Revue Desjardins : organe officiel de la Fédération des caisses populaires Desjardins, 1 janvier 1977, Vol. 43, no 2
2 1077 LA REVUE JJ J ¦ J-J ' .r » I LA REVUE Le Québec.« Non, ça n déraciné pas » (Gaston Miron, Tête de caboche) (Illustration: Odette Duchesne) VOLUME 43 n° 2 1977 LA REVUE DESJARDINS est l'organe officiel de La Fédération de Québec des Caisses populaires Desjardins, 150, avenue des Commandeurs, Lévis, Québec, Canada.Ce numéro est tiré à 21,000 exemplaires.Il a été imprimé aux ateliers Charrier & Dugal (1965) Limitée.Le prix de l'abonnement annuel est de $4.00.Affranchissement numéraire au tarif de la troisième classe, permis n° 110.Port payé à Québec.DIRECTION / COMMUNICATIONS: MADELEINE JOUBERT ADJOINT ADMINISTRATIF: MAJELLA ST-PIERRE RESPONSABLE DE LA RÉDACTION: MICHEL BEAUCHAMP COLLABORATION / RÉDACTION: JEAN-CLAUDE TARDIF GRAPHISTE-CONCEPTEUR ODETTE DUCHESNE DROITS ET RESPONSABILITÉS Il n'existe aucun droit de reproduction ou de traduction pour les articles de cette Revue.Par ailleurs, les éditeurs vous seraient reconnaissants de bien vouloir identifier la source quand vous prendrez la liberté de nous reproduire.Les opinions émises dans les articles publiés pour La Revue Desjardins n'engagent que la responsabilité de leur auteur.DÉPÔTS LÉGAUX: Bibliothèque nationale du Québec, Montréal.Bibliothèque nationale du Canada, Ottawa.SOMMAIRE Un symbole d'appartenance .3 — Claude Moquin Défendre notre authenticité et répondre aux attentes de la population.4 — Alfred Rouleau Augmentation de l'actif consolidé du MCPD .6 Fondation Girardin-Vaillancourt: sixième institution du MCPD .7 « Maternelle-maison »: une expérience éducative fort intéressante/Prix annuel Desjardins.8 — Michel Beauchamp Entrevue avec Vincent Lemieux: une consultation auprès des coopérateurs devient nécessaire.11 — Michel Beauchamp La canalisation de l'épargne: un document des H.E.C.13 Société québécoise: définir un ordre de priorités .24 — Michel Beauchamp Éléments de réflexion et images de la vie coopérative.26 — Michel Beauchamp/Odette Duchesne Coop/fiction.À la recherche d'une définition.33 — Michel Beauchamp Le marketing des caisses populaires: un modèle original à développer.34 — Mario Desmarais Consommation/La Société d'investissement Desjardins et le prêt de $2 millions à la Fédération des Magasins Coop .38 Consommation/Les caisses populaires et le développement du secteur coopératif de la consommation .40 — Gilles Arès Habitation/Hochelaga-Maisonneuve: le problème du logement et les caisses populaires.45 — Léo Bérubé Société de développement coopératif/Les coopératives, partenaires privilégiés de l'État.48 Madame Lise Payette L'industrie forestière québécoise/Tricofil, Asbestos, Cabano.et Tembec .49 — Jean-Claude Tardif La gestion budgétaire (V) Le système de crédit de la caisse populaire.55 CHANGEMENT D'ADRESSE Pour recevoir votre exemplaire régulièrement, veuillez nous prévenir au moins six semaines à l'avance de tout changement d'adresse, nous fournissant à la fois votre ancienne et votre nouvelle adresse et y joignant, si possible, l'étiquette apposée sur l'enveloppe de votre revue, à l'attention de Michèle B.Samson.2 Un symbole d’appartenance Claude Moquin Le Mouvement des Caisses populaires Desjardins et les institutions qui y sont réunies disposent maintenant d'un symbole commun, d'une signature d'ensemble.Ce symbole a été présenté lors de l'assemblée générale annuelle de la Fédération de Québec des Caisses populaires Desjardins, le 8 mars 1977, à Québec, dans le cadre des assemblées générales des institutions du Mouvement des Caisses populaires Desjardins.Le besoin d'un symbole uniforme pour l'ensemble des Caisses populaires Desjardins et des institutions qui les regroupent était devenu évident au cours des années.Il fallait créer un graphisme permettant de rapprocher fraternellement toutes les Caisses populaires Desjardins sous une signature identique, laquelle signature projetterait une image cohérente à l'ensemble des Québécois.L'image d'ensemble que la caisse populaire propose à la population québécoise permet d'identifier des lignes de force dynamiques.Le fait que la Caisse populaire Desjardins bénéficie déjà d'une cote d'amour fantastique auprès de la population facilitera le processus d'identification au nouveau symbole.mouvement des caisses populaires desjardins Processus d'intégration L'accord des dix unions régionales étant acquis pour diffuser le symbole avec le même lettrage et la même couleur, il faut s'attendre à des résultats éclatants et bénéfiques pour tout le monde, à la condition que toutes les caisses populaires emboîtent le pas.Dans une première étape, la Fédération et les dix unions régionales transformeront progressivement chaque élément qui sert à projeter l'image du Mouvement des Caisses populaires Desjardins.Dans une deuxième étape, les Caisses populaires Desjardins devraient commencer à recevoir les premiers éléments du cahier des normes d'application, et ce, dès le mois de mai 1977.De façon à obtenir le succès espéré, il est primordial que tout le monde accepte les règles du jeu.C'est ainsi que tous les paliers de la structure du Mouvement des Caisses populaires Desjardins seront informés adéquatement.Il s'agit tout simplement d'exercer durant quelques semaines une grande qualité qui s'appelle la patience.Le symbole et sa définition Le nouveau symbole du Mouvement des Caisses populaires Desjardins traduit bien, par l'intégration de ses formes, la multiplicité des activités du Mouvement et le regroupement en un ensemble unifié.Inscrit dans la continuité historique du Mouvement des Caisses populaires Desjardins, le nouveau symbole vise à mieux exprimer l'intégration des différents paliers d'intervention et les liens d'appartenance des organismes qui constituent le Mouvement des Caisses populaires Desjardins.Au plan graphique, on remarquera que l'abeille a emprunté les formes mêmes de son milieu alvéolaire naturel, formes parfaites de regroupement.Le nouveau symbole est donc à l'image même de ce principe coopératif qui puise toute sa force dans la relation dynamique de ses composantes.La couleur verte, couleur de croissance et de développement, évoque la volonté d'action, la jeunesse, l'espoir et la sagesse.Au moment de lire ces lignes, votre union régionale ainsi que la Fédération devraient avoir en main tous les éléments qui vous permettront de transformer l'image de chaque caisse populaire en une image globale uniforme .bien de chez nous. Défendre notre authenticité et répondre aux attentes de la population Alfred Rouleau* «.Bien des citoyens dans la nouvelle conjoncture politique au Québec s'interrogent face à l'avenir.N'est-il pas sain et stimulant de voir ainsi une population manifester autant d'intérêt pour ses problèmes?Une telle attitude témoigne de sa lucidité, de sa maturité et de sa volonté d'agir.D'ailleurs, ce n'est pas la première fois dans son histoire que notre peuple est appelé à vivre une période mouvementée.Je voudrais m'adresser aujourd'hui à tous ceux qui sont prêts à suivre ceux qui nous ont précédés et qui dans un contexte plus difficile que le nôtre, n'ont pas eu peur de l'effort pour mener à bien, dans un climat de sérénité et de détermination, les entreprises qu'ils ont mises sur pied et dont nous sommes les fiers héritiers.La richesse d'un pays, c'est sans doute son territoire, ses ressources naturelles, son potentiel énergétique; mais c'est surtout et avant tout ses habitants avec leurs aspirations, leurs motivations et leur savoir-faire.Cette richesse, comme vous le savez bien, s'inscrit dans un cadre politique dont les institutions peuvent et doivent nous aider à la développer.Être solidaires Dans notre monde occidental et chez nous comme ailleurs, nous connaissons une période de ralentissement dans le développement économique.Mais il ne faudrait pas oublier que ce phénomène ne se vit pas uniquement au Québec; il couvre le continent nord-américain comme les pays d'Europe aux prises avec les mêmes problèmes, dont le chômage et l'inflation.Vous admettrez aisément que nous sommes tous concernés par une telle situation et que nous devons être solidaires dans les mesures à prendre pour la redresser.Les chiffres révèlent que nous avons au sein des Caisses d'épargne et de crédit du Québec la plus forte tradition d'épargne en Amérique du Nord.Aussi, nous pouvons dire que les Caisses populaires répondent à leur rôle de promotion de l'épargne tout en permettant à leurs membres d'en garder le contrôle et de décider de son utilisation.Aussi, par voie de conséquence, nous pouvons dire qu'elles sont devenues, avec les années, une force économique et sociale sur laquelle nous pouvons compter.Le Gouvernement du Québec l'a sans doute compris ainsi puisqu'au moment où il convie à un sommet les principaux agents économiques, notamment le patronat et les syndicats, il invite, à y participer, le Mouvement Coopératif, en particulier le Mouvement des Caisses populaires Desjardins.Faità souligner, c'est la premièrefoisdans l'histoire du Mouvement Coopératif que le Gouvernement du Québec lui fait une invitation qui reconnaît l'importance de son rôle.Peut-on escompter qu'un tel geste ouvre la voie à un dialogue entre les représentants des principaux agents économiques dans notre société pour déboucher vraiment sur une politique de concertation nécessaire à la solution de nos problèmes?S'assigner des objectifs précis Une société ne peut se développer et atteindre un certain rayonnement si elle ne s'assigne des objectifs précis qui motivent son action, car en réalité, une société n'est pas seulement un ensemble d'hommes et de femmes réunis à un certain moment sur un territoire donné, c'est aussi un esprit de créativité et d'audace qui se cristallise dans la réalisation de projets à court, moyen et long terme.Pour le moment, il est certes difficile de prévoir ce que sera demain le statut constitutionnel du Québec.Chose certaine cependant, la présente conjoncture politique exigera de la part des hommes d'état beaucoup de lucidité, de sagesse, d'ouverture d'esprit, de souplesse et un profond respect de la démocratie dans la recherche de solutions correspondant aux aspirations de notre groupe ethnique.En ce qui concerne les différents paliers de gouvernement, nous continuerons, il va sans dire, à transiger avec eux tout en conservant notre entière autonomie et notre pleine liberté d'action.Pour en revenir à nous, j'estime que le Mouvement des Caisses populaires Desjardins doit avoir conscience de ses forces et de ses faiblesses, de son potentiel et de ses limites.Il se montrerait inférieur à ce qu'il a été jusqu'ici, s'il ne continuait pas à s'améliorer tout en restant fidèle à l'esprit de son fondateur qui rêvait au « plan d'une action collective solidement humaine » dont la Caisse populaire est l'une des chevilles ouvrières.Nous devons prendre conscience que nos concitoyens attendent beaucoup des Caisses populaires.