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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier F
Genre spécifique :
  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Le devoir, 2012-09-01, Collections de BAnQ.

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[" Avec son premier roman, Judy Quinn remporte le prix Robert-Cliche Page F 3 0^^ Quelques nouveaux visages du nationalisme conservateur Page f g MERE 2012 Les éditions Huit, un éditeur de Québec, entendent lancer dans quelques jours les pamphlets interdits de l\u2019écrivain français Louis-Ferdinand Céline, tous réunis sous une même couverture.Ce petit éditeur artisanal, qui publie un ou deux livres par année, s\u2019est employé à produire une imposante édition savante des pamphlets.Quelques autres textes rares seront aussi proposés du même souffle dans ce livre, a appris Le Devoir.Abus ILLUSTRATION TI FRET de mémoire i Le retour inattendu des pamphlets interdits de l\u2019écrivain français par un éditeur québécois Dans la correspondance alors, Céline se l\u2019ennemi numéro un des Juifs JEAN-FRANÇOIS NADEAU En 1936, trois ans après avoir manqué de très peu le prix Concourt pour son Voyage au bout de la nuit, Louis-Ferdinand Destouches, alias Céline, est attiré par la polémique qui fait rage dans un contexte politique européen pour le moins sulfureux.Mort à crédit, son roman publié cette année-là, n\u2019a obtenu qu\u2019une critique globalement négative.En revanche, son pamphlet anticommuniste Mea culpa, lancé en fin d\u2019année, lui vaut des fleurs de la part d\u2019une société qui, dans un parfum d\u2019avant-guerre de plus en plus étouffant, avance tête baissée vers sa propre mort.Les malaises sociopolitiques qu\u2019éprouve Céline face à sa société produisent un fiel d\u2019un nouveau genre servi par sa plume exceptionnelle.Ses considérations abracadabrantes partent en cavale sur tous les chemins sinueux où s\u2019avance l\u2019extrême droite.Céline délaisse même sa production romanesque pour mieux se consacrer à la distillation du vitriol dont il abreuve sa plume.Bagatelle pour un mas-qu\u2019il entretient sacre (1937), L\u2019école des cadavres (1938) et Les beaux draps (1941), les trois pamphlets interdits ^\tde Céline, ont connu des présente comme ventes importantes ainsi que plusieurs rééditions au moment où l\u2019Europe entière est soumise à la botte des nazis.Dans la correspondance qu\u2019il entretient alors, Céline se présente comme l\u2019ennemi numéro un des Juifs.«Les Juifs, racialement, sont des monstres, des hybrides loupés, tiraillés, qui doivent disparaître», écrit-il.L\u2019antisémitisme qui se propage alors en Europe sous l\u2019impulsion des nazis et de divers groupes d\u2019extrême droite lui apparaît trop doux, trop feutré, presque littéraire.Céline se présente comme un réaliste dur, désabusé et endurci.Personne ne lui semble trop radical à l\u2019égard des Juifs, pas même Hitler qu\u2019il soupçonne de molesse! Il écrit néanmoins dans L\u2019école des cadavres se sentir «très ami d\u2019Hitler, très ami de tous les Allemands».Cet ami de l\u2019extrême droite, parfaitement impossible à encadrer, devient gênant même pour l\u2019administration nazie.Les livres haineux de Céline n\u2019ont jamais été réédités après la guerre.Parmi les écrivains capables de perdre toute référence historique devant la beauté d\u2019une ellipse trempée dans l\u2019acide, il s\u2019en est trouvé quelques-uns pour défendre même ces livres-là de Céline.Comme s\u2019il s\u2019agissait uniquement de littérature, d\u2019une musicalité et d\u2019une poésie de la langue dont les thèmes importaient peu.Au sujet de ces livres sombres, les thèses et les analyses se sont multipliées.Les livres eux-mêmes n\u2019ont jamais reparu.Après la guerre, Céline ne considérait plus ses positions politiques comme praticables, sans pour autant les renier, laissant même à l\u2019occasion comprendre que son racisme et sa haine pointaient désormais dans une nouvelle direction, mais toujours de la même manière.Dans les années 1950, il affirme par exemple dans sa correspondance qu\u2019il se méfie désormais beaucoup des Chinois.Le voici imaginant des hordes jaunes qui menacent l\u2019Europe.L\u2019idée d\u2019écrire de nouveaux pamphlets lui est-elle venue dans l\u2019après-guerre ?Sans doute les suites de ceux qu\u2019il publia avant et pendant la guerre l\u2019encoura-gèrent-ils à se montrer plus prudent afin de s\u2019assurer de ruser au mieux avec la mort.Céline a échappé de peu à la mort à la fin de la Seconde Guerre mondiale.Il aurait pu, comme nombre d\u2019écrivains de droite moins doués que lui peut-être, être condamné ou même assassiné à cause de ses positions et de ses fréquentations.Son éditeur, Robert Denoël, fut abattu en pleine rue, comme bien d\u2019autres.Qu\u2019est-ce qui aurait pu arriver à Céline s\u2019il n\u2019avait eu l\u2019idée de fuir la Erance?L\u2019écrivain est alors connu partout pour ses positions radicales.Au printemps 1938, on le trouve même en Amérique, en visite chez Adrien Arcand, le chef des fascistes canadiens.Dans une lettre privée, le chef du Parti national social chrétien VOIR PAGE F 2 : CÉLINE F 2 LE DEVOIR, LES SAMEDI I®^ ET DIMANCHE 2 SEPTEMBRE 2012 LIVRES Les éditions Trois-Pistoles en difficulté L\u2019éditeur propose de payer ses auteurs en livres CATHERINE LALONDE Les éditions Trois-Pistoles, tenues par le mythique écrivain et polémiste Victor-Lévy Beaulieu (VLB), éprouvent des difficultés financières.Les auteurs de la maison ont reçu une lettre datée du 13 août, signée par VLB, annonçant que «Vannée littéraire 2011 a été Vune des plus difficiles que nous avons vécues depuis la création des Éditions Trois-Pistoles».La maison demande à ses écrivains dont les livres sont en circulation d\u2019accepter un report du versement de leurs droits d\u2019auteur.Aux auteurs d\u2019ouvrages publiés avant 2010 inclusivement, les éditions proposent de payer les droits en leur remettant un exemplaire de leur livre par dollar dû, transport non compris.La maison demande à ses écrivains dont les livres sont en circulation d\u2019accepter un report du versement de leurs droits d\u2019auteur Dans le même élan, VLB annonce que les éditions Trois-Pistoles laisseront le diffuseur Messageries ADP, partenaire depuis la fondation des éditions en 1994.Jacques Leclerc, directeur des relations aux éditeurs chez Messageries ADP, a confirmé avoir reçu une lettre annonçant que les éditions Trois-Pistoles auraient déjà, pour la diffusion, un nouveau contrat avec un éditeur.Depuis un an.Messageries ADP demandaient aux éditions Trois-Pistoles d\u2019effectuer un déstockage des livres entreposés qui ne circulent plus.Sans ré- sultats.Ces déstokages, habituels dans la gestion de la chaîne du livre, se terminent souvent par la destruction par pilonnage des invendus.Dans sa lettre aux auteurs, VLB tient à préciser qu\u2019il n\u2019a «jamais mis au pilon un seul livre de [sa] vie, considérant cela comme inéquitable par-devers les contribuables qui, par leurs impôts, ont contribué à Védition de nos ouvrages».Ce n\u2019est pas la première fois que les éditions Trois-Pistoles traversent un épisode instable, tel que l\u2019a rappelé au Devoir le spécialiste de l\u2019histoire de l\u2019édition québécoise Jacques Mi-chon.En 1998, la maison interrompait temporairement ses activités, devant un déficit d\u2019une centaine de milliers de dollars.«Cest malheureusement normal, les hauts et les bas, dans les petites maisons d\u2019édition où on ne publie pas de best-sellers», a rappelé le professeur de l\u2019Uni-versitç de Sherbrooke.A l\u2019époque, le rythme de production avait été réduit, reprenant son allant au début des années 2000, pour atteindre une vingtaine de nouveautés par année.Le catalogue de la maison compte désormais 300 titres, essentiellement de création québécoise.Comme éditeur, VLB a aussi connu au fil de son parcours heurts, instabilités, hauts et bas.Il fut directeur littéraire aux éditions du Jour de 1969 à 1973 et partit à la suite de différends éditoriaux et politiques avec le fondateur Jacques Hébert.Il fonda ensuite, avec Léandre Bergeron et Guy St-Jean, les éditions de l\u2019Aurore PEDRO RUIZ ARCHIVES LE DEVOIR Comme éditeur, Victor-Lévy Beaulieu a connu heurts, instabilités, hauts et bas.en 1973, et doit interrompre toute publication en 1975, en attente d\u2019une subvention qui ne vient pas.Il démissione en 1976, et fonde la même année les éditions VLB, cédées à Jacques Lanctôt en 1985.Les difficultés financières des éditions Trois-Pistoles surviennent quelques semaines seulement après la faillite des Productions théâtrales des Trois-Pistoles, qui avaient tenté une relance de la production artistique au Ca- veau-Théâtre.VLB a imputé cette faillite à une censure politique, qui se serait traduite par des subventions promises mais non données, tant de la part du maire de Trois-Pistoles, Jean-Pierre Rioux, que de la part du député de Ri-vière-du-Loup, Jean D\u2019Amour.M.D\u2019Amour estime que c\u2019est plutôt une mauvaise prévision des recettes qui est en cause.Les éditions Trois-Pistoles n\u2019ont pas rappelé Le Devoir.Sur leur répondeur télépho- nique, on reconnaît la voix de VLB : «J\u2019ai été tué par Jean-Pierre Rioux.J\u2019ai été tué par Jean D\u2019Amour.J\u2019ai été tué par le théâtre et l\u2019Union des artistes.Depuis, je voyage au royaume d\u2019Hadès; j\u2019en remonterai bientôt.En attendant, faites ce que j\u2019ai fait et continuerai de faire: écrasez les infâmes», dit l\u2019auteur, avec toute la démesure qu\u2019on lui sait.Le Devoir Finalistes du SainLPacôme Les polars finalistes au prix Saint-Pacôme 2012 du roman policier québécois ont été dévoilés cette semaine, choisis parmi onze candidats.Il s\u2019agit d\u2019À deux pas de chez elle (Québec