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Titre :
Les herbes rouges
Éditeurs :
  • Ville Jacques-Cartier, Qué. :Les herbes rouges,1968-[1993],
  • Montréal :Les herbes rouges
Contenu spécifique :
Nos 120-121
Genre spécifique :
  • Revues
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Les herbes rouges, 1983, Collections de BAnQ.

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PER H 78 EX.2 ï herbes rouges robert gurik roman 120-121 les herbes rouges ISSN 0441-6627 ISBN 2-89272-006-0 Directeurs: François Hébert Marcel Hébert André Roy Adresse: C.P.81, Bureau E, Montréal, Québec, H2T 3A5 Abonnement: 10 numéros, 15,00$ Distribution: Messageries littéraires 900 est, rue Ontario, Montréal, Québec, H2L 1 P4 Tél.: (514) 525-2811 Distique 9, rue Édouard-Jacques 75014 Paris, France Membre de l’Association des éditeurs de périodiques culturels du Québec Dépôt légal: 4e trimestre 1983, Bibliothèque nationale du Québec © les herbes rouges et Robert Gurik, 1983 SPIRALES Robert Gurik roman «Spirales» a été publié par Holt, Rinehart & Winston en 1966. du meme auteur Le Chant du poète, théâtre, Cahiers de l’Acta, volume 2 Les Louis d'Or, théâtre, Théâtre Vivant, no 1 Hamlet, Prince du Québec, théâtre, Editions de l’Homme Le Pendu, théâtre, Editions Leméac À coeur ouvert, théâtre, Editions Leméac Les Tas de Sièges, théâtre, Éditions Leméac Api 2961 suivi de La Palissade, théâtre, Éditions Leméac Le Procès de Jean-Baptiste AL, théâtre, Éditions Leméac Sept pièces courtes, théâtre, Éditions Leméac Lénine, théâtre, Éditions Leméac Le Champion, théâtre, Éditions Leméac La Baie des Jacques, théâtre, Éditions Leméac Jeune délinquant, roman, Éditions Leméac «Anatomie: science de la structure des êtres organisés et des rapports entre les organes qui les constituent.Action de disséquer.Conformations du corps.Squelette, cadavre.Fig.Analyse minutieuse.» Larousse À Renée Il doit faire jour, l’air frais glisse sur le visage caressant les maxillaires encore tendus, mais le corps est dans la nuit, dans la chaleur et l’engourdissement de la nuit.les lèvres sont sèches, scellées aux commissures, les paupières sont lourdes, lourdes.La chambre est grise, je suis enfoui sous les meubles: la coiffeuse entortillée dans les frisons de dentelle blanche le pouf les deux tables de chevet bombées en merisier clair les lampes de porcelaine rose — blanche — or le grand fauteuil que soutiennent difficilement de minces pattes arquées et dont les bras enserrent dans leurs rondeurs un coussin de plume recouvert d’un tissu bleu damassé argent la fenêtre est grande ouverte: il pleut.mais je n’entends pas le bruit de la pluie frappant l’asphalte, lorsqu’il pleut cela fait toc, toc, toc.alors, il neige.non! ce n’est pas la saison; 12 juin, c’est aujourd’hui, il a dit «le 12 juin», il ne neige pas.Ma main pend dans le vide et contre mon dos je sens un obstacle, Marthe?, non, un obstacle fixe.mon dos devient main, doigts, c’est le dossier de cuir du sofa de mon bureau, les cils se séparent lentement, hésitant, laissant filtrer la lumière jaune, blanche, qui fait mal, qui va se plonger au fond de l’orbite, dans la rétine comme une aiguille froide, pointue, dure: il ne neige pas, il fait soleil, un soleil de juin.il a dit.Le dossier de cuir.les muscles se détendent, mes yeux dans un éclair ont englouti le décor qui se déploie 5 maintenant, à l’abri de mes paupières closes, clans un ordre déjà établi.a) pas de coiffeuse.le bureau noir juché sur des pattes fines, portant sur chaque face quatre cannelures peu profondes qui descendent depuis le tablier jusqu’à deux pouces du sol où elles se perdent dans une rosace sculptée.b) pas de tables de chevet ni de fauteuil lourd mais une chaise à dossier haut et droit recouverte de vêtements pêle-mêle: le pantalon pied-de-poule, la veste décintrée dont un des bras touche le sol, et l’autre pointant vers le plafond, quêtant du ciel une réponse, une offrande, une manne, ou l’arrêt brusque de la course des nuages, du temps, une fixation, comme ce bras qui.Je me souviens maintenant: Marthe.le café.Jenny.le 12 juin.lui.moi.les autres.ils sont tous derrière cette porte, une multitude de «moi»: le moi qui court, celui qui mange, celui qui aime les bois, celui qui les hait, celui qui aime danser, le rieur, le triste, l’égoïste, le bon, le mauvais, l’avare, le généreux, l’indécis, le précis, le sentimental, le poète, le bestial, l’assassin, le lâche, le fou, le moi qui rit, le moi qui pleure, le mois de Marie «c’est le mois le plus beau».et tous ils me volent une minute, une heure, un jour, un an, tous ceux-là auxquels je ne dois rien, tous ces visages doux ou ignobles qui tentent d’épouser le mien, ces coeurs qui cherchent refuge dans ma poitrine, ces bras et ces jambes qui se collent à mes membres et les obligent à suivre un mouvement, leurs mouvements.Je n’ai plus rien à leur offrir, pas même une minute, pas même un sourire ou une grimace, il faut que je me lève pour ouvrir cette porte, non! la fermer.non! l’ouvrir.l’ouvrir pour qu'ils sortent.la fermer pour qu’ils n’entrent pas.cette porte qu’empruntent indifféremment l’ami et l’ennemi, là, tout près, sur le mur qui me fait face, une porte haute, au moins deux fois ma hauteur, une fois et demie, et étroite, trop étroite, entourée d’un cadrage épais qui s’éloigne du mur de trois pouces vers le centre de la pièce, vers moi; la partie supérieure est un carré parfait, légèrement renfoncé 6 et dont les côtés vont rejoindre la planche principale et se recourbent doucement pour former trois petits mamelons hésitants qui (comme le sommet moutonnant des vagues qui va mourir sur la grève) s’écrasent sur la grande surface plane, blanche, luisante, qui constitue les trois quarts de la porte, limitée dans sa partie inférieure par un rectangle couché, de six pouces de large et qui reproduit le même travail d’ébénisterie que la partie supérieure; l’autre moitié est faite de trois autres rectangles debout ayant aussi six pouces de large.trois fois six: dix-huit, plus le cadrage et l’espacement entre les rectangles, cela fait au moins trente pouces.cotte de mailles aux chaînons lâches.les rectangles verticaux sont entourés d’une moulure fine et en relief, à l’arête aiguë, acérée, un long trait, noir à cause de sa minceur, blanche (la moulure).La serrure et la poignée maculent d’une tache sombre, brune, limon, le côté gauche.non! droit! puisque j’ouvre toujours la porte de la main droite.oui mais, mon bras passe en avant de mon corps le barrant du sein droit à l’aine gauche, oui gauche! c’est bien cela.à moins que j’emploie la main gauche croisant ou ne croisant pas.noir comme le corbeau luisant, lustré, menaçant, déplumé, arrogant.