Revue dominicaine, 1 avril 1932, Avril
[" (3 Avril 1932 Le numéro : 20 sous yille Année REVUE DOMINICAINE ifanFk l&f pl ¦\t,,\t, lun R.P.Raymond-M.VOYER, O.P.Psychologie! des premiers mouvements.M.l\u2019abbé Armand PERRIER,.Un problème national: l\u2019Université.R.P.Alb.SAINT-PIERRE, O.P.Una figura gigantesca.R.P.Augustin LEDUC, O.P.Bulletin de Droit canonique.XXX .Refondre Lortie?.\u2014 III.LE SENS DES FAITS.\u2014Que valent ces chiffres'?par le R.P.M.-A.Lamarche.\u2014 Dans l\u2019Ordre: Nominations romaines.\u2014 Mort du P.Ca-thala.\u2014 Le mémorial McKenna.\u2014 Nouvelles diverses, par Fra DOMENICO.L\u2019ESPRIT DES LIVRES.\u2014 P.Allô: Plaies d'Europe et baumes du Gange (G.P.) P.Spicq: l'Espérance chrétienne (L.M.R.) Amiot: Mystères de gloire.Fr.Gilles: Fioretti ou Petites Fleurs de Sainte-Claire (A.-M.R.) Lesimple: Missel Vespéral dominicain abrégé (A.-M.R.) Autres publications.ADMINISTRATION SAINT-HYACINTHE REDACTION MONTREAL (N.-D.de Grâce) Re vue Do minicaine Publiée mensuellement Directeur: R.P.M.-A.LAMARCHE, O.P.ABONNEMENTS (payables d\u2019avance).Au Canada: $2.00 \u2014 A l\u2019étranger: $2.25 Avec le Rosaire : 25 sous en plus par an.La Revue Dominicaine publie des articles de vulgarisation touchant les Ecritures, la théologie, l\u2019apologétique ou le droit canon, et même des études de philosophie, de littérature, de sociologie ou d\u2019histoire, pourvu que la religion ou la morale y soit concernée La Revue Dominicaine n\u2019a pas de spécialité proprement dite dans le domaine religieux, mais elle accorde une attention particulière aux questions d\u2019apologétique et aux problèmes de société, envisagés surtout au point de vue canadien.La Revue Dominicaine publie des recensions et diverses chroniques, en s\u2019attachant moins au récit des faits et à l\u2019analyse des ouvrages qu\u2019à leur signification d\u2019ensemble.La Revue Dominicaine ne sera pas responsable des écrits des collaborateurs étrangers à l\u2019Ordre de Saint-Dominique.Prière d'adresser les communications littéraires', manuscrits, volumes, etc., au R.P.M.-A.Lamarche, 5375, Avenue Notre-Dame de Grâce, Montréal; et les communications administratives : abonnements, annonces, etc., au R.P.Jean Bacon, Saint-Hyacinthe. ANNONCES REVUE DOMINICAINE L.P.MORIN & FILS EnrS.ENTREPRENEURS-MENUISIERS MANUFACTURIERS DE PORTES, CHASSIS, JALOUSIES, MOULURES, DECOUPAGES, ETC., ETC.Spécialité : Bancs d\u2019Eglises, de Sacristies et d\u2019Ecoles Tout ouvrage fait promptement.Satisfaction garantie.Coin des rues St-Joseph et St-Antoine -\t-\t- St-Hyacinthe, P.Q.LA CORDONNERIE J.A.LEMAY REPARATIONS GENERALES PRIX RAISONNABLES \u2014 SATISFACTION GARANTIE 212, RUE CASCADES\t\u2014\tSAINT-HYACINTHE Tel.525 E A.GENDRON PEINTRE \u2014 DECORATEUR Peintures, Huiles, Vernis \u2014 Tapisseries, Electricité, Vitres 244, RUE CASCADES,\t\u2014\tSAINT-HYACINTHE Téléphone 500 LOUIS BOURGEOIS Limitée FERRONNERIE EN GROS ET DETAIL 104-110, St-Antoine \u2014 67-61, St-Simon, \u2014 Saint-Hyacinthe F.DAOUST, gérant\tTéléphone 59-w LA COMPAGNIE D\u2019EAU MINERALE Propriétaire du célèbre PHILUDOR 148, RUE CONCORDE \u2014 SAINT-HYACINTHE M.O.DAVID & Cie Enrg.VETEMENTS POUR HOMMES ET GARÇONS 86, RUE SAINT-SIMON, \u2014 SAINT-HYACINTHE Habits faits sur commande à court avis.Fourrures, Chapeaux et Casquettes ENCOURAGEZ NOS ANNONCEURS ANNONCES REVUE DOMINICAINE Lisez *La Survivance* L\u2019organe officiel de VAssociation canadicnnc-française de VAlberta Cet hebdomadaire canadien-français est le plus éloigné de la province-mère.Si vous voulez être renseigné sur l\u2019oeuvre de survivance nationale et religieuse à laquelle s\u2019emploient les Franco-Albertains, abonnez-vous à leur porte-parole.Prix de l'abonnement'.$2.00 par année LA SURVIVANCE, 9664, avenue Jasper, Edmonton, Alta.Téléphone Bell 310 Carrosse No 2 JOSEPH BERTRAND COCHER Entrepreneur de Pompes funèbres 30, RUE LAFRAMBOISE, \u2014 SAINT-HYACINTHE Ecuries de louage, carrosses simples et doubles pour mariages, baptêmes.Automobile.EXPRESS Pharmacie L P.GAUCHER Bachelier en Pharmacie GROS et DETAIL 223, RUE CASCADES, \u2014 SAINT-HYACINTHE Téléphone 86 Tél.Bureau: 95 Commerçant de BOIS et CHARBON 123, RUE GIROUARD SAINT-HYACINTHE ENCOURAGEZ NOS ANNONCEURS ANNONCES REVUE DOMINICAINE 3 Tel.CRescent 2734.M.J.-ALBERT L&RTJE ARCHITECTE A.A.P.O.559 rue Durocher, Montréal.124 KING O., Sherbrooke E.H.RICHER * Fils Enrg.Libraires-Importateurs ORNEMENTS D\u2019EGLISE Bureau : 127 Cascades,\tSt-Hyacinthe.Tel.Résidence 244-w.(Le soir) Résidence 244-J.\tBureau: 88 Maison établie en 1879 A.BLONDIN Limitée \u201cINSUL-BOARD\" \u2014 BOIS DE CONSTRUCTION FOURNISSEURS EN GROS Plomberie, Chauffage et Matériel de Construction, Peinture et Vernis 115, rue Cascades, \u2014\t\u2014 Saint-Hyacinthe Tél.Bell 271 LAFRANCE A, SYLVESTRE Négociants et Importateurs d'Epiccrics en gros 120, rue Saint-Antoine,\t\u2014\tSaint-Hyacinthe Téléphone Bureau: 120 Résidence: 418 J.O.DUPRAS NEGOCIANT EN GRAINS, FARINES et GRAINES de SEMENCE Dépositaire des célèbres farines à pâtisserie FIVE ROSES et JUBILE 29, rue Laframboise, \u2014\t\u2014 Saint-Hyacinthe HENRI RAYMOND & CIE ASSURANCE-FEU Représentant les meilleures compagnies non tarifées Tél.259\t\u2014 Saint-Hyacinthe, Qué.ENCOURAGEZ NOS ANNONCEURS ANNONCES REVUE DOMINICAINE La Revue Dominicaine Canada .Etranger $2.00 par année $2.25\t\u2014 Avec le Rosaire, 25 sous en plus Prix de l\u2019unité : 20 sous Le Rosaire Bulletin mensuel publié par les Dominicains CANADA \u2014 Distribué par zélatrices Envoyé par la poste .ETRANGER \u2014 Par zélatrices .25 sous par année 35 sous \u2014 40 sous 50 sous 10 sous Envoyé par la poste Prix de l\u2019unité ________ Toute personne ayant recruté 10 abonnements nouveaux à la \u201cRevue Dominicaine\", recevra le onzième gratis.Deux messes sont dites chaque semaine aux intentions des Zélateurs, des abonnés, de la \u2018Revue Dominicaine\u201d et du Rosaire.Nous donnons de jolies PRIMES aux Religieux, aux Prêtres, aux laïques Zélateurs qui nous envoient des abonnés, à l\u2019une ou l\u2019autre Revue.Toute personne qui nous enverra pour $40.00 d\u2019abonnements, aura droit à une affiliation perpétuelle, pour elle-même, ou pour une person- ne qu\u2019elle nous indiquera, à l\u2019Oeuvre du Noviciat des Dominicains du Canada.ENCOURAGEZ NOS ANNONCEURS ANNONCES REVUE DOMINICAINE CONSULTEZ - NOUS Le progrès commercial requiert des facilités bancaires avantageuses; 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PSYCHOLOGIE DES PREMIERS MOUVEMENTS 195 La psychologie de saint Thomas se montre autrement plus inquiète, mieux avertie de la complexité de forces et d\u2019appétits qui s\u2019agitent en nous.Ce n\u2019est pas lui qui partagerait notre dynamisme vital en tranches impénétrables.Des ordres différents l\u2019étagent, dans l\u2019homme, en vie organique, sensible et intellectuelle, et il le sait bien.Mais il n\u2019oublie pas que ces courants se traversent, se compénètrent, s\u2019influencent étrangement, le frisson des images et des appétits sensibles agitant l\u2019organisme et se pénétrant de pensée.On comprend dès lors que le Docteur Angélique se sente moins à l\u2019aise que les manuels pour simplifier le mécanisme du premier mouvement.Une activité élémentaire, spontanée par définition même, est présentée par ceux-ci, comme un phénomène dissocié.Celui-là y découvre des composantes et des résultantes.Les uns ont \u201cfixé\u201d leur sujet, l\u2019ont tué pour en mieux analyser les énergies vitales.L\u2019autre soupèse l\u2019élan sensible dans le mouvement même qui le porte, et selon les forces qu\u2019ils soulèvent.Et ainsi le livre facile, parce qu\u2019il sait simplifier, peut é-crire: \u201cL\u2019ensemble de nos activités internes se divisent en deux groupes: d\u2019un côté, des forces spontanées, dites premières, parce que réduites en nous aux conditions de la vie végétative ou animale; \u2014 de l\u2019autre, des déterminations libres de la volonté claire et consciente, dites secondes, parce que de l\u2019ordre rationnel.\u201d Saint Thomas qui se refuse à détruire la complexité, quand cette complexité est la vie même observée, dit de son côté : \u201cCertaines forces de la partie sensible, bien qu\u2019elles nous soient communes avec les bêtes, ont cependant en nous, une certaine excellence, du fait qu\u2019elles sont jointes à la raison .De cette manière, l\u2019appétit sensible est marqué, en quelque sorte, de l\u2019influence des facultés supérieures, et peut devenir principe d\u2019actes volontaires.\u201c(I-II p.74, a.3, ad.1 um.) Mais les données psychologiques sont à la base de toute morale.Ceux qui ont su faire de si beaux partages entre nos diverses énergies, distribueront les responsabilités avec non moins 196 REVUE DOMINICAINE d\u2019aisance.Ces conséquences d\u2019une doctrine sont trop rigoureuses, et, à la fois, trop manifestement inquiétantes pour que nous résistions au désir de les rapporter, en protestant toutefois que nous voulons toucher en rien à l\u2019aspect moral du problème.Un auteur, frère de tous les casuistes, dit dans son manuel: \u201cLes premiers mouvements n\u2019intéressent pas la vie libre et responsable, parce qu\u2019ils se produisent dans la sensibilité, avant que la délibération les ait prévus et acceptés.\u2014 Ainsi les pri-mo-primi, comme les mouvements rapides de colère sous le coup d\u2019une offense, ne sont pas proprement humains, et ne sauraient être imputés à péché.\u201d Saint Thomas, non moins logique, écrit : \u201cTous les premiers mouvements qui sont attribués à la sensibilité sont des péchés (II Sent.d.24, q.3, a.2) \u201cLe mouvement de sensualité, même en ce qu\u2019il prévient la raison, engage la responsabilité.\u201d (I-II.q.74, a.3) \u201cLorsque le mouvement de sensualité prévient la raison, il ne porte aucun consentement, ni supposé, ni exprès; mais par cela seul que la sensualité est soumise, en droit, aux facultés supérieures, son acte peut être péché.\u201d (De Verit.q.2 5.a.4).En voilà assez, il semble bien, pour laisser insoupçonner d\u2019abord en quelles manières différentes on a pu entendre l\u2019expression pemiers mouvements, et puis, à quelles profondes données psychologiques en appelle la juste notion.On s\u2019entend pour déclarer primitive une activité que l\u2019on oppose à celle qui, en nous, couronne toutes les autres, l\u2019exercice conscient et ordonné de la raison.Est-ce à dire que toute manifestation d\u2019énergie, inférieure à l\u2019ordre rationnel, devra être qualifiée d\u2019activité première ?Il faudrait, dès lors, se résigner à en enregistrer assez peu de secondes.Un bien petit nombre de nos pensées et de nos vouloirs, ne vont pas au sensible, au concret, ne s\u2019exercent sur les organes ou ne les commandent.Et les fonctions les plus élémentaires, agissant sous les directives conscientes de l\u2019intelligence, quel que soit leur degré d\u2019infériorité, ne sauraient être appelées premières. PSYCHOLOGIE DES PREMIERS MOUVEMENTS 197 Le primitif en nous n\u2019est donc pas ce qui, d\u2019accord avec l\u2019intelligence, nous compose une humanité, mais ce qui n\u2019entre pas en cet accord, reste insoumis au meilleur de nous-mêmes, échappe aux directions de l\u2019intelligence.Et ainsi, le mouvement premier garde son véritable sens, celui d\u2019une infériorité.Il exprime dès lors une activité prévenant en nous une influence supérieure qui peut lui imposer son ordre et ses fins.Il ne nous reste plus qu\u2019à nous demander: lesquelles de nos activités inférieures ainsi soumises en droit à la raison, peuvent, en fait, en prévenir l\u2019exercice.Ce ne sont évidemment pas les phénomènes physico-chimiques, produit du travail des muscles et des artères.Ces énergies, tout organiques échappent entièrement à l\u2019emprise des facultés supérieures.Nul ne peut commander à la circulation du sang ou à l\u2019activité des sucs digestifs.Si les auteurs anciens ont parfois donné le nom de mouvement premiers à ces phénomènes naturels, ça n\u2019a pas été pour les confondre avec d\u2019autres mais pour les en distinguer.Us protestaient ainsi à l\u2019avance contre les auteurs précités qui ran gent en bloc, dans les activités primitives, les phénomènes de la vie végétative et animale.En réalité on a distingué les mouvements premiers en deux catégories: les tout premiers, ou primo-primi, qui devraient désigner exclusivement les fonctions purement organiques, relevant des phénomènes physico-chimiques; et les autres, secundo-primi, les seuls qui ont un intérêt proprement psychologique et doivent retenir notre attention.Mais ici encore soyons prudents.N\u2019allons pas dire de suite: donc le mouvement psychologiquement premier n\u2019appartient pas à l\u2019ordre végétatif, mais sensible.Les manuels pourraient parler ainsi, dans leur manie de simplification si toutefois ils n\u2019étaient pas déjà perdus au point où nous en sommes.N\u2019oublions pas que nous traitons avec la vie, et une vie d\u2019autant plus complexe qu\u2019elle s\u2019élève davantage. 198 REVUE DOMINICAINE Disons, si l\u2019on veut, que ces mouvements premiers relèvent de la sensibilité.Les anciens les appelaient: \u201cmouvements de l\u2019appétit\u201d, \u201cmouvements sensuels\u201d.Il ne s\u2019agit donc plus des organes comme tels, mais des inclinations ou des répulsions qui les agitent.Des forces physiques, nous passons aux puissances d\u2019amour et de haine, mais ici encore il y a compénétration, et combien intime.La vie sensible s\u2019alimente aux sources élevées de la connaissance comme nous le dirons, mais elle vit aussi de la vie de l\u2019organe qui la porte toute entière.Nos amours véritables ne jaillissent pas du sang, mais la force de ce dernier est la condition bien étroite de leur vigueur et de leur impétuosité.Si donc, il est permis d\u2019appeler sensible le mouvement qui nous occupe, c\u2019est à la condition de ne pas oublier tout ce qu\u2019il y a de chair et de sang dans ce mot.Essentiellement organique, le mouvement sensible relève toutefois , avons-nous dit, des données de la connaissance.La représentation intérieure d\u2019un objet extérieur est le pivot central du jeu de nos sens.Tout ce qu\u2019ils portent d\u2019autres énergies ne sont, dans l\u2019exercice de leur fonction véritable, que conditions ou conséquences.Le mouvement exécuté pour la capture d\u2019un objet est en relation avec le désir, lequel dépend de la perception ou connaissance initiale.La psychologie moderne n\u2019a pas découvert cette vérité que \u201cl\u2019activité de l\u2019animal n\u2019est pas un commencement mais une fin, une cause mais un résultat, un début mais une suite.\u201d Nos moindres actes sont préparés de longue main.Us sont déjà indiqués dans la manière de voir les choses, ou plutôt dans le fait même de la vision.Si nos appétits portent des forces aveugles, celles-ci sont portées à leur tour par des énergies moins tangibles, toutes en représentations, mais plus motrices que les muscles mêmes qu\u2019ils mettent en mouvement.Et parce que la vie engendre la vie, non seulement la représentation de l\u2019objet devra précéder le mouvement qui s\u2019y porte, mais elle devra encore le causer d\u2019une façon ou d\u2019une autre.La tendance de la perception, comme de tout état de cons- PSYCHOLOGIE DES PREMIERS MOUVEMENTS 199 cience, à se dépenser en un acte physiologique ou psychologique, est aussi réelle que la tendance de l\u2019oeil à regarder.Toutefois défions-nous d\u2019une simplicité qui viderait la vie de son contenu, et d\u2019un partage qui serait une mort.Si la perception déclenche le désir, et par lui le mouvement, ce n\u2019est pas par une détente automatique, réglée à l\u2019avance, mesurable de l\u2019extérieur.Qui dira quelle influence subit une perception avant de devenir motrice.Toute connaissance d\u2019un nouvel objet est reçue en nous dans un dynamisme en évolution, où s\u2019agitent quantité de perceptions semblables ou étrangères à celle qui survient, et qui ont préparé à sa venue un état affectif favorable ou non à son assimilation consciente et à son élaboration.Nous connaissons par nos sens, en fonction de tout ce que nous avons déjà connu, et de la totalité du résidu de ces perceptions antérieures dans la partie consciente et même inconsciente de notre être.N\u2019est-ce pas déjà extraordinaire cet ensemble d\u2019influences qui s\u2019exercent sur la moindre perception sensible, venant des courants sourds et mystérieux de l\u2019organisme, tenant encore à ce que le sens qui opère renferme d\u2019expériences passées, au pli que lui ont imprimé les appétits, les habitudes éprouvées jadis.Deux hommes ne regardent pas un paysage de la même façon.Et la deuxième vision ne peut pas, pour le même homme, n\u2019être qu\u2019une répétition de la première.C\u2019est toujours le tout de nous-mêmes qui voit, qui odore, qui ressent.Que ne faut-il pas ajouter à tous ces facteurs organiques ou sensibles qui marquent chacune de nos sensations et enrichissent ses puissances de dynamisme ?Nos sens peuvent-ils ne pas être marqués en quelque sorte de l\u2019intelligence qui les voisine de si près ?L\u2019intelligence ne fréquente-t-elle pas perpétuellement l\u2019imagination, le grenier des sens, où elle puise ses idées ?Bien plus, la vie intellectuelle même, latente si l\u2019on veut, non encore épanouie, ne baigne-t-elle pas tout cet être sensible informé par l\u2019âme raisonnable, pénétré jusque dans l\u2019être de ses multiples vertus ?Les muscles et les organes sont sans 200 REVUE DOMINICAINE doute peu sensibles à ce voisinage.Mais la vie de connaissance dont jouissent les sens, et qui les élève déjà au-dessus des conditions de la matière, les rend autrement plus aptes à cette influence d\u2019une substance immatérielle et de ses opérations.Nous insistons sur les compénétrations parce que seules elles expliquent le mystère des ingéniosités et de la vigueur du psychisme le plus élémentaire, parce que déjà il est de la vie, et presque trois fois de la vie.On soupçonne peut-être maintenant jusqu\u2019où plonge un soubresaut de la sensibilité, un mouvement sensuel.Ce qu\u2019on appelle une détente, une échappée, n\u2019est donc que la résultante d\u2019une combinaison de forces, d\u2019une enfilade d\u2019actes enchaînés, emboîtés.Le premier mouvement psychologique est ainsi le dernier d\u2019une série.Et c\u2019est