* Extraits du message livré par M.Alfred Rouleau lors de l'assemblée annuelle de la F.Q.C.P.D., qui s'est tenue à Québec le 8 mars 1977. ÉDITEUR OFFICIEL DU QUÉBEC « En ce qui concerne les différents paliers de gouvernement, nous continuerons, // va sans dire, à transiger avec eux tout en conservant notre entière autonomie et notre pleine liberté d'action.» é ïüüüii y ,11'' : |1 ?•>*»>* V •djssm f.- k s- i W/V si ^ Face à une situation en constante évolution, nous devons être à l'écoute de leurs besoins et savoir inventer de nouvelles façons de mieux répondre aux défis de l'heure.L'épargnant et l'emprunteur doivent pouvoir réaliser que l'efficacité administrative va de pair avec une sensibilisation à la dimension sociale et humaine qui tienne compte du contexte dans lequel ils vivent.Autrement dit, le capital en plus de servir l'individu, doit aussi servir la collectivité.La dimension sociale de l'activité économique des coopératives est directement reliée au fait que nos organisations coopératives sont possédées en commun et contrôlées par les personnes mêmes dont elles ont pour objet de satisfaire des besoins.Les coopératives sont des instruments de développement qui tirent en grande partie leur valeur de leur enracinement dans le milieu où elles s'intégrent et dont elles épousent les préoccupations.Défendre notre authenticité En terminant, il nous apparaît que le Mouvement des Caisses populaires Desjardins doit demeurer l'une des institutions sur lesquelles les citoyens du Québec peuvent compter dans leur cheminement collectif.Et à ce propos, nous croyons utile de rappeler que les Caisses populaires, les Unions régionales, les Institutions et la Fédération qui les regroupe, sont nées de la volonté populaire et qu'elles constituent un de ses plus importants leviers de progrès socio-économique.C'est pourquoi il est de notre devoir de défendre notre authenticité et de nous assurer que le rôle que nous jouons est bien conforme à ce que la population attend de nous.Le service des membres et de la collectivité doit toujours demeurer notre premier objectif qui est celui d'en arriver à une société plus humaine.La liberté, la solidarité, le sens des responsabilités personnelles et sociales, la démocratie, la répartition équitable des biens, la participation active à l'avènement d'une économie s'inspirant de ces valeurs et en favorisant le développement, tel est le défi que nous devons continuer à relever dans un climat de sérénité, de confiance et de travail.» Assemblées générales annuelles Augmentation de l’actif consolidé du MCPD — ' , ^ MM Au cours d'un exercice financier se terminant le 31 décembre 1976, l'actif consolidé du Mouvement des Caisses populaires Desjardins a augmenté de plus de $1.2 milliards pour atteindre un grand total de $7,076,533,000.Voilà ce qui ressort de l'ensemble des états financiers présentés par La Fédération de Québec des Caisses populaires Desjardins et les cinq institutions Desjardins dans le cadre de leurs assemblées générales annuelles.Le secteur épargne et crédit Au 31 décembre 1976, La Fédération de Québec, les dix unions régionales et les 1,245 caisses populaires affiliées présentaient un actif global de $6,290,736,000, soit une augmentation de plus de $1 milliard par rapport à l'an dernier.Cet actif comprend plus de 200,000 prêts avec garanties hypothécaires et 600,000 prêts personnels (sur reconnaissance de dette) pour un montant de plus de $4 milliards.Ces épargnes et ces prêts satisfont les besoins de plus de 3,500,000 membres.Le secteur des assurances Les actifs réunis des quatre sociétés d'assurance du Mouvement des Caisses populaires Desjardins dépassent les $471 millions.Ces sociétés, au 31 décembre 1976, ont des placements qui dépassent le quart de milliard de dollars.Avec une augmentation de plus de 31%, l'actif global des deux institutions d'assurances générales, la Société d'Assurance des Caisses populaires et La Sécurité, compagnie d'assurances générales du Canada, excède les $98 millions.Le volume-primes de plus de $127 millions a permis de payer plus de $82 millions en sinistres encourus.Les placements de ces deux institutions ont augmenté de plus de 40% pour atteindre $61.5 millions.Les deux institutions d'assurance-vie du Mouvement des Caisses populaires Desjardins ont atteint un actif global de $373.7 millions, soit une augmentation de plus de 18.3% par rapport à l'an dernier.L'Assurance-vie Desjardins et La Sauvegarde compagnie d'assurance sur la vie, administrent un portefeuille d'assurances en vigueur de plus de $10.1 milliards.Les placements de ces deux sociétés d'assurance-vie dépassent les $190 millions et les prêts hypothécaires en vigueur atteignent près de $130 millions.Le secteur fiducie et gestion Avec un actif de $314 millions, la Fiducie du Québec gère des biens pour une valeur de plus de $1.4 milliards.Les hypothèques détenues représentaient, au 31 décembre 1976, une valeur de $267 millions et les fonds Desjardins ont accru leurs actifs de 7.4% pour atteindre $58 millions.Suite à une résolution de l'assemblée générale de l'an dernier, l'Association Coopérative Desjardins et la Société de Gestion d'Aubigny ont remis la propriété des compagnies La Sauvegarde compagnie d'assurance sur la vie, La Sécurité, compagnie d'assurances générales du Canada et la Fiducie du Québec directement aux unions régionales et à leurs caisses populaires affiliées.Ainsi, l'Association Coopérative Desjardins et la Société de Gestion d'Aubigny sont en voie de liquidation.6 STUDIO BEAULIEU ENR. Fondation Girardin-Vaillancourt: sixième institution du MCPD Suite à l'adoption de son nouveau règlement lors de son assemblée générale, tenue dans le cadre des assemblées générales annuelles des institutions du Mouvement des Caisses populaires Desjardins, la Fondation Girardin-Vaillancourt devient la 6e institution du M.C.P.D., avec la Fiducie du Québec, La Sécurité, etc.De plus, le nouveau règlement général assure une meilleure représentativité au sein du conseil d'administration puisque les membres seront issus des dix unions régionales et deux des institutions du Mouvement des Caisses populaires Desjardins.En devenant ainsi une institution vraiment provinciale, la Fondation Girardin-Vaillancourt a également élargi son champ d'action.En plus de promouvoir l'éducation et la recherche économique dans les domaines coopératifs, économiques, financiers et sociaux, la Fondation entend venir en aide aux étudiants oeuvrant au niveau des sciences, des sciences humaines et arts en leur octroyant des bourses ou en subventionnant toute personne ou toute institution poursuivant au Canada des recherches en ces domaines, tout en tenant compte de ses possibilités financières.Un objectif de $1 million d'actif Pour y parvenir, la Fondation Girardin-Vaillancourt espère fortement atteindre au cours de la prochaine année un actif de $1 million.La Fondation compte donc sur les caisses populaires, les dix unions régionales et les institutions du Mouvement des Caisses populaires Desjardins qui seront dorénavant toutes représentées sur son conseil d'administration.Selon le président de la Fondation, M.Gérard Marotte, on entend également sensibiliser les membres des caisses populaires à l'existence de la Fondation par une campagne d'information visant plus particulièrement à les inviter à souscrire à cette institution puisque « nous avons tous et chacun une responsabilité à assumer au niveau de l'éducation et du perfectionnement des étudiants québécois ».Enfin, la Fondation fera aussi appel à la générosité des entreprises des autres secteurs coopératifs et à l'entreprise privée afin qu'elles se joignent à cette oeuvre qui permettra de former des universitaires capables d'assumer des postes-clés au sein des entreprises québécoises.Les informations relatives au financement et aux demandes des bourses ou de subventions seront disponibles dans les caisses populaires.« Nous avons tous et chacun une responsabilité à assumer au niveau de l'éducation et du perfectionnement des étudiants québécois.» Situation financière de la Fondation fi J e u a L'année qui vient de se terminer pour la Fondation Girardin-Vaillancourt même si on n'a pas atteint l'objectif de $100,000 au niveau des souscriptions, a été très satisfaisante.L'octroi de bourses ou de subventions est passé de 52 (pour $39,800) en 1975, à 84 (pour $51,400) en 1976, soit une augmentation de $11,600.L'actif est passé de $572,000 à $656,000 au 31 décembre 1976.La Fondation a reçu $83,300 en dons, comparativement à $55,200 en 1975.Vocation sociale du M.C.P.D.En outre, alors que de nouvelles perspectives d'avenir s'ouvrent pour le M.C.P.D., on se doit de traduire sa vocation sociale par une action sur le plan provincial au niveau de l'éducation.« Faisons donc de la Fondation Girardin-Vaillancourt un instrument privilégié pour oeuvrer à ce niveau ».« Nous devons donc nous assurer que nous aurons les ressources humaines qualifiées pour assumer la responsabilité de la gestion et de l'administration des entreprises québécoises.Il est important que par l'entremise de la Fondation, nous permettions sur une plus vaste échelle l'accès à la formation universitaire ».7 Prix annuel Desjardins «Maternelle-maison»: une expérience éducative fort intéressante Michel Beauchamp — — MM Le symbole du Prix Annuel Desjardins 2.ayant un statut juridique reconnu ou fonctionnant selon les règles reconnues de la démocratie et 3.ayant réalisé, en 1976, un projet communautaire, à la satisfaction des personnes concernées par celui-ci; — ayant fourni des éléments de solution à un ou des problèmes; — ayant permis aux bénéficiaires de ces projets d'apporter eux-mêmes une contribution, à la mesure de leurs moyens; — ayant, après avoir été complétés, une incidence marquante sur le développement socio-économique d'une région ou localité donnée; — susceptibles, normalement, de se poursuivre ou de donner naissance à des initiatives complémentaires.Le jury Le Prix annuel Desjardins, d'une valeur de $10,000, a été décerné au Comité directeur du projet « maternelle-maison » de Centraide (Québec), lequel comité parraine un projet de « maternelle-maison » dans la région de Québec.C'est M.Alfred Rouleau, président de la Fédération de Québec des Caisses populaires Desjardins qui a, dans le cadre des assemblées générales annuelles des institutions du Mouvement des Caisses populaires Desjardins, remis le Prix annuel Desjardins aux responsables du projet « maternelle-maison ».Constatant, par ailleurs, le nombre considérable de projets soumis, soit 151, la qualité de ces projets et leur importance pour le milieu, les membres du jury ont attribué des mentions spéciales à deux organismes qui avaient présenté leur candidature: le Conseil régional de développement Lanaudière (Joliette) et le Centre communautaire et artisanal (Rivière-du-Loup).Chacun de ces organismes a reçu une somme de $2,500.Le Prix annuel Desjardins a été créé, rappe/lons-!e, dans le but d'apporter un appui à