l’explication des évangiles du dimanche, notamment celui du dimanche dans l’octave de l’Ascension.Les Lettres de saint Paul, à leur tour, redisent plus d’une fois la même vérité.Les preuves de révélation ne manquent donc pas à qui veut en apporter.Mais avant l’Incarnation et les fruits de la Pentecôte, qui sont comme la preuve expérimentale de la Trinité, il avait plu à Dieu de ne donner aux hommes qu’une connaissance bien imparfaite du mystère caché en lui-même.Les Hébreux ne l’ignoraient pas complètement, sans pouvoir toutefois le définir.Quelques textes de leurs Prophètes disaient obscurément que le Messie serait Fils de Dieu, et parlaient sans plus de clarté de l’Esprit-Saint.C’est une opinion que la Sagesse divine en leur voilant à demi cette vérité voulait les soustraire à une forte tentation de verser dans le polythéisme des peuples voisins.La surprenante vérité cependant n’était pas complètement inconnue en dehors du judaisme.Les religions et les philosophies qui ont précédé le christianisme en comportent un reflet.Cette notion vague et confuse est-elle le résultat d’une révélation primitive obnubilée et défigurée comme celle que l’on retrouve dans les fables de Pandore et de Prométhée, ou est-elle le summum de vérité auquel a pu parvenir l’esprit humain laissé à ses propres ressources dans son enquête sur la divinité?Ces explications importent peu,— la dernière d’ailleurs serait téméraire,— et le fait seul peut nous intéresser.Il démontre qu’en admettant la Trinité nous sommes dans la lignée de la pensée humaine.Le Christ a débarrassé d’erreurs et précisé pour nous ce dogme possédé déjà comme un vieux patrimoine.Les Egyptiens, les Perses, les Chinois, dont la religion remonte à la plus haute antiquité, nous balbutient dans leurs credo une formule de trinité (1).La question n’est pas de savoir où ils l’ont prise, mais de constater qu’ils l’ont.La pensée grecque s’est élevée plus haut vers ce mystère et y a mis plus de précision, probablement parce que les premiers philosophes grecs ont été instruits par les derniers prophètes d’Israël.Pythagore et Ezéchiel sont contemporains. 396 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE L’affirmation d’Aristote qu’un “ Dieu engendré viendra enseigner les hommes ”, et celle de Socrate qu’il faut attendre un maître venu du ciel pour nous apprendre la religion, côtoient le mystère de l’Incarnation qui suppose celui de la Trinité.Platon les dépasse.Il a parlé de la divinité avec de tels accents que le qualificatif de divin lui est resté.Ces penseurs auraient été “ fidèles ”, si la révélation les eût aidés.Mais ce n’est pas dans l’histoire seulement que le Dieu en trois personnes s’est montré, c’est aussi dans la nature.Il a fait l’homme à son image, imprimant en lui les trois similitudes d’intelligence, de volonté et de puissance, pour lui imposer une religion faite de dogme, de morale et de culte.Le ternaire sacré se manifeste déjà, et “ les anges, le temps, l’espace, l’univers, les corps, le mouvement, les règnes de la nature, les astres, la vie, notre chaire, nos opérations intellectuelles, nos familles portent l’empreinte de ce nombre ” (2).Choisissez parmi ces similitudes celles dont les enfants ne sont pas tout à fait ignorants.Ils s’intéresseront à l’explication.Citons en quelques unes.Le catéchiste qui en fera usage aura soin d’insister sur les nombres un et trois, c’est-à-dire sur l’unité et la trinité.Un théologien et un philosophe auraient vite fait de culbuter ces légers échafaudages ; ils ne résolvent pas le mystère auquel Augustin cherchait des explications.Ce sont des analogies et non des copies.Mais les similitudes qui suivent sont proposées à un esprit d’enfant pour qu’il s’habitue à voir dans la nature des trinités réellement existantes et cependant inexpliquées, comme le grand mystère de Dieu.La conclusion sera pour lui qu’il peut accepter ce dernier comme il accepte les autres.Un corps solide a trois dimensions : il se mesure en longueur, largeur et hauteur.Ces trois éléments réunis le font un.Il y a trois sortes de quantités : la ligne, la superficie, le volume.Elles sont connues des élèves qui apprennent le toisé.La matière est apte à passer par trois états : elle sera gaz, liquide ou solide.L’exemple le plus frappant est celui de l’eau qui devient facilement vapeur ou glace.Les autres corps obéissent à la même loi.On liquéfie l’air ; on le solidifierait avec une pression suffisante.On fond et on volatilise les métaux.Trois fluides pénètrent