L'itinéraire, 1 janvier 2016, mardi 15 mars 2016
[" JUSQU'OU VA-T-ON COUPER msm 0 J E T Volume XXIII, n\"06 Montréal, 15 mars 2016 www.itineraire.ca PAR MOIS m l3 ACTUALITES Fermer Mélaric Bonne nouvelle pour les dépendants r- ¦ f LSbùU.MARC-ANDRÉ COALLIER, porte-parole de L\u2019ŒUVRE LÉGER pour la cause des sans-abri POUR LA PRÉVENTION DE L\u2019ITINÉRANCE ET LA LUTTE À LA PAUVRETÉ 1 87-PAUVRETÉ TEXTEZ LÉGER AU 20222 POUR FAIRE UN DON DE 5 $, 10 $ OU 20 $.L'ŒUVRE LÉGER leger.org Mostapha Nom Mostapha Ciiiiah | Camelot n° 1465 Âge 45 ans | Point de vente Métro Université de Montréal L'arrondissement de Ville-Marie reconnaît Mostapha n\u2019est pas du genre à se laisser aller, mais plutôt à relativiser : « Il y a toujours pire ».Il estime qu\u2019au Canada, « on n\u2019est jamais vraiment dans la rue, parce que chaque jour, on peut manger quelque part ».Pourtant, la vie de Mostapha a, jusqu\u2019ici, été semée d\u2019embûches.Originaire du nord du Maroc, il a étudié en littérature et suivi une formation pour devenir instituteur.Il a enseigné à Marrakech tout en poursuivant un baccalauréat en littérature.Mais après sa deuxième année d\u2019université, il a « pété les plombs » et a été contraint d\u2019abandonner.Des problèmes de santé et une rupture amoureuse douloureuse l\u2019ont amené à vouloir immigrer au Québec.Après cinq années de procédures, le voilà enfin à Montréal, en 2002.A son arrivée, grâce aux prêts-bourses, il reprend les études et s\u2019inscrit à plusieurs formations : commerce international, anglais, espagnol et enseignement primaire.Mais cela ne fonctionne pas pour Mostapha, qui ne se sent jamais bien accueilli lors de ses stages en milieu professionnel.« je ne vais pas revenir là-dessus, c\u2019était traumatisant.» Il cumule des crédits, mais n'obtient pas de diplôme.« Si quelqu\u2019un pouvait me conseiller pour avoir un baccalauréat par cumul, je n\u2019aurais pas l\u2019impression d\u2019avoir étudié pour rien, surtout que j\u2019ai encore un prêt-bourse à rembourser.» Il occupe ensuite plusieurs emplois, et fonde une famille.Il a trois beaux enfants, et il en parle avec beaucoup d\u2019amour : « Mon premier, il a beaucoup de capacités par rapport à moi au même âge, ma deuxième, elle est magnifique, et ma troisième commence à marcher.La seule chose dont je suis fier, c\u2019est d\u2019être père.Si je continue à vivre, c\u2019est pour eux.» Il explique avec humour que, paradoxalement, avoir des enfants nécessite d\u2019avoir plus d\u2019argent, mais cela laisse moins de temps pour en gagner ! Dettes et basculement dans l\u2019itinérance Mostapha souffre de troubles obsessionnels compulsifs et est handicapé par une scoliose.Il ne peut exercer des tâches exigeantes physiquement : « j\u2019ai déjà perdu plusieurs emplois à cause de ça.» L\u2019homme s\u2019endette et bascule peu à peu dans l\u2019itinérance.Depuis quelques mois, il vit par intermittence dans des missions ou chez des amis.Il est camelot à L\u2019Itinéraire depuis novembre.Pour lui, c\u2019est la meilleure façon de ne pas s\u2019écrouler.« Ici, tu ne te sens pas quêteur, je sens que je fais quelque chose pour cette société, parce que jusqu\u2019à maintenant, j\u2019ai pris plus que je n\u2019ai donné, j\u2019offre quelque chose, ça me donne une certaine valorisation.» Une de ses règles d\u2019or : rendre service aux passants.« Quelqu'un qui marche avec des béquilles, je lui ouvre la porte.Parfois, jài peur que les gens croient que je fais ça pour avoir un retour, mais ce nèst pas le cas.» Malgré sa situation, Mostapha fait tout pour s\u2019occuper au mieux de ses enfants, aller les chercher à l\u2019école, les accompagner à leurs activités, passer du temps avec eux.Il suit une forma- tion journalistique à L\u2019Itinéraire et écrit régulièrement des articles.Il est ouvert à la discussi l\u2019interpeller ! à la discussion, alors n\u2019hésitez pas à Par Laëtitia Thélème, bénévole à la rédaction Photo : Alexandra Guellil l'excellent travail de l'équipe du magazine L'Itinéraire. NOS PARTENAIRES ESSENTIELS DE LUTTE CONTRE LA PAUVRETÉ 1 À Le magazine L'Itinéraire a été créé en 1992 par Pierrette Desrosiers, Denise English, François Thivierge et Michèle Wilson.À cette époque, il était destiné aux gens en difficulté et offert gratuitement dans les services d'aide et les maisons de chambres.Depuis mai 1994, L'Itinéraire est vendu régulièrement dans la rue.Cette publication est produite et rédigée par des journalistes professionnels et une cinquantaine de personnes vivant ou ayant connu l'itinérance, dans le but de leur venir en aide et de permettre leur réinsertion sociale et professionnelle.Le Groupe L'Itinéraire a pour mission de réaliser des projets d'économie sociale et des programmes d'insertion socioprofessionnelle, destinés au mieux-être des personnes vulnérables, soit des hommes et des femmes, jeunes ou âgés, à faible revenu et sans emploi, vivant notamment en situation d'itinérance, d'isolement social, de maladie mentale ou de dépendance.L'organisme propose des services de soutien communautaire et un milieu de vie à quelque 200 personnes afin de favoriser le développement social et l'autonomie fonctionnelle des personnes qui participent à ses programmes.Sans nos partenaires principaux qui contribuent de façon importante à la mission ou nos partenaires de réalisation engagés dans nos programmes, nous ne pourrions aider autant de personnes.L'Itinéraire, c'est aussi plus de 2000 donateurs individuels et corporatifs qui aident nos camelots à s'en sortir.Merci à tous ! La direction de L'Itinéraire tient à rappeler qu'elle n'est pas responsable des gestes des vendeurs dans la rue.Si ces derniers vous proposent tout autre produit que le journal ou sollicitent des dons, ils ne le font pas pour L'itinéraire.Si vous avez des commentaires sur les propos tenus par les vendeurs ou sur leur comportement, communiquez sans hésiter avec Shawn Bourdages, chef du développement social par courriel à : shawn.bourdages@itineraire.ca ou par téléphone au : 514 597-0238 poste 222.Nous reconnaissons l'appui financier du gouvernement du Canada par l'entremise du Fonds du Canada pour les périodiques, qui relève de Patrimoine canadien.Les opinions exprimées dans cette publication (ou sur cesite Web) ne reflètent pas forcément celles du ministère du Patrimoine canadien.Canada ISSN-l 481 -3572 n° de charité : 13648 4219 RR0001 PARTENAIRES MAJEURS Ca nada Québec S S Montréal québecop pntact] PRINCIPAUX PARTENAIRES DE PROJETS .ŒLTVKE à|\\ LÏCfR V*\t^tm\t^ Cambridge Ceins de dépdtet piecenwit \tdu «bec !fc\t°=léï=î\t© Canada-Vie i CM PM.TEP H\t Igl Desjardins Caisse populaire du Mont-Royal ?[W| Desjardins lüaJ Caisse du Quartier-Latin de Montréal L'ITINERAIRE EST MEMBRE DE Fondation du Grand Montréal 4 ^\u201c~TELUÎ insp AjgECQ pAPSIM tf-HKHfc.faim À RÉDACTION ET ADMINISTRATION 2103, Sainte-Catherine Est Montréal (Qc) H2K 2H9 LECAFÉ L'ITINÉRAIRE 2101, RUE SAINTE-CATHERINE EST Téléphone : 514597-0238 Télécopieur 514597-1544 Site : www.itineraire.ca DIRECTRICE GÉNÉRALE CHRISTINE RICHARD RÉDACTION Rédactrice en chef JOSÉE PANET-RAYM0ND Journaliste, responsable sociét ALEXANDRA CUELLIL Photograph' MARIO ALBERTO REYES ZAMORA Responsable de la formation des participants : CHARLES-ÉRIC LAVERY Chargé de l'accompagnement des participants : SIMON P0SNIC Conceptiongraphiquc MILTON FERNANDES Stagiaire à la rédaction : MARYAN CHARRON Collaborateur : IANIKMARCH Adjoints à la rédactioi CHRISTINE BARBEAU, MARTINE B0UCHARD-PICE0N, MARIE BRI0N, DANYCHARTRAND, SARAH DÉRY, CAMILLE GARNIER, SARAH LAURENDEAU, HÉLÈNE MAI, JENNIFER PIT0SCIA, LAËTITIATHÉLÈME, CHANTALVANASSE Photo de la une MARIO ALBERTO REYES ZAMORA Révision des épreuves PAUL ARSENAULT, LUCIE LAPORTE, MICHÈLE DETEIX ADMINISTRATION Chef des opérations et des ressources humaines : DUFFAY ROMANO Responsable de la comptabilité LYNE COUSINEAU Adjointeadministrative : NANCYTRÉPANIER Responsable du financemen DOMINIQUE RACINE DÉVEL0PPEMENTS0CIAL Chefdu développement social :SHAWN BOURDAGES Intervenant psychosocial JEAN-FRANÇOIS M0RIN-R0BERGE Responsable du Café PIERRE T0UGAS Responsable de la distribution YVON MASSIC0TTE CONSEIL D'ADMINISTRATION Président etTrésorier par intérim : GUY LARIVIÈRE Vice-président: JEAN-PAUL LEBEL Secrétaire : J0 REDWITCH Administrateur MARIO C.DUSSEAULT, ALEXANDRE PÉL0QUIN, KATHERINE NAUD, GRÉGOIRE PILON, ISABELLE M0NETTE, TANIA CROISETIÈRE-LANCEVIN Représentant des camelots: GABRIEL BISS0NNETTE VENTES PUBLICITAIRES 514 597-0238 Conseillère RENÉE LARIVIÈRE (450-541-1294) renee.lariviere18@gmail.com GESTION DE L'IMPRESSION TVA ACCÈS INC.1514848-7000 Directeur général ROBERTRENAUD Chef des communications graphiques DIANE CICNAC Coordonnatrice de production : MARILYN FORTIN Imprimeur : TRANSCONTINENTAL Convention de la poste publication N\u201c40910015, ^d'enregistrement 10764.Retourner toute correspondance ne pouvant être livrée au Canada, au Groupe communautaire L'Itinéraire : 2103, Sainte-Catherine Est, Montréal (Québec) H2K2H9 Québécor est Fière de soutenir l'action sociale de L\u2019Itinéraire en contribuant à la production du magazine et en lui procurant des services de télécommunications.FSC MIXTE Papier issu de sources responsables FSC® C011825 4 ITINERAIRE.CA | 15 mars 2016 Mostapha MOTS DE CAMELOTS Réal Lambert.10 TristeCiel.10 France Beaumont.10 Richard T.20 Jo Redwitch.20 Yannick Brassard.20 Dans la tête des camelots .22 Nicole Giard.25 Maxime Valcourt.25 ChantalTisseur.25 DOSSIER S ^ AU PROJE RÉFORME DE L'AIDE SOCIALE 623 $ par mois : jusqu'où va-t-on couper?Témoignage \u2022\t« No money, no candy » Par Gilles Leblanc \u2022Autopsie d'un projet de loi stéréotypé \u2022\tDes préjugés tenaces face aux profils multiples \u2022\tL'aide sociale en dates clés \u2022\tL'aide sociale en chiffres Par Alexandra Guellil SOMMAIRE 15 mars 2016 ÉDITORIAL\t7\tVolumeXXIII, n°06 Quand l'élève Fait la leçon ParShawn Bourdages ROND-POINT.8 ROND-POINT INTERNATIONAL.9 VIE CITOYENNE.24 « Un projet de loi rétrograde » Par Guy Boyer SOCIÉTÉ.29 La stature ne Fait pas l'homme Par Chantal Vanasse INFO RAPSIM.30 Des critiques grandissantes Par Pierre Gaudreau, coordonnateur du RAPSIM COMPTES À RENDRE.31 Les déFicits, ce n'est pas une raison pour se Faire mal ! Par lanik Mardi, économiste indépendant CARREFOUR.32 CHRONIQUE.33 Walker Par Lorraine Sylvain ARTS DE LA SCÈNE.34 \u2022\tLe talent, ce n'est pas un handicap \u2022\tIls ont réveillé l'artiste qui sommeille en moi Par Qu'Alain Commu'nos-terres THÉÂTRE.38 Examen de conscience sur la nature humaine Par Luc Deschênes ACTUALITÉS FERMER MÉLARIC Par Mathieu Thériault Pendant longtemps, le centre de thérapie Mélaric a utilisé la thérapie de la confrontation, une méthode dénoncée par l'ensemble de la communauté scientifique, qui vise à déconstruire une personne par le biais de l'humiliation publique pour mieux la reconstruire.MUSIQUE.39 Entre blanc et noir, ce n'est pas gris, c'est Brown Par Mario Alberto Reyes Zamora VIE DE QUARTIER.40 Quartier des spectacles Par Pierre Touchette BD.42 Par Siou HOMMAGE.43 Ma tante Armande, mon cousin Ghislain et sa Famille biologique Par Jean Boisvert DÉTENTE.45 À PROPOS DE.46 L'aide sociale 6522 fois merci y 3002 fois i : merci Engagez-vous, suivez nous ! M(3S-LECTEURS On aime ça vous lire ! Quand on vous croise dans la rue, vous nous dites souvent que vous aimez votre camelot, que vous avez apprécié tel article, que vous aimez notre magazine.Eh bien, écrivez-nous pour nous le dire ! Cette section vous est réservée tout spécialement.Les camelots sont des travailleurs autonomes.50% du prix de vente du magazine leur revient.ÉCRIVEZ-NOUS ! COURRIER@ITINERAIRE.CA Des lettres courtes et signées, svp ! le droit d'« La Rédaction AU TRAVAIL LES FEMMES AUTOCHTONES ENTRE 2001 ET 201 A LA MAISON EN 201 fcs FEMMES ONT CONSACRE EN MOYENNE AU SALAIRE MINIMUM 50,1 HEURES PAR SEMAINE AUX ENFANTS PLUS DU DOUBLE REPRESENTA ENT DE LA POPULATION CANADIENNE R3EE9 DES VICTIMES QUE LES HOMMES 6 SONT DES FEMMES D\u2019HOMICIDE COMMIS PAR UN CONJOINT QUI LEUR ONT CONSACRE 24,4 HEURES COUSE?E NOMBRE DE FEMMES ELUES EN 2015 (VIOLENCE SEXUELLE EN 2013MBSBBMW 83 % DES 3855 AGRESSIONS SEXUELLES A L\u2019ASSEMBLEE NATIONALE A DIMINUE DE DECLAREES VISAIENT UNE FEMME f sr v Site Web de la CSN csn.qc.ca/8mars2016 Facebook Comité de la condition féminine 8 MARS 2016 JOURNEE NTERNAT ONALE DES FEMMES Merci de faire un bout de chemin avec nous ! DONS ?CARTES-REPAS ?ABONNEMENT JE FAIS UN DON UNIQUE DE: 040$ 050$ 075$ Ol00$ou___$' IDENTIFICATION O Mme OM.JE PRÉFÈRE FAIRE DES DONS MENSUELS DE : O 8 $ /mois O 10 $/mois O 12 $/mois O 15 $/mois ou________________$/mois Débutant le 15 du mois de :___________________________________ MODE DE PAIEMENT O Visa O MasterCard O Chèque au nom du Groupe communautaire L'Itinéraire O J'autorise L'Itinéraire à prélever de mon compte mon don mensuel en fournissant un spécimen de chèque.N°de la ca rte : I_I_I_I__I___I___I__I___I__I___I___I__I___I__I___I__I___I Expiration_________/___ _________________________________________________ (Mois) (Année) Signature du titulaire de la carte 1 Pour respecter l'écologie et réduire ses frais postaux, Litinéraire envoie votre reçu d'impôt une seule fois par année, au début du mois de janvier suivant votre don.asst'Ea Nom :_______________________________________________________________ Prénom :____________________________________________________________ Adresse :___________________________________________________________ Ville :___________________Prov.:_______Code postal :___I_I_-___I___I_ Courriel :__________________________________________________________ Téléphone: (_______) _______________________________________________ Postez votre coupon et votre chèque au Groupe communautaire L'Itinéraire 2103, Sainte-Catherine Est, 3e étage, Montréal (Québec) H2K 2H9 Pour rejoindre notre service aux donateurs :\tVous pouvez faire un don © 514-597-0238 poste 240\tdirectement en ligne sur @ dominique.racine@itineraire.ca\tnotre site www.itineraire.ca Numéro de charité l'organisme : 13648 4219 RROOOi Quand l'élève fait la EDITORIAL PAR SHAWN BOURDAGES CHEF DU SECTEUR DÉVELOPPEMENT SOCIAL \\>,WNV _ Il y a à peine 10 ans, je recevais la leçon de François Blais qui enseignait le cours Histoire des idées politiques, à l'Université Laval.J'étais jeune, arrogant, campé sur mes propres préjugés et je ne comprenais rien du tout à son idée très « Fleur bleue » de donner un revenu de citoyenneté à tous.Les choses ont depuis changé à la Fois pour lui et pour moi.Si j\u2019ai eu de mon côté des expériences de vie m\u2019ayant amené à changer ma vision de la pauvreté, il semble que François Blais ait, du moins en partie, repris les préjugés desquels j\u2019étais porteur.Depuis son arrivée, puis son retour, en tant que ministre de l\u2019Emploi et de la Solidarité sociale, il démontre un manque de vision manifeste, en contradiction totale avec les idées jadis partagées par l\u2019auteur d\u2019 « un revenu garanti pour tous ».Je me retrouve donc dans la position ironique de devoir faire la leçon au professeur devenu ministre.Pas assez pour vivre L\u2019article 45 de la Charte des droits et libertés de la personne stipule que « toute personne dans le besoin a droit, pour elle et sa famille, à des mesures d'assistance financière et à des mesures sociales, prévues par la loi, susceptibles de lui assurer un niveau de vie décent ».Or, le rapport « pour des logements salubres et abordables » du directeur de la Santé publique de Montréal nous informe qu\u2019une personne seule sur l\u2019aide sociale et demeurant dans un studio n\u2019aurait que 9,69 $ par semaine pour se nourrir et se vêtir.Oseriez-vous, monsieur le Ministre, vous lever en Chambre pour affirmer qu\u2019il est décent qu\u2019une personne doive se nourrir et se vêtir avec si peu ?Même en adoptant le nudisme, cette personne n\u2019aurait qu\u2019un maigre 0,46 $ par repas par semaine pour se nourrir.Ce montant ridicule est une source importante du problème de l\u2019itinérance et un obstacle majeur à la réinsertion sociale et professionnelle.Le gouvernement du Québec est non seulement en violation de sa propre charte mais, de par le projet de loi 70, ose en plus brandir la menace de couper ce chèque de moitié aux nouveaux prestataires s\u2019ils ne se participent pas à une mesure d\u2019emploi.Laissez-les plutôt travailler ! Dans sa mouture actuelle, ce projet de loi obligerait un nouveau prestataire d\u2019aide sociale d\u2019accepter « tout emploi convenable », tel que défini par le gouvernement.Il y aurait pourtant un moyen beaucoup plus simple de favoriser l'employabilité des personnes sur l'aide sociale, sans couper un chèque déjà indécent et sans payer une bureaucratie pour chasser les récalcitrants.La solution?Les laisser travailler.A l'heure actuelle, une personne recevant la prestation de base peut gagner un revenu supplémentaire de 200 $ par mois.Ce montant n'est ni suffisant pour subvenir aux besoins de base, ni suffisant pour bâtir une expérience de travail pertinente permettant de réintégrer le marché du travail.C'est un plafond de verre qui maintient des milliers de personnes dans un cycle de dépendance.Augmenter sensiblement ce seuil permettrait à beaucoup de prestataires d'améliorer leur qualité de vie tout en développant un réseau et une expérience avec lesquels ils pourraient réintégrer progressivement le marché du travail.Ce n'est pas une solution mur à mur, celles-ci sont inexistantes dans le domaine du développement social.Une bonification des prestations et une plus grande flexibilité dans les programmes d'intégration sociale, tels le programme PAAS-Action mis à mal depuis l'arrivée des libéraux, demeurent nécessaires ne serait-ce que pour respecter la Charte dont nous nous sommes dotés et dont le gouvernement québécois ne peut tout simplement pas se soustraire.