cet enchaînement qui en est le mécanisme.On a une idée de sa complexité.Resterait à le démonter vértablement pour en percevoir le jeu mystérieux et troublant.Raymond-Marie VOYER, O.P.Ottawa, le 6 mars 1932. Un problème national : l\u2019Université L\u2019avenir de l\u2019Université de Montréal inquiète actuellement nos autorités religieuses et civiles, tout aussi bien que les plus clairvoyants esprits des différentes classes sociales, meme en dehors du monde strictement universitaire, qui est plus directement intéressé.L\u2019opinion publique est saisie clu problème, est-ce un bien ou un mal?Tout dépendra du résultat de cette discussion, et j\u2019o«e même dire, de la rapidité avec laquelle on arrivera à une solution efficace du problème.Car, s\u2019il est nécessaire, et il n\u2019y a pas à en douter, que le grand public connaisse exactement l\u2019e-tendue, l\u2019importance et les conséquences de la décision qu\u2019il ne peut éviter, il reste que passer des mois et des mois à tergiverser et à discuter confusément sur pareille question, dénoterait une faiblesse intellectuelle et morale, \u2014 disons crûment le mot: une absence d\u2019idéal et de sentiment du devoir national, peu décente avec une culture et une civilisation supérieure auxquelles nous aspirons, en qualité de peuple latin et catholique.Et le pire serait bien que notre population parût seulement donner 1 impression que la question lui est bien indifférente! Et puisque la responsabilité des intérêts nationaux repose en dernière analyse, dans les pays démocratiques, sur la conscience sociale des individus, les lecteurs de la \u201cRevue Dominicaine nous permettront de leur soumettre quelques réflexions qui, à notre humble avis doivent dominer la solution de ce problème, et de leur demander, ensuite, de se faire les apôtres, dans leurs différentes relations sociales, de ce progrès de notre université de Montréal.Car le moment semble venu depuis déjà longtemps où il ne suffit plus d\u2019ignorer, pour l\u2019anéantir, le mouvement d\u2019opposition, parti de différents milieux, pour diverses raisons, à l\u2019oeuvre de l\u2019université; il faut que l\u2019élite de la nation s acquitte de sa mission propre qui est de diriger la masse, en lui dispensant la 202 REVUE DOMINICAINE vérité et en la ramenant toujours à la poursuite de son idéal traditionnel.Or, le premier pas à faire dans cette voie est bien d\u2019établir une première distinction imposée par la logique la plus élémentaire.Il faut, sous peine de marquer le pas indéfiniment sans aucun progrès, séparer deux questions sans doute connexes, mais tout de même absolument diverses: la nécessité théorique et concrète, inévitable, maintenant que l\u2019oeuvre est en marche, de pous-ser à bonne fin le parachèvement de notre Université de Montréal, et la question des moyens à prendre pour y arriver.our cette deuxième question, nos lecteurs comprendront que nous n aurons à offrir que quelques réflexions, en guise de réponse aux deux objections que l\u2019on énonce présentement.Nous n\u2019avons ni l\u2019autorité ni la compétence pour aborder avec quelque chance de succès, ces détails qui regardent directement les autorités administratives, universitaires, religieuses et civiles.Nous resteions donc à la hauteur des principes généraux, dans le domaine propre du philosophe et du théologien dont la mission est précisément de fournir les directives de l\u2019action pratique, même et surtout en s\u2019abstenant de la casuistique qui elle vise directement les cas individuels concrets.Bornons-nous donc à examiner quel devoir il y a pour la population de la région de Montréal de poursuivre l\u2019oeuvre entreprise, et, par contre quelles pourraient être les conséquences d une suspension, voire de l\u2019abandon de ce projet aux trois-quarts accompli.LA CONSTRUCTION DE L\u2019UNIVERSITE ENGAGE NOTRE HONNEUR ET NOTRE AVENIR NATIONAL I Sur ce premier point, l'accord devrait être unanime et manifeste.Le plus étonnant est bien le silence, indifférent ou délibéré de nos habituels colporteurs de patriotisme en paroles.On aurait pu tout au moins affirmer, sans ambages, cette né- UN PROBLEME NATIONAL : L\u2019UNIVERSITE 203 cessité de parfaire une entreprise qui ne peut pas, sous aucun prétexte, rester à mi-chemin, sans exposer toute la nation, qui en posa les débuts avec enthousiasme, à une accusation d\u2019inconstance ou d\u2019incapacité honteuse à soutenir ses besoins intellectuels et moraux, et sans entraîner, \u2014 signalons ce point de vue, aux partisans de la morale uniquement utilitaire, \u2014 des dépenses annuelles de centaines de milliers de dollars en pure perte.Que la crise financière actuelle complique la situation, ce n\u2019est pas une raison pour paralyser une simple expression de volonté sincère de concours, surtout quand on se trouve en présence d\u2019un projet qui demandera encore deux ou trois ans d\u2019études, avant de requérir la moindre contribution directe des contribuables.La simple perspective, le simple mot \u201ctaxe\u201d devient un épouvantail à ces économes avares dont tout l\u2019idéal est d\u2019accumuler la plus grande richesse possible, sans jamais se préoccuper de la fonction sociale de la propriété privée.Et ce sont ces messieurs qui ont toujours le progrès aux lèvres, pourvu qu'il soit payé par les autres, qui s\u2019objectent à pareil projet.Vraiment, on se croirait encore en 1840-1850, à l\u2019époque de la guer re des éteignoirs, alors qu\u2019on s\u2019opposait à toute taxe pour l\u2019éducation primaire.Les malheureux ennemis de la taxe d\u2019éducation de 1840 avaient au moins l\u2019excuse de n\u2019avoir pu bénéficier eux-mêmes des éléments de l\u2019instruction; tandis que nos contemporains, eux, refusent, par leurs mesquines oppositions, aux générations futures les avantages dont ils ont eux-mêmes profité et dont la simple lecture des journaux, \u2014 à plus forte raison, leurs multiples voyages de plaisir et de vacances, \u2014 devraient les convaincre de l\u2019importance pour assurer l\u2019avenir de toute notre race.Encore moins valable et moins honorable, la tactique qui prétend justifier ce mutisme ou cette indifférence, en chuchotant, sans se donner la peine de les contrôler, les accusations injustes, dans l\u2019ampleur où on les prononce, de mauvaise administration, d\u2019imprévoyance, à l\u2019égard des administrateurs de l\u2019Université.Même en supposant une parcelle de vérité âous tout cela, le plus qu\u2019on en pourrait logiquement et honnêtement 204 REVUE DOMINICAINE conclure serait bien encore qu\u2019il faut recourir à d\u2019autres méthodes, mais non pas qu\u2019il faille tout abandonner.A l\u2019autorité de ces \u201cbeaux diseurs, petits faiseurs\u201d, souhaitons que notre peuple foncièrement catholique, et partant épris du véritable idéal national, préfère celle de l\u2019Evangile qui le met précisément en garde contre la dérision et la moquerie à laquelle s\u2019expose justement le peuple comme l\u2019individu \u201cqui a commencé à bâtir et n\u2019a pu terminer.(Luc.14, 29).D\u2019ailleurs, nos administrateurs de l\u2019Université, depuis sa fondation, sont en mesure de rendre leurs comptes: souhaitons qu\u2019ils le fassent au plus tôt, afin de couper court à toutes ces calomnies, dont s\u2019autorisent ceux-là seuls qui ne cherchent en tout et partout que prétextes pour ne rien faire, surtout lorsque leurs sous sont en péril.Et s\u2019il y avait eu chez eux un peu d\u2019enthousiasme exagéré, d\u2019idéalisme rêveur présumant trop des capacités de la nation?Encore que cela nous paraisse fort peu probable, en regard de cette pensée que l\u2019Université Catholique de Montréal, moins toutefois dans sa construction, que dans l\u2019outillage intellectuel qu\u2019elle offrira à la formation de notre jeunesse de demain, restera la mesure à laquelle on pourra apprécier notre valeur de civilisation, supposons-le pour un moment! Mais il semble que ce serait là une peccadille d\u2019audace, dépassant à peine les exigences du véritable courage national, que d\u2019avoir entrepris une oeuvre gigantesque, disproportionnée aux ressources actuelles, surtout si l\u2019on songe que rien n\u2019oblige à faire porter ce fardeau par les seules deux ou trois générations qui nous suivront, alors que d\u2019autres en bénéficieront encore gratuitement dans deux c trois siècles.Même alors, nos administrateurs seraient en compagnie des bâtisseurs des grandes cathédrales et des grandes universités d\u2019Europe et du monde entier, qui n\u2019ont pas craint d\u2019en gager l\u2019avenir, à cent ans près, en prévision des besoins futurs.Et lors même qu\u2019ils auraient quelque peu témérairement dépassé cette mesure, nous préférons encore leur attitude à cette sempiternelle inertie des gens sans idéal autre que de s\u2019endormir.Le reproche le plus juste qu\u2019on pourrait leur adresser, ce serait UN PROBLEME NATIONAL .L\u2019UNIVERSITE 205 d\u2019avoir imité ceux qui, chez nous, vers 1830, bâtissaient la somp-tueuse église Notre-Dame, que l\u2019on se paint parfois de ne pas voir plus grande, sinon encore plus belle.Bien loin de devoir en être blâmée, nous croyons au contraire, que ceux qui ont élaboré le plan actuel de notre Université ont fait preuve d\u2019un rare discernement de nos aspirations religieuses et nationales les plus élevées; qu\u2019ils ont saisi la propor tion exacte qu\u2019il lui faut donner, pour qu\u2019elle soit le digne couronnement de l\u2019effort intellectuel que nous avons déployé ici depuis 1760, pour assurer notre survie nationale et religieuse.C\u2019est pourquoi nous avons hâte de laisser là ces malheureuses et honteuses chicanes, pour remonter à la hauteur des principes et esquisser, à grands traits, le rôle que devra jouer dès demain, notre Université de Montréal.II A cette fin, rappelons, à la lumière des principes fondamentaux de toute saine philosophie, trois vérités élémentaires: Le progrès matériel doit être provoqué et dirigé par le développement intellectuel, et tous deux sont subordonnés aux exigences de la seule vraie morale individuelle et sociale: celle qui est fondée sur la doctrine catholique.Il sera ensuite facile de démontrer quelle tâche notre Université Catholique a à accomplir pour provoquer ce progrès et en assurer la direction, dans le sens de nos traditions religieuses et nationales les plus authentiques.Serait-il donc vrai que l\u2019Université ait son mot à dire, voire sa part à accomplir pour assurer le progrès matériel de la nation ?Ceux-là seuls en douteront qui sont restés étrangers à l\u2019histoire du monde, depuis un siècle, dans tous les domaines.C\u2019est une banalité qu\u2019il faut pourtant redire à certains sceptiques que toutes les inventions modernes sont le produit de cerveaux supérieurs qui avaient, sans doute, des aptitudes naturelles, mais qui ont pu développer ces qualités précisément parce qu\u2019ils ont rencontré les conditions et les moyens nécessaires pour poursuivre leurs recherches.Que certains génies aient eu la fortune singulière de rencontrer des millionnaires assez phi- 206 REVUE DOMINICAINE lanthropes pour leur fournir à temps bibliothèques, laboratoires et outillage nécessaire pour tenter les expériences qui devaient les conduire à leurs grandes découvertes, c\u2019est incontestable; mais la vérité que nous devons retenir, surtout dans nos milieux canadiens-français, où, il faut bien le dire, les millionnaires sont assez peu nombreux, et, parmi ceux-ci encore plus rares ceux qui comprennent que la richesse n\u2019est pas uniquement destinée à s\u2019entasser, mais bien au contraire doit servir au bénéfice des autres, c\u2019est que les talents, chez nous, et vraisemblablement pour longtemps encore, naîtront dans les familles laborieuses des villes et des campagnes; et que, s\u2019ils ne trouvent pas à l\u2019Université le milieu qui leur permettra de s\u2019initier, de prendre le goût et la méthode du travail scientifique, que ce soit dans le domaine de la science spéculative, ou appliquée à l\u2019hygiène, au commerce ou à l\u2019industrie, notre race, pour longtemps encore restera inférieure à ses voisins et à ses rivaux, qui, eux, se gardent bien de marquer le pas dans des discussions aussi stupides.Quand donc ces esclaves obtus de la finance et du commerce comprendront-ils que c\u2019est encore leur meilleur intérêt que de ne pas éteindre la passion de l\u2019idéal chez ceux en qui elle brille, parce qu\u2019ils sont les premiers à bénéficier de leur travail, sans toujours l\u2019apprécier, même oralement, à sa valeur?C\u2019est une lâcheté dont ces messieurs sont trop friands que de mépriser et vilipender ceux qui leur fournissent, sans qu\u2019ils les rétribuent à leur valeur, les principes et les recettes qui leur permettent de faire fortune.A n\u2019en pas douter, c\u2019est leur orgueil qui les empêche de subir cette direction intellectuelle; il n\u2019y a pour s\u2019en convaincre qu\u2019à les regarder convoiter à prix d\u2019or décorations et titres, lorsqu\u2019ils s\u2019aperçoivent, toujours trop tard, que tout de même il y a quelque chose de plus noble que les sous.Et ce quelque chose, c\u2019est, après avoir provoqué, stimulé et dirigé le bien-être matériel, de donner à celui-ci sa valeur vraie, en le subordonnant au développement intellectuel de la nation: seconde mission de l\u2019Université, qui, à côté de ses chaires de sciences, de médecine, de génie civil, tend, par ses Facultés des Arts, des Lettres, de Philosophie, à élever l\u2019homme aux vérités UN PROBLEME NATIONAL : L\u2019UNIVERSITE 207 de l\u2019ordre désintéressé.Quoi qu\u2019en pensent, en leur for intérieur, nos financiers matérialistes, l\u2019homme de toutes les couches sociales, des soi-disant inférieures comme celles qui se targuent de leur noblesse, l\u2019homme n\u2019est pas une machine à produire et à consommer; ce qui fait sa valeur c\u2019est l\u2019intelligence qui guide son travail manuel comme son travail cérébral; et ses plus belles jouissances sont encore celles qui relèvent de l\u2019ordre spirituel.Et c\u2019est pourquoi, sous peine de renier tout son passé, sous peine de retourner à l\u2019état sauvage avant d\u2019avoir connu une véritable civilisation, notre peuple ne peut se priver de développer cette culture désintéressée.Mais il y a plus; redisons-le précisément à ceux-là mêmes que l\u2019on cherche à égarer avec l\u2019épouvantail de la taxe: c\u2019est dans l\u2019Université, qui par son enseignement essaie de faire pénétrer un peu de respect de la justice, de la charité, dans les relations sociales et économiques tout en cherchant à promouvoir celles-ci, qu\u2019est votre salut.Si la misère vous frappe dans la crise actuelle, c\u2019est qu\u2019on a pas suffisamment compris en certains milieux, parce qu\u2019on ne les leur a pas suffisamment enseignés, il y a vingt-cinq ou trente ans, alors que nos capitalistes allaient à l\u2019école, les enseignements des derniers Papes sur la question sociale.Que patrons, politiciens, professionnels de toute catégorie, ne soient qu\u2019en partie responsables de leur ignorance, qui était alors générale, j\u2019en conviens; mais ce qu\u2019on ne saurait leur pardonner, c est qu\u2019ils cherchent par leur stupide prétexte d\u2019économie à faire persévérer cet état de choses et à empêcher l\u2019Université de remplir sa mission de directrice intellectuelle de la génération de demain.Et nous touchons ici la raison d\u2019être fondamentale de notre Université Catholique de Montréal.Si l\u2019homme vaut surtout par son intelligence qui est sa boussole naturelle; s\u2019il doit recevoir, par-delà la mort sa récompense qui consistera foncièrement dans la contemplation de la Vérité absolue, il reste que sa valeur terrestre se mesurera à l\u2019usage qu\u2019il aura fait de son intelligence pour orienter son activité individuelle, sans doute, mais sociale aussi.C\u2019est une vérité qu\u2019on ne répétera jamais assez au monde contemporain: la vie sociale chrétienne est obligatoire tout autant 208 REVUE DOMINICAINE que la pratique privée de la religion évangélique.Vérité qui se peut prouver tout aussi bien par voie de raisonnement expérimental que par raisonnement foncièrement théologique.Cette dernière manière est sans doute la seule vraiment irréfutable.Cependant, on me permettra de ne pas l\u2019aborder ici.Recourons plutôt brièvement à l\u2019autre qui devrait être plus accessible à nos contemporains tout férus de sciences d\u2019observation.C\u2019est notre intérêt à tous, comme c\u2019est leur devoir d\u2019état en particulier à tous, que le médecin renonce un peu à la tentation ch pousser trop loin, aux dépens de la vie et de la santé de ses pa tients, sa passion de l\u2019expérience; que l\u2019avocat sache conseiller à temps à ses clients de renoncer à telle poursuite judicière, avam que le mémoire des frais ne soit trop allongé et la cause perdue; que le notaire ou le courtier, le commerçant ou l\u2019industriel ne compromettent pas les économies qu\u2019on leur confie, sous une forme ou sous une autre, pour assurer davantage leur profit personnel.Or, cette notion du devoir social et professionnel, elle ne peut s\u2019inculquer aux différentes classes sociales en dehors des Universités Catholiques, qui font pénétrer dans toutes les branches du savoir humain, les saines notions de droit, de justice, de devoir, de charité.Pour s\u2019en convaincre, il n\u2019y a d\u2019ailleurs qu\u2019à jeter un regard tant soit peu attentif sur toutes les Universités neutres.Toutes versent, on dernière analyse, dans le matérialisme, le libéralisme économique ou politique, ou le socialisme.Certes, gardons-nous d\u2019ignorer l\u2019existence et le rôle des autres universités catholiques françaises de notre pays, de Québec et d\u2019Ottawa.Gardons-nous aussi d\u2019éveiler ou de développer, s\u2019il existe déjà un faux régionalisme.Sans verser dans l\u2019un ou l\u2019autre de ces écueils, il semble cependant qu\u2019il faille regarder les faits en face et jeter la lumière aux aveugles qui veulent encore voir.Il faut tout de même affirmer qu\u2019une troisième université ne sera pas de trop pour répondre aux besoins généraux du pays et de la province; qu\u2019elle est même nécessaire à la population de Montreal.Notre métropole, comme toutes les métropoles du reste, est de l\u2019aveu de tous, \u2014 aveu que l\u2019on se plaît à exagérer, en certains milieux, bien que ce ne soit pas précisément à son hon- UN PROBLEME NATIONAL : L\u2019UNIVERSITE 209 neur, \u2014 le centre de la Province où se posent les problèmes les plus brûlants, du fait de la multiplicité des races et des croyances, de son voisinage plus immédiat et plus facile des Etats-Unis.Mais alors, n\u2019est-il pas vital pour son avenir qu\u2019il y ait sur place, pour étudier tous ces problèmes, une institution catholique qui préserve de tous ces périls, les trois-quarts de la population?J\u2019espère qu\u2019on ne m\u2019accusera pas de partisannerie politique, si j\u2019affirme, après bien d\u2019autres, que depuis trente ans \u2014 tous les partis se sont disputé et ont conquis le pouvoir, dans cette intervalle, donc.