Québec science, 1 janvier 1993, Octobre
La cause des bidonvilles Les premiers neurones électroniques La guerre î V, aux bugs CL C '¦v},;C •—I miSOTimn- • •H-s-mr- i .TÇ1 —i.T-, moxco- ! -.i,^ I I OX-~.| Omm^ rrrnc i=< 2'c ^ vW k Vo I urne 3S , numo ro '2.o c tob rs 1 '9'93 , :3.45^ fi- ni Pour bu contr ., -I ill =’ 111 - 'ÿ X m I î f ' î it, 1 : Ï 73333 01719 8 1 0 Économisez! 000000$ Conseil national de recherches Canada sur raménagement d’installations de R et D de pointe.Calcul arbitraire de ce qu’il en coûterait s’il fallait reproduire les installations existantes.Le présent coupon n’a pas de valeur monétaire.Le CNRC est le principal organisme de RetD du Canada.OOOOOO 000000 Faut-il promouvoir nos capacités de Ret D en nous limitant strictement à l’aspect économique?L’idée a du mérite.D’autant plus que le Conseil national de recherches du Canada dispose d’installations incomparables.Vous doter des mêmes moyens impliquerait un investissement prohibitif.Cependant, la plus grande contribution du CNRC à votre entreprise pourrait être de lui apporter ses connaissances et sa vision.Nous comptons dans nos rangs quelques-uns des plus grands cerveaux du monde.Ils œuvrent à l’avant-garde des secteurs-clés de la croissance économique comme la biotechnologie, les matériaux de pointe et la technologie de production.Nous tissons des liens étroits entre les entreprises et les industries de tout le Canada dans le but d’élaborer et de transférer des technologies innovatrices.En utilisant nos ressources - et bien sûr nos intallations - votre budget en recherche et développement bénéficiera d’un effet de levier.Par ailleurs, vous réduirez vos risques et vos coûts et vous serez mieux équipé pour affronter la concurrence internationale.Si vous croyez qu’il est difficile d’avoir accès à un réseau scientifique et technique national, détrompez-vous.Il vous suffit d’appeler le (613) 990-9546 ou de communiquer avec nous par télécopieur au (613) 952-4569 pour explorer les possibilités qui s’offrent à vous.CARCK7C l+l Conseil national National Research de recherches Canada Council Canada Canada 5010024113049 La santé-sécurité des travailleurs, un objet de science L’Institut de recherche en santé et en sécurité du travail du Québec est un organisme de recherche scientifique voué à l’identification et à l’élimination à la source des dangers et des risques professionnels, et à la réadaptation des travailleurs qui en sont victimes.| L’IRSST effectue, commandite et subventionne des recherches qui visent à réduire les coûts humains et financiers occasionnés par les accidents de travail et les maladies professionnelles.IRSST Institut de recherche en santé et en sécurité du travail du Québec W J ' Qualité partielle Laissez-moi vous raconter une histoire.Il était une fois un technicien qui travaillait à l’entretien des moteurs des navettes spatiales.Un jour, il y coince sa pince.Malgré ses efforts, il ne réussit pas à la déloger.Problème.Récupérer l’outil causerait un retard sur l’horaire de travail.Le grand patron piquerait assurément une colère, et notre homme aurait une très mauvaise note à son dossier.Prudent, il décide de laisser sa pince en place.Sans en avertir personne.La navette a donc décollé avec l’outil en son sein.Par chance, il n’y a pas eu d’accident.On a découvert la pince en avril dernier, lors des préparatifs d’un deuxième vol.La NASA a ainsi constaté que ses techniciens avaient peur de rapporter leurs erreurs.Fin de l’histoire.Vous avez sûrement déjà entendu parler de qualité totale.Si oui, vous êtes probablement allergique à ce concept somnifère, à ce ramassis de bla-bla-bla pour entrepreneurs boy-scouts.Parler de qualité totale est en effet une très bonne façon de perdre son auditoire.Continuez à lire, même si je vais effectivement vous en parler.Dans les années 70, les gestionnaires amassaient des profits pour leurs actionnaires en produisant de plus en plus vite, à des coûts de plus en plus bas.La qualité laissait parfois à désirer.Les marchés sont ensuite devenus mondiaux, la recette n’a plus fonctionné.Les capitalistes occidentaux ont donc réclamé une déréglementation des marchés, ils ont essayé la diversification tous azimuts, ils se sont rabattus sur la rationalisation.Aqjourd’hui, la nouvelle solution s’appelle « qualité totale ».Plusieurs y voient une révolution, une nouvelle façon de faire des affaires.Dorénavant, à chaque étape de la production, le travail devra être bien fait dès la première fois.L’entreprise devra aussi vérifier si le travail est effectivement bien fait.La qualité totale, c’est une prévention systématique des erreurs.La déréglementation, la diversification et la rationalisation étaient de bonnes idées.Mais elles ont souvent été appliquées aveuglément, comme des recettes, sans d’abord les adapter à chacune des entreprises, des organisations.Ces idées sont finalement devenues des modes.La qualité totale subira peut-être le même sort.Les promoteurs de la qualité totale ont en effet la foi des pèlerins.Leurs idées sont généreuses, leurs solutions sont universelles, ils ont découvert la panacée.Mais la recette n’est pas miraculeuse.Les obstacles à la qualité totale sont nombreux.Parmi toutes les entreprises, toutes les organisations de la planète, la NASA est probablement celle qui investit le plus dans la qualité totale.Mais avec ses techniciens, elle a oublié un détail : le facteur humain.Étienne Denis Pour en savoir plus sur la qualité totale, lisez l’excellent article d’Anne-Marie Simard en page 48.6 Courrier 60 Histoires de science La science nazie Comment la science allemande a été pervertie sous le gouvernement nazi.63 Livres 64 La dimension cachée La formule qui rend millionnaire L’exponentielle, ou comment calculer ses intérêts à la banque.66 Opinion La terre joyeuse Et si ceux qui clament « Sauvons notre planète » se trompaient de cible ?Actualités 7 Les anti-Nobel Pour « récompenser » les pires bourdes de l’année, des prix mal connus : les anti-Nobel.10 Un onusien iconoclaste Le Sommet de Rio n’a pas eu les retombées espérées.12 Un laser tiré de la science-fiction Le T3 de l’INRS à Varermes est un laser qui défie le sens commun.Brèves par Pedro Rodrigue • De la publicité dans l'espace ?• Un nouveau système d'alarme pour automobiles • Des vagues gravitationnelles détectables de la Terre 4 Québec Science/Octobre 1993 Sommaire m- Ai 1 ma** -¦! — r\r aS|C"’ *> N I 14 Bidonvilles Les monstres urbains J'Notre monde se transforme peu à peu en un immense réseau de I mégapoles.Mais pourquoi, dans les pays pauvres, autant de gens i quittent-ils les campagnes pour s’établir dans les bidonvilles ?A voir en page 23 Un supplément de 24 pages sur le cerveau.18 Débat Le chasseur, renr^mï des bêtes et/***- Pour ou contre la chasse ?Avant de condamner les chasseurs, examinons les faits.Les chasseurs sont peut-être des alliés pour les animaux sauvages.w !'! s 1 1 "¦ 111 Dossier informatique 48 Entreprises La guerre aux bugs Notre monde est contrôlé par des ordinateurs.Mais leurs programmes cachent souvent des erreurs.Quelles en sont les conséquences ?Comment certaines entreprises s’attaquent-elles à ce problème ?Bienvenue dans un monde où la qualité n’est pas toujours totale ! 54 Intelligence artificielle Les premiers neurones électroniques Avec les nouveaux réseaux de neurones, les informaticiens sont maintenant capables de concevoir des ordinateurs qui apprennent.Percée révolutionnaire ou mode passagère ?Québec Science / Octobre 1993 5 Robert Remis accuse Dans un récent article {Québec Science, juin 1993) intitulé « Tuberculose : Le spectre de la mise en quarantaine » portant sur la problématique de prévenir la transmission chez une personne atteinte de tuberculose qui ne suit pas le traitement, Madame Fréchet a soulevé des questions aussi importantes qu’intéressantes.Malheureusement, elle n’a pas assez approfondi le problème et nous sommes restés sur notre faim.De plus, j’estime qu’elle a cité hors contexte mes commentaires lors d’une entrevue que je lui accordais.Elle les a interprétés de façon à faire contraste et elle a déformé les positions des personnes interviewées.Cette approche manque de rigueur et suggère une approche manichéenne qui laisse de côté les subtilités que la nature complexe de la problématique exige.Je pense que toute personne raisonnable et au courant de la situation serait d’accord sur les points suivants.Premièrement, la vaste majorité des personnes atteintes de tuberculose veulent suivre un traitement efficace pour la simple raison qu’un traitement adéquat est la meilleure garantie pour leur santé et leur convalescence.À ma connaissance, depuis les 10 dernières années, pour seulement un ou deux cas sur les quelque 2 000 cas déclarés dans la région du Montréal métropolitain, des moyens légaux ont dû être pris.Deuxièmement, en dépit de ce qui est écrit dans l’article, je crois personnellement que tous les moyens incitatifs devraient être utilisés pour aider les personnes atteintes de tuberculose à avoir un traitement adéquat.Ces mesures peuvent inclure les programmes de support, le traitement à domicile, l’éducation, l’aide à un revenu et toute autre mesure pouvant améliorer la qualité de vie du patient et, en même temps, l’aider à poser un geste qui est dans son propre intérêt et celui de la société.Tout cela devrait se faire dans un délai raisonnable afin d’éviter toute transmission aux autres personnes.Le problème n’est pas là.Malgré toutes les mesures positives et de support mises en place, il restera toujours une faible proportion d’individus qui, pour diverses raisons, continueront de mettre en danger leur propre santé et celle des autres.Dans le domaine de la psychiatrie, nous n’hésitons pas à traiter en cure fermée les personnes qui sont à risque pour eux-mêmes et pour la société, mesure qui ne semble pas être mise en doute à l’heure actuelle.J’ai de la difficulté à comprendre pourquoi une personne atteinte d’une maladie potentiellement mortelle et contagieuse et qui n’arrive pas à se prendre en main ne devrait pas être traitée de la même façon.Cette mesure extrême s’appliquerait, évidemment, dans le respect des droits légaux de la personne en question.En conclusion, nous savons que la situation où une personne atteinte de tuberculose refuse de prendre ses médicaments est rarissime.La question reste toujours à savoir : que devons-nous faire quand tous les moyens positifs de support échouent ?Question que, malheureusement, Madame Fréchet ne nous aide pas à clarifier dans son article.Robert S.Remis, md, mph, frcp(c) Vous dites que notre journaliste Lyne Fréchet vous a cité hors contexte, a déformé ses interviews et a manqué de rigueur.Dans notre profession, il s’agit de fautes graves.Après un long examen, votre accusation me semble sans fondement.Son article dit que les moyens incitatifs sont généralement suffisants.Nous n’avons pas prétendu que vous vous y opposiez; le texte explique simplement que vous prônez des mesures plus sévères quand les moyens incitatifs s’avèrent inefficaces.C’est exactement le point de vue que vous expliquez dans votre lettre.Lyne Fréchet cite cependant d’autres personnes qui ne le partagent pas, puis laisse ses lecteurs former leur propre opinion.Étienne Denis, rédacteur en chej Donnez-nous vos commentaires ! Vous aimez, détestez, contestez un article de Québec Science ?Vous avez des commentaires et des suggestions sur le magazine ?Faites-nous le savoir.Écrivez-nous à l'adresse suivante, ou envoyez-nous une télécopie au (514) 843-4897.Québec Science 425, rue De La Gauchetière Est Montréal, Québec H2L2M7 « Le (mil parP« K.Ilf* i#k B.(|ï stfSu fei! % w tais ft) nce CEGEP de Jonquière Publié par La Revue Québec Science 425, rue De La Gauchetière Est, Montréal, Québec, H2L2M7 ADMINISTRATION Directeur général : Michel Gauquelin Adjointe administrative : Joan Laçasse RÉDACTION Rédacteur en chef : Étienne Denis Comité de rédaction : Patrick Beaudin, Jean-Marc Fleury, Félix Maltais, Isabelle Montpetit, Gilles Parent, Sarah Perreault, Anne-Marie Simard, Pierre Sormany, René Vézina, Yanick Villedieu Collaborateurs : Michel A.Bouchard, Raymond Lemieux, Isabelle Montpetit, Gilles Parent, Raynald Pepin, Danielle Ouellet, Pedro Rodrigue, Beranrd Samson, Anne-Marie Simard Photo de la page couverture : Laurent Leblanc Illustrateurs : Caroline Mérola, Pierre-Paul Pariseau, Yayo PRODUCTION Direction artistique : Normand Bastien Séparation de couleurs, pelliculage électronique et impression : Interweb COMMERCIALISATION Publicité : Jean Thibault Abonnements : Nicole Bédard Distribution en kiosques : Messageries Dynamiques ABONNEMENTS Tarifs Au Canada (taxes incluses) : 1 an (10 numéros) 34,67 S 2 ans (20 numéros) 59,86$ 3 ans (30 numéros) 83,20$ À l'unité 3,99 $ Groupe (10 ex./même adresse) 31,20$ À l’étranger : lan (10 numéros) 43$ 2ans (20 numéros) 75$ 3 ans (30 numéros) 105$ À l'unité 4,50$ Pour abonnement et changement d'adresse QUÉBEC SCIENCE C.P.250, Sillery, Québec, GIT 2R1 Pour la France, faites votre chèque à l'ordre de : DAWSON FRANCE, B.P.57,91871, Palaiseau, Cedex, France ABONNEMENTS ET CHANGEMENTS D'ADRESSES Téléphone : (418) 657-4391 PUBLICITE Téléphone : (514) 227-8414 Télécopieur : (514) 227-8995 REDACTION Téléphone : (514) 843-6888 Télécopieur : (514) 843-4897 Québec Science reçoit l'aide financière du gouvernement du Québec (Programme de soutien aux revues de culture scientifique et technique) Membre de : The Audit Bureau CPPA Québec Science est produit gratuitement sur cassette par l'Audiothèque, pour les personnes handicapées de l'imprimé.Téléphone: (418) 648-2627 Hilïi 6 Québec Science / Octobre 1993 ®fc pit ''S.' Actualités ipfe sip* » Humour ÉtJf ¦P S» Les anti>Nobel rf# Quand les scientifiques versent dans la satire.par Pedro Rodrigue (ft I «J1VTous saurons dans quel-jlp; 1 A ques jours à qui ont été ^décernés cette année les prix (Nobel, ces Oscars réservés à la «to grandeur d’âme et au génie hu-f cndl main.Qui recevra le prix Nobel de la paix ?Ne pariez pas trop i sur les chances du président serbe Slobodan Milosevic, l’ar-iæhitecte de la « solution fina-citesu le » en Bosnie, ni sur celles du j.général somalien Mohammed ;)fc! I Farrah Aïdid.Et en sciences ?iousi ‘.r Pour quelques vedettes, il faut compter tellement d’oubliés.i et de chercheurs qui auraient : tout intérêt à ne pas trop faire ! parler d’eux.Pourtant, ceux-là - aussi ont droit à leur minute de gloire, car ils sont les candidats parfaits pour un anti-Nobel.Des chercheurs du Massachussetts Institute of Technology, le fameux MIT, à l’humour particulièrement développé, décernent au mois d’octobre divers prix « Ig Nobel » à certains de leurs confrères qui se sont distingués dans l’année pour des motifs pas très nobles.D’où le nom du prix, qui se prononce i « ignoble » en anglais, et forme un joyeux calembour avec le nom de l’auguste décoration suédoise.Décoration qui, soit dit en passant, a été instituée par l’industriel Alfred Nobel avant sa mort, en 1896, histoire de se faire pardonner d’avoir inventé la dynamite.Ces anti-Nobel sont officiellement décernés chaque année par le Journal of Irreproductible Results, véritable Croc du monde scientifique, de concert avec le Musée des découvertes qui ne peuvent ou ne doivent pas être reproduites, logé au très sérieux MIT.Qui aura cette année l’embarras de se rendre à Boston chercher son anti-Nobel ?Le comité de sélection, qui est demeuré toute l’année à l’aflut de la moindre bourde, reste muet comme une tombe.Certains observateurs irrévérencieux expliquent ce silence en affirmant que le comité, avant de se prononcer, veut être bien certain qu’il n’a pas choisi un candidat qui serait également honoré, la même année, par l’Académie de Stockholm.Quoi qu’il en soit, le passé étant garant de l’avenir, on ne risque pas de s’ennuyer cette année à la remise des prix.L’an dernier, en effet, l’anti-Nobel de chimie a été décerné à la chimiste alimentaire Ivette Bassa, de la société General Foods, pour son invention du Jeü-0 bleu.Bons princes, les dirigeants de l’entreprise ont renchéri en envoyant la lauréate, accompagnée de toute son équipe de recherche, assister à la cérémonie dans le jet privé de General Foods.Le cortège était d’ailleurs vêtu de blouses de laboratoire que l’on avait, pour la circonstance, teintes.en bleu ! De plus, après la remi- se du prix, il y avait du champagne pour tout le monde et, bien sûr, d\xJell-0 bleu.L’anti-Nobel de la paix avait été attribué au chef de police de Los Angeles, Daryl Gates, pour souligner l’excellence (!) de son travail au cours des émeutes raciales qui ont secoué cette ville l’an dernier.L’anti-Nobel de biologie est allé, pour sa part, au spécialiste de la fertilité Cecil Jacobson, qui a eu des ennuis avec Injustice pour avoir utilisé son propre sperme, au lieu de celui de donneurs anonymes, pour fane l’insémination artificielle de ses patientes.Le comité lui a même décerné un « Poignet Le président serbe Slobodan Milosevic est un candidat parfait pour l'anti-Nobel de la paix.d’or » pour l’habileté de ses manipulations.génétiques.C’est un scientifique russe, le professeur Youri Strouchkov, de l’Institut des composés organiques de Moscou, qui a reçu l’anti-Nobel de la littérature.Ce Soljénitsyne des laboratoires a signé et publié entre 1981 et 1990 pas moins de 948 publications scientifiques, c’est-à-dire une à tous les 3,9 jours.Mais le plus suave des anti-Nobel est sans doute celui de l’archéologie, qui est allé récompenser le civisme et les louables efforts d’une troupe de scouts de France, dont les membres, dans un grand élan d’amour de la nature, avaient courageusement effacé des « graffiti » sur les parois de la grotte de Mayrières.graffiti qui étaient en réalité des peintures préhistoriques ! • Québec Science / Octobre 1993 7 Actualités La pollution extra-terrestre La Lune se lève.Une grosse Lune d'été bien dodue.Quel romantisme ! Mais qu'arrive-t-il ?La Lune est rectangulaire et affiche une publicité ! Le fantasme suprême des annonceurs a bien failli devenir le cauchemar des astronomes et des amoureux de la nature lorsque la société Space Marketing de Géorgie a annoncé, en avril dernier, qu'elle se proposait de mettre en orbite autour de la Terre deux panneaux-réclames gonflables d'un kilomètre sur deux.Ayant déjà à son actif d'avoir collé sur une fusée de la NASA l'affi- che d'un film d'Arnold Schwarzenegger— belle réalisation ! —, cette brillante entreprise de publicité fonçait maintenant la tête la première vers une pollution en règle de l'espace lorsque des congressistes américains, inquiets du spectacle qui risquait dès 1996 d'affliger des milliards de spectateurs involontaires, ont proposé de voter une loi interdisant à toute fusée américaine de mettre en orbite une pareille horreur.Space Marketing va-t-elle se tourner du côté des Russes, des Français ou des Chinois ?Astronomie nouvelle vague Imaginez le biologiste qui, en observant la forme des vagues en Gaspésie, pense pouvoir décrire les ébats amoureux de baleines qui nagent dans l'océan Indien.C'est un peu ce que certains astrophysiciens veulent faire.Sauf que pour eux les vagues sont gravitationnelles, et les baleines sont des étoiles à neutrons ou des trous noirs perdus à l'autre bout de l'Univers.Des corps célestes de cette importance entrent parfois en collision.Ils tournoient d'abord l'un autour de l'autre, puis ils fusionnent.Selon la théorie générale de la relativité, ils déforment alors la géométrie de l'espace-temps, ce qui pourrait donner naissance à des ondes gravitationnelles capables de se propager jusqu'à nous.Ça, c'est la théorie.En pratique, des détecteurs gravitationnels seront construits aux États-Unis, en Italie et en Australie.Le Laser Interferometer Gravitational Wave Observatory (LIGO) américain comportera des installations, situées en Louisiane et dans l'État de Washington, qui fonctionneront de concert.Le détecteur franco-italien, le VIRGO sera construit près de Rise, alors que le projet australien sera réalisé à l'ouest de ce pays.Des équipes de chercheurs de Caltech et de l'Université Northwestern d'Illinois affirment qu'on pourrait non seulement détecter les ondes gravitationnelles, mais aussi déduire certaines caractéristiques des corps célestes qui leur auraient donné naissance.De plus, une analyse poussée de ces signaux améliorerait la précision de certains paramètres d'importance capitale en cosmologie, comme le rythme de croissance de l'Univers, ou sa densité véritable.Les ondes gravitationnelles qui atteindront la Terre et seront captées — si elles existent ! — par les détecteurs seront sans doute extrêmement faibles par rapport à des bruits de fond aussi prosaï- ques que le passage d'un train.Les chercheurs devront donc trouver le moyen de reconnaître, à l'analyse de ces ondes, la « signature » du phénomène qui les a créées.Selon l'astrophysicien Kip Thorne, de Caltech, les sources les plus probables de ces perturbations seront les étoiles doubles constituées d'un trou noir et d'une étoile à neutrons en orbite l'une autour de l'autre {voir Québec Science, décembre 1992-janvier 1993).Et le moment le plus spectaculaire sera sans doute celui des trois dernières minutes où un trou noir finira d'avaler une étoile à neutrons ayant des dizaines de fois la masse du Soleil.8 Québec Science / Octobre 1993 Le magazine Québec L'information intelligente Pour connaître et comprendre notre monde en mutation, Québec Science est l’outil privilégié.Il guette tout ce qui est nouveau dans les domaines de la science et de la technologie.