Revue Desjardins : organe officiel de la Fédération des caisses populaires Desjardins, 1 janvier 1968, Juin - Juillet
JUIN ET JUILLET MARTIN LUTHER KING, ROBERT KENNEDY I Deux espoirs des ghettos de la société d'abondance, deux artisans de la paix, frappés en pleine maturité et en pleine action par des déments de la violence. La pensée économique et politique de DesJardins * YVES ROBY LA CAISSE POPULAIRE DE LÉVIS Après de nombreux pourparlers et de fréquentes consultations, au cours desquels il s’efforce d’exposer à ses concitoyens son projet de créer à Lévis une institution d’épargne et de crédit, le 20 septembre 1900, il convoque chez lui, à une réunion, plusieurs de ses co-paroissiens groupés dans des sociétés mutuelles.1 Le but de cette convocation était d’exposer à des citoyens Le projet jormé et approuvé dans Vintimité par quelques-uns d’entre eux, puis, si l’idée était acceptable, de nommer un comité d’lu itiative chargé d’étudier les moyens de réaliser le projet en promulguant des Statuts et Règlements, en s’inspirant dans ce travad des Constitutions et des Règlements d’associations similaires des pays ci-haut mention nés S A la suggestion de messieurs Joseph Delisle, Edouard Labadie, Albert Lambert, Pierre Ferland et Xavier Marceau, on résolut de créer un tel comité d’études et d'initiatives qui se réunirait les lundis et mercredis soirs de chaque semaine, jusqu’à la rédaction définitive des Statuts et Règlements.Le comité se réunit ainsi tout l’automne, dix-huit fois au total.Le 22 novembre, à la dernière réunion, on adopta les règlements définitifs qui de- * Yves Roby, Alphonse Desjardins et les Caisses populaires, 1854-1920, Chez Fides et au Service de la papeterie de La Fédération: $2.1.Cette idée, il Femprunte à Luzzati et à Charles Rayneri, be Manuel des Banques populaires: 19-20.L'auteur soutient qu'il faut en premier lieu s'assurer le concours des sociétés de secours mutuel.Leur action doit se borner à patronner l'idée, à la faire apprécier parmi leurs membres qui se chargent de s'en faire les propagandistes.2.ACPL, Procès-verbaux des assemblées préliminaires à la jondation de la Caisse populaire de Lévis, première réunion, 20 septembre 1900.vaient être approuvés lors de la fondation de la Caisse populaire de Lévis.En effet, le 6 décembre 1900, à sept heures et demie du soir, sur convocation individuelle, plus de cent citoyens qui représentaient les diverses classes de la population de Notre-Dame de Lévis, des municipalités de Saint-David, de l’Aube-rivière et de Notre-Dame-de-Ia-Victoire, se réunissaient dans le local de la Société des Artisans canadiens-français de la cité de Montréal, rue Eden.On décida, à l’unanimité, de créer une société d’épargne et de crédit.Trop pauvre au début pour avoir son propre local, la nouvelle institution accepta l’hospitalité de la Société des Artisans qui, gratuitement, mit ses locaux à sa disposition.Trois soirs par semaine, les lundi, mercredi et samedi, on y faisait la perception.Le jour, la demeure de Desjardins tenait heu de bureau.Desjardins n’aurait pu choisir un meilleur milieu d’expérimentation.La première Caisse allait œuvrer parmi une population d’environ 10,000 personnes, dont l’élément spécialisé travaille au service du Grand-Tronc ou des entreprises locales.Les manœuvres trouvent de l’embauchage dans les activités reliées^ au port.3 Une succursale de la Caisse d’Eco-nomie Notre-Dame de Québec et la Banque des Marchands, qui y font des affaires d'or, recueillent les épargnes et dispensent le crédit à la population.Une chaleureuse réception accueillit la naissance de cette première cellule.Les coopérateurs européens saluèrent avec joie et sympathie l’apparition de ce confrère.(( Pour mon compte )), dit Rayneri, « je suis satisfait d’avoir pu collaborer de loin à cette institution qui deviendra un 3.Alphonse Desjardins, TCS: 7.modèle et un phare.» 4 5 Wolff, pour sa part, s’exprime en ces termes: (( Donc, il y a maintenant une banque populaire au Canada, (.) et vous en êtes le fondateur qu’on fêtera un jour comme un bienfaiteur national.» 5 Le témoignage le plus flatteur et le plus encourageant devait lui venir de son curé, M.l’abbé F.-X.Gosselin.Dans son prône du 30 décembre 1900, il salue en ces termes la naissance de la Caisse populaire: « Le siècle a vu naître ces admirables œuvres de charité chrétienne connues sous le nom de Sociétés Saint-Vincent-de-Paul, venant au secours de l’indigent; Ces associations ou Caisses populaires répandues partout en Europe et faisant aux populations un bien immense.(( En passant, je salue avec une profonde satisfaction la fondation dans notre ville d’une semblable société ou banque populaire, pouvant faire tant de bien parmi nous.Je suis fier de le dire: ce sera la gloire de Lévis d’avoir créé la première banque populaire sur ce continent, et je lui souhaite le succès et la très grande prospérité dont jouissent ses sœurs, les institutions similaires d’Europe.» 6 Nous pouvons facilement imaginer la joie qu’a éprouvée Desjardins en entendant de telles paroles.C’est avec une ardeur renouvelée qu’il se remit à la besogne.Il lui fallait maintenant se prouver à lui-même et démontrer aux autres l’excellence de son système.C’est ce à quoi il s’appliqua dès janvier 1901.