[Mandements, lettres pastorales et circulaires des évêques de Valleyfield], 1 janvier 1949, Appendice I. Lettre encyclique de Sa Sainteté Pie XII sur l'Année mariale qui s'ouvrira le 8 décembre prochain
[" Appendice I Lettre Encydique de Sa Sainteté Pie XII L'ANNEE MARIALE qui t'ouvrira LE 8 DECEMBRE PROCHAIN - 2 - A nos vénérables frères les patriarches, primats, Archevêques et Evêques et autres Ordinaires en paix et communion avec le Siège Apostolique PIE XII PAPE Vénérables frères, salut et bénédiction apostolique.La lumineuse couronne de gloire dont Dieu a ceint le front très pur de la Vierge Mère de Dieu resplendit davantage.Nous semble-t-il, lorsque Nous Nous reportons par la pensée au jour où.voici cent ans.Notre Prédécesseur d'heureuse mémoire.Pie IX, entouré d\u2019un nombre imposant de Cardinaux et d\u2019Evêques, déclara, prononça et définit solennellement, dans son autorité apostolique infaillible, que \u201cla doctrine selon laquelle la Bienheureuse Vierge Marie a été, dès le premier instant de sa conception, par une grâce et un privilège singuliers du Dieu tout-puissant et en prévision des mérites de Jésus-Christ, Sauveur du genre humain, préservée et exempte de toute tache du péché originel, est une doctrine révélée pat-Dieu et qu\u2019elle doit en conséquence être crue fermement et inviolablement par tous les fidèles (Bulle dogmatique Ineffabilis Deus, du 8 décembre 1854).L'oracle du Pontife fut recueilli avec joie par l\u2019univers catholique, qui depuis longtemps attendait avec impatience.Sous cette impulsion, on vit croître la dévotion des fidèles pour la Sainte Vierge, source féconde entre toutes des renouveaux de la vie chrétienne, tandis que connaissaient un nouvel essor les travaux qui devaient mettre dans une plus vive lumière la dignité et la sainteté de la Mère de Dieu.11 semble que la Bienheureuse Vierge Marie elle-même ait en quelque sorte confirmé par un prodige la sentence que le Vicaire sur terre de son Divin Fils avait prononcée, aux applaudissements de l'Eglise entière.Quatre ans en effet ne s\u2019étaient pas encore écoulés que dans un village de France, au pied des Pyrénées, une enfant simple et innocente voyait, a la grotte de Massabielle, la Sainte Vierge lui apparaître; -3 - Celle-ci avait un aspect juvénile et affable; elle était vêtue d'une robe et d\u2019un manteau blancs et portait une ceinture bleue; à l\u2019enfant qui demandait instamment à connaître le nom de celle qui avait daigné se montrer à elle, celle-ci répondit, levant les yeux au Ciel et souriant doucement : \u201cJe suis l'immaculée Conception''.Les fidèles saisirent parfaitement la portée de l\u2019événement et, accourant innombrables de toutes les parties du monde en pèlerinage à la grotte de Lourdes, ils ravivèrent leur foi.enflammèrent leur piété et s'efforcèrent de conformer leur vie aux préceptes du christianisme.Et en ce même lieu ils obtinrent aussi à maintes reprises, par leurs prières, des faits miraculeux propres à susciter l\u2019étonnement général et à confirmer que la religion catholique est bien la seule que Dieu ait donnée aux hommes et qu\u2019il approuve.C\u2019est ce que comprirent éminemment, comme il était naturel, les Pontifes Romains, qui enrichirent de faveurs spirituelles et comblèrent de leur bienveillance le temple magnifique élevé en l'espace de quelqus années par la piété du clergé et du peuple chrétien.- I - LE DOGME DE L'IMMACULEE CONCEPTION En définissant, par la Lettre Apostolique citée plus haut, ce point de la doctrine chrétienne comme devant être cru fermement et fidèlement par tous les chrétiens, Notre Prédécesseur ne fit que recueillir diligemment et consacrer pat-son autorité la voix des Pères et de toute l\u2019Eglise, telle que depuis les premiers âges les siècles la lui avaient transmise.Le fondement de cette doctrine se trouve d\u2019abord dans les Saintes Ecritures elles-mêmes, où après la malheureuse chute d\u2019Adam, Dieu, Créateur de toutes choses, s\u2019adresse au serpent tentateur et corrupteur par ces mots, que plusieurs Pères et docteurs de l\u2019Eglise ainsi que de nombreux interprètes autorisés appliquent à la Vierge Mère de Dieu : \u201cJe placerai - 4 - des inimitiés entre toi et la femme, entre ta postérité et la sienne\u201d (Gen.III, 15).Car si, à un moment