des citoyens du Québec ayant réalisé un projet à caractère communautaire.Le jury était formé de Mme Marthe Legault, documentaliste et militante au sein de différents organismes communautaires (Hull) et de MM.Léo Cormier, ex-président de la Ligue des droits de l'homme (Montréal), Jacques Champagne, directeur général de Développement et Paix (Montréal), Louis-Georges Gervais, de l'Union régionale de Trois-Rivières des Caisses populaires Desjardins, Jean-Eudes Bergeron, de l'Union régionale des Caisses populaires Desjardins du diocèse de Chicoutimi et Bernard Turmel, gérant de la Caisse populaire de Sainte-Anne de la Pocatière.Différentes catégories Les cent cinquante et un (151) projets soumis ont été regroupés au sein d'un certain nombre de catégories: initiatives pour personnes âgées, comités de citoyens et démocratie locale, coopératives et expériences communautaires d'inspiration coopérative, culture et artisanat, éducation économique, garderies, histoire locale, environnement et développement agro-forestier, aide aux handicapés, loisirs, promotion des femmes, service social, media communautaires, santé communautaire, secteur international.Caractéristiques des projets Les projets devaient posséder les caractéristiques suivantes: — être soumis par un groupe ou organisme communautaire 1.constitué ou opérant depuis au moins trois ans; 8 Projet «maternelle-maison» (Québec) « Les activités auxquelles participent les enfants se déroulent dans un environnement qui leur est familier, soit une maison du voisinage immédiat.» % • Projet parrainé par le Comité directeur du projet « maternelle-maison » de Centraide (Québec) et réalisé grâce à la collaboration de certaines commissions scolaires de cette région, le projet « maternelle-maison » permet, depuis 1971, à des enfants de 4 ou 5 ans de vivre — deux demi-journées par semaine— une importante expérience de socialisation, la « maternelle-maison » constituant une sorte de prolongement de l'école « institution ».• L'an dernier, 230 enfants de milieux populaires ont vécu l'expérience « maternelle-maison ».1,000 enfants ont participé à l'expérience depuis 1971.• Les activités auxquelles participent les enfants se déroulent dans un environnement qui leur est familier, soit une maison du voisinage immédiat.À tour de rôle, en groupe de 4 à 6 enfants, les participants vivent leur expérience d'apprentissage dans la maison d'un membre du groupe.• Les objectifs qui sous-tendent l'existence du projet « maternelle-maison »: 1.assurer le développement de l'enfant 2.revaloriser le rôle d'éducateur des parents qui participent, eux aussi, à l'expérience au moment où le petit groupe les « visite » 3.permettre aux différents acteurs de vivre une expérience de socialisation dans un environnement culturel qui leur est familier.• Une jardinière assure le transport des enfants et joue un rôle d'animatrice auprès des parents.• Au cours des prochaines années, les responsables du projet entendent, entre autres, organiser une « ludothèque » (service de prêt de jeux éducatifs) à l'intention des enfants desservis par la « maternelle-maison ».• C'est le ministère de l'Éducation du Québec qui finance — à même un budget spécial — le projet par l'intermédiaire de commissions scolaires.Ces dernières louent les services de Centraide, l'organisme qui est à l'origine du projet « maternelle-maison » dans la région de Québec.ODETTE DUCHESNE Centre communautaire et artisanal (Rivière-du-Loup) • Le Centre communautaire et artisanal de Rivière-du-Loup regroupe environ 150 artisans.• Les objectifs du Centre communautaire et artisanal de Rivière-du-Loup sont les suivants: — promouvoir la vente des produits des artisans; — améliorer la qualité des produits; — participer activement à l'organisation de cours et ateliers sur les différentes techniques artisanales; — promouvoir l'artisanat au niveau de la région.• Les premiers efforts d'organisation qui ont donné naissance au Centre communautaire et artisanal de Rivière-du-Loup remontent à 1972.• L'an dernier, les artisans de Rivière-du-Loup ont mis sur pied un comptoir de vente en plus d'organiser différentes sessions de formation à l'intention de la population locale.f ; fr f jf 1 s ' tj ! ! ri f ;r ¦ Conseil régional de développement Lanaudière (Joliette) • Le Conseil régional de développement Lanaudière poursuit les objectifs généraux suivants: aj favoriser la mise en commun des ressources des groupes et personnes de la région de Lanaudière; ôj rechercher la concertation des milieux socioéconomiques sur des questions de développement et d'aménagement régionaux; cj constituer les agents de développement de la région comme de véritables interlocuteurs face aux autorités extérieures à la région (OPDQ, ministères, Hydro-Québec, Union des conseils de comté, UFA, etc .); c/J sensibiliser le plus grand nombre de citoyens de la région aux approches rationnelles de développement et d'aménagement et susciter la prise en charge des situations par les personnes que possède la région.• Le C.R.D.Lanaudière poursuit les objectifs spécifiques suivants: aj élaborer les problématiques de développement et d'aménagement avec les agents du milieu qui constituent le leadership régional dans les secteurs suivants: — agriculture (rentabilisation et protection des sols) — tourisme (structure d'accueil) — industrie (développement de la moyenne et petite entreprise) — aménagement du territoire local et intermunicipal b) concertation sur les solutions et mécanismes cj stratégie d'intervention et d'utilisation des ressources extérieures pour les fins de développement régional.• Le C.R.D.Lanaudière a réalisé le projet « Lanau-Média », vaste opération de réflexion, de vulgarisation et de diffusion.10 ÉDITEUR OFFICIEL DU QUÉBEC Entrevue avec Vincent Lemieux* Une consultation auprès des coopérateurs devient nécessaire R.D.Depuis combien d'années êtes-vous dirigeant de caisse populaire et pourquoi avez-vous décidé d'oeuvrer au sein d'une coopérative d'épargne et de crédit?V.L.J'occupe un poste de dirigeant depuis douze ans.Mon beau-père Albert Côté, un ancien gérant de caisse populaire, et mon père, Paul-Omer Lemieux, un citoyen de Lévis, m'ont sensibilisé au monde des caisses populaires.C'est un administrateur de la Caisse populaire Saint-Louis-de-France (Sainte-Foy) qui m'a demandé, au nom des autres membres du Conseil d'administration, de remplacer un administrateur qui avait abandonné ses fonctions.Cet engagement m'a permis de mieux m'intégrer dans mon milieu immédiat.R.D.Vous analysez depuis bon nombre d'années différents phénomènes — surtout les phénomènes politiques — qui se produisent au sein de la société québécoise.Quels sont les changements politiques, culturels ou autres qui ont pu marquer la vie des citoyens du Québec depuis 1960?V.L.En tant que politicologue, je me suis surtout intéressé aux phénomènes politiques ou électoraux.Il y a eu quatre changements de gouvernements depuis 1960.C'est autour de ces changements que j'élabore mes analyses.1960 constitue une date importante dans l'histoire du Québec.On note l'intervention accrue de l'État dans certains secteurs d'activités (v.éducation, économie, etc.) au nom d'une meilleure coordination et d'une plus grande justice sociale .Dans le cas du développement économique, on estimait que certaines initiatives devaient être prises par « l'État-levier » .Même si certaines choses avaient été faites avant 1960, une nouvelle élite entendait donc, au nom du bien commun, utiliser l'État comme instrument de coordination et de développement.Àcemoment-là, les élites montantes avaient un préjugé favorable vis-à-vis l'État.En 1966, autre moment important: le parti Libéral quitte le pouvoir.L'Union nationale prend le pouvoir.Certains citoyens du Québec estimaient qu'on était allé « trop vite ».D'autres affirmaient qu'on était allé « pas assez vite ».On croyait généralement que le rôle de l'État perdrait de son importance mais ce ne fut pas le cas et l'intervention de l'État s'est poursuivie .Une certaine lenteur bureaucratique de même qu'une certaine inefficacité ont été associées à l'Union nationale, ce qui allait être, quelques années plus tard, une des causes de sa défaite .En 1970, les libéraux reviennent au pouvoir.On a alors mis l'accent sur le développement économique et la création d'emplois.En réaction à la défaite de 1966, le parti Libéral tente de se rapprocher de la majorité silencieuse .En 1973, nouvelle élection.Les Libéraux conservent le pouvoir.En 1976, quatrième changement de gouvernement depuis 1960.Les Libéraux constatent qu'ils ont perdu leur pari.Un fossé existait entre le parti Libéral et certaines élites progressistes.Parmi les autres phénomènes qui ont marqué la vie des citoyens du Québec depuis quelques années, j'ai noté l'émergence de différentes solidarités: solidarités professionnelles, régionales, syndicales et solidarités de « générations ».Autre phénomène important: le nationalisme ethnique (« nationalisme canadien-français ») coexiste dorénavant avec un nationalisme plus politique .Ce phénomène est assez important .Aujourd'hui, nous assistons à une sorte de nationalisation de la politique.Le politisation n'existe plus qu'au seul palier local.D'où l'existence de liens entre les problèmes locaux et nationaux.R.D.D'un point de vue politique, quel est le poids du M.C.P.D.sur l'échiquier québécois?V.L.Le M.C.P.D.a un pouvoir potentiel assez grand.Ce pouvoir n'est pas toujours actualisé .La crédibilité et la légitimité du M.C.P.D.sont très répandues dans l'opinion publique québécoise.Le fait que le M.C.P.D., par ses différentes institutions, ait des membres dans tous les secteurs de la société fait en sorte qu'il est très représentatif.Son poids économique et la qualité de son expertise ajoutent à son pouvoir.On a cependant l'impression que le M.C.P.D.pourrait être plus actif au sein de la société québécoise.Au moment où l'on parle beaucoup de la social-démocratie, le M.C.P.D.pourrait jouer un rôle de médiation face à certaines forces syndicales et patronales.Le M.C.P.D.ne peut pas se permettre de ne pas être associé à certaines actions de l'État, mais il doit s'engager avec prudence et à certaines conditions.R.D.Que pensez-vous de la participation et de la mobilisation des membres des caisses populaires?V.L.Ce qui me semble important, c'est que les membres soient suffisamment informés de ce qui se passe dans leur coopérative pour intervenir si des problèmes surgissaient .Au plan local, il * M.Vincent Lemieux est politicologue à l'Université Laval.Depuis douze ans, il est dirigeant de la Caisse populaire Saint-Louis-de-France, à Sainte-Foy.11 «.solidarités professionnelles, régionales, syndicales et solidarités de « générations ».» Mi,/* t'î-if- i rtiiv & 1%*., ¦ V 0- .t*,»' > 'mïht'ïlïï .J' «.