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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
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Cahier C
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  • Journaux
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quotidien
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Le devoir, 2010-03-13, Collections de BAnQ.

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LE DEVOIR, LES SAMEDI 13 ET DIMANCHE 14 MARS 2010 IDEES Peuple québécois, puis-je compter sur ta solidarité ?Page C 5 mr ARCHITECTURE Des espaces incubateurs d’idées Page C 6 PERSPECTIVES ^montodme Hy drocViionde ydroch USP m Jl 1/ ARCHIVES LE DEVOIR Pour soigner les maux du réseau Le partage des compétences en santé La pénurie est là pour de bon dans le réseau de la santé, prévient Québec.Faut-il pour autant \ s’y résigner?A défaut de recrues ou d’argent frais, assurons-nous au moins d’utiliser de la meilleure façon possible toutes les compétences du réseau, font valoir de nombreuses voix, qui plaident pour une révolution du bon sens.LOUISE-MAUDE RIOUX SOUCY La D“ Andrée Boucher n’en démord pas: les soins de santé du XXL siècle seront collectifs ou ne seront pas.Selon elle, la «pratique collaborative» a le pouvoir de révolutionner notre réseau sous perfusion, pour peu qu’on consente à donner sa chance «au véritable travail interprofessionnel», soit celui «qui non seulement est centré sur les besoins du patient malade et de ses proches, mais qui va lui permettre de s’impliquer dans les décisions thérapeutiques».La vice-doyenne de la Faculté de médecine de l’Université de Montréal a fait valoir son point de vue le mois dernier à la publication d’un rapport conjoint des 17 facultés de médecine du Canada, qui ose faire du partage des compétences le point d’ancrage de la médecine de l’avenir.Une approche qui s’inscrit parfaitement dans l’air du temps en offrant «une réponse» à la «pénurie de ressources humaines» qui touche cruellement tous les milieux cliniques, faisait alors valoir la Dre Boucher.La halle a été reprise au hond la semaine dernière par la présidente de l’Ordre des pharmaciens du Québec (OPQ).Diane Lamarre a la ferme conviction que sa profession a le pouvoir d’oxygéner le réseau.Mais pour cela, il faut que Québec accorde plus de latitude aux pharmaciens, ce qu’il ne semble pas près de faire.Interrogé à ce propos, le cabinet du ministre de la Santé a en effet dit qu’il n’était pas prêt à parler de nouveaux rôles pour les pharmaciens.Il dit vouloir d’abord régler le contentieux des ordonnances collectives, qui oppose justement le triumvirat médecin-infirmière-pharmacien.Déception La réponse a déçu Mme Lamarre.«Nos demandes sont directement liées aux besoins de la population.Ce n’est pas un caprice, c’est un changement nécessaire, obligatoire dans les circonstances présentes.» L’idée est très simple: donner aux pharmaciens la possibilité de tirer le maximum de leurs compétences en leur permettant de prolonger, d’ajuster ou même d’amorcer des ordon- nances pour des problèmes de santé simples.«Nous pensons pouvoir ainsi éviter des visites à l’urgence, libérer des heures de consultation en première ligne et diminuer l’absentéisme», explique Mme Lamarre.Une étude ontarienne a permis de mesurer l’importance des gains qui pourraient ainsi être réalisés.En introduisant cinq nouvelles fonctions — dont la gestion de problèmes de santé mineurs, comme l’infection urinaire et le suivi de certaines maladies chroniques comme l’asthme —, l’État pourrait économiser 72 millions de dollars.Et du même coup, réduire de 1,2 million les rendez-vous chez le médecin, et ce, seulement la première année.Un tour de force Autres professionnels, autres gains.Une étude rendue publique cette semaine a montré que l’introduction d’une infirmière praticienne a considérablement allégé les choses à la clinique de soins primaires de Waneta, en Colombie-Britannique.Le D"^ Blair Stanley, attaché à cette clinique, y note que les patients se rendent moins souvent à l’urgence, sont moins souvent admis à l’hôpital et bénéficient d’un meilleur accès aux services de santé, souvent le jour même ou le lendemain.Mieux, la clinique a pu accueillir 600 nouveaux patients, un tour de force en ces temps de pénurie où la majorité des cliniques affichent complet depuis des années.Une autre étude publiée le même jour illustre comment les allers-retours incessants des ambulances entre l’hôpital Credit Valley et le centre de longue durée de Mississauga Halton, en Ontario, ont chuté radicalement le jour où des infirmières praticiennes ont fait leur apparition dans l’établissement.Grâce à leurs bons soins, l’établissement calcule que 88 % des patients nécessitant des soins immédiats ont pu éviter un transfert aux urgences et, du coup, un séjour impersonnel à l’hêpitRl, par ailleurs autrement plus coûteux pour l’État.Chez nous, l’introduction timide, voire quasi confidentielle, d’infirmières praticiennes spécialisées dans certaines unités de néonatalogie, de néphrologie et de cardiologie a permis aux mé- decins spécialistes de se décharger de tâches plus simples pour se consacrer aux cas plus lourds et voir plus de patients.Ces gains, encore marginaux, font rêver les médecins de famille, qui réclament en vain des infirmières praticiennes de première ligne pour les épauler dans leur cabinet.La Eédération des médecins omnipraticiens du Québec (EMOQ) en a d’ailleurs fait un point majeur de sa négociation avec Québec, â qui elle demande une infirmière pour chaque médecin en cabinet.«Une des façons de favoriser notre pratique est de nous donner du soutien», explique son président, le D"^ Louis Godin.