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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier E
Genre spécifique :
  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Le devoir, 2011-09-24, Collections de BAnQ.

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LE DEVOIR LES SAMEDI 2 4 ET DIMANCHE 25 SEPTEMBRE 2011 DANSE Babel(words) illustre bien la quête du dialogue des cultures du duo chéri de la danse belge, Sidi Larbi Cherkaoui et Damien Jalet Page E 4 itiiniir ÏSt 1 .¦îmm Financé à 41 % par le secteur privé, sous l’égide du mécène Pierre Bourgie (au centre) et de la directrice du MBAM, Nathalie Bondil (à gauche), le pavillon Claire et Marc Bourgie d’art québécois et canadien est l’heureux résultat d’efforts conjoints des secteurs public et privé.Rénovée et convertie en salle de concert, l’église Erskine and American incarne aujourd’hui l’aboutissement souhaité de l’intégration des arts à la musique.Le Musée des beaux-arts de Montréal revu et corrigé Le pavillon d’art québécois et canadien provoque un big bang des collections ISABELLE PARE La directrice du Musée des beaux-arts de Montréal, Nathalie Bondil, ne fait jamais les choses à moitié.En même temps qu’était lancée La planète mode de Jean Paul Gaultier, une des expositions les plus médiatisées de l’histoire du musée, l’increvable directrice planchait sur l’aménagement du tout nouveau pavillon d’art québécois et canadien.Chantier majeur, ce bijou d’architecture doublera le nombre d’œuvres exposées du patrimoine national.Mais comme si cela n’était pas assez, la tornade brune a décidé qu’en toute logique, le déplacement d’œuvres dans ce nouvel écrin commandait un réaménagement complet de toutes les autres salles du musée.Un genre d’effet domino, enclenché de la cave au grenier.Le rutilant pavillon de marbre qui sera inauguré jeudi prochain n’est donc que la partie visible du «big bang» décidé par Nathalie Bondil sur les 10 920 mètres carrés de surface d’exposition du «vieux musée».Aucun des pavillons n’a été épargné par ce vent de changement.Requinqué, le musée de la rue Sherbrooke ajoute non seulement une corde de plus à son arc avec ce pavillon, mais se paie au passage un «lifting» complet.«En déplaçant Borduas et Rio-pelle dans le nouveau pavillon, il fallait revoir nos salles dédiées à l’art contemporain, réévaluer nos collections et actualiser nos connaissances.On en a profité pour passer en revue l’ensemble de la collection permanente», expliquait tout bonnement cette semaine Nathalie Bondil, inspectant tantôt un Veronese, tantôt un Rembrandt.Bref, l’entrée en scène du flamboyant pavillon d’art canadien ne portera en rien ombrage aux autres collections.«Il a fallu recréer l’unité dans ce musée qui s’est développé au fil des ans de façon pavillonnaire, un peu anarchique», explique Bondil, en bondissant d’une œuvre à l’autre, l’œil alerte.L’ensemble de ce «grand dérangement» aura nécessité 12 610 heures de travaux de restauration des œuvres, gonflé de 20 % la superficie d’exposition totale du musée, tout en doublant celui consacré aux œuvres québécoises et canadiennes.Une pièce de musée Embrassant l’église Erskine and American, le cube de marbre conçu par les architectes Claude Provencher et Matthieu Geoffrion pour le nouveau pavillon d’art canadien se présente aujourd’hui comme une sçulptu-re offerte au grand jour.A l’intérieur, la scénographie théâtrale conçue par Daniel Castonguay tranche avec le passé.D’étage VOIR PAGE E 3: MUSÉE FRANÇOIS PESANT LE DEVOIR Détails de la salle L’Époque des salons, regroupant des sculptures et peintures des 19® et 20® siècles m FONDATION ARTE MUSICA Salle Bourgie : le rêve d’un philanthrope Moins d’un mois après l’inauguration de la Maison symphonique de Montréal, la métropole est à la veille de l’inauguration d’une seconde salle de concert.Les musiciens s’y pressent déjà, ce qui réjouit l’homme à qui l’on doit son existence, le philanthrope Pierre Bourgie.CHRISTOPHE HUSS Les analystes à la petite semaine qui montent au créneau en manipulant les chifires pour dénoncer les investissements en in-irastructures culturelles vont se casser les dents.La salle de concert de 444 places qui ouvrira ses portes jeudi prochain est elle aussi un modèle de partenariat public-privé, mais dans un autre genre que celui de la Maison symphonique.Construite dans les murs de l’ancienne église Erskine and American, elle est le iruit de l’étroite collaboration entre le Musée des beaux-arts de Montréal et la Eondation Arte Musica du mécè- ne Pierre Bourgie.La capitalisation de cette fondation assurera, par ses revenus, le fonctionnement de la nouvelle salle, la programmation artistique de 120 concerts, ainsi qu’un volet éducatif appelé à se développer.Le Devoir a rencontré Pierre Bourgie, un homme heureux.Faire une différence «Je n’ai jamais été aussi heureux de signer des chèques», s’amuse Pierre Bourgie.Son excitation est palpable avant cette soirée du 28 septembre qui marquera l’ouverture de la salle de concert qui porte son nom.La salle Bourgie fait partie du nouveau pavillon d’art québécois et canadien Claire et Marc-Bour-gie du Musée des beaux-arts.Elle se distingue d’ores et déjà par la présence de la plus grande collection au Canada de vitraux du fameux verrier Louis C.Tiffany.Ces dix-huit vitraux, commandés pour l’église presbytérienne américaine VOIR PAGE E 3: PHILANTHROPE La Magie des lanternes Rapprochons-nous de la culture chinoise^ jusqu au 31 octobre espace pour la vie jardin botanique montréal