les corps et les traversent : la lumière, la chaleur, l’électricité.Le mouvement nous impressionne comme son, chaleur et lumière.Moreux a vulgarisé cette notion en des pages intéressantes.Trente-deux vibrations à la seconde donnent le son le plus grave, et 32768 la limite du son perceptible à l’oreille.De cette limite à 300 milliards de vibrations se trouvent les ondes radiophoniques qui ont besoin d’être transposées par un instrument, de 300 milliards à 387 trillions la chaleur, et au delà la lumière jusqu’à 750 trillions où elle cesse elle-même d’être sensible, mais peut encore être captée par un appareil dans le champ des rayons ultra-violets et des rayons “ X ”.Les couleurs se ramènent à trois éléments simples et irréductibles : le jaune, le rouge, le bleu.Trois notes de la gamme font l’accord parfait : la tonique, la tierce, la quinte.Il y a trois sortes de durées : le temps qui a un commencement et une fin.la perpétuité qui a un commencement et qui n’a pas de fin, l’éternité qui n’a ni commencement ni fin.Le temps lui-même a trois éléments : le passé, le présent, le futur. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 397 Le monde terrestre se divise en trois règnes : minéral, végétal, animal.La création entière nous présente trois êtres différents : l’être angélique, l’être corporel, et l’homme qui réunit en lui l’esprit de l’ange et la matière des corps.Le monde angélique comprend trois hiérarchies, et dans chaque hiérarchie trois chœurs.Mais cette classification n’est sensible à personne ; elle est basée sur la révélation.Dans la vie courante, il y a trois façons de demander une chose au marchand : le nombre, le poids, la mesure.Les articles de son magasin sont comptés, pesés ou mesurés.La famille se compose de trois personnes : le père, la mère et l’enfant.Cet exemple que l’enfant connaît bien renferme des profondeurs insoupçonnées : relations de connaissance, d’amour, de coexistence, de nature semblable, dont il est inutile et inopportun peut-être de l’entretenir.Il vaut mieux insister sur la personnalité des membres, et l’élève sera frappé de retrouver dans l’unité familiale ce qu’on lui dit de l’unité divine.En s’élevant vers des choses plus philosophiques et plus abstraites on trouvera encore de multiples exemples.Mais l’enfant ne pourrait nous y suivre.Cela suffit d’ailleurs pour établir que le Dieu créateur, Unique en Trois personnes, a mis sa signature en toutes ses œuvres.• Florido Gagné, prêtre.(1) Montsabré.Dogme catholique, 1874, 11e conf.(2) Montsabré.Idem.LANGUE FRANÇAISE Ecole primaire élémentaire COURS INFÉRIEUR EXERCICES DE PENSEE ET DE LANGAGE 1.Les arbres que vous connaissez.S.Les céréales que vous connaissez.3.Les oiseaux que vous connaissez.4- Les insectes que vous connaissez.h—Les arbres que je connais sont l’érable, l’épinette, le sapin, l’orme, le tremble, le hêtre.—Les céréales que je connais sont le blé, le seigle, l'orge, l’avoine, le sarrasin.— Les oiseaux que je connais sont le moineau, le pinson, i’hirondelle, la fauvette, le merle, la corneille.— Les insectes que je connais sont la mouche, le papillon, l’abeille, le hanneton, la fourmi.DICTÉES I LE CHAT Le chat est un animal à quatre pattes ; son poil est doux et très propre.Il se nourrit de souris et leur fait la chasse nuit et jour.Ne lui tirez pas la queue ou bien gare à ses griffes, car le chat ne peut souffrir qu’on lui fasse du mal.Exercices.—Quel est le pluriel de animal, mal, souris ?—Quel est le féminin de doux, propre, chat ?—-Transcrire la dictée au pluriel : Les chats sont. 398 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE II PITIÉ POUR CEUX QUI SOUFFRENT Nous pouvons toujours, par nos bonnes paroles, adoucir le sort de ceux de nos frères qui sont dans la douleur.Visitons les malades, adressons des consolations et des mots d’espérance aux infirmes.Efforçons-nous de donner à tous les malheureux un peu de plaisir et de bonheur.Questions.—Comment pouvons-nous adoucir le sort des malheureux ?—Quel est notre devoir à l’égard des malades, des infirmes?— Que dit Notre-Seigneur dans l’Evangile pour nous encourager à pratiquer la charité?(Un verre d’eau donné à un pauvre ne restera pas sans récompense ; tout ce que vous ferez au moindre des miens, c’est à moi-même que vous l’aurez fait.)—Quel est le saint français dont le nom est symbole de charité ?—Qu’a institué saint Vincent de Paul pour continuer ses œuvres de charité ?Grammaire.—Quel est l’article défini, l’article indéfini?— Analyser le, la (1ère phrase).)