¦ 15 mars 2016 | ITINERAIRE.CA 7 ROND-POINT PAR MARYAN CHARRON ET ALEXANDRA GUELLIL 3 questions à Maître Jimmy Lambert Me Jimmy Lambert est un de ces avocats ayant une connaissance accrue de la Loi sur l'aide sociale.Ceux qui en bénéficient et qui souhaitent contester une décision du ministère de l'Emploi et de la Solidarité sociale peuvent profiter de ses services grâce à l'aide juridique.Ancien avocat à ce même ministère, il exerce aujourd'hui au privé pour aider les citoyens.O Quelles critiques feriez-vous au projet de loi 70 sur l\u2019aide sociale ?C\u2019est dommage, car il y a eu beaucoup de réductions des subventions aux entreprises qui engageaient des prestataires de l\u2019aide sociale.Au lieu d\u2019aller dans le sens du renforcement positif, j\u2019ai l\u2019impression que la stratégie est plutôt punitive.Le problème étant que l\u2019on fait affaire avec des personnes qui sont démunies, sans ressource et qui ont souvent honte d\u2019aller déposer une demande d\u2019aide sociale.Un pauvre ne peut pas être plus riche qu\u2019un autre pauvre.Il faut être conscient de cette réalité.De plus, on peut tous tomber un jour sur l\u2019aide sociale, il suffit de peu.Mon combat personnel à l\u2019aide sociale, depuis trois ans, est la fin des coupes de l\u2019aide aux médicaments pour les personnes déclarées inaptes au travail.Je crois qu\u2019il faudrait des mesures concrètes d\u2019aide à l\u2019emploi et non une énième mesure comme le propose ce projet de loi.e Quels sont les problèmes fréquents des personnes que vous défendez ?Souvent, on a des parents qui veulent aider leurs enfants soit en payant un loyer ou en prêtant de l\u2019argent.L\u2019aide sociale interdit les dons.J\u2019ai eu une cliente, déclarée inapte au travail, qui s\u2019est suicidée en septembre dernier.Elle ne parvenait pas à s\u2019en sortir et son père l\u2019a aidée avec des dons.L\u2019aide sociale lui a réclamé 11 000 $.Autre exemple, deux prestataires de l\u2019aide sociale n\u2019ont pas le droit à la même prestation qu\u2019une seule.Cette différence pousse vers des drôles d\u2019enquêtes.Mais, on ne devrait pas donner moins parce qu\u2019il s\u2019agit de deux prestataires.Enfin, ceux qui sont déclarés inaptes à l\u2019emploi devraient avoir le droit de cohabiter.Il y a aussi ceux qui sont reconnus comme ayant des contraintes sévères à l\u2019emploi qui subissent des enquêtes parfois effrayantes.© Quelles sont les causes d\u2019une mise sous enquête de l aide sociale ?La majorité des enquêtes sont des dénonciations.Souvent, il s\u2019agit d\u2019incohérences dans les dossiers.Mais le fait d\u2019être sous enquête est un peu difficile à comprendre.Il y a de moins en moins de suivis adéquats dans les dossiers d\u2019aide sociale.Ce qui donne des personnes ayant des problèmes de santé psychologique par exemple qui accumulent de gros montants avec la mention « fausse déclaration ».Mais s\u2019il y avait eu un suivi annuel, il n\u2019y aurait pas cette somme demandée.Je crois qu\u2019il y a tout un système à revoir à l\u2019interne, y compris le système juridique.(AG) ¦ Le déficit économique et humain L\u2019Institut de recherche et d\u2019informations socioéconomiques (IRIS) démontre dans une nouvelle étude qu\u2019au Québec une importante partie de la population est laissée dans une misère économique.Et ce, malgré une grande richesse collective.Selon l\u2019étude : « malgré l\u2019ampleur de la richesse produite collectivement, nous imposons d\u2019importants sacrifices à une part non négligeable de la population en raison de son maintien sous le seuil de cette couverture minimale ».C\u2019est à ce moment précis que la société se retrouve en déficit humain, puisqu\u2019elle exclut une partie de sa population, jugée plus pauvre.Les projecteurs étant braqués sur la dette publique, une autre dette bien plus importante se développe dans l\u2019ombre.Les chercheurs proposent donc plusieurs solutions, dont l\u2019importance de porter attention à l\u2019équilibre entre l\u2019accès au revenu et l\u2019accès aux biens et services publics et solidarités non monétaires.(MC) ¦ 8 ITINERAIRE.CA | 15 mars 2016 Don du sang Vers une évolution médicale et sociale NetCAD, une clinique de Vancouver, a mis sur pied un événement appelé la Rainbow Donor Clinic qui accepte les dons de sang de personnes homosexuelles afin d\u2019effectuer des recherches pour éliminer certaines maladies sanguines comme le SIDA.Tout en aidant les recherches, ces hommes aident NetCAD à diminuer la stigmatisation envers les homosexuels.Depuis 2013, Santé Canada leur donnait le droit de faire un don seulement s\u2019ils n\u2019avaient pas eu de relation homosexuelle dans les cinq dernières années.Dès le printemps 2016, le temps d\u2019abstinence sera réduit à douze mois.Si les résultats sont concluants, il sera révisé au fil des ans.(MC) ¦ PHOTO : REUTERS-KEVINLAMARQUE ÉTATS-UNIS | Une solution Band-Aid Bien que la promesse du président Obama d\u2019augmenter de 11 milliards $ l\u2019enveloppe budgétaire destinée aux familles sans domicile fixe est un pas dans la bonne direction, elle est insuffisante, estime Megan Hustings de la NCH, la coalition nationale pour les sans-abri.Avec une croissance marquée du nombre de familles SDF, l\u2019intention du président de délivrer plus de bons de logements et de l\u2019aide à court terme au cours des 10 prochaines années ne règle pas le problème sous-jacent : une pénurie criante d\u2019habitations abordables, surtout dans les grandes métropoles.« La proposition du président est un Band-Aid plutôt qu'une solution à ce problème criant.» (Spare Change News) ROND-POINT INTERNATIONAL ROUMANIE | Un nouveau journal de rue en Roumanie ?L\u2019ancien éditeur du journal de rue suédois Faktum compte lancer une publication semblable à Bucarest en septembre 2016.Aaron Israelson croit que la Roumanie, le deuxième pays le plus pauvre de l\u2019Union européenne et miné par la corruption, a grand besoin d\u2019une voix médiatique unique et indépendante pour combattre ces fléaux.Conscient que la partie ne sera pas facile, il est cependant encouragé par la jeune génération roumaine qui exige des réformes politiques et multiplie les manifestations contre la corruption qui musèle les médias.A l\u2019époque où il était éditeur de Faktum, 50 % des camelots du journal suédois étaient Roumains.Ce sont eux, affirme-t-il, qui ont inspiré ce projet d\u2019implanter la distribution du nouveau journal de rue dans le quartier Ferentari, le plus pauvre de la capitale roumaine, qui, elle, affiche un taux de Aaron Israelson a Ferentari.Bucarest chômage de 30 %.(INSP) ITALIE | Travail forcé, un effet de la mondialisation Dans une longue entrevue avec le magazine de rue italien Scarp de' tenis, le prix Nobel de la paix et activiste indien Kailash Satyarthi établit un lien précis entre la mondialisation, le travail forcé et la traite des personnes.L\u2019homme de 62 ans soutient que si la mondialisation a effectivement apporté la croissance économique et de nombreuses possibilités, elle engendre néanmoins le besoin d\u2019une main-d\u2019œuvre à moindre coût, souvent recrutée dans les pays en développement.Ce dernier estime ainsi que la jeunesse a un rôle primordial à jouer dans la lutte contre le travail forcé des enfants.Revenant sur son enfance modeste en Inde, il rappelle qu\u2019aujourd\u2019hui ce sont plus de 168 millions d\u2019enfants à travers le monde qui travaillent à temps plein, tandis que plus de 200 millions de personnes sont au chômage.Kailash Satyarthi rappelle que de nouvelles formes d\u2019esclavage sont apparues et qu\u2019un des fléaux contre lequel il faudrait se battre serait la disparition des jeunes mineurs qui tombent souvent entre les mains de trafiquants.Inconnu du grand public en Occident, Kailash Satyarthi a reçu le prix Nobel de la paix en 2014, avec l\u2019adolescente pakistanaise Malala Yousafzai qui s\u2019est engagée pour les droits à l\u2019éducation des enfants.(Scarp de 'tenis) I L'Itinéraire est membre du international Network of Street Papers {Réseau International des Journaux de Rue - INSP).Le réseau apporte son soutien à près de 120 journaux de rue dans 35 pays sur six continents.Plus de 250 000 sans-abri ont vu leur vie changer grâce à la vente de journaux de rue.Le contenu de ces pages nous a été relayé par nos collègues à travers le monde.Pour en savoir plus, visitez www.street-papers.org.msp International Network of Street Papers 15 mars 2016 | ITINERAIRE.CA 9 PHOTO : AARON ISRAELSON .C\u2014-MfSiC Le ruisseau^^ Baffe \u2022:>;-V ITINERAIRE.CA | rs 2016 MOTS DE CAMELOTS L homme sensible Un Feu Une journée de février 1999, il ne faisait pas froid et le soleil brillait.Moi et ma femme étions à table en train de discuter.On entendait du bruit dehors.Je me suis levé et j\u2019ai regardé par la fenêtre.Un homme était en train de creuser un trou dans la terre avec une pelle mécanique.Cela faisait beaucoup de bruit.Ma femme devait partir pour aller travailler et moi, j\u2019avais décidé de sortir plus tôt pour faire des commissions.Quand je suis revenu vers une heure de l\u2019après-midi, le feu était pris au sous-sol et les pompiers étaient là.Dehors il y avait une locataire d\u2019en haut qui était présente.J\u2019ai discuté avec elle en espérant que le feu prenne fin car je n\u2019avais pas d\u2019assurances.En plus, j\u2019étais sur l\u2019assurance-chômage, je me cherchais du travail et cela me stressait davantage.Mais après deux heures, les pompiers ont quitté les lieux et la ville nous a pris en charge.Quand ma femme arriva, le concierge nous conduisit tous les deux à un hôtel du centre-ville pour être logés et nourris.Après deux jours, le propriétaire nous offrît un appartement qui s\u2019était libéré à Montréal-Nord et nous sommes restés là six semaines pour qu\u2019il fasse les travaux.Nous y avons rencontré un couple de restaurateurs très gentils qui nous ont conseillés pour faire les réclamations.On ne pense pas vivre un tel accident, que ça ne peut arriver qu\u2019aux autres.Au moins, si jamais cela m\u2019arrivait une seconde fois, je serais préparé.REAL LAMBERT CAMELOT LAURIER/LANAUDIÈRE Un homme sensible croit que le bonheur vient premièrement de l\u2019intérieur.Il cherche à évoluer et à grandir dans l\u2019amour.Sa nature, sa force et son courage se manifestent par sa bonté envers les autres.Dominer, écraser et posséder le répugnent au plus haut point.Capable d\u2019exprimer ses sentiments et de bien les communiquer, il avance fièrement sans se sentir honteux s\u2019il pleure.considère la femme comme son égale et se sert de toute son imagination pour contribuer à son bonheur.Sa sexualité n\u2019est pas égoïste, le feu qui caractérise sa passion masculine est dompté.Donner sans toujours attendre en retour lui procure une pleine satisfaction.Cet homme aime généreusement les enfants et n\u2019aspire qu\u2019à leur bien.Habile avec ses mains, réfléchissant avec logique, c\u2019est avec son cœur qu\u2019il vit.Il croit à un monde meilleur et s\u2019applique à l\u2019améliorer.Il ne juge pas selon les apparences, il ne porte pas de masque.Son père est l\u2019intelligence et son frère l\u2019esprit ; la sagesse est sa mère et sa sœur la foi.Si sa conscience le tiraille ou s\u2019il souffre en-dedans, cet homme ne tente pas de rendre les autres responsables ; il se regarde.L\u2019homme sensible n\u2019est pas un faible ni un mou, il manifeste sa confiance par des actes concrets et constructifs plutôt que par des actes barbares et vils.Cet homme reconnaît surtout que le parcours menant à la maturité est encore long et parsemé d\u2019embûches.L\u2019homme sensible se sent seul, voire parfois mélancolique, cependant son flair et sa patience le guident vers d\u2019autres âmes comme lui.Si jamais une trop grande sensibilité l\u2019envahit, tel le déferlement d\u2019une vague en pleine tempête, il ne craint point l\u2019épreuve, car c\u2019est encore cette même sensibilité qui l\u2019inspire à défendre le bien.Si l\u2019homme sensible est doux et humble de cœur, il sait au fond de lui qu\u2019en vérité, il fait partie des plus forts.Ma vie est un ruisseau Creusé au fil du temps Malgré les intempéries, je survis Je passe au travers des gens Comme un fantôme Je suis un être vivant Avec mes défauts et mes qualités Essayant toujours d\u2019avancer Dans ce marasme qu\u2019est la vie Je survis malgré tout Je veux vivre et trouver le monde beau Mais ma vie est comme un ruisseau Qui, je l\u2019espère Me mènera vers la mer Où je vivrai libre, sans frontières TRISTECIEL\tK CAMELOT IGA MARCHÉ DAMA FRANCE BEAUMONT CAMELOT SAQ SHERBROOKE EST /DUTRIANON REFORME DE L'AIDE SOCIALE 623 S PAR MOIS : JUSQU'OÙ VA-T-ON COUPER ?