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Titre :
Interface : la revue de l'ACFAS
Éditeur :
  • Montréal (Québec) :Association canadienne-française pour l'avancement des sciences,1984-2000
Contenu spécifique :
Cahier 1
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
six fois par année
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Bulletin de l'ACFAS
  • Successeur :
  • Découvrir (Montréal, Québec)
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Interface : la revue de l'ACFAS, 1984-11, Collections de BAnQ.

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5^5 2,50 $ LA REVUE DES CHERCHEURS ^ numéro 5 Novembre-Décembre 1984 iTSITERFACE I Langue d'enseignement et francisation Biomasse et énergie au Québec Les forces politiques au Québec L'épistémologie pédagogique Mr^ Face à face: GÉRARD BOUCHARD Le télescope de l'histoire XvXvXt.vvivX.Xv:*:':';1 L es Cahiers c le l’ACFAS 14 Cahiers de l'ACFAS DERNIERES PARUTIONS Cahiers de l'ACFAS U charte canodienne des droits et I et loa droits colloctlts ot sociaux Cahiers Cahiers de l’ACFAS de l’ACFAS Cî-rs.9 > ¦ FEMME DE SCIENCE 12*~ Colloque Auguslin-Frigon \ 1M2 Novembre 1983 ÉCOLE POLYTECHNIQUE DE MONTRÉAL roicoureos humnlnor.Cahloro ssanco àconomlquo do l’ACFAS Recherches gérontologie -u 1 wt à alilMl En vente aux PRESSES DE L’UNIVERSITE DU QUEBEC C.P.250, Sillery, Québec G1T 2R1 Tél.: (418) 657-3551, poste 2860 Sans frais d’interurbain: 1-800-463-4799 Joindre votre paiement en incluant 1,75 $ pour les frais d’envoi. O R E INTERFACE / NOVEMBRE-DÉCEMBRE 1984 S Face à face GÉRARD BOUCHARD propos recueillis par Jean-Marc Gagnon 8 LANGUE D'ENSEIGNEMENT ET FRANCISATION 13 par Robert Maheu BIOMASSE ET ÉNERGIE AU QUÉBEC 18 par Paul Bussière LES FORCES POLITIQUES AU QUÉBEC 22 par Alain G.Gagnon L'ÉPISTÉMOLOGIE PÉDAGOGIQUE, UN MOYEN D'INTÉGRER LA RECHERCHE À L'ENSEIGNEMENT par Jacques C.Bergeron et Nicolas Herscovics 27 I Éditorial par Roland Doré Science et politique LES MUSÉES SCIENTIFIQUES AU QUÉBEC par Jean-Claude Guédon 33 Modem LA RECHERCHE EN SCIENCES SOCIALES PLAIDOYER POUR UNE CERTAINE COERCITION 35 Gros plan LE LABORATOIRE D'OPTIQUE À L'UNIVERSITÉ LAVAL: DES RECHERCHES APPLIQUÉES À LA FORMATION DES CHERCHEURS par Yvan Ouellet 38 100°C SUR LES CHEMINS DE L'ÉCOLE: DU CONGO À MONTRÉAL, VIA LENINGRAD par Clotaire Moulounda 41 Science-inter par Céline Belzile 42 Subventions et bourses 48 A suivre 50 Sources par Jacques Thériault 53 Chercheurs recherchés 54 Édition: Association canadienne-française pour l'avancement des sciences Directeur: Guy Arbour Conseil à l'édition: Jean-Marc Gagnon/Science-Impact Rédaction: Sophie Malavoy Publicité: Jacques Bertrand Conception et réalisation graphiques: Norman Dupuis Illustrations: Jacques Goldstyn Photo de la page couverture: Guy Perreault (commandité par le Fonds FCAC) Courrier de deuxième classe Enregistrement n° 6489 9 novembre 1984 Dépôt légal: Bibliothèque nationale du Québec, quatrième trimestre 1984 ISSN: 0826-4864 Revue sans but lucratif, INTERFACE fait suite au Bulletin de l'ACFAS et est publiée bimestriellement à l'intention des membres de la communauté scientifique par l'Association canadienne-française pour l'avancement des sciences, avec l'aide du ministère de la Science et de la Technologie du Québec.Les articles d'INTERFACE peuvent être reproduits sans autorisation à condition que l'origine en soit mentionnée.Pour toute demande de renseignements, s'adresser à L'ACFAS, 2730, Côte Ste-Catherine, Montréal (Québec) H3T 1B7.TéL: (514) 342-1411. INTERLIGNE INTERFACE / NOVEMBRE-DÉCEMBRE 1984 INTERFACE invite ses lecteurs à lui faire part de leur opinion sur un sujet abordé dans la revue ou une question touchant l'actualité scientifique.Les textes doivent être signés et leur longueur ne doit pas excéder une page et demie (dactylographiée à double interligne).Prière de les adresser à INTERFACE, 2730, Côte Ste-Catherine, Montréal (Québec) H3T 1B7.Dans votre numéro de septembre-octobre, vous posez la question: «Faut-il abolir les CÉGEPS?» Remarquez qu'il aurait été préférable d'écrire «ce»«GEPS, à la place de «cé»GEPS, car il s'agit des collèges d'Ensei-gnement et non pas d'enseignement.Mais peu importe! Comme vous l'indiquez: «Il n'existe pas d'évaluation objective de l'adéquation de la formation collégiale aux cours universitaires».Dans ces circonstances, il m'apparaît quelque peu présomptueux de parler de «vice structurel».Ainsi, quelle est l'influence de la structure sur la qualité des intervenants qui en sont responsables?Les personnes responsables peuvent-elles influencer la qualité de la structure?Qu'est-ce qui fait qu'un collège soit mieux coté qu'un autre?Et, qu'est-ce qui fait qu'une université soit mieux cotée qu'une autre (jamais ouvertement!) par les employeurs de notre province?Il y a guère plus de 50 p.cent des professeurs de nos universités francophones qui possèdent un doctorat, et quel est le pourcentage de ces professeurs admissibles aux subventions de recherche fédérales qui soumettent des demandes?Et combien de ces professeurs ont recyclé leurs notes de cours récemment?Quant aux avantages que vous attribuez au transfert d'une année de formation collégiale au premier cycle universitaire, je ne suis pas emballé par le perspective de voir les jeunes chercheurs (Ph.D.) engloutis par des opérations de «maternage» et de «spoon feeding» sur l'art de calculer un écart-type, ou bien sur l'énumération des 88 exemples d'intégration par partie.Car il ne faudrait pas s'imaginer que cette nouvelle clientèle bénéficierait de l'expérience des titulaires ou des chercheurs chevronnés.Pour ce qui est du rattrapage des fonds de recherche, vous devez réaliser qu'il ne s'agit pas de développer par «le bas», mais bien «le haut», c'est-à-dire en formant des docteurs.Enfin, les structures que se donne une société sont, nous dit-on, le reflet de ce qu'elle est.Or, en y réfléchissant quelque peu, se pourrait-il que la structure