Le devoir, 23 juillet 2011, Cahier E
LE DEVOIR, LES SAMEDI 23 ET DIMANCHE 24 JUILLET 2011 CINEMA Starbuck : Et si un homme se retrouvait père de dizaines de rejetons?Page E 4 MUSIQUE Le premier Festival d’opéra de Québec frappe fort Page E 3 Ml s V 'CS 0 GERARD JULIEN AEP Wajdi Mouawad -vous ,,.1 «W»».happ^ P» Sophocle.Par so.«oa d« ri.» qvii est extrêmement “moderne » Alors qu’il présente depuis mercredi à Avignon, à la carrière de Boulbon, la trilogie Des femmes, qui a fait couler tant d’encre au Québec avant même d’y être jouée, le dramaturge et metteur en scène Wajdi Mouawad continue de préparer sa sortie.Entrevue.MICHEL BÉLAIR Le Devoir à Avignon Il n’arrête pas beaucoup, le Mouawad.Il arrive à peine d’Athènes, où il se posait après la création à Bordeaux de la trilogie Des femmes.Cet opus en trois chapitres, qui réunit Les Trachiniennes, Antigone et Electre, amorce la présentation un peu partout en France des sept pièces connues de Sophocle.La prochaine série.Les Héros, composée AAjax et d'Œdipe roi, sera suivie des Mourants, qui devrait, avec Philoctète et Œdipe à Colone, clore le cycle, quelque part en 2015.Si Avignon verra la version «sans Bertrand Cantat» de la production, Mouawad affirme ne pas savoir encore si c’est ce spectacle que l’on verra au Québec la saison prochaine.«Le contexte et les raisons évoquées pour l’absence de Bertrand [Cantat] ne sont pas du tout les mêmes et je ne peux pas ne pas en tenir compte.Disons que je continue à réfléchir.En fait, je ne sais pas: je me demande ce que l’on veut voir au Québec.» La controverse autour du spectacle ne l’accapare pas tout entier puisqu’il prépare un nouveau texte.Long Island, qui verra le jour en 2013.Il a aussi déjà commencé à écrire le livret d’un opéra, L’Inouî, qui sera créé au festival d’Aix-en-Proven-ce en 2015.Et, oui, il a toujours l’intention de quitter le monde du théâtre pour l’écriture en 2015.Écrire, dit-il Première affirmation donc, nette, claire, inéluctable: Mouawad a toujours la ferme intention de cesser de faire de la mise en scène et d’écrire pour le théâtre.«Je ne veux plus être en état de responsabilité face à des dizaines de personnes comme c’est le cas depuis de nombreuses années maintenant.Il y a déjà une éternité que je passe au moins six mois par an en salle de répétition à dire aux gens quoi faire en passant par tel côté de la scène ou par tel autre.J’ai besoin de me dégager de tout cela et de retrouver le simple plaisir de l’écriture sans avoir à me préoccuper des autres membres de l’équipe.D’ailleurs, fai décidé de mettre fin à la tournée de certains spectacles pour cesser d’investir dans des choses déjà faites et pour mieux m’impliquer dans ce qui s’en vient.» Mais équipe il y a toujours: depuis que sa décision est prise, Wajdi Mouawad s’est entouré d’un groupe de concepteurs qui travaillent avec une vision globale de ce qui reste à accomplir d’ici 2015.«Cette équipe a été mise en place pour la création de Temps [vu la saison dernière au Théâtre d’Au-jourd’hui].Depuis le départ, elle travaille avec un horizon de sept spectacles — Temps, les quatre derniers Sophocle, Long Island et L’Inoui.Ce qui fait que, lorsque nous nous assoyons à la table, nous sommes dans une sorte de sphère et nous pouvons tout aussi bien avancer sur Sophocle ou sur l’opéra que sur la trame scénique de Long Island,» Il se montre plutôt discret sur l’opéra à venir, mais il dira de ùmg Island que l’histoire s’amorce avec un bibliothécaire ambulant qui veut récupérer des livres prêtés à un homme qui vient de décéder; ce sera l’occasion pour la famille de cet homme de découvrir sa vie cachée.Les madeleines de Sophocle Et pourquoi mettre un point final à tout cela avec la mise en scène des sept tragédies de Sophocle écrites ü y a plus de 3000 ans?«Parce que j’ai été littéralement happé par Sophocle.Parson sens du récit qui est extrêmement “moderne”.C’est devenu encore plus clair lorsque j’ai monté Œdipe roi en sortant de VOIR PAGE E 2 RENDEZ-VOUS E 2 LE DEVOIR LES SAMEDI 23 ET DIMANCHE 24 JUILLET 2011 CULTURE Juste pour rire Une fantaisiste face à son corpus populaire La mathématique inspire la célébration: elle a eu 80 ans cette année, poiusuit avec faste une carrière longue de 65 ans et célèbre cet été ses 20 ans de collaboration avec le festival Juste pour rire.Lundi soir, Denise Filiatrault va franchir le 4® mur poiu devenir spectatrice de sa propre vie, en assistant au gala piloté en son honneiu- par Stéphan Biueau.Une soirée à grand déploiement poiu lustrer la culture populaire du Québec et siu-tout l’une de ses plus grandes représentantes.FABIEN DEGLISE Cabaret, théâtre, télévision, cinéma, mise en scène et même chanson: le corpus est vaste, diversifié, et forcément le choix est difficile.Si une poignée des éléments de l’univers artistique de Denise Filiatrault devait entrer au musée, lesquels faudrait-il choisir?A l’autre bout du fil.Benoit Gauthier, directeur du Musée québécois de culture populaire de Trois-Rivières, hésite, souligne la difficulté de la requête, puis se lance: «Sans doute des choses associées à la série télé Moi et l’autre [diffusée sur les ondes de Radio-Canada entre 1966 et 1971], dit-ü.C’est une composante importante de la culture populaire, représentative de la carrière de Denise Filiatrault By ale vaudeville, creuset qui l’a façonnée, mais aussi le symbole fort de l’évolution de la condition féminine au Québec que porte cette artiste», depuis le début de sa carrière.La veille, dans un resto de Montréal, Stéphan Bureau avait fait le même choix, sans concertation: «Les costumes de Moi et l’autre ont leur place au musée.La culture populaire change le monde dans lequel on vit Les personnages féminins révolutionnaires de cette série et leurs tenues ont eu un impact sur la modernisation rapide du Québec.» Cette époque de mutation va certainement trouver une place de choix dans le gala-hommage qu’il se prépare à animer lundi soir en l’honneur de Denise Filiatrault, à la Place des Arts, dans le cadre du festival Juste pour rire.Après Dominique Michel, sa complice des premières armes, Jean Lapointe, Rock et Belles Oreilles, Yvon Deschamps, Claude Meunier, la «Grand’ Jaune» des Belles Histoires des pays d’en haut va s’y retrouver au cœur d’une grand-messe honorifique de deux heures à laquelle 200 artistes ont accepté de participer, en chair, en os, en chanson, en vidéo, pour un tour de piste ou une simple apparition.Comme le veut la formule du gala-hommage, cet événement sur scène étant conçu pour être télévisé, les détails sont tenus secrets par l’équipe de production qui se contente, pour parler de la soirée, d’évoquer les grandes lignes: «Célébrer la carrière de Denise Filiatrault, c’est en fait célébrer quatre carrières, dit le maître de cérémonie.Denise, c’est le cabaret, où elle a commencé et où elle a développé ses codes.C’est la télévision qui est venue au monde avec elle et qui l’a mise au monde.Puis c’est le cinéma, où elle s’est réinventée.Enfin, c’est la mise en scène où, à l’aube de la soixantaine, elle amorce une nouvelle carrière.» Des bas-fonds au sommet Depuis la revue musicale Coquetel 46 au Monument-National, où à 15 ans elle fait ses premiers pas sur une scène, jusqu’aux Fourberies de Scapin, un Molière dont elle signe la mise en scène pour Juste pour rire 2011, le parcours est touffu.11 l’a conduite des loges un peu crades du Faisan doré, du 42 ou du Blue Sky, ces cabarets montréalais à la mode dans les années 50, jusqu’aux plateaux de cinéma dirigés par Denys Arcand {Gina, Le Crime d’Qvide Plouffê), Gilles Carie {La Mort d’un bûcheron, Fantastica), Pcaéré Brassard (Le soleil se lève en retard) en passant par la dramaturgie de Michel Tremblay, le Bye Bye de 1976, Star Académie et même L’Qdys-sée d’Alice Tremblay, un film étrange qu’elle a réalisé à la fin du siècle dernier.Entre autres.«Denise Filiatrault est une figure incontournable, dit M.Gauthier.Avec Dominique Michel, elle est de la dernière vague de ces artistes qui se sont formés à la corné- ARCHIVES LE DEVOIR Denise Filiatrault assistera, lundi, au gala piloté en son honneur par Stéphan Bureau.die, au métier d’acteur, à la danse et à la chanson directement devant le public.C’étaient des autodidactes qui apprenaient de la culture populaire tout en la construisant», forçant l’admiration des masses et attisant le mépris de l’élite intellectuelle de leur époque, généralement formée dans les séminaires et cultivée aux créations artistiques en provenance de l’Europe francophone.«Denise a certainement souffert de ce mépris, dit Stéphan Bureau, mais aujourd’hui, elle n’a plus rien à prouver.Comme pour Dominique Michel, depuis 20-25 ans, l’attitude a changé à son endroit.Parce qu’elle dure.Parce qu’elle a un passé très contemporain.Parce qu’elle a toujours réussi à se renouveler» en laissant derrière elle bien des choses qui pourraient entrer dans un musée finalement.Autre idée: «la poutre de gymnastique utilisée lors du Bye Bye de 1976», lance Stéphan Bureau.On s’en souvient: à côté de l’objet, au petit écran, Denise Eiliatrault jouait le rôle de la mère de Nadia.Courtemanche, campée par une Dominique Michel cherchant à imiter Nadia Comaneci.Benoit Marleau jouait l’entraîneur.Le numéro, hîlarant à son époque, a marqué les esprits de ceux qui y ont été confrontés.Et forcément, le moment a tout pour être évoqué lors d’un gala-hommage.Mais il ne faut surtout pas en parler.Le Devoir Juste pour rire Le rire comme sport de combat FABIEN DEGLISE La déferlante comique qui s’abat actuellement sur Montréal, avec ses festivals versés dans la décrispation des zygomatiques, ne doit pas faire oublier l’essentiel: le rire n’est pas seulement une histoire de gros sous, d’empire médlatlco-popu-llste et de complaisance.Que nennl! Le rire est aussi.un sport de combat.Et le rîrologue montréalais Albert Nerenberg veut en faire la démonstration.Son Championnat mondial de rire, après avoir vu le jour dans la métropole, part désormais à la conquête du monde.Le projet est aussi ambitieux que drôlement communicatif.11 fait l’objet d’un documentaire intitulé Rire extrême, présenté en première mondiale dimanche au cinéma du Parc de Montréal, dans le cadre du volet T art du festival Juste pour rire.Le tout dans un paradoxe plutôt savoureux: en 45 minutes, Nerenberg y fait en effet la promotion du rire dans sa forme la Hydro Québec a" présente Le Festival iNTERNAnONAL DU DOI^INE DU 25 JUIN AU 4 SEPTEMBRE 2011 Un festival ouvert sur le monde.CE SOIR, SAMEDI 23 JUILLET À 20 h L’ORCHESTRE SYMPHONIQUE DE QUÉBEC.