Amérique) de François Gravel, de L\u2019infortune des biens nantis (Alire) de Maxime Houde et de L\u2019inaveu (Alire) de Richard Ste-Marie.Le lauréat sera annoncé le 22 septembre prochain et recevra une bourse de 3000$.Martin Michaud avait remporté l\u2019honneur l\u2019an dernier pour La chorale du diable (éditions de la Goélette).Le Devoir Le Believer Depuis 2003, la revue américaine The Believer paraît tous les mois, sous les bons soins des éditions McSweeneys.S\u2019y trouvent des fictions, des réflexions sur l\u2019écriture, des fiches critiques et des conversations entre auteurs, de formes et de longueurs très libres.Est arrivé déjà depuis un moment le premier numéro de la traduction fi'ançaise.Le Believer, qui présentera, tous les trois mois, le meilleur de son pendant américain.On y trouve, porté par des traductions vivantes et élégantes, une conversation sur Bob Dylan entre le romancier Don DeliUo et le journaliste Greil Marcus; une visite de la maison autrichienne de Thomas Bernhard par Jonathan Taylor; un essai sur l\u2019importance du bunker dans l\u2019imaginaire américain, de Cormac McCarthy à Friedrich Nietzsche; une conférence de Zadie Smith sur l\u2019art et l\u2019artisanat d\u2019écrire.Le graphisme et la présentation sont acidulés, la lecture est agréable et intelligente.Une belle façon de survoler la création américaine contemporaine.Le Devoir CELINE SUITE DE LA PAGE F 1 se félicite de la visite que lui a rendue Céline.Arcand connaît alors très bien Bagatelles pour un massacre et les autres livres de l\u2019écrivain qui circulent librement, tout comme Céline connaît vraisemblablement fort bien toute la littérature antisémite diffusée par ce genre de parti politique.«Il parle comme il écrit, dira Arcand : à coup de dynamite, mélinite, cordite et T.N.T.» Lors de sa visite éclair à Montréal, Céline explore la possibilité de s\u2019établir en Amérique pour de bon.Il est photographié en compagnie de ses nouveaux amis dans une salle remplie de croix gammées.Cette photo, si elle avait été connue en Europe en 1945, aurait pu le conduire tout droit à la tombe.Si les pamphlets de Céline ne sont pas réédités depuis la guerre, ce n\u2019est pas avant tout en vertu d\u2019une disposition juridique particulière, contrairement à ce que plusieurs croient.La veuve de Céline, Lucie Almansor-Des-touches, a tout simplement fait en sorte que l\u2019on respecte, autant que faire se peut, le désir de l\u2019écrivain de voir la réédition des pamphlets interdite.Sans mentionner bien sûr qu\u2019une éventuelle réédition aurait pu être tout de suite frappée de mesures concernant la littérature haineuse.Tout de même, on trouve encore assez facilement des exemplaires d\u2019époque des pamphlets de Céline chez les bouquinistes.Ces livres ne sont pas spécialement rares.Ils connurent de multiples ré-éditions.On les vendit jusqu\u2019en 1944 à des dizaines de milliers d\u2019exemplaires.Des versions numérisées circulent aussi via certains sites Internet qui s\u2019emploient à propager les idées autant que les délires de l\u2019extrême droite.Pourquoi rééditer?Pourquoi rééditer des textes pareils aujourd\u2019hui?En entrevue il y a quelques jours, l\u2019éditeur Rémi Ferland expliquait que «plus ces textes sont cachés et plus ils deviennent attrayants.Ce sont bien sûr des textes haineux, mais datés et éventés».Il lui importe de le montrer.Les rendre disponibles dans une édition critique conceptualisée lui semble obéir à la mission de sa maison, qui est de faire connaître «des écrits rares et difficilement accessibles ».Jusqu\u2019ici, sa maison fondée en 1990 a surtout fait paraître des écrits du xix® siècle ainsi que quelques livres contemporains, dont plusieurs titres de l\u2019éditeur lui-même.Comment un éditeur québécois en marge de l\u2019édition courante peut-il se retrouver à rééditer des textes sulfureux d\u2019un des monstres de la littérature du xx® siècle ?Tout simplement en vertu des droits en vigueur au pays, explique Rémi Ferland.«Au Canada, la Loi sur le droit AGENCE FRANCE PRESSE Les éditions Huit considèrent qu\u2019elles ont le droit de rééditer des œuvres que Céline avait décidé de maintenir dans l\u2019ombre.d\u2019auteur prévoit qu\u2019une œuvre tombe dans le domaine public cinquante ans après la mort de son auteur.Céline est mort en juillet 1961.Il y a donc plus d\u2019un demi-siècle aujourd\u2019hui.J\u2019ai étudié la question et j\u2019ai pris conseil auprès du conseiller légal des Presses de l\u2019Université Laval».Les éditions Huit considèrent donc qu\u2019elles ont le droit de rééditer des œuvres que Céline avait décidé de maintenir dans l\u2019ombre.Cependant, «le livre ne pourra pas être dis- « Demain, nous retournerons à notre maison dans la forêt.C\u2019est mon château, dans le domaine de mon seigneur.Entourée de mes enfants, j\u2019y vivrai et j\u2019y mourrai en Fille du Roy.» Suzanne Martel Jeanne, fille du Roy Toute l\u2019équipe des Éditions Fides salue Madame Suzanne Martel, cette grande dame de la littérature jeunesse, et offre ses plus sincères condoléances à tous ses proches.LA CULTURE DES PATRIOTES Déjà en librairie 7' SOUS LA DIRECTION DE Charles-Philippe Courtois et Julie Guyot tribué en France ou vendu directement à des citoyens français», précise l\u2019éditeur.La même chose s\u2019applique évidemment pour des pays dont la durée du droit d\u2019auteur serait supérieure aux limites fixées au Canada, ce qui n\u2019est pas rare.Qu\u2019en est-il du droit moral de l\u2019auteur et de ses héritiers, lesquels n\u2019ont jamais souhaité que reparaissent d\u2019autres éditions de ces ouvrages retirés de la circulation ?La question demeure.«C\u2019est une bonne question», affirme l\u2019éditeur.Une édition critique Régis Tettamanzi, le responsable de cette édition critique, est un universitaire français qui a consacré sa thèse de doctorat au sujet des pamphlets de Céline.«Sous la direction d\u2019Henri Godard, qui est le responsable de l\u2019édition critique de Céline dans la bibliothèque de la Pléiade, il avait réalisé tout l\u2019appareil critique des pamphlets.Il a publié un livre là-dessus, mais pas les pamphlets puisqu\u2019ils ne pouvaient paraître en France.» Ils le seront donc au Québec dès septembre, explique Rémi Ferland, accompagnés d\u2019une avalanche de notes et d\u2019explications rédigées par le professeur.Tettamanzi a travaillé avec doigté, selon son éditeur québécois.Il a même «pris contact avec l\u2019Alliance israélite universelle» afin de s\u2019assurer d\u2019une présentation mesurée du texte litigieux, selon une formule qui ne soit pas décontextualisée.«Il s\u2019agit d\u2019une édition critique et scientifique des textes.» Un bon tiers du volumineux ouvrage à paraître est d\u2019ailleurs consacré à cet appareil de notes et à la reproduction de documents liés à l\u2019édition des textes originaux, précise l\u2019éditeur.Comment l\u2019idée de republier ces textes est-elle venue à Rémi Ferland?«J\u2019ai lu Céline jeune, mais j\u2019étais plutôt attiré par des auteurs du xw siècle.Ça ne m\u2019avait pas vraiment accroché.Je l\u2019ai redécouvert et ça m\u2019a passionné.Sa vie, son œuvre, le contexte idéologique.Et j\u2019ai rencontré Régis Tettamanzi.On a parlé de démystifier ces textes-là.» Et c\u2019est dans cette perspective de démystification que l\u2019éditeur assure que la parution de ce livre est envisagée.Fondées en 1990, les éditions Huit comptent moins d\u2019une cinquantaine de titres à leur catalogue.«Nous publions seulement un ou deux titres chaque année, surtout des livres liés au xw siècle.» La maison n\u2019a plus de distributeur depuis trois ans.«Je m\u2019occupe de mon propre réseau de distribution, explique l\u2019éditeur.En fait, l\u2019édition est en plus un loisir pour moi, quelque chose à côté de l\u2019enseignement.» Les tirages des éditions Huit sont d\u2019ordinaire très modestes.Dans le cas de ce livre sur Céline, une brique de plus de 1040 pages, l\u2019éditeur n\u2019envisage pas d\u2019imprimer plus de 400 exemplaires.Le livre devrait apparaître sur les présentoirs de certaines librairies québécoises à compter de la mi-septembre.D\u2019ores et déjà, on peut être certain que l\u2019annonce de cette parution ne manquera pas de susciter les passions de part et d\u2019autre de l\u2019Atlantique.Le Devoir ACHAT A DOMICILE - VENTE - EVALUATION Bonheur d'occasion Librairie Mathieu Bertrand, Libraire Membre de la Ligue internationale de la Librairie Ancienne (LIL/^ 514-914-2142 ACHETONS EN TOUT TEMPS : Livres anciens avant 1800 Americana et Canadiana : \u2022\tRelations des Jésuites, Relations de voyages.