de notre système d'éducation, élaborée par quelques sages, exige une maturité qui devance encore pour quelque temps le degré atteint par notre société, y inclus ceux qu'on identifie comme ses élites?Robert Stampfler Professeur U.Q.T.R.N.D.L.R.Permettez-moi d'abord de souligner que l'abréviation CEGEP est devenue un substantif qui prend alors l'accent aigu et qui peut prendre la marque du pluriel.Comme nous utilisions le terme «cégeps» avec un «s» final, il devenait manifeste que c'était le substantif qui était utilisé et qu'à ce titre, l'accent était requis (Guide pratique de correspondance et de rédaction, Éditeur officiel du Québec, Québec, 1976, p.71).Mais, comme vous dites, peu importe.Vos commentaires mettent en évidence le caractère euphémique du qualificatif «structurel» que nous avons utilisé, alors que les personnes responsables sont peut-être, comme vous le taisez entendre, davantage mises en cause.Quant au maternage que vous évoquez, auquel seraient relégués les nouveaux Ph.D.engagés à l'université, il relève, à plus proprement parler, d'un vice structurel, celui de la dictature de l'ancienneté à l'université.À propos du rattrapage des fonds de recherche, notre hypothèse était qu'en formant plus de baccalauréats, on obtiendrait plus de docteurs.Mais le lien, nous vous le concédons, n'est peut-être pas aussi évident.Le cas échéant, on obtiendrait vraisemblablement de meilleurs docteurs.G.A.N.D.L.R.Dans le numéro de septembre-octobre d'INTERFACE, nous avons omis d'indiquer que la photo de Nadia et Daniel Thalmann, publiée page 8, avait été prise par Françoise Lemoyne. E INTERFACE / NOVEMBRE-DECEMBRE 1984 LA CULTURE SCIENTIFIQUE ET TECHNIQUE FACE AU VIRAGE TECHNOLOGIQUE par Roland Doré Roland Doré est directeur de l'École Polytechnique de Montréal et président du conseil d'administration de la Maison des Sciences et des Techniques de Montréal.?Comprendre l'être humain et la réalité au sein de laquelle il vit, telle est l'essence de la culture.Dans notre monde moderne, la science et la technique ont bien évidemment leur place dans cette réalité.Peut-on alors parler de culture sans y inclure une forte composante de sciences et de techniques?La culture scientifique et la culture technique touchent des réalités complémentaires mais distinctes.La science a pour objet la connaissance et la compréhension de la vie et des phénomènes naturels, tandis que la technique utilise cette connaissance pour réaliser des produits, des constructions et des systèmes.La culture S & T permet de comprendre l'être humain, son milieu de vie et son organisation sociale.Elle permet également de saisir l'impact des développements technologiques sur la qualité de la vie et de l'environnement, donc d'en évaluer l'utilité ou les méfaits.Elle donne accès à une participation éclairée des citoyens aux grandes décisions socio-politiques: politiques de défense nationale, politiques énergétiques (option nucléaire versus les autres options), politiques de développement de la biotechnologie, politiques de vulgarisation de la S & T, etc.La culture S & T procure aussi une préparation plus complète des individus lors de leur intégration au marché du travail.Dans les civilisations anciennes comme celles de la vallée de l'Euphrate, de l'Égypte et de l'Amérique des Incas et des Mayas, le savoir S & T était généralement détenu par une caste de prêtres-scientifiques ou de prêtres-ingénieurs qui fondaient leur pouvoir sur ce savoir.La révolution industrielle des 18e et 19e siècles a entraîné une certaine démocratisation des S & T.Mais l'accroissement exponentiel des connaissances découlant de l'accélération des découvertes scientifiques et des innovations technologiques risque fort d'accentuer le phénomène d'appropriation des connaissances par des groupuscules.De plus, le savoir le plus utile et le plus «exploitable» appartient traditionnellement au secteur privé qui, a priori, ne tire aucun avantage à le divulguer.Devant cet hermétisme, certains proposent lai vulgarisation ou la démocratisation du savoir, d'autres I en réclament la divulgation et la diffusion et d'autres encore en exigent la démystification et la démythification.Dans un souci de pragmatisme, le Comité de la culture S & T, mis sur pied récemment par le Conseil de la Science et de la Technologie du Québec, préfère parler de partage des connaissances S & T.Le Comité propose d'ailleurs un mécanisme de partage comprenant des émetteurs et des récepteurs et définissant les interactions entre ces deux groupes.Ce mécanisme est illustré ci-dessous.Émetteurs moyens de b transmission Récepteurs j k moyens de r retroaction Les détenteurs du savoir doivent s'inscrire dans ce mécanisme de partage en devenant des émetteurs.Les moyens mis à leur disposition sont nombreux: médias, pavillons de S & T, musées, expositions, portes-ouvertes, événements publics, groupes de loisirs S & T, etc.D'autres moyens de transmission des connaissances seront sûrement créés.Quant aux moyens de rétroaction des récepteurs vers les émetteurs, bien peu de possibilités sont offertes actuellement.Plusieurs intervenants se répartissent les responsabilités de partage des connaissances.D'abord les scientifiques, les ingénieurs et les technologues qui, en plus de publier dans une forme adéquate pour les revues savantes, se doivent de diffuser le fruit de leur réflexion dans un langage et dans des médias accessibles soit à des vulgarisateurs, soit directement à des récepteurs.Nos chercheurs universitaires ont certainement des actions à entreprendre à cet effet.Combien d'idées originales restent inconnues ou inexploitées parce qu'elles sont divulguées dans un jargon hermétique ou sous une forme rébarbative?Cette responsabilité de diffusion incombe également aux gouvernants qui peuvent favoriser l'éclosion de la culture S & T en revalorisant l'enseignement des sciences et des techniques, particulièrement aux niveaux primaire et secondaire.La transmission