À CHARLEVOIX! Diæctiati : FEdnen Gebél SoRstie : Rgnjnniin rtailmiiiij vinlnn Venez entendre, entre autres, le magnifique Concerto pour violon et orchestre en ré majeur de Sibeüus avec le jeune violoniste virtuose récipiendaire du Premier Prix du Concours Musical International de Montréal en 20101 JEUDI 28 JUILLET À 20 H Près de 10 musiciens sur scène! CBuvres de Mozart, Bottesini, Boccherini et Dvorak VENDREDI 29 JUILLET À 20 H Reire prestation en Amérique de l\ine des formations musicales les plus prestigieuses! L’Ensemble NASH de Londres joue Beethoven, Borodlne et Chostakovitch Un grand rendez-vous musical! SAMEDI 30 JUILLET À 20 H Pascal Amoyel, piano Liszt Ebdxaits des Harmonies Poétiques et Religieuses Ebrtraits des Années de Pèlerinage Rhapsodies hongroises rP2 et n^S Chopin Nocturne opus 9 n“l en si bémol majeur Nocturne opus 15 n^S en sol mineur Nocturne opus posthume en do dièse mineur LES BRUNCHBS-MUSIQUE Tous les dimanches de l’êtéi 24 juillet ; Métissage des musiques du monde Saometis : oud, guitare et percussions 31 juillet : Impression jazz avec le Duo Guillaume Bouchard INFORMATION ET RESERVATIONS 1 888-DFORGET (336-7438) www.domaineforget.com plus brute.Sans blague, sans humoriste dont la présence pour nous faire rire, selon lui, serait finalement plus que superflue.«C’est exact», lance le rîrologue à l’autre bout du fil.Le Devoir Inï a parlé cette semaine alors qu’il était en déplacement à Toronto.«On a tendance à l’oublier, mais le rire est apparu dans l’histoire de l’humanité bien avant l’humour.Le rire est à l’intérieur de nous et on n’a pas besoin de la meilleure blague au monde pour le trouver.» Le propre de l’homme Le fumeur de joints l’a déjà expérimenté.Le voyageur confronté au rire caprin de sa voisine aussi: le rire sans raison est vachement contagieux, caractère qu’exploitent les combats de rire qu’a décidé d’organiser un jour à travers le Québec Albert Nerenberg, pour mettre la main sur les meilleurs rieurs de la province en vue de façonner son championnat.Un peu pour continuer de prendre le rire au sérieux, mais surtout pour «changer la direction négative dans laquelle le monde s’en va», ajoute cet Anglo-Montréalais.L’idée de ce genre de lutte lui est venue après avoir vu deux participants à un vrai combat ex- partout sur la planète des clubs et autres instituts de yoga du rire.Ils ont aussi insufflé, avec leur es-claffement en décalage, le début de quelque chose de neuf dans le champ de la rirologie.«C’est une nouvelle étape dans le développement du rire actif affirme le documentaliste.Et ce n’est pas un hasard si le phénomène a vu le jour à Montréal, une « Le rire est à l’intérieur de nous ville biculturel- et on n a pas besoin de la meilleure ^ blague au monde pour le trouver» contribué ^ a la naissance trême être pris d’un fou rire au solennel moment du tête à tête viril, rempli de haine, qui précède généralement la rencontre.En brisant le protocole, les deux méchants ont mis en relief malgré eux le concept de rire actif défendu par le médecin indien Madan Kataria, qui a fait émerger EMOTIONS.FRISSONS.CHANSONS.23 JUILLET AU 5 AOÛT 2011.FESTIVAL INTERNATIONAL DE MUSIQUE DE CHAMBRE D’OTTAWA Guichet 613 234 6306 Téléchargez notre app iH'lanDPoiD Consultez nos guide du lestival Interactif WWW.OTTAWACHAMBERFEST.COM/FESTIVAL-GUIDE de plusieurs sports, dont le hockey et le football.» Tout comme ces sports, le rire extrême a ses règles propres.Ses épreuves se tiennent sur un ring, n y a le rire diabolique — un truc particulièrement transmissible et hautement viral —, le rire du cochon, le rire à deux sur le mode du «je te tiens par la barbichette».Puis les épreuves décisives: duel debout, duel à genoux, à l’image de la lutte gréco-romaine, mais sans coups ni blessures.La recette semble communicative.Ces combats,prennent forme au Japon, aux Etats-Unis, en République tchèque et en Autriche, où le prochain Championnat mondial de rire doit d’aîUeurs se tenir en septembre prochain, pour mieux propager cette contagieuse idée que le rire est «la seule façon de changer le monde», selon Nerenberg.Une raison de plus de se bidonner.Le Devoir ¦ Rire extrême, suivi du deuxième championnat montréalais de rire extrême.¦ Cinéma du Parc, dimanche 24 juillet, 19h.QuébecSn B0II ¦+¦ Patrimoine Canadian canadien Heritage Ontario OTTAWA ^^ini inifîM .Tni imrmf ILLUSTRATION TIFFET RENDEZ-VOUS SUITE DE LA PAGE E 1 l’Ecole nationale.Aujourd’hui, je suis toujours sidéré par sa façon de mettre en scène des personnages qui sont frappés par une révélation.puis qui chutent sans appel.Sophocle n’a que 25 ans lorsqu’il écrit Ajax et Les Trachi-niennes, et déjà il se démarque de son modèle Eschyle, un peu comme le font les dramaturges québécois contemporains par rapport à l’œuvre de Michel Tremblay.C’est avec lui que les dieux vont peu à peu disparaître de la scène pour laisser la place aux hommes, comme dans Antigone qu’il écrit alors qu’il est dans la cinquantaine.» Mouawad parle aussi des thèmes de l’œuvre, de la lecture éminemment politique et contem poraine que l’on peut en faire, de sa redéfinition dynamique du chœur avec Bertrand Cantat aussi, que l’on connaît.Mais il insistera plus longtemps encore sur la traduction toute neuve du poète Robert Davreu.«Robert est un poète à l’écriture ascétique, concise; mais la traduction qu’il propose des sept pièces est hyper déployée.Pour lui, la complexité de la langue de Sophocle nécessite un rythme prous-tien: c’est une langue qui s’étire longuement comme pour mieux pénétrer la conscience du spectateur.Evidemment, comme notre époque valorise plutôt la simplicité, l’instantané et la facilité, la traduction de Robert est en elle-même un acte de résistance.» n y aura bien d’autres mots encore, d’autres phrases percutantes, allumantes, drôles aussi.Qn parlera du CNA également et de ce que Mouawad y a fait pendant trois ans en essayant d’inscrire l’art dans le quotidien d’une viUe de pouvoir; mais ce n’est pas vraiment le moment, puisque le temps est ?AxnFemmes.Le Devoir ¦ A lire lundi dans Le Devoir la critique de Michel Bélair sur la pièce Des femmes LE DEVOIR LES SAMEDI 23 ET DIMANCHE 24 JUILLET 2011 E 3 CULTURE MUSIQUE CLASSIQUE Le Festival d’opéra de Québec : du rêve à la réalité CHRISTOPHE HUSS Cela faisait des années que Grégoire Legendre, directeur de l’Opéra de Québec, souhaitait créer un grand festival lyrique estival.Le rêve un peu fou devient réalité lundi.Tête d’affiche: Robert Lepage et son magique Rossignol et autres fables, sur des musiques de Stravinski.Dans les plans de Grégoire Legendre, Québec pourrait devenir le Salzbourg, l’Aix-en-Provence ou le Glyndebourne d’Amérique du Nord, il faudra encore attendre un peu: «Nous construisons quelque chose de nouveau.Il faut créer une tradition avant de développer.Mais Vidée est d’avoir le plus d’impact possible au départ», résume avec philosophie le directeur de l’Qpéra de Québec en entrevue au Devoir.Le Festival d’opéra de Québec existe donc: il se tiendra du lundi 25 juillet au samedi 6 août et afhche deux metteurs en scène vedettes, l’Anglais Peter Brook et l’enfant du pays Robert Lepage.L’opéra à nu La présentation du spectacle Une flûte enchantée du metteur en scène britannique Peter Brook, adapté de La Flûte enchantée de Mozart, est une production du Théâtre des Bouffes-du-Nord à Paris, où l’homme de théâtre octogénaire a ses quartiers.La possibilité d’accueillir un tel projet s’est présentée presque par hasard: «La production m’est arrivée providentiellement en janvier dernier, se réjouit Grégoire Legendre.La troupe avait un trou dans sa tournée, exactement pendant la tenue de notre festival.» Cette Flûte enchantée se place dans la lignée de ce que Brook avait réalisé à partir de Carmen de Bizet — La Tragédie de Carmen — et Pelléas et Mé-lisande de Debussy — Impressions de Pelléas.Grégoire Legendre est aux anges: «Je me retrouve ainsi avec deux créateurs, Lepage et Brook, parmi les plus demandés dans le monde de l’opéra.Nous pouvons ainsi retourner à l’essence même de l’opéra, d’une part avec tous les arts et toutes les techniques — Lepage — et, d’autre part, dans un dépouillement absolu.» Dans le spectacle de Peter Brook, La Flûte enchantée de Mozart a été réduit à 80 minutes, l’accompagnement est au piano.«Les gens sont sur scène pieds nus dans des costumes très simples», précise Grégoire Legendre, heureux de souligner que ce concentré d’opéra et de théâtre a été présenté 29 fois au Piccolo Teatro de la Scala de Milan devant un public fasciné.