< 4.Charles Rayneri à Alphonse Desjardins, 29 juillet 1901.0.22: 14a-17.5.W.H.Wolff à Alphonse Desjardins, 11 octobre 1900.0.22: 12a-7.6.ACPL, Note d'Alphonse Desjardins à la suite des Procès-Verbaux des Assemblées préliminaires à la fondation de la Caisse populaire de Lévis.r SOMMAIRE Une belle histoire/une vraie 107 Une cause de l’inflation histoire Cyrille Vaillancourt Cyrille Vaillancourt Conséquences économiques et Visiteurs du Japon Rosario Tremblay 108 sociales de l’abondance et l’évolution Maurice Lamontagne de Vers un monde nouveau Édouard-A.Tardieu 109 La Caisse populaire de Granby compte 15,000 membres Le rôle du gérant Donald J.MacKinnon HO L’or et son avenir Prière du commandeur Al- Notre nouveau système télé- 115 phonse Desjardins au Sacré- phonique Cœur 116 117 118 121 122 Vol.34- Nos 6-7 Lévis, juin-juillet 1968 N LA RE VUE DESJARDINS, organe officiel de La Fédération de Québec des Unions régionales des Caisses populaires Desjardins, et tirée ce mois-ci à 17,000 exemplaires, est imprimée aux ateliers Charrier&Dugal (1965), Ltée, à Québec.• Le prix de l'abonnement, pour un an, est $2.50.• Le ministère des Postes, à Ottawa, a autorisé l'affranchissement en numéraire et l'envoi comme objet de deuxième classe de la présente publication.Port payé à Québec.r-rfXlP-7 l—tc i n ,—J v RÉDACTION ET ADMINISTRATION LA FÉDÉRATION DE QUÉBEC DES UNIONS RÉGIONALES DES CAISSES POPULAIRES DESJARDINS, AVENUE DES COMMANDEURS, LÉVIS (QUÉBEC) J 106 ÉDITORIAL Une belle histoire / une histoire vraie CYRILLE VAILLANCOURT Il y a quelque temps, je rencontrais un jeune couple marié depuis une dizaine d'années, et nous parlions de la situation malheureuse qui existe dans plus d'un foyer: des époux ne s'entendent pas, les enfants en souffrent, et, après un certain temps, le mari et la femme ne pensent qu'à se séparer et à vivre chacun de son côté, malheureux, et parfois dans une misère morale, souvent même matérielle.La jeune femme me dit alors: « Voulez-vous que je vous raconte mon histoire qui date de quelques années.Comme vous vous occupez beaucoup de service social et qu'on vous consulte souvent sur plus d'un problème conjugal, moral ou familial, vous pourrez vous servir de notre exemple pour conseiller aux familles de faire l'expérience que nous avons vécue, que nous vivons tous les jours, et qui nous a donné le bonheur.» Vous nous connaissez depuis assez longtemps, mais vous ne saviez pas qu'un très grave malaise existait dans notre foyer, au point que j'en étais venue à envisager notre séparation définitive et la mise en pension de nos enfants.Je ne savais pas ce que c'était le véritable amour; je n'avais aucune amie, ne voyant que des défauts chez mes voisines.Moi seule avais toujours raison.Fort heureusement, j'avais conservé un peu de piété et, chaque soir, avant de me mettre au lit, j'adressais trois Ave à la Vierge Marie.Un jour, me rendant à la messe en l'église Notre-Dame, à Montréal, je prends /e Semainier et je vois qu'une association appelée Les Foyers Notre-Dame organisait des retraites fermées pour couples mariés.Comment se fait-il qu'à un certain moment je me sois décidée à téléphoner à la personne indiquée, si ce n'est par une grâce que la sainte Vierge m'a obtenue.Après m'avoir donné les explications nécessaires concernant ces retraites fermées, la dame me demande si nous voulions nous inscrire.Nous allons y penser, dis-je, mais sans grande conviction.Comme j'avais laissé mon nom, la dame me rappelle un peu plus tard et, après avoir suscité certaines confidences de ma part, elle me dit tout le bonheur que nous retirerions d'une telle retraite.Quelques semaines passent, et un bon jour je me dis: (( Ça va tellement mal dans notre foyer, pourquoi ne pas essayer de faire une retraite fermée?Peut-être y aura-t-il un peu d'amélioration par la suite.» — Je fais part de ce projet à mon mari, et, comme il était bien meilleur que moi, il accepte sans hésitation de faire avec moi une retraite fermée pour couples mariés.Il se rendait bien compte que notre foyer se désagrégeait, que nos enfants souffriraient énormément advenant notre séparation, l'aînée tout particulièrement qui commençait à déceler le malaise existant.Et un jour, nous partons en retraite fermée.Là, après deux jours de réflexion, j'ai réalisé ce que c'était, le véritable amour: amour de Dieu, amour entre époux, amour pour nos enfants, amour du prochain.Deux années ont passé depuis et, maintenant, le bonheur existe dans notre foyer.Jamais je n'ai été aussi heureuse de toute ma vie: nous nous connaissons mieux, mon mari et moi.Nous nous comprenons, nous nous aimons et nous aimons nos enfants plus que nous-mêmes.» Pendant qu’elle parlait, je regardais son mari et je voyais sa figure rayonner d'une exaltation spirituelle, je puis dire, d'une expression de beauté et de bonté.Et la jeune femme continuait: « Quand des couples viendront vous voir pour se plaindre qu'ils ne sont pas heureux, conseillez-leur de faire une bonne retraite fermée.On dit souvent que les couples qui ne s'entendent pas feraient bien de consulter un psychanaliste, un psychiatre; en allant faire une retraite fermée on rencontre le plus grand psychanaliste, le psychiatre par excellence.Dieu lui-même, et on apprend à le connaître, à l'aimer, à observer ses commandements, en un mot, à être heureux.Avant notre retraite, nous ne faisions jamais notre prière ensemble; aujourd'hui, nous ne nous mettons jamais au 107 lit sans dire quelques Ave en remerciements de cette grande faveur que nous avons eue de faire une retraite conjugale où nous avons appris ce que c’était, le véritable amour, où nous avons compris aussi que nous ne sommes pas parfaits, loin de là, et que d'autres autour de nous sont souvent meilleurs que nous.« Avant mon mariage, j'étais infirmière.Je reproche aux autorités des hôpitaux catholiques de ne pas développer chez ces gens l'esprit de charité, l'esprit d'amour de Dieu.On leur enseigne à traiter le physique, mais soigner l'âme, on ne leur en parle à peu près jamais, et pourtant les maladies de l'âme sont beaucoup plus graves que les maux physiques.