Ét pas seulement du côté des alliées naturelles que sont les infirmières, mais aussi du côté de «tous ceux qui ont des expertises en santé», y compris le pharmacien, précise-t-il.Le malheur, c’est que Québec n’a toujours pas pris le virage du partage des compétences malgré tous ses discours en ce sens.Il en aurait pourtant les moyens avec la loi 90, qui a permis de décloisonner les champs de pratique en santé.Mais voilà, les négociations entre les trois ordres concernés (médecins-infirmières-pharmaciens) piétinent.Quant aux infirmières praticiennes de première ligne qui, par centaines, font des miracles en Ontario ou en Colombie-Britannique, elles se font toujours attendre au Québec, faute de financement dans les universités, comme sur le terrain.Pour le critique en matière de santé de l’opposition officielle, Bernard Drain-ville, la faute en incombe au ministre de la Santé, Yves Bolduc, qui n’a jamais joint le geste â la parole.«On ne peut pas se contenter de confiner les infirmières au rôle qu’elles occupent présentement.Il va falloir qu’on décide comme société de leur donner le rôle qu’elles méritent et qui va permettre de contribuer à soigner des gens dans leur communauté.» Idem pour le pharmacien, dont le rôle doit impérativement faire l’objet d’un débat, croit le député péquiste de Marie-Victorin.«Si la question qui se pose est celle de l’accès à un professionnel de la santé, il est normal de penser d’abord au médecin, car c’est lui qui a reçu la formation la plus longue, la plus pointue, la plus complète.Mais certains soins plus simples peuvent être donnés par « C’est une évidence qu’il faut que toutes les compétences soient utilisées au mieux.Mais en ce moment, entre le principe et l’application, il y a un monde.» d’autres professionnels, en appui aux médecins.Il faut que les différents maillons de la chaîne se lient les uns aux autres.» Et le patient ?Sur les bancs de l’Université de Montréal, la vision collaborative est devenue une réalité pour les étudiants du prégradué de sa faculté de médecine.Ceux-ci partagent certaines activités d’apprentissage avec les étudiants des facultés de pharmacie, de sciences infirmières et d’art et science.«Ils apprécient beaucoup cela, affirme la Dre Boucher.Il nous reste à augmenter la quantité et le niveau de ces activités de formation là pour la résidence et le développement professionnel continu.» Malgré tout, ces efforts risquent de tomber â plat si le réseau ne change pas, croit la présidente de l’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec (OIIQ), Gyslaine Desrosiers.«C’est une évidence qu’il faut que toutes les compétences soient utilisées au mieux.Mais en ce moment, entre le principe et l’application, il y a un monde.» C’est aussi l’avis du président-directeur général du Collège des médecins du Québec, le D"^ Yves Lamontagne, qui ne cache pas son exaspération.«Je crois toujours au triumvirat médecin-infirmière-pharmacien, mais je pense qu’il n’y a pas de volonté politique à Québec pour y donner suite.» Le Dr Lamontagne n’aime pas non plus la tournure qu’ont prise les négociations.Le Collège accuse les pharmaciens de manquer d’ouverture vis-â-vis des infirmières en réclamant l’exclusivité de certains actes qui sont pourtant naturellement plus près des réalités cliniques des infirmières.Sans vouloir commenter ces tiraillements, la présidente de l’OIIQ déplore elle aussi la tangente prise dans les discussions.«C’est dommage, car c’est le patient qui en paie le prix.» D’autant qu’en définitive, le repartage des compétences le concerne lui aussi intimement puisqu’il en est la finalité.Le patient et sa famille sont en effet vus comme des partenaires actifs dans le plan de soins de la médecine collaborative défendue par les facultés canadiennes.Pour peu qu’on leur prête l’oreille.Le Devoir C 2 LE DEVOIR LES SAMEDI IS ET DIMANCHE 14 MARS 2010 PERSPECTIVES LE QUEBEC ET LE NIQAB Comme des talibans ?L’opinion du Globe and Mail ne fait pas Tunanimité dans la presse du ROC ANTOINE ROBITAILLE Québec — Les talibans ne seraient pas ceux qu’on croit.Le gouvernement du Québec, par exemple, et sa ministre de l’immigration, Yolande James, dans l’affaire du niqab au cégep Saint-Laurent, auraient eu un comportement s’apparentant à l’ancien gouvernement afghan, a soutenu le plus sérieusement du monde le Globe and Mail en éditorial jeudi.La femme au niqab, Naïma Ahmed, «s’est mise à pleurer quand elle a aperçu le fonctionnaire québécois» entrer dans la classe, a relaté le Globe.«J’ai l’impression que le gouvernement me suit partout», a-t-elle confié.Commentaire du journal torontois: «Cela peut bien être une pratique dans certains pays arabes ou d’Asie de l’Ouest, comme l’ancien régime taliban en Afghanistan, mais donner le mandat à des agents de l’Etat d’appliquer des codes vestimentaires et dé faire cesser l’éducation des femmes, il s’agit vraiment d’une première au Canada.» Les médias du Canada anglais ont mis du temps à commenter l’affaire, fait remarquer la chroniqueuse du Devoir experte du ROC, Manon Cor-nellier.Sans doute en raison de sa nature explosive et du fait que le débat, là-bas aussi, fait rage.En 2009, dans un tribunal en Ontario, une musulmane portant le niqab a refusé de se dévoiler même si le juge l’exigeait.L’affaire a été portée en appel.La Commission ontarienne des droits de la personne a jugé que la liberté religieuse permettait à la dame de conserver son niqab devant la cour.La Cour supérieure a tranché en mai: un juge peut forcer une femme à retirer son niqab s’il a des raisons de croire qu’elle ne le porte pas pour des raisons religieuses.La décision a été portée en appel.Chose certaine, dans l’affaire du cégep Saint-Laurent, s’il y a un quasi-consensus au Québec pour approuver la façon dont le gouvernement a traité l’affaire, au Canada anglais deux camps à peu près égaux ont émergé cette semaine.Ceux, comme le Globe (et The Gazette hier), qui taxent l’attitude du gouvernement du Québec A’«intolérance».Et les autres, le National Post au premier chef, qui l’appuient, y voyant le summum de l’approche canadienne en matière de droits des minorités.