«C’est une adaptation très intelligente, idéale pour raconter l’histoire au public.Le public va à l’opéra pour entendre des airs magnifiques, mais s’il est tenu à distance de ce qui se passe sur la scène, c’est raté», analyse le directeur artistique du festival.La distribution internationale compte dans ses rangs le ténor québécois Antonio Figueroa, qui chantera le rôle de Tamino.La salle Qctave-Crémazie du Grand Théâtre du Québec accueillera cette autre Flûte enchantée les 25,26,28 et 29 juillet.Brigade lyrique Grégoire Legendre mise aussi sur un grand concert sous les étoiles, samedi prochain, avec les deux vedettes québécoises Marc Hervieux et Marie-Josée Lord, à l’Agora de Québec, dans le Vieux-Port.Le lendemain, avec l’intime Musica Decameron de l’Ensemble Anonymus, Legendre se réjouit de programmer «de la musique drama- « L’opéra relie tous les arts; c’est l’une des choses essentielles de la vie» MICHAEL COOPER Le magique Rossignol et autres fables de Robert Lepage est la tête d’affiche du Festival d’opéra de Québec, qui se tiendra du lundi 25 juillet au samedi 6 août prochain.tique, 200 ans avant la naissance de l’opéra».«Il n’y a pas de limite dans le répertoire que nous désirons couvrir», annonce celui qui discute en matière d’opéra baroque avec Les Violons du Roy et Bernard Labadie pour les prochaines éditions.Une brigade fyrique constituée de quatre jeunes chanteurs de la relève se produira sur un camion plateforme dans divers endroits de la ville, deux fois par jour pendant les deux semaines du festival.Ces récitals d’une demi-heure d’extraits d’opéras pour le grand public seront gratuits.«Didée première est très simple: l’opéra relie tous les arts; c’est l’une des choses essentielles de la vie et cela fait partie de ce qu’il y a de plus beau.Tout le monde a le droit d’entendre la belle musique.Nous voulons attirer le plus de touristes possible, mais tenons aussi à ce que les gens à Québec soient fiers de leurfestival.» 70 tonnes d’eau Le gros coup de cette première édition est évidemment la présentation du Rossignol et autres fables, spectacle de Robert Lepage vu à Toronto, à Aix-en-Provence et à New York.Grégoire Legendre: «C’est le plus gros défi de l'histoire de l’Opéra de Québec.Et en plus, cela ne paraît pas! La magie qui se dégage de ce spectacle-là est incroyable.C’est comme un tour de magie: très difficile à réaliser avec, au bout du compte, une mystification complète.Si, à Québec, pendant l’été, il y a une chose à ne pas manquer, c’est vraiment ce spectacle-là.» Avis aux adeptes de Metallica! La mise en place occupe les équipes techniques depuis des mois.«Il a fallu renforcer la fosse d’orchestre pour accueillir une piscine dont la structure pèse 11 tonnes et qui va contenir 70 tonnes d’eau!», cite comme exemple le concepteur du festival, qui qualihe ce conte de «défi hors normes».Le Rossignol et autres fables sera présenté quatre fois, les 2, 3, 5 et 6 août à la salle Louis-Fréchette du Grand Théâtre de Québec.L’idée d’amener à Québec les spectacles lyriques de Lepage et son équipe a été une motivation à la base même du projet de festival, il y a cinq ans.«C’est ce qui m’a toujours poussé à donner une extension à l’Opéra de Québec.Ici, à Québec, personne ne les voyait» Le schéma festivalier consiste aussi à bâtir une structure financière permettant d’entrer dans le circuit des coproductions internationales.«Nous travaillons de tous les côtés, sur le financement privé et public.Nous avons cette année un budget de 1,7 million de dollars.Il faudra que l’année prochaine il tourne autour de 2,5 ou 3 millions», dit Legendre, toujours à la recherche de commandites.Main dans la main «Avancer» semble être le mot d’ordre de l’entreprenant directeur.«En Amérique du Nord, la musique est plus en danger qu’en Europe.Il ne faut pas tenir les choses pour acquises; il faut construire et faire des pas en avant, grimper les marches une à une.La première édition de ce festival d’opéra est une première marche.» L’avenir semble dessiné, si les moyens suivent.L’Qpéra de Québec est peut-être une maison modeste, mais quelques-uns, mieux nantis, peuvent lui envier son dynamisme.Des partenariats extérieurs se dessinent déjà.«Depuis l’annonce du festival, je reçois des propositions du monde entier, deux par semaine en moyenne.se félicite Grégoire Legendre.Il y a des choses intéressantes dans lesquelles nous ne pouvons pas nous embarquer tout de suite.Il y a des projets qui ne marcheraient pas pour différentes raisons à Québec, mais il y a aussi beaucoup de dossiers que nous étudions de près.» En effet, s’il n’y a pas forcément un business de la tournée d’opéra qui puisse aider le festival, il y a incontestablement un marché de la coproduction.«C’est d’ailleurs la manière dont Robert Lepage fonctionne à l’international, souligne M.Legendre.Le Rossignol et autres fables a été réalisé avec quatre coproducteurs internationaux.Nous pouvons, à moyen terme, envisager de créer à Québec un spectacle monté avec un coproducteur.» Les maisons intéressées sont américaines et européennes, mais on n’en saura pas davantage.Grégoire Legendre lui-même est surpris par l’ampleur et le profil des demandes: «Même si nous avons un public très fort à la grandeur de notre ville, l’Opéra de Québec est tout de même une compagnie régionale, par rapport à un niveau international.Je ne pensais pas que nous pouvions avoir une notoriété permettant de recevoir les appels que nous avons eus.» Dans ce milieu parfois sclérosé, les pôles de dynamisme semblent s’attirer et on comprend que l’esprit d’initiative de cette institution lui ouvre des portes.C’est aussi cela, le pouvoir des rêves.Le Devoir FESTIVAL D’OPERA DE QUEBEC Du 25 juillet au 6 août.Billets: 418 643-8131.Renseignements: wwmfestivaloperaquebec Festival des arts de Saint-Sauveur Vingt ans de danse dans les Laurentides CATHERINE LALONDE Pour son 20" anniversaire, le Festival des arts de Saint-Sauveur se fait un cadeau: revoilà certaines des compagnies coups de cœur, celles qui ont marqué le public de leurs danses au cours des dernières années.Lever de rideau sur la programmation, grand public, facile à aimer, toute d’été.La danse a cette année encore le beau rôle au Festival des arts de Saint-Sauveur (FASS).Concoctée par l’ex-prima des Grands Ballets canadiens de Montréal (GBCM) Anik Bissonnette, la programmation du FASS cherche, pour respecter l’ambiance de vacances de saison, les spectacles accessibles.Elle propose donc plus de réconfort esthétique que de risques artistiques, porté par des danseurs de très forte technique.En ouverture le 28 juillet, les interprètes de l’Aspen Santa Fe Ballet arrivent.Reprise de Stamping Ground, un Jiri Kilian de 1983 sur les notes récurrentes de Philip Glass; Red Sweet, une création du Finnois forma Elo; et Where We Left Off une pièce de Nicole Fonte influencée, en ont dit les critiques, par Nacho Duato, pour qui Fonte a dansé sept ans durant.Suivra pour la première fois en Amérique du Nord 3" étage, compagnie où les solistes du Ballet de repéra de Paris exploitent d’autres cordes.Nouvelles virtuosités est une courtepointe tissée d’extraits du répertoire académique et de pièces contemporaines, où se côtoient William Forsythe, Samuel Murez, Ben Van Cauwenbergh, Mchard Siega et Raul Zeummes.Revient Gauthier Dance, le baljet contemporain d’Allemagne dirigé par un Eric Gauthier bien de chez nous.La soirée compte pas moins de sept signatures: celle de Mauro Bigonzetti, qu’on a vu cette saison tant aux GBCM qu’aux Ballets jazz de Montréal, couplée à celles d’Alejandro Cerrudo, de Catarina Mora, de Joyce DiDonato Paul Lightfoot, de Sol Leon, de Hans van Ma-nen et de Gauthier lui-même.C’est à l’invitation du FASS qu’était venu ici pour la première fois en 1998 le Stockholm 59° North.Cette extension du Royal Swedish Ballet avait alors été saluée par la critique du Devoir, qui soulignait, malgré un programme conventionnel, la performance énergique, fougueuse, passionnée même, de danseurs indéniablement de haut niveau.La nouvelle cuvée, rodée depuis quelques années déjà, est faite de Cantus in Memory on the Dancing Queen, une variation sur un slow royal signé Giovanni Buc-chieri; Pas de danse, de Mats Ek, et Tactile Affinity, de Pontus Lidberg.Côté musical, la direction artistique est hère de présenter une soirée avec la mezzo-soprano Joyce DiDonato.Pour le critique de musique classique du Devoir Christophe Huss, DiDonato est «formidable: la meilleure chanteuse au monde pour la musique de Rossini, qui possède un abattage scénique et un pouvoir d’incarnation phénoménaux».Qn annonce un «récital intime», ressemblant, dit-on, à celui donné au Carnegie Hall de New York en mars dernier; la diva y sera uniquement accompagnée de son pianiste.Reste à voir comment l’intimité se transposera sous chapiteau.S’ajoutent à ces soirées, chaque soir du festival, des concerts de danse, de musique ou de chanson, gratuits, en plein air.Seront présents: Gadji Gadjo, Bette & Wallet, ZPN, Doba et La 2" Porte à gauche, entre autres.Pour les gamins, la journée Tohu Bohu, le dimanche 7 août, est une enhlade d’animations et de présentations, clôturée par L’Atelier, la chorégraphie d’Hélène Lan-gevin qui fait découvrir au jeune public, par la danse, l’univers des arts visuels.Le Devoir ¦ Pour toute la programmation: www.fass.ca 877 643-8131 www.bllletech.com www.festlvaloperaquebec.com Touchant, ensorcelant, une bouffeeffi frais! 30 juillet à 20 h 30 Marc Hervieux, MaileJosée Lord et la Slnfonla de Lanaudlère Scène LAURIER QUÉBEC de l’Agora Port de Québec 418 691-7211 25,26,27 et 28 juillet à 16 h Les organistes Robert-Patrick et Claude Girard Chapelle du Musée de l’Amérique française ^^TELUS Québec”! Le Château Frontenac Decameron 31 juillet à 20 h L’ensemble Anonymus Chapelle du Muste de l’Amérique française 418643-8131 418648-7141 AIR CANADA( 26 au 30 juillet et 2 au 6 août à12hetà17h Artistes de la relève.Lieux divers dans la ville.26 juillet et 2 août à12het19h30 Jeunes chanteurs de la région de Québec Maison Hamel-Bruneau et Maison Tessler-dlt-Laplante Québec leSoleil GmncllbëâtR; de Québec E 4 LE DEVOIR LES SAMEDI 23 ET DIMANCHE 24 JUILLET 2011 ^ '% LUNDI >f> JUIlUT ?