(( L'amour véritable, conclut-elle, c'est ce qui fait le bonheur.» < Visiteurs du Japon ROSARIO TREMBLAY Les 11 et 12 juin 1968, nous avons reçu la visite du Révérend Père Miguel Lafont, s.j., du Centre d'information du Crédit populaire de l'Institut socio-économique de l'université de Sophia à Tokyo.Il était accompagné du Révérend Père Robert Vallée, p.m.é., curé de Hirosaki-Shi dans le nord du Japon.Le Père Vallée est un diplômé en service social de la Faculté des sciences sociales de l'université Laval.Il avait déjà visité la Fédération et les institutions du Mouvement coopératif Desjardins en 1963.La première Caisse d'inspiration Raiffeisen a été fondée au Japon en 1880.La première loi permettant la fondation de Caisses a été votée en 1924.Elle fut amendée par la suite.Mais ces Caisses restèrent longtemps dans un état stationnaire à cause du manque de participation des membres.Il a fallu donc pratiquement recommencer à neuf.Grâce à l'initiative des Pères Vallée et Lafont, 16 nouvelles Caisses populaires du type Desjardins ont été fondées au Japon ces dernières années.Elles groupent environ 2,000 membres qui sont recrutés pour la plupart parmi les ouvriers d'usines à faibles revenus.Ces Caisses populaires possèdent maintenant une organisation régionale miniature dans le nord du Japon.On espère parvenir à la constitution d'une fédération prochainement.Ce développement des coopératives d'épargne et de crédit a été rendu possible grâce surtout à l'assistance financière de l'Asia Foundation dont le siège social est à San Francisco.Durant leur court séjour, les visiteurs se sont rendus à la Caisse populaire de Saint-Louis de Pintendre, à La Société d'assurance des Caisses populaires, à L'Assurance-Vie Desjardins et à L'Institut coopératif Desjardins.Ils ont aussi été reçus par l'honorable Cyrille Vaillancourt, qui a tenu à les encourager fortement à continuer l'œuvre entreprise.< ' 108 Vers un tonde nouveau ÉDOUARD-A.TARDIEU Ce volume du très regretté sénateur américain, Robert F.Kennedy, a paru aux Editions Stock, à Paris, en avril dernier.C'est une traduction par Denise Meunier de To seek a newer world, publié en 1967 chez l'éditeur new-yorkais Doubleday and Company.Le livre, qui porte cette dédicace à mes enfants et aux vôtres, porte aussi en exergue d'abord cette pensée de Camus: « Nous ne pouvons pas empêcher peut-être que cette création soit celle où des enfants sont torturés.Mais nous pouvons diminuer le nombre des enfants torturés.Et si vous ne nous y aidez pas, qui donc dans le monde pourra nous y aider?» puis ces vers d'Alfred, Lord Tennyson: « Les lumières s'allument sur les [rochers.Longuement le jour décline: [lentement la lune monte.L'Océan aux mille voix gémit [alentour.Amis, venez.Il n'est pas trop tard pour chercher [un monde plus nouveau.Poussez au large et que les avirons [en cadence réglée Frappent les sillons sonores; car [mon dessein demeure: Faire voile par delà le couchant [et les voies Des étoiles de l'Occident jusqu'à [ma mort.» Le candidat à la présidente, fauché en pleine campagne électorale, se révèle, dans cet ouvrage, l'homme combatif, épris d'un vaste et splendide idéal qu'on a toujours admiré à l'échelle nationale et internationale.« Les essais qui composent ce livre, a-t-il écrit, proviennent essentiellement de travaux, de voyages et de discours au Sénat depuis que j'y suis entré en janvier 1965.» Il y traite de la jeunesse, des taudis, des ghettos, de la ségrégation, de l'alliance pour le progrès, du con- * Robert F.Kennedy, Vert un monde nouveau.Stock, Paris, 320 p., prix 26-50-f.trôle nucléaire, de la politique chinoise, du Vietnam.En post-scriptum, il conclut avec des idées-chocs dont quelques-unes ont été citées par son frère, Edward, dans l'oraison funèbre prononcée à l'occasion de ses funérailles à la cathédrale Saint-Patrick, entre autres celles-ci: « Nous vivons dans un monde révolutionnaire et partout cette génération a dû assumer un fardeau de responsabilité comme aucune autre n’en avait jamais porté.Courtoisie du Consulat américain.; $$ « Un philosophe italien l'a écrit: < Il n'y a rien de plus difficile à prendre en main, rien de plus périlleux à conduire, ni de plus incertain dans son suedès que l'initiative d'introduire un nouvel ordre des choses.> C'est pourtant la tâche qui revient à cette génération et le chemin est semé d'embûches nombreuses.« Il n'est ni réaliste, ni lucide de prendre des décisions et des initiatives sans être guidé par des valeurs et des buts moraux.C'est commettre une folle imprudence.C'est ignorer les réalités de la foi, de la passion, de la conviction, de forces en dernière analyse plus puissantes que tous les calculs des économistes ou des généraux.Bien sûr, leur rester fidèle en face de dangers immédiats exige beaucoup de courage et d'assurance, mais seuls ceux qui osent risquer de grands échecs peuvent obtenir de grandes réussites.« Je crois que ceux qui, aujourd’hui, auront le courage de se lancer dans la bataille de la morale se trouveront des compagnons dans tous les coins du monde.« Pour les plus favorisés d'entre nous, le quatrième danger est le confort, la tentation de suivre les sentiers faciles et familiers de l'ambition personnelle et du succès financier, si largement ouverts devant ceux qui jouissent du privilège de la culture.Mais ce ne sont pas ceux que l’histoire a tracés pour nous.Les Chinois disent en guise de malédiction: « Puisse-t-il vivre en des temps intéressants.!); Eh bien! que cela nous plaise ou non, nous vivons en des temps intéressants, des temps de danger et d’incertitude, mais aussi des temps plus propices qu'aucun autre dans l'histoire à l'énergie créatrice de l'homme.Nous serons tous jugés finalement et au fil des années nous nous jugerons nous-mêmes d'après notre contribution à l’édification d'une nouvelle société mondiale et la mesure dans laquelle elle aura été modelée par nos idéaux et nos objectifs.