donné, la Bienheureuse Vierge Marie était restée privée de la grâce divine, en tant que souillée dans sa conception par la tache héréditaire du péché, il se serait vérifié contre elle et le serpent \u2014 du moins pendant cet espace de temps, si court qu'il eût été \u2014 un certain asservissement et non pas l'éternelle inimitié dont il est fait mention depuis la tradition primitive jusqu'à la définition solennelle de l'immaculée Conception de la Vierge.En outre, les termes \u201cpleine de grâce\u201d (Luc, 1, 28) et \"bénie entre les femmes\u201d (ibid.42), par lesquels est saluée la Très Sainte Vierge, insinuent clairement \u2014 et la tradition catholique l\u2019a toujours compris ainsi \u2014 que par \u2018\u2018cette solennelle salutation, salutation singulière et inoiïie jusque là, la Mère de Dieu nous était montrée comme le siège de toutes les grâces divines, comme ornée de toutes les faveurs de l'Esprit Divin, bien plus comme un trésor presque infini de ces mêmes faveurs, comme un abîme insondable de grâces, de sorte que jamais elle n\u2019avait été soumise à la malédiction\" (Bulle Inef-fabilis Deus).L'enseignement des Pères de l'Eglise Cette doctrine, dès l\u2019âge de l'Eglise primitive et sans que personne y contredît, fut clairement enseignée par les Pères, qui affirmèrent que la Bienheureuse Vierge avait été un lis entre les épines, une terre entièrement intacte, immaculée, toujours bénie, libre de toute contagion du péché, un bois incorruptible, une source toujours limpide, la seule et unique fille, non de la mort, mais de la vie, un germe non de colère mais de grâce; immaculée, absolument immaculée, sainte et éloignée de toute souillure de péché, plus belle que la beauté, plus sainte que la sainteté, seule sainte, celle qui \u2014 Dieu seul excepté \u2014 est supérieure à tous et qui par nature est plus belle, plus gracieuse et plus sainte que les Chérubins et les Séraphins eux-mêmes et toute l\u2019armée des anges (ibid., passim). - 5- Si l\u2019on considère avec soin, comme il convient, ces louanges de la Bienheureuse Vierge Marie, qui oserait douter que Celle qui est plus pure que les Anges et a été pure en tout temps (cfr.ibidem) n\u2019ait été à tous les instants de sa vie, même le plus bref, exempte de toute espèce de souillure du péché.C\u2019est donc à juste titre que saint Ephrem s\u2019adresse en ces termes à son Divin Fils : \u201cEn vérité vous-même et votre mère êtes les seuls qui soyez à tous égards d\u2019une parfaite beauté.Car ni en vous, Seigneur, ni en votre mère, il n\u2019y a la moindre souillure\u2019\u2019 (Carmina Nisibena.ed.Bickell, 123).Il ressort clairement de ces paroles que.parmi tous les Saints et toutes les Saintes, il n\u2019en est qu\u2019une seule dont on puisse affirmer que, quel que soit le péché dont il s\u2019agisse, il n\u2019en saurait aucunement être question à son sujet.Au surplus, ce privilège unique, accordé à nul autre, elle l'obtint de Dieu au titre de son élévation à la dignité de Mère de Dieu.En effet, cette mission sublime, solennellement affirmée et définie au Concile d\u2019Ephèse contre l\u2019hérésie nestorienne (cfr.Pius XI, Enc.Lux veritatis; A.A.S., vol.XXIII, p.493 sq.), et dont il ne semble pas qu'on puisse en concevoir de plus haute, postule la plénitude de la grâce divine et une âme exempte de toute tâche, étant donné qu'elle requiert la dignité et la sainteté les plus élevées après celles du Christ.Bien plutôt, de cette mission sublime de Mère de Dieu semblent découler comme d\u2019une source cachée et très pure, tous les privilèges et toutes les grâces qui ornent son âme et sa vie à un titre suréminent.Comme le déclare, en effet, justement saint Thomas d\u2019Aquin : \u201cLa Bienheureuse Vierge, du fait quelle est la Mère de Dieu, possède une dignité en quelque sorte infinie à cause du bien infini qu\u2019est Dieu (cfr.Summa Th.I, q.25, a 6, ad 4um).Et un auteur célèbre développe et explique la même pensée en ces termes : \u201cLa Bienheureuse Vierge.est Mère de Dieu; donc elle est tellement pure et tellement sainte qu'après celle de Dieu on ne peut concevoir une pureté plus grande\u2019\u2019 (Corn, a Lapide, in Matth., I, 16). - 6 - Il convenait que la Mère fût digne du Fils Du reste, si l\u2019on y pense attentivement et que l'on considère en