^ r-' 19h30 LE BRUIT DES GLAÇONS de Bertiand Bller France.2010.87 min.Avec Jean Dujardin, Aibert Dupontei et Anne Ahraro.(G).DU RÉALiSATEUR DE TENUE DE SOIREE, TROP BELLE POUR TOI, BEAU-PÈRE et LES VALSEUSES.'THEATRE DUTREMDNT 514^4^5^1944 1 24B.AVENUE Bernard Bueet CULTURE CINEMA Starbuck et l’effet bœuf Martin Petit s’est un jour demandé ce qui se produirait si un homme vivait une situation similaire à celle du célèbre taureau reproducteur Hanoverhill Starbuck.Résultat?L’histoire d’un donneur étoile.FRANÇOIS LEVESQUE Ken Scott et Martin Petit se lançaient balles et idées il y a deux ans au parc Jeanne-Mance lorsque le second partagea une prémisse particulièrement intéressante avec son vieil ami.Et si, à l’instar d’un taureau de reproduction, un être humain se retrouvait géniteur de centaines de rejetons?Depuis, le concept s’est mué en scénario coécrit par les deux compères, et fut filmé par Ken Scott.Ces messieurs rencontraient les médias cette semaine en compagnie de deux de leurs vedettes, Julie I.e Breton et Antoine Bertrand, afin de parler de leur progéniture: la comédie dramatique Starbuck.Campée dans le Mile-End, ce lieu de «chaos paisible propice au récit», selon Ken Scott, l’histoire suit l’évolution de David Wozniak (Patrick Huard), un adulescent de 42 ans qui apprend que ses dons de sperme faits vingt ans auparavant ont mené à la naissaqce de quelque 500 bambins.A présent de jeunes adultes, 142 d’entre eux, pour être exact, ont déposé un recours collectif afin de connaître l’identité de ce «Star- buck», pseudonyme du donneur étoile de la clinique de fertilité où ils furent conçus.Sans vouloir se révéler, mais curieux de connaître «ses enfants», David s’insinue dans leur existence et s’improvise ange gardien, au grand dam de son meilleur ami avocat (Antoine Bertrand).Père sans le savoir L’idée du film commença à germer dans l’esprit de Martin Petit à l’annonce de la «retraite» de Hanoverhill Starbuck, le taureau reproducteur le mieux coté de son époque.«J’ai éprouvé une certaine fierté en apprenant que Starbuck était citoyen québécois.Mon chauvinisme nationaliste s’étend jusqu’aux animaux, explique l’humoriste et scénariste en ricanant sous l’œil pas vraiment surpris de Ken Scott.En parallèle à ça, j’ai des amis qui ont appris des années après les faits qu’ils avaient eu des enfants.C’est un choc qui ne peut arriver qu’à un homme.Tas le choix de l’accepter ou pas, tu peux te défiler.Mais peu importe la voie pour laquelle tu optes, c’est un choc.» Ken Scott, auteur du scénario de La Grande Séduction, enchaî- ne: «On voulait partir de ce choc-là et représenter ensuite toutes les facettes de la paternité.Avoir des enfants, ça change tout.C’est la plus belle chose qui puisse vous arriver, mais, ce qu’on dit rarement, c’est que c’est aussi la chose qui vous teste le plus comme être humain.» Afin d’exprimer ce désarroi tabou, les personnages d’Antoine Bertrand et de Julie lœ Breton (celle-ci jouant Valérie, la pas tout à fait ex, enceinte de David) gratifient le spectateur de tirades politiquement incorrectes absolument décapantes.La sincérité, voire la candeur avec laquelle les protagonistes parlent de dysfonction érectile et de bouffées de violence contenue, respectivement, incite à la réflexion bien plus qu’au jugement, une fois passé le rire grinçant.«La relation entre David et Valérie me semble très réaliste, confie Julie lœ Breton.C’est un des aspects qui m’a plu.David se cherche, il est tout croche.Ça me paraît normal qu’il soit allé vers une femme qui a de la colonne vertébrale pour deux.Mon personnage participe à l’évolution de David et s’adoucit en cours de route.Un peu», précise la belle actrice en éclatant de rire.Un nouveau mâle?Même son de cloche du côté d’Antoine Bertrand.«Ken et Martin proposent un portrait tnt 11 ju|@“ Iz ’fl - |iiiiin|iiipii|| FRANÇOIS PESANT LE DEVOIR Ken Scott et Martin Petit, ici en compagnie de Julie Le Breton, rencontraient les médias cette semaine afin de parler de leur progéniture: la comédie dramatique Starbuck.positif de l’homme québécois.Notre cinéma s’est longtemps concentré sur les pères manquants, à raison parce que c’était comme ça, mais ça ne traduit plus la réalité, je trouve.» Très en vogue désormais, le prototype du gars immature allergique aux responsabilités en prend également pour son rhume.Que le personnage défendu par Antoine Bertrand soit un père de famille monoparentale de quatre enfants illustre bien ce rejet des clichés.De fait, David n’est pas contraint par le récit d’emprunter la voie de la maturité: il s’y engage d’abord à tâtons, puis franchement, mais toujours de son propre chef.Starbuck annonce-t-il une évolution durable dans la représentation du mâle québécois?C’est à voir.Le film prend l’affiche mercredi.Le Devoir fas FESTIVAL DES ARTS DE SAINT-SAUVEUR anmoemaire/ 28 juillet/^ Z août \^yumyclanœ\ ASPEN SANTA FE BALLET ÉTATS-UNIS 3® ÉTAGE // LES SOLISTES DU BALLET DE LOPÉRA DE PARIS FRANCE CONCOURS INTERNATIONAL DE CHORÉGRAPHIE GAUTHIER DANCE // DANCE COMPANY THEATERHAUS STUTTGART ALLEAAAGNE STOCKHOLM 59° NORTH // LES SOLISTES DU ROYAL SWEDISH BALLET suède BOUGE DE lÀ QUÉBEC APERO À L'OPERA L'INSTITUT CANADIEN D'ART VOCAL CANADA EVENEMENT SPECIAL 20® ANNIVERSAIRE JOYCE DIDONATO - Mezzo-Soprano ÉTATS-UNIS Œ FESTIVAL INTERNATONAL DE DANSE DE SAINT-SAUVEUR WWW.FASS.CA TICKETPRO 1-866-908 Québec g B PBtnmoiie Canadian Hentage Canal® Amis, et un petit peu plus SOURCE SONY PICTURES Justin Timberlake et Mila Kunis sont des amis pas comme les autres dans Friends with BeneGts.FRIENDS WITH BENEFITS (AMIS MODERNES) De Will Gluck.Avec Mila Kunis, Justin Timberlake, Patricia Clarkson, Woody Harrelson, Jenna Klfrnan, Emma Stone.Scénario: Keith Merryman, David A.Newman, Will Qluck.Image: Michael Grady.Montage: Tia Nolan.États-Unis, 2011,109 minutes.MARTIN BILODEAU Le succès remporté l’année dernière par la comédie Easy A témoignait, au-delà de ses qualités évidentes, d’un conservatisme sexuel inédit à Hollywood depuis les années 60.Une adolescente de 17 ans choquait ses camarades de classe en perdant (ou plutôt en feignant de perdre) sa virginité.En 2010, vraiment?Son réalisateur.Will Gluck, remet le couvert avec Eriends with Benefits, une autre comédie qui prend à rebrousse-poil les sermons de prédicateurs qui dictent aux «Zuessa» certains codes de conduite des filles et des garçons, transgressant des tabous qui n’existaient pas üy a vingt ans.Un gars et une fille font un pacte d’amitié sexuelle, sans intentions sentimentales.En 2011, vraiment?Avez-vous regardé HBO récemment?Saviez-vous que Seinfeld et Elaine avaient fait le même pacte il y a déjà plus de quinze ans, devant 30 millions de téléspectateurs?Le fait que Natalie Portman et Ashton Kutcher aient joué la même partition plus tôt cette année dans No Strings Attached témoigne qu’à Hollywood, des décideurs croient que l’idée est neuve.Pas Will Gluck, heureusement.Son film est tapissé de messages, clairs ou subliminaux, indiquant que la liberté sexuelle a déjà eu droit de cité dans le passé.Notamment en 1970 Le film est tapissé de messages, clairs ou subliminaux, indiquant que la liberté sexuelle a déjà eu droit de cité dans le passé dans Bob & Ted & Carol & Alice, repris dans un téléviseur muet devant lequel Mila Kunis, chasseuse de têtes new-yorkaise, discute avec sa mère célibataire fofolle et libertaire (Patricia Clarkson, qui d’autre?) des enjeux de sa relation purement hygiénique avec celui qu’elle a placé à la tête du département artistique du magazine GQ GustinTimberlake).L’amour toujours Abstraction faite de son caractère anachronique et de sa morale à cinq sous (si le sexe n’est pas l’expression d’un sentiment amoureux, il y conduit), Eriends with Benefits est une œuvre légèrement supérieure à la moyenne du genre.Sa force d’attraction tient dans ses dialogues un peu salaces et ses scènes de baise, qui ont l’audace de suggérer l’audace.Son centre de gravité est solide, grâce à la personnalité complémentaire des deux vedettes.Mila Kunis, révélée au monde en rivale imaginaire de l’héroïne dans Black Swan, évoque à la fois Meg Ryan et le cygne noir, tandis que Justin Timberlake se faufile avec élégance entre les parois de son étroit registre.Mais comme c’est presque toujours le cas dans ce genre de plat, les personnages secondaires épicent l’affaire: Richard Jenkins émeut en père du héros atteint de la maladie d’Alzheimer; Woody Harrelson fait rire en chroniqueur sportif homosexuel aux hormones dans le plafond; Clarkson épate dans une variation convenue mais irrésistible de ce qu’on lui fait toujours jouer; enfin, la rare Jenna Élfman séduit en mère mature et nature, qui pousse son frère à admettre son attachement à sa Ll c rrr rT-> 'S ^TiGtrotPolG M PRÉSENTEMENT A LAEEICHE Jmetropolef iims.con 8c SEMAINE A UAFFICHE! CONSULTEZ LES GUIDES-HORAIRES DES CINÉMAS [metropolefilms.com ] Du rÉalisateur da IL Y R LDNIiTEnPS QUE JE T'AlhE ?