À chaque numéro, Québec Science offre des reportages sur l’actualité, des dossiers fouillés, des illustrations détaillées, des photos étonnantes .et vos chroniques préférées.Québec Science fait vivre l’aventure scientifique, ses succès, ses échecs, dans notre quotidien comme dans les laboratoires.\ébec Science vous permet d’être à jour dans les domaines les plus actuels : énergie, santé, environnement, innovations technologiques, nature, (pace, biotechnologies, transports, recherche fondamentale au Québec et dans le monde.kébec Science est le magazine qui présente les faits et les met en perspective, avec les nuances nécessaires, ur aider à comprendre les grands enjeux de notre société.nce c'est le savoir l'actualité la science au quotidien Économisez jusqu'à 30% en vous abonnant ou en vous réabonnant et recevez un cadeau reliure pour un abonnement dejleux ans reliures pour un abonnement de trojs ans i| ette offre expire le 31 décembre 1993 OUI (K»1*' idefi|llî| rfurlfrl Jméro :i enregistrement issrfiila TPS: ji»#’! -1335-97427 djftù jméro i enregistrement 1 ! la TVQ : I 113609086TQ0001 I I je m'abonne I I je me réabonne à Québec Science.?1 an (10 nos) 34,67 $ TTC ?2 ans (20 nos) 59,86 $ TTC ?3 ans (30 nos) 83,20 $ TTC (Étranger, voir les tarifs en page 4) Détachez et expédiez à QUEBEC SCIENCE.C.P.250, Sillery, Québec GIT 2R1 Tél.:(418) 657-3551 poste 2854 Téléc.: (418) 657-2096 Je vous demande donc de me faire parvenir * I I une reliure pour mon abonnement de deux ans I I deux reliures pour mon abonnement de trois ans * Allouez 4 semaines pour l'expédition Nom Prénom Adresse app.Ville Province Code postal Sexe Q M i F Profession: Tél.: [ 1 Chèque ?Mandat-poste Dvisa ?MasterCard Chèque ou i mandat-poste à l'ordre de Québec Science N° de carte Date d'expiration Signature Actualités Développement durable Un onusien iconoclaste La route du Sommet de Rio était pavée de bonnes intentions.Mais les retombées tardent à venir.par Raymond Lemieux « Te m’accuse d’escroquerie ! » J Francesco Di Castri n’a pourtant rien d’un aigrefin ou d’un filou.Président de l’Union internationale des sciences biologiques, coordonnateur des programmes environnementaux à l’UNESCO, il a été intimement lié au Sommet de la Terre tenu à Rio l’an dernier.Cette méga-conférence pour l’environnement, chapeautée par les Nations unies, a réuni la plupart des leaders de la planète.Un sommet dont les retombées paraissent aujourd’hui bien minces, aux yeux du biologiste.Il le regrette.Selon lui, c’est le manque de mémoire institutionnelle des Nations unies qui est en cause.Il fait son mea-culpa, car il est lui-même un homme de l’appareil onusien.Il déplore qu’on ne cherche pas à comprendre quels sont les obstacles à la réalisation des volontés exprimées à Rio, d’autant plus qu’un très grand nombre de recommandations adoptées au Sommet avaient été formulées dans d’autres conférences de l’ONU.Le Sommet de la Terre avait conduit à la conclusion de traités sur la biodiversité et sur les changements climatiques, à une déclaration et à un programme d’action appelé Agenda 21.« Beaucoup de magie là-dedans », déplore Francesco Di Castri, qui était invité à donner le point de vue d’un biologiste lors du colloque « Échos de Rio » organisé pendant le congrès de l’Association cana-dienne-française pour l’avancement des sciences (Acfas), en mai dernier à Rimouski.« On ne s’entend même pas sur la définition à donner à biodiversité, changement climatique ou développement durable, dit-il.Juste pour développement durable, j’ai inventorié 250 définitions ! » Conservation et économie Conservation et développement économique sont indisso ciables et les retombées du Sommet de Rio devraient donc s’inscrire dans le cadre de stratégies de développement, selon le biologiste.Il décoche encore quelques flèches, cette fois vers les tenants de la conservation à tout crin : « À cause de l’intervention de l’homme, toute la planète est en voie de se transformer en un immense écosystème de transition.Les royaumes biogéographiques sont brisés et l’introduction d’espèces exotiques au comportement agressif devient la règle.» Pourtan on étudie trop peu le rôle des QUAND LA SE FAIT • • • • Montréal 10 an 13 avril 1994 Au coeur du débat et des enjeux conteniporains pour penser le développement de la culture scientifique et technologique POUR INFORMATION: IJso Lcndcn CIRST Université du (piébec iiisaï-1 Jilts® ilgWl I iitrfts [## jffici ft «nit M»* ifs’s1 ij# 0P ,4# a/ ,(# s# 4» La mégapole croyait pouvoir se passer de la campagne.Elle a réussi.Les paysans, constatant que la ville n’allait plus à eux, ont été bien tenté d’aller à la ville.Les communications modernes ont accentué le phénomène en agissant comme un puissant catalyseur : au fin fond de la brousse, la télé présente l’image d’une vie urbaine trépidante.Les voies de communication rendent les déplacements de populations plus faciles.Voilà comment un paysan décide de quitter sa terre natale.La naissance d'un monstre Les paysans arrivent d’abord seuls, sans leur famille.Ils connaissent généralement quelqu’un déjà établi en ville.Ils s’installent souvent sur des terrains vagues, sans propriétaire connu, où ils se construisent des abris de fortune en carton ou en tôle, éventuellement en brique.En périphérie de Mexico, Chalco est ainsi passée de 17 000 habitants à plus d’un million en 20 ans.Une i// ;v Famille indonésienne.De 75 OOO à 150 000 personnes s'entassent sur un seul kilomètre carré dans les quartiers pauvres des villes du tiers monde.À Montréal, sur la même superficie, ils sont à peine 6 OOO personnes.autre banlieue, Ilatepec, est passée de 300 000 à 2 millions d’habitants en 10 ans.Les arrivants deviennent vendeurs itinérants ou encore, avec la complicité d’un parent, d’un ami, ils réussissent à se trouver du travail dans le domaine du bâtiment, où nombreux sont les emplois qui n’exigent pas de formation poussée.Mal payés, ces emplois permettent au moins d’acheter de la nourriture.Et puis, comme tout bouge continuellement en ville, l’espoir y est permis.Plus tard, la famille viendra les rejom-dre.Les parents misent alors sur la génération suivante, qui aura fréquenté l’école publique plus longtemps, puis obtenu des emplois mieux rémunérés.Les travailleurs disponibles ne trouveront pas tous un emploi.Mais, dans le cas de Mexico par exemple, la croissance de la mégapole est tout de même assez forte, gonflée artificiellement.« Le gouvernement a tendance à corriger les problèmes de chômage en embauchant plus de gens, même si cela n’est pas toujours nécessaire.De plus, c’est à Mexico que le gouvernement du pays concentre systématiquement toutes les administrations publiques et parapubliques », explique Frédérico Lopez de Alba, responsable des dossiers environnementaux à Naucalpal de Juamez, en périphérie de Mexico.Le résultat : le centre de la ville, le district fédéral, est passé d’un million d’habitants, en 1940, à huit millions aujourd’hui.Ce district représente 1 % du territoire mexicain, 10 % de toute la population y habite et 30 % du budget d’opération total du pays y est dépensé.Indirectement, cette croissance économique assure du travail aux campesinos : construction, petits conunerces, etc.L’argent qu’ils gagnent stimule Féconomie des différents bidonvilles.Entraînés par la foule La situation est semblable partout.Parfois, ça déborde.Calcutta et Bombay comptent chacune 9 millions d’habitants.La moitié d’entre eux vivent dans des bidonvilles surpeuplés ou directement sur le trottoir.En Amérique latine, on compte 20 millions d’enfants et d’adolescents qui vivent dans la me.Au Caire, des enfants d’âge préscolaire cherchent sur les bouses des bovins des grains de maïs non digérés.Les enfants de la me ne connaissent souvent ni leur âge exact ni leur nom de famille.Toujours au Caire, les sans-abri trouvent refuge dans la Cité des morts, où ils habitent mausolées et chapelles funéraires.Dharavi, un quartier du nord-ouest de Bombay, compte 700 000 habitants : le plus gros bidonville d’Asie.Environ 175 000 familles s’y disputent les 115 000 huttes et les 160 points d’eau.Il n’y a qu’une toilette pour 825 habitants.Souvent, la collecte d’ordures n’existe pas.Les égouts à ciel ouvert sont courants.L’approvisionnement en eau potable est déficient.À travers le monde, l’eau contaminée contribue au décès de 30 000 à 50 000 personnes, surtout des enfants.chaque jour.« Comment offrir des services à des populations qui ne paient pas de taxes ?et comment taxer s’il n’y a pas de cadastres ?» se demande Frédérico Lopez de Alba.D’ici à ce que soit complétée une lente et difficile réforme de la fiscalité municipale, les campagnards continuront à s’établir en masse dans les quartiers défavorisés, d’où ils par- Québec Science / Octobre 1993 15 tiront travailler chaque matin dans un vieux bus cahotant, au mieux en métro, en rêvant du jour où ils pourront peut-être se payer une voiture.Et voilà qu’apparaît une nouvelle équation : transports plus industries vétustes égalent pollution.Plaies ouvertes À Mexico, respirer constitue un risque pour la santé.En 1985, en plein cœur de la mégapole, une volée d’oiseaux s’écrasent brutalement dans le parc Chapultepec.Les pauvres volatiles ont tout simplement été asphyxiés par le smog ! Avec trois millions d’autos et 35 000 installations industrielles, le taux d’ozone au sol dépasse parfois de quatre fois la norme californienne.En une seule année, de 1990 à 1991, ce polluant a augmenté de 22 %.Le parc automobile augmente, lui, de 7 % par an.Car les gens rejettent souvent le transport en commun, de peur d’y être victimes d’agressions ou de vols.En principe, ils ne peuvent utiliser leur voiture qu’un jour sur deux, selon le numéro de leur plaque.« Mais ils s’achètent souvent une deuxième voiture pour déjouer le système », se plaint Frederico Lopez de Alba.« Il n’y a pas beaucoup d’espoir à l’horizon », dit-il.La pollution est omniprésente.| Certains matins, les enfants de J ] Mexico ne sont pas envoyés à l’école pour cause de pollution ex- < i cessive.Dans la région métropoli- § I taine de Sào Paulo, 8 000 tonnes de polluants atmosphériques s’abattent sur la ville chaque jour.Manille fait encore mieux avec 10 000 tonnes.À Istanbul, où la population est passée de 1 à 7 millions d’habitants en 20 ans, les gens des quartiers pauvres sont 10 fois plus exposés au cancer du poumon que les autres habitants de la ville.Selon Uwe Brinckmann, un épidémiologiste de l’Université Harvard, au moins 50 % des habitants de villes des pays industrialisés souffrent chaque année d’un problème de peau, alors que ce pourcentage était de 2 en 1950.Il s’agit selon lui d’une indication que les polluants ont sérieusement affecté notre système immunitaire.Imaginons ce à quoi la situation pourra ressembler dans les mégapoles des pays en voie de développement.gapole, ou encore pire, la perpétuation de cet ensemble de fléaux, triste représentation de ce monde qu’on dit moderne ?« Il faut absolument réussir à contrôler la démographie, mettre fin à l’exode rural et réduire les disparités entre riches et pauvres », croit Georges Robert.Une première voie, donc, qui consiste à stopper la tendance actuelle et à renverser la vapeur.Pour d’autres, la chose est tout simplement impossible.« Il est illusoire de penser que les campagnes se reconstitueront », affirme plutôt Philippe Haeringer.Quant au contrôle de la natalité, il est vrai que lorsque la population s’enrichit, les couples ont moins d’enfants, mais on ne peut provoquer ce phénomène volontairement, sauf si on accepte un régime totalitaire, ajoute le géographe.« Il faut accepter la mégapole et '~/ ¦-A* Ct 1 V- ! ri-jfi ' in ïfJ m ,4; m Ü Enfants péruviens au travail.Sur notre planète, en 1990, une presonne sur dix vivait dans une ville.La proportion atteindra bientôt une personne sur deux.Fuir ou affronter ?Comment se dégager de cette ornière ?Comment éviter un effondrement de la mé- prendre ses problèmes à bras le corps », dit-il.Une deuxième voie, donc, qui cherche plutôt à gérer le phénomène.Un élément qui rallie tout le monde, cependant, c’est la nécessité de ne plus recourir au pouvoir central comme source de toutes les solutions, et de miser sur la participation volontaire et directe des citoyens.À Lima, au début des années 70, le gouvernement péruvien a octroyé à un groupe de gens des terres en zone inculte et désertique.Selon un document de l’ACDI, l’Agence canadienne de développement international, le groupe a d’abord pris le temps de se doter d’une structure démocratique d’autogestion et de planifier la disposition des rues.Puis, ils se sont attelés à la tâche.Dix ans plus tard, le résultat est impressionnant : 80 % des terrains dotés de service d’aqueduc, d’égouts, d’électricité; 34 écoles, 150 maternelles, 9 cliniques médicales, 40 kilomètres de rues et de routes ont été construits par les nouveaux citoyens.On a aussi planté 500 000 arbres et prévu la création d’un parc industriel.Au début des années 80, toujours à Lima, quelques femmes du district de Comas ont décidé de s’unir pour lutter contre la hausse du coût des aliments.Elles ont convenu d’acheter des denrées en commun tout en partageant leurs installations et leurs ustensiles de cuisine.C’est ainsi que sont nées les comedor popular.Le mouvement a connu une progression fulgurante.Aujourd’hui, plus de 2000 cuisines communautaires bourdonnent d’activité.Certaines servent plusieurs centaines de repas par jour.Une autre avenue intéressante : la fragmentation.À Jakarta, les quartiers populaires s’appellent des kampungs, c’est-à-dire des villages.À l’intérieur de ceux-ci, pour chaque groupe de 30 à 40 |g| maisons, il y a un chef dont la maison est clairement repérable.La communauté respecte certains mots d’ordre.Par exemple, tout habitant est identifié, et il est interdit d’inviter quelqu’un à passer la nuit chez soi sans en avertir le chef du voisinage.La nuit, les habitants du kampung se relaient pour assurer la sécurité aux entrées du quartier.« Si la fragmentation des mégapoles est parfois incitée pour imposer un contrôle social, elle répond aussi à un besoin fondamental de l’homme.Perdus dans une mégapole infinie et peu différenciée, les habitants ont besoin de pouvoir s’identifier à un fragment d’espace de vie dont les limites physiques et sociales leur sont perceptibles », résume Philippe Haeringer.Mégapole de rêve ?La ville de Curitiba, au sud du Brésil, est citée un peu partout comme le modèle à suivre, entre autres choses pour son système de transport en commun.Les grandes artères de la ville ont des voies réservées aux autobus.Les conducteurs peuvent même contrôler les feux de circulation par télécommande.Leurs véhicules sont de couleurs différentes selon qu’il s’agit d’un express, d’un intermédiaire ou d’un autobus qui arrête à chaque station.D’immen- 16 Québec Science / Octobre 1993 ses abribus circulaires permettent aux oassagers de payer avant l’embarquement.Même si le nombre d’automobiles par ha-~ litant y est le plus élevé de tout le Brésil, ® 1 .es bouchons de circulation sont presque fi- : inexistants te i Cette municipalité a aussi mis sur pied différents programmes de recyclage : 12 000 familles pauvres troquent des dé-bhets triés contre de la nourriture ou des oillets de transport en commun.La créa-cion d’espaces verts, la plantation d’ar («: lores, les programmes d’éducation à l’environnement vont également dans ce sens.W ! I Bien sûr, Curitiba, avec seulement un million et demi d’habitants, a la tâche plus facile que les grosses mégapoles.N’empê he que sa population a presque triplé depuis une génération, et que les autorités ont su faire face à cette hausse.Voilà qui i, (démontre que même si les solidarités de a i/oisinage demeurent un facteur important laid de survie dans les grandes villes, les gou-]p! vernements municipaux ou nationaux ont j4t||quand même un rôle important à jouer, le K « Autant le phénomène qui donne naissan Lieu de résidence en Égypte.À la fin de notre décennie, les quatre plus grandes villes du monde seront : Tokyo (28,0 millions d'habitants), Sâo Paulo (22,6 millions), Bombay (18,1 millions), et Shangai (17,4 millions).ufljPÏ'' fill ce aux mégapoles semble le même parti) tout, autant les solutions à leurs problè-fii mes sont différentes et varient considéra-;«[.blement d’un endroit à l’autre, commente ÿillPhilippe Haeringer.Les mentalités sont (til différentes, le climat est différent, les sa-jtji: voir-faire sont différents.» sdi Le maire de Mexico a déjà sérieusement suggéré l’installation d’une centaine de ventilateurs géants pour évacuer la pollution au-dessus de sa ville.Une proposition jugée farfelue.Même s’il ne faut pas trop compter sur la technologie pour sortir les mégapoles du pétrin, certaines inventions pourraient alléger le fardeau de leurs habitants.Par exemple, des toilettes modu- tlM S»| À fes tii lion* 0 5tii ¦ ' fld a# lit I# Les mégapoles du Nord Les villes des pays riches se transforment-elles en mégapoles ?Quand le taux de natalité est l’un des plus bas au monde, comme autour de Montréal, la réponse est non.Mais si on considère que le lien classique ville - campagne est perturbé un peu partout sur notre planète, on peut conclure que la tendance est mondiale.Il y a des exceptions.La plus importante : la Chine, où le gouvernement contient l’exode rural et impose une politique de contrôle des naissances.Cest d'ailleurs un des seuls endroits au monde où de telles politiques donnent des résultats.En général, la mégapole du Nord s'en tire mieux que celle du Sud.Selon Philippe Haeringer, nos villes ont su profiter d'une tradition urbaine et d'avancées technologiques qui ont enrichi leurs habitants et fait chuter la démographie.Les mégapoles du Sud n'ont pu bénéficier d'une industrialisation durable, alors que les paysanneries du territoire environnant étaient néanmoins éliminées, ou sont en voie de l'être.Mais les mégapoles du Nord se dégradent.« On voit apparaître à Montréal de nouvelles zones de pauvreté », constate l'urbaniste Georges Robert.Dans certains quartiers de Washington, la mortalité infantile est aussi élevée que dans les pays pauvres.Miami, Los Angeles, New York prennent souvent des allures de mégapoles du Sud.Une particularité des mégapoles du Nord : elles forment de plus en plus des réseaux et sont reliées entre elles par des voies rapides.En France, la Société nationale des chemins de fer installe des lignes de TGV et ferme les petites lignes.Si la mégapole se dégonfle, ce sera au profit de petites villes qui feront partie du réseau « mégapolitain ».« Celles-ci sont également coupées de leurs populations rurales », dit Philippe Haeringer.Partout, c'est comme si les mêmes mots d'ordre étaient répétés sans cesse : spécialisation, concentration, optimisation.La mondialisation des marchés des produits agricoles accentue une division de plus en plus nette entre la vie à la mégapole et la vie rurale, de plus en plus fragile.Les médias nous montrent des images de paysans français en colère : même dans les pays du Nord, les petits producteurs agricoles sont au désarroi.Ils ne se résignent pas à devenir des « gardiens du paysage ».laires fonctionnant sans eau réduiraient la propagation des maladies infectieuses, tout en limitant la nécessité de construire de coûteuses infrastructures.Mais avant même que la technologie des pays du Nord vienne en aide aux habitants des pays du Sud, il faut miser sur la communication.Un groupe de New York, Mega Cities Project, a formé un réseau d’information reliant les 15 plus grandes villes du monde.On s’échange des renseignements, des vidéos sur la lutte contre la pauvreté, sur l’amélioration de la salubrité, bref sur tout ce qui peut améliorer la qualité de la vie en ville.Le congrès Métropolis de Montréal constitue également une voie intéressante en ce sens.Quant à l’aide financière directe des pays du Nord, elle se fait grandement attendre.« Nous refusons la mégapole intellectuellement, pourtant la solution ne viendra pas de ce reniement, mais de la capacité des humains à s’adapter à cette nouvelle réalité », insiste Philippe Haeringer.Jusqu’au milieu des années 80, les quatre grandes banques de développement avaient consacré 39 milliards de dollars à des projets tels que l’aménagement de routes, de ports, de chemins de fer, mais seulement 1,1 milliard à des projets de transport urbain.Rien n’a changé depuis.Même si la majorité des citoyens des pays en développement seront bientôt des habitants des villes, à peine 10 % du budget des agences d’aide internationale va à des projets urbains.• Québec Science / Octobre 1993 17 Débat Ne tirez pas sur le chasse» Pour ou contre la chasse ?Après le progrès technologique et la dégradation de l'environnement, doit-on continuer à tuer des animaux sauvages pour le plaisir ?Devrait-on au contraire préserver les populations ?Et si la chasse permettait justement de les préserver.par Bernard Samson, qui est — il faut le dire — lui-même chasseur C’est une guerre de religion, les positions sont irréconciliables.D’un côté, les chasseurs; de l’autre, les défenseurs des « droits » des animaux.En France, il y a six ans, un membre du Rassemblement des opposants à la chasse a abattu.un chasseur ! Les chasseurs : le cliché les décrit comme des hommes un peu rustres, campagnards, souvent cruels, sacrant et buvant sans retenue, un peu comme s’ils étaient des résidus d’un 19e siècle qu’on voudrait bien oublier.Complètement à l’autre extrême, il y a les militants pour la défense des droits des animaux, les « vrais » amis des bêtes, les radicaux.Ne les confondez pas avec les militants pour la protection de l’environnement.Nous parlons ici de gens qui s’opposent à la chasse, à la pêche, à la trappe, aux animaleries, aux zoos, aux laboratoires qui utilisent des cobayes, aux in-sectariums.Plusieurs d’entre eux n’hésitent pas à se convertir au végétarisme pour Le « Call » de l'orignal.ne plus faire souffrir.Ils militent pour que leurs valeurs dominent au 21e siècle.Deux Québécois sur 100 sont extrémistes à ce point.Ce sont surtout des Montréalais, ou plus exactement des Montréalaises.Leur opposition est de mieux en mieux structurée.Aux États-Unis, 400 organisations luttent pour le bien-être des animaux.