formelle des connaissances à ces niveaux constitue un préalable essentiel à la formation des citoyens avertis et avides de savoir.D'ailleurs, le message du Conseil des sciences du Canada dans son dernier rapport «À l'école des sciences» est tout à fait explicite à ce sujet.De plus, nos gouvernements peuvent servir de catalyseurs dans le partage des connaissances S & T en favorisant l'émergence de moyens de transmission plus efficaces.Ainsi, la création prochaine par le gouvernement du Québec, la Ville de Montréal et le secteur privé, de la Maison des Sciences et des Techniques sur l'île Sainte-Hélène traduit bien ce type de catalyse.I; INTERFACE / NOVEMBRE-DÉCEMBRE 1984 AVIS AUX AUTEURS Le secteur privé, quant à lui, a la responsabilité d'exposer davantage sa science et sa technologie au profit du public.Il recèle des richesses qui peuvent en grande partie être dévoilées.Certaines expériences timides sont actuellement poursuivies en ce sens et méritent d'être encouragées.L'entreprise privée se doit aussi de participer à la mise sur pied et au maintien des sites de vulgarisation tels les salons, les expositions, les musées et les centres scientifiques et techniques.Cette pratique assez vivante au Canada, en particulier au Québec, doit être encouragée avec énergie.Enfin, les récepteurs eux-mêmes doivent fournir une rétroaction accrue aux émetteurs et aux gouvernements quant à leurs besoins et leurs attentes en termes de contenus et de moyens de transmission.Nous n'en sommes qu'au défrichement.La participation à l'élaboration de moyens de transmission des connaissances incombe également aux récepteurs.Notre mode de vie et notre économie s'appuieront davantage dans le futur sur des réalisations scientifiques et techniques.Se préparer à un tel avenir dans un monde irréversiblement engagé dans un virage technologique requiert une sensibilisation aux réalités nouvelles.Dans ce monde, l'esprit cultivé doit indiscutablement s'ouvrir aux sciences et aux techniques.?INTERFACE est une revue multidisciplinaire bimestrielle (relâche en juillet-août) éditée par l'ACFAS pour les membres de la communauté scientifique.Elle publie des articles de recherche de même que des interviews, des opinions et des informations générales sur la recherche et les chercheurs.Il n'est pas nécessaire d'être membre de l'ACFAS pour y contribuer.Les textes publiés n'engagent que les auteurs et ne représentent pas nécessairement la position de l'ACFAS.Les articles de recherche doivent faire état, autant que possible, de développements inédits, et situer la recherche dans un contexte plus vaste, intéressant un public érudit.Les travaux ayant déjà fait l'objet de publications pourraient être retenus si l'auteur établit une synthèse d'une recherche donnée.Tout article est systématiquement soumis à deux arbitres, trois en cas de litige.Sa clarté et son accessibilité constituent également des critères d'acceptation.Le sujet doit être introduit de façon à faire ressortir l'importance et l'intérêt des travaux effectués, comme leurs implications sociales, économiques et politiques.Il est opportun de situer la recherche par rapport aux autres travaux scientifiques et d'indiquer, le cas échéant, les limites atteintes et les prochaines étapes.Les chroniques «Science et politique» et «Modem» sont ouvertes à ceux et celles qui veulent commenter respectivement les affaires de politiques scientifiques et les questions de fond touchant la recherche.La chronique «100°C» est une tribune largement ouverte aux étudiants diplômés qui désirent communiquer leurs expériences ou préoccupations.L'Éditorial est généralement rédigé sur invitation à partir des préoccupations du comité exécutif de l'ACFAS.Il ne représente pas nécessairement la position de l'Association.Toute personne peut toutefois proposer un projet d'éditorial.L'interview «Face à Face», la revue des livres «Sources», les capsules d'information «Science Inter» et la chronique «Gros Plan» sont du ressort de l'équipe de rédaction d'INTERFACE.Les lettres des lecteurs sont publiées dans «INTERLIGNE» avec les réserves de circonstance touchant les propos diffamatoires ou non fondés.Enfin, les chroniques «Subventions et bourses», «A suivre» et «Chercheurs recherchés» sont ouvertes à toute personne ou organisme désireux de rejoindre la communauté scientifique. INTERFACE / NOVEMBRE-DÉCEMBRE 1984 NORMES DE RÉDACTION FEUILLET: 25 lignes, double interligne; 60 caractères/ligne (1500 caractères/page).Passer une ligne entre chaque paragraphe.LONGUEUR DU TEXTE: Article de 3 pages : 12 feuillets + 20 lignes Article de 4 pages : 17 feuillets et demi Article de 5 pages : 22 feuillets Science et politique : 4 à 8 feuillets Modem : idem 100°C : 4 feuillets TITRES: Indiqués en haut de page (hors texte).Spécifier les accents.SOUS-TITRES: En lettres majuscules.GRAPHIQUES, ILLUSTRATIONS, PHOTOS, TABLEAUX: Doivent être d'une qualité professionnelle.1 feuille pour chaque illustration, tableau, etc.Indiquer le numéro, le titre du tableau et la légende pertinente.Ne jamais rien écrire sur les photos.Inscrire l'information au dos de celles-ci sur une étiquette.Soustraire 1 page et 1/6 de texte pour chaque figure, illustration ou tableau fourni.PHOTO D'IDENTITÉ: Une photographie d'identité est requise pour les articles de recherche ( format 3 1/2" X 5").Joindre quelques notes biographiques.COPIES REQUISES: Quatre.Pour les graphiques, illustrations, etc., un seul original suffit (joindre cependant trois copies).ABRÉVIATIONS, NOMENCLATURE ET SYMBOLES DES UNITÉS DE MESURE: Les abréviations, la nomenclature et les symboles des unités de mesure doivent se conformer aux normes internationales.Les unités métriques (SI) et les décimales doivent être utilisées dans la mesure du possible.Ne pas faire suivre d'un point les abréviations «mm, kg, ME, Hz», etc.RÉFÉRENCES: 1.Toute référence à un ouvrage dans le texte doit être identifiée par un chiffre supérieur sans parenthèse