«Dialogues ciselés, situations cocasses, ¦ on sort de cette comédie sur l'amour * ^ et l'amitié vraiment très heureux.» -StEfann , „ Neri , AccDrsi harcnrè 'f tourau Lipnani JUILLET! LE VENDREDI 29 Imetropoletîlms.com ^ SOURCE CINEMA DU PARC Les œuvres du No Wave empruntèrent des avenues de plus en plus transgressives, ses chantres prêchant farouchement les vertus de Vanû-establishment elle nous a bien eus, donc.Jim Jarmusch raconte de son côté comment il a tourné son premier long métrage.Permanent Vacation, en déplaçant constamment un Jean-Michel Basquiat endormi dans son appartement, afin que le graffiteur-squatteur en passe de devenir célèbre n’apparaisse pas dans le cadre.Enfin, parmi d’autres anecdotes narcotiques, John Waters révèle qu’aux fêtes organisées par l’icône du milieu Cookie Mueller, Rainer Werner Eassbinder se pointait pour acheter sa cocàïne.Bref, comme objet documentaire, Blank City ne casse rien.Son contenu, en revanche, vaut le détour.Collaborateur du Devoir LE DEVOIR « métroiDole invitent 100 personnes à la première de «UNE VISION EXTRAORDINAIRE D’HUMANITÉ ET D’EMPATHIE.» Manohla Dargis, The New York Times «UN HLM GLORIEUX ET CHALEUREUX.» Michael Phillips, Chicago Tribune 'SÉLEITIONOFHCIELLE FESTIVAL DU FILM DE NEW YORK TORONTO TELLURIDE métrogde muiouît Le jeudi 4 août a 19 h au Cinema Parailele (eXcentris) Meilleur Scénario CANNES un film de Lee Chang-dong Pour avoir la chance d'obtenir une invitation pour 2 personnes, veuillez envoyer un courriel à l'adresse suivante en indiquant vos coordonnées postales.promotions @ annexecommunications.com Lo tirage des 50 laissez-passer doubles aura lieu le 28 juillet • Les gagnants recevront un laissez-passer double par la poste • L'annonce promotionnelle sera publiée le 22 et le 23 juillet • valeur totale des prix: 1000$ • aucun achat requis • Réglements du concours sont disponibles chez Annexe Communications A L'AFFICHE DES LE VENDREDI 12 AOUTl JmetTopôlêrïTmsTcomi^ E 6 LE DEVOIR, LES SAMEDI 23 ET DIMANCHE 24 JUILLET 2011 DE VISU N PASCAL GRANDMAISON Uœuvre The Neutrality Escape de Pascal Grandmaison jette un regard sur la désuète caméra 16 mm Eclair NPR conçue en 1963.L’Arsenal en deux tons PASCAL GRANDMAISON Galerie René Blouin Jusqu’au 13 août SHOWING STUFF IN A BIG ROOM Mathieu Lefèvre Galerie Division Jusqu’au 30 juillet LArsenal, 2020, rue William, Montréal MARIE-EVE CHARRON VOUS n’êtes pas encore allés à L’Arsenal parce que vous croyez qu’il faut attendre à l’automne, lorsque tout l’espace sera fin prêt?Erreur.Ce nouveau complexe culturel des plus prometteurs, lancé par l’homme d’affaires et collectionneur Pierre Trahan, est bien ouvert.Jje jeune Mathieu Jjefèvre y tient son premier solo à la galerie Division, lui qui, présentement installé à New York, n’a pas exposé à Montréal depuis 2009.Sur le même étage, un très estimé voisin, à lui seul, lait déjà de cet endroit une escale obligée du circuit montréalais: la galerie René Blouin, tout récemment emménagée.Véritable institution de l’art contemporain, la galerie René Blouin a quitté l’espace du Belgo qu’elle occupait depuis ses débuts, il y a 25 ans.La petite révolution entraînée par ce déménagement est compensée par le désir du galeriste d’assurer une continuité.Jjes habitués reconnaîtront dans le nouvel espace un découpage des salles d’exposition similaire à l’ancien, une colonne gênante en moins.La programmation actuelle met aussi en avant le travail de Pascal Grandmaison, un artiste que la galerie expose souvent depuis 2003.Il lait partie de cette plus jeune génération de créateurs que René Blouin a pris sous son aile au début des années 2000, preuve qu’un renouvellement était engagé bien avant de rejoindre le projet de LArsenal.L’exposition de Grandmaison comprend deux œuvres qui confirment la sobriété, l’élégance et la puissance de son travail.Alors qu’elle a été réalisée dans le cadre de l’émission Vente de garage (Artv), l’œuvre One Eye Open (2011) est ici bonifiée par son dispositif de présentation qui déploie le film en trois grandes projections sur autant de murs.L’artiste revisite sensiblement le genre de la nature morte à partir de fleurs artificielles — legs de la comédienne Anne-Marie Cadieux, selon le concept de l’émission — qu’il a photographiées en noir et blanc pour en faire une animation dont la beauté subjugue.La vue en macro de ces fleurs ne ment pas.Elles ne sont pas naturelles; or l’éclairage et le mouvement saccadé du montage contribuent à leur insuffler une vie, à les faire palpiter, voire respirer, une impression, étrangement, que le noir et blanc alimente aussi.La technique employée fait donc renaître l’artificiel, y souffle un semblant de vie, là où elle le démasquait au départ.Cette ima- 1/54: Bon-Secours Tournées découvertes Mardi au dimanche en après-midi U'^juin au 4 septembre 2011 Site archéologique VISITEZ LE / MUSEE MARGUERITE- BOURGEOYS 400, rue Saint-Paul Est, Vieux-Montréal 514-282-8670 © Champ-de-Mars www.marguerite-bourgeoys.com ^ Baladodiffusion gerie s’avère elle-même mensongère, étant donné sa facture qui rappelle les fikns d’époque.L’illusion est d’autant plus grande que l’œuvre est silencieuse, faisant distinctement entendre le cliquetis de la bande sonore de la vidéo dans l’autre salle.Le sujet est justement une technologie désuète.Il s’agit d’une caméra 16 mm Eclair NPR, conçue en 1963, que l’on découvre par une succession de plans macrophotographiques, lents et étudiés.Prisé par la Nouvelle Vague en Prance et le cinéma direct au Québec, ce modèle est emblématique d’un cinéma-vérité dont la source remonte au cinéaste Dziga Vertov.Dans le bien nommé The Neutrality Escape (2008), plusieurs reconnaîtront d’ailleurs une référence au film phare du maître russe, EHomme à la caméra (1929), qui consacrait de nombreux plans aux machines en mouvemenL à commencer par celle de la caméra servant à laire le tournage.Muni, lui, d’un appareil numérique haute définition, Grandmaison jette sur la technologie d’autrefois un regard anafytique d’une précision si élevée qu’il semble interroger la quête de vérité même poursuivie par les cinéastes au moyen de cet instrument.Mais comme dans les autres œuvres où l’artiste s’est intéressé aux technologies de l’image et à leur histoire, ce film met en évidence une autre caractéristique fondamentale: leur pouvoir de fiction.Irrévérence et ironie Le travail récent (2010-2011) de Mathieu Lefèvre, à la galerie Division, est dans un tout autre registre.Moqueur, rafraîchissant et faussement stupide, à l’exemple de ce que l’artiste avait montré chez Skol en 2009.Il joue avec la matière picturale — en quantité exagérée — et de courts énoncés linguistiques pour ironiser sur les conventions de l’art, surtout moderne et contemporain.Lefèvre fait le pitre en donnant de la légèreté à une culture savante dont il sait manipuler les codes.Aussi, ses trouvailles font Iranchement sourire bien qu’elles soienL à la longue, prévisibles.Comment Lefèvre sévit-il contre les canons?La peinture devient drôlement triviale dans Trash Can Disguise as Contemporary Art qui, littéralement, couvre d’une toile blanche une poubelle débordant de tubes de peinture vides.Sur des reproductions d’œuvres, le projet spirituel de Kandinsky, pionnier de l’abstraction, est contredit par le graffiti «Keepin’ it Real», tandis que le Pierrot de Watteau est parcouru d’un «LOL».En signe de dérision supplémentaire, suivant un raccrochage des œuvres au cours de l’exposition, le tableau intitulé du credo moderniste «Ixss is more» est laissé seul sur un mur.lace à tous les autres.Collaboratrice du Devoir MATHIEU LEFEVRE Le Pierrot de Watteau est parcouru d’un «LOL» www.marguerite-bourgeoys.com/1754 QuébeciS Montréal! Ce projet a été réalisé dans le cadre de l'Entente Partenaire média LE DEVOIR sur le développement culturel de Montréal ubr^de penser LES BEAUX DÉTOURS : 25» SAISON! MARIE-VICTORIN, sa vie, son œuvre.30 juillet - une journée à Kingsey Falls! LES BALLETS RUSSES DE DIAGHILEV et NAPOLÉON BOURASSA - LA QUÊTE DE L’IDÉAL 27 août - Musée national des beaux-arts du Québec MARC CHAGALL ET L’AVANT-GARDE RUSSE du 4 au 6 novembre à Toronto www.lesbeauxdetours.com détours 514 352-3621 .CUITS En collaboration avec Club Voyages Rosemont L’AGENDA L’HORAIRE TELE, LE GUIDE DEVOS SOIRÉES Gratuit dans Le Devoir du samedi LE DEVOIR mposiuni de Sainte-Rose 2011 (Laval) du 28 au 31 juillet CORPORATION 80 artistes à l'oeuvre - Art et Patrimoine JEUDI ET VENDREDI : 11 H A 20H - SAMEDI : 10H A 20H - DIMANCHE : 10H A 17H WWW.roseart.ca ^se-^rt 216, bout.Ste-Rose En face de l’église Ste-Rose Laval, Québec 450 625.7925 corp@roseart.ca LaSSESt QuébecE http://bit.ly/jzTRqe LE DEVOIR, LES SAMEDI 23 ET DIMANCHE 24 JUILLET 2011 E 7 LIVRES LITTERATURE QUEBECOISE Pax amricana Tours et détours d’André Pronovost sur le mythique sentier des Appalaches CHRISTIAN DESMEULES En février 1978, André Pronovost atterrit à Atlanta avant d’aller rejoindre la tête d’un des plus vieux et des plus longs sentiers de l’Amérique du Nord, la mjAhique Appalachian Trail (ou AT.polu les intimes) : 3500 kilomètres de forêts enchantées, de moustiques, de montées et de descentes, d’anges de la route et d’oiseaux rares.Depuis la Géorgie sudiste jusqu’aux conhns du Maine, on l’aura compris, c’est une très longue marche qui l’attend dans «ce vaste pays du diable, du puissant Pentagone et de la chaise électrique».«Voyageur égaré dans un siècle hostile», l’homme de 36 ans s’engageait sur cette «piste pour fainéants» avec le désir encore adolescent de se griser d’air pur et de liberté.De briser ses fers et d’échapper autant que possible aux erreurs de son époque.«Ce qui m’intéres- sait, c’était l’amour et l’illumination poétique.Tout le reste, je le jure, m’ennuyait à mourir.» En quelques mois de montagnes russes sur «ce sentier digne de l’époque des pionniers, qui renonce aux compromis d’un siècle au bout de son rouleau, et qui remonte sans faire de bruit le subconscient de l’Amérique», Pronovost s’élance à la poiusui-te des fantômes de Jack Kerouac et de Mariljm Monroe.Malgré les difhcultés, la solitude, le poids du sac et celui de sa conscience malheureuse, malgré la météo capricieuse, l’expérience est capitale.