Le devoir, 22 septembre 2012, Cahier B
[" \\( 'iv-Mf*.% .} Philosophie Le capitalisme est en crise.Mais lequel?demanderait Braudel Page b 6 PERSPECTIVES CAHIER B .LE DEVOIR, LES SAMEDI 22 ET DIMANCHE 23 SEPTEMBRE 2012 Une femme de décision Avec la fermeture de Gentilly-2, Pauline Marois montre qu\u2019elle ne fera pas tout pour éviter la controverse Michel David examine les débuts de la «gouvernance verte» Page b 3 Idées Quand un séparatiste se sépare.Page B 5 Il n\u2019a fallu à Pauline Marois qu\u2019un seul Conseil des ministres, et son premier, pour annoncer qu\u2019elle annulait la hausse des droits de scolarité, qu\u2019elle abrogeait les dispositions de la loi 12 (le projet de loi 78) qui limitent le droit de manifester, qu\u2019elle abolissait la taxe santé et surtout que la centrale Gentilly-2 serait fermée à tout jamais, une décision qui affecte 700 travailleurs d\u2019Hydro-Québec.La première ministre est apparue volontaire et sûre d\u2019elle.A-t-on vu se lever la vraie Pauline Marois ?ROBERT DUTRISAC correspondant à Québec Il avait une part de marketing politique dans les annonces simultanées de jeudi.On voulait montrer, dès les premières heures du gouvernement pé-quiste, que Pauline Marois est une femme de décision, qu\u2019elle n\u2019avait pas peur de trancher.En ce sens, l\u2019opération est réussie.Cela contraste avec la Pauline Marois de la campagne électorale qui s\u2019est montrée, plus souvent qu\u2019à son tour, hésitante, quelquefois confuse, qui se tournait vers son attachée de presse Marie Barrette pour lui souffler, implorante: «Marie?» afin de savoir si elle devait répondre ou non à la question supplémentaire d\u2019un journaliste.Une Pauline Marois dépendante des communicateurs qui l\u2019entouraient et qu\u2019elle écoutait religieusement comme la bonne élève qu\u2019elle a toujours été.Dans la peau de la première ministre, Pauline Marois s\u2019est en quelque sorte transformée : elle sait où elle s\u2019en va et c\u2019est désormais elle qu\u2019on écoute, note-t-on dans son entourage.Durant la campagne électorale, une journaliste lui a demandé si elle était prête à gouverner.«Ça fait 35 ans que je m\u2019y prépare», a-t-elle répondu.Les prédécesseurs Pauline Marois a sans doute appris de Jacques Parizeau, qui n\u2019avait pas froid aux yeux et qui accordait beaucoup d\u2019importance à la préparation.Elle a sans doute aussi appris de Lucien Bouchard, qui s\u2019est fait fort de prendre des décisions difficiles.Alors qu\u2019elle était au plus bas dans les sondages, un conseiller lui a dit: «Je suis avec vous parce que vous êtes une femme politique qui n\u2019a pas peur.On peut vous comparer à un autre politicien : Jean Chrétien.Lui aussi n\u2019avait pas peur.» Une remarque qui a fait sursauter la chef, mais qui se voulait un compliment.De toutes les décisions annoncées jeudi, le déclassement de la centrale Gentilly-2 est la plus spectaculaire, la Les 100 premiers jours du gouvernement Marois seront déterminants.JACQUES BOISSINOT LA PRESSE CANADIENNE plus contestée aussi.Les syndicats d\u2019Hydro-Québec affiliés au Syndicat canadien de fonction publique (SCEP-ETQ) n\u2019ont pas tardé à faire une sortie publique pour dénoncer la décision, alors que le rapport d\u2019Hydro-Québec qui devait déterminer si la réfection de la centrale était économiquement viable n\u2019a pas encore été rendu public.Au gouvernement, on ,ex-plique que la société d\u2019Etat est arrivée à la conclusion qu\u2019il fallait fermer Gentilly-2 ; le gouvernement libéral n\u2019a simplement pas eu le courage d\u2019annoncer la décision avant les élections.Il n\u2019en demeure pas moins Pauline Marois a préféré faire un coup d\u2019éclat au lieu de préparer l\u2019opinion publique, dans les régions concernées du Centre-du-Québec et de la Mauricie surtout.Courtiser la CAQ Quoi qu\u2019il en soit, Pauline Marois a annoncé des décisions que son gouvernement minoritaire pouvait prendre sans avoir besoin de l\u2019appui de l\u2019un ou l\u2019autre des partis de l\u2019opposition.Pour récupérer les revenus dont se prive l\u2019État en raison l\u2019abolition de la taxe santé, soit 1 milliard de dollars, il faudra, une fois le budget présenté, faire adopter la loi omnibus qui le met en œuvre.C\u2019est dans ce projet de loi que se retrouvera la hausse d\u2019impôt pour les contribuables les plus riches et les autres mesures fiscales qui permettront de recouvrer le milliard «Je suis avec vous parce que vous êtes une femme politique qui n\u2019a pas peur.On peut vous comparer à un autre politicien: Jean Chrétien.» manquant.Au gouvernement, on croit que la Coalition avenir Québec appuiera l\u2019abolition de la taxe santé, car elle figure dans la plateforme électorale du parti de Prançois Legault.La stratégie du gouvernement Marois, dans sa situation minoritaire, consiste à courtiser la CAQ, à tabler sur des éléments communs de la plateforme des deux partis, voire à mettre en œuvre certaines propositions des caquistes.«On va les embrasser», nous confie un stratège péquiste.Le baiser de la mort sans aucun doute, puisque l\u2019objectif c\u2019est de vider la CAQ de sa substance, de Iqi enlever toute pertinence.Évidemment, à la CAQ, on n\u2019est pas dupe et on tentera de se distinguer.Mais il est clair que Erançois Legault n\u2019a pas intérêt à pousser son parti en élections de façon précipitée.Le véritable adversaire du gouvernement Marois, c\u2019est l\u2019opposition libérale.Certains libéraux, encouragés par la courte victoire péquiste, ne voient dans les résultats du 4 septembre qu\u2019un accident de parcours.Un nouveau chef libéral, élu en février, pourra corriger promptement cette aberration, croient-ils.Encore faut-il que la CAQ joue le jeu, ce qui n\u2019est pas évident.Pendant ce temps, le PQ mise sur les révélations de la commission Charbon-neau pour neutraliser le Parti libéral pour un bon bout de temps.L\u2019automne Au menu de la session d\u2019automne figure le dépôt d\u2019un projet de loi pour colmater les brèches de la loi 35 adop- tée en décembre 2011 et censée empêcher les entrepreneurs coupables d\u2019actes criminels graves d\u2019obtenir des contrats publics.Au sein du gouvernement Marois, on y voit une autre façon de taper sur le clou de l\u2019intégrité.«Sur cette question, je serai intraitable », martèle Pauline Marois par les temps qui courent.Comme Pauline Marois s\u2019y était engagée, la ministre responsable de la Charte de la langue française, Diane De Courcy, présentera un projet de loi pour renforcer la loi 101 avec tous les éléments chers aux péquistes: abolition des écoles passerelles, exigences linguistiques imposées aux petites entreprises, accès au cégep anglais réservé aux anglophones.Pauline Marois a déjà concédé que ce projet de loi ne pourra pas être adopté dans son intégralité.L\u2019élimination des écoles passerelles fait partie du programme caquiste et on croit au gouvernement que les dispositions visant les petites entreprises pourraient faire l\u2019objet d\u2019un compromis.Qn sait aussi que le ministre de la Justice, Bertrand St-Arnaud, a reçu comme mandat de donner accès à l\u2019aide juridique aux gagne-petit et d\u2019améliorer l\u2019aide apportée aux victimes d\u2019actes criminels.Mais la pièce de résistance de l\u2019automne, c\u2019est le Porum sur l\u2019enseignement supérieur que présidera le ministre de l\u2019Enseignement supérieur, de la Recherche, de la Science et de la Technologie, Pierre Duchesne.Qn compte sur ses talents de communicateur pour arriver à un consensus et permettre au gouvernement Marois de sortir indemne de l\u2019exercice.Les 100 premiers jours du gouvernement minoritaire péquiste seront donc déterminants.Qn croit dans le camp péquiste que Pauline Marois, une femme de décision qui sai( manœuvrer la barque de l\u2019État, gagnera en popularité du fait qu\u2019elle est à la tête du gouvernement.Qn connaît sa ténacité, sa persévérance; ce sont des qualités qui s\u2019expriment dans le temps.Qr on sait qu\u2019un gouvernement minoritaire vit sur du temps emprunté.Le Devoir B 2 LE DEVOIR LES SAMEDI 22 ET DIMANCHE 23 SEPTEMBRE 2012 PERSPECTIVES LES IDEES EN L\u2019ERE Pourquoi courir ?y fj (R f Antoine Robitaille à Québec Je ne fais pas de marathon.Je ne serais pas à Montréal dimanche pour souffrir sur 42,195 kilomètres.Pas cette année du moins.J\u2019y viendrai peut-être.Parce que comme plusieurs, je me suis mis à la course.Je le sais, cette mode de courir agace bien du monde.«Ça ressemble à une secte, votre affaire», m\u2019a lancé un jour un collègue de travail alors que je devisais statistiques avec un collègue-coureur.Ce type d\u2019engouement a de bons et de mauvais aspects.Fascinant de constater, année après année, l\u2019explosion des inscriptions arrx marathons et aux courses de différentes distances.Ces activités se déroulent souvent à guichets fermés.Les «revendeurs» de dossards sévissent plus que jamais ! Pour les organisateurs, c\u2019est devenu une occasion d\u2019affaires; pour chaque ville, un raisin essentiel dans la «grappe industrielle touristique».L\u2019offre de bébelles de course gonfle au rythme de la croissance de la vogue : montres, bas de contention, ceinturons technos, petites bouteilles design, etc.Les débats presque byzantins sur les vertus des chaussures «minimabstes» contre les «traditionnelles» font rage.Cette commercialisation est un peu triste en l\u2019occurrence ; car une des beautés de la course est son caractère naturel.Elle ne coûte pas cher.C\u2019est «une épreuve de pauvreté en un certain sens, parce qu\u2019au fond, pour courir, on n\u2019a besoin de rien», expliquait le philosophe (et coureur) Guillaume Le Blanc à l\u2019émission Les Nouveaux chemins de la connaissance, à France Culture (émission baladodiffusée que j\u2019ai écoutée.en courant) récemment.La course est à la portée de tous ou presque (il faut avoir de bons genoux, évidemment) ; elle est naturellement « démocratique ».Rien de plus facile que de faire comme lorsque nous étions enfants : mettre ses espadrilles et détaler.Pourtant, j\u2019ai longtemps détesté courir.Les raisons pour lesquelles je me suis mis à aimer cette activité \u2014 surtout les 10 kilomètres \u2014 m\u2019échappent encore passablement.