Édita Revenons à l’éditorial du Globe.11 commençait par admettre que des limites à l’accommodation des minorités religieuses existent: l’excision et le mariage des enfants, par exemple, sont clairement à prohiber.«Le cas de Naïma Ahmed ne relève toutefois aucunement de l’accommodation, mais bien des limites à la tolérance, et c’est celle-ci qui s’avère, au Québec, totalement déraisonnable.» Le Globe insiste sur le fait que Mme Ahmed n’est pas, dans la classe, la personne qui enseigne.Bref, nulle «position d’autorité ici».Le Globe estime troublant qu’en prétendant agir dans l’intérêt de l’étudiante (comment corriger Il y a un quasi-consensus au Québec pour approuver la façon dont le gouvernement a traité l’affaire sa «prononciation» du français si elle porte un niqab?), on en vienne, par la solution choisie, à assurer que cette même étudiante échoue, car elle est expulsée.Conclusion: il est toujours risqué, dit le Globe, que «les politiciens se mettent à définir ce que sont “nos valeurs”».Ce n’était pas la première fois que le Globe abordait la question du pluralisme au Québec.Le chroniqueur John Ibbitson, mercredi, en une du journal, dans une série sur le «Canada qui se transforme», se penchait sur le cas du Québec.11 se surprenait du bruit que l’affaire du niqab du cégep Saint-Laurent avait créé.«Intégrer les immigrants est un défi partout au Canada, mais c’en est un particulier au Québec, la moins diversifiée des grandes provinces canadiennes», soutient-il.Et Montréal?La moins diversifiée des métropoles.De loin.C’est une tendance, insiste-t-il: en 2031, «les personnes d’origine européenne seront en minorité à Toronto et à Vancouver.Quatre habitants de Calgary sur dix seront non-blanc [sic].A Edmonton et à Montréal, ce sera seulement trois sur dix».Au dire d’ibbitson, les politiques linguistiques du Québec découragent les immigrants des pays émergents, comme la Chine et l’Inde, de venir s’y installer.Qr les pays francophones d’où proviennent les immigrants du Québec «sont considérablement plus pauvres».Par ailleurs, en dehors de Montréal, les villes québécoises ne reçoivent à peu près pas d’immigrants.Qr, sans immigrants, les villes de Saguenay, de Sherbrooke et de Trois-Rivières «mourront toutes».Avoir réussi à maintenir la langue française en Amérique est une réussite formidable, estime Ibbitson.«Aujourd’hui, les Québécois doivent toutefois se poser une question cruciale: comment préserveront-ils cette langue et cette culture tout en attirant assez d’immigrants prêts et capables à soutenir ces mêmes langue et culture?La survie du fait français en Amérique du Nord dépend de la réponse qu’ils donneront à cette question», conclut le chroniqueur, gravement.Le Post Sur le niqab, la position du National Post, présentée dans deux éditoriaux, tranche avec celle du Globe.Lundi, le Post a soutenu que la manière dont le gouvernement du Québec a traité la chose démontrait ce qui suit: «Le Canada a trouvé le juste équilibre dans sa gestion des minorités religieuses réclamant un statut spécial.» La procédure adoptée par le cégep cadrait même parfaitement avec «l’esprit de l’inclusivité» à la canadienne, puisqu’on a permis à l’étudiante, dans un premier temps, de porter sa burqa [sic: le Post a décidé sciemment de confondre burqa et niqab] en cherchant à l’accommoder.«On est loin de l’isla-mophobie», note le Post, qui se réjouit du reste que le cégep n’ait pas cédé à toutes ses demandes, surtout les plus «ridicules», quand l’étudiante cherchait à éviter tout «rapport social» avec les hommes.Jeudi, le Post est revenu sur la question, dans Le débat sur le niqab fait aussi rage au Canada angiais.la foulée de la publication des dernières données de Statistique Canada sur la diversité ethnique dans la fédération.Cette diversité fera en sorte que les libertés (de conscience, de religion et d’association) reconnues par les chartes entreront de plus en plus souvent en conflit.«Le cas de la burqa au Québec» le démontre, soutient le Post.«Jusqu’à quel point les libertés d’un groupe d’étudiants peuvent-elles être restreintes pour accommoder les croyances religieuses d’un autre?Les universités devraient-elles instaurer [pour leurs piscines] des heures de baignade pour femmes seulement?Les femmes devraient-elles pouvoir voter voilées?» Parfois, la question est facile à trancher, l’accommodement est illégal, note le Post: par exemple pour l’excision et les meurtres d’hon- neur.Dans les cas plus complexes, un «équilibre délicat» doit être trouvé entre les droits en conflit.«Dans le cas de l’étudiante à la burqa [sic], il n’était pas raisonnable de s’attendre à ce que les autres étudiants détournent leur regard d’une personne qui fait un exposé dans une classe où ils pratiquaient la conversation française.» Le Post trouve désolant que la plupart de ces cas soient souvent tranchés, non pas par le Parlement ou les tribunaux, mais par des commissions des droits de la personne, ce qui «rend les règles imprévisibles et arbitraires».Les politiciens devraient au contraire prendre ces cas à bras-le-corps, insiste-t-il.Ainsi, les Canadiens seraient mieux fixés sur «leurs valeurs» et sur les pratiques que leur pays rejette.Le Devoir LES ELECTIONS REGIONALES EN FRANCE L’union de la droite voulue par Nicolas Sarkozy est menacée Alors que les socialistes français s’efforcent de lutter contre leur premier adversaire, l’abstention, et appellent au rassemblement face à des écologistes qui se sentent pousser des ailes, les élections régionales pourraient faire un blessé grave: le parti unique de la rqajorité.Port de sa victoire en 2007, le chef de l’État, Nicolas Sarkozy, a fait de l’union de la droite sa doctrine électorale.Son postulat est simple: la droite