Lettre de Gaspard-Roch-George Chaussegros de Léry à Louis-René Chaussegros de Léry
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- Titre :
- Lettre de Gaspard-Roch-George Chaussegros de Léry à Louis-René Chaussegros de Léry
- Date de création :
- 24 octobre 1793
- Genre spécifique :
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- Archives textuelles
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- Version intégrale légèrement normalisée : «Du quartier général de Barnseim Jeudi 24 octobre 1793. Si la lettre que je t'ai écrite de Weissembourg le 14 a pu te parvenir, tu as dû apprendre dès premiers la nouvelle du passage des lignes celle-ci au moins te le confirmera. Je ne te renverrai pas aux gazettes pour les détails de cette journée; tu peux juger du crédit qu'elles méritent, puisque sur les lieux mêmes, on nous trompe sur des événements qui se passent sous nos yeux, et que ce jour là on nous dit qu'il ne s'était pas échappé un homme de la grande redoute de Steinfeld, tous avaient été passés au fil de l'épée. Haguenau, Bitsche, Brest, Maubeuge, tout dans ce moment tombait au pouvoir des royalistes; et de tout cela il ne s'est trouvé de vrai que quelques tués dans la redoute, le reste prisonnier; Haguenau évacué trois jours après, et le reste aux mains des patriotes. Voici ce qu'il y a eu de plus important dans cette opération. L [...]
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- Version intégrale légèrement normalisée : «Du quartier général de Barnseim Jeudi 24 octobre 1793. Si la lettre que je t'ai écrite de Weissembourg le 14 a pu te parvenir, tu as dû apprendre dès premiers la nouvelle du passage des lignes celle-ci au moins te le confirmera. Je ne te renverrai pas aux gazettes pour les détails de cette journée; tu peux juger du crédit qu'elles méritent, puisque sur les lieux mêmes, on nous trompe sur des événements qui se passent sous nos yeux, et que ce jour là on nous dit qu'il ne s'était pas échappé un homme de la grande redoute de Steinfeld, tous avaient été passés au fil de l'épée. Haguenau, Bitsche, Brest, Maubeuge, tout dans ce moment tombait au pouvoir des royalistes; et de tout cela il ne s'est trouvé de vrai que quelques tués dans la redoute, le reste prisonnier; Haguenau évacué trois jours après, et le reste aux mains des patriotes. Voici ce qu'il y a eu de plus important dans cette opération. L'armée aux ordres du général comte de Wurmser était campée devant les lignes et occupait l'espace depuis les Vosges à Bergzabern jusqu'au Rhin près de Lauterbourg. Entre la droite et Weissembourg les patriotes avaient plusieurs camps retranchés, les uns derrière les autres, plusieurs redoutes sur les montagnes, et occupaient partout d'excellentes positions. Aussi n'espérait-on pas les forcer directement. En conséquence le duc de Brunswick avec les Prussiens chassa les Français au-delà de la Sarre en s'emparant de Sarguemines [Sarreguemines]; il partagea son armée en plusieurs parties dont une à la tête de laquelle il se mit s'avança vers l'Alsace par les gorges des montagnes du côté de Thann, sur la route de Bitsche [Bitche] à Weissembourg [Wissembourg], il chassa successivement les patriotes de plusieurs excellentes positions qu'ils occupaient de ce côté. Alors le Prince de Waldeck quitta notre armée et fut se mettre à la tête de celle du Brisgau emmenant encore quelques troupes avec lui; lorsque tout fut préparé, que l'on eut fait craindre quelques entreprises du côté de la haute Alsace par Humingue, en y faisant filer des convois, le duc de Brunswick étant prêt, le jour fut pris, et le 13 à 3 heures du matin toute l'armée du général Wurmser se mit en marche, le Prince de Waldeck tenta le passage du Rhin, et l'effectua le matin avec 12 à 15 milles hommes, n'ayant affaire qu'à quelques bataillons qu'il défit aisément lorsque les Turcs à qui il promit le pillage de Celse eurent passé le Rhin à la nage. À un signal convenu, on tomba de notre côté sur la redoute de Steinfeld; le vaillant régiment hongrois de Suley y entra la bayonnette au bout de fusil et s'en empara sans tirer un seul coup. Tout ce qui s'y trouva fut pris. Le duc de Brunswick cependant se mettait aussi en marche pour prendre les patriotes en flanc sur la gauche de sorte que se trouvant dans une