>' >.' ' ' »v> Êv sVi ,.i, •*ur t, >">1 ‘.v * faut donc diffuser de l'information aux membres.Ces derniers ne sont peut-être pas suffisamment informés sur l'évolution générale de leur caisse populaire .Il est cependant difficile de faire participer les gens .La définition d'objectifs au niveau de zones ou des régions de même qu'un « roulement » plus accentué au niveau des dirigeants élus permettaient aux caisses populaires de sortir d'une certaine routine .Il faudrait toutefois conserver ce pluralisme idéologique attribuable au fait que les administrateurs proviennent de différents secteurs socio-économiques .R.D.Que pensez-vous du dualisme « social/ économique » qui génère un rapport de force dans certaines coopératives d'épargne et de crédit?V.L.Il s'agit d'un très « gros » problème.Si l'on se réfère au type d'organisation que sont les caisses populaires et si l'on tient compte de la concurrence des banques, il faut admettre que les caisses populaires doivent être à l'avant-garde en matière de services aux membres .Sans que ces services soient nécessairement « rentables ».Il faut continuer de pratiquer le coopératisme à visage humain.Je pense que les caisses populaires doivent encourager les organisations à caractère communautaire avec prudence et en sachant, à l'occasion, assumer des risques .Tout cela implique, cependant, des choix politiques.R.D.Au plan idéologique, comment l'entreprise coopérative se situe-t-elle par rapport à l'entreprise capitaliste et par rapport à l'État?V.L.J'ai des idées assez générales là-dessus.Certains individus accusent le M.C.P.D.d'avoir em- prunté à l'idéologie capitaliste et d'avoir adopté les techniques de gestion ou méthodes de l'entreprise capitaliste .Officiellement, on continue à professer une idéologie originale, mais, au plan opérationnel, on a adopté certains éléments de l'entreprise capitaliste .Par rapport a l'État, à l'État québécois, par exemple, le M.C.P.D.essaie d'être mieux « reconnu » et d'obtenir des lois qui pourraient favoriser son expansion .Toutefois, même s'il obtient des avantages de l'État, le M.C.P.D.ne doit pas s'engager inconditionnellement.R.D.Comment qualifier le nationalisme que l'on retrouve au sein du M.C.P.D.?V.L.Il s'agit d'un nationalisme plutôt ethnique.Il n'est pas tellement politique .On s'achemine, cependant, vers un temps où des choix devront être faits .Mais la définition politique du nationalisme ne semble pas être une priorité à l'heure actuelle au sein du mouvement coopératif.R.D.Quelles attitudes les leaders d'opinion du M.C.P.D.devraient-ils adopter au cours des prochaines années?V.L.Il y a une certaine absence de contacts entre les leaders du M.C.P.D.et les membres .Il serait bon, selon moi, que des colloques soient organisés, cequi permettrait aux dirigeants de mieux connaître les besoins de la base, sans prendre « le haut du plancher ».Ce que les membres ont à dire sur l'avenir du Québec et l'avenir du M.C.P.D.doit être véhiculé jusqu'au sommet de l'organisation .Pareille consultation donnerait plus de poids et d'originalité aux déclarations des leaders d'opinion.12 ÉDITEUR OFFICIEL DU QUÉBEC La canalisation de l’épargne ?(( Dans le contexte d'un débat sur la viabilité et le développement d'un État québécois souverain, les données sur l'épargne s'avéreront indispensables.» r Parler de l'épargne au Québec n'est pas chose facile.Les études et les documents publiés à ce sujet sont plutôt minces.Nous ne disposons pas de l'ensemble des renseignements statistiques que constitue la matrice des flux financiers (1 ).Plusieurs pays (2), possèdent maintenant de tels instruments d'analyse.Complément indispensable des comptes nationaux, la matrice permet de retracer les décisions économiques que les citoyens du pays ont concrétisées par des mouvements de fonds.Sans données globales précises, le portrait de l'épargne québécoise ne peut être que très flou.Nous espérons cependant que les renseignements accumulés permettront d'accélérer et de préciser la collecte d'information supplémentaire.Dans le contexte d'un débat sur la viabilité et le développement d'un État québécois souverain, les données sur l'épargne s'avéreront indispensables.Pour discuter des mouvements de l'épargne québécoise, nous disposons d'abord d'un cadre global de référence, les comptes nationaux.Méprisés par certains, accueillis comme déblocage important par d'autres, ils ont tout de même permis de poser une question fondamentale.Le Québec importe-t-il ou exporte-t-il des capitaux?Nous ne pouvons pas répondre catégoriquement par un oui ou par un non.Nous pouvons cependant tracer des points de repère.Les données établissent que le Québec a connu au cours de la période 1947-1971, une balance commerciale favorable.À supposer que les chiffres des comptes nationaux soient exacts, et compte tenu du retard constant du Québec au niveau des investissements, nous serions poussés à conclure qu'il existe une sortie d'épargne.À tout le moins, il faudrait penser que, tout comme le rapport Gray l'a montré pour le Canada, le Québec finance lui-même son développement.Dans quels réservoirs les Québécois accumulent-ils leur épargne?Ce n'est qu'au début de 1974 que la Banque du Canada a commencé à publier des données régionalisées.Un portrait, même imprécis de l'épargne québécoise, ne peut donc être que très récent.À partir des renseignements (3) dont nous disposons, le tableau d'ensemble de l'épargne québécoise s'établirait comme suit: * Compte tenu de l'importance de ce sujet pour les lecteurs de la Revue Desjardins, nous publions le contenu d'un document produit sous la direction de M.Jean Labrecque, du Centre de Gestion des Coopératives, par des ressources de l'École des Hautes Études Commerciales.Ce document a été remis aux individus qui ont participé à la Semaine de l'économie québécoise du 14 au 17 mars 1977, à l'Université de Montréal.(1) Lawrence S.Ritter, « An Exposition of the Structure of the Flow-of-Funds account », in Theory of Business Finance, Weston & Woods, p.418.(2) O.C.D.E., La programmation financière, chapitre 5, page 55.(3) Principalement l'Étude de M.A.Roy, économiste à la Fédération de Québec des Caisses populaires Desjardins, Revue Desjardins, no.2, 1976.W'î'.rJL’îifUi 13 TABLEAU 1 — ÉPARGNE DES PARTICULIERS DANS LES INSTITUTIONS FINANCIÈRES AU 31 DÉCEMBRE 1974.** Montant en Total en Pour- millions millions centage (7) Épargne à court terme Caisses d'Épargne et de crédit (4) Fédération de Québec des C.P.D.4,095 16.4 Fédération de Montréal des C.D.303 1.2 Fédération des Caisses d'Économie 170 0.5 Autres 119 0.5 4,687 18.8 Banques à Charte (5) Banque Canadienne Nationale (6) 1,582 6.3 Bank of Montreal 970 3.9 Royal Bank 902 3.6 C.l.Bank of Commerce 800 3.2 Banque Provinciale 794 3.2 Toronto Dominion Bank 335 1.3 Bank of Nova Scotia 289 1.2 5,672 22.7 Sociétés de Fiducie et Cies de Prêts Hypothécaires (8) 1,697 6.8 Banque d'Épargne de la C.et D.Montréal (5) 819 3.3 Épargne à moyen et lortg terme 12,875 51.6 Caisses de retraite (8) 4,002 16.0 Cies d'assurance-vie (8) 4,342 17.4 Fonds Mutuels (8) 583 2.3 Caisse de Dépôt et Placement du Québec (9) 3,184 12.7 Épargne à moyen et long terme — total 12,111 48.4 Épargne totale 24,986 100.0 Nous pouvons compléter ce bilan global par la comparaison des parts de marché occupées par les mêmes institutions à la fin de 1970 (10): ** Selon MM.Auguste Roy et Paul-Émile Charron de la F.Q.C.P.D., les citoyens du Québec auraient amassé, au 31 décembre 1975, $36.9 milliards d'épargne dans différents types d'institutions (v.entreprises, institutions gouvernementales et autres organisations).(4) Source: Régie de l'Assurance-Dépôt— Rapport 1974.(5) Source: Revue de la Banque du Canada, décembre 1975.(6) Estimé selon la part du marché de chaque banque, Revue Desjardins, mars 1977, « Dépôts d'épargne des particuliers », Jean Labrecque.(7) Les pourcentages ont été arrondis.(8) Estimé — Féd.de Québec des C.P.D.(9) Rapport annuel 1975 — C.D.P.Q.(10) A.Roy — Étude citée complétée par l'addition des dépôts de la Caisse de Dépôt et Placement du Québec.14 TABLEAU 2 — QUÉBEC — PROGRESSION DES GROUPES D'INSTITUTIONS Part du marché en pourcentage 1970 1974 Caisses d'Épargne et de Crédit 16.8 18.8 Banques à charte 22.3 22.7 Sociétés de Fiducie et Cies de Prêts Hypothécaires 4.6 6.8 Banque d'Épargne 3.8 3.3 Court terme 47.5 51.6 Caisses de retraites 17.4 16.0 Cies d'Assurance-Vie 21.4 17.4 Fonds Mutuels 4.4 2.3 Caisse de Dépôt et Placement 9.3 12.7 Long terme 52.5 48.4 100.0 100.0 Quelles sont les principales tendances du marché de l'épargne?Nous pouvons dégager trois courants principaux: 1.Conformément à une tendance observable dans l'ensemble de l'Amérique du Nord, l'épargne se dirige principalement vers les formes les plus liquides.Au Canada, une étude de l'Université Western Ontario (11) note que près des 2/3 de l'épargne accumulée entre 1962 et 1970 a été dirigée vers les institutions regroupant l'épargne à court terme.Au Québec, on note une tendance similaire.Les données répartissant l'actif des institutions en font foi.TABLEAU 3 — QUÉBEC — ÉPARGNE DES PARTICULIERS Progression des différents secteurs 1970 1974 Millions % Millions % Institutions d'épargne à court terme 6,713 47.5 12,875 51.6 Institutions d'épargne à long terme 7,426 52.5 12,111 48.4 14,139 100.0 24,986 100.0 2.Parmi les institutions oeuvrant dans le secteur à court terme, les Caisses d'Épargne et de Crédit et les Sociétés de Fiducie ont le plus bénéficié de cette poussée.À l'exception d'une brève période après la révision de la Loi des Banques en 1967, ces deux groupes d'institution ont, chaque année, connu des taux de croissance supérieurs à ceux des banques à charte.Leurs parts de marché se sont donc accrues régulièrement.TABLEAU 4 — QUÉBEC — ÉPARGNE DES PARTICULIERS SECTEURS COURT TERME — VARIATION DES PARTS DE MARCHÉ 1970 1974 Variation Caisses d'Épargne et de Crédit 16.8% 18.8% 2.0% Sociétés de Fiducie et Cies de Prêts 4.6% 6.8% 2.2% Banques à charte 22.3% 22.7% 0.4% 3.Dans le secteur de l'épargne à long terme, les grands perdants sont les compagnies d'assurance-vie et les fonds mutuels.Le déplacement vers l'épargneà court terme se double d'un déplacement additionnel vers les caisses de retraite surtout publiques.TABLEAU 5 — QUÉBEC — ÉPARGNE DES PARTICULIERS SECTEUR LONG TERME — VARIATION DES PARTS DE MARCHÉ 1970 1974 Variation Cies d'assurance-vie 21.4% 17.4% (-) 4.0% Fonds mutuels 4.4% 2.3% (-) 2.1% Caisse de Dépôt 9.3% 12.7% ( + ) 3.4% Comment les institutionsfinancières utilisent-elles l'épargne?L'absence de matrice du flux financier nous oblige à traiter séparément, et superficiellement chaque groupe d'institutions.Nous traiterons surtout des groupes pour lesquels les renseignement statistiques sont disponibles.1.Les compagnies d'assurance-vie Dans le secteur de l'épargne à long terme, les institutions sur lesquelles nous sommes le mieux renseignés sont les compagnies d'assurance-vie.Malheureusement, le Service des Assurances du ministère des Institutions financières s'attache beaucoup plus aux aspects techniques qu'aux aspects financiers de l'activité des compagnies.Il ne (11) « The Management of Change in the Canadian Securities Industry », Study One, page 17.15 « Bien sûr, ce ne sont pas toutes les compagnies qui exportent des fonds.Certaines, surtout celles dont l'activité est fortement concentrée au Québec, y investissent plus de 90% de leurs fonds.» ;;v ’ X J ¦ ‘ .