Revue dominicaine, 1 septembre 1957, Septembre
[" PER SEPTEMBRE 1957\tST-HYACINTHE, P.Q.WÉÉÙ SOMMAIRE H.-M.ROBILLARD, 0.P.: Hymne de la fierté chrétienne MICHEL BROWNE, 0.P.: Le septième centenaire de la mort de saint Hyacinthe BENOÎT PRUCHE, O.P.: Déception de l\u2019espoir et fidélité de l\u2019espérance C.M.: La conquête de la liberté RÉGINALD MASSON, O.P.: Au sujet de la 25e heure ! Les personnes déplacées J.-C.DUSSAULT : Le choix de l\u2019Occident ROBERT ALBERT : Autre point de vue sur l\u2019art moderne J.-G.PILON : Considérations sur quatre récents volumes SENS DES FAITS Trois pièces aux Festivals de Montréal \u2014 « Emourie » \u2014 Notes sur deux récentes anthologies \u2014 Saint François de Sales à la Biennale d\u2019Evian \u2014 Le don royal \u2014 La base de l\u2019OTAN à Izmir \u2014 La tapisserie religieuse en France \u2014 Les disques.ESPRIT DES LIVRES ADMINISTRATION : 5375.AV.N.-D.DE GRÂCE MONTRÉAL-28.P.Q.DIRECTION : MAISON MONTMORENCY COURVILLE (QUÉBEC-5) .P.Q. mm Kÿj|'.:'cv œni; HI I! mU'S PRESS (MHBJTIVE GARDENVALE Saînte-Anne-de-Bellevue, P.Q.Spécialité: Impression de livres - Revues périodiques Livres liturgiques - Reliure de luxe Un milieu attrayant et des conditions de travail agréables ne concourent pas seulement à cultiver, chez ceux qui en bénéficient, la joie de vivre et la bienveillance envers leur prochain ; mais l\u2019ouvrier ainsi placé en retire une influence inspiratrice qui perfectionne en lui l artisan.La production d\u2019une journée doit être plus que le simple échange contre le salaire d une journée ; il faut y chercher l application intelligente d un esprit formé et content.Tel est l objectif de HARPELL\u2019S PRESS CO OPERATIVE.Des logements confortables dans un site attrayant, et, à l ouvrage, un milieu gai ont développé chez nos employés une vision plus large et plus intelligente qui se reflète distinctement dans leurs travaux.DE MIEUX EN MIEUX CHAQUE ANNÉE II LA.4-3559\tRéparation troubles électriques SAVARIA AUTO PARTS 4293, BE LA ROCHE\tMONTRÉAL.P.Q.RA.2-6660\tVendeur MERCURY RILEY OUTBOARD MOTORS Spécialité : réparations de tous genres \u2014 9 a.m.à 7 p.m.5622, 7e avenue, Rosemont\tMontréal, P.Q.Tél.PL.6960 LONGPRÉ & MARCHAND ARCHITECTES 1285, ST-ANDRÉ\tMONTRÉAL, P.Q.Tél.RE.8-1669 RENÉ CHARBONNEAU I.B.C., A.A.P.Q., I.R.A.C.GÉRARD CHARBONNEAU B.A., A.A.P.Q., I.R.A.C.ARCHITECTES 6260, CHEMIN DE LA CÔTE DES NEIGES, MONTRÉAL, P.Q.Tél.CL.9-3448 P.E.PERRON REMBOURREUR Spécialité : Meubles sur commande Réparations générales Ouvrage garanti \u2014 Estimation gratuite Vos vieux meubles deviendront comme neuf 9074, HOCHELAGA\tMONTRÉAL, P.Q.J.L.LASNIER Doyens de la Chandellerie au Canada wnwiwi ENREGISTRÉE Fabricants de cierges, chandelles et bougies de toutes sortes depuis cinq générations Tél.ORléans 4-6557 2, rue Saint-Antoine LONGUEUIL, P.Q.Lavallée, Bédard, Lyonnais, Messier, Gascon Comptables agréés H.Lavallée R.Messier Paul Noiseux Emile Foriin Guy Préfoniaine R.Bédard Lionel Gascon J.Desmarais M.Saini-Louis R.Lyonnais Jean Lussier René Senécal David Crockeii Robert Jacques 10 est, Saint-Jacques\tTrois-Rivières Montréal, VI.9-7085\tSherbrooke QUI SE MARIE À LA HÂTE SE REPENT À LOISIR .mais qui choisit la Maison J.-VV.JETTE pour ses travaux de chauffage-plomberie n\u2019a pas lieu de le regretter.Nos nombreuses installations pour hôpitaux, maisons d\u2019enseignement, établissements industriels et commerciaux sont de bonnes garanties.Nous disposons d\u2019une équipe de techniciens spécialisés en mesure de collaborer avec les propriétaires et les Pionniers du véritable chauffage architectes.Théorie allié à la par rayonnement au Canada pratique.Tél.VI.9-4107 360 EST.RUE RACHEL\tMONTRÉAL OQO OOO OOO OOO MH 113 CHAUFFAGE-PLOMBERIE COLLET FRÈRES LIMITÉE INGÉNIEURS, CONSTRUCTEURS ET ENTREPRENEURS ¦ O ¦ Québec MONTRÉAL Ottawa Tél.PLateau 8871 Montreal Floor Covering Limited \u2022\tRUBBER, LINOLEUM, ASPHALT TILES C VINYL PLASTIC TILES, PLYWOOD \u2022\tGOLD SEAL CONGOLEUM HOUSE OF 1 000 000 TILES.1504 Bleury Street\tMontreal, P.Q.Ill m\t\t\tIII!\t\t\tIIIIIM^\t\t\t\t '\t^\t.' 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COURS COMMERCIAL - 8e et 9e ANNEES en UN AN - 10e et lie - 12e ANNEE COURS DE DROIT complet (soir) \u2014 ANGLAIS (Elémentaire et Supérieur) \u2014 ESPAGNOL Préparation aux études de GARDES-MALADES \u2014 Préparation à la carrière de JOURNALISTE Prospectus sur demande \u2014 INSCRIPTION : 2 à 4 p.m.et 7.30 à 9.30 p.m.852 est, RACHEL (Près St-Hubert) JOUR ET SOIR LA.2-4411 10216, LA JEUNESSE Tél.DU.7-2557 L\u2019Institut National de Coupe des Viandes Un métier qui tient son homme occupé MONTRÉAL, P.Q.COURS : Section scientifique : 10e, lie et 12e années (laboratoire) Section commerciale : 10e, lie et 12e années (dactylographie, sténographie) 8e et 9e années : école d'aspirantes Gardes-Malades Rureau : 2151 est, boni.Saint-Joseph (app.2), Montréal, P.Q.Tél.LA.6-4646 Ecole secondaire du soir pour jeunes gens et jeunes filles INSTITUT SAMSON VI /VMWWWWWWWWV ËT COURS COMMERCIAL ET SCIENTIFIQUE Cours du jour et du soar - Garçons et filles SECTION COMMERCIALE : Conversation anglaise \u2014 Sténographie bilingue \u2014 Dactylographie bilingue Comptabilité moderne \u2014 Routine de bureau \u2014 Préparation aux affaires N.B.\u2014 Nous garantissons un emploi stable à nos élèves après leur cours SECTION SCIENTIFIQUE : 10e et lie années en un an \u2014 12e année \u2014 12e année spéciale et 13e année Préparation à : Polytechnique \u2014 Faculté des Sciences \u2014 Hautes Etudes Commerciales Ecole Militaire et de Marine \u2014 Institut de Diététique Ecole des gardes-malades Des bourses d\u2019un an d\u2019étude seront offertes aux premiers pour compléter leurs cours universitaires INSCRIPTIONS : Tous les jours de 9 h.30 à 11 h 30, 2 h.à 5 h.et de 7 h.à 9 h.le soir COURS PRIMAIRE Cours du jour et du soir - Garçons et filles 6e et 7e année en un an \u2014 8e et 9e année en un an Nous suivons le programme des Ecoles de la Province de Québec.Les élèves sont préparés en vue du Cours Scientifique et du Cours Commercial.N.B.\u2014 Une bourse d\u2019un an d\u2019études sera offerte au premier de 7e pour compléter son cours primaire.Une bourse de trois ans sera offerte au premier de 9e pour compléter son cours scientifique ou commercial.INSCRIPTIONS : Tous les jours de 9 h.30 à 11 h.30, de 2 h.à 5 h.et de 7 h.à 9 h.le soir.HUIT BOURSES D\u2019ÉTUDE DE $100.00 CHACUNE ONT ÉTÉ REMISES L\u2019AN DERNIER À NOS MEILLEURS ÉLÈVES DE CLASSE.ECOLE HAMPAGNE 6344, rue ST-HUBERT CR.7-8339 VII 'WWWVWWVWVWWVVWWVWVVVWWWVWWVVVWWW Sommaire Septembre 1957 H.-M.Robillard, O.P.: Hy mne de la fierté chrétienne «M on Dieu, je vous bénis de rna.voir fait chrétien, enfant de votre Eglise et concitoyen des saints ».Michel Browne, O.P.: Le septième centenaire de la mort de saint Hyacinthe Sous la plume du Révérendissime Maître Général de l\u2019Ordre des Frères Prêcheurs, revit la grande figure apostolique d\u2019un saint dominicain dont l\u2019influence n\u2019a jamais cessé de s\u2019accroître.Le traducteur a su conserver une certaine saveur du latin qui est loin de déplaire.Benoît Pruche, O.P.: Déception de l espoir et fidélité de l espérance A la manière d\u2019un Bernanos, l\u2019auteur analyse les espoirs d\u2019un monde déçu et lui offre le refuge assuré de l\u2019espérance chrétienne.C.M.: La conquête de la liberté Lin témoignage sur le cours de théologie pour laïcs que donne chaque année, d\u2019octobre à décembre, au Demi-Pensionnat du Sacré-Cœur, avenue Atwater, Montréal, le R.Père Louis-Marie Régis, doyen de la Faculté de Philosophie de l\u2019Université de Montréal.Reginald Masson, O.P.: Au sujet de la 25e heure J Les personnes déplacées Le long calvaire de tous ces exilés finira-t-il un jour \u201c?L\u2019aide aux personnes déplacées, fondée en Belgique par le Père Pire, O.P.nous en donne la réponse, si tous ceux qui le peuvent veulent bien y faire leur part.Jean-Claude Dussault : Le choix de l Occident Que nous reste-t-il de toutes les richesses profondes de la pensée antique Robert Albert : Autre point de vue sur l\u2019art moderne Cet article est une réponse à celui que publia ici, mars 1957, p.81, notre collaborateur, M.Robert Brassy.Evidemment, il s\u2019agit d\u2019un autre point de vue.Jean-Guy Pilon : Considérations sur quatre récents volumes Le fou perché, Un pas d\u2019homme, Le Fer rouge, Alain Fournier ou la pureté retrouvée, sont quatre œuvres différentes de ton et de couleur.Les deux dernières semblent avoir la préférence de notre collaborateur.Le sens des faits Gilles Marsolais : « Trois pièces aux Festivals de Montréal ».Guy Robert : « Emourie ».Jean-Guy Pilon : « Notes sur deux récentes anthologies ».Nina Greenwood : « Saint François de Sales à la biennale d\u2019Evian ».G.\tRaizenne-Fox : « Le don royal ».T.G.: « La base de l\u2019OTAN à Izmir ».H.\tLemaître : La tapisserie religieuse en France ».Guy Faucher : « Les disques ».L esprit des livres J.de Tonquedec, S.J.: «Merveilleux métaphysique et miracles chrétiens ».Louis-J.Lahai, S.O.Cist.: «Les Moines blancs».Michel Gasnier, O.P.: «Trente visites à Notre-Dame de Nazareth».Sœur Marie-Yvonne : «Un pauvre à Rome».Nikos Kazantzaki : «Le Pauvre d\u2019Assise ».H.-R.Casgrain : «La Jongleuse».M.-A.G.