particulier l'amour très brûlant et très suave que Dieu porta et porte sans nul doute à la Mère de son Fils Unique, comment même imaginer qu\u2019elle ait été, ne fût-ce qu\u2019un instant, sujette au péché et privée de la grâce divine?Dieu certes pouvait, en prévision des mérites du Rédempteur, l'enrichir de ce très unique privilège; qu\u2019il ne l\u2019ait donc pas fait, nous ne saurions même le penser.Il convenait que la Mère du Rédempteur fût telle qu\u2019autant que possible elle fût digne de lui; mais elle ne l\u2019aurait pas été, si la souillure de la faute héréditaire l\u2019avait, encore qu\u2019au seul premier instant de sa conception, rendue sujette à la sinistre domination de Satan.On ne peut pas dire pour autant que la Rédemption du Christ s\u2019en trouve diminuée, comme si elle ne s\u2019étendait plus à toute la descendance d\u2019Adam et que de ce fait on retirait quelque chose à la mission et à la dignité du Divin Rédempteur lui-même.Car en scrutant la question à fond et attentivement, on voit aisément que le Christ Notre-Seigneur a en réalité opéré de façon très parfaite la rédemption de sa divine Mère, puisque c\u2019est en prévision de ses mérites qu\u2019elle fut préservée par Dieu de toute souillure héréditaire du péché.C\u2019est pourquoi la dignité infinie de Jésus-Christ et son oeuvre d\u2019universelle Rédemption ne sont pas amoindries ni atténuées par ce point de doctrine; elles sont bien plutôt portées à leur plus haut degré.Les critiques de la dévotion à Marie C\u2019est donc sans fondement que bon nombre de non-catholiques et de novateurs accusent et critiquent notre dévotion envers la Vierge Mère de Dieu, comme si nous retranchions quelque chose au culte qui n\u2019est dû qu\u2019à Dieu et à Jésus-Christ; alors qu'au contraire tout honneur et toute vénération accordés à notre Mère céleste viennent sans nul doute rehausser la gloire de son Divin Fils : c\u2019est en effet de lui que dérivent, comme de leur première source, toutes les grâces et tous les dons, même les plus hauts, et au surplus \u201cce sont les parents qui sont la gloire de leurs enfants\u201d (Prov.XVII, 6). - 7- C'est pourquoi, dès les origines de l\u2019Eglise, ce point de doctrine fut mis chaque jour davantage en lumière et chaque jour se répandit plus largement, tant parmi les Pasteurs que dans l\u2019esprit et le coeur du peuple chrétien.C\u2019est ce qu\u2019attestent, Nous l\u2019avons dit, les écrits des Saints Pères; c\u2019est ce qu\u2019attestent les Conciles et les Actes des Pontifes Romains; c\u2019est ce qu\u2019attestent, enfin, les très anciennes liturgies où cette fête figure dans les livres saints, même les plus antiques, comme une tradition reçue des anciens.Au surplus, même parmi toutes les Communautés des chrétiens d\u2019Orient, qui depuis longtemps se sont séparés de l'unité catholique de l\u2019Eglise, il se trouva et se trouve encore des hommes qui, malgré leurs préjugés et leurs opinions contraires, ont embrassé cette doctrine et célèbrent chaque année la fête de la Vierge Immaculée; or il n\u2019en serait certainement pas ainsi, si ces communautés ne l\u2019avaient pas reçue dès les temps anciens, avant qu\u2019elles se soient retranchées de l\u2019unique bercail.Réaffirmation solennelle du Dogme 11 Nous plaît donc, un siècle après la solennelle définition par le Pape Pie IX d\u2019immortelle mémoire de ce privilège singulier de la Vierge Mère de Dieu, de résumer et de conclure la cause entière en affirmant, avec le même Pontife, que cette doctrine \u201cest, au jugement des Hères, consignée dans les Saintes Ecritures, qu'elle est par eux transmise en de si nombreux et imposants témoignages, quelle est exprimée et célébrée en tant d'illustres monuments d'une antiquité vénérable, quelle est proposée et confirmée par le suprême et si grave jugement de l\u2019Eglise\u201d (Bulle Ineffabile Deus), que pour les Pasteurs et l\u2019ensemble des fidèles \u201crien n\u2019est plus doux, rien n\u2019est plus cher que d\u2019honorer, de vénérer, d\u2019invoquer et de prêcher partout, avec la plus grande ferveur, la Vierge Mère de Dieu conçue sans la tache originelle\u2019\u2019 (ibid.). - 8 - Or, il nous semble que cette perle très précieuse, dont il y a cent ans fut orné le saint diadème de la Bienheureuse Vierge