Lettre de Gaspard-Roch-George Chaussegros de Léry à Louis-René Chaussegros de Léry
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- Titre :
- Lettre de Gaspard-Roch-George Chaussegros de Léry à Louis-René Chaussegros de Léry
- Date de création :
- 30 novembre 1793
- Genre spécifique :
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- Archives textuelles
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- Version intégrale légèrement normalisée : «Du quartier général de Shweiger Hausen Samedi 30 novembre. J'ai reçu hier ta lettre du (¿) J'avais déjà reçu celle du huit par Philippe Hugues. Notre armée changeant de position à chaque instant, je n'ai pas pu retirer les quinze louis que tu m'as envoyés à Francfort, mais étant sur de les avoir à Francfort j'ai emprunté à un de mes camarades; et aussitôt que nous serons fixés quelques parts pour nos quartiers d'hiver, je me rendrai à Mayence et delà à Francfort. D'autant plus vite qu'il me faut absolument des chemises. J'ai songé depuis ma dernière lettre que je ne pourrai guère dessiner que le plan, et qu'ainsi il me faudra fort peu de couleurs. Si tu ne les a pas encore achetées tu pourrais prier le professeur de fortification de n'avoir que celles nécessaires pour le plan surtout du bleu de Prusse, dont il faut trois ou quatre bâtons, et du carmin en poudre de la meilleure qualité possible. [...]
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- Version intégrale légèrement normalisée : «Du quartier général de Shweiger Hausen Samedi 30 novembre. J'ai reçu hier ta lettre du (¿) J'avais déjà reçu celle du huit par Philippe Hugues. Notre armée changeant de position à chaque instant, je n'ai pas pu retirer les quinze louis que tu m'as envoyés à Francfort, mais étant sur de les avoir à Francfort j'ai emprunté à un de mes camarades; et aussitôt que nous serons fixés quelques parts pour nos quartiers d'hiver, je me rendrai à Mayence et delà à Francfort. D'autant plus vite qu'il me faut absolument des chemises. J'ai songé depuis ma dernière lettre que je ne pourrai guère dessiner que le plan, et qu'ainsi il me faudra fort peu de couleurs. Si tu ne les a pas encore achetées tu pourrais prier le professeur de fortification de n'avoir que celles nécessaires pour le plan surtout du bleu de Prusse, dont il faut trois ou quatre bâtons, et du carmin en poudre de la meilleure qualité possible. Si tu pouvais y joindre du véritable encre de la Chine elle me deviendrait bien précieuse. Puisque tu peux m'envoyer des papiers, tâche d'avoir du papier serpente; et du papier huilé; c'est une chose indispensable à la guerre pour copier lestement les cartes militaires quoique nous ayons été employés seulement quand on n'a pas pu absolument se passer de nous, il nous est arrivé plusieurs fois d'en manquer et d'être obligé d'en faire, et dieu sait comme on y réussit avec du papier si épais que la meilleure huile du monde aurait peine à rendre transparent. Quant à notre armée, il est décidé que ses opérations sont finies pour cette campagne. Depuis la prise du fort Louis qui nous assure une communication au-delà du Rhin, et un appui pour notre aile gauche, notre droite qui s'était avancée jusque vis-à-vis Saverne s'est repliée en arrière pour se mettre en ligne avec la gauche des Prussiens vers Weissembourg plus de trente-cinq redoutes assurent notre position et nous promettent des quartiers d'hiver tranquilles. Les patriotes ne sont pas accoutumés à forcer les Autrichiens dans leurs retranchements. Landau ne peut résister longtemps. On prétend que les déserteurs ne donnent plus que pour huit jours de vivres à Landau. On peut au moins compter qu'il ne tiendra pas longtemps, et alors notre ligne sera bien assurée. Les désagréments continuels que nous éprouvons à cette armée, par l'envie que l'on à toujours portée au corps, sont devenus si insupportables