£\u201d ^millions de dollars par année.C'est ce que le nouveau ministre de l'Emploi et de la Solidarité sociale François Blais - et avant lui, OCJsam Hamad - souhaitent Faire gagner au Québec comme économies en réFormant les conditions d'attribution de l'aide sociale.Selon eux, « serrer la vis » aux bénéFiciaires de cette aide Financière de dernier recours, notamment grâce au PROJET DE LOI 70, permettrait de Favoriser l'intégration en emploi des jeunes.Ce projet de loi prévoit, entre autres, de réduire de moitié les prestations des nouveaux bénéFiciaires qui reFuseraient de se plier aux démarches d'emploi imposées parle ministère, allant même jusqu'à supprimer toute aide en cas de reFus d'une oFFre d'emploi dite « convenable ».Une approche jugée punitive et inadaptée à la situation sociale actuelle par de nombreux organismes et proFessionnels sur le terrain.Reportages, témoignages, entrevues et statistiques vous sont proposés a Fin que vous puissiez vous Faire une idée plus précise de ces changements sociaux qui nous concernent tous, en tant que citoyens.Photos prises lors de la manifestation du 10 février contre le Projet de loi 70 sur l'aide sociale, à Montréal.Québec El G 31 Numéro de dossier ASSISTÉ SOCIAL 01 Adresse de vaine eswïne iocpl d'emfifol 5656 RUE D\u2019IBERVILLE MONTREAL H2G2B3 514 872-6550 N'i.mérO du bureau 2016 ~ 03 - 15 MAA ¦ MM\"-,J J coupe pas i« No money, no candy » * y TEMOIGNAGE PAR CILLES LEBLANC \t \t Kv\t J'ai vécu sur l'aide sociale 80 % de ma vie, souFFrant de troubles bipolaires de type psychotique m'empêchant d'occuper un emploi à temps plein.J'ai Fait mon possible pour m'insérer, pourobtenirde la reconnaissance et pouraméliorer ma condition sociale et Financière.J'ai toujours voulu devenir une « meilleure personne » mais je n'y suis jamais parvenu.J\u2019ai vu le monde au sein d\u2019une famille avec deux parents handicapés physiquement.Ne pouvant travailler, ils n\u2019avaient d\u2019autre choix que de demander l\u2019aide sociale.La paroisse qui desservait mon quartier nous donnait des bons d\u2019épicerie - il n\u2019y avait pas de banque alimentaire en ce temps-là - ce qui nous permettait juste de ne pas crever de faim.J\u2019avais 9 ans et mon père m\u2019obligeait à aller quérir ces bons d\u2019épicerie au presbytère.J\u2019avais l\u2019impression de quémander.L\u2019expression «no money, no candy » définissait bien la misère humaine dans laquelle moi et ma famille devions subsister.Quand on est sur l\u2019aide sociale, on n\u2019a pas de crédibilité et les commerçants ne nous font pas confiance.A l\u2019époque, on ne pouvait pas acheter de télévision à crédit.Heureusement, il y avait de la solidarité.On nous fournissait des meubles et des vêtements.Moi et mes deux sœurs nous partagions même un vélo, ce qui était un luxe pour l\u2019époque.Eviter de tomber malade Depuis, quarante années se sont écoulées.Et contrairement à ce que certains pensent ou disent, on ne vit toujours pas confortablement sur un chèque d\u2019aide sociale.Encore moins quand on a des problèmes de santé.A ma sortie de l\u2019hôpital suite à ma deuxième opération à cœur ouvert, une infirmière devait venir me donner des antibiotiques chaque jour par intraveineuse.Mais le CLSC refusait de payer les piles nécessaires au bon fonctionnement de la pompe qui acheminait l\u2019antibiotique liquide à mon cœur.Sans aide, je ne pouvais pas prendre de douche, et je n\u2019avais pas les moyens de payer quelqu\u2019un pour m\u2019aider pour ça.J\u2019avais le choix entre ne pas me laver et prendre le risque de décrocher l\u2019intraveineuse qui me maintenait en vie.Evidemment, je n\u2019avais pas non plus d\u2019argent pour faire venir des gens pour m\u2019aider dans le ménage, et restais exposé à la poussière et aux microbes, très dangereux dans ma condition.Dans cette situation comme dans beaucoup d\u2019autres, le gouvernement m\u2019a aidé, mais si je m\u2019en suis sorti, c\u2019est avant tout grâce à la générosité de mes amis.D\u2019abord, le chèque d\u2019aide sociale ne comble même pas les besoins de base.Surtout, il ne permet pas de mettre de l\u2019argent de côté pour répondre aux imprévus : dans mon cas, la médication non couverte par le gouvernement, le changement d\u2019alimentation pour des raisons de santé.Car ce n\u2019est pas un caprice de vouloir bien manger pour prolonger sa vie.Ce n\u2019est pas un luxe de vouloir porter des bottes d\u2019hiver qui protègent bien des intempéries, ou un bon manteau qui garde au chaud et évite de tomber malade.Développer des relations sociales En novembre 2014, j\u2019ai perdu mon poste de commis de bureau, qui me permettait, contre 20 heures de travail par semaine, de toucher 130 $ par mois et une carte d\u2019autobus, en plus de mon chèque d\u2019aide sociale.C\u2019était très peu, mais pour une personne comme moi souffrant d\u2019une incapacité permanente à travailler à temps plein, cela me permettait de développer des relations sociales, de vivre en société, de me structurer, de retrouver une santé.De me donner des objectifs qui me permettaient de me dépasser.Autant d\u2019éléments qui font grandir une personne.Mais mon programme a été coupé car je n\u2019ai pas pu prouver que j\u2019étais capable d\u2019occuper un emploi à temps plein.Sans ce travail, j\u2019ai dû changer de logement et j\u2019ai perdu la possibilité d\u2019augmenter mon estime personnelle.Sortir de l\u2019obscurité Oui, certains trichent, n\u2019ont pas de projets, pas d\u2019ambition.Ils sont peut-être bien où ils sont.Mais comme moi, beaucoup aussi aimeraient sortir de l\u2019obscurité.Ils ne sont pas appelés à se mêler à la société.Ce sont des papillons qui restent dans leur cocon.Comment peuvent-ils devenir autre chose qu\u2019un parasite quand la société ne leur donne pas d\u2019outils ?Qui est prêt à leur faire confiance ?A les instruire ?A les inviter à participer ?Je ne peux pas répondre au nom de tous les miens, je ne suis pas le porte-parole des BS.Un chèque d\u2019aide sociale, oui ça permet de survivre.Mais pas de vivre confortablement ni de se projeter dans l\u2019avenir.Si on donnait plus d\u2019argent à quelqu\u2019un sur l\u2019aide sociale, qu\u2019en ferait-il ?Aurait-il la capacité et la volonté de changer sa vie ?Les préjugés vous diront que non.Je vous répondrais qu\u2019on ne saura jamais, tant qu\u2019on ne lui aura pas donné sa chance.¦ 12 ITINERAIRE.CA | 15 mars 2016 ^semblée Nationale^*®^* IProjet de loi 70 §§> m*EÊH k0+*Æ\t3f?BWob Autopsie d'un projet de loi stéréotypé PAR ALEXANDRA GUELLIL SUR L'aide sociale est, depuis plusieurs mois, au cœur de l'actualité politique et sociale avec le projet de loi 70.Entre les manifestations, les lettres ouvertes des différents organismes communautaires et les interventions des politiciens en commission parlementaire, difficile de s'y retrouver.Si ce projet de loi visant à « permettre une meilleure adéquation entre la formation et l\u2019emploi ainsi qu\u2019à favoriser l\u2019intégration en emploi » est adopté dans sa forme actuelle, il obligerait les nouvelles personnes bénéficiaires de l'aide sociale, jugées aptes à l'emploi, peu importe leur âge, à accepter tout emploi qui leur est proposé.Ce programme d'intégration au travail appelé « Objectif emploi » prévoit que « le participant est tenu d\u2019accepter tout emploi convenable qui lui est offert » et « de maintenir son lien d\u2019emploi pour la durée de sa participation au programme », soit entre une et deux années consécutives.Si le retour aux études a été mentionné par le ministre comme « une avenue possible », le participant aurait aussi le droit à une allocation spéciale.De plus, le document législatif précise que les personnes qui refuseraient de participer à ce même programme verraient leur prestation de base, de 623 $ par mois, amputée jusqu\u2019à la moitié.Et, il en sera de même en cas de manquements aux engagements prévus par ce programme.Face à cette nouvelle mesure du gouvernement Couillard, de nombreux organismes communautaires et professionnels, inquiets de voire l\u2019aide sociale une nouvelle fois sabrée au nom des restrictions budgétaires, se sont réunis pour exprimer leur désarroi.Une commission parlementaire était d\u2019ailleurs organisée entre les 27 janvier et 10 février dernier, à l\u2019Assemblée nationale, dans le but de montrer une certaine ouverture au dialogue.Sans pour autant gommer les contradictions de plus en plus nombreuses.Cacophonie politique La question de rendre obligatoire la première visite dans un organisme en employabilité a été l\u2019une des nombreuses problématiques soulevées pendant les discussions.Le 28 janvier dernier, lors du passage de la Coalition des organismes communautaires pour le développement de la main-d'œuvre devant la commission parlementaire sur le projet de loi 70, M.Blais suggérait la possibilité de rendre obligatoire la première rencontre afin de définir le projet d\u2019intégration à l\u2019emploi ou le retour aux études au risque d\u2019avoir certaines pénalités.« Est-ce qu'on ne pourrait pas rendre obligatoire une seule rencontre, sous risque de pénalité (.) si vous n'y allez pas ?» En réponse, la Coalition des organismes communautaires pour le développement de la main-d\u2019œuvre s\u2019est dite contre toute forme de pénalité.Selon elle, ce projet de loi suit une approche « punitive ».Mais, un statu quo n\u2019est pas possible, selon le ministre Blais, qui a même affirmé que « les jeunes [n'allaient pas dans ces organismes] et ce, alors même [qu\u2019ils pourraient faire] tant de choses pour eux ».Autres éléments de discorde, celui relatif à l\u2019obligation de déménager pour occuper un emploi et celui relatif aux pénalités.Le ministre de l\u2019Emploi et de la Solidarité sociale a rappelé que les prestataires d\u2019aide sociale ne seront pas forcés de déménager pour occuper un poste, comme l\u2019avait laissé entendre Sam Hamad en novembre Commission projet de loi 70 n K\tilB\tl\t\\ ÿ U Et\t3H-JE\t.¦ \u2022 .-a ., « i 1 1\tBfr'\t.\th 1\t¦-\tr\tw.|p- jf\t\\\t|V J?\t1 jK,,\tffsi\tWH\tHt-j m\u2014 p ^ \t\t\t\tKl J\u2019\t Manifestation à Québec ./CATION mm CHOIX AU PROJET DE LOi 7Q \tH\tVhkv\tHvSülS \t\tT i j/lsSW 'm * *\t.1 \t\t 1\tjv\ti jfcT*\tV v dernier.M.Blais a aussi assuré qu\u2019il y aurait « des fonds pour les aider, mais qu\u2019on n\u2019a pas besoin d\u2019insister.» C\u2019est d\u2019ailleurs à ce moment précis qu\u2019est apparue la notion « d\u2019emploi convenable », qu\u2019il définit comme « non dégradant respectant les normes minimales du travail ».Autre présence remarquée lors de la commission parlementaire, celle de la Commission des droits de la personne qui a été très sévère.Selon elle, l'obligation d'accepter un emploi, même considéré comme « convenable », sous peine de sanction « contrevient au droit à la liberté de la personne reconnu à l'article premier de la Charte [ québécoise des droits et libertés de la personne] ».De plus, l\u2019organisme soutient que l\u2019obligation de participation « imposée en vertu du programme Objectif-emploi correspond à la définition du travail obligatoire pourtant interdit en vertu du droit international ».À l\u2019écoute des différents plaidoyers, M.Blais défend la pertinence du projet de loi 70 en relatant qu\u2019un organisme spécialisé en employabilité est parvenu à joindre à peine cinq des cent prestataires du Programme d\u2019aide sociale figurant sur une liste que lui avait remise Emploi Québec.Ce dernier dit faire face à « un blocage idéologique » des membres de la Coalition des organismes communautaires pour le développement de la main-d\u2019œuvre qui feraient preuve de « radicalisation à l'envers ».Le droit en questions Pour la chercheuse indépendante et membre de l\u2019équipe de recherche Erasme, Vivian Labrie, les idées du projet de loi 70 sont les mêmes que le projet de loi 186 de 1997-1998, suivant l\u2019approche » Bruits de couloirs K Dialogue de sourds Cette opposition a semblé surprendre le ministre qui disait ne pas comprendre les raisons pour lesquelles le projet de loi 70 contrevenait à la Charte.« // y a bien des provinces au Canada qui sont en faute par rapport à la Charte canadienne, je suppose ! L'essentiel des pays où il y a des pénalités aussi, comme la Norvège, sont en faute aussi.» a répliqué François Blais.Il a aussi plaidé que les mesures prises dans les années 1980 n\u2019ont pas été retirées « d cause de la Charte ».Aussi, selon François Blais, « on a une Loi-cadre sur la pauvreté qui mentionne très clairement qu'on peut diminuer sous certaines conditions jusqu'à la moitié d'une prestation d'aide sociale ».Or, la loi sur la pauvreté et l\u2019exclusion sociale, adoptée en 2002, est loin d\u2019affirmer cela.Au contraire, elle prévoit « d'introduire le principe d'une prestation minimale, soit un seuil en deçà duquel une prestation ne peut être réduite en raison de l'application des sanctions administratives, de la compensation ou du cumul de celles-ci ».Un bémol est cependant formulé par Lucie Lamarche, professeure en sciences juridiques à l\u2019UQAM et administratrice à la Ligue des droits et libertés, qui rappelle que cette loi « nà pas les aspects exécutoires quon lui prête ».Atteinte aux droits et libertés ou non, François Blais refuse de plier face aux organismes qui demandent le retrait de toutes les pénalités prévues à la réforme de l\u2019aide sociale.Il insiste sur la nécessité de mettre en place des sanctions dans le cas où les nouveaux demandeurs d\u2019aide sociale ne se présenteront pas à « au moins une rencontre » dans un organisme spécialisé en employabilité.ITINERAIRE.CA | 15 mars 2016 Hamadl « En fait, la loi est simple.Elle s'adresse aux premiers demandeurs de l\u2019aide sociale.Le gouvernement a décidé de faire un effort pour aider les gens, on demande aux personnes de faire le même effort que le gouvernement.C'est-à-dire s\u2019impliquer, prendre soin d'eux, faire l'effort d'étudier ou améliorer leur situation.Dans les premiers demandeurs, la majorité sont des jeunes.Ce qui est triste là-dedans, sur un total de 16 000 ou 17 000 personnes, ilya7 000 jeunes par année qui proviennent d'une famille qui est sur l'aide sociale.» Ces propos ont été prononcés par Sam Hamad, alors ministre de l'Emploi et de la Solidarité sociale à la Radio CHOI 98,1 Radio X, le 20 janvier 2016.D\u2019autres médias n\u2019hésitent pas à prendre parti sur ce sujet, véhiculant des idées dénoncées par de nombreux organismes et groupes communautaires, mais aussi des professionnels ayant une expertise sur les conséquences d\u2019une telle stigmatisation. « d'instaurer des pénalités pour refus de mesures.» Une approche jugée punitive qui a, selon la chercheuse, « pour effet de créer des malaises sociaux profonds.» Ce projet de loi 186 assujettissait les personnes demandant l\u2019aide sociale à de nouvelles obligations, sous couvert d\u2019un « parcours individualisé vers l\u2019insertion, la formation et l\u2019emploi ».Ces obligations étaient effectivement assorties de réductions importantes de prestations lorsqu\u2019une personne ne se conformait pas au parcours, par exemple en refusant une mesure.Le projet de loi 186 a été adopté.Cette dégradation des mesures de l\u2019aide sociale a suscité une mobilisation citoyenne sans précédent menant à des changements qui sont entrés en vigueur en 2005.« Le problème avec la loi sur l\u2019aide sociale, depuis ses débuts, cèst quelle a été énoncée comme un droit qui permettait, en 1969, d\u2019unifier toutes sortes de programmes.Par la suite, chaque réforme est venue fragiliser ou renforcer un de ces aspects », pense Vivian Labrie rappelant que cette étape de sécurisation du revenu pour les âges où l\u2019on est censé être en mesure de travailler est une étape obligatoire pour la société.Mettre le projecteur sur les plus pauvres permet d'éviter de porter un regard sur ce qui se passe dans notre société, c'est incompréhensible et même inacceptable, surtout quand on assiste à un accroissement de l'écart entre les plus riches et les plus pauvres ! Vivian Labrie ' * Des chiffres et des besoins En janvier 2016, la prestation de base octroyée dans le cadre du programme d\u2019aide sociale était fixée à 623 $ par mois pour une personne seule, 173 $ par mois pour un conjoint d\u2019étudiant et 965 $ par mois pour un ménage composé de deux adultes.Cette prestation peut être cumulée à des revenus d\u2019emploi jusqu\u2019à un maximum de 200 $ par mois dans le cas d\u2019un adulte seul ou de 300 $ par mois dans le cas d\u2019un ménage composé de deux adultes.A titre d\u2019exemple, la prestation de base d\u2019un adulte qui gagne 250 $ de revenu d\u2019emploi par mois peut être diminuée de 50 $.Cette prestation de base peut être augmentée d\u2019une allocation pour contraintes temporaires à l\u2019emploi, lorsque l\u2019adulte seul, ou un membre de sa famille, démontre par la production d\u2019un rapport médical que son état physique ou mental l\u2019empêche pour au moins un mois d\u2019avoir une activité de préparation à l\u2019insertion ou de maintien à l\u2019emploi.En janvier 2016, cette allocation était fixée à 132 $ par mois pour une personne seule ou un conjoint d\u2019étudiant et 227 $ par mois pour un ménage composé de deux adultes.Le Programme de solidarité sociale, quant à lui, était fixé à la même date à 947 $ par mois pour un adulte seul, 480 $ par mois pour un conjoint étudiant et 202 $ par mois pour un adulte hébergé ou tenu de loger dans un établissement en vue de sa réinsertion sociale.Pour un ménage composé de deux adultes, le montant fixé était de 1416 $.Ce programme vise à accorder une aide financière de dernier recours aux personnes présentant des contraintes sévères à l\u2019emploi.Au Québec, l\u2019aide sociale et les autres aides combinées permettaient, en 2009, d\u2019obtenir un peu plus de 7 300 $ par année.Selon la mesure du panier de consommation (MPC) qui établit une estimation du coût minimal pour Même son de cloche du côté de Lucie Lamarche qui ne croit pas qu\u2019il s\u2019agisse « d\u2019une réforme en profondeur de la loi sur l\u2019aide sociale étant donné que ce projet de loi agit sur un seul groupe de bénéficiaires, le plus encombrant.» La professeure rappelle d\u2019ailleurs que contrairement aux idées reçues, les travailleurs d\u2019aujourd\u2019hui font beaucoup d\u2019aller-retour sur l\u2019aide sociale, en la combinant avec d\u2019autres aides comme l\u2019assurance-emploi.