\u2022\tIncunables québécois.Patriotes, Riel.Reliures d'art anciennes et modernes Fonds universitaires : \u2022\tLittérature, Philosophie, Sciences humaines \u2022\tPléiade Livres d'art et livres d'artiste Refus Global, Le Vierge incendié Expertise de documents et d'archives # SEPTENTRION.QC.CA LA RÉFÉRENCE EN HISTOIRE AU QUÉBEC iT 4487, de la Roche, Montréal .514 522-8848.1 888 522-8848 bonheurdoccasionQbellnet.ca \u2022 www.abebooks.fr/vendeur/bonheurdoccasion LE DEVOIR, LES SAMEDI I®'\u2018 ET DIMANCHE 2 SEPTEMBRE 2012 F 3 LITTERATURE Ecrire pour conjurer la mort ?Danielle Laurin 'U- Aude « Il y a sept ans en juin, on m\u2019annonçait que j\u2019avais un cancer cancer incurable et mortel » Comment savoir ?Comment savoir jusqu\u2019à quel point ce que l\u2019on connaît d\u2019un auteur, de sa vie, du contexte particulier dans lequel il a écrit le livre que l\u2019on tient entre les mains influence notre lecture ?Je ne sais pas.Je ne sais si j\u2019aurais lu Eclats de lieux de la même façon si je n\u2019avais pas su au départ ce que je sais maintenant.Mais de toute évidence, l\u2019auteure de ce recueil de nouvelles, Aude, a tenu à ce que l\u2019on sache quelque chose de fondamental la concernant avant de nous donner à lire ses histoires.Je lis cette écrivaine depuis longtemps, assidûment.Elle-même publie depuis près de 40 ans.Elle a fait paraître une dizaine de romans.Dont le plus récent.Chrysalide, a vu le jour en 2006.Plusieurs recueils de nouvelles, aussi.D\u2019abord sous son identité civile.Claudette Charbon-neau-Tissot.Pourquoi a-t-elle adopté ce pseudonyme, Aude, en cours de route ?Je l\u2019ai déjà su.Il me semble qu\u2019il y avait un rapport avec le mot «aube».Mais peu importe.J\u2019ai un faible pour ses nouvelles.Je considère que cette auteure, lauréate d\u2019un Prix du Gouverneur général en 1997 du sang, pour son recueil Cet imperceptible mouvement, est une des grandes voix de la nouvelle au Québec.Une grande voix de la nouvelle, tout court.Son art de la chute, sa façon de faire image en peu de mots, de brasser la cage en deux coups de cuillère à pot, d\u2019insérer des instantanés, quelques lignes à peine parfois, et le tour est joué.Tout cela m\u2019a éblouie plus d\u2019une fois.Dans ses nouvelles, dans ses romans, j\u2019aime son parti pris pour les écorchés vifs.Et les coups de griffe de sa plume, tout autant.Ses livres sont à la fois sensibles et cruels.Ils sont très noirs avec des éclaircies inattendues.J\u2019ai rencontré Aude dans le passé, à deux reprises au moins, comme journabste, pour des entrevues.Et je l\u2019ai trouvée, ma foi, vraiment chaleureuse.Ouverte.Avec des zones d\u2019ombre, certes.Mais surtout: vraie.Bref, j\u2019en savais déjà pas mal sur elle, sur son univers littéraire, avant même d\u2019ouvrir Eclats de lieux.Et j\u2019avais, comme on dit, un a priori plus que favorable.Ce que je ne savais pas par contre, j\u2019y arrive, c\u2019est ce que l\u2019auteure nous raconte dans l\u2019avant-propos de son recueil.La plupart des nouvelles ont été écrites au cours des cinq dernières années, «pendant lesquelles de grandes violences et de profonds bouleversements ont ébranlé la planète», note-t-elle.Elle attire notre attention notamment sur le printemps arabe, sur différents conflits à travers le monde, sur les changements climatiques.Toutes choses qui, effectivement, sont reprises d\u2019une façon ou d\u2019une autre dans plusieurs nouvelles.Assez inquiétantes, d\u2019ailleurs, marquées par l\u2019horreur, la barbarie.Avec, parfois, une petite lueur d\u2019espoir.Mais, au-delà du contexte sociopolitique qui a fortement influencé le climat et le contenu de ces histoires, il y a les grands chambardements qu\u2019a vécus Aude dans sa vie personnelle, alors qu\u2019elle travaillait à son recueil.C\u2019est là où je voulais en venir.Ainsi, indique-t-elle dans l\u2019avant-propos : «Il y a sept ans en juin, on m\u2019annonçait que j\u2019avais un cancer du sang, cancer incurable et mortel.Le pronostic, avec chimiothérapie et greffe de cellules souches, était de deux ans tout au plus.» Ça donne un choc, une telle nouvelle, on l\u2019imagine.Et l\u2019on s\u2019émeut à l\u2019autre bout du spectre de tenir entre les mains le livre d\u2019une survivante.Aude raconte qu\u2019à l\u2019époque, son cancer ne l\u2019avait pas empêchée de travailler à l\u2019écriture d\u2019un nouveau roman.Au contraire.Plonger dans Chrysalide, se mettre dans la peau de son héroïne de 22 ans, cela lui était d\u2019ailleurs salutaire, d\u2019une certaine façon.Cela lui permettait de s\u2019éloigner, dit-elle, «du monde de la maladie et de la mort».Pour ce qui est de l\u2019évolution de son état de santé comme telle : «Après le diagnostic et le pronostic, deux années ont passé sans que ma mort annoncée survienne.Les traitements se poursuivaient avec des hauts et des bas, avec des moments où je frôlais la mort pour ensuite reprendre pied.» C\u2019est dans cet état qu\u2019elle a entrepris l\u2019écriture à\u2019Eclats de lieux.Et, au fil des jours, des mois, des années, elle en est venue à bout.« Certes, je n\u2019ai pas toujours pu écrire au rythme que j\u2019aurais souhaité, mais la fascination, l\u2019exaltation et le bonheur de me plonger dans les mots et dans des personnages étaient chaque fois au rendez-vous.» Le plus étonnant, c\u2019est que l\u2019auteure nous dit que, sauf pour une nouvelle, bien identifiable d\u2019ailleurs (voir Le sang de l\u2019autre), aucune ne porte la trace de ce qu\u2019elle vivait dans sa vie personnelle pendant son écriture.Comment est-ce possible?Je ne sais pas jusqu\u2019à quel point le fait de savoir tout cela a influencé ou non ma lecture du livre.Mais j\u2019ai trouvé, moi, que la mort était omniprésente.Il m\u2019a semblé qu\u2019elle se faufilait partout.De toutes les façons.Parfois, c\u2019est clair comme de l\u2019eau de roche.Parfois, c\u2019est métaphorique.C\u2019est même un peu ésotérique, par moments.Mais c\u2019est manifestement obsédant.Et c\u2019est bouleversant.Poignant.Bien sûr, on pourrait rétorquer que la mort a toujours été là, dans les histoires de cette écrivaine.Tout comme le thème de la dissociation de soi.Et la question de l\u2019enfermement.Enfermement réel, dans un lieu clos, mais aussi enfermement en soi-même, çlans sa tête, dans son corps.A tel point que l\u2019issue peut devenir une question de vie ou de mort, de lutte pour sa survie.Outre pour quelques nouvelles, dont je parierais qu\u2019elles ne font pas partie des inédites, ou du moins qu\u2019elles ont été écrites dans un autre temps, et qui ne m\u2019ont pas autant convaincue, il m\u2019a semblé que c\u2019était, plus que jamais, de cela qu\u2019il s\u2019agissait essentiellement dans Eclats de lieux : du combat entre la vie et la mort.Et si la mort l\u2019emporte souvent dans ce recueil, la vie n\u2019a pas dit son dernier mot.Aude prend la peine de préciser qu\u2019elle a encore plusieurs idées en tête, plusieurs personnages, scènes, dialogues, qui demandent à voir le jour.Sauf que.« Sauf que j\u2019ai maintenant peur que le temps et l\u2019énergie me manquent.» ÉCLATS DE LIEUX Aude Lévesque éditeur Montréal, 2012, 142 pages f\tf LITTERATURE QUEBECOISE La mémoire et l\u2019amer Avec ce premier roman, Judy Quinn remporte le prix Robert-Cliche CHRISTIAN DESMEULES Lire le passé dans des restes humains est un exercice périlleux.Même chose lorsqu\u2019il s\u2019agit de faire parler une vie composée surtout d\u2019absences et de longs silences.Hunter s\u2019est laissé couler, premier roman de Judy Quinn, trace le portrait impressionniste et volontairement incomplet d\u2019un homme que personne ne semble connaître.Qrphelin irlandais ayant grandi dans le quartier Saint-Sauveur à Québec, meurtri par une blessure amoureuse de jeunesse.Hunter «était abonné au malheur».Il a été mécanicien sur un dragueur de mines au cours de la Seconde Guerre mondiale, marqué par une traversée presque kamikaze de l\u2019Atlantique en 1943 au sein d\u2019un convoi qui était dans la mire des sous-ma-rins allemands.Les souvenirs désordonnés de son collègue (et ami) de l\u2019époque sont recueillis par la petite-fille de Hunter, la narratrice, qui essaie à son tour d\u2019insuffler la vie à cette silhouette.L\u2019homme exhume pour elle le secret d\u2019un passager clandestin, déserteur de l\u2019armée britannique, caché par eux dans un tuyau devenu une «prison grosse comme une niche».Qu\u2019il soit vu d\u2019en haut ou de profil.Hunter demeure insaisissable.Et que ce soit à travers le carnet du déserteur anglais, le monologue et l\u2019autocritique de Victor Souci, octogénaire, c\u2019est une même voix qui résonne et qui parle sans reprendre son souffle, crachant un flot de souvenirs amers.La guerre est une expérience qui, lorsqu\u2019elle ne tue pas, marque la vie au fer rouge.Ils sont soldats, mitrailleurs, suicidaires ou déserteurs.Mais ils sont aussi fils, frères, pères et amants.Multiples mais ici durablement façonnés par «cette maudite mer sans fin qui nous arrachait la vie par petits morceaux».La mer et la guerre comme un apprentissage double et accéléré de la mort pour deux gamins de vingt ans.Qui ne sont plus pour l\u2019occasion que des figurants occupés à rejouer «un présent vieux comme le monde qui sentait la pourriture jamais devenue terre».Le jury du prix Robert-Cliche (formé cette année de Stéphane Dompierre, de Tristan Malavoy-Racine et de Denise Boucher) a choisi de récompenser une voix littéraire intense et assurée dont la prose penche du côté de la poésie et de la suggestion.La structure du roman, éclatée, à la géométrie variable, n\u2019est peut-être pas entièrement convaincante et atténue un peu la force potentielle du roman \u2014 dont l\u2019impact demeure malgré tout bien réel.Même si, nous prévient la narratrice, «les événements ne s\u2019enchaînent pas, ils sont des points isolés qu\u2019on relie désespérément par des traits pour créer des formes».Ni hommage au grand-père ni règlement de comptes.Hunter s\u2019est laissé couler interroge cette immense part d\u2019inconnu qui compose, au fond, les êtres que l\u2019on croit connaître.Avec un grain de pessimisme dans l\u2019œil.«Tout finit de toute façon par couler.» Collaborateur Le Devoir HUNTER S\u2019EST LAISSÉ COULER Judy Quinn L\u2019Hexagone Montréal, 2012, 176 pages HUNTER S'EST LAISSÉ COULER JudyQuinn Prix Robert-Cliche DU PEEMIEK ROMAN 3013 L\u2019HEXAGONE |3 li^Gaspard-LE DEVOIR Xalmarès\t\t \tDo 20 au 26 août 2012\t \t\t \t\t Romans québécois\t\t 1 Malphas * Tome 2 Torture, luxure et lecture\tPatrick Senécal/Alire\t-71 2 Mémoires d\u2019un quartier» Tome 12 Adrien, ia suite\tLouise TrombiavO'Essiambte/Guy Saint-Jean\t-/I 3 Révélation brutaie\tLouise Pennv/Rammarion Qc\t4/2 4 Les stouts Beaudry * Tome 1 Éveiyne et Satah\tMicheline Daloé/Goélette\t1/2 5 La chasse est ouverte\tChtysfine Brouillet/Courte échelle\t2/0 6 il oleuvait des oiseaux\tJocelyne Saucier/XYZ\t10/2 7 Vbite-face et maiaises\tRatable Germain/Ubre Expression\t3/23 8 Maiohas \u2022 Tome 1 Le cas des casiers carnassiers\tPatrick Senécal/Alite\t-n 9 Au bord de ia riviéte \u2022 Tome 3 Xavier\tMichel Bavid/Hurtubise\t7/18 10 Litdoubie\tJanette Bertrand/Ubro Expression\t8/18 Romans étrangers\t\t 1 Les scours Andreas\tEleanor Brown/Mambout\t1/3 2 7 ans après.