« Chaque année, ces associations amassent 250 millions de dollars de plus que l’année précédente », soutient Georges Lapointe, de l’International Association of Fish and Wildlife Agencies, de Washington.« Depuis trois ans, les groupuscules qui revendiquent le bien-être des animaux se sont multipliés », dit André Pelletier, président de la Fédération de la faune du Québec.La Fédération représente 340 associations (« groupuscules » ?) de pêcheurs, de chasseurs ou de gestionnaires de territoires fauniques.Entre les extrêmes, la majorité des gens sont un peu pour ou un peu contre la chasse.Mais la tendance favorise les « un peu contre » : en 1980, sur 100 Québécois, 18 étaient contre à la chasse, mais pas au point d’être militants; 8 ans plus tard, ils étaient déjà 26.Le mouvement a commencé au cours des années 60.L’homme réalisait les torts qu’il avait causés à la nature.Il apprenait qu’il venait d’ajouter le DDT à la chaîne alimentaire, que la moitié des espèces animales disparues depuis deux millénaires avaient été exterminées par les deux dernières générations.Il découvrait l’écologie.« Aujourd’hui, les gens ne peuvent plus se baigner dans nos cours d’eau, ils ne peuvent 18 Québec Science / Octobre 1993 chevreuil, « Les chasseurs ne récoltent que les surplus.Nous ne permettrions jamais que l'on chasse ou que l'on pêche une espèce menacée », dit Luc Poirier, du ministère du Loisir, de la Chasse et de la Pêche.plus se laisser bronzer sans risquer d’attraper un cancer de la peau », remarque Jean Cinq-Mars, directeur du Service canadien de la faune pour le Québec.Réaction : des gens réclament entre au-‘ très choses qu’on cesse de tuer les ani-! maux sauvages.Ils considèrent que la ni-! che écologique de l’homme a changé avec i l’accroissement de la population et le pro-: grès technologique.« Les amis des bêtes : prétendent que ces changements exigent une modification fondamentale de nos at-i titudes envers la faune et la vie en général », écrit le journaliste Alan Herscovici : fans, soT\\mz Second Nature : The Ani-¦ mal-Rights Controversy.L’argument est repris par Marcel Duquet- te, militant et ex-inspecteur en chef de la Société pour la prévention de la cruauté envers les animaux, la SPCA.« La nature étant de plus en plus malmenée par l’Homme, la chasse est de plus en plus inacceptable », dit-il.Sur la couverture de son livre Feu sur la chasse, une phrase de Jean-Jacques Rousseau : « La chasse endurcit le cœur aussi bien que le corps : elle accoutu- me au sang, à la cruauté.» Selon Marcel Duquette, tuer pour le plaisir est inacceptable.Pierre Routhier, psychanalyste à Sillery et ami inconditionnel des bêtes, élabore ce point de vue : « Nous sommes tous des animaux; et les autres animaux aussi sont intelligents.Ils ressentent les mêmes émotions que nous.Ils connaissent la crainte, l’angoisse, la détresse.Eux aussi, ils aspi- Québec Science / Octobre 1993 19 rent à la vie.» C’est ce qu’on appelle de l’anthropomorphisme : attribuer aux animaux des caractéristiques humaines.Plusieurs militants pour les droits des animaux disent avoir été choqués par des images de chasse à la télévision, explique Pierre Bouchard.Agent d’information au ministère du Loisir, de la Chasse et de la Pêche, le MLCP, ü a cherché à mieux comprendre les raisons qui les motivent.« Certains mentionnent Bambi, le faon séparé de sa mère par des chasseurs.Ils considèrent que les chasseurs sont de mauvais tireurs, qu’ils ne respectent ni l’environnement ni la propriété privée, qu’ils gaspillent des bêtes.» Les chasseurs sont-ils vraiment des monstres ?Parmi les 437 000 chasseurs québécois, il y a bien sûr des moutons noirs qui s’amusent à tirer sur les pancartes interdisant la chasse, qui ne rapportent pas leurs déchets.Le MLCP fait d’ailleurs beaucoup d’efforts pour les éduquer.Les chasseurs OJ 'c al CD a» sÿ h_ U ÜE o O -C O- qui manquent de savoir-vivre forment une minorité, mais ils sont laissés libres dans la nature, une arme à la main : cette minorité devient alors très visible.N’empêche que les préjugés ont la vie dure.Règle générale, les grandes organisations vouées à la protection de l’environnement ne prennent pas position contre la chasse.Mais Aime de Guise, la directrice de Greenpeace Québec, se demande par exemple si les espèces chassées sont menacées, si les chasseurs de gros gibiers prennent seulement la tête en abandonnant le reste de la carcasse à la pourriture.« C’est tout le contraire ! », lui répond André Gagnon, agent de conservation de la faune dans la région de Québec depuis 27 ans.Il n’a jamais trouvé une seule carcasse de cerf de Virginie (notre chevreuil) ou d’orignal abandonnée pendant la saison de la chasse, dit-il, mais il lui est arrivé de trouver des têtes.Pour les gros gibiers, les règlements réduisent tellement les chances des chasseurs (bon an mal an, environ 9 sur 10 reviennent bredouilles), que lorsqu’ils ont du succès, ils ramènent la bête.Mais tard l’automne et en hiver, quand la chasse est interdite, André Gagnon trouve à l’occasion des carcasses.Ceux qui tuent des bêtes pendant cette période sont donc des braconniers, des gens qui ne respectent ni la loi ni l’environnement.Plusieurs militants anti-chasse confondent d’ailleurs chasseurs et braconniers, a remarqué Pierre Bouchard.« Le comportement des chasseurs a bien changé au cours des vingt dernières années, rappelle André Gagnon.Aujourd’hui, la très grande majorité des chasseurs respectent les règlements à la lettre et sont très conscients des problèmes environnementaux.» Les chasseurs déciment-üs des espèces menacées ?Les populations de chevreuils, d’orignaux et de caribous sont recensées tous les cinq ans, explique le biologiste Michel Crête.« Toutes les espèces de sauvagine sont inventoriées chaque année », ajou- te Austin Reed, un biologiste qui poursuit des recherches sur les oiseaux migrateurs pour le Service canadien de la faune.« Les chasseurs ne récoltent que les surplus.Nous ne permettrions jamais que l’on chasse ou que l’on pêche une espèce menacée », dit Luc Poirier, le directeur des communications du ministère du Loisir, de la Chasse et de la Pêche.Il donne l’exemple du touladi, la truite grise.Après avoir décelé une légère baisse des stocks, le ministère a imposé un nouveau règlement : depuis le printemps dernier, les pêcheurs doivent rejeter à l’eau tous les meilleurs géniteurs, les spécimens de 30 à 50 cm.Autre exemple, la chasse au chevreuil est ouverte pendant cinq semaines dans la région de Sherbrooke, où cette espèce est très abondante.En Gaspésie par contre, où l’hiver rend la vie très difficile à cet animal, la chasse au chevreuil est maintenant interdite.Les chasseurs sont les premiers à sortir leur portefeuille pour la sauvegarde des animaux.Chaque année, les trappeurs, les pêcheurs et les chasseurs versent 1,6 million de dollars à la Fondation de la faune du Québec.« Un ou deux dollars sont prélevés sur chaque permis, explique André Boucher, directeur des communications de la Fondation.Depuis 1988, nous avons investi 8,8 millions de dollars dans la protection et la mise en valeur d’habitats fauniques, l’acquisition de connaissances, la sensibilisation du public.» « Les chasseurs, les saumoniers et les sauvaginiers sont des protecteurs de la faune », dit André-A.Bellemare, chroniqueur de chasse et de pêche au quotidien Ae Soleil.Il souligne que les pêcheurs et les chasseurs furent les premiers écologistes.Il évoque le Club de Cap Tourmente, créé au début du siècle par des chasseurs qui voulaient protéger les oies blanches de l’extermination.(Elles étaient 2 500 en 1900, elles sont 450 000 aujourd’hui.) Il signale Canards Illimités, fondé par des chasseurs américains, en 1937.Le groupe a depuis amassé plus de 500 millions de dollars pour recréer des marais qui servent à la nidification de la sauvagine.Les « anti » rétorquent cependant que les chasseurs donnent dans la conservation des chevreuils, des orignaux et des canards uniquement pour en tuer un plus grand nombre.Les chasseurs disent pourtant aimer la nature et les animaux.« J’étais adolescent quand j’ai commencé à chasser, raconte l’un d’eux.Pendant quatre ans, j’y suis allé tous les week-ends sans jamais rien tuer.Mon premier canard est tombé dans le fleuve ; c’est à la nage que je l’ai récupéré ! » « C’est le seul moment de Tannée où ces gens-là peuvent mettre leurs bottes lacées et vivre leurs propres épopées, dit Pierre Perreault dans son film La bête lumineuse.Le reste du temps ils sont chauffeurs de taxi, ils vont voir les Expos, ils vivent les exploits des autres.La chasse, c’est leur lieu d’exploits.Ils deviennent les personnages de leurs propres poèmes.» Pierre Perreault est lui aussi un chasseur.« J’aime être en communication avec la nature autrement qu’en tant que birdwatcher ou amateur de petite fleur, dit-il.Ma présence comme prédateur est aussi Tous les biologistes interrogés au cours de ce reportage affirment que la chasse et le trappage sont les meilleurs moyens de gérer les populations animales.20 Québec Science / Octobre 1993 Rm ,-r' toerli si# PielH La tête d'un orignal attachée sur le toit d'une voiture a quelque chose de répugnant.Pourtant, la loi obligeait les chasseurs à garder visibles les carcasses de leurs prises.On voulait ainsi décourager le braconnage.Depuis cette année, les chasseurs ne sont plus obligés d'exposer leurs prises.naturelle et biologique que celle de n’importe quel autre prédateur.» Au sujet des extrémistes anti-chasse, il dit : « Mais qu’est-ce que les carottes leur ont fait pour qu’ils en mangent ?» Et si les militants anti-chasse finissaient pas gagner leur bataille ?Les conséquences économiques ne sont pas à négliger.À titre d’exemple, en 1992, les Américains ont dépensé 37,5 milliards de dollars pour la chasse et la pêche.Mais les conséquences seraient surtout écologiques.Selon plusieurs biologistes, ôter à l’Homme son rôle de prédateur dans le processus naturel serait une grave erreur'.À vrai dire, tous les biologistes interrogés au cours de ce reportage affirment que la chasse et le trappage sont les meilleurs moyens de gérer les populations animales.En maints endroits, le chasseur ou le trappeur reste le seul prédateur.Souvent, en effet, les prédateurs naturels, tels que le loup, le couguar et le lynx, ont été repoussés par la civilisation, voire exterminés, sur de vastes territoires au début du siècle.« Si l’on interdisait la chasse, les populations de certaines espèces atteindraient des niveaux intolérables et l’on devrait payer des gens pour les abattre », dit Michel Crête, biologiste du MLCP.C’est ce qui arrive au parc national de Pointe Pelée, en Ontario.Les chevreuils menacent Québec Science / Octobre 1993 21 la raison d’être du parc : la préservation de plantes rares qu’on ne trouve nulle part ailleurs au pays.Puisque la chasse est interdite dans nos parcs nationaux, les biologistes se tourneront dès l’an prochain vers un nouveau programme expérimental.« Au lieu d’abattre des cerfs périodiquement, nous stériliserons les biches avec des fusils à fléchettes », explique le responsable, Dan Reive.Cette solution, qui n’est pas parfaite, ne peut être appliquée que sur de petites superficies où les cerfs évoluent en vase clos.Elle est donc impensable en Estrie, où les cerfs de Virginie pullulent.Il y avait à peine 5 900 chevreuils en 1973.Vingt ans plus tard — et malgré la chasse ! —, ils sont maintenant 70 000.« L’habitat naturel, la forêt, est surutilisé par le chevreuil », dit Réal Carbonneau, le chef du Service de conservation de la faune de l’Estrie.Pour se nourrir, les cervidés sont forcés de se rabattre dans les vergers.Ils se régalent des ramilles des pommiers, effectuant du même coup la taille des arbres au grand désespoir des pomiculteurs.Ils fréquentent aussi les vignobles, les fraisières, les plantations de sapins, de cèdres.L’an dernier, dans cette seule région, les chevreuils ont été impliqués dans 1 500 accidents routiers.Dans le Nord québécois, la population du troupeau de caribous de la rivière Georges a culminé à 700 000 têtes, en 1987.Mais elle décline depuis, parce que l’habitat d’été, situé le long de la rivière, ne suffit pas à nourrir la horde.« Ces fluctuations naturelles sont normales, dit le biologiste Michel Crête.Mais, compte tenu de 22 Québec Science / Octobre 1993 la capacité de support de l’habitat, nous croyons qu’en stabilisant le troupeau à 350 000 têtes nous pourrions prélever 40 000 caribous annuellement et du même coup optimiser la santé des bêtes.» Ce n’est pas la chasse qui décime les populations d’animaux.Si le caribou est en sérieuse difficulté en Gaspésie, il ne faut pas blâmer les chasseurs (la chasse au caribou y est bien sûr interdite).Neuf jeunes caribous sur dix tombent sous les griffes des coyotes et des ours.Autre exemple : Anticosti.En mars 1989, une seule tempête de neige tuait 40 000 des 125 000 chevreuils.Deux ans plus tard, la population était revenue à un niveau normal, malgré la chasse, dit Réal Carbonneau.La vraie menace vient de la détérioration des habitats.Agriculture intensive sur de vastes territoires, multiplication des routes, remblayage des marais.Les chasseurs sont souvent les premiers à s’y opposer.D’où le paradoxe.En exigeant qu’on abolisse la chasse, la pêche et le piégeage, les protecteurs des droits des animaux constituent peut-être une menace pour la faune.Les pressions des groupes autochtones, j des trappeurs, des chasseurs et des autres ï utilisateurs de la faune protègent les habi-ï tats naturels contre les ravages des vrais y ennemis des animaux sauvages : les cons-0 tructeurs de barrages hydro-électriques, | les compagnies minières et les entrepreneurs.• Que pensez-vous de la chasse ?Et que pensez-vous de cet article ?Écrivez-nous pour nous faire part de vos commentaires.Adressez votre lettre à : Québec Science 425, rue De La Gauchetière Est Montréal (Québec) H2L 2M7 Bataille médiatique A l'aquarium Sealand of the Pacific, de Victoria, en Colombie-Britannique, une tentative de libération d'un jeune épaulard par un groupe de défense des droits des animaux a provoqué la mort du baleineau.Des groupes d'action directe tel que l'Animal Liberation Front ont revendiqué des attaques en Europe et en Amérique du Nord contre des magasins de fourrures, des laboratoires de recherche, des fermes d'élevage.Ces groupes tentent des coups d'éclat pour attirer l'attention des journalistes.La guerre pour les « droits » des animaux est d'abord médiatique.Le quotidien Le Soleil a reçu une pétition demandant l'abolition de la chronique de chasse et de pêche d'André-A.Bellemare.Selon le journaliste, plusieurs signataires provenaient du groupe Pro-Anima, de Neuilly-sur-Seine, en France.« Je crois qu'ils n'ont pas apprécié mes attaques contre les campagnes anti-chasse de l'actrice Brigitte Bardot », dit-il.La plus épique des batailles livrées par les amis des bêtes est sans contredit la campagne pour l'abolition de la chasse aux phoques à Terre-Neuve et aux Iles-de-la-Madeleine.Brigitte Bardot, Greenpeace, l'International Fund for Animal Welfare et des armées de journalistes se sont retrouvés sur les banquises pour filmer et photographier le « massacre ».Le sang giclait sur la fourrure blanche.Indignation du public, particulièrement en Europe.Des classes entières d'enfants écrivent à la Communauté économique européenne.L'importation de peaux de blanchons est interdite sur le Vieux Continent.« Les victimes de la campagne contre la chasse aux phoques n'étaient pas de grandes corporations, des pollueurs ou des développeurs, dit le journaliste Alan Herscovici, mais des gens qui vivent près de la nature : des pêcheurs indépendants de Terre-Neuve et des Inuit de l'Arctique pour qui cette activité constituait la principale source de revenus pour le financement de leur chasse de subsistance.» Les quotas canadiens alloués depuis 1972 aux chasseurs de phoques permettaient à la population de phoques de s'accroître. \ Société pour la II promotion do i la science et de f la technologie 14 AU 31 OCTOBRE 1993 Somma ï re VIE ET MORT DES NEURONES Par Anne-Marie Simard Si nous vivions assez vieux finirions-nous tous avec le Parkinson ou l'Alzheimer?Vertige.UN CONTINENT À EXPLORER Le cerveau humain n'est plus tout à fait une « boîte noire », comme on disait il n'y a pas si longtemps.Après des décennies de travail patient où l'on a décrit la machine, ses pièces et ses pannes, on commence à comprendre comment elle fonctionne, se développe, s'organise et, hélas, s'use.De quelques poignées qu'ils étaient autrefois, les explorateurs de ce continent dont nous avons tous un exemplaire dans la tête sont devenus des milliers.Plus nombreux que leurs prédécesseurs, ils sont surtout beaucoup mieux outillés.La biologie moléculaire et l'imagerie médicale, pour ne citer que ces deux techniques, ouvrent la voie à ce qu'on appelle déjà, en ce début de Décennie du cerveau, « la révolution des neurosciences».C'est cette aventure qu'évoque le Cahier thématique de la Quinzaine des sciences 1993.Joignez-vous à ce voyage merveilleux.Nous mettons le cap sur une nouvelle frontière.UN ORGANE NOMME «CERVEAU» Par Yanick Villedieu La machine la plus compliquée et la plus performante du monde, c'est notre cerveau.Présentation de 1400 grammes de matière gris-rose.LANGAGE: LE «OÙ» ET LE «COMMENT» Par André Roch Lecours Il y a plus d'un siècle qu'on a localisé, sur l'hémisphère gauche, les «aires du langage».Nécessaires.Mais pas suffisantes.PORTRAITS ÉCLAIRS Maryse Lassonde : La plasticité du cerveau Jacques Montplaisir: L'œil ouvert sur le sommeil Vincent Castellucci: La mémoire au neurone près _ _ Vincent Raymond: ¦ 3 Débusquer le gène de la schizophrénie Isabelle Peretz: Le cerveau musicien _ _ Yves Lamarre : * ' L'homme du mouvement Michel Bojanowski: Le magicien du scalpel Mircea Steriade: Quand le cerveau se coupe du monde Jean Gotman: La « neuro-informatique » LA NOUVELLE MÉDECINE DU CERVEAU Par Richard Fortin Le coffre à outils des médecins du cerveau est de moins en moins vide.Et même de plus en plus fourni.Un inventaire.QUELQUES LECTURES SUR LE CERVEAU La publication de ce cahier thématique sur le cerveau a été rendue possible grâce à la collaboration du ministère de l'Enseignement supérieur et de la Science.Gouvernement du Québec Ministère de l’Enseignement supérieur et de la Science Responsables du projet: André Lemelin et Patrick Beaudin Rédaction : Richard Fortin André Roch Lecours Anne Lecours Anne-Marie Simard Yanick Villedieu Édition et mise en pages : Les Communications Science-Impact Révision linguistique Solange Deschênes Conception graphique: Norman Dupuis Illustrations et page couverture : Stéphane Paquet Photographies des scientifiques: Ève-Lucie Bourque Paul Laliberté, p.21 Photogravure : Compélec Impression : Imprimerie Canada 2 par Yanick Villedieu Un organe nommé « cerveau » La machine la plus compliquée et la plus performante du monde est molle, vaguement gris-rose, affreusement ridée et divisée en deux moitiés pas tout à fait semblables.Produite à des milliards d'exemplaires tous différents les uns des autres, elle pèse en moyenne 1 400 grammes, l'équivalent de deux pains tranchés.Mais quels pains ! Cette machine, entre autres talents, perçoit, ressent, commande, analyse, se souvient, apprend, aime, imagine, crée, se répare et se modifie elle-même.Et cherche depuis toujours à se comprendre.C'est le cerveau humain.Une des merveilles du cerveau s'appelle « neurone», cellule à la fois extraordinaire et banale (croquis, page 4).Comme toutes les autres cellules de l'organisme, le neurone a un noyau contenant son bagage génétique.Il a un « milieu intérieur» dans lequel baigne une foule de bidules spécialisés en respiration, production d'énergie, fabrication de protéines, gestion de messages.Comme dans n'importe quelle cellule encore, le tout est recouvert d'une double épaisseur de graisse, la membrane, qui favorise ou bloque le va-et-vient biochimique entre l'intérieur et l'extérieur.La banalité s'arrête là.Le neurone est une merveille qui a le bras long.De son «corps cellulaire» jaillit un long prolongement appelé «axone», avec lequel il s'adonne à l'un de ses petits jeux préférés: Scissure de Rolando Lobe frontal Lobe pariétal Scissure de Sylvius Lobe temporal Lobe occipital titiller d'autres neurones.Il a aussi une imposante chevelure de «dendrites» pour son autre passe-temps: se faire titiller par ses semblables.Le point de contact entre deux neurones est une usine électrochimique appelée « synapse » (croquis, page 4).Un seul neurone peut avoir des milliers, voire des dizaines ou des centaines de milliers de ces « points de titillement» avec d'autres neurones.Inextricable ! Ou carrément inimaginable: les 3 000 neurones d'un petit noyau du tronc cérébral, le locus cœruleus, sont en contact avec au moins 30 milliards de leurs confrères.Frénétique ! La crème du cerveau, c'est le cortex -littéralement, son « écorce » - une couche de quelques millimètres d'épaisseur qui l'enveloppe complètement (croquis, page 6).Comme une peau trop grande fait des plis et replis, le cortex a une surface telle que, pour entrer dans la boîte crânienne, il doit se plier et se replier sur lui-même.Il pénètre parfois presque jusqu'au centre du cerveau.Il couvre aussi toute la Cerveau humain vu de côté (hémisphère gauche).Chaque hémisphère est divisé en lobes.Deux sillons très profonds, les scissures de Rolando et de Sylvius, délimitent certains de ces lobes.De nombreux sillons moins profonds parcourent la surface du cerveau et délimitent des circonvolutions.Plusieurs régions de la surface du cerveau sont spécialisées dans les tâches de perception (vision, audition, sensibilité corporelle) ou d'exécution (motricité).D'autres se consacrent surtout à faire des associations ou de la coordination.0 IQ SU 3 (U 3 Bibliothèque et Archives nationales Québec I 7^ I *7 Québec science Page(s) manquante(s) ou non-numérisée(s) Veuillez vous informer auprès du personnel de BAnQ en utilisant le formulaire de référence à distance, qui se trouve en ligne : https://www.banq.qc.ca/formulaires/formulaire reference/index.html ou par téléphone 1-800-363-9028 Scissure interhémisphérique Cortex Lobe occipital gauche Lobe frontal gauche Lobe frontal droit Corps calleux Cavités ventriculaires Noyaux gris centraux Thalamus Lobe occipital droit Cerveau en coupe horizontale (à plat).Un sillon très profond, la scissure interhémisphérique, sépare les hémisphères droit et gauche.Le cortex tapisse toute la surface du cerveau, y compris, profondément, l'intérieur des sillons et scissures.Au centre du cerveau se trouvent des noyaux très importants fonctionnellement, entre autres les noyaux gris et le thalamus.