« Les arguments politiques ne collent pas avec les statistiques surlèmploi montrant notamment que le nombre de ménages sur l\u2019aide sociale était en baisse », explique-t-elle avant d\u2019ajouter que cela renvoie à « un préjugé tenace en matière dèmploi selon lequel \"A job is a job\", cèst-à-dire qu\u2019il faut s\u2019arranger avec ce qui est disponible sur le marché.» Selon les dernières statistiques sur la clientèle du Programme d\u2019aide sociale, en février 2015, il y avait plus de 25 000 jeunes âgés de moins de 25 ans au programme d\u2019aide sociale, et ils représentent en réalité 12 % de l\u2019ensemble des adultes prestataires du programme.De plus, entre les mois de février 2014 et 2015, le nombre de jeunes âgés de moins de 25 ans a effectivement augmenté de 2 805.Sur ce nombre, un peu plus de 24 % présentaient des contraintes temporaires à l\u2019emploi, dont 77,3 % ayant des enfants à charge âgés de moins de cinq ans ou étant des femmes enceintes et un peu plus de 21 % invoquant des problèmes temporaires liés à la santé.¦ vivre - incluant le logement, l\u2019alimentation, les vêtements et le transport - il faudrait un peu plus de 14 150 $ pour vivre décemment.Quelle que soit la mesure utilisée ou la province de résidence, les prestations d\u2019aide sociale sont bien inférieures au seuil de faible revenu généralement utilisé au Canada.François Blais\tPhilippe Couillard 15 mars 2016 | ITINERAIRE.CA 15 1966 LAIDE SOCIALE EN DATES CLÉS i \t1\t \tCD\t \tce\t \tCD\t \tf\u2014A\t \t\t \t\t \t\t \t\t \t\t \t\t \t\t \t\t \t\t \t\u2014\t L\u2019affaire Gosselin marque les esprits au Québec.Louise Gosselin, une bénéficiaire de l'aide sociale, a contesté le Règlement qui était en vigueur au Québec selon lequel une personne seule, apte au travail et âgée de moins de 30 ans recevait 170 $ par mois soit à peu près le tiers du barème régulier.Pour avoir droit au barème régulier, il fallait participer à un programme d\u2019employabilité.Louise Gosselin intente donc un recours collectif contre le gouvernement du Québec prétendant que ce règlement constituait une discrimination fondée sur l\u2019âge, en vertu de la Charte québécoise.A la Cour supérieure de Montréal comme à la Cour d\u2019appel du Québec, Mme Gosselin a perdu sur toute la ligne.Toutefois, l\u2019un des trois juges qui a entendu l\u2019appel, le juge Robert, a écrit une longue dissidence.La Cour suprême a refusé de casser la décision de la majorité des juges de la Cour d\u2019appel du Québec.M CD Le régime d\u2019assurance-chômage fait l\u2019objet d\u2019une réforme majeure au Canada.De plus nombreux sans-emploi sont admissibles à des périodes de prestations plus longues, les taux de prestations sont majorés et la pénalité maximale dans les cas de départ volontaire est réduite à trois semaines.L'Etat s\u2019engage donc à assumer la partie excédentaire des coûts du régime lorsque le taux de chômage dépasse 4 %.Cette réforme sera jugée par de nombreux groupes comme une « mesure dissuasive au travail ».Le gouvernement fédéral retire son financement au Compte de l\u2019assurance-chômage.Il s\u2019agit d\u2019une mesure qui marque la fin de la responsabilité de l\u2019Etat fédéral à l\u2019égard des chômeurs.En 1990,1993 et 1994, différentes vagues de compressions vont déferler sur le régime d'assurance-chômage.16 ITINERAIRE.CA | 15 mars 2016 Le régime d\u2019aide sociale était assumé à 51 % par l\u2019Etat avant le revirement de l\u2019assurance-chômage.C\u2019est le début de la mise en place de différents mécanismes d\u2019incitation au travail, mesures qui prennent le pas sur la protection du revenu.CD G© CD l G© G© CD Ce changement de philosophie se concrétise par l\u2019adoption d\u2019une Loi sur la sécurité du revenu ou la Loi 37.Des barèmes sont axés sur l\u2019employabilité.Cette même année, une distinction basée sur l\u2019âge apparaît : les moins de 30 ans sont dans l\u2019obligation d\u2019intégrer des programmes d\u2019aide de retour à l\u2019emploi ou aux études, faute de quoi leurs prestations sont diminuées.Le gouvernement suit l\u2019approche politique du workfare américain, selon laquelle les assistés sociaux doivent travailler pour avoir le droit à une aide financière publique.On passe ainsi du droit à l\u2019aide sociale à une aide plutôt conditionnelle liée à la participation à des mesures d\u2019employabilité pour les personnes jugées aptes au travail.Adoption de la Loi sur l\u2019assurance-emploi.Le nombre de chômeurs admissibles à l'assurance-chômage passe ainsi de 83 %, en 1989, à 42 % en 1997.Conséquences directes : les personnes sans-emploi s\u2019appauvrissent et sont forcées de recourir à l\u2019aide sociale.CD CD CD Adoption de la Loi 186 favorisant l\u2019emploi et la solidarité sociale.Cette loi remplace le Welfare par le Workfare.L\u2019aide sociale disparaît pour les personnes jugées aptes au travail et est remplacée par un programme d\u2019assistan-ce-emploi prévoyant plus d\u2019obligations d\u2019emploi.La bureaucratie et la surveillance excercée par le gouvernement découragent les demandeurs d\u2019aide sociale.C\u2019est aussi la même année où l\u2019aide aux enfants est remplacée par les allocations familiales et où les pensions alimentaires sont saisies directement par le gouvernement.eu c: c: CL.i Le projet de loi 112 visant à lutter contre la pauvreté et l\u2019exclusion sociale est déposé par le gouvernement.Inspiré par le travail de consultation citoyenne initié par le Collectif pour un Québec sans pauvreté, il s\u2019agit d\u2019un énoncé de la stratégie nationale à adopter pour lutter contre la pauvreté et l\u2019exclusion sociale.Cette loi est une première en Amérique du Nord, et elle constitue une innovation politique majeure, ne serait-ce que parce quelle fait de la lutte contre la pauvreté une priorité politique explicite et centrale.La loi 112 est aussi le produit direct d\u2019une initiative citoyenne, et elle confirme le succès d\u2019une remarquable démarche de mobilisation populaire et de délibération publique.¦ 15 mars 2016 | ITINERAIRE.CA 17 PAR ALEXANDRA GUELLIL ÉAide sociale Des préjugés tenaces face aux profils multiples Au Québec, la vision de « l'assisté social » est souvent synonyme de méfiance et intolérance.Le prestataire ou bénéficiaire devient « méritant ou non » et est souvent montré du doigt comme une personne qui ne parvient pas « à s'arranger seule ».Preuve que le débat est encore loin d\u2019être clos, la vague grandissante de propos stéréotypés prononcés à la fois par les politiciens, médias et citoyens à l\u2019égard des bénéficiaires (ou prestataires) de l\u2019aide sociale.Ainsi, dans un sondage réalisé entre les mois d\u2019avril et juin 2015, auprès de plus de 1500 répondants, par la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse du Québec (CDPDJ), il existe encore une forte méfiance envers les prestataires de l\u2019aide sociale.Ainsi, près de la moitié des participants considéraient « normal » qu\u2019un propriétaire se méfie des locataires qui seraient soutenus par l\u2019aide sociale.Autre résultat quelque peu surprenant, 48,1 % des répondants acceptent que tous les citoyens n\u2019aient pas les mêmes chances dans la vie.Ce qui démontre que les inégalités sociales, bien que dénoncées, deviennent une certaine réalité avec laquelle beaucoup de citoyens finissent par composer.Président de la CDPDJ, Jacques Frémont rappelle que ce sondage visait avant tout à découvrir l\u2019attitude des Québécois à l\u2019égard de la condition sociale.« Les sociologues semblent dire que toucher l\u2019aide sociale relève d\u2019un choix personnel et c\u2019est probablement l\u2019opinion la plus répandue même si nous ne la partageons pas.Il existe différentes approches pour lutter contre ces préjugés, que ce soit l'éducation ou le dialogue.Mais ce que lêtude révèle aussi cêst que ces préjugés sont notamment formulés plus par les personnes âgées que par les plus jeunes », étaye-t-il.Selon les auteurs du rapport, il existerait aussi une corrélation entre l\u2019acceptation d\u2019une forme d\u2019inégalité des chances entre les individus et la tendance à se méfier des personnes concernées.Ce discours est, selon Vivian Labrie, « juste un déplacement de l\u2019attention de l\u2019opinion publique qui révèle que nous n\u2019arrivons pas à nous reconnaître un droit commun à la sécurité du revenu ».Cela expliquerait notamment qu\u2019il existe toujours un préjugé pour l\u2019autre que l\u2019on soupçonne de ne pas faire d\u2019efforts.« Cèsf un refus de voir les inégalités sociales entre nous, ajoute Mme Labrie.Il faut aussi observer le contresens des mots, nous qualifions tout de même de bien-être, le revenu le plus bas que l'on peut avoir dans notre société ! » Cela révèle, selon la chercheuse, les difficultés à comprendre ce qu\u2019est une situation de pauvreté.Elle la compare à l\u2019aide de la métaphore de l\u2019escalier roulant.« Vivre la pauvreté, c\u2019est comme devoir monter dans un escalier roulant qui descend.Au lieu de vous acharner à nous faire monter des escaliers qui descendent, occupez-vous donc des escaliers.» Une certaine méconnaissance Si le projet de loi 70 vise une catégorie précise de bénéficiaires, soit ceux qui font leur toute première demande, l\u2019état des discussions actuelles pousse à se questionner sur la connaissance acquise de ceux et celles qui en bénéficient.Directrice générale à la Maison Tangente, Johanne Cooper pense qu\u2019il semble y avoir une certaine méconnaissance de ceux qui se retrouvent à devoir faire appel à l\u2019aide sociale.« Il y a tout un travail de déconstruction des idées reçues à faire à chaque fois pour parvenir au réel changement idéologique sans aller jusqu\u2019à dénaturer les programmes d\u2019aide sociale », explique celle qui est aussi présidente du Regroupement des Auberges du cœur du Québec.De son côté, Tristan Ouimet-Savard soutient que l\u2019approche dite « punitive » du gouvernement va à l\u2019encontre « de toute logique correcte d\u2019intervention.Quand on doit aider quelqu\u2019un à se sortir de son état pour aller vers une vie autonome, il y a tout un cheminement à suivre.» Selon leur dernier rapport interne, 75 % des jeunes adultes, de 18 à 30 ans, qui arrivent à l\u2019Auberge sont sans revenu ou reçoivent l\u2019aide de dernier recours.Certains d\u2019entre eux souffrent d\u2019isolement social, ont un manque d\u2019estime de soi ou ont des conflits familiaux.« Il ne s\u2019agit pas de faire la chasse aux petits sous ou de trouver un bouc émissaire.Imposer des pénalités, cela revient à imposer un rapport de force.» Sabrina Lemeltier, directrice générale de La Dauphinelle, une maison d\u2019hébergement pour les femmes et les enfants victimes de violence conjugale ou en difficultés, rappelle que 22 % des personnes, quand elles arrivent, sont sans revenu.« // y a des personnes qui sont victimes de violence conjugale, d'autres qui sont issues d\u2019une immigration récente et qui ont des difficultés.La plupart ont honte de demander l\u2019aide sociale, mais pour des mères, par exemple, c\u2019est le seul revenu quelles sont capables d\u2019offrir à leurs enfants », 18 ITINERAIRE.CA | 15 mars 2016 PHOTO : VADYM SOLOVIOV (123RF) explique-t-elle.Mme Lemeltier rappelle que laide sociale apparaît alors comme une aide de dernier recours dont ces familles peuvent bénéficier pendant une période intermédiaire de façon à vivre décemment.« Césf toujours plus facile de s\u2019en prendre à ceux qui n\u2019ont pas de voix et qui éprouvent des difficultés », regrette-t-elle.Intervenante à la Maison Passages, Edith Lafrenière est du même avis.Elle rappelle que les demandeurs ont avant tout des difficultés dans leur vie quotidienne.« La première demande n\u2019est pas une partie de plaisir.Il y a beaucoup de paperasse et de preuves à fournir pour justifier que l'on puisse avoir besoin de cette aide de l'État ».L\u2019une des difficultés quelle rencontre dans le cadre de son travail est de réussir à répondre à l\u2019exigence de contribution parentale.En vertu de la Loi sur l\u2019aide aux personnes et aux familles et du Code civil du Québec, un adulte majeur qui n'a pas affirmé son indépendance est considéré dépendant de ses parents.Ces derniers ont une obligation alimentaire envers lui.Ainsi, lorsqu\u2019un enfant fait une demande d\u2019aide financière de dernier recours, le montant est calculé sur la base de la situation financière et familiale de chacun des parents.« Césf une mesure discriminante pour certains jeunes de moins de 25 ans.Que fait-on de ceux et celles qui sont dans une situation conflictuelle ou violente avec l'un de leurs parents ?» L\u2019intervenante appréhende donc les impacts néfastes du projet de loi 70.« Cela devient très stressant au quotidien puisque beaucoup finissent par ne plus demander de l\u2019aide à laquelle ils ont le droit en tant que citoyen.Cela fragilise l\u2019ensemble de notre société.Et ce que l'on gagne comme économies aura des conséquences sur l\u2019ensemble de notre société », prévient-elle.Phénomène marginal Quant aux fraudes à l\u2019aide sociale, elles demeurent un phénomène marginal.Si le gouvernement a réclamé l\u2019an dernier pour 86 millions $ de fausses déclarations, sur un total de 2,8 milliards de prestations versées, il faut rappeler que cela ne représente que 3 %.Les données existantes le prouvent : la grande majorité des fausses déclarations sont dues à des erreurs de bonne foi, c\u2019est-à-dire que le prestataire dit s\u2019être trompé sans le savoir en rédigeant sa demande.Aussi, un article publié en septembre 2014 dans Le Devoir, rappelait que « le nombre de vraies fraudes a oscillé entre 16 000 et 20 000 cas sans progression constante ».Certains préjugés sont tenaces face à la réalité des statistiques.¦ Conséquences pour les toxicomanes Les coupes à l\u2019aide sociale pour les toxicomanes ont d\u2019ores et déjà eu des répercussions sur les centres de traitement des dépendances qui voient des impacts « dévastateurs ».Les bénéficiaires abandonnent prématurément leurs traitements.Québec était pourtant au courant de ces impacts, mais a tout de même choisi d\u2019aller de l\u2019avant.Depuis le 1er mai 2015, les prestataires de l\u2019aide sociale qui suivent une thérapie en centre d\u2019hébergement ont vu leur revenu passer de 747 $ à 200 $.En effet, le gouvernement estimait qu\u2019ils n\u2019avaient plus droit au revenu minimum puisque leurs besoins de base étaient comblés en centre d\u2019hébergement.Pour chaque personne en désintoxication, le ministère verse 1517 $ au centre de thérapie, soit 50 $ par jour.Selon le ministère du Travail, de l\u2019Emploi et de la Solidarité sociale, les 200 $ sont une allocation pour les besoins personnels des résidents, et non pour payer leur thérapie.L\u2019analyse de l\u2019Association québécoise des Centres d\u2019intervention en dépendance (AQCID) révèle que depuis le 1er mai, 76 emplois ont été perdus, deux centres ont été fermés et près de 40 autres sont fragilisés.Ainsi, la coupure des prestations des bénéficiaires ne ferait que fragiliser la situation déjà précaire des centres d\u2019intervention des dépendances.Une personne sur cinq n\u2019entreprend plus de démarche thérapeutique suite à la coupure.Si le gouvernement a annoncé un versement de 6 millions de dollars, « il ne garantit en rien le retour de cette clientèle auprès des centres d'intervention en dépendance ajoutant une pression supplémentaire sur ces organismes », rappelle Vincent Marcoux, directeur général de l\u2019AQCID.De gauche à droite : Sabrina Lemeltier photo : courtoisie Johanne Cooper, Edith Lafreniere etTristan Ouimet-Savard photos : Alexandraguellil rjL Üfu > Sj ¦ >\t-\tJ-\u2014* -, WSi'Jf Témoignages Elever un enfant avec le strict minimum Je travaille comme tous les autres Cela fait un certain temps que je reçois un chèque d\u2019aide sociale à chaque mois.Il m\u2019aide à payer le loyer, mais pour le reste, j\u2019ai décidé de vendre le journal L'Itinéraire pour subvenir à mes besoins.On ne vit pas confortablement avec le petit montant qu\u2019on obtient : ce n\u2019est rien qu\u2019un dépannage.Je me suis déjà fait demander par une de mes anciennes clientes : « Tu nas rien d'autre à faire que de ventre un journal ?» Je ne lui ai rien répondu, mais au fond de moi, je sais que je travaille comme tous les autres.Je me lève à 6 h tous les matins, cinq