-Coupal : « Les cousins du petit prince ».F.de Saint-Maurice : « Le Sagamo de Kapskouk ».F.de Saint-Maurice : « L\u2019Islet-au-Massacre ».Evry Schatzman :\t« Origine et évolution des mondes ».Maria Winowska : « La Vierge de la Révélation hier et aujourd\u2019hui ». REVUE DOMINICAINE Directeur : R.P.ANTONIN LAMARCHE, O.P.Maison Montmorency, Courville (Québec-5), P.Q.Vol.LXIII Tome II Septembre 1957 Hymne de la Fierté chrétienne Mon Dieu, je vous bénis de m avoir fait chrétien, enfant de votre Eglise et concitoyen des saints ; De n être point meilleur que le reste des hommes mais de savoir ce qui est meilleur, d\u2019y croire et de m\u2019en désirer digne.Je vous bénis de n être point du monde et d avoir appris de vous à n aimer point le monde ; de tenir pour rien ce qui ne vous connaît pas, Et pour ordure et balayure ce qui, m arrachant à vous, séduit ma faiblesse mais grève mon cœur et l emplit d ombre et d\u2019ennui.Je vous bénis de n être point marqué au front du signe de la Bête, mais du sang de l\u2019Agneau immolé, immaculé ; De n adorer ni l or, ni l\u2019argent, ni I homme, ni la femme, ni mon nom, ni ma force, ni les astres, ni les dés, ni les esprits, Mais vous, Créateur du ciel et de la terre, éternel, invisible, non point Idée, Energie, Justice, mais Père, Verbe, Esprit-Saint, Présents à qui vous aime et présents à qui vous hait ; âmes de mon âme et vies de nos vies ; joie de l innocence et nuit de mes péchés.Je vous bénis de ce que ma mère à ma naissance, avant de m\u2019accepter vous a remercié, et m a rempli avant toute parole du bruit de vos saintes paroles.65 Revue Dominicaine Je vous bénis d avoir connu enfant le sacrifice et la croix et non point d avoir grandi souillé de tous les égoïsmes et de tous les caprices.Je vous bénis d avoir tenu ma jeunesse orgueilleuse, ombrageuse, sous le frein de vos lois multiples et de vos commandements.Aujourd hui que j avance et découvre chaque jour mieux le masque de Satan sous la face de toute ambition, révolte, envie, molesse, aigreur, Je vous bénis et baisant à vos mains, à vos pieds, chaque plaie, chaque coup, je maudis ce qui reste en moi de ce qui les causa Et me réjouis d une réjouissance extrême d être contre tout mensonge et tout sortilège défendu par votre Enfer, et votre Purgatoire, et votre Ciel ouvert à la grandeur de votre cœur.Hyacintke-M.Robillard, O.P.66 Le septième centenaire de la mort de saint Hyacinthe Lettre du Maître Général de l Ordre des Prêcheurs Nous, frère Mickel Browne, professeur de théologie, maître général et humble serviteur de I Ordre des Frères Prêcheurs, à nos bien-aimés dans le Christ les très révérends Pères prieurs provinciaux et conventuels, les maîtres, les ex-provinciaux, les prédicateurs généraux, ainsi que tous les Pères, Frères et Sœurs de I Ordre des Prêcheurs, nos salutations et le zèle du salut des âmes : A 1 occasion du septième centenaire de la mort du polonais saint Hyacinthe, il nous est très agréable, nos très chers Pères et Frères et nos très chères Sœurs, de vous adresser des exhortations paternelles, afin que vous preniez en exemple ce fils illustre et ce disciple de notre bienheureux Père saint Dominique.Nous vous proposerons un récit de sa vie et les principales œuvres qu il a faites pour procurer le salut des âmes, afin de vous inciter non seulement à prêcher le Dieu qui est admirable dans ses saints mais encore à exercer le ministère apostolique avec plus de ferveur et plus de fruits.Pour mieux accomplir ce dessein, nous vous rapporterons les récits que le pape Clément VIII a consignés dans ses lettres décrétales du 17 avril 1554 par où il inscrivait le bienheureux Hyacinthe au catalogue des saints.Saint Hyacinthe est né à Kamien, ville de Pologne, dans le diocèse de Breslau, avant I année 1200, de parents chrétiens et d une famille noble.Quand il en eut I âge, il fit les premières études littéraires dont on instruit ordinairement les enfants.Puis il se mit à l\u2019étude de la théologie et du droit canonique.II le fit avec un si grand succès et de si admirables résultats qu il fut bientôt créé chanoine de l église de Cracovie.II se distingua parmi ses coreligionnaires au point que grâce à sa grande culture, jointe à une remarquable et insigne piété, comme un flambeau lumineux, il éclaira son entourage de ses vertus.67 Revue Dominicaine Son oncle Ivo, évêqne de Cracovie, le conduisit à Rome.C\u2019est là qu il entra dans I Ordre fondé par saint Dominique, qui habitait alors à Rome, avec son compagnon Ceslas et l\u2019allemand Herman.En peu de temps, il fut solidement instruit de toute la règle dominicaine, il reçut 1 kakit des mains de saint Dominique, il fit également profession et retourna bientôt en Pologne avec ses compagnons.Or voici qu\u2019en ckemin, comme il passait à la ville de Frisac, il y rayonna par sa parole et par son exemple au point d y construire un monastère de dominicains où il installa plusieurs de ses Frères.De là il revint à Cracovie.Il y érigea un autre monastère, propagea dans la ville la famille grandissante de la religion dominicaine et posa les fondements de la province polonaise de I Ordre des Frères Prêcheurs.Dans la suite des temps, cette province donna naissance à trois autres : les provinces de Bohême, de Russie et de Lithuanie, de sorte que c\u2019est avec justice que I on proclame saint Hyacinthe fondateur de quatre provinces de son Ordre.Quand il eut assuré la fondation du couvent de Cracovie, il en fonda un autre à Dantzig, en Poméranie, et un troisième à Kiev où il demeura quatre années.II essaya de toutes ses forces de ramener les Ruthènes à I Eglise catholique.Revenu de là, il prêcha la parole du salut aux Ruthènes pendant cinq années.Enfin retourné à Cracovie, il gagna I admiration de tous tant par l\u2019innocence de sa vie que par la prédication de la parole de Dieu.La règle de vie qu\u2019il tenait de saint Dominique, fondateur de son ordre religieux, la règle qu il avait comme puisée dans une très claire fontaine, il la garda saintement et religieusement jusqu au dernier jour de sa vie.Désirez-vous un modèle de I humilité chrétienne ?Personne n\u2019était plus effacé ni plus modeste.Désirez-vous un très beau modèle de la pureté et de la chasteté virginale ?Vous ne trouverez pas plus pur ni plus candide que saint Hyacinthe.Enfin pour ce qui concerne la charité envers Dieu et le prochain, on ne saurait rencontrer ferveur plus absolue ni plus parfaite. Le septième centenaire de la mort de saint Hyacinthe Les nuits pendant lesquelles il affligeait son corps jusqu\u2019au sang étaient témoins de la sévérité avec laquelle il traitait sa chair et la réduisait en servitude.Si on demande quelle était sa réserve et sa modération à table, tous déclarent que le vendredi, ainsi qu aux fêtes de la sainte Vierge et des saints Apôtres, il ne prenait que du pain et de I eau.II apportait tant de soin et de sollicitude à I accomplissement du service divin qu\u2019il passait ses nuits à l\u2019église, adressant ses prières à Dieu et se privant souvent de sommeil.Si le sommeil et la fatigue le gagnaient et qu il dut donner du repos à ses membres tombants et épuisés, il prenait ce repos soit debout ou encore appuyé sur la pierre de I autel ou encore en état de prostration et à genoux.Et parce que rien n est plus redoutable que la paresse et que surtout le religieux doit bien s\u2019en garder, il employait tout le temps libre que lui laissaient ses prières soit à la culture des études sacrées, soit à prêcher ou à entendre les confessions, à visiter les malades, à s\u2019employer au service de Dieu et du prochain.Pour témoigner de 1 ordre admirable de cette vie qu\u2019il avait adoptée et par où cet homme jouissait d\u2019une réputation plus divine qu humaine, plusieurs choses se présentent : la venue auprès de lui des âmes nombreuses qui se recommandaient à ses prières et oraisons ; I excellence de ses œuvres, y compris plusieurs illustres miracles.Citons, entre autres miracles presque innombrables, la résurrection d\u2019un citoyen d\u2019une ville de Prusse nommé Pierre, jeté en bas de son cheval par les flots impétueux du fleuve et entièrement englouti par les ondes.Voici que le lendemain, ô surprise, son corps disparu ressort du fleuve et voici que grâce aux mérites et aux prières de saint Hyacinthe Dieu lui redonne la vie à I instant même.La prédication de l\u2019Evangile l\u2019obligeant à passer d\u2019un lieu à un autre, il se trouva un jour face au fleuve des Vandales aux eaux débordantes, à Vissogradum, ville de Massovie.N\u2019ayant ni matelot ni navire pour I aider à passer les ondes, il regarda les rives, implora le secours divin, fit le signe de la croix, et invita ses compagnons à se frayer allègrement un chemin au milieu des flots.Voici quelles furent ses paroles : « Allons, mes fils, suivez-moi au nom de Jésus-Christ ».Et Revue Dominicaine aussitôt il s engagea dans le fleuve à pieds secs.Au vrai ses compagnons craignirent de le suivre.Alors il étendit sa chape sur les eaux.« AIIez-y, nos très chers fils, que ceci soit le pont de Jésus-Christ par où nous passerons en son nom ».Et c est ainsi qu il traversa indemne avec ses compagnons ce fleuve aux eaux impétueuses et profondes.II serait long de recenser les autres choses qu il a faites pendant sa vie, lui qui durant toute son existence ne laissa passer aucun jour sans poser des actes édifiants pour la foi, la piété, I innocence, et les autres saintes vertus.Lorqu il eût dépensé environ quarante années d\u2019une telle vie, brûlé du désir de donner sa vie et d\u2019être avec le Christ, il annonça aux frères du monastère de la Sainte-Trinité de Cracovie qu il mourrait le lendemain.II fit cette annonce en la veille de la fête de l\u2019Assomption de la bienheureuse Vierge Marie, mère de Dieu.II consola ses frères consternés par I annonce de sa mort prochaine ; il leur demanda d\u2019aimer et de servir Dieu à perpétuité ; de garder la pauvreté volontaire, l\u2019humilité, et de cultiver l\u2019amour fraternel, toutes vertus que notre Père saint Dominique légua à ses fils par testament.Le lendemain donc, après la récitation pieuse des prières canoniques et après qu\u2019il eût reçu avec grande vénération les sacrements de la sainte Eglise, comme il venait de prononcer ce verset adopté au dernier instant de la vie : Seigneur, je remets mon âme entre vos mains, il s\u2019endormit dans le Seigneur en l\u2019année 1257, le 15 du mois d\u2019août.Les Polonais ont une dévotion singulière pour le corps de saint Hyacinthe conservé dans un célèbre tombeau de Cracovie.Par toute la terre les fidèles implorent l\u2019assistance de saint Hyacinthe avec grande piété et un grand nombre d autels et d\u2019églises sont dédiés à Dieu en son honneur.De plus, non seulement des maisons religieuses et des couvents nombreux de I Ordre des Frères Prêcheurs portent son nom, mais il y a même au Canada la ville et le diocèse de Saint-Hyacinthe.Aujourd hui qu en Pologne et en plusieurs autres pays la paix, la tranquillité et la liberté de I Eglise catholique doivent faire le sujet de nos prières à Dieu, il est très convenable d\u2019implorer dévotement et pieuse- 70 Le septième centenaire de la mort de saint Hyacinthe ment I intercession particulière de ce grand saint.Nous vous exhortons principalement, nos très chers Pères et nos très chers Frères, d imiter saint Hyacinthe dans la parfaite observance de notre vie religieuse et d\u2019être ses émules dans l\u2019exercice très actif du ministère apostolique, afin de récolter les fruits très riches du salut des âmes et de la charité envers le prochain.Nous voulons en plus que cette année on organise et célèbre