Affaires municipales.Régions et Occupation du territoire Québec ElES LE^TrÀnIpoOT COLLECTIF La parade du premier empereur de Chine • 9 h à 21 h MERCI DE CHOISIR Pie-IX X ^ espacepourlavie.ca E 2 LE DEVOIR LES SAMEDI 24 ET DIMANCHE 25 SEPTEMBRE 2011 CULTURE À VOS fourchettes ! Odile Tremblay ans sa diatribe contre la télé publiée dans Le Devoir mardi dernier, Victor-Lévy Beaulieu, qui qualifiait le petit écran du jour «de gigantesque fourre-tout» en plus de donner à ses artisans divers noms d’oiseau, a omis un certain courant marmiton, susceptible d’épicer pourtant encore sa sauce.On reconnaîtra à l’auteur de Race de monde et de L'héritage d’excellentes raisons de déverser son fiel après le coup de son Grand Prix de l’Académie du cinéma et de la télévision remis hors d’ondes au gala des Gémeaux dimanche dernier.Déjà qu’un hommage dégage toujours des relents d’enterre-menÇ surtout lorsqu’un pionnier de la télé a pris sa retraite du secteur depuis six ans.Alors, un hommage au rabais, c’est la poi^ée de terre de trop.Mais l’écrivain-scénariste, un coup pompé, aurait pu constater aussi à quel point notre petit écran nourrit le corps avec plus d’enthousiasme que l’esprit.Car on a la culture plus potagère que littéraire à la télé.Et par les temps qui courent, ça s’accentue.Longtemps nos téléromans furent plantés dans des cuisines, épicentres des communions et algarades familiales (en plus, ça ne coûtait pas trop cher, côté décors).Désormais, ce sont les émissions de cuisine, en prolifération galopante, qui y font recette.La boucle se boucle.On n’a rien contre l’art de la bouffe, remarquez.Mais un petit tour d’horizon en mode pitonnage démontre que, poiu expédier im fricot de la casserole à l’assiette, le plus coiut chemin passe bel et bien par la télévision.Chaque chaîne ou presque exploite le grand filon gastronome.Prenez Un souper presque parfait à V.L’émission se révèle si populaire dans sa belle case horaire de 18h30, cinq jours par semaine, qu’elle écrase de ses cotes d’écoute les concurrents des autres chaînes, même en chevauchant des bulletins d’information.V, pas fou, concocterait une nouvelle émission culinaire, histoire d’ajouter du crémage à ce lucratif gâteau.En mode popote, Rqdio-Canada a son Ricardo, Télé-Québec propose À la di Stasio, TVA Qu’est-ce qui mijote?et Simplement Clodine, TVb,,Recettes de chef et le quiz culinaire A table.Canal Evasion réplique avec son Hell’s Kitchen et Les marchés de Philippe, qui explore les grands marchés alimentaires du monde.Canal Vie cumule Comme un chef mettant des apprentis cuisiniers à l’épreuve.Cuisinez comme Louis et Les desserts de Patrice.Même Artv offre ses Touilleurs.Sans parler évidemment de Zeste, chaîne québécoise spécialisée dans.les émissions de cuisine.Si après ça vous n’êtes pas un maître queux garanti pure toque, c’est que vous préférez un bon bouquin à l’écoute passive de l’écran plat.Encore que.là aussi.Ce n’est pas moi qui le dis, c’est Biaise Renaud de Renaud-Bray: «Les livres de cuisine constituent notre plus gros vendeur, celui qui occupe le plus d’es- ESPACE GO présente BLANCHE-NEIGE & LA BELLE AU BOIS DORMANT Du 13 septembre au 8 octobre 2011 D'Elfriede Jelinek Mise en scène de Martin Faucher Avec Sophie Cadieux + Éric Bruneau -h Sébastien Dodge UBU, Compagnie de création présente OULIPOSHOW Du 18 octobre au 12 novembre 2011 Collage de textes Mise en scène de Denis Marteau IMAGO Théâtre -h Stellar Quines Theatre Company présentent ANA Du 22 novembre au 10 décembre 2011 De Clare Duffy-h Pierre Yves Lemieux Mise en scène de Serge Denoncourt ESPACE GO + Théâtre PÀP présentent TRISTESSE ANIMAL NOIR Du 17 janvier au 11 février 2012 D’Anja Hilling Mise en scène de Claude Poissant Danse-Cité présente STRAIGHT RIGHT Du 16 au 25 février 2012 De Louise Bédard + Martin Bélanger -i-Tim Feldmann -h Dominique Porte Théâtre PÀP présente DISSIDENTS Du 6 au 31 mars 2012 De Philippe Ducros Mise en scène de Patrice Dubois La Compagnie Rictus (France) présente CANNIBALES Du 4 au 7 avril 2012 De Ronan Chéneau Mise en scène de David Bobee ESPACE GO présente UNEVIE POUR DEUX Du 24 avril au 19 mai 2012 D’Evelyne de la Chenelière Mise en scène d'Alice Ronfard THEATRE ESPACE GO 4890, BOUL.SAiNT-LAURENT, MONTREAL BiLLETTERiE : 514845-4890 ESPACEGO.COM ODNSBLDESARn , OaiiBgfiwnrt» a" Hydro Québec ^transat T ) pace depuis trois ans, et il n’y ç aucune raison de voir cette tendance s’estomper.» À ses yeux, la télé a poussé le phénomène au fil des ans.Des chefs comme Daniel Pinard et Josée di Stasio, vedettes télévisuelles pleines toques, ont pu transformer en best-sellers leius ouvrages de cuisine.Œuf ou poule, émissions et livres se sont fécondés, renvoyant tout le monde à ses foiuneaux.«Aujourd’hui, chez Renaud-Bray, s’ajoutent des coffrets qui assemblent, par exemple, des livres de recettes et des moules à gâteaux, poiusuit Biaise Renaud.Les prix généraux des ouvrages culinaires ont baissé, à cause de rééditions moins luxueuses, mais le concept de télé cuisine-réalité, chaude tendance au petit écran, s’adaptera moins facilement au passage du livre.Enfin, on verra.» La gastronomie esL sinon une culture, à tout le moins l’expression d’un raffinement.Le Québec n’a pas les racines culinaires de l’Europe, entendons-nous là-dessus.Abonné longtemps au pâté chinois et au jambon moutarde (le cipaille et la f^r-drix au chou étant réservés aux joius de fête), il a fait un bond de géant en quarante ans.Les pionnières: Jehane Benoît, Janette Bertrand et sœur Angèle, fricotant leius recettes à la télé comme à l’écriL ont converti en leius temps les ménagères aux joies de la table.Aujourd’hui, cuistots des deux sexes veulent touiller la salade de mangue, d’avocat et de crevettes.