Le soleil, 26 novembre 2005, Cahier D
[" Cahier D LE SOLEIL Le samedi 26 novembre 2005 ZOOM 4 LES GLACIERS S\u2019AMENUISENT, LA NATURE SE DÉCHAÎNE D 4 DE MINISTRE DE L\u2019ENVIRONNEMENT À PREMIER MINISTRE D 3 ?LA PLANÈTE CONFRONTÉE AUX CHANGEMENTS CLIMATIQUES Le difficile parcours entre Kyoto et Montréal Malgré des efforts louables, les objectifs du Protocole sont loin d'etre atteints Dès lundi, Montréal sera l\u2019hôte de la Conférence des Nations unies sur les changements climatiques.C\u2019est l\u2019occasion de faire le point sur le Protocole de Kyoto : où en sont les différents pays signataires?Qu\u2019est-ce qui se passera à Montréal pendant les 15 prochains jours?Voici quelques réponses.Anne-Louise Champagne AChampayne@lesoleil.com ¦ Le bilan des émissions de gaz à effet de serre publié par les Nations unies contient une bonne et une mauvaise nouvelle.La bonne: globalement, les pays industrialisés ont rejeté moins de gaz à effet de serre (GES) dans l\u2019atmosphère en 2003 qu\u2019en 1990.La mauvaise nouvelle: ces réductions ont peu à voir avec le Protocole de Kyoto.Pris au pied de la lettre, les chiffres publiés à la veille de la Conférence des Nations unies sur les changements climatiques, qui commence lundi à Montréal, Indiqueraient que la première phase de Kyoto est atteinte.Globalement, les pays industrialisés ont réduit leurs émissions de GES de 5,9 % sous le niveau de 1990, alors que l\u2019objectif à atteindre avant 2012 est une diminution de 5,2 %.Mais du même souffle, le communiqué de l\u2019ONU avertit que des efforts supplémentaires seront requis pour maintenir ces réductions, et éventuellement aller plus loin.La partie est loin d\u2019être gagnée.« Le chiffre est beau, mais il comprend la débandade des pays de l\u2019Est, ce qui fait qu\u2019il ne veut rien dire pour l\u2019avenir, évalue Claude Villeneuve, professeur à l\u2019Université du Québec à Chicoutimi et auteur du livre Vivre les changements climatiques.En réalité, les émissions ont commencé à remonter et elles ne sont pas maîtrisées dans la plupart des pays de l\u2019OCDE.» Une large proportion de ces réductions résultent de la transition des pays d\u2019Eumpe centrale et de l\u2019Est vers une économie de marché, écrit pour sa part Richard Kinley, qui dirige le Secrétariat de la Convention-cadre sur les changements climatiques.Ces réductions ont été enregistrées au début des années 90, alors que ces pays vivaient des bouleversements socioéconomiques, et que l\u2019activité industrielle était au plus bas.C\u2019est ce qui fait qu\u2019ils affichent des résultats qui apparaissent exemplaires, mais qui ont été réalisés au prix d\u2019une économie chancelante.Par ailleurs, les projections pointent vers une croissance possible des émissions vers 2010.Le défi demeure entier, signale le Secrétariat.HÉROS ET ZÉROS?Un coup d\u2019œil au tableau ci-contre permet de se faire une idée du che- ?Les émissions de gaz à effet de serre Le Protocole de Kyoto engage ses signataires à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre.L\u2019objectif global est d\u2019arriver en 2012 à ce qu elles soient de 5 % inférieures à ce qu elles étaient en 1990.Le tableau de droite (Les résultats) indique comment ces émissions ont varié dans les pays industrialisés, entre 1990 et 2003.Le tableau de gauche (Les objectifs) indique les objectifs spécifiques à chacun des pays.Si on prend le cas du Canada, on constate que les émissions de GES ont augmenté de 24 % depuis 1990, et que l\u2019objectif est de 6 % sous le niveau de 1990.Le défi canadien est donc de diminuer de 30 % ses émissions, ce qui en fait un des pays ayant la plus grosse pente à remonter n * Les objectifs AUTRICHE\t-13,0% BELGIQUE\t-7,5\t% BULGARIE\t-8.0\t% CANADA\t-6,0% RÉPUBLIQUE TCHÈQUE\t-8.0% DANEMARK\t-21,0% ESTONIE\t-8.0\t% COMMUNAUTÉ EUROPÉENNE -8,0 % FINLANDE\t-8,0 % FRANCE\t-8.0\t% ALLEMAGNE\t-21,0% LIECHTENSTEIN\t-8,0\t% LITUANIE\t-8,0\t% LUXEMBOURG\t-28.0\t% PAYS-BAS\t-6,0\t% NOUVELLE-ZÉLANDE\t1,0% NORVÈGE\t1,0% POLOGNE\t-6.0\t% PORTUGAL\t+27, 0 % ROUMANIE\t-8,0\t% FÉDÉRATION DE RUSSIE\t0,0\t% SLOVAQUIE\t-8,0\t% GRÈCE\t+25,0\t% HONGRIE\t-6,0% ISLANDE\t+10,0% IRLANDE\t+13,0% ITALIE\t-6,5\t% JAPON\t-6,0\t% LETTONIE\t-8,0\t% SLOVÉNIE\t-8,0\t% ESPAGNE\t+15,0% SUÈDE\t+4,0\t% SUISSE\t-8,0\t% UKRAINE\t0,0\t% ROYAUME-UNI\t-12,5% ?Les résultats «f+41.7 % +37,8% [+36,7% +25,8% Wmt +25,6% CANADA +24 2% _éiW+23.3% WÊW+22.5% J»+21.5% MB+16.5% ¦Bll+13.3% JB+12.8% JJÜ+11,5% ma+9.3% DANE*+6 8% LIECHTENSTEIN PAYS-BA|+1.5% ^ BELGIQUE.3% -0.4 % fUISSE 14\u201e ÇOM.EUROPÉENNE -1,9% iL0VÉNIE -1,9%ÊRANCE -2.3% 1UÈDE -6,o%îrT,E -8.2%iaâP -nn°/$WE-UNI -i6\u2019.r/JiUiajRG -18.2%MB -24.2%ttUii»HÈQUE pooo/jmaiMH -31,9%tiaËâlËMHaBi -34.4%£M1B_.-46.1%!», - -46.2 %_____ -50.0%IBI -50.8%» m-y -Sa.S\u2019/.tfï» U ANIL -66.2%! SOUflCE SECRETARIAT OE LA COtIVEATIOII CADRE SUR LES CHARGEMENTS CLIMATIQUES min à parcourir pour chacun des pays qui ont des « objectifs Kyoto ».Il permet aussi de se faire une idée des premiers et des derniers de classe en cette matière.Ue Canada a toute une pente à remonter, estiment (à peu près unanimement) les observateurs.Entre 1990 et 2003, le pays a augmenté de 24,2 % ses émissions, alors que son objectif est de les réduire de fi %.La marche à gravir est donc une réduction de 30,2%.Autrement dit, le Canada a rejeté 740 tonnes de GES en 2003, alors qu\u2019il cherche à ramener ce chiffre à 540 tonnes.1 Vu de pays ont un défi de cet ordre, sauf l\u2019Autriche et le Danemark.La Finlande, la Nouvelle-Zélande, le Japon, l\u2019Italie ont également une bonne pente A remonter, mais elle est un peu moins importante.D'autres pays font figure de premiers de classe : le Royaume-Uni, l\u2019Allemagne, la France, le Luxembourg, la Suède.L\u2019Union européenne, prise en un bloc, s\u2019en tire honorablement.Leurs progrès s'expliquent par des choix énergétiques, souligne Louis Guay, spécialiste en sociologie de l\u2019environnement à l'Université Laval.Plusieurs pays de l\u2019Union européenne se sont éloignés du charbon comme source d\u2019énergie.La France, pur exemple, a effectué un.virage vers le nucléaire.L'Allemagne a misé sur les économies.Par ailleurs, une croissance démographique moindre a également joué un rôle.Bref, l\u2019Union européenne a profité à la fois de circonstances favorables et d\u2019une volonté politique, estime M.Guay.AU CANADA IVur sa part, le pays-hôte de la Conférence accuse un retard certain.Le di-rirteur de (îreenpeace et responsable du dossier climat et énergie, Steven Guilbeault, estime que « fondamentalement, on a trop attendu (avant d'ado|>-ter des mesures).On a perdu trop de temps.Le plan d'action est arrivé en 2005: il aurait fallu compter dessus dès 2000.» Claude Villeneuve estime pour sa part que le Canada s\u2019est engagé dans le Protocole de Kyoto sans vraiment y croire.«Jusqu\u2019à la fin de 2004, personne ne croyait que la Russie allait ratifier», rappelle-t-il.(C\u2019est la Russie qui a permis au Protocole d\u2019entrer en vigueur, en février dernier.) «Cela a désarçonné le Canada, qui n'y croyait pas.» Le pays a dès lors dû prendre son engagement au sérieux et accélérer le processus.Une des mesures les plus imitortanles est entrée en vigueur cette semaine, fl s'agit du riglement selon lequel les six principaux GES sont considérés comme des produits toxiques, et doivent être obligatoirement déclarés comme tel.«Ce règlement aurait dû être adopté en mai dernier», fait remarquer Claude Villeneuve.Darren Goetze, conseiller principal h Environnement Canada, voit les choses sous un autre angle.Il évalue que le Canada a stabilisé* ses émissions en même temps qu\u2019il enregistrait une forte croissance économique.C\u2019est ce qui constitue la lM»nne nouvelle, selon lui.Les émissions de GES sont en effet liées de près au développement économique.Quand le PIB augmente, les GES suivent.