Le devoir, 3 septembre 2011, Cahier E
LE DEVOIR LES SAMEDI S ET DIMANCHE 4 SEPTEMBRE 2011 MEDIAS Situations d’apprentissage et compétences transversales., Page E 5 MUSIQUE ,_J L’effet «psychoacoustique» sur l’Adresse symphonique ^PageE6 CULTURE MOIS DE LA PHOTO A MONTREAL 2011 T ¦ ¦ Chercheurs de lucidité Le Mois de la photo, la 12® édition, démarre jeudi.Tout le mois, la photo se présente sous diverses formes, en divers lieux d’expositions, selon plusieurs genres.Un thème unit tout cela: la prise de conscience.Le titre de l’événement de cette année — Lucidité.Vues de Vintérieur — relie des pratiques très diversifiées, autant en photographie qu’en vidéo.\ I Normand Rajotte, Comme un murmure «Des formes m’interpellent, mais de l’intérieur.Je ne vois pas tout sur le moment» — Normand Rajotte Rinko Kawauchi, Illuminance «Je préfère écouter les petites voix de notre monde, celles qui chuchotent» — Rinko Kawauchi Roger Ballen, Asylum « Percer le voile et atteindre l’intérieur» — Roger Ballen JEROME DELGADO ues de l’esprit, regards introspectifs, âmes expressives.Peu importe le vocable choisi, les œuvres réunies dans le cadre du 12® Mois de la photo partageront un point commim: la représentation d’une image intérieme.Certes, les manières sont multiples, entre la longue séquence d’images fixes de Raymonde April, exposée au centre Optica du Belgo, et les films très holljrwoodiens du Danois Jesper Just, dont la galerie Leo-nard-et-Bina-Ellen présentera son premier solo au Canada.Mais les vingt-cinq artistes retenus par la commissaire invitée, Anne-Marie Ninacs, illustrent tous la voix située entre les deux oreilles.Et les expositions sont dispersées aux quatre coins de la ville, de quoi s’occuper poiu un moment.Pour l’artiste japonaise Rinko Kawauchi, révélée en 2004 lors des Rencontres photographiques d’Arles — un des événements du genre les plus importants au monde — les meilleiues photos viennent quand on ne pense à rien, l’esprit vide de pensées.«Je pr^re écouter les petites voix de notre monde, celles qui chuchotent», confiait-elle en 2007.Rinko Kawauchi figure parmi la dizaine d’artistes réunis au nouveau complexe Arsenal, situé dans Griffmtown.Sa série Illuminance — 44 épreuves à développement chromogène — scrute de près, à la loupe presque, la siuface des choses.«Kawauchi pousse sur le monde sa lentille, jusqu’à en extraire la sensualité comme une moelle», écrit Ninacs dans la pubhcation de cette 12® édition, intitulée Lucidité.Vues de l’intérieur.«J’ai le sentiment, commente-t-elle au téléphone, qu’on connaît mieux le monde extérieur.On préfère comprendre la galaxie que s’attarder à ce qui est le plus près de nous.On n’a pas d’images de notre intérieur, et si on en a, on les garde pour soi.Elles ne sont pas un sujet de conversation.» Incertitude et inconfort Anne-Marie Ninacs est commissaire invitée pour le Mois de la photo 2011.Pour cette chercheuse indépendante et ex-conservatrice en art actuel du Musée national des beaux-arts du Québec, les artistes agissent en «chercheurs de lucidité».«Ils ont cette attention à soi et visent à la partager», dit-elle, avant de préciser avoir voulu éviter «la psychologie facile».Anne-Marie Ninacs voit davantage dans ces «murmures» un appel à plonger dans «l’incertitude et l’inconfort».«Il s’agit, pointe-t-elle, de faire confiance [au murmure] et non de le nier.» Les œuvres fortes, celles qui bousculent, ne manqueront pas au cours de l’événement.La vidéo Something White, de Marco Godinho, présentée à l’Arsenal, convie à une promenade dans le noir d’un inquiétant tunnel.Par ses silences, la caméra fébrile et l’absence de repères, l’artiste portugais propose une métaphore de la mort.et du retour à la vie.Au bout du tunnel, et en conclusion de la vidéo, la lumière du joiu réapparaît.Errer et observer, c’est ce que propose de son côté Normand Rajotte, un des Québécois présent à ce Mois de la photo.Ce vieux routier de l’appareil photo, qui s’est fait connaître dans les années 1970 par le biais de la photographie documentaire, présente la série Comme un murmure, tirée de ses allers-retours dans un boisé.L’ensemble, montré à l’Arsenal, appelle à la méditation, mais, avertit Anne-Marie Ninacs, «il ne s’agit pas d’une nature pittoresque».«Du point de vue visuel, c’est le chaos», affirme l’artiste en parlant des marais et arbustes qui retiennent son attention.Normand Rajotte dit regarder le sol, «parce que de là part la vie», et chercher les traces du temps ou VOIR PAGE E 2: PHOTO E 2 LE DEVOIR LES SAMEDI 3 ET DIMANCHE SEPTEMBRE 2011 CULTURE Médias et festivals / K Odile Tremblay Les critiques de cinéma observent le star-system de l’intérieur: cette bulle de luxe et de gloire trônant dans une Olympe, dont rêve le commun des mortels.Quelques paillettes s’écaillent, des démystifications s’opèrent, forcément, au contact des faux dieux.Les vedettes se transforment en êtres humains, certains plus brillants que d’autres: Brad Pitt, surtout Sean Penn — mais Robert de Niro a du mal à aligner trois phrases.A chacun ses forces, ses humeurs, ses carences.Les acteurs se font tendre le micro avec des questions d’ordre intime fusant de partout en conférence de presse.Phénomène qui participe à l’abrutissement général du public: entendons-nous sur ce point, mais allez endiguer si puissant raz de marée.La «peoplelisation» a depuis longtemps quitté la niche des magazines spécialisés pour envahir l’espace médiatique.Dans les pages culturelles de bien des journaux, scandales et divorces des uns et des autres occupent un gros espace rédactionnel, grugeant celui des critiques et des entre vues de cinéastes.Signe des temps, qui en désole plusieurs.Davantage de paillettes et moins de contenu: grand mot d’ordre rédactionnel.Ça prend du lustre, soit.aussi du cinéma.On tente de sauver les meubles de notre côté.Les festivals de films, créatures bicéphales, ont bien compris leur double rôle.D’un côté: des œuvres et des cinéastes à mettre en lumière.De l’autre, des stars, acteurs ou actrices, certains bourrés de talent, d’autres célèbres pour cause de célébrité, au mieux de grands cinéastes à jeter en pâture aux journalistes, aux photographes et aux télés.Les médias, au faste et au contenu, sont les vitrines des festivals.Les rendez-vous cinématographiques très médiatisés et arrimés à un important marché attirent à eux les œuvres phares, les créateurs de haut vol et les étoiles.Question de cote, comme à la Bourse.Je pars cette semaine au Festival de Toronto (TIFF).Des préjugés hélas! tenaces au Québec veulent n’y voir qu’une grosse tribune promotionnelle américaine pour les films lorgnant les Oscars.Le TIFF en est une, soit, mais bien davantage.Sur le flanc gauche, les meilleures œuvres de partout envahissent ses écrans.Même nos primeurs nord-américaines québécoises, Café de Flore, Monsieur Lazhar, etc.C’est là-bas q\f Incendies de Denis Villeneuve a trouvé son distributeur américain l’an dernier.La Ville reine et son marché, qui tient de la ruche bourdonnante peuplée d’acheteurs éventuels, deviennent une tombola de l’espoir pour le cinéma international.Vedettes et méga cinéastes fourmillent à Toronto: cette année de Brad Pitt à Madonna, de George Clooney à Francis Ford Coppola en passant Clive Owen, Tilda Swinton, Charlotte Rampling, Luc Besson, Juliette Binoche, Salma Hayek, Woody Harrelson, les musiciens U2, Pearl Jam et Neil Young, des centaines d’autres.Si brillante nuée que tous les projecteurs s’y braquent.Les revues de presse torontoises sont à l’avenant: interviews de grosses pointures, presque rien sur les films.A Cannes, Venise et Berlin, les œuvres sont mieux couvertes.Ces rendez-vous s’offrent un volet compétitif solide et incontournable, suivi par la presse du monde entier, laquelle relaie aux quatre coins du monde des films parfois pointus de cinéastes obscurs.Stars et films se partagent la couverture pour ces grandes manifestations, servant de concert cinéphiles et amateurs de people.Or Toronto, qui au départ relayait la crème des œuvres déjà projetées dans différents festivals, refuse d’avoir une compétition.Malgré ses nombreuses primeurs de prestige, le TIFF se préfère simple fête du cinéma.Un choix qui se défend, avec effet pervers toutefois: le maintien à l’ombre d’une immense partie de sa remarquable programmation.Car «lâchée lousse», comme on dit, la presse locale et internationale, sous l’avalanche de noms en lettres d’or et de productions américaines très attendues, oublie (et n’a pas le temps) d’attirer l’attention sur les découvertes et les merveilles cachées.Les critiques québécois couvrent là-bas plus de films que leurs vis-à-vis torontois, mais les «must» sont des «must» pour tout le monde, et on rate trop d’œuvres dépourvues d’auréoles.REUTERS Catherine Deneuve lors de son passage au.Festival de Toronto, l’an dernier Frustrant ça, pour les programmateurs du TIFF lesquels se fendent en quatre pour trouver les meilleurs films des cinq continents, si peu commentés.La popularité de ce rendez-vous adopté par les Américains se révèle aussi son talon d’Achille.Inertie structurale Retour au Festival des films du monde qui s’est clôturé dimanche.Il fallait voir avec quelle frénésie tous s’arrachaient en fin de semaine dernière Catherine Deneuve — qui n’en demandait pas tant — pour saisir à quel point le manque de vedettes et de cinéastes de prestige avait laissé les médias sur leur soif Le FFM, dont le déclin s’explique par son inertie structurale, aussi parce que Toronto et Venise se servent, côté films, en premier, possède le double désavantage d’accueillir trop peu de visiteurs de marque et de présenter une programmation mal défrichée.Son volet compétitif est de niveau moyen.Quelques bons morceaux, pas assez.Si bien qu’à ses problèmes récurrents, s’ajoute une désafectation des médias locaux.L’espace dévolu au FFM dans plusieurs de nos journaux s’amenuise comme peau de chagrin, cette année plus que jamais.A force d’avoir crié dans le désert en lui demandant de se renouveler, et faute de trouver grand-chose à se mettre sous la dent, la presse met moins de cœur, moins d’images, et moins de mots sur cette manifestation.L’appui de son fidèle public, lui-même privé de sang neuf, ne pourra lui suffire éternellement.Car les médias forment un drôle de couple avec les festivals.Mais couple tout de même, où chaque partenaire doit trouver sa pitance, sous peine d’abandon prochain du foyer.otremhlay@ledevoir.corn 1 % PHOTO SOURCE MOIS DE LA PHOTO La Cantine sortie 3, de Massimo Guerrera SUITE DE LA PAGE E 1 de la lumière.Il admet agir de manière presque irréfléchie.