\ f-> ^2% ls’Yv •N r.1 < ^ v’’ < » .« ’iO r.\ ¦2* %- publie, par exemple, aucun renseignement sur les porte-feuilles de titres.Toute l'information voulue est cependant disponible au ministère.Nous disposons de données précises au niveau global seulement.L'évolution du montant total des primes et la répartition régionale des investissements peuvent être analysées à l'aide de deux documents.Du côté « primes », les Rapports du Service des Assurances tracent précisément la croissance des primes, leur importance par rapport aux montants perçus par les compagnies ailleurs au Canada, et la nationalité des compagnies.Nous pouvons y percevoir entre autres, une amélioration constante de la position des compagnies québécoises.TABLEAU 6 — QUÉBEC — ASSURANCE-VIE Primes perçues (12) 1950 1960 1970 1974 Primes (millions) — Total 126.4 273.7 527.9 922.7 % perçu par compagnies québécoises (13) 15% 21% 28% 30% Du côté « investissements », l'Association Canadienne des compagnies d'assurance-vie s'occupe de rassembler et de publier sur une base régionale, les investissements de ses membres.Elle tient compte de toutes les formes d'investissement — obligations (corporatives, municipales, provinciales ou fédérales) actions, hypothèques, terrains, immeubles, etc.Pour régionaliser ses données, l'Association émet une table de répartition.Cette table indique, par province, la valeur des investissements de toutes les sociétés cotées en Bourse, ou qui empruntent publiquement.La juxtaposition des primes perçues par les compagnies d'assurance-vie au Québec et les investissements qu'elles y effectuent produit d'étonnants résultats.On remarque que les compagnies perçoivent beaucoup plus de fonds au Québec qu'elles n'en y investissent.Un étude, citée à l'Assemblée Nationale en juin 1974 par M.William Tetley, ancien ministre des Institutions financières, établit qu'entre 1962 et 1972, les compagnies d'assurance-vie avaient exporté hors du Québec pour $1 milliard de dollars.De ce chiffre, $850 millions avaient été exportés entre 1968 et 1972.Pour les années 1973 à 1975, un calcul similaire (14) indique une sortie additionnelle de fonds de $575 millions.Au total, les compagnies d'assurance ont exporté hors du Québec pour plus de $1.5 milliard de dollars.On notera que le phénomène dure depuis au moins 15 ans et qu'il a tendance à s'accélérer.Si nous rapprochons ce chiffre de $1.5 milliard de capital exporté et le $4.3 milliard d'épargne détenus par l'ensemble des compagnies, les résultats sont un peu effarants.Bien sûr, ces deux chiffres ne sont pas directement comparables puisque l'on parle d'épargne donc d'une partie des flux (en excluant le capital et les bénéfices des compagnies) et l'autre d'un flux global.Bien sûr, ce ne sont pas toutes les compagnies qui exportent des fonds.Certaines, surtout celles dont l'activité est fortement concentrée au Québec, y investissent plus de 90% de leurs fonds.16 (12) Le Banquier — Revue IBC, no.6, 1976, p.58 « Caractéristiques de l'assurance-vie au Québec ».(13) Dont le siège social est au Québec et qui y effectuent 75% ou plus de leurs opérations.(14) Le Devoir, mardi, 22 février 1977, page 19.ÉDITEUR OFFICIEL DU QUÉBEC hM(>wï Jlimm Mais ii n'en demeure pas moins qu'au total, la « saignée » d'épargne est trop importante pour qu'on puisse la tolérer et encore moins la nier.2.Les Caisses de retraite Dans ce domaine, côté « statistiques », c'est plutôt mince.La Régie des Rentes a adopté une attitude semblable à celle du défunt Département de l'Instruction publique avant 1960.Le département accumulait des statistiques sur tous les sujets.Cependant, on ne publiait avec empressement que les données sur l'âge moyen des religieuses d'un couvent et leurs années de scolarité.Et on reléguait aux oubliettes les dépenses de Mère Économe au chapitre de l'entretien des immeubles, des nouvelles constructions ou des subventions gouvernementales reçues.La Régie des Rentes ne publie aucune statistique financière valable.Nous devons donc utiliser les données publiées par le gouvernement fédéral.Celles-ci indiquent qu'on dénombre au Québec 5,000 régimes supplémentaires de rentes regroupant environ 900,000 cotisants.Les versement annuels seraient d'un peu plus de 27% du total canadien soit de l'ordre de $900 millions pour l'année 1974.Ces quelques données nous permettent de faire un rapprochement avec le secteur des assurances.Les entrées de fonds annuelles sont sensiblement les mêmes ($922 millions en assurance et $900 millions aux Caisses de Retraite—).L'épargne accumulée est également comparable (4,300 mil- TABLEAU 7 — CANADA — ACTIFS AU 31/12/74 lions pour l'assurance-vie et $4,000 millions pour les Caisses de Retraite).Le«rythme de croissance des Caisses de Retraite s'avère cependant plus rapide.On note également une similitude aux niveaux des politiques de placement.Pour l'ensemble du Canada, les placements des deux groupes d'institutions se résument ainsi: On remarque que les investissements dans les titres de compagnies canadiennes (actions et obligations) sont substantiels dans les deux cas.Pour les compagnies d'assurance, le montant est de $6,750 millions, soit 32% de leur actif total.Pour les Caisses de Retraite, il s'agit de $6,978 millions, soit 39% du total.Il y a tout lieu de croire que les Caisses de Retraite gérées à partir du Québec ont des comportements très voisins de leurs « cousines » du reste du Canada.Il serait donc très intéressant de pouvoir observer si leur politique de placement conduit à des résultats comparables aux résultats produits par les compagnies d'assurances.Nous ne pouvons pas répondre directement à cette question.Nous pouvons cependant poser quelques hypothèses: 1.Une caisse de retraite qui investit la totalité de ses fonds en actions ou en obligations des plus grandes entreprises manufacturières du Québec exporte au moins 45% de ses fonds.Cette affirmation peut surprendre.En fait, il suffit de relier deux documents.D'un côté, la liste des 100 plus importantes entreprises (15) et de l'autre Compagnies d'Ass.-Vie Montant en millions % Caisses de Retraite Montant en millions % Obligations — Canada 492 2 366 2 — Provinces 1,382 7 4,550 25 — Municipalités 595 3 797 4 — Corporations et autres 4,771 23 2,813 16 Actions 1,799 9 4,165 23 Titres étrangers 330 2 619 3 Hypothèques et immeubles 9,466 46 1,989 11 Autres 1,705 8 2,785 16 20,540 100 18,084 100 (15) La Presse, 25 janvier 1977, page D-4.17 côté, la liste maîtresse du contenu provincial des compagnies publié par l'Association des compagnies d'assurance-vie.De la première liste, il faut exclure près de la moitié des entreprises dans lesquelles une caisse de retraite ne peut investir: les filiales des multinationales américaines (Coca-Cola, Avon ou General Foods), les grandes coopératives qui empruntent peu ou pas du tout (Coop du Bas St-Laurent, La Chaîne Coopérative du Saguenay) ou d'autres compagnies entièrement contrôlées par un ou quelques actionnaires (Canadair, propriété du gouvernement fédéral).Quant au document de l'Association des compagnies canadiennes d'assurance-vie, il fournit la répartition des actifs par province pour toutes les sociétés dont les actions ou les obligations sont détenues publiquement.Si l'on fait la moyenne du contenu québécois des plus grandes entreprises au Québec, on obtient un pourcentage de 55% environ.Donc un investissement de $100,000 dollars dans ces entreprises signifie un investissement automatique de $45,000 dans les actifs à l'extérieur du Québec.2.Une caisse de retraite qui investit ses fonds exclusivement dans des compagnies ayant des opérations au Québec exporte au moins 60% de ses fonds.Si l'on reprend la liste maîtresse de l'Association des Assureurs et que l'on calcule le contenu québécois des entreprises opérant dans les divers secteurs de l'économie, nous obtenons les résultats suivants: TABLEAU 8 —CONTENU QUÉBÉCOIS DES ENTREPRISES PAR SECTEUR Secteur Nombre d'entre- prises Contenu québécois en pourcentage du total des actifs Transport 11 43% Services publics 9 28% Manufacturier 142 37% Magasins à rayons 22 18% Banques et cies affiliées 24 26% Compagnies de Finance 44 31% Chaînes alimentaires 9 28% Brasseries 3 30% Chemins de fer 2 13% Divers 23 35% 289 33% (Moyenne pondérée par compagnie) Peu importe la combinaison de titres utilisée par un gérant de portefeuille.Malgré toute sa bonne volonté, il ne pourra jamais investir dans des titres dont le contenu québécois dépassera 40%.Comme dans le cas précédent, un investissement de $100,000 d'épargne québécoise dans des titres boursiers impliquera automatiquement un contrôle d'actifs détenus à l'extérieur du Québec de l'ordre de $60,000 dollars.Dans les circonstances actuelles, plus il investira en actions ou obligations de compagnies, plus il investira à l'extérieur du Québec.Les politiques de placement des Caisses de Retraite impliquent donc une très forte présomption que ces organismes exportent l'épargne québécoise.Comme ordre de grandeur, nous serions tentés de comparer la somme globale aux capitaux exportés par les compagnies d'assurance-vie.Elle serait de l'ordre d'au moins 1.5 milliards de dollars au 31 décembre 1975.De toute manière, cette hypothèse de travail pourrait très facilement être confirmée ou infirmée par la Régie des Rentes du Québec.Elle possède toutes les données voulues pour le faire.3.La Caisse de Dépôt et Placement du Québec À partir des hypothèses émises pour les deux premiers groupes d'institutions accumulant de l'épargne à long terme, la Caisse de Dépôts s'avère vraisemblablement le plus gros exportateur d'épargne québécoise.La somme globale exportée par la Caisse serait de l'ordre de $500 à $600 millions au 31 décembre 1975.À cette date en effet, la Caisse de Dépôt regroupait $4,000 millions de capitaux québécois.Et ces capitaux étaient investis selon des règles particulières.Toutes les autres provinces canadiennes gèrent leurs Caisses de Retraites universelles selon les règles du Canada Pension Plan.Elles investissent donc tous leurs capitaux dans des titres des différents corps publics des provinces où sont recueillis les fonds.La Caisse de Dépôt, elle, doit canaliser ses ressources « dans le sens du développement accéléré des secteurs publics et privés, de façon à ce que les objectifs économiques et sociaux du Québec puissent être atteints rapidement et avec la plus grande efficacité possible » (16).Au 31 décembre 1975, elle avait investi $2.5 milliards dans le secteur public Québécois alors que $1.5 milliards se dirigeaient vers le secteur privé.18 (16) Honorable Jean Lesage, ùou/773/des Déôafs, Assemblée nationale, 9 juin 1965, page 3311. ÉDITEUR OFFICIEL DU QUÉBEC « Les politiques de placement des Caisses de Retraite impliquent donc une très forte présomption que ces organismes exportent /'épargne québécoise.» -.