é, lustré, je l’ai déjà dit.je pourrais ouvrir les yeux et savoir de quel côté est la serrure, donc la poignée (acéré! un corbeau acéré ça ne veut rien dire).Cela dépend, si on lui fait face, si on lui tourne le dos, si on est à l’intérieur ou à l’extérieur de la pièce, mais je préfère le noir de mes paupières, roses à l’extérieur, cela dépend si l’on se place.le noir.le rose.le bleu.le le quoi a quoi pensais-je?j’ai dû m’assoupir ou.c’était important, très important.il y avait un corbeau, pourquoi un corbeau?le corbeau et le renard, non!.l’air froid glisse sur mon visage mais mon corps est encore dans la chaleur et l’engourdissement de la nuit; je suis un café irlandais, froid sur le dessus et chaud, délicieusement chaud.C’est avec Jenny que j’ai bu pour la première fois un café irlandais; elle avait entamé, de ses dents, la surface tranquille du liquide et encouragée par le froid de la mousse, elle s’était brûlée avec une gorgée (ah!), ses yeux qui, il y a seulement quelques instants jouaient à l’envoûteur, à la pudeur, s’étaient tout à coup agrandis, déchirant le voile, les voiles invisibles, tout à coup figés (les yeux), étonnés, non, pas étonnés.nus.des yeux nus! Jenny, le café irlandais, les yeux nus.mais pourquoi un corbeau?Et moi, je lui demandai «Vous vous êtes brûlée?» (je lui disais «vous» du temps de ce premier café irlandais) et elle, ne me répondant pas à cause de sa gorge en feu ou simplement surprise par la naïveté de ma question, cherchant peut-être à y discerner une pointe d’ironie, ou gênée, sachant que ses yeux étaient nus et deux larmes jaillirent là où la paupière rose rejoint l’aile du nez, la joue, où elles ruissellent (les larmes, les deux larmes) recouvrant enfin les yeux impudiques d’un nouveau voile, un voile anonyme qui n’était pas celui de l’enjôlement ni de la pudeur, mais un voile transparent, semi-opaque dépendant si on se place.je me souviens! la porte qui me défie, là, toute blanche et luisante comme une dent immense plantée dans le parquet 9 de la chambre avec, sur le côté, une carie noire minuscule, à peu près au tiers de sa hauteur en partant du bas, de deux pouces de large et six pouces de haut, avec, ancrée dans cette carie ou tache, une protubérance ronde, légèrement ellipsoïdale (le plus grand axe perpendiculaire au plafond) un peu plus claire, patinée par l’attouchement répété de mains droites et de mains gauches.Et si c’était demain?mais non, j’ai vérifié hier et avant-hier, il a bien dit.d’ailleurs c’est inscrit sur mon carnet qui est dans la poche intérieure de ma veste (la poche sur laquelle est cousue l’étiquette du tailleur Bris-son & Brisson); en équilibre instable sur le dossier de la chaise (la veste), une des manches touchant le sol comme essayant de ramasser le pantalon tombé sur le tapis, la cravate carmin creuse une rigole sanglante sur le revers.elle a ri et les deux grosses larmes, secouées ou arrachées par la vibration de son corps, sont tombées sous la table, sur ses genoux à l’abri de mon regard, sur son ventre peut-être ou sur ses cuisses, manquant de j ustesse le verre de café irlandais qu’elle avait reposé avec hâte, attirant le regard réprobateur du serveur qui avait arrêté son geste, le bras levé.le bras.Ce geste qui me rappelle quelque chose, qui éveille des souvenirs, non, rien, aucune image mais seulement une sensation de souvenir.et Marthe «Tu as quand même réussi, depuis le temps que je te demande de ne pas lire en mangeant ou en buvant» et moi j’essayais d’essuyer le café qui faisait une tache brune sur mon pantalon en pied-de-poule gris, une tache qui rampait sous l’étoffe, s’agrandissait au-dessus de ma cuisse nue, malgré mes efforts pour la limiter avec la serviette, d’une main d’abord, à petits coups de tampon, puis lâchant mon journal, des deux mains, rageusement, luttant de vitesse pour l’empêcher de se répandre, de se propager, d’atteindre d’autres parties saines, vitales, essayant de sauver ce qui pourrait être sauvé alors que tout était inutile, irrémédiable, que si la tavelure était là, installée, incrustée, rien, aucun effort ne la délogerait, ne la limiterait et elle: «C’est 10 inutile, d’ailleurs, cela partira facilement avec de bons ciseaux», un petit sourire ironique au bord des lèvres, ce même sourire que j’avais aimé, recherché, quémandé comme une récompense, mais qui en ce moment allait s’agrandissant, s’épanouissant comme une tache rampante, une tumeur monstrueuse qu’aucun bistouri ne pourrait extirper.La chaise est là-bas, près de la porte-fenêtre qui donne sur le balcon, mais je n’ai pas besoin de ce carnet, je sais, je suis sûr.le plafond blanc, la porte blanche.les cigarettes sont aussi dans mon veston; ce goût soudain maladif de fumer, de sentir une présence, une température différente.Les longs poils du tapis s’insinuent, s’intercalent entre les doigts de pieds ridiculement étalés, étouffant le bruit, rognant les contours, éliminant le volume pour ne laisser que deux formes roses, grises, terminées par des petits boudinets.non! pas dans cette poche.il n’y a que le carnet, autant le prendre puisque je l’ai en main, vite, voilà! «12 juin.» C’est écrit.mais pourquoi?pourquoi moi?Les pieds réapparaissent sur le sol lisse, gris et froid du balcon, entiers et pourtant presque aussi difformes qu’auparavant, étrangers; l’air me saisit, m’enveloppe comme de l’ouate ou plutôt comme de la laine minérale cassante, rigide, agaçante au toucher.La rue est calme, quelques voitures passent rapidement mais sans en changer l’aspect, on dirait qu’elle demeure imprimée sur la page d’asphalte, bien qu’elle ne soit restée que quelques secondes.comme des fourmis sur le gazon: on les voit se presser vers un but mystérieux et puis tout à coup, elles ont disparu et pourtant elles sont encore là, cachées sous un brin d’herbe ou dans un autre rue, s’apprêtant à tourner et à réapparaître.Un mince filet d’eau coule dans les caniveaux, la chaussée est humide alors que les trottoirs sont secs; l’arroseuse a dû passer il y a peu de temps; le salon de coiffure a déployé le dais rayé bleu et blanc qui projette sur le sol une ombre dont le contour fait penser à un homme qui se serait écrasé sur le ciment.La librairie est vide et la jeune employée vêtue d’un chemisier orange et d’une jupe marine est appuyée dans l’encadrement de la porte: «Librairie Jenny», elle est blonde.Tout s’est immobilisé, je tente de dénuder au maximum la prunelle de mes yeux mais rien ne vient s’ajouter ou se retrancher au tableau qui m’inonde et s’écoule à travers mes joues; mon corps baigne dans l’image et s’y dissout.Un homme, un journal sous le bras, a levé les yeux vers moi, emportant mon image ou peut-être ne m’a-t-il même pas vu! Il est maintenant juste sous le balcon: une longue barre sombre horizontale et deux éclairs noirs qui émergent à un rythme saccadé.Il se dirige vers l’avenue, s’arrête un instant, ouvre son journal et parcourt la première page où s’étale une photo: le visage d’un homme surmonté d’un titre en caractères gras, dont je n’arrive à distinguer que le mot «mort» car il a déjà replié son journal et repart du même pas pour arriver bientôt sur le grand boulevard où il tourne à gauche, vers l’ouest de la ville, vers les boutiques de mode, les antiquaires (celui qui a une petite barbiche en pointe et qui vend des gravures obscènes «XVIIIe siècle»), les bottiers de luxe, les galeries de peinture, attention! Si j’évite de marcher sur les lignes noires qui marquent la jonction des grandes dalles formant le trottoir, il dira non.et il continue sa marche allongeant quelquefois le pas, s’arrêtant à l’intersection pour laisser passer une voiture, puis deux, puis trois.L’horloge marque cinq heures ou midi, le boulevard encore calme un instant