rassemblée dès le premier tour crée la dynamique gagnante du second.Mais trois sondages publiés hier confirment la tendance observée depuis le début de la campagne des régionales: une nette avance de la gauche dans les enquêtes d’opinion.Et une faible mobilisation autour du scrutin.La plupart des instituts de sondage s’accordent en effet pour annoncer une forte abstention, qu’ils attribuent au désenchantement des Pran-çais envers la politique (lire: le désintérêt des Érançais souligne la perte de confiance dans le politique).Un phénomène accentué par le faible niveau général de cette campagne électorale, gangrenée par des invectives et des polémiques de bas niveau, au détriment de débats sur le fond des programmes.Les 20 584 candidats (un record!) aux régionales aspirent à siéger au conseil régional d’une des 26 régions françaises, dont quatre outre-mer.Le conseil régional et le président qu’il se donne gèrent un budget autonome qui leur permet d’agir en matière d’éducation, de formation, d’emploi, de développement économique et de développement durable.Les lycées et les lignes de TGV, par exemple, relèvent des régions.C’est la dernière fois que les Erançais se rendront aux urnes pour choisir leurs conseillers régionaux: les conseillers territoriaux les remplaceront en 2014.Les conseils territoriaux constituent une fusion des conseils généraux (assemblées des départements) et régipnaux.Depuis trois ans, le chef de l’État n’a eu de cesse d’élargir sa majorité, pour éliminer les candidatures concurrentes.Après avoir ouvert dans un premier temps le parti (UMP) sur sa gauche et, l’été dernier, à l’aile plus dure de la droite traditionnelle.La majorité a désormais des airs d’auberge espagnole.Pour composer les listes des candidats aux ré- gionales, la direction de l’UMP a dû faire place aux différents représentants de cette galaxie, notamment du Nouveau Centre.Résultats, les postulants de rUMP se sont sentis lésés, frustrés.Lors du conseil national de lancement de la campagne le 30 janvier à Paris, des sifflets avaient accueilli la présentation des listes.C’est là le premier inconvénient de la doctrine de l’union de la droite: elle a eu un effet démobilisateur, à la fois sur les cadres et les militants.Dominique Reynié, le directeur général de la Pondation pour l’innovation politique, pourtant proche de l’UMP, juge «très risquée depuis le début» cette stratégie.Selon ce professeur de sciences politiques, l’union, payante pour la présidentielle de 2007, n’est pas transposable aux élections intermédiaires.L’équation personnelle du chef de l’État joue désormais négativement.En l’absence de djmamique et sans réserve de voix au second tour, la droite unie est assurée de perdre.«On a fait un modèle d’une stratégie qui a payé lors de la présidentielle de 2007.Mais la dynamique qui a permis la victoire de Nicolas Sarkozy est singulière», expliquait Dominique Rejmié dans un entretien à Libération, le 9 mars, avant de plaider pour une diversification de l’offre de premier tour qui permette «aux déçus de voter à droite, sans voter pour l’UMP».La droite argue qu’elle n’aura pas, contrairement à la gauche, à s’adonner à dçs «marchandages d’entre deux tours».Mais en Ile-de-Prance en 2004, Jean-Prançois Copé et André Santini avaient conclu un accord en une demi-heure, assure le président du groupe UMP à l’Assemblée nationale.L’exemple de cette région est parlant.En 2004, les deux protagonistes, partis séparé-menfi avaient réalisé à eux deux au premier tour 40,8 % des voix.Six ans après, la droite unie emmenée par Valérie Pécresse est seulement créditée par les sondages de 30 %.«L’UMP représente désormais un RPR élargi, alors que nous avons rassemblé toutes les familles de la droite», entend-on chez les parlementaires.Un membre de la direction de l’UMP se fait peu d’illusions.«Nous serons peut-être nationalement à 30 %.Pour que le jeu soit ouvert, il nous faut atteindre les 34-35 %.Pour ne plus être rattrapés, il faut dépasser 37-38 % au premier tour.» Un objec- i Le président de la France, Nicolas Sarkozy tif qui semble irréalisable.Ée Nouveau Centre, ce petit parti satellite de LUMP, créé par les anciens de l’UDP, apparaît pour l’heure comme le seul gagnanf de la martingale imaginée par M.Sarkozy.A l’ombre de l’UMP, il a réussi à reconstituer son maillage territorial et son réseau d’élus.Il s’est assuré même, en cas de défaite aux régionales, de retrouver le stock d’élus de l’UDP en 2004.Un revers de la majorité ne le desservirait pas.M.Morin aurait beau jeu de justifier une candidature du Nouveau PHILIPPE WAJAZER REUTERS Centre pour la présidentielle de 2012.Mais M.Sarkozy a pris les devants.Dans l’entretien qu’il accordait au Pigaro Magazine hier, le chef de l’État avertit qu’il «n’imagine pas que les familles politiques qui travaillent ensemble pendant la durée d’un mandat se présentent divisées devant les électeurs».Il en fait «une question d’honnêteté».Le Devoir Avee Le Monde et Reuters LE DEVOIR LES SAMEDI IS ET DIMANCHE 14 MARS 2010 C 3 PERSPECTIVES LES ECOLES PASSERELLES Entre les principes et le cas par cas ROBERT DUTRISAC Québec — 11 est inquiétant d’entendre Christine St-Pierre affirmer que «tout est sur la table» au sujet de la réponse que le gouvernement Charest doit apporter ce printemps au jugement de la Cour suprême, qui a déclaré inconstitutionnelle la loi 104.Cinq mois après cette décision matraque et une semaine après que le Conseil supérieur de la langue française (CSLF) eut rendu public son avis qui rejette la solution de l’évaluation subjective du «parcours authentique», le gouvernement songerait donc toujours à emprunter cette voie byzantine préconisée par les juges.Pourtant, le CSLF a été on ne peut plus clair: l’appréciation au cas par cas de la situation d’un élève dont les parents sont assez fortunés pour lui payer un passage de