jours par semaine, pour aller vendre mon journal.Ceux qui n\u2019ont jamais connu la misère, qui ont la chance d\u2019avoir une vie et un travail stables, vont souvent être portés à juger la situation des autres, sans vraiment être au courant de leurs vies et ce qu\u2019ils ont dû traverser avant d\u2019avoir à demander de l\u2019aide financière de dernier recours.En effet, nous sommes souvent confrontés à des idées préconçues comme celles-ci : « Ceux qui ont besoin de l\u2019aide sociale sont paresseux, utilisent l\u2019argent pour se droguer et sont inutiles à la société.» Pourtant, ceux qui ont besoin de l\u2019aide financière vivent tous des situations particulières, et certaines d\u2019entre elles vont les rendre inaptes à avoir un emploi stable.J'avais 21 ans quand je suis tombée enceinte après seulement cinq mois de fréquentation avec mon petit ami.Je voulais être sûre de ma décision, je ne me sentais pas prête pour avoir un enfant et ce n\u2019était pas le bon moment car j\u2019étais aux études.Je venais à peine de commencer mon diplôme d\u2019études collégiales en documentation au Cégep de Jonquière.A l\u2019époque, les lois étaient différentes, et j\u2019ai choisi d\u2019arrêter mes études pour pouvoir élever mon enfant tout en recevant de l\u2019aide sociale.Avec le strict minimum, c\u2019était toutefois difficile.Jusqu'à ce que mon agente me propose d\u2019être sur un programme spécialement pour les femmes monoparentales ayant commencé un diplôme d\u2019études collégiales.Ce programme de retour aux études m\u2019a beaucoup aidée à être responsable.J'ai été chanceuse de réussir à faire des études et je suis dans la gratitude aujourd\u2019hui.Les nouvelle lois de l'aide sociale ont bien changé et ne sont pas comme elles l'ont été autrefois.Je comprends toute la colère des jeunes qui tentent de s'en sortir, mais ne se sentent pas soutenus.Moi et mon fils avons passé les pires épreuves, mais j'ai toujours su demander de l'aide quand j'en avais besoin.Pour mes études, je peux dire merci Emploi Québec ! Par exemple, un ami à moi s\u2019est séparé il y a quelques années et doit dorénavant s\u2019occuper de son enfant, et il n\u2019y arriverait pas sans cette aide.Ce n\u2019est pas parce qu\u2019on reçoit ces chèques qu\u2019on ne fait pas d\u2019efforts et qu\u2019on ne travaille pas autant que les autres.Je crois qu\u2019il est important, avant de juger quelqu\u2019un, de se demander si on connaît vraiment son parcours.Et je remercie ceux qui continuent de m\u2019encourager dans ce que je fais.RICHARD T.CAMELOT MÉTRO PLACE DES ARTS JOREDWITCH CAMELOT METRO MCGILL ET SQUARE PHILLIPS Des programmes qui ne mènent nulle part Tout le monde a besoin d\u2019un chèque d\u2019aide sociale, c\u2019est un minimum nécessaire.Même les travailleurs en auraient parfois besoin.Le problème, c\u2019est qu\u2019il n\u2019y a pas de travail pour tout le monde.A cause de la technologie, il y a de moins en moins d\u2019emplois alors que l\u2019espérance de vie augmente et qu\u2019il y a de plus en plus de gens.Logiquement, on est donc de plus en plus à demander l\u2019aide sociale.C\u2019est un service essentiel, mais ce que je n\u2019aime pas, c\u2019est qu\u2019on force les gens à entrer dans des programmes débiles qui ne les mèneront nulle part.Ils font ça pour se laver la conscience, mais ils feraient mieux de créer des postes permanents et d\u2019aider les gens à se former.Aujourd\u2019hui, c\u2019est de plus en plus dur d\u2019accéder à des formations et de se faire aider financièrement pour ça.YANNICK BRASSARD CAMELOT RENÉ LÉVESQUE/ DE LORIMIER 20 ITINERAIRE.CA | 15 mars 2016 LAIDE SOCIALE AU CANADA EN CHIFFRES 1 Combien coûte l\u2019aide sociale chaque année* ?\t Terre-N euve-et-Labrador\t213 millions $ Ile-du-Prince-Édouard\t27 millions $ Nouvelle-Écosse\t261 millions $ Nouveau-Brunswick\t195 millions $ Québec\t2 781 millions $ Ontario\t4 503 millions $ Manitoba\t304 millions $ Saskatchewan\t237 millions $ Alberta\t304 millions $ Colombie-Britannique\t1 404 millions $ Yukon\t22 millions $ Territoires du Nord-Ouest\t22 millions $ Nunavut\t30 millions $ En 2009, le Conseil national du bien-être social affirmait que si les revenus d'aide sociale avaient augmenté à travers tout le Canada, ils étaient toujours beaucoup trop bas.^Source : Naufragés des villes, Radio-Canada / Statistiques Canada 20 pays qui investissent (ou non) dans l\u2019aide sociale \t | France\t31,88 % Finlande\t31,04 % |\t| Belgique\t30,69 % 2 0* Danemark\t30,14 % | I Italie\t28,64 % Autriche\t28,41 % 2 S Suède\t28,11 % Espagne\t26,77 % Allemagne\t25,80 % Portugal\t25,21 % ^0* Pays-Bas\t24,74 % ET DANS LE MONDE ?à Grèce 24% Luxembourg 23,54 % Selon l'article 22 de la Déclaration universelle des droits de l'homme de 1948 : « Toute personne, en tant que membre de la société, a droit à la sécurité sociale; elle est fondée à obtenir la satisfaction des droits économiques, sociaux et culturels indispensables à sa dignité et au libre développement de sa personnalité, grâce à l'effort national et à la coopération internationale, compte tenu de l'organisation et des ressources de chaque pays.» En ce sens, les États adhérents à la charte de l'Organisation des Nations unies ont un rôle fondamental à jouer dans le respect de cet article.L'Organisation de coopération et de développement économique (OCDE) estime que les dépenses sociales sont en baisse dans certains pays, mais restent historiquement élevées dans d'autres.Ainsi, ces dernières années, le Canada, l'Estonie, l'Allemagne, la Grèce, la Hongrie, l'Islande, l'Irlande et le Royaume-Uni ont connu des baisses importantes des dépenses sociales.#\tJapon\t23,07 % \tÉtats-Unis\t19% H\tCanada\t16,96 % X\tIsraël\t15,03 % 01\tTurquie\t12,49 % \tChili\t10,03 % M\tMexique\t7,89 % 15 mars 2016 | ITINERAIRE.CA 21 DANS LA TETE DES CAMELOTS Tout le monde est différent C\u2019est bien parce que s\u2019il n\u2019y avait pas ça, on ferait dur ! Même le salaire minimum est bas.Il n\u2019en reste plus beaucoup pour manger.Tout le monde est différent.Il y en a qui prennent le montant pour s\u2019acheter de la drogue et qui vivent dans la rue et d\u2019autres qui ont de la misère à se payer un loyer.Il ne faut pas tous les mettre dans le même panier non plus.PAUL LOYER CAMELOT PALAIS DES CONGRÈS Avec le controversé projet de loi 70 sur l'aide sociale qui fait les manchettes ces jours-ci, nous avons voulu vous partager notre avis sur ce sujet délicat.La grande majorité d'entre nous devons composer avec ses contraintes.Nous sommes donc les mieux placés pour vous en parler.Attention aux préjugés Ça va dans les deux sens.Il y a ceux qui sont chez eux à ne rien faire et qui ne veulent pas travailler.On appelle ça un B-S.Il ne faut pas les encourager.Mais il y a aussi ceux, très différents, qui veulent travailler mais qui ne trouvent pas d\u2019emploi.Ce sont des bénéficiaires de la solidarité d\u2019emploi.Il ne faut pas les mettre dans le même panier puisque la société a beaucoup de préjugés à cet égard.JACQUES ELYZÉ CAMELOT THÉÂTRE D'AUJOURD'HUI La pension de vieillesse Je ne suis pas d\u2019accord avec l\u2019aide sociale.Il y en a trop qui ne veulent pas travailler et qui ne se donnent pas la peine.De toute façon ce n\u2019est pas payant.La pension de vieillesse l\u2019est beaucoup plus.Quand t\u2019es rendu à la pension, tu peux travailler quand tu veux et te lever à l\u2019heure que tu veux.Moisson Montréal nous aide aussi beaucoup à survivre, mon épouse et moi.ANDRÉ-GUY CHARRON CAMELOT MAISON DE RADIO-CANADA Des clés pour un logement J\u2019ai été trois ans dans la rue et je n\u2019ai reçu qu\u2019un chèque par année.Soit les autres ne se rendaient pas à destination, soit les gens avec qui j\u2019habitais mettaient la main dessus.Je pense que l\u2019aide sociale devrait remettre un chèque par mois, mais aussi des clés pour un logement ou une chambre.Pour moi, c\u2019est beaucoup plus important d\u2019avoir un endroit où vivre qu\u2019un chèque qui se perd au final.Par contre, je suis contente d\u2019être dans un pays où il y en a puisque c\u2019est nécessaire.CYBELLE PILON CAMELOT SAINT-ZOTIQUE/SAINT-HUBERT Plus de suivi Aider à trouver du travail C\u2019est un mal nécessaire pour acheter la paix sociale.Par contre, on ne devrait pas laisser les jeunes s\u2019enliser là-dedans.Des subventions et des formations devraient être mises en place pour aider ceux qui veulent trouver du travail.On dirait que les organismes ne sont pas là pour te sortir de la pauvreté.Plus les gens manquent de travail, plus d\u2019autres vont s\u2019enrichir avec ça.Félix Leclerc a d\u2019ailleurs dit : « La meilleure façon de tuer un homme, c'est de le payer à ne rien faire ».CLAUDEL.CAMELOT MÉTRO SHERBROOKE Stressant Les gens de l\u2019aide sociale ne sont pas toujours droits et honnêtes.Quand c\u2019est moi qui leur dois de l\u2019argent, ils se démènent pour la réclamer.Par contre, quand c\u2019est eux qui nous en doivent, ils s\u2019obstinent et prennent leur temps.Ils veulent montrer qu\u2019ils sont plus importants.Ce qui n\u2019est pas correct, c\u2019est que dès qu\u2019il leur manque un dossier, on doit leur envoyer immédiatement sous peine de poursuite.C\u2019est assez stressant.Lorsqu\u2019on reçoit une lettre de leur part on se dit toujours « Bon, qu'est-ce qu'ils veulent encore ?».Mais il y a quand même du positif, par exemple les subventions pour faciliter le retour à l\u2019école.PATRICE LAURIN CAMELOT CHATEAUBRIAND/JEAN-TALON ET DISTRIBUTION VOLANTE L\u2019aide sociale, c\u2019est avant tout un dépannage pour se réadapter au marché du travail.J\u2019ai déjà attendu pendant presque trois ans pour avoir le chômage parce qu\u2019on perdait mes dossiers.J\u2019ai eu droit à l\u2019aide sociale ensuite.Je pense que c\u2019est une bonne chose, mais que ce n\u2019est pas assez sévère.On devrait faire plus de suivi avec les personnes qui y ont droit pour véritablement les aider à retourner travailler.ALAIN PERRIER CAMELOT MÉTRO BONAVENTURE Un pâté chinois sans viande C\u2019est la misère quand tu dois vivre de ça.Ils disent que le seuil de la pauvreté, c\u2019est 22 000 $ par année.j\u2019ai fait mon rapport d\u2019impôt et j\u2019aimerais vraiment atteindre ce seuil ! En-dessous de ça, c\u2019est la misère et ils n\u2019en donnent pas assez pour s\u2019en sortir.Ils disent que le pâté chinois c\u2019est un repas de pauvre, mais quand t\u2019as pas les moyens d\u2019acheter de la viande, des patates et du blé d\u2019inde c\u2019est plate en maudit ! MICHEL MARCIL CAMELOT ARCHAMBAULT MUSIQUE BERRI / SAINTE-CATHERINE m m Front commun des personnes assistées sociales du Québec « Un projet de loi rétrograde » ÏLa manifestation du 10 février 2016 contre le projet de loi 70, à Montréal VIE CITOYENNE PAR GUY BOYER CAMELOT SAINT-DENIS /DULUTH Yann Tremblay-Marcotte est coordonnateur et porte-parole du Front commun des personnes assistées sociales du Québec (FCPASQ), un regroupement national qui rassemble une trentaine d'organismes-membres.Le projet de loi 70, dont le but avoué est de sabrer 50 M $ dans l'aide de dernier recours, est un nuage noir qui plane au-dessus de la tête des plus démunis au Québec.Que font les organismes que vous représentez ?Ils assurent la défense des droits individuels et des droits collectifs des personnes assistées sociales à travers le Québec.En plus du conseil, les organismes proposent certains services de dépannage individuel comme les comptoirs alimentaires, comptoirs vestimentaires, cuisines collectives, aide au rapport d'impôt, soutien dans les démarches avec les instances du ministère, contestation de décisions, etc.Les organismes s'impliquent aussi dans la défense des droits collectifs par le biais de revendications politiques auprès des élus régionaux.Quelle est la mission du FCPASQ ?Contrairement aux organismes qu\u2019il représente, le Front commun n'offre pas d\u2019aide individuelle, mais mène un travail de défense des droits collectifs auprès des directions des Centres locaux d\u2019emploi et du gouvernement du Québec.Une facette importante de notre mission est de faire vivre et promouvoir la vie démocratique à travers différents comités : comité-lutte, comité-femmes, comité-formation, etc.Ces comités sont toujours composés autant de salariés des organismes membres que de personnes assistées sociales, qui sont des adhérents bénévoles militants.Nous sommes très attachés à cette vie démocratique et nous organisons quatre assemblées générales par année, chacune d'une durée de trois jours.Qu'est-ce qui vous distingue des autres organismes qui luttent contre la pauvreté et l'exclusion ?Nous sommes le plus gros regroupement de personnes assistées sociales à travers le Québec.Nous touchons à l'ensemble des conditions des personnes assistées sociales.Notre mandat est très large et a trait à toutes les lois qui se rapportent de près ou de loin aux droits, obligations et statuts des personnes assistées sociales.Nous avons la chance d'avoir une bonne crédibilité et de la légitimité auprès du gouvernement.Notre mission consiste également à faire changer la loi sur l'aide sociale afin d'améliorer les conditions de vie des personnes assistées sociales.Quelles sont les problématiques principales ou les plus fréquentes rencontrées par les personnes assistées sociales ?Leur situation s'est-elle dégradée ?Il y un grand nombre et une grande diversité de problèmes.Oui, la situation s'est dégradée.D\u2019abord, ce ne sont pas toutes les personnes qui auraient besoin d'un chèque d'aide sociale qui en perçoivent.Chez les organismes et nos militants, on constate beaucoup d'erreurs des agents d'aide sociale, de mauvaises décisions, qui pour nous, sont facilement contestables, mais qui, pour les bénéficiaires, sont un fardeau de plus, une complication de plus.Les montants qui sont retranchés du chèque, en raison d'une mauvaise décision, ne sont pas récupérables.Ces personnes présentent parfois des contraintes à l'emploi non reconnues, des contraintes non diagnostiquées.Malheureusement, les victimes des erreurs et des mauvaises décisions sont souvent les personnes les plus vulnérables et les plus démunies, et elles ne sont pas outillées pour faire valoir leurs droits.Les problématiques touchent-elles un groupe d'âge en particulier ?Pas vraiment, mais il est vrai que le projet de loi 70, présentement à l'étude, vise plus particulièrement les jeunes.Le gouvernement s'acharne davantage sur les jeunes qui sont souvent victimes de préjugés tenaces, il veut changer la loi afin de réduire les coûts de l'aide sociale de 50 M$.Il veut réduire les montants d\u2019aide sociale alloués, alors que cela représente pour les assistés un minimum vital.Quelles sont vos principales inquiétudes par rapport au projet de loi 70 ?Il est évident que ce projet de loi fait la promotion de la pauvreté et de l'exclusion sociale.C'est un non-sens et de la fausse représentation.Il faut le dire haut et fort.Cette loi vise à soumettre les nouveaux demandeurs, et les autres, par la contrainte et la coercition, à des mesures d'employabilité et à suivre un parcours, peu importe lequel, bon gré mal gré.La loi va leur dire : « Si tu es exclu du marché du travail, c\u2019est de ta faute.» Notre but est tout simplement de faire capoter ce projet de loi rétrograde.¦ 24 ITINERAIRE.CA | 15 mars 2016 MOTS DE CAMELOTS Comment les Femmes vivent dans la rue Je connaissais une femme qui a vécu 15 ans dans la rue avant d\u2019avoir son appartement.Elle avait des problèmes avec la police parce qu\u2019elle prenait de la drogue et elle s\u2019est souvent fait arrêter.Elle a été en prison.Elle a été entraînée par des hommes avec qui elle se tenait toujours pour être en sécurité.Elle en avait long à raconter.Elle m\u2019a dit : « l\u2019espère que tu n'auras jamais cette expérience ».Elle a commencé à travailler, elle s\u2019en est sortie.Elle va encore au Parc Gamelin pour voir les gens de la rue.Je pense que ce qui est difficile dans la rue, c\u2019est le manque de sécurité et le fait de devoir quêter pour manger.Si je vivais dans la rue, je ramasserais des canettes pour avoir assez d\u2019argent.Je trouverais un coin pour me réchauffer, ne pas avoir froid l\u2019hiver et pour que personne ne me voie quand je vais dormir.Je me rapprocherais de Dieu et de mes parents pour qu\u2019il ne m\u2019arrive rien.