«Ben voyons, c\u2019est ta crise de la quarantaine!», me suggéra une cousine.11 faudra sans doute que je fouille dans mon « continent inexploré » pour comprendre.Chose certaine, l\u2019intérêt pour la philosophie n\u2019a rien pour vous pousser à courir.Un certain mépris de la course constitue un «fil rouge» de l\u2019histoire de cette discipline, note Le Blanc, qui vient de publier Courir, Méditations physiques (Flammarion, sera disponible au Québec le 18 octobre).11 soutient que «depuis Platon, depuis le paradoxe de Zénon, depuis la victoire de la tortue marcheuse et opiniâtre sur Achille qui courrait très vite \u2014 mais qui était un peu fou fou au fond \u2014 il y a un discrédit jeté à la course».Le Blanc rappelle que Descartes, dans Le Discours de la méthode, écrivait: «Ceux qui ne marchent que fort lentement peuvent avancer beaucoup davantage, s\u2019ils suivent toujours le droit chemin, que ne font ceux qui courent, et qui s\u2019en éloignent.» Il fallait entendre Alain Finkielkraut, en 2007, mobiliser avec maestria l\u2019histoire de la philosophie tout entière pour dénoncer la pratique ostentatoire du jogging par le président \u2014 nouvellement élu alors \u2014 Nicolas Sarkozy.L\u2019école d\u2019Aristote était péripatétique: au Lycée, ce dernier enseignait en déambulant dans les allées.Le jogging?Pure «gestion du corps», «triomphe du calcul».Victoire sur ce qui «aurait à voir avec la conversation, la méditation, la longueur du temps».Elle est belle, cette critique de l\u2019ami philosophe.Mais évidemment, aucune passion de la course ne peut annihiler en soit le goût de la promenade ou le bonheur de réfléchir en marchant.On peut être «bi», en ces matières.Nulle utilité d\u2019antagoniser marche et course.La passion contemporaine pour la course a des racines bien ancrées dans notre époque.Régis Debray rappelle qu\u2019au milieu du xx® siècle, certains futuristes avaient prévu que «l\u2019usage immodéré de l\u2019automobile par les citadins provoquerait [.] l\u2019atrophie de leurs membres inférieurs, le bipède motorisé se désaccoutumant de la marche.Qu\u2019a-t-on vu en réalité ?Ceci: depuis que les citadins ne marchent plus, ils courent.Fanatiquement.Dans les parcs, ou, à défaut, en salle, sur tapis roulant.» Courir pour échapper à la sédentarité dans laquelle nous plonge notre époque ?Sans doute.Courir parce que nous sommes «faits pour ça» (pour reprendre le titre de ce fameux essai Born to Run) ?Indéniablement.Coiuir parce que cette souffrance, contrairement à bien d\u2019autres dans notre vie, on l\u2019a choisie?Sans doute aussi.Courir pour tester ses limites?«Pour moi, courir est à la fois un exercice et une métaphore.En courant jour après jour, en accumulant les courses, je dépasse les obstacles petit à petit et, lorsque j\u2019ai réussi à franchir un niveau supérieur, je me grandis moi-même», confie Haruki Murakami dans un livre très personnel, sans prétention ni prescription.Autoportrait de l\u2019auteur en coureur de fond (Bel-fond, 2009).Chaque coureur a ses raisons propres.Quand Miuakami écrit «je cours pour obtenir le vide», je ne me reconnais pas trop, puisque j\u2019aime davantage jogger avec des amis que seul.Et s\u2019il est possible, comme le croit Guillaume Le Blanc, d\u2019avoir une réflexion digne de ce nom en courant, permettez-moi d\u2019aller franchir quelques kilomètres, question de mieux cerner mes raisons.arobitaiUe@ledevoir.corn m 9 i À Islamabad, au Pakistan, les manifestants se sont rendus vendredi près du consulat des États-Unis.La colère du monde musulman FAROOQ NAEEM AGENCE ERANCE-PRESSE CLAUDE LEVESQUE Il y a une semaine, le monde musulman s\u2019est de nouveau embrasé, comme il l\u2019avait déjà fait à quelques reprises ces derniers temps.Qn a droit à chaque fois au même genre de scénario : un geste de provocation ou une image qui choque, des extrémistes qui crient vengeance et des foules plus ou moins importantes qui les suivent, vociférant sur fond de fumée et de flammes.Le dernier accès de colère a commencé début septembre avec la diffusion sur YouTube de la bande-annonce du film Innocence of Muslims, qui ridiculise le prophète de l\u2019islam.Plus de 30 personnes, dont l\u2019ambassadeur américain en Libye, sont mortes au cours des manifestations, qui se poursuivaient vendredi, jour de prières et de congé pour les musulmans.Depuis quelques jours, c\u2019est aussi contre la publication de caricatures de Mahomet dans le périodique français Charlie Hebdo que les islamistes se déchaînent.Dans le monde virtuel, YouTube a accepté de limiter l\u2019accès au fdm dans plusieqrs pays qui l\u2019avaient réclamé, de même qu\u2019en Egypte et en Libye, là oû les violences antiaméricaines avaient commencé.Le Département d\u2019Etat américain a présenté à la télévision pakistanaise une publicité pour expliquer qu\u2019il n\u2019a rien à voir avec la production de la vidéo, qui semble être l\u2019œuvre d\u2019activistes chrétiens d\u2019origine ég5q)tienne.Qn ne sait évidemment pas quand ni comment toute cette agitation va se terminer, mais sauf au Pakistan, on a cru voir une accalmie vendredi.Rappelons-le, il y a des précédents.En septembre 2005, des émeutes avaient éclaté en Décident et dans le monde musulman après la publication de douze caricatures de Mahomet dans un journal danois, faisant une centaine de morts.Les missions diplomatiques danoises avaient été prises pour cibles dans plusieurs pays.En septembre 2010, un prédicateur américain avait menacé de brûler publiquement des exemplaires du Coran.Il était passé aux actes le printemps suivant, déclenchant d\u2019autres gestes de violence.Opinion négative Il est évident que les sentiments derrière ces émeutes ne vont pas disparaître du jour au lendemain.Les sondages indiquent que plusieurs Qccidentaux ont une opinion négative des musulmans, et vice versa.Qn assiste donc à l\u2019exacerbation d\u2019une vieille méfiance réciproque, sans doute amplifiée par Internet et les réseaux sociaux.Il faut néanmoins mettre les choses en perspective : les manifestations ont peut-être fait descendre dans la rue une centaine de milliers de personnes, mais la religion de Mahomet compte plus d\u2019un milliard d\u2019adeptes, plus ou moins pratiquants.La France a fermé vendredi ses missions diplomatiques et culturelles dans plusieurs pays arabes, dont le Liban, oû le Hezbollah et d\u2019autres mouvements islamistes ont appelé à manifester.La branche libanaise des Frères musulmans a refusé de se joindre à eux, craignant que les protestations donnent lieu à des débordements, comme ce fut le cas en 2006.Cette année-là, une manifestation devant l\u2019ambassade danoise avait viré à l\u2019émeute.Au pays des cèdres, le contexte était particulier en raison de la visite du pape, le week-end dernier.Une première manifestation, attribuée à des salafistes dans le nord du pays, avait été particulièrement violente, vendredi de la semaine dernière.«Ensuite, une parenthèse s\u2019est ouverte avec l\u2019arrivée du pape et elle s\u2019est refermée avec son départ», relate Jean-Michel Landry, doctorant en anthropologie à l\u2019Université Berkeley, qui habite le Liban.M.Landry s\u2019est rendu à une des manifestations organisées par le Hezbollah : «C\u2019était une ambiance non seulement pacifique, mais familiale, note-t-il.Il y avait une majorité écrasante de chiites, mais aussi des chrétiens et des [musulmans] sunnites qui ont entendu l\u2019appel du pape, lequel a beaucoup insisté sur le dialogue et la coexistence entre les différentes composantes religieuses du pays.» Les autorités chrétiennes locales ont également exprimé leur sobdarité avec les musulmans qui se sont sentis insultés, tout en condamnant la violence.La liberté La publication des nouvelles caricatures de Mahomet a été critiquée par diverses institutions et personnabtés, allant de VOsservatore ro-mano à la mosquée al-Azhar, au Caire, en passant par le recteur de la Grande Mosquée de Paris, Dabi Boubakeur, qui a organisé la lecture d\u2019un message de paix dans les mosquées de la capitale française, vendredi, et le Conseil français du culte musubnan, qui a exhorté à «ne pas céder à la provocation».Le président du Conseü représentatif des bistitu-tions juives de France, Richard Pras-quier, a écrit de son côté : «Publier ces jours-ci, au nom de la liberté, des caricatures sur Mahomet est une forme de panache irresponsable.[.] La critique religieuse doit elle-même accepter d\u2019être critiquable: non sur son principe mais sur son opportunité.» Le directeur de Charlie Hebdo, le dessinateur Stéphane Charbonnier, s\u2019en tient à la défense stricte de la liberté de presse: «Si on commence à se dire, parce qu\u2019il y a 250 excités qui manifestent devant l\u2019ambassade des Etats-Unis, qu\u2019il faut différer ou ne pas publier ses dessins, ça veut dire que ce sont eux qui font la loi en France.» En février 2006, le journal satirique avait repris au nom de cette liberté les douze caricatures publiées par le quotidien danois Jyllands-Posten.L\u2019automne dernier, ses locaux ont été bicendiés à la suite de la publication d\u2019un numéro intitulé Charia Hebdo.Du côté du gouvernement français, qui a interdit la tenue d\u2019une nouvelle rqanifestation vendredi devant l\u2019ambassade des Etats-Unis, on répète que la liberté d\u2019expression est un droit fondamental, tout en désapprouvant «tout excès» ou «toute provocation ».Les musulmans sont-ils particulièrement prompts, justemenf à réagir à la mobidre provocation?«Tout être humain authentique et équilibré dans son identité serait interpellé.Si on brûlait la torah, les juifs seraient interpellés, si on brûlait la bible, les chrétiens le seraient aussi.Il faut se fé- «Les musulmans réalisent de plus en plus que c\u2019est un \\ jeu.A part une petite minorité, ils n\u2019entrent pas là-dedans.» liciter qu\u2019il n\u2019y ait pas eu de réactions polémiques au Canada.Si on regarde les pays oû il y a malheureusement eu des incidents et des pertes de vies humaines, on voit qu\u2019ils sont fragilisés et sujets à l\u2019instabilité», répond Souad Bounakhla, formatrice en gestion à la commission scolaue Mar-guerite-Boiugeoys et présidente de l\u2019association al-Arabyia.« Oui, tout le monde est pour la liberté d\u2019expression, mais quand celle-ci dérape au détriment d\u2019une valeur universelle importante comme le respect, ça ne me fait pas rire.» «Les musulmans réalisent de plus en plus que c\u2019est un jeu.A part une petite minorité, ils n\u2019entrent pas là-dedans.C\u2019est théâtral», poiusuit-elle.Injustice «Il y a des extrémistes des deux côtés, des gens qui jettent de l\u2019huile sur le feu», croit Noomane Raboudi, professeur de science politique à l\u2019Université d\u2019Qttawa.Ce dernier souligne que le printemps arabe a porté des islamistes, modérés et moins modérés, au pouvoir dans des pays clés comme l\u2019Egypte, ce qui permet à la rhétorique antioccidentale de s\u2019exprimer plus librement qu\u2019avant.Les protestations pourraient par conséquent durer encore un certain temps, selon lui.