« Notre avenir est peut-être au-delà de ce que nos yeux peuvent voir, mais non pas complètement hors de la portée de notre volonté.La grande impulsion qui a fait l'Amérique nous incite à croire que ni le sort, ni la natjure, ni le courant de l'histoire ne déterminent la destinée mais le travail de nos mains guidé par la raison et les principes.» Un livre chargé de révélation et d'idées courageuses.Un livre à lire, à relire et à méditer.109 Le rôle du gérant Adaptation d'un texte anglais de DONALD J.MacKINNON En ternies enjoués, souvent humoristiques, un homme du métier nous explique quel est, d’après lui, le rôle d’un gérant d’une coopérative d’épargne et de crédit.Nous soumettons ses considérations et réflexions à la sagacité de nos lecteurs.Comme tous les enfants, certainement, nous nous sommes amusés avec une loupe pour concentrer les rayons du soleil sur quelque objet.Cette concentration de rayons lumineux sur un seul point produit du feu et réduit en cendre l’objet fixé.Le gérant de toute entreprise me semble, en quelque sorte, pareil à un tel objet exposé aux rayons solaires.Sa capacité de résistance face à l’action destructrice de la chaleur et de la pression est l’indice de sa valeur comme gérant.L’ancien président Truman concrétisa encore mieux cette pensée quand il eut à dire: Si l’on ne peut pas supporter la chaleur, il vaut mieux se tenir loin de la cuisine.C’est au gérant à exercer son métier avec une maîtrise susceptible de maintenir la chaleur à un degré supportable.La tendance humaine à personnaliser les organisations joue, certes, aussi contre nos gérants.C’est que le cerveau humain opère avec des images mentales.Il ne comprend les structures légales et les groupes impersonnels qu’à travers les êtres humains qui les composent.L’image mentale d’un groupe d’une certaine importance tend à ne représenter que quelques individus qui ressortent comme leaders du groupe.Le gérant de la Caisse populaire doit satisfaire trois groupes de gens, les membres, son Conseil d’administration et les employés.La confiance et le respect des trois groupes, ou au moins en pratique.Un bon gérant de Caisse populaire doit être assez facilement disponible pour les membres.Il délègue ses responsabilités et se concentre sur sa vraie tâche, celle que personne ne peut faire: montrer aux autres ce qu'il faut faire, et lui-même prendre le temps de penser.de la majorité des membres sont essentiels au gérant afin de pouvoir exercer ses fonctions avec succès.Pour un emploi utile de son temps, il doit toujours être en parfaite harmonie avec tout le monde.En effet toute dissension ou discorde est susceptible de le frustrer du fruit de ses efforts.Etudions ensemble, brièvement, les rapports du gérant avec chaque groupe, et voyons ce qui peut être fait pour que ces rapports soient harmonieux et fructueux.D'abord les membres Quoi que l’on fasse, il y aura toujours quelqu’un pour s’opposer à cette idée: il m’arrive souvent de penser que j’ai 27,000 patrons.Pour votre tranquillité, sachez que cela est normal en affaires.En réalité, je préfère des réactions — même négatives — à mes actes que rien du tout ou de l’indifférence.D’après moi, le meilleur indice de succès ou de faillite d’une direction administrative, c’est la réaction totale de tous les membres.C’est une attitude d’esprit nécessaire pour la paix et les progrès réels, surtout quand un directeur se plaît à réfléchir sur les critiques d’un membre en Se disant que ce pourrait être l’opinion de la majorité.Chaque année, à la distribution des bonis, par exemple, aussi sûr que le soleil se lèvera demain matin, je m’attends à voir un membre affirmer que ces bonis sont si faibles que tous vont retirer leur épargne.Je me réconforte alors à la pensée de l’accroissement remarquable du taux des épargnes.Celui qui se plaint, me dis-je, à ce moment, ne représente vraiment pas, à considérer son propre comportement, tous les gens dont il prétend être le porte-parole.En effet, non seulement il maintient son compte d’épargne, mais encore il y ajoute de nouveaux dépôts.En fermant son compte d’épargne, il se priverait, peut-être, du plaisir de me faire, chaque année, des reproches .Dès lors, j’ai choisi de juger mes efforts, dans mes rencontres avec le Conseil ou les membres, sur le résultat global.Cependant, je ne pense pas que nous devrions négliger les réclamations même d’un seul membre.Après tout, celui-ci peut bien devenir un jour, membre du Conseil 1 Mais il est bon de se le rappeler: aucun membre ne pourra jamais connaître l’état des affaires autant que vous ou votre Conseil, C’est pourquoi, j’ai toujours compris qu’on ne doit pas se tourmenter quand on sait que sa cause est juste.Des dirigeants de Caisses populaires avec leur gérant, ont pris toutes sortes d’importantes décisions susceptibles de provoquer la colère des membres.Tout a bien marché parce qu’ils ont su conserver leur sang froid et qu’ils ont fait un bon usage des informations qu’ils possédaient et de leur bon sens.Je voudrais ici attirer votre attention sur l’importance de la disponibilité du gérant vis-à-vis des membres de la Caisse populaire.Certains gérants s’isolent si bien qu’il devient pratiquement impossible de prendre contact avec eux, si ce n’est en usant de certaine pression.De nombreux gérants, moi-même y compris, pour se rendre plus accessibles au public, travaillent derrière une cloison de vitre, la porte ouverte et le téléphone à leur portée.Quand ma porte est ouverte et que je suis seul, je suis 110 IN é- g.U ce at t- id in te te m ¦t, te, lès ts, ell at ue lâ' te, Fe- et! ais int est ils tet ite.tes or- itce an?aje lent Fen- lent jdte sant reua join bfc 3 de bone 5 est sois Le Conseil d’administration de la Fédération au travail.SUIF prêt à recevoir tout