quelques années dans une école privée non subventionnée afin d’obtenir le droit de l’envoyer dans le réseau normal en anglais non seulement conduirait à d’interminables contestations juridiques, mais créerait deux classes d’immigrants — et de Québécois francophones: ceux qui ont les moyens de s’acheter un droit et les autres, qui doivent se résigner à respecter la loi.11 existe même un risque de «déconstruction sociale», au dire du président du CSLF, Conrad Ouellon.Mieux valait tout simplement étendre la loi 101 aux écoles privées non subventionnées de langue anglaise, qui ne pourraient plus inscrire que les élèves qui détiendraient un certificat d’admissibilité à l’enseignement en anglais.Bien en selle, le Parti québécois a présenté une motion pour obliger le gouvernement à se ranger derrière l’avis du CSLF, qui propose, selon le porte-parole de l’opposition officielle en matière de langue, Pierre Curzi, la seule voie à suivre.C’est sans surprise que les députés libéraux ont voté contre la motion péquiste.Simple et clair «L’analyse du gouvernement ne peut se limiter aux possibilités énumérées dans l’avis du Conseil», a indiqué, sans vouloir préciser davantage, la ministre responsable de l’application de la Charte de la langue française, Christine St-Pierre, lors du débat sur la motion mercredi.Elle a repris les arguments d’André Prat-te, qui a salué «la simplicité et la clarté du message» envoyé par le CSLF, mais qui estime que «les effets potentiellement néfastes d’une telle politique ne nous semblent pas avoir été suffisamment considérés».Le jugement de la Cour suprême s’appuyait sur l’article 23 de la Charte canadienne, qui garantit aux minorités des deux langues officielles un enseignement dans leur langue.En soumettant les écoles privées non subventionnées à la loi 101, ce n’est plus l’article 23 qu’on pourrait évoquer dans d’éventuelles contestations, mais bien l’article 7 touchant le droit à la liberté.Le CSLF croit que le gouvernement n’a pas besoin de recourir à la clause dérogatoire, ou clause nonobstant, de la Charte canadienne des droits et libertés.Mais pour nombre de juristes, dont Eugénie Brouillet, qui a conseillé le PQ sur cette question, comme les contestations sont prévisibles, le gouvernement québécois n’aurait que le choix d’appliquer la clause dérogatoire d’emblée lors de l’adoption du projet de loi ou encore d’y recourir plus tard, après un jugement de la Cour suprême, si celui-ci invalidait la nouvelle loi.Avec les risques que cela comporte: il n’y a rien de plus imprévisible qu’un jugement de la Cour suprême quand il s’agit des lois linguistiques au Québec.-T y— ,, p/^ % JACQUES NADEAU LE DEVOIR Le phénomène des écoles passerelles ne touche en rien les anglophones, qui sont les seuls à jouir du libre choix en matière de langue d’enseignement Lors du débat à l’Assemblée nationale, le leader parlementaire adjoint du gouvernement et député de Verdun, Henri-François Gautrin, a signalé qu’étendre la loi 101 aux écoles privées non subventionnées, dont certaines ont servi de passerelles vers l’enseignement en anglais, nécessiterait le recours à la clause dérogatoire.Comme l’Assemblée nationale doit reconduire cette clause tous les cinq ans, il ne s’agirait pas d’une «solution qui a un caractère de pérennité».«On pourrait essayer de baliser sur le plan juridique le concept de parcours authentique, a avancé M.Gautrin.C’est un chemin à explorer.» cas par cas Difficultés Mais on a beau se triturer les méninges, on voit mal comment on peut baliser ce concept de parcours authentique tout en le rendant tout à fait impraticable.L’échappatoire demeurerait, mais un plus petit nombre d’élèves en userait que les 11 000 qui ont employé ce subterfuge dans le passé.Qn voit comment un parcours rendu plus long ou plus difficile ne pourrait pas favoriser les parents les plus riches, encore plus riches qu’avant la loi 104 d’ailleurs, quand une seule année dans une école passerelle permettait à un élève, à ses frères et soeurs et à ses descendants d’obtenir le droit d’étudier en anglais au Québec.Comme pour le port du niqab, le gouvernement est tenté par le cas par cas.Si on réduit suffisamment le nombre d’élèves qui tirent parti des écoles privées non subventionnées pour Comme pour le port du niqab, le gouvernement est tenté par le s’acheter le droit d’avoir une éducation en anglais, il ne s’agira plus que d’un phénomène marginal, rarissime, une exception qui confirme la règle, avance-f on.Qr le gouvernement Charest croyait aussi que le port du niqab n’était qu’un phénomène rarissime, une exception que l’on pouvait ignorer.La suite des choses lui a démontré qu’il fallait aussi s’occuper des exceptions.Et se soucier des principes.Qn ne s’attend pas à ce que la minorité anglophone, bien représentée au sein du Parti libéral, monte aux barricades si jamais le gouvernement décide de suivre l’avis du CSLF.Le phénomène des écoles passerelles ne touche en rien les anglophones, qui sont les seuls à jouir du libre choix en matière de langue d’enseignement au Québec.Jean Charest dispose d’une marge de manoeuvre assez large pour imposer sa décision, fait-on remarquer.Nous ne sommes plus en 1988, quand trois ministres anglophones avaient démissionné après que Robert Bourassa eut employé la clause nonobstant pour protéger la loi 178 sur la langue d’affichage.Joint jeudi par téléphone, Feith Henderson, l’ancien président du Parti Egalité, une formation politique née de cette controverse, a signalé que les anglophones — ceux qui sont restés au Québec — sont «conciliants» envers la majorité francophone.