renvoyant aux références en fin de texte.2.La liste de toutes les références qui ont servi à la préparation du manuscrit doit être présentée à la fin du texte à la rubrique Références, par ordre de numérotation.3.La référence à un livre est présentée selon le modèle suivant: Ardoino, Jacques, Propos actuels sur l'éducation, 6ème édition, Paris: Gauthier-Villar, 1978.4.La référence à un article de revue est présentée selon le modèle suivant: Rukalski, Sigmund, Une critique raisonnée de l'approche fonctionnelle, Revue des sciences de l'éducation, vol.VI, n° 2, printemps 1980, pp.267-277.Herscovics, Nicolas et Jacques C.Bergeron, La Formation des enseignants à l'analyse conceptuelle et didactique de la mathématique, Revue des sciences de l'éducation, vol.VIII, n° 2,1982, pp.293-311.Pour plus de renseignements, prière de contacter: Sophie Malavoy ACFAS Tél.: (514) 342-1411 INTERFACE / NOVEMBRE-DÉCEMBRE 1984 Gérard Bouchard LE TÉLESCOPE DE L'HISTOIRE propos recueillis par Jean-Marc Cagnon Gérard Bouchard est directeur de la Société inter-universitaire de recherche sur les populations (SOREP) et professeur à l'Université du Québec à Chicoutimi depuis 1971.Après une maîtrise en sociologie à l'Université Laval en 1968, il devenait boursier du Conseil des Arts du Canada, du gouvernement français et du ministère de l'Éducation du Québec et complétait un doctorat de 3e cycle en histoire à l'Université de Paris (Nanterre).Les sciences humaines, c'est bien connu, ne disposent pas de laboratoires dans lesquels on pourrait enfermer et observer, par exemple, toute une société.Grâce au travail ardu de Gérard Bouchard et son équipe, le Québec dispose maintenant d'un fichier qui permet de reconstituer et de croiser les variables de la population de la région du Saguenay-Lac-Saint-Jean et, d'ici une dizaine d'années, de celle de Charlevoix, ainsi que d'une partie de la Côte-Nord et du Bas-Saint-Laurent.En plus de son intérêt historique et démographique évident, ce fichier sert également, depuis 1980, à la recherche sur les maladies héréditaires.D'autres applications sont à venir.Car ce fichier qui est appelé à courir sur trois siècles est l'équivalent du premier télescope: on ignore encore ce qu'on va y voir, mais on est certain d'y voir des choses jamais vues.«L'idée du village blotti autour de son clocher et peuplé de vieilles familles enracinées depuis des générations en s'y transmettant les mêmes valeurs, l'idée sur laquelle on fonde cette autre idée que les cultures villageoises sont très homogènes et très stables, n'a aucun fondement.Au contraire, on pourrait presque affirmer que les populations rurales pré-industrielles étaient plus mobiles que les populations urbaines.«L'affirmation est aussi valable pour les vieilles sociétés que pour les nouvelles, pour le Saguenay, pour le Québec et, semble-t-il, pour la plupart des sociétés rurales en Occident.«A mon sens, la découverte de la mobilité, de l'instabilité des populations rurales pré-industrielles est une des plus importantes découvertes de l'histoire sociale et, peut-être, des sciences sociales et ce, depuis les vingt dernières années.«C'est d'ailleurs la découverte de toute une génération scientifique.Par exemple, la question de l'étude des systèmes de transmission constitue un chapitre très important des manuels de sciences sociales sur les sociétés rurales.À la fin du 19e siècle, celui qu'on appelle (à juste titre, d'ailleurs) le père de la sociologie québécoise, Léon Gérin, a publié une monographie intitulée: «Le Paysan de Saint-Justin».Selon Gérin, l'objectif du paysan était de transmettre en intégrité le «domaine plein» à sa descendance et toutes ses stratégies visaient l'atteinte de cet objectif.Vérification faite, deux générations plus tard, la famille du paysan observé par Léon Gérin était complètement disparue du village! «En fait, en ce qui concerne les recherches que nous poursuivons sur la population du Saguenay-Lac-Saint-Jean, les données confirmant l'extraordinaire mobilité de la population rurale au 19e siècle sont assez accablantes pour un partisan du «village immobile».entre 1850 et 1860, pratiquement la moitié de la population avait changé de résidence, 20 p.cent avaient quitté la région elle-même et la population d'un village va se renouveler presque complètement dans une période d'environ 40 ans! La notion, par exemple, de «famille-souche» est tout à fait illusoire.Le nom, bien sûr, était transmis et les biens également.Sur une famille de dix enfants, un seul des fils héritait de la terre, deux des filles pouvaient épouser l'un ou l'autre des voisins.Qu'arrivait-il aux sept autres enfants?Ils s'en allaient ailleurs! Comment peut-on parler de stabilité quand 70 p.cent des enfants d'une famille se trouvent dispersés?Les gens étaient tout simplement obligés d'émigrer parce que la croissance démographique dépassait largement le rythme des défrichements.On se heurtait très tôt aux frontières de oekoumène disponible.Nous sommes victimes de l'illusion produite par quelques filiations-témoins.» Celui qui énonce ces affirmations inattendues est un chercheur de quarante ans à peine: Gérard Bouchard.Un jeune chercheur d'une jeune université: l'Université du Québec à Chicoutimi.«Je reprochais à la sociologie de dissocier l'objet social.» À 40 ans, Gérard Bouchard est en train de consacrer sa vie entière à la poursuite de ce qu'il qualifie lui-même de «rêve scientifique».Un rêve qui lui est venu tout droit de sa thèse de doctorat ou, plutôt, de l'insatisfaction que lui avait laissée sa thèse, une thèse achevée en deux ans au lieu de trois et publiée à Paris, sitôt défendue.Séduit par une invitation de l'historien Robert Mandrou à venir étudier un village français du 18e siècle («Ça aurait pu être n'importe quel village, ce fut Sennely-en-Sologne.»), l'élève choyé de ses maîtres de l'Université Laval (qui furent, entre autres, Fernand Dumont et Léon Dion) avait l'intention d'étudier tous les aspects d'une société considérée en tant qu'entité globale. INTERFACE / NOVEMBRE-DÉCEMBRE 1984 «Ce que je reprochais à la sociologie, du moins à celle que j'avais pratiquée, était de dissocier constamment l'objet social, de découper les comportements, puis, à mon sens, de perdre de vue ce qui est l'essentiel, c'est-à-dire les groupes, les acteurs sociaux, puis les conditions dans lesquelles ils sont obligés de vivre et les produits culturels qui y sont associés.L'étude d'un petit village permettait, du moins le pensais-je au départ, de prétendre faire le tour d'une unité sociale sous tous ses angles pour essayer de saisir ce qui est le plus important dans la vie d'une collectivité.