\u2014 nos différentes administrations municipales, provinciales et fédérales, ont donné à satiété la preuve de la nécessité de former une génération d\u2019hommes d\u2019Etat qui descendent un peu plus profondément dans les détails de notre législation en tous domaines, au lieu de nous répéter des discours patriotiques ou des pages de théories libre-échangistes ou protectionnistes.Dans tous les domaines s\u2019affirme donc le rôle de première importance de notre imiversité, au point de vue de notre survie et de notre progrès comme peuple catholique et français.Venons donc aux conclusions qui s\u2019imposent.* * * La première et la plus générale, c\u2019est bien que Montréal n: peut plus, ni décemment, ni honnêtement, reculer devant le parachèvement de la tâche entreprise, puisqu\u2019il y va de son bon renom et de l\u2019avenir de générations qui est en jeu: alors il faut la collaboration de tous.Le premier obstacle à vaincre est l\u2019indifférence et l\u2019inertie auxquelles il faut substituer une conviction assez sincère pour déclancher une volonté générale de contribution, de la part de tous les intéressés.Rien ne sert de le cacher: pour pousser à bonne fin la construction, puis l\u2019aménagement de l\u2019Université, il faudra des sources de revenus.Et c\u2019est ici le danger.Gardons-nous des décisions hâtives, basées sur la routine traditionelle ou le préjugé avare.Il est inutile d\u2019insister sur les inconséquences logiques qu\u2019ont déjà manifestées les adversaires de l\u2019Université, dans l\u2019espace de deux ou trois semaines.Le moins qu\u2019on puisse dire, c\u2019est que de toute 210 REVUE DOMINICAINE cette opposition, le plus clair fut bien que plusieurs n\u2019avaient pas lu, en tout cas, pas compris la portée du plan de M.Doré relatif à la construction.Souhaitons que leur sotte précipitation n\u2019ait eu que l\u2019effet fâcheux de lancer cette discussion dans le public et de ne retarder les travaux que de quelques mois.Si l\u2019on s\u2019était accordé cinq minutes de sérieuse réflexion, on aurait discerné d\u2019emblée que ce plan ne grevait directement le budjet de personne, pour la construction de l\u2019université; que le gouvernement provincial, de concert, au besoin, avec la Ville, et la Commission Scolaire pouvaient fournir les fonds immédiatement, tout en prenant des années pour en rembourser les prêteurs.Mais voilà! on avait lâché le mot \u201ctaxe\u201d, tout en y accolant l\u2019étiquette \u201chypothétique\u201d; il n\u2019en fallut pas davantage pour faire perdre l\u2019équilibre mental à toute une population.On n\u2019y voulut plus voir qu\u2019il s\u2019agissait d\u2019un simple projet, non encore mûri, destiné à pourvoir à l\u2019administration de l\u2019Université une fois construite, s\u2019il était mis à exécution, et celà dans trois ou quatre ans, après qu\u2019un comité chargé d\u2019étudier le problème en serait venu à la conclusion qu\u2019il n\u2019y avait pas d\u2019autre moyen à employer.Supposant même qu\u2019on en fût venu à pareille décision, quel aurait été alors le fardeau imposé aux personnes taxées?On a parlé de deux sous par cent piastres; cela aurait fait 20 sous par $1000, et #2 par #10,000.Quel fardeau insupportable pour les gros propriétaires qui logent dans des cottages de #15,000 et plus! Franchement, ceux qui ont l\u2019avantage de pouvoir se payer ce luxe, auraient mauvaise grâce de se plaindre qu\u2019on leur demande pareille contribution pour une oeuvre de première importance.Quant aux propriétaires de faubourgs et de logements ouvriers, il faut bien rappeler qu\u2019ils ne seraient guère plus malheureux.Une propriété de #10,000 suppose au moins trois logements, sinon cinq, qui rapportent loyers.Cela veut dire qu\u2019on aurait eu à supporter un revenu de 60 à 80 sous par logement, par an; et cela à supposer qu\u2019on n\u2019en profitât pas pour élever le loyer mensuel d\u2019un dollar, \u2014 chose qui était bien à prévoir, étant donné l\u2019esprit d\u2019économie qui incline certaines gens à faire payer le plus possible de leurs dettes par leurs voisins.Décidément UN PROBLEME NATIONAL : L\u2019UNIVERSITE 21! c\u2019est lamentable de voir des milliers de personnes prendre peur d\u2019un tel fantôme! Laissons donc ces constatations démoralisantes.Tournons-nous vers un rêve moins lugubre.Mieux! Rappelons-nous, pardessus ces mesquines exceptions, le geste centenaire généreux de la race qui depuis 1760, avec ses modestes ressources, a réussi par sa libéralité à fonder ses paroisses, à construire ses hôpitaux et ses couvents et ses collèges, avec des ressources qui étaient alors proportionnellement moindres que celles dont elle dispose aujourd\u2019hui; songeons, ouvrant simplement les yeux, aux générosités qui aujourd\u2019hui même soutiennent toutes ces oeuvres et en pro voquent d\u2019autres, même à travers la crise présente, et disons nous, prouvons aux autres, que l\u2019avarice et la chicherie sont sans doute des vices qui nous affligent comme ils affligent tous les peuples; mais que la majorité de notre population de Montréal possède trop le sentiment de l\u2019honneur pour subir plus longtemps ces influences: et nous verrons bientôt notre Mont-Royal dominer intellectuellement toute la région environnante.Armand PERRIER, Ptre.Westmount, le 2 mars 1932. Una figura gigantesca Cunctis luxisti, Scriptis praeclarus fnisti, Mundo luxisti, Quia totum scibile scisti.(Jammy) Dans les diverses allocutions qu\u2019il a prononcées au cours du procès de canonisation de saint Albert le Grand, le Souverain Pontife s\u2019est plu à répéter ces paroles éminemment autorisées de la part du Chef suprême de l\u2019Eglise: \u201cuna figura gigantesca\u201d, une figure gigantesque.Seule, la vigueur de cette expression synthétique peut nous laisser entrevoir ce que fut et ce qu\u2019apparaît encore, après plusieurs siècles, la physionomie de Maître Albert, \u201cgrand dans les sciences naturelles, plus grand dans la \u201cphilosophie, très grand dans la théologie.\u201d Il y a dans ce génie merveilleux un caractère d\u2019universalité qui étonne d\u2019abord, puis remplit d\u2019admiration.Comme le soleil qui résorbe la lumière, la chaleur et les diverses couleurs avec la variété de leurs teintes aux nuances infinies, puis les diffuse ensuite sur la terre en bienfaits de toutes sortes, Albert le Grand a étudié et s\u2019est assimilé tous les éléments de la sagesse antique, y mêlant une compréhension sans égale de tous les problèmes agités par ses contemporains; puis après avoir coordonné et clarifié par sa discipline de l\u2019étude et de la réflexion cette somme immense de savoir déjà acquise par l\u2019intelligence humaine au XHIe siècle, l\u2019a déversée sur le monde dans une oeuvre phénoménale, dont la critique moderne, pourtant si active, n\u2019est pas encore parvenue à fixer avec précision les véritables limites ni à mettre au jour les prodigieuses et incalculables richesses.Albert le Grand a abordé avec une égale autorité tous les problèmes des sciences humaines et divines.S\u2019il ne les a pas tous résolus de façon définitive, il les a tous éclairés d\u2019une lumière suffisante pour permettre à ceux qui viendraient après lui, de s\u2019en- UNA FIGURA GIGANTESCA 213 gager désormais dans une voie certaine.\u201cAlbert le Grand fut \u201cune source, Thomas d\u2019Aquin fut le fleuve,\u201d a écrit le R.P.Man-donnet.(1) Pour que le fleuve puisse couler librement et ferti liser les terres qu\u2019il arrose, il faut tout d\u2019abord que la source se soit fait jour, que les gouttes d\u2019eau se soient réunies sous terre, pour contourner les pierres, traverser le sable, glisser sur l\u2019argile, rompre le calcaire.Il faut de plus qu\u2019elles s\u2019accroisssent sur leur parcours de tous les filets perdus, jusqu\u2019à ce qu\u2019elles parviennent à sortir de terre en une source puissante et continue qui n\u2019a plus qu\u2019à se chercher un lit pour devenir un large fleuve.Albert le Grand fut la source, Thomas d\u2019Aquin fut le fleuve.Restreindre dans les cadres d\u2019un article de revue, une ébauche complète de la physionomie d\u2019Albert le Grand, n\u2019est pas une oeuvre facile.C\u2019est tout de même ce que nous allons tenter en considérant comment le nombre, la qualité et la complexité des éléments requis pour réaliser la grandeur d\u2019une personnalité humaine se sont harmonieusement réunis dans la personne de Maître Albert, au point de lui mériter de ses contemporains une admiration que Roger Bacon sxprimait par cet aveu singulier: \u201cCet homme \u201ca de son vivant une autorité qu\u2019aucun homme n\u2019eut jamais en \u201cmatière de doctrine, car le Christ Lui-même n\u2019est pas arrivé \u201cjusque là, Lui qui fut rejeté ainsi que sa doctrine, pendant toute \u201csa vie.\u201d ^ ^ Les éléments nécessaires à la réalisation de la grandeur d\u2019une personnalité humaine sont extrêmement nombreux, si nombreux que c\u2019est en les repartissant inégalement \u2014 du moins s\u2019il s\u2019agit des dons de nature \u2014 que le Maître suprême de la vie distingue et diversifie les individus de l\u2019espèce humaine.Ces éléments peuvent se classer en profondeur et en extension; ils peuvent se partager de même en aptitudes natives et en qualités acquises, en puissances intellectuelles et en forces morales, en richesse du coeur et en vigueur physique.Pour émerger du niveau commun, des activités humaines, de posséder à la fois une haute intelli-il n\u2019est pas toujours nécesaire d\u2019excéder dans toutes les sphères gence et un grand coeur, de briller à un égal degré dans les (1) Dictionnaire de Théologie catholique, au mot Albert le Grand. 214 REVUE DOMINICAINE sciences spéculatives et les vertus pratiques.Parmi les grands noms dont l\u2019histoire nous a conservé le souvenir, nous rencontrons des hommes de guerre, habiles à ranger les bataillons en vue d\u2019une victoire, mais inaptes à pourvoir au gouvernement de leur maison; nous rencontrons des hommes de science, habiles à découvrir l\u2019éclipse prochaine, en considérant le mouvement des corps célestes, mais ignorants de la destinée de leur âme; nous rencontrons des hommes de lettres, habiles à exprimer dans des strophes splendides, les plus profondes considérations de l\u2019esprit et les plus délicats sentiments du coeur, mais bien pauvres citoyens dans les relations sociales.Nous rencontrons des génies qui ont dominé leur siècle en portant jusqu\u2019à l\u2019extrême le développement d\u2019une faculté, mais presque toujours au détriment des autres et de l\u2019équilibre tout entier.L\u2019homme vraiment susceptible d\u2019être appelé grand ne doit être pris en défaut dans aucun ordre.Il importe tout d\u2019abord qu\u2019il soit gratifié par la Providence de certains dons indispensables que ni l\u2019éducation, ni l\u2019effort personnel, ni les circonstances ne peuvent remplacer.Au point de vue naturel une vive intelligence est requise, une intelligence qui puisse embrasser en profondeur et en extension, les divers objets du savoir, qui puisse les découvrir, les comprendre, les pénétrer, les assimiler et projeter sur eux de nouvelles lumières.Parallèlement à la pénétration de l\u2019intelligence, devra se trouver l\u2019énergie du vouloir assez puissant pour réveiller, stimuler, coordonner toutes les activités selon l\u2019ordre des fins.En troisième lieu, l\u2019âme douée de ces qualités indispensables à la grandeur, devra animer un corps robuste sainement équilibré.Tels sont les dons de nature requis pour le développement supérieur d\u2019une personnalité humaine.Si l\u2019un ou l\u2019autre fait défaut, l\u2019équilibre est rompu, un élément de perfection manque, la transcendance est déjà réduite à une catégorie; nous pouvons avoir encore un grand capitaine, un grand astronome, un grand philosophe, nous n\u2019avons plus un homme universellement grand.Au point de vue surnaturel, il faut le don de la grâce divine.L\u2019on éprouve quelque peine à concevoir la véritable grandeur en regard de l\u2019unique fin de la vie humaine.Cependant saint Tho- UNA FIGURA GIGANTESCA 215 mas n\u2019hésite pas à affirmer, (2) \u2014et le Cardinal Cajetan nous recommande d\u2019avoir jour et nuit cet enseignement sous les yeux\u2014 que le don surnaturel de la grâce, même s\u2019il n\u2019avait été fait qu\u2019à un seul individu l\u2019emporterait en valeur sur le bien naturel de l\u2019univers entier, donc non seulement sur l\u2019ensemble des biens matériels, mais sur tous les avantages de l\u2019intelligence humaine, sur toutes les merveilles des génies les plus puissants et même sur tous les anges si on les considérait dans leur nature.Il s\u2019ensuit que les dons naturels, si divers, si élevés, si riches soient-ils, ne sont pas suffisants pour conduire à la véritable grandeur; il faut en plus le don de la grâce avec l\u2019organisme de toutes les vertus infuses théologales et morales qui ordonnent l\u2019ensemble des activités humaines vers Dieu et vers la béatitude éternelle.\u201cQuand je parlerais les langues des hommes et des anges, écrit l\u2019a-\u201cpôtre saint Paul, si je n\u2019ai pas la charité, je suis un airain qui ré-\u201csonne, ou une cymbale qui retentit.Quand j\u2019aurais le don de \u201cprophétie, que je connaîtrais tous les mystères et que je posséderais toute science.si je n\u2019ai pas la charité, tout cela ne me \u201csert de rien.\u201d (3) Mais tout cela n\u2019est pas suffisant pour être appelé grand sur la terre et grand dans le royaume des cieux, puisque les dons de nature peuvent bien ne pas fructifier et que peut bien se perdre le don surnaturel de la grâce divine.Celui-là sera grand qui pourra présenter à son maître seigneur, en retour des dix talents reçus dix autres talents qu\u2019il aura acquis par son industrie personnelle en faisant fructifier les premiers.(4) Celui-là sera grand, qui aura fait servir la pénétration de son intelligence à la recherche, au service, et à la défense de la vérité; qui se sera appliqué en premier lieu à connaître parfaitement la nature et les lois du monde sensible afin de le dominer et de le soumettre aux exigences et aux nécssités de l\u2019âme raisonnable; qui, de cette notion, par un procédé rigoureux de l\u2019esprit humain dont il aura formulé les lois inviolables, se sera élevé aux conceptions plus universelles de l\u2019être, du vrai, du bon et du bien, pour rejoindre (2)\tSum.Théo).I - II, Q.CXIII, Art.IX, ad.2.(3)\tI aux Corinth.XIII, 1 - 3.(4)\tMatt.XXV, 14. 216 REVUE DOMINICAINE l\u2019Etre par essence, la Vérité incréée, la Bonté suprême.Celui-là sera grand qui aura marqué un dégré de plus dans le progrès de la science, qui aura libéralement communiqué à ses semblables le fruit de ses études, qui aura formé des disciples assez pénétrés de la pensée de leur maître pour assurer la pérennité de sa doctrine et l\u2019immortalité de son nom.Infiniment plus grand toutefois, sera celui qui aura scruté et enseigné avec foi, amour et soumission, les profonds mystères de la Révélation apportée au monde par le Christ et les prophètes et qui aura ordonné toute sa vie conformément à ces vérités d\u2019ordre supérieur.Et s\u2019il s\u2019est rendu à la demande du Maître, l\u2019invitant à marcher à sa suite dans la voie de la perfection, celui-là sera grand de la grandeur souveraine, le monde célébrera ses louanges et Dieu le recevra dans ses tabernacles éternels.* * * Albert de Cologne a mérité d\u2019être appelé grand par ses contemporains, et la postérité de plus en plus éblouie par son savoir et ses vertus lui a conservé ce qualificatif.Il fut universalement grand.Nous pouvons avec le recul des siècles embrasser l\u2019ensemble de sa longue carrière, et son extraordinaire physionomie, sa figure gigantesque s\u2019impose plus impérieusement à notre admiration.Le Père Jammy, l\u2019un de ses premiers biographes, n\u2019a pas hésité à lui décerner cet éloge mille fois confirmé dans la suite: \u201cVous avez éclairé tous les autres; vos écrits vous ont rendu célèbre; vous avez illuminé le monde, parce que vous avez su tout \u201cce qu\u2019il est possible de savoir.\u201d Dans la bulle de canonisation nous lisons des paroles équivalentes:\u201cIl faut lui rendre ce témoignage que ni dans la philosophie, ni dans la théologie, ni dans \u201cl\u2019interprétation des Ecritures, aucun autre docteur, si ce n\u2019est \u201csaint Thomas ne s\u2019est acquis une autorité comparable à la sienne.\u201d Grand par les dons de nature, la Providence lui donna en partage une vive lumière intellectuelle et une volonté puissante servies par un organisme physique des mieux équilibrés.Grand par le don de la grâce divine puisque l\u2019eau du baptême coula sur son front peu de jours après sa naissance et qu\u2019il reçut pendant son enfance une éducation profondément religieuse.Grand dans UNA FIGURA GIGANTESCA les sciences naturelles, il écrivit sur la physique, la géographie, la minéralogie, la botonique, la zoologie, la chimie ou l\u2019alchimie, comme on disait alors, l\u2019astronomie, la météréologie, la physiologie.Son oeuvre, assure Blainville, contient en germe la théorie de Gall et de son disciple Spurzheim, à l\u2019exception toutefois de leurs exagérations et de leurs principes matérialistes.(5) Humboldt et Pouchet ont reconnu en lui un glorieux ancêtre.