Marie, brille aujourd'hui d'une lumière plus resplendissante, puisque, par un heureux dessein de la divine Providence.il Nous fut donné, au terme de l'Année jubilaire 1950 -\u2014 Notre coeur en conserve le souvenir reconnaissant \u2014 de définir que la vénérable Mère de Dieu fut élevée au Ciel en corps et en âme.Nous satisfaisions ainsi aux voeux du peuple chrétien qui déjà s'étaient manifestés de façon particulière lors de la solennelle définition de l'immaculée Conception de la Vierge.Alors, en effet, comme Nous l'écrivions dans la Lettre Apostolique \u201cMunificentissimus Deus\u201d, \u201cles coeurs des fidèles furent remplis d\u2019un plus grand espoir de voir également défini au plus tôt par le Suprême Magistère de l'Eglise le dogme de l\u2019Assomption corporelle au ciel de la Vierge Marie\u201d (A.A.S., vol.xxxv, p.744).Immaculée Conception et Assomption Il semble donc que de ce fait tous les fidèles puissent de façon plus profonde et plus efficace tourner leur pensée et leur coeur vers ce mystère même de l'immaculée Conception de la Vierge.Car en raison du rapport très étroit qui relie les deux dogmes, la solennelle promulgation et la mise en lumière de l\u2019Assomption de la Vierge Marie au ciel \u2014- couronne et complément, peut-on dire, du premier privilège marial, \u2014 ont eu pour effet de faire éclater avec plus de plénitude et de splendeur la sagesse et l'harmonie de cette admirable disposition divine, par laquelle Dieu a voulu que la Bienheureuse Vierge Marie soit exempte de toute souillure originelle.C\u2019est pourquoi, en raison de ces deux illustres privilèges dont fut dotée la Vierge Mère de Dieu, aussi bien l\u2019origine que l'achèvement de sa course terrestre resplendirent d'une éclatante lumière : à l\u2019innocence parfaite de son coeur exempt de toute faute répond, par une admirable convenance, la très complète \u201cglorification\u201d de son corps virginal; et de même -9- ?qu'elle fut unie à son Fils Unique dans la lutte contre la malice du serpent infernal, c'est avec Lui également qu\u2019elle participa à la gloire du triomphe sur le péché et ses tristes conséquences.- Il - LES OBLIGATIONS QUE COMPORTE CE DOGME Les fêtes de ce centenaire, toutefois, doivent non seulement ranimer dans tous les coeurs la foi catholique et une ardente dévotion envers la Vierge Mère de Dieu, mais encore pousser les chrétiens à conformer le plus possible leur vie aux exemples de la Vierge.Toutes les mères éprouvent une douce émotion à découvrir que le visage de leurs enfants reproduit par quelque ressemblance particulière leurs propres traits; ainsi Marie, notre très douce Mère, n\u2019a pas de plus grand désir, ni de plus grande joie que de voir ceux qu\u2019au pied de la Croix elle accueillit à sa place comme enfants, exprimer dans leurs pensées, leurs paroles et leurs actions sa physionomie spirituelle avec ses qualités.Mais afin que cette piété, loin de se réduire à un vain mot, à une fausse apparence de religion ou à un sentiment superficiel et passager, soit sincère, vraie, efficace, elle doit sans aucun doute nous inciter tous, chacun selon notre condition, à tendre à la vertu.Et tout d\u2019abord, il faut qu\u2019elle nous entraîne à une innocence et à une intégrité de moeurs qui nous fassent fuir et éviter jusqu\u2019à la plus légère souillure du péché, puisque nous commémorons le mystère de la Très Sainte Vierge, dont la conception fut immaculée et préservée de toute tache originelle.Pendant tout le cours de son existence, soit dans les joies très douces qu\u2019elle connut, soit dans les épreuves et les cruelles souffrances qui ont fait d\u2019elle la Reine des martyrs, jamais la Bienheureuse Vierge Marie ne s\u2019éloigna, fût-ce légèrement, des préceptes et des exemples de son Divin Fils.Aussi semble-t-elle nous redire, à tous et à chacun de nous, les paroles -10- qu\u2019elle prononça durant les noces de Cana, en désignant Jésus-Christ aux serviteurs du banquet : \u201cTout ce qu\u2019il vous dira, faites-le\u201d (Io.2.5).La Vierge nous invite à la vertu Il semble qu'aujourd'hui la Vierge nous répète à tous cette même exhortation, en un sens certes plus large, alors que la racine de tous les maux qui font souffrir si cruellement les hommes et mettent dans l'angoisse peuples et nations, est de