Le précurseur : bulletin des Soeurs Missionnaires de l'Immaculée-Conception, 1 avril 2006, Avril - Juin 2006, Vol. 49, No. 2
[" Revue des Soeurs Missionnaires de l\u2019Immaculée-Conception Dossier\t^ L\u2019unité des chrétiens À LA DÉCOUVERTE DE TRÉSORS CACHÉS Missionnaires laïques À DEUX, ÇA VA DEUX FOIS MIEUX Arts Quand œcuménisme RIME AVEC CINÉMA PRECURSEUR MOT DE LA RÉDACTION SOMMAIRE VOL.49, N,;i 2 | AVRIL ¦ MAI ¦ JUIN 2006 II y a une qualité qui permet de tout obtenir, d\u2019aller jusqu\u2019au bout de ses rêves, de vivre un grand amour, de ne jamais désespérer, de voler même dans l\u2019infini des choses, la plus importante qualité du monde, c\u2019est l\u2019esprit d\u2019émerveillement.François Garagnon,Jade L\u2019émerveillement, c\u2019est précisément le moment où émerge en nous un nouvelle dimension, c\u2019est le moment privilégié où nous sommes soudain guéris pour un instant de nous-mêmes.Maurice Zundel Nous devenons ce que nous admirons.Gandhi RUBRIQUES Vie SPIRITUELLE Apprendre une langue.un chemin spirituel?Robin Dick Missionnaires laïques A deux, ça va deux fois mieux ! Entrevue avec Ruth Luna et Guy Gervais, couple missionnaire Regard d\u2019espérance Dominique Leman, missionnaire laïque Jeunes IO Étudier l\u2019anglais, découvrir le Christ Des étudiants de Hong Kong Arts Quand oecuménisme rime avec cinéma Gilles Leblanc MESSES À VOS INTENTIONS Janvier: Canada Février: Cuba Mars : Philippines Avril : Haïti Mai : Canada Juin : Bolivie et Chili Juillet : Malawi et Zambie Août : Hong Kong et Taïwan Septembre : Madagascar Octobre : Pérou Novembre : Japon Décembre : Canada DOSSIER 13-20 L\u2019unité des chrétiens À la découverte de trésors cachés À PROPOS PRS MTC 21 Nouvelles de l\u2019Institut Le Quipu de la mémoire Louise Page, m.i.c.Témoignages 22 Se faire religieuse à 94 ans Cecilia Hong, m.i.c.24 Pour que fleurissent les enfants des rues Josephine Leal, m.i.c.Actualité missionnaire Ces mots qui nous unissent Partir pour mieux se comprendre LE PRÉCURSEUR\tDirectrice\tComptabilité Revue missionnaire publiée\tPaulette Gagné, m.i.c.\tThérèse Déziel, m.i.c.par les Sœurs Missionnaires\tRédactrice en chef\tGraphisme de l'Immaculée-Conception\tMarie-Eve Homier\t5/5 Communication Nos bureaux\tAdjointe administrative\tMarketing Presse missionnaire MIC\tCarole Guévin\tPré-Presse 120, place Juge-Desnoyers\tRévision/Correction\tF0P Inc.Laval (Québec) Canada H7G 1 A4\tGilberte Bleau, m.i.c.\tImprimerie Téléphone: (450)663-6460\tLouise Pagé, m.i.c.\tTranscontinental Inc.Télécopieur: (450)972-1512\tPromotion\tCouverture Courriel : leprecurseur@pressemic.org\tGemma De Grandpré, m.i.c.\tet sommaire Site Internet: www.soeurs-mic.qc.ca\tService aux abonnés Alma Couture, m.i.c.Thi Hien Duong\tGrand Canyon, photos par: Alexandre Léveillée Équipe éditoriale Monique Bigras.m.i.c.Pauline Williams, m.i.c.Geneviève Dick André Gadbois Reçus aux fins de l'impôt Enregistrement : NE 89346 9585 RR0001 Presse missionnaire MIC Dépôts légaux Bibliothèque nationale du Québec Bibliothèque nationale du Canada ISSN 0315-9671 Membre de l'Association canadienne des périodiques catholiques (ACPC) Abonnement (4 numéros) à l'unité : 3$ (frais d'expédition en sus) 1 an : 10$, 2 ans : 20$, 3 ans : 25$ aux États-Unis : 1 an : 15 $ US à l'étranger: 1 an : 20$ Nous reconnaissons laide financière du gouvernement du Canada par l\u2019entremise du Programme d\u2019aide aux publications (PAP) pour nos dépenses d\u2019envoi postal, convention de la poste-publications n° 40064029 n° d'enregistrement09641 EDITORIAL A VOUS LA PAROLE L'unité des chrétiens : une urgence pour le monde Marie-Eve Homier Parfois des murs s\u2019élèvent entre amis, causant un éloignement.Un «enfermement».Dans plusieurs langues, ce mot partage la même racine que le mot « enfer «.Ainsi, le péché, c\u2019est la séparation, le manque d\u2019amour.Or, Jésus est mort pour chasser la division, pour que nous soyons un.1 Sa dernière prière - Son testament pour nous - révèle Son désir d\u2019une Eglise unique pour que le témoignage des chrétiens soit crédible2.Si l\u2019on croit que le projet du Christ - la dignité humaine pour chaque personne - est le meilleur pour l\u2019humanité, nous ne pouvons pas nous permettre de laisser nos divisions en priver celle-ci.Cette unité ne se fera pas sans chacun de nous.Refuser d\u2019y croire, d\u2019y participer, c\u2019est être un frein au désir de Jésus.Saiil, Said, Pourquoi Me persécutes-tu?3 Chaque fois que Saül tuait un chrétien, c\u2019est Jésus lui-même qu\u2019il persécutait, car nous sommes Son Corps.Lorsque nous créons des divisions, nous fracturons, déchirons, brisons le corps du Christ.Nos divisions sont les liens qui Lui tiennent les mains dans le dos pendant qu 'il se fait flageller.Les bras ainsi liés, Il ne peut pas les étendre pour donner Sa paix, enseigne Laurent Fabre, fondateur du Chemin Neuf, communauté catholique à vocation œcuménique.Dieu aime pardonner.Il est profondément heureux lorsqu\u2019on revient à Lui.Le plus grand péché du monde, c\u2019est d\u2019accorder plus d\u2019importance aux péchés eux-mêmes et à la tristesse qu\u2019à l\u2019espérance et à la foi absolue en la miséricorde de Dieu.Rien ne fait plus plaisir à Dieu que lorsqu\u2019on s\u2019abandonne à Lui, car c\u2019est à ce moment qu\u2019il peut faire quelque chose.L\u2019unité, c\u2019est avant tout une question de confiance en Dieu.C\u2019est Lui qui nous rassemblera.Dieu aime l\u2019originalité.Il nous a créé tous différents.L\u2019unité ne peut pas passer par l\u2019uniformité.Convertissons plutôt notre regard sur l\u2019autre.L\u2019œcuménisme est comme un pèlerinage, car une vie en Christ est une perpétuelle conversion qui nous unit à Lui, et c\u2019est en étant unis au Christ chacun individuellement que nous serons unis tous ensembles.L\u2019œcuménisme est aussi un dialogue : un échange de dons et de charismes particuliers à chaque confession chrétienne.Nous pouvons apprendre les uns des autres.Etre unis tout en savourant la richesse de notre diversité.En vérité, il y a plus de choses qui nous unissent que de choses qui nous divisent.Concentrons-nous sur ce que nous avons en commun pour bâtir des ponts.Faisons-nous explorateurs : curieux de découvrir la tradition spirituelle de l\u2019autre et curieux d\u2019approfondir notre propre tradition.Surtout, prions ensemble pour l\u2019unité des chrétiens.1 Éphésiens 2,14 2 Jean 17,22 3 Actes 9,4 leprecurseur@pressemic.ora vous interpelle ! Cette chronique vous appartient.Faites-nous part de vos impressions ou réagissez aux articles, pour aller plus loin.La parole esté vous ! Le Précurseur ne publiera pas les lettres non signées ni celles dont les propos sont contraires à l'éthique journalistique.Nous nous réservons le droit d'abréger les lettres.Caroline Caron, Longueuil J\u2019avoue avoir lu d\u2019une traite la dernière édition de votre revue, et j\u2019ai trouvé un grand plaisir à le faire.Le thème du merveilleux, du rêve, de la redécouverte de soi et de la beauté du monde m\u2019a beaucoup touchée; vos articles ont su réveiller en moi la candeur et l\u2019espoir de l\u2019enfant qui s\u2019endort sur une prière au Bon Dieu - pour lui demander un cheval volant ou la paix sur Terre - et qui s\u2019éveille fasciné par ce monde rempli de merveilles.Nous avons tous besoin, croyants ou non, de retrouver l\u2019émerveillement pour vivre pleinement toutes les beautés et toutes les grâces de la vie.Merci de nous le rappeler, et bravo pour la qualité de votre revue ! Suzanne Gervais, Joliette J\u2019ai savouré la dernière édition du Précurseur.J\u2019aimerais vous remercier et vous féliciter pour la nouvelle forme et le nouveau contenu de la revue.Nous déplorons seulement que sa parution ne soit qu\u2019aux trois mois, car le nouveau Précurseur est une merveilleuse nourriture pour l\u2019âme et le coeur.Suzanne Gaulin, o.s.c., Salaberry-de-Valleyfield Depuis la réception du dernier numéro du Précurseur, je désirais vous écrire pour vous dire toute mon appréciation pour l\u2019excellent travail réalisé au niveau de la préparation.Je vous avoue que j\u2019en ai trouvé la lecture des plus intéressantes et enrichissantes.Le thème est très bien choisi; le contenu des articles, excellent et inspirant; la présentation, pleine de fraîcheur.Bravo pour votre investissement et pour le résultat.Surtout, continuez sur cette lancée.Hélène Levac Laforte, Rockland, Ontario J\u2019aime, même si je ne lis pastoute la revue, l\u2019allure que vous lui avez donnée avec des numéros thématiques.Elle a ainsi acquis une personnalité bien à elle.