—¦ Transcrire la dictée en remplaçant la 1ère pers.du plur.par la 2e pers.du pl.Vous pouvez toujours.RÉCITATION AIMEZ BIEN VOTRE MERE Ah! qui pourrait compter les bienfaits d’une [mère ?A peine nous ouvrons les yeux à la lumière Que nous recevons d’elle, en respirant le jour, Les premières leçons de tendresse et d’amour.Son cœur est averti par nos premières larmes.Nos premières douleurs éveillent ses alarmes.Legouvé.Expliquer: bienfaits, ouvrir les yeux à la lumière, alarmes.RÉDACTION Marie a la croix!—Pourquoi?—Comment l’a-t-elle reçue ?—Est-elle contente ?—Voudriez vous être à sa place ?—Ue pouvez-vous ?— Que ferez-vous pour cela ?Développement Marie a la croix ! Elle a bien su ses leçons, bien fait ses devoirs, elle a été très sage, c’est la première de sa classe.— A la séance des notes mensuelles, M.le Curé la lui a remise lui-même.— Marie est devenue rouge de joie, son papa et sa maman ont été aussi très heureux lorsqu’elle est rentrée décorée.Je voudrais bien être à sa place.Au fait, pourquoi mon tour ne viendrait-il pas ?Je n’ai qu’à prendre exemple sur Marie, bien apprendre mes leçons, bien faire mes devoirs, être polie, respectueuse, obéissante.J’en prends la résolution et je prie Dieu de m’aider à la tenir.COURS MOYEN EXERCICES DE PENSEE ET DE LANGAGE I.—Ajoutez le mot qui convient : Faisons frire le poisson dans la (poêle),—cuire des œufs à la coque dans la (bouillotte, le canard ou la bombe),—- rôtir un gigot dans le (chaudron), —- cuire un ragoût dans une (marmite ou un chaudron), —- revenir du lard dans une (poêle), — passer le café dans la (cafetière), — infuser le thé dans une (théière), — bouillir le lait dans un (poêlon).II.Chercher les mots que réclame le sens : Répandre de l’eau sur quelque chose pour le mouiller, c’est Y arroser.—Déposer des grains dans la terre, c’est semer.— Dire sa leçon par cœur, c’est la réciter.— Écrire ce qu’on lit au moment de l’écrire, c’est copier.— Donner de l’argent en échange d’une marchandise, c’est acheter.— Mettre des meubles dans une maison c’est la meubler.— Couvrir les murs d’une chambre de papier ou d’étoffe, c’est la tapisser.DICTÉES I l’enfant obéissant L’obéissance est la première vertu de l’enfance.La petite fille docile, obéissante, est comme un ange dans la famille ; elle en est la joie et l’espérance.Elle grandit au milieu d’elle comme le bouton qui s’épanouit au milieu des roses.Mais l’enfant indocile, entêtée, offre un triste spectacle.On plaint sa pauvre mère : elle est malheureuse, et l’enfant, plus malheureuse encore.Questions.— A qui est comparée une petite fille obéissante ?— Qu’est-ce qu’un an^e?— Les anges sont-ils obéissants ?—A quoi est-elle encore comparée ?—Qu'est-ce qu’un enfant L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 399 entêté ?— Pourquoi est-il à plaindre ?(Parce que son entêtement est la marque d’un caractère orgueilleux et difficile qui ne pourra pas supporter avec patience les peines et les difficultés qui nous attendent tous dans le chemin de la vie.) — Quel est le contraire de l’entêtement ?(La soumission, la docilité.) II LA NEIGE Une bise aigre a soufflé.Aux tourbillons du vent se sont bientôt mêlés des flocons de neige qui ont monté et descendu, se sont croisés sans pouvoir toucher la terre ou se sont accrochés quelque part, tant la rafale a été forte.Us sont devenus si pressés qu’ils ont formé comme une obscurité blanche à quelques pas des piétons aveuglés.A travers ce fourmillement argenté, les objets voisins ont perdu leur apparence réelle et n’ont pu être distingués.Applications.—1.Faire trouver la règle concernant les participes soulignés dans la dictée.2.Qu’est-ce qu’une bise aigre?les flocons de neige ?la rafale ?une obscurité blanche ?fourmillement argenté?RÉCITATION SALUT Salut, ô ma belle patrie, Salut, ô bords du Saint-Laurent ?Terre que l’étranger envie, Et qu’il regrette en la quittant.Heureux qui peut passer la vie, Toujours fidèle à te servir ; Et, dans tes bras.Mère Chérie, Peut rendre son dernier soupir.II J’ai vu le ciel de l’Italie, Rome et ses palais enchantés.J’ai vu notre Mère-Patrie, La noble France et ses beautés.En parcourant chaque contrée, Je me disais au fond du cœur : Chez nous la vie est moins dorée.Mais on y trouve le bonheur.III O Canada ! quand sur ta rive, Ton heureux fils est de retour, Rempli d’une ivresse plus vive, Son Cœur redit avec amour: Heureux qui peut passer sa vie, Toujours fidèle à te servir ; Et dans tes bras, Mère Chérie, Peut rendre son dernier soupir.Octave Crémazie.RÉDACTION Le mois de février Le plus petit mois.