des solennités en I honneur de saint Hyacinthe dans tous les couvents et toutes les maisons de I Ordre ; nous voulons aussi que les Provinciaux prennent soin dans la meilleure mesure du possible de mieux instruire les fidèles et les hommes cultivés des faits qui composent la vie de ce saint et les engagent à aider les charges apostoliques des Frères Prêcheurs.En cette année, au mois de septembre, se tiendra à Rome un congrès réunissant toutes les provinces de I Ordre sur la sainte prédication dominicaine.Cette entreprise est de nature à promouvoir la fin spécifique de notre vocation et à renforcer à la fois nos âmes et nos pouvoirs.Pour que ce congrès ait d heureux résultats, nous demandons spécialement à nos Moniales et à nos Sœurs de bien vouloir adresser à Dieu par Intercession de saint Hyacinthe de ferventes prières.Nous vous bénissons très affectueusement au nom de notre Père saint Dominique, et nous nous recommandons, nous et nos secrétaires, à vos bonnes prières.Donné à Rome, à notre Curie générale, le dix du mois de mai 1957, en la fête de saint Antonin, confesseur de notre Ordre.Fr.Michel Browne, O.P., Maître général. Déception de l'espoir et fidélité de 1 espérance L Espoir court le monde : depuis toujours, plus encore aujourd Kui.E)e 1 âge des cavernes à I ère atomique, I komme a toujours eu l\u2019espoir d améliorer son sort.Devant les maux qui menacent I humanité, il a pensé, un à un, à les vaincre : la mort, la maladie, l\u2019étroitesse de la vie.Espoir et montée kumaine vont de pair.La civilisation, I\u2019kumanisation de la terre, s est faite au su de cet espoir, dont elle devient ainsi une preuve irrécusakle et la plus permanente, lancinante affirmation.L Espoir est de ce qu on n a pas.II révèle une insatisfaction de ce qu on a.II situe I komme et la condition kumaine dans I\u2019épkémère et I insécurité, avec le désir d\u2019en sortir.II est une volonté de grandir et de triompker des obstacles.II est source d\u2019audace et facteur d\u2019agressivité.Qui dit agressif dit assaut, ce qui implique déploiement de force et conflit.L espoir des kommes dans l\u2019amélioration d\u2019un sort peu enviable serait-il le responsable secret, par libération de la force dont il est facteur, des conflits et des guerres ?Serait-il porteur de contradiction, détruisant ce qu\u2019il espère ?Devant la révolte, caractéristique de notre temps, l\u2019espoir se donne pour salutaire ; mais, d\u2019emblée, révèle une étrange complexité : il naît d un désir et requiert, à la base, un amour ; il manifeste un vide et, pour le combler, invite la force à l\u2019audace et, si besoin est, à l\u2019assaut.* * * Etrange contradiction : jamais, peut-être, le désespoir et l\u2019angoisse née du désespoir n\u2019ont été si en vogue, apparemment si bien adaptés à notre mentalité.N\u2019est-ce point I\u2019atmospkère du monde, de «notre » monde ?Les littératures sont à l\u2019anxiété, l\u2019incitation au suicide envisagée comme « seul problème pkilosopkique qui vaille la peine d\u2019être posé » \\ La vie ne commence-t-elle pas « de l\u2019autre côté du désespoir dans 1.A.Camus, Le Mythe de Sisyphe.72 Déception de l\u2019espoir et fidélité de l\u2019espérance I angoisse » 2 ; au sein même du désespoir, par la révolte, précise Albert Camus ?Telle est la situation du monde actuel : en croix, écartelé entre les tentatives de son espoir, dans I effort de se hausser encore, et I inertie destructrice du désespoir, avec la volonté farouche d anéantir I absurdité.Les dimensions mêmes de la situation, ses ramifications multipliées, sous-jacentes, insoupçonnées, prouveraient qu on met le doigt sur un point névralgique, qu\u2019on pose là un problème, un « vrai » problème, qui est le nôtre.* * * II reste vrai que si I espoir gonfle la poitrine des hommes d aujour-d hui, jamais monde n a désespéré comme le nôtre.L Espérance, la petite fille espérance, elle qui n a I air de rien et tire pourtant par la main, en avant, ses deux grandes sœurs, la Foi et I Amour théologal de charité, en est chose la plus absente.Si I Espoir révèle un manque et le désir de ce qui manque, I Espérance aussi.Mais I homme moderne est satisfait de ses dimensions humaines ; c est un repu : le « bourgeois » de Léon Bloy ; les « bourgeois » de Karl Marx.II n a nul conscience de manquer d un Autre, Dieu, objet propre de I Espérance, et I Espérance, du coup, n\u2019a plus de place, n\u2019ayant plus, aujourd hui, d objet.N\u2019éprouvant pas le vide de Dieu, I insécurité majeure d une situation sans Dieu, athée, le monde moderne est un désert de désir de Dieu, un grand vide d\u2019amour de Dieu ou des autres pour Dieu, instigateur de ce désir.Si I Espoir soulève I humanité sur les voies montantes du Progrès ; I Espérance, n étant plus, ne soulève plus I homme au-dessus des frontières humaines de la planète Terre, au-delà d un petit bonheur confortable, fût-il cher à conquérir, vers un Royaume définitif qui, justement, n est pas enclos par ce monde.Si I Espoir est instigateur de force et provocateur d agressivité, par volonté arrêtée de triompher des embûches et des obstacles, la libération de la force surhumaine capable de soulever le monde pour en faire offrande à la miséricorde infinie ne se fait pas, I Espérance ayant disparue des horizons de I homme.Le monde actuel se meurt d inertie et 2.Jean-Paul Sartre, Les Mouches.73 Revue Dominicaine et de platitude, à I infini.L agressivité surnaturelle d une volonté tendue vers le but à conquérir i\u2014> kors du monde >\u2014< ne se manifeste plus, comme victoire sur la tentation de désespoir, et I komme est le vaincu du Mal, et du Malin.La contradiction ne serait-elle pas seulement d\u2019une complexité au sein de I Espoir, mais, plus profonde et plus grave encore, serait-elle contradiction de I Espoir avec I Espérance ?Qu\u2019est-ce donc que I Espoir ?Et qu est-ce que I Espérance ?Comment 1 un peut-il être déçu, et b autre jaillir d une fidélité ?4=\t*\t* Il apparaît d abord que I Espoir pose quatre conditions : que F objet dont on a 1 espoir soit quelque ckose de bon.On n espère pas le mal, à proprement parler ; on le craint.Que cet objet soit situé dans le futur, comme une réalité à venir, se projetant dans le lointain : s il est présent, on se contente d en avoir de la joie.Qu il offre de réelles difficultés : s il est facile de l obtenir, il n\u2019éveille que le désir ou l\u2019envie, excitant l\u2019instinct de jouissance et non l instinct de combat, dont se réclame I espoir à titre de facteur d agressivité.II importe enfin que cet objet reste dans le domaine du possible : I impossible engendrant le désespoir 3.L\u2019Esp oir se manifeste ainsi comme élan psychologique vers quelque ckose de bon, dont I obtention s avère difficile, mais possible 4.Quant au désespoir, il faudrait le caractériser dans la ligne d un mouvement de retrait devant ce qui est bon, non parce que c\u2019est bon, mais pour d\u2019autres motifs.L espoir de vaincre est source d audace, et 1 audace développe l\u2019agressivité ; le désespoir, au contraire, c\u2019est source de crainte et engage la fuite.L espoir apparaît bien comme attitude fondamentale de I instinct de combat5.L acte d Espérance aura, lui aussi, pour caractéristique de se manifester comme élan de l\u2019affectivité, car il porte également sur quelque ckose de bon.Il ne s\u2019agit plus, cependant, d\u2019un objet sensible et temporel, 3.\tSaint Thomas d\u2019Aquin, Somme de Théologie, Ia-IIæ, 40, 1.4.\tId., Ila-IIæ, 17, 1.5.\tId., Ia-IIæ, 25, 3.74 Déception de l\u2019espoir et fidélité de l\u2019espérance mais de Dieu même °.C est pourquoi l\u2019acte d\u2019espérance ne relève plus des instincts primaires de la sensibilité, mais d\u2019un dégagement d\u2019affectivité dans les plus hautes sphères de l\u2019esprit : c\u2019est un acte de la volonté, consistant à attendre de Dieu un bonheur futur qui est Dieu, grâce aux mérites déjà possédés \\ L Espérance n\u2019est qu\u2019une attente ardente de quelque chose qu\u2019on n a pas encore, quelque chose d\u2019intelligible et de bon 8, difficile à obtenir, plus exactement : qui existe nettement au-dessus de l\u2019intelligence humaine 9.Elle s\u2019élance vers Dieu dont on s\u2019attend à jouir et se trouve, du coup, en état d\u2019attente du secours de Dieu pour tout le reste 10.L Espérance exige ainsi, pour être, une fidélité de base qui est fidélité à Dieu : « Yahvé Sabaoth, heureux qui se fie en toi » * 11.Elle est elle-même fidèle, parce que ferme et assurée : en elle, nous « avons comme une ancre de notre âme, sûre autant que solide, et pénétrant par delà le voile, là où est entré pour nous, en précurseur, Jésus » 12.Elle entraîne le vouloir plus haut que les bonnes choses de la terre 13.Elle marque une insatisfaction surnaturelle de la situation présente de 1 homme 14 et pousse de toutes ses forces à vaincre les obstacles qui pourraient 1 empêcher d aboutir à ses fins : rejoindre Dieu 15.6.\tId., Ila-IIæ, 18, 1.7.\tId., Ia-IIæ, 65, 4 et 65, 4, 3.8.\tId., Ilia, 7, 3 et la, 95, 3.9.\tId., Ila-IIæ, 18, 1, 1.10.\tId., Ilia, 7, 3 et Ia-IIæ, 17, 1.11.\tPsaume 84, 13.12.\tSaint Paul, lettre aux Hébreux, 6, 19-20.13.\t« Du moment donc que vous êtes ressuscités avec le Christ, recherchez les choses d\u2019en-haut, là où se trouve le Christ, assis à la droite de Dieu.Songez aux choses d\u2019en-haut, non à celles de la terre.Car vous êtes morts, et votre vie est désormais cachée avec le Christ en Dieu.Quand le Christ sera manifesté, lui qui est notre vie, alors vous aussi vous serez manifestés avec lui pleins de gloire» (Saint Paul, lettre aux Colossiens, 3, 1-4).14.\t«J\u2019estime, en effet, que les souffrances du temps présent ne sont pas à comparer à la gloire qui doit se révéler en nous.Car la création en attente aspire à la révélation des fils de Dieu.Nous le savons, en effet, toute la création jusqu\u2019à ce jour gémit en travail d\u2019enfantement.Et non pas elle seule : nous-mêmes qui possédons les prémices de l\u2019Esprit, nous gémissons nous aussi intérieurement dans l\u2019attente de la rédemption de notre corps.Car notre salut est objet d\u2019espérance ; et voir ce qu\u2019on espère, ce n\u2019est plus l\u2019espérer : ce qu\u2019on voit comment pourrait-on l\u2019espérer encore ?Mais espérer ce que nous ne voyons pas, c\u2019est l\u2019attendre avec constance» (Saint Paul, lettre aux Romains, 8, 18-25).