Ça évolue.Concocter une daube de saumon au pinot noir et un sauté de porc au gingembre commande des ri- MARIO ANZUONI REUTERS tuels quasi religieux, bavette au cou.Longtemps la Dow et la Molson ont coulé à flots à côté du gros gin et du whisky blanc.Aujourd’hui, nouvelles bières maison et importées, grands vins et toute la gamme des liqueurs fines réchauffent le gosier des Québécois, devenus délicats et fins coimais-seius.Tout cela est beau et bon, mais.Qn aurait préféré que le raffinement amorcé chez nous par la bouche déborde de nos papilles pour embrasser l’amour de la culture tout coiut, ouvrant siu la découverte des arts, de la littérature, de l’histoire, en plein éventail des horizons.Mais une fois là, la résistance s’organise! Bien boire et bien manger, oui, oui, oui.Poiu le reste, nombreux sont ceux qui préfèrent encore le pâté chinois culturel.Les gens lisent peu de grands auteurs, un peu, pas assez.Quant aux bonnes émissions, il y en a encore, mais si la tendance se maintient, comme disait l’autre, le spectateur se fera bientôt manger lui-même tout cuit dans cette marmite en ébullition des émissions de cuisine qui tassent les autres.Alors, quand Victor-Lévy Beaulieu reçoit un hommage au rabais au gala des Gémeaux, on en déduit qu’il n’est pas un légume assez frais pour notre panier d’épicerie, lui, l’exégète de Joyce, de Victor Hugo, le vieux patriote blessé, demain oublié comme citrouille après l’Halloween.Si on en faisait une soupe, au moins.otremblay@ledevoir.corn ¦ THEATRE.DENISE-PaiETIER Variations et résonnances www.denise-pelletier.qc.ca S: ’ W' ¦ ’ : \ ' V SALLE DENISE-PELLETIER.,.,V > Du 22 septembre au 19 octobre 201,1 Il Campiello De Carlo Goldoni Mise en scène : Serge Denoncourt Une production du Theatre de l Opsis présentée par le Théâtre Denise-Pelletier (Luce Pelletier, directrice artistique, Theatre de l’OpsIs) Avec Annick Bergeron, Luc Bourgeois, Louise Cardinai, François-Xavier Dufour, Stéphanie Labbé, Magaiie Lépine-Biondeau, Marie-Laurence Moreau, Oiivier Morin, Adèie Reinhardt, Jean-Guy Viau PARTENAIRE DE SAISON ABONNEMENTS ENCORE DISPONIBLES Billetterie 514 253-8974 1-855-790-1245 ADMISSION.COM LE DEVOIR LES SAMEDI 24 ET DIMANCHE 25 SEPTEMBRE 2011 E 3 CULTURE PHILANTHROPE SUITE DE LA PAGE E 1 de Montréal en 1866, ont été rénovés ces dernières années et réintègrent ainsi dans un mois leur lieu d’origine.La capacité de 444 places convient idéalement à nombre de programmations dans le domaine de la musique classique.La salle Bourgie viendra soulager un certain nombre de «clients» des salles Redpath (350 places) et Pollack (600 places) de l’Université McGill, qui ont de plus en plus de mal à planifier leurs concerts, car l’usage à des fins universitaires de ces deux salles augmente.Pierre Bourgie avait ressenti ce besoin du milieu musical lorsqu’il était directeur du conseil d’administration de l’ensemble Les Idées heureuses.11 y a quatre ou cinq ans tout s’est cristallisé.«J’étais très sollicité sur le plan philanthropique.Je donnais à gauche et à droite — plutôt beaucoup — mais je sentais que je ne faisais pas de “différence”, analyse-t-il./c me suis dit qu’il serait mieux que je me concentre à une place.Lorsque je me suis demandé ce qui m’intéressait le plus, la réponse était claire: les arts visuels et la musique.» Au même moment, le clergé mettait des églises en vente.Pierre Bourgie a d’abord regardé dans cette direction.«J’ai analysé deux ou trois projets, mais chaque fois c’était un puits sans fond.A ce moment-là, le musée a acheté l’église Erskine and American et se proposait de faire un pavillon d’art canadien.Je me suis posé cette question: “Que vont-ils faire avec l’église?”» Le musée cherchait un commanditaire principal pour le pavillon, afin de lancer le projet.En présence d’un donateur dont l’argent sert à l’exploitation du bâtiment une fois construit, les gouvernements couvrent le coût de la construction des infrastructures.«Là, j’ai tout additionné: le volet arts visuels, une église, la dimension patrimoniale.Tout était réuni! résume Pierre Bourgie.J’ai alors proposé de m’inscrire dans la portion donation pour démarrer le pavillon d’art canadien et de créer une fondation dont les revenus annuels serviraient à financer un nouveau volet musical à l’intérieur du musée en contrepartie d’une conversion de l’église en salle de concert.» Sonner sans couiner Le musée a tout de suite souscrit à l’idée.Le projet de 40 millions de dollars englobait 13 millions de chaque ordre de gouvernement pour les infrastructures et 14 millions d’argent privé.Par rapport à la restauration prévue de l’église, qui devait servir de salle de réception, sa transformation en salle de concert a nécessité l’ajout d’une conque, d’un plancher et de sièges.On peut donc difficilement accoler un chiffre à la rubrique «coût de la salle»: «La restauration de l’église et la restauration des vitraux Tiffany étaient prévues dans le budget initial.Pour les bancs, le plancher, la conque, on parle de quelques millions; on est vraiment dans le marginal», juge Pierre Bourgie.Les angoisses du mécène étaient surtout liées à l’isolation sonore et à l’acoustique.