\tGuillaume Musso/XO\t2/20 3 La sirène\tCamilla LSckberg/Actes Sud\t5/2 4 Les partenaires\tJohn Grisham/Robert Laffont\t4/7 5 Les années perdues\tMary Higgins ClarkIAIbin Michel\t6/4 6 L'été de ia deuxième chance\tElln Hilderbrand/Lattés\t3/9 7 Me-face\tMichael Connelly/Calmann-Léw\t7/16 8 La piste du tigre\tJames Patterson/Lattès\t9/8 9 Les fleurs sangiactes\tColleen McCullough/Archipel\t-/I 10 Si c'était à relaire\tMarc Levy/Robert Laffont\t8/18 Essais québécois\t\t 1 Carré muge.Le ras-le-bol du Québec en 150 photos\tJacques Nadeau | Jacques Parizeau/Fides\t-n 2 Laiusteoart\tBavid Robichaud 1 Patrick Turmel/Atelier 10\t6/8 3 Gomment mettre la droite K.O.en 15 arguments\tJean-Fmnçois Lisée/Alain Slanké\t1/8 4 Le mal du pays.Chroniques 2007-2012\tLise Payette/Lux\t4/3 5 Nuire indépendance.28 Québécois s'expriment\tCollectif/Alain Stanké\tm 6 Le mirage François Legault\tGilles Toupin/VLB\t3/3 7 C'était au temgs des mammouths laineux\tSerge Bouchard/Boréal\t9/29 8 Les faces cachées d'AmirKhadir\tPierre K Malouf/Accent grave\t-/I 9 L\u2019État contre les jeunes.Comment les baby-boomets.\tÉric Duhaime/VLB\t5/3 10 De colère et d'espoir\tFrançoise David/Écosociété\t-/I '^^Essais étrangers\t\t 1 Les lois fondamentales de la stupidité humaine\tCarlo M.Cipolla/PUF\t2/2 2 Les Strauss-Kahn\tRaphaële Bacgué I Ariane Ghemh/Albii Michel\t1/3 3 La pensée de Dieu\tIgor Bogdanov | Grichka Bogdanov/Grasset\t3/3 4 Pourquoi les crises reviennent toujours\tPaul R Krogman/Seuil\t-/I 5 Indignez-vous! (Édihon revue et augmentée)\tStéphane Hessel/Indigène\t6/8 6 Faut-il manger les animaux?\tJonathan Safian Foer/Points\t-/I 7 Petit cous cfautodélense en économia Cabc du capitalisme Jim Stanford/Lux\t\t9/4 8 Le rapport Stiglilz\t\t\tJoseph Eugene Stiglltz/Actes Sud\t-n 9 Le génie du Gapiabne (le génie de la Bâe).Une révision.\tHoward Bloom/Jardin des lines\t-n 10 Votre cerveau n'a pas fini de vous étonner\tCollectif/Albin Michel\t-n La BRF (SociëË de gesScn de la Qanque de tities de langue fiangalse) est pnipridtalie du sj^me d'Ialoination et d'analyse Asyim/ sur les ventes de livres ftangais au Catéda.Ce palmarès est extrait de et est censtitué des relevés de caisse de 215 polnis de vente.La BIIF regoit un soutien Cnancler de Patrimohe canadien pour le pmjet ksçml.© BIIF, toute reproduction totale ou partielle est Interdite.PEDRO RUIZ LE DEVOIR Judy Quinn trace les contours de la vie d\u2019Hunter, insaisissable.Nicolas CHARETTE CHAMBRES NOIRES «Aimant puiser directement dans le réel, Nicolas Charette a une écriture sobre et hyperréaliste qui trace avec précision les contours du quotidien.» Marie-Louise Arsenault Radio-Canada 1 Nicolas Charette! CHAMBRES NOIRES J I\tRoman I Roman \u2022 i6o pages ¦ 19,95 $ Boréal www.editionsboreal.qc.ca EGALEMENT EN FORMAT NUMÉRIQUE F 4 LE DEVOIR, LES SAMEDI 1'='^ ET DIMANCHE 2 SEPTEMBRE 2012 LITTERATÜRE La route des baleines Louis Hamelin Je suis un de ces «amoureux d\u2019Anti-costi» dont a parlé madame David au débat des chefs.C\u2019est un amour à distance, qui n\u2019a pas encore été payé de retour, et je serais personnellement ravi de voir tout ce territoire devenir une vaste réserve de biodiversité où le vélo de montagne, la pêche à la mouche et le kayak seraient les seules activités humaines tolérées.Mais je peux comprendre madame Marois.Pas facile de renoncer à ces quelques milliards de barils pressentis qui seraient bien capables, sait-on jamais, d\u2019aider à assurer l\u2019autonomie énergétique d\u2019un futur Québec indépendant.Cher Québécois, tu as combien d\u2019autos devant ta porte?Deux, trois?Mais es-tu déjà allé à Anticosti?Le fait est que, dans ton utilitaire sport chargé comme une mule, ou à bord de ce véritable gouffre pétrolier qu\u2019est le puissant pick-up qui tire ta grosse caravane dans la côte de Baie-Saint-Paul, pour ne rien dire du camping-car aux allures de bus privé qui, avec sa berline en remorque, doit flamber environ un litre tous les deux kilomètres, tu n\u2019es pas allé plus loin que Tadoussac.Et comme nul autocar n\u2019y emmène encore le touriste en visite guidée dans le dépotoir privé de Sagard, tu as acheté des billets pour une croisière d\u2019observation des baleines.Sommes-nous prêts à reconnaître qu\u2019une source d\u2019énergie environnementalement neutre est quelque chose qui n\u2019a jamais existé, et que parîqr d\u2019énergie verte, c\u2019est faire un oxymoron?À renoncer, collectivement et rapidement, à notre mode de vie énergivore ?Sauver l\u2019intégrité écologique d\u2019Anticosti n\u2019en demandera pas moins.En attendant, les Norvégiens me font l\u2019impression générale d\u2019être un peuple plus équilibré et prospère que les pêcheurs de crabes du bayou étasunien.Je me regarde dans le rétroviseur et je vois quelqu\u2019un qui conduit un engin se propulsant sur quatre roues motrices et consommant un peu plus que la petite japonaise des rêves de sa vie antérieure d\u2019écolo cassé.Eacile de prêcher la géothermie quand on roule en Subaru ! Dernièrement, la vue de tous ces touristes attendant en fde à l\u2019embouchure du Saguenay m\u2019a donné envie de ressortir le petit livre de % COLLECTION PRIVEE Le livre de Cacucci se présente comme un récit de voyage allant à l\u2019encontre de ce triomphe généralisé du tout-compris qui est aujourd\u2019hui la norme.Pino Cacucci sur la Basse-Californie, une région surtout connue pour ses spring breakers, des marées printanières de collégiens américains qui déferlent sur le désert hérissé de cactus fleuris en buvant de la bière et en s\u2019exhibant les seins.Et pour ses baleines grises.J\u2019ai connu la,baleine grise dans mes virées sur la côte ouest.A distance, là encore.Nous les regardions marsouiner à 100 mètres du rivage du haut des caps rocheux criblés de piscines naturelles peuplées d\u2019oursins et d\u2019anémones.Une fois, j\u2019en ai même vu une sauter complètement hors de l\u2019eau, très loin, à l\u2019horizon (à moins que je n\u2019invente ce souvenir, est-ce que ça vous arrive à vous aussi?).La baleine grise, qu\u2019ü ne faut pas chercher dans le golfe Saint-Laurent, d\u2019où elle a été chassée depuis longtemps, est le mammifère qui accomplit, sur notre boule bleue, la plus longue migration: 20000 kilomètres aller-retour entre les eaux du détroit de Behring et celles de la mer de Cortès, qui sépare la plus longue péninsule du monde, Baja California, de la côte mexicaine.Les ballets amoureux semi- aériens de ces cétacés, dans les eaux peu profondes des lagunes là-bas, sont célèbres.Le livre de Cacucci se présente comme un récit de voyage allant, c\u2019est la moindre des choses, à l\u2019encontre de ce triomphe généralisé du tout-compris qui est aujourd\u2019hui la norme avec les mêmes eaux turquoise, le même sable blanc, les mêmes palmiers, la même chaise longue, la même bouffe standardisée et le même bar ouvert partout débités en tranches de vie uniformisées sous un soleil égal.Qu, comme le dit si bien Pino Caccuci : «un maximum de ciment et un minimum de Mexique ».Au fil des pages, en compagnie de cet Italien amoureux du Mexique et trippeux, j\u2019ai découvert sans déplaisir \u2014 sans réel coup de cœur pour l\u2019écriture non plus \u2014 cette région d\u2019un pays que j\u2019aime bien moi aussi, parcouru en long et en large et loin duquel je me tiens maintenant comme on se tient loin d\u2019un conjoint violent \u2014 que voulez-vous, ces narcos, ils me foutent tout simplement la trouille.Imaginez que, plutôt que de forer une terre sans défense, ou de barrer une rivière furieuse et impuissante, vous désiriez accéder à une source d\u2019énergie qui se trouve sur le dos d\u2019un monstre d\u2019une soixantaine de tonnes, capable de fendre une chaloupe en deux.C\u2019est la situation dans laquelle se trouvaient les baleiniers du dix-neuvième siècle.La baleine noire, qui aime tant montrer sa queue en face de Tadoussac, pouvait donner jusqu\u2019à 500 barils de combustible à lampe.Vers 1830, la baie de Gaspé, à elle seule, fournit de quoi satisfaire 80% des besoins canadiens en huile d\u2019éclairage.Du nord au sud et de l\u2019Atlantique au Pacifique, le massacre avait cours.En 1946, le Mexique est devenu la première nation du globe à protéger les cétacés.Déclarée espèce éteinte au début du siècle, la baleine grise y anime aujourd\u2019hui, sur les eaux des trois grands sanctuaires qui leur sont consacrés, une industrie touristique dont l\u2019évocation par Cacucci me laisse un peu rêveur.C\u2019est que, tandis que nos baleines nord-côtières semblent s\u2019ingénier à jouer à cache-cache avec les zodiacs, que les vieux loups de mer de Baie-Trinité considèrent comme un exploit de s\u2019approcher à moins d\u2019un kilomètre du gigantesque et méfiant rorqual bleu, la baleine mexicaine, s\u2019il faut en croire l\u2019ami Pino, recherche la compagnie du voyageur organisé, elle ne demande pas mieux que de venir se frôler aux lanchas pilotées par des guides amicaux, elle se laisse même caresser! Le bon caractère propre à cette espèce serait une partie de l\u2019explication, une autre étant l\u2019ancienneté des sanctuaires en question.La Basse-Californie que dépeint Cacucci est une terre où la recherche d\u2019une telle forme d\u2019amitié symbiotique avec le monde animal est considérée comme un progrès, et où « les lois sont très sévères».Utopie anthropomorphisante ?demanderont certains.Cacucci, lui, décrit des scènes presque surréalistes, où les baleines mères poussent des baleineaux d\u2019une demi-tonne vers les bateaux pour les habituer «à la