«La vie était belle.» Loin des tempêtes sentimentales, perdu au fond d’un bled du Tennessee ou accroché au flanc d’une ou l’autre de ces «montagnes courbaturées» qui ont résisté à «trois siècles d’Amérique et de violence sexuelle».La sainte paix.La vie en dehors de la vie.Au fil de rencontres planifiées ou imprévues, toujours chaleureuses, parfois même bouillantes, Appalaches, récit vif et inspiré d’abord paru en 1992 qui fait aujourd’hui l’objet d’une édition revue par l’auteur, déchargé de son étiquette de «road novel», est aussi — et c’est ce qui fait peut-être tout son charme — un véritable voyage intérieru.Certainement pas rien qu’un livre consacré à l’Appalachian Trail, qui n’est au fond poru l’au-teiu qu’une manière de prétexte poru nous parler de l’Amérique et de ses propres obsessions.Plus littéraire et plus persoimel que l’opus informatif et comique que le même sentier a inspiré à Bill Bryson en 1988 dans A Walk in the Woods, encore inédit en français.Emerveillé, fabuleusement disponible, ljuique, en toutes circonstances fou d’Amérique, neveu spirituel de Roy Orbison et d’Elvis, André Pronovost, né en 1941, signe ici un drôle de livre intemporel qui nous dévoile par la bande une des sources de son oeuvre nettement moins réussie de romancier branché sur XAmericana et le vieux Laval — Kimberley, mère de Dieu, Que la lumière soit, et la musique fut et Plume de fauvette (XYZ, 1997, 2004 et 2009).Bien plus qu’un récit de voyage, Appalaches est le livre d’un homme qui affronte à mains nues ses fantasmes américains, ses «défaites phénoménales» autant que notre antique douleur de vivre.«Qui sait si le vide spirituel qui affecte l’Occident n’est pas un problème de conscience corporelle, doublé d’une impuissance — devenue pathologique — à appréhender le temps?se demande Pronovost.Vous trouvez que le temps passe vite?Trop vite?Mettez vos bottes.Allez marcher.» Collaborateur du Devoir APPALACHES André Pronovost XYZ Montréal, 2011,300 pages POESIE Benoit Jutras et Roger Des Roches : deux êtres à l’affût HUGUES CORRIVEAU L> ange protecteru du mois de ' juillet, cet ange du destin, préside aux destinées des êtres chez Benoît Jutras: ces êtres se réfugient dans une sorte de désespoir onctueux, révélateur d’une souffrance profonde devant l’incompréhension, devant ce qui advient aux humains.Le quatrième et nouveau recueil de Benoit Jutras, au titre curieux de Ver-chiel, qui fait référence à la fois aux instances angéliques et zodiacales, confirme, s’il le fallait, un talent profond, mais soutient encore la difficulté intrinsèque de son oeuvre soumise aux contradictions du sens, comme l’est la vie même qu’elle révèle, décortique.Ces poèmes sont des yeux éblouis par les fractures de la fatalité, les paysages, les effets d’optique, les nuances de la lumière, comportant à la fois épreuves et concentrations.En tait, ce recueil propose im acte de foi, ime sorte d’accueil totalisateur des possibles, une disponibilité sans taille devant l’étonnement Que ce soit en prose ou en vers libres, que ce soit dans Race privée, Studia cæ-cos, le Livre jeté au feu ou L’Invention de la foi, le poète veut tou-joius se dépatouiller devant ses doutes profonds, devant son incessant besoin de comprendre et de sruvivre.Une colère bouillonnante et une faim inassouvie président à ces textes ardents.On y entend parfois des échos de superhéros, de fantasy chronique, tellement l’excessif dépassement de soi, exigé pour seulement respirer, encourage une guerre larvée contre l’abandon.11 me faudrait plus d’espace poru rendre compte de la qualité inouïe des images, de la force déferlante de ces textes qui sont très beaux et d’une densité qui emporte l’adhésion.Aors, avec le poète, «[.] un jour, nous perdons pied.Nous enlevons nos vêtements, nos bijoux, nous enlevons notre peau, nous alignons nos os sur la ligne d’écriture».On est ici bttéra-lement emportés par une Faim souveraine, selon le beau titre de «Un jour, nous perdons pied.Nous enlevons nos vêtements, nos bijoux, nous enlevons notre peau, nous alignons nos os sur la ligne d’écriture» poètes, nous trouvons, chez Jutras, ce vers qui pourrait servir d’introduction au recueil de Des Roches: «Nous sommes de juillet et d’ici: visiteurs de minuit au fond du verbe être.» Mais chez Des Roches, dans Le nouveau temps du verbe être, on est dans le rjHh-me pur, dans la danse et le soubresaut des mots.Dans le corps, toujorus, mais aussi dans les hosties et les mains du Christ, dans «le poème débattu en furie».Là aussi, pas faci- le, la poésie! Déroutante, même! On dirait que ça va dans tous les sens, mais ça guette, scrute, Jean Royer, avalés.Devant le des- s’inquiète, fouine.Des Roches, tin, devant ou avec Verchiel, et avec lui, «nous habitons le lieu-dit du crâne».C’est alors que le poète affronte la stricte beauté d’écrire.Exister Comme s’il s’agissait d’une connivence secrète entre les BENOIT JUTRAS LES HERBES ROUGES / POÉSIE dans l’état présent du verbe être, s’immerge d’immédiateté froufroutante, frémissante.Un homme, une femme, des orgies de sensations primaires, du concret, des inquiétudes presque cathos, des aveqx et «Pardon pour mon désir».À tra- - .ROGER OES ROeMES .LE NOUVEM3 TEMPS .DU VERBE Ê-fRE.^ LES RERBES RDUÉiES /POÉSIE ‘g vers cela, une impression que le poète étouffe à la fois de vie et d’appréhension, submergé par rm trop-plein originel, foudroyant Et toujorus cette sexualité qui hante le moindre objet, la moindre présence vivante, même le mot le plus simple.Chez Des Roches, les arcs, les corps et les instants sont bandés sur le droit hl de la langue, depuis les premiers recueils.Sexua-tion exacerbée du désir, puisque le poète se tend vers les points cardinaux, démesrué, «traversé/ parles mêmes mots toujours (cul, ange, poème)».La voracité, l’appétit devant «l’océan triste».Transie, portée par un amour infini, inassouvie soif d’enfant mâle, cette poésie, aux accents parfois excessifs et romantiques, tremble devant les «coeurs feuillus», car «les livres sont terribles», à la fois vivants et mortels, comme les êtres aimés, les pères, les mères, les amantes ou les enfants.Ce nouveau temps du verbe être se conjugue encore sous d’irrévocables augures, à savoir ceux de l’âge qui radicalise l’inquiétude et la précarité des sentiments.Collaborateur du Devoir VERCHIEL Benoit Jutras Les Herbes rouges Montréal, 2011,90 pages LE NOUVEAU TEMPS DU VERBE ÊTRE Roger Des Roches Les Herbes rouges Montréal, 2011,70 pages BEAUX OVRES Le livre d’art dont vous êtes le héros.et l’auteur, et l’éditeur, et le libraire, et l’acheteur.Créé par Eileen Gittins, le site Blurb permet de publier, sous couverture rigide, ses propres photographies.Auto-édition pour le livre d’art, de recettes ou de souvenirs.OLIVIER ZILBERTIN Bon sang ne saurait mentir: Eileen Gittins est fille de photographes, issue d’une lignée de photographes professionnels.Autant dire que l’Américaine a baigné dans les bains de révélateur depuis toujours.Pour premier métier, Eileen a donc choisi la photo.C’est ainsi, pourrait-on dire, qu’est né Blurb.Entre la passion d’Eileen Gittins et la création du site Internet d’impression de livres de photos, il a certes fallu que s’enchaînent des événements qui ont conduit la photographe au cœur de la Silicon Valley en pleine effervescence Internet.Eileen Gittins y tire alors le portrait des jeunes Net entre-prqneius de la vallée.À l’époque, ils ne sont pas forcément très connus, et la photographe se propose de leur composer à chacun un portfolio.Mais voilà: impossible de faire le tirage chez un éditeur «classique».Trop peu d’exemplaires.Quant aux sites Web qui offrent la possibilité d’imprimer des livres du genre, ils présentent peu de fonctionnalité, et les résultats ne sont pas à la hauteur des attentes d’Eileen.La suite est logique.Ayant occupé chez Kodak des postes de responsabilité, ayant eu en charge des logiciels, des bases de données, elle sait de quoi il en retourne.Elle crée le site Web Blurb, pour éditer ses propres livres de photos.Le service q été lancé il y a trois ans aux Etats-Unis, il y a environ un an en Erance, et il vient juste d’ouvrir en Allemagne.«Le but est d’aider les gens à sortir de beaux livres, même si l’on n’en a pas les compétences», explique Eileen Gittins.L’édition pour les nuis Blurb propose ainsi de nombreuses fonctions qui facilitent la vie.Le travail d’édition peut s’effectuer en ligne — ce qui permet de reprendre son ouvrage depuis n’importe quel ordinateur — ou bien offline, directement sur son disque dur après avoir téléchargé un petit logiciel.Blurb peut se connecter SLU son compte Elickr ou Pi-casa, par exemple, poru récupérer les clichés stockés.Une fonction automatique permet de composer le livre en un seul clic, puis de le modiher.Enfin, le site offre un grand choix de formats, de modèles, de couvertures et de papiers.Les premiers prix commencent autour de 15 $.Ils varient ensuite en fonction des choix de papier et de couverture, de format, du nombre de pages et d’exemplaires commandés.Mais c’est en matière de promotion et de marketing que Blurb bluffe le plus.De nombreux outils astucieux autorisent en effet le partage de son livre avec sa communauté, sur Eacebook, Twitter ou sur son blogue.Un widget peut y être implanté facilement, qui propose aux visiteurs de feuilleter l’album en question, mais aussi de l’acheter d’un simple clic.Rien n’empêche d’ailleurs l’auteur de réaliser un bénéfice au passage.Est-ce là l’avenir de l’édition?Le Monde LITTERATURE AERICAINE Casser le discours SUZANNE GIGUÈRE Felwine Sarr vit à Saint-Louis, au Sénégal.11 fait partie de ces écrivains qui cherchent à ouvrir les consciences, font la moitié du chemin et invitent le lecteur à faire l’autre moitié.Les éditions Mémoire d’encrier font découvrir cette voix africaine qui rompt le cercle des idées reçues et brise le prisme déformant à propos du continent noir.Composé de six récits, 105 rue Carnot mêle fiction et autobiographie, met en mots et en images des souvenirs qui vont de l’enfance à l’âge adulte, avec en arrière-plan la musique des lieux, la poésie des rues, des paysages, et une certaine douceur de vivre.Eelwine Sarr y parle, dans Comme une mélodie, de son premier amoLU, de son initiation à l’écriture, des glaces au jus de bissap à base de fleius d’hibiscus que sa mère fabriquait pendant l’été et qu’il vendait au marché.Ensuite, il nous entraîne dans le quartier de son enfance au cœur de Dakar, se rappelle les querelles de voisinage qui se terminaient par des insultes et des bassines d’eau déversées dans le jardin.11 se souvient du banc du cantinier en lace de la maison où on discutait de politique, de religion et de sport.11 peint la jeunesse sénégalaise à l’heiue de la mondialisation — casquette vissée SLU la tête, tee-shirt des Chicago Bulls, jeans Lewis 501 —, qui danse siu des chansons pop américaines, regarde les émissions de la chaîne américaine ABC et parle anglais avec un accent slang dans 105 rue Carnot Le regard critique de l’écrivain s’aiguise lorsqu’il aborde les rapports Nord-Sud.Dans Irrévocable, il décrit les difficultés d’une jeune Sénégalaise pour obtenir un visa d’études en Erance, aux prises avec une fonctionnaire peu coopérative.