¦¦¦¦¦¦¦¦¦pi Quand il vient au monde, le bébé humain a déjà - et depuis plusieurs mois - tous ses neurones dans la tête ! Ce prodigieux bagage d'une centaine de milliards de cellules, il se l'est fait en quelques semaines.Il faut dire que l'embryon ne chôme pas : à certains moments de la grossesse, il fabrique 250 000 neurones à la minute.Il faut dire aussi qu'il fait bien de se constituer des réserves : après la naissance, aucun nouveau neurone ne sera plus jamais fabriqué.Pourtant, le cerveau n’est pas « fini » à la naissance.Il ne pèse que 300 grammes chez le nouveau-né, contre 1 400 chez l'adulte.Pendant des années, les neurones vont prendre du poil de la bête.Leurs axones vont croître et s'envelopper d'une gaine isolante de myéline.Les dendrites vont se multiplier.Les synapses bourgeonner.Des cellules autres que les neurones, qui jouent un rôle de structure, vont se multiplier elles aussi.Cette croissance durera près de 15 ans.Deux jumeaux identiques ont-ils des cerveaux identiques ?Certainement pas.Même si les grandes lignes du plan de développement du cerveau sont sous contrôle génétique (ce qui garantit l'unité de l'espèce), le hasard des expériences et du « vécu » de chaque individu façonne la machine qu'il a entre les oreilles.Quelques synapses par ci, quelques circuits par là.chaque cerveau est unique.Comme est unique chaque arbre de la forêt.les choses dans leur globalité avec son hémisphère droit.Deux hémisphères valent donc mieux qu'un, même pour des fonctions aussi « latéralisées » en apparence que le langage! Un ordinateur, le cerveau ?Difficile à soutenir.Ses performances sont tout simplement étourdissantes.Avec ses 100 milliards de neurones et ses dizaines de milliers de milliards de synapses, il dépasse encore de loin la capacité de mémoire des monstres de l'informatique.Les superordinateurs calculent l'écoulement du vent sur une aile d'avion et le temps qu'il fera après-demain.Mais savent-ils la beauté du cri de l'engoulevent dans une soirée tiède de printemps?Notre cerveau, oui.¦ 6 par André Roch Lecours* 'intérêt de l'être humain pour son langage ne date pas d'hier.À maints égards, les chercheurs d'aujourd'hui reprennent et poursuivent les réflexions de leurs prédécesseurs, médecins et philosophes surtout.Si les Égyptiens savaient qu'une lésion cérébrale peut causer une perte de la parole, les Européens du XVIIIe siècle, quatre millénaires plus tard, concevaient le cerveau comme un organe homogène ayant pour unique fonction de distribuer au reste du corps l'«énergie vitale», canalisée par les nerfs.C'était l'époque de la doctrine vitaliste.* André Roch Lecours dirige le Centre de recherche du centre hospitalier Côte-des-Neiges, à Montréal, et il est professeur à l'Université de Montréal.Il a rédigé son texte avec la collaboration d'Anne Lecours.Langage; Le ««où» et le ««comment» Franz Joseph Gall, né en Allemagne en 1758, fut le premier à vraiment contrer le dogme.Les enseignements qu'il fit à Vienne, où il avait reçu son diplôme de médecine, eurent un effet tel qu'il trouva plus prudent de déguerpir pour Paris.Il s'opposait à la notion d'un cerveau homogène « siège de l'âme » - ce qui lui avait valu d'être excommunié.Il professait plutôt que les comportements humains étaient liés à l'exercice d'une trentaine de facultés morales et intellectuelles, par exemple le courage, l'amour parental, le sens de la propriété, l'humour, la sagesse, et aussi la mémoire verbale.Selon Gall, chacune de ces facultés relevait d'un «organe» différent du cerveau, dont la taille déterminait l'efficacité.La mémoire du langage était par exemple située au-dessus des orbites, ce qui donnait des yeux exorbités aux personnes les plus douées en ce domaine.Gall se croyait capable, en palpant les bosses du crâne, de déterminer le profil intellectuel et moral de chaque individu : la phrénologie, ou étude du caractère à partir de la forme du crâne, était née.Pour ou contre la spécialisation fonctionnelle des différentes régions du manteau cérébral ?Les idées de Gall divisèrent longtemps le monde médical.Plus tard, ses partisans oublièrent les bosses du crâne ; mais ils se mirent à décrire les effets des maladies du langage et, à l'autopsie, à localiser les lésions cérébrales qui en étaient responsables.En 1836, Marc Dax, médecin de village en Provence, écrit que les maladies du langage sont causées par des lésions de l'hémisphère gauche.En 1865, Paul Broca, fondateur de l'anthropologie française, confirme le fait et précise que le siège de la fonction du langage articulé est très précisément dans la moitié postérieure de la troisième circonvolution frontale gauche.Comme il l'a prédit quatre ans auparavant, une phrénologie des circonvolutions du cerveau va remplacer celle des bosses.Et les maladies du langage, les «alalies» d'antan, vont devenir des « aphasies ».Parallèlement à la phrénologie de Gall, Jacques Lordat, né en 1773 et très fervent vitaliste, avait transmis à la Faculté de Montpellier des enseignements d'une toute autre nature.Plusieurs de ses cours de « physiologie » portaient sur les « actes mentaux » successifs permettant au cerveau de partager sa pensée par le truchement du langage.Selon Lordat, le premier acte mental était la circonscription de la pensée à transmettre.Le second, la division de celle-ci en idées élémentaires.Après ces actes prélangagiers, les troisième et quatrième actes permettaient de se remémorer Sillon prérolandique Aire de Broca Scissure de Rolando Lobule pariétal inférieur Lobe frontal Scissure de Sylvius Lobe occipital Aire de Wernicke Sillon temporal supérieur Les aires du langage.Paul Broca et Karl Wernicke, pionniers de l'étude du langage du XIXe siècle, ont donné leurs noms à deux des aires du langage ; une troisième aire occupe une partie du lobe pariétal.Elles sont situées sur l'hémisphère gauche et chacune est spécialisée dans un type de tâches langagières.Mais la fonction langage, hautement complexe, n'est pas confinée à ces trois aires « classiques ».les sons afin d'incarner les idées, puis d'ordonner les sons suivant une convention syntaxique.Ces quatre étapes franchies, d'autres mémoires spécialisées entraient en jeu afin que se réalise la parole, la «loquèle».À partir de ce modèle cognitif, Lordat faisait des prédic- Il y a plus d'un siècle qu'on a localisé, sur l'hémisphère gauche, les «aires du langage ».Nécessaires.Mais pas suffisantes.tions vérifiables par l'observation clinique.Il expliquait par exemple que le typhus pouvait spé-cifiquement perturber le premier de ces actes et causer une incohérence du discours.Si une émotion soudaine entravait momentanément le deuxième acte, l'individu ne pouvait pas terminer ses phrases et restait bouche bée.Dans l'« alalie par amnésie verbale », maladie du troisième acte, le drame était double; il y avait trouble à la fois de l'expression et de la compréhension langagières - et Lordat parlait d'expérience car il avait lui-même été victime d'aphasie au moment de la «culmination de sa force vitale».Quant aux maladies des actes ultérieurs au quatrième, elles perturbaient la mémoire des mouvements de la parole, invalidant du fait même l'expression du langage, pourtant intact intérieurement.Dans une large mesure, Franz Joseph Gall et Jacques Lordat sont à l'origine des deux courants toujours actuels parmi les scientifiques s'intéressant aux relations cerveau-langage.Il y a les chercheurs du «où» (Gall) et ceux du «comment» (Lordat).Mais que sait-on de plus, aujourd'hui, sur cette puissante alchimie ?C'est en établissant des corrélations entre les sites des lésions et les manifestations des maladies du langage que les médecins du tournant du siècle ont défini la «zone du langage».En prenant la précaution de qualifier cette conception de « classique », on enseigne encore, dans toutes les universités du monde, que cette zone est située pour l'essentiel dans l'hémisphère gauche (croquis).On précise aussi qu'elle est constituée de trois régions particulières du cortex.L'une, dite «aire de Broca », est exécutive ; sise dans la moitié postérieure de la troisième circonvolution frontale, elle est dépositaire des programmes d'action permettant d'agencer les mots en phrases et de commander leur articulation.Une autre, dite «aire de Wernicke », est située dans la moitié postérieure de la première circonvolution temporale, un peu au-dessus de l'oreille; c'est là que le cerveau emmagasine la forme auditive des mots qu'il entend.La troisième aire se trouve aux confins fonctionnels des deux autres, dans la portion du lobe pariétal située sous la partie arrière basse de la tempe ; elle régit les fi lii i ¦. appariements arbitraires conventionnellement établis entre les sons de la langue et le savoir engendré par l'expérience socioculturelle de chacun, et peut donc élaborer un discours sensé.Ainsi, l'individu qui entend le mot « pomme » n'évoque certes pas consciemment toutes ses expériences ayant trait aux pommes (leur odeur, leur goût, leur couleur, celles qu'il préfère, le cidre, les tartes de sa grand-mère, la personne qu'il a surnommée «Pomme»).Mais ses confins pariétaux lui permettent de comprendre le sens de ce mot dans le contexte où il l'entend - ou d'en guider la production dans le sens qu'il souhaite lui donner dans sa propre parole.Que se passe-t-il si la zone du langage est abîmée à l'âge adulte?En cas de lésion limitée (ou à peu près) à l'aire de Broca, c'est surtout l'expression qui est entravée.La parole devient laborieuse, maladroite.La mémoire de la forme parlée des mots, surtout celle des moins familiers, est plus ou moins défectueuse; elle est parfois tout à fait détruite.L'énoncé (s'il peut encore se faire) et sa mélodie restent sensés; mais les mots manquent et l'articulation est habituellement affectée.Si une lésion détruit l'aire de Wernicke, le malade ne comprend plus le langage.Sa parole reste fluide puisque son aire de Broca est intacte, mais celle-ci est privée de ses interactions avec sa contrepartie d'origine auditive.Le discours devient jargon.Les conventions d'agencement des sons et des mots sont respectées, mais le sens s'échappe : « Tous les jours, elle venait à Paris pour paie dans les cossigues, parce qu'elle prenait, pour.aussi pour entrer, le.le palais.le palais normal bien entendu, le namuture, la tocteure et Tambetière [.] pour qu'elle sache à bien s'inscrumer, à bien s'incarner [.] Et c'est là que je suis morte, là, cette année.» Il arrive qu'on pense, à tort bien entendu, que le malade est devenu fou.Si, enfin, une lésion se limite ou presque à la troisième région, les liens entre la forme des mots et leur sens sont brisés.J Même si l'intégrité de ses aires de | Wernicke et de Broca lui permet encore f en d'émettre des mots conventionnels et des ” < phrases bien faites, le malade ne peut plus communiquer sa pensée ni comprendre celle des autres.Les mots qu'il utilise existent, ils ne sont pas inventés.La structure de ses phrases est correcte.Mais son discours est insensé: «On s'est surtout occupé de la partie intérieure et on s'est aperçu que, partout ailleurs, ils ont mis de petits colporteurs et ils ont pu, avec [.] un manteau colporté de la meilleure poudre, [.] former de suprêmes jugements» (opinion d'un Lrançais à propos de la récente élection d'un président américain).Bref, Lordat avait sans doute raison d'enseigner que la pensée n'est pas le langage et vice-versa.Dans certains cas d'aphasie, les lésions sont telles que les procédures de sélection et de combinai- Toutes les langues ne font pas exactement appel aux mêmes habiletés de la « machine à parler» : les cerveaux jeunes, plus « souples », apprennent plus facilement les langues étrangères.sons des sons et des mots sont anarchiques, mais la pensée intacte.C'est ainsi qu'une personne atteinte d'une aphasie de Wernicke, parlant un jargon incompréhensible, peut jouer aux échecs, et gagner.Et l'aphasique de Broca n'est ni plus ni moins «intelligent» pendant son aphasie qu'avant.Il arrive en revanche qu'on se demande si le malade a encore toute sa tête en cas de grandes lésions des confins pariétaux.Il n'est pas inexact d'enseigner que la zone du langage est faite de l'aire de Broca, de l'aire de Wernicke, d'une portion du cortex pariétal et des prolongements de leurs cellules qui relient ces régions entre elles.L'enseignement devient cependant plus exact si l'on ajoute que d'autres structures, situées en profondeur du cerveau, participent aussi à l'esprit et au dialogue - le thalamus, par exemple, utile à l'écoute, ou les « noyaux gris », utiles à l'exécution du langage.9 Brigitte Ostiguy Reste la dimension du temps.La notion de tabula rasa est dépassée.Notre programme génétique prévoit le potentiel de la gauche et de la droite de notre cerveau, de sa moitié avant et de sa moitié arrière, et, dans une certaine mesure, de leurs sous-composantes respectives.Mais pour que cela s'actualise, il faut du temps, y inclus du temps après la naissance.Une lésion de l'aire de Wernicke n'aura pas les mêmes conséquences sur une personne de 4, 16, 50 ou 80 ans.La première arrêtera de parler, mais sa compréhension ne sera en général pas atteinte.La seconde n'aura pas non plus de trouble de compréhension, mais son discours sera jonché d'erreurs sur les sons (un «agent de police» deviendra aisément un «aplagent de plotice »).Les deux autres auront des troubles de compréhension : la moins âgée jargonnera dans le genre « ambetière » illustré antérieurement, alors qu'il ne restera à la plus vieille que les procédures conventionnelles régissant la liaison des sons: «Ah I Outépé cheré redré chéri bi bi dicheré dibliton baleré di tilodon tèlé-dandré.» En Occident, et sans doute ailleurs aussi, l'aphasie des droitiers est presque toujours le fait d'une lésion de l'hémisphère gauche.Celle des gauchers aussi, dans plus de 50 % des cas.On ne peut pour autant affirmer que cet hémisphère gouverne à lui seul le langage.De fait, il ne le gouverne que dans la mesure où sa manière particulière de traiter l'information, la manière numérique, le mène à en considérer chaque composante l'une après l'autre.Les procédures de la parole (la phonétique, la phonologie, la morphologie, la syntaxe) sont des systèmes de règles qui permettent de combiner, dans l'arbitraire, des entités sensorielles abstraites progres- sivement plus complexes et se succédant dans le temps.De par son programme génétique et pour le modèle standard, notre «ordinateur de gauche» est prévu pour ce genre d'activité.L'hémisphère droit, lui, est par nature globaliste, holistique.Il traite l'information dans son ensemble plutôt que séquentiellement.S'il est lésé, il en résulte parfois des comportements langagiers soulevant la perplexité.On ne parle cependant pas d'aphasie.On se demande par exemple si la mélodie du discours est adaptée au propos.Tout cela est très subtil et fait actuellement l'objet de recherches et de controverses passionnées.Mais revenons à la dimension temps.Chacun commence sa vie en milieu aquatique, intra-utérin.Si les deux géniteurs sont à peu près bien aimés et si la mère est bien nourrie, le rôle du reste de la société est sans doute minimal à ce moment-là.Puis chacun naît.Le programme génétique commun à l'espèce doit dorénavant se façonner dans un environnement donné.Et là, les différences peuvent être grandes.À la suite d'une étude effectuée dans des sociétés où l'analphabétisme est encore fréquent, il a par exemple été montré -chez des sujets ne souffrant pas de malnutrition - que le programme génétique menant à la spécialisation du cerveau gauche pour le langage s'actualise davantage parmi ceux qui ont le privilège de la scolarisation que parmi ceux qui ne l'ont pas.Il s'agit d'un bon exemple des interactions entre le cerveau et l'environnement socio-économique.Il y a aussi, bien sûr, les facteurs socioculturels.Si le cerveau standard est partout le même, les informations qu'il reçoit Les droitiers parlent presque tous avec leur cerveau gauche.La moitié des gauchers aussi.w ¦ 10 varient d'une société à l'autre.Ainsi, les langues parlées peuvent procéder de principes d'organisation fort différents.Le cerveau chinois doit maîtriser des jeux de tonalité qui n'ont aucune pertinence pour le cerveau français.En revanche, ce dernier doit maîtriser des règles de préfixation et de suffixation qui n'en ont à peu près aucune pour le cerveau chinois.Il en va de même des systèmes d'écriture.Celui qu'on pratique en Chine exige du cerveau le stockage de quelques milliers de logogrammes référant directement au sens des mots.Pour apprendre à lire à voix haute, le cerveau espagnol n'a besoin pour sa part que d'un système très régulier de conversion des lettres en sons.On comprend dès lors que des lésions cérébrales comparables puissent avoir des effets différents sur les comportements langagiers d'individus de cultures différentes.Si par exemple une lésion brise spécifiquement le gadget qui permet la conversion des lettres en sons dans le cerveau, le résultat pourra être dramatique chez l'hispanisant - et n'avoir aucune expression clinique chez le Chinois.En 1993, les chercheurs du «où» ont souvent recours aux spectaculaires techniques de l'imagerie cérébrale.Il en existe deux types principaux, l'un statique et l'autre dynamique.Dans sa forme actuellement la plus parfaite, le premier est représenté par la résonance magnétique nucléaire, technique permettant de voir l'anatomie du cerveau de façon presque aussi précise qu'à l'autopsie.Le second type est représenté par diverses techniques permettant l'observation de l'activité cérébrale (du métabolisme), par exemple au moment où le sujet, malade ou en bonne santé, effectue tel ou tel exercice cognitif.Le cerveau a-t-il un sexe ?La nature a-t-elle donné le même cerveau aux hommes et aux femmes ?Les différences de fonctionnement observées (car il y a de légères différences) ne sont-elles dues au contraire qu'à la culture?La réponse semble bien être dans la biologie aussi.Bien sûr, l'éducation et le milieu ambiant « fabriquent » des filles d'un côté, des garçons de l'autre.Mais, pour ne citer que ce facteur, l'environnement hormonal dans lequel leurs cerveaux se développent n'est pas étranger à la façon dont ils exécutent leurs tâches quotidiennes.Côté «comment», on élabore, par référence aux comportements langagiers normaux, des architectures fonctionnelles de plus en plus sophistiquées.On en confirme ou infirme les postulats par l'observation, entre autres, de divers aspects des maladies du langage.Face à un malade lisant «vert» pour «bleu», «moineau» pour « pinson », « vin » pour « bouteille », on peut postuler que l'accès à la forme visuelle des mots et l'accès à leur sens sont le fait de procédures mentales autonomes.Cette conclusion ne se fonde en aucune manière sur un savoir biologique.Il y a aussi bien sûr le «comment» physiologique mais, pour ce qui est du langage, il demeure encore à peu de choses près inaccessible.Cette double approche du langage et de ses maladies, l'une procédant des sciences neurologiques et l'autre des sciences cognitives, peut paraître dualiste, et elle l'est dans une certaine mesure.Mais on sait que l'esprit se brise quand le cerveau est malade, et qu'il n'est plus quand le cerveau est mort.Et si l'on songe à ce qui se passera dans quelques années, décen- Mais est-il bien vrai que les hommes parlent surtout avec leur hémisphère dit « dominant » (le gauche en général), alors que les femmes utilisent davantage leurs deux hémisphères ?Ou que le cerveau masculin n'organise pas l'espace de la même façon que son collègue féminin ?Ou que les préférences sexuelles sont déterminées par des différences anatomiques entre le cerveau des unes et celui des autres ?Avant de pouvoir répondre définitivement, les chercheuses et les chercheurs devront sans doute cent fois sur le métier remettre leurs neurones.Y.V.nies ou siècles, quand les techniques d'imagerie cérébrale dynamique auront été perfectionnées au point de permettre de regarder la vie cérébrale dans son intimité, on peut - si l'on est de nature optimiste -prédire que les modèles des sciences cognitives guideront la recherche biologique, parce qu'ils permettront de distinguer l'important de l'inconséquent.Plutôt que de se restreindre à la notion de localisation lésionnelle, on s'intéressera sans doute davantage aux comportements résiduels et aux reprogrammations que ces lésions supposent de la part des structures cérébrales non affectées.On voudra sans doute également mieux exploiter les ressemblances et les différences entre certaines formes d'aphasie et certains discours psychotiques.Pour ces derniers, on voudra aussi observer le fonctionnement de régions cérébrales déjà identifiées comme essentielles à la production du langage.On regardera parler le cerveau dyslexique, le cerveau polyglotte, le cerveau ému.Il reste, grâce aux dieux, du pain sur la planche! ¦ IVIaryse Lassonde La plas-ticité du C'est un grand médiateur; grâce À LUI, LES DEUX HÉMISPHÈRES DU CERVEAU SE « PARLENT».LUI, C'EST LE CORPS CALLEUX, UN « CÂBLE » LONG DE SEPT CENTIMÈTRES ET ÉPAIS DE DEUX, TRAVERSÉ PAR PLUS DE 200 MILLIONS DE FIBRES NERVEUSES ET SITUÉ ENTRE LES DEUX HÉMISPHÈRES.Sans corps calleux, la vie quotidienne serait semée d'embûches : « Vous lavez la vaisselle, explique Maryse Lassonde, chercheure en neuropsychologie à l'Université de Montréal.Sous la mousse, votre main gauche palpe une tasse.L'information tactile se rend dans votre hémisphère droit, qui en prend connaissance.Mais, si votre corps calleux est sectionné, le message tactile ne se rendra jamais dans l'hémisphère gauche, celui du langage.» Résultat: impossible de nommer l'objet.Pourtant, certaines personnes naissent sans corps calleux et.fonctionnent normalement.L'agénésie calleuse, du nom de cette maladie, constitue encore un mystère.Mais ce mystère, Maryse Lassonde a commencé à le percer en étudiant un enfant épileptique qui venait de subir une section du corps calleux pour éviter la transmission de la décharge électrique d'un hémisphère à l'autre.