(6) Grand dans la philosophie, il a expliqué dans de vastes commentaires presque toutes les oeuvres d\u2019Aristote, mettant à contribution les éléments fournis par les philosophes arabes et hébreux dont les ouvrages et les doctrines s\u2019étaient rapidement propagés et cherchaient à supplanter les idées chrétiennes.Il eut le mérite, non seulement de concevoir dans toute sa grandeur comme les autres maîtres de la scolastique, mais encore d\u2019appliquer loyalement et courageusement à la recherche du vrai, la double méthode de la métaphysique ou de l\u2019\u201ca priori\u201d et de la physique ou de l\u2019expérience, soit l\u2019\u201ca posteriori\u201d, préparant ainsi la superbe synthèse qui se fera de la science ancienne et de la science moderne.Grand dans la Théologie, il explora et élargit tout le domaine de la science sacrée, accepta toute la raison et toute la Révélation.Sa conception de Dieu comme point capital de la métaphysique, est une conception profonde, spontanée, pleine de sentiment et de vie.Après avoir établi que la réflexion de l\u2019âme sur elle-même, la dispose à s\u2019élever à la connaissance de Dieu, de telle sorte que l\u2019âme sert d\u2019échelle, pour parvenir à la contemplation intellectuelle de Dieu, il nous parle en termes magnifiques de cette essence divine qui contient en elle-même, de toute éternité, dans son unité très simple, les perfections de toutes choses, de ce Dieu qui peut et qui sait par un simple signe de sa volonté, créer des êtres de plus en plus parfaits, de ce Dieu en qui existent d\u2019une manière immuable, les principes, les raisons et les essences des choses mobiles, en qui sont et vivent toutes choses, sans se confondre ni s\u2019identifier avec son essence, qui donne à toutes choses (5)\tGonzales, Hist, de la Philosophie, T.II, p.229.(6)\tBerthier, Le Couvent de Sainte-Sabine, p.300. 218 REVUE DOMINICAINE l\u2019être, la puissance et l\u2019action, qui étend sa Providence à tout depuis le plus grand jusqu\u2019au plus petit, depuis les genres les plus étendus jusqu\u2019aux individus.(7) Et lorsqu\u2019il aborde la Révélation, c\u2019est avec un esprit pénétrant et une profonde connaissance de la doctrine catholique qu\u2019il en traite les principaux mystères.Qu\u2019il suffise de mentionner sa Somme Théologique imprégnée tout à la fois de sagesse et de piété; son Commentaire sur l\u2019Evangile selon Saint Luc qui le révèle comme un interprète sûr et expérimenté des Saintes Ecritures; son traité des Louanges de la Vierge Marie tout rempli de son amour et de ses effusions à l\u2019endroit de notre divine Mère; ses écrits incomparables sur le Très Saint Sacrement de l\u2019autel, où il laisse voir sa foi sincère en Dieu et son ardente dévotion au divin mystère de l\u2019Incarnation; enfin ses écrits mystiques qui manifestent jusqu\u2019à quelle élévation il était parvenu dans les voies surnaturelles et qui ont été pour ainsi dire la source et la loi de la mystique allemande au XIVe siècle.(8) Grand dans la science, Albert de Cologne fut également grand dans l\u2019enseignement de la vérité, la prédication de la parole divine et le gouvernement des hommes.L\u2019on serait facilement porté à croire que des recherches aussi laborieuses, des études aussi constantes, la publication des travaux aussi nombreux et aussi divers, aient occupé toutes les heures de ce maître incomparable, au point de ne lui laisser que très peu de temps à donner aux exigences de la vie active.Il n\u2019en est rien.Régent à Paris, à Cologne, Provincial des prêcheurs d\u2019Allemagne, siégeant dans les Conciles, s\u2019entremettant dans les difficultés et les conflits, remplissant les fonctions épiscopales, bataillant sans trêve pour la vérité, Albert le Grand prend part à tous les mouvements qui agitent son milieu et les résultats de l\u2019activité qu\u2019il déploie pénètrent tout son siècle.Et si l\u2019on songe qu\u2019en même emps, il voyage, fait des recherches, étudie, écrit, prêche, enseigne régulièrement et donne aux observances dominicaines la part respectable de temps qu\u2019elles requièrent, c\u2019est alors que nous apparaît dans un relief merveilleux, (7)\tGonzales, Ibid.p.236.(8)\tLettres décrétales de S.S.Pie XI. UNA FIGURA GIGANTESCA 219 cette physionomie puissante et universelle, unique au Moyen Age, si bien caractérisée par le Souverain Pontife lui-même: \u201cUNA FIGURA GIGANTESCA\u201d.* * * Mais l\u2019Eglise en inscrivant son nom au catalogue des saints et en prescrivant son culte à l\u2019univers catholique a consacré le dernier et suprême caractère de la grandeur de Maître Albert, projetant ainsi, sur l\u2019infinité des voies qui peuvent conduire au sommet de la perfection, une nouvelle lumière.Dieu est admirable dans ses saints par la diversité des moyens dont II se sert pour les attirer à Lui, proposant de cette façon aux âmes engagées dans les états différents, des modèles se rapprochant davantage de leur idéal et par conséquent plus facilement imitables.Il importe de le faire remarquer en un temps où l\u2019on a beaucoup exalté \u201cla petite voie\u201d au risque de commettre parfois de pieuses exagérations.S\u2019il s\u2019agit de faire en tout et partout la volonté de Dieu et de ne jamais résister aux touches mystérieuses de l\u2019Esprit Saint, il n\u2019y a qu\u2019une seule et vraie voie qui est la seule très grande et qui est la même pour la moniale cloîtrée, ignorée du monde autant qu\u2019elle l\u2019ignore, et pour le sage dont la science est célébrée par le monde entier.Mais s\u2019il s\u2019agit du choix des moyens, l\u2019on peut dire qu\u2019à côté de la petite voie, celle de Jean Berchmans, de Louis de Gonzague et de Thérèse de l\u2019Enfant-Jésus, il y a la grande, celle d\u2019Augustin, de Thérèse d\u2019Avila et d\u2019Albert le Grand.La première ne va guère au-delà du Sanctuaire, de la cellule et de la recréation commune; l\u2019autre se fraye au milieu d\u2019obstacles vraiment plus difficiles à surmonter.L\u2019une et l\u2019autre conduisent suavement jusqu\u2019à Dieu.L\u2019une et l\u2019autre sont approuvées par l\u2019Eglise.L\u2019une et l\u2019autre ont produit des âmes héroïques.Il faut les exalter parallèlement et proposer l\u2019une et l\u2019autre à imiter aux âmes désireuses de se sanctifier selon leur état.Que la vierge aille rencontrer son divin Epoux dans la solitude du cloître protégé du monde par une double grille, et qu\u2019elle soit suivie dans sa retraite par une multitude d\u2019autres; mais que l\u2019homme de génie qui a pour mission de faire briller la lumière à l\u2019extérieur, d\u2019enseigner et de prêcher la vérité aux na- 220 REVUE DOMINICAINE tions, n\u2019hésite pas à s\u2019engager dans la grande voie, celle que l\u2019Eglise vient de proposer aux savants catholiques, aux philosophes et aux théologiens tout particulièrement, en leur donnant pour modèle cet homme de génie qui a su allier, avec un équilibre constant et une hiérarchie parfaite, les dons les plus précieux et les plus variés de la nature, aux faveurs les plus délicates de la grâce divine, réunissant ainsi dans sa personne, un ensemble de caractères dont un seul suffirait à illustrer une vie humaine.Tous les arts ont à l\u2019envi célébré sa mémoire.D\u2019illustres pinceaux ont reproduit son image; d\u2019habiles ciseaux ont gravé ses traits dans le marbre; la poésie avec Dante l\u2019a chanté; l\u2019éloquence et l\u2019histoire ont redit ses grandeurs, mais l\u2019Eglise a proclamé son immortalité en entourant son front de l\u2019auréole des Saints, car \u201cil a prié et la prudence lui a donnée, il a invoqué et \u201cl\u2019esprit de sagesse est venu en lui.Il l\u2019a préférée aux sceptres \u201cet aux couronnes, et il a estimé de nul prix les richesses auprès \u201cd\u2019elle.Il ne lui a pas égalé les pierres les plus précieuses, car \u201ctout l\u2019or du monde n\u2019est auprès d\u2019elle qu\u2019un peu de sable, et \u201cl\u2019argent à côté d\u2019elle doit être estimé comme de la boue.Avec \u201celle lui sont venus tous les biens, et des richesse innombrables \u201csont dans ses mains .Il l\u2019a apprise sans arrière-pensée, l\u2019a \u201ccommuniquée sans envie et n\u2019a point caché ses trésors.Car elle \u201cest pour les hommes un trésor inépuisable; ceux qui en usent ont \u201cpart à amitié de Dieu, à qui les recommandent les dons acquis \u201cpar la science\u201d.(9).Albert SAINT-PIERRE, O.P.(9) Sagesse, VII.5-15. Bulletin de droit canonique LA CODIFICATION DU DROIT ORIENTAL (1) Les Acta A.Sedis du 2 décembre 1929 (p.669) annonçaient, sous forme d\u2019avis (Notificatio), la nomination de commissaires chargés par le Souverain Pontife de préparer la codification du Droit Oriental.C\u2019était après exactement vingt-cinq ans, l\u2019application à l\u2019Eglise orientale du procédé suivi pour la codification du Droit de l\u2019Eglise latine; en effet, le 19 mars 1904, par le Motu Proprio Arduum sane munus, Pie X avait institué une Commission cardinalice chargée de préparer la Codification.La similitude de procédé se continuait aussi dans l\u2019invitation faite à l\u2019Episcopat d\u2019Orient d\u2019envoyer à Rome un prêtre destiné à aider au travail de codification.Le travail devait se faire sous la présidence de S.Eminence le Cardinal Pierre Gasparri qui avait été, jadis, l\u2019artisan principal du travail de codification pour le Droit de l\u2019Eglise latine.\u2014 En outre, de même que la codification du Droit latin avait été précédée de nombreuses demandes, ainsi celle du Droit oriental répondait au désir général de l\u2019Episcopat d\u2019Orient.L\u2019on pouvait toutefois noter immédiatement quelques différences dans le procédé: tandis que la Codification latine avait été annoncée par Motu Proprio, l\u2019orientale l\u2019était par un avis; la Commission cardinalice chargée de la préparation du Code latin contenait seize membres, celle du Code oriental n\u2019en avait que quatre ; tous les évêques de l\u2019Eglise latine pouvaient envoyer à Rome un canoniste ou un théologien tandis que les évêques de chaque rite devaient s\u2019entendre et désigner un prêtre qui prît part au travail de codification: cette dernière prescription s\u2019explique précisément par la diversité des rites de l\u2019Eglise Orientale.(1) Etude rédigée, en grande partie, d'après l'article de Mgr Cico-gnani dans \u201cApomvaris,\u201d 1931, p.234. 222 REVUE DOMINICAINE La Commission cardinalice instituée pour la préparation du Code de l\u2019Eglise Orientale se compose des EE.Cardinaux Pierre Gasparri, Sincero, Cerretti et Ehrlé; elle a comme secrétaire S.Exc.Mgr H.J.Cicognani, assesseur de la S.Cong.de l\u2019Eglise orientale.Les divers épiscopats orientaux envoyèrent à Rome, pour prendre part aux travaux de la Codification, les prêtres suivants: pour les Abyssins et les Ethiopiens le Rme Abbé Chidané-Ma-ryam, pour les Arméniens Mons.Jean Naslian, pour les Bulgares D.Clément Pascaleff, pour les Coptes-Egyptiens D.François Gozman, pour les Grecs-Bysantins D.Dorothéus Calavassy d\u2019abord puis D.Cyrille Korolevsky, pour les Italo-Albanais le Rme P.Isidore Croce, O.S.B.M., pour les Melchites le Rme P.Acace Caussa d\u2019Alep, pour les Romains D.Jean Balan, pour les Russes Mons.Alexandre Sipiaginne, pour les Ruthènes le Rme P.Denis Holo-veckyi O.S.B.M., pour les Syro-Chaldéens le Rme P.Paul David, pour les Syro-Malabares D.Zacharie Vachaparambit, pour les Syr o-Maronites D.Pierre Sfair, pour les Syriens Mons.Thomas Halabia aidé d\u2019abord par Mons.Haddad puis par le Rme P.Paul Hindo.\u2014 Cette commission a reçu pour mandat, sous la dépendance de la Commission cardinalice, de s\u2019adonner à la rérédaction des articles du nouveau! Code; ses membres, appelés d\u2019abord Consulteurs ont reçu plus tard le nom de Membres Délégués Orientaux; on leur adjoignit dès le début quelques consulteurs latins spécialement compétents dans les matières juridiques et orientales: le P.Cappello S.J., le P.Sonarm, Assomptionniste, le P.Hippolyte de la S.Famille, Carme Déchaussé, le P.Larrsona C.M.F., et P.Emile Herman S.J.En même temps fut constituée une autre Commission de Consulteurs chargés de la recherche et du recueil des sources (Fontes) du Droit Oriental: le P.Abela S.J.de Beyrouth, le P.Hatzuni de Venise, le chan.Balan de Fagaras, D.Calavassy de Constantinople, le P.Croce de Grottoferrata, Mons.Dib de Strasbourg, D.Grébaut de Neufmarché, D.Hyvernat de Washington, le P.Korolewsky de Rome, D.Pascaleff de Sofia, D.Riciotti de Rome, le P.Vosté O.P.de Rome. BULLETIN DE DROIT CANONIQUE 223 Les deux susdites Commissions ont travaillé sans relâche depuis leur établissement; la première poursuit méthodiquement l\u2019oeuvre de rédaction du futur Code.A la seconde l\u2019on doit déjà des monographies et des renseignements de toute première valeur sur les sources du Droit Oriental, le tout dûment classifié en des fiches qui constituent non seulement pour le but immédiat de la codification mais aussi pour l\u2019histoire et pour l\u2019administration, un incomparable trésor.Parallèlement se poursuit, aux archives de la Propagande, un travail de recherche des documents concernant les Eglises ori entales, confié à D.Cyrille Korolevsky, prêtre du rite bysantin; en même temps, d\u2019autres consulteurs préparent le fichier d\u2019autres collections importantes.Ces fiches sont recueillies en fascicules dont quelques-uns sont déjà publiés et d\u2019autres le seront bientôt.L\u2019on fera aussi, du point de vue oriental, le dépouillement des Bullaires des Ordres religieux qui, au moyen-âge, furent en contact avec les Eglises d\u2019Orient.Enfin, l\u2019on consultera les Synodes et Conciles orientaux modernes, tant ceux dont les Actes sont publiés que les autres, restés jusqu\u2019ici inédits, mais dont les Actes sont conservés aux Archives de la Propagande ou de l\u2019Orientale * * * L\u2019on voit quel immense labeur doivent s\u2019imposer les membres des diverses Commissions.La tâche est d\u2019autant plus ardue que, contrairement à l\u2019Eglise latine, il ne s\u2019agit pas de recueillir des documents écrits en une langue unique connue de tous; mais il y a un long et difficile travail de traduction à faire.\u2014Ajoutons aussi, comme autre difficulté, la variété disciplinaire des diverses Eglises d\u2019Orient: la Commission de Codification doit résoudre le problème suivant: codifier des lois particulières disparate?et diverses.Comment y réussira-t-elle?Par un texte unique (et alors certaines Eglises devraient renoncer à leur droit particulier, ce qui serait difficile à obtenir et peu probable), ou par une juxtaposition de textes pour chaque point où il y a divergence.\u2014 Il faut aussi tenir compte du nombre plutôt restreint de Con- 224 REVUE DOMINICAINE ciles et de Synodes orientaux comme également d\u2019ouvrages théologiques ou juridiques: les Codificateurs n\u2019ont pour les guider dans la rédaction de nombreux articles, que le droit coutumier.* * * Par ailleurs les raisons de confiance et de courage ne manquent pas.C\u2019en est une, tout d\u2019abord, que l\u2019assurance de la paternelle bienveillance du Saint-Siège: comment rester insensible à l\u2019effort loyalement tenté pour diminuer la défiance et les préventions entre l\u2019Eglise orientale et l\u2019Eglise latine?Comment ne pas admirer la sollicitude délicate et paternelle du Souverain Pontife qui confie la codification du Droit oriental à une Commission orientale?Le choix des divers Consulteurs est aussi une garantie de succès: les membres de la Commission cardinalice et ceux des deux sous-commissions ont, dans les questions d\u2019histoire ou de droit, une compétence incontestable qui doit inspirer confiance.D\u2019ailleurs, la Codification du Droit latin est une très utile expérience préparatoire, d\u2019autant que par une admirable coïncidence, celui qui fut l\u2019âme de la Codification latine est aussi chargé de la Codification orientale: en tenant compte de l\u2019expérience acquise en 1904 - 1907, de longs et inutiles retards peuvent être facilement évités; au surplus, rien n\u2019empêche d\u2019intégrer dans le Droit oriental certaines parties du Droit latin, comme par exemple, ce qui concerne les procès, les délits et les peines, etc.Rappelons enfin que la prévision des fruits de la Codification doit être, pour tous, un motif de courage et d\u2019espérance: règles précises de discipline et de vie, malentendus dissipés, immense répertoire de sources qui permettront les travaux scientifiques d\u2019histoire et de droit! Souhaitons que cet important travail puisse promptement s\u2019achever! Les deux sections de l\u2019unique Eglise catholique, l\u2019Orientale et l\u2019Occidentale, munies d\u2019un Code authentique de lois, et fortes toutes deux de glorieuses traditions, n\u2019en poursuivront que plus efficacement leur mission.Aug.LEDUC, O.P.Consulteur de la S.Congrégation Orientale Rome, Collège Angélique. Refondre Lortie ?.1 Page 376\u2014 Dire que \u201csuppositum est subjectum actus existendi\u201d, c\u2019est prendre position dans la controverse avant le temps.L\u2019exposé des opinions est incomplet: ne sont pas signalées celle de Tiphaine, S.J.suivie encore par beaucoup de Jésuites récents, celle de Suarez qui fait de la subsistance un mode substantiel s\u2019ajoutant à une essence identique à l\u2019existence; à propos de Scot, on ne parle que d\u2019indépendance actuelle, alors qu\u2019il s\u2019agit surtout de dépendance \u201captitudinale\u201d; la position dite de Billot semble lui être particulière, alors que Médina, Guérinois, Wels-chen, (tous trois O.P.) Gredt, O.S.B.et bien d\u2019autres l\u2019admettent aussi; celle de Cajetan (subsistance: mode substantiel complétant la nature et la rendant apte à recevoir l\u2019existence réellement distincte) appartient surtout aux Dominicains et ensuite aux Maîtres du Collège Romain de la Propagande.Il est inexact de faire dire à Billot que 1\u2019 \u201cesse\u201d est extrinsèque au suppôt (cf.aussi p.suivante) alors que ce théologien affirme et essaie de prouver qu\u2019il constitue la subsistance, donc l\u2019élément formel du suppôt, donc intrinsèque à celui-ci.(cf.Billot, De Verbo Incarnato, 6e.éd., p.81-83.) Pages 378-379 \u2014 La notion de distinction adéquate et inadéquate a sa place naturelle p.320; un simple rappel suffirait ici.\u2014Dans l\u2019argument, \u201crealis distinctio\u201d est vague, c\u2019est \u201créalis distinctio inadequata\u201d qu\u2019il faut dire.