«Des formes m'interpellent, mais de l'intérieur Je ne vois pas tout sur le moment.» Une brèche dans la conscience AnnœMarie Ninacs a compilé des pratiques qui s’immiscent au cœur de sentiments profonds, secrets.La peur du vide exprimée par le tunnel de Marco Godinho se retrouve aussi chez le Torontois Luis Jacob.Son exposition L'Œil, la brèche, l'image puise dans la collection de photographies du Musée McCord.Cette idée d’une brèche se retrouve chez plusieurs photographes.Yann Pocreau, qui se photographie dans un corps-à-corps avec des bâtiments, cherche pour sa part à se «glisser dans une brèche».Ses œuvres grand format seront les seules interventions extérieures visibles dans Griffintown.Claire Savoie, qui présente à la galerie SBC une série de 500 courtes vidéos tirées de son quotidien, veut «créer une brèche» pour dire ce qu’on ne peut énoncer autrement.Massimo Guerrera, dont les photos exposées au centre Clark relatent des expériences relationnelles — échange d’objets, partage de repas, etc.— voit dans l’art «une brèche indéfinie» pour fuir les habitudes.Le Sud-Africain Roger Ballen, lui, veut «percer le voile et atteindre l'intérieur» à travers la photographie.Asy/z/M, série présentée à l’Arsenal et qualifiée par Ninacs de «travail de forage dans les propres profondeurs psychologiques [de l’artis- LE RENDEZ-VOUS ANNUEL DES ECRITURES CONTEMPORAINES.PAYS INVITÉ: ARGENTINE Mercredi 7 20h » Todo de RafaelSpregelburd Jeudis 17h» LiUVété DE Patrie Saucier 19h » Ce samedi il pleuvait D Annick Lefebvre 21 h » Le legs de Lise Vaillancourt Vendredis 19h» La liberté DE Martin Bellemare 21 h » Billy (Les jours de hurlement) DE Fabien Cloutier Samedi ID 17h » Le passé est un grotesque animal DE Mariano Pensotti 20h » La chevauchée aveugle DE SébastienHarrisson Dimanche II 15h » Théâtres de la mémoire DE Patricia Zangaro El Alejandro Tantanian 20h » Cabaret des auteurs Lundi IZ 20h » Le carrousel de Jennifer Tremblay [hiadj] THÉÂTRE DE QUAT’SOUS 100, avenue des Pins Est, Montreal (metro Sherbrooke) TARIF RÉGULIER 10$/lecture, 24$/3 lectures, CARTE PREMIÈRE 7$ / lecture publique RÉSERVATIONS 514-845-7277 www.cead.qc.ca une PRESENTATION DU CENTRE DES AUTEURS DRAMATIQUES (CEAD) EN COLUBORATION AVEC LE THÉÂTRE DE QUAT SOUS ' 1*1 Emploi Québec gg CbfidWcn Mmlntoe Buenos Airas Ciudad Partenaire de la campagne d'abonnement Hydro Québec i ABONNEZ-VOUS ! WWW.THEATRELALIC0RNE.COM 514 523-2246 tr?- CONSEIL DES ARTS DE MONTRÉAL Conseil des arts et des lettres CXiébec Ea E3 Patrimoine Canadian canadien Heritage Conseil des Arts Canada Counc du Canada for the Arts LE DEVOIR te]», met en scène des oiseaux dans des situations macabres où se mêlent dessin, théâtre, peinture et sculpture.Libérer l’inconscient rappelle un pan de l’histoire de l’art qué l^écois: l’automatisme de Paul-Emile Borduas.Si Anne-Marie Ninacs préfère s’éloigner du concept d’écriture automatiste de Borduas, elle lui reconnaît «le rapport au monde extérieur» dans lequel il place ses réflexions.Pour Ninacs, qui prépare un doctorat sur Fernand Leduc, signataire du Refus global, l’automatisme et la photographie se rejoignent du fait qu’ils insistent sur la «présence» de l’auteur.«La photo, telle que l'emploient les artistes que j'ai retenus, conclut la commissaire du Mois de la photo, mobilise la présence, affûte la perception, fait prendre conscience des cadrages.Elle exige de regarder les choses telles qu'elles sont et démontre ce qui nous échappe dans notre expérience.C'est en ce sens qu'elle devient une véritable réflexion sur la lucidité.» Collaborateur du Devoir Le Mois de la photo à Montréal, du 8 septembre au 9 octobre, dans divers lieux: www.moisdelaphoto.com.SOURCE MOIS DE LA PHOTO Se partager Vespace, de Yann Pocreau opérât onenfantsole I ca 1 077 603 2325 LE DEVOIR LES SAMEDI ET DIMANCHE SEPTEMBRE 2011 E 3 CULTURE il v.irféi iil'ni r//iM « / ANNIK MH DE CARUFEL LE DEVOIR David Lavoie et Pierre Macduff devant le chantier des Écuries, rue Chabot, dans le quartier Villeray THÉÂTRE Le chantier perpétuel L’ouverture de deux lieux de théâtre tout neufs, La Licorne et Aux Ecuries avec leurs quatre salles et leurs quatre espaces de répétitions, marque ce début de saison.Dans un monde où le virtuel joue un rôle de plus en plus important, profitons de l’occasion pour nous pencher sur ce chantier permanent qu’est la construction du théâtre d’ici.MICHEL BELAIR Un quart de siècle sépare Pierre Macduff et David Lavoie.Dans le coin droit, le premier est le vieux routier que tout le monde connaît et qui a tout fait depuis presque quarante ans maintenant.Même quand on ne partage pas tous ses points de vue (et il en a sur tout!), on ne peut qu’admettre que Macduff a été de tous les combats; il a tâté de tous les organismes, a touché à toutes les structures ou presque, du CQT et du CEAD jusqu’au Carrefour ipternational de théâtre, aux Etats généraux du théâtre 1 et 2, à la Maison Théâtre, au Théâtre des Deux Mondes.et bien plus encore.Pierre Macduff est un meuble essentiel; plus: il est devenu un des murs porteurs de l’édifice en reconstruction permanente qu’est le théâtre qui se fait ici.Plus à gauche, le jeune David Lavoie est déjà une sorte de king.C’est un oiseau rare, très, même: la mi-trentaine, diplômé des HEC en administration, Lavoie est un spécialiste de la gestion et du «management à vision sociale».On l’a vu apparaître, un peu timide, au détour des années 2000, comme «homme de chiffres»; le mythe dit déjà qu’il a sauvé des tas de compagnies de la noyade.Ce qui est clair toutefois, c’est que, depuis une dizaine d’années déjà, il est l’un de ceux qui ont le plus contribué à l’affirmation de la relève et au changement, ne serait-ce que parce que c’est lui qui a eu l’idée de la Carte Premfères.L’air de rien, c’est un visionnaire.Un homme stylé qui cache une grande force sous ses airs de celui-qui-n’a-pas-l’air-d’être-tout-à-fait-sûr-d’être-à-la-bonne-place.Deux regards complémentaires, donc, deux champs d’expérience couvrant une période essentielle.En début de semaine, nous nous sommes installés durant quelques heures sur la scène de ce, qui sera la grande salle des Ecuries, question de profiter de l’occasion pour faire le tour du chantier au sens large.« Condamné » Rapidement, on en arrive aux grands mots, on s’en serait douté: il est question de diffusion, d’accessibilité et de formation tout autant que de production et de création.Le constat est simple: le Québec est un cas à part.11 est «condamné» à investir sans relâche dans la culture, qui est son principal point d’ancrage dans la réalité nord-américaine.Comme la chanson, le théâtre a rapidement joué ici ce rôle primordial de l’affirmation à travers toute la série de prises de parple que l’on sait, de Géli-nas à Evelyne de la Chenelière en passant par les Tremblay, Bouchard et tous les autres.Sans compter les metteurs en scène et les comédiens qui s’acharnent à nous situer clairement face au monde.Mais tout cela a-t-il encore le même sens aujourd’hui?«La question est multiple, dit Macduff, parce que la situation du Québec est exceptionnelle à plusieurs titres.Ne parlons d’abord que du financement.Quand on compare à ce qui se passe en France et en Angleterre, les budgets consacrés ici à la culture en général et au théâtre en particulier sont absolument ridicules.En 1986, par exemple, les subventions pour toutes les compagnies de théâtre totalisaient 14 millions de dollars.exactement le budget du Théâtre de Chaillot la même année.Aujourd’hui, on accorde 15 millions pour le fonctionnement de 75 compagnies et, grosso modo, 25 millions au total au théâtre, alors que la subvention du seul National Theatre en Angleterre est de 35 millions.Ce que je veux dire aussi, c’est que la situation ici est encore moins normale quand on voit la quantité de gens qui sortent chaque année de nos 10 écoles de théâtre.» Différemment David Lavoie acquiesce mais souligne que «la “financiarisa-tion” du débat a mené â une sorte de cul-de-sac, parce que l’impact de la culture et du théâtre ne se mesure pas seulement en dollars.Il faut en arriver â faire les choses de façon différente.On doit développer de nouveaux modes de gestion et de production et travailler, par exemple, dans le sens d’une appropriation populaire et citoyenne, d’un élargissement constant des publics.D’une responsabilisation.Un peu comme le souhaitent les promoteurs de l’Agenda 21C, autour duquel Christine St-Pierre veut articuler les célébrations marquant les 50 ans de son ministère».Lavoie croit toutefois que, si les politiciens ont tout avantage à développer une «vision» plus large encore de l’importance de la culture, ce sont d’abord les artistes qui se doivent de porter ce flambeau bien particulier.Retenons la proposition de fond de David Lavoie: sortir des modèles habituels et faire les choses différemment — la simple naissance des Ecuries est une illustration particulièrement concrète du concept, on en conviendra.Parmi les premières cibles les plus évidentes, il faut bien sûr viser l’accessibilité la plus large possible en soutenant le développement des infrastructures de formation, de diffusion et de production dans les régions; les deux complices insistent là-dessus.Pourquoi ainsi ne pas décentraliser davantage les écoles de formation en les greffant à des centres de production et de diffusion en région?Pourquoi ne pas capitaliser, par exemple, sur le travail accompli depuis des décennies par l’équipe des Gens d’en bas, dans le Bas-Saint-Laurent?Au bout du compte, même alors que le virtuel s’impose de plus en plus concrètement dans les moindres détours de notre vie, c’est sur la relation essentielle du citoyen avec l’art que travaillent les gens de théâtre, qu’ils soient de la relève ou qu’ils fassent partie de compagnies bien établies.Plus ce lien apparaîtra vital et essentiel pour parvenir à saisir ce qui se passe autour de nous et plus il faudra tenir le chantier bien vivant.au sens large et à la fois très concret.Beau défi, non?Le Devoir EN VRAC Dialogues en tous genres au Quat’Sous C’est mercredi au Théâtre de Quat’Sous, avenue des Pins, que le Centre des auteurs dramatiques (CEAD) tiendra sa troisième édition de Dramaturgies en dialogue; le rendez-vous annuel des écritures contemporaines aura lieu du 7 au f2 septembre.Lectures, rencontres et débats formeront le menu quotidien de ces six jours consacrés au texte dramatique.Au cœur de toute la programmation cette année: les écritures argentines.Qn pourra entendre là la suite de La Liste, de Jennifer Tremblay, intitulée Le Carrousel, et le plus récent texte de Eabien Cloutier, Billy (Les jours de hurlement), pour lequel il a reçu le prix Gratien-Gélinas 20ii.Du côté des Argentins, quatre auteurs sont à l’honneur, dont Mariano Pensotti, découvert en 2008 au ETA avec La Marea, et Rafael Spre-gelburd, qui revient d’Avignon où deux de ses textes ont été présentés.Sylvie Drapeau, Maxime Dénommée, Sophie Clément et Pierre-Erançois Legendre compteront parmi les comédiens qui prêteront voix et talent à cet événement théâtral de la rentrée, qui comprendra, entre autres, un cabaret des auteurs animé par Simon Boulerice et Marilyn Perreault.Soulignons enfin le cinquième Séminaire international de traduction du CEAD, dont certaines activités sont ouvertes au public.Qn trouvera