«Je ne suis pas en train de légitimer la violence, mais il y a un sentiment d\u2019injustice: le musulman se considère comme le dominé.Il y a accumulation de frustrations qui ne sont pas nécessairement violentes, mais qui rend monsieur tout le monde facilement manipu-lable par les extrémistes, ajoute l\u2019universitaire.Nous sommes dans une phase ou deux cultures n\u2019arrivent pas à communiquer, parce que le croisement de leurs histoires a toujours été conflictuel.» Les brûlots antimusulmans arrivent dans un contexte de crise économique, de blocages sociaux et de redécouverte identitaire.«Le climat était déjà prédisposé à une sorte d\u2019explosion et, à mon avis, les régimes en place ont adoré ce qui s\u2019est passé parce que c\u2019est une petite ouverture qui laisse sortir un peu de vapeur.» Sami Aoun, professeur de sciences politiques à l\u2019Université de Sherbrooke, déplore de son côté l\u2019absence d\u2019un véritable «dialogue interreligieux et interculturel qui irait au fond des choses».«La question est de savoir comment tous les croyants, musulmans, juifs ou chrétiens devraient faire un bon arrimage avec les idéaux de la modernité», dit-il.Le Devoir AGENCE ERANCE-PRESSE La Malaisie a aussi été touchée vendredi par les manifestations. LE DEVOIR, LES SAMEDI 22 ET DIMANCHE 23 SEPTEMBRE 2012 B 3 PERSPECTIVES TUBERCULOSE AU NUNAVIK Au-delà de la dernière crise MANON CORNELLIER Le village de Kangiqsualujjuaq, situé à l\u2019embouchure de la rivière George, à l\u2019est de la baie d\u2019Ungava, ne compte que 874 âmes, mais de ce nombre, 89 \u2014 soit plus de 10% de la population \u2014 ont dû se battre contre la tuberculose.Et c\u2019est sans compter les personnes irrfec-tées mais qui ne présentent pas de symptômes.Heureusement, personne n\u2019est mort, les autorités de la santé publique et la communauté ayant réagi avec diligence et vigueur.Mais personne ne sait pourquoi ce village plutôt qu\u2019un autre a été touché.«Un mauvais adon», de dire le chef du département de médecine générale du Nunavik, le 0\u201c^ François Prévost.Pour l\u2019anthropologue Bernard Saladin d\u2019An-glure, qui sillonne le Nord québécois depuis le milieu des années 1950, il faut, pour comprendre ces éclosions sporadiques de tuberculose dans les communautés du Nunavik, élargir la perspective.La tuberculose, note-t-il, est en résurgence partout dans le monde, y compris dans les pays industrialisés.Et les populations les plus touchées sont les plus vulnérables et les plus fragiles, dont les peuples aborigènes.«Les populations du Nord restent des populations fragiles», dit-il, malgré une amélioration de l\u2019accès aux services de santé et des logements plus salubres qu\u2019au début de leur sédentarisation dans les années 1940 et 1950, années d\u2019épidémies à répétition.La sédentarisation a contribué à cette fragilité parce que le choix des sites des villages créés par des Blancs tenait d\u2019abord compte de l\u2019accès par bateau et de la présence de sources d\u2019eau, explique-t-il.La proximité des territoires de chasse et de pêche des Inuits n\u2019entrait pas en ligne de compte.Les camps traditionnels des Inuits, en revanche, étaient dispersés sur le territoire pour être près de leur première source de nourriture.Mais au milieu du xx® siècle, «le caribou se faisait rare, les troupeaux étant en creux de cycle.Les Inuits avaient faim et étaient très démunis et ils ont commencé à s\u2019approcher des postes de traite et à se construire des abris de fortune avec ce qu\u2019ils trouvaient sur place.Les gens s\u2019y entassaient, offrant un terrain parfait pour la propagation de la tuberculose», raconte Gérard Du-haime, sociologue et spécialiste du Nord de l\u2019Université Lavâ.Désœuvrement Cet éloignement de leurs territoires de chasse et de pêche a aussi rendu la pratique de ces activités plus compliquée.«Il fallait maintenant des motoneiges, des bateaux, pour se rendre là où était le gibier.Pour mener ce genre de vie que nous appelons le progrès, il est devenu indispensable d\u2019avoir des ressources et de l\u2019argent», raconte Bernard Saladin d\u2019Anglure.Le désœuvrement s\u2019est donc installé, surtout chez les hommes n\u2019ayant pas les moyens de jouer leur rôle traditionnel.Ont suivi chez une partie de la A.\u2018 Mm i-^ JLU.\u201dTir I!!.ARCHIVES LE DEVOIR Malgré sa sédentarisation, la population de Kangiqsualujjuaq est une population fragile.population des problèmes de dépendance aux drogues et à l\u2019alcool, des substances amenées au départ par les travailleurs du Sud.La pauvreté est une réalité incontournable dans le Nord.«Il n\u2019est pas rare de voir un frigidaire vide», raconte le Prévost.Selon Gérard Duhaime, qui étudie tout particulièrement ces questions, plus de 35% des Inuits du Nunavik sont pauvres.Et le prix de la nourriture est prohibitif.11 n\u2019est pas rare que les gens doivent y consacrer plus de 60% de leurs revenus, dit-il.Ce qui explique que plusieurs villages aient des programmes d\u2019entraide, dont des congélateurs municipaux pour partager les fruits de la chasse.Or, qui dit pauvreté dit bilan de santé fragile et vulnérabilité accrue aux maladies infectieuses.Le diabète, l\u2019obésité sont endémiques, tout comme le tabagisme.Un autre grand problème est le logement.On estime qu\u2019il manque environ 1000 logements au Nunavik pour mettre fin au surpeuplement aigu.Le taux de naissances de la population inuk a toujours été élevé.Seulement à Kangiqsualujjuaq, la population a augmenté de 18,9% de 2006 à 2011, selon Statistique Canada.Mais à une certaine époque, un enfant sur deux mourait avant l\u2019âge d\u2019un an.Un certain équilibre démographique, quoique fragile, s\u2019était installé, raconte le professeur Saladin d\u2019Anglure.Les efforts pour combattre cette mortalité infantile ont été fructueux, mais per- sonne ne semble s\u2019être demandé ce qu\u2019il adviendrait de tous ces enfants.«L\u2019explosion démographique n\u2019est pas sans conséquence», souligne l\u2019anthropologue.Chômage, désœuvrement, pénurie de logements.Or, la construction de maisons, l\u2019approvisionnement en eau potable, l\u2019élimination des déchets et l\u2019aménagement des villages sont beaucQup plus compliqués dans le Nord.A cause du sol, du gel, de l\u2019isolement, de l\u2019absence d\u2019accès par voie terrestre.Et il y a la pollution laissée par de nombreux sites abandonnés de prospection minière, avec leurs barils, vieilles baraques et sols contaminés.«Le Nord est devenu un dépotoir, mais comme c\u2019est très grand, très loin et faiblement peuplé, on n\u2019en parle pas», déplore le professeur de l\u2019Université Laval.En fait, il est même parfois surpris que les Inuits aient survécu à tout cela.Aux éternels sourires qui l\u2019accueillaient à ses premiers voyages ont succédé des visages attristés de gens qui se cherchaienf mais la résilience a toujoms été au rendez-vous.Aujomd\u2019hui, dit-il, une nouvelle génération tente de motiver les jeunes, de les remettre en contact avec leur culture et leurs activités traditionnelles, avec ce tour du Nunavik en kayak et les courses de traîneaux à chiens qui mobilisent des collectivités entières.Collaboratrice Le Devoir « Il est devenu indispensable d\u2019avoir des ressources et de l\u2019argent» CONEOT TERRITORIAL ENTRE LA CHINE ET LE JAPON « Les États-Unis n\u2019ont pas intérêt à ce que le Japon cède » La Chine a décidé de ne pas lâcher prise dans l\u2019épreuve de force qui l\u2019oppose au Japon sur la souveraineté des îles appelées Diaoyu par Pékin et Senkaku par Tokyo.Depuis l\u2019annonce par Tokyo, le 10 septembre, de la nationalisation de ces îles inhabitées, les réactions chinoises se sont faites chaque jour plus virulentes.Alors que le gouvernement a envoyé à plusieurs reprises des navires patrouiller dans les eaux environnant ces îles disputées, sur le territoire chinois, les manifestations antijaponaises se multiplient, allant jusqu\u2019à menacer les intérêts économiques nippons en Chine.Valérie Niquet, responsable du pôle Asie à la Fondation pour la recherche stratégique (ERS), analyse les raisons de l\u2019escalade des tensions entre la Chine et le Japon.Pourquoi la Chine et le Japon s\u2019opposent-ils sur la question des îles Senkaku?Les tensions avec le Japon sur les îles Senkaku sont anciennes.La Chine a réagi à la nationalisation des îlots par le gouvernement japonais la semaine dernière, y voyant un défi lancé par Tokyo et un risque de paraître comme faible en interne comme en externe.Pourtant, le gouvernement japonais pensait faire un geste d\u2019apaisement envers la Chine en mettant un terme, par la nationalisation, aux mouvements incontrôlés autour de ces îles.Pour le Japon, il ne s\u2019agit pas à proprement parler d\u2019une nationalisation, car les îles Senkaku ont toujours fait partie de son territoire, et aucuqe opposition n\u2019avait été formulée lorsque les Etats-Unis, en 1972, ont restitué ces îles aux Japonais.Ce conflit territorial entre le Japon et la Chine s\u2019inscrit dans un cadre plus large.Depuis les années 2000, la Chine tente d\u2019imposer son emprise en mer de Chine, qu\u2019elle considère dans son ensemble comme faisant partie intégrante de son territoire.Ces revendications territoriales n\u2019étaient pas réellement formalisées avant cela.La Chine a depuis déclaré unilatéralement la mer de Chine comme son territoire, sans que cela soit reconnu au niveau international.Cela est à l\u2019origine de nombreux conflits dans Iq région : avec les Philippines, le Vietnam et les Etats-Unis, notamment.La maîtrise de la mer de Chine a des conséquences économiques globales: 80% des échanges économiques mondiaux passent par là.S ?AGENCE ERANCE-PRESSE Des manifestations ont eu lieu dans une centaine de villes en Chine dont Wenzhou.Ce conflit accompagne les revendications de puissance de la Chine.Pendant longtemps, Pékin n\u2019avait pas les moyens d\u2019étendre son emprise et jouait davantage d\u2019une politique d\u2019apaisement.Depuis la crise économique, les Chinois ont fait unç mauvaise analyse consistant à parier que les Etats-Unis sont affaiblis et donc que le moment est venu d\u2019avancer leurs pions en mer de Chine.Par ailleurs, les revendications nationalistes qui s\u2019expriment en Chine autour de ce conflit servent également au Parti communiste chinois (PCC) à trouver de nouvelles sources de légitimité.Même si la Chine enregistre des succès économiques, elle