—Que remarquez-vous dans le mois de février ?Le mois de février est le plus court de tous les mois.Il a ordinairement vingt huit jours, juste quatre semaines.De sorte qu’il n’a jamais que quatre dimanches, quatre lundis, etc., et que s’il a commencé par un lundi, par exemple le mois de mars commencera par un lundi, ainsi pour tout autre jour.Dans les années bissextiles, qui viennent tous les quatre ans, quand les deux derniers chiffres de l’année forment un nombre qu’on peut diviser par quatre, le mois de février a vingt-neuf jours.J’avais un cousin qui était né le 29 février, de sorte que nous prétendions qu’il avait son anniversaire tous les quatre ans, et qu’il n’avait jamais ni un an, ni deux, ni trois ans .COURS SUPÉRIEUR VOCABULAIRE 1.Association d’idées'—1.Les êtres et les choses.— Oiseau, oiselet, oisillon ; nid, œuf, ponte, couvée, nichée ; chant, ramage ; aile, plume, duvet ; la becquée ; oiseleur, filet, glu ; cage, volière, mangeoire.2.LjCS qualités.— Un oiseau vif, léger, gracieux, apprivoisé, farouche, migrateur, nocturne, rapace ; nid ingénieux, moelleux ; oiseau emplumé, déplumé, palmé, granivore, insectivore ; plumage varié, bariolé ; chant harmonieux, mélodieux.31.Les actions.—Nicher, couver, éclore ; voler, voltiger, voleter, se nicher, dénicher ; piailler, roucouler, caqueter, pépier, becqueter. 400 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE II.Définition:—Qu’est-ce qu’wne bêche ?A qui sert-elle ?A quoi sert-elle ?Résumez vos trois réponses.{La bêche est un outil qui sert au jardinier pour remuer la terre.) Qu’est-ce qu’un arrosoir f A qui sert-il ?A quoi sert-il ?Qu’est-ce qu’un râteau ?A qui sert-il ?A quoi sert-il ?.III.Invention:—Trouver trois qualités qui peuvent convenir à un litre, à un écolier, à une classe.DICTÉES I LA FAMILLE CANADIENNE La famille canadienne est bâtie sur trois pierres d’assise : la foi, la tendresse et l’autorité ; elle a de nombreux enfants : dans les rues, en chemin de fer, on est submergé par le flot joyeux des enfants.Rien n’est plus délicieux, rien n’est plus prenant que le foyer du Canadien français des campagnes, de “ l’habitant ”.La vie y est patriarcale et l’on s’y trouve en présence d’une race forte, foncièrement sympathique.(L’Ecole et In Famille, France) Explications.—• Bâtie : édifiée, établie.— Pierres d’assise : pierres de base, de fondement.— Submergé: au propre, inondé, couvert d’eau ; au figuré, surpris.— Flot : au propre, lame d’eau soulevée dans un fleuve ou dans la mer, par le vent ou toute autre cause ; au figuré, une foule, une multitude.— Prenant : attirant, saisissant.— Foyer : au propre, l’endroit d’une maison où l’on fait le feu ; au figuré, l’endroit où l’on est né, où se trouve la famille.Ce mot s’emploie souvent au pluriel : retourner dans ses foyers.— Vie patriarcale : Vie qui rappelle la simplicité des mœurs des patriarches qui vivaient avant Moïse : Abraham, Isaac, etc.— Sympathique : la sympathie est un penchant instinctif qui attire l’une vers l’autre deux personnes.Grammaibe.—Analyser y dans s’y trouve.— Donner l’espèce de chacune des propositions de la première phrase.— Trouver quatre mots de la famille de pierre (pierreux, pierraille, empierrer, empierrement).II LA POLITESSE La politesse ne coûte guère à pratiquer et elle nous fait estimer.La grossièreté et l’insolence, au contraire, nous attirent le mépris.Quand on entre dans une maison, on doit se découvrir et rester debout jusqu’à ce qu’on soit invité à se couvrir et à s’asseoir.^ Lorsqu'un étranger vient dans la famille, les enfants doivent le saluer, lui offrir une chaise et ne pas se placer devant lui comme font les enfants mal élevés.En entrant dans un village, on reconnaît à première vue si les enfants sont bien élevés.D’abord ils ne crient pas à tue-tête, et de manière à assourdir les passants ; ils ne se querellent point, ils ne se disent pas d’injures, et ne se donnent aucun sobriquet ; en outre, ils se dérangent pour laisser passer les dames, les vieillards.Questions.—- 1.Analysez le mot nous, dans l’expression nous attirent.2.