auparavant est maintenant en pleine effervescence; les portes vomissent un flot ininterrompu de gens, que de gens! Pourquoi pas l’un de ceux-là! Il lui est plus difficile maintenant d’éviter le sillon noir, noir de mortier ou de poussière accumulée, les épaules le poussent à commettre l’irréparable; tout bouge mais d’une façon presque imperceptible, comme un grand corps qui rampe avec difficulté, laissant échapper un râle continu, fait de bruits de klaxons, de crissements 12 de pneus sur le ciment, de martellements de pas, et la masse flasque et informe de la foule se répand sur les deux côtés du trottoir vertébré par la file de dômes aux éclats métalliques des automobiles qui remplissent la chaussée.Il sent sous sa semelle gauche une petite boule, une pierre ou un morceau de papier collé par de la gomme ou tout autre produit adhésif et qui le gêne dans sa marche, qui l’oblige à reposer son pied à un certain angle de façon que la semelle frotte sur le trottoir, tentant de déloger cette aspérité petite, grande comme une petite pièce de monnaie et qui lui donne une démarche d’infirme, une sorte de claudication ridicule et il se concentre sur le geste d’abord anodin, puis qui prend de l’importance, effaçant les visages, les devantures, les jambes, le dos.si je m’en débarrasse avant le coin de la rue, il dira non et la boule s’accroche, s’incruste, s’étale.il est marqué.le coin de la rue n’est plus qu’à quelques enjambées.son corps, ses pensées, son énergie convergent vers ce point bas, pour s’y résorber, tentant de le désintégrer, le détacher de lui, ses doigts se replient dans une crispation nerveuse.(des doigts qui prennent la gomme, la tirent et laissent une petite couche dont la surface est au niveau de la semelle, une couche qu’il faut attaquer avec ses griffes, déloger par petits coups secs mais qui s’accumule sur le bout des doigts, sous les ongles et cette tache, maintenant disparue, laisse une auréole, un dessin humide et grotesque sur la semelle, est toujours là, existante sous forme de dépôt sur une autre partie de son corps) .si je m’en débarrasse avant le coin de la rue, il dira non.et la boule s’accroche, s’incruste, s’étale.il est marqué.le coin de la rue n’est plus qu’à quelques enjambées, il ralentit.trois, quatre, six, il s’arrête sur le bord, il frotte son pied sur l’arête.réussit.«ex aequo».j’avais dit avant.l’air remonte dans ses poumons, la vue dans ces yeux.deux voitures passent, il traverse marchant normalement comme si rien ne s’était passé.«Poly export-import», «Louis Lagan décorateur-ensemblier»; c’est Jenny! oui là-bas, entre la femme vêtue d’une robe écossaise et l’homme à la serviette de cuir; elle ne m’a pas vu; il s’écarte pour ne pas se trouver sur son chemin, en diagonale au sens de la marche, glissant entre deux couches de personnes, essayant d’éviter les talons des gens en avant de lui et les bouts de pieds de ceux d’en arrière; et les sillons?pas maintenant, le jeu ou plutôt la règle du jeu est suspendue, cela ne compte plus; avant tout l’éviter, elle, il n’a pas la force de lui parler ou d’écouter ses histoires toujours nouvelles et qui se ressemblent toutes (un air de famille, un air de jeunesse) «la dernière pièce à l’Atelier — plus fort que l’avant-garde.» «j’ai rencontré un peintre extraordinaire (en deux syllabes bien distinctes, le «a» très ouvert), il brûle ses toiles une fois achevées».non! pas aujourd’hui, pas le 12 juin alors que tout est différent, que le rire, le sourire, la joie sont produits tout différemment du 11 juin, alors que les valeurs établies sont remises en question; qu’elle-même est une autre, une étrangère, que son corps n’a plus d’importance ou a trop d’importance, elle lui aurait demandé de l’inviter «Un café irlandais?» avec une lueur dans les yeux, une lueur qu’il aurait trouvée agaçante, obscène, aujourd’hui.Elle est maintenant à sa hauteur, à quelques pas à sa gauche, de sa main gauche, elle passe, légère, la tête haute, ses cheveux blonds flottant derrière elle, si près et pourtant absente, absente de lui ou plutôt lui absent d’elle, il ressent un léger vertige comme tout à l’heure quand un homme sur le balcon avait baissé les yeux vers lui; il faut peut-être se retourner et saisir, la ressaisir par la manche de sa robe vert pâle, qui s’ouvre dans le dos par une longue fermeture éclair et un bouton-pression tout en haut, à l’encolure, qui cache une petite verrue brune («grain de beauté» corrige-t-elle) sur laquelle poussent quelques poils noirs en bataille.Il ralentit pour la suivre des yeux, ballotté par une suite ininterrompue de petits coups secs, de pressions rapides, et il lutte un instant contre l’engrenage osseux d’épaules et de coudes, ses yeux découvrant par intermittence des regards courroucés de gens agacés par ce corps qui s’oppose au mouvement normal, inéluctable du flot.Mais elle a déjà disparu et il se laisse aller, 14 ressentant soudain un grand bien-être, il ne résiste plus.mais que fait-elle ici en ce moment?juste en ce moment?Était-ce bien elle ou le fruit de son imagination combiné à une certaine ressemblance?Non, pas de son imagination mais de son désir de la trouver là, elle ou une autre, mais plutôt elle, pour arrêter sa marche, pour se mettre entre lui et le but de sa marche; et pourtant, les cheveux, la robe?Maintenant qu’elle a disparu il n’en est plus très sûr; son regard revient vers le sol juste à temps pour éviter un sillon et il s’étonne de pouvoir passer à travers cette masse sombre, à la fois visqueuse et aérée, silencieusement bruyante, funéraire; une sensation de puissance l'envahit (seul contre tous) et si ces passants savaient où il va et ce qu’il va y faire?peut-être certains le devinent-ils car il surprend quelques regards qui s’accrochent sur lui (sur son visage, son dos, sur ses jambes), mais non, il est seul et pourtant cet homme, (il m’a donc vu) tout à l’heure, sur le balcon, juste après avoir acheté son journal.seul dans la foule (quelle est cette chanson déjà?), la rue s’éclaircit et le nombre des passants diminue à mesure qu’il s’éloigne du centre de la ville et de cinq heures ou de midi; il éprouve de la tristesse devant cette désertion lente et sournoise comme ces processions funéraires qui s’effilochent le long des parcours, laissant, accrochées aux devantures, des grappes de gens qui abandonnent le cortège d’un homme ou d’un enfant mort d’une maladie fulgurante ou d’un accident idiot, un accident qui vous plaque contre un miroir, une vérité fausse, une fausse vérité, un faux vrai, un faux pas, un pas faux, une vie qui est une mort ou un mort ambulant qui se réveille et ne peut plus se désengager du sillon noir de mortier et de poussière accumulée et qui va en s’élargissant alors que le mortier et la poussière cèdent pour laisser la place à un sable en décomposition, un sable mouvant, sur lequel les pieds deviennent sable, le corps devient sable et la bouche se remplit l’empêchant de crier, à tous ces gens identiques et différents de lui, à leur crier qu’il a compris, qu’il n’a rien compris, qu’il veut tout recommencer à zéro, c’est-à-dire à la fin, non! qu’il veut tout recommencer sachant qu’il y a une fin, qu’il est trop tard, qu’il est toujours trop tard.Les trottoirs