toute évidence à chercher avant tout dans le fait qu'un grand nombre \u201cont abandonné celui qui est la source d'eau vive, pour se creuser des citernes crevassées qui ne retiennent pas l\u2019eau\u201d (Jér.2.13), qu\u2019ils ont abandonné celui qui seul est \u201cla voie, la vérité et la vie\" (Jo., 14, 6).Si donc on s'est trompé, il faut revenir dans le droit chemin; si les ténèbres de l'erreur ont obscurci les esprits, il faut au plus vite les dissiper par la lumière de la vérité; si la mort, la vraie mort, a pris possession des âmes, il faut, avec un désir ardent et efficace, s\u2019approcher de la vie, de cette vie céleste qui ne connaît pas de déclin, parce qu\u2019elle vient de Jésus-Christ : en le suivant avec confiance et fidélité dans ce mortel exil, nous jouirons certainement avec lui dans les demeures éternelles d\u2019une béatitude sans fin.Tels sont les enseignements et les exhortations de la Bienheureuse Vierge Marie, notre très douce Mère, qui plus que toutes les mères de la terre, assurément nous aime d'un véritable amour.La restauration chrétienne de la société De ces exhortations et invitations à un retour général vers le Christ et à une vie généreusement et efficacement conforme à ses préceptes, les hommes ont, vous le savez, Vénérables Frères, le plus grand besoin aujourd\u2019hui, alors que bien des esprits s\u2019efforcent d\u2019arracher radicalement des âmes à la foi chrétienne, tantôt par des menées cachées et insidieuses, tantôt même par une diffusion et une propagande ouverte et obstinée de leurs erreurs, qu\u2019ils vantent impudemment comme l'honneur de ce siècle de progrès et de lumière.Mais qui ne voit qu\u2019à rejeter notre sainte religion, à nier la volonté de Dieu qui sanctionne le bien et le mal, les lois sont presque réduites à néant et l\u2019autorité publique presque réduite à l\u2019impuissance; en outre, quand ces fausses doctrines ont fait perdre l\u2019espérance des biens immortels, il est normal que les hommes soient poussés par leur nature à chercher avec une avidité sans mesure les biens terrestres, à désirer ardemment ceux d'autrui et parfois même, quand ils en trouvent l'occasion ou la possibilité, à s\u2019en emparer par la force.De là naissent entre les citoyens les haines, les jalousies, les discordes et les ressentiments; de là le désordre dans la vie publique et privée; de là l'ébranlement progressif des fondements mêmes de la Société, qu\u2019un recours à l\u2019autorité des lois ou des magistrats a peine à contenir et à affermir; de là enfin, de tous côtés, la décadence des moeurs entretenue par les mauvais spectacles, les mauvais journaux et par tant de crimes.Nous ne nions pas qu\u2019en ce domaine les gouvernants puissent faire beaucoup; toutefois la guérison de si grands maux est à chercher sans nul doute à un plan plus élevé; il faut faire appel à l\u2019aide d\u2019une force plus qu\u2019humaine qui illumine d'une clarté céleste les esprits eux-mêmes, qui atteigne les âmes elles-mêmes, les renouvelle par la grâce divine et.sous l'influence de celle-ci.les rende meilleures.Alors seulement on pourra espérer que refleurisse partout la vie chrétienne; que s\u2019affermissent dans toute leur vigueur les vrais principes, fondements de la Société; que s\u2019établissent entre les classes sociales des liens de sincère estime mutuelle fondée dans la justice et la charité; que cessent les haines génératrices de nouvelles misères et propres à pousser parfois bs coeu:s exacerbés jusqu'à l\u2019effusion du sang; et qu\u2019enfin, dans l'apaisement des conflits qui opposent les groupes de d'fférèbt niveau social, les droits sacrés des parties en cause soient équitablement reconnus et puissent, d\u2019un commun accord et dans le respect réciproque, être précisés et fixés pour b plus grand bien de tous. -12- Retour à la loi chrétienne Tout cela, sans nul doute, ne peut être obtenu de façon pleine et durable qu\u2019à condition de mettre effectivement en pratique la loi chrétienne que la Vierge Marie, Mère de Dieu, nous incite tous à suivre avec une joyeuse ardeur.C\u2019est ce qu'ayant mûrement considéré.Nous vous invitons tous et chacun.Vénérables Frères, par cette Lettre Encyclique, à exhorter, conformément à votre charge, le clergé et le peuple qui vous sont confiés à célébrer