À la réception du dernier Précurseur, j\u2019ai lu d\u2019abord les Mots d'enfants.J\u2019ai trouvé le paragraphe intitulé Par les yeux d'un enfenfparticulièrement intéressant.Le soir, à la réunion du comité de liturgie de ma paroisse, je raconte l\u2019histoire aux autres.Rendue au moment où l\u2019enfant dit: Qu'est-ce qu'on y'a fait?, Françoise, à l\u2019esprit très vif età la répartie instantanée, dit: T'es mieux de continuera être tranquille si tu veux pas qu'on te fasse la même chose I Fous rires dans le groupe, bien entendu.Et le curé, Jean-François, de dire: Ah.la belle occasion de catéchèse., en pensant au petit bonhomme assis sur l\u2019autel et regardant la croix.Nous avons reçu nombre de commentaires, tous fort intéressants.Un grand merci I Maintenons cet échange vivifiant I Continuez de vous faire entendre ! APPRENDRE UNE LANGUE.UN CHEMIN SPIRITUEL ?Pour la plupart d'entre nous, les langues étrangères nous paraissent au début comme des murs infranchissables.Mais tranquillement, à mesure que nous en apprenons les secrets, nous découvrons non seulement une nouvelle façon de communiquer, mais des vérités sur nous-mêmes et sur notre vie spirituelle.À propos de l'auteur: Originaire de l'Alberta, Robin Dick est professeur d'anglais langue seconde etde linguistique au Québec depuis plus de 20 ans.Inventeur de jeux pour enseigner des langues, traducteur, étudiant enthousiaste de langues étrangères et organisateur d'échanges culturels en Italie, à Cuba et aux États-Unis, il est également père de 7 enfants.Pour aller plus loin: Les écrits sur ce sujet sont rarissimes.Tout de même, des films tels que Lost in Translation de Sofia Coppola (2003) et L'Auberge espagnole de Cédric Klapisch (2002), et des livres sur la traduction tels que Après Babel de George Steiner et Les limites de l'interprétation d'Umberto Eco, nous proposent des réflexions plus profondes sur la réalité multilingue dans laquelle nous nous trouvons.par Robin Dick L\u2019APPRENTISSAGE des langues a toujours fait partie de l\u2019expérience missionnaire, même si le processus a été considérablement simplifié depuis l\u2019époque où le premier contact fut établi avec des peuples dont la langue paraissait un flot de sons inintelligibles.Apprendre une langue nouvelle consiste maintenant à suivre des cours, à étudier des livres, à écouter des conversations pré-enregistrées, etc., c\u2019est-à-dire, à utiliser des méthodes préparées d\u2019avance et conçues pour nous mener sur le sentier vers la maîtrise.Certes, comme n\u2019importe quel étudiant de langues peut l\u2019attester, cela demeure difficile, mais au moins le travail préliminaire a été fait pour nous.SEULEMENT UN MOYEN?Toute la préparation du monde ne peut cependant pas adoucir le choc du moment où nous plongeons au cœur d\u2019une nouvelle réalité culturelle et linguistique, où nous essayons de partager la vie quotidienne d\u2019un peuple vivant bien souvent dans des conditions fort différentes de celles qui nous sont familières.Bâtir des relations de confiance et partager la vie d\u2019autrui est au cœur de notre foi et de notre expérience religieuse, sous de multiples facettes.Ainsi, l\u2019apprentissage des langues a donc été considéré traditionnellement comme un moyen d\u2019exprimer notre foi et de comprendre la vie et les croyances des autres, non comme une partie intégrante de l\u2019expérience spirituelle comme telle.Cependant, je suis convaincu \u2014 et je ne suis pas le premier à l\u2019observer \u2014 qu\u2019il y a beaucoup de leçons à tirer et de vérités à trouver dans le processus d\u2019apprentissage des langues étrangères.REDEVENIR UN ENFANT La première leçon qu\u2019on apprend en balbutiant les premiers mots d\u2019une nouvelle langue, c\u2019est l\u2019humilité, l\u2019humble simplicité d\u2019un enfant qui, dans son enthousiasme à communiquer avec un nouveau compagnon de jeu, n\u2019hésite pas à répéter de façon ludique des sons qu\u2019il ne comprend guère.Si la recherche scientifique ne semble pas indiquer que les enfants apprennent plus rapidement ou mieux que les adultes, elle démontre cependant qu\u2019ils ont bel et bien un avantage quant à la prononciation.Selon ce que j\u2019ai pu observer chez les adultes et les adolescents dans mes cours de langues, il est évident que ceux qui progressent le plus rapidement et vont le plus loin sont ceux qui «jouent» avec les mots, qui n\u2019ont pas peur de paraître ridicules, qui ont du plaisir à exprimer, au moins provisoirement, les idées simples, voire simplettes, que leur connaissance limitée de la langue leur permet.J\u2019ai toujours pensé que cette attitude était un bon exemple de l\u2019injonction de Jésus de « devenir comme des enfants ».Cette disposition au jeu, cette candeur face aux difficultés révèlent une sorte d\u2019humilité, un désir de mettre de côté les prétentions « adultes » qui nous empêchent de nous ouvrir à des réalités étrangères à la nôtre.Celles-ci peuvent prendre plusieurs formes : une langue à apprendre, des différences cul- 4 | LE PRÉCURSEUR | PRINTEMPS 2006 V I E k w '**T Photo:S.Leutenegger (Taizé) La vérité de Dieu se révèle aussi dans la façon dont nous apprenons à communiquer les uns avec les autres.turelles avec un peuple qu\u2019on ne connaît pas, un point de vue qui diffère du nôtre ou encore, le message d\u2019amour parfois déconcertant de Dieu.L\u2019ÉCUEIL DE LA PERFECTION Une des pires barrières qu\u2019un étudiant de langues étrangères puisse se créer, c\u2019est ce qu\u2019on pourrait appeler un «perfectionnisme déplacé ».Il n\u2019y a certes rien de mal à vouloir bien s\u2019exprimer, mais trop souvent les étudiants développent une obsession des erreurs, au point où ils n\u2019arrivent plus à parler avant d\u2019être sûrs que leur phrase soit parfaitement construite et prononcée correctement.Ayant moi-même souffert de cette obsession, je sais combien une telle attitude peut être paralysante.Le problème empire quand on le double d\u2019une sorte de reconstruction mentale incessante de ce qu\u2019on a dit, une analyse continuelle pour voir s\u2019il n\u2019y aurait pas eu de meilleures façons de le formuler.Ces personnes développent une excellente compréhension théorique de la langue, mais ont beaucoup de difficulté à communiquer avec de véritables interlocuteurs, en chair et en os, car elles savent que dans la vraie vie, elles vont se tromper souvent.Pourtant, tous ceux qui ont atteint un niveau avancé dans une langue étrangère savent qu\u2019avant de pouvoir parler couramment une langue, il faut se résigner à faire beaucoup d\u2019erreurs, à se faire corriger souvent et à reconnaître que la maîtrise parfaite d\u2019une langue n\u2019existe pas.Est-ce si différent des chrétiens qui ont une peur mortelle de pécher, de commettre des erreurs morales ou doctrinales et qui semblent démontrer peu de confiance en leur capacité d\u2019évoluer et surtout en la capacité (et le désir) de Dieu de pardonner?Comme dans l\u2019apprentissage des langues, le désir de perfection dans notre vie chrétienne doit être un humble processus de progrès vers un idéal que l\u2019on sait d\u2019avance impossible à atteindre pleinement.N\u2019est-ce pas en faisant des erreurs qu\u2019on apprend le plus ?UN SI RICHE CHEMIN ! Il y aurait encore beaucoup à dire sur le «chemin spirituel» que représente l\u2019apprentissage des langues étrangères : la capacité de rire de soi, de moins se regarder et de regarder davantage l\u2019autre, de discerner l\u2019essentiel et l\u2019accessoire et même, d\u2019apprendre le «langage de Dieu».Car n\u2019est-ce pas une défi majeur pour le chrétien que d\u2019apprendre à communiquer avec Dieu : dans la prière, dans l\u2019écoute de son message «qui est au-dessus de nos pensées » et dans la recherche de sa volonté, parfois si difficile à saisir ?Je suis persuadé que de nombreux missionnaires en auraient long à dire sur le sujet.Plusieurs ont vu comment Dieu se manifeste à travers la nature; d\u2019autres ont parlé de la nécessité de voir le visage du Christ en chaque être humain.Ma propre expérience en tant que linguiste, étudiant et professeur de langues étrangères m\u2019a montré que la vérité de Dieu se révèle aussi dans la façon dont nous apprenons à communiquer les uns avec les autres.LE PRÉCURSEUR | PRINTEMPS 2006 | 5 A deux A Ruth Luna et Guy Gervais au Congo P/?ofo;Terre Sans Frontières Un pilote de brousse, missionnaire et prêtre de surcroît, troque le col romain pour une alliance au doigt en épousant une infirmière, également missionnaire.Pour ce couple de fervents chrétiens, débute alors non seulement un roman d'amour, mais aussi un incroyable roman d'aventures.ca va deux fois mieux! par Stéphane Duhamel Conjuguer appel missionnaire et amour conjugal, voilà qui ne va pas de soi ! Il arrive souvent que deux êtres, désireux d\u2019unir leurs destinées, ressentent un décalage : l\u2019un désire se consacrer corps et âme à une cause qui le mènerait au gré des méridiens, l\u2019autre aspirerait plutôt à construire un noyau familial stable.Toutefois, quand deux missionnaires se rencontrent et qu\u2019ils décident de mettre, non seulement leur amour humain, mais leur amour de Dieu en commun, cette union devient quasi indestructible.C\u2019est ce qui est arrivé à Guy Gervais et Ruth Luna.Pourtant, rien ne laissait présager que leurs chemins se croiseraient.Missionnaire du ciel A l\u2019âge de 19 ans, le jeune Guy, ayant eu vent que les Pères Montfortain désiraient implanter une mission aux confins du globe, chez les Papous de la Nouvelle-Guinée, trouve pour lui un futur tout désigné.Après sept ans de préparation, il devient religieux et suit plusieurs formations, spécialement en sociologie et en anthropologie.Peu de temps après, on lui offre une opportunité qui changera à jamais le cours de sa vie : suivre une formation de pilote d\u2019avion.C\u2019est ainsi qu\u2019il se lance dans une aventure qui le mènera au-delà de la savane et de la jungle, dans des régions inhospitalières au cœur de la brousse.Nous sommes en 1959.Avec son avion, Guy Gervais ira dans de nombreux pays tels la Nouvelle-Guinée, l\u2019Indonésie, le Pérou, le Guatemala et le Honduras.Par le moyen des airs, il ira aider des gens isolés par le manque de route et de transports: des gens défavorisés et peu organisés qui ont besoin d\u2019écoles, de fermes, de coopératives agricoles et.de pistes d\u2019atterrissage.C\u2019est que Guy ne se contente pas seulement de piloter, il s\u2019implique à fond.6 I LE PRÉCURSEUR PRINTEMPS 2006 MISSIONNAIRES LAÏQUES À deux, ça va deux fois mieux! En 1968, il rencontre Ruth Luna, une jeune infirmière péruvienne dont il tombe follement amoureux.Même s\u2019il délaisse la prêtrise pour épouser sa dulcinée en 1973, Guy est loin de perdre la foi, qu\u2019il partage intensément avec son épouse.Ils travailleront ensemble, notamment au Congo en collaboration avec l\u2019organisme Terre Sans Frontières.Cependant, ils seront aussi appelés à oeuvrer chacun de leur côté.Ruth travaille auprès des gens atteints du sida.Elle donne des formations sur la prévention de cette maladie au Pérou et au Congo.Il est parfois possible, nous dit-elle, de protéger un enfant a naître de la terrible maladie, même si la mère est contaminée.Il faut cependant suivre son développement durant la première année de sa vie.Ruth est également impliquée à Montréal auprès de la Maison d\u2019Elérelle, un organisme qui aide les gens à vivre une convalescence à la suite d\u2019un coup dur de la maladie ou qui, malheureusement, sont en phase terminale.Quant à Guy, il a accumulé des dizaines de milliers d\u2019heures de vol avec son avion humanitaire.Entre 1981 et 1985, il sera même le pilote personnel du célèbre Com- Ma raison de vivre, / c'est l'Evangile.mandant Jacques-Yves Cousteau pour une étude portant sur le fleuve Amazone en Amérique Latine.C\u2019est avec lui que Guy sera éveillé aux dangers écologiques qui menacent l\u2019environnement.Le célèbre océanographe a même rédigé, trois jours avant sa mort, la préface du livre de Guy Gervais, Pilote de brousse.Malgré toutes leurs aventures, ils ont quand même réussi à élever trois enfants qui, ayant atteint l\u2019âge adulte, ont maintenant quitté le foyer familial.Nous emmenions les enfants avec nous eu missions, mais à partir de onze ans, ils restaient ici, au Québec, raconte Ruth.Souvent il arrivait qu\u2019un des deux conjoints parte pendant trois ou quatre mois en mission.Notre engagement missionnaire, nous le vivons ensemble, mais en respectant la façon de l'autre de le vivre, poursuit Ruth.«Regarder ensemble dans la même direction»1 Il faut dire que Ruth et Guy sont fortement liés par leur foi chrétienne.Depuis qu\u2019elle était toute jeune, Ruth se sentait attirée par l\u2019amour du Christ.Jésus était pour elle un modèle qu\u2019elle désirait imiter.mais pas au même niveau, bien sûr!, précise-t-elle en riant.Pour moi, la mission, c'est être de service, peu importe ce que ce sera, nous dit-elle.Son refuge spirituel, c\u2019est la prière et la méditation.Moi, ma raison de vivre, c'est l'Évangile.Il y a tout là-dedans ! Pour Guy, le ciel, c\u2019est sa cathédrale.Pas la peine d'éclairer et de chauffer, le soleil est là.Le ciel, c'est la liberté.Tu te promènes et il y a des nuages ou des oiseaux qui passent devant toi!, d\u2019expliquer Guy.Lui aussi désirait réaliser des choses dans le même esprit que le Christ.Jésus a dit : vous ferez des choses plus merveilleuses que j'ai faites, poursuit Guy.Jésus-Christ ne savait pas piloter d'avion ! Il n 'a pas soigné les jeunes du sida, ça n 'existait pas, le sida, dans ce temps-là, c'était plutôt la lèpre.Mais, de toutes façons, pour moi, c'est le moment présent qui compte et ce que je peux faire pour aider les autres, explique le pilote.A 74 ans, Guy Gervais ne s\u2019est pas encore départi de son brevet de pilote, même si, présentement, il donne surtout des conférences au Québec, auprès de clubs d\u2019âge d\u2019or, de clubs d\u2019aviation et des jeunes au secondaire et au Cégep.A la fin de ses discours, il aime bien ajouter quelques réflexions personnelles.Même s\u2019il n\u2019est pas impliqué dans la prévention du sida comme son épouse, il tient à dire aux jeunes, à ce propos, que c\u2019est une maladie qui peut s\u2019attraper.Il y a un âge pour le sexe et un âge pour étudier et graduer.Il leur raconte aussi qu\u2019il a arrêté de fumer.parce qu\u2019il a choisi de ne pas mourir.Les péripéties missionnaires de ce couple sont nombreuses et Hollywood pense même adapter pour l\u2019écran Pilote de Brousse, ce livre qui raconte leurs vies.Mais eux, ils continuent de vivre humblement l\u2019Évangile au quotidien.Une des réflexions données par Guy lors de ses conférences résume bien leur cheminement à travers la mission : Celui qui se repose sur le confort des privilèges finit par s'endormir.Mais s'il est bousculé, tourmenté, battu par les difficultés, alors seulement il a une chance d'apprendre à vivre.1 «Aimer, ce n'est pas se regarder l'un l'autre, c'est regarder ensemble dans la même direction.» Antoine de Saint-Exupéry, Terre des Hommes.Pour aller plus loin: Pilote de brousse, Guy Gervais.Les Éditions Logiques, 2000,304 p.Pour se procurer cet ouvrage: Terre sans frontières 399, rue des Conseillers, bur.23 La Prairie (Qc) J5R 4H6 Tél.: (450) 659-7717 LE PRÉCURSEUR | PRINTEMPS 2006 | 7 MISSIONNAIRES LAÏQUES .a Wipala, symbole autochtone >çiinique et des enfants du Foyer, ¦ rotost D orp in roue Lama n .\" r, Lt- Regard d\u2019espérance À 2500 mètres d\u2019altitude, Cochabamba, en Bolivie, est devenue ma terre d\u2019adoption.Bordée de montagnes, peuplée d\u2019un million d\u2019habitants, elle est la troisième ville en importance du pays, le berceau de la culture autochtone quechua.par Dominique Leman, missionnaire laïque Je suis venue ici pour connaître un autre peuple et vivre en solidarité avec lui.mais jusqu'où {suis-je prête à aller dans cette solidarité?Depuis novembre 2005, je partage la vie quotidienne avec des MIC dans une fraternité composée de cinq religieuses, quatre Canadiennes et une Péruvienne, toutes engagées dans des domaines complémentaires, partageant les défis et les espoirs des Boliviens.Où s'engager?Dès mon arrivée à Cochabamba, j\u2019ai cherché un heu où m\u2019insérer.Deux motivations m\u2019animaient: répondre à des besoins actuels et trouver des engagements en lien avec ma profession de counselling pastoral.J\u2019ai d\u2019abord offert du soutien psychologique individuel dans deux foyers pour enfants abandonnés ou maltraités.Mon expérience de counselling auprès des enfants étant inexistante à mon arrivée, je me sentais paralysée, inquiète de leur nuire plutôt que de les aider! Toutefois, lorsque j\u2019ai compris les bienfaits de ces moments d\u2019attention personnelle et confidentielle, j\u2019ai réajusté mes attentes.Je me suis également outillée et documentée, ce que je continuerai de faire tout au long de mon séjour.Quelques mois plus tard,j\u2019ai découvert le Service d\u2019orientation familiale, où je pouvais aussi œuvrer auprès d\u2019adultes, et le Centre de spiritualité ignacien qui crée présentement un programme de counselling psychospirituel et d\u2019accompagnement spirituel.Mon insertion se poursuit encore, non sans demander patience, flexibilité et lâcher prise : les événements se déroulent rarement comme on les avait prévus.Politique et société Un des pays les plus pauvres d\u2019Amérique latine, la