aussi sont différents, leur surface est lisse et granuleuse, lisse de toute nervure ou séparation et granuleuse comme le sol même du balcon, de ce balcon en face de la librairie «Jenny»; la jeune employée a réintégré la boutique et l’ombre de l’homme écrasé sur le ciment a, elle aussi, disparu ou plutôt s’est transformée en une bande festonnée, partant de la tête (de la première ombre) et s’arrêtant à un pied environ de l’arête du trottoir, cherchant désespérément à rejoindre le caniveau où l’eau, coupée de sa source, s’est arrêtée de couler.La cigarette se consume doucement au bout de mes doigts et la cendre tombée à mes pieds se désintègre sous le souffle du vent.ah oui! les trottoirs ont changé d’aspect, les boutiques sont plus petites, plus utilitaires; un coiffeur, une épicerie, un magasin d’animaux (chiens, perroquets, poissons), des couleurs vives et attrayantes: bleu, rouge, blanc, et lui: «C’est pour cela que l’on se bat, dès que je donne le signal tu y vas and.good luck»; son bras s’était soulevé, légèrement plié au coude, et formant un angle de quatre-vingt-dix degrés, et je regardais la porte de la grange, une porte à deux battants, très haute (au moins deux fois et demie ma hauteur), vermoulue, aux planches mal jointes, brunes de la crasse des ans et de la cuisson continuelle du soleil, mes yeux étaient rivés à cette porte, plus exactement sur le battant gauche, à environ trois pieds du sol, sur cette fente qui avait la forme d’un oeil suspendu à la verticale, un peu difforme qui de loin semblait chaud, sombre, mystérieux, attirant, d’où étaient partis les coups de feu.Et cette grange qui ne servait à rien, qui n’était même pas indiquée sur les cartes d’état-major, «mais pourquoi moi?» il dit cela à voix haute, regardant à travers la vitre, par-dessus l’étalage de saucissons, de piments verts et rouges enfermés dans des bocaux et de gros jambons décorés de feuilles de persil, où se tient le propriétaire, les jambes bien écartées et les mains à plat sur son ventre rond, enveloppé dans un tablier blanc, retenu à ses épaules par deux minces bandes de tissu qui se nouent derrière son cou rouge et musclé (un cou de fermier), «pourquoi pas cet homme», cet Italien (il a des cheveux noirs et une petite moustache) qui s’ennuie de son pays, de sa ferme et de sa grange, peut-être détruite pendant la guerre ou vendue?Et l’autre, couché dans le fossé, de son geste, interdit toute action, le bras levé, le pouce recourbé vers l’intérieur de la paume, l’index et le majeur joints et pointant vers le ciel, les deux autres doigts (l’annulaire et l’auriculaire) légèrement courbés, légèrement affaissés, dirigés vers le fond du fossé, «Pourquoi moi?», mes yeux se détachent de cette main suspendue au-dessus de moi comme l’épée de.de.pour revenir vers le trou noir de la grange; si j’agis vite, j’ai une chance, le champ de vision de l’homme est restreint, il tire à l’aveuglette.une chance! pourquoi seulement une chance?son bras est toujours levé, voilà une éternité que ce bras est levé, il n’a plus de volume et semble peint sur la grande toile de fond du ciel, d’un bleu immobile.deux hommes dans un décor de théâtre au ton pastel ou plutôt un homme, l’autre n’est qu’un bras immobile, figé, et qui doit bouger car je ne peux plus endurer l’attente, cette fausse mort si proche de la vraie, tous mes membres me font mal, ma respiration devient plus pénible et lui «Alors impatient?de la bonne graine de soldat» avec un fort accent anglais, que je trouve grivois, ces mots fous, déformés, qui sortent de sa bouche par ses lèvres charnues, sous une moustache rousse, en brosse, bien fournie, une moustache d’officier de carrière, et moi je n’en peux plus de cette immobilité, des crampes qui agitent mes intestins, de ce fourmillement interne et le canon de mon arme se tourne vers lui, vers lui qui continue à sourire, à sourire au soldat que je ne suis plus et je tire sur les yeux ironiques, sur le corps allongé, sur le bras peint dans le ciel, sur son accent anglais, sur sa moustache gal-lon-sous-nasal, puis, m’élance vers la grange et me cogne contre la cloison est, sans même me rendre compte du chemin parcouru.Je reste là, un moment, adossé aux 17 planches qui sentent le bois pourri, pour reprendre mon souffle.vite, la baïonnette! mes mains ne tremblent pas, je l’ajuste au canon, elle brille, pointée vers le ciel comme un immense instrument priapique en métal acéré, menaçant.Je longe la façade jusqu’au coin, je m’arrête, avance légèrement la tête; rien n’a changé, si pourtant! la porte est entrebâillée d’environ un pouce, un pouce d’ombre, de nuit.Là-bas, le bras a disparu, le ciel est clair, le décor a repris vie, les arbres, les buissons, les talus existent de nouveau, plus clairs qu’ils ne l’ont jamais été, je distingue chaque détail (bruissement de feuilles, un moineau, une chenille, la cigale qui chante.), mes sens sont à fleur de peau, tout fait partie de mon geste, de mes gestes, du geste qui va venir.J’avance lentement, longeant le mur, d’abord le pied gauche puis le pied droit qui vient le rejoindre, cinq enjambées me séparent de la rainure sombre, s’arrêter?revenir?je me catapulte, la baïonnette pointée en avant, dans un cri rauque qui ne passe pas mes lèvres mais résonne dans ma gorge, mon fusil est engagé dans l’ouverture et force la porte à s’ouvrir sur une masse grouillante, vivante, sur laquelle je tombe; un bruit assourdissant m’étourdit, c’est peut-être un afflux de sang trop longtemps contenu qui me monte à la tête; un choc, une petite résistance et je m’enfonce, un liquide chaud éclabousse mes mains, mes paupières qui s’ouvrent et qui reçoivent le regard, la peur, la souffrance, l’interrogation de ces yeux, là par terre, «Pourquoi moi?» Tout mon poids est appuyé sur la crosse de mon fusil et le sang vient frapper mes lèvres qui se séparent.et joignent ses lèvres au goût de café et je le retire encore tout humecté par la moiteur de cette plaie sombre et palpitante et ses yeux s’ouvrent étonnés de ne plus me sentir, étonnés, nus, suppliants, alors que je la ramène vers moi, nos jambes se mêlant et sa plainte rauque (comme une bête blessée à mort) qui monte avec des élans de plus en plus sauvages et les ongles de son index et de son médius se plantent dans ma chair 18 sous mon omoplate et je reste rivé, immobile au-dessus, c’est-à-dire contre ce corps secoué par un frisson, un sanglot qui roule dans sa gorge, dans ma gorge, dans ma poitrine, dans mon ventre, sauvé! Elle est affaissée sur moi, haletante, ses cheveux blonds épars me couvrent le visage, filtrant le décor de la chambre; la bibliothèque, gorgée de livres aux couvertures colorées, combinée en un seul meuble avec le petit bar, la télévision, le tourne-disque, la chaise en fer ornemental blanc, le tapis aux dessins mexicains, le mur couvert d’affiches publicitaires: Paris Ville lumière (la place de la Concorde), les Rocheuses et l’Ouest canadien, la Côte d’Azur, Mexico (encore) et elle «C’est mieux qu’avec ta femme?» et mon regard qui avait franchi le barbelé des fils d’or de ses cheveux réintègre mes yeux qui se ferment vite, comme si cela me dispensait de répondre, mais elle insiste «Dis» et moi ou plutôt l’autre, c’est-à-dire un autre moi «Oui» et mes paupières se contractent dans l'effort comme sous l’effet d’une peine, d’une souffrance et s’ouvrent (mes paupières) dénudant deux globes vitreux sans images, sans regard, ou plutôt un regard qui dépasse les murs de la pièce, loin, très loin, un regard qui se sépare de moi.Ce n’est plus très loin maintenant, il connaît l’endroit bien qu’il n’y soit jamais allé, car il a vérifié sur le plan de la ville; et si la maison n’existait plus?Un ouragan, un typhon ou une guerre qui soudain éclate faisant déferler l’aviation ennemie ou amie qui rase l’immeuble.