Écrivez le verbe s’asseoir à la troisième personne du singulier de chacun des temps simples du mode indicatif.3.Qu’est-ce qu’un sobriquet ?une route ?un village ?un voyageur ?4.A quoi peut-on reconnaître qu’un enfant est mal élevé ?RÉCITATION l’ange-GARDIEN Dieu se lève, et soudain sa voix terrible appelle De ses ordres secrets un ministre fidèle, Un de ses esprits purs qui sont chargés par lui De servir aux humains de conseil et d’appui, De lui porter leurs vœux sur leurs ailes de [flamme, De veiller sur leur vie et de garder leur âme.Tout mortel a le sien ; cet ange protecteur.Cet invisible ami veille autour de son cœur, L’inspire, le conduit, le relève s’il tombe.Le reçoit au berceau, l’accompagne à la tombe Et, portant dans les cieux son âme entre ses [mains, La présente en tremblant au juge des humains.C’est ainsi qu’entre l’homme et Jéhovah lui- [même Entre le pur néant et la grandeur suprême, D’êtres inaperçus une chaîne sans fin Réunit l’homme à l’ange et l’ange au séraphin.C’est ainsi que, peuplant l’étendue infinie, Dieu répandit partout l’esprit, l’âme et la vie.Lamartine. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 401 RÉDACTION SUJET A TRAITER LA CHARITÉ Quels sont les principaux devoirs que nous impose la charité?Enumérez-les et expliquez-les.SUJET TRAITÉ Faites à autrui ce que vous voudriez qu’on vous fît à vous-mêmes.” Ce précepte est l’expression la plus simple et la plus complète à la fois des devoirs que nous impose la charité.La charité est, en effet, un sentiment de bienveillance et de sympathie qui nous lie aux autres hommes, qui nous attire vers les malheureux pour soulager leurs souffrances, et nous inspire la volonté, la force, et, au besoin, le courage de le tenter.On appelle aussi la charité l’amour du prochain.La charité est essentiellement active ; elle recherche les occasions de faire le bien ; elle réclame de l’effort et de la persévérance, et c’est précisément là ce qui lui donne son prix et la rend si supérieure à la justice.En hiver, plus qu’en toute autre saison, le devoir de la charité s’impose.L’homme charitable ne se contentera pas de ne point porter atteinte à la vie, aux biens, à la réputation du prochain ; il les défendra s’il les voit menacés.Il ne se bornera pas à respecter la liberté d’autrui, il la protégera.Quand il se trouvera en face des malheureux, des abandonnés, des pauvres, il ne se détournera pas d’eux sous prétexte qu’il n’est pas la cause de leurs misères ; mais, il les soulagera, il les encouragera par de bonnes paroles et les soutiendra de ses aumônes.Et si quelqu’un de ses semblables court un danger de mort, au risque de sa vie.il se dévouera pour le sauver.Tels sont les devoirs que nous dicte la charité : n’est-il pas vrai que nous les attendons des autres ?Il est donc naturel que nous les leurs rendions.| ÉCOLE PRIMAIRE COMPLÉMENTAIRE DICTÉES I L'alcool diminue la valeur du travail Une expérience concluante ün a fait, il y a quelques années, aux Etats-Unis, une expérience qui est bien démonstrative.On a fait travailler vingt hommes ne buvant que de l’eau et vingt hommes buvant du vin, de la bière et de l’eau-de-vie.Au bout de vingt jours on mesura le travail effectué.Les ouvriers buveurs de liqueurs fortes eurent le dessus pendant les six premiers jours : puis vint une sorte de période de réaction ; finalement les buveurs d’eau l’emportèrent, en effectuant un travail au moins triple.On contrôla l’expérience en changeant les rôles.Les buveurs d’eau durent adopter le régime alcoolique pendant vingt jours, et réciproquement les buveurs de vin et de boissons fermentées furent mis à l’eau claire.Encore cette fois, les ouvriers buveurs d’eau finirent par donner une somme de travail notablement supérieure à celle des buveurs de vin.H.de Parville.Applications.—\.Faire trouver le sens des mots qui sont en italiques dans la dictée.— 2.Analyse logique de la première nhrase de la dictée.II LES FRUITS DE L’ÉTUDE Pour concevoir une juste idée de l’importance de l’étude, il suffit d’ouvrir les yeux sur ce qui se passe dans la nature.Elle montre la différence infinie que la culture met entre deux terres, d’ailleurs assez semblables.L’une, parce qu’elle est abandonnée, demeure brute, sauvage, hérissée d'épines.L’autre, remplie de toutes sortes de grains et de fruits, ornée d’une agréable variété de fleurs, rassemble dans un petit espace tout ce qu’il y a de 402 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE -# plus rare, de plus salutaire, de plus délicieux, et devient, par les soins de son maître, un heureux abrégé de toutes les beautés des saisons et des régions différentes.Il en est ainsi de notre esprit, et nous sommes toujours payés avec usure du soin que nous prenons de le cultiver.Nous naissons dans les ténèbres de Vigno-ranee, et la mauvaise éducation y ajoute beaucoup Aefaux préjugés.L’étude dissipe les premières