«C\u2019est une étape très importante, parce que les deux ne sont plus liée», soutient-il.Malgré les difficultés, Claude Ville-neuve ne croit pas qu'il faille baisser les bras 11 faut laisser la chance au coureur, « même si celui-ci part avec des vêtements mouillés, des briques dans les poches et les lacets détachés ».H 651-S315 -.La plu* balle «élection de la fégton.DeeVromaget qutjsuqj 'sjopi p tu.nu.uinivjiAuq i ,q n.> nio suonvi.xv'Vni «®i:O0I\tPH1\u20ac'»2 Pt Anne-Louise Champagne AChampagne@lesoleil.com Les discussions qui s\u2019ouvrent cette semaine à Montréal marquent la fin du premier chapitre Kyoto et ouvrent le suivant.Pour que le rormm ait une fin heureuse, les pays signataires feront tout en leur pouvoir pour intégrer de nouveaux personnages.« Notre tâche sera de trouver un cadre de dialogue pour engager les États-Unis dans ce nouveau chapitre », établit I )arren Goetze, conseiller principal à Environnement Canada.Il faudra aussi tendre la main aux pays émergents, notamment la Chine, le Brésil et l\u2019Inde.« Il ne faut pas s\u2019attendre à des engagements \u201cmur à mur \u201d de la part de ces pays », estime Steven Guilbeault, responsable du dossier pour Greenpeace.Mais ces derniers pourraient s'engager à des objectifs ciblés de reforestation ou d\u2019efficacité énergétique, par exemple.LA SUITE DE KYOTO Reste que l\u2019enjeu fondamental de la rencontre est de dessiner « l\u2019après-Kyo-to».Le Protocole de Kyoto engage les pays jusqu\u2019en 2012, mais il ne prend pas fin à cette date.La rencontre de Montréal permettra de jeter les bases de ce qui suivra.11 ne ressortira pas d\u2019engagements de la rencontre de Montréal, mais plutôt un agenda des discussions I>our les deux ou trois années à venir.Le Protocole pourrait être modifié, mais il est là pour rester, croient plu- Les groupes écologistes craignent un retour en arrière > Sources d\u2019émissions individuelles de gaz à effet de serre lf SOlfll JOCftY» PERXifl Véhicules routiers 49,9% i Éclairage 2,4% Chauttage des locaux 28,7% ; Climatisation des locaux 0.3% Chauffage de l'eau 11,1% Électroménagers 7.5% ARCHIVES LE SOLEIL L'eryeu fondamental de la rencontre est de dessiner * t'après-Kyoto » sieurs observateurs.Même si le bilan de la première phase est mitigé, les pays sont déjà trop engagés dans le processus pour tout laisser tomber.Kyoto a déjà mis en place un certain nombre d\u2019institutions qu\u2019il serait coûteux d\u2019abandonner, note Darren Goetze.Ainsi, les pays ont investi dans les inventaires de gaz à effet de serre, un travail coûteux et complexe.Plusieurs industries sont prêtes à intégrer la Bourse du carbone, un autre mécanisme de Kyoto : «C\u2019est important de conserver ces institutions », souligne M.Goetze.Le secteur industriel pousse en ce sens, note pour sa part Claude Ville-neuve, professeur à l\u2019Université du Québec à Chicoutimi.Car on ne parle plus d\u2019un enjeu strictement environnemental.Déjà, des entreprises ont commencé à inclure le coût de leurs émissions de carbone dans leurs calculs économiques.Ils sont engagés, dit M.Villeneuve, mais veulent savoir comment faire.Doivent-ils modifier leurs usines?Payer des taxes ?Planter des arbres ?Bref, ils veulent des réponses : « Ils disent au gouvernement : montrez-nous que vous êtes sérieux», résume Claude Villeneuve.DES CRAINTES Il reste que les groupes écologistes craignent un retour en arrière.Voici comment.Le Protocole de Kyoto découle de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques.Le premier fixe des objectifs de réduction des GES et prévoit des sanctions pour les pays fautifs.La seconde est moins contraignante, puisqu\u2019elle ne prévoit qu\u2019une stabilisation des émissions.Les États-Unis ont adhéré à la Convention, mais pas au Protocole.La tentation sera grande de retourner à la Convention, pour réintégrer les États-Unis dans le cadre de discussion, craint Steven Guilbeault.De son point de vue, ce serait un échec.