«Les acousticiens sont des gens d’ici.On ne pouvait pas se payer les autres.D’ailleurs, les attentes ne sont pas les mêmes qu’à la Maison symphonique: c’est une église qui sonnait bien et que nous avons améliorée.» Pierre Bourgie, qui a doté sa salle de deux pianos, de trois clavecins et d’un orgue, a poussé un «ouf» de soulagement quand il a vu Bernard Labadie «danser dans la salle».Alternatives CONSTRUIRE ENSEMBLE un monde différent Pour nous appuyer : www.alternatives.ca • 514.982.6606 Les angoisses du mécène étaient surtout liées à l’isolation sonore et à l’acoustique de la future salle Angèle Dubeau ne pas s’arrêter de jouer et Mario Labbé, président d’Analekta, lui dire qu’il aimerait bien y enregistrer des disques.L’autre obsession du philanthrope était de trouver des sièges «qui ne couinent pas».Ces bancs aimantés — «confortables», pré-cise-t-il — peuvent s’enlever au besoin pour s’adapter à diverses configurations.Lorsque nous lui disons: «En gros, vous avez passé quatre ans à vous demander comment ça allait pouvoir sonner sans couiner!», Pierre Bourgie s’en a-muse beaucoup.Programmation «Je pense qu’on va doter Montréal de quelque chose qui va avoir sa personnalité.A mes yeux, c’est un projet à long terme.Peut-être que nous réinvestirons dans le temps.Ce projet musical pourrait alors prendre des formes insoupçonnées», dit le mécène, fasciné par l’intégration musée, éducation et concerts de la Cité de la musique à Paris.D’ores et déjà, il souhaite que la programmation relaie la dimension encyclopédique de ce que propose le musée.«Tout ce qui fait sens est bon.» Aux yeux de Pierre Bourgie, les possibilités sont infinies, sachant que le musée a 57 000 membres, soit autant de personnes sensibles à la culture.«Le projet donne un nouveau volet au musée.Beaucoup de musées proposent des concerts, mais ce qui est intéressant ici, c’est que cette dimension n’est pas accessoire: au même titre qu’il y a un conservateur d’art canadien, il y a une conservatrice pour la fondation Arte musica: sa directrice Isolde Lagacé.» La programmation de la salle Bourgie comportera une moitié de productions propres et accueillera partiellement ou en totalité les saisons 2011-2012 de plusieurs ensembles, comme Arion ou 1 Musici, ainsi que des manifestations, tel le Festival Bach.Après le concert inaugural de jeudi, sur invitation, la Fondation Arte Musica présentera dix concerts inauguraux ouverts au public, entre le 11 et le 21 octobre, avec, notamment, la Ca-merata Or ford, Anton Kuerti et Les Violons du Roy.Le rythme déjà très soutenu pour une première année ef-fraie-t-il Pierre Bourgie?«Si on m’avait demandé il y a quatre ans combien de concerts il y aurait la première année, j’aurais dit 50, plutôt que 120.J’ai hâte que la première année soit finie pour juger si nous avons été trop ambitieux.» Le Devoir t \ Des cimaises en bois exotique accueillent les toiles de plusieurs maîtres de la collection permanente.FRANÇOIS PESANT LE DEVOIR MUSEE SUITE DE LA PAGE E 1 en étage, les oeuvres sont mises en scène à la faveur de murs sa-turés de couleurs, de niches théâtrales et de piédestaux, rappelant les ateliers d’artistes.L’art inuit se découvre derrière d’immenses panneaux blancs, plantés comme des icebergs.Dans l’ombre, les sculptures de pierre se découpent siu l’acier mat cou-leiu de nuit arctique.Dans le fascinant parcours muséographique ciselé par Jacques Des Rochers, conservateur de l’art québécois et canadien, les clins d’œil sont légion.Les dialogues s’instaurent entre les œuvres, les époques se répondent.Des troncs lancés vers le ciel embrassent Part des peuples de la côte ouest.Un masque haïda côtoie une sculpture contemporaine, alors qu’un Christ en croix voisine la vidéo d’une artiste autochtone.«Il y avait une volonté de scé-nographier qui valorise l’expérience de la visite.C’est ce qu’on appelle le théâtre de la mémoire.On a voulu favoriser une compréhension immédiate du sujet», explique Nathalie Bondil, intarissable devant les nouvelles acquisitions venues enrichir la collection.Ici, un Lawren Harris donné l’an dernier, évalué à près de 1,7 million.Plus loin, la plus importante collection de James Wilson Morrice au Canada, lequel est côtoyé par de nombreux Marc-Aurèle Fortin.Accrochage bigarré, bancs élancés et mur de bronze présentent les premiers acadé-mistes dans une salle aux airs de salon.Les peintres de la modernité se déploient au premier niveau, alors que le «Temps des manifestes» reçoit le traitement royal.Au rez-de-chaussée, Rio-pelle, Ferron et Roussil ouvrent « Il y avait une volonté de scénographier qui valorise l’expérience de la visite grande la porte aux visiteurs.Avec tout le luxe de l’espace qui leiu est dû, des œuvres monumentales des signataires de Primes d’yeux et de Refus global explosent dans la lumière.Les œuvres de Pellan, de Barbeau, de Gauvreau et de Tonnan-court font caucus, dans un flot continu rendu cohérent par l’ac-crochage.La dernière toile peinte par Borduas ponctue un mur complet dédié au peintre automatiste, relayé en toute logique par les Molinari, Tousi-gnant et autres plasticiens.Une salle dédiée rend hommage à Riopelle, dont les bronzes s’offrent sur des socles fabriqués de la main même du maître de l’île aux Grues.Sous les pavés, l’avant-garde québécoise des années 60 et 70 révèle son audace dans la galerie souterraine qui plonge en diagonale sous la rue du musée.Dans l’espace flotte un canot de glace peint à la bombe par Riopelle.En fond de salle, la plus grande toile jamais réalisée par le signataire de Refus global (près de trois mètres par quatre).Iceberg n° 1, exposée en 1979 à la galerie Maeght à