Ça serait plus facile si j\u2019avais une autre femme avec moi.A deux on pourrait se défendre s\u2019il arrivait quelque chose, je ne serais pas toute seule.Vivre à deux c\u2019est merveilleux surtout quand il fait beau.Merci à mes clients, je ne les oublie jamais comme ils ne m\u2019oublient pas.NICOLE GIARD\tK CAMELOT MÉTRO LONG U EU IL Un immense gâteau Quand j\u2019ai commencé comme camelot pour L\u2019Itinéraire il y a 16 ans, je ne me doutais pas que j\u2019aurais autant de succès comme vendeur.Devant la pharmacie Jean Coutu de la rue Fleury (coin De La Roche), les gens ont commencé à me reconnaître d\u2019une fois à l\u2019autre et c\u2019est là que s\u2019est formée une clientèle de plus en plus fidèle.J\u2019étais heureux de faire un peu d\u2019argent et cela m\u2019encourageait à travailler de plus en plus, jusqu\u2019à huit ou neuf heures par jour.Après quelques années, j\u2019ai voulu essayer de travailler à la porte des théâtres.Au Rideau Vert d\u2019abord, le personnel m\u2019a bien accueilli, surtout Marcel qui travaille à l\u2019accueil.Aujourd\u2019hui, les abonnés du Rideau Vert et du TNM, les employés et les artistes me reconnaissent et m\u2019apprécient.Je n\u2019aurais jamais cru devenir aussi populaire, même si au fond de moi, je rêvais de devenir un artiste reconnu, malgré ma timidité.Aujourd\u2019hui, je prends le temps de mesurer la force que j\u2019ai eue pour travailler si fort et avancer à ma mesure.J\u2019ai le goût de me faire un cadeau : un immense gâteau, si gros qu\u2019il couvrirait toute la place, à partir de la rue Fleury jusqu\u2019à L\u2019Itinéraire, coin Sainte-Catherine et De Lorimier, en passant par le Rideau Vert et le TNM.C\u2019est un gâteau à étages : le premier étage, c\u2019est pour avoir vaincu ma timidité ; le deuxième, c\u2019est pour ma persévérance malgré le froid, l\u2019arthrite, la mauvaise humeur de certains ; le troisième étage, c\u2019est pour avoir eu la force de rester sobre pendant toutes ces années.La cerise sur le gâteau, c\u2019est que j\u2019ai le cœur au chaud, je ris souvent et je suis bien dans ma peau.Allumons donc les 16 chandelles et partageons le gâteau ! MAXIME VALCOURT CAMELOT RIDEAU VERT ET TNM r k Les personnes que je n'ai pas oubliées Bonjour à tous mes lecteurs et lectrices.Je voudrais faire référence à mon article paru dans le calendrier 2016.Dans cet article, je remerciais certaines personnes pour leur aide.Avec regrets, j\u2019ai oublié quelques noms.Je voudrais réparer cette erreur.D\u2019abord, ma mère et mon père pour le fait qu\u2019ils m\u2019acceptent telle que je suis devenue.Ma sœur, car grâce à elle je vais être tante au printemps.L\u2019équipe de l\u2019organisme Passage pour son soutien communautaire et L\u2019Itinéraire qui m\u2019a aidée à m\u2019exprimer.J\u2019ai appris qu\u2019avoir de la famille et des amis, c\u2019est très important.Ils m\u2019ont apporté de l\u2019écoute et un amour inconditionnel.Ça me libère quand je suis triste.Le soutien des organismes est différent mais ça se complète.Des fois, c\u2019est bon d\u2019avoir des personnes qui te forcent à faire le nécessaire.En ce moment, je suis sous méthadone parce que j\u2019arrête les opiacés.J\u2019étais dans le programme Relais méthadone qui aide les personnes dans le bas-fond en leur donnant des médicaments.Après avoir acquis plus de stabilité, mon équipe médicale a décidé de me transférer vers le Cran, qui est toujours un programme de médication par la méthadone mais visant les personnes plus stables.Cela me fait un peu peur car c\u2019est nouveau et inconnu.En même temps, cela prouve que je vais mieux.Le soir, je m\u2019endormirai en étant fière de moi.CHANTAL TISSEUR CAMELOT PIE IX, BILLETTERIE DU STADE 2016 | ITINERAIRE.CA 25 15 mars Thérapie par la confrontation mv>YVHEI Fermer Mélaric, une bonnet nouvelle pour les dépendants ItïiïK.l'v 'îi'ï' \"' .ACTUALITES PAR MATHIEU THERIAULT CAMELOT DE L\u2019ÉPÉE/BERNARD Pour guérir de votre maladie, vous deviez subir des contraintes physiques et des humiliations publiques.On vous criait après, vous insultait devant des dizaines de personnes.On vous poussait au bout de ce que vous étiez capable de supporter émotivement.Vous balayiez le sol à même vos mains trois Fois par jour.Votre « maladie » ?La dépendance.Et ces « traitements » ont longtemps été donnés chez Mélaric.Beaucoup d emotion a entouré l\u2019annonce de la fermeture du centre de thérapie Mélaric, après 32 ans d\u2019existence.Avec raison, bien des gens ont été outrés que le gouvernement Couillard renvoie à la rue ou en prison les plus vulnérables de la société.Sauf que cette énième attaque contre les plus démunis me réjouit (oui, oui) uniquement en ce qu\u2019elle permet la fermeture d\u2019un centre indéfendable, qui utilisait des méthodes considérées par tous les acteurs concernés comme une abomination.La Maison Mélaric est à ce jour perçue comme le pionnier des établissements québécois utilisant la thérapie dite de confrontation.Une approche qui n\u2019a absolument aucune base scientifique dans le traitement des dépendances et qui s\u2019inspire en fait de ce que la religion et l\u2019armée ont de pire à offrir.Il s\u2019agissait en gros d\u2019accueillir la personne dépourvue et vulnérable, souvent envoyée là sur ordre de la cour, par la pression de ses proches ou le besoin d\u2019avoir un peu d\u2019aide, et de la déconstruire jusqu\u2019à ce qu\u2019il n\u2019en reste plus rien.Le peu d\u2019estime ou de confiance que la personne pouvait encore avoir, sa personnalité, ce qui fait son unicité, il fallait l\u2019écraser, le détruire pour en extraire tout le « méchant » (drogue, alcool, jeu ou autres dépendances) et reconstruire sur les cendres une nouvelle personne abstinente, sage et repentante.Tout le monde était au courant.Témoignage Gestapo ou Walmart ?Claude Brien, ex-pensionnaire de Mélaric, témoigne : « Moi je considère cet endroit comme un mix entre une secte, la Gestapo et Walmart.Comme dans le roman 1984, ils nous forçaient à changer notre langage.Pour toute référence à la drogue ou l\u2019alcool, il fallait dire « négatif » avant de nommer la chose.Ainsi, négatif vert pour parler du pot, négatif blanc pour parler de la coke, négatif liquide pour parler de l\u2019alcool.Comme moi je prenais de l\u2019héro, j\u2019ai demandé ce qu\u2019il fallait que je dise puisque c\u2019est plutôt beige ou brun en général.Ils m\u2019ont dit : \u2018Utilise négatif brun, pour différencier de la poudre\u2019.Et après, tu penses sérieusement que je vais me présenter aux gens en disant : \u2018Mon nom est Claude, je suis dépendant du négatif brun et que je ne vais pas partir à rire ?Je suis parti au bout de deux jours.\u2019 » 26 ITINERAIRE.CA | 15 mars 2016 PHOTO : PEERAYOTTO-IM Pour ce faire, la Maison Mélaric utilisait un système de « conséquences » contre ses usagers lorsque les animateurs - en général d\u2019anciens toxicomanes n\u2019ayant aucune scolarité ou expérience -trouvaient que ces derniers avaient de « mauvais comportements ».Sébastien Poliquin est passé par la Maison Mélaric, à ses débuts, en 1989 : « Trois fois par jour, on faisait le ménage de la poussière par terre à mains nues, sans balai.Il fallait « tighter» notre lit comme dans l\u2019armée, avec les angles à 45° jusqu\u2019à ce qu\u2019un dix cents puisse rebondir dessus.S\u2019ils trouvaient que tu étais immature, ils te mettaient dans une bassinette pleine de toutous avec une couche devant tout le monde.S\u2019ils te prenaient à ramasser un mégot par terre, ils te déguisaient en robineux et t\u2019empêchaient de fumer pendant trois jours.D\u2019autres devaient se promener avec un miroir pendu au visage pendant des heures pour qu\u2019ils comprennent qu\u2019ils étaient égocentriques.» Cela sans compter d\u2019interminables corvées de ménage, d\u2019épluchage de patates ou autres punitions en vogue dans les prisons militaires.Sébastien se souvient : « Une nuit, à 3 h du matin, parce qu\u2019ils trouvaient que ça n\u2019allait pas dans la maison, les animateurs ont viré la cuisine à l'envers et nous ont réveillés pour tout ramasser.» Pour bien des résidents, le choix était justement entre la prison et la thérapie.Car il faut savoir qu\u2019un centre comme Mélaric accueillait une importante clientèle carcérale.A savoir des gens envoyés sur ordre de la cour ou sinon dans l\u2019espoir d\u2019obtenir une sentence réduite.Il n\u2019est pas très difficile de comprendre que quand un « retour en d\u2019dans » vous pend toujours au bout du nez, vous ne vous sentez pas forcément à l\u2019aise de critiquer les méthodes d\u2019intervention du centre qui vous héberge.Nicole Gravel a été intervenante près de 30 ans dans des maisons de thérapie.Elle affirme que « tout le monde était au courant » des méthodes employées à la Maison Mélaric, mais ne se souvient pourtant que d\u2019un seul exemple où une intervention par la confrontation semblait avoir donné des résultats.« Quand cèst mal fait, et cèst le cas la plupart du temps, l\u2019intervention provoque des résultats pires que le problème qu\u2019on voulait traiter.On confronte la personne pour une possible erreur, on la juge, on l\u2019humilie, on la pousse dans ses limites », nous dit-elle.Et c\u2019est souvent là que ça casse.On a une personne aux prises avec des problèmes de dépendance et une estime de soi complètement démolie, qui souvent se méprise elle-même.Et là, sous la vindicte des animateurs et de » Les origines de la thérapie par la confrontation Sans grande surprise, la philosophie de la thérapie par la confrontation (souvent appelée « tough-love » en anglais) nous vient des Etats-Unis.Elle s\u2019inspire des principes religieux et républicains selon lesquels seuls l\u2019abstinence et le travail pénible sont gages d\u2019une bonne vie.Les consommateurs et les dépendants ne seraient donc que des hédonistes sans âme, qui ne vivent que pour le plaisir et la jouissance et qui doivent apprendre le sens de la peine et de la douleur.Les premières thérapies par la confrontation furent donc introduites par The Church of Synanon dans les années 1960.Le programme visait à réhabiliter les dépendants par des passages à tabac, des simulations de viols, de faux kidnappings, des séances d\u2019humiliations publiques et ainsi de suite.Il s\u2019agissait souvent de jeunes issus de familles particulièrement conservatrices, qui avaient fumé un peu de pot ou avaient fréquenté des gais ou des noirs.Une jeune femme témoignait ainsi que des 39 centres où elle avait été envoyée, il n\u2019y en avait que deux où elle n\u2019avait pas été agressée! De nombreux autres disaient avoir souffert d\u2019un syndrome post-traumatique.Quand cette église fut enfin fermée suite aux multiples plaintes, aux malversations comptables et aux poursuites criminelles, un programme similaire prit le relais.Initié par Nancy Reagan et George H.W.Bush, Straight Incorporated se basait également sur la thérapie par la confrontation et la soi-disant « communauté thérapeutique » par l\u2019humiliation et la confrontation publique.En 2002, le magazine Forbes estimait cette industrie du « tough-love » sur les jeunes à 2 G $ par année.Et on en a même fait un show de télé-réalité (Troubled Teens) où ces jeunes sont violentés et humiliés devant les caméras.15 mars 2016 | ITINERAIRE.CA la « communauté thérapeutique », on l\u2019humilie, la juge et léngueule en public.Cést pourquoi la thérapie par la confrontation ne dépasse rarement la première partie de son a priori : « Bien des gens ont été détruits, mais ils n\u2019ont jamais été reconstruits » de dire Nicole Gravel.Sébastien Poliquin, pour y avoir séjourné, lèxprime ainsi : « Ils te cassent, mais ils ne te remontent pas ! » Comme une grande partie de la population québécoise, jèstime qu\u2019il est tout à fait inacceptable que les libéraux fassent des économies de bout de chandelle sur le dos des plus fragiles parmi les plus démunis, à savoir les résidents des maisons de thérapie souffrant de dépendances.Selon Nicole Gravel, rares sont les centres qui pratiquent encore la thérapie par la confrontation.Par ailleurs il ne nous apparaît pas très surprenant de constater que la directrice générale et présidente du conseil d\u2019administration de Mélaric, Lise Bourgeault, a été député conservatrice sous Mulroney entre 1984 et 1993 et qu\u2019elle fut approchée pour une candidature par le gouvernement Harper, avec lequel elle s\u2019affichait souvent en accord sur sa page Facebook.Par ce reportage, nous voulions essentiellement montrer que les approches sauvages et inhumaines ne sont pas toujours l\u2019apanage des gouvernements.Elles viennent parfois des endroits (comme Mélaric) dont on n\u2019attendrait que du bien.¦ tàflep \u2014ï alimentât s Me au* devoirs rsiilsH* ieslJif* Investissons pour l\u2019avenir.Centrale des syndicats du Québec CSQ f facebook.com/lacsq | lacsq.org |\ttwitter.com/csq_centrale L\u2019austérité .n a pas sa place en éducation.icjic ptillÇV* Quand c'est mal fait, et c'est le cas la plupart du temps, l'intervention provoque des résultats pires que le problème qu'on voulait traiter A Avoir été drogué n'est pas une qualification ! Un des problèmes des centres de thérapie comme Mélaric, mais comme bien d\u2019autres aussi, c\u2019est que pour couper dans les frais, ils engageaient souvent d\u2019anciens résidents dont la seule qualification était d\u2019être eux-mêmes des anciens dépendants qui avaient fréquenté le centre et qui y demeuraient depuis.Sauf que le fait d\u2019avoir subi une amputation, si cela peut vous rendre empathique et compréhensible envers les autres amputés, ça ne fait pas de vous un bon chirurgien.Sébastien Poliquin se souvient : « A Mélaric, tout le monde savait que l\u2019intervenant qui donnait la première étape avait une relation avec le directeur de la place.Souvent on le voyait arriver le matin avec le char du boss, complètement allumé.Tsé, se faire donner un atelier sur l\u2019abstinence par un « chouchou » qui de toute évidence a fait le party toute la nuit, c\u2019est assez ordinaire.» Nicole Gravel, intervenante en toxicomanie pendant plus de 30 ans, confirme.« Cette pratique s\u2019est faite et se fait toujours dans de nombreuses maisons.Des gens qui n\u2019ont pratiquement pas de formations, qui n\u2019ont même pas cinq ans d\u2019abstinence s\u2019improvisent thérapeutes.Il y a un processus de certification des centres auprès du ministère de la Santé et des Services sociaux de nos jours qui exige un bac ou au moins un certificat de la part des thérapeutes.Mais comme on dit, il y a l\u2019esprit de la loi et l\u2019application de la loi.» 28 ITINERAIRE.CA | 15 mars 2016 Laurin, camelot Jean Talon / Chateaubriand La violence conjugale envers les hommes La stature ne fait pas l'homme SOCIETE PAR CHANTAL VANASSE BÉNÉVOLE À LA RÉDACTION La violence conjugale envers les hommes existe, mais peu d'entre eux osent la dénoncer.Comment penser qu'un grand gaillard comme Patrice Laurin ait pu en être victime ?Derrière cet homme bâti se trouve une personne blessée par son enfance, et cèst là-dessus que son ex-copine sèst appuyée pour l\u2019attaquer.Moqueries répétées et dénigrements constants de ses initiatives généreuses, elle prenait toutes les occasions pour qu\u2019il se sente amoindri, rappelant à Patrice le pouvoir abusif de son père.Peu à peu, la relation s\u2019est envenimée et son estime, déjà fragile, s\u2019est étiolée, le menant dans la rue.En refusant d\u2019être vue en public avec lui, elle lui sapait ce qu\u2019il considérait être une relation de couple normale ; être fier de son amour, vouloir l\u2019afficher au monde entier.Parce qu\u2019il l\u2019était, amoureux, et c\u2019est à la cécité de l\u2019amour qu\u2019il s\u2019accrochait pour excuser tous les torts.Patrice était tombé dans le piège.Celui de toujours penser que demain sera mieux, que la conjointe n\u2019a que momentanément glissé.Le pardon répété devient comme un mantra d\u2019espoir que l\u2019abus soit passager.Cet aveuglement porte à croire que malgré tout, l\u2019être aimé est si bon.Elle, si elle était bonne, n\u2019en était pas moins acerbe.Il a fallu que la relation se termine pour que Patrice arrive à voir dans quelle ambiance malsaine il avait vécu.Un tabou, des faits Selon Statistique Canada, plus de 540 000 hommes au pays seraient victimes de violence conjugale.Considérant le tabou à dévoiler cette situation, on peut penser que cette statistique est sous-représentative de la réalité.Selon le psychologue Yvon Dallaire, le discours sociétal dominant crée « un aveuglement qui nous empêche de leur apporter l\u2019aide dont ils auraient besoin ».Et si les ressources pour les femmes violentées sont nombreuses, celles pour les hommes dans la même situation se font rares.Au Québec, il y a pour seule maison d\u2019hébergement le Centre Oxygène, en plus de quelques autres rares points d\u2019aide.Comme Patrice, qui mène actuellement une action en justice contre son ex-femme pour harcèlement psychologique, à défaut de recevoir de l\u2019aide, certains hommes décident de passer par la cour pour obtenir justice, et soulagement par conséquent.Du moins ils le souhaitent.Des ressources rares Pour les hommes violentés, les ressources sont rares peut-être parce que le courage de dénoncer les abus l\u2019est aussi.Ainsi que le nomme Sophie Torrent, auteure de L\u2019homme battu : un tabou au cœur du tabou, les hommes sont souvent pris par la honte les empêchant de parler de leur situation.La prémisse d\u2019une société patriarcale, voulant que l\u2019homme soit fort et inattaquable, qui plus est par une femme, est une charge lourde à porter.Comme l\u2019explique Sophie Torrent « être battu invalide l\u2019homme dans son appartenance à la catégorie sociale « homme ».