un passeport au coût de fO $, ou de 24 $ pour trois lectures, à la billetterie du Théâtre de Quat’Sous (544-845-7277).Etincelante reprise Puisqu’on parle du QuatSous, notez tout de suite qu’on y reprendra dès le 15 septembre S’embrasent, de Luc Tartar, dans Ja remarquable mise en scène d’Eric Jean.C’est une production destinée au départ aux ados qui a connu un succès foudroyant à la Maison Théâtre et au festival MéH’Môme le printemps dernier.La création du Théâtre Bluff est présentée en codiffusion avec le Théâtre de QuatSous, qui vient tout juste de présenter une autre réalisation signée Tartar-Jean en fin de saison dernière.En découdre.S’embrasent tiendra l’affiche jusqu’au 24 septembre.Le prix Walter-Carsen remis à Richard Rose Le Conseil des arts du Canada a annoncé cette semaine que le metteur en scène to-rontois Richard Rose remporte le prix Walter-Carsen d’excellence en arts de la scène en 20ii.Le prix annuel de 50 000 $, administré et présenté par le Conseil des arts, reconnaît le plus haut niveau d’excellence artistique et la carrière exceptionnelle d’artistes canadiens qui ont principalement œuvré au Canada dans les disciplines de la danse, du théâtre ou de la musique.Le Conseil a voulu souligner à quel point «la vision artistique et les mises en scène puissantes de Richard Rose continuent d’émouvoir le public année après année».Peter Hinton, directeur artistique du Théâtre anglais du CNA, a relevé chez Rose «sa façon de nous atteindre et de transformer notre vision du monde».MÉléphant à l’Espace Libre Un des spectacles les plus marquants du plus récent FJA, L’Enclos de l’éléphant d’Etienne Lepage est à l’affiche encore pour une semaine (jusqu’au fO septembre), dans l’ancienne caserne de l’Espace Libre, rue Eullum.Sylvain Bélanger dirige Paul Ahmarani et Denis Grave-reaux dans cette production du Théâtre du Grand Jour qui vous jettera par terre! Qn vous prévient, les places sont limitées et il serait sage de réserver (544-524-4494).Un Fringe an Sagnenay ! Qn apprenait mercredi, une journée avant le début de l’événement, que l’ancienne ville de Chicoutimi accueillera désormais une édition du festival Pringe.L’événement s’est amorcé jeudi soir, mais le communiqué ne précise pas jusqu’à quand le festival se tiendra.L’ouverture officielle s’est tenue dans le parc Eringe Saint-Ambroise, à l’angle des rues Racine et Hôtel-de-ville.Qui sait, on en apprendra peut-être plus.Michel Bélair Partenaire de production LA ^ VEILLÉE LE RETOUR D’UN SUCCÈS DU 8 AU23 SEPTEMBRE BLACKBIRD DE DAVID HARROWER MISE EN SCENE ::: TEO SPYCHALSKI AVEC ::: GABRIEL ARCAND ::: MARIE-EVE PELLETIER ::: REBECCA VACHON TRADtKfION ÉTIENNE SCÉNOGRAPHIE VÉRONIQUE LUMIÈRES MATHIEU « Une explosion scénique qu'il ne faut pas rater [.] On ne sort pas indemne de ce Blackbird.» LA PRESSE « La haine, l’amour, la culpabilité, les regrets [.] Tout cela s’entremêle sous nos yeux avec maestria.» Revue VOIR MATINEE SPECIALE DIMANCHE 18 SEPT.A 15 H ! THÉÂTRE PROSPERO BILLETTERIE 514.526.6582 RÉSEAU ADMISSION 1855.790.1245 VVWW.THEATREPROSPERO.COM ftnnlIdifArb OpêbecH lElMlIR ^882 E 4 LE DEVOIR LES SAMEDI S ET DIMANCHE 4 SEPTEMBRE 2011 SOPHIE CORRIVEAU ÈVE GARNIER ET VICTORIA MAY SÉVERINE LOMBARDO MANON OLIGNY 11 de la trentième 12 CULTURE DANSE Joindre tous les bouts Virginie Brunelle a terminé ses études en danse il y a bien peu de temps, tout juste en 2007.Les Cuisses à l’écart du coeur, première chorégraphie signée l’année suivante, la fait alors remarquer.Depuis, Dave St-Pierre lui a offert, comme pour les shows rock, d’ouvrir, en première partie de ses spectacles.Brunelle prépare maintenant sa deuxième chorégraphie intégrale, longue durée, pour le Théâtre La Chapelle.Un départ canon?Regards sur la création et sur la réalité, pas si facile, de chorégraphe de la relève.CATHERINE LALONDE Virginie Brunelle a eu la chance, dans les dernières années, d’aligner trois créations «back à back», comme elle le mentionne au-dessus d’un café au lait, alors que Le Devoir l’attrape au sortir d’une répétition.«Les cuisses à l’écart du coeur était une pièce faite de beaucoup d’images arrêtées, provocantes, un bras entre les cuisses, par exemple.» A suivi la courte Castro affective, en première partie de St-Pierre.Et l’an dernier, à La Chapelle, Foutrement, «qui était une pièce faite de moins d’images arrêtées, tout en duos et plus fluide entre ses tableaux.Plus physique aussi.Et plus narrative, puisque je parlais de l’adultère, de ce feeling qui fait mal, qui arrache le cœur.» La voilà à la veille — presque! — de présenter Complexe des genres, un sextuor sur l’incommunicabilité et les difficiles relations de couple.Ensemble, c’est tout Ce couple semble, depuis les débuts chorégraphiques de Virginie Brunelle, une incontournable question.«Le thème a évolué, ça va avec le cheminement personnel, avec le couple, le désir d’avoir des enfants, etc.On est dans l’éternel recommencement en se connaissant à chaque fois un peu mieux.De l’incommunicabilité, de la résistance face à l’autre, on est passé à la recherche du lâcher-prise devant le jugement.Là, avec les enchaînements qu’on a commencé à faire [à une semaine de la première] —on travaille cette logique qui fera la ligne dramatique et qui se trouve dans l’ordre des tableaux.Et ce qui reste, c’est une quête.Je pensais parler de ce qui définit l’homme et la femme, de ce qui les distingue physiquement, corporellement, émotivement, et j’ai réalisé que finalement ces hommes, ces femmes, qui semblent différents, veulent tous la même affaire.Ils tentent de trouver l’amour, le bonheur, la simplicité.Je pense qu’ils arrivent à une légèreté, à quelque chose de plus posé que dans mes autres pièces.» Virginie Brunelle compose Une scène de Complexe de genres en répétition KIMON HEINSUIG SORENSEN Les danseurs Claudine Hébert et Luc Bouchard-Boissonneault ses chorégraphies par tableaux.Les yeux fermés, souvent à l’orée du sommeil, elle voit.«C’est intuitif, visuel, c’est pour ça que je fais de l’insomnie: je dois me lever pour noter les idées.C’est étrange que ça ne se passe pas physiquement.Je le vois, comme une image arrêtée, et après, quand j’arrive en studio — si ça marche! — ça se fait comme une sculpture.» Elle s’inspire beaucoup de la musique — «j’ai fait 10 ans de violon» —, qu’elle utilise d’une façon très cinématographique.«J’adore utiliser des pièces connues, qui apportent des références.Pour Complexe des gemes, on voyage dans le temps de la musique classique.Ça commence sur le Requiem de Mozart, ça passe par Schubert, Chopin, ensuite Philip Glass, Richter, et on va finir avec de la pop — peut-être Radiohead, je sais pas encore.Il y a quelque chose dans l’époque, ce Vienne XVIP siècle, qui colle avec la pièce.» Ses lectures la nourris- sent aussi, surtout la psychologie, jusqu’à la psychopop, même.«Le dernier livre que j’ai lu, c’était Apprivoiser ses émotions (Eyrolles)», précise-t-elle, tout sourire.La décharge d’énergie, la violence dans le risque, dans le poids lancé sans merci, demeurent peut-être adoucies.«J’aime Virginie Brunelle s’amuse souvent, dans ses images, à renforcer certains clichés homme-femme l’endurance, voir la fatigue physique qui devient de la fatigue émotive.» Comme dans le travail de Daniel Léveillé, qu’elle admire tant pour ses chorégraphies «hyperphysiques, froides, mais qui finissent par faire ressortir les émotions» que pom sa concision pédagogique.Bina Baush, théâtrale, narrative, est l’autre grand modèle.«J’essaie de mixer les deux.» Et le mot d’ordre, nouveau, apparu pour Complexe des genres, est celui de Nuances.«J’ai voulu de plus grandes séquences, des blocs, des chemins croisés.On voyage: il y a du solo, des duos, des trios, des moments en groupe.Je vois davantage de suspensions, beaucoup plus de travail dans le rythme.Un autre mot, qui est revenu et revenu en répétition, c’est tex-turé.» En rose et bleu Virginie Brunelle s’amuse souvent, dans ses images, à renforcer cer- tains clichés homme-femme: les filles sur pointes et tulle, les garçons qui les portent, tout muscles, avec épaulettes de hockey.Des archétypes.«Ces clichés sont présents dans notre société, ne nous dérangent pas.Dans Complexe des gemes, le premier tableau s’ouvre comme ça: les hommes portent, les filles sont en tutus.Mais c’est froid.Et de plus en plus, les deux portent et supportent, comme dans le couple.Mais mes gars font 6’ et 6’4”, ils sont lourds, les filles accusent le coup.On voit l’évolution en regardant mes trois chorégraphies.Ça se peaufine.» Virginie Brunelle «arrive à survivre» uniquement, depuis la DE YASUSHI INOUE EN VERSION JAPONAISE AVEC SURTITRES EN FRANÇAIS MISE EN SCÈNE: FRANÇOIS GIRARD AVEC Ml Kl NAKATANI ET RODRIGUE PROTEAU « Grandiose, fascinant, c'est du grand ieu d'acteur, texte brillant.récriture est superbe, la mise en scène est formidable.Allez voir ca ! »- RADIO -CA NA DA « .un ieu de manipulation qui ne laisse ni l'un ni l'hote.ni même ie sp ^ t a_t e U ri_s a u f éla nger s ipo e.u n d u_p-d u e l p r é c i a_ç é ré ouvert.» - L’ACTUALITÉ JE OS « C’est un superbe objet, à l’esthétisme raffiné, que François Girard livre ici.» Marie Labrecque, Le Devoir « .un goût de fleur de lotus, un air japonisant si raffiné que sa gravité a l’effet d’une méditation hypnotisante.» Claudia Larochelle, Rue Frontenac 4 SOIRS SEULEMENT À L’USINE C LES 7, 8, 9,10 SEPTEMBRE 2011 À 20 H ! Billetterie 514-521-4493 / Réseau Admission : 1-855-790-1245 www.usine-c.com /1345, avenue Lalonde, Montréal (QC] H2L 5A9 USINE ^ 23 AOUT-10SEPT ESPACE LIBRE UNE CRÉATION DU THÉÂTRE DU GRAND JOUR EN CODIFFUSION AVEC ESPACE LIBRE TEXTE ÉTIENNE LEPAGE MISE EN SCÈNE SYLVAIN BlÈLANGER INTERPRÉTATION PAUL AHMARANI + DENIS GRAVEREAUX BILLETTERIE : 514 521-4191 + ESPACELIBRE.QC.CA ^ ÜD www.grandjour.com t: t: t ^ Im.lEDEVOm LYRIANE C.PERRON fin de ses études, de son métier de chorégraphe.Sa compagnie a pu présenter Foutrement en Europe, et des négociations vont bon train pom qu’une tom-née se fasse aux Pays-Bas, et peut-être, avec de la chance, en Belgique.«J’ai été chanceuse, j’avais une opportunité tout de suite en finissant l’école.J’ai réussi à survivre en étant seulement chorégraphe au cours des trois dernières années, même si la pression financière est forte, en enfilant les pièces.Mais l’an dernier, il y a eu des moments où je n’avais plus de plaisir.Là, je vais devoir me trouver un sideline, un autre boulot, et je m’endette pour faire le show parce qu’on n’a eu aucune subvention.» La jeune chorégraphe, qui a déjà dû répondre aux impératifs administratifs, découvre la recherche de commanditaires et de mécènes.