membre, peu importe ce qu’il a en tête.Si je suis à mon bureau et que la porte est fermée, le visiteur peut voir que j e suis en conférence.Par les instructions reçues, ma secrétaire peut juger de l’importance de l’affaire et décider si elle nécessite mon dérangement.La téléphoniste est avisée, sauf contre ordre, de diriger tous les appels à mon bureau, si j’y suis.Cette façon d’agir n’oblige pas le membre à divulguer ses affaires à des subordonnés et, en fait, réduit extrêmement les vaines interruptions du travail de ma secrétaire.Le contact direct présente une meilleure image du gérant qui se trouve être un auditeur sympathique des problèmes du membre, problèmes qui pour moi sont sans conséquence, alors qu’ils peuvent être d’une extrême importance pour lui.Aujourd’hui, on s’inquiète beaucoup du fait que l’individu n’est qu’un pion dans une dictature dirigée par des machines.Il est très difficile dans une grande organisation de sauvegarder l’importance de l’être humain au point de lui faire sentir, même s’il est membre ou client de l’entreprise, qu’il n’est qu’un point d’arrêt dans la routine quotidienne.Il faut rappeler au personnel de toute entreprise en contact journalier avec un grand nombre de gens combien il est important de traiter chaque personne réclamant un service comme si elle était l’unique membre à se présenter à cette heure.Le Service des prêts, dès lors, est de toute importance dans la démonstration constante de cette politique.Même si le Service des prêts prépare des centaines de demandes quotidiennes, même si, pour une meilleure efficacité et un meilleur service, le temps consacré à chaque demande a été réduit à des secondes, la réaction du membre doit toujours être prise en considération.La transaction réelle, la demande et la récep- tion de fonds, peut seulement durer un temps très court; l’argent en question peut être une valeur négligeable en comparaison du montant total prêté durant la journée; cependant le prêt peut être de grande importance pour la personne.Sans nul doute, cet homme a dû lui-même, peut-être aussi sa femme et toute sa famille, se pencher longuement sur cette décision de demander un prêt.Que de nuits sans sommeil et que d’examens de conscience ont dû être répétés! Il est possible qu’il y ait eu de longues discussions à la recherche de réponses à des questions comme ceUes-ci: (( Sommes-nous capables vraiment d’effectuer ces versements?— Ces articles que nous voulons acheter, en avons-nous réellement besoin au point de nous endetter davantage?— Ne risquons-nous pas de mettre en danger la stabilité financière de la famille?» Je doute que la plupart des commissions de crédit soient aussi sévères envers les membres que ceux-ci le sont envers eux-mêmes.Dès lors, au Service des prêts, celui qui prend contact avec un membre de la Caisse populaire, s’il a une once de bonté, devrait tenter l’impossible pour mettre ce membre bien à l’aise, pour le réassurer et lui donner les conseils nécessaires sans le gêner.De cette façon, à son départ du bureau, ce membre sera sous l’impression que tout le monde penche de son côté, qu’on est vraiment intéressé à son mieux être, et qu’on le considère non seulement comme un homme de valeur, mais que c’est lui qui a fait une faveur à la Caisse populaire en sollicitant un prêt.Par contre, voici le gérant qui pense qu’il doit s’asseoir dans le couloir comme un réceptionniste ou un prêtre confesseur à plein temps, celui qui pense que sa fonction est de remplir toutes les tâches du bureau.Il est extrêmement difficile pour beaucoup de gérants de répartir les responsabilités, je le sais bien.Ils tentent de justifier leur incapacité dans ce sens en prétendant qu’ils se tiennent plus près des membres par leur activité et leur air affairé.Cependant, on devrait reconnaître, ici, la valeur du principe économique suivant : chaque tâche dans le service devrait être exécutée par l’employé le moins payé et capable de l’accomplir de façon satisfaisante.La meilleure méthode pour corriger un gérant toujours occupé aux petites tâches au lieu d’exécuter le travail pour lequel il a été engagé — qui est de gérer — serait sans doute de lui payer un salaire en rapport avec le travail qu’il effectue actuellement! Cela nous conduit naturellement à ces questions: quel est le travail du gérant?Qu’attend-on ordinairement de lui?Qu’est-ce que les dirigeants sont en droit d’attendre de lui?Chaque employé est payé tout d’abord pour une chose: son temps.Chaque employé, en retour de son 111 salaire, doit donner assez d’attention à sa tâche pour qu’elle soit bien faite.Pour des travaux de nature mécanique, on peut aisément appliquer ce principe.Ainsi, un commis doit évidemment être au guichet pour recevoir les dépôts d’argent, un teneur de livre doit faire fonctionner une machine pour les inscriptions dans le livre journal.Cependant, au fur et à mesure que nous montons dans l’échelle administrative, cette définition en fonction du temps devient de plus en plus difficile à appliquer.Si nous acceptons le principe que les employés les moins payés et capables de réaliser un travail satisfaisaint y soient affectés, il s’en suit que ce n’est pas au gérant à exécuter la plupart des travaux mécaniques au bureau.Ce qu’il est tenu de faire doit être, pour le moins, une tâche de caractère plus difficile que celle de ses subordonnés.Une vieille expérience personnelle, plutôt pénible, illustrera très bien ce point.J’ai été le premier employé à plein temps de ma Caisse populaire, laquelle s’était développée rapidement.Très vite, j’ai eu besoin d’aide.Il me fallait alors répartir les tâches.A mon premier assistant, j’ai dit: (( Vous serez au guichet pour recevoir les dépôts, tandis que je m’occuperai des prêts et que je tiendrai les