fait face en interne à des tensions politiques.Le pouvoir chinois est fragilisé à la veille du changement de direction à la tête du PCC.Le parti souffre en effet en interne d\u2019un réel problème de légitimité : aucun dirigeant ne peut imposer son pouvoir aux déférentes factions du parti qui sont prises dans une lutte de pouvoir.Une lutte de pouvoir qui se joue notamment entre des membres plutôt réformistes et d\u2019autres plus conservateurs.Ces derniers semblent pour le moment avoir la plus grande influence sur le pouvoir.Ni la Chine ni le Japon ne seront donc prêts à céder sur les îles Senkaku?En Chine, le Parti communiste dit défendre l\u2019honneur sacré de la patrie.En donnant une dimension nationaliste à ce conflit, le PC chinois ne peut reculer.Au Japon, une dimension nationaliste est également donnée à ce conflit, mais dans une moindre mesure.Pour le Japon, céder serait donner à Pékin le signal qu\u2019il ne peut lui opposer de résistance quant à ses ambitions maritimes en mer de Chine.Les Chinois testent les capacités de résistance du Japon et de ses alliés, comme les Etats-Unis.Si le Japon cède sous l\u2019effet des tensions, le risque est qu\u2019il n\u2019y ait plus de limites aux velléités de la Chine sur d\u2019autres territoires situés en meç de Chine.Les autres pays asiatiques et les Etats-Unis n\u2019ont donc pas intérêt à ce que le Japon cède.La Chine est-elle prête à s\u2019engager dans une guerre ouverte avec le Japon?La Chine ne cherche pas forcément une guerre ouverte avec le Japon.C\u2019est davantage une doctrine stratégique : elle teste l\u2019adversaire, mais le problème est de savoir si elle sera capable de maîtriser l\u2019escalade des tensions sous la pression des manéestations.L\u2019autre stratégie de Pékin est de jouer la déstabilisation dans l\u2019alliance entre le Japon et les Etats-Unis.Le pouvoir chinois répète que le Japon ne doit pas copipter sm les Etats-Unis.Une façon de dire aux Etats-Unis de ne pas trop soutenir le Japon dans ce conflit, au risque d\u2019envenimer ses relations avec Pékin.Cela q un retentissement dans certains milieux aux Etats-Unis où on ne veut pas d\u2019une guerre avec la Chine.Washington est face à un dilemme : soit il joue l\u2019apaisement en essayant de ne pas trop s\u2019engager contre la Chine, soit il réagit notamment s\u2019il y a une tentative de débarquement de navires chinois sur les îles, et il y aura alors le risque d\u2019un engrenage qui peut mener jusqu\u2019au conflit.Propos recueillis par Hélène Sallon Le Monde Les coupables Michel David Sam Hamad pensait bien avoir fait mouche.Imaginez, Pauline Marois avait créé un ministère de la « Gouvernance souverainiste», mais elle avait oublié le Revenu! Quelle sorte de gouvernement était-ce là ?Il est vrai que, sur le site de l\u2019Assemblée nationale, l\u2019ancien ministre des Finances, Raymond Bachand, était identifié formellement comme le ministre du Revenu jusqu\u2019au 19 septembre 2012, même si le ministère avait été remplacé par une agence, mais personne n\u2019avait précisé que son successeur, Nicolas Marceau, en était maintenant responsable.Au jour 1 du nouveau gouvernement, les médias n\u2019ont pas fait un plat avec cet « oubli » sans grande conséquence, préférant insister sur la rapidité avec laquelle la nouvelle première ministre avait tenu les promesses faites durant la campagne électorale.M\u201c® Marois doit cependant être consciente que sa victoire du 4 septembre a été trop courte pour que la lune de miel dure plus que le temps des roses.Tout ce qui pourra être interprété, à tort ou à raison, comme une illustration de son incompétence en matière économique et financière sera bientôt monté en épingle.L\u2019opinion publique n\u2019est pas toujours conséquente et elle est généralement à courte vue.Tout le monde est pour la vertu à la condition de ne pas en faire les frais, qu\u2019il s\u2019agisse de l\u2019assainissement des finances publiques ou de la protection de l\u2019environnement.Pour l\u2019heure, la «gouvernance verte», magnifiquement illustrée par l\u2019annonce de la fermeture de la centrale nu-Le\tcléaire de Gentilly-2 et ,\tl\u2019imposition d\u2019un moratoire développement apparemment permanent .\t, I\tsur l\u2019exploitation du gaz QUraDie\tschiste, bénéficie d\u2019un préjugé favorable dans la population.aussi difficile Sauf évidemment en ^\tMauricie et dans le Centre- a vendre que du-Québec, où la ferme-1\t\u2022 ture de la centrale va en- la souveraineté gore compliquer les choses pour le PQ.Improviser la nomination dTves-François Blanchet comme représentant de la région au cabinet, alors qu\u2019il n\u2019a même pas un statut de ministre, ne réglera rien.De façon générale, on a applaudi la volonté péquiste de revoir les redevances minières à la hausse.Au cours des dernières années, la meilleure façon de discréditer le Plan Nord était d\u2019accuser le gouvernement Charest de brader nos ressources naturelles aussi scandaleusement que le faisait jadis celui de Maurice Duplessis.M\u201c® Marois pourrait cependant découvrir que les avantages du développement durable sont presque aussi difficiles à vendre que ceux de la souveraineté.En vertu du principe qu\u2019un tiens vaut mieux que deux tu l\u2019auras, les promesses d\u2019un avenir meilleur sont souvent moins convaincantes que les avantages immédiats, même s\u2019ils sont limités et entraîneront des coûts à plus long terme.Pour peu que la conjoncture économique se détériore, et les indices sont plutôt inquiétants, les coupables sont tout désignés.Même s\u2019ils n\u2019y étaient pour rien, on montrera immanquablement du doigt ces kamikazes de l\u2019écologie qui sont prêts à sacrifier le pain et le beurre des honnêtes travailleurs.On entend déjà libéraux et caquistes répéter en chœur : on vous l\u2019avait bien dit ! est presque Il serait peu de dire que les milieux d\u2019affaires sont mécontents de ce qu\u2019ils ont vu et entendu jusqu\u2019à présent.Il y avait une menace à peine voilée dans les propos tenus jeudi par le président du conseil d\u2019administration de Minalliance, Normand Champigny.Les investissements dans l\u2019industrie minière sont appelés à augmenter «en supposant une stabilité des règles d\u2019investissemenf, notamment au chapitre des redevances ».A quand le prochain « coup de la Brink\u2019s » ?L\u2019aversion non dissimulée de la nouvelle ministre des Ressources naturelles, Martine Ouellet, pour le gaz de schiste a amené le président de l\u2019Association pétrolière et gazière du Québec (APGQ), Lucien Bouchard, à faire vendredi une «mise au point» qui avait aussi valeur d\u2019avertissement.Dans la bataille rangée qui s\u2019annonce, les porte-parole économiques du gouvernement Marois auront bien du mal à faire contrepoids comme pouvaient le faire Jacques Parizeau ou même Bernard Landry.Personne ne nie les compétences technique^ du nouveau ministre des Finances et de l\u2019Economie, Nicolas Marceau.Qn dit aussi beaucoup de bien de sa ministry déléguée au Développement industriel, Elaine Zakaïb, mais leur faible ascendant sur l\u2019opinion publique rend le gouvernement très vulnérable.Le nouveau leader parlementaire de l\u2019opposition officielle, Robert Dutil, a eu une expression dévastatrice vendredi.Le gouvernement Marois a décrété «un moratoire sur l\u2019économie», a-t-il lancé.S\u2019il fallait que le taux de chômage augmente d\u2019un ou deux points.mdavid@ledevoir.com 732541 B 4 LE DEVOIR LES SAMEDI 22 ET DIMANCHE 23 SEPTEMBRE 2012 EDITORIAL GOUVERNEMENT MAROIS AX Bernard Descôteaux La manière Marois Voilà seulement quatre jours que Pauline Marois est entrée en fonction comme première ministre du Québec, et déjà nous découvrons une autre Pauline Marois.Une Pauline Marois métamorphosée par les nouveaux habits qu\u2019elle a endossés mercredi.1 y a tellement longtemps que Pauline Marois fait partie de notre paysage politique que l\u2019on ne peut qu\u2019être surpris par le changement de personnalité qui s\u2019est opéré chez elle.A la place du ton doux et conciliant qui était le sien \u2014 «je suis une rassemUeuse», disait-elle souvent\u2014, la voici devenue femme de décision et d\u2019action, sûre d\u2019elle-même et assumant sans réserve toute l\u2019autorité qui lui vient de sa fonction.Parfois, l\u2019habit fait le moine.Dans le cas présent, l\u2019énorme pouvoir qui est attaché au titre de premier ministre fait la différence.Quand elle était chef de l\u2019opposition, tout un chacun pouvait contester son autorité, ce dont personne ne s\u2019est privé.Aujourd\u2019hui, elle a le pouvoir de nommer et de dénommer ministres et hauts fonctionnaires.Aucune décision ne sera prise sans son accord.Cela donne de l\u2019assurance.La métamorphose de sa personnalité politique n\u2019a pas commencé le 4 septembre.En janvier, elle émergeait d\u2019une longue crise interne dont le Parti québécois a le secret.Sa résilience lui avait valu le qualificatif de «dame de béton».Elle peut prétendre à raison que la victoire du 4 sep-\u2014 tembre est la sienne.Si cette victoire est incomplète, faute d\u2019avoir obtenu la majorité souhaitée, r- '\telle a par contre maintenant les moyens, ceux que lui donne le pouvoir, pour y parvenir.Dès son discours de victoire le soir du 4 sep-'\t\"\ttembre, les Québécois auront trouvé chez la chef péquiste une assurance qu\u2019ils n\u2019avaient pas vue chez elle auparavant.Disparus, les moments d\u2019hésitations et d\u2019incertitude de la campagne électorale.Elle était devenue une femme d\u2019Etat.Mercredi, ce n\u2019était plus Pauline, comme l\u2019appellent familièrement bien des gens, qui présentait son cabinet, mais madame la première ministre, tout comme lors de sa première conférence de presse jeudi.Rarement aura-t-on vu un nouveau premier ministre passer aussi rapidement à l\u2019action.Si on prévoyait l\u2019annulation rapide de la hausse des droits de scolarité, on ne s\u2019attendait pas à la confirmation de la fermeture de la centrale Gentilly-2.Et vendredi, elle nous montrait qu\u2019elle savait réagir en corrigeant l\u2019erreur de ne pas avoir confié la responsabilité de la région du Centre-du-Québec et Mauricie à un élu de cette région.Le sous-texte derrière la détermination ainsi affichée de M\u201c® Marois est limpide.L\u2019opposition sait qu\u2019elle est solidement aux commandes et décidée à agir en dépit de son statut minoritaire.Quant aux Québécois, ils savent qu\u2019elle entend tenir ses promesses, y compris les plus exigeantes telle l\u2019atteinte de l\u2019équilibre budgétaire.La contrepartie des annonces de cette semaine est l\u2019impression de précipitation.Les employés de Gentilly-2 le ressentent ainsi.De la même manière, plusieurs se demandent pourquoi avoir annoncé l\u2019annulation immédiate de la taxe santé sans attendre de mieux connaître la situation financière du gouvernement.