à quoi bon! la question est posée et une réponse attend, là- bas, dans cet immeuble ou dans les ruines.Il sort machinalement un carnet noir, l’entrouvre «2 juin».c’est bien aujourd’hui; ses mains à plat sur les deux surfaces de cui-rette rugueuse appliquent une brusque pression en sens inverse, fermant le carnet avec un bruit sec (flap!) Il reste un moment immobile, les yeux grands ouverts, mais ne voyant plus la vitrine ni l’Italien, ni les saucissons, les mains pressées très fort contre le petit objet qui diminue de volume, s’amincit puis parvient à une épaisseur mini- mum et semble respirer entre ses deux mains suivant que celles-ci relâchent ou non la tension ou bien que cette sensation lui est communiquée par la circulation du sang qui revient par pulsation dans ses mains, ses deux mains qui se fatiguent, qui font mal, qui se desserrent et présentent leurs paumes aux yeux (qui reprennent vie), et les examinent étonnés de ce qu’elles existent après avoir été si longtemps ignorées dans leur utilisation quotidienne et le carnet tombe sur le sol lisse et gris du balcon, juste entre les deux pieds nus, légèrement cambrés, pour offrir moins de surface de contact à la fraîcheur de la pierre, une fraîcheur désagréable comme.comme de la laine minérale cassante, rigide, agaçante.«mais où sont les cigarettes?» Ce goût soudain maladif de fumer, de sentir une présence, une température différente, alors que le but est presque atteint et que la solitude pèse.Il est presque arrivé, c’est celle-ci, il reste un moment immobile, la tête levée, lisant et relisant la plaque blanche d’où se détachent les lettres noires en caractères d’imprimerie RUE MERCURE ST., il se sent pris de vertige (la proximité du lieu ou la position de sa tête légèrement renversée, le cou tendu), il hésite puis se remet en marche, tourne le coin quittant le boulevard pour la rue bordée de hauts platanes régulièrement espacés qui convergent vers lui (perspective) comme un long poignard dont la lame est dentelée (les troncs gris et sales) et dont le manche est invisible, perdu, dissimulé quelque part vers le haut de la côte il presse le pas, en dépasse un, puis deux (platanes), trois, trente-huit, quarante-six, cinq, quarante-huit, six, cinquante-deux.cinquante-deux! C’est un immeuble moderne qui jure avec les autres maisons du voisinage, pour la plupart basses, de style bâtard, mi-tudor mi-victorien; aux murs de pierre épais et dont la fenêtre principale s’avance sur la rue comme les trois faces d’un hexagone tronqué.Son regard grimpe le long du cinquante-deux, très haut, beaucoup plus haut que la plaque de la rue, le long des murs revêtus de stucco blanc, des fenêtres entourées d’aluminium («comment ont-ils pu obtenir un per- 20 mis de construction pour un immeuble de huit étages dans ce quartier qui est certainement régi par un code de limitation?») Au troisième, à la fenêtre du centre (il y en a cinq par étage sur la façade) un homme le regarde, le nez appuyé contre la vitre, ce qui lui donne un air de boxeur, un homme sans âge.Et s’il rebroussait chemin?Mais l’homme dont il sent le regard sur lui, a bien vu qu’il se disposait à pénétrer dans l’immeuble; de quoi aurait-il l’air?«le ridicule tue».il sourit.et puis, c’est aujourd’hui et c’est l’heure; il presse son bras gauche contre son corps et s’aperçoit qu’il a perdu son journal, il se retourne et regarde vers le boulevard: rien! c’est ennuyeux.il relève la tête, l’homme est toujours là, immobile, comme peint sur la vitre.il s’engouffre dans l’immeuble dont la porte de verre entourée d’un cadre d’aluminium est maintenue ouverte.Le dallage du vestibule est formé de petites tuiles concassées, grises, blanches, noires; il s’immobilise devant ce réseau de nervures qui le sépare de l’escalier, il cherche un moyen de contourner l’obstacle mais s’aperçoit que déjà ses deux pieds ont entamé le dessin en toile d’araignée «morte la mouche!» L’escalier est recouvert en partie d’un tapis de sisal rouge, retenu de chaque côté par une bande de métal doré, laissant à nu deux lisières de quatre pouces de large de bois ciré; la rampe est en fer noir luisant, exempte de toute fioriture.«s’il y a un nombre impair de marches, il dira non, si le nombre est pair, il dira oui et tout est fini.» une, deux, il sent son coeur battre dans sa gorge au rythme de ses pas ou est-ce ses pas qui se mettent au rythme de.six, sept, onze, douze, pair, rouge et passe, perdu?mais ce n’est que le premier étage, c’est la somme des trois qui compte! trois fois douze: trente-six.le nombre de marches n’est pas toujours égal, d’ailleurs cela ne veut rien dire, j’aurais pu aussi bien choisir les nombres pairs! cinq, sept et comptant le palier du rez-de-chaussée, je serais arrivé à treize, «neuf et deux: onze.impair! s’il s’arrêtait?.douzeetonze: vingt-trois.c’est idiot! De toute façon la réponse est là, immuable, même si on retirait une marche ou que l’on en ajoutait 21 une, alors à quoi bon cette comédie! Il est déjà en mouvement, sa poitrine se lève et s’affaisse dans un mouvement compte plus! dix, douze, treize! le couloir est étroit et va en s’amincissant vers le fond comme un poignard qui s’enfonce dans le coeur de l’immeuble.la rue tout à l’heure donnait l’effet contraire (différence de niveau?la côte?), toutes les portes sont closes, les murs nus, clairs, sans aspérité, sans rien pour s’y accrocher; chambre 303; une petite plaque noire de bakélite avec les chiffres en blanc.trois plus zéro plus trois.six.il s’arrête, tourne sur lui-même de quatre-vingt-dix degrés et fait maintenant face à la porte.C’est le moment.encore un instant de répit, dans ce décor immobile qui semble attendre l’apparition d’une baguette magique pour lui redonner son volume, ses trois dimensions, sa réalité concrète, le temps qui a fui (une minute a dû s’écouler, mais où?), il respire plus difficilement, sa poitrine se lève et s’affaisse dans un mouvement démesuré qu’il ne peut pourtant constater de ses yeux mais plutôt de l’intérieur, de son corps, de sa gorge, ses mains moites qui tremblent contre ses jambes, de ce corps qui ne transmet plus les sensations (comme ce couloir bordé de portes), le temps est arrêté, aucun son, aucune image ne parviennent jusqu’à lui, aucune pensée ne traverse son esprit, tout est noir ou plutôt blanc, ou plutôt incolore ou plutôt couleur de rien, ses jambes fléchissent et il revient à lui, il redevient lui, ses yeux découvrent la plaque de bakélite noire avec les chiffres blancs 303, c’est ici! il sent ses doigts de pieds se recroqueviller, cherchant à s’éloigner de l’extrémité avant de sa chaussure, qui est la partie de