\u2014Les accidents ne sont pas dans le suppôt au même titre que le reste, ils sont plutôt surajoutés.La notion de personne, commune à tous les Modernes: être jouissant d\u2019une conscience, a causé trop d\u2019erreurs, pour ne pas l\u2019examiner plus à fond.(1) Voir \u201cRevue Dominicaine\u201d février et mars 1932. 226\tREVUE DOMINICAINE Page 385 \u2014 Dans l\u2019ordre d\u2019origine, nous connaissons d\u2019abord l\u2019accident, ensuite seulement la substance, donc on doit définir celui-la sans faire intervenir la notion de celle-ci: \u201cid cui convenit esse in alio (et non: cui convenit non esse per se, sed in alio) tanquam in subjecto inhaesionis\u201d, et se garder d\u2019omettre l\u2019explication de cet \u201cesse in alio\u201d et de ce sujet d\u2019inhaesion, si rarement compris par les élèves, (c.f.Hugon III, p.524-525).\u2014 Il y a d\u2019autres espèces d\u2019accidents que celles ici indiquées.Page 386 \u2014 L\u2019historique de la thèse serait à compléter.\u2014 Ici encore, on devrait prendre l\u2019énoncé de la 5e parmi les XXIV thèses, donc arguer avant tout de la distinction réelle de l\u2019essence et de l\u2019existence.\u2014Opposée à l\u2019accident, comme c\u2019est ici le cas la substance est identique à l\u2019essence.Comment dès lors dire que la substance est changeante bien que l\u2019essence reste immuable?Page 391 \u2014 La quantité, propriété des substances matérielles, devrait s\u2019étudier en cosmologie.\u2014Ne vaudrait-il pas mieux, à la place de cette définition qui préjuge de la thèse si discutée de l\u2019effet formel, mettre la définition aristotélicienne que saint Thomas a commentée et qui est traditionnelle?(cf.V Met., lec.15, num.977.) Page 392 \u2014 Encore une thèse, en soi très subtile et très discutée qu\u2019on nous présente sous l\u2019apparence d\u2019une facilité trompeuse.Qu\u2019on prenne donc la 10e des XXIV thèses et qu\u2019on en exprime toute la richesse!\u2014Le continu et la quantité \u201cdiscrète\u201d n\u2019ont pas une définition très philosophique; saint Thomas définit le premier une quantité \u201cquae non habet partes in actu, sed solum in potentia\u201d (In 1° de Coelo, lec.3).Le discontinu sera une quantité \u201ccujus partes sunt actu et realiter distinctae.\u201d Page 393 \u2014 La quantité permanente a un nom: extension ou mieux étendue.\u2014Relevons cette violation de la première règle de la définition: \u201cquantitas successiva.cujus partes.sibi suc-cedunt.\u201d Aux adversaires de la thèse, on pourrait ajouter Palmieri et Tongiorgi.\u2014Dans le premier argument, l\u2019idée centrale n\u2019est pas REFONDRE LORTIE \u201c?.227 nettement exprimée: la substance peut varier sans entraîner un changement dans la quantité, et vice versa.Les prémisses du second ne sont en réalité qu\u2019une mineure, dont la majeure serait: \u201cduo realiter distinguuntur si unum habet quamdam notam es-sentialem qua deest alterum.\u201d Pages 395-397 \u2014 Saint Thomas distingue les \u201chabitus\u201d naturels, acquis et infus, ces derniers étant seuls surnaturels.La fameuse classification en \u201chabitus\u201d spéculatifs, (science, intellect et sagesse) et pratiques (prudence et art) est assez célèbre en thomisme pour avoir une place ici.\u2014Dans c)\u2014mettre plus en relief la double condition à réaliser pour être sujet d\u2019 \u201chabitus\u201d: \u201cesse disponible ad plura et pluribus modis,\u201d d\u2019abord et deuxièmement \u201cdari plura elementa quae concurrant ad disponendum sub-jectum ad unum eorum ad quae est in potentia\u201d (I-II Sum.th.qu.49, art.4).Seuls les \u201chabitus\u201d de l\u2019appétit exigent la répé-tion des actes pour naître, ceux de la connaissance peuvent parfois se contenter d\u2019un seul.\u2014En morale, on se sert de la doctrine de l\u2019augmentation et de la destruction des \u201chabitus\u201d, c\u2019est ici le lieu de l\u2019exposer philosophiquement.Page 398 \u2014 La distinction en accidents relatifs et absolus que souligne la Vie.des XXIV thèses aurait dû prendre place p.385.\u2014 Il faudrait insister beaucoup plus sur les deux aspects de cet accident \u201cesse ad\u201d \u201cesse in\u201d, aspects si importants pour la théologie de la Trinité.Page 399 \u2014 N\u2019y aurait-il pas moyen de relier entre elles toutes ces divisions et subdivisions, au lieu d\u2019avoir comme une poussière de notions?\u2014 A propos des relations réelles, il serait bon d\u2019indiquer ce qu\u2019il faut pour qu\u2019une relation soit réelle.Page 401\u2014Le No.2 est, non un simple confirmatur, mais un argument excellent.\u2014On ne se douterait guère à lire le par.V, que cetté thèse, discutée entre thomistes et suaréziens, est un de ces \u201cprincipia maxima\u201d énoncés dans les XXIV thèses.Page: 404-408 \u2014 L\u2019action immanente n\u2019appartient pas au prédicament ici étudié, mais à la qualité, dès lors les questions qui restent reviennent à la cosmologie, puisqu\u2019elles étudient des accidents propres aux corps. 228 REVUE DOMINICAINE Page 410 \u2014 Ce par.II viole la règle qui veut que la division procède par membres opposés immédiatement (cf.p.58); quant à la présentation, celle qui paraît la meilleure, c\u2019est celle de Billot (Sacramentis, 1914, I vol.p.462-471) que complète Gredt (No 312).Page 411\t\u2014 Cette petite page sur la Xlle des XXIV est insuffisante vu l\u2019importance de cette question en théologie.De même pour l\u2019espace; sans entrer dans les détails, ne pourrait-on pas donner quelque chose de plus substantiel qui permette à l\u2019élève de soupçonner au moins qu\u2019il est devant un des points des plus difficiles de la philosophie?Pages 413-416 \u2014 Même remarque pour le temps.\u2014 Le par.V devrait être au début, cela éviterait plusieurs répétitions.\u2014 A propos de l\u2019éternité, l\u2019auteur a le tort, grave à mes yeux, de mettre sur le même pied l\u2019accidentel de cette notion, absence de commencement et de fin, et l\u2019essentiel, absence de succession et dans 1\u2019\u201cesse\u201d et dans l\u2019opération; c\u2019est pourquoi le \u201ctota simul\u201d ne doit pas être expliqué séparément, c\u2019est pourquoi encore la vraie éternité (celle que Lortie appelle \u201cabsoluta\u201d) ne doit se définir que par la négation de succession et la fausse (la \u201cpartici-pata\u201d de Lortie) que par l\u2019exclusion d\u2019un terme final.Pages 419-420 \u2014 Dans la définition de cause, \u201cproducitur\u201d est trop vague; mettons: \u201cprincipium per se influens esse in aliud\u201d.La distinction réelle entre cause et effet n\u2019est pas prouvée, pour cela il faut recourir à la notion d\u2019acte et de puissance.La \u201cprioritas naturae\u201d devrait être expliquée.Page 423 \u2014 Au lieu de cette définition sur laquelle on pourrait chicaner, prenons la traditionnelle formule aristotélicienne \u201cprincipium a quo primo profluit motus.\u201d Page 424 \u2014 Complétons la définition de la cause première en ajoutant \u201cEt a qua ceterae omnes pendent.\u201d Il faudrait montrer plus nettement la différence entre cause première et cause principale, cause seconde et cause instrumentale.La cause physique est \u201cilia quae actione sua physica .\u201d, parfait, mais c\u2019est ce REFONDRE LORTIE '?.229 mot qu\u2019il faut expliquer.Dans la cause \u201cper se\u201d, il y a deux conceptions totalement différentes, il faudrait les séparer davantage; à la première seule est réservé le nom de cause propre ou essentielle.Page 428 \u2014 Lortie est un des rares auteurs qui cherchent à expliquer cet \u201coperari dispositive\u201d ; ne pourrait-on pas perfectionner cet essai très méritoire?Pages 429-432 \u2014Parmi ces différentes formules du principe de causalité, il faudrait exclure la tautologie \u201comnis effectus habet causam\u201d; faire des réserves sur les deux autres qui ne sont pas assez universelles, et surtout introduire la seule véritablement bonne: \u201comne contingens habet causam\u201d.Pour ma part, j\u2019avoue ne pas arriver à saisir ce principe \u201cde mouvement\u201d que l\u2019on nous dit être distinct de celui de causalité; je n\u2019ai trouvé d\u2019ailleurs aucun autre auteur qui le signale.Cette thèse répète, en la complétant un peu, celle de la p.352.Le consentement universel n\u2019a pas grande valeur ici contre les Positivistes.Pages 433-435 \u2014 Si Hume et les Positivistes nient la causalité efficiente, c\u2019est pour des raisons de critique, ce sera donc là qu\u2019ils devront être réfutés, d\u2019autant que les arguments dont on se sert ici n\u2019ont aucune portée contre eux.On tire un argument de la finalité dans le monde: ils la nient; du témoignage de la conscience: ils y voient une pure illusion; du danger d\u2019idéalisme: c\u2019est pour eux la seule position philosophiquement tenable.En réalité le seul adversaire que l\u2019on puisse saisir ici, c\u2019est Malebranche et on devra se contenter de réfuter les arguments dont il se sert pour étayer son occasionalisme.(cf.Remer-Geny, Ontologia 5e.éd.p.219-222.) PgGE 440 \u2014 Cette thèse sera répétée en psychologie; choisissons l\u2019une ou l\u2019autre place, mais pas les deux.Pages 442-443 \u2014 La question de l\u2019action à distance appartient à la cosmologie, comme étant spéciale aux agents corporels.Je me demande d\u2019ailleurs si le premier argument prouve bien Vimpossibilité métaphysique ou simplement la non-existence \u201cde 230 REVUE DOMINICAINE facto.\u201d Quant à la majeure du second, elle semble trop proche parente de la conclusion pour ne pas éveiller un soupçon de pétition de principe.Au par.V, les No 2, 3, 4, sont des répétitions des pp.429, 419, 431.Le No 5 n\u2019est pas prouvé, il en aurait besoin.Le No 6 serait heureusement complété par quelques lignes claires sur les causes efficientes subordonnées \u201cper se et per accidens\u201d dont le concept est si utile en théodicée.Pages 447-449 \u2014 Si l\u2019on ne veut pas entrer ici dans les détails, autant vaudrait renvoyer le tout en cosmologie.Saint Thomas donne (De Ver.qu.4, art.1) une définition bien plus précise de la cause exemplaire.Pages 455-457 \u2014 Parmi les adversaires de la finalité, n\u2019oublions pas F.Bacon et Voltaire.Il serait bien souhaitable qu\u2019une thèse étudie à fond la doctrine exprimée par toute l\u2019Ecole sous cette forme \u201ccausa causa-rum causa finalis\u201d; les quelques lignes de la page 432 sont insuf-santes.111 \u2014 COSMOLOGIE Ici, comme en ontologie, la nouvelle disposition indiquée par la Constitution Deus scientiarum obligera à un remaniement total du plan dans cette partie, ce qui d\u2019ailleurs s\u2019imposait de toutes façons.A priori et du point de vue ontologique, ce plan, partant de la cause efficiente pour aller vers la cause finale, en passant par les principes intrinsèques, est parfait.Mais est-ce bien ainsi que procède l\u2019esprit humain dans l\u2019étude du monde?Je ne le pense pas.C\u2019est en se demandant quelle était la nature des choses corporelles au milieu desquelles il vivait, que l\u2019homme a commencé à philosopher; il n\u2019a cherché que plus tard les causes efficiente et finale.C\u2019est par le même chemin qu\u2019il nous faut conduire nos élèves, sous peine de leur laisser l\u2019impression REFONDRE LORTIE ?.231 que notre doctrine n\u2019est pas fondée en réalité et donner prise au reproche si souvent formulé contre la Scolastique de bâtir en l\u2019air.Notre connaissance d\u2019ailleurs va du sensible à l\u2019immatériel, donc si la philosophie est l\u2019étude des choses par les causes ultimes, il nous faudra d\u2019abord étudier les corps (c\u2019est pourquoi la cosmologie vient la première) et, dans les corps, ce qui est d\u2019abord sensible, c\u2019est-à-dire mouvement, qualités et quantité; grâce à cela, nous pourrons parvenir à la connaissance de la substance corporelle elle-même; nous nous apercevrons alors sans peine que le monde ne peut s\u2019expliquer que par des causes extrinsèques à lui-même; ces causes, il n\u2019appartient pas à la cosmologie de les rechercher, puisque elles sont en dehors de son objet matériel, elle laissera ce soin à la théodicée.C\u2019est à elle qu\u2019on réservera donc tout le premier livre et une bonne partie du troisième.Le deuxième seul demeurera, mais augmenté de tout ce que l\u2019ontologie lui a induement volé, développé aussi sur certains points qui seront indiqués au fur et à mesure.Page 5 \u2014 Cette définition ne précise ni l\u2019objet matériel, (qui est constitué par la notion du monde p.9 et celle de corps pp.40-41) ni l\u2019objet formel.Celui-ci demanderait que l\u2019on dise clairement quel est cet aspect particulier qui distingue la cosmologie des autres (lesquelles?) sciences expérimentales.Pages 9-11 \u2014 Article bien faible.Les éditeurs de 1917 l\u2019ont senti et ont donné en faveur de la composition du monde un argument qui leur semblait plus rigoureux.Mais est-il logique de supposer au début du traité, la composition de matière et de forme, ou tout au moins les si discutées mutations substantielles?(cf.aussi par.III).A propos de composition entitative, on suppose la création laquelle sera prouvée par la contingence, donc en définitive par la composition du monde.Pour prouver cette contingence, on donne comme raison que nul être corporel n\u2019exige une existence nécessaire, ne serait-ce pas là une tautologie?Pour prouver que le monde est limité, on fait appel à la limitation de l\u2019acte par la puissance dont on n\u2019a cependant rien dit en ontologie.Enfin la réfutation de l\u2019optimisme 232 REVUE DOMINICAINE de Leibniz est trop rapidement expédiée pour avoir quelque valeur.Pages 12 et 13 \u2014 Sur le panthéisme, je ferai les remarques suivantes: lo.La notion de principe formel et matériel est absente de bien des panthéismes, elle ne doit donc pas entrer dans la définition; 2o Je ne vois pas pourquoi on réserve le nom de panthéisme à l\u2019immanentisme; 3o L\u2019histoire de l\u2019émanentisme ne brille pas par son exactitude: outre les Brahmanes, l\u2019ont admis les Stoïciens, très probablement du moins, et certainement les Néo-Platoniciens que Lortie semble ne pas connaître.Quant à Cousin, son panthéisme n\u2019a été qu\u2019un moment très court dans son évolution, (entre 1826 et 1830) et s\u2019il le fut, c\u2019est à la manière de Hegel.Au temps de sa grande influence sur la philosophie française (de 1840 à 1867) il était redevenu cartésien; 4o Pour le panthéisme immanent, Spinoza, s\u2019il en réalise le type, n\u2019est pas cependant le seul; Amaury de Bènes, David de Dinan au Moyen-Age, Giordano Bruno et Patrizzi à la Renaissance l\u2019ont admis à leur manière.Les Transcendantaux allemands, Hegel en particulier, ont aujourd\u2019hui encore une influence assez grande pour mériter plus qu\u2019une parenthèse.Page 14 \u2014 Dans l\u2019argument par le danger d\u2019athéisme, on met en majeure que Dieu est distinct des êtres, mais c\u2019est précisément cela qu\u2019il faut prouver contre les Panthéistes! Page 15 \u2014 Pour la première objection, cf.ce qui, en ontologie, a été dit sur l\u2019analogie.La quatrième et la cinquième ne font pas avancer la question présente.Surtout, les arguments classiques du panthéisme ne sont pas examinés, (cf.art.panthéisme du P.Valensin, S.J.dans le Dictionnaire apologétique de la Foi catholique.) Pages 19-20 \u2014 Encore un exemple de cette tendance déjà signalée à remplacer les formules traditionnelles par d\u2019autres qui préjugent souvent d\u2019une doctrine qu\u2019il faudra prouver plus tard: on ne saurait trop le répéter, cela donne à notre manuel un aspect d\u2019apriorisme regrettable.La création s\u2019est toujours définie Productio rei ex nihilo sui et subjecti. REFONDRE LORTIE ?.233 D\u2019ailleurs dans la définition de Lortie, lo ce totum esse substantielle signifie-t-il seulement l\u2019existence, ou bien le composé d\u2019existence et d\u2019essence?2o en indiquant Dieu seul créateur, on préjuge de la thèse de la p.23; 3o ex non-ente fait double emploi avec le ex nihilo sui et subject! ; 4o la clarté manque dans l\u2019explication de cette préposition \u201cEx;\u201d 5o la formule post non-ens indique-t-elle une postérité de temps ou de nature?Les fausses notions examinées ensuite n\u2019ont plus aucun intérêt aujourd\u2019hui.Page 22 \u2014 Dans la seconde partie, il faudrait dégager plus nettement le squelette de l\u2019argument.Dans la troisième, la formule productio ex nihilo est incomplète, partant imprécise; la clarté gagnerait si l\u2019on numérotait les différentes raisons apportées.Les objections de la p.28-30 seraient ici à une place plus logique; et à leur sujet je note que les six pitances qui suivent la première s\u2019éloignent trop de la question discutée; la dixième est résolue par une doctrine de laquelle Lortie n\u2019a pas parlé.Page 23 \u2014 Cette thèse a des adversaires; pour la première et seconde partie, les Gnostiques, les Manichéens et les Ariens; la troisième est une question débattue entre nous et Pierre Lombard ainsi que contre Suarez.Les deux premières parties n\u2019en font qu\u2019une; on l\u2019énoncerait très bien: Dieu seul peut être cause principale de la création.Le premier argument est bon, mais pas assez serré: Voici comment il pourrait être présenté: Creare est agere prorsus independenter ab omni alio ente, atqui solus Deus potest hoc modo agere.Ergo solus Deus potest creare.On prouvera alors la mineure: Operari sequitur esse.Atqui solus Deus, utpote Esse subsistens, existit prorsus independenter ab omni alio.Ergo solus Deus agit prorsus independenter ab omni alio.De cette façon, les élèves verront plus nettement le principe qui se trouve à la base et retiendront plus facilement la preuve.Le deuxième appellerait la même remarque pour que soit bien mise en relief cette idée centrale: l\u2019effet propre d\u2019une cause ne peut être attribué qu\u2019à cette seule cause. 