«Souples dans les moyens, fermes sur les objectifs», a dit M\u201c® Marois.Bien ! Si en quatre jours, elle nous a convaincus de sa volonté d\u2019atteindre ses objectifs, reste à voir ce qu\u2019il en sera de la souplesse.Ici, l\u2019opposition aura le gros bout du bâton.Déjà elle sait que plusieurs de ses objectifs ne pourront être atteints, dont l\u2019adoption de sa charte de la laïcité ou le cégep en français pour tous, exception faite des anglophones.Elle aura aussi les mêmes difficultés avec le gouvernement Harper, qui déjà a écarté le transfert de l\u2019assurance-emploi au Québec.Imaginons que nous reverrons bientôt se manifester la politicienne conciliante et rassembleuse que Pauline Marois a déjà été.DROITS DE SCOLARITÉ Élever le débat 18 h 45 jeudi, le tout nouveau ministre de l\u2019Enseignement supérieur, de la Recherche, de la Science et de la Technologie, Pierre Duchesne, a apposé sa signature sur son tout premier décret.Sur son blogue, à l\u2019entrée «Ma première journée en tant que ministre», l\u2019ex-journaliste évoque cet élément fort de sa journée.En paraphant le document, il entraînait l\u2019annulation de la loi-matraque.Le geste est lourd de sens et de symbole.Plus que la hausse des droits de scolarité, qui a scindé le Québec en deux camps boudeurs, c\u2019est l\u2019imposition de cette loi par des libéraux provocateurs qui a gonflé l\u2019indignation des citoyens.Il est sage et heureux que la première ministre Pauline Marois n\u2019ait pas tardé pour annuler la hausse des droits décrétée par le précédent gouvernement.L\u2019aide financière est maintenue pour la première année, tout simplement parce que les sommes avaient déjà été versées en partie.Voilà pour les décisions, dont nous saluons la portée.Les réactions maintenant.Les fédérations étudiantes ont crié victoire, se félicitant d\u2019une persistance ayant «payé».La CLASSE s\u2019est montrée réservée : tant et aussi longtemps que le spectre d\u2019une indexation ne sera pas écarté, le soulagement de ce groupe ne sera pas complet.Les détracteurs des étudiants grincent des dents : la jeunesse revendicatrice n\u2019a pas étudié, n\u2019a pas payé sa hausse et reçoit malgré tout une bonification des prêts?La honte ! Toutes ces réactions à chaud restent superficielles en comparaison de cette lancinante question: quelle est l\u2019importance de l\u2019enseignement supérieur au Québec ?Il est donc bien tôt pour sonner le clairon de la victoire.Notre société est encore meurtrie par un printemps trouble; des étudiants sont grandis par la dernière bourrasque de solidarité, soit, mais leur parcours scolaire fut tronqué ; les universités sont inquiètes de leur essor futur ; et la collectivité n\u2019en a même pas profité pour remonter au passage l\u2019éducation dans la liste de ses valeurs phares.Dans ce contexte fragile, Pierre Duchesne porte une responsabilité des plus lourdes : pas celle de trancher dans un débat gel-dégel, car cela serait glisser à nouveau en surface.Non.Avec le Sommet sur l\u2019enseignement supérieur et son objectif de «forger un consensus », le ministre a le défi de sortir des ornières habituelles.Les sentiers déjà empruntés sont autant de pièges.Il lui faut élever le débat, éviter un face-à-face étudiants-recteurs, voué à la stérilité.Voyons d\u2019abord l\u2019importance que vaut l\u2019éducation collégiale et universitaire au Québec.Causons facture ensuite.Marie-Andrée Chouinard LE DEVOIR FONDÉ PAR HENRI BOURASSA LE 10 JANVIER 1910 FAIS CE QUE DOIS ! Directeur BERNARD DESCOTEAUX Rédactrice en chef JOSÉE BOILEAU Vice-présidente, finances et administration CATHERINE LABERGE Directeur de l\u2019information ROLAND-YVES CARIGNAN Directeurs adjoints de l\u2019information PIERRE BEAULIEU, LOUIS LAPIERRE, JEAN-ERANÇOIS NADEAU, PAUL CAUCHON Directeur artistique CHRISTIAN TIFEET Directeur, ventes publicitaires JOSÉ CRISTOFARO L\u20ac FUEMÎeP CÉSTf VCVfRoMiqwt HIVoa/, Wowv£n.E AAiNîçtPt vilé&uée à a ppoT^ction pf «-a jfnA/f ŸAîlioNNt fàÎT MiîÈP\u2019K' Tu , M\u2019ftppfufç Buwau 4P U prtmVefe im'inistre LETTRES Arithmétique nouvelle ?L\u2019environnement, enfin ! Dominique Boivin affirme que, dans un système électoral proportionnel, «le PLQ n\u2019aurait peut-être obtenu qu\u2019une dizaine, peut-être moins, de députés».J\u2019ignore à la suite de quels calculs il arrive à cette conclusion, mais le principe de la représentation proportionnelle veut que l\u2019assemblée élue reflète autant que possible le résultat du vote populaire.Dans le cas présent, le PQ et le PLQ auraient chacun à peu près le même nombre de députés, puisque le vote populaire a été sensiblement le même entre eux : PQ, 31,9%, PLQ, 31,2%, ce qui donnerait 40 députés péquistes et 39 libéraux, les caquistes élisant quant à eux 34 députés et les solidaires, 7.On est très loin des calculs de M.Boivin, qui semble mal maîtriser le principe de la représentation proportionnelle.Quand il affirme : «Je cherche en vain où est l\u2019appui impressionnant [du PLQ] au suffrage populaire», il pourrait en dire tout autant du PQ ! Georges Langlois Montréal, le 20 septembre 2012 Pour la première fois sans doute au Québec, un premier ministre a l\u2019audace de nommer, au poste de ministre de l\u2019Environnement et à celui des Ressources naturelles, deux personnes, Daniel Breton et Martine Oueîlet, qui croient véritablement à l\u2019importance de protéger l\u2019environnement et d\u2019utiliser de manière durable, pour tous les Québécois, les ressources naturelles.M\u201c® Marois démontre une grande lucidité dans sa reconnaissance de l\u2019importance primordiale du pilier environnement dans le trio d\u2019inséparables que forment l\u2019environnement, les mesures sociales et l\u2019économie.L\u2019impératif environnemental est souvent mal compris et mis de côté au profit de l\u2019économie parce que les effets de le négliger ne se font sentir qu\u2019à plus long terme.Pourtant, il constitue le fondement même et Tunique garantie véritable de la viabilité des sociétés humaines et de leur économie.L\u2019ex-ministre Bachand a confirmé sans équivoque que le discours sur le développement durable du PLQ a toujours été de la poudre aux yeux, en traitant les deux nouveaux ministres de «radicaux».En effet, selon ce credo néolibéral, si quelqu\u2019un se soucie réellement de l\u2019environnement, c\u2019est un radical, mais s\u2019il se préoccupe quasi exclusivement de l\u2019économie, c\u2019est un lucide.Quant à la présidente de la Eédération des Chambres de commerce du Québec, elle a dit du nouveau cabinet Marois qu\u2019on n\u2019y trouve «pas de gens qui comprennent la réalité des entreprises».On pourrait lui répondre qu\u2019il n\u2019y a que bien peu de gens d\u2019affaires qui semblent vraiment comprendre la réalité et l\u2019importance d\u2019un environnement en santé.Beaucoup des tenants de l\u2019économie s\u2019inquiètent à tort de l\u2019arrivée d\u2019un gouvernement soucieux de protéger Tenvi-ronnement et d\u2019en faire partager les richesses à tous.La qualité de vie ainsi que le bien-être économique de tous les Québécois seront améliorés si Ton mise réellement sur la protection du patrimoine naturel, sur l\u2019augmentation des sources d\u2019énergie vertes et sur une exploitation des richesses qui soit respectueuse de la nature et des habitats humains.Jean Pinze Québec, le 20 septembre 2012 REVUE DE PRESSE Et tant pis pour la vérité.MANON CORNELLIER Les conservateurs ont relancé la session parlementaire en se livrant à une attaque en règle contre les néodémocrates, les accusant faussement de vouloir imposer une taxe sur le carbone.Ils sont même allés jusqu\u2019à affirmer que la politique du NPD représentait une des pires menaces qui soient pour l\u2019économie canadienne.Le mensonge, car c\u2019en est un, n\u2019est pas passé inaperçu et plusieurs chroniqueurs se sont employés à rectifier les faits.Avec les mêmes arguments.En voici un petit échantillon.D\u2019abord Dan Gardner, de l\u2019Ottawa Citizen, qui résume bien l\u2019état d\u2019esprit général et dont le texte vaut la peine qu\u2019on s\u2019y attarde.Gardner rappelle aux conservateurs, au cas où ils l\u2019auraient oublié, que ce sont eux qui sont au pouvoir et que le NPD est dans l\u2019opposition, donc incapable d\u2019aller de l\u2019avant avec sa politique.Deuxièmement, ce dont on accuse le parti de Thomas Mulcair est faux.Le NPD propose plutôt un système de plafonds et d\u2019échanges d\u2019émissions de carbone, ce qui est différent d\u2019une taxe sur le carbone.Les conservateurs le savent, eux qui proposaient la même chose en 2008.«Les conservateurs sont tellement effrontés qu\u2019ils seraient prêts à affirmer que le perroquet n\u2019est pas mort, mais se repose», poursuit Gardner, faisant allusion à un sketch de Monty Python où un commis persiste à dire à un client, qui secoue un perroquet inerte dans tous les sens, que ce dernier n\u2019est pas mort.Le journaliste déplore ce «stratagème bien calculé» où l\u2019important n\u2019est pas de dire la vérité, mais de parler de la politique du NPD de manière à mettre Thomas Mulcair sur la défensive.Mais, dit Gardner, «je peux les traiter de menteurs cyniques qui grimaceraient en se regardant dans le miroir s\u2019ils avaient une once d\u2019intégrité intellectuelle, mais ils s\u2019en fichent.Ils savent que la majorité des gens ne suivent pas la politique de près.