« Dès maintenant nous sommes enfants de Dieu, et ce que nous serons n\u2019a pas encore été manifesté.Nous savons que lors de cette manifestation nous lui serons semblables, parce que nous le verrons tel qu\u2019il est.Quiconque a cette espérance en Lui se rend pur comme celui-là est pur» (Saint Jean, première lettre, 3, 2-3).15.\tCf.Actes des Apôtres, 24, 15.75 Revue Dominicaine L Espoir porte sur une réalité difficile à atteindre, mais dont I obtention reste considérée comme possible.Que ce soit quelque chose de bon, que I obtention en soit estimée difficile et soulève des problèmes ardus, ne suffit point à caractériser psychologiquement 1 espoir.Mais que ce soit possible, voilà ce qui le marque de façon authentique.II faut expliquer comment fa montée de I Espoir, si apparente dans notre Monde, n est pas contradictoire avec le désespoir qui s en empare et I anxiété grandissante qui y règne.Car I espoir peut défaillir ; il aboutit à la déception du désespoir par deux voies : L objet dont on a l\u2019espoir fut estimé possible, alors qu il ne I est pas : on a sous-estimé son caractère ardu, et I événement se charge bien de le prouver.La défaillance de l\u2019espoir survient alors par gonflement d optimisme, et c est la déception du désespoir.L\u2019objet dont on a I espoir est estimé impossible, alors qu en fait il est possible : on a surestimé son aspect difficile, et c est la défaillance de I espoir par émergence de pessimisme, et la déception du désespoir.Optimisme, pessimisme se donnent pour formes défaillantes de l\u2019Espoir, aboutissant toutes les deux, bien que par excès contraires, à la même déception du désespoir.Reposant sur un espoir immodéré, I optimisme poursuit comme possible quelque chose d\u2019impossible, dépassant les conditions de la situation humaine, les forces, ou simplement les possibilités de 1 homme.II fait état d\u2019une surestimation de ses forces, d\u2019une mésestimation de ses faiblesses, ce qui provient d\u2019un orgueil latent, construit sur une trop confiance en soi-même.L\u2019échec est certain.Le psychologue sait en effet que, devant l\u2019affirmation brutale de I impossible, inévitable, 1 optimiste, se trouvant tout à coup en complexe d\u2019infériorité, sombre dans un déséquilibre profond qui lui fait tout lâcher, même ce qui était encore possible, pour donner, tête baissée, et sans vouloir plus rien entendre, par déception de l\u2019espoir, dans le plus noir du désespoir.L\u2019optimisme béat d un espoir orgueilleux alimente donc le plus sûrement le pessimisme du désespoir.Le pessimiste connaît, lui, immédiatement, la déception de l\u2019espoir, en 76 Déception de l\u2019espoir et fidélité de l\u2019espérance déclarant impossible, parce que dépassant les forces humaines, ce qui reste, en fait, possible, bien que difficile.II cesse, du coup, d\u2019estimer comme désirable ce qui est pourtant nécessaire à la joie complète et au bonheur des hommes.Psychologiquement, les deux attitudes s\u2019expliquent : les valeurs spirituelles ne sont-elles appréciées ni comme véritables, ni comme considérables ?Cela vient de ce que l\u2019affection s\u2019est laissée prendre à l\u2019amour des jouissances charnelles, en particulier du plaisir sexuel.II arrive que I attachement à ce genre de jouissances dégoûte des biens spirituels qu on n espère plus dès lors comme choses difficil es à atteindre.De ce point de vue, le désespoir se donne pour un effet de la luxure.Maintenant, qu\u2019une valeur difficile à obtenir soit jugée impossible à atteindre par ses propres forces ou par d\u2019autres, c\u2019est le fait d\u2019une trop profonde déchéance : quand elle devient écrasante, on ne voit plus qu\u2019on puisse se relever.Le dégoût des choses divines est une tristesse qui abat l\u2019esprit, et l\u2019on peut bien dire que ce dégoût-là engendre le désespoir.La caractéristique propre de I objet d espérance est d être possible.C est donc bien un dégoût qui se trouve spécialement responsable du désespoir, bien qu\u2019il puisse naître aussi de la luxure, on vient de le dire 16.Le résultat est toujours le désespoir, qui n\u2019est pas seulement une privation d espoir, mais un véritable abandon, un lâchage en règle, sur estimation d\u2019une pseudo-impossibilité.* * * On vient de caractériser l\u2019incidence la plus frappante de la psychologie contemporaine.Le gonflement de l\u2019espoir, qui en est le trait le plus accusé, peut-être, implique une surestimation des forces humaines, dans la volonté d organiser le monde en vue d un paradis terrestre, qu\u2019il soit d inspiration marxiste ou capitaliste, et dans la prétention d\u2019une exploration indéfinie du Cosmos, avec une assurance prise sur la vie par le confort, contre les maladies, la misère et la mort.Né d\u2019une trop 16.Saint Thomas d\u2019Aquin, Somme de Théologie, Ila-IIæ, 20, 4. Revue Dominicaine grande confiance dans les possibilités de la Science, particulièrement en électronique, en fission nucléaire et en domaine de vaccins, l\u2019Espoir de I homme du vingtième siècle est sérieusement menacé.L échec est assuré.L annonce s en lit, déjà, dans le cours des événements.A la traverse du fol espoir de I humanité, des maladies nouvelles, dites « de civilisation », les cataclysmes atmosphériques, la difficulté de maîtriser l\u2019atome, l\u2019emploi, au service des industries de guerre, des plus récentes découvertes scientifiques, I immense détresse des sous-développés et I ennui mortel du confort sous toutes ses formes, la mort toujours là et I impossibilité d établir la Paix, les conflits d intérêts entre peuples amis, s affirment comme des maux dont I homme n est pas maître, capables de fondre à tout moment sur I humanité pour ruiner ses plus beaux espoirs dans F avenir heureux de la planète.Le problème du Mal s installe au creux de son espoir et le mine lentement.Le scandale de son impuissance à le vaincre le voue à la résignation de I angoisse et du désespoir.Qui nous délivrera du mal ?S il n est personne qui puisse en délivrer I humanité, c\u2019est donc que I homme est vaincu par I hostilité menaçante d un monde mauvais, condamné à vivre dans l\u2019angoisse, au seuil du désespoir.Acculé au désespoir, 1 homme peut décider de connaître les forces obscures qui menacent son Espoir ; de rechercher I estimation exacte des conditions nécessaires pour les vaincre.Au nom d\u2019un vouloir impitoyable d anéantir le mal sous toutes ses formes, dans le sursaut de la révolte, il peut déployer audace et agressivité, reprendre à son compte les idéaux difficil es que la conception ambiante risquait de réduire à rien.Une part de I humanité, sur les ruines anticipées de I autre, renaît à l\u2019Espoir d\u2019atteindre un jour la réalisation de ce qui reste un rêve.Telle est l\u2019aventure marxiste, traversée, elle aussi, par ce qui, aux yeux des militants sincères, ne peut que paraître mal : les barrages opiniâtres du capitalisme bourgeois à la montée de la classe prolétarienne, et la corruption grandissante de cette classe par cupidité de la richesse et volonté de confortable.II y a défection de I Espoir devant le problème du Mal, désespoir de le vaincre jamais, repli sur soi, vieillissement rapide, décadence et mort.78 Déception de l\u2019espoir et fidélité de l\u2019espérance L Espérance fait craquer les horizons.Elle apporte aux forces défaillantes de I homme le supplément incalculable de la toute-puissance de Dieu.Ce qu elle espère, elle le sait difficile à atteindre, et ce qu elle espère n est rien d autre que I objet de I Espoir des hommes : la joie, le bonheur, la paix, l\u2019absence de maladie, la destruction de la mort.Elle le sait impossible aux forces humaines, mais point ne désespère, car elle le sait possible à la force de Dieu, sur qui elle compte.Mais elle le sait aussi, de foi divine, irréalisable à l\u2019intérieur des frontières encloses par la mort, sur la petite terre des hommes, et donc impossible, en tous les sens du mot, à l\u2019intérieur des horizons terrestres.C est pourquoi ce que I homme, gonflé d optimisme immodéré, regarde comme un mal menaçant son espoir, elle ne I appelle pas un mal : ni la mort, ni la maladie, ni l\u2019échec de la Science, ni l\u2019impuissance des pacifiques, mais péché, dont la maladie et la mort sont la punition, I échec de la Science I effet, et qui cause l\u2019impuissance des pacifiques.L Espoir des hommes a toujours été de vivre et de prolonger la vie : le scandale, la mort.Devant cette déception de l\u2019Espoir a jailli la croyance en une survie mystérieuse, dont les rites funéraires et le culte des morts, voire : l\u2019effroi des morts et de leurs mânes, sont l\u2019expression et la preuve.L espoir d immortalité anime I humanité et la soulève au-dessus d elle-même pour lui faire entrevoir un problème de I au-delà.Malgré des périodes de scepticisme, il n\u2019a pas cessé d\u2019exister, de grandir et de croître, jusqu à ce que la révélation chrétienne, transformant I Espoir de vie perpétuelle en Espérance de vie éternelle, soit venue le relayer, donnant sa forme définitive à ce désir inassouvi, monté du fond des siècles.L\u2019Espoir est bien ténu, si diaphane dans son objet ! Parmi les plus grands philosophes, Platon lui-même n en est point dupe et ne semble pas très sûr : est-ce un mythe, n\u2019est-ce pas un mythe ?Qu\u2019importe, il faut y croire : c\u2019est le ressort des grandes actions.Et voici que sous le coup des malheurs multipliés qui frappent l\u2019humanité, l\u2019Espoir des hommes a reçu de rudes coups : déception de 1 Espoir, qui fait souhaiter la mort.Les Grecs n\u2019avouaient-ils pas que de la boîte de Pandore les dieux 79 Revue Dominicaine sortirent en dernier le pins terrible, le plus universel des maux : l\u2019Espoir.« Je n\u2019étais pas, je fus ; j\u2019ai été, je ne suis plus : voilà tout » 117.La foi en I immortalité bienheureuse est au cœur même du christianisme.Cette Espérance, précise, est loin du vague désir des païens : «Ne pleurez donc pas, comme ceux qui n ont pas d\u2019Espérance », dira saint Paul à ses fidèles de Thessalonique.Mais elle ne se fonde pas sur un mythe, pas même dans une doctrine, mais sur une Personne, celle de Jésus, mort et ressuscité : « II est mort, il est ressuscité ; la mort sur lui n a plus d emprise » 1S.L Espérance s\u2019appuie sur Lui, « elle ne déçoit pas, parce que I amour de Dieu est répandu dans notre cœur par IEsprit-Saint qui nous a été donné » 19.L Espérance chrétienne a pour propre caractère d attendre I épanouissement d une amitié.La formule, « Etre avec le Christ », qui résume, pour l\u2019apôtre Paul, tout le message chrétien, désigne l\u2019essence même de ce bonheur.