« Avant 1 0 ou 12 ans, les structures cérébrales ne sont pas encore établies définitivement, explique-t-elle.Il est alors facile pour les circuits électriques de se réorganiser pour que l'information circule sans passer par le corps calleux.» C'est cette plasticité qui fascine la neuropsychologue.Et pour cause : « Si nous arrivons à tirer avantage de cette souplesse, nous réussirons peut-être à rétablir en partie les fonctions cérébrales de certains patients opérés au cerveau.» Comme le font les physiothérapeutes pour un banal mal de dos ! A.M.S.Jacques IVIon-tpIaisir : L'œil ouvert sut e IL Y A DÉJÀ PLUS DE QUINZE ANS QUE LE DR Jacques Montplaisir en pince pour Morphèe.Morphée n'est pourtant PAS TRÈS BON POUR LUI PUISQUE DEPUIS QU'IL A PRIS LA DIRECTION DU CENTRE D'ÉTUDE DU SOMMEIL DE L'HÔPITAL SACRÉ-CŒUR DE Montréal, en 1977, il veille quand les AUTRES DORMENT.Véritable chercheur dans l'âme, le Dr Montplaisir est aussi directeur de la recherche au Département de psychiatrie de l'Université de Montréal et coordonnateur scientifique du Centre Fernand-Seguin, à l'hôpital Louis-H.-Lafontaine.Il a étudié, entre autres, au California Institute of Technology et au département de psychiatrie et de sciences comportementales de l'Université Stanford.Il collectionne médailles, prix et bourses comme d'autres les papillons.Son Centre d'étude du sommeil jouit d'une réputation qui dépasse largement nos frontières.Les troubles du sommeil constituent un domaine fascinant et inépuisable.Qu'on en juge : le Dr Montplaisir s'intéresse entre j - autres à la narcolepsie (étude génétique en collaboration avec l'Université j Stanford), au traitement du somnambu-1 lisme, au bruxisme (grincements de : dents au cours du sommeil), au syn-S drame des impatiences musculaires del Vincent Castellucci La mémoire au neurone près L'APLYSIE EST UN GROS ESCARGOT DE MER QUI, MÊME S'IL EST TOTALEMENT DÉNUÉ DE QUALITÉS MORALES, EST UN MODÈLE POUR LE DR VINCENT CaSTELLUCCI, CHERCHEUR À L'INSTITUT DE RECHERCHES CLINIQUES DE MONTRÉAL.LUI ET SES COLLABORATEURS VOUENT UN CULTE À CE MOLLUSQUE DONT LE CERVEAU FONCTIONNE SELON LES MÊMES PRINCIPES QUE LE CERVEAU HUMAIN, À UNE ÉCHELLE TRÈS RÉDUITE NATURELLEMENT.Constitué de 10 000 neurones bien gros, robustes, manipu-lables, idéaux pour l'expérimentateur, le cerveau de l'aplysie peut lui aussi apprendre, sentir, oublier.Cela se traduit par des modifications électrophysiques, biochimiques et moléculaires, surtout au niveau de la membrane synaptique où s'effectue le transfert de l'information d'un neurone à un autre.Ces transformations induites par l'appren- tissage sont complexes et très similaires aux changements qui affectent le neurone humain dans des conditions semblables.Le cerveau de l'aplysie est donc un modèle simple qui rend compte de phénomènes complexes.La méthode du Dr Castellucci consiste à trouver un réflexe modifiable par l'apprentissage, à identifier les neurones qui le régissent, puis à trouver dans ce réseau de neurones les sites où ont lieu les changements physiologiques qui accompagnent l'apprentissage et la mémoire.Il reste à analyser les mécanismes de ces changements en utilisant des techniques électrophysiologiques, biochimiques, pharmacologiques et de biologie moléculaire au niveau de la cellule.Le but de l'exercice est fascinant : comprendre la merveilleuse « plasticité » du cerveau humain, sa capacité à se remodeler sans cesse, à apprendre de la naissance à la mort.R.F. T,= il rts |} sommeil l'éveil.Un de ses projets de recherche les plus intéressants concerne la maladie d'Alzheimer: le-ralentissement de l'électroencé-phalogramme pendant le sommeil paradoxal pourrait être le marqueur le plus (¦ précoce de cette terrible maladie.Le rta ^ I Centre de recherche du Dr Mont-llMSlII plaisir effectue également une étude „ épidémiologique de la prevalence des .troubles du sommeil chez les enfants ausfisr : à l'école primaire.jlaiiesol K R.F.smrrsi Vincent: Raymond Débusquer le gène de la schizophri AU TÉLÉPHONE, IL PARLE SANS REPRENDRE SON SOUFFLE.Le Dr VINCENT RA YMOND EST SUR-VOLTÉ ET IL Y A DE QUOI I IL PARTICIPE À UN AMBITIEUX PROJET INTERNATIONAL QUI VA, COMME IL DIT, « RÉVOLUTIONNER LA MÉDECINE COMME LE MICROSCOPE ET L'ANTIBIOTIQUE L'ONT FAIT ».Partout dans le monde, des groupes de recherche ont entrepris un véritable SPRINT POUR ÉTABLIR LA SÉQUENCE DES 100 000 GÈNES HUMAINS ET, DU MÊME COUP, LOCALISER LES GÈNES DE PLUS DE 3 000 MALADIES HÉRÉDITAIRES CONNUES.À Québec, au Centre de recherche Université Laval Robert-Giffard, ce sont les gènes responsables de la schizophrénie et de la psychose maniaco-dépressive (PMD) que tentent de débusquer le Dr Raymond et son équipe.Pour y arriver, ils étudient de grandes familles où la maladie est transmise de génération en génération.À l'aide de prélèvements sanguins, ils examinent le bagage génétique d'un individu, puis tentent d'identifier les gènes transmis chez les descendants atteints.Un travail de longue haleine.Mais l'enthousiasme de Vincent Raymond, qui vient d'être recruté par le Centre hospitalier de l’Université Laval, ne fléchit pas : « Le projet de cartographie avance plus vite que prévu.Nous pourrions localiser puis isoler les gènes de susceptibilité de la schizophrénie et ceux de la PMD d'ici 10 à 1 5 ans.» Saurons-nous alors guérir ces maladies ?Vincent Raymond en doute : « Nous pourrons poser des diagnostics beaucoup plus précis à l'aide de marqueurs génétiques.Nous pourrons mieux utiliser les médicaments connus.Guérir, peut-être, contrôler.probablement ! La PMD n'est qu'une exagération des cycles émotionnels normaux et la schizophrénie est intimement liée à l'imagination.En tentant d'éliminer ces maladies, nous risquerions d’affecter la personnalité du patient.» A.M.5.0.' fï ipif il* !.f cerveau musicien « Love love me do.» Même si C, UNE INFIRMIÈRE DE 38 ANS, A ENTENDU MILLE FOIS LA RENGAINE DES BEATLES, AUJOURD'HUI LE CÉLÉBRÉ REFRAIN NE LUI DIT PLUS RIEN.À CAUSE D'UN ACCIDENT VASCULAIRE DANS LES LOBES TEMPORAUX, ELLE A PERDU LA CAPACITÉ DE RECONNAÎTRE UNE MÉLODIE ET EN MÊME TEMPS.L'INTÉRÊT POUR LA MUSIQUE.LES CLASSIQUES DU ROCK OU DU BAROQUE NE LUI PROCURENT PLUS AUCUNE ÉMOTION.Un CAS FASCINANT POUR ISABELLE PERETZ, PROFES-SEURE AU DÉPARTEMENT DE PSYCHOLOGIE DE l'Université de Montréal, qui tente de COMPRENDRE COMMENT LA MUSIQUE EST PERÇUE PAR LE CERVEAU.C., dont ni le langage ni la mémoire n'ont été affectés, saisit encore les variations de rythme.Et Isabelle Peretz n'en est pas vraiment étonnée : selon elle, le cerveau sépare les composantes de la musique (rythme, mélodie, tonalité.) avant de les analyser.Afin d'identifier les parties du cerveau qui déchiffrent la musique, elle soumet des sujets normaux et des « cérébro-lésés » à une batterie de tests.« Au gré de mes expérimentations, confie la chercheure d'origine belge, j'ai été étonnée de constater le savoir des non-musiciens.Sans s'en douter, ils connaissent les règles tonales et réussissent des choses époustouflantes.» Avons-nous tous une collection de syntaxes musicales imprimée dans la mémoire?Pour Isabelle Peretz, le mystère sera un jour éclairci : « Nous assistons à une véritable explosion en psychologie de la musique.Dans quelques années, nous aurons beaucoup plus de réponses.» Saurons-nous enfin comment et pourquoi le merengue égaye, alors que le blues rend mélancolique ?A.M.S.13 Méwm *?!•.-— HS i'^#f r^‘ tk&i&ft:, -'.: L.MM -• ¦ r> '.3^^ : ^ " par Anne-Marie Simard 1__________! « alai, valise, citron, fenêtre, pigeon, carotte, rivière», articule lentement Arlette Poissant, du Centre de recherche Côte-des-Neiges, à Montréal.En face d'elle, une septuagénaire svelte et bien mise plisse les yeux et tente de répéter la séquence: «Carotte, rivière.Carotte, rivière.Mon Dieu ! J'aurais dû commencer par le début.Je les ai tous oubliés ! » « mort neurones L'élégante dame a bien réussi la plupart des épreuves de ce test cognitif, mais.elle a la mémoire qui flanche.Question d'âge: comme la peau qui ride, le cerveau subit la marque inexorable du temps.Et ça commence tôt: selon les spécialistes, les performances cognitives sont sur le déclin à partir de.30 ans.En plus des pannes de mémoire, la rapidité du raisonnement diminue, la faculté d'apprentissage s'amoindrit et la vision en trois dimensions perd en acuité.Puis c'est la capacité d'abstraction qui commence à avoir des ratés.Les régions du cerveau qui régissent le mouvement subissent aussi l'outrage des années; le corps se raidit et contraint son « occupant » à se déplacer avec prudence.Des changements peuvent également affecter le langage, mais cette faculté est souvent épargnée par le vieillissement.«C'est peut-être parce que nous ne cessons jamais d'utiliser la parole », dit le Dr Serge Gauthier, directeur du Centre McGill pour études sur le vieillissement.Mais que se passe-t-il dans la boîte crânienne pour provoquer un tel déclin ?Le changement le plus frappant, c'est la réduction de la masse du cerveau.D'un poids moyen de 1,4 kilogramme, le noble organe peut perdre jusqu'à 20 % de sa 2 masse entre 20 et 90 ans.Les photos des o f livres de médecine coupent le souffle: la % t coupe transversale d'un cerveau âgé ci 1 5 montre de grands trous en plein centre, comme si les ventricules où circule le liquide céphalo-rachidien s'étaient démesurément élargis.En fait, ce sont les tissus alentour qui se sont atrophiés.En périphérie, de grandes cavités séparent maintenant les circonvolutions du cortex.Où se sont envolés les tissus manquants?Ce sont surtout les neurones qui disparaissent, foudroyés les uns après les autres.Mais l'hécatombe, qui commence dès les premiers jours de la vie, attaque plus durement certaines régions du cerveau.Deux petites structures, la « substance noire » et le focus cœruleus, responsables respectivement de la spontanéité du mouvement et des cycles éveil-sommeil, sont particulièrement atteintes.Le système limbique, qui joue un rôle majeur dans l'apprentissage, la mémoire et les émotions, peut aussi devenir zone sinistrée : dans cette région, un neurone sur cinq aura disparu avant que le sujet n'atteigne 90 ans.Finissent aussi sur l'échafaud des cellules particulièrement importantes du cortex, les cellules pyramidales.Passé au scalpel et au microscope, le cerveau âgé livre d'autres secrets : les dendrites, les « branches » des neurones qui permettent la réception de l'influx nerveux, s'atrophient.L'effet est observé surtout dans l'hippocampe et dans le cortex.Puis, Une mémoire à l'intérieur même des neurones, le cytoplasme devient parsemé de granules contenant un pigment nommé «lipofuscine».Ces granules sont les débris du métabolisme de la cellule.Des paquets de filaments hélicoïdaux de protéines, les 1 f vffî.s "-ë- y- :Î11 La vieillesse, dit-on, est un retour en enfance.Lorsque l'enfant naît, son cen/eau n'est qu'un amas désorganisé de neurones, une forêt vierge.Avec l'apprentissage, d'imposants réseaux routiers se dessinent peu à peu dans les lobes cérébraux.Mais, avec les années, les chemins deviennent cabossés et envahis par la végétation.Ce sont les zones affectées aux tâches plus sophistiquées qui sont d'abord atteintes.L'hypothalamus, qui régularise la température du corps, «vieillit» peu.« Il est situé en plein centre du cerveau, explique le Dr Serge Gauthier, une zone hautement protégée et très résistante aux dégénérescences de l'âge.Les vaisseaux sanguins y sont présents en double et même en triple pour contrecarrer les failles.Il le faut: si cette partie du cerveau flanche, c'est la fin ! » Le vieillissement n'est pas la chose la mieux partagée du monde : le peintre Pablo Picasso est mort en pleine jeunesse de l'esprit et du corps, à 92 ans ! «dégénérescences neurofibrillaires», envahissent également le cytoplasme des neurones.Entre les neurones, d'indésirables masses sphériques de protéines, les « plaques séniles », apparaissent ici et là.Pour couronner le tout, certaines cellules gliales - le tissu de support des neurones - commencent à se multiplier et à croître sans raison.Résultat : elles embroussaillent les neurones et nuisent à la bonne circulation de l'influx nerveux.En observant les changements qui affectent le cerveau, les chercheurs aboutissent toujours à la même question : quelle est la cause fondamentale du vieillissement?On pointe du doigt les radicaux libres, c'est-à-dire les déchets rejetés par la cellule lorsqu'elle respire.Ces molécules extrêmement réactives peuvent percer la membrane des neurones, qui finissent par éclater et mourir.Certaines enzymes ont pour tâche de les neutraliser, mais elles deviennent moins efficaces avec l'âge.« Le système enzymatique est comme un papier buvard; lorsqu'il s'imbibe trop, il ne peut plus absorber les radicaux libres », dit le Dr Gauthier.Mais n'y a-t-il pas derrière tout ça un chef d'orchestre pour diriger le dernier mouvement jusqu'à la note finale?On pourrait le croire : on vient de démontrer qu'un «gène de la mort» prédétermine le nombre de divisions que des cellules de la peau peuvent encourir pendant une vie humaine.Une telle horloge génétique pourrait-elle agir de même sur les neurones?« Non, répond Serge Gauthier.Les neurones ne se divisent pas; ils meurent sans être remplacés.» Chez les gens âgés sains d'esprit, les anomalies physiologiques restent plutôt limitées : ils n'ont perdu que de 5 % à 30 % de leurs neurones.Les autres dégénérescences montrent à peu près le même écart par rapport à la «normale».Mais curieusement, même avec 30 % de perte, la pensée est peu affectée.Le cerveau dispose, semble-t-il, d'une grande souplesse qui lui permet de pallier les pertes en neurones.Plus mystérieux encore : il y a généralement corrélation entre les dommages et l'« égarement», mais ce n'est pas toujours le cas.« D'autres facteurs de vieillissement nous échappent encore », reconnaît Yves Joanette, du Centre de recherche Côte-des-Neiges.« Si tous les hommes sont égaux, certains sont plus égaux que d'autres », disait ironiquement George Orwell, l'auteur de 1984.D'un côté, les choyés par la nature: Victor Hugo, qui écrivait encore de fort belles choses à 83 ans; Pablo Picasso, peintre prolifique et amant infatigable jusqu'à 92 ans.De l'autre côté du ring : 16 JmversiU Le Dr Yves Lamarre s'est engagé dès 7 960 dans une carrière de recherche EN NEUROPHYSIOLOGIE SOUS LA DIRECTION DU DR jEAN-PlERRE CORDEAU, AVEC QUI IL A COMPLÉTÉ, EN 1964, UN DOCTORAT PORTANT SUR LE TREMBLEMENT EXPÉRIMENTAL DE TYPE PARKINSONIEN.Les différents aspects du contrôle normal et pathologique du système moteur ont toujours constitué le thème central des recherches de Yves Lamarre.Il a entre autres effectué des études électrophysiologiques, neuroanatomiques et pharmacologiques sur des préparations animales dont le tremblement s'apparente étroitement à celui des parkinsoniens.Ce travail devait mener tout naturellement à la formulation d'hypothèses sur le tremblement de type parkinsonien, le tremblement dit « essentiel » et le tremblement physiologique chez l'humain.Depuis le début, le Dr Lamarre a donc poursuivi un secteur de recherche qui semblait relativement simple : l'observation du tremblement.Mais ses travaux l'ont conduit vers l'étude des problèmes, beaucoup plus complexes et fondamentaux, du contrôle moteur chez l'humain et le primate.Le Dr Lamarre a exercé une profonde influence sur le développement de sa discipline au Québec.Jouissant d'une reconnaissance internationale dans les milieux de la recherche en neurologie, il a aussi contribué à former de nombreux chercheurs.Un phare.ceux qui, dès la soixantaine, sombrent dans un état quasi végétatif.Les neuropsychologues, ces spécialistes de l'évaluation des performances cognitives, notent aussi cette inégalité.Dans la vingtaine, tout le monde obtient des résultats comparables aux tests ; à l'autre bout de la vie, les différences entre individus s'accroissent.Est-ce vraiment « normal » pour le cerveau de vieillir ?Pour certains scientifiques, l'affaiblissement intellectuel est une caractéristique « normale et inéluctable » de l'âge.D'autres croient que la perte des facultés cognitives est une maladie dont on ignore encore les causes.Le débat est d'une importance capitale.Combien de pertes de mémoire quotidiennes et quel degré de confusion un vieillard doit-il subir avant d'être considéré « dément » ?Avec les ravages de la maladie d'Alzheimer, le temps presse.Au Canada, 160 000 personnes en souffrent actuellement.C'est la cause de démence numéro 1.Passé 75 ans, les risques d'en être atteint grimpent à un sur dix.Particulièrement vigoureuse est la forme « présénile » de la maladie, qui frappe entre 50 et 65 ans.La détérioration mentale est plus rapide, plus sévère et les lésions cérébrales sont plus diffuses.Un plus grand nombre de cas familiaux sont observés chez ces patients.Quand la maladie apparaît après 65 ans, on parle de sa forme «sénile».La classification semble toute- R.F.fois arbitraire : l'âge frontière entre les deux formes baigne dans le flou.Les anomalies neurochimiques observées dans l'Alzheimer ressemblent à celles du vieillissement « normal » : plaques séniles dans l'espace intraneuronal, puis granules de lipofuscine et paquets de filaments hélicoïdaux dans le cytoplasme des neurones.Le défi : trouver les véritables « marqueurs » de l'Alzheimer.Et surtout un remède.La découverte d'un déficit en acétylcholine - un neurotransmetteur -dans le cerveau des malades avait ravivé l'espoir.Un traitement biochimique pourrait-il combler le manque?Probablement pas : plusieurs autres systèmes de neurotransmetteurs entrent en jeu dans cette triste maladie.Il y a deux ans, des chercheurs du St-Mary's Hospital, à Londres, ont trouvé le Cette image obtenue par tomographie à émission de positons (TEP) permet de voir « en direct » une des manifestations de la maladie d'Alzheimer : la diminution du débit sanguin cérébral dans les lobes pariétaux.17 gène à l'origine de la formation des plaques séniles.Il s'agit d'un gène défectueux dont les instructions erronées mènent à la production d'une protéine, la bêta-amyloïde.C'est de cette substance que sont constituées les plaques séniles.Une équipe du Mount Sinaï School of Medicine, aux États-Unis, a démontré que cette accumulation de protéines amyloïdes contribue au « débranchement » progressif des circuits neuronaux dédiés à la mémoire et à la pensée.Selon eux, le système limbique - essentiel dans l'organisation des processus mentaux -perd de plus en plus contact avec les autres régions cérébrales.D'où le déclin de la mémoire, du langage, du jugement et de la capacité d'abstraction caractéristique de la maladie d'Alzheimer.Dans la vie quotidienne, c'est la catastrophe.Le sujet perd ses repères temporaux et le jour, le mois, l'année ne signifient plus rien.Le discours devient incohérent.Il ne réussit plus à accomplir les gestes de la vie courante : se laver, s'habiller ou manger.Victime d'hallucinations et d'anxiété, il ne se reconnaît plus dans la glace.Après cinq ou six ans, il est devenu incontinent et a perdu toute autonomie.La fin est proche.Les neurologues tentent de détecter la maladie le plus tôt possible.Ce n'est pas facile : pour faire son diagnostic, le spécialiste ne peut se baser que sur les manifes- tations neuropsychologiques.Ce n'est qu'à l'autopsie qu'on verra si le patient souffrait bien d'Alzheimer ou d'un autre mal aux symptômes similaires: profonde dépression, accidents cérébro-vasculaires multiples, etc.