(.) La violence subie entraîne un renforcement de la perte de la dignité de l\u2019homme.» Ces victimes de violence sont souvent déjà si oppressées par la relation toxique qu\u2019il leur est d\u2019autant plus difficile d\u2019avouer cette « défaite » à autrui.Il leur faut ouvrir une porte, mais qui est parfois lourde ou ayant une clé difficile à trouver.Autrement, on les voit se résoudre à l\u2019isolement, à la tolérance destructrice.Ils peuvent descendre bien bas avant de se résoudre à aller chercher de l\u2019aide.Mais alors, il est parfois déjà tard.L\u2019homme ne croit plus qu\u2019il a le droit à un amour meilleur.Il en vient à croire vraies toutes ces bassesses qu\u2019a pu leur dire leur conjointe.L\u2019ouvrage de Sophie Torrent est une bible pour Patrice.Il la porte sur lui comme une parole d\u2019espoir, le portant à croire qu\u2019il n\u2019est pas le seul dans sa situation, et qu\u2019il est possible de se sortir de ce marasme.Si seulement le tabou se fêlait un peu.¦ NDLR : Les propos tenus par Patrice Laurin n'engagent que lui.15 mars 2016 | ITINERAIRE.CA 29 De Winnipeg a Geneve Des critiques grandissantes IT& r->- ¦\" » m * m ***¦ » - *3 INFO RAPSIM PAR PIERRE GAUDREAU COORDONNATEUR DU RAPSIM \"nnir; - \u2019 U h ¦ \"t-'i-r-j rjtji H^FiW IMri lt Ml ¦ U«l Les voix se sont multipliées en Février dernier pour critiquer les limites de deux approches en vogue dans la lutte contre l'itinérance, le Housing First et la tenue de dénombrement.Ces critiques provenant de différents réseaux ont un point commun, soit celui de la limite restreinte de ces approches pour cerner le phénomène et agir sur celui-ci.Le Centre canadien pour les politiques alternatives (CCPA) a publié un rapport sur le Housing First au Canada et son déploiement à Winnipeg* Le 11 février, lors de sa publication, le Winnipeg Free Press titrait Housing First Wont Eliminate Homelessness, résumant bien l\u2019analyse qui y est faite.Le Housing First est un modèle d\u2019intervention ciblé sur les personnes en situation d\u2019itinérance chronique passant par une offre de logement privé et accompagnée d\u2019un suivi.L\u2019étude du CCPA souligne l\u2019échec de cette approche dans sa faiblesse à identifier les causes et les solutions de l\u2019itinérance, particulièrement et paradoxalement au niveau du logement.Le Housing First ne contribuant pas au développement de l\u2019ordre de logement social et abordable.L\u2019étude souligne la nécessité d\u2019adapter le modèle de lutte à l\u2019itinérance en fonction des réalités des communautés.Dans le cas de Winnipeg, cela signifie particulièrement celle des populations autochtones, où une approche holistique est essentielle, ne passant pas que par le logement.Ce respect des dynamiques locales a été nié au Canada, alors qu\u2019Ottawa a depuis 2014 imposé le Housing First en y affectant 65% du budget de sa Stratégie de partenariats de lutte conte l\u2019itinérance.Cette priorité imposée aussi à Montréal a entrainé des coupes majeures dans l\u2019intervention et les services d\u2019hébergement, de travail de rue, de soutien communautaire en logement social, l\u2019aide alimentaire et bien d\u2019autres.L\u2019étude du CCPA conclut que dans la lutte à l\u2019itinérance, le one size fits all n\u2019est pas viable.Non au dénombrement C\u2019est à Drummondville qu\u2019un autre positionnement fort s\u2019est fait entendre, alors que le Réseau SOLIDARITÉ itinérance du Québec (RSIQ) a pris position à l\u2019unanimité contre le projet du gouvernement fédéral de tenir un dénombrement dans toutes les villes touchées par l\u2019itinérance, incluant au Québec.Cette position, prise le 12 février, fait suite à l\u2019impact du dénombrement mené à Montréal, qui a donné un portrait limité de la réalité, sous-estimant de grands pans de celle-ci, et qui fait pression pour des réponses ciblées sur les populations dénombrées.Le RSIQ a réitéré son soutien à la production d\u2019un nouveau portrait de l\u2019itinérance, comme celui que le gouvernement du Québec avait mené en 2014.Ce portrait basé sur des données annuelles et incluant des indicateurs de risque de l\u2019itinérance (pauvreté, logement, faim) permet de faire un état de situation plus complet.Ce positionnement rejoint la critique du dénombrement fait en Ontario.¦ « Le dénombrement fausse les réponses » Une critique du dénombrement dans le rapport des groupes canadiens au Comité des droits économiques, sociaux et culturels de l'ONU dans le cadre de la comparution du Canada les 24 et 25 février 2016 à Genève : « Le gouvernement canadien a annoncé la mise en place d'un dénombrement de type \"point-in-time\" des personnes dormant dans la rue ou dans les refuges comme un moyen d'alimenter les politiques publiques à mener.De tels dénombrements sous-estiment généralement l'itinérance et échouent dans le fait d'appréhender l'itinérance cachée, en particulier celles des femmes, enfants et jeunes.Ces échecs dans l'identification des causes systémiques de l'itinérance ont faussé les réponses politiques au phénomène de l'itinérance.» * Pour plus d\u2019informations : https://www.policyalternatives.ca/publications/reports/ending-homelessness n A H Ç | Il Le réseau d'aide aux personnes seules et itinérantes do Montreal l\\ft ( J I 1*1 www.rapsim.grg | Têt.: 514 379-1949 30 ITINERAIRE.CA | 15 mars 2016 .ddEZl) AVQiaVW : OlOHd PAR IANIK MARCIL ÉCONOMISTE INDÉPENDANT COMPTES A RENDRE Les déficits, ce n'est pas une raison pour se Le 22 mars prochain, le ministre Bill Morneau déposera le premier budget du gouvernement Trudeau.Un mois plus tôt, dans le cadre d'une mise à jour économique, il mettait la table : le déficit est dès maintenant de 18,4 milliards de dollars.Une hausse spectaculaire par rapport aux 3,9 milliards qu\u2019il prévoyait en novembre 2015.Ces chiffres peuvent paraître étourdissants.Les partis d\u2019opposition à Ottawa, les conservateurs au premier chef, ont hurlé à la catastrophe.Mais qu\u2019en est-il ?Lorsqu\u2019un gouvernement annonce un déficit important, cela suscite des craintes.Surtout qu\u2019ils se chiffrent en milliards de dollars, des sommes que le commun des mortels n\u2019est pas en mesure d\u2019appréhender.Que le gouvernement que nous avons élu s\u2019autorise à dépenser des sommes colossales dépassant leurs revenus, qui sont ponctionnés sur le fruit de notre travail durement gagné, génère donc méfiance et mécontentement.Pour mieux comprendre de quoi il s\u2019agit, il est nécessaire de le remettre en perspective.Le gouvernement du Canada jouit de la meilleure santé financière de tous les pays industrialisés, depuis de nombreuses années.La proportion de ses déficits et de sa dette par rapport à l\u2019économie est, en effet, la plus faible d\u2019entre eux.Cette dette s\u2019accroît plus lentement que celles des autres économies.Sa cote de crédit sur les marchés financiers est la plus élevée possible.Son secteur bancaire et financier est, aussi, le plus solide au monde - pas pour rien que nous sommes passés à travers de la crise de 2008 avec moins de difficultés que les autres.Conjoncture économique Pourquoi, alors, faisons-nous face à un tel déficit ?En très grande partie, cela ne résulte pas des décisions du gouvernement, ni l\u2019actuel ni celui de M.Harper.La conjoncture économique mondiale, très sombre, en est la principale responsable.De ce déficit de plus de 18 milliards, seuls deux milliards sont attribuables aux promesses déjà engagées par le gouvernement Trudeau (baisses d\u2019impôts, accueil des réfugiés syriens et luttes contre l\u2019organisation Etat islamique).Les autres 16 milliards sont générés par la chute vertigineuse du prix du pétrole et celle, conséquente, de la valeur du dollar canadien, qui ont réduit largement les revenus de L\u2019Etat.Cycle de vie Mais, plus fondamentalement, un déficit public n\u2019est pas négatif en soi.Tout dépend de ce dont il est constitué.Si le gouvernement dépense davantage que ce qu\u2019il reçoit pour payer les dépenses courantes, cela pourrait, effectivement, être préoccupant.Mais si une large part de ce déficit sert à financer des infrastructures, la réalité est tout autre.On parle alors d\u2019investissements, comme s\u2019il s\u2019agissait d\u2019une famille qui s\u2019endettait pour acheter une maison.Ces infrastructures seront au service de l\u2019économie et de la société et profiteront à long terme à l\u2019ensemble de la collectivité.C\u2019est ce qu\u2019a promis le Parti libéral.Reste à voir ce qu\u2019il présentera lors du budget.Aussi, il faut rappeler que l\u2019Etat ne peut se confondre avec un individu, qui a un cycle de vie déterminé.Celui-ci se scolarise, travaille, puis prend sa retraite, avant de mourir.Un Etat ne meurt pas.Il peut donc s\u2019endetter, avec prudence bien sûr, car il générera ses revenus futurs, ce faisant.Il me semble nécessaire de retomber sur le plancher des vaches et de discuter collectivement de ce que l\u2019Etat peut faire pour donner un coup de pouce à notre économie, sans pour autant s\u2019invectiver inutilement.Un déficit n\u2019est pas la fin du monde, dans la mesure où on peut en justifier les impacts positifs.¦ jé\t| Soyons à l'icoute des enseignantes, soyons à l'écoute des femmes en tout temps ! \u2014 ALLIANCE DES PROFESSEURES ET PROFESSEURS Journée internationale des femmes de Montreal - A L'atelier de formation à l'entrevue, animé par lesl ¦journalistes Chantal Francoeur et Alain Thérouxl L'atelier de formation au reportage société, donne par les journalistes Martine Lanctôt et Catherine Bouchard Les Formations en CARREFOUR journalisme continuent.Depuis le début de l\u2019année, des journalistes professionnels viennent régulièrement donner de leur temps à L\u2019Itinéraire, où ils animent des ateliers de formation en journalisme.C\u2019est d\u2019abord en groupe, puis en suivi individuel qu\u2019ils transmettent leur expérience aux camelots de L\u2019Itinéraire.En plus déterminer avec ces derniers les sujets à traiter, ils les aiguillent sur la recherche, les accompagnent dans des entrevues, et les conseillent sur la rédaction de leurs articles.Engagés et enthousiastes, ces journalistes ont développé des rapports privilégiés avec les camelots.Nous les remercions chaleureusement pour leur implication ! ¦ PUBLICITÉ Eueru \"pür3^x,'i\t¦pcfi&essc/' crf Hne, ¦ ¦ \" h:V\\h\\ûi F ct'ttanr -\u2019\"L, Inctadimc, Ffteécivi cf ûtrÆCuevxx., h'ttcôcm cT rtbÿc n, Merci Musée Grévin ! Grâce à des dons de billets, bon nombre de nos camelots ont eu le bonheur d\u2019aller à la rencontre de leurs vedettes préférées comme Céline Dion, Leonardo Di Caprio et Charlie Chaplin, même si ces derniers sont restés.de cire devant leurs regards enchantés.Merci au Musée Grévin pour cette gentillesse fort appréciée ! ¦ of &2tr,\\cs cf ¦ftecÆ.dtAl a ^.i\tjxï tri T asacCicdo\"! ^ ^ \\ =1 Ot> £ ¦, I tW \\ A X \\ y U A \\\\\tJcas \\ i h une droit à làmour aussi.Jài dSà e?d °TT t°Ut \u2018S m°nde\u2019 Ja jai ete amoureuse plus leurs fois Cela'^ ^ ^ beaUX garS' vie ! Avec le film Gabrielle lavais ni.a Vra'ment changé ma disais : « Qui chojs, ?>} Ma< ^ \" de prétendants.Je me Avez-1/n.e A\tue suis pas prete encore.avec un handicVT36'13 3 proposer aux autres personnes Je crois qu il faut du courage 1 Tout I.m a si la vie est parfois difficile même °\" 6 eSt capable ^ême quon nestpas capables d'y arriver On v b .°Up nous disent monde : travailler, avoir un aonartem r ^ C°mme tout le choses.On doit persévérer et nrn, \u2019apprendre de nouvelles peut avoir une vie nouvelle.\u2014^ ^\tPSUt y amver' Pubn ^ i>.m.15 mars 2016 | ITINERAIRE.CA 35 Témoigne Mon incompréhension face à la manière de devenir un artiste me faisait croire que cela n\u2019arrivait que par magie.Comme s\u2019il suffisait de venir au monde avec un talent accompli et intégré.A self-made artist, comme on dit.C\u2019est frustrant d\u2019entendre que tous peuvent accéder à ces niveaux de performance et qu\u2019il suffit de croire en soi.Eh bien non ! Tous ceux que je rencontre me le répètent : il faut travailler pour intégrer un savoir artistique.Le savoir n\u2019est pas inné ; le corps, l\u2019esprit et l\u2019intellectuel sont plastiquement modifiables.Cela fait des années que Gabrielle, Antoine, Roxanne et Maïgwenn se lèvent à chaque matin pour perfectionner leur art.Ils ont cette motivation, cette persévérance que j\u2019admire.Je m\u2019émerveille devant ces artistes qui osent devenir la grâce même par leur posture, leur gestuelle et leur voix.Ils communiquent la beauté et la laideur de la vie.Ils ont réveillé l'artiste qui sommeille en moi J'ai été touché par la joie qui émanait de chacun des interprètes des Muses : Gabrielle, Antoine, Roxanne et Maïgwenn.Au contact de leur rayonnement sont remontées en moi plusieurs réactions que j'aimerais vous partager.Je crois que plusieurs d'entre vous pourront comprendre ces mouvements intérieurs quand on rencontre des artistes accomplis.Adulte et désillusionné J\u2019ai un adulte en moi qui croit que l\u2019argent nécessaire pour vivre est préjudiciable.En théorie, il y a une égalité humaine.En pratique, c\u2019est tout autre.Je suis un ouvrier qui est constamment passé d\u2019emploi précaire à emploi temporaire.J\u2019ai passé ma sous-vie dans une certaine anxiété d\u2019équilibriste : vais-je tomber de ce mince fil ?Désillusionné, lucide et aigri, je me demande aujourd\u2019hui : « A quel coût faut-il investir dans un art pour s\u2019accomplir, quand notre système industrialise et dénature l'art, n\u2019en faisant que du copier-coller ?» Je suis essoufflé de voir l\u2019ampleur de cette culture qui capitalise sur le désir très humain d\u2019être reconnu publiquement.J\u2019aime moi aussi être reconnu dans la rue quand je travaille comme camelot et j\u2019en tire une grande fierté.J'ai en admiration ces courageux artistes qui osent entrer en eux-mêmes et y faire naître des oeuvres uniques.J\u2019ai un enfant en moi qui croit qu\u2019il y a un potentiel artistique en dormance.Il n\u2019attend que le baiser qui pourrait réveiller le créateur en moi.Quel sort m\u2019a été jeté pour me mettre dans cet état de coma artistique ?Ce questionnement me rappelle une fable de La Fontaine, La cigale et la fourmi, qui nous montre l\u2019endoctrinement du monde ouvrier et l\u2019esprit dans lequel j\u2019ai grandi : la cigale chante alors que la fourmi travaille du matin au soir.C\u2019est fatiguant de se faire sermonner qu\u2019on ne peut vivre de notre art.Pourtant, j\u2019ai rencontré plusieurs artistes qui arrivaient à en vivre.Surtout, l\u2019art les faisait vivre, vibrer et rayonner d\u2019un feu, d\u2019une passion qui ne pouvait être étouffée.Cette passion, je l\u2019ai vue chez les interprètes des Muses.Adolescent et émerveillé J\u2019ai un adolescent en moi qui croit que certains sont chanceux, d\u2019autres pas.Dans ma famille, l\u2019art et le loisir n\u2019existaient pas.Notre réalité, comme celle de la fourmi, c\u2019était le travail quotidien.L\u2019art ne faisait pas partie de ma vie, c\u2019était toujours extérieur à moi, inaccessible.Aîné et mentor J\u2019ai un aîné en moi qui reconnaît la richesse de mon vécu, de mon parcours.J\u2019espère pouvoir un jour faire jouir un autre de mon expérience.J\u2019ai peur de sombrer dans l\u2019oubli, comme beaucoup de gens.J\u2019aimerais moi aussi recycler mes cicatrices, guenilles, bibelots et outils vintage en scrapbooking et mettre à l\u2019honneur mon espérance en les générations futures de donner du sens à ma vie.Je lève d\u2019ailleurs mon chapeau à tous ces mentors qui partagent généreusement leurs savoirs afin de créer un continuum créatif.Je suis un de ceux qui ont vécu par procuration : j\u2019ai mandaté des spécialistes de la chanson pour chanter à ma place, des spécialistes de la danse pour danser à ma place.A la rencontre de ces artistes professionnels et muses, j\u2019accepte ma part de responsabilité de développer ma capacité artistique, nonobstant la reconnaissance publique.Merci de m\u2019avoir inspiré à être tout ce que je peux être, merci Maïgwenn, Anthony, Gabrielle, Roxanne et Cindy.