position si critique, ils jugèrent à propos de songer à la retraite, quoiqu'ils eussent 60 milles hommes armés sans compter les paysans, suivant les papiers que l'on a trouvés dans un des camps, ce qui a été confirmé par le commissaire des guerres Villanry qui a été pris ou plutôt qui s'est fait prendre. Nous emportâmes très lestement trois camps retranchés et l'ennemi ne profita d'aucune des excellentes positions où il eut pu nous arrêter longtemps; de sorte qu'en cinq heures de temps la droite qui se trouvait appuyée aux montagnes au-delà de Bergzabern gagna 2 lieues de terrain chassant les patriotes de tous leurs postes dans les montagnes, et forçant 2 camps retranchés, et se trouva à la vue de Weissembourg [Wissembourg] à 11 heures moins un quart. Le général Dolsey avait passé les lignes au fort St-Rémi avant 9 heures, et l'on attaquait déjà Lauterbourg. Nous eûmes le plaisir de voir, de notre position devant Weissembourg, les patriotes faire leur retraite avec précipitation, sur le Keizerberg, hauteur derrière la ville, qui la domine tout à fait; ils ne s'y arrêtèrent que le temps nécessaire pour faire filer leur artillerie, et ce qu'ils pouvaient emmener à 5 heures on canonna la ville à 7 heures et demie, nous y entrâmes, tandis que de l'autre côté on se rendait maître de Lauterbourg, de sorte que dans cette journée, l'ennemi perdit plus de 6 lieues de terrain, trois camps retranchés, les lignes, 2 villes, six milles hommes, qui ont manqué à l'appel le lendemain, et se trouvait forcé de se retirer à grands pas vers Strasbourg et Saverne. Nous les avons peu vus jusqu'à Boumatt, sur la Sore, entre ces 2 dernières villes, où ils ont surpris les Autrichiens par la trahison des paysans; mais ils l'ont payé cher. Nous sommes actuellement campés le long de la Sore; notre armée de plus de 60 milles hommes en grande partie sur une seule ligne droite, offre un coup d'oeil superbe. Nous avions dans le corps du prince de Condé un grand nombre de paysans des environs des lignes que les Carmagnols avaient voulu forcer de marcher et qui s'étaient réfugiés parmi nous. Tu n'as pas d'idée de la joie des femmes et des enfants dans les villages où nous sommes passés, en venant au-devant de nous, et des remerciements qu'elles nous faisaient de ce que nous leur ramenions leurs pères et leurs maris, c'était vraiment une scène des plus intéressantes. Le pays est en général bien disposé. Les curés légitimes rentrent dans leurs paroisses au grand contentement des habitants. Ils ont beaucoup d'ouvrages, car ils doivent baptiser un grand nombre d'enfant; les paysans n'ayant pas voulu avoir recours aux curés constitutionnels. Nous avons appris l'assassinat de la reine. Les célérats ont osé l'accuser d'inceste avec un enfant de sept ans. Il ne nous est encore parvenu aucun détail: on assure cependant que le peuple y a montré toute sa barbarie. S'il se trouve encore des gens qui prétendent qu'il est revenu, et qu'il aspire à un changement, il paraît au contraire qu'il est plus fanatique que jamais, ou qu'il est bien lâche; Lyon forcé de se rendre sans qu'aucun des départements voisins ait voulu ou osé se déclarer et le secourir, l'armée de la Vendée qui malgré les succès qu'elle remporte lorsqu'elle est attaquée, ne se trouve pas soutenue comme elle le devrait être, si l'opinion se tournait véritablement du bon côté, doivent bien faire craindre qu'une troisième campagne puisse à peine terminer cette guerre. Les affaires des Flandres se trouvent retardées considérablement par l'échec qu'à reçu l'armée devant Maubeuge. On ne connaît encore aucun détail de cette affaire. Mais on ne doit pas douter que le prince de Cobourg ne parvienne à la réparer. Les patriotes prétendent avoir battu les Espagnols, des nouvelles plus récentes disent au contraire que toute leur armée a été mise en déroute. Ce serait un grand bonheur; car le midi va probablement devenir le théâtre de la guerre, elle y est plus praticable l'hiver; leurs forces ne sont pas considérables, et ils n'ont point de places qui puissent leur servir de remparts contre des armées Victorieuses. Il paraît que Toulon sera le rassemblement de l'armée. Il doit s'y rendre six milles Napolitains, des Espagnols et [déchiré] . On dit ici que Cartaux est pris, tandis que la convention