livres.» Quand un second assistant fut engagé, j’ai dit au premier: « Vous tiendrez les livres, le nouvel employé sera au guichet et je me chargerai des prêts.» (Remarques : maintenant que nous avons plus de 50 employés, chacun exécute une des tâches que j’accomplissais moi-même au début.) Vraiment, il m’a été difficile de renoncer à toutes ces petites besognes pour me réserver à la direction.Quand, par hasard, aux jours d’affluence, je remarquais la longue queue des membres, je ne pouvais contrôler une impulsion qui me poussait ou bien au guichet ou au comptoir de prêts.Pourtant j’avais déjà perdu l’habitude de ces services, à tel point que mon travail comme commis ou comme préposé aux prêts était bien inférieur au rendement des autres employés et, suivant toute apparence, j’étais gênant.Mais je me flattais à la pensée que mes bonnes intentions étaient bien appréciées.Il n’en était rien: je fis bientôt face à cette réalité.J’aurais dû le sentir quand, parfois, des membres de la Caisse populaire laissaient entendre des remarques comme celles-ci: les affaires ne doivent pas aller sur des roulettes puisque le patron est obligé de travailler.J’ai dû enfin reprendre ma vraie place.Mes employés avaient décidé de procéder à une autocritique.Dans ma naïveté j’avais accepté, persuadé qu’ils allaient exprimé leur admiration pour l’aide que j’apportais en servant les membres aux heures de presse.Quel choc pour moi d’apprendre alors que, presqu’à l’unaminité, ils désapprouvaient ma « générosité »! Les employés avaient en tête une image de ce que le patron est censé faire et de ce qu’il est censé être.Or, pour eux, mes actes n’étaient pas le reflet de cette image.Un gérant c’est celui qui prend des décisions et non pas celui qui les exécute.Il doit indiquer à ces employés ce qu’il faut faire, il ne doit pas prendre leur place.En conséquence, le Conseil m’ordonna de me débarrasser de ma ma -chine à calculer, de m’abstenir de la réception des dépôts, de me détacher du service des prêts et de m’attacher à la besogne pour laquelle je suis payé, celle d’administrer.Naturellement quelqu’un ne peut pas s’asseoir devant un bureau et ne rien faire.Aussi, depuis, j’ai été obligé de consacrer mon temps à ces activités administratives qui sont bien celles du gérant.A mon avis la meilleure utilisation du temps d’un gérant pourrait se définir comme suit: 1° Faire ce que personne d’autre ne peut réaliser; 2° Montrer aux autres ce qu’ils doivent jaire; 5° Penser.Etudions l’une après l’autre ces trois divisions de la besogne du gérant et voyons comment il gagne son pain et son beurre en distribuant ainsi son temps.Évidemment, il serait difficile d’ordonner strictement le temps de chacune des trois répartitions.Au fait, les bons gérants sont ordinairement engagés dans les trois divisions simultanément, car les bons gérants sont toujours disponibles, ils travaillent pour leur Caisse populaire vingt-quatre heures par jour.1.Faire ce que personne ne peut réaliser peut signifier: représenter la Caisse populaire devant ses administrateurs, devant la communauté, devant les membres, devant les employés, ou encore devant n’importe quel groupe qui requiert une attention de la part de l’organisation.Cela consiste aussi à bâtir des plans pour l’avenir, et surtout à décider de la meilleure réponse à donner aux problèmes quotidiens.Le sigle P.O.-D.C.C.synthétise diverses responsabilités du gérant: planifier, organiser, diriger, coordonner et contrôler.2.Montrer aux autres ce qu’il jaut Jaire: cela veut dire définir le rôle de chaque employé.En réalité c’est par une délégation du gérant que les employés exercent leurs attributions.Cette vérité paraît plus évidente lorsqu’on considère le gérant qui est entré au service de l’organisation au moment de l’ouverture.Il est le premier et le seul employé à parvenir au sommet de la direction en passant par tous les échelons.3.Le gérant doit enfin avoir le temps pour penser.C’est là un problème, car il est évident que, quand il pense, il ne peut rien faire de plus.Un ancien professeur de l’université de l’État du Michigan, monsieur Zwarenstyn, disait: « Si j’avais à fabriquer un gérant, je placerais une cheminée sur sa tête, pour émettre 112 une fumée de couleur différente suivant chacune de ses activités.S'il pense, la couleur de la fumée l'indiquerait et alors on devrait le laisser seul.» Pour accomplir efficacement sa besogne, le gérant doit vraiment être à même de réfléchir dans la solitude.Les gérants doivent aussi s’intéresser activement à acquérir les connaissances qui leur manquent et à communiquer aux autres ce qu’ils ont reçu.Ils peuvent le faire en participant activement à des conférences, à des cycles d’études, aux congrès de leur organisation, en se livrant à la lecture de publications relatives à leur genre de travail.Qui peut savoir quand une idée géniale surgira dans votre esprit?Combien de fois une inspiration n’a-t-elle pas jailli au beau milieu de la nuit?D’autres fois ce sera en vous rendant à votre bureau ou en y revenant.Je n’ai jamais noté exactement le moment où me sont venues mes meilleures idées.Ce dont je suis certain, quant aux résultats obtenus, c’est qu’il m’est arrivé souvent de gagner mon salaire hors du bureau.Ainsi j’essayais une fois d’approfon- dir une idée relative à l’amélioration de certain service de notre Caisse.Quelques écueils inévitables me tracassaient.Lors d’une assemblée de notre Union, quatre autres gérants et moi, nous avons profité d’une pause à la fin d’une réunion du comité pour louer une automobile et faire un tour dans les environs.Evidemment, nous n’avons pu éviter de parler affaire.Nos conversations étaient parfois si absorbantes que, à mon avis, personne ne regardait vraiment le paysage.J’ai exposé mon idée