sa personne le plus près de la porte, une porte nue, sans aspérité, si ce n’est une poignée métallique, brillante, sur le côté gauche (en face de sa main gauche) comme une tumeur sur cette grande surface blanche, une protubérance ronde qui s’agrandit et semble tendre vers lui, vers sa main qu’il retire brusquement et cache derrière son dos, une main moite, agitée par un tremblement nerveux, qu’il sent maintenant contre son dos, la bouche est sèche, les jambes fatiguées, faibles.maintenant! il faut! 22 encore un moment.quelqu’un attend derrière cette porte; il y a toujours quelqu’un dont on dépend, dont on attend une décision, un père, un maître, une maîtresse, un patron, un médecin.qui eux-mêmes attendent de franchir le seuil d’une autre porte pour savoir ce qu’ils vont être, ce qu’ils peuvent être.peut-être a-t-il oublié et est-il parti vaquer à quelques commissions sans importance, non! il doit être là, lui ou quelqu’un d’autre ou encore moi, puisque je vais pénétrer dans la pièce, moi au futur.il faudrait tourner cette poignée et ouvrir (ramener sa main qui est derrière le dos et la poser sur la poignée, appliquant un mouvement tournant de la gauche, vers la droite, puis pousser en avant) alors il verrait, il saurait.tu saurais je saurais vous sauriez nous saurions je saurais.Il reste là, figé, pétrifié, mort, attendant un signe pour briser cette immobilité, cette raideur cadavérique, cette peur.incontrôlable, enfantine.Et s’il priait?Les crayons de couleur sont alignés sur le côté droit, les feuilles de papier sur le côté gauche, et au centre rien, rien que ces deux mains posées à plat, présentant le dos un peu renflé et charnu (l’une des mains porte une marque de brûlure grande comme une pièce de vingt-cinq sous), agitées d’un léger tremblement, deux mains qui se joignent difficilement; il prie ou négocie «si je passe mes examens, je prierai tous les jours, faites que je réussisse et je.» tout bouge, il sent des effluves de chaleur monter en lui puis disparaître; les rayons du soleil jouent avec les dessins des rideaux et donnent l’impression que les gros bateaux à aubes de couleur vive voguent sur une mer d’or; être sur un de ces bateaux qui s’en vont loin d’ici, loin des résultats d’examens, loin de ce moi prostré, inactif, qui subit.en route vers un autre moi totalement différent parce que simple, d’une seule pièce, monolithique, vers une terre couverte de palmiers ou de neige, vers une vie meilleure puisque sans horizon ou sans horizon puisque meilleure, vers l’infini, vers un paysage sans portes.Où est-elle, ah! la voilà qui entre dans la chambre.et si je lui disais «Ce n’est pas si mal pour un vieux» non! ce serait de mauvais goût; gênant.pour elle ou pour moi?pour moi, même si c’est pour elle; alors «Un jour tu me trouveras trop vieux» oui, remettre au futur la question actuelle et forcer la phrase rassurante, et moi «Un jour tu me trouveras trop vieux» et elle «Jamais! tu as trop lu de livres sur les hommes mûrs et les jeunes filles, nous c’est différent» c’est cela, différent! différent de Marthe, pas mieux mais différent.Elle est debout contre le secrétaire me tournant le dos, nue, en équilibre sur ses hauts talons, ses longs cheveux blonds défaits, qui cachent le grain de beauté brun café sur son cou, tombent jusqu’au creux de ses hanches au-dessus du petit pommelet de ses fesses et Marthe «Après un ou deux enfants, finies les tailles fines et la peau satinée», et ses longues jambes s’amincissent harmonieusement jusqu’au talon du soulier, la droite légèrement appuyée contre le coin du bureau qui plisse la chair à mi-cuisse et lui imprime un dessin étoilé, chaque pli (trois de contact) et la fumée bleue de sa cigarette s’élève au-dessus de ses cheveux blonds, pour retomber plus pâle, comme un voile léger agité par un souffle faible et qui couvre l’image d’un halo.«aïe!» «Je me suis brûlé, où donc est cette cigarette?» la voilà près du calepin noir, une petite tache brune reste sur le drap que je tapote pour empêcher qu’il prenne feu; Marthe serait en colère ou du moins paraîtrait en colère «Je te l’avais bien dit de ne pas fumer au lit, un jour tu mettras le feu à la maison» ou «Monsieur fait la tête, il couche dans son bureau et comme je ne suis pas là pour veiller sur.» au point où j’en suis, que m’importe le drap, le feu, ou Marthe.d’ailleurs, elle ne dirait pas cela, elle fixerait la tache, puis son regard se poserait sur moi, un regard doux, un regard de propriétaire, le même qui accompagnait ses réprimandes aux enfants lorsqu’ils étaient petits dans cette chambre 24 trop propre, trop moderne, trop anonyme, un lit étroit, une carte géographique tapisse le mur, colorée (la carte), vert pour les prairies, bleu pour la mer, brun pour les montagnes avec ça et là des ronds noirs pour les villes, petits pour cent mille habitants, moyens pour cinq cent mille habitants, gros pour un million et plus, avec un cercle de couleur pour les métropoles, Paris, New York, Londres, Montréal, Mexico, et le petit garçon assis à sa table de travail avec les crayons de couleur alignés sur un côté, les feuilles de papier de l’autre et au centre rien, rien que ses deux mains posées à plat présentant le dos un peu renflé et charnu: sur l’une d’elles, une marque de brûlure en forme de coeur (d’un coeur rogné sur le pourtour) qu’il a depuis.depuis toujours, aussi loin que sa mémoire le reporte, sur la main gauche, il regarde toujours le dos de sa main pour reconnaître la gauche de la droite.les crayons sont sur le côté gauche et les feuilles sur le droit, la peau atteinte est lisse, unie, exempte de pores et des nervures qui joignent ces pores entre elles et le réseau dermique ne reprend naissance qu’aux limites de cette tache grande comme une pièce de vingt-cinq sous, une petite tache, une tache pas chère.Rien ne bouge, les rayons du soleil filtrent à travers les rideaux ornés de dessins (bateaux) de couleurs vives et convergent sur les deux mains, sur le dos des mains identiques et différentes; l’une avec une marque et l’autre sans marque, il regarde la photo accrochée sur le mur représentant la classe de l’année dernière: les tabliers noirs, le premier rang assis sur un long banc de bois «Ne bougez plus, le petit oiseau va sortir».Prier.qui?quoi?comment?Enfant, cela réussissait toujours, si mes prières étaient exaucées, le résultat était là pour le prouver, si elles ne l’étaient pas c’est que je n’avais pas été sincère.sincère par rapport à quoi?pourtant je désirais sincèrement telle chose que je n’ai pas obtenue comme cette bicyclette que j’avais admirée longuement à la devanture d’un magasin d’articles de sport.Quelle en était déjà la marque de fabrique?.quelque chose comme OLYMPIA.Olympia, oui, ce doit être cela: les tubes en triangle qui formaient le cadre étaient recouverts d’un émail bleu nuit et joignaient la selle (perforée pour l’aération) en cuir jaune et le guidon de course qui décrivait un arc de cercle gracieux; la jante était enveloppée de boyaux fins, les pédales étaient dotées de lanières du même cuir que la selle.Je peux encore.il n’est pas trop tard.je m’habille et je descends l’acheter pour partir loin, très vite.oui, j’y vais! Non, c’est idiot à mon âge.si mes