Bolivie compte plus de 60% d\u2019autochtones parmi ses 8 millions d\u2019habitants.Le 18 décembre dernier, Evo Morales, autochtone et ancien chef syndical des cultivateurs de coca, a remporté les élections présidentielles.Il s\u2019est engagé à éradiquer l\u2019analphabétisme (qui affecte 20% de la population bolivienne), la corruption et la bureaucratie, à mettre fin au modèle économique néolibéral, à nationaliser les ressources naturelles et à développer le secteur de la transformation de celles-ci.Il a promis également de combattre le trafic de drogues, mais il tient à décriminaliser la feuille de coca, considérée comme sacrée dans la culture et les croyances ancestrales incas, les ancêtres des Quechuas.Pour la première fois depuis la fondation de la Bolivie en 1825, la wiphala, l\u2019emblème 8 I LE PRÉCURSEUR I PRINTEMPS 2006 MISSIONNAIRES LAÏQUES national des civilisations andines depuis plus de 2000 ans, flotte au vent sur les bâtiments du Gouvernement, aux côtés du drapeau bolivien.Vous pouvez imaginer la fierté des autochtones, si longtemps opprimés.Malgré ces promesses et ces espoirs, la mendicité est fréquente chez les personnes âgées, les enfants de la rue et les femmes quechuas venues du nord de la région de Potosi, avec bébés et enfants, afin de susciter davantage la pitié.Cette région très aride, située dans les hautes plaines de la Cordillère des Andes, est la plus pauvre de Bolivie.De plus, un des fléaux actuels est l\u2019exode des Boliviens à l\u2019étranger.Les statistiques démontrent que 700000 personnes quittent la Bolivie chaque année, soit 8% de la population.Avant de partir Un projet missionnaire de deux ans ne s\u2019improvise pas ! Le Programme intercommunautaire deformation missionnaire pour laïques (PIFM), dispensé par des Instituts missionnaires, fut déterminant dans mon choix de partir.Mon désir de vivre un projet à long terme, en solidarité avec des frères et sœurs d\u2019horizons différents s\u2019y est confirmé.Je désirais mettre en pratique de façon plus radicale ma foi et mes valeurs chrétiennes, ce qui impliquait de délaisser, pour un certain temps, une sécurité d\u2019emploi et de relations interpersonnelles.Témoigner de ce Dieu libérateur, compatissant et solidaire en qui je crois depuis longtemps, travailler à la création d\u2019un monde plus humain, plus juste, plus aimant, voilà une valeur ultime qui me guide et donne sens à ma vie.Quitter mon emploi et mes engagements sociaux, dire au revoir aux amis et à la famille, cela m\u2019a demandé beaucoup plus d\u2019énergie et de force intérieure que je ne l\u2019aurais soupçonné.Ce détachement s\u2019est poursuivi durant les premiers mois de mon séjour bolivien.Récemment, j\u2019ai senti que je commençais enfin à m\u2019enraciner ici, grâce à une vie quotidienne de plus en plus riche et engageante : des implications professionnelles intéressantes, de nouvelles amitiés, de nouvelles activités sociales et sportives et un contact régulier et nourrissant avec plusieurs amis et membres de ma famille, grâce aux merveilles de l\u2019Internet! Défis toujours actuels La misère est endémique ici.Je la ressens à travers les enfants qui me parlent de leurs familles dysfonctionnelles et éclatées, de leurs parents incapables de les faire vivre adéquatement.Je l\u2019entends dans les revendications politiques et sociales des Boliviens.Je la vois dans la désarmante simplicité des habitations de terre et de paille dans les campagnes, si isolées et désertes.La pauvreté n\u2019est pas l\u2019affaire d\u2019un individu, d\u2019une famille, ou d\u2019une classe sociale, mais bien une réalité systémique qui se reflète dans l\u2019économie, l\u2019éducation, l\u2019environnement, etc.Quand je m\u2019arrête pour y penser, je me sens habitée par un sentiment profond d\u2019impuissance et de culpabilité.Comment passer du découragement à la compassion, à la conscientisation et à l\u2019action?Je suis venue ici pour connaître un autre peuple et vivre en solidarité avec lui.mais jusqu\u2019où suis-je prête à aller dans cette solidarité ?Durant la Semaine Sainte, en lisant Chemin de Passion, chemins du monde de Elenri Nouwen et en contemplant les visages tristes et les regards inquiets, mais calmes et habités d\u2019espérance, cette pauvreté qui condamne, qui aliène a soudainement pris un nouveau visage pour moi.Elle peut se transformer en défi ! La vie est plus forte que la mort, on me l\u2019a souvent répété.Ici, cette vie jaillit dans une lutte aux enjeux tous simples: mettre de la nourriture sur la table à la fin de la journée, acheter un cahier de note et un crayon à son enfant qui va à l\u2019école, etc.Une lutte aussi contre l\u2019exploitation, contre la sécheresse ou les fortes pluies qui détruisent les récoltes, contre les décisions politiques qui affectent le commerce national et international, contre les injustices en général.Ce combat maintient la vie, éloigne la mort, dans tous les sens du terme.Si ces gens, qui ont les deux pieds dans un quotidien d\u2019acharnement et de survie, ne se découragent pas, pourquoi alors me décourager?C\u2019est avec un regard d\u2019espérance que je veux envisager la vie, leurs vies.Voir les petits pas - les miens et ceux des autres - et m\u2019en réjouir au lieu de toujours vouloir plus, espérer plus.La beauté naturelle des magnifiques paysages de collines, de champs et de vallées, loin de la ville, contraste avec l\u2019isolement et la pauvreté des gens qui y vivent.C\u2019est au cœur de ces contrastes que je retrouve la vie.Une vie dure et remplie d\u2019épreuves, mais qui vaut la peine d\u2019être vécue à fond.N\u2019en restons pas à la Croix, à nos croix, mais avançons avec confiance dans la vie.car le Christ est ressuscité et nous veut résolument vivants.LE PRÉCURSEUR | PRINTEMPS 2006 | ç Étudier l'anglais, découvrir le Christ Dans la paroisse du Coeur Immaculé de Marie à Tai Po dans les Nouveaux Territoires à Hong Kong, Fene Dapitanon,m.i.c.,a implanté un cours de conversation anglaise pour étudiants du niveau secondaire afin d\u2019accueillir des jeunes.Outre le but de les aider sur le plan scolaire, elle visait aussi à leur offrir une formation humaine et spirituelle, des liens d\u2019amitié et d\u2019appartenance.Tous les jeunes étaient bienvenus, peu importe leurs croyances religieuses ou leur absence de foi.En bref, j\u2019appellerais cela la Nouvelle Évangélisation par l\u2019apprentissage d\u2019une langue /, s\u2019exclame Soeur Fene.J\u2019ai vu les étudiants accroître leur confiance en eux-mêmes, affirmer leur identité et développer leur sentiment d\u2019appartenance \u2014 à la paroisse et entre eux \u2014 au fur et à mesure qu \u2019ils accueillaient de nouveaux jeunes provenant d\u2019une autre confession religieuse ou qui n\u2019en avaient aucune.En guise de témoignage, deux membres du groupe ont rédigé les articles suivants.Avec l'anglais, les jeunes de Tai Po découvrent la foi catholique par Jacob Wong Les gens grandissent dans la foi de différentes manières : par la prière, les Ecritures, des retraites, des célébrations spirituelles, des partages, la méditation, des hymnes religieux ou d\u2019autres façons.Pour les jeunes de Tai Po, ce sont les cours d\u2019anglais du vendredi soir qui servent de moyen pour éveiller leur foi et le véritable amour caché au fond de leur cœur.Nous sommes un groupe d\u2019étudiants d\u2019âges variés et provenant de différentes écoles.Nous ne partageons pas tous les mêmes croyances religieuses ni les mêmes valeurs.Nos motivations pour participer à ces cours different elles aussi, que ce soit pour apprendre l\u2019anglais, rencontrer de nouveaux amis ou en accompagner d\u2019autres.A première vue, il semble que ce soit un cours d\u2019anglais des plus ordinaires.En réalité, dans chaque leçon, le Seigneur Jésus Christ touche nos cœurs et nous fait part de Son message.IO I LE PRÉCURSEUR I PRINTEMPS 2006 Le Salut en Jésus est universel.Il est venu pour tout le genre humain, ce qui inclut certainement les élèves du cours d\u2019anglais.En classe, on perçoit l\u2019unité, dans l\u2019amour de Jésus, entre les personnes de différentes cultures religieuses.Je ne le croyais pas possible, mais la réalité démontre que quelques-uns de nos amis non-croyants consentent à devenir disciples du Christ parce qu\u2019ils ont pu voir l\u2019amour qui règne parmi nous, un «Amour» qu\u2019ils n\u2019avaient jamais pu goûter auparavant - l\u2019amour de notre Père.Jésus nous a dit: Quand deux ou trois sont réunis, je serai au milieu d'eux.Dans les yeux des participants nouvellement arrivés, nous lisons que le Seigneur se sert de nous comme d\u2019instruments pour Lui permettre de pénétrer