«C’est dur de ne pas laisser l’administratif bouffer l’artistique,» conclut-elle.Le Devoir COMPLEXE DES GENRES Chorégraphie de Virginie Brunelle avec Isabelle Arcand, Luc Bou-chard-BoissonneaulL Sophie Breton, Claudine Hébert, Simon-Xavier Lefebvre, Frédéric Tavernini.Au Théâtre La Chapelle du 6 au 17 septembre (514 843-7738).V ledevoir.com À voir: Complexe des genres de Virginie Brunelle, en répétition.Sur Culture/Danse. LAGENDA L’HORAIRE TELE, LE GUIDE DEVOS SOIRÉES Gratuit dans Le Devoir du samedi LE DEVOIR LE DEVOIR, LES SAMEDI S ET DIMANCHE 4 SEPTEMBRE 2011 E 5 CULTURE MEDIAS Le show de la réforme L’émission 2/^5 Chefs.et le renouveau pédagogique 101 STEPHANE BAILLARGEON La rentrée des classes se poursuit, l’émission Les Chejs! finit.La grande finale de cette belle et bonne seconde saison gourmande sera présentée lundi soir dans une formule allongée à l’heure et demie.L’école recommence le lendemain.C’est quoi le rapport?Disons la réforme de l’éducation tant controversée et allons-y voir.En milieu de course cet été, les apprentis cuistots devaient cuire des crêpes.Facile et pas besoin de Ricardo ou Stefano pour foncer toque baissée: farine, œuf, beurre, laifi sel.Allez hop, ça galope! A l’évidence, plusieurs candidats pourtant très doués dans un tas d’autres techniques ne maîtrisaient pas celle-là, simplissime.Tous ont quand même été obligés d’imaginer une recette à base de crêpe.Le paradoxe a resurgi quand la consigne a exigé de préparer une omelette, un risotto, des pâtes fraîches.Que des bases de chez basique.Après coup, une fois la «classe» évaluée, l’überchef Daniel Vézina, bardé de savoir, a animé d’instructifs ateliers techniques et synthétiques.Cette «situation d’apprentissage» illustre une conception de la pédagogie apparentée aux récentes réformes tant critiquées.Le «renouveau pédagogique» au Québec repose fondamentalement sur une sorte de conception épistémologique et psychologique constructiviste.Selon cette vision, le sujet «apprenant» doit construire lui-même son savoir, comme un enfant apprend à manier des catégories fondamentales (disons la causalité) à force d’essais et d’erreurs.Puis le maître vient corriger.Chacun cherche sa vérité Dans cette perspective, connaître, c’est construî-re et reconstruîre le réel, seul et collectivement, alors que du point de vue traditionnel le savoir tend vers la vérité inscrite dans un ordre normatif.Dans la pédagogie à l’ancienne, le magister transmet des connaissances sûres et éprouvées, de haut en bas, du maître quî saît vers l’élève qui veut apprendre.Comme le dît la philosophe Hannah Arendfi l’éducation est conservatrice par essence: elle relaie le savoir hérité aux nouvelles générations pour leur permettre de refaire le monde à leur tour.11 faut maîtriser la pâte à crêpe avant de la réinventer.Dans la pédagogie constructiviste, à la limite.en caricaturant, chacun construit sa réalité et cherche sa vérité.C’est cette idée qui organise l’émission Les Chefs.Chaque fois, à chacun des épisodes, les candidats reçoivent des consignes, des balises, des contraintes, avec lesquelles ils composent pour cuisiner un plat.Ils sont laissés à eux-mêmes.Ils expérimentent.Certains trouvent des solutions appréciables.D’ailleurs, la structure souple encourage la liberté créatrice.A la fin, le maître vient réajuster les apprentissages en validant ce qui est vrai, en démontrant ce qui est faux.En expliquant pourquoi vaut mieux faire une crêpe ainsi et pas autrement.Cette séquence s’arrime également à la «nouvelle pédagogie».Dans ce cas précis, l’idée fondamentale veut que le vécu, l’expérience concrète et pratique enseignent plus que le seul exposé magistral.L’exemple de la friture des calmars à l’avant-dernière émission permet de comprendre encore mieux cette conception.La candidate Annie a appris à ses dépens qu’il ne sert à rien de paner deux fois les rondelles de la bestiole.Et encore une fois, les trois juges, hyperdoués, surconnaissants, ont révélé les secrets techniques à la toute fin de l’exercice.Les compétences transversales Cette impression de «renouveau pédagogique» se renforce avec beaucoup de points caractéristiques de l’émission.Par exemple avec cette idée d’un apprentissage créatif dans un «contexte authentique», celui d’une cuisine qui ressemble à une vraie, dans laquelle les concepteurs recréent sans cesse des situations «réelles».Une panne de courant par exemple.Qu un client pressé exigeant son assiette immédiatement.Et puis, dans l’émission comme dans les écoles de la réforme, les tests deviennent des «situations complexes» selon la formule ministérielle.C’est-à-dire que l’examen ne repose pas sur une question appelant une réponse, selon la formule archaïque et millénaire.Dévaluation met plutôt l’élève ou l’apprenti dans une situation concrète exigeant la mobilisation de ses compétences plus ou moins transversales et ses connaissances plus ou moins fondamentales.L’émission illustre marginalement les mérites comparés du socio-constructivisme.11 a suffi de deux ou trois travaux d’équipe pour donner la leçon concernant la construction sociale du savoir.TiiiT - Eones \ théâtrales RenSComilir dliscteurenfRlqus LA BIENNALE ZONES THÉÂTRALES DU 1 1 AU 1 7 SEPTEMBRE 2B 1 1 Les territoires s’enflaimrient.7 jours pour découvrir 9 spectacles provenant des 4 coins du pays ! ?La persistance du sabie (Acadie/Québec) Les 12 et 13 septembre à 19 h au Studio du CNA B Frères d’hiver (Ontario) Les 12 et 13 septembre à 21 h 30 à La Nouveiie Scène B La Macuiée (Saskatchewan) Les 13 et 14 septembre à 21 h à ia Cour des Arts ?Mouving (Acadie/Québec/France) Les 13 et 14 septembre à 19 h à ia Saiie Académique de i’Université d’Ottawa B Sous i’oreiiler (Québec) Les 14 et 15 septembre à 23 h au Studio Léonard-Beauine B Les Trois exils de Christian E.(Acadie/Québec) Les 15 et 16 septembre à 19 h à ia Cour des Arts ?Écume (Ontario) Les 15 et 16 septembre à 21 h à La Nouveiie Scène ?L’Impiorante (Ontario) Les 16 et 17 septembre à 19 h à ia Saiie Académique de i’Université d’Ottawa ?La Guerre au ventre (Ontario) Les 16 et 17 septembre à 21 h au Studio du CNA ACHETEZ VOS BILLETS DÈS maintenant! Forfait avantageux disponibies au CNA Biiiets : 1 888.991.2787 ou à ia billetterie du CNA Directeur artistique : René Cormier rc» O as; IS Potninotne Canadian Km».LeDrcât 7^ IxJeetmaster.ca 1.830.991-2737 BlURTERIEDUGNA lundl-saimH 10lià21li WWW.ZDNESTHEATRALES.CA pour montrer que chacun profite des expériences de l’autre.D’ailleurs, les duos œuvrant de concert ont écrasé toute concurrence.Qn pourrait continuer avec la leçon d’humanité servie par le chef animateur Daniel Vézina, grand maître compatissant.Est-ce vraiment un effet de la réforme?Plutôt une conséquence de la mutation de l’autorité dans nos sociétés qui font s’éloigner les cuisines de l’esprit militaire.Surtout, l’essentiel de la conclusion concerne ce bête et brutal constat: peu importe l’option pédagogique, ancienne ou renouvelée, les plus doués, les plus allumés, ceux et celles qui ont du talent, qui triment fort pour le cultiver, finissent toujours par s’en tirer.D’ailleurs, les trois candidats encore en lice se démarquaient avantageusement après une ou deux émissions de la réforme.Comme ils auraient probablement bien performé dans une émission à l’ancienne, où on aurait par exemple exigé que les apprentis reproduisent des recettes à l’identique.Et tout ça ne doit évidemment pas empêcher de déguster la grande finale lundi.Parce que peu importe ses fondements pédagogiques ou épistémologiques, cette émission demeure très agréable à regarder.Et vivement une troisième saison! Le Devoir SOURCE RADIO-CANADA Les chefs animateurs Daniel Vézina et Julie Bélanger 1 I ESPACE GO présente BLANCHE-NEIGE & LA BELLE AU BOIS DORMANT Du 13 septembre au 8 octobre 2011 D’Elfriede Jelinek Mise en scène de Martin Faucher Avec Sophie Cadieux + Éric Bruneau + Sébastien Dodge UBU, Compagnie de création présente OULIPOSHOW Du 18 octobre au 12 novembre 2011 Collage de textes Mise en scène de Denis Marleau IMAGO Théâtre + Stellar Quines Theatre Company présentent ANA Du 22 novembre au 10 décembre 2011 De Clare Duffy + Pierre Yves Lemieux Mise en scène de Serge Denoncourt ESPACE GO + Théâtre PÀP présentent TRISTESSE ANIMAL NOIR Du 17 janvier au 11 février 2012 D’AnJa Hilling Mise en scène de Claude Poissant Danse-Cité présente STRAIGHT RIGHT Du 16 au 25 février 2012 De Louise Bédard + Martin Bélanger -HTim Feldmann + Dominique Porte Théâtre PÀP présente DISSIDENTS Du 6 au 31 mars 2012 De Philippe Ducros Mise en scène de Patrice Dubois La Compagnie Rictus (France) présente ESPACE GO présente CANNIBALES UNEVIE POUR DEUX Du 4 au 7 avril 2012 Du 24 avril au 19 mai 2012 De Ronan Chéneau D’Evelyne de la Chenelière Mise en scène de David Bobee Mise en scène d’Alice Ronfard THEATRE ESPACE GO 4890, BOUL.SAINT-LAURENT, MONTRÉAL BILLETTERIE : 514845-4890 ESPACEGO.COM OMMrcMatt a" Hydro Québec ^transat PARTENAIRE DE SAISON E 6 LE DEVOIR LES SAMEDI ET DIMANCHE SEPTEMBRE 2011 CULTURE MUSIQUE CLASSIQUE Cette salle de concert sonne déjà bien! La nouvelle salle de concert de Montréal dévoilera son acoustique au public et aux observateurs lors de son inauguration, le mercredi 7 septembre.Le Devoir Va visitée, mardi dernier, en compagnie de l’acousticien en chef Tateo Nakajima.Nous n’avons pas encore entendu la moindre note émaner de la scène, mais pouvons déjà dire, d’une certaine manière, que cette salle sonne bien! Voici pourquoi.CHRISTOPHE HUSS Un océan sépare Tateo Nakajima et Ya-suhisa Toyota en ce mardi 30 août.Le premier, acous-ticien de la compagnie Artec, est à Montréal, en entrevue avec Le Devoir, dans la nouvelle salle montréalaise.Il lui reste une semaine avant de révéler au public les fruits de son travail.Le second, acousticien lui aussi (on lui doit le Walt Disney Hall de Los Angeles), est à Helsinki.Son «jour J» est le lendemain, avec la soirée inaugurale du nouveau Helsinki Music Centre.Nakajima et Toyota sont concurrents, mais tous deux, en entrevue, mardi, avancent un mot un peu tabou: «psychoacoustics».Ce qu’on voit et ce qu’on entend L’acoustique reste une sorte d’alchimie.On sait très bien ce qu’il faut éviter, mais il n’y a pas de modèle scientifique capable de prédire infailliblement le succès.C’est pour cela que nous avions traité ici de «diseurs de bonne aventure» tous ceux qui, il y a six mois, nous prédisaient à Montréal l’une des meilleures acoustiques au monde.Les salles de concert, c’est comme les vins.Entre un bordeaux générique et un Château Margaux, il y a 90 % de choses en commun.Mais ce sont les 10 % restants qui font du Château Margaux un grand vin.Dans la perception de ces 10 % entrent en jeu un certain nombre de facteurs subjectifs.Voir l’étiquette «Château Margaux» sur la bouteille conditionne déjà un peu à trouver le vin excellent.L’impact de la vision sur l’audition, élément psychoacoustique aussi majeur que largement ignoré, est devenu le thème à la mode cette semaine en musique classique.Le sujet est dans l’air à la suite de l’apparition sur scène, à Los Angeles début août, de la pianiste Yuja Wang en robe orange (très) courte et (très) moulante.Les commentateurs, à Los Angeles, ont davantage parlé de la robe que du concerto de Rachmaninov que jouait Mademoiselle Wang.La