parents me l’avaient achetée, tout aurait changé: pas de Marthe, pas de Jenny, pas d’architecture, pas de 12 juin.pas de moi; un accident terrible (une jambe amputée) ou même léger, sans conséquences graves, si ce n’est que rectifier ou plutôt modifier toute ma vie, ou une rencontre avec un garçon qui m’aurait donné d’autres goûts (le théâtre, la littérature) ou une jeune fille rousse avec des yeux vert amande, une bouche rose pâle, des yeux qui parlent, une bouche qui embrasse, des bras qui bercent, une jeune fille qui m’aurait donné un autre goût des hommes, un autre goût de l’homme, un autre goût de moi.Prier.le pari de Pascal, pourquoi pas le pari mutuel.joindre les deux mains, ce même geste que j’avais fait pour refermer le carnet (flap!) tiens, un de mes pouces est plus long que l’autre, celui de la main gauche, celle qui porte sur le dos une marque de brûlure ou de naissance; tout bouge, je sens des effluves de chaleur monter en moi puis disparaître; «Faites qu’il dise non.» Voilà, c’est fait.C’est un peu court, sûrement pas sincère et puis.zut! Cela ne veut rien dire, tout est consommé, tout est toujours consommé et l’on prie trop tard ou trop tôt; le secret de la prière doit être un problème de synchronisation, juste au moment où il faut: ni avant, ni après ou alors, pas du tout.J’ai l’impression que je radote, le temps passe, il faut que je me raccroche à quelque chose de concret avant que je ne me mette à divaguer totalement.Il faut bouger; les murs peu à peu se rapprochent, rétrécissant l’espace libre, c’est-à-dire pratiquable de la pièce, la porte grandit, s’élargit, s’épaissit, j’étouffe, il faut sortir avant qu’il ne soit trop tard et 26 pourtant mon corps s’appesantit davantage dans la chaleur moelleuse du sofa.Donner un ordre: «allez, debout!» reprendre le dessus sur la matière, sur l’atmosphère, le conditionnement de l’environnement et puis Marthe sera ici d’un instant à l’autre «tu as faim?» «tu as fini de bouder?» «qu’est-ce qui t’a pris hier soir?» ou tout d’une traite «Tu ne dors plus, je peux te servir quelque chose à manger — tu as fini de bouder — qu’est-ce qui a bien pu te prendre hier soir!» sans faire de pause pour une réponse car Marthe écoute avec ses yeux, elle constate d’après la réaction de l’interpellé si c’est un oui, un non, un peut-être ou simplement un tout, vague, qu’elle interprète à sa façon: «Allez, debout» un coup de reins, ça y est! Les longs poils du tapis s’intercalent entre les doigts de pieds ridiculement étalés, aplatis, rognant les contours; voilà la porte, la poignée est bien du côté gauche, c’est-à-dire, en face de la main gauche et mon bras droit passe en avant de moi, barrant mon corps de l’épaule droite à l’aine gauche pour se poser sur cette poignée et lui appliquer un mouvement, tournant dans le sens des aiguilles d’une montre.Le couloir est libre et je franchis rapidement le seuil de la salle de bains refermant la porte derrière moi.Je sens le contact froid du sol qui est constitué de petites tuiles concassées d’un dessin irrégulier, grises, blanches, noires; les deux pieds qui ont repris leur forme sont emprisonnés dans un réseau de nervures comme.comme.comme des mouches dans une toile d’araignée.Pourquoi ne pas prendre un bain, s’immerger dans l’eau, jouer avec le savon, les bulles d’air (sortir de l’eau puis y replonger un membre), voir son corps disparaître, se déformer et espérer qu’en sortant de la baignoire, un nouveau corps, un nouvel être émergera, naîtra.intact.j’ai trop chaud pour un bain, il faut se laver à l’eau froide pour déloger le masque de sommeil, de sueur, de pensées collé à ma peau.L’eau coule et disparaît dans le trou de l’évier avec un bruit de bête ou d’homme que l’on étrangle (je n’ai jamais étranglé ni bête, ni homme, alors?souvenir d’un film, d’un roman?) le savon sent les fleurs, c’est obs- cène cette odeur dans un appartement en plein centre de la ville, dans une salle de bains à l’aspect hygiénique.pourquoi pas une odeur de homard, de rôti de boeuf, ou de Cadillac, ou de théâtre un soir de première, ou de bordel?Marthe adore la senteur «fougère» «cela me rappelle mes séjours à la campagne avec mes parents»; la salle de bains de Jenny sent les pins, l’évasion, l’espace, la nudité.chez la rousse aux yeux vert chat ce serait sûrement une odeur de menthe.mon visage disparaît dans le tissu spongieux de la serviette, il va peut-être réapparaître changé, différent, autre.Le miroir me renvoie mon image, quelques traits sont plus accentués, d’autres détails me sont étrangers comme la ligne du nez légèrement au tiers alors que je le sais droit.mais non, c’est bien le même visage qu’hypocritement je transformais avec la complicité de mon regard qui ne faisait qu’effleurer les miroirs.Il faut fermer le robinet, j’ai encore oublié; le dessus est un peu écaillé, laissant paraître le plomb du tuyau dans un dessin rappelant les agrandissements de vues microscopiques de protozoaires; j’ai toujours l’impression que je vais de nouveau me salir les mains — malgré toutes mes précautions, mon doigt a touché la tache et ma main rebondit comme mue par un ressort, une sensation désagréable m’envahit (un corps insolite qui chercherait à s’installer en moi, repoussant vers l’extérieur, vers la peau, les os, les muscles, les poumons, tous mes organes.) Elle était penchée sur moi, nue, perchée sur ses hauts talons et tenait dans sa main sa cigarette à demi consumée, projetant un rideau de fumée qui me rendait son image imprécise, floue, ou était-ce ma vue qui était troublée par mon léger malaise?et elle d’une voix neutre «c’est la chaleur sans doute» en se penchant vers moi affaissé sur l’évier, sans se rapprocher mais au contraire s’éloignant car je me sentais tomber, partir vers le trou noir au centre de la cuvette «Ce n’est pas si mal pour un vieux» non! ce n’était pas cela, ce n’était pas elle qui était la cause de mon malaise, ce n’était pas la différence d’âge 28 et pourtant j’éprouvais de la gêne, du dépit, de la honte j’étais atteint au coeur de ma fierté et je ne pouvais lui expliquer, lui dire: «Ce n’est pas parce que je suis vieux».ce serait rendre la situation encore plus fausse et confirmer, si elle n’en était déjà persuadée que cette défaillance était le résultat d’une trop grande dépense d’énergie.et elle: «Qu’est-ce que tu dis?» et je gardais le silence, tournant et retournant les mots dans ma tête pour lui dire que c’était.quelque chose d’autre que je ne pouvais expliquer, quelque chose comme un obstacle impossible à franchir et contre lequel on s’épuise, une porte, cette tache de rouille ou d’alliage rouillé, laissé sans protection par l’éclat de l’émail.Je retourne dans mon bureau, sans croiser Marthe (j’ai cru entendre la porte de la cuisine grincer); tout est changé, le sofa me fait face portant l’empreinte de mon corps (deux larges entonnoirs curviformes), la porte-fenêtre est à gauche et la porte derrière moi, et là tout près, la chaise et mon costume toujours en équilibre instable, ridicule, le bras levé vers le plafond.La chemise est froide et un peu humide, les bras trop serrés; je ne parviens pas à placer le talon dans l’emplacement qui lui est réservé, dessiné par le manufacturier, le pli du