et de régner dans leurs cœurs.Notre aventure a débuté il y a un an.Certains ont quitté le groupe, mais leur vie chrétienne et catholique se poursuit.Comme on nous l\u2019a enseigné, « nous sommes venus pour servir et non pour être servis».Ainsi, certains d\u2019entre eux chantent maintenant dans la chorale de la paroisse, jouent d\u2019un instrument durant les offices ou organisent des activités dans notre milieu.Cet esprit qui règne dans nos cours d\u2019anglais, nous espérons tous qu\u2019il demeure et se répande à tous nos voisins.Ici, par nos vies et notre amour, nous éclairons d\u2019autres jeunes.C\u2019est exactement la manière dont Jésus s\u2019est servi pour répandre la Bonne Nouvelle.C\u2019est cela, le « quelque chose de plus» de ces cours d\u2019anglais.Lorsque des jeunes issus d\u2019écoles, de religions et de familles différentes sont réunis pour ces cours, tous apprennent beaucoup des uns et des autres. « m JEUNES MU mm ^ P/jofo.Quelques membres du premier groupe, dont Jacob Wong (assis au sol), Dennis Cheung Ka Chun (debout à l\u2019extrême droite) et Fene Dapitanon, m.i.c., (assise au centre).Photo MIC Bonjour! Je suis Dennis, un non-chrétien qui s\u2019est joint aux cours d\u2019anglais, et je suis heureux de partager mon expérience des quelques mois passés à la paroisse du Cœur Immaculé de Marie à Tai Po.Persuadé par mon ami qui est un loyal chrétien, et curieux au sujet de ces cours d\u2019anglais, j\u2019ai décidé de m\u2019y joindre, pensant que je pourrais améliorer mon anglais.Les cours sont composés de jeunes qui se rassemblent pour pratiquer cette langue.Au début, j\u2019étais bien gêné, car j\u2019avais rarement exprimé mes idées devant autant de gens.De plus, je ne savais rien de Dieu ! Heureu-sement, j\u2019ai été le bienvenu, tous ont causé avec moi et en peu de temps, j\u2019étais intégré dans le groupe.Tous les vendredis, nous énonçons un sujet sous la direction d\u2019un prêtre, d\u2019une religieuse ou d\u2019un membre du personnel de la paroisse.Nous exposons nos idées personnelles et parfois nous en discutons ensemble.Nous échangeons toujours sur ce que nous avons fait durant la semaine précédente; nous apprenons ainsi à mieux nous connaître les uns les autres.Nous avons du plaisir, jouons à des jeux pour perfectionner la langue.Avec le temps, mon anglais a fait beaucoup de progrès, au point où je le considère maintenant comme une partie intégrante de ma vie.Je suis reconnaissant de faire partie du groupe, même si je ne suis pas chrétien.Je me trouve chanceux, parce que j\u2019ai appris beaucoup.L\u2019amitié avec mes amis à l\u2019église, c\u2019est du solide.Nous sommes très attentionnés les uns pour les autres.C\u2019est comme les liens d\u2019une même famille.Une amitié de cette sorte est précieuse.L\u2019enseignement donné par les sœurs et les prêtres, spécialement celui de Sœur Fene, est toujours conçu pour provoquer notre pensée.Elle nous écoute patiemment, donne des commentaires et résume nos arguments.Ne pensez pas qu\u2019elle ne fait que prêcher à propos de Dieu.Au contraire ! Elle considère une variété de situations à partir de points de vue différents, donne des exemples d\u2019après les enseignements de Dieu.Je trouve que c\u2019est un moyen très efficace pour aiguiser notre esprit et déclencher en nous une réflexion a posteriori.En dehors, elle est toujours disposée à aider.Elle mange quelquefois avec nous, cuisine des gâteaux pour nos anniversaires, prépare du matériel de classe.Elle est toujours prête à écouter nos soucis et nous donne des conseils apaisants.Je fais l\u2019expérience de l\u2019amour inconditionnel vécu par Sœur Fene, ce même amour que portait Jésus aux personnes.De plus, je me suis fait un tas d\u2019amis ! Mon réseau social s\u2019est élargi et j\u2019ai acquis des habiletés interpersonnelles pour fonctionner et bien m\u2019entendre avec les gens.Au cours des derniers mois, j\u2019ai été converti.Je doutais de l\u2019existence de Dieu et maintenant, j\u2019essaie de penser chrétiennement.«Le Seigneur est un berger, Il est toujours prêt à recevoir quiconque veut retourner à Lui», dit-on.J\u2019ai reçu Son chaleureux accueil.Et vous ?Venez vous joindre à nous ! Dennis Cheung Ka Chun LE PRÉCURSEUR I PRINTEMPS 2006 I II A R T S QUAND ŒCUMENISME RIME AVEC CINÉMA Le cinéma vise d'abord le divertissement, mais il peut servir aussi d'autres fins, comme celles de promouvoir des grandes causes ou de dénoncer des situations d'injustices.C'est dans ce contexte que s'inscrit la remise du Prix œcuménique à un film qui se distingue non seulement par ses qualités artistiques, mais aussi par son apport au progrès humain et à la reconnaissance de valeurs éthiques, sociales et spirituelles.Photos;Zuno Films www.kamatakimovie.com 1 Ken-Antoine et son oncle Takuma 2 Le four à poterie Ktï\t Tfj\t par Gilles Leblanc, membre du jury œcuménique à Montréal, en 2004 Ce prix est dit œcuménique parce que le jury qui l\u2019attribue est formé conjointement par les associations internationales protestante et catholique pour le cinéma : Interfilm et SIGNIS.Les principaux critères retenus pour l\u2019attribution de cet hommage sont les suivants : grande qualité artistique, valeurs humaines positives et lues à la lumière de l\u2019Evangile, pouvant susciter l\u2019engagement social, témoin de sa propre culture, portée universelle du sujet.Les activités de SIGNIS dans le domaine du cinéma se basent sur l\u2019héritage de l\u2019OCIC (Organisation catholique internationale du cinéma) qui a été fondée en 1928 en vue de regrouper les efforts des catholiques actifs dans le monde du cinéma.Depuis 1947, elle a élargi ses activités aux festivals de cinéma.SIGNIS compte des jurys catholiques, œcuméniques ou inter-religieux dans plus de 30 festivals internationaux dont Cannes, Berlin, Venise, Locarno, Moscou et le Festival des Films du Monde (FFM) de Montréal qui se déroule à la fin de l\u2019été.Films primés en 2004 et 2005 Au FFM de l\u2019année 2005, le jury œcuménique regroupait six personnes de confessions chrétiennes différentes et provenant de l\u2019Allemagne, de la France, des Etats-Unis, de l\u2019Australie et du Canada.C\u2019est le film Kamataki du réalisateur canadien Claude Gagnon qui s\u2019est mérité les honneurs.Il s\u2019agit de l\u2019histoire du jeune Ken-Antoine qui, après une tentative de suicide, est envoyé par sa mère au Japon chez son oncle Takuma, un potier sexagénaire très respecté.D\u2019abord indifférent aux coutumes locales, Ken se laisse peu à peu séduire par l\u2019art ancestral dont son oncle est l\u2019héritier.Selon le jury, la production « décrit le parcours d\u2019un jeune nippo-canadien qui passera du désespoir à l\u2019affirmation de soi grâce aux sages enseignements de son oncle japonais.Le titre Kamataki nous renvoie au processus traditionnel de confection de la poterie.Celui-ci devient une métaphore de la beauté, de la sagesse et de l\u2019amour qui naissent de la rencontre de deux cultures, dans une harmonie tant intérieure qu\u2019extérieure.» L\u2019année précédente, en 2004,1e jury œcuménique était composé de membres de nationalité française, anglaise, chinoise, canadienne et américaine.Le Prix fut décerné à La Fiancée syrienne, une production israélienne du réalisateur Eran Riklis qui dénonce le cas dramatique d\u2019une communauté oubliée, les druzes des hauteurs du Golan.Occupée par Israël depuis 1967, cette terre lui est annexée à partir de 1982.On est ici en présence d\u2019une famille qui s\u2019apprête à célébrer le mariage de la jeune Mona avec Tallel, une vedette de la télé syrienne vivant de l\u2019autre côté de la frontière.Au moment de traverser la frontière syro-israélienne, les fonctionnaires de garde vont soulever mille et une tracasseries administratives.Le jury a apprécié le récit de cette fête de mariage «qui se transforme en véritable épopée.Ce film montre les choix courageux qu\u2019il faut faire pour franchir les barrières psychologiques et les frontières des pays qui séparent les familles et les peuples.» Liste des lauréats depuis 1979 : www.officecom.qc.ca/Index/Jury/laureat79.html 12 I LE PRÉCURSEUR I PRINTEMPS 2006 Un seul Seigneur, une seule planète.et pourtant, plusieurs Églises.Au cours du XXe siècle, on a fait des pas de géant vers la réconciliation, mais l\u2019unité entre les chrétiens se laisse encore désirer.Parfois malgré nous, parfois grâce à nous, l\u2019Esprit œuvre et la lumière de Dieu passe à travers les ténèbres de notre isolement.Chemin faisant, de l\u2019expérience de nos divisions, nous pouvons tirer des merveilles pour bâtir un monde de paix. L\u2019UNITE DES CHRETIENS Extra it de: « Plusieurs Églises, plusieurs religions, une seule planète » par Douglas John Hall, paru dans la revue Œcuménisme, no 156, décembre 2004.