et corrige les autres.Elle donne à nos pensées et à nos raisonnements de la justesse et de l’exactitude.Elle nous accoutume à mettre de l'arrangement dans toutes les matières dont nous avons eu à parler ou à écrire.Elle nous présente pour guides et pour modèles les hommes les plus éclairés et les plus sages de l’antiquité qu’on peut bien appeler en ce sens, avec Sénèque, les maîtres et les précepteurs du genre humain.En nous prêtant leur discernement et leurs yeux, elle nous fait marcher avec sûreté à la lumière que portent devant nous ces guides choisis, qui après avoir passé par l’examen rigoureux de tant de siècles et de tant de peuples, et avoir survécu à la ruine de tant d’empires, ont mérité par un suffrage unanime d’être pour tous les âges suivants les arbitres souverains du goût et les modèles achevés de ce que la littérature a de plus parfait.Rollin.Questions.1.Analyse grammaticale.Lune, parce quelle est abandonnée, demeure brute, sauvage, hérissée d’épines.2.Que signifie cette expression : Les ténèbres de l'ignorance ?3.Qu’entend-on par: faux préjugés ?4.Analyse logique : Elle nous accoutume à mettre de Varrangement.à parler ou à écrire.5- Quel est le sens de : Les arbitres souverains du goût ?i Réponses 1.Analyse grammaticale.L’une, pronon.indéf., 3* perS.du sing., sujet de demeure.parce qu\ loc.conjonc., unit la proposition « l’une demeure etc., » à la propos, « elle est abandonnée.» elle, pr.pers., 3e pers.du sing., sujet de est abandonnée.est abandonnée, verbe passif, à la 3e pers.du sing., de l’indicatif prés., 1ère Conj.demeure, verbe intrans., ayant le sens du verbe essentiel, indic.prés., 3e pers.du sing., 1ère conj.brute, adj.quai., fém.sing., attr.de l’une, représentant terre.sauvage, hérissée, s'analysent comme brute.d.' prép., met en rapport hérissée et épines.épines, nom corn., fém.plur., compl.déterm.de hérissée.2.Expression figurée qui veut dire qu’en naissant nous ne savons rien, nous sommes tout à fait privés de lumière intellectuelle, comme si nous étions plongés dans une profonde nuit, ne voyant rien, de ce qui nous entoure.3.Un préjugé, est un jugement conçu d'avance sur une chose qu’on ne connaît pas.-— Si ce jugement est trop prompt, trop absolu, résulte de traditions sans base, il est erroné : c’est un faux préjugé.4.Analyse logique.—• Cette phrase renferme deux propositions : a) Elle nous accoutume à mettre de Varrangement dans toutes Les matières, prop, principale ; sujet, elle ; verbe et attr., accoutume (est, verbe ; accoutumant, attr.) ayant pour compl.dir., nous et compl.indir., à mettre de l’arrangement dans toutes les manières.b) Dont nous avons à parler ou à écrire, incidente déterminative, sujet, nous, verbe et attr., avons eu (verbe avons été, attr.ayant), pour compl.dir.à parler ou à écrire dont.5.Un arbitre est une personne choisie, d'un commun accord, par les deux parties divisées sur un fait par leurs intérêts et au jugement de laquelle on est convenu de se soumettre sans appel.C’est pour cela qu’on dit : arbitre souverain.— Par extension l’auteur attribue aux écrivains classiques de l’antiquité une autorité souveraine en matière de goût littéraire ou artistique et suppose dans la république des lettres leurs jugements sans appel.III LA FENAISON” Ah ! on vous le retournait, le foin mûr ! on vous le faisait danser, au bout de la fourche ! C’était dans l’air un vol de brindilles qui s’éparpillaient.Vite fatigués, cependant, nous ne tardions guère, pendant que le fanage se continuait, à rejoindre la Grise, dételée et à l’ombre sous un arbre.Nous avions cent autres choses à faire : la clôture à sauter, la grand’charette à faire balancer sur ses deux roues, des framboises à manger, des petites merises à cueillir, des papillons à attraper, des mulots à dénicher. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 403 des poissons à pêcher .Car, sous un certain petit pont — que je revois encore — un ruisseau d’eau claire courait sur des roches, et il y avait tout plein de petits poissons d’argent ; nous les seinions avec nos chapeaux de paille, lesquels étaient tout rafraîchis.La matinée passait et nous nous apercevions que, dans le grand champ, au lieu de petites meules arrondies ça et là, il n’y avait plus qu'une jonchée de foin qui séchait au soleil et sentait bon.Les faneurs revenaient vers nous.Au clocher lointain sonnait l’Angélus de midi.Gédéon se découvrait : L’Ange du Seigneur annonça à Marie.Et nous répondions, tournés vers l’église dont on apercevait, par-dessus le Coteau de Roches, la croix fleurie et le coq brillant au soleil .A la tombée du jour, la dernière charge prenait le chemin du village.Et c’est donc sur un voyage de foin que nous revenions du champ.Cette dernière manière de voyager en grand’charette est, en vérité, la plus recommandable.Vous disparaissez presque dans le bon foin, et le plus dur cahotement se transforme sur cette couche molle et fléchissante, en un bercement qui vous endort.Adjutor Rivard.Applications 1.