présence des êtres humains».11 est courant, explique-t-ü, d\u2019en voir une se glisser sous une embarcation, la soulever et la transporter «à grande vitesse sur quelques centaines de mètres.» Là là.Je pense qu\u2019ü en a fumé du bon.hamelin.lou@gmail.corn CE QUE SAVENT LES BALEINES Pino Cacucci Traduit de l\u2019italien par Lise Chapuis Christian Bourgois éditeur Paris, 2012, 181 pages LITTERATURE CANADIENNE Là où ça fait mal CHRISTIAN DESMEULES Voilà un titre qui pourrait être inspiré d\u2019une pub pour onguent analgésique.Sauf qu\u2019ici, ce qui sort du tube est un condensé de vieilles douleurs préparées selon une formule éprouvée : amours mortes, parents disparus, vieilles humiliations.Appliquer et faire pénétrer jusqu\u2019à ce qu\u2019un léger engourdissement s\u2019installe.Répéter au besoin.L\u2019écrivain torontois David Gilmour, Prix du Gouverneur général en 2005 pour Une nuit rêvée pour aller en Chine, s\u2019est surtout fait remarquer l\u2019an dernier pour de très bonnes raisons avec L\u2019école des films (traduit dans une vingtaine de langues) : l\u2019histoire d\u2019un père (lui) qui acceptait que son fils de quinze ans abandonne l\u2019école à la condition qu\u2019ils regardent ensemble trois films par semaine.Semblant a priori tiré de la même veine.Le juste retour des choses a toutefois de forts accents d\u2019autofiction, c\u2019est-à-dire qu\u2019il est inspiré de façon approximative de la propre vie, professionnelle, familiale ou amoureuse de David Gilmour.Un écrivain sexagénaire de Toronto, animateur d\u2019émissions culturelles, tramant derrière lui quelques ex-femmes et autant d\u2019enfants, revisite donc de vieilles scènes de crimes sentimentaux.L\u2019alter ego de Gilmour prend son bâton de pèlerin et se rend, donc, là où ça fait mal.«Des endroits où j\u2019ai été mis K.-O.», nous dit-il.Et qu\u2019il hante les lieux d\u2019un premier échec amoureux à l\u2019adolescence ou qu\u2019il remette les pieds dans une maison d\u2019enfance vendue puis revendue, il cherche chaque fois dans le présent des signes du passé.Mieux: ils viennent à lui et le font trébucher.Des moments «proustiens» dont il se passerait peut-être : «Le passé est vraiment un pays que l\u2019on habitait jadis.Impossible de ne pas y avoir vécu, mais sacrément possible de ne pas y retourner, même pour une visite.» 11 mêle sa vie à des épisodes des romans de Tolstoï lus sous le soleil de la Jamaïque et de la Thaïlande.11 gratte la gale de son sentiment de déchéance au Eestival international du film de Toronto \u2014 alors qu\u2019il était marié à l\u2019une des organisatrices et changé en potiche de cocktails.11 pète un plomb pour une critique acerbe de son dernier livre dans le Globe and Mail.En tournée de promotion à Los Angeles, ü montre à son fils le petit parc où il avait dormi il y a quarante ans, fuyant jusque-là le fantôme d\u2019une femme.L\u2019étiquette de roman collée au livre, fruit d\u2019une commande de son éditeur allemand, est certes un peu tirée par les cheveux.11 est à douter que David Gilmour lui-même, lecteur fervent des romans de Tolstoï, s\u2019y accrocherait.Mais peu importe.Chacun des «chapitres» qui composent Le juste retour des choses pourrait être lu tout seul {«Tolstoï et moi» avait d\u2019ailleurs paru il y a plusieurs années dans un magazine) et sont autant de variations sur le thème du souvenir amer.J L\u2019écrivain torontois David Gilmour Conséquence de sa nature première, peut-être, on y bute sur quelques redites et le récit nous donne par moments un peu l\u2019impression de tourner en rond.Mais rien pour entacher cette méditation \u2014 qui n\u2019est jamais lourde \u2014 sur le sens de la vie et la rareté de l\u2019amour.De l\u2019autofiction, on l\u2019a dit.Mais David Gilmour y a surtout mis une bonne dose d\u2019autodérision.C\u2019est, entre autres choses, ce qui contribue au charme du livre et qui fait de David Gilmour un écrivain auquel on s\u2019attache.Cela et cette manière simple et humaine, plus rare qu\u2019on ne le croit, de raconter des histoires.Collaborateur Le Devoir LE JUSTE RETOUR DES CHOSES David Gilmour Traduit de l\u2019anglais (Canada) par Sophie Cardinal-Corriveau Leméac Montréal, 2012, 208 pages La recherche des origines GILLES ARCHAMBAULT Michael Ereund est maître de conférences à Paris-Sorbonne.De ses publications dans des revues universitaires, qui ont à voir avec des recherches dans des domaines fort spécialisés, nous ne saurons rien.Arrive ce récit dont on nous dit qu\u2019il mêle réalité et fiction.Au début du livre, le narrateur regarde un reportage télévisé sur les Dogons.11 y est question d\u2019une ethnologue juive morte en déportation à Auschwitz.11 n\u2019y porte pas tellement attention, jusqu\u2019à ce qu\u2019à la suite d\u2019un autre hasard il tombe sur un ouvrage oublié d\u2019Alice Courouble intitulé Amie des Juifs.Cette amie des Juifs était une Erançaise catholique qui avait décidé de porter l\u2019étoile jaune que les Juifs étaient tenus d\u2019afficher et qui, pour cette raison même, fut arrêtée et retenue dans une caserne de l\u2019est de Paris où elle fit la connaissance de cette Deborah Lifchitz dont elle raconte qu\u2019elle brûlait des documents personnels afin qu\u2019ils ne tom-bent pas aux mains des Allemands.Si le narrateur, qui est aussi, du moins en partie, Michael Ereund, puisqu\u2019on parle en quatrième de couverture A'«une enquête historique et d\u2019un récit introspectif où se mêlent vérité et fiction», si le narrateur, donc, est à ce point fasciné par le sort de cette ethnologue, c\u2019est qu\u2019il est à la recherche de ses propres racines.Cette quête de son identité, ü la mène à la façon d\u2019une traque policière.Pour parvenir à consulter les archives de différents ministères et de multiples organismes, il rallie à sa cause Katy Hazan, qui du fait du poste qu\u2019eUe occupe à une œuvre caritative juive, l\u2019QSE, devient une collaboratrice plus que précieuse.11 s\u2019investit entièrement dans cette recherche, néglige son travail d\u2019universitaire, veiUe à ce que sa femme ne sache rien de ses démarches, ce qu\u2019elle ne manque pas de lui reprocher.Qn la comprendrait à moins.Je ne crois pas que le récit minutieux et forcément itératif des démarches du narrateur nous serait aisément tolérable si le ton n\u2019était pas baigné par l\u2019émotion et une volonté de dénoncer l\u2019innommable.11 arrive que certaines conversations avec Katy nous paraissent inutiles et conviendraient mieux à un polar, que le récit aurait gagné en puissance d\u2019évocation si on avait omis certains détails; ü n\u2019empêche.Tel qu\u2019il est, le récit n\u2019ennuie jamais pour bien longtemps.11 nous Joucherait plutôt par sa pudeur Évoque-t-ü le destin de ses parents, l\u2019auteur ne cède pourtant jamais au pathos.Combien de pages un auteur de best-sellers n\u2019aurait-il pas écrites à partir de faits à peine relatés dans ce récit?Ce ne sont pas les livres et les films dont la Shoah est le thème qui manquent.Même Je ne crois pas que le récit minutieux et forcément itératif des démarches du narrateur nous serait aisément tolérable si le ton n\u2019était pas baigné par l\u2019émotion et une volonté de dénoncer l\u2019innommable Michael Ereund le signale.Bien peu, j\u2019imagine, font appel à l\u2019humour.D\u2019une visite à Auschwitz, le narrateur notera que la nourriture que l\u2019on sert à la cafétéria est atroce.«Je ne savais pas s\u2019il y avait des non-juifs avec nous, des guides ou des accompagnateurs locaux, mais avec des repas comme ça, ai-je décidé, il y avait vraiment de quoi devenir antisémite.» De l\u2019humour certes, mais aussi et surtout un immense sentiment de,solitude, d\u2019angoisse.A Auschwitz, et après avoir refusé de voir par simple décence cette vitrine derrière laquelle on expose les chaussures et les cheveux des victimes de l\u2019extermination nazie, le narrateur craque.«Tout à coup, fai ressenti dans ma tête, dans mon corps, une fulgurance, quelque chose comme un éclair, mais un éclair d\u2019obscurité: je suis envahi par une immense vague de tristesse, un déferlement de désespoir, des sanglots irrépressibles qui montent comme monterait une marée, qui me submergent, qui éclatent.Je ne comprends pas ce qui se passe, je tombe dans un puits sans fond, une coque de souffrance.» Cette souffrance s\u2019explique aisément.Que l\u2019auteur tienne à faire sortir de l\u2019oubli la figure de son père, Julius Abrahamer, on le comprend.Mais ce récit retient aussi le lecteur que je suis par la description qu\u2019il fait du Paris de l\u2019Qccupation.Deborah Lifchitz était chercheuse au Musée de l\u2019Homme; elle travaillait aux côtés de Michel Leiris, dont L\u2019Afrique fantôme avait été mis au ban par les nazis.Le Musée de l\u2019Homme était tenu pour favorable à la cause juive, et pour cette raison même, plus que suspect.11 faut pourtant que je déplore le sort que réserve Michael Ereund à Alexandre Vialatte, dont il dit que sa traduction de Kafka est «scandaleuse», «grossièrement incorrecte, inintelligible par moments, [avec] des à peu près de syntaxe et même des contresens».J\u2019aurais souhaité qu\u2019il ajoutât que Vialatte est surtout un prosateur de haut vol, un merveilleux écrivain.Quant à moi, qui ne suis pas germaniste, je ne crois vraiment pas qu\u2019un styliste tel que lui se soit rendu coupable de trop de fautes de syntaxe.Quant à la valeur de ses traductions, les avis divergent.11 n\u2019est certes pas responsable de «traduction scandaleuse», affaire entendue.Mais, cette réserve exceptée, je recommande volontiers cette évocation historique d\u2019une des périodes les plus ignobles de l\u2019histoire de l\u2019humanité.D\u2019autant plus que celui qui l\u2019a rédigée est parvenu à nous convaincre d\u2019une douleur qui ne cessera