*• T : * (xTjJ\ (A y» % Pour gérer cette somme, la Caisse a mis de l'avant des politiques de placementtrès semblables à celles des compagnies d'assurance et des caisses de retraite privées.TABLEAU 9 — CAISSE DE DÉPÔT ET DE PLACEMENT DU QUÉBEC INVESTISSEMENTS — FONDS GÉNÉRAL SEULEMENT 31/12/74 31/12/75 Montant Montant (millions) % (millions) % Obligations — Canada 37 1 64 2 — Province 1,34 50 1,799 50 — Municipales et — octroyées 287 10 357 10 — Compagnies 318 10 357 10 Actions 602 19 639 18 Hypothèques et immeubles 222 7 225 6 Autres 107 3 192 4 3,107 100 3,633 100 On remarque qu'au total, l'investissement en titres de compagnies atteint des proportions comparables.ACTIONS ET OBLIGATIONS DE COMPAGNIES EN POURCENTAGE DE L'ACTIF TOTAL Cies Caisses deCaisse de dépôt d'assurance retraite Fonds général Pourcentage 32% 39% 29% Si la Caisse gère des investissements comme le font les compagnies d'assurance, elle investira, dans des titres similaires.Nous avons analysé précédemment la liste des titres susceptibles d'être achetés par ces compagnies.Nous y avons vu que même avec les meilleures intentions, un gestionnaire ne pouvait investir plus de 40% de ses fonds dans des actifs québécois.En supposant que la Caisse n'investisse que dans les plus grandes compagnies en activité au Québec, elle n'atteindrait que 50% de contenu québécois. « Pour le reste, l'épargne est utilisée à financer des projets collectifs (école, aqueducs, voirie, hôpitaux, etc.) sous forme d'achats d'obligations de ces différents corps publics.» it' I IL « - i i ii t l < J.Ia_1—i— REUA8UE Nf mj'- £ ^ WWa ,~w ywr te j 2 20 La Caisse a investi plus de $1 milliard dans des titres de compagnies.Nous sommes portés à conclure que 50% à 60% de ce montant représente des investissements hors du Québec, soit une exportation nette d'épargne de $500 à $600 millions de dollars.Comme dans le cas des Caisses de Retraites, la Caisse de Dépôt et Placement du Québec pourrait facilement confirmer ou infirmer cette hypothèse.Une journée serait amplement suffisante pour compléter le travail.4.Les Caisses d'Épargne et de Crédit Pour l'ensemble des organismes coopératifs du secteur de l'épargne, leur mode d'opération les force à investir localement.Qu'elles se répartissent sur une base territoriale (Caisses populaires) ou sur la base d'une activité commune aux membres (Caisses d'Économie) elles se doivent d'effectuer tous leurs prêts à leurs membres.Ces prêts (hypothécaires ou à la consommation) constituent la plus grande partie de leurs actifs.Selon le type d'insti- tution, de 75% à 90% de l'épargne recueillie est donc réinvestie chez les membres.Pour le reste, l'épargne est utilisée à financer des projets collectifs (écoles, aqueducs, voirie, hôpitaux, etc.) sous forme d'achats d'obligations de ces différents corps publics.Ces titres sont détenus comme réserve en cas de fluctuation des dépôts.Nous pouvons donc compter que tout près de 100% de l'épargne recueillie par les coopératives d'épargne est investi au Québec.Les $4,687 millions détenus au 31 décembre 1974 sont demeurés au service des déposants.5.Les Banques à charte Pour ce secteur, nous disposons de données publiées trimestriellement.En théorie, il devrait être facile de déterminer comment les banques utilisent leurs fonds et surtout comment elles les investissent dans les différentes régions du Canada.Mais, en pratique, les chiffres obtenus ne nous renseignent que très partiellement.Deux faits viennent embrouiller les données en apparence très précises.a) Les séries statistiques sont très courtes La Banque du Canada ne publie les données que depuis mars 1974.Compte tenu du retard de publication, nous disposons d'un champ d'observation s'étendant sur environ deux ans.C'est peu si l'on compare aux autres secteurs (soixante-dix ans pour les Caisses populaires — plus de 15 ans pour les compagnies d'assurance-vie).b) Une forte proportion des fonds a été répartie arbitrairement.On émet l'hypothèse que l'argent est utilisé là où on l'accumule.Au 31 décembre 1974, l'actif des banques pour l'ensemble du Canada, s'établissait à $97 milliards.De ce total, plus de $18 milliards (soit 19%) étaient répartis en liant obligatoirement l'utilisation à la source.Pour ces deux raisons, il nous semble impossible, dans les conditions actuelles de tirer des conclusions d'ensemble.Déterminer si les banques exportent ou importent des fonds au Québec pourrait, entre autres, se résumer à analyser les comportements du gouvernement fédéral.Sur un total de $18 milliards répartis par imputation, $13 milliards sont reliés directement ou indirectement au financement du gouvernement central.Comme le système bancaire (banques à charte et Banque du Canada) représente la seule source de financement institutionnel (obligations d'épargne excluses) de ce gouvernement, il faudrait analyser l'activité des banques en relation avec celle d'Ottawa. /«pg»; L - Jï nil's : J TABLEAU 10 — BANQUES À CHARTE * ACTIFS ET PASSIFS AU QUÉBEC (31/12/74) (MILLIONS) Actifs Passifs Titres provinciaux 121 municipaux 109 Dépôts Province 124 Épargne personnelle 5,672 230 Compte de chèques-personnels 229 Hypothèques individus 1,107 entreprises 142 6,025 Dépôts à préavis 2,762 à vue 2,087 1,249 Prêts à: Province 0 Municipalités 965 Personnels 2,348 Institutions 194 Entreprises 5,162 Agriculteurs 106 Cies de fin.54 Nég.en grains 16 4,849 Autres passifs 3,637 Part des actionnaires et provisions 460 8,845 10,324 Titres du gouvernement canadien 1,555 Autres actifs 3,600 Total de l'actif régionalisé 15,479 Total du passif régionalisé 14,971 Il est tout de même intéressant de reproduire les données des actifs bancaires au Québec (tableau 10).Ne serait-ce que pour fournir une idée de l'ordre de grandeur des données.lions) de l'actif total de tout le système bancaire au Québec ($15 milliards) est utilisé pour financer les titres du gouvernement canadien.Moins de 1% sert à financer le gouvernement québécois ($121 millions).Quelques observations .À ceci, il faudrait ajouter les autres modes indirects de financement du gouvernement fédéral qui Que peut-on observer à partir des chiffres présentement publiés?1.Le capital propre des banques est sans commune mesure avec l'actif qu'elles contrôlent.Pour un investissement direct de $460 millions, les banques peuvent diriger $15 milliards de plus.L'effort du gouvernement canadien d'exclure toute participation étrangère importante dans l'activité bancaire prend ici tout son sens.2.Le gouvernement fédéral se finance abondamment à partir du système bancaire.Le gouvernement provincial, très peu.Dix pour cent ($1,555 mil- sont puisés à même le système bancaire.Mentionnons deux exemples.Les prêts au jour le jour qui financent l'inventaire des courtiers en valeurs mobilières.Une large part de cet inventaire est constitué de titres acceptés comme réserves par les banques, c'est-à-dire les titres du gouvernement canadien exclusivement.De même, les dépôts des banques à charte auprès de la Banque du Canada.La banque centrale ne détient comme placements que les titres du gouvernement fédéral.3.En apparence, le système bancaire investit plus au Québec qu'il n'en retire.En réalité, ça pourrait * Revue mensuelle, Banque du Canada, Répartition régionale de l'actif et du passif.21 être l'inverse.Il n'y a aucun moyen de le déterminer réellement.Si l'on effectue le rapport de l'actif québécois sur le passif québécois (15,479/14,971 : 1.03) donc de l'investissement par rapport à l'épargne, on retrouve un chiffre positif (au 31/12/74).Mais si l'on effectue ce calcul pour toutes les provinces et pour des périodes différentes, on obtient des résultats assez curieux (cf.tableau 11).Il estsurtoutfrappantdeconstaterquela province la plus riche, l'Ontario, est (après la Saskatchewan), la province la plus défavorisée par le système bancaire.TABLEAU 11 — RAPPORT ACTIF/PASSIF ACTIFS BANCAIRES RÉGIONALISÉS Provinces canadiennes 31/12/74 31/12/75 30/6/76 Newfoundland 1.50 1.45 1.45 P.E.Island 1.14 1.15 1.09 N.Scotia 1.08 1.14 1.11 N.Brunswick 1.17 1.23 1.18 Québec 1.03 1.01 0.99 Ontario 0.95 0.94 0.92 Manitoba 0.96 1.02 1.10 Saskatchewan 0.80 0.85 0.90 Alberta 1.01 1.09 1.14 B.Columbia 1.02 1.09 1.11 Total — Siège social exclus 0.99 1.00 0.96 Le fait que l'endroit qui regroupe à la fois le centre financier du pays, la plus grande concentration d'activité manufacturière et le plus haut niveau de vie soit désavantagé par le système bancaire actuel nous semble un peu aberrant.L'inverse se vérifie également.Ce sont les provinces les plus pauvres (l'est en général, Terre-Neuve et Nouveau-Brunswick en particulier) qui semblent bénéficier le plus du système actuel.Les méthodes de répartition ou d'imputation des actifs y sont sûrement pour quelque chose.On note aussi que les actifs peuvent être déplacés très rapidement.Au cours d'une période d'un an et demi seulement, le rapport actif/passif bancaire au Manitoba est passé de 0.96 à 1.10 soit une variation de 14%.Comme les dépôts augmentent de façon très régulière, il semblerait que les banques peuvent facilement concentrer des actifs dans une province.À ce stade, il est impossible de déterminer si c'est la flexibilité du système bancaire que l'on doit admirer ou les imputations d'actifs.L'augmentation du rapport en faveur des provinces de l'ouest est frappante (cf.Tableau 12).Alors que dans les provinces de l'est, le rapport actif/passif demeurait stationnaire, celui des provinces de l'ouest passait de 0.98 à 1.09, soit une amélioration de 11% en un an et demi.TABLEAU 12 — RAPPORT ACTIF/PASSIF ACTIFS BANCAIRES RÉGIONALISÉS Régions économiques 31/12/74 31/12/75 30/6/76 Provinces de l'est (T.N., P.E.I., N.S., N.B.) 1.20 1.23 1.20 Provinces de l'ouest (Man, Sas., Alb., B.C.) 0.98 1.05 1.09 Faits saillants En guise de conclusion, nous énumérerons les principaux renseignements accumulés au cours de cette brève étude.1.Bien que sujet à critiques, les Comptes Nationaux du Québec laissent supposer que pour la période 1947-1971, une partie importante de l'épargne québécoise a été exportée.La faiblesse des investissements privés donne plus de crédibilité à cette thèse.2.Vu l'absence de matrice de flux financiers pour le Québec, nous ne pouvons pas tracer un portrait précis des mouvements de fonds.Ces données seraient essentielles pour appuyer ou contredire les chiffres des Comptes Nationaux.3.Au 31 décembre 1974, l'ensemble de l'épargne personnelle au Québec pourrait être évaluée à $24,986 millions.Cette somme se répartissait quasi également entre le court terme (51.6%) et le long terme (48.8%).4.Pour la période 1970-1974, le taux de croissance annuel du stock total a été de 15% par an.Le secteur « court terme » s'accroît plus rapidement (17.7% par an) que le long terme (13.0% par an).5.Des études mentionnées par un ministre du gouvernement précédent en 1974, établissent que les compagnies d'assurance-vie exportent des sommes importantes.Pour la période 1962-1972, la somme exportée atteindrait $1 milliard de dollars.Des renseignements additionnels publiés par l'Ass.des compagnies d'assurance-vie établissent une sortie annuelle de fonds de l'ordre de $200 millions par an (1975).Le volume annuel de primes amas- 22 'so$£ïï VNOljSj sées au Québec atteint $1 milliard par an en 1975 ($925 millions en 1974).6.La Régie des Rentes du Québec ne publie aucune donnée financière pertinente.Nous pouvons cependant estimer que les Caisses de Retraite privées accumulent une part de l'épargne comparable à celle des compagnies d'assurance-vie.Pour 1974, les Caisses de Retraite auraient reçu un peu plus de $900 millions de dollars.7.Les investissements en titres de compagnies (actions et obligations) par les Caisses de Retraite sont très semblables à ceux des compagnies d'assu-rance-vie, autant en volume qu'en méthodes d'opération.Les documents de l'Association Canadienne des Assureurs-Vie établissent que le contenu québécois des actifs de 289 compagnies opérant au Québec (les plus importantes au Canada) ne dépasse pas 33%.Il y a donc une forte présomption que les Caisses de Retraite exportent une partie de l'épargne québécoise.Les sommes en jeu pourraient être comparables aux sommes exportées par les compagnies d'assurance-vie.8.De par la volonté du législateur, la Caisse de Dépôt et Placement au Québec dirige une partie importante de ses fonds vers le secteur privé.