—Nature du morceau.2.—Différentes parties.3.—A quoi l’auteur s’est-il attaché surtout en écrivant ce morceau?4.—Du’est-ce qui en fait le charme ?5.—Si un peintre avait à représenter, d’après le texte, le tableau de l’Angélus, quels seraient les éléments ?6.—Rapprochez de la description qu’Adjutor Rivard fait de la fenaison celle de Mme de Sévigné dans sa lettre à Mme de Coulonge.7.—Montrez la précision de disparaissez, couche, fléchissante.8.—Dites quelques mots de l’auteur.9.—Nommez quelques écrivains qui se sont ainsi appliqués à faire revivre les scènes canadiennes d’autrefois.10.Quelle différence faites-vous entre la littérature descriptive du 18e siècle et celle du 19e ?RÉCITATION QUAND IL NEIGE Quand il neige sur mon pays.De gros flocons couvrent les branches, Et les regards sont éblouis Et dans les champs ensevelis, La terre reprend le grand somme Quelle fait pour mieux nourrir l’homme, Quand il neige sur mon pays.Quand il neige sur mon pays, On voit s’ébattre dans les rues Les petits enfants réjouis Par tant de splendeurs reparues.Et ce sont des appels, des cris, Des extases et des délires, Des courses, des jeux et des rires, Quand il neige sur mon pays.Quand il neige sur mon pays, C’est que tout le ciel se disperse Sur la montagne et les toits gris Qu’il revêt de sa claire averse, Ou qu’une avalanche de lis, De sa pureté nous inonde.C’est le plus beau du monde Quand il neige sur mon pays.Albert Lozeau.COMPOSITION Le bon père de famille ne va pas à la taverne, mais Vautre .PLAN Deux ouvriers sortent en même temps de l'atelier: L’un se dirige vers la taverne, l’autre vers sa maison.Pendant que le premier s’attar-be à boire, l’autre cultive son jardin.—Qu’arrive-t-il à chacun d’eux au point de vue de la santé, de la moralité et du bien-être de la famille ?DÉVELOPPEMENT Jacques et François sortent tous deux de l’atelier, c’est jour de paye.Tous deux sont jeunes et déjà pères de famille.Tous deux paraissent contents.Mais tandis que Jacques, d’un pas ferme et rapide se dirige vers sa demeure, François, d’un pas irrégulier, saccadé, traverse la rue et vient s’engouffrer dans une taverne tapageuse et enfumée où se 404 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE lisait en lettres d’or: Débit de bière.Hélas, pauvre François ! Quand il en sortira, quelle heure sera-t-il et que restera-t-il dans sa poche?Et cependant sa femme attend au logis, ses trois petits enfants demandent du pain.La mère leur a répondu : “ tout à l’heure ”, car le boulanger, ce matin, lui a dit : “ Vous savez, madame François, c’est jour de paye de votre mari, il faut qu’il me paye aussi, je n’attends plus .” et le peu de pain qu’il a donné est fini depuis midi .Elle n’est pas sûre, la pauvre femme, qu’elle pourra payer cette fois plus qu’à la dernière quinzaine, et elle n’a pas osé aujourd’hui aller au devant de son mari, parce qu’il y a quinze jours, il l’a rudoyée dans la rue, qu’il l’a menacée de la battre, si elle revenait encore.Jacques est déjà presque chez lui .il n’arrive pas les mains vides .il a réglé le boulanger qui, connaissant l’exactitude de son client, a donné des petits pains pour ses enfants .il a pris chez le cordonnier, chez qui il ne veut pas faire de crédit, les bottines qu’attendait son petit garçon, et pour sa femme chez le marchand, un bon morceau d’étoffe légère où elle se taillera une robe.Il arrive joyeux, l’ami Jacques, il est bien reçu par ses beaux enfants aux joues fraîches, par la mère de famille un peu fatiguée, mais si contente de le voir entrer dans sa maison reluisante de pro- preté, de lui dire qu’elle n’attend plus pour le souper qu’une de ses belles salades, s’il veut bien la choisir lui-même.Jacques traverse son jardin, il en est fier à juste titre, car il l’arrose de ses sueurs, et tout le temps qu’il n’est pas à l’atelier, il bêche plante, arrose, sarcle, et aussi récolte-t-il de beaux légumes, de fraîches salades comme celle qu’il va choisir.Qu’elle sera tendre et bonne, sortant ainsi de la terre, quelle différence