une Année Mariale que Nous prescrivons pour le monde entier, du mois de décembre prochain jusqu'au même mois de l\u2019année suivante; il y aura alors un siècle, en effet, qu\u2019aux applaudissements du peuple chrétien la Vierge Marie, Mère de Dieu, était ornée d'un nouveau joyau, tandis que.Nous le rappelions.Notre Prédécesseur d\u2019immortelle mémoire Pie IX décrétait et confirmait solennellement qu'elle avait été absolument préservée de toute tache originelle.Nous sommes pleinement confiant que cette célébration mariale pourra donner ces fruits de salut si désirés, que nous attendons tous si vivement.Conférences, prières publiques, pèlerinages Pour réaliser plus facilement et heureusement ce but.Nous désirons que, dans chaque diocèse, soient données des instructions et des conférences, qui éclairent plus parfaitement les esprits sur ce point de la doctrine chrétienne; qu'ainsi s\u2019accroisse la foi du peuple, que s\u2019intensifie chaque jour davantage la dévotion envers la Vierge Marie, que tous, d\u2019un coeur généreux, se mettent sur les traces de notre Mère céleste.Et comme dans chaque ville, dans chaque bourg et village où le christianisme est florissant, il se trouve toujours quelque chapelle, ou tout au moins un autel, où l\u2019image de la Bienheureuse Vierge Marie est exposée avec honneur à la vénération du peuple chrétien, Nous désirons, Vénérables Frères, que les fidèles s\u2019y rendent le plus fréquemment possible et qu\u2019ils fassent monter vers notre très douce Mère, non seulement leurs prières personnelles mais, d\u2019un seul coeur et d'une seule voix, des supplications publiques. - 13 - Là ou existe \u2014 comme c'est le cas de presque tous les diocèses \u2014 un sanctuaire où la Vierge Mère de Dieu est honorée d\u2019un culte particulier, que l\u2019on y convie les pieuses multitudes de pèlerins, à certains jours fixes dans l\u2019année, pour y tenir publiquement de solennelles manifestations de leur commune foi et de leur commun amour envers la Très Sainte Vierge.C\u2019est ce qui aura lieu tout particulièrement.Nous n'en doutons pas, à la grotte de Lourdes, où la Bienheureuse Vierge conçue sans péché est vénérée avec une £i fervente piété.Rome donnera l'exemple Que brille au premier rang l\u2019exemple de la Ville éternelle qui, dès les plus lointaines origines du Christianisme, eut un culte particulier pour sa céleste Mère et Patronne.11 ne manque pas ici d\u2019édifices sacrés, comme on le sait, où elle est proposée à la piété des Romains; mais le plus remarquable est sans aucun doute la Basilique Libérienne, où resplendit encore la mosaïque de Notre Prédécesseur de pieuse mémoire Sixte III, insigne monument à la gloire de la maternité divine de la Vierge Marie et où sourit avec douceur l\u2019image de la Vierge \"Sains populi Romani \u2019.Que là surtout les habitants de Rome se rassemblent pour prier; que devant cette image sacrée, tous fassent monter leurs voeux demandant avant tout que la Ville, centre de l\u2019univers catholique, soit aussi pour tous maîtresse de foi, de piété, de sainteté.\u201cCar \u2014 pour emprunter les paroles que vous adressait, fils de Rome, Notre Prédécesseur saint Léon le Grand \u2014 si l\u2019Eglise entière répandue sur la terre doit briller de l'éclat de toutes les vertus, c\u2019est à vous entre tous les peuples qu'il appartient d'exceller dans la piété, vous qui, établis sur le fondement même de la roche apostolique, avez été tous rachetés par Notre-Seigneur Jésus-Christ, et de préférence à tous instruits par le Bienheureux Apôtre Pierre\u2019\u2019.(Serrn.III, 14, Migne.P.L.LIV.147-148.) -14- Nombreuses sont les demandes que, dans les circonstances, chacun doit adresser à la protection de la Vierge Bienheureuse, à son patronage, à sa puissance d\u2019intercession.Qu\u2019on demande avant tout, Nous le disions, que chacun, avec le secours de la grâce divine, conforme chaque jour davantage sa propre conduite aux préceptes du Christianisme, puisque la foi sans les oeuvres est morte (cfr.lac.II, 20 et 26), et que nul ne peut faire quoi que ce soit, comme il convient, pour le bien commun, s'il ne brille tout d\u2019abord lui-même comme un exemple de vertu pour les autres.Pour la jeunesse, l'âge mûr et la vieillesse Que tous demandent aussi avec insistance que