critique Ann Midgette du Washington Post s’est offusquée de ce débat vestimentaire, allant jusqu’à écrire «l’apparence n’a pourtant aucune incidence sur la manière dont ça sonne».Faux, archifaux.Jean-Philippe Collard, lors du dernier Concours musical international de Montréal, avait déploré la part grandissante de la théâtralité gestuelle des jeunes pianistes.Il appelait cela «l’effet Lang Lang», si je me souviens bien.Mais cet effet est calculé.D’ailleurs, l’absolue perfection dans la maîtrise du langage corporel de certains chefs n’amène-t-elle pas auditeurs et commentateurs à surévaluer leur aura artistique?Bien sûr que si! Les effets de l’impact de la vision de la gestique de pianistes et chefs sur leurs auditeurs ont été étudiés scientifiquement par des chercheurs allemands, Clemens Wôllner, Wolfgang Auha-gen et Klaus-Ernst Behne, qui ont publié leurs travaux, notamment dans Musicae Scientiae.Empiriquement, le phénomène est très perceptible pour un critique attentif lorsqu’il évalue un DVD symphonique: l’attention de l’ouïe est détournée par la vue.Un ballet bien réglé du chef sur le podium entraîne aisément un excès d’indulgence musicale.Donc, notre nouvelle salle sonne bien, parce qu’elle est belle! La magie du bois L’assertion e^t moins ridicule qu’il n’y paraît.A Helsinki, Yasu-hisa Toyota a publiquement reconnu cette semaine que le facteur visuel jouait un rôle d’importance dans la perception de la qualité acoustique d’une salle.En visitant la nouvelle salle de Montréal, nous avons été immédiatement séduits par la beauté, les rondeurs, la chaleur confiante et la clarté qui se dégagent naturellement de cet environnement tapissé de hêtre.La salle montréalaise est accueillante, invitante, ce qui contribue à amener de manière récurrente dans la conversation le mot «confortable».«On s’y sent bien.C’est important, car la perception de l’acoustique est liée aux autres sens.L’impact visuel ne peut être ignoré», avoue Tateo Nakajima.La «chaleur sonore» perçue sera donc forcément V - Deux vues de la nouvelle salle de concert qui sera inaugurée mercredi.Tateo Nakajima ^ La perception de l’acoustique est liée aux autres sens.L’impact visuel ne peut être ignoré^y PHOTOS JACQUES NADEAU LE DEVOIR affectée et rehaussée par la vision du bois et la clarté acoustique par celle qui règne dans l’enceinte judicieusement éclairée et oû la couleur du revêtement des sièges vient se fondre.Quel est l’impact acoustique réel du bois?Une salle en béton peut-elle sonner aussi bien?«Oui», répond Tateo Nakajima, qui ajoute: «Acoustiquement, le bois ne change pas grand-chose.C’est de la psychoacoustique».Le mot est lâché.\ A qui, la salle?Aux yeux de Tateo Nakajima, le défi d’un concepteur de salles est de «parvenir à créer un lieu adapté à la personnalité de la communauté».Au passage, cette affirmation d’une grande sagesse rappelle que cette nouvelle salle de concert, gérée par la Place des arts, est celle de la communauté; celle des Québécois et des Montréalais.D’oû quelle vienne, toute tentative d’appropriation, dans les actes ou les mots, tiendrait de l’outrecuidance.L’Qrchestre sjmipho-nique, comme le dit sa publicité, en est l'ensemble en résidence, c’est-à-dire celui qui a priorité sin son utilisation.A ce titre, 240 jours (c’est beaucoup!) lui sont réservés dans l’année.Les autres organismes, ensembles, promoteurs ou sociétés seront, pour le reste du temps disponible, les humbles utilisateurs privilégiés de «notre salle», ni plus, ni moins.Comme tout nouvel auditorium, notre salle nécessitera un temps d’adaptation.Mercredi, nous entendrons sa personnalité, ses qualités et les paramètres à fignoler.Mais il faudra du temps pour l’apprivoiser, la découvrir, la domestiquer.Tateo Nakajima se rappelle avec amusement l’anecdote relatée par son maîûe, Russell Johnson, fondateur d’Artec.Après une saison dans son nouvel auditorium de Birmingham — celui qui contribua tant à la notoriété d’Artec — le chef Simon Rattle déclarait: «Maintenant je comprends enfin la salle».Après deux ans, il avouait «Maintenant je comprends enfin la salle» et il en fit de même après la troisiè-mq saison! A Montréal l’acoustique poinra être réglée par un déplacement en hauteur de panneaux sous le plafond et en 8* FESTIVAL INTERNATIONAL 4 LE RENDEZ’VOUS DES ARTS SANS FRONTIERES - ARTISTS WITHOUT BORDERS DU 7 AU 11 SEPTEMBRE 2011 > PERFORMANCES MUSICALES ET VISUELLES, DANSE, ¦ THÉÂTRE, SIESTES MUSICALES, INSTALLATIONS, PEINTURE EN DIRECT,.QUAIS DU RÉAUSÉ ET ARRANGÉ PAR YVAN CASSAR, ERWIN AUTRIQUE ET EUMIR DEODATO Son nouvel album INCLUS “VA” ET LE DUO “ELLE” AVEC THOMAS DUTRONC Un véritable retour aux sources ^ RENCONTRE EXCEPTIONNELLE SOCALLED & DAVID KRAKAUER (NV) WORLD BEAT MASH-UP ^ PREMIÈRE AU CANADA OLIVIER DUBOIR (FR) - DANRE POUR TOUT L’OR DU MONDE «DRÔLE, INSAISISSABLE ET ÉBERLUANT.» TÉLÉRAMA, OCTOBRE 2010 + VALODY, BODY SLAM, PIANO CHAT, PHILIPPE COOL MERCREDI 7 SEPTEMBRE FONDERIE DARLING-20H 20$ A LA PORTE BILLETTERIE ET PROGRAMMATION OOMPLÈTE : WWW.ESCALESIMPROBABLES.COM Québec 5S Montréal® H wis H ’©'S -g^OQ.IJjBAF ^ C^EE «O lIrescalesiA X improbables tirant des rideaux sin les côtés.Mais un troisième paramètre, qui n’a jamais été évoqué jusqu’ici, demandera de longues expérimentations: le positionnement de l’orchestre sur scène, en termes de disposition mais aussi d’étagement.Plutôt que de placer l’orchestre à plat sur scène, Kent Nagano — conseillé par Tateo Nakajima — a déjà fait concevoir un jeu de praticables qui permettront de disposer les musiciens sin quatre niveaux différents.Cela aura un impact déterminant sur ce qu’on appelle le «son direct», celui qui atteint directement le spectateur — par opposition aux sons réfléchis.Les outils de l’auditeur intelligent Qutre son caractère chaleureux et confortable, notre salle frappe par son niveau de silence.Les concepteurs ont visé le «zéro bruit» et le système de ventilation, sous les sièges est imperceptible, ce qui nous changera d’emblée du raffut de la climatisation de WiMrid-Pelletier.Il est évident que la nature de l’auditorium est si différente par rapport à la salle Wilfrid-Pelletier que nos repères vont être complètement chamboulés.Que devront écouter les premiers auditeurs pour juger du succès de la nouvelle salle et sur quels critères sera-t-elle évaluée?Les spécialistes, depuis Léo Beranek, ont cherché à corréler sensations subjectives et mesures physiques et s’entendent sur les paramètres suivants: ¦ la présence sonore, qui résulte du délai (en millièmes de seconde) avec lequel le son direct et le premier son réfléchi atteignent l’auditeur; ¦ l’enveloppement ou la sécheresse, fonctions du temps de réverbération; ¦ la chaleur, dépendant du rendu des fréquences graves; ¦ l’impact, lié au volume de la salle et aux matériaux réfléchissants; ¦ la clarté, très corrélée à la présence sonore et aux sons réfléchis; ¦ la brillance, qui témoigne de la réflexion ou de l’absorption des hautes fréquences.Verdict, dans ces colonnes, jeudi matin, jour oû débutera une grande opération portes ouvertes d’une durée de trois jours et qui impliquera des musiciens de toutes les régions du Québec.Le Devoir LE DEVOIR, LES SAMEDI S ET DIMANCHE 4 SEPTEMBRE 2011 E 7 CULTURE Guillaume Beauregard et Marie-Eve Roy, des Vulgaires Machins DISQUES FRANÇOIS PESANT LE DEVOIR Vulgaires Machins ; des airs acoustiques, des airs de bilan PHILIPPE PAPINEAU Ils ont déjà lait cinq albums studios — sans compter un premier effort indépendant discontinué —, un disque et un DVD capté en concert ainsi qu’un enregistrement bicéphale avec les Burning Heads.Voici que les vétérans engagés des Vulgaires Machins avaient envie d’un nouveau défi, celui de l’acoustique.Ce disque, qui porte le nom du groupe, a des airs de bilan.Sur les onze titres qu’il compte, huit sont des pièces existantes du répertoire des Vulgaires Machins.Les trois autres étant des nouveautés aux airs d’état des lieux, particulièrement Et même si.Ça sent la fin chez les Machins?La réponse se trouve probablement au bout du refrain de la très borme Et même si: «Et même si / on s’est détruit les oreilles/ même s’il ne reste plus rien / même s’il faut se dire adieu / et même si les nuages résistent au soleil / et les mohawks se délavent/ mon cœur est encore en feu.» Le Devoir a rencontré les deux voix du groupe, Gqillarune Beau-regard et Marie-Eve Roy, dans un café italien où les cadres sont siu les mius depuis si longtemps que même les Ferrari sont bleutées.«Je me suis posé beaucoup en écrivant, raconte Guillaume.J’en jasais avec Hugo Mudie, des Sainte Catherines, et il me disait que quand tu te mets à écrire des pièces qui parlent de ton groupe, c’est que ça sent la fin.Mais je ne m’inquiète pas avec ça.Pour moi ça ne veut pas dire que c’est la fin, et ça ne veut pas dire que c’est un nouveau départ On avait simplement envie de le faire.» Le poids des mots L’idée de cet album acoustique n’est pas née dans un creux d’inspiration, mais plutôt en plein enregistrement de leiu disque pré-cédenti Requiem pour les sourds, paru en 2009.«Ça nous permet d’offrir quelque chose de spécial aux fans, dit Guillaume.Sans être obsédé par le changement, c’est quand même un danger après 16 ans de se répéter.Là on se donnait un nouveau défi, en appréhendant le studio avec une nouvelle approche.» , Le plus ardu, confie Marie-Eve, a été de faire le tri dans leur vaste répertoire pour trouver des titres de toutes les époques qui vivraient bien le transfert à l’acoustique.Leur technique?S’asseoir et les jouer, guitare-voix.«Sur les chansons qu’on a choisies, les mélodies ressortent par elles-mêmes.On en a laissé quelques-unes qui marchaient moins, comme La Chasse est ouverte ou Compter les corps, qui ont besoin de l’énergie rock.» Une fois les amplificateurs éteints, le punk rock du groupe s’est naturellement transposé en diverses teintes de folk.«Pour moi il y a trois autoroutes sur cet album-là, dit Guillaume.Il y ale country, le côté bluegrass et le côté plus folk, comme sur Personne n’a raison.Même que Les Gens de l’Occident a MM côté psychédélique, à la Jesus and Mary Chain.» Aussi, sans le mur de guitares habituel des Vulgaires Machins, on se rend vite compte que les textes du groupe, déjà fortement engagés, prennent encore plus de poids parçe que mis en avant-plan.Marie-Eve opine.«La phrase qui m’a frappée, c’est dans L’Escorte.“Je suis le pédophile qui marche autour du parc”.Quand je l’ai écouté, ça m’a sauté dans la face, c’était intense!» Si ce disque acoustique sera sur les tablettes des magasins dès le 13 septembre, il sera disponible en version numérique dès mardi sur le site Internet du groupe.En plus, le téléchargement se fera contre une contribution volontaire, pouvant être 0 $.N’est-ce pas un danger financier?