pantalon a disparu, les vêtements combattent la prise de possession, ils repoussent l’étranger que je suis, au corps différent d’hier.L’escalier est recouvert en partie d’un tapis de sisal rouge retenu de chaque côté par une bande de métal doré laissant à nu deux lisières de quatre pouces de large de bois ciré; la rampe est en fer luisant, exempte de toute fioriture.Un, deux.idiot! les pas résonnent dans le ventre, sous la ceinture abdominale, j’accélère comme toujours après le palier du deuxième étage, touchant à peine les marches ou, plutôt, rebondissant après chacune d’elles comme un cheval au trot (dagada, dagada, dagada), un cheval à trente contre un.La rue est calme, à peine quelques voitures qui passent rapidement; en levant la tête j’aperçois un homme pieds nus sur son balcon, nos regards se rencontrent ou plutôt se croisent mais déjà il disparaît, il a peut-être reculé d’un ou de deux pas et mon angle de vision ne me permet plus de le voir.Deux enfants se lancent une balle sur l’autre trottoir, était-il au deuxième ou au troisième étage; ce ne peut être le troisième puisque c’est mon appartement, alors le deuxième ou le quatrième.pourtant.qu’importe! Il est à peine trois heures.que vais-je faire du temps qui reste?j’avance machinalement vers l’artère principale.Tiens! un journal gît sur la chaussée à trois pieds du caniveau.La photo et le titre sont barrés en biais par une empreinte de pneu, seul le mot MORT est distinct.morte la photo, mort le journal, écrasé.s’il n’était pas si sale j’irais le ramasser, je ne l'ai pas lu commej’enai l’habitude, chaque matin, en me rendant au bureau: aujourd’hui c’est différent.«12 juin».Et mon horoscope?Cancer — du 21 juin au 22 juillet, ma mère m’appelait le «petit cancer de la maison», «il salit tout ce qu’il touche» et mon père toujours «ne dis pas cela, ça porte malheur» et elle «superstitieux comme tous les joueurs de cartes, je t’appelle bien mon loup et tu es doux comme un agneau», amusé, il haussait les épaules et allait bourrer sa pipe, alors que je cherchais à discerner sur lui une trace d’animalité, des oreilles pointues, des crocs, des griffes, une démarche.mais non rien.superstition que tout cela, le loup oui mais le Cancer?tout à l’heure il me dira.Mon horoscope! le kiosque à journaux est derrière moi, il faut que je rebrousse chemin: les deux enfants qui jouaient tout à l’heure ont disparu, escamotés.J’évite de marcher sur.les lignes noires qui marquent la jonction des grandes dalles formant le trottoir, allongeant et rétrécissant l’enjambée.Le vendeur me regarde étonné.— Je ne vous ai pas vu ce matin.— Je me suis donné un jour de congé.— Avec toutes les constructions qui se font, vous devez être débordé de travail.Il découvre dans un sourire ses dents irrégulières, noircies, deux ou trois manquent, il est laid et il m’en- 30 nuie.— Il faut bien se reposer de temps en temps.— Vous avez la bonne vie, vous les architectes.Et il me tend le journal, la peau sur son pouce est sèche et craquelée, l’ongle jauni par la cigarette et liséré de noir.Je sens une résistance car il n’a pas encore lâché prise, il a encore quelque chose à dire.— Moi c’est six jours par semaine et ça commence le matin à sept heures et demie (ça y est, il a lâché et je peux effacer le sourire contraint qui me fatigue).et bonjour à vo’t bonne dame.Je m’éloigne rapidement, pourquoi suis-je si aimable avec.Près de l'immeuble où j’habite, je lève les yeux pour voir si l’homme est encore là: les balcons sont vides, un rideau a légèrement bougé au troisième étage.mais c’est mon appartement! alors?.le vent, illusion d’optique ou Marthe.tout est maintenant immobile.Je ralentis le pas, déplie le journal qui sent l’ammoniaque, en frontispice, une photo, surmontée d’un titre en caractères gras «LA MORT LE SURPREND EN PLEINE GLOIRE» Non, pas maintenant, je dois lire l’horoscope d’abord.«L’affaire des Faillites — deux arrestations» «Révision des programmes scolaires» Ma gorge est sèche, l’article ou l’horoscope?Je ne vais tout de même pas changer ma décision pour un caprice stupide, une petite envie sur laquelle j’ai concentré mon énergie et qui prend des dimensions hors de proportion avec son intérêt réel: et pourtant «Nouvelles émeutes en Amérique du Sud» Annonces .11 Bridge .14 Horoscope .7 «Page 7» te date, risd’ap- anemeat eptê un téme s'il utres.Lesage ce plan idre mal ibec.proposi-lue avec l'exposée ours des ait énor-mocrates a grande our faire devienne évus.H-e publi-ministre nbre, la lie serait à l'adop-)le.ernement relations affirment ue prévu, ing-out’.lent que, ;s actuel-ne parti-perdrait cent nue » ient îeuler' — ants, pro-; aotueiie* ïnève, oiit mité, au-au LSD En URSS, une étude objective de la Bible MOSCOU (AFP) - Pour la première fois depuis la Révolution, une étude de la Bible, dépourvue de critiques outrées ou d'anathèmes anti-religieux vient de paraître en URSS.Ce livre, tiré à 100.000 exemplaires.s'intitule "Histoires bibliques'.C’est la traduction d une étude faite par un écrivain polonais.Zenon Kosibm sky, qui s'est efforcé, dans un lan.gage simple, de raconter la Bible depuis la création du monde jusqu'à la fin de l'Ancien testament.GEMEAUX :v.wnmt mi M JUM ’4 - Vos ambitions peuvent évoluer d’une manière brillante û vous vous appuyez sur des relations d’amitié judicieusement choisies.Conservez à vos amours ou à vos aventures ia qualité qui vous les faisait te* précièr auparavant.CANCER DU S JUM AU XIJMUIV Libérez une part de votre attention en organisant mieux w» tâches et votre fatigue diminue-re.Sur le plan sentimental, visez la durée : ia confiance ré-et un sentiment délicat s’épanouira.M LION DU S3 mur AU S3 AOUT Dans une préface, l'auteur s'attache, a expliquer rationnellement vp qu'est la Bible.Il rejette, bien entendu, son explication religieuse.Se fondant sur l'archéologie et la plus an-ripnne histoire, il souligne que la Bible est l'oeuvre de plusieurs personnes.D'heureuses circonstances vous mettront à même de réaliser des gains non prévus ou dépassant votre attente.Mais ne laissez pas des camarades vous entraîner dans des entreprises folles où vous perdrez une trop grande part de votre énergie.Vous en avez besoin. 50 47 47 1000 Wabasso 11 11 11 — Westburne 110 110 — — Westairs 18 174 — 2000 West Hill 76 76 76 1000 West Tin 68 68 68 2000 Wisconsin 48 48 48 denrées AGRICOLES MONTRIAL.(PC) — Cour* de» lenrees trammis k Montréal par le ninistére fédéral de l'Arriculture : Oeufs : prix moyen» en carton me douzaine vendu» par le» grossiste» aux détaillants : extra gros ’1.3, A-gro» 68.1, A-moyena 58.3 V-petits 38.1.Beurre t arrivage» courant».83 mints.-581 83 points.58.Fromage: livré à Montréal, ciré, irrivages courant», québécois blane •n gros 43 V4, coloré 434t.Pomme» de ferre : prix de gros auébec, 0.90 k SI le» 50 livre».45 k .50 les 10 livres, Ontario, S2.65 i S3.75 les 75 Ibs : .48 à .50 le» 10 bs.Poudre de lait écrSmS : procédé par vaporisation no 1 en sac» : 18 à 19, procédé par rouleau, no 2 en sac»: 15 i ISVi, autre catégorie pour nourrissage 12Mi à 13Vt.Poudre de lait de beurre pour nour* rissage 12 A 12V4.Poudre de lait de 4 i 4M cents.Cote de l'or FRUITS «T LEGUMES MONTREAL
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