la généreuse et impétueuse jeunesse croisse saine et pure et ne laisse pas contaminer par le souffle corrompu du siècle ni affaiblir dans les vices la fleur resplendissante de son âge; que sa passion sans frein et son ardeur impétueuse soient gouvernées par une sage modération et que se détournant de toutes les embûches, elles ne se portent pas vers les choses mauvaises et nuisibles, mais s\u2019élèvent vers tout ce qui est beau, saint, aimable, sublime.Que tous demandent, dans une prière commune, que l\u2019âge viril et mûr se distingue par l\u2019honnêteté et la fermeté chrétiennes; que le foyer domestique brille de l\u2019éclat d\u2019une fidélité inviolée, qu\u2019il soit fécond d\u2019une progéniture sainement et saintement élevée, qu\u2019il soit fort dans la concorde et dans l\u2019aide réciproque.Que tous demandent enfin que les vieillards se réjouissent des fruits d\u2019une vie consacrée au bien, de telle sorte qu\u2019en approchant du terme de l\u2019existence ils n\u2019aient rien à craindre, ne soient pas tourmentés par des remords ou par des angoisses de conscience, et qu\u2019ils n\u2019aient aucun motif de rougir, mais aient plutôt la récompense de leurs longs efforts.Pour les affamés, les opprimés, les réfugiés Que tous demandent en outre, en priant la divine Mère, le pain pour les affamés, la justice pour les opprimés, la patrie pour les réfugiés et les exilés, une maison hospitalière pour - 15 - les sans-toit, la liberté qui leur est due pour ceux qui furent injustement jetés en prison ou dans les camps de concentration; le retour si désiré dans leur patrie pour ceux qui sont encore prisonniers, tant d\u2019années après la fin de la guerre, et qui dans le secret soupirent et gémissent; pour ceux qui sont aveugles de corps ou d\u2019âme, la joie de la brillante lumière.Et qu\u2019à tous ceux qui sont divisés entre eux par la haine, l\u2019envie, la discorde, ils obtiennent par leurs prières la charité fraternelle, l'union des esprits et cette tranquillité active qui est fondée sur la vérité, la justice et les bonnes relations mutuelles.Nous désirons tout spécialement.Vénérables Frères, que par les ardentes prières qui seront élevées vers Dieu durant la prochaine célébration de l\u2019Année Mariale, il soit demandé avec instance \u2014 par l'intercession de la Mère du Divin Rédempteur et notre si douce Mère \u2014 que l\u2019Eglise Catholique puisse enfin jouir partout de la liberté qui lui est due et dont elle usa toujours, comme l\u2019enseigne si clairement l\u2019histoire, pour le bien des peuples et jamais pour leur ruine, toujours pour la concorde des citoyens, des nations, des peuples, et jamais pour la division des esprits.Qu'on cesse de persécuter l'Eglise Tout le monde sait dans quelles tribulations vit l\u2019Eglise en certains lieux et de quels mensonges, calomnies et ravages elle est victime; tout le monde sait que dans certaines régions les Pasteurs sont misérablement dispersés, emprisonnés sans motif ou tellement entravés, dans leur ministère pastoral, qu\u2019ils ne peuvent l\u2019exercer librement, comme il convient; tout le monde sait enfin qu\u2019en ces contrées les catholiques ne peuvent avoir leurs propres écoles, ni enseigner, défendre, propager publiquement par la presse la doctrine chrétienne, ni éduquer convenablement la jeunesse selon ses enseignements.Aussi les exhortations qu\u2019à ce sujet Nous avons adressées souvent quand s\u2019en est présentée l\u2019occasion, Nous les renouvelons avec instance par cette Lettre Encyclique; Nous avons pleine confiance qu\u2019en tous lieux, au cours de cette Année Mariale. -16- des prières instantes seront adressées à la très puissante Vierge Mère de Dieu et notre douce Mère, pour obtenir de son efficace intercession que ces droits sacrés de l'Eglise exigés par le respect même de la liberté et de la civilisation, soient reconnus ouvertement et sincèrement par tous, pour le plus grand avantage de chacun et pour le développement de la concorde commune.Pour l'Eglise du silence Nous désirons que Notre voix, inspirée par une ardente charité, parvienne avant tout à ceux qui, réduits au silence et entourés d'embûches de toutes sortes, voient avec douleur leur communauté chrétienne affligée, troublée et privée de toute aide humaine.Que ces très chers