« Notre moyenne au bâton se situe quand même autour de 90 % », affirme avec humour Yves Joanette.La maladie de Parkinson est plus facile à diagnostiquer.Dans les premiers temps, le patient est sujet à des tremblements et éprouve de la difficulté à s'asseoir ou à se lever.Il sera secoué par des spasmes de plus en plus violents.Nous savons aujourd'hui que ces malades souffrent d'un déficit en dopamine, un autre neurotransmetteur produit notamment par les neurones des «noyaux gris centraux».Pour une raison inconnue, ces neurones dépérissent et laissent derrière eux des voies de communication coupées.Un médicament, la L-dopa, est utilisé pour compenser le manque en dopamine.Mais la L-dopa ne guérit pas les patients; elle ne fait qu'atténuer les symptômes.Dans les régions sensibles du cerveau, le Parkinson peut décimer jusqu'à 70% des neurones.Chez les personnes âgées «normales», mais moins agiles, cette perte en neurones atteint 30 % ou 40 %.Un peu comme une corde qui s'use brin après brin jusqu'au jour où elle casse : c'est à ce moment qu'apparaît la maladie.En traçant d'un trait la courbe décroissante de dopamine dans le cerveau en fonction des années, Serge Gauthier réfléchit à voix haute : « Si nous étions immortels, nous serions tous victimes du Parkinson vers 110 ans ! » Serions-nous aussi tous atteints d'Alzheimer?«À cet âge-là, plus personne n'en serait victime », affirme Yves Joanette.Pourquoi?Il explique: «Très peu de nouveaux cas se déclarent après 90 ans.Beaucoup de chercheurs croient donc que la maladie ne peut plus apparaître passé cet âge.Mais il est vrai que cette idée demeure controversée.» À quand l'élixir de jeunesse qui permettra de garder l'esprit clair et vif jusqu'à 110 ans ?Yves Joanette sourit : « Le vieillissement répond à des causes multiples: ça prendrait plutôt un cocktail d'élixirs ! Pour l'instant, nous ne sommes même pas capables d'entrevoir les pistes qui nous y mèneraient.C'est du pur fantasme ! » ¦ Il a donné son nom à une artère importante de Montréal - et ce n'est que justice puisqu'il a fait connaître le nom de Montréal, et celui de l'Institut neurologique qu'il y fonda en 1934, aux quatre coins de la planète.Américain d'origine.Wilder Penfield est le premier neurochirurgien à avoir exercé au Québec, à partir de la fin des années 20.Mais cet as du bistouri est surtout un des très grands pionniers de la science du cerveau.Son traitement chirurgical de l'épilepsie permit des découvertes majeures sur la perception, la motricité, le fonctionnement de la mémoire.Quand il est mort à 85 ans, en 1976, le Dr Penfield venait de publier un livre intitulé Mystery of Brain.« L'interrelation entre le cerveau et l'esprit, écrivait le professeur de McGill, est une énigme que les scientifiques et les médecins auront toujours à résoudre.» La question le fascinait.Elle fascine encore.Ses propos restent d'une étonnante actualité.(Pour en lire plus, voir Une passion, la science, par Claire Chabot, Éditions MultiMondes, 1990, 149 p.) iff! par Richard Fortin 19 IÏÉ m û pe; s'us aoi wl J saï| :ji# 'Oil I JîlH-1 epuis qu'un certain personnage de roman appelé Frankenstein a créé un monstre célèbre, la médecine du cerveau n'a jamais inspiré confiance.Le siège de la conscience - et de l'âme - a toujours été considéré comme inviolable, d'autant que Dieu, en l'enfermant dans la boîte crânienne, l'a protégé des apprentis sorciers.Mais la neurologie, chirurgicale ou médicale, laisse de moins en moins de place à l'empirisme et, partant, aux apprentis sorciers.De sorte que ses progrès sont tout simplement phénoménaux.: I M.Tremblay/Publiphoto La nouvelle médecine du La neurochirurgie d'aujourd'hui observe un précepte cardinal : respecter les structures cérébrales normales.Le temps pas si lointain où les chirurgiens exploraient le cerveau en le triturant avec pinces et écarteurs est révolu.On connaît chacun et chacune des structures, replis, circonvolutions, artères et artérioles du cerveau, de sorte que les micro-instruments du praticien peuvent s'y glisser sans endommager les circuits infiniment délicats qu'une lésion minuscule peut détruire à jamais.L'anatomie du cerveau n'est plus une terra incognita : le neurochirurgien intervient en un point précis, identifié de la masse cérébrale, que ce soit pour extraire une tumeur ou ligaturer un anévrisme.Les progrès fui-gurants de la neurochirurgie sont le résultat de plusieurs facteurs.L'imagerie médicale La tomodensitométrie (scanner) tourne autour de la tête du sujet en prenant des clichés sous tous les angles possibles.L'ordinateur reconstitue l'image en coupes tomographiques, c'est-à-dire en fines tranches du cerveau à une profondeur voulue.L'assemblage donne un portrait tridimensionnel de l'encéphale, ce que ne permettait pas la radiologie classique.permet de faire des diagnostics rapides et sûrs, ce qui autorise des interventions promptes et précises.Mais une des principales raisons du succès des opérations tient à un aspect méconnu et pourtant essentiel de la technique chirurgicale: un préparation adéquate du tissu cérébral.Une meilleure connaissance physiologique des neurones permet de les protéger contre les effets du traumatisme opératoire.Des produits comme des anticalciques ou des barbituriques, qui ralentissent le métabolisme des cellules, les rendent résistantes à la privation temporaire d'oxygène.On peut aussi « assouplir » le cerveau et prévenir ainsi les hématomes et les enflures, qui causaient tant de complications dans le passé.La technique chirurgicale elle-même s'est considérablement améliorée.Grâce à l'utilisation de microscopes de plus en plus adaptés à la chirurgie du cerveau, on peut atteindre des tumeurs enfouies profondément en se glissant dans les « espaces » interstructuraux.Des micro-aspirateurs ultrasoniques permettent de morceler et d'aspirer les tumeurs avec le minimum de dommage aux cellules saines environnantes.Bref, il n'y a pratiquement plus de régions inaccessibles dans le cerveau.Tumeurs, anévrismes, foyers épileptiques Tv .mmi ¦ 1 .vivx-.v;-: 19 La résonance magnétique nucléaire (RMN) repose sur les propriétés magnétiques de la matière.À l'état normal, les atomes émettent des ondes magnétiques qui vont dans toutes les directions.En présence d'un champ magnétique constant, ces ondes s'alignent dans une même direction.Les noyaux atomiques ainsi aimantés révèlent leur position en «résonnant», c'est-à-dire en émettant un signal particulier.Le traitement informatique des signaux permet de reconstruire des images spectaculaires.La RMN présente en outre l'avantage remarquable de ne pas exposer le patient aux rayons X, dont on connaît le danger à long terme.et caillots peuvent être débusqués jusque dans la base de l'organe.Et les pronostics s'améliorent sans cesse.0)011 H 10 H 15 DU MATIN, DANS UNE SALLE D'OPÉRATION DE L'HÔPITAL NOTRE-DAME.SUR LA TABLE, SEUL UN BOUT DE TÊTE ÉMERGE DES GRANDES TOILES VERTES QUI RECOUVRENT LE CORPS DU PATIENT.La PEAU OUVERTE LAISSE VOIR L'OS CRÂNIEN DANS LEQUEL UN TROU OVALE A ÉTÉ TAILLÉ.Sur les conseils de Michel Bojanowski, neurochirurgien, le médecin-résident découpe délicatement la dure-mère, cette solide membrane qui enveloppe le cerveau.Ça y est : une masse grisâtre de consistance gélatineuse parcourue de vaisseaux sanguins apparaît.Surprise : le cerveau bat, au rythme de l'afflux de sang dans les artères ! « La première fois que j'ai vu un cerveau, confie Michel Bojanowski, j'ai trouvé ça tellement beau que j'avais envie de pleurer.» Ce jour-là, le neurochirurgien s'apprête à « réparer » un anévrisme dans l'artère carotide.Véritable bombe à retardement, la poche peut, en crevant, tuer le patient.Le défi : atteindre l'anévrisme en se glissant entre les lobes sans rien abîmer.Un gigantesque microscope est placé au-dessus de la tête du patient et les images sont transmises sur un écran de télévision.Les yeux fixés aux oculaires, le neurochirurgien guide ses minuscules instruments.Tout au fond, à une dizaine de centimètres de la surface, voici l'artère ventrue ! Le spécialiste appose un clip métallique sur l'anévrisme, ça y est ! La poche est fermée et le sang ne pourra plus s'y engouffrer.« Le Dr Bojanowski ne vous le dira pas lui-même, chuchote le résident, mais il est un des meilleurs dans sa discipline.» Pour le Dr Bojanowski, opérer un cerveau est le plus beau des violons d'Ingres : « Il m'arrive de passer de 12 à 1 5 heures en salle d'opération.Je ne vois pas le temps filer.J'ai tellement de plaisir ! » A.M.S.Curieusement, ce sont les.ingénieurs qui ont rendu possibles de tels prodiges.Depuis une vingtaine d'années, plusieurs avancées technologiques ont permis de sonder, de voir, d'écouter le cerveau en marche.Les chercheurs disposent maintenant d'un arsenal impressionnant d'outils, certains anciens, d'autres ultramodernes, sans lesquels il serait impossible d'explorer le territoire cérébral, retranché derrière la muraille crânienne.Inventé en 1929, l'électroencéphalographie est toujours très utile et très utilisée.Elle a révélé les rythmes universels du cerveau : alpha au repos, bêta chez le sujet attentif et gamma durant le sommeil.Ces oscillations bien connues ne sont toujours pas bien expliquées : elles cachent sans doute un phénomène essentiel pour la compréhension de la nature du cerveau et de la pensée.20 Même si elle date de 1895, la bonne vieille radiologie de Roentgen n'a pas été reléguée aux oubliettes.Elle constitue toujours un moyen rapide et peu coûteux d'explorer la boîte crânienne.Toutefois, les rayons X, qui ne distinguent pas les faibles différences de densité, ne rendent pas une image fine du cerveau.Les médecins contournent la difficulté en injectant dans les artères des produits radio-opaques qui w permettent de visualiser les vaisseaux cérébraux.Cette technique, l'angiographie, éU sert autant à établir un diagnostic (hémor- ragie, tumeur, obstruction) qu'à guider le clinicien durant une opération.La tomodensitométrie assistée par ordinateur, plus connue sous le nom de «scanner», a redonné une nouvelle jeunesse à la radiologie (photo, p.19).En son temps, le scanner a été salué comme un progrès technologique majeur par les neurologues.Cher, encombrant et rare, au Québec en tout cas, il ne profite toujours pas à tous les malades.Technique relativement récente, l'échographie a aussi sa place en neurologie.:'>5 fUlircea Steriade Quand le cerveau se coup* du monde Ça arrive à tous, en principe du moins, une fois par jour ou par nuit.Et pourtant, on explique encore difficilement ce qui se passe dans notre CERVEAU EN CE DÉLICIEUX INSTANT QU'EST CELUI OU L'ON S'ENDORT.Ou plutôt, on expliquait mal, car les travaux du Dr Mircea Steriade ont levé un coin du voile qui pesait sur le mystère.Fondateur et directeur, depuis près d'un quart de siècle, du Laboratoire de neurophysiologie de l'Université Laval, le Dr Steriade se passionne depuis des lustres pour les mécanismes les plus intimes du sommeil.Il a par exemple montré que, lors de l'endormissement, certains neurones du thalamus jouent les douaniers par rapport aux signaux en provenance de l'extérieur et les empêchent de se rendre jusqu'au cortex : c'est ainsi que notre cerveau se coupe du monde.(Le thalamus est une structure enfouie au centre du cerveau.) Pendant le sommeil cette fois, lors de ce qu'on appelle « sommeil lent » par opposition au « sommeil paradoxal » ou « sommeil du rêve », il a élucidé le rôle de métronome neuronal d'une autre partie du cerveau, le noyau réticulaire ; ce dernier coordonnerait l'activité électrique du cerveau profondément endormi.Roumain d'origine, le Dr Steriade a quitté son pays en 1968 et a choisi de poursuivre une carrière déjà brillante à Québec.Il a reçu en 1991 le prix Marie-Victorin, la plus haute distinction que le gouvernement du Québec accorde en sciences de la nature.Y.1/.L'échographie, qui consiste à envoyer des impulsions acoustiques dont les échos répercutés par les tissus renvoient une image, souffre d'une tare fondamentale : les ultrasons ne traversent pas la boîte crânienne.Mais pour le bébé dont la fontanelle n'est pas refermée, ou pour le patient trépané, l'échographie est un complément diagnostique utile.La grande révolution actuelle dans le domaine de l'imagerie médicale a pour nom «résonance magnétique nucléaire», ou RMN.Résultat d'une application des principes de la physique quantique, la RMN a un double avantage: elle donne des informations à la fois anatomiques et fonctionnelles sur le cerveau en marche.La qualité des images est renversante : le traitement informatique permet une lecture précise et contrastée de toutes les régions de l'encéphale (photo, p.20).Mais c'est lorsqu'elle est utilisée en parallèle avec la tomographie par émission de positons (ou TEP) que la RMN donne la pleine mesure de ses possibilités.Superposée à l'image anatomique fournie par la RMN, la TEP permet de «voir» le cerveau humain sentir, penser, agir.Comme l'ampoule allumée figurant, dans les bandes dessinées, le personnage frappé par une idée, l'expérimentateur peut voir différentes régions du cerveau s'«allumer» en temps réel pendant le processus de la pensée.Il constate par exemple que l'apprentissage d'un mouvement mobilise une grande partie du cortex, alors que le même mouvement appris fait appel à une 21 De nombreuses recherches ont mis en lumière la nature chimique autant qu'électrique du fonctionnement du cerveau.Les neurones communiquent entre eux par l'intermédiaire de signaux chimiques, les neurotransmetteurs.La chimie constitue pour les chercheurs la principale arme dont ils disposent pour « investir » le cerveau.Régler le débit de l'information circulant dans le cortex en jouant sur la quantité de neurotransmetteurs ou en bloquant les récepteurs qui, au niveau des neurones, permettent de «capter» les signaux La tomographie par émission de positons (TEP) s'intéresse à l'unique carburant du cerveau : le glucose.L’activation d'un groupe de neurones entraîne une augmentation locale de la consommation de glucose.En «marquant» le glucose sanguin avec un élément radioactif, on peut repérer les régions actives du cerveau en action.Le marqueur est un isotope de l'oxygène qui a la particularité d'émettre des positons (anti-électrons).Lorsqu'ils rencontrent des électrons, les positons sont détruits en émettant des photons (particules de lumière), lesquels sont détectés par les «caméras à positons».Le nombre de positons étant proportionnel au débit sanguin (donc au glucose charrié par le sang), on peut mesurer la consommation de glucose dans chaque région du cerveau.Et l'on peut détecter par conséquent les neurones activés dans des conditions contrôlées expérimentalement (lors de l'exécution d'un mouvement par exemple).moins grande portion de la masse corticale (photo, ci-dessus).Les connaissances acquises grâce aux nouvelles technologies « passe-muraille » promettent un révolution qui profitera autant aux traitements chirurgicaux qu'aux traitements médicaux des troubles neurologiques.Si tout se passe bien, nous en récolterons les fruits avant l'an 2000.transmis par les neurotransmetteurs, constitue la principale voie de la recherche dans ce domaine.Cela donne des résultats.L'aspirine agit sur les neurotransmetteurs, ce dont était loin de se douter son lointain inventeur.Les antidépresseurs régulent le niveau de sérotonine, un neurotransmetteur qui agit sur l'humeur.Chez les victimes de la terrible maladie d'Alzheimer, de nouvelles molécules tentent de stopper le déclin de l'acétylcholine, le «neurotransmetteur de la mémoire».Les résultats ne sont toutefois pas concluants puisque beaucoup d'autres types de neurotransmetteurs semblent participer au processus cognitif.Le coffre à outils des médecins du cerveau est de moins en moins vide.Et même de plus en plus fourni.(In inventaire.En agissant au niveau des récepteurs neuronaux, les chercheurs espèrent agir de façon plus « intime » sur les neurones délinquants.Cette approche subtile et délicate est très prometteuse.On sait par exemple aujourd'hui que les effets dévastateurs de l'accident cérébro-vasculaire sont causés autant par la destruction des neurones dans la région immédiate de l'obstruction artérielle que par la libération incontrôlée de glutamate par les cellules environnantes privées d'oxygène.Le flux considérable de glutamate, un des principaux neurotransmetteurs du cerveau, provoque une véritable tempête en excitant les neurones, lesquels subissent des dommages considérables.On espère limiter les dégâts en administrant un médicament qui bloque les récepteurs de glutamate immédiatement après.Ce médicament pourrait également limiter l'activité métabolique qui suit les crises d'épilepsie.Aussi précises soient-elles, les substances chimiques sont aveugles dans un système aussi complexe que le cerveau.Ainsi, si l'inhibition de l'action du glutamate est souhaitable dans une région cervicale, elle ne l'est pas dans d'autres.En outre, le glutamate, comme les autres neurotransmetteurs, remplit des fonctions multiples et mal définies.Tout le problème est donc d'agir sur une cible précise pendant un temps donné.Cela revient à résoudre la quadrature du cercle, même 1 T 22 1 Jean Gotman La «« neuro-informatique » L'électroencéphalogramme (EEG), vénérable outil de prospection du cerveau INVENTÉ EN 1929, EST AUJOURD’HUI AUSSI ESSENTIEL À LA RECHERCHE DANS LE DOMAINE DES NEUROSCIENCES QU'IL L'ÉTAIT AU TEMPS JADIS.En APPLIQUANT LES MÉTHODES INFORMATIQUES AU TRAITEMENT DES DONNÉES RECUEILLIES PAR L'EEG, JEAN GOTMAN, INGÉNIEUR, INFORMATICIEN ET NEUROPHYSIOLOGISTE, EST CERTAINEMENT UN DE CEUX QUI ONT LE PLUS CONTRIBUÉ À LUI DONNER SES LETTRES DE NOBLESSE.Jean Gotman était déjà ingénieur et informaticien quand il a « débarqué » par hasard, en 1971, à l'Institut neurologique de Montréal (INM).Étonné et ravi d'être traité en égal par des neurologues qui avaient compris que la multidisciplinarité était la clef du succès dans le domaine des neurosciences, le Dr Gotman est resté à l'INM.Il ne l'a jamais regretté.Grâce à ses innovations informatiques, notamment un logiciel permettant l'analyse automatique des enregistrements prolongés d'EEG sur des personnes souffrant de maladies neurologiques, l'investigation à long terme (plusieurs semaines) a été rendue possible.Ce logiciel a été commercialisé dans le monde entier.Ses travaux sur l'épilepsie ont permis, entre autres, de mieux évaluer les effets à long terme des crises sur le cerveau, de comprendre l'action des médicaments antiépileptiques et de localiser avec plus de précision les zones d'anormalité épileptique dans le cortex.R.F.si la conception des molécules médicamenteuses est de plus en plus sophistiquée.Les chercheurs espèrent cibler davantage leurs interventions grâce aux greffes de tissus et aux thérapies géniques.Comme les neurones ne se reproduisent pas, les greffes de tissus cérébraux sont difficilement envisageables - à moins que l'on ne prélève le greffon chez un individu au stade foetal, au moment où les cellules suffisamment spécialisées continuent à se diviser.On a déjà greffé des cellules foetales fabriquant de la dopamine à des victimes de la maladie de Parkinson.Ces cellules pourraient continuer à croître et fournir à ces malades le neurotransmetteur qui leur fait défaut.Les résultats, pour l'instant, sont peu convaincants.Une autre stratégie consisterait à greffer des cellules modifiées génétiquement, de manière à ce qu'elles produisent dans le cerveau des molécules utiles.On songe à des facteurs de croissance pour maintenir le niveau d'acétylcholine chez les personnes souffrant, par exemple, de la maladie d'Alzheimer.La thérapie génique pourrait également être utilisée pour détruire les tumeurs malignes.Nous étions dans le Moyen Âge de la médecine du cerveau.Nous entrons dans la Renaissance.L'inconcevable est encore à venir.¦ Quelques lectures sur le cerveau L'Homme neuronal, par Jean-Pierre Changeux, Fayard, 1983, 419 p.Un classique, par un des grands maîtres français des neurosciences.Biologie des passions, par Jean-Didier Vincent, Odile-Jacob, 1986, 351 p.Un autre classique, par un autre maître : après l'homme neuronal, l'homme humoral.L'homme qui prenait sa femme pour un chapeau, par Oliver Sacks, Le Seuil, coll.Points, 1988, 318 p.Étrange et fascinante série de cas.Se lit comme un roman.Le Cerveau et l'intelligence, collectif, numéro hors série de Science & Vie, 1991, 160 p.Une belle collection d'articles sur un thème passionnant, de la très bonne vulgarisation, bien illustré.Biologie de la conscience, par Gerald Edelman, Odile-Jacob, 1992, 368 p.« Ce qui se passe actuellement en neurosciences peut être considéré comme le prélude à la plus grande des révolutions scientifiques », écrit ce prix Nobel de médecine américain dans ce livre difficile, mais captivant.Mind and Brain, collectif, numéro spécial de Scientific American, septembre 1992, p.48-159.De la haute volée.