« Ainsi le cœur qui aime ne veut-il d autre joie que de vivre toujours près de I aimé » 20.Déception de I Espoir, et fidélité de I Espérance I Benoît Pruche, O.P.Ottawa 17.\tEpitaphe épicurienne.18.\tCf.Saint Paul, lettre première aux Corinthiens, tout le chapitre 15.19.\tSaint Paul, lettre aux Romains, 5, 5.20.\tFestugière, O.P., L\u2019idéal religieux des Grecs et l\u2019Evangile, p.159.80 La conquête de la liberté La Conquête de la liberté : tel est le titre du cours de théologie pour laïcs que donne le T.R.Père Louis-Marie Régis, O.P., chaque année d\u2019octobre à décembre, au Demi-Pensionnat du Sacré-Cœur, avenue Atwater, à Montréal.Commencée en 1953, cette série de conférences est mise à la disposition du public, et des résumés substantiels permettent aux auditeurs durant les mois où les causeries sont interrompues, d approfondir et d\u2019assimiler progressivement les magnifiques leçons qu ils ont reçues.Comment décrire ces conférences de théologie ?Imaginez un tissu de réflexions philosophiques et théologiques portant sur des thèmes habituellement considérés comme abstrus et inaccessibles, mais exposées dans une langue si simple et exposées avec une méthode tellement concrète, que chacun des auditeurs a la surprise de constater qu il comprend ce dont on lui parle et qu\u2019il fait l\u2019expérience que le monde de la grâce et celui de la nature s harmonisent dans une splendeur extraordinaire pour chanter la gloire du Créateur.Le meilleur moyen de caractériser ces causeries serait peut-être de les présenter comme une explication non pas tant d\u2019une doctrine abstraite, que de la vie même du Christ, par un homme et un prêtre qui a su s\u2019assimiler son Maître jusqu aux tréfonds de sa personnalité ; elles ne sont pas une apologétique des vérités chrétiennes, ces dernières étant présupposées, mais une sorte de fresque gigantesque, peinte de main de maître, qui fait entrevoir les horizons infinis du monde chrétien.Le conférencier nous fait redécouvrir ce monde que nous oublions le plus souvent et dont les richesses sont laissées en friche par ceux-là mêmes qui ont mission de les exploiter ; la conséquence normale de cet oubli est que notre civilisation chrétienne, coupée de ses sources vives, n est plus en état de faire face à un univers dont la perfection technique est toute orientée vers les valeurs temporelles qui rivalisent avec le Christ dans sa lutte pour la conquête de 1 homme.81 Revue Dominicaine Or ce que le monde moderne a mis en vedette, à juste titre d ailleurs, c est la liberté de l homme.Cette liberté est, en effet, le drapeau qu\u2019ils suivent dans leurs révolutions et leurs guerres ; c\u2019est elle qui a inspiré les œuvres les plus puissantes des penseurs contemporains ; c\u2019est en son nom que la science du XXe siècle travaille pour abolir définitivement rem-prise de la pbilosopbie traditionnelle et de la religion révélée qui nous sont présentées comme des mythes essentiellement asservissants pour I humanité.Pour mener à bonne fin cette lutte à mort contre la vérité philosophique et la vérité révélée par le Christ, la civilisation contemporaine dispose de toute la puissance publicitaire que la technique a mise à sa disposition.Et nous, chrétiens, de quelles forces disposons-nous pour faire face à cette offensive, non seulement pour défendre nos croyances religieuses mais surtout pour faire la conquête de ses adversaires et les amener graduellement à la jouissance de la liberté des enfants de Dieu que le Christ nous a donné la mission de dispenser à tous les hommes ?Tel est le point précis autour duquel converge 1 ensemble des causeries théologiques du Père Régis comme 1 indique la phrase suivante, qui sert d exorde à son cours : « Il s\u2019agit de montrer comment la religion chrétienne, au lieu d être une série de lois, de défenses, qui enlèvent aux hommes la liberté personnelle, est, au contraire, lorsqu elle est bien comprise, le meilleur instrument de libération et la source d une autonomie insoupçonnée de la part de ceux qui ne la connaissent pas ou la connaissent mal ».Or il est malheureusement trop évident pour le monde antichrétien que la vie de ceux qui se disent disciples du Christ ne manifeste pas le caractère libérateur de la religion de notre Sauveur.Face à une société qui s organise avec une ferveur messianique autour d\u2019un « Je crois à l\u2019homme et à la terre comme un lieu paradisiaque », le peuple chrétien, polarisé par le « Je crois en un Dieu unique » ressemble le plus souvent à un troupeau d\u2019esclaves menés par la crainte d un Dieu vengeur qui peut le plonger dans un enfer éternel, la crainte qui lui fait accepter servilement 82 La conquête de la liberté l\u2019ensemble des obligations légales de la religion chrétienne.Or le Cbrist n est pas venu sur la terre pour renforcer le règne de la loi et de la crainte, mais pour revivifier ces deux principes d ordre et de vie par un principe supérieur de fécondité et de liberté qu il appelle I Amour.C est dans 1 a-mour que la liberté chrétienne s enracine, c est en lui qu elle se développe et c\u2019est par lui seul qu elle aura la puissance d envahir toute 1 humanité et de faire la conquête de ce royaume du Christ qui s\u2019appelle la terre.Tel est le contexte général de ce cours de théologie pour laïcs.Les conférences de 1953 ont d\u2019abord délimité la notion de la liberté humaine « caractéristique d\u2019un être corporel qui couronne des millions d années d évolution de I univers physique ».Propriété d une âme spirituelle, la liberté humaine est une liberté de situation, c est-à-dire, une liberté qui n\u2019est pas absolue mais relative à la fois à sa fonction vivifica-trice du corps et à sa dépendance du Créateur.Par le premier aspect de notre liberté de situation, nous naissons capables de liberté, il nous faut cependant en faire l\u2019apprentissage, tout comme nous naissons capables de marcher, de parler et que nous devons auparavant éduquer nos muscles et nos réflexes.Ce conditionnement de la liberté humaine par le corps est maîtrisé par l\u2019éducation physiologique, psychologique et morale qui rend 1 homme maître de son corps, de ses énergies sensibles et spirituelles dont il se sert quand il veut et comme il veut.La liberté humaine sous cet aspect s\u2019exprime dans un vouloir autonome que nous caractérisons habituellement par le mot choisir.Le deuxième aspect de notre liberté de situation est son conditionnement par le haut, c est-à-dire le fait qu elle est une liberté créée, donc totalement dépendante de la puissance divine elle-même, à tous les moments du passé, du présent et de F avenir.L\u2019acceptation de ce deuxième conditionnement, de cette dépendance totale de l\u2019homme par rapport à un Dieu Créateur s appelle religion et s\u2019exprime par un vouloir constant et libre de servir Dieu et non de se servir de Lui (cf.notes, p.4).Cette donnée initiale, cette religion naturelle, qui consiste dans la libre acceptation de notre état de créature, est complétée et dépassée par 83 Revue Dominicaine la révélation hébraïque et chrétienne.Cette révélation intensifie encore davantage le sens du divin quand elle présente Dieu, d\u2019abord se donnant comme chef transcendant d\u2019un peuple élu, puis se livrant à I humanité dans I Incarnation, « mariage du Fils avec sa créature, la plus grande mésalliance qui se puisse concevoir, et qui ne peut être que le résultat de la folie divine, celle de 1 amour incompréhensible de Dieu pour cette créature que nous sommes » (Notes, p.6).Cette rencontre substantielle de I homme et de Dieu se continue dans le mystère de notre identification au Christ dont la structure divine est introduite en nous par le sacrement de baptême.Les richesses de ce sacrement et la transformation qu\u2019il opère dans notre âme, furent ensuite développées dans les causeries de cette première saison.Les conférences de 1954 continuèrent le thème de 1953 en centrant la vie chrétienne sur le mystère de la charité, c est-à-dire, sur I amour que Dieu a pour nous, celui que nous avons pour Lui, pour nous-mêmes et pour le prochain.Au fur et à mesure que ce mystère se déroulait sous nos yeux nous constations la richesse d\u2019une vie chrétienne qui est centrée sur l\u2019amour, puisque la présence du Christ dans notre âme et dans celle du prochain fait de nos personnes des temples auxquels nous devrions porter un divin respect.Comme toute vie, la vie chrétienne se développe selon ces structures de base.Les conférences de 1955 portèrent donc sur l\u2019épanouissement de la vie baptismale, épanouissement opéré par le sacrement de confirmation qui fait de nous des conscrits du Christ, des continuateurs de sa mission salvatrice.Les méditations sur le sacrement de confirmation nous ont fait prendre conscience, à nous laïcs, de la fausseté de cette conception si générale que nous sommes rejetés à la périphérie du Corps mystique du Christ, le centre étant réservé uniquement à la hiérarchie ecclésiastique.Or, la vérité est que le sacerdoce reçoit sa grandeur des responsabilités dont sont chargées les épaules de ceux qui ont reçu le sacrement de l\u2019ordre, responsabilités qui les vouent tout entiers au service des fidèles.On n\u2019est pas prêtre ou évêque pour soi mais pour les autres.A l\u2019intérieur 84 La conquête de la liberté du Corps mystique du Christ la prééminence prend sa source dans la grâce et F épanouissement des vertus théologales, et sur ce plan, les laïcs sont sur un pied d égalité avec les prêtres.Le conférencier a fait valoir les richesses extraordinaires dont disposent les laïcs confirmés dans ce travail quotidien de progrès constant dans la vie surnaturelle.Le baptisé, nous a-t-il exposé, doit devenir adulte, et le sacrement de confirmation nous est donné pour parvenir à l\u2019âge adulte du Christ.Or, devenir adulte, c\u2019est devenir autonome, c\u2019est devenir libre, c\u2019est-à-dire parfaitement maître des forces divines déposées en nous par la grâce.Cette prise de conscience de notre liberté d enfants de Dieu est conditionnée par la vertu de magnanimité, évaluation de la grandeur de I homme, et par la vertu d humilité, évaluation de sa petitesse, face à I infinie majesté de Dieu.Le mariage de I humilité et de la magnanimité se fait dans la vertu chrétienne d