au groupe ainsi que mes difficultés sur certains aspects de la question.Des suggestions jaillirent de droite et de gauche et mes problèmes étaient résolus.Parmi ces suggestions, j’ai noté une ou deux auxquelles je n’aurais jamais pensé.En langage monétaire, le coût de mon absence physique du bureau était négligeable en comparaison de la valeur financière actuelle de ces idées pour ma Caisse populaire.Passons, maintenant, aux relations du gérant avec son conseil.Un gérant travaille bien mieux, à mon sens, quand avec douceur, mais avec fermeté, il insiste pour que chacun reste à sa place.Ordinairement les rapports s’établissent de cette façon : Les Conseils d’administration fixent les directives, c’est-à-dire qu’ils décident ce qui doit être fait.Les gérants, eux, exécutent les directives, c’est-à-dire qu’ils font ce qui doit être fait.Or, beaucoup de membres du Conseil d’administration, surtout quand ils débutent, manquent de connaissances pratiques nécessaires pour une bonne direction.Ceci n’est pas une critique.Mais ce champ d’activité est si vaste qu’une aide compétente leur est indispensable.Un gérant sait bien aussi qu’il lui faut l’avis des experts dans beaucoup de branches par exemple en comptabilité, en droit, en relations publiques, en relations humaines.En général, les directeurs sont — et doivent être — des personnes d’une bonne volonté exceptionnelle, donnant volontiers de leur temps bénévolement.Cependant, à considérer seulement une des sphères les plus importantes de la Direction, celle relative aux lois, et aux règlement régissant les Caisses populairse, on constate que les membres du Conseil d’administration ne sauraient avoir suffisam- Comité de pubLLcité du mouvement Desjardins en séance au Local de L’Union régionale de Montréal.S* H: i «A IV.1 %f\ ment d'informations pour les guider dans leurs efforts pour préserver la Caisse populaire de toute entrave tout en la gardant dans les lignes de ses statuts.Dès lors, il est de première importance que des relations harmonieuses et d'extrême confiance existent entre le conseil et le gérant.Le conseil doit avoir conscience d'exercer ses prérogatives légales et morales en connaissance de cause.Le fait par lui de rechercher l'aide du gérant, dont il a besoin, ne signifie nullement une soumission à celui-ci.Le conseil d'administration a le droit d’attendre de son premier employé qui est le gérant: 1° Qu'il soit une mine d'informations pour lui quant aux lois et rè- glements, quant aux développements possibles des services aux membres et quant au rayonnement de la Caisse populaire dans toute la communauté.2° Qu'il soit capable et toujours prêt à suggérer des plans pour l’amélioration du service et pour la solution des problèmes posés au Conseil.Cela suppose, naturellement, qu'il prépare à l'avance ses suggestions, qu'il se documente minutieusement, qu'il ait foi en ses propositions et qu'il accepte la responsabilité de leur exécution.3° Qu'il leur soumette des idées nouvelles pour favoriser la croissance et le développement de la Caisse populaire.En retour, il importe de dire ce que le gérant a le droit d'attendre du Conseil d'administration.Il revient au Conseil: 1° De recevoir avec considération les suggestions du gérant, de prendre des directives basées sur leur valeur et leurs mérites avec en vue toujours les meilleurs intérêts de l'ensemble de l'organisation.2° D’agir comme un élément modérateur de l'enthousiasme du gérant, en essayant de refléter aussi fidèlement que possible les sentiments de l'assemblée des membres.Le meilleur type de rapport de confiance, selon moi, n'est pas celui qui s'établit du premier coup.C'est plutôt celui qui s'est développé au cours des années et qui est le fruit du respect et de la confiance mutuelle.A la vérité, on rencontre dans ce genre de relations, des dangers contre lesquels on doit se prémunir.Les directeurs qui pensent, à cause de leurs responsabilités, devoir assumer les attributions de la gérance sont aussi dangereux que les gérants qui essaient d'assumer l’autorité dévolue au Conseil d'administration.Au surplus, les rapports de confiance qui doivent exister entre les membres du Conseil d'administration et le gérant ne sauraient détruire les responsabilités de chacun d'entre eux et de tous.Et il leur faut reconnaître que la Caisse populaire n'est pas leur propriété personnelle.Ils ne peuvent donc la mener à leur guise.Un objectif que nous devons toujours avoir en vue: veiller soigneusement à nous conformer à toutes les stipulations de la loi des Caisses et du règlement de régie interne.L'arbitraire du gérant, joint à la complaisance du Conseil d'administration suscite parfois des situations pénibles.Il en découle alors de gra- Le contact direct présente une meilleure image du gérant qui devient ainsi un auditeur sympathique des problèmes du membre. ves problèmes susceptibles d'entraîner la liquidation de l'entreprise avec également une certaine atteinte à notre réputation.Les dirigeants doivent se rendre compte de tous les ennuis qui résultent de leur inertie, comme des difficultés produites par des décisions imprudentes ou néfastes pour la Caisse populaire.En cas de détournements de fonds, par exemple, ne devrait-on pas accuser la Direction de négligence coupable, quand le gérant est inculpé d'action criminelle?Il y a toujours quelque chose qui cloche jusqu’à ce que la dernière goutte fasse déverser le vase.Revenons, enfin, sur les rapports du gérant avec ses subalternes pour faire ressortir ce point important : le Conseil d’administration n'engage qu’un employé, son gérant.Tous les autres membres du personnel travaillent pour le gérant.Le Conseil d'administration tout comme les employés de la Caisse populaire doivent être bien imbus de ce fait.Sinon