depuis que nous n'avons pas de chef que la plus grande partie songe à quitter, et qu'il ne restera peut-être plus bientôt que ceux qui y sont attachés par le plus pressant besoin. Les officiers de l'état-major, ennemis jurés du corps, étant sans cesse auprès du prince et le chef ayant la plus grande prépondérance sont parvenus à nous éloigner à un point qu'il n'existe point dans notre petite armée d'être plus inutile qu'un officier du génie, et que tout ce qui est, par les ordonnances, de notre ressort se fait sans que nous ayons connaissance et par un miracle inconcevable, lorsqu'il se fait des sottises ce qui n'est pas rare, les désagréments en retombent sur nous. Dans quelque temps je te donnerai une esquisse de tout ce qui se passe et de la manière dont nous sommes conduits par de certains personnages. Comme il est trop désagréable de rester ainsi, repoussé sans cesse d'auprès du prince, et en but à la mauvaise volonté de certains chefs, de l'armée surtout lorsque tous ceux du corps qui sont dans le cas, par leur âge leur grade surtout leur langue de lutter contre eux et de faire valoir nos droits seront partis, je voudrais que tu t'informes s'il ne serait pas possible de passer à Toulon et d'y être admis à servir. On n'y reçoit pas les émigrés indistinctement, il faut être connu des chefs, anglais ou français, tu pourrais écrire à monsieur de Chaussegros, en l'assurant bien que je n'ai aucun besoin de secours pécuniaires. D'ailleurs si mon oncle voulait encore s'employer pour moi, il pourrait écrire au colonel du Génie qui est allé avec Philips, ou à toute autres personnes de marque qui sont à Toulon, qu'il pourrait connaître, il y a plusieurs officiers du corps qui songent à y aller, s'il réussissent à se faire recevoir comme je suis extrêmement bien avec eux, ils m'ont promis qu'il serait question de moi dans leur mémoire. Ce serait un grand avantage à tous égards parce que l'on y aurait des appointements suffisant, et que l'on y serait employés au lieu qu'ici on ne trouve ni l'un ni l'autre marque moi de suite ce que tu penses de cette idée, et alors j'écrirais aussi à monsieur de Chaussegros et je ferais de mon côté tout ce que je croirais de plus propre à réussir. Tu auras sans doute joints au paquet que tu dois renvoyer les livres anglais que je t'ai demandés quelque soit l'événement il sera absolument nécessaire pour moi de savoir l'anglais, soit que je retourne en Canada, soit que j'aille à Toulon, car je ne crois pas qu'il soit possible pour nous de faire une autre campagne, dans cette armée les choses sont telles que nous n'y pouvons plus rester à moins que le prince ne fasse une réforme convenable dans son état-major et la chose n'est pas probable. Nous avons été tous ces jours-ci en alerte continuelle les patriotes conduits par les paysans sont venus nous attaquer successivement sur tous les points apparemment pour reconnaître notre position. Ils se sont faits rosser plusieurs fois de main de maître. C'est probablement ce qui a ralenti leur pétulance le 19 en voyant replier notre aile droite, ils ont cru que malgré la bataille que nous avions remporté sur eux la veille, du côté de Brumat, et les avantages que le général de Hatze avait eus sur eux pendant la nuit même, nous songions à faire retraite et se sont imaginés nous faire presser le pas en nous harcelant sans cesse; mais ils se sont enfin persuadés que cette espèce de retraite était préméditée quand ils se sont vus arrêtés par des redoutes construites à l'avance, derrière lesquelles nous nous sommes retirés. Il reste encore de l'ouvrage pour quelque temps après quoi il est probable que tous prendra ses quartiers. Si alors je reçois nouvelle que mon paquet soit arrivé à Francfort je me mettrai en route pour Mayence et t'écrirai tous les détails dans lesquels je ne puis pas encore entrer, de l'une de ces deux villes adieu mon cher ami, compte sur toute mon amitié pour la vie Présente mes respects à mon oncle et à ma tante. On prétend qu'il est arrivé tout à l'heure une estafette au général de Wurinser pour annoncer que Landau demande à capituler. 