«Mais j'ai vite déchanté: les problèmes de synthèse que pose l'étude d'une petite société sont aussi importants que ceux d'une société plus vaste.En fait, la dimension n'est pas pertinente et le problème est toujours le même: il faut recueillir des masses de données qui se rapportent aux divers comportements, aux familles, à l'économie, etc.Au fond, le nombre d'individus concernés n'est pas très important.La seule question importante demeure: quelles sont les interrelations entre toutes ces variables?» Certes, Gérard Bouchard avait réussi à montrer «le vrai visage du paysan de l'Ancien régime français» et décroché un doctorat.Mais, à la question de son directeur de thèse qui s'enquérait de sa satisfaction, il avait répondu bien honnêtement: «Non! Du point de vue quantitatif peut-être, mais pas du point de vue théorique.» «J'avais procédé de la manière traditionnelle, selon ce qu'on appelle la méthode des tiroirs: j'avais ouvert un dossier sur les données démographiques, un autre sur le cadre matériel et géographique, un autre sur l'économie, et ainsi de suite.Mais comment fondre toutes ces données de façon à raisonner scientifiquement et plus en profondeur les interactions entre les avenues du social?«On m'a offert un poste à l'Université du Québec à Chicoutimi et je suis revenu au Québec avec l'idée de reprendre l'expérience.Au fond, c'était très exactement la même idée scientifique que je poursuivais avec, en plus, un projet encore informe de construire de toutes pièces un fichier de population qui permettrait de jumeler toutes les données pour y voir plus clair.Avec des tiroirs non étanches dont on pourrait comparer et recouper les contenus avec une grande précision.» C'est ainsi qu'est née la Société inter-universitaire de recherche sur les populations (SOREP).Le but initial de SOREP était d'étudier l'évolution de la population à l'échelle de la région du Saguenay-Lac-Saint-Jean en utilisant tous les avantages de la technologie informatique.«Organiser les données de façon à voir les mêmes acteurs sous différents angles.» «L'idée d'un fichier informatisé de population permettant le jumelage des données supposait d'abord un programme de collecte considérable qui finirait par prendre la forme d'une banque de données gérée par ordinateur.Il fallait aussi et surtout assurer le jumelage automatique de ces données en les mettant constamment en convergence dans un fichier-réseau.Sans jamais perdre de vue l'ensemble, on pourrait ainsi en arriver, toujours par traitement informatisé, à constituer, par exemple, des sous-fichiers sur la criminalité, l'épidémiologie, la propriété foncière ou les croyances religieuses.On pourrait organiser les données de façon à voir les mêmes acteurs sous différents angles et non pas d'une manière éclatée comme je l'avais fait auparavant, faute d'instruments adéquats, me semblait-il.» C'était en 1972, un an après l'arrivée de Gérard Bouchard à l'Université du Québec à Chicoutimi.Prenant exemple et assistance auprès des démographes Jacques Henripin, Jacques Légaré et Hubert Charbon-neau de l'Université de Montréal, il a d'abord cherché à travailler à partir d'un échantillon de 15 paroisses.«On s'est vite rendu compte qu'en raison de la très grande mobilité (inattendue) de la population, cette approche était absolument inopérante.Pour aboutir à des résultats significatifs, il nous fallait répertorier l'ensemble de la population.C'est ainsi qu'après avoir dépouillé tous les actes de baptême, de mariage et de sépulture de la paroisse de Laterrière de 1855 à 1971, nous n'avons pu trouver que de 8 à 9 p.cent de familles complètes.(Au sens démographique et historique du mot, une famille est dite complète lorsqu'on peut observer un couple depuis sa formation jusqu'au décès de l'un ou l'autre des conjoints ou jusqu'à la fin de la période de fertilité.) «Il nous fallait donc travailler à l'échelle de la région entière et réaliser l'idée folle de dépouiller la totalité des registres d'état civil de1842 à 1911.Mais la frontière de 1911 fut vitre repoussée à 1931, puis à 1951, et, enfin, à 1971, sorte qu'aujourd'hui le fichier de la population de SOREP regroupe les 660 000 actes de baptême, mariage et sépulture de la région!» INTERFACE / NOVEMBRE-DÉCEMBRE 1984 De 1971 à 1980, l'objectif de Gérard Bouchard et de l'équipe formée autour de lui au fil des ans et des subventions, était et demeure toujours un objectif de recherche fondamental dans le domaine de l'histoire sociale et démographique.C'est dans cet esprit, d'ailleurs, que l'équipe de SOREP est entrée en contact avec les chercheurs de l'Université de l'Utah appelés par les Mormons à Sait Lake City pour exploiter les millions d'actes d'état civil qu'ils avaient recueillis pour des raisons religieuses.