À propos de l'auteur: Professeur de théologie chrétienne à la faculté d'Études religieuses de l'Université McGill à Montréal pendant vingt ans, Douglas John Hall s'est vu octroyé en 1996 le titre de professeur émérite.Auteur de nombreux livres et articles, il donne des conférences à travers les États-Unis, le Canada et ailleurs dans le monde.Au printemps 2003, il a été fait Membre de l'Ordre du Canada.Photos: Grand Canyon, Alexandre Léveillé Le dialogue entre les communautés divisées et jadis activement indépendantes de la chrétienté a maintenant accumulé un siècle de rencontres et de luttes vers une plus grande unité \u2014 et je fais référence uniquement au mouvement œcuménique contemporain qui date de la conférence missionnaire d\u2019Edimbourg en 1910 qui a conduit à l\u2019établissement du Conseil missionnaire international en 1925.Le Conseil œcuménique des Eglises est né de ces délibérations et a été effectivement conçu en 1937 bien que, à cause de la Deuxième Guerre mondiale, son inauguration ait été retardée jusqu\u2019en 1948.En dépit du fait reconnu que l\u2019œcuménisme n\u2019a jamais été capable de surmonter les divisions résultant de l\u2019entêtement des Eglises, et en dépit du fait qu\u2019aujourd\u2019hui encore son cours est caractérisé par une alternance de « flux et de reflux », personne ne peut nier l\u2019étendue et la profondeur de cent ans d\u2019expérience concrète de recherche de l\u2019unité chrétienne.Tous ceux qui peuvent se rappeler personnellement ce qu\u2019était la situation ecclésiastique qui prévalait antérieurement à, disons, 1950, ne peuvent que s\u2019étonner de la distance parcourue, cinquante ou soixante ans, depuis cette sorte de non-communication entre les La raison fondamentale du mouvement vers l'unité n'est pas le bien-être de / l'Eglise, mais le bien-être du monde.Eglises.Avec le second concile du Vatican, en 1962, et depuis, une toute nouvelle ère dans la vie chrétienne s\u2019est ouverte presque du jour au lendemain, et ceux qui l\u2019ont expérimentée de près sont encore, pour beaucoup d\u2019entre nous, dans un état d\u2019heureux étonnement.Comment l\u2019expérience oecuménique CHRÉTIENNE PEUT-ELLE FACILITER LE DIALOGUE INTERRELIGIEUX?L\u2019expérience chrétienne de l\u2019œcuménisme a fourni une base de sagesse théorique et pratique d\u2019où il est possible de tirer certains principes qui pourraient se révéler inestimables pour les rencontres et le dialogue interreligieux.1) Le bien-être de l\u2019humanité comme raison PREMIÈRE DE L\u2019ENTREPRISE ŒCUMÉNIQUE.Le mouvement œcuménique chrétien du XXe siècle a découvert que tant que les Eglises 14 | LE PRÉCURSEUR | PRINTEMPS 2006 se souciaient de leur propre sécurité et de leur influence, le dialogue entre elles était destiné à s\u2019embourber.Mais, quand elles se sont senties conduites par l\u2019Esprit divin et par l\u2019Evangile lui-même à discerner et à développer un intérêt réel pour le sort de la terre, elles ont connu la grâce de s\u2019oublier suffisamment elles-mêmes pour entrer en dialogue les unes avec les autres en tant que participantes à une tâche commune, c\u2019est-à-dire, la paix, la prospérité et l\u2019épanouissement du monde bien-aimé de Dieu.Alors que les délibérations œcuméniques au cours de ces quelque cent dernières années ont fréquemment dégénéré en préoccupations sur des conceptions étroites des relations ecclésiastiques, les grands apôtres de rœcuménisme chrétien (comme WA.Visser t\u2019Hooft et Karl Rahner) ont toujours rappelé aux Eglises que la raison fondamentale du mouvement vers l\u2019unité n\u2019était pas le bien-être de l\u2019Eglise, mais le bien-être du monde.L\u2019unicité de l\u2019Eglise, ont dit les grands œcuménistes, n\u2019est pas et ne doit pas devenir une fin en soi : elle est seulement un chemin \u2014 pour les chrétiens, le moyen le plus urgent \u2014 vers une juste et crédible communication au monde de la vérité et de la fidélité de l\u2019amour inconditionnel de Dieu et de son engagement envers la création.Un Evangile d\u2019amour réconciliateur prêché par une Eglise ouvertement divisée de l\u2019intérieur est une contradiction dans les termes.2) La particularité comme ENTRÉE SUR L\u2019UNIVERSALITÉ.Au centre de la profession de foi chrétienne se tient la figure d\u2019une personne historique, entièrement humaine, et représentant pourtant dans la plénitude de son humanité une transcendance qui a empêché l\u2019Eglise, même dans ses expressions les plus humaines, de le décrire en termes humains seulement.Cette concentration « christocentrique » n\u2019est pas facultative pour les chrétiens.Que signifierait le christianisme sans Jésus Christ comme son centre et son cœur?Toutes les religions \u2014 même celles qui disent avoir un accès direct à l\u2019absolu \u2014 ont affaire à la particularité, que ce soit la particularité d\u2019une personne (Mohammed ou Moïse ou Baha Ullah),la particularité d\u2019un texte, d\u2019événements ou expériences historiques particuliers, ou autres.Et on peut se demander, à partir de l\u2019expérience de l\u2019œcuménisme chrétien, si les particularités associées à d\u2019autres traditions religieuses ne contiennent ou ne suggèrent pas aussi une ouverture à l\u2019autre que les œcuménistes chrétiens, dans leurs débats internes, ont découverte dans une christologie vécue en profondeur. DOSSIER 3)\tLa quête de pouvoir compromet TOUJOURS LE DISCOURS ŒCUMÉNIQUE.C\u2019est l\u2019expérience des chrétiens impliqués dans le dialogue inter-Eglises qu\u2019il ne peut y avoir de dialogue quand les groupes représentés s\u2019engagent dans le travail œcuménique avec le dessein bien arrêté de maintenir leur propre prééminence.Cela ne se réfère pas seulement à l\u2019intention de contrôler le discours et d\u2019exercer un pouvoir politique sur toutes les prises de décision, cela se réfère aussi et de manière plus importante, à la présomption qu\u2019une tradition dogmatique particulière détient la vérité et doit, par conséquent, se garder intacte face à toute autre perception.Le dialogue œcuménique est paralysé chaque fois que les participants agissent comme s\u2019ils étaient les seuls à posséder la vérité ultime.« Toute religion qui vise le pouvoir perd su raison d\u2019être.Dieu est le propriétaire, le protecteur, le donneur de vie et le réconciliateur de toute l'humanité et de toute la création.La religion est la servante et l\u2019agent du plan universel de Dieu», nous rappelle la conclusion du rapport de 2003 du modérateur du Conseil œcuménique des Eglises.4)\tL\u2019hospitalité et le dialogue avec les AUTRES TRADITIONS NE DIMINUENT PAS, MAIS PEUVENT EN FAIT ÉLARGIR LA CONNAISSANCE ET L\u2019APPRÉCIATION DE SA PROPRE TRADITION.Une cause d\u2019hésitation de la part de beaucoup de chrétiens et de groupes ecclésiastiques a été que l\u2019idée de s\u2019engager trop sérieusement dans les rencontres œcuméniques pouvait avoir pour résultat de les éloigner de leur propre tradition, de les incorporer dans une sorte de spiritualité mondiale, une super-Eglise dans laquelle les habitudes familières et les défis de leur propre tradition établie auraient été absorbés et à toutes fins utiles, oubliés.Pourtant, la plupart de ceux d\u2019entre nous qui ont été effectivement impliqués dans le discours œcuménique pendant plusieurs décennies se rendent compte, je crois, que cette crainte est non fondée.En fait, sauf de rares exceptions, c\u2019est tout le contraire qui se produit.Non seulement nous apprenons à mieux connaître notre propre tradition ecclésiale lorsque nous entrons en dialogue avec des personnes qui ont un autre héritage, mais nous constatons souvent que nous apprécions des aspects de nos propres traditions qui nous avaient échappé jusqu\u2019ici.La présence et le témoignage des autres ont éclairé des qualités positives aussi bien que négatives de la foi reçue.Nous changeons, à la suite de cet éclairage, mais nous n\u2019avons pas le sentiment de perdre ce qui est essentiel à notre propre foi his- torique : nous trouvons plutôt des moyens de partager ce qui est essentiel avec les autres, et d\u2019être enrichis par ce qu\u2019ils nous apportent.Pas à pas, ensemble Il ne faut pas attendre d\u2019être parfaits avant d\u2019essayer d\u2019appliquer un peu de la sagesse que nous avons apprise dans la recherche de la compréhension et de l\u2019unité entre communautés de foi.Une conscience de plus en plus existentielle de la pluralité des religions est une partie intégrante de notre conscience universelle élargie.La planète ne pourra pas longtemps contenir la suspicion, l\u2019envie, la compétitivité et la vengeance qui sont augmentées et enhardies par une ferveur religieuse qui vit exclusivement à l\u2019intérieur des ses propres murs d\u2019hostilité.