probablement jamais de le hanter.Collaborateur Le Devoir LA DISPARITION DE DEBORAH L.Michael Freund Seuil Paris, 2012, 222pages LE DEVOIR LES SAMEDI\tET DIMANCHE SEPTEMBRE 2012 F 5 LIVRES La Vitrine IVAN TCHISTIAKOV lOL'UNAl.D\u2019UN GARDIEN GOULAG JOURNAL D\u2019UN GARDIEN DU GOULAG Ivan Tchistiakov Denoel Paris, 2012, 286 pages Hormis L\u2019archipel du Goulag de Soljénitsyne, rares sont les témoignages traduits en français qui révèlent l\u2019univers concentrationnaire du régime soviétique.Ce journal, précédé d\u2019une solide introduction, évoque le quotidien d\u2019Ivan Tchistiakov, gardien d\u2019un camp de prisonniers sur le chantier de la voie ferrée Baikal-Amour en 1935-1936.Les notes de cet «homme ordinaire» témoignent d\u2019une interrogation constante sur son statut : est-il victime ou représentant du régime ?Fragile position qui tient «à la difficile nécessité d\u2019exercer l\u2019autorité dans les conditions du camp où celle-ci est sans cesse mise à l\u2019épreuve par des dispositions sur lesquelles [Tchistiakov] n\u2019a aucune prise ».11 écrit le 10 novembre 1935 : «Oui, ici, ce sont des jours d\u2019angoisse et de colère, de tristesse et de honte.» Au fd des jours, l\u2019empathie envers les détenus s\u2019étiole.L\u2019indifférence devant l\u2019insupportable, la peur et le fatalisme grugent l\u2019auteur.Porteur d\u2019une voix solitaire éprouvée, ce témoignage historique unique nous est parvenu par miracle.Troublante lecture.Sébastien Vincent OCCUPY WALL STREET! Collectif Les Arènes Paris, 2012, 300 pages «Nous sommes les 99%!», s\u2019écrient en 2011, à Wall Street, des milliers de contestataires.On a traduit en français leur manifeste.Sans leader, sans idéologie, leur mouvement spontané s\u2019est propagé partout.11 n\u2019est pas étranger au carré rouge québécois.Foudroyant, son slogan s\u2019inspire du Prix Nobel d\u2019économie Joseph Stiglitz, pour qui 1% des Américains jouissent du quart du revenu national, déséquilibre reflétant celui du monde.Morcelé, voire éclaté, rassemblant des interventions d\u2019une trentaine d\u2019auteurs, le manifeste Occupy Wall Street!, recueil de «témoignages des indignés», tient plus du reportage que de l\u2019exposé.Révoltés mais désenchantés, Eli Schmitt, Astra Taylor et Mark Greif, écrivains liés à la revue culturelle underground n-nl (fondée à New York en 2004), déclarent dans le manifeste : «Nous sommes le pays qui a réélu Bush, qui a renfloué les banques.les causes exactes de notre détresse sont des cibles bien lointaines, les solutions adéquates, peut-être plus encore.» C\u2019est l\u2019originalité du mouvement : refuser les solutions faciles, accepter l\u2019indéfinissable, valoriser la patience et le questionnement.Magnifiée par l\u2019usage international des médias sociaux, mise par beaucoup instinctivement en parallèle avec les manifestations des « indignés » espagnols et le printemps arabe, l\u2019occupation de Wall Street confirme, sur le rythme clandestin du hip-hop, que la démocratie est dans l\u2019air du temps.Elle en épure même le sens en la distinguant à tout jamais de l\u2019électoralisme.Comme le rapporte la militante L.A.Kauffman, les occupants ont «pratiqué la prise de décision par consensus, procédé par lequel les différents groupes se mettent d\u2019accord sans voter».Directe, participative, héritée des Quakers, cette hyperdémocratie se veut une méthode de «pensée créative».L.A.Kauffman n\u2019en cache pas l\u2019imperfection : pouvoir «prodiguer une attention excessive aux rebelles et aux perturbateurs ».Célèbre philosophe Slovène, Slavoj Zizek salue cette révolution à l\u2019écoute de tous, contre-pied d\u2019un embrigadement de type léniniste imposé par des chefs.11 vient se joindre aux occupants de Wall Street et leur dit : «Nous ne sommes pas communistes, si on entend par communisme le système qui s\u2019est effondré en 1990.» Michel Lapierre NOTRE INDÉPENDANCE 28 Québécois S'expriment NOTRE INDEPENDANCE 28 Québécois s\u2019expriment Sous la direction de Catherine Filion-Lauzière Stanké Montréal, 2012 L\u2019indépendance du Québec est-elle une idée dépassée ?Dans Notre indépendance, 28 Québécois témoignent de leur attachement à ce projet, toujours actuel selon eux.11 y a là des politiciens Üean-Martin Aussant, Louise Beaudoin, Pierre Curzi, Françoise David, Maka Kotto, Maria Mou-rani), des artistes (Emmanuel Bilodeau, Maxime Le Elaguais, Yann Perreau, Geneviève Rochette, Ghislain Taschereau, Guillaume Wagner), des militants et des citoyens, souvent jeunes.Certains y vont d\u2019un bref essai, d\u2019autres d\u2019un slam, d\u2019autres encore d\u2019un simple témoignage.Sauf exception (Louise Beaudoin, par exemple), ces textes ne dépassent pas le simplisme argumentatif et manquent de la force nécessaire pour convaincre les Québécois qui hésitent, à qui est « surtout» dédié cet ouvrage.Les textes de présentation des auteurs, réunis en fin d\u2019ouvrage, indiquent le ton par trop nàif de certaines contributions.Quand on lit, au sujet d\u2019une auteure, par ailleurs avocate et directrice de ce collectif, qu\u2019elle «aime coucher son adrénaline sur papier» ou encore que, pour une autre, «l\u2019expression de soi est l\u2019une des choses les plus essentielles à la vie», on se dit que tout ça sera peut-être bien « cute », mais pas très costaud.Louis Cornellier / / LITTERATURE QUEBECOISE La révélation Chambres noires^ le premier roman de Nicolas Charette, explore le mal de vivre au masculin CHRISTIAN DESMEULES Un photographe trentenaire arpente Montréal avec son vieux Nikon et ses rouleaux de pellicule, rêvant d\u2019une expo entre deux contrats de photos de mariage.Son itinéraire flou, balisé par un profond mal de vivre, se double d\u2019une «propension à la fuite à travers les substances».Le protagoniste de Chambres noires, le premier roman de Nicolas Charette, lorsqu\u2019il ne choisit pas la fuite immobile, écrit dans sa chambre noire, au sous-sol de son appartement.Dans l\u2019odeur piquante des révélateurs, chaque fois, se met en branle «une sorte de va-et-vient incessant entre le monde et moi, entre le désir de disparaître et celui de vivre, entre celui du partage et celui de l\u2019isolement.» Cet examen de conscience, partagé entre la confession, l\u2019apitoiement et l\u2019exhibitionnisme, il l\u2019adresse à Nina, une amie allemande rencontrée au cours d\u2019un voyage à Miami.Elle est la seule personne, lui dira-t-il, envers qui il se sent vraiment honnête.Et c\u2019est la déferlante.Plutôt alcoolique et le sachant mieux que personne, Victor lui parle de la soif qui ne le laisse jamais en paix («cette partie de ma chair que f essaie de fuir») et de ses envies de violence.Même si son introspection se bute aux symptômes sans en exhumer les causes: accepter le fusil de chasse dont un ami voulait se débarrasser, en caresser l\u2019acier avec de la braise au fond des yeux, scier le canon pour le rendre plus maniable.11 ne lui cache rien non plus de sa sexualité parfois débridée ROBBIE FAQUIN Nicolas Charette passe de la nouvelle au roman avec Chambres noires.et à peu près vide de sentiments \u2014 profondément solitaire \u2014, des coups bas d\u2019un homme qui s\u2019accroche à l\u2019illusion de posséder pendant un court instant du pouvqir sur un autre être humain.A défaut, vous l\u2019aurez compris, d\u2019en avoir sur lui-même et sur le cours de sa propre vie.La solitude et l\u2019isolement, l\u2019ennui («La vie est ennuyante, Nina, c\u2019est d\u2019une évidence brutale») alimentent la violence qui s\u2019accumule lentement en lui, lui donnant des airs de bombe à retardement.Qu\u2019est-ce qui est à l\u2019œuvre en lui?Malgré lui?Tout lui semble loin, comme aperçu à travers l\u2019œil d\u2019une lentille.Tout, «les sourires, les baisers, les discussions, les usages, le plaisir, le partage, l\u2019intimité, tout ce qui faisait de nous des êtres humains, je l\u2019avais calqué, calculé, répété, joué, peaufiné et maîtrisé jusqu\u2019à ce qu\u2019on y croie, jusqu\u2019à ce qu\u2019on me permette d\u2019entrer dans le monde, où je me suis toujours placé un peu en retrait, derrière, pour tout regarder sans qu\u2019on me voie trop.» Dérive urbaine d\u2019un être déconnecté, Chambres noires ne contient pas vraiment d\u2019histoire.C\u2019est-à-dire pas d\u2019histoire autre que celle-là: la description d\u2019une faille profonde et la chute vertigineuse qu\u2019elle appelle.Une chute qui, si elle n\u2019est pas stoppée à temps, pourrait conduire au pire.Au fond d\u2019un gouffre où il fait noir pour longtemps.Suspense intimiste et psychologique, sorte de mélange entre Shame (le fdm de Steve McQueen) et La nausée (avec un rien de Nelly Arcan au masculin).Chambres noires est le SQS d\u2019un homme crin-qué, cherchant le trouble sans savoir son nom, se balançant dangereusement au bord du drame.C\u2019est au contact de ses plus sombres envies que le photographe fera la révélation du néant qui est en train de l\u2019absorber et de la nécessité de se tourner vers la lumière \u2014 une lumière qui émane de l\u2019Autre, dirait-on, et celle d\u2019un Berlin qui semble tout lui promettre, à commencer par l\u2019oubli de soi.Qn sait depuis Jour de chance, un recueil de nouvelles paru en 2009, que Nicolas Charette a la forte faculté de se mettre dans la peau d\u2019un autre \u2014 joueur compulsif, petite madame ou body builder.Capable, surtout, de porter une attention aiguë aux fêlures intimes, aux dépendances et au manque, par le biais d\u2019une écriture sobre et percutante.Inutile de chercher plus loin.Collaborateur Le Devoir CHAMBRES NOIRES Nicolas Charette Boréal Montréal, 2012, 160 pages POLARS Calvaire argentin MICHEL BELAIR Il y a des livres dont on sort difficilement, même avec les Appalaches en fond de décor.La terrible histoire que nous raconte ici le vieux