Espérance qui compte sur la puissance aimante de la paternité divine pour nous conduire jusqu à Lui (Notes, pp.88-89).Enfin les conférences de 1956 ont porté sur le mystère eucharistique, mystère de nutrition surnaturelle adaptée à un fils d Adam devenu enfant de Dieu.Le sacrifice de la messe dont I Eucharistie est le cœur n est rien d\u2019autre que le sacrifice du Calvaire se continuant au cours des âges pour perpétuer le mystère de l\u2019amour de Dieu pour les hommes.Parce que Dieu nous aime, il nous sauve, et pour aider à rendre notre salut définitif, il invente ce moyen de nous assimiler à Lui dans et par le corps, le sang et la divinité de son Fils.Nous sommes ici au sommet de la liberté des enfants de Dieu, vers laquelle tendent toutes ces causeries, car en Dieu la liberté est absolue : elle est tout entière enracinée dans 1 amour et orientée vers l\u2019Amour ou I Esprit.Notre identification au Christ par le mystère eucharistique nous faisant participer davantage à cette liberté et la vie humaine devient alors un cantique de louange aux vouloirs béatifiants de Dieu sur nous et sur nos frères.II n est pas fini le récit de cette aventure spirituelle que le Père Régis nous décrit depuis quatre ans et qui nous plonge au cœur même du mys- 85 Revue Dominicaine tère des relations de Dieu avec les kommes et des kommes avec Lui.Cette année encore, dès le mois d octokre, nous assisterons à un nouvel épisode.L étude de la pénitence et de I extrême-onction nous ouvrira un autre ckapitre de cette merveilleuse Histoire d Amour et de Likerté que notre Père des Cieux a inventée pour nous par le truckement de son Fils unique et de I Eglise, son Corps mystique.Devenons des auditeurs assidus, fidèles à vivre la sukstance de ces causeries ; alors notre religion ckrétienne cessera d être un ensemble de préceptes qui nous lient pour se transformer en un extraordinaire principe de likerté.Toute cette doctrine akstraite, dont nous n avons retenu trop souvent que la formulation, deviendra le Ckrist Lui-même, un Ckrist vivant en nous, un Ckrist contemporain, aussi présent à nos âmes qu il I était pour ses apôtres.Car la religion ckrétienne n est pas une spéculation, elle n\u2019est pas une pkilo-sopkie mais une vie ; et pour la comprendre, il faut la mettre en pratique, il faut l\u2019expérimenter (cf.Notes, p.104).II nous reste à exprimer notre gratitude au Père Régis pour cette lumineuse syntkèse tkéol ogique destinée à faire de nous des ckrétiens, non seulement libres, mais apôtres de cette likerté que le Ckrist est venu apporter sur la terre.La découverte expérimentale de ces vérités ckez ses auditeurs, n est-elle pas due au fait que le conférencier, grâce à son intimité constante avec un Ckrist vécu, participe à sa puissance d\u2019amour et à sa likerté ?Cela explique son rayonnement auprès de tant d\u2019êtres kumains sans distinction de religion et de race, car pour lui comme pour son Maître, tout komme est déjà un enfant de Dieu ou appelé à le devenir ; il est donc un temple de IEsprit, source et fin de toute likerté kumaine véritable.C.M.86 Au sujet de la 25ième heure! Les personnes déplacées Il y a plusieurs années, un roman nous mettait en présence d une des grandes horreurs de la dernière guerre : les camps de concentrations et les transferts de population.Le monde s acheminait vers la 25e heure, à l\u2019abîme.Au moment où, transplanté dans l\u2019ouest, en France, le héros du livre, un roumain, commençait à revivre une vie humaine, les Américains viennent I arrêter et le reconduire au camp : la guerre avait repris et le héros du livre était devenu suspect, à cause de ses origines orientales I Quatorze ans de concentration qui avaient défini jusque-là sa vie d\u2019homme, allaient recommencer ! Nous n\u2019en sommes pas encore là, mais depuis les déjà lointaines années de la guerre, un problème semblable continue de se poser à l\u2019humanité : celui des réfugiés inassimilables.Huit millions d êtres humains avaient fui devant les troupes de l\u2019Armée de l\u2019Est, principalement en 1944.C\u2019était un premier envahissement de l\u2019Occident, envahissement non des armées mais des hommes « naufragés », en quête d\u2019un asile.Du nombre, six millions ont déjà repris le chemin de leur ancienne demeure.Les deux millions qui n ont pas voulu repasser le rideau de fer, ont été absorbés par les économies des pays occidentaux.(Australie, Belgique, Canada, Etats-Unis, France, Grande-Bretagne, Hollande.) Mais il en resterait encore un groupe d au moins deux cent cinquante mille personnes, hommes, femmes, enfants, inassimilables, le Hard-Core des dossiers des Nations-Unies, résidu des Personnes Déplacées, composé de malades, d\u2019affaiblis, d\u2019incapables, et de ceux qui restent avec eux, de tous âges, de toutes religions, hommes et femmes.On y compte 20 000 vieillards, 80 000 tuberculeux, pré-tuberculeux, post-tuberculeux, filles-mères, enfants.Ces gens ont la carte d\u2019identité des Nations-Unies et vivent à la charge des gouvernements ex-ennemis à titre de dette de 87 Revue Dominicaine guerre.Organismes officiels et sociétés privées de secours leur distribuent des dons en nature.Où les trouve-t-on ?Un grand nombre, dans les anciens camps et casernes situés le long d une ligne incertaine qui va de la Belgique à I Italie, en traversant l\u2019Allemagne et I\u2019Autricbe.On devine la misère de ces camps.Ils ont I apparence de nos taudis.Mais ils recèlent un mal plus grave.Leurs habitants vivaient autrefois chez eux une vie normale comme chacun de nous, au milieu des leurs, et maintenant, après douze ans dans les camps, sans espoir aucun, ils « ne sont plus rien », I ombre d\u2019eux-mêmes, blasés et sans vie, « voyageurs assis sur leurs malles, attendant un train qui ne vient jamais », loin de leur patrie qu ils ne reverront jamais, dans un pays qui fut l\u2019ennemi, et dont ils ne parlent peut-être pas la langue.Les solutions bureaucratiques, I octroi d\u2019argent, l\u2019envoi de secours, permettent de survivre, mais ne règlent rien I Ce qu\u2019il faut à ces gens, innocentes victimes du choc et du fracas des peuples, c est de pouvoir retrouver un milieu humain, de se sentir aimés, de constater à nouveau que le monde est aussi fait pour eux, et qu\u2019après les scènes de carnage, I emprisonnement, I abandon, I Amour existe encore pour eux.Un apôtre a pensé à eux : le Père Dominique Pire, O.P., de Belgique.II y a neuf ans, aidé de quelques collaborateurs, il fondait L\u2019Aide aux Personnes Déplacées, organisme supra-confessionnel, ouvert à tous.L\u2019œuvre a créé des parrainages, c est-à-dire, trouvé aux personnes déplacées un correspondant qui veuille leur accorder son amitié, dans la mesure de ses moyens, du secours, et surtout, les aider à se réinsérer dans la famille humaine, leur accorder I attention nécessaire, s ils sont vieux, jusqu à leur mort.L\u2019Aide a visité tous les camps, étudié le cas de chacun.Elle livra I assaut de I Europe du Cœur à toutes ces villes dont nos soldats se souviennent comme d autant d étapes de la dernière guerre : Brême, Hambourg, Lubeck, Hanovre, Munster, Coblencz, Dusseldorf, Cologne, et Bonn, Francfort, Mannheim et Nuremberg, Karlsruhe et Stuttgart, Ulm, 88 Au SUJET DE LA 25e HEURE I Les PERSONNES DÉPLACÉES Ingolstadt et Ratisbonne.Partout, des conférences de presse, des séances générales d information, de la propagande.Bientôt se créa un grand courant de sympathie.On en fit autant en France, en Belgique, et en d\u2019autres pays.Aujourd\u2019hui, il y a des parrains et des marraines des Personnes Déplacées, en Suède, en Danemark, en Belgique (4 000), en Angleterre (lOOO), en France (4 000), en Hollande, en Suisse, en Italie, en Espagne, en Autriche, aux Etats-Unis, en Grèce, en Afrique du nord, au Congo Belge.De toute la terre, les troupes armées étaient accourues en Europe y démêler la Grande Affaire à coups de homhes.Maintenant, affluent de partout les marques d\u2019amour fraternel et d entraide humaine.Mais I œuvre à accomplir est encore immense.Déjà des hospices ont été construits pour les vieillards.Des services sociaux et de réorientation professionnelle sont en fonction, partout.Surtout, avec un zèle infatigable, l\u2019Aide a réalisé un rêve magnifique : redonner aux personnes déplacées là où elles sont présentement (car on ne peut songer au retour à la patrie), « leur village » I Déjà, trois villages aux points stratégiques de l\u2019Europe des camps, ont été édifiés, à Aix-la-Chapelle, en 1956, à Bregenz et Augsbourg, cette année, et Ion en prépare un autre aux frontières de I Italie, de 1 Autriche et de la Suisse.Sans doute, ces villages ne résolvent qu une partie infime du problème, aux proportions gigantesques, des Personnes Déplacées.Mais ces villages se multiplieront et la solution qu\u2019ils offrent est définitive, et humaine.La vie civique y reprend, chacun y retrouve une famille, une vie normale et des occasions de travail.Le problème des Personnes Déplacées est avant tout personnel et moral.Aussi, nous espérons intéresser les lecteurs en leur montrant l\u2019ordre du jour affiché au jour d ouverture d\u2019un de ces villages : « Chers Amis de notre premier Village Européen (Bregenz) : « J ai voulu écrire personnellement le préambule de votre contrat de location pour vous indiquer bien clairement 1 idéal que nous voulons réaliser dans notre « village ».Ce n\u2019est pas un village comme les autres.89 Revue Dominicaine Ce n est pins un camp.C est un ensemble de maisons au milieu de la population allemande.Je vous demande donc de faire effort pour oublier le passé des camps et pour commencer une nouvelle vie.Tenez compte des conseils suivants : 1)\tNe revenez plus, en pensée, aux années des camps.Commencez tout de suite votre nouvelle vie.2)\tNe vivez pas repliés sur le petit village européen et ses habitants ; mais au contraire, mêlez-vous à la population allemande, cbercbez et acceptez les contacts, vivez avec toute la population.Je vous assure que cell e-ci est très bien disposée et vous accueille avec gentillesse.5) Mêlez vos enfants aux enfants allemands.Veillez à ce qu ils parlent I allemand à la perfection.4)\tGardez cependant précieusement votre héritage de culture et de traditions, que vous avez apporté de votre patrie.5)\tAyez tout de suite la décision de retrouver vous-même une vie normale.Dieu a dit : « Tu gagneras ton pain à la sueur de ton front ».La vie normale consiste donc avant