À lire doucement.Existe aussi en tra duction française (numéro spécial de Pour la science).23 AÎTRISER LA SCIENCE ET LA TECHNOLOGIE Donner à la science la place qui lui revient, travailler de concert avec la communauté scientifique et rendre accessible la culture scientifique et technique, voilà des objectifs importants pour le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Science.Pour réaliser sa mission, le Ministère met de l’avant plusieurs programmes de développement scientifique, tel SYNERGIE, et appuie plusieurs centres de recherche.La promotion et la diffusion de la culture scientifique et technique s’appuient sur des programmes qui permettent la production d’expositions itinérantes, de films, de vidéos et de revues de vulgarisation scientifique.Le Ministère encourage également la tenue d’événements de sensibilisation aux sciences et à la technologie, tels La Çhdnzaine des sciences, Les Prix du Québec dans le domaine scientifique, les expo-sciences et le Festival international du film scientifique du Québec.Pour permettre à la population de s’approprier les réalités de la science et de la technologie, le Ministère apporte son concours à la réalisation d’équipements muséologiques comme Y Insectarium, le Biodôme et le projet du Camp spatial Canada.A travers toutes ses actions, le Ministère s’efforce d’encourager les initiatives des organismes voués à la promotion de la culture scientifique et technique, et de susciter la concertation entre les partenaires des milieux scientifiques.Gouvernement du Québec Ministère de l'Enseignement supérieur et de la Science Québec m PffL ' .'A® Mp-|| Hydro-Québec ^lülüis iilüi'1 rV •.I ' O i 'Mi; 1 L > • '¦; ,-y' 1 :• ’t.»,' • « collaboration avec ses D’autres recherches poi artenaires-université s, centres de logiciel d’optimisation des réseaux ^cherche, industrie-l’IREQ poursuit de distribution (LORD), un système es travaux mettant à contribution is technologies les plus avancées de .informatique scientifique.Ptt met au point un système intelli-ent de conception des services f uxiliaires de centrales (SESA) et es systèmes experts de diagnostic ’appareillage (SEDA), de concep-on préliminaire des réseaux de ransport (Transept), d’analyse des 'on d’emplacement des évacua eurs de crues (Hydram), d’analyse es conditions de raccordement es clients (Confrère) et de sur-eillance des barrages (Subarex).informatisé de surveillance permanente des groupes turbines-alterna leurs (SUPER), un modèle d’analy .des turbines hydrauliques (MATH) et, en télérobotique, sur un logiciel de vision numérique (AMETIST), un système d’entretien téléopéré, la téléprésence et la vision stéréo-scopique.Ce sont là quelques contribuant à mieuo besoins de la clientèle.larmes (Langage), de détermina- contribuant à mieux répondre aux Ci Yl d 3 P »! 1 si r o wj o t fl o c 0 fi \ si 0 i j st _ l-i 0 c i vt c A 0 U ri î 111 Hydro-Québec ; meilleur de nous-mêmes Illustrations : Yayo Pour sortir de la préhistoire informatique Mort aux bugs\ Notre monde est contrôlé par des ordinateurs.dont les programmes sont souvent bourrés d'erreurs.La solution : une discipline quasi-militaire pendant la production.par Anne-Marie Simard « Cancéreux tués par un gruupe d'informaticiens.» Cette manchette imaginaire est à peine exagérée : entre 1985 et 1987, plusieurs patients nord-américains sont décédés à la suite de séances de radiothérapie.Les cliniques qu’ils fréquentaient utilisaient le Therac-25, une machine de fabrication canadienne contrôlée par ordinateur.À cause d’une petite erreur dans le programme, l’appareil crachait parfois sans avertir une surdose massive de radiations.Lundi, 15 janvier 1990,14 h 25 précises.AT&T, l’infaillible géant américain des télécommunications, vient de perdre pied.Un ordinateur de New York s’est mis à délirer, et sa fièvre s’est répandue dans le réseau informatique.Résultat : impossible de loger un appel interurbain dans tout l’est des États-Unis pendant neuf longues heures.En plus de sa crédibilité, AT&T y perd 70 millions de dollars.1993.Dans une institution bancaire renommée du Québec, le programme de gestion commet une erreur par million de transactions.C’est peu, mais encore trop : avec trois millions d’opérations quotidien- pens des usagers ! Du Boeing 747 aux centrales nucléaires, en passant par les automobiles : aujourd’hui, tout est contrôlé par ordinateur.Et l’emprise des puces électroniques gagne du terrain : autour de la planète, on dépensera cette année 250 milliards de dollars en logiciels divers.Croissance annuelle : 12 %.Ce monde est contrôlé par des programmes truffés d’erreurs.Jérôme Pesant, du Centre de recherche en informatique de Montréal (CRIM), qualifie notre époque de « préhistoire informatique ».« Le premier venu ayant appris deux ou trois langages informatiques se considère immédiatement comme un programmeur », affirme-t-il.Le tableau n’est pas plus reluisant dans les entreprises, où, selon lui, l’improvisation règne : « On ne rencontre le client qu’une fois, et là, au coin d’une table, on note ses demandes sur une napkin.Après la livraison, le client est souvent déçu : le programme est loin de ce qu’il attendait.» Claude Laporte, responsable de l’amélioration du processus en génie logiciel chez Oerlikon aérospatial, trouve cette description exagérée : « Pour un système d’un demi-million de lignes de code, la napkin occupe la grandeur d’un terrain de football ! On parle de centaines de pages de spécifications ! » N’empêche qu’au début des années 80, culait que seulement 1,5 % des logiciels pin ptkt mil) Di bpr ii(*i ïaicti fcsi 5% **51) 11 48 Québec Science / Octobre 1993 :V 1 -V # Penser avec la lumière Des réseaux neuronaux entraînés à reconnaître des formes pourraient rendre plus efficace l’inspection de pièces usinées ou même le tri des déchets à recycler.À l’Institut national d’optique (INO), à Sainte-Foy, Denis Gingras et son groupe s’intéressent au traitement d’images en télédétection.« Les réseaux neuronaux sont très appropriés pour de telles tâches de classification.Un réseau, par exemple, peut apprendre à distinguer une forêt de conifères d’une forêt de feuillus sur une image satellite.Nous avons obtenu des 58 Québec Science / Octobre 1993 illfw '(IB » iW 'Ifni* if P1BÎ taux de succès de 90 %, ce qui est adéquat en télédétection.» De telles applications commencent à peine à se répandre que de nombreux chercheurs, en particulier à l’Université Laval et à l’Institut national d’optique, se consacrent déjà à la mise au point de réseaux neuronaux optiques.Dans ces réseaux, l’information circule sous forme de faisceaux de lumière plutôt que de courants électriques.Pas besoin de fils ou de contacts et pas d’interférence entre deux faisceaux qui se croisent.De plus, l’information transmise sous forme lumineuse convient tout à fait au genre de traitement que font les réseaux de neurones.« Un réseau neuronal traite en parallèle une série de données, explique Henri Arsenault, du département de physique de l’Université Laval.Or l’optique est naturellement parallèle.» Chaque faisceau de lumière contient en effet plusieurs rayons lumineux parallèles qui transportent chacun une certaine information.Un réseau neuronal optique peut donc traiter simultanément beaucoup plus d’information qu’un réseau implanté dans un circuit intégré.Les divers composants nécessaires à la mise au point d’un réseau neuronal opti- Neurone artificiel Opération mathématique (Somme) Synapse Synapse -Axone Corps cellulaire Dendrites Neurone naturel que existent en bonne partie : lasers comme sources de lumière, lentilles, caméras CCD pour la détection, modulateurs de lumière.Les ordinateurs des prochaines décennies seront probablement hybrides : ils combineront informatique traditionnelle et réseaux neuronaux, électronique et optique.« Selon le type de traitement nécessaire, on utilisera différentes architectures.Le gros défi, conclut Denis Foussard, professeur au département de génie électrique de l’Université Laval, sera d’intégrer tout cela de façon harmonieuse.» • t- il*.irlf & il’ ït!| tt INFDRMI55IDN Offre des solutions complètes en informatique scientifique et en informatique de génie, notamment dans les domaines suivants : • acquisition de données et instrumentation (Labview, Labwindows, C++); • contrôle et monitoring en temps réel (GRIB, VXI); • traitement d'images (Ultimage, Matrox, Optimus); • simulation, logiciel de tests et d'essais (VEE-TEST); • gestion textuelle et multimédia (Ful/Text, HPM Power); • système à base de connaissance (KBMS, Level 5, N Expert Object).Plus de 75 professionnels en technologie de l'information à votre service depuis bientôt 10 ans.Pour plus d'informations, veuillez contacter un de nos chargés d'affaires aux coordonnées suivantes: Québec: (418)682-3366 Montréal: (514)351-7755 ïf il* Ü Québec Science / Octobre 1993 59 par Danielle Ouellet La science nazie Objective et impartiale, la science ?Pas toujours.Sous le Troisième Reich, plusieurs scientifiques se sont faits complices des obsessions nazies de pureté raciale./ L’arrivée au pouvoir de Hitler en 1933 marqua le début d’un véritable régime de terreur.Toute l’organisation sociale avait pour but de servir l’idéologie nazie.La science aussi devait se soumettre aux idéaux du Führer.Un témoin de l’époque, qui a rencontré Hitler, rapporte : « Le regard critique des jeunes chercheurs lui gâchait régulièrement sa bonne humeur » ! Parmi les scientifiques, certains s’exileront; d’autres, plus rares, combattront l’idéologie du moment, mais plusieurs composeront avec un pouvoir qui sert bien leurs intérêts personnels ou corporatifs.Un livre passionnant, intitulé La science sous le Troisième Reich, réunit une douzaine de textes récents qui examinent d’un œil critique la science dans l’Allemagne hitlérienne.Des courants de pensée en vogue depuis la fin du 19e siècle, sur la pureté et la supério- rité de certaines races, avaient fait leur chemin.Ils trouvèrent, avec le nazisme, un terrain fertile.La « bonne » science allemande Une des hypothèses suggérait que la race nordique ou aryenne était naturellement plus intuitive que les autres.Et comme les mathématiques font appel à l’intuition, on concluait que les aryens devaient être meilleurs en mathématiques.Dès 1933, on mettait tous les Juifs à la porte de l’Institut de mathématiques de Gottingen.L’Institut en fut, à toutes fins pratiques, démantelé.Certains mathématiciens, parmi les plus prestigieux, comme David Hilbert et Hermann Weyl, essayèrent de défendre leurs collègues.Ils durent se montrer d’habües stratèges pour réussir à naviguer dans des eaux aussi troubles.La création du Conseil de recher- che du Reich, en 1937, n’allait pas arranger les choses : les mathématiques seraient désormais au service de la physique.Les résultats pratiques étaient devenus plus importants que la recherche pure.Six ans après la prise du pouvoir par Hitler, il y avait à peu près dix fois moins d’étudiants en mathématiques qu’avant.La physique, de son côté, a souffert de la rancœur de deux physiciens, Philipp Lenard, prix Nobel de 1905, et Johannes Stark, prix Nobel de 1919.Tous deux farouchement antisémites, ils affirmaient que la théorie de la relativité et la mécanique quantique étaient « des inventions de l’esprit juif, qui allaient infecter la bonne physique allemande ».Ils ont flirté, avec succès pendant un temps, avec le pouvoir nazi.Un de leurs opposants était Werner Heisenberg, l’un des physiciens les plus célèbres de Ce n'est pas uniquement la morale qui a été pervertie par l'idéologie nazie.L'anthropologie, la biologie, la physique ont été polluées par les idées hitlériennes.ce siècle.Prix Nobel de 1932, il fut l’un des fondateurs de la théorie quantique.Heisenberg s’acharna à faire triompher la vérité scientifique.Son argumentation alla jusqu’à cautionner implicitement l’antisémitisme : comme Juif, Einstein était peut-être détestable, mais ses idées devaient être reconnues, car elles étaient valables et pouvaient même être utiles à la guerre.Une enquête des SS finit par admettre la physique théorique de Heisenberg.L’enquête conclut qu’au début les travaux d’Hei-senberg étaient « étrangers à la race », à cause de l’influence de « la méthode juive en physique », mais qu’ils étaient finalement « conformés ».60 Québec Science / Octobre 1993 Les sciences humaines étaient encore plus perméables aux idéologies.L’enseignement de l’histoire servait de prétexte à glorifier des peuples ou des hommes, symboles de la pureté de la race, et à pourfendre tous les courants idéologiques autres que le nazisme.Pendant leur formation, les SS apprenaient que les ennemis de la race sont nombreux : « Juifs, libéraux, P marxistes, chrétiens, capitalistes, réac-à u tionnaires, francs-maçons, homosexuels ».tei Certains pourraient être « désembourgeoi-K< 4 sés » ou « déprolétarisés », mais les autres h devraient être éliminés.Le génocide était Wt donc inévitable.'T Purification raciale Parmi les scientifiques, ce sont sans doute gfr es anthropologues qui se sont le plus iden-p?;ifiés à l’idéologie nazie.Avec le nazisme, lA: 1s prirent soudainement une importance H qui les propulsa sur l’avant-scène politi-H; que.Ils profitèrent d’importantes subven-éf dons à la recherche : on leur commandait B les enquêtes bio-anthropologiques et on ¦ eur fournissait du « matériel humain ».La îl lolitique d’hygiène raciale de Hitler reçut ÈÉ eur adhésion, et ils suggérèrent l’émission 881' le « certificats raciaux » pour détecter W ’appartenance juive des parents.Ils firent p,la e recensement anthropologique des mino-Épî'l dtés ethniques non désirées, Juifs ou Tziganes, en vue de leur stérilisation ou de f eur déportation.Les biologistes se sont retrouvés dans me situation similaire, alors que l’ensei-înement de leur discipline, que plusieurs : mnsidéraient comme descriptive et inuti-e, déclinait.L’enseignement de l’eugénis-ne, ou amélioration génétique de la race, illait lui donner une nouvelle crédibilité.)ès ses premières années à l’école, Tenant apprenait que l’individu n’était rien et que le peuple était tout.Il fallait donc pré-server le « substrat racial du peuple alle-jj.(r nand » et éliminer les Allemands généti-.-If quement malsains.Les enfants apprenaient à se conformer à l’idéal nazi.Le monde médical, lui aussi contaminé, illait définir les traits physiques de la 1 ace pure, avec les conséquences inévita->les : stérilisation, euthanasie et génoci-le.Un médecin n’a pas hésité à travestir on serment d’Hippocrate : « Mon serment d’Hippocrate me dit de faire l’abla-ion d’un appendice gangreneux du corps mmain.Les Juifs sont l’appendice gan-I ireneux de l’humanité.C’est pourquoi 'en fais l’ablation.» L'asservissement des utérus La découverte des rayons X, au début du siècle, avait laissé entrevoir un espoir de guérison du cancer, mais les femmes traitées étaient souvent rendues stériles accidentellement, tandis que certains gènes subissaient des mutations.Une thèse devint alors populaire dans les années 20 et 30 : les facteurs génétiques défectueux se propageraient plus vite, chez l’homme, que les facteurs normaux, de sorte que la dégénérescence de l’espèce humaine irait en s’accélérant.Cette « théorie », entre autres, allait justifier la loi de 1933 instituée par Hitler pour éliminer les maladies héréditaires.Conséquences de cette loi : la stérilisation volontaire, les interdictions de se marier, l’obligation de déclarer toute maladie héréditaire, la stérilisation d’enfants, d’asociaux et d’antisociaux.Les femmes célibataires « de qualité » étaient fortement encouragées, même parfois obligées, à être inséminées artificiellement.La polygamie et la maternité hors mariage étaient souhaitées.Les méthodes de sélection incluaient Tavorte-ment, la stérilisation et la castration.Dans les camps de concentration, des projets de recherche grassement subventionnés allaient bon train : les morts ne gênaient pas puisqu’ils étaient Juifs, Tziganes ou Slaves.Un gynécologue nazi influent, Cari Clauberg, pratiqua de nombreuses expériences « sur des femmes et des animaux », dans le but de mettre au point des méthodes de stérilisation « sans interventions chirurgicales et sans effusion de sang ».À Auschwitz, avec l’argent du Conseil de recherche du Reich, il essayait de provoquer une inflammation des trompes ou l’adhérence des parois en injectant du formol, du nitrate d’argent ou du baryum aux femmes juives et tziganes.Des centaines de femmes, considérées comme du vulgaire « matériel » de laboratoire, subirent des souffrances atroces ou en moururent.• Danielle Ouellet est docteure en histoire des sciences.Pour en savoir plus : La science sous le Troisième Reich sous la direction de Josiane Olff-Nathan Seuil, Paris, 1993,338 pages, 49,95 $ LES IROUiLLARDS LE MAGAZINE DROLEMENT SCIENTIFIQUE DES 7 À 14 ANS vous propose en octobre : Hibernia : une île artificielle dans l'Atlantique Dans 80 mètres d'eau glaciale, des ingénieurs construisent une île de béton et d'acier.Son rôle : pomper le pétrole qui « dort » depuis des millions d'années, à 3 kilomètres sous l'océan.Un projet gigantesque! Le voyage qui changea l'histoire Le 27 décembre 1931, un obscur naturaliste du nom de Charles Darwin s'embarque pour un voyage autour du globe.Un voyage qui vo révolutionner notre vision de la vie sur Terre.Cap sur la science ! Ils s'appellent Kerry, Raul et Mogoli.Ils viennent d'Afrique du Sud, d'Espagne et du Québec.Ils se sont rencontrés Tété dernier à Amorillo, une ville du Texas, lors de TExpo-sciences internotionale.Mystérieux champignons Lorsqu'on déterre délicatement un champignon, on découvre un incroyable réseau de filaments emmêlés.Des vaques dans les oreilles ! Hé oui, nous entendons grâce à des « vagues » qui se forment dons nos oreilles.Mais des vogues trop fortes peuvent causer la surdité ! En plus : Des expériences amusantes à foire à la moison, des concours, des jeux, des fiches à collectionner, des bondes dessinées, la rubrique des correspon- dants et plus.52 pages de découvertes ! ' — Les Débrouillards est en vente dans plusieurs kiosques au prix de 2,95$.Pour s'abonner (1 an, 10 numéros, 26$) s'adresser à: Magazine Les Débrouillards 25, boul.Taschereau, bureau 201 Greenfield Park, Québec J4V 2G8 Commande téléphonique (carte de crédit indispensable): 875-4444.Québec Science / Octobre 1993 61 1,1 J LES JUMEAUX - T SOUS LA LOUPE DÈS CHERCHEURS ^ L’OR BLANC \ ^ ^ DE L'INDUSTRIE -AUTOMOBILE DES CACHALOTS AU QUÉBEC! UN FABULEUX ROYAUME SOUS-MARIN : I LES ÉPAVES UN MINI JARDIN'*'^».t BOTANIQUE «; " \ \ EüftS 4 \ \ ?.! Juin 1993 Le Guide des vacances Hibernia Les vélos high tech Henri Atlan ?, Mai 1993 Dossier déchets Réseau informatique Internet Le diagnostic de la mort a Avril 1993 Libre-échange et technologie Parcs technologiques Les robots ?, Mars 1993 Dossier énergie La vie secrète du Biodôme Les modèles économiques ?, Février 1993 Dossier télé, radio, vidéo Le prix d'une marée noire Chirurgie pour nos routes ?, Décembre-janvier 1993 Effet de serre Sida: le vaccin québécois Les étoiles mortes ?Novembre 1992 (30e anniversaire) 30 experts imaginent l'avenir Médecine génétique La morue moribonde ?, Octobre 1992 Dossier biotechnologies Implants mammaires ?: Septembre 1992 Le marché de la naissance artificielle Les voitures électriques Télescopes, cloches ?.! Juillet-août 1992 Dossier Biodôme Dossier découvrir l'univers Les jumeaux, le magnésium ?.Juin 1992 Spécial environnement Dossier Biodôme ?, Mai 1992 Spécial innovation Les nouveaux gourous de l'économie Les 25 ans de l'IRCM ?, Mars 1992 Objectif Mars Michel Serres Les trains ultrarapides Les animaux malades de nos gènes Il vous manque un Québec Science?Le voici Complétez votre collection.Retrouvez le dossier ou l'article qui vous intéresse.Plusieurs numéros de Québec Science sont encore disponibles.Certains sont en nombre très limité.Commandes honorées jusqu'à épuisement.Commandez dès maintenant.?Mai 1989 Spécial environnement ?Avril 1989 Forillon, Mingan, Mauricie Les Grands Lacs L'exploitation minière ?, Mars 1989 Les boîtes noires des avions La nouvelle dentisterie Brenda Milner: la mémoire ’ Février 1989 Pollution domestique L'équipe spatiale du Canada ?Janvier 1989 Le réseau hydro-québécois En finir avec les BPC La masse cachée de l'univers ?Février 1992 La fusion nucléaire Les insectes sociaux ?Décembre-janvier 1992 Dossier Santé mentale La saga des découvreurs Le fleuve en images ?Novembre 1991 Spécial francophonie i ] Octobre 1991 Les premiers habitants du Québec Radarsat Grande Baleine ?Septembre 1991 Mâle ou femelle L'arthrite Les cavernes du Mexique ?Eté 1991 Féerie sous le Saint-Laurent Les plantes médicinales Les microclimats ?Mai 1991 Spécial environnement ?Avril 1991 L'océanographie Jean-René Roy, astrophysicien La mathématique du chaos ?Mars 1991 Danger au labo L’agriculture durable Le chaos ordonné C] Février 1991 Les régimes amaigrissants Rire pour guérir L'archéologie américaine ?Décembre 1990 Les vêtements high tech La transfusion sanguine Le téléphone de poche ?Octobre 1990 La médecine sportive Les écoles Fernand-Seguin Le parc marin du Saguenay ?Septembre 1990 Les médias du futur L'avenir des sciences humaines L'acupuncture ?Eté 1990 Les animaux de laboratoire Les Galapagos Science et handicaps physiques D Mai 1990 Spécial environnement ?Avril 1990 La médecine prénatale La muséologie scientifique Pierre Dansereau: agir D Mars 1990 Les pompiers high tech Les malades du sommeil Les couleurs l] Janvier 1990 Spécial énergie !