«Le jour elle remplissait sa mission républicaine de rempart contre l’envahissement des peuples du Sud, et le soir elle retrouvait le sourire, aimait le Sénégal, les Sénégalais, leur cuisine et leur art de vivre et trouvait ce pays attachant» Caustique.Amnie au pays des pauvres met en scène une jeune toubab, une étrangère, partie au Sénégal poru le compte d’ime ONG.Là encore, les propos sont tranchants.«Des jeunes du Nord, désœuvrés, en mal d’amour, en quête de sensations fortes, d’exotisme, d’aventure ou simplement de sens à donner à leurs vies [.] ‘Tiens, je vais aller en Afrique aider les pauvres!” Rien de tel contre une bonne déprime.» L’écrivain sénégalais n’a rien contre ces jeunes idéalistes et sincères.11 constate seulement que les bons samaritains venus jadis apporter la civilisation en Afrique reviennent aujoiud’hui avec des projets de développement.«Qui doit apporter quoi à qui?Ici, les gens sont peut-être comme vous dites pauvres, il leur manque parfois l’essentiel, souvent le superflu, ils ne sont pas misérables pour autant.» Dans son premier livre Dahij (Gallimard, 2009), Eelwine Sarr faisait une véritable déclaration d’amoLU aux siens.Dans 105 rue Carnot, il appelle les Africains à casser le discours dévalorisant qu’ils ont d’eux-mêmes et à se prendre en charge.Pour l’auteur, il est urgent «de créer une conscience de soi volontariste».Le livre offre des récits rafraîchissants, loin d’une Afrique exotique idéalisée ou dramatisée avec ses famines, ses ferres et sa misère.Le recueil tire sa force de la capacité de l’auteur à aller à l’essentiel, en étant le plus près de l’émotion ressentie.La langue est sobre et soucieuse du mot juste, le ton franc et direcL l’ironie mordante.Le recours à des métaphores et à des aphorismes africains de même qu’aux sonorités étrangères des langues — wolof, peul, bambara, sérère — apporte à l’écriture une touche d’authenticité.Collaboratrice du Devoir 105 RUE CARNOT Felwine Sarr Mémoire d’encrier Montréal, 2011,78 pages 105 Rue Carnot |3 li^Gaspard-LE DEVOIR Xalmarès Du 11 au 17 juillet 2011 Romans québécois 1 Double dispaiition.Une enquête de Maud Giaham Chrvstine Brouillet/Courte échelle V5 2 Les Mes années • Tome 4 Eugénie et l'enfant netiDuvé Jean-Piene Charland/Hurtubise 2/5 3 Dans mes veux à moi Josélito Michaud/Libre Expression 5/19 4 Au bord de la rivière • Tome 1 Baptiste Michel David/Hurtubise 3/12 5 Mémoires d'un quarder • Tome 8 Laura, la suite LotÉeTremblaiFD'Essiambre/GuySaiit-Jean 4/5 6 AN.G.E • Tome 9 Cenotaphium Anne Robillard/Wellan 7/10 7 Les héritiers d'EnIddiev • Tome 3 Les dieux ailés Anne Robillard/Wellan 6/15 8 Ru Kim Thûy/Ubre Expression 0/3 9 Le secret du coffre bleu Lise Dion/Libre Expression 9/3 10 Les Mes années • Tome 3 Thalie et les âmes d'élite Jean-Piene Charland/Hurtubise -n Romans étrangers 1 L'étrange voyage de monsieur Daldrv Marc Lévy/Robert Laffont 1/10 2 La confession John Grisham/Robert Laffont 2/7 3 L'appel de l'ange Guillaume Musso/XO 3/14 4 L'été sauvage Elin Hilderbrand/Lattès 6/4 5 Les neuf dragons.Une enquête de Harry Bosch Michael Connelly/Seuil 4/7 6 Quand reviendras-tu ?Mary Higgins Clark/Albin Michel 5/8 7 L'année furieuse Fred Vargas/Viviane Hamv 7/5 8 Le cimetière de Prague Umberto Eco/Grasset 8/12 9 Le don d'Anna Cecilia Samartin/Archipel 10/3 10 Une enquête philosophique Philip Kerr/Du Masque -n "?Essais québécois 1 Mafia inc.Grandeur et misère du clan sicilien au Québec André Cédilot 1 André Noél/Homme 1/38 2 Les vieux.La vieillesse : une merveilleuse étape de notre vie Rose Legault/Quebecor 8/2 3 La culture religieuse n'est pas la foi.Identité du Québec.Guy Ourand/Des Oliviers -n 4 II V a trop d'images.Textes épars 1993-2010 Bernard Émond/Lux 7/18 5 Une agriculture qui goDte autrement Hélène Raymond 1 Jacques Mathé/Mtltnxindes -/I 6 Poing à la ligne Nomtand Lester/Intouchables 2/16 7 La mort Mieux la comprendre et moins la craindre.Richard Béliveau 1 Denis Gingras/frécarré -/I 8 Montréal la créative Marie-Andrée tamontagne/Héliotrooe 4/4 9 Le futur prêt-èporter.Comment la science va changer nos vies Mathieu-Robert Sauvé/Multlmondes -n 10 Le Québec : temtoire incertain Henri DorfonIJeatFRtJLacasse/SeplenIrion -/I "?^Essais étrangers 1 Demain, qui gouvernera le monde ?Jacques Attali/Fayard 6/11 2 Notre poison quotidien Marie-Monique Robirr/Alain Stanké 1/10 3 Les mots de ma vie Bernard Pivot/Albin Michel 2/10 4 Indignesvous ! Stéphane Hessel/Indigène 3/25 5 L'étincelle.Révoltes dans les pays arabes Tahar Ben Jelloun/Gallimard 10/2 6 M.le PréskfenL Scènes de la vie politique 2005-2011 Franz-Olivier Giesbert/Flammarion -n 7 Une brève histoire de l'avenir Jacques Attali/LGF 4/20 8 Le dérèglement du monde.Quand nos civilisations s'épuisent Amin Maalouf/LGF -n 9 Le paradoxe amoureux Pascal Bmckner/LGF -n 10 Tous minés dans dix ans?Jacques Attali/LGF -n Lü BIIF (SociëË de gestni de la Banque de titres de langue fiangaise) est gnipridtaire du sj^me d'infamaticn et d'analyse str les ventes de livres français au Canada.Ce palmarès est extrait de et est rxinstitué des relevés de rraisse de 173 points de venta La BTLF reçoit un soutien financier de Patrimohe canadien pour le projet ÆtryMf.© Blir, toute reproduction totale ou partielle est Inlerdita E 8 LE DEVOIR, LES SAMEDI 23 ET DIMANCHE 24 JUILLET 2011 LIVRES La langue est une fête «Plus on fouille dans le dictionnaire, plus on constate à quel point notre vision du monde est dictée par les mots dont nous disposons», écrit Alex Taylor Louis Cornellier Je suis un admirateur inconditionnel du linguiste Guy Bertrand.J’ai vraiment découvert, grâce à lui, le plaisir de la grammaire.Les capsules linguistiques présentées par Bertrand à la Première chaîne de Radio-Canada ont renouvelé la vieille formule «ne pas dire, mais dire».Sur un ton souvent amusé et toujours sympathique, le linguiste nous invite à améliorer la qualité de notre langue et à en hnir avec les barbarismes, solécismes, anglicismes et calques de l’anglais qui la dénaturent.Bertrand ne nous sermonne pas à la manière des puristes cassants tout juste bons à créer de l’insécurité linguistique.Il nous informe et nous convie à la pratique d’un français correct.Avant de découvrir ses capsules, je considérais la grammaire comme une contrainte nécessaire, mais pas vraiment intéressante en soi.Aujourd’hui, je la considère comme un univers passionnant.400 capsules linguistiques (Lanctôt, 1999, maintenant édité chez Michel Brûlé), le premier ouvrage de Bertrand, est un de mes livres de chevet.En classe, au collégial, je présente une cinquantaine de ses capsules, et les étudiants en redemandent.Le tome II (2006), qui présente 400 nouvelles capsules, pourrait être aussi intéressant, mais sa présentation devrait être revue.Comme les articles n’y sont pas classés par ordre alphabétique, ils sont plus difficiles à consulter et à retenir.L’approche de Guy Bertrand s’inscrit dans une tendance qui a actuellement la cote et qui consiste à plaider pour un français de qualité en mettant en avant le plaisir de la chose puisque, comme on le sait, qui aime bien châtie bien.En Erance, la collection «Le goût des mots», dirigée par l’écrivain Philippe Delerm aux éditions Points, est entièrement dédiée â cette approche.«Les mots nous intimident, explique Delerm en présentant la collection Pour les apprivoiser, il faut les soupeser, les regarder, apprendre leurs histoires, et puis jouer avec eux, sourire avec eux.Les approcher pour mieux les savourer, les saluer, et toujours un peu en retrait se dire je l’ai sur le bout de la langue — le goût du mot qui ne me manque déjà plus.» Les amateurs de capsules linguistiques raffoleront de C’est la cata! Petit manuel du français maltraité (2006), de Pierre Bénard, et du Répertoire des délicatesses du français contemporain (2009), de Renaud Camus, deux ouvrages de cette collection qui traquent les fautes de français fréquentes et les tics langagiers.Avec Henriette Walter, les mêmes amateurs pourront explorer «les grandes et petites histoires de notre langue» dans Le français dans tous les sens (2008).Avec Marina Yaguello et son Catalogue des idées reçues sur la langue (2008), un classique dont la première édition remonte â 1988, ils s’initieront â la linguistique.Le goût mûr des mots Paru le printemps dernier.Bouche bée, tout ouïe.ou comment tomber amoureux des langues est un des plus récents ouvrages de cette collection.Son auteur, Alex Taylor, est un Britannique polyglotte qui vit en Erance depuis 30 ans.Animateur de radio et de télévision, Taylor a publié.GOUT Alex Taylor DES MOTS 11 Bouche bée ^9 5 tout ouïe.oU amoareyx-^ en 2007 chez le même éditeur, son Journal d’un apprenti pervers, dans lequel il expose ses expériences homosexuelles, tendance sadomasochiste.On laissera â d’autres le soin de commenter cette facette de l’œuvre.Son Bouche bée.explore un tout autre univers, celui des différences entre les langues.Brillant, érudit et maître de l’humour subtil, Taylor nous y propose un plaisant et instructif voyage au pays des langues.