tout, à travailler pour vivre.Renoncez par conséquent, de bon cœur, et totalement, aux systèmes de distributions que vous avez connus dans les camps.Ne devenez pas des mendiants vivant de ce qu\u2019on leur apporte.Résistez à la tentation de ne pas travailler et de vivre de distributions.Répondez à ceux qui veulent vous traiter de la sorte que vous avez enfin retrouvé le domaine de la vie simple et stable.J\u2019insiste sur ce point parce qu\u2019il est de très grande importance.6)\tLe village n\u2019est pas organisé comme un camp.C\u2019est un ensemble de maisons dont les habitants vivent comme des hommes libres.Vous avez cependant près de vous un « homme de confiance », qui me représentera.C est lui qui est chargé par moi de percevoir la location de votre maison, de surveiller l\u2019entretien des maisons, de constater les dégâts éventuels, d\u2019en envisager la réparation.C\u2019est encore lui qui vous aidera dans votre orientation professionnelle et dans vos rapports avec I Arbeit- 90 Au SUJET DE LA 25e HEURE ! Les PERSONNES DÉPLACÉES samt et les employeurs pour découvrir un travail.A partir de là, il doit vous laisser continuer votre chemin, fiers et libres.Il n est donc pas un chef, mais un grand frère dévoué.Traitez-Ie comme tel, avec déférence et amitié.7) Enfin, pensez que le monde a les yeux sur vous.Vous êtes les premiers habitants du premier « Village Européen ».Du succès de ce premier village dépend celui des autres.Vous êtes le premier village, le village modèle sur lequel reposent les autres.Songez au bien que fera votre bon exemple et au mal que fera votre mauvais exemple.Moi-même je vous fais entière confiance.J\u2019espère de toute mon âme ne jamais être déçu.Comptez tous sur mon dévoument le plus entier.(P.Dominique Pire, O.P.) ».De semblables messages furent faits à la population chargée de recevoir le village.« Qu\u2019on se serre les coudes, qu on se gêne pour faire place aux nouveaux venus.Ceux-ci cesseront alors d être un ghetto pour devenir une minorité respectée ».Mais, ce sont les parrainages qui ont donné des résultats inouïs.14 000 familles de parrains sont en contact avec 14 000 familles de réfugiés.«Mon filleul (dit une marraine italienne), a été très heureux de recevoir mes lettres malgré la difficulté de la langue, nous avons vite fait très bonne amitié : il s\u2019est affectionné à moi et je lui ai rendu de tout cœur son affection : Il m\u2019attribue le bonheur qui lui est échu, ces derniers temps, de pouvoir avoir des nouvelles de sa famille (en Hongrie), et de pouvoir partir avec dignité pour I Amérique.J ai pu lui envoyer des vêtements et un peu d argent, qu il considère toujours comme un prêt.» De son côté, un autrichien de religion évangéliste écrit : « Nous voulons soutenir dès le début votre projet humanitaire si beau.Voulez-vous accepter le chèque ci-joint pour vous aider.Considérez cette somme comme la participation d un Autrichien de religion évangéliste, qui a été fortement impressionné par votre travail d\u2019amour chrétien du prochain ».91 Revue Dominicaine Les citations et les renseignements sont tirés des publications de I Aide aux Personnes Déplacées.Les Canadiens voudront sans doute fournir encore leur part à cette œuvre généreuse, et mériter aussi aux abords d\u2019un nouveau village de I Europe du Cœur, cette enseigne : « Maison construite par des amis canadiens ».Surtout, ils voudront se joindre aux parrains du monde entier et apporter le secours de leur amitié à ces frères en indigence surtout, d amitié et de fraternité Kumaine ! L\u2019œuvre est non-confessionnelle, c est-à-dire qu elle va aux plus abandonnés sans distinction de religion, et les plus abandonnés sont souvent des orthodoxes ! On attend des chrétiens un geste fraternel, preuve de leur foi, envers leurs frères, enfant de Dieu comme eux.Qu\u2019on pense aussi à toute la joie à donner aux autres.par correspondance ! U Aide aux Personnes Déplacées est sise au 55, rue du Marché, Huy, Belgique.Je ne doute pas que bientôt, comme en tant d\u2019autres pays, il y aura une succursale de l\u2019Aide au Canada î R.Masson, O.P.Rome, juin 1957.92 Le choix de 1 Occident L histoire des origines de la pensée occidentale nous reporte à peu près aux quelques fragments de philosophie présocratique qui nous ont été conservés.Une étude sommaire de ces fragments nous révèle des pensées déjà fortement individuelles en possession de tel ou tel principe fondamental, emprunté à des sources diverses et qui nous sont le plus souvent inconnues, isolé de 1 ensemble ou du « système » primitif duquel il fut tiré et posé en principe premier de toute chose.C est le Feu chez Héraclite, 1 Etre chez Parménide, 1 Amour et la Haine chez Empédocle, etc.Sans doute ces principes, ainsi posés, impliquent-ils, chez les poètes-philosophes grecs, une réalité englobante qui échappe à la mentalité moderne.Aurobindo a montré dans son petit livre sur Héraclite jusqu où peut être poussé le « dévoilement » de ces principes.On a souvent supposé des influences orientales ou égyptiennes ; mais en pareil cas il faudrait admettre que l\u2019emprunt fut bien parcimonieux.Comment expliquer dès lors qu ayant accès à un aussi riche trésor que la pensée orientale ces hommes n en aient rapporté que des lambeaux ?Car ce qu\u2019on peut convenir d appeler la philosophie orientale (de même que l'égyptienne, comme Plutarque le montrera plus tard) constituait une connaissance totale et cohérente aussi bien d ordre cosmologique que psychologique et métaphysique, connaissance dont vivent encore de nos jours des milliers d hommes.Cependant on n\u2019a nulle raison de croire que les conceptions d ordre universel, comme celles des principes premiers, soient particulières à telle ou telle société.Les études relativement récentes sur les « archétypes », menées par C.G.Jung sur le terrain psychologique, dirigées par la suite vers la compréhension des sociétés traditionnelles, particulièrement par Mircea Eliade dans son Traité d\u2019histoire des religions et autres écrits, ont démontré I universalité des conceptions d ordre religieux ou métaphysique.93 Revue Dominicaine Ainsi cette question d influence qui nous occupe présentement dépend-elle d\u2019une autre beaucoup plus importante, à savoir que la métaphysique (quel que soit son mode de formulation, mode qui pourra marquer par la suite les conceptions cosmologiques et autres) se situe par sa nature même en dehors de I histoire et est indépendante de toutes les applications qu on peut en faire.La métaphysique est anhistorique ; on la peut approfondir plus ou moins, en elle -même elle est invariable.C est I incorrigible mentalité historique moderne qui fait qu on la comprend si peu et si mal de nos jours.On a qualifié de métaphysicien I homme qui a inventé la dialectique historique (on ne saurait prétendre que saint Augustin soit le précurseur d une pareille tentative ; sa Cité de Dieu est une œuvre eschatologique sans prétention d autre ordre), de même qu\u2019on parle couramment de métaphysique de I histoire comme s\u2019il n\u2019y avait pas contradiction dans les termes même.II est peu surprenant après cela qu on en soit venu au relativisme qui permet de parler « des » métaphysiques, comme si chaque penseur avait la sienne propre, comme si la Vérité était multiple.Aussi le mot « métaphysique » au sens moderne vulgaire veut-il simplement dire obscur et quasi-incompréhensible.Dans une pareille confusion les fragments de philosophie pré-socratique qui nous ont été transmis se peuvent accorder à toutes les fantaisies subjectives.Dons poétiques I selon certains, sans qu on prenne la peine de savoir ce qu\u2019est la poésie, ce qu elle était à I époque d Homère et dans les sociétés traditionnelles contemporaines.Inventions géniales I selon d autres.Quelle serait alors la valeur de pareilles inventions ?En quoi des rêveries individuelles sur les éléments, etc., feraient-elles progresser la connaissance humaine dans le domaine universel qui seul importe vraiment ?Non I si I on veut accorder quelque valeur à la pensée de ces hommes qui prétendirent exposer des principes universels, il les faut enraciner dans le sol de la Grèce archaïque et traditionnelle.II est utile de noter à ce propos que les éléments d\u2019empédocle sont aussi des dieux et que le Feu d\u2019Héradite s appelle parfois Zeus.94 Le choix de l\u2019Occident De cette mentalité traditionnelle Platon fut l\u2019interprète intellectuel par excellence (cf.Eliade dans Le Mythe de l\u2019éternel retour, p.63 sq.) : voilà qui peut nous éclairer singulièrement.La connaissance de la Grèce antique s exprimait surtout sous le couvert des mytfies et des symboles.On retrouve dans I art archaïque, dans Homère de même, la figuration d une connaissance universelle propre, sous un mode particulier dans chaque cas, à toutes les sociétés traditionnelles.Lévy-Bruhl dans ses études sur la mentalité dite « primitive », et Eliade d une façon plus exacte et plus universelle ont montré que I agissement de ces sociétés est fondé sur les idées-force (incarnant une connaissance métaphysique) plus en rapport avec la source profonde du langage que le verbiage dialectique dont la civilisation occidentale, à la suite des grecs rationalisants, a fait son partage.Toute religion d ailleurs retourne à cette source primitive qui est la force de « l\u2019être » en opposition à celle de « I avoir », au goût d acquisition qui caractérise I individualité (de là la valeur universelle de la vraie pauvreté, de I abnégation).On a parfois qualifié de mystique, à cause de son efficience, la pensée « primitive » et I usage d un tel mot n est pas tellement erroné si I on veut bien le reporter à son origine étymologique, c est-à-dire sa relation aux « mystères ».Aussi a-t-on été tenté d appliquer le même quali ficatif aux philosophes pré-socratiques en raison de leur parentage à cette mentalité « primitive ».Mais cette parenté est déjà lointaine si I on tient compte de la part de rationalisation de leur pensée.C est ce caractère hybride qui a rendu I interprétation de leur pensée si difficile et finalement a conditionné son rejet par la pensée occidentale quand Aristote les eut globalement qualifié de « physiciens », après avoir privé le platonisme de son grand rêve d intuition intellectuelle : la réminiscence.Ce rejet, de même que la décapitation du platonisme, ne fut pas sans conséquence pour la pensée et toute la civilisation occidentale ; 93 Revue