routier qu\u2019est Caryl Férey \u2014 près d\u2019une vingtaine de titres parus chez différents éditeurs français \u2014 est de celles qui vous laissent des bleus à l\u2019âme devant l\u2019incommensurable méchanceté des hommes.Qn est en Argentine, à peu près aujourd\u2019hui.11 y a déjà plus d\u2019une décennie que les lois permettent de pourchasser les tortionnaires du «Processus»; cette enfilade de régimes plus ou moins dictatoriaux et souvent militaires, qui s\u2019étire depuis les Perôn et les transfuges nazis jusqu\u2019à la période post-Carlos Menem et les années 2000, a littéralement mené l\u2019Argentine à la faillite et déchiré le tissu le plus intime du pays.Nous sommes dans une Buenos Aires remaquillée dont les nouveaux gratte-ciel cachent mal les fractures sociales, les squats et les quartiers désaffectés où pullulent les rejetés du système, artistes, marginaux multi-po-qués, travestis, autochtones en déroute et pauvres de toutes les couleurs du monde.Au cœur de l\u2019enquête d\u2019un «privé», le détective Ru-bén Calderon, fils d\u2019un poète « disparu » qui voue sa vie à la poursuite des criminels et des tortionnaires des années sombres.11 nous apprend rapidement que certains fantômes sont toujours bien vivants et qu\u2019ils continuent d\u2019effacer leurs traces tout en semant des cadavres derrière eux.L\u2019enquête de Calderon dérange.Qui?Qn ne le saura vraiment que beaucoup plus tard.Mais elle met en relief toute une chaîne de corruptions diverses impliquant des opérations menées par des escadrons de la mort vieillissants et pourtant toujours aussi efficaces.Tout tourne autour d\u2019une double disparition : celle d\u2019un travesti et de la fdle d\u2019un promoteur près du pouvoir, une jeune photographe qui allait faire une révélation importante aux journaux.C\u2019est de l\u2019eau boueuse et nauséabonde qui s\u2019agite bientôt sous nos yeux pour raconter une histoire insupportable nous faisant comprendre le poids quotidien, brutal et ordinaire de ces années déshonorantes.Mapuche \u2014 du nom d\u2019une ethnie chassée au fusil et presque disparue \u2014 est un livre sur la déshumanisation.Qn le saisit d\u2019autant plus rapidement que Caryl Férey raconte aussi, en parallèle presque et comme pour mieux illustrer l\u2019horreur, la suffisance et la méchanceté.une histoire d\u2019amour entre deux êtres brisés victimes de l\u2019égoïsme suicidaire des puissants et de leurs mercenaires.C\u2019est une histoire cruelle, dure, implacable, mais on y trouve des personnages remarquables portés par une écriture riche, dense, lumineuse souvent au point d\u2019éblouir malgré les noirceurs au cœur desquelles elle nous fait plonger.Un livre admirable, lucide, exigeant.Collaborateur Le Devoir MAPUCHE Caryl Férey Gallimard, coll.«Série noire» Paris, 2012, 450 pages Nouvel éditeur de photographies Robert Hébert, connu notamment comme commissaire d\u2019expositions de photographies de même que comme un diffuseur acharné de l\u2019actualité en ce domaine, lance une maison d\u2019édition.Cette nouvelle aventure porte le nom des éditions (Cayenne.La nouvelle maison lance son premier titre le 22 septembre à la galerie FQFA de l\u2019Université Concordia.Ce sera Personæ, un ouvrage de Pierre Dalpé, photographe montréalais.Personæ propose un choix des œuvres de Pierre Dalpé, photographe d\u2019abord connu pour son talent de portraitiste.Son travail a été exposé au Mexique, en Russie, aux Etats-Unis et un peu partout au pays.Le Devoir vieNt De paRaitRe Dossier Une Église appauvrie: une chance?Numéro 759 \u2022 septembre 2012 Les auteurs sont: Gregory Baum, Guy Côté, Amélie Descheneau-Guay, Catherine Foisy, Élisabeth Garant, Laurette Lepage, Agustf Nicolau-Coll, Patrice Perreault, Jacques Racine, jean-Claude Ravet, Denis Robitaille, Marco Veilleux.À lire aussi : le carnet de José Acquelin, la chronique littéraire de Virginia Pésémapéo Bordeleau, un article sur l\u2019avenir du Pays basque et un débat sur l\u2019idée de créer une agence québécoise de solidarité internationale.Artiste invité: Daniel LeBlond Sommaire détaillé et abonnement en ligne: www.revuerelations.qc.ca RGLâtlONS \u2019\u2018\u201c\u201c'¦\u2018im veut uns sociétéX ^ Une Église appauvrie ; Line chance?Un déclin saluuire L'engagement social catholique fragilisé Les laïques; l'appel au changement Eglise et société, un dialogue incertain Nouveautés Carnet de/osé Acquelin Chronique littéraire de Virginia Pésémapéo Bordeleau 8 NUMÉROS PAR ANNÉE, 44 PAGES Un an: 40$ Deux ans: 70$ À l\u2019étranger (un an] : 5$ $ Étudiant: 25 $ (sur justificatif) Abonnement de soutien : 100 $ (un an) J14-387-2541 p.226 I relationslglcjf.qcca Relations: 25, rue jarry Ouest Montréal (Québec) H2P1S6 EN VENTE DANS LES KIOSQUES ET LIBRAIRIES 6,00$ +TAXES Oui, je désire un abonnement de.NOM _______________________ .an(s), au montant de.ADRESSE CODE POSTAL .TÉLÉPHONE ( Je paie par chèque (à l\u2019ordre de Relations) dl ou carte de crédit CH NUMÉRO DE LA CARTE I I I I I I I I I I I I I I EXPIRATION I______I_____I_____I\tSIGNATURE_______________________ F 6 LE DEVOIR, LES SAMEDI I'^'^ ET DIMANCHE 2 SEPTEMBRE 2012 ESSAIS Le retour du nationalisme conservateur Louis CORNELLIER ^ il faut en croire les politologues Jean-Marc Piotte et Jean-Pierre Couture, un réseau intellectuel de nationalistes conservateurs de choc serait à l\u2019œuvre au Québec et viserait, «au nom d\u2019un passé mythifié et d\u2019une nation surplombante et divinisée, [à] liquider l\u2019héritage des multiples luttes pour la liberté, l\u2019égalité et la solidarité qui ont traversé le Québec».Les têtes d\u2019affiche de cette «école cohérente» seraient Japques Beau-chemin, Joseph-Yvon Thériault, Eric Bédard, Marc Chevrier, Gilles Labelle et Stéphane Kelly.Leur objectif : en finir avec le pluralisme et le nationalisme civique afin de renouer avec le «vieux nationalisme canadien-français».Telle est la thèse que soutiennent Piotte et Couture dans Les nouveaux visages du nationalisme conservateur au Québec.Selon les deux politologues, la défaite référendaire du camp du Oui, en 1995, aurait fait ressortir deux courants dans le mouvement souverainiste.Le premier, qui occupe le devant de la scène de 1995 à 2007, regroupe les partisans du nationalisme civique et pluraliste (Gérard Bouchard, Michel Seymour, Micheline Labelle et quelques autres), qui définissent la nation québécoise «par des lois communes et l\u2019usage du français comme langue publique commune».Cette tendance trouve grâce aux yeux de Piotte et Couture.Le deuxième courant, qui effectue une montée en puissance dans la foulée de la débâcle du Parti québécois en 2007 et du dépôt du rapport de la commission Bouchard-Taylor en 2008, réunit des intellectuels qui, selon Piotte et Couture, identifient «la nation québécoise à sa souche canadienne-française ».Sans nécessairement défendre un programme identique, ces penseurs partageraient des «dénominateurs communs»', «le passéisme, la critique conservatrice de la modernité, l\u2019épistémologie idéaliste, l\u2019oubli ou le rejet de l\u2019apport des sciences sociales et l\u2019euphémisation de leur conservatisme».Militants de gauche associés à la revue À bâbord!, qui défend des positions souvent très près de celles de Québec solidaire, Piotte et Couture rejettent cette seconde tendance, qu\u2019ils assimilent à un «repli sur soi» et à une régression sociopolitique.Les critiques qu\u2019ils lui réservent ont le mérite d\u2019alimenter le débat, mais elles manquent de nuances et sont parfois empreintes de mauvaise foi.D\u2019une tradition à l\u2019autre Certains des auteurs analysés dans cet ouvrage peuvent, en effet, être assimilés au courant de la 4roite conservatrice.C\u2019est le cas de l\u2019historien Eric Bédard, des politologues Marc Chevrier et Gilles Labelle et, dans une moindre mesure, du sociologue Stéphane Kelly, quatre auteurs qui critiquent sévèrement, sous divers prétextes, le modèle québécois issu de la Révolution tranquille.Qn ne peut, toutefois, ranger les sociologues Beauchemin et Thériault dans cette catégorie.Tous deux partisans de la social-démocratie, ce que reconnaissent au passage Piotte et Couture, ces sociologues plaident pour un attachement à une certaine tradition canadienne-française, mais leur projet relève d\u2019une démarche de philosophie politique qui exclut un retour au modèle socioéconomique d\u2019avant 1960 et qui montre que s\u2019inscrire dans une tradition n\u2019est pas nécessairement réactionnaire.11 est vrai, comme l\u2019écrivent Piotte et Couture, que, pour Thériault, «le sens d\u2019une société, l\u2019intention qui l\u2019anime, réside dans la mémoire d\u2019une tradition qui résiste à la modernité» et que, pour Beauchemin, «l\u2019indépendance serait l\u2019aboutissement heureux de notre survivance», mais cela ne fait pas pour autant de ces deux penseurs des clones intellectuels du maire Jean «la-la» Tremblay.Selon Piotte et Couture, depuis 1960, «la nation canadienne-française n\u2019est plus une réalité 0 Jean-Marc Piotte et Jean-Pierre Couture Les Nouveaux Visages du nationalisme conservateur au Québec Québec Amérique vivante» et s\u2019y référer comme à une inspiration pour guider les débats d\u2019aujourd\u2019hui serait franchement réactionnaire, surtout quand on considère les traits ethnicistes, colonialistes, racistes, patriarcaux, homophobes, autoritaires et messianiques qui ont caractérisé cette tradition.Piotte et Couture ne rejettent pas tous les recours au passé, mais ils proposent de renouer avec une autre histoire, «avec les patriotes, les rouges, le Refus global et les luttes du mouvement ouvrier».Selon eux, et ils ont en cela partiellement raison, «la nation québécoise, qui s\u2019est affirmée dans et depuis la Révolution tranquille, et le mouvement indépendantiste auquel elle a