Paris, est présentée pour la première fois en sol canadien.Près du hall d’entrée, La famille, im totem de bois de Robert Roussil que la police avait confisqué en 1949 parce que jugé indécent par les dames du Golden Square Mile, retrouve enfin sa place entre les murs du MBAM.Une expérience multisensorielle Dans le pavillon Desmarais, l’expérience chromatique a été poussée à son paroxysme.Orange brûlé, bleu royal, pourpre et ocre profond enveloppent les murs des salles dédiées aux maîtres anciens et aux premiers peintres modernes.Confectionnées dans des bois exotiques fidèles à chaque époque, des cimaises dignes des cabinets magnifient l’effet salon.Au terme d’un toiu complet du propriétaire, Nathalie Bondil insiste sur la qualité de l’expérience muséale qui est à l’origine du branle-bas de combat imposé à l’ensemble de la collection permanente.«Il faut permettre aux gens de s’arrêter, de faire une pause.C’est important dans un monde où on zappe constamment!», insiste-t-elle.Pas moins de 75 étapes audio jalonnent le par-coius de l’art québécois et canadien.Grâce à des œuvres musicales, mais aussi à de précieux extraits sonores, on pourra entendre Roussil commenter r«ar-restation» de sa propre sculptu- re, oû écouter Marcelle Ferron confier l’émotion provoquée par le décès précoce de sa mère.«La musique renforce l’observation.Chopin vient donner une tout autre dimension à l’observation de ce portrait de Chasseriau, inspiré par la musique du compositeur polonais», insiste Bondil.Mettre le pied au musée doit provoquer une expérience sensorielle, visuelle et auditive, insiste la directrice, hère de son musée, changé de pied en cap.Une expérience digne de faire entrer un musée du XfK® siècle de plain-pied dans le troisième millénaire, là oû l’art, l’histoire, la musique et la matière entrent joliment en collision.Le Devoir FRANÇOIS PESANT LE DEVOIR Jacques Des Rochers, conservateur de l’art québécois et canadien au MBAM, qui a consacré plus de deux ans au choix des œuvres et à la conception du parcours muséographique du nouveau pavillon. E 4 LE DEVOIR LES SAMEDI 24 ET DIMANCHE 25 SEPTEMBRE 2011 CULTURE DANSE Seuls, ensemble La jeune artiste torontoise Ame Henderson propose sa chorégraphie à plus grande échelle à ce jour: relay.CATHERINE LALONDE Ame Henderson {/Dance/ Songs/, The Most Together We’ve Ever Been) aime les formes claires, presque strictes, faciles à lire.En entrevue téléphonique, c’est pourtant la recherche d’incarnation et de sensations qu’elle nomme comme obsessions chorégraphi-ques.Paradoxe?«Je cherche la relation entre la forme et l’incarnation, précise-t-elle d’emblée.La forme est une possibilité de lecture, une façon donc de partager, de s’entendre avec le public sur ce qui est en train de se passer, souvent par des références — de la culture pop, de la danse traditionnelle, du folk, peu importe si les spectateurs peuvent les reconnaître et comprendre ce sur quoi on travaille.» Comme dans/Dawcc/ Songs/, où elle a repris les codes des spectacles rock pour mieux en décoller.Ensemble, c’est tout Avec relay, même formule, en posant cette fois l’unisson comme formule de base.«Tout le monde sent ce qu’est un unisson, on a tous le désir d’étre en synchro-nicité avec les autres.Le résultat de relay est une tentative, un unisson frissonnant d’où émergent toutes les chances ratées, les petits retards, ceux qui sont en avance.Autant de décalages qui produisent leur lot d’humour.Car la tâche de base, en fait, est ridicule: chacun tente d’étre spontané dans un unisson chorégraphique, de trouver un espace d’individualité dans l’ensemble.» Ce serait du b.a.-ba si Ame Henderson n’avait une telle perspective.D’une rapidité de pen- sée rare, elle part d’une question posée, extrapole, revient à sa pièce, semble intarissable.«La promesse que pose relay, c’est de voir jusqu’où on peut aller, ensemble, à partir de backgrounds très différents.Quel futur pouvons-nous composer, qui permettrait à toutes nos petites différences d’exister de concert?C’est une machine à voyager dans le temps entre ce que nous avons été dans nos passés, solitaires, et cet espoir, cette projection d’un avenir collectif » Une ambitieuse question?Elle éclate de rire.«Je tiens davantage à poser des questions solides qu’à trouver des réponses.Je ne crois pas qu’on puisse changer le monde avec des chorégraphies, mais je crois qu’on peut travailler sur des questions qui sont plus grandes que la performance et la représentation.Je suis certaine qu’il y a quelque chose d’important à penser l’incarnation, le fait d’étre dans son corps, en relation avec les autres, dans ces états à la fois connus et inconnus, dans ce devenir qui passe par le corps.Je pense que sur les plans social et politique, cette recherche est cruciale.On peut, par le corps, toucher à des interrogations humaines essentielles: par exemple, comment continuer à apprendre ou comment être à l’aise quand on ne sait pas?» Pour un ensemble de non-réponses, relay débute mercredi.Le Devoir RELAY Chorégraphie d’Ame Henderson avec Katie Ewald, Claudia Fancel-lo, Tomislav Feller, Mairéad Filga-te, Marie Claire Porté, Brendan Jensen, Bee Pallomina.A l’Agora de la danse, du 28 septembre au 1" octobre.Babel, aimées 2000 EREDERIQUE DOYON Mit szolsz hozza?Egskil ekki.» Vous y comprenez quelque chose?Moi non plus.Imaginez toutes les langues réunies sur une scène tel un même territoire.Et de cette zizanie de mots et d’incompréhensions, faire naître une œuvre — ou une société.C’est l’histoire de Babel chorégraphie-concert du tandem belge Sidi Larbi Cher-kaoui et Damien Jalet, qui clôt ainsi sa trilogie sur l’identité et les religions après Eoi (2003) et Myth (2007).Beau chaos Treize nationalités, quinze langues et sept religions convergent dans cette pièce pour dix-huit danseurs-perfor-meurs et musiciens qui a fait le tour de l’Europe et débarque à la Place des Arts jeudi pour trois soirs seulement.Un microcosme du mythe de Babel, inscrit dans les gènes mêmes du spectacle.Microcosme aussi de nos sociétés modernes qui tentent d’intégrer tant bien que mal leurs immigrants.