« Si on a le courage de nos ambitions, on dit: \u201cDésolé M.Bush, on continue sans vous.\" » Aucune des personnes que nous avons contactées ne s'attend à ce que les États-Unis changent leur position sur Kyoto.Mais tous soulignent que la pression s'accentue sur l'administration Bush.«Certains États, la Californie par exemple, prennent la menace au sérieux et ont mis au point leur propre protocole », note Louis Guay, spécialiste du droit de l\u2019environnement à l\u2019Université Laval.Il pourrait ajouter à cela la pression de la Conférence des maires, celle des scientifiques et de la société civile et, dans une certaine mesure, celle du Sénat.GOUVERNANCE MONDIALE Au-dessus de tout ça, les discussions de la semaine prochaine ressemblent fort à une tentative d\u2019implanter une forme de gouvernance mondiale, considère pour sa part Claude Ville-neuve.« Mais on procède par tâtonnements », constate-t-il.Les délégués sont également des gens élus dans leur nation, pour défendre des enjeux territoriaux, pas nécessairement pour sauver la planète.EN BREF Anne-Louise Champagne AChampagne@lesoleil.com Rencontre historique ¦\tLa Conférence des Nations unies sur les changements climatiques qui s'ouvre lundi au lYilais des congrès de Montréal recevra entre 8000 et 10 (KHI personnes, estime l'ONU.L\u2019événement est qualifié d'historique : ce sera la plus importante rencontre sur le climat depuis celle de Kyoto, en 1997.Outre les délégués gouvernementaux, des représentants du monde des affaires, de l'industrie, de la science et des groupes environnementaux tenteront de faire entendre leur voix.L\u2019agenda officiel sera accompagné d\u2019événements parallèles à l'intérieur et à l\u2019extérieur du Palais des congrès.Le nœud des discussions se déroulera à partir du 7 décembre, aux* l'arrivée des délégués gouvernementaux.L\u2019événement doit se terminer le vendredi 9 décembre.mais déjà on prévoit une nuit blanche qui devrait garder les négociateurs au travail jusqu\u2019au 10 décembre.Le langage des sigles ¦\tOfficiellement.Montréal est l'hôte du 1U CoP et du premier CoP/MoP.deux importants événements où se côtoieront des BINGO, des RINGO et des ENGO de tous les pays.l>ans ces rencontres internationales, la langue officielle est l'anglais, la seconde étant le langage des sigles ! !Y>ur une traduction de la première phrase ci-dessus, il faut d'abord savoir que la langue originale est l'anglais.Le CoP est la Conference of the Parties, qui réfère à la Convention-cadre sur les changements climatiques.Le CoPMoP désigne la Conférence des parties servant de rencontre des parties [Meeting of Parties), qui réfère, elle, au Protocole de Kyoto.On n déjà mal à la tête.,\t____ - w , .\t»«CRtYts ii *oim La conference §e Montreal accueillera de* délégué* de tou* » le* pay*, dont la France.\t- PÜLDUTj: ON : 60 KM/H MAXIMUM Soviet EftViftCWICIIfllT CAftACA \u2019\u2022fCWUPH'! LC SOllll Le samedi 26 novembre 2005 LE SOLEIL ZOOM D 3 LA PLANÈTE CONFRONTÉE AUX CHANGEMENTS CLIMATIQUES Souvenirs de Rio.En 1992, le Canada a signé le premier la convention sur les changements climatiques Michel Corbeil MCorbeil@lesoleil.com ¦ La Conférence mondiale sur les changements climatiques rappellera des souvenirs politiques très spéciaux à Jean Charest.Le souvenir d\u2019un coup de fil pour recommander que le Canada signe le premier la convention fondatrice du Protocole de Kyoto.Le souvenir de la très longue éclipse politique qui a suivi dans le dossier ARCHIVES LE SOLEIL Jean Charest, « gauche, arait appelé Brian Mulnmey, premier ministre du Canada à iép
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