«Avoir un groupe de musique, c’est un danger financier, rigole Guillaume Mais c’est un projet spécial, et on a envie que ce soit entendu.Et il y a toute la question du téléchargement dans l’industrie de la musique.On ne peut pas faire autrement que d’essayer de s’adapter à ça.» Comme quoi, même à l’heure des bilans, on peut foncer vers l’avant.Le Devoir V ledevoir.com Pour entendre la pièce Et même si, des Vulgaires Machins, aller sur notre site internet âi) HUMOUR Dans la peau d’un orignal fétichiste des papillons EABIEN DEGUISE C> est absurde, mensuel et piloté en grande partie par l’imagination du public.C’est aussi joué, chanté, parfois en format vidéo, des fois avec la complicité d’une marionnette, et ça fait six ans que ça dure.Mardi prochain.Les Improductifs, cette troupe d’improvisateurs un peu à part qui aiment se mettre à la merci de la douce folie de la foule, vont reprendre du service, au Petit Campus de Montréal cette fois, pour la suite de leurs choses.Attention: burlesque! On s’en doute.Le quintette de drôles à l’origine de ce projet trépigne et, à l’autre bout du fil, l’humoriste Laurent Faquin, qui avec les comédiens Simon Boudreaulf LIaniel Malenfanf Nicolas Pinson et le musicien Eric Desranleau a donné corps à ces improvisateurs qui ne veulent pas se prendre au sérieux, le confirme: «Pour ce spectacle de rentrée, il va y avoir Réal Bossé, Marie-Hélène Thibault et Sylvie Moreau parmi les invités spéciaux, énumère le comique.C’est le début de la T saison.Nous sommes dans une nouvelle salle [l’an dernier, le délire se produisait au Théâtre Plaza de la rue Saint-Hubert] et nous voulons revenir en grand.» Les fidèles de ce cabaret ne vont certainement pas s’en plaindre, eux qui, depuis le milieu de la première décennie du siècle, s’exposent régulièrement à cet étrange objet scénique qui s’inspire du theater sport britannique, ces soirées où un groupe de comédiens improvisent en se laissant dicter leur personnage ou leur action par le pu-blic.^Pour mieux décrisper.«A l’origine, on voulait faire de l’improvisation dans un cadre moins classique que l’impro traditionnelle, résume M.Faquin.Ici, les contraintes, c’est le public qui nous les donne en répondant à quelques questions avant le début du spectacle.Ses choix viennent par la suite dicter les numéros présentés.» L’idée, rappelle-t-il, était de «se mettre en danger», de «sortir de notre zone de confort».Elle a HUGUESPHOTO.COM Simon Boudreault, Laurent Faquin et Nicoias Pinson, des Improductifs aussi porté fruit en forçanf par le passé, ces créateurs sans filet à incarner sur scène un célibataire personnificateur d’Elvis un brin paranoïaque, un orignal fétichiste des papillons, une personne surutilisant la lettre «p» ou citant ad nauseam du Beau Dommage.En gros.Ailleurs, dans des capsules vidéo intitulées Le Reporter en différé — un truc où en coulisses un comédien doit commenter un événement d’actualité fictif sans entendre les questions du présentateur — l’explosion de Brigitte Bardot a déjà été abordée.La faute au public qui en avait décidé ainsi.«C’est très participatif, mais pas trop chaotique», dit l’humoriste qui lait mentir le nom même de sa troupe: Les Improductifs ont quand même 150 représentations à leur actif, à raison d’une par mois environ, tous les premiers mardis de chaque mois.«On joue aussi à l’extérieur de Montréal et on rêve de trouver une salle pour s’exposer régulièrement à Québec», ajoute M.Faquin.En attendant, c’est au cœur de Montréal que sa ratatouille créatrice et interactive va de nouveau prendre forme, avec en prime la participation du duo de musiciens Orange Orange.Eric Salvail et Charles Lafortune, eux, n’y seront pas: ils étaient là pour le 5® anniversaire de ce concept fait remarquer le drôle.Le Devoir oSm Présenté par ORCHESTRE SYMPHONIQUE DE MONTRÉAL a" Hydro ^ Québec OSM PORTES OUVERTES VENEZ VISITER NOTRE NOUVELLE RESIDENCE.re ® PIACE-DES-ARTS ASSISTEZ EN « PLEIN 1 AIR % SUR ECRAN / GEANT ^ au concert INAUGURAL GRÂCE À RADIO-CANADA.y septembre / AUPARTERREDU QUARTIER DES SPECTACLES KENT NAGANO Directeur musical RAF5TENAIRE DES PORTES OUVERTES RADIO|lâ£VISIOII|inERIET Partenaires publics f Groupe Banque $€0110“^ CoïKfldsArti Canab Ccuidl iwirru-n HORAIRE DÉTAILLÉ ICI http://www.osm.ca/fr/index_nouvelles_liste_detail.cfm?NewsID=392 E 8 LE DEVOIR, LES SAMEDI S ET DIMANCHE 4 SEPTEMBRE 2011 DE VISU Drames latents ou survenus INFORTUNES Catherine Plaisance Galerie Simon-Blais, 5420, boulevard Saint-Laurent, local 100.Jusqu’au 10 septembre MARIE-ÈVE CHARRON On la savait intéressée par le thème de la catastrophe.Catherine Plaisance, depuis le milieu des années 2000, campe dans ses œuvres des scènes frappées par le drame.Alors que la photographie se révélait être le lieu de prédilection pour de telles projections imaginaires, quoiqu’inspirées du réel, voici que l’artiste confirme son plus récent penchant pour le modèle réduit.Au cœur de l’exposition Infortunes présentée chez Simon-Blais, le site reproduit en miniature respire pourtant la douce quiétude.Il s’agit d’une réplique de la maison familiale à la campagne où l’artiste a passé son enfance.Visiblement, elle en garde de bons souvenirs.Mais le choix de retenir pour modèle ce lieu connu semble plutôt motivé par un désir d’exactitude et de connaissance intime du territoire.D’où cet effet de vraisemblance qui se dégage de l’ensemble, riche en détails.Grâce à la familiarité engagée par cette scène, au demeurant dépourvue de présence humaine, les productions visuelles autour, des photographies et une vidéo, contrastent brutalement.Comme il en est des tragédies, catastrophes naturelles ou autres, l’exposition nous confronte efficacement à cette réalité que l’impensable peut arriver même là où le calme semble régner durablement.Les images sont tirées de la maquette que l’artiste a captée de près avec sa caméra, éclairage artificiel à l’appui.Chaque fragment s’arrête sur une situation, théâtre d’un drame latent ou déjà survenu qui montre, par exemple, une voiture accidentée sous un arbre renversé, un chien aboyant au-dessus d’un large trou dans la terre.Des personnages apparaissent çà et là, renforçant la sensation de danger, comme dans l’image, somme toute allusive, où une femme regarde la cour obscure depuis son balcon.Quant à la vidéo, elle est tournée avec une caméra subjective, à la Blair Witch Project, qui avance sur le terrain, recréant une marche dans la nuit éclairée par une lampe de poche.La lumière révèle peu à peu les dégâts causés par une source inconnue dont la nature semble multiple.Le climat mystérieux jeté par cette vidéo est cependant vite dissipé par les bruits de pas qui sont grossièrement simulés.Ces représentations, touchées ou non par la catastrophe, évitent de trancher entre le possible et l’impossible.Ambiguïté dérangeante Avec cette récente production, Catherine Plaisance, qui, encore récemment, était surtout associée au collectif Les Fermières obsédées qu’elle a cofondé en 2001 et dont elle a pris congé en 2009, donne de la maturité à sa pratique en solo.De la critique plus convenue qu’elle faisait du confort trompeur et superficiel des banlieues, elle en arrive maintenant à traiter avec plus de finesse du sujet de la catastrophe, évitant de réitérer le sensationnalisme dont les médias raffolent.L’artiste convainc davantage aussi parce qu’elle a mis de â SOURCE GALERIE SIMON-BLAIS Deux œuvres sans titre de l’exposition Infortunes, de Catherine Plaisance côté une démarche en apparence moralisatrice du mode de vie banlieusard, au profit d’une complexe mise en scène qui brouille constamment les repères temporels.Car, en effet, que sait-on vraiment de ces tragédies?Viennent-elles juste de balayer la quiétude d’une famille ou sont-elles arrivées il y a longtemps, si bien qu’il n’en reste plus de traces, comme en témoigne la maquette?L’expo- EXPOSITION et tCégen&es (DU 11 SEPT.AU 15 0CT.2011) JOS MONTFERRAND, MAURICE RICHARD, LOUIS CYR, MARC-AURÈLE FORTIN, LE FRÈRE ANDRÉ, LA CHASSE-GALERIE, LES LOUPS-GAROUS, LES FEUX FOLLETS, ALEXIS LE TROTTEUR, LE BONHOMME 7HR.35 ARTISTES RECONNUS ONT CRÉÉS PLUS DE 130 OEUVRES ILLUSTRANT CES LÉGENDES.GAŒRIE ARCHAMBAULT INC.1303 RUE NOTRE-DAME LAVALTRIEJ5T1R8 SAMEDI, DIMANCHE : 13H À 17H.MARDI À VENDREDI : 12H À 18H.WWW.GAŒRIEARCHAMBAULT.COM Bon-Secours Tournées découvertes |\/lorHî -' ' ' Les samedis et les dimanches en après-midi jusqu au 9 octobre 2U \/\SV^^ GV3\0Ét Site arcliéologique VISITEZ LE y' MUSEE MARGUERITE- BOURGEOYS 400, me Saint-Paul Est, Vieux-Montréal 514-282-8670 © Champ-de-Mars www.marguerite-bourgeoys.com ^ Baladodiffusion www.marguerite-bourgeoys.com/1754 sition crée donc une ambiguïté dérangeante en ce qui a trait aux temps (uchronie ou dysto-pie) et aux distances (ici ou là-bas) en mettant en quelque sorte à portée de la main des réalités lointaines pour les visiteurs.Cette exposition a été rendue possible grâce au prix Sylvie-et-Simon-Blais pour la relève en arts visuels, dont Catherine Plaisance est la lauréate cette année.Rappelons que le prix, créé par la fondation Sylvie-et-Simon-Blais, est également assorti d’une bourse de 1500 $ et est décerné à un finissant de maîtrise en arts visuels d’une université québécoise.Depuis sa création, il a été remis à Karen Zalamea (2009) et à Stéphane Dionne (2010).Le paysage autrement L’autre exposition en cours chez Simon-Blais, qui a été pensée pour voisiner celle de Catherine Plaisance, réserve de belles pièces.Noire campagne réunit des œuvres de sept artistes ayant en commun de représen- ter des paysages aux aspects sombres et menaçants.La forêt en miniature de Graeme Patterson est des plus inquiétante, elle dont les cerfs s’animent bruyamment.Il est aussi fort à propos de revoir ici une partie de la série des Lieux mêmes, de Ber-ùand Carrière.Les photos qu’il a prises, à la bn des années 2000 SOURCE GALERIE SIMON-BLAIS dans le nord de la France, montre une campagne où les horreurs de la Première Guerre mondiale ne sont parfois plus discernables.Le photographe réactive ainsi la mémoire bien cachée d’un territoire qui a bni par panser ses plaies.Collaboratrice du Devoir V V .