[.] Les gens vont capter un peu du bruit de fond et retenir que le NPD veut une nouvelle taxe à laquelle Stephen Harper s\u2019oppose.Voilà l\u2019essentiel qu\u2019ils veulent que le public retienne ».Les corrections des journalistes ne font qu\u2019ajouter au bruit.Ce ne sont pas nécessairement les politiques de ce gouvernement qui le font le plus grincer des dents, dit Gardner, mais «le cynisme renversant et le mépris qui leur servent de fondation.Mépris du Parlement, de la magistrature, des médias et de quiconque se met sur leur chemin.Mais plus que tout, mépris des Canadiens auxquels Stephen Harper dit sans sourciller que le perroquet n\u2019est pas mort, qu\u2019il ne fait que se reposer.Il pense qu\u2019il peut s\u2019en tirer avec cela.Il pense que nous sommes des crétins.Peut-être qu\u2019il peut s\u2019en tirer.Peut-être que nous sommes des crétins.Mais le foutu perroquet est bel et bien mort».Hypocrisie Sa collègue Kate Heartfield, toujours de l\u2019Ottawa Citizen, note que les conservateurs ont quand même réussi à atteindre leur but, puisque la plupart des articles écrits pour corriger les faits soulignent qu\u2019une taxe sur le carbone et un système de plafonds et d\u2019échanges pourraient avoir le même impact économique au final.Astucieux, dit-elle, si on oublie «l\u2019hypocrisie» d\u2019un parti qui a lui-même défendu un système de plafonds et d\u2019échanges en 2008.De plus, il est faux de dire qu\u2019un tel système et une taxe sont la même chose.Parfaitement conçues, ces deux méthodes arriveraient aux mêmes résultats, mais elles sont différentes à tous points de vue : la conception, la mise en œuvre, les mécanismes de contrôle, la bureaucratie.Impossible, donc, de garantir des résultats identiques.Heartfield explique les nuances autour des différents systèmes, avant de démontrer que ce que les conservateurs ont toujours eu en tête \u2014 le recours à la réglementation \u2014 est un des pires systèmes qu\u2019on puisse imaginer.«Presque n\u2019importe quelle politique intégrant un prix sur le carbone est préférable à cela, mais toutes ces politiques ne sont pas égales», conclut-elle.Auteur d\u2019un livre sur la politique des changements climatiques.Jeffrey Simpson, du Globe and Mail, n\u2019est pas plus tendre.D\u2019entrée de jeu, il note que «la machine agressive du Parti conservateur, avec ses publicités télévisées, ses discours et scénarios préfabriqués, a toujours reposé sur une exagération teintée de mensonge.A cela, on peut ajouter, depuis le retour du Parlement, une hypocrisie flagrante, puisque la machine et ses porte-voix \u2014 les députés conservateurs \u2014 attaquent avec leur habituelle véhémence la politique sur laquelle ils ont eux-mêmes fait campagne».Maintenant, ils accusent le NPD de vouloir imposer une taxe sur le carbone parce que ce parti défend la même politique.Pour Simpson, c\u2019est une démonstration de plus que les conservateurs n\u2019ont jamais beaucoup tenu à s\u2019attaquer aux émissions de gaz à effet de serre (GES).Il rappelle que mettre un prix sur le carbone, peu importe le moyen, «est un élément indispensable de tout plan sérieux de réduction des émissions de GES».Après avoir expliqué la différence entre système de plafonds et d\u2019échanges et taxe.Simpson convient que tout système a un coût qui finit par être refilé aux consommateurs.Mais il en va de même des règlements que concoctent les conservateurs, une solution considérée moins efficace pour limiter les coûts qu\u2019ils dénoncent.mcornellier@ledevoir.com LE DEVOIR LES SAMEDI 22 ET DIMANCHE 23 SEPTEMBRE 2012 B 5 IDEES CHARTE DE LA LAÏCITE Quand un séparatiste se sépare JEAN DORION Sociologue, l\u2019auteur a été attaché politique du ministre de l\u2019Immigration Jacques Couture, directeur de cabinet du ministre Gérald Godin, agent de liaison avec les communautés culturelles, président de la SSJB de Montréal, délégué général du Québec à Tokyo et député du Bloc québécois es sondages annonçaient un gouvernement péquiste et nous en avons un.Au moins, on ne pourra pas traiter mon virage électoral d\u2019opportuniste : pour la première fois depuis qu\u2019existe le PQ, je n\u2019ai pas voté pour ce parti.Cette rupture m\u2019a déchiré._________ Elle me fera perdre des amis, décevra des militants sincères, sera mal interprétée.Je ne l\u2019ai pas rendue publique avant l\u2019élection : elle eût été vue comme une trahison plutôt qu\u2019une occasion de réflexion.Non, je ne suis pas le Guy Bertrand des temps modernes.Et je refuse à l\u2019avance toute invitation à venir me reposer à Sagard.Mais un moment arrive où il faut trancher.C\u2019est que je ne pouvais tout simplement pas me rallier au projet bidon de Charte de la laïcité du PQ.Ce projet, s\u2019il se poursuit, divisera une société déjà trop divisée.11 rendra encore plus difficile l\u2019indépendance du Québec, en nous aliénant les secteurs d\u2019opinion libéraux du reste du continent, les seuls susceptibles autrement de respecter notre choix.Et il saccagera pour longtemps notre relation avec la plus grande immigration francophone qu\u2019ait connue le Québec, un milieu, hier encore, plutôt ouvert à nos aspirations : le PQ avait quatre candidats musulmans en 2007, aucun cette année.Les poulets ne votent pas pour le colonel Sanders.Paravent de l\u2019intolérance Et nous n\u2019avons pas besoin d\u2019une telle charte ! Sauf ajustements mineurs, le Québec est déjà une société laïque, résultat de mesures prises par la Révolution tranquille, couronnées par la déconfessionnalisation scolaire.Bravo aux gens qui l\u2019ont réclamée \u2014 j\u2019en faisais d\u2019ailleurs partie \u2014 et à Pauline Marois qui l\u2019a fait inscrire dans la loi et la constitution.Hélas, quand une personnalité politique peut se targuer d\u2019un succès dans un domaine, elle semble incapable de ne pas en remettre, croyant plaire encore plus avec more of the same.Le projet de laïcisation bis du PQ donnerait raison à Karl Marx, qui disait que l\u2019Histoire se répète, mais la deuxième fois sous forme de farce.Que dire en effet d\u2019un parti qui vote le maintien d\u2019un crucifix à l\u2019Assemblée nationale mais prône en même temps l\u2019interdiction de travailler dans les secteurs public et parapublic pour les simples citoyens qui arborent, à titre personnel, un signe religieux comme le foulard islamique ou la kippa juive ?Le crucifix ne m\u2019empêche pas de dormir, la laïcité comme paravent de l\u2019intolérance, oui.Depuis quatre ans, j\u2019ai tenté de convaincre plusieurs députés péquistes d\u2019éviter ce piège.La réponse finale à mes discrètes représentations et à celles d\u2019autres intervenants fut le parachutage de M\u201c® Djemila Benhabib dans Trois-Rivières, augure d\u2019une laïcité « fermée » à double tour.J\u2019ai lu les livres de cette femme d\u2019une seule cause.Elle a beaucoup souffert et me paraît très sincère.J\u2019en dirais autant du sénateur Pierre-Hugues Boisvenu, pourfendeur du crime.Malheureusement, avoir souffert et avoir des comptes à régler ne fait pas forcément de quelqu\u2019un le conseiller le plus judicieux.Les remèdes du sénateur contre le crime (plus de répression que de prévention) augmenteraient la criminalité.La Charte discriminatoire du PQ, sans parallèle en Amérique du Nord, ferait l\u2019affaire des extrémistes islamistes, qui doivent se croiser les doigts en espérant son adoption.Compatibilité des vues Je défendrai toujours le droit de chacun de critiquer toute institution, religions comprises.Mais le choix d\u2019une candidature par un parti n\u2019est pas affaire de droit, mais de pertinence.J\u2019ai connu et apprécié pas mal de musulmans, de sikhs et de juifs : j\u2019ai été agent de liaison du gouvernement avec ces communautés.Le parachutage de M\u201c® Benhabib à Trois-Rivières est un aussi mauvais coup pour le PQ dans la communauté musulmane que le choix de Stéphane Dion comme chef du PLC l\u2019avait été dans le Québec français pour ce parti.Dans les deux cas, un parti s\u2019est entiché d\u2019un membre d\u2019une minorité, non pas à cause des efforts de cette personne pour qu\u2019on comprenne mieux la minorité, mais uniquement pour la compatibilité de ses vues avec les phobies de la majorité.Je ne connais pas chacun des 200000 musulmans du Québec, mais tous ceux que je connais, pratiquants ou pas, ont vu le parachutage de l\u2019auteure de Ma vie à contre-Coran comme une provocation.Comment réagiraient les chrétiens (les pratiquants ou même ces non-pratiquants qui veulent un crucifix à l\u2019Assemblée nationale) à la candidature d\u2019une personne dont le mérite le plus vanté serajt un livre intitulé Ma vie à contre-Evangile?A mon avis, les responsables de ce choix ne manifestent pas le jugement et la sensibilité requis par un projet aussi complexe et exigeant que l\u2019accession du Québec à la souveraineté.Comme Maurice Duplessis, qui faisait lui aussi une partie de son beurre électoral sur le dos d\u2019une minorité religieuse (les Té- ILLUSTRATION CHRISTIAN TIFFET moins de Jéhovah), ils s\u2019intéressent davantage à leur réélection qu\u2019à l\u2019avenir du Québec comme société.La France, un modèle ?Des arguments d\u2019apparence respectable sont invoqués contre la présence dans les services publics de femmes portant le foulard.Ainsi prétend-on les « libérer », comme si emploi et salaire n\u2019étaient pas les premiers garants de leur liberté.Mais le motif le plus évident, c\u2019est la peur de ce qui est étranger, comme l\u2019illustre la contradiction au sujet du crucifix.Le second motif en importance est probablement, chez une partie des baby-boo-mers, un héritage inversé d\u2019un Québec révolu : l\u2019hostilité obsessive envers les religions et le mépris pour leurs adhérents.Cette hostilité, ce mépris ne donneront rien de bon dans un Québec où la diversité s\u2019accroît.La stigmatisation des croyants n\u2019est pas propre à créer beaucoup d\u2019empathie chez et envers les immigrants qui, en majorité, attachent beaucoup d\u2019importance à leur religion, chrétienne, musulmane ou autre.Le modèle à imiter, paraît-il, serait la Lrance, pays que j\u2019aime passionnément, mais pas à la folie.11 détient, depuis la Deuxième Guerre, le championnat du monde occidental pour l\u2019appui de son électorat à un parti ouvertement xénophobe, si l\u2019on considère à la fois l\u2019ampleur et la durée de cet appui.En Lrance, un physique maghrébin fera parfois que la police vous demande «Vos papiers!» tous les jours, ce que rapporte nulle autre que Djemila Benhabib dans Ma vie à contre-Coran (p.190).Et des jeunes en colère issus de l\u2019immigration incendient des centaines de voitures chaque année dans la nuit du 14 juillet; voit-on telles choses à Montréal le 24 juin, à Toronto le 1\u2019\u2019\u201d juillet, à New York le 4 juillet?Contrarier le reste du continent Le Québec est en Amérique.Certains d\u2019entre nous commencent à découvrir, surpris, combien la laïcité djexclusion choque l\u2019éthique prévalant aux Etats-Unis comme au Canada: le président Qbama a dénoncé, le 4 juin 2009, l\u2019interdiction du hijab en Qccident; il fut très peu critiqué là-dessus dans son pays.Au Canada, trois sikhs portant turban, élus de circonscriptions majoritairement non sikhes, siégeaient aux Communes quand j\u2019y étais moi-même, sans que quiconque s\u2019en formalise.L\u2019un est maintenant ministre.Au Québec, avec la Charte prévue par le PQ, il ne pourrait même pas être commis à la SAAQ.Les pays aux origines protestantes valorisent