(Les Mormons avaient aussi pensé, avec raison, que leurs données pouvaient également servir à l'étude des maladies héréditaires.) Un contact fructueux s'il en fut.Dès 1980, Gérard Bouchard et son équipe, en collaboration avec les chercheurs généticiens du Centre hospitalier de l'Université Laval (dont le Pr Claude Laberge) et de l'Université McGill (dont le Pr Charles R.Scriver), ouvraient un deuxième front de recherche, utile cette fois-ci: l'utilisation du fichier de la population du Saguenay-Lac-Saint-Jean pour la prévention des maladies génétiques qui, dans cette région, atteignent des proportions extraordinaires.Le sociologue devenu historien, démographe et quasi-informaticien par la force des choses, n'hésite d'ailleurs pas à expliquer, crayon en main, comment les généticiens s'y prennent pour détecter les manifestations biochimiques d'un gêne mutant à l'aide de marqueurs génétiques.Il faut dire qu'en ce domaine, il bénéficie des conseils de l'éminent généticien Albert Jacquard.Mais tel n'est pas notre propos.«Pour aider à prévenir les maladies héréditaires, poursuit Gérard Bouchard, il s'agit de connaître le risque le plus tôt possible.Notre fichier de population doit nous permettre bientôt d'identifier les sous-populations à risque.Car soumettre la totalité de la population aux tests des généticiens serait proprement impensable et inutilement coûteux.» Comment procède-t-on?«Par le jumelage automatique des données, nous pouvons remonter toute la généalogie ascendante d'un individu porteur ou atteint, puis, à partir des plus anciens ancêtres connus, retracer sa généalogie descendante et, ainsi, identifier les individus vivants susceptibles d'être porteurs de la maladie.Par la suite, il revient aux généticiens et aux professionnels de la santé d'assumer le relais et de prendre en charge ces sous-populations à risque.» Cela peut paraître simple, mais ça ne l'est pas.En fait, l'utilisation du fichier en vue de la prévention des maladies génétiques a suscité des rebondissements d'une ampleur considérable.Sans parler du problème de la confidentialité des données qu'il a fallu résoudre en se contraignant à un protocole d'accès au fichier excessivement strict.Ce protocole constitue d'ailleurs un modèle en son genre sur le plan juridique.Le projet qu'on croyait à toutes fins pratiques fixé en 1980, connaît désormais une relance extraordinaire.De plus, ses premières «retombées» de nature historique heurtent de front bien des clichés traditionnels.Ainsi, par exemple, bien des gens croient que la plupart des habitants du Saguenay descendent des familles des membres de la Société des Vingt et Un, formée à La Malbaie en 1837, qui entreprirent de construire une scierie à la baie des Ha! Ha! et de coloniser la région du Saguenay-Lac-Saint-Jean.«Il a dû se produire un phénomène génétique qui reste à découvrir.» «Une explication plausible de la haute fréquence des maladies génétiques aurait pu être le fait que tous les habitants étaient descendants des quelques dizaines de vieilles familles fondatrices du 19e siècle.Or, il n'en est rien: la première génération de Sague-nayens, à elle seule, comptait environ 8 000 immigrants.Aussi, au contraire de ce que l'on croyait, l'immigration au Saguenay s'est faite de manière continue.Au lieu de la traditionnelle image de la poignée de pionniers, force nous fut d'admettre que la population était relativement ouverte et se renouvelait plus qu'on ne pensait.«Une autre explication de la haute fréquence des maladies génétiques aurait pu être le fait qu'en raison de l'isolement de la région — c'est la croyance populaire, d'ailleurs — le nombre de mariages entre proches parents y a été plus élevé qu 'ailleurs.Tel n 'est pas le cas: ces mariages n'y ont pas été plus fréquents que dans le reste du Québec! «Pourtant, le fait est désormais établi que l'incidence des maladies génétiques est plus forte au Saguenay-Lac-Saint-Jean que dans l'ensemble du Québec, et que ses habitants, même s'ils ne sont pas proches parents, ont une probabilité particulièrement élevée d'être porteurs des mêmes gènes récessifs.Pour trouver une explication, il faudrait étudier la population de Charlevoix (d'où venaient la plupart des pionniers) et, éventuellement, de la Côte-Nord, ainsi que d'une partie du Bas Saint-Laurent.C'est ce que nous nous proposons de faire. INTERFACE/NOVEMBRE-DÉCEMBRE 1984 «Il a dû se produire, entre le 17e et le 19e siècle, un phénomène de dynamique démographique et génétique qui reste à découvrir.En fait, la totalité de la souche française de la population de la Nouvelle-France a connu une croissance phénoménale dans un espace géographique relativement restreint, de sorte que les mêmes personnes ont reproduit les mêmes gènes pendant plusieurs générations.Il devient maintenant logique et nécessaire d'étendre nos recherches à ce bloc de peuplement qui forme un ensemble humain bien découpé.» Le projet paraît considérable.Mais, Gérard Bouchard est optimiste: «Au départ, pour le Saguenay, rien de tout cela n'existait.Il nous a fallu tout ce temps pour parvenir à des résultats probants.Mais, à présent, on peut aller beaucoup plus rapidement: nos instruments, ainsi que nos méthodes d'analyse et de contrôle, sont au point.Depuis un an, notre groupe possède son propre ordinateur (de la même marque que celui des chercheurs de Salt Lake City, afin de faciliter les échanges) capable de «digérer» toutes ces données.Cela représente une somme de travail assez fantastique certes, mais aussi infiniment moins d'inconnues qu'il y a 13 ans!» À écouter le chercheur parler avec autant de passion de l'instrument qu'il a mis au point avec son équipe pendant toutes ces années et dont il réalise soudain tout le potentiel, on ne peut s'empêcher de penser qu'au fond, Gérard Bouchard a consacré toutes ces années de recherche à la construction d'une immense lunette capable de remonter dans le temps pour considérer l'ensemble d'une population, une lunette doublée d'un scanner retraçant les liens par le sang de chacun des individus de cette population.Avec un tel outil, les mythes n'ont qu'à bien se tenir! Jamais, les sciences humaines n'auront bénéficié des avantages que procure un tel instrument.Jamais, non plus (pour peu que les travaux de SOREP et de ceux de Charbonneau et Légaré en viennent à se croiser d'ici quelques années), les sciences humaines n'auront disposé d'un laboratoire capable de contenir les principales caractéristiques de la totalité d'une population de si grande taille et sur une aussi longue période.Car, heureusement pour nous, notre histoire ne commence qu'en 1534! Tout cela, parce que Gérard Bouchard n'était pas content de sa thèse de doctorat.Il lui a fallu construire de nouveaux outils de recherche.