«A partir de maintenant, disait Wilfred Cantwell Smith, spécialiste d\u2019histoire de la religion, dans ses conférences de 1962 à la CBC, la vie religieuse de l\u2019humanité, si elle doit être vécue, sera vécue dans un contexte de pluralisme religieux [.] Il deviendra de plus en plus apparent [.] qu\u2019être chrétien dans le monde moderne, ou juif, ou agnostique, c\u2019est l\u2019être dans une société où d\u2019autres [humains] intelligents,pieux et droits sont bouddhistes, musulmans, hindous.» c^> LE PRÉCURSEUR | PRINTEMPS 2006 | 15 L\u2019UNITÉ DES CHRÉTIENS 1 La transcription française du mot grec IKTUS est poisson.Le symbole et les cinq lettres de ce mot permettaient aux premiers chrétiens de s'identifier.C'était une sorte d'acronyme qui résumait leur profession de foi concernant Jésus Christ Fils de Dieu Sauveur: I = lessous(Jésus) CH = CHristos (Christ) TH = THeou (Dieu) Y = hYios (Fils) S = Soter (Sauveur) 2 cf.Le Précurseur, Juillet-Août-Septembre 2005, page 11.« QUE TOUS SOIENT UN ! » Regard d\u2019un pasteur protestant sur l\u2019oecuménisme par Brigitte Bédard Jésus a fait la prière de l\u2019unité ! «Père, que tous soient un, afin que le monde croit (Jean 17,21) » Nous devons de nous unir aux frères et sœurs des autres Églises chrétiennes, affirme le pasteur évangélique Yves Alarie.Pasteur depuis dix ans au Centre chrétien métropolitain (CCM) à Montréal, Yves Alarie précise certaines choses dès le départ : Il y a beaucoup de sortes d\u2019Églises protestantes en Amérique du Nord.sans compter celles qui ne sont pas officiellement reconnues et enregistrées.Donc, je ne parle pas au nom de TOUS les protestants, mais au nom d\u2019une Église, le CCM, qui est sans dénomination, c\u2019est-à-dire indépendante, tout en étant membre d\u2019un réseau d\u2019Églises évangéliques.Vous pouvez imaginer un peu qu\u2019entre nous, les protestants, ce n\u2019est pas l\u2019harmonie et l\u2019unité parfaite, et ce, même à l\u2019intérieur d\u2019un même courant, d\u2019une même domination protestante.Apprendre à se parler, à s\u2019écouter, à s\u2019intéresser à l\u2019autre, à découvrir les richesses de l\u2019autre, bref l\u2019oecuménisme, chez Yves Alarie, c\u2019est comme une deuxième nature.Je sens que j\u2019ai un appel! Dieu m\u2019a donné un talent à bâtir des ponts entre les différentes communautés chrétiennes à partir de ce que nous avons en commun.Comme un caméléon, je peux naviguer aisément d\u2019un milieu chrétien à un autre.Le plus important quand on pense œcuménisme, c\u2019est d\u2019être toujours conscient que chaque courant chrétien, chaque Eglise a des forces et des faiblesses; aucun de nous n\u2019a tout, ne possède tout.En prenant conscience de ça, on crée une interdépendance qui est saine.Je veux enseigner aux gens de mon milieu à s\u2019ouvrir aux autres et à apprécier les trésors cachés dans les autres Églises.Le pasteur n\u2019a pas lésiné; quand on reçoit Son appel.on répond! Il a donc été un des fondateurs de la Pastorale œcuménique de l\u2019UQAM (le Centre Iktus1).Il a été membre du conseil d\u2019administration de l\u2019Association des chrétiens pour l\u2019abolition de la torture.Il a visité et est parfois invité par les communautés nouvelles catholiques, assiste aux cours Alpha et donne des conférences occasionnelles dans un groupe de jeunes chrétiens catholiques à Montréal.Il a aussi été invité à prêcher dans quelques communautés catholiques à l\u2019occasion de l\u2019Eucharistie.Le CCM a organisé en collaboration avec des groupes de jeunes catholiques une conférence avec Jean Vanier, une figure inconnue du monde protestant.C\u2019est ce genre de choses qui enlèvent les préjugés.Les rencontres inter-confessionnelles telles que l\u2019événement «Jésus Cool»2 ou des séjours à l\u2019Abbaye de St-Benoît-du-Lac aident les jeunes protestants à découvrir la contemplation, par exemple, une forme de prière moins connue dans la vie des communautés chrétiennes évangéliques.Toutes ces initiatives sont généralement faites en petits groupes ou encore seul à seul.C\u2019est un moyen privilégié de faire vivre la foi.Il faut bâtir des ponts sur ce que nous avons de commun : le Credo de Nicée-Constantinople ou encore les questions morales et éthiques auxquelles nous devons faire face en tant que croyants dans notre monde contemporain.Les Eglises protestantes ont une force bien à elles : la liberté d\u2019expression et d\u2019interprétation.Elle permet une étude de la Parole et sa proclamation unique en son genre.Les catholiques ne pourraient qu\u2019y gagner en partageant, à leur tour, ce qu\u2019ils ont de spécifique : leur expérience au niveau de la contemplation et de la justice sociale.Il n\u2019en tient qu\u2019à chacun de nous.c^> 16 LE PRÉCURSEUR I PRINTEMPS 2006 DOSSIER SE CONNAÎTRE MIEUX EN AIMANT L\u2019AUTRE Regard d\u2019un prêtre catholique sur l\u2019oecuménisme puf Brigitte Bédard Par les temps qui courent, si tous les chrétiens se donnaient la main, ils formeraient une arme redoutable devant les flèches qui fusent de toutes parts.Face à la persécution de l'Évangile par notre époque, il nous faut nous battre ensemble, malgré et avec nos différences.Nous avons le même message libérateur! Le même Christ ! Voilà, en quelques mots, ce qui résume la conviction profonde d\u2019Alain Mongeau, prêtre catholique diocésain à Montréal.En plein cœur du Plateau Mont-Royal, il est responsable des paroisses très branchées de Saint-Louis-de-France et de Saint-Jean-Baptiste.Il côtoie près de 400 paroissiens et se tient près de la populaire «Bande FM» animée par des jeunes à l\u2019esprit de famille survolté.Fe grand rêve d\u2019Alain Mongeau serait de vivre une Eucharistie commune : orthodoxes, catholiques, protestants.Pourquoi?Pour être réunis autour d\u2019une seule et même table.Pour être capable de communier en tenant compte de nos différences.Pas pour «convertir» les autres, mais pour se convertir soi-même, se connaître mieux soi-même, en aimant la différence des autres.Il s\u2019agit de la conversion du regard.de notre regard sur l\u2019autre.Pour lui, l\u2019œcumémsme est une spiritualité en soi.Quand on entre en contact avec l\u2019autre, n\u2019est-ce pas de cette façon qu\u2019on apprend à mieux se comprendre soi-même ?C\u2019est comme dans le couple ! C\u2019est la même spiritualité, la même réflexion, à la base, que pour le mariage chrétien.Apprendre à s\u2019aimer soi-même en aimant la différence de l\u2019autre.Alain Mongeau est tombé dans l\u2019œcuménisme au milieu des années 80.C\u2019était à l\u2019époque des persécutions anti-religion qui sévissaient derrière le Rideau de Fer1.Dans ces pays, il a rencontré des hommes et des femmes qui osaient vivre leur foi au risque de leur vie.Il a découvert la richesse inouïe de la tradition chrétienne d\u2019Orient, en se laissant toucher par ses louanges, par sa sensibilité mystique.Quelques années plus tard, c\u2019était au tour du protestantisme d\u2019entrer dans sa vie.La spontanéité, la fraîcheur, la liberté que j\u2019y ai découvertes m\u2019émerveillaient ! C\u2019était très différent de l\u2019orthodoxie.Je voyais ces extrêmes et j\u2019apprenais, tout à coup, à me connaître davantage moi-même.Je réalisais que les catholiques étaient ceux qui se rapprochaient le plus des deux autres grandes familles.J\u2019ai découvert que c\u2019était une force chez les catholiques et qu \u2019il était peut-être plus facile pour nous de nous rapprocher de tous les chrétiens.» Après cette prise de conscience, Alain Mongeau n\u2019a pas chômé.Il a d\u2019abord constaté que, sur le terrain, les leaders étaient souvent plus avancés dans l'oecuménisme que leurs paroissiens.Il fallait créer des liens concrets entre communautés chrétiennes pour qu\u2019on cesse d\u2019associer l\u2019autre à des entités abstraites.Chacun de nous est d\u2019abord une personne, un enfant de Dieu, non pas un protestant, un catholique ou un orthodoxe.Il a donc organisé des rencontres entre sa paroisse et d\u2019autres Eglises, notamment avec la paroisse Saint-Jean-l\u2019Evangéliste à Ottawa (orthodoxe) et avec le Centre Chrétien métropolitain à Montréal (protestant).Alain Mongeau rêve du jour où f œcuménisme se vivra tout au long de l\u2019année, non pas uniquement durant la Semaine de prière pour l\u2019unité des chrétiens.Heureusement pour nous et pour tous les chrétiens.il est un homme de Foi ! c^> 1 Nom que l\u2019on donnaità la ligne imaginaire qui traversait l\u2019Europe