__Décembre 1989 Les femmes en sciences Fernand Seguin Les avions hypersoniques ?Novembre 1989 Spécial Espace ?Juillet-août 1989 La chauve-souris Les peaux ridées La dendrochronologie C] Juin 1989 Horticulture: Métis, Quatre Vents La nature au musée Les causes de l'Alzheimer Québec Science U Novembre 1988 La sclérose en plaques Satellite ou fibre optique?Les roches lunaires ?Septembre 1988 Course auto et technologie La navette soviétique La microchirurgie ?Juillet-août 1988 Le bronzage Les entreprises et l'environnement Imax et Omnimax ?Juin 1988 Les ponts du Québec La santé mentale Les feux d'artifice ?Février 1988 L'imagerie médicale Les radioamateurs Les adolescents québécois ?Janvier 1988 La vie extraterrestre L'ozone Le mal de tête Également disponibles : (Encerclez) 1988 : mars, avril, mai, octobre, décembre 1989 : septembre, octobre 1990 : février, novembre 1991 : janvier 1992 : avril Cochez les numéros désirés, remplissez le coupon et retournez cette page avec votre paiement à: Québec Science, CP 250, Sillery, Qc G1T 2R1 Je commande_________numéros à 4,35 $ Total: (poste, manutention et taxes incluses) TPS : 0,26$ TVQ : 0,32$ Nom____________________________________________________________ Ad resse_______________________________________________________ no.rue app.ville Code postal Je paye par [ [chèque ?Visa (à l'ordre de Québec Science) province téléphone EZI MasterCard No de carte__________________________________________ Date d'expiration Signature__________________________________________________________________ Offre valide au Canada, jusqu'au 31 décembre 1993, selon la disponibilité.Étranger: tarifs sur demande.TPS: R 1335 97427 TVQ: 1013609086 62 Québec Science / Octobre 1993 Histoire de la chimie par Bernadette Bensaude-Vincent et Isabelle Stangers La Découverte, Paris, 1993, 360 pages, 54,95 $ pour d’autres raisons.L’auteur constate que la médecine du 20' siècle est toujours démunie face à certains troubles mineurs de la santé, comme la leucocémie, une maladie bénigne mais très répan- ire C’était un défi ambitieux que d’écrire une histoire ^ de la chimie.Les auteures, qui i sont historiennes des sciences, * Font relevé avec succès.Elles m se démarquent d’une généra- tion d’auteurs, souvent eux-mêmes chimistes, pour qui la l! chimie est née à un moment précis de l’histoire.Pour elles, l’époque de cette naissance est plus floue, moins facilement identifiable.De l’héritage d’Alexandrie à la science moderne en passant par l’alchimie arabe et chrétienne, les travaux de Lavoisier et les résultats spectaculaires du début du 20e siècle, elles retracent l’évolution d’une discipline qui a longtemps attendu son messie.Si Lavoisier a été un précur-i seur, la chimie a pris son essor sans grands bouleversements, contrairement à d’autres disci-jplines scientifiques, comme la (physique.Espoirs et sagesse de la médecine par Jean Bernard Éditions Odile Jacob, Paris, 1993, 240 pages, 39,95 $ > n 1968, le président Nixon décidait que l’histoire n’oublierait pas son nom : il 'attaquait au cancer et avait ’intention de le vaincre.De lombreux spécialistes lui ivaient affirmé que cela était issible.Il suffisait d’investir ’argent nécessaire dans la re-berche.Des milliards de dol-et dix ans de recherche boutirent à un constat ^l’échec.Malgré les importants découvertes des armées suides, le cancer continue de aire des ravages.et le président Nixon est passé à Thistoire JEAN BERNARD D« fWiflJi'mir Iran^aàe ESPOIRS ET SAGESSE DE LA MÉDECINE EOmOMS Metievinc due qui résulte de la diminution du nombre de globules blancs.Pour lui, c’est le deuxième grand échec de la médecine.Jean Bernard tente de prévoir ce que sera la médecine du prochain siècle.Il pose des questions : le 21e siècle parvien-dra-t-il à éviter le commerce du corps humain ?quelle part du revenu national devrons-nous consacrer à la recherche ?Espoirs et sagesse de la médecine informe et suscite la réflexion.Atlas du ciel 2000,0 de Cambridge par Wil Tiron Éditions Broquet, La Prairie, 74 pages, 39,95 $ «Tl armi les cartographes cé-JT lestes modernes, Wil Tiron est sans doute le plus hot.» C’est en ces termes que le traducteur de cet ouvrage, Marc Jobin, astronome au Planétarium Dow, décrit l’auteur de l’atlas.Il faut savoir qu’au cours des années les lignes de coordonnées que nous utilisons comme repères dans le ciel se déplacent régulièrement par rapport aux étoiles.Cela signifie, soit dit en passant, que les constellations du zodiaque ne sont plus au même endroit qu’il y a 2000 ans : « Un bon argument contre l’astrologie », lance en riant Marc Jobin.Wil Tiron a été le premier, dans les années 70, à se lancer dans la fabrication d’atlas pour l’an 2000.Son atlas sera tout à fait juste le 15 janvier de l’an 2000 à midi, ce qui ne l’empêche pas d’être fiable pour les 20 ou 30 prochaines années.Le ciel y est découpé en 20 cartes, chacune accompagnée d’un tableau de données.Accessible aux astronomes débutants comme aux plus avancés, il est aussi de format pratique : « C’est un bon atlas d’utilisation polyvalente, conclut Marc Jobin.Contrairement à d’autres atlas plus volumineux et plus encombrants, je n’hésiterai pas à l’apporter dans mes bagages lors de mon prochain voyage dans l’hémisphère sud, au Chili.» Un monde sans hiver par Francis Hallé Seuil, Paris, 1993, 382 pages, 49,95$ L’auteur, biologiste spécialiste des forêts tropicales, a vécu à Abidjan (Côte d’ivoire), à Cayenne (Guyane française), à Brazzaville (Congo), « ses meilleures années de tropicalisme », écrit-il.Avec passion et compétence, il présente les tropiques aux « habitants Francis Hallé Un monde sans hiver [ ,'T Les Tropiques nature et sociétés Seuil des pays industriels, confortablement installés dans les régions tempérées du globe ».Il s’interroge : les tropiques, est-ce que ça existe ?s’agit-il d’un enfer ou d’un éden ?y parle-t-on science ou poésie ?L’auteur nous parle de la terre, des climats, des roches, des fleuves, de la vie, des hommes et de leur psychologie, de l’agriculture, de l’économie, de la politique.Francis Hallé nous offre un regard personnel, saupoudré de courts extraits de récits de voyages d’auteurs célèbres comme San Antonio et André Gide.Il nous fait découvrir un monde fascinant et encore mystérieux.Les quatre cavaliers de l'Apocalypse par Andréanne Foucault VLB Éditeur, 1990, 164 pages, 16,95$ Si vous avez manqué Les quatre cavaliers de l’Apocalypse, le film animé par Lise Payette, voici une autre chance de connaître les opinions de l’animatrice, des recherchistes, des journalistes, du réalisateur, du producteur et de nombreux spécialistes, québécois ou suédois, sur notre « environnement en péril ».Des situations souvent dramatiques sont illustrées à l’aide d’images tirées du film.• Danielle Ouellet Québec Science / Octobre 1993 63 La dimension cachée par Raynald Pepin L A SCIENCE DANS L A V I E QUOTIDIENN La formule qui rend millionnaire C'est la même formule mathématique qui gouverne le frottement d'une corde autour d'un poteau, le refroidissement du café, l'intensité de la lumière dans l'eau.Votre café est bouillant : combien de temps devez-vous le laisser refroidir avant qu’il ne soit, disons, à 70°C ?Après avoir brossé vos dents, vous passez la soie dentaire : combien de fois enroulez-vous la soie autour de vos doigts ?Dans ces deux cas, vous avez affaire à ce que les mathématiciens appellent une croissance (ou décroissance) exponentielle.Prenons un exemple bien concret.Vous déposez une seule fois 100 dollars à la banque : quand serez-vous millionnaire ?Réponse : peut-être beaucoup plus vite que vous ne le pensez.Faisons le calcul.Voici l’équation qui vous permettra de devenir riche : $ = A x e™.Le « $ » est le montant que vous récolterez quand vous retirerez votre argent de la banque, à la fin de la croissance exponentielle.Le « A » est la somme d’argent que vous avez déposée à la banque.Le « e » est une constante mathématique qui vaut 2,718281828.; k est le taux d’intérêt; B correspond à la durée de la croissance (si l’intérêt est calculé quotidiennement, B doit être un nombre de jours, quand l’intérêt est mensuel, B doit être un nombre de mois).Allons donc déposer nos 100 dollars à un taux annuel de 5 % dans un compte à intérêt quotidien : la quantité A vaut initialement 100 dollars.L’intérêt quotidien, « k » dans l’équation, vaut 5 % 365 = 0,0137 % par jour.Pour la première journée, « B » vaut 1.Le montant 1^" y fst[ s «T-C UP $ Ax G kB O va donc augmenter à $=(2,718281828)o.oooi37xlOO$, soit 100 dollars et 1,37 cent.Au bout d’un an, le dépôt aura grimpé à 105,13 dollars.Après 10 ans : 165 dollars.Après 100 ans : 14 900 dollars.Pour voir votre million, il faudrait vous faire congeler, puis décongeler dans 184 ans ! Tout ça avec un dépôt initial de 100 dollars ! C’est ça une croissance exponentielle.Voyons quelques exemples de variations exponentielles.La corde autour du poteau Dans son roman Mathias San-dorf, Jules Verne célèbre l’exploit d’un hercule qui, à la force des poignets, retient un bateau de 50 tonnes au moment L V de son lancement.L’homme saisit une amarre qui pend du pont, l’enroule autour d’un pieu fiché en terre et s’arc-boute, immobilisant le bateau.Surhumain ?Non : n’importe qui aurait pu le faire ! Supposons qu’autour d’une branche d’arbre horizontale, on enroule une corde trois fois.À un des bouts de la corde, on suspend une masse d’une tonne.Il suffit, pour soutenir la masse, de se cramponner à l’autre bout de la corde avec le même effort que pour tenir une tablette de chocolat de 80 grammes ! En supposant.que la branche tienne le coup ! (Il faut aussi supposer que la branche soit rugueuse pour que le frottement soit suffisant.) Comment cela est-il possi- ble ?Plus une corde est enrou-jj'-n I lée autour d’un poteau, plus le fciu frottement entre la corde et le | [i poteau augmente.Et à cause |iirjp du frottement, la tension varie entre les deux bouts de la corde.La tension et le frottement dans la corde augmentent exponentiellement avec le nombre de tours.Cette croissance exponentielle du frottement reliée au nombre de tours est très prati-1 -que.Quand on coud un bouton, j](1 on enroule le fil plusieurs fois autour de brins du tissu : le frottement est tel que le fil et le bouton tiennent.De même pour la soie dentaire enroulée autour des doigts, ou pour le pansement que l’on pose sur uni membre.La solidité des nœuds ^ repose sur le même principe 64 Québec Science / Octobre 1993 H « on enroule la corde autour de la corde! Plus il y a d’enroulements, plus le nœud est solide.Le café est brûlant Sorti de la cafetière, votre café est trop chaud.Heureusement, il se refroidit car sa chaleur se diffuse à l’air environnant.La baisse de température du café est proportionnelle à la différence de température entre le café et l’air.La tempéra-re du café décroît donc expo-entiellement ! Autrement dit, ^jquand le café est chaud, sa y' température baisse vite; quand ' il est tiède, il se refroidit plus ) lentement.y Cette loi a été formulée par ) Isaac Newton.quoique en bon I.(\nglais, il s’intéressait proba-‘N blement plus au refroidissement du thé qu’à celui du café ! Newton s’est intéressé à la dif-sion de la chaleur, car il voulait calculer l’âge de la Terre.Pmbien de temps avait-il fallu la Terre initialement en fusion pour se refroidir à sa tem-Dérature actuelle ?En fait, son ' V malyse était incomplète, car IjN die ne tenait pas compte de la P j chaleur dégagée par les roches r 'adioactives, la radioactivité ¦* îtant alors inconnue.îWj.• Ceci nous amène à une ques-¦ij.le ion cruciale.Vous vous prépa-]((jle 'ez un café et vous désirez le ,Jlff )oire le plus tôt possible, mais j.j.f sans vous brûler la langue.À juel moment faut-il ajouter le it : dès le début ou juste au ornent de boire ?Une étude iprofondie, publiée en 1988 lans le sérieux^4mmcan humai of Physics, montre que i le lait est froid, c’est la se-»nde méthode qui fournit le :afé le moins chaud.is f® La lumière évanouie suffit de plonger dans une liscine ou dans un lac pour se endre compte que plus on des-:end, plus il fait sombre.C’est ipie la lumière perd de son in-t ensité en se propageant dans in milieu transparent.L’éner- gie absorbée se transforme en chaleur.Dans l’air, l’absorption est faible, mais dans l’eau, elle est assez importante.C’est pour cela qu’il fait noir au fond des océans.Cette perte d’intensité est proportionnelle à l’intensité initiale du faisceau de lumière.Encore ici, on observe une décroissance exponentielle ! L’intensité lumineuse diminue très rapidement dans les premiers mètres sous la surface de l’eau, puis plus lentement.À quelques mètres sous la surface de l’eau, on remarque aussi que les objets prennent une couleur bleu-vert.C’est que l’eau absorbe davantage la lumière rouge que la lumière verte ou bleue.À15 mètres sous la surface, les trois quarts de la lumière rouge ont déjà été absorbés.Le vert et le bleu dominent donc dans la lumière résiduelle.On retrouve la fonction exponentielle dans bien d’autres circonstances.Dans des conditions idéales (nourriture suffisante, pas de prédateurs), les populations d’espèces vivantes s’accroissent exponentiellement.Certains porte-voix, cors ou pavillons de haut-parleurs ont une forme exponentielle, c’est-à-dire que leur rayon augmente exponentiellement.Cette forme permet de transmettre assez uniformément toutes les fréquences sonores.L’exponentielle décroissante gouverne aussi la désintégration radioactive et les applications qui en découlent, comme la datation au carbone 14.Dans les premiers milliers de mètres au-dessus du sol, la pression et la densité de l’air diminuent exponentiellement avec l’altitude.Un parachutiste en chute libre tombe ainsi plus vite à 3000 mètres d’altitude qu’à 1000 mètres.On ne peut même plus sauter en parachute sans que les mathématiques nous rattrapent au détour! • La vérité sur L'HYPNOSE L’hypnose est un outil puissant : certaines personnes ont été opérées sous hypnose.Mais cette technique a aussi ses limites.Elle est parfois dangereuse.La vérité sur l’hypnose, dans le prochain numéro de Québec Science.Pour en finir avec les sondages Nous sommes en période électorale.Les sondages jouent un rôle très important en politique.Comment sont-ils conçus ?Sont-ils crédibles ?Influencent-ils l’opinion publique ?La douleur inutile Par ignorance, certains médecins font inutilement souffrir leurs patients.Est-ce le cas du vôtre ?La survie du plus altruiste Nous savons tous que chez les animaux, les plus forts et les plus combatifs survivront mieux.Comment expliquer que chez certaines espèces, plusieurs individus sont altruistes ?Québec Science / Octobre 1993 65 par Michel A.Bouchard La Terre joyeuse Il ne se passe pas de jours sans que j’entende dire que la Terre est en danger, ou que je lise que la Planète doit être sauvée.J’aime bien ce jeu de prêter vie aux choses; toutefois, j’ai l’impression que dans ce cas-ci, quelque part, on confond la victime.Je pense que si la Terre nous donnait une entrevue, qui sait si elle ne nous dirait pas plutôt combien elle est joyeuse et que sans nous, elle trouverait le temps bien long ! Je pense en effet que la Terre est joyeuse de nature, qu’elle se réjouit facilement de tout ce qui lui arrive, parce qu’elle ne s’inquiète vraiment que de son intérieur et du ciel dont elle craint qu’il ne lui tombe ou retombe un jour sur la tête.De l’intérieur surtout — la Terre a une vie intérieure très intense — car s’il arrivait que le carburant s’épuise, elle deviendrait un astre mort, comme sa fille la Lune.C’est sans doute pour cela qu’elle a toutes les raisons de se réjouir de ces convulsions qui l’animent, de ses haleines qui s’exhalent en volcans, de ses plaques tectoniques qui tournoient et s’empilent en montagnes.C’est pour elle un signe de santé tellurique.La Terre est aussi très craintive devant l’immensité du ciel étoilé; elle craint ces météorites, ces astéroïdes, ces comètes que, de tout temps, elle surveille et redoute.Ses craintes sont astronomiques et universelles.Si la collision était de taille, elle s’en trouverait ébranlée, peut être même désaxée ! Il y a de cela très longtemps, 66 Québec Science / Octobre 1993 la Terre coulait des jours heureux.Son air était irrespirable mais qui s’en souciait ?Au milieu d’océans bleus, s’étendaient des continents lisses et gris, de roche nue et saine.Pendant près de deux milliards d’années, que le bruit du vent, de la foudre, et de l’eau sur la pierre.Puis, on ne sait trop comment, on ne sait trop pourquoi, la Vie vint; du moins commença-t-elle à laisser des traces.Selon une hypothèse parmi d’autres, ce serait les cyanobactéries qui auraient eu cette première idée de faire de la photosynthèse, libérant ainsi ce sous-produit de leur nouvelle invention : l’oxygène.Catastrophe, d’une certaine façon et pour ainsi dire.En termes contemporains, nous dirions « Changement global; Impact majeur et irréversible sur un des attributs fondamentaux de l’environnement ».C’était le début de l’oxydation.Pour à peu près les deux autres milliards et demi d’années qui allaient suivre, l’eau, l’air et la terre ne seraient plus jamais pareils.Voilà que ça devint Vert.Et ce bruit infernal de choses qui rampent et grognent, de battements d’ailes, de bruissement de feuilles, d’arbres qui tombent, de feu et de pas.Tout cela ne semble pas avoir affecté le moral de la Terre.Au contraire, elle a beaucoup insisté pour nous être hospitalière, pour nous fournir eau et vivres, pour nous abriter.Quand je dis nous, je parle de vous et moi, et de tous nos ancêtres, avec les générations intermédiaires, dans toute notre évolution.Elle s’est habituée à nous.Elle nous a vus affronter de terribles épreuves, livrer des luttes et, à quelques reprises, connaître des extinctions et des disparitions d’une ampleur à vous faire frémir.Il semble clair enfin que lorsqu’on s’inquiète de la Terre, on transpose les inquiétudes et les craintes que nous nourrissons pour nous-mêmes.Et quand je dis nous, je vous laisse le soin de choisir s’il s’agit de l’humanité dans toute sa simplicité ou de la nature dans toute sa biodiversité.C’est une autre question.Cela fait plus noble et plus altier de chercher ainsi à sauver notre bonne vieille Terre que l’on fait tant souffrir, plutôt que de sauver son bourreau.N’empêche que ce n’est pas vraiment du sort de la planète dont il est question, mais bel et bien du sort du monde.Au travers de nos réflexions sur la place de l’homme dans la nature et sur l’équité interspécifique, la vraie question est celle du maintien des fonctions et des attributs de la biosphère au complet, ou en partie; du droit de l’homme à tirer usufruit de la nature, de son devoir ou sa prétention d’en être le gardien, de sa fina- lité de devoir survivre.Veut-on préserver l’Amazonie pour l’inspiration, l’élévation, le sens di| la beauté et le plaisir esthétique que procure à l’homme la nature vierge, ou veut-on préserver celle-ci dans le prolonge| ment d’un devoir de conserver la nature en soi et pour elle-même, une sorte d’altruisme el| d’intégrisme écologique ?Sur le plan utilitariste, veut-on conserver ces espaces pour le médicament miracle que pour raient receler ses lianes et ses innombrables insectes que Fou n’a pas encore vus, ou parce que l’on veut conserver sur piei cette quantité effrayante de dioxyde de carbone tant craint et tant honni une fois en l’air ?Nous pouvons craindre en effet^J ce changement global, et d’autres dont nous sommes les architectes parfois inconscients, ces impacts irréversibles sur des attributs fondamentaux de notre environnement.Sans doute, comme avant, la Terre, qui en a vu d’autres, ne craint pas cela.À nouveau, l’eau, l’air et la terre pourraiem ne plus être pareils, mais qui < s’en souciera ?Alors dans le fond , ce n’est pas « sauvons la Terre » qu’il faut dire, mais, soyons francs, « sauvons-nous !».À la Terre, ce qu’il faut lui dire, c’est qu’on veut lui sau ver la Vie.Car j’ai bien peur qu’à ses craintes telluriques et astronomiques soit maintenant venue s’ajouter celle, nouvelle, de rester seule.• Professeur titulaire, Michel A.Bouchard enseigne la géologie à l’Université de Montréal.Il est aussi coordonnateur scientifique au Bureau de soutien à l’examen public du projet de Grande-Baleine Guillaume Renaud, infographiste, spécialiste de la synthèse numérique d'images tridimensionnelles.Derrière la jeunesse de Guillaume, nous voyons l'adulte décidé qu'il sera.Si cette vision nous pousse à développer des services de plus en plus intelligents, c'est que nous savons que, demain, il sera un client des plus exigeants.Bell des gens de parole 1 li i IB ©: mMm Concours APOLOG *, version 1994.Le concours APOLOG s’adresse à tout le personnel - éducateurs, enseignants, professionnels et autres - des commissions scolaires et des établissements d’enseignement privés de l’éducation préscolaire, du primaire et du secondaire.Il vise à stimuler la création de didacticiels (logiciels éducatifs) de qualité et à les rendre accessibles dans tout le réseau scolaire québécois.En plus du trophée CHARLEMAGNE, une bourse de 6 000 $ est remise à l’auteur du logiciel gagnant dans chacune des deux catégories du concours.Les gagnants et les gagnantes du concours APOLÛG 1994 seront connus au 12e Colloque annuel de l’AQUOPS*, qui se tiendra à l’Hôtel Hilton, à Québec, du 6 au 8 avril 1994.N'oubliez pas de vous procurer la fiche d'inscription auprès du responsable du concours, de la remplir et de lui retourner avant le 3 mars 1994.Pour plus d'information, adressez-vous à M.Robert Bibeau, responsable du concours APOLOG, Direction des ressources technologiques de formation, ministère de l'Éducation, 600, rue Fullum, 8e étage, Montréal (Québec) H2K 4L1.Tél.: (514) 873-7678.APOLOG : Applications pédagogiques à l'ordinateur d'un logiciel original gagnant.AQUOPS : Association québécoise des utilisateurs de l'ordinateur au primaire et au secondaire: r ' , K I / 6T \ \ \\ i l'irtiiÿ-nï 'r (W.ajL S \ \ \ \ \ \ \\\\ WW Education ¦cal Québec h M**1
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