¦> x 1' UNE PRÉSENTATION DE LA SAO LE VINIICHEZ LES GAULOIS# nTr,::" À POINTE-À-CALLIÈRE POINTE-À-CAluiËË smon iwaHninu Québec a a Montréa U Ce projet a été réalisé dans le cadre de l'Entente Partenaire média LE DEVOIR sur le développement culturel de Montréal ubra de penser I Al R CANADA® (î) INTERCONTINENTAL www.paciiiusee.qc.ca oErAUTEMENT i Montréal 0 © RMN / JEAN-GIL1£S DERIZZI (SAINT-GERMAIN-EN-LAYE, musée D'ARCHÉOLOGIE NATIONALE) / MUSÉE GALLO-ROMAIN, LYON-FOURVIÉRE / MUS^ DES OEAUX-ARTS DE LYON, PHOTO : FRANÇOIS PLANET http://bit.ly/jzTRqe LE DEVOIR, LES SAMEDI 3 ET DIMANCHE 4 SEPTEMBRE 2011 E 9 ailTlIRE - f EN TERRAINS CONNUS deStéphane Lafleur Canada (Québec).2011.105 min.Avec Fanr^ Mallette, Rancis La Hewe, Michel Daigle, ^hrain Marcel, Suzanne Lemoine et Denis Houle.1).PRIX DU JURY OECUMÉNIQUE au FESTIVAL DE BERUN 2011.Du réalisateur de CONTINENTAL, UN RLM SANS FUSIL THEATRE DUTREMDNT B I LLETTE RIE 5 1 4 495-9944 1 240» AVENUE Bernard Duest EXPOSITIONS Retour nécessaire DECLIC 70 Galerie [sas], 372, rue Sainte-Catherine Ouest, espace 416, jusqu’au 15 octobre.JÉRÔME DELGADO Plessisgraphe, Prisme, Photocell, le GAP, le GPP Pour la plupart d’entre nous, ces noms et acronymes n’évoquent rien.Ils désignent pourtant d’importants collectifs de photographes québécois, actifs dans les années 1970, et seulement lors de cette décennie — d’où le fait qu’ils soient méconnus.L’exposition Déclic 70, à la galerie [sas] du Belgo, a le mérite de les ressusciter.Derrière cette liste d’appellations se cache une vingtaine d’artistes parmi lesquels des figures clés de la photographie d’influence documentaire: Gabor Szilasi, Claire Beaugrand-Champagne, feu Pierre Gau-dard, Michel Campeau, Clara Gutsche.Déclic 70, vaste entreprise de quelque 80 images en noir et blanc, présente le travail de onze d’entre eux.Combler le vide C’est le critique et commissaire indépendant Nicolas Ma-vrikakis qui a eu l’idée de ramener à notre mémoire ce pan du Québec contemporain.Son propos ne fait pas de doute.Et le fait d’ouvrir l’expo avec des coupures de presse de l’époque donne le ton.Pour celui qui a aussi une âme d’enseignant — Mavrikakis est professeur d’histoire de l’art •'P''.: SOURCE GALERIE [SAS] Les enfants Matteau, un cliché de Roger Charbonneau datant de 1972 dans un cégep —, il fallait combler ce vide.Le discours historique est accompagné d’un autre, social.D’où le choix de Mavrikakis de privilégier le travail réalisé en collectif, au détriment de corpus individuels.Un choix logique: la démarche de ces photographes, autant par leurs sujets (les ouvriers, les quartiers défavorisés.) que par leur méthode de les documenter — prise de vue sur le vif, sans enjoliver la réalité — est portée par des enjeux populaires.L’accrochage reflète bien cet esprit, sectionné par collectifs, par (les projets précis.Il montre la photographie comme l’acte d’une collectivité, comme un engagement social.Il s’attarde donc moins à l’individu derrière la caméra.De Prisme Qean Lauzon et Normand Rajotte), les grands et petits formats de la série Transcanadicnnc sortie 109 s’alternent sur le mur, comme un tout.Les photos nous ramènent au Drummondville de 1978.Du Groupe photographique populaire (GPP), ce sont des images de taverne qui dominent.L’une d’elles.Frisé pointant du doigt, d’Alain Chagnon, est exemplaire de la proximité du photographe avec son sujet.La bière entamée et la chaise vide qu’on y voit signalent-elles que son titulaire ne s’est levé que pour prendre la photo?Photocell (Clara Gutsche et David Miller) a une place privilégiée, pour bien distinguer ce collectif, le plus politisé.La série Milton-Park dénonce le projet immobilier qui menaçait les maisons victoriennes de ce quartier.Les scènes animées, intérieures de Gutsche s’entremêlent aux vues urbaines axées sur l’architecture de Miller.Le Groupe d’action photographique (GAP), le plus vaste, est, paradoxalement, le moins bien représenté comme collectif.Il faut néanmoins reconnaître la qualité des projets solos de Pierre Gaudard sur les prisonniers, de Michel Campeau sur les aveugles et de Gabor Szilasi autour du boulevard Décarie — «La Rivière», comme l’énonce le lettrage d’un camion dans le trafic.La série sur Disraeli, qui avait tant choqué pour montrer un Québec rural tel qu’il était, est bien là, par huit photos de Claire Beaugrand-Champagne et Roger Charbonneau.Mais c’est peu, l’ensemble contiendrait plus de cent clichés et a impliqué plus que ces deux noms.Nicolas Mavrikakis a voulu faire la place à tous, ramener des grands oubliés comme cette Marik Boudreau de Plessisgraphe.La galerie [sas] peut s’avérer une des plus spacieuses, le commissaire a dù tronquer des séries qui se valent surtout comme un tout.Il a quand même le mérite d’avoir initié quelque chose.Souhaitons qu’un musée prenne la relève et l’invite à poursuivre cet hommage.Collaborateur du Devoir 54.ESPOSIZIONE INTERNAZIONALE D’ARTE BIENNALE DI VENEZIA 2011 PADIGLIONE ITALIA NEL MONDO MARIO MEROLA Titolo deiropera Tryptique des saisons Tecnica Acrilico su tela Anno 2009 Dimension! 182 x 266 cm.Nato nel 1931 in Canada, Mario Merola vive e iavora a Montrôai.Le sue opéré fanno parte deiie coiiezioni del Musée d'Art Contemporain de Montréal, del Musée des Beaux Arts de Montréal, della National Gallery of Canada, del Musée National des Beaux Arts de Québec, del Budapest Museum of Fine Arts, del Museo Italo-Americano di San-Francisco ecc.Ha esposto aile Esposizioni universal! di Bruxelles, di Osaka e di Montreal.OItre a 40 esposizioni personal!, Merola ha realizzato più di 100 murales ed altre opéré in architettura.Pittore e scultore, la linea è una costante nella sua opera al tempo stesso lirica e melodica.Né en 1931 au Canada, Mario Merola vit et travaille à Montréal.Ses œuvres appartiennent aux collections du Musée d'Art Contemporain de Montréal, du Musée des Beaux Arts de Montréal, de la National Gallery of Canada, du Musée National des Beaux Arts de Québec, du Budapest Museum of Fine Arts, du Musée italo-AmericaIn de San-Francisco etc.Ses œuvres ont été exposées aux Expositions universelles de Bruxelles, Qsaka et Montréal.M.Merola a à son actif 40 expositions individuelles; il a réalisé plus de 100 peintures murales et d'autres œuvres d'architecture.Peintre et sculpteur, la ligne est une constante dans son œuvre, au même temps lyrique et mélodique.WWW.mariomerola.net « JE CHERCHE CELUI QUE J’AIME » CANTIQUE DES CANTIQUES «Fascinant! Une merveilleuse histoire!» Pénélope McQuade, Radio'Canada «Un film lumineux!» Francine Laurendeau, Séquences «Une histoire d’amour hors du commun.» Denise Martel, Journal de Montréal II y a des grands moments de ciném^^ René HomieivRoy, SRC «Fascinant et vraiment étonnant.J^ai beaucoup^ aimé!» Catherine Perr SRC û www.pourlamourdedieu.ca ^h^pas-ft.0^ métrofoole M PRÉSENTEMENT À UAFFICHE ! | CINEMA Faux-semblant révélateur CECI N’EST PAS UN EILM Réalisation: Jafar Panahi et Mojtaba Mirtahmasb.Ihl5.ODILE TREMBLAY Le cinéaste iranien Jafar Panahi, dont le procès, l’emprisonnement, la grève de la faim, la condamnation à six ans de prison, l’appel, l’attente et la garde en résidence pour délit d’opinion défraient la chronique à travers le monde depuis un an et demi, s’exprime à la caméra.Rien à voir avec ses grands films comme Le Cercle et Sang et Or.Plutôt une œuvre de contraintes, collée au cinéma maison, mais combien révélatrice, émergeant de son cadre parfois avec un humour inattendu.Cette vidéo composite avait été expédiée clandestinement et lancée au dernier Festival de Cannes, où elle créa l’événement, en l’absence de ses auteurs, bien entendu.Panahi, qui n’a pas le droit de parler, de travailler, le fait donc à travers cette pirouette.Ceci n’est pas un film fut créé sous le manteau en utilisant trois bouts de ficelles avec son ami réalisateur Mojtaba Mirtahmasb, après passage au FFM.Pas un film donc, mais comme la pipe de Magritte en représentation de pipe, un faux-semblant Il s’agit d’abord d’un journal filmé: une journée dans la vie recluse de Jafar Panahi chez lui en attente de verdict de cour d’appel.Ours en cage?Pas vraiment Dans son appartement, il vit, mange, lit, converse au téléphone avec son avocate, reçoit Il lit aussi le scénario de son prochain film, une histoire de jeune fille que ses parents empêchent d’étudier et qui l’enferment dans une pièce dont il dessine les contours: exposant à travers ce texte destiné au couperet de la censure, ses convictions politiques.Ceci n’est pas un film trouve son envol.Car en montrant et en commentant des extraits de ses films, il exprime aussi sa vision du cinéma.De plus, certaines scènes, d’un comique absurde et parfois inquiétant, alors que les feux d’artifice de la Fête du feu désormais illégale en Iran crépitent, portent bien la griffe du Panahi qui joue entre vérités et impostures.Ses démêlés avec le calamiteux chien de la voisine rejeté par tous et sa rencontre avec un étrange voisin trop curieux dans l’ascenseur de l’immeuble — un Gardien de la Révolution?Un personnage fictif?— viennent brouiller les cartes et il s’en tire sur un pied de nez.Prouvant que Ccd n’est pas un film en est bel et bien un au bout (lu compte.Signalons en terminant que Ceci n’est pas un film s’inscrit dans une mini rétrospective présentée au Cinéma du Parc en appui à Panahi.Belle occasion de revoir ses œuvres comme Le Ballon blanc, The Mirror, The Circle, Sang et Or et Hors jeu, toutes primées dans les grands festivals.Le Devoir ?La Presse MciUenr Scônario CANNES Voir The Gazette l/SElEnONOFFICEIlf NEW YORK TORONTO Le Poème un film de Lee Chang-Dong version originale avec 80u»titres français VERSION ORIGINALE AVEC SOUS-TITRES FRANÇAIS CINÉMA PARALLÈLE LE CLAP Tmetropo lefilms.com 'I CONSULTEZ LES GUIDES-HORAIRES DES CINÉMAS «UN WINNER! Podalydès est EXCELLENT en Sarkozy.Avec ses répliques qui frappent dans le mille, c'est une COMÉDIE DRAMATIQUE EFFICACE et DIVERTISSANTE ! » Man; Casslvl, lA PRESSE SELECTION OFFiCiELLE FESTIVAL DE CANNES G LaConquete.LeFîlm LA DENIS PODALYDÈS CONQUETE UN FILM DE XAVIER DURRINGER Manon cofimage22 uni ETOILE S® DES LE VENDREDI 9 SEPTEMBRE ! LtiLya ?«Même pas vrai, mais vraiment drôle!» X« Monde ?«Une comédie sympathique emmenée par un savoureux trio de comédiens, dont Nathalie Baye qui Illumine le film de sa présence.» ?^ MB,.™» SsBialleBiOT SemlBOUJWIIJi.X,e PEurisies.Audrey TAUTOU vrais » mensonges jir TO fflm ae Pierre SALVADOBI ^ AVEC STÉPHANIE LAGARDE, JUDITH CHEMLA ET LA PARTICIPATION DE DANIEL DUVAL rm iv-i.'Mtj métrDpde DES LE VENDREDI 9 SEPTEMBRE! '^metropolefilms.com ' E 10 LE DEVOIR, LES SAMEDI 3 ET DIMANCHE 4 SEPTEMBRE 2011 CINEMA Xa\ier Durringer, la fiction et la réalité Son fllmi/a Conquête^ relatant l’ascension de Nicolas Sarkozy, prendra l’affiche vendredi prochain ODILE TREMBLAY Ly homme politique est à I l’image de l’acteur de théâtre, maquillé sous les projecteurs, toujours en représentation», rappelle le cinéaste de La Conquête, Xavier Durringer, au départ homme de théâtre.Çertains plus que d’autres.A force de faire de sa vie et de son régne un spectacle, presque en télé-réalité, le cinéma a saisi le président français par le col.C’est de bonne guerre! Le printemps dernier, La Conquête créait l’événement en son pays en abordant la montée au pouvoir de Nicolas Sarkozy, entre 2002 et 2007, à travers une œuvre de fiction extrêmement documentée.Pour la toute première fois en terre hexagonale, un président en exercice est devenu le sujet d’un film avec comédiens et noms réels des protagonistes, qui plus est.Car acteurs il y a, et plus vrais que nature.Denis Poda-lydes (Sarko^), Florence Per-nel (sa première épouse Céci-lia) , Gérard Le Coq Üacques Chirac), Samuel Labarthe (Dominique de Villepin), tous criants de vérité et de ressemblance.Fiction et réalité valsent de concert.Le terrain du cinéma «Jamais on n’aurait pu faire ça sous un autre président, précise le cinéaste.Mais Nicolas Sarkozy a tellement changé le rapport de la France avec la politique en la “peopolisant” qu’une brèche s’ouvrait.Son histoire d’amour avec Cécilia possède une dimension shakespearienne.Il a payé le prix de son ascension en perdant celle qu’il aimait, si longtemps derrière lui pour le mener en haut, puis disparaissant du décor.» Les dessous de la politique, les jeux de pouvoir mais aussi l’extrême solitude du sommet, l’amour brisé et les coups bas nourris de répliques assassines et cyniques sont au cœur de La Conquête — on pense parfois au film Ridicule, de Patrice Leconte, monarchie en moins.