«Ça a étonné beaucoup de gens que je m'en aille à l'Université du Québec à Chicoutimi et que je passe 13 ans à travailler au développement de logiciels, à ramasser des données, à construire des codes, à écrire des dizaines et des dizaines de documents techniques décrivant les systèmes utilisés.» Rien ne l'y préparait en effet.Produit de dernière génération de l'ancien cours classique, féru de philosophie et de culture générale, Gérard Bouchard voue une immense reconnaissance à ses maîtres que furent les Fernand Dumont, Léon Dion, Jean-Charles Falar-deau et Robert Mandrou.Il en garde un souvenir extraordinaire: «Ça été une période magnifique de ma jeunesse.Mais, à un certain point de mon itinéraire, sur la lancée qu'ils m'avaient donnée et, sans aucun doute, dans les prolongements de ce qu'ils m'avaient fait acquérir, j'ai éprouvé le besoin de bifurquer, de trouver autre chose, d'explorer d'autres horizons.C'est à ce mo-ment-là que j'ai pris conscience des aspects plus empiriques de la connaissance et de l'enquête sociale, que j'ai commencé à déchiffrer en termes de méthodologie, d'instrumentation, à être bien plus conscient de ces fondements de la connaissance qui ne sont pas uniquement des fondements culturels.«Je me suis mis tout à coup à reconnaître le caractère indispensable de ces choses et la nécessité de s'astreindre à les faire.Il y a une logique de la démarche scientifique qui impose ses codes et qu'il faut respecter.Il faut se mettre à son service, si sévère et si exigeante soit-elle.«C'est vraiment à contrecoeur que j'ai passé plusieurs années à développer ces choses-là.Il s'agit d'un travail vraiment aride et ingrat et la seule manière de passer au travers, c'est de l'avoir bien à l'esprit, d'être proprement éclaboussé par l'idée qu'on poursuit, par le rêve.» Il faut aussi, de nos jours, disposer de tout un bagage de connaissances, de connaissances précises. INTERFACE/NOVEMBRE-DÉCEMBRE 1984 H «La recherche scientifique en sciences humaines demande aujourd'hui des compétences techniques et des aptitudes qui n'étaient pas nécessaires auparavant.» Gérard Bouchard le confesse: il a dû lui-même s'astreindre à acquérir la connaissance des techniques quantitatives, de la statistique, de l'informatique.«Bouder les techniques, c'est bouder la science tout court.» «Ce bagage formel est un préalable minimal.Même parmi les jeunes chercheurs, ceux qui le maîtrisent sont encore trop rares.» Pour Gérard Bouchard, «bouder ces techniques, c'est bouder la science tout court» et il n'est pas question «d'engager (à SOREP, du moins) un assistant qui a peur des X2! Mais il ne doit pas craindre non plus Marx et Foucault, la théorie et les concepts.» Une autre nécessité importante de la recherche actuelle réside dans un esprit d'échange et d'ouverture.Il insiste, lui qui a su intéresser à ses travaux d'éminents chercheurs à Salt Lake City, Houston, Amherst (Mass.), Vancouver, Toronto et Paris, en plus de tisser des liens institutionnels au Québec avec les universités McGill, Laval, de Montréal et du Québec à Montréal: «On ne devrait jamais démarrer de projet avant d'avoir fait le tour de ceux qui sont déjà rendus plus loin.Il faut toujours sauter la frontière du Québec pour aller voir dans le reste du Canada et, surtout, aux États-Unis, multiplier les contacts avec ces gens-là pour combler nos écarts.Nous autres, la santé nous est venue par là.Il s'agissait parfois de gains nets, d'instruments de recherche, de méthodes nous aurions dû consacrer des années au point et, qui sait?peut-être n'y serions-nous pas parvenus! Une telle approche permet d'éviter bien des erreurs et de gagner du temps en s'orientant tout de suite dans la bonne direction et en recevant des conseils qui n'ont pas de prix.Par exemple, notre démarche historique est inspirée d'un modèle français, notre banque de données sera bientôt gérée à la manière de celle des chercheurs de Salt Lake City et nos méthodes de recherche en génétique des populations proviennent de Vancouver ou de Paris.» Nous ajouterions que certains établissements hospitaliers québécois s'intéressent à des logiciels de jumelage, mis au point par SOREP, pour le traitement des dossiers de leurs patients.«Bien sûr, admet Gérard Bouchard, tous ne collaborent pas spontanément et certaines jalousies universitaires sont proprement "féodales”.Mais les vrais universitaires sont très ouverts et l'effet multiplicateur et créateur de toutes ces influences est énorme et extrêmement encourageant.C'est tout particulièrement vrai de l'accueil extrêmement professionnel et désintéressé que nous ont réservé l'Université Laval et l'Université Mc GUI.» Le développement ainsi provoqué a une saveur extraordinaire.Gérard Bouchard en témoigne: «Ce qui rend agréable tout ce qu'on fait et qui donne hâte d'être au lendemain matin, c'est cette espèce de rêve: l'immense fichier qui va courir sur trois siècles, s'étendre sur quatre ou cinq régions et permettre un tas d'utilisations.C'est l'équivalent de l'invention du premier télescope: tu ne sais pas encore ce que tu vas voir dedans, mais tu es sûr que tu vas y voir des choses jamais vues!» Gérard Bouchard, n'êtes-vous pas en train de consacrer votre vie entière à cette recherche?«Certainement, et j'en suis très heureux! Le métier de chercheur universitaire est un des derniers beaux métiers qui restent, une des dernières places fortes qui ne soient pas encore tout à fait prises par les bureaucraties et les égoïsmes collectifs, quelle qu'en soit la forme.Un métier où la liberté d'entreprise intellectuelle, de réflexion et d'innovation est absolument totale.Il n'existe pas beaucoup de métiers où ces conditions sont encore réunies aujourd'hui.En fait, le pouvoir du chercheur est extraordinaire, à condition de le mesurer dans la durée qui est propre à la science et non pas dans les urgences à court terme.