avec les salades flétries qui ont passé par tant de mains avant d’arriver chez l’épicier (ou ce qui serait mieux, le fruitier).Jacques est un bon mari, un bon père, c’est un honnête homme et un homme heureux.Quand vous le verrez dimanche partir pour la messe avec sa famille, vous direz de plus : c’est un chrétien, et malgré son travail et sa fatigue, c’est un homme robuste et bien portant.Les enfants de François sont endormis.sa femme veille encore et François ne rentre pas.C’est qu’excité par l’alcool, François s’est pris de querelle- avec un compagnon, il l’a frappé d’un mauvais coup.Deux hommes de police l’ont arrêté, il dort au poste en attendant le matin .pauvre femme, pauvres enfants !.et si vous voyez au grand jour la figure de François, si maigre, couverte de vilains boutons, si vous entendiez la toux qui déchire sa poitrine, vous diriez ! aussi : “ Malheureux François ! TEXTES DE LITTÉRATURE FRANÇAISE POUR LE CERTIFICAT ET LE BREVET COMPLÉMENTAIRE DU BUREAU CENTRAL POUR JUIN 1937 Nous croyons rendre service aux Maîtres et aux Maîtresses en leur faisant savoir qu’ils peuvent se procurer ces divers Textes et Analyses en s’adressant à la Procure des Frères de l’Instruction Chrétienne, Laprairie, P.Q.Brevet élémentaire : Textes seuls .15 sous, franco.Analyses.25 “ Brevet Complémentaire : Textes seuls.15 “ “ Analyses.25 Escompte de 20% à la douzaine.Prière de joindre la remise à la commande. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 405 MATHÉMATHIQUES ARITHMÉTIQUE, MESURAGE, ALGÈBRE Arithmétique COURS INFÉRIEUR lere ANNÉE 1.Quels nombres forment 50+1 ?5 dizaines + 1 ?60—1 s 50 + 2 ?5 i i + 3 ?60—2 s 50 + 4 p 5 i i + 5 ?60—4 ?50 + 6 ?5 6 6 + 8 ?60—6 ?50+9 ?5 i C + 10 ?60—8 ?2.Comptez de 0 à 60 comme suit : a) 2.4.6.8.10 etc.b) 3 .6.9.12 etc.c) 4.8.12 etc.d) 5.10.15 etc.e) 6.12.18 etc.f) 10.20 etc.g) 12.24 etc.h) 15.30 etc.i) 20.40 etc.3.Additions et soustractions : 20 32 15 14 + 12 + 23 + 23 + 13 56 48 59 47 + 16 + 14 + 21 +32 —24 —35 —43 —26 4.Les poules de Louise ont pondu 16 œufs le lundi, 21 œufs le mardi et 22 le mercredi.Combien d’œufs ont-elles donnés dans les trois jours ? 406 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 2e ANNÉE 1.Écrivez les nombres en chiffres de 800 à 825 et de 975 à 1000.2.Multiplications : 118 X8 105 X9 96 X10 88 Xll 75 X12 127 X7 3.Lucette, la petite fermière, vend 4 livres de beurre à 28 sous la livre et 5 douzaines d’œufs à 32 sous.Quelle somme doit-elle recevoir ?4.Combien y a-t-il de livres d’avoine dans 12 minots si un minot pèse 34 livres COURS MOYEN 3e ANNÉE 1.Un cultivateur a 25 vaches qui donnent en moyenne 48 livres de lait par jour.Combien de livres de beurre pourra-t-il faire en une semaine s’il faut 20 livres de lait pour faire 1 livre de beurre ?Solution : Les vaches donnent par jour : 48X25 =1200 livres “ “ “ sem.: 1200 X 7 =8400 livres Il fera en beurre : 8400 4-20 = 420 livres.—Rép.2.Combien de pouces y a-t-il dans 1 pied 6 pouces ?2 pieds 3 pouces ?4 pieds 8 pouces ?3 pieds 7 pouces ?Réponses : 1 pied 6 po.= 12 po.+6 po.= 18 pouces.2 pi.3 po.=24 po.+3 po.=27 po.4 pi.8 po.=48 po.4-8 po.=56 po.3 pi.7 po.=36 po.-f 7 po.=43 po.3.Combien de pieds et de pouces y a-t-il dans 25 pouces ?30 pouces ?42 pouces ?68 pouces ?100 pouces ?Réponses : 254-12 = 2 pi.1 po.304-12=2 pi.6 po.42-4 12 =3 pi.6 po.684-12 =5 pi.8 po.1004-12=8 pi.4 po. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 407 4e ANNÉE 1.Une tinette pleine de beurre pèse 24 livres 8 onces.La tinette seule pèse 7 livres 12 onces.Quelle est la valeur du beurre à 28 sous la livre P Solution : 24 1b.8 on.—7 “ 12 “ Poids du beurre : 16 1b.12 on.Valeur: $0.28Xlô3/,} = $4.69.— Rép.2.Charles commence ses devoirs à 11 heures 25 minutes avant midi et la termine à 1 heure 10 minutes de l’après-midi.Combien de temps a-t-il travaillé ?Solution : 1 h.10 p.m.= 13 h.10 m.13 h.10 m.—11 h.25 m.1 h.45 m.-— Rép.3.En une heure, Grégoire peut battre 8 livres 6 onces de pois et Roger, dans le même temps, peut en battre 8 livres 14 onces.Combien d’heures prendront-ils ensemble pour battre un minot de pois ?Solution : 8 1b.6 on.+ 8 1b.14 onces = 17 1b.4 on.= 1 minot =60 1b.ou 960 onces 17 1b.4 on.= 16Xl7 + 4 =276 onces 960-i-276 =3—^ Rép.COURS SUPÉRIEUR 5e ANNÉE 1.Trouvez l’intérêt de $1650.du 15 janvier 1937 au 15 juin 1939 au taux de 6%.Solution : Du 15 janv.1937 au 15 janv.1939, il y a 2 ans.Du 15 janv.1939 au 15 juin 1939, il y a 5 mois.Int.pour un an : $1
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