donné naissance auraient été impossibles sans cette critique impitoya- ble d\u2019un passé replié sur la survivance».Beauchemin et Thériault développent une autre lecture de ce processus.Ils ne nient pas la pertinence de la Révolution tranquille, mais déplorent que, dans son mouvement, les Québécois francophones aient oublié «l\u2019intention » qui anime leur histoire depuis le début.Piotte et Couture voient un progrès dans le rejet de l\u2019idéologie de la survivance.Beauchemin et Thériault défendent plutôt la nécessité, pour que la nation québécoise garde son sens, de se réconcilier avec le passé canadien-français et critiquent le fait que le Québec, depuis 1960, se définisse essentiellement sur le mode de la rupture avec le passé au lieu de concevoir son projet d\u2019émancipation nationale comme une modernisation de la survivance d\u2019hier.Dans Critique de l\u2019américanité, son plus important essai, Thériault évoque «l\u2019intentionnalité culturelle du Canada français» qui s\u2019est développée dans la tension «entre les valeurs universalistes de la démocratie et les valeurs parti-cularistes de défense de sa nationalité».Selon lui, la nation québécoise perd son sens si elle néglige les secondes pour ne plus laisser place qu\u2019à une société d\u2019individus sans ancrage.Beauchemin ne dit pas autre chose quand il plaide pour la nécessité d\u2019un projet national conçu comme «un projet politique d\u2019ensemble » qui rallie les identités fragmentées autour d\u2019un horizon commun qui n\u2019exclut pas, comme le suggèrent Piotte et Couture, les minorités, mais les invite plutôt à participer pleinement à la singulière aventure nationale québécoise.A la fois polémique et savant, cet essai tendancieux pour lecteurs avertis nourrit malgré tout un débat fondamental pour l\u2019avenir du Québec.louisco@sympatico.ca LES NOUVEAUX VISAGES DU NATIONALISME CONSERVATEUR AU QUEBEC Jean-Marc Piotte et Jean-Pierre Couture Québec Amérique Montréal, 2012, 176 pages Le suicide inachevé d\u2019Aquin Filippo Palumbo interprète l\u2019œuvre de l\u2019écrivain québécois en se référant aux écrits gnostiques KERO Hubert Aquin « semble devenir lui-même l\u2019instrument par lequel la force chtonienne qui préside à son existence réalise ses desseins néfastes et suicidaires», écrit Filippo Palumbo.MICHEL LAPIERRE Qui aurait pensé que les écrits gnostiques (if-nf siècles), d\u2019abord connus seulement à travers leqrs détracteurs, les Pères de J\u2019Eglise, puis découverts en Egypte en 1945 et traduits dans la Pléiade (2007), nous aideraient à interpréter l\u2019œuvre d\u2019Hubert Aquin?En s\u2019y référant dans sa Saga gnostica, Eilippo Palumbo nous explique le mot de l\u2019écrivain québécois: «Je ne construirai mon œuvre que sur les ruines de ma vie que j\u2019aurai consciemment anéantie.» L\u2019analyste littéraire d\u2019origine italienne installé à Montréal scrute l\u2019identification d\u2019Aquin avec «le Patriote errant» (comme l\u2019indique le sous-titre du livre), «ce révolutionnaire voué à la tristesse et à l\u2019inutile éclatement de sa rage d\u2019enfant», selon le narrateur de Prochain épisode (1965), qui ressemble au romancier.Palumbo exhume un projet de roman.Saga segretta (1970-1972), œuvre apparentée au gnosticisme et par laquelle l\u2019écrivain se se- rait seulement adressé à une poignée d\u2019initiés.En marge du christianisme naissant, les doctrines occultes des écrits gnostiques convergeaient vers l\u2019idée suivant laquelle le mal et sa conséquence, la mort, loin d\u2019être dus à la faiblesse humaine, appartiennent au côté obscur du démiurge qui anime l\u2019univers.Dans le plan de Saga segretta, Aquin s\u2019identifie à une «sorte d\u2019Ulysse» errant «au milieu de la mer des Ténèbres» à la recherche de «son île natale» au tréfonds de lui-même, vers l\u2019origine de la nuit démiurgique.Ce voyage intérieur est saisissant.Dès 1961, l\u2019écrivain déclare: «Je ne m\u2019accomplirai que dans la catastrophe.» Dans Prochain épisode, l\u2019indépendantiste québécois fait de son double V«incarnation suicidaire» de la révolte A\u2019«un peuple inédit».Dans Neige noire (1974), récit dont Palumbo souligne à juste titre l\u2019importance pour qui veut déchiffrer l\u2019hermétisme de la prose d\u2019Aquin, le romancier, attiré par la féminisation, rêve d\u2019anéantir son esprit en Norvège en y enviant l\u2019extase sexuelle de deux lesbiennes cosmopolites.En tentant la libération gnostique par, d\u2019après Palumbo, «une noyade dans les eaux de la Femme, un séjour prolongé au plus profond du psychisme », Aquin ne se détache pas du monde au moyen de son propre génie.Comme l\u2019explique l\u2019analyste littéraire, pourtant conscient de la grandeur de l\u2019écrivain, celui-ci «semble devenir lui-méme l\u2019instrument par lequel la force chtonienne qui préside à son existence réalise ses desseins néfastes et suicidaires».Confondant «son salut personnel » avec un salut collectif sur lequel il n\u2019avait aucun contrôle, Aquin n\u2019aurait, aux yeux de Palumbo, pas su parfaire le suicide intérieur exigé par le gnosticisme.C\u2019est un point de vue qui jette beaucoup de lumière sur le drame du romancier.Qn peut toutefois préférer voir en Aquin la voix la plus éloquente d\u2019un Québec littéraire qui, écrasé par des modèles trop anciens, trop prestigieux, trop étrangers, masque sa difficulté à s\u2019assumer lui-même.Collaborateur Le Devoir SAGA GNOSTICA Filippo Palumbo VLB Montréal, 2012, 368 pages Saga gnostica Hubert Aquin et le Patriote errant Fitippo Palumbo Un Lorimier du continent perdu MICHEL LAPIERRE Dans l\u2019imaginaire nord-américain, Daniel Boone (1734-1820), héros de la conquête anglo-saxonne de l\u2019intérieur du continent, occupe une grande place.Mais on ignore Pierre-Louis de Lorimier qui, avec ses compagnons amérindiens, captura en 1778 cet envahisseur.Fidèle à l\u2019esprit métis de la Nouvelle-France, le grand-oncle du patriote Chevalier de Lorimier n\u2019aurait pu séduire Hollywood.11 avait le défaut d\u2019être né près de Montréal.La chercheuse américaine Linda Clark Nash vient heureusement de combler une grave lacune en publiant, avec la collaboration du Québécois Fernand Grenier, l\u2019original français et la traduction anglaise des Journaux (1777-1795) de Pierre-Louis de Lorimier (1748-1812).Enrichi d\u2019une chronologie, d\u2019une intro- duction au contexte historique, de la présentation de chacun des trois textes annotés, son livre bilingue nous brosse le portrait du marchand qui fit la traite des fourrures au çœur du territoire actuel des Etats-Unis.Enfant lors de la Conquête anglaise du Canada (1759-1760), Lorimier s\u2019installe, dès 1769, dans la vallée de l\u2019Ohio, ancienne partie de la Nouvelle-France, très peu européanisée, officiellement devenue britannique depuis 1763, pour y commercer avec les Amérindiens non encore tout à fait assujettis aux nouveaux maîtres du territoire.Plus tard, toujours dans cette région, il résiste avec les autochtones aux empiétements commis par les Américains (ces Anglo-Saxons affranchis de la Grande-Bretagne depuis 1776).Puis il le fait sur la rive du Mississippi, dans la Louisiane d\u2019alors (immensément plus vaste que l\u2019Etat actuel du même nom), dont la France a cédé en 1762 à l\u2019Espagne, par le Pacte de famille (les rois des deux pays sont des Bourbons), la partie ouest, restée plus amérindienne, que ne réclame pas l\u2019Angleterre et où il vit.Cette partie rétrocédée q la France en 1800, les Etats-Unis l\u2019achèteront de Bonaparte en 1803.Depuis sa naissance, Lorimier, qui finira ses jours dans la région, à Cap-Girardeau (Missouri), aura vécu successivement sous quatre drapeaux : le français, le britannique, l\u2019espagnol, de nouveau le français et, enfin, l\u2019américain.Mais, dès son départ de la vallée du Saint-Laurent, il n\u2019aura cessé d\u2019habiter parmi les autochtones.11 s\u2019intégra surtout aux Chaouanons, assimilant leur langue, leurs coutumes, leur vision du monde.H partagea sa vie avec une Métisse chaouanonne qui lui donna plusieurs enfants.Dans ses Journaux, Lorimier montre que, malgré les efforts des Américains pour les déposséder et les chasser, les Amérindiens de la vallée du Mississippi tiennent à demeurer fidèles à deux rois, leur «Père le Français» et leur «Père l\u2019Espagnol qui ne font qu\u2019un», et que représentent, le plus souvent, des traitants «en-sauvagés» d\u2019origine canadienne.Existe-t-il un témoignage plus naïf et plus beau sur un continent autochtone et métis à jamais perdu ?Collaborateur Le Devoir JOURNAUX (1777-1795) Pierre-Louis de Lorimier Septentrion/Baraka Books Québec et Montréal, 2012, 208 pages ivieri librairie bistr Le mal du pays Le pouvoir peut-il y CHANGER QUELQUE CHOSE?Olivieri Au cœur de la société Jeudi 6 septembre à 19 heures LE MAL \u2022ixi DU PAYS LISE PAYETTE Entrée libre Réservation obiigatoire RSVP : 514.739.3639 Bistro : 514.739.3303 5219 Côte-des-Neiges Métro Côte-des-Neiges Causerie autour du dernier livre de Lise Payette Le mat du pays - Chroniques 2007-2012 (LUX Éditeur) Avec Lise Payette Fennme d\u2019engagement et aussi ministre sous le gouvernement de René Lévesque, Lise Payette a mené durant près de 50 ans un combat soutenu pour la cause des femmes, bien sûr, mais aussi pour la souveraineté du Québec, la liberté de la presse, l\u2019accès à l\u2019éducation et la justice sociale.Elle est chroniqueuse au journal Le Devo/r depuis novembre 2007 Josée Boileau Josée Boileau est rédactrice en chef du quotidien Le Devoir depuis août 2009.Diplômée en droit, en journalisme et en science politique, elle exerce son métier de journaliste depuis 25 ans.Elle est régulièrement invitée à commenter l\u2019actualité sur différentes tribunes."]
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