234 REVUE DOMINICAINE Page 24 \u2014 Dans la deuxième partie, le véritable argument ne comprend que les trois propositions qui terminent cet alinéa, le reste est une simple preuve de la majeure.Dans la troisième, on a voulu résumer II Cont.Gent.21, 6, mais si l\u2019on compare les deux textes, on verra que le résumé déforme et mutile la pensée de saint Thomas.Dans I Summ.th., 45, 5, le Docteur Angélique a donné du même argument une formule plus nette, plus claire et aussi plus facile, à condition toutefois de bien expliquer le dispositive autour duquel roule toute la preuve.J\u2019aurais aimé à voir signaler, au moins par une note, la controverse au sujet de la création, action formellement ou virtuellement transitive.Page 25 \u2014 La synthèse des doctrines sur l\u2019origine du monde confond des positions qui devraient se distinguer soigneusement, surtout au 2, où l\u2019on voit avec stupeur Platon, devenu matérialiste, mis sur le même pied que Haeckel! Il serait mieux d\u2019opposer monisme à dualisme (au sens large) : Le monisme (un seul être) sera ou panthéiste ou matérialiste, (citer ici Démocrite, La Mettrie, Haeckel, etc.) ; le dualisme pourra être pris au sens strict: Dieu et la Matière éternelle (citer ici Platon et Aristote) ou bien désigner le créationnisme des philosophes scolastiques et de beaucoup de Spiritualistes: le monde créé par Dieu, mais totalement distinct de lui Page 26 \u2014 Pourquoi recommencer ici la réfutation du panthéisme déjà faite p.13 ?Dans le premier argument l\u2019émanation devient immanente alors que p.12 elle n\u2019était pas même du panthéisme! Il y a évolutionnisme et évolutionnisme.Dire sans plus que l\u2019évolutionnisme est matérialiste, c\u2019est une inexactitude doctrinale et une injustice envers plus d\u2019un philosophe ou savant catholique simplement spiritualiste.Page 27 \u2014 J\u2019admets certes les décisions du Concile du Vatican, et je sais que le philosophe, pas plus que l\u2019historien ou l\u2019exègète, ne doit pas oublier qu\u2019il est catholique, mais je dis qu\u2019en philosophie, on ne devrait citer les autorités théologiques qu\u2019en manière de corollaire, en fin de thèse, et cela pour bien REFONDRE LORTIE ^ .235 ancrer dans l\u2019esprit de nos élèves cette idée strictement anti-moderniste que la raison peut, toute seule, prouver apodictique-ment certaines vérités qui se trouvent être en même temps objets de foi divine, donc qu\u2019il n\u2019y a pas opposition, loin de là, entre foi et science.(Decr.Lamentabïli, 65, Denz.2065).Quant aux arguments, le premier est négatif; je voudrais que l\u2019on dise plus clairement: trois manières d\u2019expliquer l\u2019origine du monde, le panthéisme, la matière non-produite, et la création; les deux premières sont rejetées, donc il ne reste que la dernière; ce serait plus simple que ce pseudo-argument qui n\u2019a du syllogisme que 1 \u2019at qui et Y ergo.Page 31 \u2014 L\u2019étude de la création continue; je ne vois donc pas pourquoi on fait un nouveau chapitre.De même ces deux articles n\u2019en font qu\u2019un, si en effet la création est ab aeterno; elle ne sera pas temporelle.Trompe-l\u2019oeil que ces divisions.Page 32 \u2014 Pour admettre ou rejeter la création ab aeterno il faudrait prendre position sur la création simpliciter, or Aristote ne le fait probablement pas et les Néo-Platoniciens sont panthéistes.Les philosophes catholiques admettent la création in tempore, les uns en tant que philosophes, les autres, comme saint Thomas, en tant que théologiens.Page 33 \u2014 Cette thèse ne sera plus nécessaire si l\u2019on place la création en théodicée.Le seul vrai argument en faveur de la création libre se trouve dans le second alinéa.Page 35 \u2014 Logiquement la thèse devrait énoncer la convenance, la probabilité, philosophiquement parlant, et non pas dire catégoriquement: Mundus creatus est in tempore.La référence de la page suivante est erronnée, lisons: à I Summ.th.qu.46, art.1, ad 6.Page 38 \u2014 Nous entrons enfin dans la vraie cosmologie, mais ici encore, le manuel suit une marche trop à priori.Nous connaissons d\u2019abord les propriétés et par elles l\u2019essence, notre étude devrait tenir compte de cela.Dans le prologue, il serait hiieux de ne pas parler de matière et de forme que l\u2019on a pas encore prouvées. 236 REVUE DOMINICAINE Pages 40-41 \u2014 Aux corps naturels et artificiels, ajoutons les corps mathématiques.Le paragraphe IV affirme que la quantité est un propre des corps, il faudrait le prouver.Pages 42-48 \u2014Ici quelques remarques préliminaires.Dans une controverse récente où de part et d\u2019autre l\u2019aménité a parfois brillé.par son absence, M.A.Pouliot faisait grief à notre manuel de \u201cs\u2019acharner à combattre deux systèmes que personne ne soutient plus aujourd\u2019hui\u201d.(\u201cEnseig.second, au Canada\u201d, déc.1929, p.137).M.Pouliot soutenait la thèse fort juste selon laquelle la philosophie doit se tenir en contact intime avec les sciences modernes; mais pourquoi choisir des exemples si malheureux?Je défendrai donc Lortie, une fois n\u2019est pas coutume.Même si, de nos jours, il n\u2019y avait plus d\u2019atomistes ni de dynamistes, un manuel devrait faire connaître ces systèmes, autour desquels ont gravité toutes les doctrines cosmologiques, depuis Démocrite et Pythagore.Nys lui-même (que M.Pouliot appelle en sa faveur) leur a consacré de nombreuses pages dans la toute dernière édition de sa grande Cosmologie en quatre volumes.Et puis est-ce si certain que cela qu'il n\u2019y ait plus aujourd\u2019hui ni atomistes ni dynamistes?Sans doute nos contemporains ne le sont pas à la manière d\u2019un Descartes ou d\u2019un Leibniz, mais ils le sont très réellement.Haeckel est mort en 1919 et il était atomiste, et l\u2019énergétisme d\u2019Ostwald n\u2019est au fond qu\u2019un dynamisme.M.Pouliot veut que l\u2019on parle de la théorie des protons et des électrons.Soit.Mais est-il certain que ce ne soit pas là une théorie purement scientifique, à exposer en classe de sciences et non pas au cours de philosophie, puisque \u2014 il nous le rappelle fort à propos \u2014 la philosophie est \u201cl\u2019au-delà de la Science\u201d?De plus cet exposé est-il vraiment indispensable pour nos collégiens apprentis-philosophes?Que l\u2019on médite à ce sujet les lignes suivantes, tirées de l\u2019Avant-propos d\u2019un manuel en trois volumes de 800 pages chacun, publié par L.Gay, professeur de chimie-physique à l\u2019Université de Montpellier à l\u2019usage des futurs licenciés et agrégés en Sciences: \u201cNous avons cru devoir laisser en dehors de notre cours classique de Chimie-physique tout ce qui n\u2019est pas thermodynamique et chimie-physique pures. REFONDRE LORTIE V .237 en particulier les questions (encore si controversées en nombre de leurs points importants) de la radio-activité, des constitutions des édifices moléculaires et des atomes, de la classification des éléments\u201d, (cité par la Vie Intellectuelle, mars 1930, p.541).Et le recenseur ajoute: \u201cOn comprend les maîtres qui, dans l\u2019enseignement, lorsqu\u2019il s\u2019agit de livres classiques et quel que soit le degré, répugnent à laisser les questions récentes et encore en pleine mêlée, s\u2019étaler avec luxuriance auprès des notions qui paraissent solidement acquises.\u201d Quoi qu\u2019il en soit, si l\u2019on insère un paragraphe sur les électrons et les protons, il est juste que le rédacteur en soit.M.Pouliot.Ceci posé, on demandera tout de même une mise à jour des auteurs jusqu\u2019à notre époque, la description des principaux systèmes comme le mécanicisme d\u2019un Descartes ou le monadisme d\u2019un Leibniz, une modification enfin des arguments d\u2019après la dernière édition de Nys ou la cosmologie du P.Dario, S.J.Page 49 \u2014 Article trop à priori.L\u2019hylémorphisme, étant fondé essentiellement sur Vexpérience, on fait d\u2019abord les observations nécessaires, on raisonne à leur sujet, et l\u2019on constate la nécessité, pour rendre raison des faits, d\u2019un principe potentiel (que l\u2019on appellera par analogie matière) et d\u2019un principe actuel (appelé forme).Alors \u2014 et alors seulement \u2014 on aura le droit d \u2019étudier et la nature de chacun et leurs relations mutuelles.Page 50 \u2014 Ce que l\u2019on nous dit de la matière première est insuffisant.La définition est loin d\u2019être sans reproche: pas si vum est impropre, c\u2019est potentiale qu\u2019il faut dire; du coup in-determinatum devient inutile; subjectum omnium transmulatio-num substantialium est au moins douteux.Il y a pourtant deux définitions célèbres d\u2019Aristote, l\u2019une de forme négative (I Phys,, lect.14 du comm.de saint Thomas) l\u2019autre positive (VIII Met., lect.2, 1285-1286).Ajoutons aussi celle de saint Thomas lui-même: Quodl.9, art.ad 5.Il n\u2019est pas plus permis de les ignorer qu\u2019il n\u2019est licite à un rhétoricien d\u2019ignorer certains vers de La Fontaine ou de Racine.Le reste du paragraphe est très vrai, mais cela aurait besoin d\u2019être prouvé, car plusieurs de ces 238 REVUE DOMINICAINE affirmations non seulement sont méconnues par les Modernes, mais aussi sont discutées \u2014 et combien âprement ! \u2014 entre Scolastiques, v.g.la question de Y esse entitativum de la matière pre-mère.Ce que nous avons dit de la matière, nous pouvons le répéter de la forme.La fameuse définition aristotélicienne actus primus corporis physici est ignorée: on nous parle de forme substantielle, c\u2019est donc qu\u2019il y a un genre \u201cforme\u201d: où donc l\u2019a-t-on défini?Quelles sont les autres espèces de ce genre?Est-il bien exact de dire que le terme d\u2019une mutation substantielle (s\u2019il en existe) soit la forme?Je dirais plutôt que c\u2019est le nouveau composé.Page 52 \u2014 Sur l\u2019unité de la forme substantielle, aucune allusion aux controverses, \u2014 non encore apaisées de nos jours \u2014 qui firent de cette thèse une des plus révolutionnaires lancées par saint Thomas.L\u2019escamotage de difficultés très réelles est parfait, l\u2019impression d\u2019une évidence de tout repos est complète.Gare au réveil! Laisser croire à nos élèves qu\u2019en philosophie tout est simple, clair et évident, c\u2019est préparer des sceptiques qui ne croiront à rien, des défiants qui accuseront leurs maîtres de ne pas les avoir avertis et peut-être de les avoir trompés.Au deuxième alinéa, l\u2019auteur ne confond-il pas l\u2019unité de la forme avec sa divisibilité?Par.IV, 2, je relève cette phrase: Forma autem in materia recepta fit individua, unde materia quantitate signata dicit'ar principium individuationis\u201d.Je ne vois pas très bien cette \u201cconséquence\u201d.Le No.4 est inutile, la question est étudiée p.56.Pages 45-56 \u2014 La thèse de l\u2019hylémorphisme se rattacherait d\u2019une façon plus suggestive aux grandes thèses de l\u2019acte et de la puissance, si l\u2019on prenait la formule de la Ville des XXIV thèses.Dans l\u2019argument par les mutations substantielles, je note: lo.la mineure est trop longue; 2o.la formule subjectum substantiate (entendez: élément potentiel) quod ab uno in alium statum transeat.substantialiter mutari.est inexact; c\u2019est précisément cet élément-là qui est commun au premier composé, avant la REFONDRE LORTIE ?.239 corruption et au second qui suit la génération, donc on ne peut dire qu\u2019il soit sujet à changer, c\u2019est le composé tout entier qui change.Dans la preuve de l\u2019existence de ces mutations, il faudrait lo.laisser soupçonner aux élèves qu\u2019elles ont été attaquées même par les Scholastiques: Albert le Grand, saint Bonaventure, Scot, etc.et aujourd\u2019hui elles le sont plus que jamais; 2o mettre plus en relief le principe Ubi dantur proprieties vere novae, ibi datur vere nova substantia, sur lequel roule tout l\u2019argument; 3o.Il ne suffit pas que ces propriétés soient nouvelles, il faut qu\u2019elles le soient vraiment, l\u2019adverbe est tout ici, mais il est absent de notre manuel; 4o Sur le principe tout le monde est d\u2019accord; c\u2019est dans l\u2019application que l\u2019on en fait à la mineure, que se livre la bataille et pour la gagner, il ne suffit pas de dire \u201cconstat\u2019' ni d\u2019amener le banal exemple de H2 O, lequel ne prouve rien, il faudrait faire appel à la chimie et à la physique (vous aviez là, M.Pouliot, en faveur de votre thèse un excellent exemple) et voir de près si les nouvelles propriétés signalées par elles sont vraiment nouvelles, (cf.Remer-Geny, Cosmologia, éd.1925, p.17 et surtout 37 où est fait un intéressant effort pour prouver cette mineure par le moyen de la chimie moderne.) Le deuxième argument est classique, mais pourquoi ne pas lui donner une présentation plus rigoureuse?Un fait: deux sortes de propriétés dans les corps: activité et inertie, elles doivent avoir des principes différents, celui de l\u2019inertie sera indéterminé, donc potentiel, l\u2019autre, celui de l\u2019activité, sera déterminant, donc actuel.Il est regrettable de ne pas trouver l\u2019argument métaphysique par la multiplication des individus dans la même espèce.Les Suaréziens l\u2019attaquent, c\u2019est vrai, mais ils sont victorieusement repoussés en ontologie par la seconde des XXIV thèses: actus limitatif per potentiam.La question des mixtes dépend de celle des changements substantiels et de celle de la multiplicité des formes subsantielles, questions, on l\u2019a montré, insuffisamment exposées.Pages 58-61 \u2014 Insuffisance encore à propos de la quantité; 240 REVUE DOMINICAINE elle sera, il est vrai, diminuée si l\u2019on restitue à la cosmologie ce que lui a pris l\u2019ontologie.Avant de parler de divisibilité, il faudrait étudier la notion de continu lequel en est le sujet, et surtout la question tout à, fait à l\u2019ordre du jour: y a-t-il du continu?et où se trouve-t-il?Il faudrait enfin dire un mot de ces notions de masse et d\u2019inertie si importantes en physique.Page 66\u2014Dans le livre troisième, reviennent à la théodicée la preuve de Dieu, fin ultime des corps et toute la question du miracle, dont Dieu seul peut être l\u2019auteur; à la cosmologie restera l\u2019étude de la finalité intrinsèque et les lois de la nature.Page 71 \u2014 L\u2019étude de la gloire de Dieu serait mieux à sa place au début de la morale, car ici-bas l\u2019homme seul peut rendre à Dieu la gloire formelle.La définition de gloire devrait être expliquée.Pages 75-78 \u2014 La loi physique est définie \u201cun mode d\u2019action constant des agents physiques\u201d mais comment définir ceux-ci?L\u2019absence de liberté est, je crois, la caractéristique de l\u2019agent physique, donc de la loi physique, comme la présence de la liberté est celle de l\u2019agent moral, donc de la loi morale.La thèse serait à mettre au point: contingentes absolument parlant, puisque lois d\u2019êtres essentiellement contingents, les lois physiques sont nécessaires, même pour Dieu, de la même nécessité que les essences desquelles d\u2019ailleurs elles ne se distinguent pas réellement, nécessité encore hypothétique et nullement absolue, (comme par distraction, on l\u2019écrit p.76, 7e ligne).La thèse suivante ne fait que répéter sous une forme un peu dittérente la même idée.(1) Pages 79-85 \u2014 La définition opus sensibile, divinitus pa-tratum, praeter ordinem totius naturae est plus précise, donc préférable dans un manuel.En thomisme la multilocation (la cir-conscriptive du moins) est contradictoire, donc impossible, même par miracle.La thèse sur la cognoscibilité du miracle est énoncée trop absolument, un saltern aliquando ferait bien.(à suivre) (1)\u2014Il sera peut-être utile, à propos de cette thèse, de remarquer qu\u2019elle est inconciliable avec le No.33 du programme de philosophie au baccalauréat. Le sens des faits Que valent ces chiffres ?La population catholique des Etats-Unis pour l\u2019année 1930-31 est de 20,091,592 âmes.Le nombre des convertis, en 1930, fut 39,528, représentant un gain de 1,296 sur l\u2019année précédente.Le nombre des prêtres a augmenté de 930 durant l\u2019année, pour porter le total à 27,854, dont 8,552 sont membres de Communautés religieuses.Il y a seize archevêques dont quatre portent le chapeau cardinalice.Cent-quatre évêques, soit deux de plus que l\u2019année précédente.On compte 222 collèges, 757 académies pour jeunes filles.7,387 écoles paroissiales avec 2,283,084 élèves, soit une augmentation de 152 écoles et de 39,463 enfants; 145 séminaires de théologie, dont dix nouveaux avec 17,616 aspirants au sacerdoce; 335 orphelinats catholiques, avec 52,328 pensionnaires; 642 hôpitaux catholiques, dont 18 nouveaux, avec 100,000 patients hospitalisés chaque jour de l\u2019année.Si nous mettons un point d\u2019interrogation en tête de cette chronique, ce n\u2019est pas pour infirmer la valeur des chiffres se rapportant à la hiérarchie et aux établissements catholiques dans la république voisine.S\u2019il y avait un chapeau cardinalice ou un séminaire de théologie de plus ou de moins dans ce pays d\u2019irradiation par excellence, nul doute que le public en serait vite informé.Il s\u2019agit du mouvement catholique proprement dit, et l\u2019on entend d\u2019ordinaire par cette formule le taux annuel des naissances et des morts, des conversions et des apostasies.Où en est le \u201cpusillus grex\u201d de l\u2019Evangile?Problème vital, assurément.Avec quel accent joyeux et pénétré nos ancêtres, entendant la 242 REVUE DOMINICAINE cloche des baptêmes, disaient: Encore un nouveau chrétien! Et sur ce point particulier, l\u2019information officielle fait défaut ou s\u2019avère inexacte dans plusieurs diocèses des Etats-Unis.La principale source d\u2019information est assurément The Official Catholic Directory.De nombreuses études, suivies de discussions, ont paru dans ces derniers temps sur un mouvement de baisse (on a même écrit coulage) qui serait survenu en 1930: et toutes s\u2019appuient sur la livraison de 1931.Or cet almanach si répandu est loin de mériter le crédit qu\u2019on lui accorde, et la firme Kennedy aura du mal à repousser l\u2019attaque sévère mais justifiée du R.P.Gerald Shaughnessy, S.M., dans Y Ecclesiastical Review de mars 1932, au cours d\u2019un article intitulé: The alleged leakage of 1930, \u201cLe prétendu coulage de 1930\u201d.Les griefs de l\u2019aifteur, formulés sans passion, dans une langue précise, se ramènent aux suivants: Les statistiques de VOfficial Catholic Directory sont en grande partie la répétition pure et simple de chiffres antérieurs, remontant à un an ou deux, à une décade parfois; à part ce vice radical, elles sont souvent par ailleurs manifestement incorrectes; et illogiques par-dessus le marché, à cause de la confusion des termes qu\u2019elles emploient.Impossible de reproduire ici les graphiques si concluants du R.P.Shaughnessy.Qu\u2019il nous suffise de dire qu\u2019en plus de trente diocèses, le chiffre des naissances et des décès revient chaque année sans une unité de plus ou de moins.Noble et touchant accord des morts et des vivants .qui organisèrent leur entrée en scène ou leur sortie de manière à épargner le plus de soin possible aulx compilateurs.Ceux-ci ne manquèrent pas \u2014 et ce grave reproche en atteint d\u2019autres !