«Il n’y a plus personne dans mon camp», a-t-il confié, un brin nostalgique.Le Devoir CHILI Le séisme a fait surgir les symptômes du malaise social JEAN-PIERRE LANGELLIER Le tremblement de terre et le tsunami du 27 février au Chili se soldent par un lourd bilan matériel et humain: 497 morts «identifiés», et sans doute plus de 800 selon un décompte officieux; 500 000 logements détruits et un million endommagés; des dizaines d’écoles, d’hôpitaux, de ponts, de routes, à reconstruire.Le gouvernement évalue à plus de 4 milliards de dollars le coût provisoire de la remise sur pied des seules infrastructures publiques.Mais il sera peut-être plus difficile de réparer les dégâts politiques, sociaux et psychologiques provoqués par une catastrophe survenue à 12 jours du passage de relais entre la présidente socialiste sortante Michelle Bachelet et son successeur, élu le 17 janvier, Sebastian Pinera, lequel s’est fait le 11 mars.Forte, à la veille du séisme, d’une popularité record — 84 % d’opinions favorables — et légitimement fière d’un mandat globalement réussi, Mme Bachelet rêvait de quitter la scène en beauté.La nature en furie en a décidé autrement.L’ampleur du cataclysme, qui aurait pris de court n’importe quel gouvernement, au Chili ou ailleurs, ne dispense pas la présidente de tirer les leçons de ses quelques erreurs de jugement et, surtout, des défaillances de l’Etat, dans un pays que ses citoyens aiment présenter comme le plus moderne de l’Amérique latine.Et cela, bien que la popularité de Mme Bachelet n’ait pas souffert de la catastrophe: selon un sondage publié le 9 mars, 75 % des Chiliens approuvent sa manière de gérer cette épreuve.Le diagnostic initial incorrect de la marine, ex-çluant un tsunami, a coûté des centaines de vies.A cette méprise se sont ajoutés d’autres dysfonctionnements: une mauvaise coordination entre civils et militaires, une trop longue attente pour envoyer l’armée sur le terrain, une sjmcope du réseau de communications.Dans un entretien au journal El Sur, José Antonio Viera Gallo, secrétaire général de la présidence de la République, a reconnu que lui-même n’avait pas pu communiquer avec les autorité^ des régions sinistrées pendant plusieurs jours.A cet égard, les clubs de radioamateurs déplorent que personne n’ait songé à faire appel à leurs services.Ces graves déficiences sont encore plus surprenantes dans un pays à la longue mémoire sismique.M.Pinera a promis de réformer de fond en comble et de moderniser toutes les procédures d’alerte.Le caractère particulièrement meurtrier de la catastrophe, la peur des répliques, l’impuissance des autorités locales, l’apparente disparition de la force publique, les pénuries de produits de base, réelles ou supposées imminentes, ont favorisé à la fois une psychose du manque et un vide du pouvoir, propices au2^ exactions.A Concepcion notamment, les pillards ont profité du chaos ambiant pour dévaliser, mettre à sac, voire incendier les supermarchés.Ils s’en sont pris aussi à des petits commerces ou aux simples maisons particulières.Les images de ces pillages ont profondément blessé la fierté de la majorité des Chiliens.Après ces deux journées folles, les 14 000 soldats déployés dans les régions sinistrées ont été accueillis avec un immense soulagement.«Nous pensions être un peuple développé.Nous nous rendons compte que nous ressemblons plus à Haïti qu’au Japon», déplore le politologue Patricio Navia.«Que nous arrive-t-il?», demande la sociologue Lucia Dammert.«Ce vandalisme, c’est le pire de nous-mêmes», lançait un reporter à l’antenne d’une radio locale.Selon l’armée, à Concepcion, 90 % des pillards arrêtés n’ont aucun casier judiciaire.La plupart «Ce vandalisme, c’est le pire de nous-mêmes » appartiennent à un milieu modeste, les autres à la classe moyenne.La petite mafia locale a aussi profité de l’aubaine.Crainte ou remords?Beaucoup ont, comme les carabiniers le leur demandaient, «restitué» leur butin en l’abandonnant sur des routes.Tout en promettant aux quelque 300 pillards appréhendés un châtiment sévère, le gouvernement a tenté de relativiser cet événement, évoquant des scènes semblables en 2005 à La Nouvelle-Qrléans après le passage de l’ouragan Katrina.Elles sont propres aux situations de catastrophe, oû l’absence d’autorité entraîne une perte de confiance dans l’Etat.Pour beaucoup d’analystes, ces pillages sont révélateurs d’une fracture sociale.Dans cette région, une des plus pauvres du pays, les pillards auraient exprimé leur rage et leur frustration face à une réalité perçue, selon le sociologue Emilio Torres, comme «de plus en plus inégalitaire».Vin^ années de centre gauche au pouvoir ont permis de ramener à 14 % le taux de pauvreté.Mais le bon fonctionnement de l’économie sociale de marché, à l’origine du «miracle chilien», n’a pas réduit le fossé entre riches et pauvres, les premiers concentrant 45 % de la richesse nationale.Fier d’avoir adhéré en janvier à l’Qrganisation de coopération et de développement économiques (QCDE), le Chili reste l’un des pays les plus inégalitaires de l’Amérique latine.Un jeune sur quatre est au chômage.Trois sur dix ne trouvent pas d’emploi à la sortie de l’université.Entrepreneur multimillionnaire, représentant d’une droite décomplexée, «chrétienne et humaniste», M.Pinera soignera-t-il le malaise social dont les sjmiptômes ont surgi en ces journées tragiques?Le Monde La bataille des garderies Michel David ès le départ, les libéraux ont pris en grippe les centres de la petite enfance.Lors de leur création en 1997, Daniel Johnson a dénoncé ce «modèle unique», qui avait bien entendu le tort d’être une création du PQ, mais surtout de ne pas respecter le principe du libre choix des parents.Comme cela avait été le cas pour la loi 101, que le PLQ avait dénoncée pour les mêmes raisons, il est cependant apparu très rapidement que la population aimait les «garderies à 5 $», dont le seul déiaut était de ne pas être suffisamment nombreuses.Pour la première fois depuis longtemps, les Québécois ont eu le sentiment de voir unq grande réforme dont ils pouvaient être fiers.A l’Assemblée nationale, le