«Ma première subvention de recherche, je m'en souviens comme si c'était hier.Je m'en souviendrai toujours! On m'a fait confiance et quand j'ai reçu le premier chèque, il a bien fallu que je démarre! Jusqu'en 1978, si on m'avait obligé à rendre des comptes et à prouver l'utilité de cette recherche, j'en aurais été bien incapable.Deux millions de dollars après, la preuve de l'utilité est faite et la récolte des résultats vient de commencer.Mais la communauté scientifique a été patiente avec nous.Elle ne devrait pas le regretter.«Peut-être aussi que les découvertes les plus spectaculaires seront faites par d'autres que nous, dans 20 ou 30 ans.Mais ce n 'est pas frustrant; /'infrastructure sera toujours là, témoin d'une aventure scientifique extraordinaire, qui est pour moi la source d'un sentiment d'une qualité très rare.Ce sentiment, je le vis tous les jours.Un rêve!» L'écrivain brésilien Jorge Amado n'écrivait-il pas sur un autre sujet et dans un autre hémisphère: «Où est la vérité, répondez-moi, s'il vous plaît: dans la petite réalité de chacun ou dans l'immense rêve humain?» Gérard Bouchard, quant à lui, a fait son choix. INTERFACE/NOVEMBRE-DÉCEMBRE 1984 Langue d'enseignement et francisation par Robert Maheu Robert Maheu est chef du Service de la démographie scolaire à la Direction des études économiques et démographiques du ministère de l'Éducation du Québec.«L'école marque l'enfant pour la vie.La langue qu'il y apprend et emploie deviendra sa langue d'usage, qu'il transmettra à son tour à ses enfants.» Cette citation de l'honorable juge en chef Jules Deschênes, illustre bien une opinion assez répandue sur l'influence de l'école.Sept ans après l'entrée en vigueur de la Loi 101, qu'en est-il vraiment?L'école française peut-elle franciser les allophones3, c'est-à-dire les amener à parler le français à la maison?Sans connaître la réponse à cette question, les Lois 22 et 101 se sont attaquées au problème.De façon générale, on peut dire que les interventions des États québécois et canadien dans ce domaine reposent sur l'hypothèse que les facteurs institutionnels influencent les comportements linguistiques | de la population.Cette hypothè-j se n'a guère subi de vérification expérimentale, mais elle est raisonnable puisqu'on peut s'attendre à ce qu'une action entraîne une réaction.À l'inverse, on peut aussi penser que le rôle de la langue anglaise est si important dans le monde et en Amérique du Nord qu'il risque de rendre inopérante l'action de l'État en faveur de la langue française.Ce que l'on sait sur l'influence spécifique de l'école tient en peu de mots.À partir de données assez fragmentaires concernant les Italiens de Montréal, les auteurs d'une synthèse déposée à la Commission Gen-dron concluaient: «Il semble que le choix de l'école n'ait pas d'influence sur les transferts linguistiques tels que nous les mesurons ici, que l'influence ne soit sensible qu'à très long terme1.» Sans s'appuyer sur des données d'observation, Henripin et Lachapelle2 ont cru à l'influence de l'école sur la langue parlée à la maison.Dans le cadre de perspectives de population, ils ont supposé que pour tous les enfants anglophones ou allophones originaires de l'extérieur du Québec, «la langue d'usage sera déterminée par le régime scolaire2».Dans le cas précis de la Loi 101, cela impliquait la francisation complète des enfants d'immigrants.Quant au délai requis pour que cette influence se manifeste, il ne s'agissait pas de long terme puisque dans le scénario retenu on la faisait jouer dès 1971.On prêtait donc à la Loi 101, entrée en vigueur en 1977, une propriété endochronique qui n'est pas sans rappeler celles de la thiotimoline3.À notre connaissance, notre étude est la première à présenter des observations directes sur la relation entre la langue d'enseignement et la francisation.Nous serons donc en mesure d'examiner la pertinence des diverses hypothèses suggérées dans le passé.Cette vérification se fait dans un contexte particulier.Nos observations commencent avec l'année scolaire 1976-1977, qui était la seconde année d'application de la Loi 22.La Loi 101 s'est appliquée à compter de 1977-1978.Nos premières observations Kl reflètent donc largement une si-Ki tuation de libre choix puisque ces deux lois ne concernaient que les nouveaux venus dans le système scolaire.Par contre, les dernières observations concernent une situation où la majorité des élèves ont été soumis aux Lois 22 et 101.Toutes les statistiques utilisées proviennent du ministère de l'Éducation.Il s'agit des réponses aux questions sur la langue d'enseignement, la langue maternelle et la langue d'usage à la maison.L'EFFET FRANCISANT DE L'ÉCOLE FRANÇAISE Pour l'ensemble des allophones (langue maternelle «tierce»), les pourcentages d'élèves ayant adopté le français à la maison, parmi ceux qui étudient en français, varient entre 9,4 et 18,2 p.cent selon les années scolaires, comme on peut le voir au tableau 1.On est très loin de la francisation intégrale dont l'hypothèse avait été avancée en 1977.Pour chacun des groupes linguistiques, on observe un sommet en 1977-1978.C'est cette année-là que le pourcentage d'élèves francisés, parmi ceux qui étudiaient en français, fut le plus élevé.Était-ce la réalité, ou une réaction due à la nouvelle législation linguistique?Il est difficile de le dire.Pour tous ces groupes, le pourcentage d'élèves francisés a diminué par la suite; il est maintenant nettement inférieur à celui observé en 1976-1977. INTERFACE / NOVEMBRE-DECEMBRE 1984 Tableau 1 Pourcentages d'élèves parlant le français à la maison parmi ceux qui étudient en français, selon la langue maternelle, années scolaires 1976-1977 à 1983-1984 Langue maternelle *
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