«Dans Babel, chaque personnage est un individu, mais aussi un avatar de sa propre culture; ça crée une tension», résume Sidi Larbi Cherkaoui, lui-même Belge-Marocain de langue néerlandaise.La division linguistique et politique de la Belgique a d’ailleurs contribué à la gestation de ce projet artistique.«On [avec Damien Jalet, Franco-Belge] travaille harmonieusement ensemble depuis 11 ans, même si on vient de communautés différentes», dit-il.Selon le mythe de la Genèse, Dieu punit les humains qui ont voulu ériger une tour TOUT DwBtoteCliaiBP»©* jufie SOIRS 4AIJ1S0CI01««^Î_ > /¦ Une création DU THÉÂTRE SANS DIRE laplacedesarts.com 514 842 2112/1 866 842 2112 MAARTEN VANDEN ABEELE Babel illustre bien la quête de dialogue des cultures du duo chéri de la danse belge, Sidi Larbi Cherkoui et Damien Jalet.s’élevant jusqu’au ciel en les condamnant au chaos des langues multiples.Transposée dans un processus créatif, l’épreuve s’est avérée un réel défi.«C’était un vrai challenge de trouver une langue commune», confie au Devoir Damien Jalet.«Juste pour compter [les temps de la danse], c’était le bordel, personne ne comptait pareil.U y en a même un qui faisait des bruits au lieu de compter!», raconte Francis Ducharme, l’interprète québécois du groupe, à propos du processus de création du spectacle, encore impressionné par le mélange des cultures, des langues et des parcours dans lequel il baigne depuis deux ans.Le monde de la danse est souvent un petit concert des nations, puisque le corps est son premier langage.Reste qu’en répétition, on se rallie habituellement à l’anglais, nouvel espéranto.Sauf ici, puisqu’il s’agissait du propos même de l’œuvre de convoquer le beau chaos des langues.«Ce n’était vraiment pas facile, confirme Cherkaoui, mais quand la patience était là, les choses se passaient.Je crois qu’une des grandes maladies de notre temps, c’est qu’on n’a plus de patience.» Langage et territoire La lecture du mythe a bien sûr été revue par les deux chorégraphes dans ce Babel du XXL siècle.«La diversité culturelle n’est pas qu’une punition, c’est aussi une richesse», tranche Larbi Cherkaoui.«Les gens se révèlent d’une autre manière quand ils parlent leur propre langue», poursuit Damien Jalet, pâmé devant la variété des locutions humaines et leurs tonalités.Il évoque sa scène préférée, où chaque interprète défend sa langue avec vigueur (et humour), ce qui ne manque pas de déclencher des réactions un brin nationalistes dans le public.«La scène suivante, les gens se rendent compte qu’entre la fierté nationale et le fait de penser que sa langue a des qualités supérieures, la frontière est parfois mince et que ça peut mener au pire», raconte-t-il.Cherkaoui et Jalet se sont rencontrés au sein des Ballets C.de la B.Le premier, plus analytique, le second plus intuitif, ils ont toujours gardé un lien artistique.Artiste en résidence au Toneelhuis à Anvers et artiste associé au Sadlers’s Wells de Londres depuis 2008, Cherkaoui a fondé sa propre compagnie, Eastman vzw, en 2010.Pour les deux cocréateurs, Babel traite autant de langage que des frontières in- visibles de l’identité, de territoires — celui de Dieu envahi par l’homme, mais celui aussi des cultures.En écho à ces frontières invisibles, l’artiste britannique Anthony Gormley — le même qui avait signé la scénographie géniale de Sutra, pièce précédente de Larbi Cherkaoui — a créé des armatures cubiques géantes (sans murs) que les danseurs-performeurs manient au gré de la pièce.«Quand on met les mots “langage” et “territoire” ensemble, ça crée une énergie et une violence énormes.Le pari était de traduire ça physiquement», dit Damien Jalet, qui relate le passage troublant de la pièce à Beyrouth, tiraillé depuis des décennies par ses identités culturelles et religieuses multiples.L’œuvre oscille ainsi entre trouble et harmonie, entre gravité et humour aussi, au fil de la danse, du jeu théâtral, de la musique et du chant.«On ne parle pas la même langue, mais ce qui nous relie, c’est le rythme», résout Francis Ducharme.Quoique même les musiciens — italiens, indiens, japonais — ne s’entendaient pas au départ sur les questions de rythme.Pas de résolution définitive, donc.Mais à force d’échanger sur un sujet commun, d’harmoni-ser les voix, la musique, qui va des airs traditionnels turcs au kodo japonais, aplanit les discordances, jusqu’à prendre une dimension littéralement chorale, dans des chants polyphoniques médiévaux.