aura [déchiré] le midi et peut-être l'intérieur, nous lui donnerons de l'occupation de [déchiré] en Flandres; on compte près de cinq cent milles hommes actuellement contre eux ils ont autant à apposer. Tout ceci sera très long et il est impossible de prévoir qu'elle sera l'issue, il faut nécessairement attendre pour se décider le blanc amènera d'autres événements décisifs d'après lesquels on pourra tabler pour quelque choses. Quant à notre armée, il est indispensable qu'elle agisse encore je ne sais si l'on doit s'attendre à une campagne d'hiver, mais on doit compter au moins qu'elle sera très prolongée. J'imagine aussi que l'armée de Condé sera conservée. Elle s'est montrée avec distinction toutes les fois qu'on a eu l'occasion de l'employer; les Autrichiens l'estiment beaucoup, et il règne une parfaite intelligence entre les deux nations. Ce sera d'après la manière qu'elle sera disposée et les commodités dont on pourra jouir pendant l'hiver que je verrai si je dois y rester, car de passer l'hiver avec des paysans, couchant et vivant dans la même chambre, quelquefois avec trois ou quatre enfants, comme cela m'est arrivé plusieurs fois, et comme il est encore possible que cela arrive, il faut mieux faire quelque sacrifice, et me loger, dans une ville pour quelque mois. Il me faut d'ailleurs un lieu commode pour travailler; j'aurais beaucoup à dessiner; j'ai laissé à Paris, tout mon travail de l'école; et il faut que je le refasse pendant que je m'en souviens encore quand nous aurons pris nos quartiers d'hiver. Je verrai la manière dont nous serons logés et les facilités que j'aurai pour vivre; mais je me déciderai surtout d'après mes moyens. Je suis actuellement sans le sou, ou peu s'en faut, mais si tu as reçu ma lettre de Weissembourg, je dois en toucher avant trois semaines. J'apprends qu'aucune des lettres qui ont été remises au même bureau ne sont parvenues, ainsi je te répète l'article essentiel de la mienne je suis sans le sou et presque nu. On m'a volé mon porte-manteau. Je suis resté avec deux chemises une paire de bas et un mouchoir. Les bivouacs qui nous arrivent fréquemment deviennent extrêmement durs, et n'ayant ni couverture ni manteau j'y ai gagné un bon rhume et un mal de dents insupportable. Il faut absolument que je m'habille. Je te prie de m'envoyer quinze louis à Francfort, d'où je les ferai venir où nous serons alors. Si, suivant les apparences la campagne se prolonge pendant l'hiver, cette somme me devient indispensable. Lorsque nous aurons pris nos quartiers d'hiver je verrai s'ils sont supportables, et si mes moyens ne permettent j'irai me retirer dans une ville aux environs le plus économiquement possible et de manière à pouvoir travailler. J'ai laissé à Paris tout mon travail de l'école, comme il est probablement perdu, il faut que je le refasse pendant que je m'en souviens encore. D'ailleurs il faut m'occuper aussi un peu de l'Anglais. Ainsi je voudrais que tu m'envoyas une demi douzaine de bons crayons anglais, des couleurs et des pinceaux. Tu feras choisir les pinceaux par un officier d'artillerie de ta connaissance. Tâche surtout qu'il y ait différentes espèces de bleus et de rouges il est impossible de trouver rien de passable en ce genre dans ce pays-ci, pas même à Francfort. Je ne sais comment je ferai pour avoir du bon papier à laver et à dessiner. Donne moi aussi tous les renseignements que tu pourras sur ta malle. Informes-toi de ton côté des moyens de la faire voyager en sûreté jusqu'à Londres. Du mien je verrai s'il est nécessaire le négotiant chez qui elle est, et je ferai mon possible pour te la faire parvenir. J'affranchirai le port, s'il le faut, et je payerai les frais qu'il a fait pour les cacher et acheter le secret. Je ferai le même voyage de Mayence s'il le faut. Donne moi toutes les nouvelles du Canada et des îles que tu auras reçues mille amitiés à ma tante et à mon oncle. Adieu. le général Warmser vient encore de battre les patriotes. Il leur a fait repasser la Sore sur la gauche, les a poussés jusqu'auprès de Strasbourg, et leur a pris 16 pièces de canon. Tâche de m'envoyer un des romans les plus nouveaux et le meilleur. Monsieur de Léry chez le colonel Johnstone, À Wolwich, près de Londres.»
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