la liberté de conscience.Aux Etats-Unis, laïcité veut dire stricte séparation des Le chauvinisme est le contraire du patriotisme: au lieu d\u2019inciter la nation à s\u2019améliorer, on exalte ses erreurs; cela finit généralement assez mal Églises et de l\u2019État, pas interdiction d\u2019exprimer ses croyances.Bien sûr, on peut choisir de contrarier tout le reste du continent, je l\u2019ai souvent fait moi-même sur la langue, mais encore faut-il que l\u2019enjeu en vaille la peine : si on multiplie les cas, on permet à nos adversaires de les relier entre eux pour peindre le Québec en forteresse de l\u2019intolérance tous azimuts.Charte d\u2019exclusion Traiter les Québécois de racistes est injuste, d\u2019accord : un sondage récent nous montre plus ouverts à l\u2019immigration que les Qnta-riens.Mais quant aux accusations d\u2019intolérance envers les minorités religieuses, une bonne façon de les réfuter, ou de décrédibiliser leurs auteurs, serait de ne pas nous montrer pires que nos voisins dans ce domaine.11 y a des Juifs et des musulmans partout aux États-Unis et au Canada, des pays qui, comptent soixante législatures d\u2019État ou de province aux pouvoirs comparables, en gros, à ceux de notre Assemblée nationale.Qu\u2019on me cite une seule de ces législatures où, à une époque récente, un grand parti a proposé une charte d\u2019exclusion comme celle prônée par le PQ.Les rites halal et cqchère sont pratiqués dans tous ces États et provinces.Nommez-moi une seule de leurs législatures où un grand parti en a fait récemment tout un plat (avec conférence de presse!) comme le PQ à l\u2019Assemblée nationale en mars dernier.Se pourrait-il que toutes ces autres législatures sans exception soient contrôlées par des «idiots utiles» au service des islamistes?Ne se pourrait-il pas plutôt que notre insécurité et nos antécédents religieux nous inspirent parfois des réflexes excessifs, injustes et contre-productifs?Bien sûr, certains verront dans la singularité de notre comportement une preuve (une de plus) de notre supériorité intellectuelle et morale.Le chauvinisme est le contraire du patriotisme : au lieu d\u2019inciter la nation à s\u2019améliorer, on exalte ses erreurs ; cela finit généralement assez mal.J\u2019ai donc laissé à ceux et celles qui rêvent de vivre un jour dans le seul coin de l\u2019Amérique du Nord où une mère de famille pourrait se voir priver d\u2019un gagne-pain pour cause de foulard la responsabilité de leur projet.Je reste un indépendantiste, un défenseur radical du français.11 fallait voter et j\u2019ai choisi Qption nationale (QN).Ce parti a eu la bonne idée, dans sa plateforme, de préconiser la laïcité des institutions publiques, pas la laïcisation forcée de chacun de leurs employés.Je connais plusieurs de ses militants, des jeunes pour la plupart; ils ne feraient pas ce genre d\u2019erreur.LANGUE L Au-delà du français menacé PIERRE NEPVEU Écrivain e français peut-il être autre chose au Québec qu\u2019une «langue menacée» par l\u2019anghcisation?Est-ce vraiment la seule manière juste d\u2019en parler ?La question se pose au moment où le gouvernement de Pauline Marois se met à l\u2019œuvre, armé d\u2019un programme qui compte raffermir la Charte de la langue française.11 y a tout de même un paradoxe à affirmer que les anglophones de Montréal sont « une richesse » pour le Québec et qu\u2019il faut établir des liens « organiques » avec eux, comme l\u2019a affirmé notre première ministre en prenant les commandes de l\u2019État, alors que son propre parti semble incapable, depuis des années, de parler de la présence de l\u2019anglais à Montréal autrement qu\u2019en agitant le spectre de !\u2019« anglicisation».Cette vision toujours antagoniste, toujours conflictuelle, qui n\u2019est d\u2019ailleurs pas l\u2019apanage du seul Parti québécois, paraît peu invitante, c\u2019est le moins qu\u2019on puisse dire, et on comprend les réticences des milieux anglophones.Mais c\u2019est le rapport au français parlé à Montréal et au Québec qui se trouve du même coup en cause.11 y a en effet quelque chose de débilitant à répéter jour après jour, comme un mantra, que «notre langue est menacée».Débilitant, parce qu\u2019à force d\u2019appuyer sans cesse sur ce signal d\u2019alarme, on en vient non seulement à affaiblir le message, mais à appauvrir terriblement la réalité, à oublier ce qu\u2019il y a de positif et de créateur dans le français québécois contemporain, même s\u2019il est trop souvent massacré par trop de locuteurs francophones eux-mêmes, ce qui est une autre histoire.Tous ces oublis.volontaires?Comment se fait-il qu\u2019on parle si peu, par exemple, de l\u2019admirable diversité des parlers français à Montréal, avec toutes ses teintes et ses accents haïtiens, maghrébins, libanais, italiens, latino-américains, avec ses intonations africaines ou asiatiques ?Comment se fait-il qu\u2019on ne parle jamais de ces nombreux clients anglophones qui s\u2019adressent en français, oui, en français, aux commis qui les servent dans des boutiques et autres commerces, sans parler des services gouvernementaux ?Pourquoi la petite dame chinoise qui me vend en français du papier et des enveloppes à la papeterie, les serveurs indiens qui me servent en français mon repas au cari dans l\u2019ouest de la ville, le boucher iranien qui me vend en français du poulet au safran dans le même quartier ou encore l\u2019horloger juif anglophone qui répare ma montre et converse avec moi dans la langue commune du Québec \u2014 pourquoi tous ces gens ordinaires n\u2019occupent-ils jamais aucune place dans le discours de «la langue menacée » ?Qu connaît la rengaine: c\u2019est le «portrait d\u2019ensemble », le rapport de forces global qui importe, même si ce «portrait» pointe uniquement vers les 5% ou, au pire, 10% de cas qui dérogent à cette pratique publique du français.Drôle de portrait d\u2019ensemble, qui oublie d\u2019ailleurs que ces chiffres auraient été trois, quatre ou cinq fois plus élevés il y a trente ou quarante ans.Richesse de la diversité Loin de moi l\u2019idée de prendre à la légère le sort et la vitalité du français québécois dans le contexte nord-américain que l\u2019on connaît, mais nous avons l\u2019urgent besoin d\u2019un discours sur la langue qui ne soit pas purement comptable et alarmiste, qui prenne en charge, autrement que du bout des lèvres, la diversité et la richesse linguistique de Montréal : pluralité des langues (dont l\u2019anglais), pluralité des français parlés, sans que l\u2019on néglige pour autant l\u2019objectif de la langue commune.11 se pourrait que le choix de M\u201c® Diane De Courcy comme ministre responsable de la langue française soit à cet égard de bon augure, elle qui a pu mesurer de près, sur le terrain scolaire, cette effervescence linguistique.Mais il faudra que sa chef et ses collègues cessent de toujours réduire l\u2019anglais à un péril et acceptent que !\u2019« anglicisation » ne soit pas le seul discours possible sur la situation du français à Montréal.Écrivez-nous! Le Devoir se fait un plaisir de publier dans cette page les çommentaires et les analyses de ses lecteurs.Étant donné l\u2019abondance de courrier, nous vous demandons de limiter votre contribution à 8000 caractères (y compris les espaces), ou 1100 mots.Inutile de nous téléphoner pour assurer le suivi de votre envoi: si le texte est retenu, nous communiquerons avec son auteur.Nous vous encourageons à utiliser le courriel (redaction@ledevoir.com) ou un autre support électronique, mais dans tous les cas, n\u2019oubliez pas d\u2019indiquer vos coordonnées complètes, y compris votre numéro de téléphone.1 / *»¦ r - to.' * A - ' i ¦ La chronique de Denise Bombardier fait relâche cette semaine. B 6 LE DEVOIR, LES SAMEDI 22 ET DIMANCHE 23 SEPTEMBRE 2012 PHILOSOPHIE Le Devoir de philo Le capitalisme est en crise, mais lequel?demanderait Fernandjraudel Deux fois par mois, Le Devoir lance à des passionnés de philosophie, d\u2019histoire et d\u2019histoire des idées le défi de décrypter une question d\u2019actualité à partir des thèses d\u2019un penseur marquant.PIERRE-ANDRE JULIEN Professeur émérite, Institut de recherche sur les PME, Université du Québec à Trois-Rivières On entend fréquemment, depuis quelques années, que le capitalisme est en crise.Une crise se compliquant avec la forte récession de 2008 qui n\u2019en finit pas de faire des siennes, non seulement dans l\u2019Eurppe de l\u2019euro mais aussi aux Etats-Unis, où elle a débuté, un pays qui possède une des plus importantes dettes per capita au monde.La débandade de nombreuses banques, dont plusieurs ont été sauvées in extremis, ou encore les nombreuses malversations que l\u2019on découvre chez plusieurs d\u2019entre elles, ne sont que la pointe de l\u2019iceberg dont plusieurs signes étaient apparus au début du siècle avec les scandales d\u2019Elf, en Erance, d\u2019Enron, de WorldCom et de Tyco aux Etats-Unis, d\u2019Hol-lender et de Nortel au Canada.Cette crise du capitalisme provient en particulier de l\u2019énorme concentration du pouvoir économique entre les mains de quelques-uns, concentration prédite par Marx il y a plus d\u2019un siècle.Ce pouvoir débordant sur le politique et donnant l\u2019impression que les banquiers et leurs valets peuvent tout se permettre.Avec la croyance que leur entreprise, devenue trop grosse, ne pourrait être mise en faillite malgré leurs magouilles et leurs bonus indécents.Au siècle dernier, les grands capitalistes avaient au moins compris que s\u2019ils ne voulaient pas être emportés par la montée du socialisme \u2014 sinon du communisme \u2014, il fallait qu\u2019ils satisfassent une partie de la population en partageant quelque peu leurs revenus avec elle, créant en même temps des consommateurs pour acheter leur production.Ce qui expliquait qu\u2019une majorité des citoyens, en particulier ceux issus de la classe moyenne, acceptaient en contrepartie que les revenus des plus riches soient 20 ou 30 fois supérieurs à ce qu\u2019ils recevaient annuellement.Or, des données récentes montrent que le salaire moyen des dirigeants des 25 plus grandes entreprises américaines avoisine 20 millions de dollars par année, ou 100 000 $ par jour ouvrable.Au Canada, ces salaires, qui étaient 24 fois plus élevés que le salaire moyen en 1996, ont grimpé à 259 fois dans les dernières années.Par exemple, le salaire du chef de la direction de Bell Canada a atteint 9,62 millions, ou 40100 $ par jour ouvrable, soit en une seule joiunée presque le salaire annuel moyen des travailleurs.Au Québec, le salaire du chef de la direction de SNC-Lavalin, avant