«Il s’est créé une sorte de pulsation de vie commune à tous; on a tous un cœur qui bat, note Cherakoui.L’idée de parler du rythme nous a rapprochés beaucoup.» Prêts pour une petite révolution par l’art vivant?Le Devoir BABEL Production de la compagnie Eastman vzw présentée par Danse Danse du 29 septembre au 1" octobre au théâtre Maisonneuve de la Place des Arts, le 3 octobre au Grand Théâtre de Québec et les 5 et 6 octobre au Centre national des arts â Ottawa.Cantate de guerre texte Larry Tremblay mise en scene Martine Beaulne 20 septembre au 15 octobre une création du Centre du Théâtre d’Aujourd’hui Consoil dos art$ at dos lotiras Québec ii Conseil des Arts Canada Council du Canada for tho Arts cyberpresse.ca direction artistique Marie-Thérèse Fortin informations et reservations 3900, rue Saint-Denis, Montréai QC H2W 2M2 theatredaujourdhui.qc.ca/cantate 514-282-3900 Paul Ahmaran Mikhaïl Ahoojâ Abdeighafour Elaaziz Frédéric Lavaiiée Mathieu Lepage Philippe Racine Denis Roy coiiaborateurs Stéphanie Capistran-Lalonde Marie-Christine Lesage ^ Anick La Bissonnière Daniei Fortin Ciaude Cournoyer Ludovic Bonnier Juiie Measroch François Cyr Huy Phong Doan partenaires de saison Québec Le Devoir DMO croupe financier LE DEVOIR, LES SAMEDI 24 ET DIMANCHE 25 SEPTEMBRE 2011 E 5 CULTURE f DUNNARA MEAS Le comédien Serge Merlin Festival international de littérature \lExünction de Merlin Le comédien français vient livrer à Montréal le dernier roman de Thomas Bernhard CATHERINE LALONDE en Autriche, «à tout Jamais».De sa voix seule, au bout du fil de l’autre côté de l’AÜan-tique, on se fait tout un théâtre.Serge Merlin, cela s’entend, s’est tenu sur de grandes scènes, y a endossé des rôles géants.Il a sarclé, de son intelligence, de cette élocution précise et modulée des acteurs français vieux style, les textes des Büchner, Dante, Beckett, Dostoïevski, Shakespeare, Genet.Entre autres.Le voilà qui porte Extinction de Thomas Bernhard, son auteur fétiche: un effondrement, ou l’ivresse par le texte.On a vu son visage sur grand écran, où il a été l’homme de verre du trop célèbre Fabuleux destin d’Amélie Poulain.Mais c’est sur les planches que Serge Merlin préfère brûler, là qu’il vient nous livrer Thomas Bernhard, son âme sœur en littérature.Il découvre l’auteur de la fin du XX® siècle d’abord par Gel (1963), premier roman qui apporte déjà à Bernhard la reconnaissance.«Je suis entré là en communication avec une pensée, un être, une sensibilité, une forme qui me touchent très, très profondément», explique Serge Merlin en entrevue, une fois que les jappements de ses chiens, déclenchés par la sonnerie du téléphone, se sont calmés.«Comme si un ami avait posé la main sur moi.Comme s’il m’avait confié une existence artistique par la forme et qu’il m’avait livré une grande, grande confidence au-delà de la mort.» Thomas Bernhard, musicien de formation, a une phrase d’une implacable musicalité, rythmée comme une obsession, longue et hypnotique.L’auteur s’est tenu, de façon parfois excessive, contre son pays, contre le pouvoir, contre la loi commune, dans une relation d’amour-haine envers son Autriche natale, y critiquant la religion, la culture, les valeurs national-socialistes, l’implication nazie de la Seconde Guerre mondiale.Au point de changer, deux jours avant sa mort en 1989, ses dernières volontés, afin qu’aucun de ses écrits ne puisse être diffusé Thomas Bernhard, musicien de formation, a une phrase d’une implacable musicalité, rythmée comme une obsession Exagérez, il en restera quelque chose Extinction.Un effondrement est le dernier roman signé Thomas Bernhard, écrit trois ans avant sa mort.«Il l’a achevé avec la conviction d’avoir porté au plus haut son art de l’exagération qu’il tient pour ‘fart de surmonter l’existence”, a écrit Pierre Assouline sur le blogue du Monde, dans sa critique très positive du spectacle, avec une puissance comique inégalée, épuisant toutes les possibilités du monologue pour décomposer et désagréger sa petite société.Thomas Bern-hard et Serge Merlin sont désormais indissociables.Tous deux exagèrent à l’unissçn.» Extinction?À la mort de ses parents et de son frère, le personnage de Murau dilapide, en une longue spirale de souvenirs, tous les héritages familiaux, l’empreinte nazie indélébile y comprise.Serge Merlin a eu l’intuition de l’incarnation à’Extinction.«Voilà une oeuvre d’art qu’il faudrait porter au théâtre, où le personnage serait seulement à la fin de l’œuvre, car c’est là qu’il y a son secret, cette fortune atroce, faite du sang le plus impur de l’Europe, cette découverte de cette dimension spirituelle néfaste dans laquelle l’Europe a baigné.» C’est à la radio d’abord que vivra l’idée, en avril 2009, poussée par Blandine Masson.«Elle n’est pas metteure en scène, elle ne pouvait la porter au théâtre, et tant mieux, puisque cette forme, cette lecture radio a été ainsi découverte.Je suis seul sur le plateau, à une table, je découvre Extinction, comme vous, en le lisant—des traits seulement, hein, car vous avez vu la densité [510 pages].» Des capsules sonores, enregistrées de la voix de Merlin, comme autant de cartes postales sonores, parlenf de l’extérieur, de ce persoimage en mutation.Serge Merlin a déjà joué Bernhard — Minetti, Le neveu de Wittgenstein, Le réformateur, etc.Quelle différence entre son théâtre et ses livres?«Ses pièces sont très ingrates, inabordables.On ne peut les pénétrer.Il n’y a que par le rôle, qui est en général massif et total, qui forme la trame et la construction même de l’œuvre, que par ce personnage qu’on peut entrer à l’intérieur de cette chose.Il faut se servir du rôle comme d’un ouvre-boîte.» L’acteur cherche sa pensée tout en la disanf réfléchit, s’envole soudain.