pendant la Guerre froide, séparant les États européens placés sous influence soviétique des États européens occidentaux.LE PRÉCURSEUR | PRINTEMPS 2006 | 17 L\u2019UNITE DES CHRETIENS 1 Chez les orthodoxes, on utilise également les mots « pope » et « prêtre » qui portent la même signification.TOUT VIENT A POINT À QUI SAIT ATTENDRE Regard d\u2019un prêtre orthodoxe sur l\u2019œcuménisme par Brigitte Bédard Fidèle aux préceptes de l\u2019Evangile et de nature curieuse, Ihor Kutash, pope1 orthodoxe depuis 37 ans à Montréal, croit fermement que l'oecuménisme est une œuvre du Saint-Esprit.Le Seigneur nous a fait cadeau de la curiosité afin que nous puissions ouvrir notre conscience, élargir notre sens de l\u2019émerveillement et de la découverte, nous intéresser et nous étonner de la façon dont les autres voient le monde tout en y trouvant chacun notre place.Formé à Winnipeg, Ihor Kutash, prêtre de l\u2019Eglise orthodoxe ukrainienne du Canada, arrive à Montréal en 1969.Affecté à la Cathédrale de Sainte-Sophie dans le quartier Rosemont, il en devient, quelques années plus tard, le doyen.Après 2 années sabbatiques, il assume en 2001 la charge de la paroisse de Sainte-Marie-Protectrice, non loin de la première.La grande majorité de ses paroissiens ukrainiens ont immigrés au Canada après avoir connu la persécution de Staline dans leur pays natal.Ici, la petite communauté est soudée serrée, tout le monde se connaît.Cela permet au Père Ihor de travailler en plus dans le domaine des études théologiques au niveau universitaire (à Concordia, à l\u2019Université de Sherbrooke à Montréal, à Saint-Paul à Ottawa et à son aima mater, le Collège Saint-André à Winnipeg) de même que d\u2019étendre son action aux milieux civiques communautaires.C\u2019est au contact de ses confrères séminaristes et en terminant sa formation post-théologie à l\u2019Université McGill à Montréal, fréquentée par des gens de toutes les cultures religieuses, qu\u2019Ihor Kutash a éveillé son esprit à l\u2019œcuménisme.À ses paroissiens il propose des activités interconfessionnelles.Quand j\u2019étais à Sainte-Sophie, nous avions un groupe d\u2019étude de la Bible, auquel des personnes de diverses confessions se joignaient.Puis, dans ses deux paroisses, il a intéressé quelques dames à la «Journée mondiale de prière » (World Day of Prayer) qui rassemble des chrétiens de différentes Eglises pour prier ensemble.Cet événement a eu lieu plusieurs fois.Au début, la communauté se montrait quelque peu méfiante, habitée de craintes sous-jacentes : peur des autres et peur de perdre la profondeur de leur foi, comme si elle allait être diluée.Quand je suis arrivé à Montréal il y a 37 ans, c\u2019était la coopération inter-orthodoxe dont nos fidèles ne comprenaient pas beaucoup l\u2019utilité.Les gens disaient: « Pourquoi participer à d\u2019autres Églises orthodoxes (russe, grecque, bulgare, roumaine, etc.) quand nous devons participer à l\u2019Église orthodoxe ukrainienne?» Aujourd\u2019hui, cette coopération entre orthodoxes ne pose plus problème.Quant à la coopération avec les autres communautés chrétiennes, elle est mieux considérée.Il n\u2019y en a pas encore beaucoup, mais c\u2019est en croissance.Personne ne lève plus les sourcils lorsque ces réunions ont lieu.Membre désigné par l\u2019Eglise orthodoxe ukrainienne du Canada pour le Conseil canadien des Eglises depuis 1988; membre du défunt Conseil consultatif religieux à la Société Radio-Canada; participant pendant 10 ans du Dialogue chrétien-juif à Montréal \u2014 pour ne nommer que ces implications \u2014 Ihor Kutash connaît bien l\u2019évolution de 1\u2019œcuménisme dans nos communautés.Il soutient qu\u2019il ne faut pas précipiter les choses : Je n\u2019utiliserais pas la célébration partagée de l\u2019Eucharistie comme moyen pour atteindre l\u2019unité.On ne serait pas en harmonie avec le reste de sa communauté.Si vous précipitez les choses, vous pourriez laisser de côté une grande partie de votre communauté qui s\u2019inquiéterait et serait craintive.Pour Ihor Kutash, l\u2019œcuménisme est une question de patience: La convergence théologique ne sera pas atteinte du jour au lendemain.Préparons le chemin dans nos cœurs et ayons confiance en Dieu qui voit son Église, une et indivisible.L\u2019unité dans la diversité, c\u2019est le modèle de ce que la chrétienté doit être.c^> l8 I LE PRÉCURSEUR I PRINTEMPS 2006 DOSSIER la croisée de deux sensibilités spirituelles : f/.A l icône Dans la foulée du pape Jean Paul II, certains milieux catholiques manifestent une attirance certaine envers l'icône de tradition orthodoxe.D'autres s'en approchent difficilement, la jugeant austère et trop étrange pour vraiment toucher leurs sensibilités spirituelles et atteindre sa finalité: inviter à la rencontre avec Dieu dans la prière.' %, & * \u2022 O/ ks par Michèle Lévesque Le mot icône vient du grec ikon, image.Il s\u2019agit d\u2019une représentation du Christ, de la Théotokos (Mère de Dieu), des anges, des saints et des saintes réalisées suivant la technique et le style traditionnels de l\u2019Orient chrétien.C\u2019est le second concile œcuménique, tenu à Nicée (en Turquie actuelle) en 787, qui en a posé les fondements théologiques et déterminé les règles de réalisation.Le but de l\u2019icône est de témoigner de «l\u2019Incarnation, réelle et non fictive, du Verbe de Dieu».Elle manifeste un monde transfiguré, déjà réalisé bien que non encore pleinement manifesté (1 Jean 3,1-3) et elle est inséparable des Ecritures.Elle est le fruit d\u2019une tradition et non d\u2019une intuition, aussi valable soit celle-ci sur le plan spirituel, car son but est d\u2019exprimer d\u2019abord un contenu de foi.Un des reproches des orthodoxes aux catholiques qui écrivent des icônes se trouve du côté de leur compréhension de sa densité doctrinale.La représentation de la Sainte Famille illustre bien cette différence de sensibilité spirituelle face à l\u2019icône.Créé par une Bénédictine du monastère du Mont des Oliviers en Terre Sainte, Sœur Marie-Paul, le prototype de cette icône (photo 1) fut sévèrement critiqué par l\u2019orthodoxie pour deux raisons principales.D\u2019une part,Marie y est représentée plus petite que saint Joseph alors que l\u2019icône doit sans ambiguïté la montrer comme Théotokos, Mère de Dieu, titre signifiant que sa dignité est sans égal dans le monde créé.D\u2019autre part, le geste affectueux de Joseph à l\u2019endroit de Marie, de même que la position de leur corps, pourrait laisser entendre une proximité charnelle, alors que la doctrine mariale proclame la virginité perpétuelle de Marie.Ce qui est décrié, ce n\u2019est évidemment pas la tendresse des époux, car il est certain qu\u2019une profonde affection les liait et qu\u2019ils se la manifestaient à leur façon.Il s\u2019agit plutôt d\u2019une invitation à la prudence en ces temps où les dogmes mariaux sont mis à rude épreuve.Ecrite par Denise Gravel, une iconographe catholique québécoise, la seconde icône illustrée (photo 2) fut reçue positivement par l\u2019Orthodoxie.Marie est de même grandeur que Joseph (elle pourrait aussi être un peu plus grande),leur corps ne se touchent pas et les époux sont clairement tourné vers l\u2019Emmanuel qu\u2019ils nous montrent comme le Chemin vers Dieu (Jean 14, 6).La tendresse imprègne les traits des visages, les gestes et les attitudes corporelles, mais elle est signifiée avec la discrétion qui sied à cet art, monastique dès son origine.Nous mouvoir sur le terrain de l\u2019autre dans le respect profond et sincère de sa différence tout en conservant notre attachement à notre propre tradition, est un immense défi pour la foi.C\u2019est surtout une joyeuse invitation à célébrer la diversité des trésors de l\u2019Eglise indivise.Voilà un bon guide pour notre appropriation occidentale de l\u2019icône traditionnelle.À propos de l'auteure : Iconographe, bachelière en arts plastiques (UQAM), maître en bibliothéconomie et sciences de l'information, Michèle Lévesque est également candidate au doctorat en théologie (Université de Montréal).Elle assume présentement la charge de l'Atelier du Pantocrator (formation à l'iconographie), logé au Centre Emmaiis des Églises d'Orient: www.centre-emmaus.qc.ca Renseignements: Tél.: (450) 348-7879 Courriel : michele.levesque@vl.videotron.ca Pour aller plus loin: Site Internet: Un guide des icônes byzantines sur Internet www.iconsexplained.com/iec/i ecf_idb2g_intro.htm Site Internet: Les pages orthodoxes La transfiguration www.pagesorthodoxes.net LE PRÉCURSEUR | PRINTEMPS 2006 | 19 r ë* ,s Si ¦¦n *1 V \\r-
Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.
Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.