(Le Canada Pension Plan au contraire verse au secteur public la totalité des sommes qu'il recueille).En appliquant aux investissements ($1 milliard au 31/12/75) de la Caisse dans le secteur privé les pourcentages de contenu québécois calculé par l'Association des Assureurs-Vie, nous devons conclure qu'il existe une forte probabilité que la Caisse soit la plus importante institution exportatrice de capital du Québec.Au 31 décembre 1975, les sommes en jeu pouvaient atteindre $500 à $600 millions de dollars.9.Dans le secteur de l'épargne personnelle à court terme, les banques à charte demeurent le groupe d'institutions le plus important.La croissance des coopératives d'épargne et de crédit, et celle de compagnies de fiducie est cependant plus rapide.Si l'on compare les institutions individuellement, la Fédération de Québec des Caisses populaires Desjardins devance largement les autres avec $4,095 millions d'actif.La B.C.N.($1,582 millions) et la Bank of Montreal ($970 millions) suivent.10.Les données actuelles ne permettent pas de déterminer si les banques à charte exportent ou importent l'épargne du Québec.Près de 20% de l'actif régionalisé relie par imputation directe les actifs aux passifs-dépôts.U 'Wi- V « «ïr.-S—« -JC.- Vv-.V O > — -Vi 'VN • K •W «S- De plus, le rôle important (10% de l'actif total) des banques dans le financement du gouvernement fédéral impose une analyse conjointe des deux phénomènes.Le présent document voulait regrouper des informations variées autour du thème central de l'épargne.Une analyse plus précise et plus profonde des diverses questions soulevées s'avère nécessaire.S'il anime la discussion, il aura rempli son rôle de catalyseur et sera très rapidement dépassé.23 Quand la participation devient nécessaire .Société québécoise: définir un ordre de priorités 24 ¦¦¦¦ hh '- vV, : mm mam memsgumm Michel Beauchamp * WËÊmÊÈmÈsmwËmmËBrnamË Au moment où, selon l'expression du sociologue Marcel Rioux, la « question du Québec » devient un important objet de réflexion, plusieurs analystes interviennent publiquement pour commenter l'évolution récente de la société québécoise et dégager certaines idées maîtresses.Ces observateurs privilégiés notent: • l'urbanisation rapide du Québec, • la redéfinition de la pratique religieuse, • la baisse de la natalité chez les Québécois francophones, • l'apparition du multipartisme politique, • le développement du secteur tertiaire, • l'évolution de différentes options nationalistes (v.autonomisme, souveraineté-association, indépendantisme, etc.), • l'importance du problème linguistique, • l'intégration, somme toute, très lente des immigrants à la collectivité québécoise francophone, • le redéfinition ardue des relations Ottawa-Québec, • l'originalité du travail des créateurs québécois (v.artisanat, littérature, musique, peinture, cinéma), • les nombreuses crises qui ont secoué le milieu scolaire, • la redéfinition des objectifs politiques de certains groupes de travailleurs syndiqués ou autres, • l'endettement de citoyens vivant au sein d'une société dite de consommation de masse, • la contestation des entreprises multinationales implantées dans notre milieu, • la prise de conscience de groupes de citoyens face à la rareté des ressources naturelles et à la détérioration de l'environnement, • la lutte pour le respect des droits sociaux (v.droits des minorités, droits des femmes, etc.), • l'intérêt croissant chez les Québécois pour ce qui se passe ailleurs dans le monde, • l'influence énorme des moyens de communication de masse, • l'importance grandissante des « loisirs », • la redéfinition de la famille « institution », • l'intérêt pour les valeurs de la « contre-culture », • l'existence d'une certaine hantise face à l'inflation, • l'omniprésence de la violence.Manger trois fois par jour Au-delà de cette liste de phénomènes, il y a prioritairement ce désir—permanent — chez les travailleurs du Québec: « manger-trois-fois-par-jour ».Manger trois fois par jour, c'est, est-il nécessaire de le préciser, bien sûr, pouvoir doter les siens d'une alimentation suffisante, mais c'est également autre chose dans le contexte nord-américain.Manger trois fois par jour, c'est, en fait, plus que manger trois fois par jour.• C'est pouvoir se procurer un logement convenable au moment où cela devient de plus en plus difficile de s'en procurer un.• C'est pouvoir défrayer les coûts — toujours à la hausse — rattachés à la fonction «travail » (ex: pour les banlieusards: payer l'essence qui permet de se rendre quotidiennement au lieu de travail).• C'est pouvoir — annuellement — se donner quelques instants de loisirs autres que ceux passés à regarder la télévision.• C'est pouvoir se vêtir à bon compte.• C'est pouvoir — occasionnellement, à tout le moins — participer aux activités de certains organismes du milieu.Manger trois fois par jour, c'est donc beaucoup plus que manger trois fois par jour.C'est faire face à la musique et assumer les exigences du mode de vie nord-américain, celui de tout citoyen « ordinaire » vivant en Amérique du Nord.C'est aussi assumer — et partager — le devenir d'une communauté possédant des caractéristiques qui lui sont propres.Se donner des instruments Francophone, catholique, travailleur très souvent exploité (v.« cheap labor »), le citoyen « ordinaire » du Québec a fait ou fait partie d'une société qui a été pendant plusieurs années dominée par des leaders d'opinion conservateurs.Il a finalement secoué le joug et refusé de sacrifier plus longtemps à des idoles qui l'encourageaient presque, pourtout dire, à devenir encore plus fataliste, à se sentir encore plus dominé, impuissant, « conscrit ».Ce citoyen « ordinaire » a donc commencé à baliser — avec ses concitoyens — une sorte d'itinéraire collectif à emprunter, itinéraire flou, qu'on définit quotidiennement.Et pour réaliser des objectifs discutés, critiqués, imaginés, prévus, fixés dans le temps, il a fallu se doter de certains instruments collectifs (v.des institutions économiques, des écoles, etc.), lesquels instruments sont indispensables.Réalisme plat?Donc, au moment où la « question du Québec » préoccupe les leaders d'opinion du Québec, du « Manger trois fois par jour, c est, en fait, plus que manger trois fois par jour.» * IL-, Canada et de certains pays du globe, la majorité des citoyens du Québec, eux, désirent, avant tout, « manger trois fois par jour ».Cela ne veut pas dire qu'ils ont sombré dans une forme de réalisme plat ou qu'ils ont perdu leur fierté.Ni qu'ils sont aliénés culturellement au point de ne plus vouloir « s'en sortir » collectivement.Ni qu'ils sont soumis, « tranquillement » colonisés, assimilés, dominés.Il y a dans notre tradition, des principes et des valeurs qui nous ont servi de points de repères.Les citoyens du Québec ont contesté un certain nombre de ces valeurs et de ces principes.Ils en ont, par ailleurs, conservé d'autres qui leur servent — ici et maintenant — de points de repères et de critères pour mesurer l'importance de certains enjeux.Les principes et les valeurs propres au mouvement coopératif font partie de cet arsenal de points de repères.Adopter une attitude plus critique « Manger-trois-fois-par-jour », se préparer à l'étape « référendum », analyser les problèmes causés par l'énergie nucléaire, le mercure ou la rareté du pétrole, s'informer de l'augmentation du taux d'intérêt sur les prêts hypothécaires, songer aux prochaines vacances constituent des priorités qui n'ont pas toutes objectivement la même importance.Mais, ces préoccupations constituent, néanmoins, selon les intérêts de chacun des citoyens du Québec, la ou les priorités(s).D'où la pertinence— pour éviter de trop « éparpiller » nos ressources — d'établir certains consensus avant de décider quoi que ce soit d'important qui puisse bouleverser les conditions de vie de la majorité populaire.Les coopérateurs du Québec sont des gens réalistes, mais ce sont aussi des hommes et des femmes qui peuvent espérer voir se réaliser différents projets.Ils ne refusent pas le changement à priori.Longtemps bafoués, trompés, déjoués, les citoyens « ordinaires » sont, toutefois, devenus plus critiques.Leur analyse des faits sociaux les a rendus, semble-t-il, plus conscients de leurs intérêts.C'est en fonction de leurs intérêts que les citoyens du Québec doivent donc s'atteler à la tâche et tenter de démêler l'écheveau.Certes, les analyses des Marcel Rioux, Pierre Vadeboncoeur, Léon Dion, Claude Ryan et autres représentants de la gauche, du centre ou de la droite peuvent être d'intéressants apports au débat actuel, mais cela ne suffit plus.Fini aussi le temps d'un certain « jeu » démocratique du genre « j'ai-voté-pour-gagner-mes-élec-tions » ou d'un certain « je-m'en-foutisme » du genre « loin-de-moi-le-déluge-et-les-trivialités-de-la-société »! La participation du citoyen devient nécessaire.Et cet engagement ne peut avoir de sens que si le citoyen cherche à comprendre — en les analysant — différents faits sociaux, certains plus « bizarres » que d'autres.Par exemple, le fait de constater, en 1977, que c'est dans le « fond d'un rang » d'une paroisse de l'arrière-pays gaspésien, au son d'un « reel » traditionnel, lors de veillées paroissiales, que des jeunes avouent vibrer intérieurement et retrouver une sorte de sens à la vie.Autre exemple: la difficulté, pour les organisations établies de se mettre à l'écoute des besoins et des aspirations des citoyens.Dernier exemple et autre réalité à analyser pour les citoyens du Québec, entre autres, par les coopérateurs du MCPD: apprendre en lisant « l'Économie du Québec » que: 1) « la majeure partie des épargnes québécoises sont drainées dans des institutions financières dont les centres de décision sont situés hors du Québec » et 2) « qu'il ne faut donc pas s'étonner si l'épargne québécoise revient au Québec sous la forme d'investissement étranger ou encore ne revient pas du tout ».25 ÉDITEUR OFFICIEL DU QUÉBEC Eléments de réflexion et images de la vie eoopérative - ny ¦.