l'entreprise marchera vers sa ruine.Le Conseil engage le gérant pour l'exécution de ses directives et pour l'application de la loi et des règlements.Il appartient au gérant de recruter ses collaborateurs et de remercier les incapables pour mettre ses responsabilités à couvert.Les directeurs qui permettent que leurs relations personnelles avec des employés gêne le travail du gérant font autant de torts à celui-ci qu’il en font à la Caisse populaire.Cela ne signifie pas que le Conseil ne doive pas être conscient de ses responsabilités, qu'il ne doive pas établir des normes, qu’il ne doive pas veiller à leur application.Au contraire, toute Caisse populaire employant un personnel, devrait posséder un manuel pour préciser ces normes avec la plus grande clarté.Ce manuel contiendrait des sections sur l'embauchage, la cessation des services, les salaires, l'administration générale, les congés payés et les congés sans paie, les règles de conduite de l'employé et la classification des postes.Les relations entre le gérant et ses employés, devraient s'établir sur une base de confiance réciproque et amicale.Cependant pour éviter tout conflit, connaissant la nature humaine, il importe que le gérant garde une certaine réserve en vue de sauvegarder le respect de son autorité.C'est que la position de gérant avec un pouvoir discrétionnaire sur les salaires, les conditions de travail et l'avancement du personnel ne peut jamais favoriser un rapport d'égal à égal.Il faut se rendre à cette évidence.Sinon on provoquera des dissensions et la création de cliques susceptibles d'entraver la position du Conseil d’administration et de compromettre, en définitive, la bonne marche de la Caisse populaire.< Adaptation d'un article de Donald J.MacKinnon paru dans The Crédit Union Executive, volume 7, numéro 1, printemps 68.Notre nouveau système téléphonique Depuis le 1er juillet 1968, les institutions de Lévis du Mouvement coopératif Desjardins utilisent un service téléphonique commun, le Centrex.Ce nouveau système offre plusieurs avantages.L’un d'eux est la composition directe qui permet de recevoir plus rapidement les appels de l'extérieur.Chaque poste possédant son propre numéro, il est possible de l'atteindre sans passer par la téléphoniste.De plus, à ceux qui sont à l'intérieur du Centrex il est loisible d’atteindre n'importe quel poste en composant les quatre derniers chiffres seulement des numéros inscrits dans le répertoire.A noter le changement des numéros de téléphone de toutes les insti- tutions qui font partie du Centrex, c'est-à-dire: La Fédération de Québec des Unions régionales des Caisses populaires Desjardins, La Société d’assurance des Caisses populaires, L'Union régionale des Caisses populaires Desjardins du district de Québec, L'Assurance-Vie Desjardins, La Caisse populaire de Lévis, L'Institut coopératif Desjardins, Les Producteurs de Sucre d'érable.Les trois premiers chiffres des nouveaux numéros sont 835, et le numé- ro général d’accès au service de renseignements pour toutes ces institutions est: 835-2323.Cette innovation n'est qu'une étape dans les projets de développement des institutions.Le jour n'est pas loin où toutes les Caisses populaires du Québec métropolitain pourront faire partie du Centrex.Et qui sait si un deuxième système à Montréal ne viendra pas compléter le premier.Tout cela dénote l'efficacité, l'envergure du Mouvement coopératif Desjardins et aussi son souci de répondre aux exigences de la technique moderne afin de faciliter le travail de ses employés, de se rendre plus accessible à ses membres et au public en général.< 115 Une des causes de l'inflation CYRILLE VA1LLANC0URT Sait-on qu'au Québec, en 1966-67, il s'est bu en moyenne par personne 14 gallons de boissons alcoolisées, soit un montant de $54., en comptant les bébés.On se demande ensuite comment il se fait qu'il y ait de l'inflation.Au cours des 52 semaines précédant le 31 mars 1967, il s'est vendu, au Québec, pour $176 millions de vin et de spiritueux et $144 millions de bière, soit 4,552,000 gallons de spiritueux, 4,797,000 gallons de vin et de bière vendus aux magasins de la Régie des alcools, et 88,788,632 gallons de bière vendus ici et là.Ces chiffres sont tirés des tableaux du rapport de l'administrateur de la Régie des alcools du Québec, monsieur Lorne-G.Power.Ce dernier précise qu'en 1966-67, soit au cours de l'année financière terminée le 31 mars 1967, c'est-à-dire avant l'ouverture de l'Expo 67, les ventes de la Régie ont augmenté d'environ 9% — en valeur et en gallons — par rapport à 1965-66.Globalement, il s'est donc vendu au Québec, en 1966-67, plus de 98 millions de gallons de boissons alcoolisées pour une valeur de $320,695,000.Par ailleurs, la Régie a vendu pour $103 millions de spiritueux canadiens et $41 millions de boissons importées, et $9 millions de vin et bière fabriqués au Canada et $23 millions de vin et bière importés.En 1921-22, les ventes de la Régie atteignait $15 millions.De 1921 à 1967, la Régie a réalisé des ventes totalisant $2.4 milliards.Au cours de l'année 1921-22, la Régie a réalisé un bénéfice net de 19% par rapport à son chiffre d'affaires; le pourcentage en 1966-67 s'est élevé à 38%.Veut-on des chiffres pour tout le Canada: en 1966, les Canadiens ont dépensé $1.29 milliard pour l'alcool, $935 millions pour le tabac, $903 millions pour les voyages à l'étranger, environ $325 millions pour les bonbons, et $50 millions à $55 millions pour nourrir les chats et les chiens.Les chiffres sur l'alcool, le tabac et les voyages sont fournis par le Bureau fédéral de la statistique.Ces chiffres ont été donnés par le sénateur C.W.Carter dans un discours qu'il prononçait au Sénat le 21 mars 1968.Et il ajoute:
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