\t\u2014 de simplifier également leur besogne en ce qui concerne la population catholique.Pour quarante-neuf diocèses ils ont, dans une mesure plus ou moins grande, reproduit les tables et quotations des années précédentes ! Il était temps qu\u2019une pierre tombât dans cette mare.Faut-il donner raison à cet humoriste déclarant qu\u2019il y a deux sortes de mensonges: le mensonge et la statistique ?Du LE SENS DES FAITS 243 moins ces troublantes dénonciations devraient inciter les Canadiens-français à surveiller chez eux toute forme de recensement, en particulier la statistique confessionnelle, puisqu\u2019elle opère au double point de vue religieux et national.Examinons nos papiers avant de les soumettre au contrôle du pouvoir et «de l\u2019opinion.M.-A.LAMARCHE, O.P.Dans l\u2019Ordre.Rome.\u2014 Les RR.PP.Augustin Darmanin et Emmanuel Suarez, tous deux professeurs à la Faculté de Droit canonique du Collège Angélique, ont été nommés Consulteurs de la S.Congrégation des Sacrements.Le R.P.Suarez est, en outre, Con-sulteur de la S.Congrégation du Concile et de la S.Congrégation Orientale, avocat et procureur au Tribunal de la Rote.\u2014 Le 4 février, le Ministère des Cultes abandonnait définitivement la partie du Monastère des SS.Dominique et Sixte qu\u2019il occupait depuis 1873, et des travaux considérables de restauration commençaient immédiatement.Comme l\u2019on sait, l\u2019Ordre de S.Dominique a acquis en propriété tout le monastère qui deviendra, dans quelques mois, le Collège Angélique.\u2014 Au début de février, l\u2019Institut Historique Dominicain de Ste-Sabine a remis au Souverain Pontife le premier fascicule de sa revue YArchivum Ordinis FF.Praedicatorum; en même temps a été offert au S.Père le fascicule de la continuation de Quetif et Echard préparé par le R.P.Antonin Papillon, de notre Province du Canada.\u2014 On a célébré, le 28 mars, le 7e centenaire de la fondation par S.Dominique du célèbre Couvent de Ste Sabine.La fête coïncidait avec le pélérinage des Français à Rome.France.\u2014 Mgr Félix Hedde a été nommé Préfet Apostolique de la Mission de Lang-Son et de Cao-Bang, confiée aux Pères de la Province de Lyon. 244 REVUE DOMINICAINE \u2014 Le R.P.Cathala, O.P., professeur de Philosophie à l\u2019Institut Catholique de Toulouse, est décédé à l\u2019âge de quarante-six ans.Excellent professeur, il était aussi écrivain vigoureux, clair et renseigné.Il a publié une vie du P.Cormier, dont le procès de béatification se poursuit à Rome, et de nombreux articles dans la \u201cRevue Thomiste\u201d et le \u201cBulletin de littérature ecclésiastique\u201d.Son Excellence Mgr Saliège, archevêque de Toulouse, a assiste au service funèbre et donné l\u2019absoute.Etats-Unis.\u2014 On a inauguré le 21 février, à New-York, un édifice devant servir de bureau central à la grande confrérie du Holy Name et aux deux publications dominicaines: The Holy Name Journal et The Torch.Ce monument est dédié à la mémoire du Père Charles McKenna, reconnu \u201cfar and wide\u201d comme l\u2019apôtre du S.Nom de Jésus en Amérique.Il dresse ses cinq étages sur la 65e rue à l\u2019est, entre le Couvent des Dominicains et l\u2019école paroissiale St-Vincent-Ferrier.La cérémonie de la bénédiction eut lieu après une messe solennelle où l\u2019éloge du P.McKenna \u201cgrand travailleur et grand convertisseur\u201d avait été prononcé par S.E.Mgr Thomas-J.Shahan, Recteur emeritus de l\u2019Université de Washington, décédé depuis.\u2014 La révérende Soeur Bernard, du Tiers-Ordre enseignant, est morte tragiquement le 18 février, asphyxiée et brûlée dans l\u2019incendie qui a ruiné l\u2019école St-Hyacinthe, à Hawthorne, N.-Y., au comté de Westchester.\u2014 Le R.P.Taurisano, ancien rédacteur des \u201cAnalecta Or-dinis\u201d, a été assigné au Couvent St-Vincent-Ferrier, à New-York, où il s\u2019occupera du ministère auprès des Italiens.Il succède au regretté Père Ferrari, assassiné le 19 décembre, dans un \u201chold up\u201d commis dans une Agence de voyages, au moment où il négociait les conditions d\u2019un pèlerinage à la Cité Vaticane.Le Père Taurisano a obtenu avant de partir une audience privée de Sa Sainteté Pie XI. LE SENS DES FAITS 245 Canada.\u2014 Une matinée musicale et littéraire avait lieu le 21 février dans la Salle St-Jean-Baptiste d\u2019Ottawa, sous la présidence d\u2019honneur de S.E.Mgr Guillaume Forbes.M.Arsène-Henry, ministre de France, était présent avec plusieurs membres de la légation.Mlle Berthe Delisle a donné une conférence très goûtée sur \u201cFra Angelico, peintre de la paix\u201d et Madame Arsène-Henry a fourni, au piano, la partie musicale.Le R.P.Raymond Voyer ayant prononcé le discours de bienvenue, Son Excellence Mgr Forbes et M.Séraphin Marion remercièrent la conférencière et l\u2019artiste.\u2014Nos professeurs et étudiants d\u2019Ottawa se sont fait un devoir de fêter saint Thomas selon toutes les traditions de l\u2019Ordre: avec joie et piété.La veille, avant-goût de la fête, le R.Fr.S.Viau donne un travail sur \u201cl\u2019acte humain chez S.Thomas\u201d, dissertation très solide et charpentée dont une chorale non moins savante veut bien préparer et prolonger l\u2019harmonie.La fête religieuse commence au milieu de la nuit: Matines et Laudes interrompent le sommeil des moines.A dix heures et demie, messe solennelle: Son Excellence Monseigneur l\u2019Archevêque d\u2019Ottawa assiste au trône; le T.R.P.B.Mailloux, régent des études, officie, accompagné des RR.PP.Gagné et Couture comme diacre et sous-diacre.La chorale débute par un Introit plein de douceur et de gravité, nous donnant l\u2019impression de la puissance de ce verbe thomiste qui résonne dans l\u2019Eglise universelle: \u201cIn medio Ecclesiae aperuit os ejus .\u201d Le T.R.P.G.Marchand, O.M.I.Recteur de l\u2019Université d\u2019Ottawa concrétise la gloire de Thomas d\u2019Aquin: dans un langage élevé il nous montre le magistère gardien de la doctrine, et l\u2019Eglise exerçant ce magistère par le ministère de ses docteurs et du plus illustre d\u2019entre eux: saint Thomas.A midi, banquet, rehaussé par la présence de S.E.Mgr le Délégué Apostolique et de S.E.Mgr.l\u2019Archevêque d\u2019Ottawa. 246 REVUE DOMINICAINE A Notre-Dame de Grâce, devant un auditoire d\u2019élèves dont l\u2019Institut Pédagogique et Villa Maria, le Rév.Père Thomas-M.Lamarche a montré dans un panégyrique du Saint Docteui comment par sa vie de contemplation, d\u2019action intellectuelle et apostolique il a réalisé l\u2019idéal de toute vie chrétienne.A Saint-Hyacinthe, selon la coutume dans la même circonstance les élèves du Séminaire avaient la charge du chant.Le sermon a été donné par le Rév.Père Boivin, prédicateur du Carême.A Québec, S.E.Mgr.Villeneuve a bien voulu honorer les Pères de sa présence pour le dîner de la Saint-Thomas.Son Excellence venait de présider au Grand Séminaire un hommage solennel à Saint Albert le Grand et à Saint Thomas d\u2019Aquin.Le Très Révérend Père C.Forest a donné le sermon de circonstance le 7 mars au Collège de l\u2019Assomption.Le Rév.Père Jean Bacon, Administrateur du \u201cRosaire\u201d et de la \u201cRevue Dominicaine\u201d est actuellement en repos pour quelques semaines.Le Rév.Père Brosseau l\u2019assistera dans sa charge.Le 16 mars, le Rév.Père Voyer, O.P.a donné son premier cours à l\u2019Université de Montréal.Il prêchera la retraite des jeunes gens le 21 à Notre-Dame de Grâce.Fra Domenico L'esprit des livres R.P.Bernard Allô, O.P.\u2014 \u201cPlaies d\u2019Europe et Baume du Gange\u201d \u2014 Paris, 1931.Ce titre d\u2019apparence poétique traduit d\u2019une façon assez serrée l\u2019idée-mère du récent volume du Père Bernard Allô.Oui les profondes affinités qu\u2019il y a entre les philosophies modernes occidentales et les idées religieuses et philosophiques de l\u2019Orient, ancien et moderne, expliquent ce fait que les Occidentaux, malades du pur matérialisme, se tournent volontiers vers l\u2019Orient pour spiritualiser superficiellement leurs théories.et expliquent ce fait encore que les Orien- taux se réclament de la philosophie moderne de l\u2019Europe pour donner une base scientifique à leurs systèmes philosophico-religieux.C\u2019est ce problème, au fond que le R.P.Allô a étudié, et il n\u2019a pas surtout voulu vulgariser, mais chercher et approfondir.C\u2019est bien digne de l\u2019auteur de \u2018'l\u2019Apocalypse\u201d, ce gros tome de 800 pages.Analyser ce livre très substantiel, et même un peu dur à lire, me serait difficile pour le moment, j\u2019y renonce, faute de temps suffisant.Mais ce livre confirme une idée qui m\u2019est chère, les affinités philosophiques des doctrines religieuses orientales avec les doctrines philosophiques modernes.J\u2019ai lu ce livre avec un vif intérêt, et je puis promettre ce même plaisir à tous ceux qui se sont demandé, un jour ou l\u2019autre: comment se fait-il que tout l\u2019Orient, le grand réservoir de vie humaine, et où il doit se trouver des cerveaux bien organisés, ne fut pas davantage pénétré par les idées chrétiennes.disons comme tout le monde, bien qu\u2019à contre-coeur, par la civilisation occidentale \u201c?Le livre du Père Allô suggérera à ceux-là la réponse, sans peut-être la formuler comme je me permets de le faire.C\u2019est que les vrais disciples de la philosophie religieuse bouddhiste sont trop près de nous.Dans les livres il y a une distance infinie entre le panthéisme \u2014 le Dieu-monde ou le monde-Dieu \u2014 et le thomisme, disons, qui place l\u2019Etre Suprême, non pas en dehors du monde, mais distinct du monde par son infinie perfection et constitué par cette perfection même Etre Unique et Personnel ., Mais dans la réalité, comme il y a une forte tendance à diviniser l\u2019énergie qu\u2019il y a dans le monde ! Les vieux moines de la thébaïde se laissaient parfois glisser dans cette erreur à force de vouloir voir Dieu dans le monde.Et quelle forte tendance aussi à exagérer le reflet de l\u2019idée 248 REVUE DOMINICAINE divine laissée dans le miroir du monde créé ! Au dernier siècle, les Ontologistes, Rosmini en tête, n\u2019ont-ils pas réédité cette erreur subtile On s\u2019en souvient, pour eux le monde n\u2019était pas la substance même de Dieu, sans doute, mais c\u2019était l\u2019idée divine elle-même.Et ainsi dans le miroir du monde nous nous trouvions à contempler Dieu lui-même, leur répondait Zigliara.S\u2019ils avaient dit plus justement: nous contemplons le reflet de l\u2019idée divine, ils auraient probablement évité le décret du S.Office.C\u2019est tout cela, un peu, que vous suggérera le dernier livre sorti de la plume sérieuse et alerte du P.Allô.Père Gonzalve PROULX, O.P.Missionnaire.Sendai, Japon.C.Spicq, O.P.\u2014 \u201cLa Révélation de l\u2019Espérance dans le Nouveau-Testament\u201d \u2014 (Maison Aubanel Père, Imprimerie du Saint-Père, 7, Place St-Pierre, Avignon.) Chômage, crise, misère ! Ces mots sont dans toutes les bouches.Sur toutes les lèvres aussi,, on voit un pli de désespérance, l\u2019aveu d\u2019une universelle incapacité devant la solution de ces problèmes.Mais on a oublié une chose: l\u2019existence d\u2019un Dieu-Providence.On a oublié surtout l\u2019espérance en ce Dieu.C\u2019est sans doute cette constatation qui a poussé l\u2019auteur de ce nouveau volume à établir un contact immédiat entre les âmes de tant de malheureux et la belle vertu théologale d\u2019Espérance, en nous présentant celle-ci dans toute la force et la suavité des textes sacrés.Comme cadre d\u2019exposition nous trouvons en effet la division même des livres du Nouveau Testament.Chacun des écrivains sacrés vient, à son tour, nous présenter un aspect particulier de cette vertu dont l\u2019âme humaine a si grand besoin: Saint Paul, avec sa profondeur théologique ; Saint Pierre, incarnation vivante de cette divine vertu ; Saint Jacques, \u201cpracticin\u2019\u2019 de l\u2019espérance; les synoptiques nous faisant connaître les notes propres à l\u2019espérance; Saint Jean enfin, avec ses accents d\u2019amour et sa lyre apocalyptique.Tous concourent à tailler dans le marbre de notre doctrine chrétienne, une vivante et précieuse statue de l\u2019Espérance. L\u2019ESPRIT DES LIVRES 249 Voilà le cadre de cette exposition doctrinale de l\u2019espérance.Il est simple, sans artifice et il plaît au coeur du fidèle.Simple et sans artifice aussi est le style.L\u2019auteur a eu l\u2019immense mérite de se faire oublier en laissant la parole aux écrivains sacrés eux-mêmes.La présentation matérielle de valeur a son mérite.En plus des suggestives illustrations de M.R.Ansieau, le format en est commode et la typographie soignée.En un mot, c\u2019est un livre à la portée de tous.Ecrit pour toutes les âmes, elles trouveront grand avantage à le lire.Les âmes souffrantes trouveront un apaisement à leurs angoisses; les âmes religieuses, une augmentation d\u2019amour envers Dieu qui a mis à leur disposition un moyen si efficace de se donner à elles dès cette vie.Aux prédicateurs enfin, il offrira une synthèse toute simple d\u2019utilisation immédiate de la théologie scripturaire concernant la vertu d\u2019espérance, pérance.Saint Paul disait: \u201cC\u2019est dans l\u2019espérance qu\u2019est notre salut.\u2019\u2019 (Rom.VIII, 24).Allons apprendre cette grande vérité dans le volume du Rév.Père Spicq.L.-M.R.Francois Amiot \u201cMystères de gloire\u201d la Résurrection; l\u2019Ascension; la Pentecôte.Un volume In-12\t\u2014 Société de Saint-Jean l\u2019Evangéliste.Desclée & Cie.Extrait de la préface de M.Tanquerey.\u201cLe chrétien est celui en qui vit le Christ, et qui essaie de reproduire en son âme les dispositions intérieures de son Chef, pour les exprimer dans sa vie extérieure.Il doit donc sans cesse avoir Jésus devant les yeux, dans le coeur et dans les mains, pour communier à ses vertus et à ses mystères.Tous les actes de Jésus sont des mystères; ils nous tracent la voie à suivre pour aller au Père.Ces vérités sont exposées par M.Amiot en un style simple et élégant, clair et persuasif, nourri de la moelle de nos Saints Livres et pénétré d\u2019esprit surnaturel.On se sent réconforté en méditant ces Mystères de gloire\u201d.Ce livre sera le bienvenu en un temps où, plus que jamais, les âmes chrétiennes sont désireuses de vivre intégralement leur foi et de mettre en pratique l\u2019admirable théologie du Corps mystique et de l\u2019union au Christ, si magnifiquement enseignée par S.Paul et S.Jean, et si heureusement mise en valeur par les grands spirituels français du XVIIe siècle.L\u2019auteur, disciple de M.Olier, s\u2019inspire sans cesse de cette doc- 250 REVUE DOMINICAINE trine, et des maîtres de l\u2019Ecole française.Son recours assidu aux sources scripturaires et liturgiques garantit la valeur et l\u2019efficacité de son oeuvre dont la lecture s\u2019impose à quiconque veut participer intimement aux grâces des mystères glorieux du Christ.Livre ancien par ses sources d\u2019inspiration, et nouveau par sa forme ; expression moderne et attachante de l\u2019éternelle doctrine dont la piété chrétienne doit toujours se nourrir.Extraits de journaux et revues.C\u2019est une chose remarquable que, depuis un demi siècle, la piété soit de plus en plus doctrinale.Le petit livre que vient de publier M.Amiot est en conformité avec ces heureuses tendances.On y reconnaît la grande méthode de Bérulle, d\u2019Olier et de toute l\u2019Ecole française.Mais il ne suffit pas d\u2019être doctrinal.Un auteur pieux s\u2019adresse à des âmes pour les rendre meilleures; il faut qu\u2019il soit psychologue; on aurait dit autrefois moraliste.L\u2019auteur des Mystères de gloire n\u2019y manque point.C\u2019est la vraie méthode.Nous souhaitons qu\u2019on médite ces pages et que par elles on vive davantage de Dieu en Jésus-Christ.La Croix.Nous devons nous réjouir de cette publication.Elle est pleinement dans l\u2019esprit de notre école française et de spiritualité, qui va droit au mystère de l\u2019Incarnation, mystère central de tout le christianisme, objet premier de notre contemplation et de notre amour, en même temps qu\u2019idéal et source de la vraie vie .Bérulle, Olier, Bossuet ont écrit sur ce grand sujet des pages magnifiques.Nous avons aussi les Elévations de Mgr.Gay, et de nos jours ont paru les excellents livres de D.Marmion.M.Amiot continue très honorablement la tradition de l\u2019école française.Doctrine, piété, souci d\u2019une vie toujours plus parfaite, il unit fortement ces trois choses, qui ne devraient jamais être séparées.La Vie Catholique.Belles études doctrinales, profondes et limpides, qui nous apprennent à tous quelque chose.L\u2019auteur est un théologien.Il ne manque jamais de nous proposer la théologie du mystère: d\u2019où la solidité de son oeuvre.C\u2019est aussi un exégète, qui a notamment exploré les profondeurs de saint Paul.La liturgie ne lui est pas étrangère; il sait trouver dans les textes du Missel de belles clartés sur les mystères.Nous pouvons dire encore qu\u2019il prend volontiers pour ses maîtres ceux de la grande école française du XVIe siècle.Ajoutons qu\u2019avec tous ces trésors du passé, ou plutôt de la tradition, il reste de son temps, connaît les âmes autrement que par les livres, et sait trouver, pour la diversité de leurs besoins, les avis les plus à propos.Lumen. L\u2019ESPRIT DES LIVRES 251 Professeur d\u2019Ecriture Sainte et de liturgie, l'auteur a su amasser, au cours de ses études, un trésor, dont il tire, comme le scribe de l\u2019Evangile, nova et vetera, Des versets bien choisis de saint Paul et de saint Jean, de beaux passages tirés des Pères, du missel et du bréviaire, viennent se ranger sous sa plume avec une aimable aisance et discrètement encadrés prennent un sens et un relief nouveaux, même pour ceux qui, plus d\u2019une fois, les ont déjà rencontrés.Revue Apologétique.Une préface de M.Tanquérey présente l\u2019auteur et son ouvrage.Les éloges d\u2019un maître de la vie spirituelle, dont tous connaissent la modération, la science et la piété, sont une sûre garantie de la valeur de l\u2019oeuvre.Les efforts de M.Amiot ont été heureux, car il a mis en pleine lumière la belle doctrine qui montre dans les principales circonstances de la vie du Sauveur comme autant de sacrements, mysteria-au sens très large du mot \u2014 où il a réuni et caché sous une forme sensible mérites, grâces, lumières et leçons.L\u2019Evangile dans la Vie.Belles pages, à propos de la Pentecôte, sur le rôle du Saint-Esprit dans notre vie surnaturelle.Petit livre lourd de sève chrétienne.Le Christ Roi, Frère Gilles, O.F.M.