¦ HHSÜ ywvvyw • vv;S % i ""i’A ir tm' S; jp û if ;*!»!»!» m Ou mti •* .Vm! m ' t 1 1|| wM'ii 53 &+*!&**£&*& 4ssïS**sS' SSfS*^ '*Æ v« »»«*, ««» |8®^, II»?tir Æ ^ ^ • el sôriélé québécoise Citation / 1 « Où est donc alors la véritable vertu de la coopération qui serait de nature à permettre de réaliser au Québec pour les Québécois ce que les structures capitalistes ne peuvent pas réussir?Elle est dans le fait qu'un mouvement coopératif bien structuré trouve sa force, non pas dans sa puissance financière, qui peut cependant devenir un appoint précieux, mais dans sa capacité de contrôler l'autre pôle de la vie économique, sans quoi la finance elle-même est sans objet: le marché! Cela veut dire qu'un système coopératif puissant, et forcément populaire, est finalement plus puissant que toute puissance financière — quoique peut-être plus vulnérable à des propagandes habiles: il contrôle ce sans quoi la puissance financière n'a plus de raison d'être et ne peut plus se révéler profitable ».Angers, François-Albert, La coopération, de la réalité à la théorie économique, Fides, 1974, pp.199-200 Citation * 2 « (.le régime coopératif) crée un état de chose où le consommateur lui-même va privilégier, en agissant par sa coopérative, les activités coopératives québécoises; et conférer à la direction coopérative un assez vaste pouvoir de planification du développement économique.Et cela d'une façon, encore une fois, si normale que personne ne peut y voir autre chose que l'exercice d'un droit légitime, donc rien de discriminatoire.La clef du succès réside en un seul point fondamental: une vraie mentalité coopérative chez les coopérateurs ».Angers, François-Albert, La coopération, de la réalité à la théorie économique, Fides, 1974, p.205 Coopératisme et société québécoise Consultation, concertation et démocratie Affirmation collective et ouverture sur le monde Économie et société québécoise Culture et société québécoise Choix des citations: Michel Beauchamp Mise en valeur et illustration des textes: Odette Duchesne 712383 ÉDITEUR OFFICIEL DU QUÉBEC Consultation, concertation et démocratie v,„: Citation / 3 « Le redressement des états d'esprit et des conduites s'impose.On devrait au Québec pouvoir faire des lois, promulguer des ordonnances, préparer et mettre en oeuvre des mesures d'ordre administratif sans risquer, à tout moment, pour être devenu sourd aux revendications des secteurs les plus directement impliqués de la société ou pour n'avoir pu se fa ire convenablement comprendre d'eux, de susciter de graves remous sociaux.» « Au Québec plus qu'ailleurs encore, les grands moteurs du développement social et économique tournent souvent à petite vitesse et sans synchronisation.Chefs d'entreprises, syndicalistes, universitaires, cultivateurs, hommes politiques, tous sont également concernés par les événements et chacun, dans les conditions particulières qui sont les siennes, doit s'interroger sur ses responsabilités face à une société à réformer et, sous certains aspects, à rebâtir.» Dion, Léon, in Le Québec qui se fait, Hurtibise HMH, 1971, p.53 Citation / 4 « La majorité des Nords-Américains et aussi des Québécois ont souvent des réflexes contraires aux comportements démocratiques qu'exigeraient des politiques sociales cohérentes et audacieuses.Plusieurs d'entre nous entretiennent de graves illusions sur le progrès de notre conscience politique et idéologique en ce domaine ».Grand-Maison, Jacques, in Le Québec d'aujourd'hui, HMH, Montréal, 1971, p.113 Affirmation collective el ouverlure sur le monde Citation / 5 « Il est bien évident qu'essayer de dégager ce que pourrait être l'avenir du Québec, c'est se préoccuper tout autant de ce qui se passe dans le monde que de ce que les Québécois voudront devenir.Au XIXe siècle, face aux menaces d'assimilation, nos pères ont opposé une sorte de résistance passive, un repli sur eux-mêmes.Aujourd'hui, ce n'est plus possible.Ce qu'il faut chercher, c'est la marge de manoeuvre et les possibles d'un Québec en transition, dans un monde lui-même en délitescence.» Rioux, Marcel, La question du Québec, 1976, p.233 .' m mk v MZWt Sri .'sJ ¦ T *3b*i*i r p 5 frstk» a«e Canadian C P 250591 :: I “Alt ôiiips ¦ i • ; I *'¦ r • * Citation / 6 « De quelque façon qu'on envisage la question du Québec, on se rend compte qu'il n'est d'autre solution pour ce peuple que de continuer à durer et à lutter pour son existence.La seule question qui se pose est de savoir s'ils sont condamnés à n'être que d'éternels scieurs de bois ou porteurs d'eau, ou, à l'échelon le plus élevé, des traducteurs et des députés fédéraux.» Rioux, Marcel, La question du Québec, 1976, p.166 Citation / 7 « .le Québec, tout en réalisant, où c'est nécessaire, des tâches de rattrapage, doit tout mettre en oeuvre pour développer une société originale, qui tienne compte qu'elle est partie intégrante de l'Amérique du Nord et de la francophonie internationale.» Rioux, Marcel, La question du Québec, 1976, p.174 28 ÉDITEUR OFFICIEL DU QUÉBEC Citation / 8 « De même, dans l'ordinaire de la vie, la géographie du plus vaste univers, la place des continents et des peuples tient à mes actes et à mes pensées, tout comme les perceptions habituelles rassurent la conscience routinière de mon corps.Beaucoup de contrées me sont inconnues, d’autres n'éveillent en moi que de vagues images.Elles n'en forment pas moins un bloc aussi solide, et de même texture, que ma présence au monde.» Dumont, Fernand, Le lieu de l'homme, HMH, 1969, p.55 29 Economie et société québécoise %-j* t+ * % €¦ ’ Citation / 9 « On nous a expliqué que nous n'avions pas la bosse des affaires parce que nous avons trop longtemps manqué de capitaux, d'éducation en ce domaine, que le colonisateur nous en a tenu à l'écart, etc., etc.Cela n'est encore vrai qu'en partie.Pourtant les résultats ne sont pas meilleurs.Nous avons sauté à pieds joints dans le plat des autres, adoptant leurs modes, leurs goûts, leursvaleurs etleurs comportements.Bien plus qu'I.T.T., c'est un bon petit concessionnaire du coin qui nous assimile .par la saveur du « Kentucky Fried Chicken ».Joron, Guy, Salaire minimum annuel $7 million! ou ia course à ia folie, Les Éditions Quinze, Montréal, 1976, p.75 Citation / 11 « .les Américains ne font pas qu'acheter l'industrie canadienne avec l'épargne des Canadiens: ils ont aussi mobilisé l'épargne canadienne pour financer la croissance des entreprises multinationales dont la base est aux États-Unis.» Levitt, Kari, La capitulation tranquille: ia main-mise américaine sur le Canada, Réédition-Québec, 1972, p.165 Citation / 10 « L'idéologie qui va au-delà du rattrapage est apparue dans la foulée de la révolution tranquille de 1960.Participation, développement et dépassement, voilà les principaux axes de sa définition.Croissance économique, bien sûr! Quelle collectivité peut ne pas se soucier de cet impératif?La différence ici c'est que la croissance économique n'est pas le seul impératif ni celui qui subordonne tous les autres éléments socio-culturels, comme dans la démocratie libérale.Au lieu de faire le détour par la révolution bourgeoise, d'essayer de mettre en place une bourgeoisie nationale qui remplacerait les agents économiques étrangers, cette théorie croit plus réaliste et moins coûteux de viser à une démocratie de participation.» Rioux, Marcel, La question du Québec, 1976, p.174 i tW-'*' •lirv.-K ÉDITEUR OFFICIEL DU QUÉBEC ÉDITEUR OFFICIEL DU QUÉBEC Citation / 12 « Et dès la conquête, on assiste à une marginalisation par rapport aux grandes décisions économiques.Notre société devient ce qu'on pourrait appeller une société de services: des curés, des notaires, des médecins .ce qu'on pouvait consommer sur notre marché à nous.On a déjà une société du tertiaire.Si on regarde l'évolution ultérieure, on voit que l'industrialisation est restée assez marginale, confinée à certains secteurs, et que notre tradition tertiaire, de services, se poursuit et s'amplifie.» « Interview », Fernand Dumont, L'Actualité, mars 1977, p.6 Citation / 13 « La majeure partie des épargnes québécoises sont drainées dans des institutions financières dont les centres de décision sont situés hors du Québec.Ce sont par ailleurs ces mêmes centres de décision qui décident s'il vaut la peine de prêter ou non pour un projet précis.Il ne faut donc pas s'étonner si l'épargne québécoise revient au Québec sous la forme d'investissement étranger ou encore ne revient pas du tout.Il serait possible de rompre ce cercle vicieux en favorisant l'essor des institutions financières comme les caisses populaires .ou encore en créant de nouvelles institutions financières gouvernementales.» Fréchette, P., Jouandet-Bernadet, R., Vézina, J.-P., L'économie du Québec, HRW, Montréal, 1975, p.275 Citation / 14 « Nous avons permis au capitalisme de mettre le monde à l'envers, de mettre l'activité économique à son service .Mais pour sortir du cercle vicieux, ce qu'il faut remettre en question, c'est la dynamique économique actuelle, qui repose sur le postulat que le niveau de consommation privée doit sans cesse augmenter.» Levitt, Kari, La capitulation tranquille: la mainmise américaine sur le Canada, Réédition-Québec, 1972, p.XLI Citation / 15 « Le système économico-culturel dominant possède un extraordinaire pouvoir de récupération.Il en a d'ailleurs maintes fois fait la preuve sur ce continent.Toutes les minorités ont été ainsi digérées.Peut-être nous étions-nous avérés jusqu'ici la plus coriace à croquer; le système a maintenant trouvé le moyen de réussir: le faire en français.» Joron, Guy, Salaire minimum annuel $1 million! ou la course à la folie.Les Éditions Quinze, Montréal, 1976, p.75 Culture et société québécoise ,c - ^ ^ ^ V./ H- *V _ - -r % Î>.X MCj * * •%- K* Citation / 16 « Les frontières de nos rêves ne sont plus les mêmes ».Borduas, Paul-Émile, Refus global, Les Éditions Anatole Brochu, 1972, p.13 sa .32 Coop-fiction À la recherche d’une définition .mm WÊmmsMÊUSÊm 1 v~- | • WHHÊÊÊÊÊÊÊÊÊKÊÊÊÊ wmfflÊËÈmmgÈÊÊmmmsBMÊmm (Un célèbre professeur d'université, futurologue heureux, a récemment demandé à ses étudiants de lui fournir les principaux éléments de la définition du parfait coopérateur québécois.Voici quelques suggestions des étudiants.) Le parfait coopérateur québécois — « mange des petits gâteaux Vachon », — « possède un compte à la caisse populaire mais ne médit pas contre la Banque Provinciale »,
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