premier ministre Lucien Bouchard se faisait un plaisir de brandir les nombreux articles de la presse étrangère qui louan-geaient cette nouvelle merveille.Après avoir brièvement envisagé la possibilité de démanteler le réseau, les libéraux ont dû opérer un virage spectaculaire et se lancer dans une véritable surenchère avec le PQ.En campagne électorale, un point de presse dans une garderie est devenu une figure imposée même pour Jean Charest.C’était à qui créerait le plus grand nombre de places dans le minimum de temps.La politique étant ce qu’elle est, le PLQ a même pris la défense du tarif de 5 $, dénonçant ces coquins de péquistes qui voulaient le hausser à 8 $.En moins de quatre ans, le «modèle unique» décrié est devenu une vache sacrée.Seule l’ADQ, avec ses «bons de garde», a refusé de suivre le mouvement.Le succès fulgurant du réseau des garderies subventionnées en a fait un élément essentiel du nouveau modèle social québécois en cours de définition.11 était donc inévitable que les garderies se transforment en champ de bataille oû s’affrontent les visions opposées de notre devenir.Au départ, le débat était surtout d’ordre pédagogique.Pour le développement de l’enfant, était-il préférable qu’il aille à la garderie — si oui, à partir de quel âge?— ou qu’il reste à la maison jusqu’à l’entrée à l’école?Derrière une position comme celle de l’ADQ se profdait également la défense du rôle traditionnel de la femme au foyer, par opposition aux possibilités de promotion socioéconomique qu’offrait la disponibilité de services de garde abordables.L’effet des garderies subventionnées sur la participation des femmes au marché du travail a été presque immédiat.Plus récemment, les débats ont pris une tournure nettement plus politique.C’est le PQ qui a donné le ton lors d’un colloque l’automne dernier sur les questions de la langue et de l’immigration, quand Pauline Marois s’est dite favorable à l’extension aux CPE des dispositions de la Charte de la langue française.Si besoin était, les dernières projections de Statistique Canada ont donné la mesure de la mutation démographique du Québec au cours des prochaines aimées.En 2031, un Montréalais sur trois sera issu d’une minorité visible.Un formidable défi d’inté^ation.Dans ces conditions, il était prévisible que la question de la laïcité dans les garderies subventionnées finirait aussi par se poser.Elle a surgi cette semaine, quand une dépêche de la Presse canadienne a révélé que certaines d’entre elles, notamment juives et musulmanes, dispensent un enseignement religieux.Chacun sait que la compétence n’est pas nécessairement le premier critère qui détermine la composition du conseil des ministres.L’actuel titulaire de la Famille, Tony Tomassi, avait déjà démontré sa maladresse en décembre dernier, quand il avait dû se défendre des allégations du PQ selon lesquelles des places en garderie étaient systématiquement attribuées à des donateurs ou des organisateurs libéraux.La volte-face de M.Tomassi, qui, en l’espace de 24 heures, est passé de la bénédiction à l’interdiction de l’enseignement religieux dans les garderies, était spectaculaire, mais le premier ministre Charest avait reculé aussi piteusement sur la question des subventions aux écoles privées juives en janvier 2005.En réalité, le premier réflexe de M.Tomassi, qui voyait dans les garderies une simple extension de la famille, correspond parfaitement à la pensée traditionnelle du PLQ: le libre choix, qu’il s’agisse de langue ou de religion.Le laxisme du gouvernement Charest dans l’application de la Charte de la lan^e française témoigne davantage d’une résignation que d’une véritable adhésion.11 faudra maintenant voir quelle sera sa détermination à interdire réellement l’enseignement religieux dans les garderies privées subventionnées.La collègue Michèle Quimet, de La Presse, soulignait hier qu’en toute logique, il faudrait aussi l’interdire dans les écoles.Jusqu’à présent, le gouvernement Charest s’est surtout signalé par son remarquable empressement à répondre aux désirs des contributeurs à sa caisse électorale, notamment la communauté juive.En 2006, celle-ci avait déjà bénéficié d’un passe-droit pour bénéficier d’un bureau coordonnateur de garderies en milieu familial bien à elle, alors que ces bureaux ne devaient pas être attribués sur une base confessionnelle.Comme d’habitude, il avait fallu compter sur les médias pour découvrir le pot aux roses.Quand ses principes ne correspondent pas à ceux de la population, ce gouvernement tente généralement de les appliquer en cachette.mdavid@ledevoir.eom C 4 LE DEVOIR LES SAMEDI IS ET DIMANCHE 14 MARS 2010 EDITORIAL Parti québécois Le mauvais objectif Le Parti québécois tient cette fin de semaine à Lévis un colloque ayant pour thème la création de la richesse.«Pour un gouvernement souverainiste, écrit la chef du parti en présentation, l’enrichissement des individus de tous les âges sera au centre de la politique économique [car] il n’existe pas de richesse partagée qui ne fut d’abord créée.» Et si partage et création de richesses étaient les jumeaux inséparables d’un même processus d’accession à une société plus juste et plus prospère?Q 15ÎF r Jean-Robert Sansfaçon uel parent, quel éducateur est assez tordu pour proposer à ses enfants de se fixer comme objectif de vie de devenir riche?Voilà pourtant ce que la direction du PQ veut proposer aux Québécois.L’affirmer ainsi pourrait signifier que ce parti entend affranchir le Québec de son passé à l’eau bénite, ou encore rompre avec la social-démocratie.Qsons plutôt croire que certains dirigeants se sont laissé caresser par l’air du temps, indice du désarroi qui règne au sein d’une formation à la recherche de sens.L’expression «créer de la richesse» est à la mode.Elle n’est pourtant pas nouvelle puisqu’elle est utilisée,depuis très longtemps par les milieux