¦ 36 ITINERAIRE.CA | 15 mars 2016 © Patrick Beauchemin VILLE-MARIE MON CENTRE : 1 S L\u2019arrondissement de Ville-Marie est fier de soutenir l\u2019Association sportive et communautaire du Centre-Sud.Depuis plus de 40 ans, l\u2019Association sportive et communautaire du Centre-Sud (ASCCS) réalise un parcours remarquable auprès des jeunes et des résidants du Centre-Sud.Il est aussi un modèle d\u2019intégration pour les personnes ayant des incapacités physiques et intellectuelles.Projet à l\u2019affiche : Activités adaptées LASCCS propose différentes activités pouvant accueillir les personnes ayant une limitation fonctionnelle telle que des déficiences physiques, intellectuelles, visuelles et auditives ou ayant un trouble du spectre de l\u2019autisme.Programmation printemps 2016 - 25 avril au 19 juin | Inscriptions dès le 29 mars asccs.qc.ca\t@ASCCSMontreal (3 /Association sportive et communautaire du Centre-Sud (ASCCS) Pour tout savoir sur l\u2019arrondissement de Ville-Marie, abonnez-vous à l\u2019infolettre : 0 ville.montreal.qc.ca/villemarie O /centrevillemontreal ^0 @centrevillemtl Ville-Marie Montréal @ 16-DS-38 Race 6e Martine Beaulne F1k Examen de conscience sur la nature humaine THEATRE PAR LUC DESCHENES PRÉPOSÉ À L'ENTRETIEN f!r -'S»\t9 Sûr a\t\t\t\t\t_\tIJ \t\t\t- 1,\t\t Race met en vedette quatre talentueux acteurs, dont deux Noirs.Cette équité arrive malheureusement trop peu souvent dans le milieu du théâtre québécois.Depuis que le monde est monde, il existe des préjugés sur une tonne de sujets de société : le sexe, la religion, et aussi la « race ».Voilà le thème de la pièce Race, présentée par la compagnie Jean-Duceppe jusqu'au 26 mars.Cette production de l\u2019auteur américain David Mamet et mise en scène par Martine Beaulne, Race, propose une véritable remise en question de nos valeurs, de notre perception des autres et de leurs différences.Le sujet : le racisme.L\u2019idéologie est au cœur de cette production théâtrale de haut niveau.La pièce ne pouvait d\u2019ailleurs pas tomber à un meilleur moment, février étant le Mois de l\u2019histoire des Noirs, événement qui n\u2019est selon moi pas assez représenté dans les médias.On entre vite dans le vif du sujet quand un homme blanc hautement fortuné (Henri Chassé) est accusé d'avoir violé une femme noire.Il veut alors se faire défendre par deux avocats, l\u2019un blanc et l\u2019autre, noir.Accepteront-ils ?Les avocats sont magnifiquement interprétés par Benoît Gouin et Frédéric Pierre.Le rôle de l\u2019avocat joué par Frédéric Pierre est moins présent, mais il est très important car ^ S Question à Benoît Gouin, interprète Quelle a été votre réaction quand vous avez lu le texte, puisque c\u2019est un sujet très controversé ?J\u2019ai adoré la pièce dès que je l\u2019ai lue.Elle était coup-de-poing et nous interpellait.Tout ce dont il était question dans la première lecture de la pièce me captivait : le système judiciaire disséqué, les préjugés qui nous guident dans notre façon de voir les choses.et les enjeux raciaux qui sont encore d\u2019actualité.C\u2019étaient des sujets chauds ! Je trouvais aussi que le discours rédigé par David Mamet était intelligent, pertinent et caustique.Et la fin abrupte laissait le soin au spectateur, à l\u2019extérieur, d\u2019imaginer la suite des choses.38 ITINERAIRE.CA | 15 mars 2016 ses répliques nous font réaliser beaucoup de choses sur le racisme.Notamment que certaines farces plates envoyées sur les gens de couleur, même si elles ont l\u2019air anodines, peuvent avoir de graves conséquences.Un duo efficace L\u2019assistante des deux avocats, aussi noire, (Myriam de Verger) est au cœur du débat dans leur prise de décision.Son interprétation est d\u2019une prestance qui déstabilise le spectateur, puisque son rôle semble secondaire au départ.Mais elle prend vite le plancher et les longues scènes avec Benoît Gouin de même que les répliques coup-de-poing sont d\u2019une importance capitale.La chimie entre les deux est évidente.On savoure d\u2019entendre les deux indivisibles patiner face à leur désir de ne pas offenser l\u2019autre avec des remarques racistes.La peur de l\u2019autre Race nous amène à nous regarder dans le miroir, à nous poser un profond questionnement : pourquoi, en 2016, avons-nous encore peur des autres cultures ?Deux exemples me viennent à l\u2019esprit.Le premier est la controverse entourant le joueur du Canadien de Montréal P.K.Subban.Ça me fait sursauter à chaque fois que j\u2019entends certains auditeurs à la radio : « Moi je ne suis pas raciste, mais le Noir à P.K, quand il arrive avec son gros manteau.».Comment peut-on le juger sur la couleur de sa peau quand on devrait analyser ses performances sur la glace et en dehors, et être fier de ses actes généreux envers la communauté et auprès des enfants malades ?Le deuxième exemple qui témoigne de cette peur des autres : aucun acteur de couleur n\u2019a été nominé aux Oscars cette année.Les fins nébuleuses de David Mamet David Mamet a entre autres écrit les films Ronin et La Prisonnière espagnole.J\u2019ai aussi lu quelques-uns de ses livres quand j\u2019étais au secondaire.La fin de ses œuvres était toujours nébuleuse et elles m\u2019ont toujours fait réfléchir.Race ne fait pas exception.La pièce nous amène à réfléchir et à discuter.J\u2019ai même ressenti un malaise chez plusieurs spectateurs à la sortie, noirs et blancs.Cela prouve que le but est atteint et que l\u2019on a tous des préjugés, peu importe ce que l\u2019on dira.Un combat de tous les jours est nécessaire pour les éliminer.¦ Entre blanc et noir, ^mÊW/A ce n'est pas gris, c'est Brown MUSIQUE i PAR MARIO ALBERTO REYES ZAMORA PARTICIPANT PHOTOGRAPHE flb il»! Brown, un groupe de musiciens composé d'un père et de ses deux Fils, a lancé son tout premier opus éponyme le 22 janvier dernier.La musique est présente au sein de cette Famille depuis toujours, et témoigne de son métissage et de sa recherche d'identité.Le père, Robin Kerr (du groupe montréalais Uprising), est une influence majeure sur le travail de Brown.Résident du Québec depuis trois décennies, il a conservé ses couleurs jamaïcaine et anglophone.Les deux fils, Grégory et David Beaudin-Kerr, font déjà partie de la scène musicale québécoise.En effet, Grégory est aussi connu sous le nom de Snail Kid, de la formation Dead Obies.Quant à David, il est également présenté sous l\u2019alias de Jam, et associé aux collectifs K6A et le rappeur P-DOX.Le désir de former le groupe Brown date de plusieurs années et découle de plusieurs jam sessions familiales.Métissage et recherche d\u2019identité Le thème du métissage est bien présent dans leur musique et cela sèxplique par le fait que les parents sont d\u2019origines différentes : le père est Jamaïcain anglophone et la mère est Québécoise francophone.Dans la chanson Black White on peut d\u2019ailleurs entendre les paroles suivantes : « half bûcheron et moitié rasta ».Cela représente bien les dualités de l\u2019album, qui m\u2019ont interpellé.On les retrouve dans les paroles, mais aussi dans les titres des pièces: jeune vieux, Black White et Début fin.Au court spectacle de lancement, qui avait lieu au Bleury-Bar à vinyle, j\u2019ai retenu une phrase qui explique la recherche d\u2019identité présente dans la vie des trois artistes : « je suis Blanc aux yeux des Noirs et Noir aux yeux des Blancs ».J\u2019ai par contre eu de la difficulté à comprendre certaines strophes à cause de l\u2019utilisation du franglais, car je ne maîtrise pas totalement l\u2019anglais, mais aussi à cause du jargon, qui est propre à Brown.De plus, le débit rapide souvent associé au style rap a également été un facteur.D\u2019autant plus que les paroles ne sont pas disponibles quand on achète l\u2019album.C\u2019est seulement en contactant le label qu\u2019on peut les obtenir.mais pas toutes ! Des univers différents A la base, l\u2019album est de style rap.Mais les styles sont eux aussi métissés.Au rap s\u2019ajoute un côté psychédélique que j\u2019aime et qui consiste en des mélodies répétitives et hypnotiques.Par exemple, dans la chanson Ale No Care, on peut entendre le mot « calice » à plusieurs dizaines de reprises.On peut entendre aussi des côtés électro et reggae qui complémentent bien le style rap.Comme une recette bien réussie, le dosage des mélodies variées nous transporte dans des univers différents, les chansons s\u2019enchaînent et coulent bien.J\u2019aimerais souligner que l\u2019achat du disque est aussi un geste important pour encourager l\u2019industrie au Québec.On doit, selon moi, encourager les produits qui viennent de chez nous.¦ Le label Disques 7e Ciel a été fondé en 2003 par Anodajay, un rappeur de Rouyn-Noranda.Il souhaitait mettre de l\u2019avant le hip-hop québécois, particulièrement celui issu des régions plus éloignées de la province.Plusieurs artistes rejoignent ensuite le label, notamment Samian, un rappeur d\u2019origine autochtone, et Koriass.Le label nous fait découvrir aujourd\u2019hui près d\u2019une dizaine de figures majeures du hip-hop québécois.At 10* « Mario est un personnage curieux.dans les deux sens du terme ! Homme mi-photographe, mi-clown engagé socialement (oui, oui!}, Mario a également poussé sa recherche à fond avant de finaliser sa chronique culturelle sur l\u2019album éponyme de Brown.À titre d\u2019exemple i il a notamment compté les jurons entendus sur l\u2019une des pièces ! Mario est aussi un auteur passionné.Le nombre de notes prises en marge de son texte lors de nos ateliers en Brown Brown Disques 7e Ciel, 2016 w/evne yCIEL mm RECORDS : £_ V témoigne tout particulièrement.Bref, un chroniqueur à surveiller de près !» André Péloquin, journaliste\t15 mars 2016 | ITINERAIRE.CA 39 |Enseignes lumineuses sur B |La rue Sainte-Catherine, 1949| aLe Café Cléopâtre, l'un des! rares vestiges du Red Light] ¦ m H » ii L'histoire du quartier nommé aujourd'hui Quartier des spectacles a véritablement commencé lorsqu'il s'est donné une dimension éducative et culturelle, avec la création d'une filiale de l'Université Laval en 1876, l'École Polytechnique en 1903 et l'École des Hautes Études Commerciales, en 1907.C'est ensuite là que le fameux Red Light de Montréal s'est développé, avec la Prohibition aux États-Unis.Entre 1920 et 1960, les cabarets ont pris naissance, le quartier a attiré plusieurs grands artistes, tels que des musiciens de jazz américains.Montréal a acquis la réputation d'une ville festive et nocturne, et des touristes en grand nombre, venus de partout en Amérique du Nord, en ont profité ! Tout ce développement a attiré la prostitution, les maisons dejeux, le commerce d'alcool clandestin, la criminalité.Le quartier a depuis bien changé et il est aujourd'hui plutôt paisible.On l'appelle le Quartier des spectacles.Inauguré en 2001, c'est un espace d'un kilomètre carré d'émotions.Festivals et évènements douze mois par année, lieux culturels, jeux de lumière sur plusieurs bâtisses, places publiques animées, des restaurants pour tous les goûts, des boutiques diversifiées.Autrement dit, il y a de tout là-dedans ! C'est devenu, mondialement, une place de choix.J'ai choisi de vous Faire découvrir le Quartier des spectacles.C'est mon coin de travail, queje souhaitais et que L'Itinéraire m'a assigné.C'est un secteur de Montréal où il Fait bon vivre et relaxer.Cela Fait maintenant sept ans que j'y travaille et je ne cesse d'y Faire des rencontres très enrichissantes.J'ai la chance de croiser beaucoup de grandes personnalités.D'ailleurs, mon album photo continue de croître : j'ai environ 70 photos ! C'est aussi un endroit Festivalier.On y retrouve beaucoup de gens de diFFérentes nationalités, des quatre coins du monde, qui s'amusent ensemble.BreF, tout le monde y est le bienvenu ! Historique ¦ VIE DE QUARTIER PAR PIERRE TOUCHETTE CAMELOT QUARTIER DES SPECTACLES ET QUARTIER DES AFFAIRES - Promenade dans le Quartier des spectacles 40 ITINERAIRE.CA | 15 mars 2016 / I \\ \\ I \u2022 \u2022\u2022 \u2022' -| J E AN t EU JP ÿmsùTy ft\ta«HTti3* COWMî RIIMAITS S MHS LUTH l»s ma**?*, tmm fou *v 1*1 put -jitiri HÜ ki» rip ïTrnqt^ ÜL.t [fMlLI* I_ip m> Le Métropolis Le Métropolis a été inauguré en 1884 comme patinoire.Il a ensuite servi l'année suivante de théâtre d'été.Ravagé deux fois par les flammes, il sera transformé tour à tour en cinéma en 1923, redeviendra un théâtre, puis un cinéma érotique en 1960 et enfin une discothèque en 1981.C'est en 1997 que l'endroit devient une salle de spectacle, le Métropolis que l'on connaît aujourd'hui.Très appréciée du public, la salle a une capacité de 2300 personnes.Des artistes du monde entier s'y sont produits, comme David Bowie, Coldplay, Corneille, Rammstein, Jean Leloup et pleins d'autres.La liste est énorme.En parlant de Jean Leloup, un client m'a donné un billet gratuit pour l'un de ses concerts de sa tournée actuelle, carje travaille là.J'avoue que j'ai beaucoup aimé son spectacle.C'est une personne excentrique et remarquable.C'est pour cela qu'il remplit les salles jour après jour.Ses billets de spectacles se vendent, à mon avis, comme des petits pains chauds ! Le Club Soda Depuis sa création en 1908 sous le nom de Crystal Palace, l'endroit est devenu un incontournable du milieu artistique québécois.Il y a eu 4200 représentations, 1,2 millions de spectateurs et 1000 artistes québécois, canadiens ou étrangers.Le Club Soda donne la chance à des jeunes artistes de toutes nationalités de se faire connaître du public.L'endroit a un côté rustique, vieillot, quej'aime beaucoup.J'aime l'ambiance qui y règne.Quand j'y travaille, je constate que le monde est euphorique.J'ai bénéficié d'un billet gratuit grâce à L'Itinéraire et, le 11 février dernier, j'ai vu le groupe Kashmir qui rendait hommage à Led Zeppelin.J'adorais Led Zeppelin quand j'étais jeune.Je devais aller les voir quand j'avais 17 ans, mais le batteur était décédé.Le concert a été annulé.Kashmir m'a donné la chance de les écouter finalement live.C'était fantasmagorique ! \\ \\ I I I / / ?Le Musée d\u2019art contemporain (MAC)^ Fondé en 1964 par le gouvernement du Québec, le MAC fut la première institution canadienne vouée à l'art contemporain.On y retrouve des œuvres d'artistes québécois, canadiens et étrangers.J'y suis entré deux fois pour voir des expositions et j'avoue que c'est beau et grand ! C'était grâce à une cliente d'Europe qui m'avait offert d'aller avec elle, l'hiver dernier.Elle avait un laisser-passer pour l'année qui lui donnait le droit d'inviter quelqu'un.\t.' L\u2019itinerance Je termine avec une réalité qui habite et réconforte le monde de l'itinérance, car tous les centres d'hébergement sont à proximité du Quartier des spectacles.Ces gens, très souvent seuls, retrouvent au compte-goutte la joie de vivre.Dans ce quartier, il y a beaucoup d'amour, de compréhension et de chaleur humaine.Apprenez, mes amis, à aimer les itinérants tel qu'ils sont et dites-vous bien que ce n'est pas nécessairement un choix comme beaucoup de gens pensent.Après tout, ce sont des êtres humains comme vous et moi, il en existe trois milliards dans le monde qui survivent.J'espère qu'un jour, on va tous les aider.Paix, Amouret Espoir, Je vous aime.15 mars 2016 | ITINERAIRE.CA 41 SIOU CAMELOT MONT-ROYAL /BORDEAUX ST 5e\"**
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