\u2014 \u201cFioretti ou Petites Fleurs de Sainte-Claire\u201d.Volume in-16 de 200 pages.Prix: 75 sous.Librairie Saint-François, 2107, rue Dorchester Ouest, Montréal, 1931.\u201cIl n\u2019est qu\u2019une tristesse\u201d, écrivait nous ne savons plus quel auteur contemporain, \u201cc\u2019est de n\u2019être pas saint\u201d.Pensée d\u2019un sens à la fois surnaturel et psychologique des plus profond et qui dénote une admirable compréhension de la raison d\u2019être de l\u2019homme et du secret de l\u2019unique vrai bonheur pour lui ici-bas.Etre un saint, en effet, n\u2019est-ce pas, pour tout résumer en un mot, être un heureux au seul sens véritable, c\u2019est-à-dire, au sens surnaturel et éternel du mot1?Est-ce là assez dire *?Rien de beau donc comme la vie des saints et après les divines Ecritures rien de plus bienfaisant pour l\u2019âme comme la lecture des livres qui nous les font connaître dans le détail et l\u2019intime de leur noble existence.Que sont, en effet, les plus beaux livres d\u2019ordre profane, les plus beaux romans, en particulier, à côté des récits si pleins de charme supraterrestre et d\u2019idéale beauté que présente la vie de ces héros de la perfection morale^ 252 REVUE DOMINICAINE On entend dire parfois que trop souvent la légende se mêle aux Vies des Saints et que si, par conséquent, celles-ci s\u2019en trouvent merveilleusement enjolivées il n\u2019en reste pas moins vrai qu\u2019en réalité \u2014 pour bon nombre du moins d\u2019entre elles \u2014 ces existences ont été moins extraordinaires et moins poétiques que cela semblerait à première vue.Mais, répliquerons-nous, quelle est la légende, fût-elle la plus merveilleuse ou la plus gracieuse de toutes qui puisse jamais surpasser en beauté authentique ce qu\u2019il y a de plus réel et de plus ordinaire (en apparence) dans la vie de ces grands assoiffés d\u2019idéal et de perfection totale, de ces ardents passionnés du divin amour?\u2014 Qu\u2019auraient donc besoin de superfétations légendaires ou autres pour être souverainement belles et vraies ces plus admirables de toutes les existences?La vie d\u2019un saint authentique \u2014 quoique inconnu pourtant comme tel \u2014 fût-elle la plus ordinaire et la plus terne aux yeux des hommes ne constitue-t-elle pas néamoins au regard divin le plus réjouissant des spectacles ?Les actes de vertu les plus purs et les plus héroïques de la vie des saints n\u2019ont-ils pas bien souvent pour uniques témoins Dieu et les habitants de la cour céleste ?.Voilà des réflexions qui nous sont venues en parcourant les Fioretti ou Petites Fleurs de Sainte-Claire, livre aux gracieux récits, d\u2019une exquise fraîcheur et plein de poésie.C\u2019est là un de ces livres dont la lecture, outre le charme qu\u2019elle procure et le goût de l\u2019idéal qu\u2019elle inspire à chaque page, fait aspirer à une vie plus parfaite par le désir d\u2019imiter les aimables vertus dont il y est parlé avec tant de grâce et de candeur.\u2014 Est-il besoin d\u2019ajouter que les faits rapportés dans ce \u201csuave Florilège\u201d sont tous bien authentiques, recueillis comme ils l\u2019ont été jadis avec un soin pieux par les compagnes même de \u201cMadame Sainte Claire\u201d, fille aînée de la religion séraphique et fondatrice des Pauvres Dames du cloître de Saint-Damien.A.-M.RICHER, O.P.R.P.Lesimple, O.P.\u201cMissel-Vespéral dominicain abrégé\u201d.Un volume in-12° de 536 pages avec 14 illustrations in-texte.Librairie Dominicaine R.Labergerie, 11, rue Cujas, Paris (Ve).1931.La sanctification des dimanches et des jours de précepte, nul ne l\u2019ignore, consiste par-dessus tout dans l\u2019assistance pieuse et recueillie aux offices liturgiques.Néanmoins, quelque grand et sacré que soit le caractère de ces offices, et tout particulièrement de la sainte messe, les fidèles en général sont exposés à n\u2019y apporter à la longue qu\u2019une attention distraite et superficielle et, comme conséquence, à y garder une tenue moins digne de la Divine Majesté.Pour prévenir ces re- L\u2019ESPRIT DES LIVRES 253 grettables défauts ou pour s\u2019en corriger si l\u2019habitude en avait malheureusement déjà été contractée, il est urgent que les fidèles aient recours au seul moyen vraiment efficace d\u2019assurer une assistance pieuse aux saints offices et ainsi à bien profiter du temps qu ils y passent.Or, ce moyen consiste à se servir d\u2019un livre de priere spécialement adapté au caractère de ces offices.L\u2019usage, en effet, d\u2019un excellent livre d\u2019heures \u2014 et particulièrement de celui que l\u2019on pourrait appeler un manuel liturgique \u2014 en soutenant chez les fidèles l\u2019attention aux mystères et aux cérémonies qui s\u2019accomplissent sous leurs yeux les aide à se mieux pénétrer de la grandeur de ces mystères et du sens des cérémonies qui les accompagnent, et en excitant ainsi en eux des sentiments de foi et de dévotion assure par là-même leur tenue pieuse et recueillie dans le saint lieu.Un manuel de prière donc au caractère nettement liturgique par la conformité de son contenu avec les principales parties du missel et des autres livres liturgiques et dont le format à la fois commode et élégant en rendrait l\u2019usage agréable au possesseur serait le paroissien idéal à recommander aux fidèles et aux membres des communautés religieuses eux-mêmes.Or, un tel manuel est paru au cours de l\u2019année dernière grâce au zèle et à l\u2019esprit de piété d\u2019un religieux dominicain de France.Ce beau livre est de nature, nous n\u2019en doutons pas, à donner pleine et entière satisfaction à tous ceux, laïcs et religieux, qui voudront se le procurer.On y trouve, en effet, outre les formules de prière habituelles pour les diverses circonstances de la vie chrétienne, l\u2019Ordinaire de la Messe selon le rit dominicain et le rit romain; les Messes du Commun des Saints, du Propre du Temps et du Propre des Saints; les Vêpres, avec les Psaumes du Dimanche et du Commun des Saints ; les Complies pour toute l\u2019année ; etc.\u2014 Ce magnifique recueil est orné de plusieurs illustrations qui sont des reproductions des plus belles oeuvres de Fra Angelico, célèbre artiste dominicain du XVe siècle.Comme son titre l\u2019indique ce Missel-Vespéral est d\u2019un caractère nettement dominicain et s\u2019adresse tout particulièrement aux membres de l\u2019Ordre de Saint-Dominique soit du cloître, soit vivant dans le monde en qualité de tertiaires.On peut se procurer ce livre en s\u2019adressant au Couvent des Pères Dominicains, 5375 Avenue Notre-Dame de Grâce, Montréal, P.Q., Canada.A.M.RICHER, O.P. 254 REVUE DOMINICAINE Mgr Laveille.\u2014 \u201cMère Saint-Paul, fondatrice des Soeurs Servantes de Marie (1798-1867), in-12 de XX-354 p., avec gravures.\u2014 Téqui, 1929.Ce n\u2019est pas sans quelque tristesse qu\u2019on ouvre ce volume, le dernier de Mgr Laveille.La plume s\u2019est échappée des mains défaillantes du bon serviteur de l\u2019Eglise et des lettres.Quand il mourut, ce livre était terminé, les épreuves elles-mêmes étaient soigneusement corrigées : ces pages sont bien de lui.Mgr Laveille s\u2019était fait souvent l\u2019historien de saintes ou d\u2019héroïnes jouissant d\u2019une réelle notoriété dans les milieux catholiques.Ici, rien de semblable: la personne de Zéphirine Babé était modeste: son oeuvre l\u2019est aussi.Les saintes filles qui la continuent sont peu connues.Avec un art consommé, l\u2019auteur a su choisir dans cette vie ce par quoi Dieu manifeste nettement ses intentions : tendances premieres, impressions d\u2019enfance, rencontres providentielles, épreuves qui forgent une âme et marquent une oeuvre du sceau de la croix.La congrégation de Mère Saint-Paul se voue aux domestiques, aux personnes en service.On aimera à suivre ses réalisations, lentes et laborieuses.Le dernier chapitre, plus spécialement documentaire, étudie la vie de l\u2019oeuvre depuis la mort de la fondatrice, son développement et ses espérances.C\u2019est une congrégation modeste, peu nombreuse, faisant le bien silencieusement: les jeunes filles qu\u2019elle préserve du danger des grandes villes exceptées, personne n\u2019exalte ses services.Il est providentiel que le dernier travail de Mgr Laveille soit consacré à faire mieux connaître un tel foyer de charité intelligente et discrète.Dom Meunier, Chapelain du Mont Saint-Michel.\u201cSous la garde des anges\u201d, in-16 de X-155 pages.Le culte des anges, pourtant si consolant et si conforme à la doctrine catholique est, en général peu compris ou négligé.Don Meunier a voulu réagir contre un fait si préjudiciable aux âmes de bonne volonté.Il montre, par des exemples tirés de la vie des saints, ce que les anges savent faire en faveur de ceux qui les invoquent.C\u2019est là en toute vérité, un livre de bonne foi: il ne s\u2019adresse ni incroyants, ni aux esprits forts, ni meme aux théologiens, moins encore à ceux qui passent tout au crible de la critique historique.Le rôle des anges est étudié tour à tour dans les vies de seize saints ou saintes (Jeanne d\u2019Arc, Françoise Romaine, Cecile Martin, Florent, Aubert, etc.) L\u2019ESPRIT DES LIVRES 255 Puis un chapitre très nourri nous montre rapidement les esprits célestes intervenant à toutes les phases de l\u2019existence et dans les circonstances les plus variées de la vie de plus de cent autres saints personnages.Des prières aux archanges les plus connus, aux anges gardiens et une notice sur l\u2019archiconfrerie du Mont Saint-Michel termine le volume.Duplessy (Chanoine E.) \u2014 \u201cHistoire d\u2019un défit aux adversaires de Lourdes, sur la guérison de Pierre de Rudder\u201d.In-12 de 154 pages.Téqui, 1929.Même parmi les profanes, il n\u2019est personne qui n\u2019ait entendu parler de l\u2019histoire de Pierre de Rudder, ce bûcheron belge qui fut guéri d\u2019une fracture de jambe, ouverte et suppurante, à la grotte de Lourdes d\u2019Oos-taker, près de Gand, le 7 avril 1875.C\u2019est l\u2019une des mieux établies, parmi les guérisons miraculeuses, dues à la Vierge de Lourdes.Tout récemment encore à la \u201cSociété anatomo-clinique de Lille\u2019\u2019 et dans le Bulletin de /\u2019association médicale de N.-D.de Lourdes, un professeur de la Faculté catholique de médecine de Lille, M.le Dr Reverchon, en démontrait pièces en mains l\u2019authenticité tout en faisant ressortir le caractère anormal, vraiment extranaturel, du processus de cicatrisation.M.Duplessy vient de réunir et de publier le dossier d\u2019une controverse qu\u2019il a eue en 1911, sur ce fait historique, avec un libre-penseur, professeur de lycée, M.Alphonse Chide.Sa brochure est extrêmement intéressant au point de vue doctrinal apologétique, philosophique et j\u2019ajouterais volontiers, au point de vue littéraire et humoristique.Car l\u2019auteur se joue de son adversaire, comme le chat d\u2019une souris, avec la même élégance, avec les mêmes détentes souples et nerveuses.Son argumentation a le poli, la fermeté, la flexibilité de l\u2019acier elle harcèle sans trêve l\u2019adversaire et ne laisse passer aucune faute de sa part, sans pénétrer plus profondément dans la chair vive .Et M.Chide a dû rendre les armes, en attendant le jour où Dieu lui fera la grâce de se convertir: ce que nous laisse espérer certaine phrase terminale et ce que nous lui souhaitons d\u2019ailleurs sincèrement.Millot (Chanoine).\u2014 \u201cCe que c\u2019est qu\u2019une Eglise.In-12.Ce livre rendra service aux prédicateurs qui doivent donner des discours de circonstance pour l\u2019inauguration et la bénédiction des Eglises, des cloches et des orgues.Il renferme un choix d\u2019allocutions empruntées à nos plus célèbres orateurs, Gibier, Freppel, Amette, Chapon, Laroche, Bousquet, Rivet, Monsabré, etc. REVUE DOMINICAINE Tout en faisant oeuvre personnelle les prédicateurs pourront pui ser à pleines mains, dans ce recueil, des idées générales qui leur fourni ront la matière de sermons instructifs et intéressants. ANNONCES REVUE DOMINICAINE 9 Appel individuel à l\u2019automobiliste dans l\u2019intérêt de la sécurité Un rapport intermédiaire publié récemment par le Bureau du Revenu indique que le nombre des accidents d\u2019automobile arrivés sur les routes de la province durant les quatre premiers mois de la présente année s\u2019est élevé à 2,260.Pour la même période, en 1930, ce chiffre n\u2019était que de 1,909.La courbe des accidents de la route continue ainsi son ascension constante d\u2019année en année \u2014 dans le présent cas, dans une proportion de 13 pour cent; et l\u2019insécurité des routes persiste en dépit des moyens nombreux et vigoureux adoptés pour l\u2019éliminer.Lorsque l\u2019on considère les causes d\u2019accidents que donne le rapport, on s\u2019aperçoit que le problème qui s\u2019impose à ceux qui travaillent à assurer la sécurité des routes, n\u2019a changé sous aucun aspect.La négligence du conducteur est encore en tête de la liste des causes.La rencontre des autres véhicules est encore une cause d\u2019accident dans la majorité des cas.Et le plus grand nombre d\u2019accidents arrivent encore aux intersections, comme ils se sont toujours produits.Il semble donc que pour réduire à un minimum le nombre des accidents de la route, il suffirait que les conducteurs fussent prudents en tout temps et en toute circonstance \u2014 mais particulièrement aux intersections et en rencontrant d\u2019autres véhicules sur la route.Quel remède simple à opposer à la véritable plaie publique qui constituent les dangers de la route ! Quel moyen facile et peu coûteux de sauvegarder la vie et la propriété.Il appartient à l\u2019automobiliste de l\u2019appliquer lui-même.Echappant à la surveillance la plus grande partie du temps, c\u2019est à lui qu\u2019il convient d\u2019apporter de lui-même cette modeste contribution au bien-être général \u2014 le sien et celui de ses concitoyens.Hon.J.-E.PERRAULT, Ministre de la Voirie, Québec.ENCOURAGEZ NOS ANNONCEURS 10 ANNONCES REVUE DOMINICAINE Dominion Blank Book Co.LIMITED SAINT-JEAN, Qué.Manufacturiers de livres à feuilles mobiles, Livres de Comptabilités reliés.ENVELOPPES Notre catalogue vous sera envoyé sur demande.Téléphonez ou écrivez à L\u2019ECOLE COMMERCIALE PRATIQUE COTE rue SAINT-DENIS\t120a rue NOTRE-DAME SAINT-HYACINTHE ou à TROIS-RIVIERES Tél: 654\tTél: 925 pour avoir tous les renseignements concernant notre COURS COMMERCIAL bilingue \u2014 rapide \u2014 pratique.DONAT COTE, Directeur.B HARBONNEAU \u2014- Limitée PHARMACIENS EN GROS.Fabricants Chimistes \u2014 Instruments de Chirurgie.\u2014 Instruments pour Dentiste.30 est, rue Saint-Paul,\t-\t-\tMONTREAL.Demandez notre Catalogue.>4 M* FI ENCOURAGEZ NOS ANNONCEURS ANNONCES REVUE DOMINICAINE 11 AVIS IMPORTANT Concernant les commandes de vins de messe.Les Messieurs du Clergé et les Institutions religieuses s\u2019éviteront de la correspondance, des ennuis et des retards, en consultant le tarif officiel des Vins de Messe donné sur cette page et en observant ponctuellement les recommandations qui l\u2019accompagnent.TARIF DES VINS Gai.Bout.6 btles au gai.3.15(*) 3.05(*) Vin de Taragonne \u201cMoelleux\u201d demi-doux\t$2.00 0.50 Vin d\u2019Algérie \u201cMuscat\u201d demi-doux.2.75 0.65 Vin de France \"Loupiac\u201d .(*) Les bouteilles sont retournables à 5c.l\u2019unité PRIX DES CONTENANTS Capacité\ten\tgallons\tL\u2019unité Barils.5\t.$ 3.00 Barils.10\t 3.50 Barils.20\t 4.50 Barriques.46-48\t gratis.N.B.\u2014 Les cruches sont facturées à 25 sous du gallon, au maximum de contenance.L\u2019emballage des cruches est facturé à un prix moyen de 25 sous du gallon.FRAIS DE LIVRAISON (Dans la Ville de Québec) Caisse\tou Cruche de 1 gallon .$030 Baril,\t5 gallons et\t10\tgallons .0.50 Baril,\t20\tgallons .1.00 Barriques,\t46-48 gallons\t.2.00 N.B.\u2014A moins d'avis contraire et pour plus de sécurité, tout envoi est confié aux Messageries (Express).Le présent tarif est à titre d\u2019indication et reste sujet aux fluctuations du marché.CONDITIONS DE VENTE Règlement en passant la commande Le magasin des Vins de Messe accepte les chèques payables au pair et dûment affranchis du timbre d\u2019accise, qui sont faits à l\u2019ordre de la Commission des Liqueurs de Québec.ADRESSE: La Commission des Liqueurs de Québec (MAGASIN No.48), 22 rue Saint-Stanislas, QUEBEC.ENCOURAGEZ NOS ANNONCEURS 12 ANNONCES REVUE DOMINICAINE BOURSE pour l\u2019entretien à perpétuité d\u2019un missionnaire dominicain au Japon ($10,000) Le revenu annuel de la Bourse est destiné à l\u2019entretien à perpétuité d\u2019un missionnaire dominicain canadien qui se dévoue à l\u2019évangélisation de l\u2019empire japonais.En la fondant en devient Missionnaire à Perpétuité Un Bienfaiteur peut être seul fondateur en versant la somme entière.Plusieurs bienfaiteurs peuvent, en s\u2019associant, contribuer par leur offrande à cette fondation.Tout Bienfaiteur peut aussi au besoin se réserver une rente viagère sur la somme versée, pourvu qu\u2019elle soit d\u2019au moins $100.00.La Bourse pourra porter le nom de son Fondateur ou tout autre nom à son choix: Bourse de Saint-Dominique, Bourse de Sainte-Thérèse de l\u2019Enfant-Jésus, ou encore Bourse, etc.\u201cNous voudrions voir la générosité des catholiques s'intéresser particuliérement aux oeuvres dont le but est de venir en aide aux Missions\" (Benoit XV).Les fondateurs de cette bourse devront s\u2019adresser à L\u2019OEUVRE DES MISSIONS COUVENT DES DOMINICAINS 5375, avenue Notre-Dame de Grâce, Montréal.soit pour en connaître les avantages, soit pour l\u2019envoi des souscriptions.ENCOURAGEZ NOS ANNONCEURS Facteurs d\u2019Orgues ST-HYACINTHE, P.Q.Etablie en 1879 Au-delà de 1,200 INSTRUMENTS ont été construits par cette maison pour le CANADA, les ETATS-UNIS,, les ANTILLES, et l\u2019AMERIQUE DU SUD.ARTHUR LEDOUX OPTICIEN-BIJOUTIER YEUX EXAMINES ET VERRES AJUSTES AVEC SOIN SAINT - 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