d’affaires pour critiquer l’Etat providence et ses impôts élevés.Ce qui a changé, c’est que certains intellectuels progressistes d’hier qui occupent aujourd’hui des postes dominants dans les institutions ont adopté ce slogan à leur toiu pour défendre leius propres privilèges de bien nantis.A l’échelle d’une société, il est simpliste de prétendre devoir créer la richesse avant de la redistribuer.Pour un Etat, accorder la priorité au développement économique est une pratique légitime et souhaitable, mais faire de la création de richesses le filtre à travers lequel seraient évalués tous les programmes, voilà qui fient du dogmatisme cher aux conservateius.L’erreiu est même grossière siu le plan historique.Aucun pays développé, pas même les Etats-Unis, n’est d’abord devenu riche avant de redistribuer les fruits de son essor.Tous ont agi siu les deux tableaux à la fois, parfois sous la pression des rapports de force sociaux, mais souvent par souci d’accélérer le développement L’éducation en est un exemple, mais on peut aussi parler des lois du travail, de l’assiuance-emploi, des pensions, du système de santé, des congés parentaux.Le développement d’une société, comme celui d’un individu, est un processus complexe qui exige la mise en oeuvre simultanée de dizaines de facteurs déterminants qui n’ont généralement pas poiu moteur la quête de richesses, mais la recherche d’un mieux-être, y compris la séciuité financière.Cela dit nous sommes en 2010 et il ne faut pas confondre social-démocratie et interventioimisme intempestif des gouvernements, encore moins leiu clientélisme politique.Qu’on pense à la Gaspé-sia, aux alumineries ou aux dizaines de programmes qui n’ont jamais fait l’objet d’une évaluation exhaustive, qu’on pense encore à cette idée farfelue du PQ d’offrir un revenu minimum garanti aux nouveaux entrepreneius.oui, la social-démocrade à la mode PQ a besoin d’une sérieuse remise en question pour retrouver ses lettres de noblesse, et c’est aux militants de le rappeler à ces dirigeants dont le souvenir du pouvoir semble encore trop frais.Tous les Québécois aspirent à développer leur potentiel économique, culturel et social.Tant mieux s’il en résulte une plus grande richesse collective et individuelle, mais de grâce, qu’on abandonne l’idée de tatouer un signe de piastre au front de chaque bébé admis en garderie! Profîlage racial Le décalage S Marie-Andrée Chouinard entiment étrange que celui de lire un troublant portrait sur le profilage racial, et ce, en pleine enquête du coroner sur la mort de Eredy Villanueva.Un tableau tout juste présenté par la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse du Québec (CDPDJ) confirme un imposant décalage entre le discours officiel des autorités policières, qui laisse croire à un phénomène marginal, et la triste réalité.Rien de mieux que l’observation attentive du «terrain» pour plomber la théorie.Eait en prévision d’audiences publiques siu le profilage racial que tiendra la Commission en mai et juin, le document de consultation publié au cours de la semaine est dérangeant.Il confirme la nécessité de discuter franchement d’un problème sous-estimé par les principaux intéressés, comme en font foi d’exaspérants retards dans le traitement des plaintes pour profilage racial.En situation d’autorité, des policiers, des directions d’école, des agents de sécurité, des tenanciers de bars — entre autres groupes — appliquent une mesure ou imposent un traitement disproportionnés sur une personne du seul fait de son appartenance raciale, ethnique ou religieuse, réelle ou présumée.C’est la définition à laquelle s’accroche la CDPDJ pour déterminer ce qui constitue le profilage racial.Sous prétexte de prévention du crime et de protection de la population, les policiers outrepassent les limites.Que dire d’un récit comme celui-ci: un père de famille noir se dirige en auto jusque chez lui, effectue un simple et habituel virage pour rejoindre son domicile.Il est aussitôt interpellé par des policiers parce que son virage avait l’air.«louche».Alors qu’il était garé chez lui, qu’il n’avait d’aucune façon contrevenu au Code de la route, les policiers ont exigé qu’il leur remette son permis de conduire.Devant son refus, ils ont appelé des renforts: huit véhicules sont sitôt apparus devant chez lui! Le document regorge de ces histoires nourries d’une certaine disgrâce.Elles ont troublé les victimes, comme le relate la Commission, qui s’inquiète à juste titre des effets pernicieux de ce profilage racial.Installé sur un socle de préjugés et de stéréotypes qui font de certains groupes tels les Noirs, les Latino-Américains, les autochtones ou les personnes d’origine arabe ou de religion musulmane les principales victimes, le profilage racial est lui-même victime de préjugés: phénomène encore très mal documenté au Québec, il souffre d’atté-nuation démesurée, notamment de la part des principaux intéressés, les policiers.Iæ Service de police de la Ville de Montréal promet de participer aux audiences de la Commission, où il présentera un mémoire.Eort bien.Il faut espérer toutefois que cette participation au débat ne viendra pas creuser encore le décalage qui sépare le discours officiel et accommodant des autorités policières du terrain miné de la pratique.Là se jouent au quotidien les petits et grands drames du profilage.machouinard@ledevoir.corn LE DEVOIR FONDÉ PAR HENRI BOURASSA LE 10 JANVIER 1910.FAIS CE QUE DOIS ! Directeur BERNARD DESCÔTEAUX Rédactrice en chef JOSÉE BOILEAU Vice-présidente, finances et administration CATHERINE LABERGE Directeur de l’information ROLAND-YVES CARIGNAN Directeurs adjoints de l’information PIERRE BEAULIEU, LOUIS LAPIERRE, JEAN-ERANÇOIS NADEAU Directeur artistique CHRISTIAN TIFEET Directeur, ventes publicitaires JOSÉ CRISTOEARO Si JfAN CHAWTCrAir/N
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