«Plus on fouille dans le dictionnaire, écrit-il, plus on constate à quel point notre vision du monde est totalement dictée par les mots dont nous disposons.C’est uniquement en se heurtant à d’autres langues que l’on se rend compte des limites mais aussi des prouesses et des possibilités uniques de la sienne.» Les Indiens Navajos, de rutah, par exemple, n’avaient pas de mot pour désigner une «porte», une réalité inexistante dans leurs wigwams.(Juand ils se sont heurtés â cette chose dans le monde moderne, ils l’ont désignée comme un «plancher solide établissant un chemin horizontal lequel empêche de sortir COLLECTION DIRIGEE PAR PHILIPPE DELERM SOURCE LES ÉDITIONS POINTS i «.MICHELhJllOit SOURCE LES EDITIONS MICHEL BRULE Ici, Guy Bertrand plaide pour un français de qualité en mettant en avant le plaisir de la chose.En France, la collection «Le goût des mots» est toute dédiée à cette approche.sans entrave vers l’extérieur».Les Japonais, eux, n’ont pas de mot pour dire «eau», mais en ont pour dire «eau chaude» ou «eau froide».Sans être, sans avoir Les articles (un, une, le, la.), si indispensables en français, n’existent pas en russe ou en mandarin.«Donne-moi pomme», disent â peu près les peuples qui parlent ces langues.En fait, seule une langue sur cinq dans le monde se sert des articles.Cet usage a aussi ses particularités d’une langue â l’autre.Quand J.E Kennedy, en 1963, lance son «Ich bin ein Berliner» Qe suis un Berlinois), il déclare plutôt être «un beignet à la fraise recouvert d’une onctueuse couche de sauce vanille».C’est que l’allemand ne met pas d’article indéfini devant les gentilés.Imagine-t-on pouvoir parler sans disposer des verbes «être» et «avoir»?Le mandarin, la langue la plus parlée au monde, se passe du premier.Ainsi, les Chinois ne diront pas «le ciel est bleu à Pékin», mais, sans article ni verbe être, «ciel bleu Pékin».Les Russes, quant â eux, contournent le second.Notre «j’ai un livre» devient «à moi livre» dans leur bouche.Le tour d’horizon mené par Taylor retient aussi des expressions intraduisibles (le français a ses anges qui passent, ses bons comptes qui font les bons amis; l’anglais a son wake-up call), de même que des considérations sur les pronoms personnels (il n’y a pas qu’au Québec que l’usage du «tu» ou du «vous» est flottant) et sur la bonne manière d’apprendre une langue.Déclaration d’amour aux langues du monde — il y en a environ 6900 et l’une d’entre elles meurt toutes les deux semaines —, Bouche bée, tout ouïe, dans un esprit de gratitude, ne manque pas d’insister sur celle qui compte le plus pour chacun d’entre nous, c’est-â-dire notre langue maternelle, irremplaçable.«C’est uniquement en se heurtant à d’autres langues que l’on se rend compte des limites mais aussi des prouesses et des possibilités uniques de la sienne», conclut l’auteur.louisco@sympatico.ca BOUCHE BÉE, TOUT OUÏE.Ou COMMENT TOMBER AMOUREUX DES LANGUES Alex Taylor Points Paris, 2011,256 pages HISTOIRE La controverse des sang-mêlé DAVE NOEL Nelson-Martin Dawson est ce qu’on peut appeler un historien controversé.Au début des années 2000, il se fait connaître par ses études sur la rupture de la filiation ethnique des Attikameks, des Monta-gnais et des Algonquins.Commandités par Hydro-Québec, ces travaux devaient contribuer â la contestation des droits ancestraux de ces nations en cas de litige devant les tribunaux.Dans Fourrures et forêts métissèrent les Montagnais, Dawson approfondit ses recherches sur les Montagnais (Innus) du Sa-guenay-Lac-Saint-Jean.Au XVIL siècle, rappelle l’his-torien, ce peuple nomade aurait perdu de 50 â 95 % de ses membres en raison du choc microbien et des guerres iro-quoises.Au lendemain de l’hécatombe, le territoire montagnais est repeuplé par un mélange issu «d’unions interethniques» autochtones et d’un métissage avec des Blancs engagés dans le commerce des fourrures.Le père Alba-nel, qui «ne semble pas avoir eu de jaculatoires que ses oraisons», aurait lui-même contribué â cette renaissance.Pour l’historien, les traces de ces bouleversements sont perceptibles dans l’emploi de l’ethnonyme «Montagnais», qui serait devenu un terme géné-rique servant â désigner un amalgame de nations.Pidgin de races Cet exposé, en première partie de l’ouvrage, amène l’auteur â s’interroger sur l’émergence au Saguenay-Lac-Saint-Jean d’une société métisse évoluant â cheval entre les communautés blanches et autochtones.Selon Dawson, l’édification d’une tierce identité ne saurait se limiter â des «rapports charnels circonstanciels entre partenaires de races différentes».Elle doit également s’inscrire dans un «espace-temps socialement et culturellement défini».Car «le métissage est essentiellement le résultat d’un processus concret, expressif, structuré et dynamique s’inscrivant dans une durée suffisamment longue pour donner naissance à un processus identi- SOURCE BIBLIOTHÈQUE ET ARCHIVES CANADA Scène de traite tirée d’ime carte intitulée A Map of the Inhabited Part of Canada û-om the French Surveys datant de 1777.D s’agit d’ime gravure de William Fadden, modifiée et coloriée par Pierre-Louis Cauchon.taire particulier».Or, contrairement â ce qui s’est produit dans les Prairies canadiennes, les «sang-mêlé» de l’arrière-pays laurentien n’auraient pas évolué de façon gistres de l’éfat civil en passant par la cartographie et l’étude des ethnonymes.Il procède également â des enquêtes généalogiques poussées permettant de suivre â la trace la descendance des «Aux États-Unis d’Amérique, il suffit d’une goutte de sang noir pour faire un Noir, au Brésil il suffit d’une goutte de sang blanc pour faire un Blanc.» endogène, se fondant plutôt â l’une ou l’autre de leurs communautés d’origine.«Au Sa-guenay-Lac-Saint-Jean est donc souvent plus Métis celui qui se croit Indien que l’agriculteur issu d’un couple mixte d’ancêtres», soutient l’auteur.A l’instar de ses ouvrages précédents, Nelson-Martin Dawson appuie ses recherches sur «une exploitation maximale» des sources.Celles-ci vont des récits de Champlain aux re- unions métissées.Ce corpus laisse peu de place toutefois â la tradi-tion orale mise en valeur par l’anthropologie, cette «récente science sociale» que ne semble guère apprécier l’auteur.En 2002, en marge des négociations de l’Approche commune avec les Innus, Dawson dénonçait déjà la prétendue «omniscience des anthropologues» qu’il opposait â la rigueur historienne fondée sur l’écrit.A l’heure de la multidisciplinarité, le débat avait fait long feu.En dépit de ses relents polé- miques, cet essai soulève d’intéressantes questions sur les notions d’identité et de métissage: «Aux États-Unis d’Amérique, observe Dawson, il suffit d’une goutte de sang noir pour faire un Noir, au Brésil il suffit d’une goutte de sang blanc pour faire un Blanc; or, dans le [.] Dominion canadien du XIX” siècle, il suffisait souvent, dans les Prairies, d’une goutte de sang blanc pour faire un Métis, tandis qu’au Québec cette goutte de sang blanc ne délayait pas significativement le sang indien.» Remarque qui, on en conviendra, pourrait soulever une autre belle controverse.Collaborateur du Devoir EOURRURES ET EORÉTS MÉTISSÈRENT LES MONTAGNAIS Nelson-Martin Dawson Septentrion Québec, 2011,314 pages ESSAIS Vagabondages québécois CAROLINE MONTPETIT On commence ses vacances oû bon nous semble, comme on ouvre le dernier ouvrage de Pierre Caron, Vagabondages au Québec (éditions de l’Homme), au chapitre qui nous plaît.L’auteur y passe joyeusement de Rimouski â Baie-Saint-Paul, de Bras d’Apic et son université fantôme â Sainte-Anne-de Beaupré, rapportant ici une anecdote, lâ un fait historique, plus loin une réflexion sur le paysage.Il y raconte par exemple l’histoire de Marie-Josephte Corri-veau, née â Saint-Val-lier en 1733, dont la légende veut qu’elle ait tué ses six maris, de diverses manières.De Petite-Rivière-Saint-Prançois, on apprendra que l’endroit fut tour â tour nommé Cap-Raide, Rivière-du-Sot, Anse-aux-Pom-miers, l’Abattis ou l’Abatis, Vieille-Rivière, Ruisseau-â-la-Nasse, Cap-Maillard, Erançois-Xavier, Côte-de-Saint-Erançois et même Saint-Erançois-Xavier-de-la-Petite-Rivière-Saint-Eran-çois, avant de prendre son nom actuel, en l’honneur d’un évangéliste français ayant œuvré au Japon.Doux comme un vagabondage en été.Terres de rêves et de cauchemars, les îles, coupées du monde, sont aussi terres de refuge et d’évasion Québec insulaire Géographiques, culturelles, climatiques, historiques, les îles du Saint-Laurent n’en finissent plus de se laisser découvrir.Aux Presses de l’Université Laval, Lorraine Guay fait paraître cet été Le Québec des îles, qui nous les lait mieux connaître.Lorraine Guay a étudié en géographie, en sociologie et en anthropologie.Son ouvrage effleure l’une et l’autre de ses disciplines.Terres de rêves et de cauchemars, les îles, coupées du monde, sont aussi terres de refuge et d’évasion.En 1654, le gouverneur Pierre Boucher décrète le déboisement des îles situées â l’embouchure du Saint-Maurice pour éviter que des Iroquois s’y cachent.Avec la grande émigration européenne, la Grosse île devient alors lieu de quarantaine pour des migrants souvent malades du choléra.Si les insulaires vivent généralement â un rythme plus lent que ceux du continent, ce n’est évidemment pas le cas de ceux de l’île de Montréal.L’auteur signale d’ailleurs que l’industrialisation fait en sorte que la vie sur les îles est de moins en moins différente de celle du reste du monde.Le Devoir L KHAKGE
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