«La politique est un jeu où les gens ne se tuent pas avec des flingues, mais des phrases, précise Xavier Durringer.Ce film sur la politique révèle plutôt l’absence du politique, mais les intérêts personnels enjeu.» Sarkozy y apparaît à la fois comme un pugiliste et un homme blessé.La Conquête fut lancé au dernier Festival de Cannes, juste avant de gagner les écrans français.Pour Xavier Durringer, Cannes fut providentiel.«Le festival a aidé le film à émerger du clivage politique pour atterrir sur le terrain du cinéma.» La genèse de La Conquête fut une course à obstacles.Le scénariste Patrick Rotman (à qui on doit des documentaires sur Jacques Chirac et Lionel Jospin) a épluché les coupures de presse entre 2002 et 2007, lu une soixantaine de livres, rencontré des protagonistes, visionné des documents d’archives.Michael Darmon, journaliste de France 2 armé de précieux carnets de notes, s’est révélé être un précieux conseiller.«Il a apporté toutes sortes de détails véridiques sur l’entourage présidentiel.En bout de ligne, toute cette documentation nous a permis de contourner la loi, qui exige la demande d’autorisations à la préfecture de police, car le matériel était déjà public.On n’a prévenu ni les politiciens ni leurs proches et le scénario fut accepté comme tel.Trois cabinets d’avocats s’étaient penchés sur le projet.» Fiction, si on veut.«Les répliques du film sont à 90 % exactes.» Dominique de Villepin, premier ministre de Jacques Chirac, si stylé, grand seigneur érudit, se révèle être ici un cynique Machiavel qui tient des propos souvent ordu-riers et fort comiques.Tout aussi comploteur, le président Jacques Chirac, parmi les ors des chics salles du palais.Nicolas Sarkozy, sous les coups de Chirac et de de Villepin qui l’accablaient dans l’affaire Clearstream, amoureux abandonné de Cécilia, semble presque sympathique — on s’en étonne — malgré son ambition qui écrase tout obstacle.«Sympathique?Pas tant que ça, répond le cinéaste Xavier Iturrin-ger.On montre aussi à quel point Sarkozy s’est appuyé sur le Front national pour ensuite le trahir.» Accent aigu 11 n’a pas voulu faire un film à charge ou à décharge, mais le plus véridique possible, en mettant l’accent aigu sur la soirée où Sarkozy a accédé à la présidence, tout en suppliant sa femme de sortir de son trou.Le cinéaste a marché sur les traces du cinéma britannique î SOURCE FILMS SEVILLE Une scène de La Conquête, mettant en vedette Denis Podalydes dans le rôle de Nicolas Sarkozy Autre miracle : personne à l’Élysée ou ailleurs n’a intenté de procès SOURCE FILMS SEVILLE Le réalisateur de La Conquête, Xavier Durringer (The Queen, etc.) qui ne laisse aucun détail au hasard.«On a refait à l’identique tous les décors intérieurs et extérieurs: l’Elysée, le bureau de Beauvau, etc.» Le tournage, entre Paris et La Bau-le, s’est effectué presque en secret avec un petit budget (cinq millions d’euros).Aucune chaîne de télé ne s’était risquée à endosser l’entreprise.France 2 s’est reprise ensuite.François Cluzet devait interpréter Sarkozy au départ.«Mais il ne se sentait pas à l’aise.Je crois qu’il a eu peur.Denis Podalydes relève le gant avec brio.Sarkozy est un être très émotif, avec un côté chaplinesque, et forcer le trait de la caricature eût été une grosse erreur.Denis l’a interprété comme n’importe quel autre personnage, en se dissociant de ses propres convictions politiques.» Autre piège: se coller à la démarche documentaire.«Je crois qu’on a su garder la bonne distance, en l’ancrant dans sa théâtralité, le burlesque.La musique de Nicola Piovani, qui a travaillé pour Fellini, accentue beaucoup ces aspects comiques.L’humour est au rendez-vous.On a pu rire de ceux qui nous dirigent, sans les transformer en Guignols de l’info.Podalydes et tous les acteurs ont énormément travaillé en amont les attitudes, la gestuelle.J’avais 10 000 photos avec tout le registre des expressions.On a utilisé des perruques, mais pas de faux nez.Podalydes ayant beaucoup joué au théâtre, ce fut utile lors des nombreux plans-séquences, car il pouvait retenir un très long texte sans trébucher.Je craignais que certains acteurs soient convaincants, d’autres, moins; il fallait que ça fonctionne en partition d’ensemble.mais ils ont tous été formidables.» Une question taraudait l’équipe: La Conquête allait-il rejoindre un public quelconque?«Ceux qui aiment Sarkozy pouvaient refuser de voir le film et ceux qui le détestent tout autant, pour des raisons opposées.Mais on a atteint 515 000 entrées en France à travers un film aussi casse-gueule.Et La Conquête est vendu dans plusieurs pays.Le film trouve un écho particulier chez nous, bien entendu, ce qui n’empêche pas ceux qui connaissent mal la politique française de s’y retrouver.» Autre miracle: personne à l’Elysée ou ailleurs n’a intenté de procès.«Dès que le film a gagné les écrans, les médias ont assuré qu’il était vrai à 99 %, et ceux qui s’y voyaient représentés n’ont pas osé se plaindre.Ça leur aurait nui plus qu’autre chose.» Silence radio, donc! Et que pense Nicolas Sarkozy du filrn?«Le président a déclaré à un journaliste de Télérama qu’il ne voulait pas le voir, et, à ce compte-là , préférerait suivre une psychanalyse.Sa femme Caria avait envie de le regarder de son côté.En fait, ce qui gênait Sarkozy, c’était l’intimité exposée aux côtés de sa première épouse Cécilia, mais j’ai l’impression qu’il l’a visionné en privé.» Le Devoir « Marc Cassm, La Presse Minait à Paris venlciiftançalaeüc Midnight lu POflS Écrit et réalisé par ^X^Dody Allen «nwjOHreuNnfcii ______ -I - «vgnaraaojjKr mW.MIIUrAPOHII-UFBILCa mOtlOpOlâ 114e SEMAINE A L’AFFICHE! J CONSULTEZ LES GUIDES-HORAIRES DES CINÉMAS Jmetropoletilms.com ’ UN^ BALCON SI I 0 JEAN DUJARDIN MARIE-JOSEE CROZE «Un très beau film.Croze et Dujardin sont excellents.» Marc-André Lussier, La Presse «Un fascinant labyrinthe!» Odile Tremblay, Le Devoir IXUNFIUIIDE NIBOLE GARCIA métroode PRESENTEMENT A L’AFFICHE! Olefilms.com Du réallsaiBur ILYRLDNIiTinPSOUEJET'niHE «Ulie'comedie lumineuse!» Jean Siag, la Presse StBfann .NarcorÈ S rnetiDQole [g] à I'AFFIPHFI rciNÉMA Seauâ4eM>\ |jg.| H LHrrivnC: I saae, Daaubian E.T2i-eoeo I I-CINÉMA PINE-ir I STE-ADËLE II CONSULTEZ LES GUIDES-HORAIRES DES CINÉMAS Entre le corps et l’Esprit-Saint POUR L’AMOUR DE DIEU Scénario et réalisation: Micheline Lanctôt Avec Ariane Legault, Madeleine Péloquin, Victor Andres Telles Turgeon, Micheline Lanctôt, Geneviève Bujold, Lynda Johnson, Lawrence Arcouette, Rossif Racette Sutherland.Photo: Michel La Veaux.Montage: Aube Foglia.Musique: Catherine Major.Québec, 2011,92 min.FRANÇOIS LÉVESQUE Lorsqu’un créateur décide de raconter quelque chose de personnel, son œuvre acquiert souvent une dimension universelle.Le phénomène n’est pas si paradoxal que cela.Au cinéma, l’on ouvrira plus volontiers son cœur à un film si l’on perçoit, derrière, les battements de celui du cinéaste.C’est ce qui se produit avec Pour l’amour de Dieu, le plus récent long métrage de Micheline Lanctôt, primé cette semaine au Festival du film francophone d’Angoulême.Inspirée d’un souvenir d’enfance qui l’a longtemps hantée, l’intrigue est campée à Montréal en 1959.Préadolescente fermement isolée dans sa bulle d’innocence, la pieuse Léonie considère sœur Cécile, une jeune et jolie religieuse, comme son amie.Lorsqu’un séduisant frère dominicain s’amène dans le décor, Léonie a le coup de foudre.Cécile aussi.Avec pareille trame.Pour l’amour de Dieu aurait pu se muer en buvette sentimentale.Que l’on se rassure, le film de madame Lanctôt, tout en demi-teintes, se situe à des lieues de l’érotico-kitsch L’Amour humain, de Denis Héroux.Concertés et sans apprêt, les airs de piano de Catherine Major et la direction photo de Michel La Veaux confèrent à l’ensemble un supplément de grâce.Judicieusement épurée, la mise en scène n’en demeure pas moins riche en trouvailles visuelles (le plan séquence d’ouverture, le plan fixe sur la balançoire).L’apparition récurrente du Christ qui visite tour â tour Léonie et Cécile constitue, cela dit, le meilleur exemple de la démarche sobre et pourtant variée de l’auteure.Traité sur le mode terre â terre, ce motif éminemment surréaliste donne lieu â des scènes évocatrices, notamment celle qui suit la confession de Léonie.Car, un peu comme dans The Children’s Hour, c’est l’indiscrétion d’une enfant qui piet le monde adulte en émoi.A la dif férence qu’ici la cinéaste laisse planer l’ambiguïté quant â ce qu’a vu ou non Léonie.Au spectateur de décider si sa dénonciation repose sur un fait, un mensonge ou une rêverie.C’est â la jeune Ariane Legault qu’il incombe de rendre les émotions complexes et souvent contradictoires de ce personnage et elle y parvient avec un naturel appréciable.Dans le segment contemporain, Micheline Lanctôt canalise l’énergie de la petite et compose une version adulte très crédible.Cécile, une nonne au tempérament affirmé, est interprétée avec aplomb par Madeleine Péloquin.Dans un rôle que je vous laisse deviner, Geneviève Bujold apporte au film sa présence désormais frêle et parcheminée.Habitée et émouvante, elle partage avec la cinéaste de fort beaux moments.Ce qu’il faut pour vivre, de Benoît Pilon, d’après un scénario de Bernard Emond, proposait une toile de fond ecclésiastique aussi nuancée que celle mise au premier plan par Micheline Lanctôt.Mais, avant cela, il faut remonter â La Dame en couleurs, le chant du cygne honteusement négligé de Claude Jutra, pour trouver une exploration cinématographique digne de ce nom de l’héritage religieux québécois.Pour l’amour de Dieu forme, avec ces deux longs métrages, une intéressante trilogie.C’est un film généreux, un film humain.C’est un film qui vient du cœur.(Notez que nous publierons lundi l’entrevue exclusive que Geneviève Bujold a accordée â François Lévesque).Collaborateur du Devoir SOURCE METROPOLE FILMS Madeleine Péloquin et Victor Andres Telles Turgeon dans Pour l’amour de Dieu, de Micheline Lanctôt « UNE CAMERA [.] L’OUHL DE lA REVOLUTION.UN FIUH POUR LA LIBERTÉ D’EXPRESSION » -Loïc Magneron I DOCUMENT QUI DÉNONCE AVEC FINESSE L’INJUSTICE.» -Mare CassM, U PRESSE Jafar Panahi Mojtaba Mirtahmasb CECI N'EST PAS UN FILM THISISNOTAFUII A lAFFICHE EN EXCLUSIVITE ! r^iNÉMTrprRc'; Vend., dim., mar.: 19h00 - Sam.: 15h00 - Jeu.: 21h15 13575 du paie 51^281-19001
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