Frères et fils interposent eux aussi, en étroite union avec Nous et avec les autres fidèles auprès du Père des miséricordes et du Dieu de toutes consolations (cfr.II Cor.1, 3), le très puissant patronage de la Vierge Mère de Dieu et notre Mère, qu\u2019ils implorent d\u2019elle l\u2019aide céleste et les consolations divines.Et tout en persévérant d\u2019un coeur ferme et indomptable dans la foi de leurs pères, qu\u2019ils fassent leurs, en ces graves difficultés, comme symbole de leur fermeté chrétienne, ces paroles de saint Bernard : \u201cNous resterons d'abord debout et nous lutterons jusqu\u2019à la mort, s\u2019il le faut, pour (l\u2019Eglise) notre Mère, avec les armes qui sont nôtres : non les boucliers et les épées, mais les prières et les larmes offertes à Dieu\u2019\u2019 (S.Bern.Epist.221, 3; Migne P.L.CLXXXII, 36.387).Et, en outre, Nous invitons également ceux qui sont séparés de nous par un schisme antique, et que du reste Nous aimons d\u2019un coeur paternel, à s'unir à ces prières et supplications collectives, connaissant bien leur profonde vénération pour l\u2018insigne Mère de Jésus-Christ et leur culte pour son Immaculée Conception.Que la Bienheureuse Vierge Marie voit aussi tous ceux qui s\u2019honorent du nom de chrétiens, et sont unis au moins par les liens de la charité, tourner vers Elle leurs yeux, -17- leurs âmes, leurs prières, implorant cette lumière qui éclaire les esprits d\u2019une clarté surnaturelle, et demandant cette unité grâce à laquelle finalement il n'y aura plus qu\u2019un seul bercail sous un seul Pasteur (cfr.Io., X 16).Que soient associées à ces prières communes de pieuses oeuvres de pénitence.En effet, le zèle pour la prière \u201csoutient l\u2019âme, la dispose à l'effort, l'élève au divin; la pénitence nous fait obtenir la maîtrise de nous-mêmes, spécialement sur le corps qui, par le péché originel, est fortement rebelle à la raison et à la foi évangélique.Ces deux vertus, c\u2019est évident, sont étroitement liées entre elles, elles se soutiennent mutuellement et conspirent à détacher l\u2019homme, né pour le Ciel, des choses caduques, et à l\u2019élever en quelque sorte jusqu\u2019à un céleste commerce avec Dieu\u2019\u2019 (Léon XIII, Enc.Octobri mense, 22 sept.1891; Acta Leonis XIII, p.312).Pour l'avènement de la paix Et comme n\u2019a pas encore brillé sur les peuples et dans les âmes une paix solide .sincère et tranquille, que tous les lidèles s\u2019efforcent par leurs pieuses prières d\u2019en obtenir l\u2019heureux avènement et l\u2019affermissement plénier; et qu\u2019ainsi la Bienheureuse Vierge, de même qu\u2019Elle donna au monde le Prince de la Paix (cfr.Isai., IX, 6), unisse aujourd'hui les hommes entre eux par les liens de l\u2019amitié sous son patronage et sa protection.Ceux-ci en effet ne peuvent jouir de la prospérité sereine compatible avec les conditions de notre vie mortelle, que lorsqu\u2019ils ne sont ni divisés par les rivalités, ni déchirés misérablement par les discordes, ni dressés violemment les uns contre les autres en de menaçants et redoutables desseins; mais qu\u2019au contraire, se donnant fraternellement la main, ils échangent le baiser de cette paix \u201cqui est une tranquille liberté\u2019\u2019 (Cic., Phil.IJ 44), et qui, sous les auspices de la justice et avec l\u2019aide de la charité, fait des diverses classes de citoyens et des divers peuples et nations une seule famille unie dans la concorde. - 18 - Ces voeux ardents, auxquels répondront.Nous n'en doutons pas, non seulement ceux de Nos fils, mais ceux également de quiconque a à coeur les intérêts du christianisme et le progrès de la civilisation, veuille le Divin Rédempteur, par l'intercession de sa très douce Mère, les combler le plus largement et heureusement possible.En attendant, que vous soit un gage des faveurs divines et un témoignage de Notre affection paternelle, la Bénédiction Apostolique que Nous vous accordons de tout coeur, à tous et chacun.Vénérables Frères, ainsi qu'au clergé et aux fidèles confiés à vos soins.Donné à Rome, près Saint-Pierre, en la Fête de la Nativité de la Bienheureuse Vierge Marie, le 8 septembre de l\u2019année 1953, de Notre Pontificat la quinzième.Plus PP.XII \u2014 L\u2019Osservatore Romano "]
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