sa démission, était de 2,7 millions en 2011, soit 13 500 $ par jour ouvrable, sans compter les cinq millions qu\u2019on lui a alloués en arrangement de départ.Bref, dans les 30 dernières années, les plus riches ont vu leurs revenus s\u2019accroître en moyenne de 275 %, contre 18 % pour les plus pauvres.Cet écart grandissant entre les revenus inacceptables du 1 % de la population et ceux du reste des travailleurs explique la grogne croissante des indignés dans le monde et, au Québec, de ceux qui sont entrés dans la marche des carrés rouges.Il explique en partie ce que certains qualifient d\u2019« immobilisme » et tentent d\u2019assimi- Le salaire moyen des dirigeants des 25 plus grandes entreprises américaines avoisine 20 millions par année, ou 100000$ par jour ouvrable 1er à un refus de tout progrès chez un grand nombre de Québécois, comme l\u2019exploitation du gaz de schiste dans la vallée sud du Saint-Laurent.Alors que ces refus proviennent tout simplement de la conviction de plus en plus forte des retombées négatives de trop de ces projets, qui ne servent qu\u2019à enrichir une poignée d\u2019individus.Pensons par exemple au Plan Nord, que le gouvernement Charest a tant essayé de nous vendre, alors qu\u2019on a montré à la télévision quelques-uns des milliers de dépotoirs que les minières ont laissés après en avoir tiré des fortunes, et que la société devra payer.Cette critique ^andissante du système capitaliste ne garantit pas, toutefois, que les citoyens finiront par exiger qu\u2019il soit remplacé par un système plus acceptable.La raison de cette hésitation peut s\u2019expliquer grâce à une distinction entre deux capitalismes proposée par le père de l\u2019histoire moderne, Pernand Braudel (1902-1985).Ce dernier, notamment dans son œuvre majeure de près de 2000 pages intitulée Civilisation matérielle, économie et capitalisme, XV-XVIIP siècle (qu\u2019il a résumée en 1985 dans un petit livre, La dynamique du capitalisme), distingue le capitalisme marchand, ou celui du marché, du capitalisme des négociants, ou celui de la concentration et des manipulations.Dans la nouvelle histoire, Braudel explique que l\u2019arrivée des grands acteurs Çes princes et les grands capitalistes) n\u2019est possible que parce que derrière eux se trouvent des milliers, sinon des millions de petits acteurs (cultivateurs, ouvriers, entrepreneurs, vendeurs, revendeurs, acheteurs, prêteurs et même usuriers) qui agissent sur le marché pour faire fonctionner l\u2019économie.De même, derrière les grands événements comme les transformations technologiques, les crises et les chocs économiques, se retrouvent des milliers de petits événements tels que la première innovation dans une PME ou la faillite d\u2019une entreprise importante dans une ville.Qn note aussi, dans ce qu\u2019il appelle le quotidien et le local, des rigidités ou de l\u2019inertie, des ruptures, des pénuries et des surplus, mais aussi des découvertes techniques qui s\u2019étendront plus ou moins rapidement ou qui disparaîtront parce que dépassées.Et derrière tout cela, on trouve encore l\u2019évolution des connaissances et la science, qui se trompe souvent, mais aussi la monnaie, qui favorise ou bloque l\u2019échange.Il y a également les villes, qui transforment l\u2019habitat et le confort des hommes.Braudel récrit ainsi la vraie histoire à partir de millions de gestes et de décisions hérités, cumulés et renouvelés plus ou moins pêle-mêle, qui expliquent l\u2019évolution matérielle et donc économique.Le marchand Dans cette évolution, il explique que le premier capitalisme, celui des marchands, est le seul qui obéit au marché ou qui suit les règles des théories économiques.Il repose sur les épaules de millions de petits fabricants et commerçants offrant, de manière généralement honnête, les produits provenant de leur propre production ou de leurs échanges, dans le but de satisfaire les consommateurs, sachant très bien que ces derniers iront ailleurs s\u2019ils n\u2019y trouvent pas leur compte.Aujourd\u2019hui, nous dirions que ce P i ILLUSTRATION TIFFET Fernand Braudel (1902-1985) distingue le capitalisme marchand, ou celui du marché, du capitalisme des négociants, ou celui de la concenti'ation et des manipulations, notamment dans son œuvre majeure intitulée Civilisation matérielle, économie et capitalisme, XM-XVBf siècle.L/flr COLLECTION DE L\u2019AUTEUR Pierre-André Julien : « La crise du capitalisme provient en particulier de l\u2019énorme concentration du pouvoir économique enti'e les mains de quelques-uns, prédite par Marx il y a plus d\u2019un siècle.» capitalisme est représenté par la plupart des petites entreprises qui répondent à nos besoins quotidiens : le garagiste du quartier, l\u2019ostéopathe, le petit entrepreneur en construction, et même la PME qui travaille à l\u2019international en offrant des produits spécifiques et continuellement mis à jour pour concurrencer les produits standards des grandes entreprises, trop souvent mal adaptées à des besoins spécifiques.Le premier objectif de ces entreprises est de satisfaire le consommateur pour construire leur achalandage et le retenir par la suite, en cherchant à connaître ses besoins afin d\u2019y répondre le mieux possible, et même d\u2019anticiper leur évolution.Ces entreprises savent très bien que si elles relâchent leur attention, les consommateurs iront chez leurs concurrents pour finir par les mettre en faillite.Elles sont les seules à accepter ainsi pleine- ment les règles du marché et son évolution commerciale et technologique.Le négociant L\u2019autre capitalisme, c\u2019est celui du négociant, produisant, achetant ou vendant avec comme seul souci de tirer tout l\u2019argent possible de ses transactions, quitte à forcer la vente par une publicité plus ou moins mensongère et, surtout, en développant le plus vite possible une position monopolistique pour mieux contrôler son marché, devenant à la longue, pour plusieurs, ces énormes entreprises « qui ne peuvent faire faillite » et qu\u2019on doit soutenir avec l\u2019argent public lorsque ça va mal.Cela comprend évidemment les banquiers de toutes sortes et les spéculateurs à la Bourse et à la finance, qui n\u2019ont aucun souci de savoir à quoi vont servir les produits et si les clients sont satisfaits.C\u2019est ce que nous donnent ces fabricants de frigos qui rendent l\u2019âme la sixième année, ces fabricants d\u2019ordinateurs qui deviennent désuets après deux ans parce que l\u2019organisation où l\u2019on travaille est passée à un autre niveau, ou ces fabricants de téléphones polyvalents comportant une pile bonne pour 18 à 24 mois et irremplaçable.C\u2019est aussi les produits de beauté qui non seulement sont présentés à la télévision par des filles de 20-25 ans ou des garçons imberbes, mais dont les images sont tripotées pour montrer une peau de 15 ans.Etc.C\u2019est ce qui faisait dire à Adam Smith, en 1776, qu\u2019il suffit que deux ou trois négociants de cette espèce se réunissent pour que la conversation tourne inévitablement «sur les meilleurs moyens de tromper le public ».Cela conduit à toutes sortes de manipulations et de monopoles, ce que Braudel appelle des contremarchés (ou les contrefaçons de ce dernier) engendrés par des profiteurs et des manipulateurs, créant l\u2019échange inégal et la duperie, la rouerie et la fraude, trop souvçnt à l\u2019abri de la surveillance de l\u2019Etat, sinon en collusion avec celui-ci.Cela conduit aussi à la multiplication de firmes dirigées par des financiers aucunement intéressés par le produit offert, recherchant le profit à court terme, quitte à revendre la firme une fois sa valeur augmentée.Preuve en est que les seules grandes firmes nord-américaines ayant réussi à passer à travers les fluctuations des dçrnières années sans l\u2019aide de l\u2019État sont les entreprises familiales, qui connaissent bien le produit et qui sont instruites de génération en génération dans le but constant de satisfaire le public : Eord dans le domaine de l\u2019automobile, ou Kruger et Cascade dans l\u2019industrie des pâtes et papier.Admettons que, parfois, certaines PME agissent malheureusement aussi à l\u2019image de ces négociants.Eernand Braudel termine son analyse en expliquant que le capitalisme des négociants « est une création de l\u2019inégalité du monde, la mère de l\u2019exploitation des hommes et des ressources [.] s\u2019appuyant, obstinément, sur des monopoles de droits et de faits, malgré les violences déchaînées à ce propos contre lui [.], et avec les connivences des plus riches ou de ceux qui veulent le devenir.Sa force est de pouvoir passer d\u2019une ruse à l\u2019autre.» Alors que le capitalisme des marchands, « celui de la petite industrie novatrice, celui de la véritable économie de marché et qui a porté sur son dos la révolution industrielle [.] », est « la force, la vie de l\u2019économie à la base et finalement celui du fonctionnement global de la production et des échanges ».Mais il poursuit en expliquant que ce capitalisme des négociants « est impensable sans la complicité active de la société.Car il faut que, d\u2019une certaine manière, cette dernière en acceptç plus ou moins les valeurs.» A moins qu\u2019elle ne réagisse.Cette distinction entre les deux capitalismes devrait être présente à l\u2019esprit des indignés et des carrés rouges.Tout citoyen connaît un grand nombre de petits fabricants ou de petits commerçants, avec leur histoire et celle de leur famille, dont les fils et les filles fréquentent les mêmes écoles que leurs enfants, vont patiner dans le même aréna ou participent au même festival d\u2019été, etc.Sans la distinction de Braudel, la critique du capitalisme sera incompréhensible aux yeux des marchands.Il faut donc clairement dénoncer le capitalisme prédateur et manipulateur.Et il feut cibler les grandes entreprises se comportant de cette manière afin qu\u2019elles n\u2019obtiennent pas de ponts d\u2019or pour venir s\u2019établir chez nous.Un cadeau dont elles profitent souvent avant de déménager ailleurs, où les offres sont encore plus alléchantes.Surtout, il faut faire comprendre aux gouvernements que lorsqu\u2019on plie devant ces grandes entreprises de négociants alors qu\u2019elles ne créent souvent que quelques emplois, ces mêmes gouvernements s\u2019enchaînent à leur façon de fausser le marché, ce qui coûte toujours très cher., Des commentaires ?Écrivez à Antoine Robitaille: arobitaille @ledevoir.com.Pour les anciens textes du Devoir de philo ou du Devoir d\u2019histoire: ledevoir.com/ societe/le-devoir-de-philo."]
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