«On entre à l’intérieur de ce ïesrte, on ne sait pas où on est.On est en rage contre l’écrivain.A force de rage, on a des morceaux de textes partout dans la tête et des horreurs de disputes avec la construction.On assiste intérieurement à un grand pugilat, un combat épouvantable dans lequel on est en lambeaux, tandis que le texte, lui, est en haillons, si on le travaille vraiment, je veux dire si on le laboure, si on le prend à bras-le-corps, tel qu’il demande à être pris, parce que ce sont des textes de grandes fureurs.Si on le prend comme ça, il y a un instant où une espèce de clarté, un soleil très fin du matin, s’opère.Et alors vous êtes “rédemptés” et vous pouvez, avec le personnage, pratiquement réécrire certains passages du t^e qui ne sont pas dans votre âme à vous.Vous allez vers le personnage et le personnage vient vers vous.» Et l’auteur, aussi, vient à vous.Le Devoir EXTINCTION D’après Thomas Bernhard.Réalisation de Blandine Masson et Alain Françon, avec Serge Merlin.Au théâtre Prospero, du 26 septembre au 1®" octobre dans le cadre du FIL.MEDIAS Ici Radio intello STEPHANE BAILLARGEON Un portrait du critique littéraire Jean-Pierre Issenhuth par deux écrivains l’ayant bien coimu, Yvon Rivard et François Hébert.Une heure avec Marc Lapprand, directeur de l’édition des œuvres de Boris Vian dans La Pléiade.Des lectures de poèmes par leurs auteurs mêmes, Geneviève Gosselin, Nicole Richard, Denise Desautels.Le site gratuit Radio Spirale, fondé il y a six ans à l’initiative de la revue culturelle Spirale, propose déjà plus de 150 rencontres du genre, surtout avec des écrivains.Seulemenf 2005, pour cet qutre monde, c’est le Moyen Age, ou tout comme; alors, ra-diospirale.org s’est refait une grande beauté, avec flux RSS, capsules vidéo, baladodiffusion et autres belles bébelles technologiques, toujours au service de la culture.Le lancement officiel du site «lifté» aura lieu jeudi prochain, à Montréal.«On jouait sur le mot “radio”, mais en fait, c’est vrai, on proposait surtout des extraits sonores, des entretiens, des tables rondes, des conférences ou des débats, explique Patrick Poirier, directeur de la revue Spirale.Le nouveau site tient compte des mutations technologiques et offre plus de possibilités de diffusion.Ce qu’on lance aussi, c’est un nouvel espace de diffusion détaché du magazine, vu la quantité de partenaires qui se sont rattachés au projet au fil des années.» La première capsule audio mise en ligne en 2005 proposait la captation d’une discussion avec l’homme de théâtre Wajdi Mouawad à la librairie Olivieri, lieu précieux de la vie culturelle montréalaise.Radio Spirale fédère maintenant 11 autres partenaires, chacun responsable de ses contenus, dont la Maison de la poésie, la revue de théâtre Jeu, les éditions du Noroît, la Galerie de l’UQAM et le Centre de recherche interuniversitaire sur la littérature et la culture québécoises, également coordonné par Patrick Poirier.Le collectif finance les activités, qui coûtent deux ou trois dizaines de milliers de dollars par année et exigent beaucoup, beaucoup de bénévolat.Le Web permet tout et ose donc ça aussi.Il existe en fait une profusion de sites littéraires et culturels passionnants.Arts & Letters Daily {al-daily.com) filtre la production de centaines de magazines et de revues de qualité.Laviedesi-dées.fr se présente comme «un magazine international d’analyse et d’information sur le dé- bat d’idées».Patrick Poirier cite Salon double, «l’observatoire de la littérature contemporaine», une création québécoise.Il suit avec intérêt le tout nouveau tout beau portail Zone d’écriture de Radio-Canada.Résistance culturelle «Je ne connais rien de semblable à notre modèle de regroupement, ajoute toutefois le directeur.Une des choses qu’on répète depuis la naissance de Radio Spirale, c’est notre volonté de combler un manque, ou un vide laissé par la disparition de l’ancienne Chaîne culturelle de Radio-Canada, devenue Espace musique.Cette chaîne répondait à un besoin et nous tentons de le satisfaire un peu, tout en ne pouvant évidemment pas prétendre combler un tel manque.Des radios communautaires aident aussi.Ce serait quand même le rôle de la radio d’Etat de remplir cette fonction, de relayer la vie culturelle et intellectuelle du pays.» Les intellos n’ont toujours pas digéré la disparition de la Chaîne culturelle.Les contre-exemples de PBS, de la BBC ou de France-Culture stimulent leurs frustrations.Il faut cependant préciser que les radios publiques allemandes, britanniques ou françaises jouissent de budgets beaucoup plus élevés que Radio-Canada, même si l’argent ne peut justifier tous les choix.Pour le directeur de l’intellectuelle revue Spirale, la continuité et le renouveau du pauvre et petit site de diffusion s’inscrit d’ailleurs dans la persistance d’une téméraire «résistance culturelle».La formule empruntée à la revue Liberté propose de «s’opposer tant au bavardage médiatique qu’au murmure marchand ambiant».Dans un éditorial sur le thème publié dans le récent numéro 236, Patrick Poirier redit que cet espace consacré aux marges et aux franges, à cette «autre voie», veut encourager la participation à «une vie intellectuelle et culturelle trop souvent méprisée par l’industrieuse culture du divertissement».Et tout ça pour qui?«Pour tous ceux que la culture intéresse, répond finalement le directeur.Les événements à la librairie Olivieri ou les tables rondes des Rencontres des écrivains peuvent être suivis par ceux qui n’ont pu y assister.Nous recevons des commentaires élogieux de France ou d’aussi loin que la Corée.[.] On parle toujours du rayonnement de la culture québécoise.Eh bien, voilà un moyen de plus pour aider à la faire connaître.» Le Devoir ¦ BABEL
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