3 décembre au matin. Je reviens du camp à 1 lieue et demie d'ici. Nous avons eu une alerte mais les patrouilles envoyées en avant n'ayant rien vus, tout est rentré. Depuis plusieurs jours les patriotes nous ont attaqué sérieusement, avec une artillerie supérieure à la nôtre, avant hier nous réussîmes à les empêcher de s'emparer du village Poerstjeim en avant de notre position par lequel (s'ils étaient parvenus à s'en emparer) ils auraient pu couper notre ligne. La cavalerie de Mirabeau chargea et sabra plusieurs patriotes. Nous perdîmes plusieurs officiers et quelques soldats. Un obus seul mit dix hommes de Hohenlac, hors de combat. Mais hier l'attaque fut bien plus considérable. Les patriotes sûrs que nous n'avions qu'une faible artillerie à leur opposer, sont venus en force; après une vive canonnade, où heureusement leurs boulets de seize passaient à plus de 15 pieds au-dessus de nos têtes, ils sont descendus avec rapidité dans le vallon qui les séparaît de nous. Les Mirabau qui défendaient le virage, ont soutenu le choc trois fois; mais trop faible contre un ennemi trois fois supérieur, ils se sont retirés en désordre, les patriotes ont occupé le village, et de là nous ont fusillés tout à leur aise. Alors le prince a fait avancer les deux bataillons de gentilshommes, et le duc de bourbon avec le duc d'Enghein se sont avancés à la tête cavalerie sur la droite du village. Ils ont chargé avec la plus grande impétuosité les régiments d'Artois et Dauphin cavalerie, et les ont poursuivis à une demi lieue en avant. Pendant ce temps le prince entrait dans ce village à la tête du premier bataillon au milieu d'une grêle de balles et de mitrailles quelques jeunes gens tirèrent leurs coups de fusils à quinze pas; on avait aussitôt (¿) tirer qu'à bout portant et foncer à la bayonnette; les Carmagnols peu faits à cette manière n'ont pas attendu le choc, et jettent armes et bagages à terre se sont enfuis avec la plus grande précipitation. Malheureusement la cavalerie occupée ailleurs ne put les atteindre assez à temps. Leur perte néanmoins a dû être considérable on l'estime à neuf cents. On n'a fait que deux ou trois prisonniers, le reste a été haché. Le duc de Bourbon a reçu un coup de sabre sur la main; on craint que les nerfs ne soient attaqués. Les quatre aides de camp ont été blessés. Le duc d'Enghein a pris une pièce de canon, a été entouré plusieurs fois et aurait été tué sans un cavalier qui a coupé le bras du patriote au moment où il avait son sabre levé. Il en a été quitte pour un trou dans sa redingotte le prince de Condé n'a rien eu. Les plus braves étaient étonnés de son sang froid, quoiqu'on l'eût déjà vus dans plusieurs actions, les trois princes ont montré qu'ils étaient Condé. Cette journée nous coûte 44 officiers morts et à peu près 120 blessés, non compris la pièce de la légion que j'ignore encore. On a pris sept pièces de canon et 35 chevaux d'artillerie. Le duc de Brunswick, les a battus de son côté le 1er, leur a tué quelques milles hommes et pris 17 ou 27 pièces de canon. On disait hier au soir Landau pris, à la fin la nouvelle se trouvera vraie. J'ai oublié de te dire que le général Wurinser nous a envoyé deux pièces de 18 et deux obusiers, qui ont fait taire enfin le cri des patriotes. ¿ On nous annonce les quartiers d'hiver dans quelques jours. On croit que ce sera derrière fort Louis. Il en est temps la saison est extrêmement dure. Les arbres sont chargés de verglas et les chemins fort mauvais. Monsieur de Léry chez le colonel Johnstone Wolwich [Woolwich] près de Londres.»
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