Dominicaine c était rejeter du coup, inconsciemment, les seules parcelles de pensée traditionnelle qui eussent pu encore servir de contact avec la société antique.C était se condamner pour des siècles à voir dans la Grèce dite « classique » I apogée de toute civilisation, alors que tout le monde sait bien maintenant, par les témoignages de I art archaïque retrouvé (comparer la statue attique du Vile siècle avant Jésus-Christ, du Métropolitain Museum de New-York, aux Vénus et autres du IVe siècle avant Jésus-Christ) et les récentes études, que cette Grèce représente plutôt un état de particularisation, donc de décadence.O.Spengler (Déclin de l Occident) s est élevé il y a déjà longtemps contre une idéalisation abusive de la Grèce des humanistes.Platon d ailleurs n était pas toujours tendre pour ses contemporains et ce n\u2019est pas sans raison qu\u2019il tançait de son mépris hautain ceux qu il appelait déjà les « modernes ».Qu\u2019y a-t-il, en effet, de si peu admirable que la société débraillée où vécut Socrate ?L époque où se situent les philosophes pré-socratiques correspond bien à un état de transition entre une société traditionnelle se rattachant à des conceptions fondamentales « agissantes » d ordre universel et véhiculées principalement par les mythes et les symboles, et une société profane où les mythologies ont remplacé le mythe efficient et 1 art naturaliste « classique » la symbolique antique.On retrouvera l\u2019équivalence d un pareil état en Europe à la décomposition du Moyen Age, la Renaissance correspondant à l\u2019époque pré-socratique, le XVIÏe et le XVIIIe siècles correspondant à la décadence « classique » décriée par Platon.Voyons donc maintenant la suite, indiquant seulement les étapes en rapport direct avec notre sujet, de cette histoire de la pensée occidentale.La Grèce nourrie de la seule raison raisonnante, en proie aux dissensions internes qui ne sont pas sans rapport avec le changement de mentalité envisagé plus haut, périclita et mourut.Rome qui à l\u2019époque char-royait des forces vives (cf.les études de G.Dumézil sur l\u2019antiquité romaine) la submergea, mais fut prise au même piège et I hellénisme 96 Le choix de l\u2019Occident romain n est sans doute pas une des moindres causes de la décadence romaine.Rome abrita, au début de I ère chrétienne, les décbets de deux grands courants de pensée : l\u2019orientale et la grecque.La Grèce périclitante pouvait difficilement donner autre chose à un conquérant pressé, et I Orient conquis n envoya à Rome, qui demandait des divertissements, que des courtisans et des jongleurs.La Rome impériale sombra dans I éclectisme qui est le bilan de faillite du rationalisme desséchant.Dans ce bourbier, refusant toute compromission, perça fa pure lumière du christianisme qui, s\u2019incarnant peu à peu, finit par supplanter I empire et devint du fait un des centres du monde.Son rayonnement s accorda à des rayonnements parents, aussi bien de la pensée orientale que de ce qui restait de plus pur de la pensée grecque : ce fut le superbe flamboiement intellectuel de I Ecole d Alexandrie.Platon triomphait du rationalisme, parce qu il ouvrait à la connaissance des perspectives infinies confondant presque ses ambitions, en fin de compte, avec la recherche chrétienne de la vision béatifique.On eut, par la suite, Clément d\u2019Alexandrie, Grégoire de Nysse, le pseudo-Denys, saint Augustin, Scot Erigène, la vie intellectuelle des Xe, Xle et Xlle siècles chrétiens où la connaissance comme chez Guillaume de Saint-Thierry, était plutôt « expérience » que « savoir ».Puis vint le XHIe siècle et le choix de I Occident.Aristote avait été commenté déjà par des hommes de haut lignage intellectuel de Plotin aux Arabes en passant par Boèce ; cette fois c est un saint de I Eglise catholique qui I établira au cœur même de la pensée chrétienne et lui rendra, appuyé sur saint Augustin et I Aréo-pagite dont il commenta les « Noms divins », la tête platonicienne, I ouverture théologique vers I intuition intellectuelle, la connaissance surnaturelle.Mais le corps est là, tout entier, comme au temps du Stagirite, et déjà, dans Paris, certaines facultés universitaires s\u2019attachent au corps exclusivement.Les augustiniens tiennent ferme avec saint Bonaventure et les mystiques (déjà saint Bernard avait fait condamner Abélard) ; 97 Revue Dominicaine pour eux, c est le foyer même de la connaissance divine qui est en jeu.Des condamnations sont portées.Saint Thomas lui-même n\u2019y échappe pas.Malg ré tout, la scolastique aristotélicienne devient à I époque des grandes cathédrales I un des plus prestigieux monuments de la Chrétienté.Pourtant, saint Thomas avait dit avant de mourir que toute cette science n\u2019était qu\u2019un fétu de paille.Or, le fétu de paille devint toute la pensée.La scolastique meurt de ratiocination ; les grands penseurs et savants de la Renaissance sont presque tous platoniciens : Ficin, de la Mirandole, Copernic, Vinci, Nicolas de Cuse.d ailleurs ils luttent seuls contre le vent de 1 indifférence.Le XVIIe siècle n a plus que Iindi-gence d un « style » vidé de pensée forte, et encore une fois nous voilà en face du « classicisme » qu on a voulu universel ; et pourtant y a-t-il quelque chose de moins universel que le XVIIe siècle.Le XVIIIe, c\u2019est le triomphe de la raison pure, de l\u2019encyclopédisme ; un siècle calqué sur le schéma aristotélicien primitif.L\u2019Occident a définitivement choisi : Aristote et I empirisme scientifique.Le reste, c est I histoire du modernisme, du développement de la science coupée de toute transcendance, avec des sorties irrationnelles périodiques (romantisme français et allemand, etc.) qui sont comme les réflexes hystériques d une civilisation qui vit dans l\u2019inconscience, décapitée des valeurs fondamentales, nourrie d\u2019un philosophisme « dessourcé » de la métaphysique véritable (ce qu\u2019on appelle maintenant ainsi n\u2019est plus que phénoménologie ; c\u2019est tout dire).De la Grèce, qui a pourtant produit de belles filles, l\u2019Occident moderne n a plus en partage que cette femme acariâtre : la raison raisonnante.Jean-Claude Dussault 98 Autre point de vue sur 1 art moderne « Il importe extrêmement de laisser le champ libre à l'art de notre temps, qui, soucieux du respect dû aux temples et aux rites sacrés, se met à leur service de telle sorte que, lui aussi, puisse unir sa voix à Vadmirable cantique chanté dans les siècles passés par les hommes de génie à la gloire de la foi catholique ».(Pie XII, Mediator Dei, p.72) Ma réponse se voudrait polie : mais I article en question ne I était guère.II faudrait bien pourtant éviter le travers par trop visible de M.Brassy, et engager la conversation d un ton reposé, dans des formules distinguées, etc.Pour ce faire, il me semble urgent de me vider auparavant, et tout d un jet : ensuite, nous pourrons peut-être parler « art sacré et art moderne » à tête froide et en tout équilibre.M.Brassy, je ne vous connais pas, mais je connais un peu I art moderne, dans tous ses courants, et particulièrement dans son contexte religieux.Et quand vous parlez de déformation concertée comme le « principe évident » des « tendances actuelles de la peinture d aujourd bui », vous exagérez I Et si vous ne savez remonter qu aux Byzantins pour retracer les premières manifestations de cette « déformation concertée », eb bien, reprenez votre souffle et vos bouquins : déjà dans les cavernes brumeuses de la préhistoire nous trouvons un style de dessin spontané, quelque peu caricatural, et bien nettement digne d être accablé de la lourde appellation de « déformation concertée » : tant il est vrai que I bomme est un artiste qui doit s inspirer, mais qui n a pas naturellement la tendance à copier exactement ; il y met du sien, quand il a suffisamment d intelligence pour le faire ; de là toute la distance, et I unique différence, entre un vulgaire copiste (qui dans certains cas peut avoir beaucoup de succès) et un véritable créateur, un bonnête inventeur.1.En réponse à M.Robert Brassy, R.D., mars 1957, p.81.99 Revue Dominicaine Les Egyptiens ont fait un art bien estimé, et dont le principe fondamental était si je ne m\u2019abuse une simplification bardie tendant vers une impression d\u2019immobilité, mais d\u2019immobilité vivante par une organisation bien équilibrée, en somme de vie latente : les Pyramides, leurs temples, leurs murales, et leurs sculptures.Pour ne pas vous rappeler un tas de choses que vous savez mieux que moi, M.Brassy, nous ne dirons rien de 1 aspect religieux des plus authentiques de cet art égyptien, ni des influences qu il a eu sur le développement des arabesques mauresques, expression entièrement abstraite s\u2019il en fut jamais.Nous passerons poliment et gentiment dans le vif du sujet.«.comme on va au cirque pour s amuser, rire tout son saoul ou pousser des cris d horreur devant les toiles d un grotesque évident de Rouault.» M.Brassy, vous retardez de tout près de quarante ans : tel était sommairement le jugement que l\u2019on portait, un peu vite, sur Rouault vers mil neuf cent vingt.Depuis, bien des choses ont changé, mais une certaine mentalité subsiste, paraît-il.Rouault est maintenant reconnu comme I un des génies les plus authentiques de Fart religieux de la première moitié du vingtième siècle de 1ère chrétienne, Iaissez-moi vous le rappeler : et cela non en perroquet, en snob, parce que Rouault est à la mode : un type de son calibre ne peut jamais être à la mode, étant donné la profondeur de son message.Faudace de son expression, et la qualité intense de ses pensées.Rouault se révèle dans l\u2019intimité, comme un véritable message religieux : ce n est que par le contact que ses gravures fortes et monolitiques s attendrissent et nous disent tout ce qu elles ont de trop sur le cœur ; et ses peintures, que vous comparez en toute justesse aux vitraux (il est vrai que la technique employée par Rouault pour peindre nous suggère immédiatement et spontanément cette comparaison : tout de même, vous avez au moins eu le gros bon sens de l\u2019attraper I) et ses peintures donc comptent 100 Autre point de vue sur l\u2019art moderne parmi les réalisations les plus intéressantes et les plus estimées chez les artistes contemporains.Et si « le public même non averti admire très sincèrement un Cézanne.» vous me surprenez fortement de n être pas à son niveau et de ne pas vous joindre à lui, puisque maintenant, et même depuis plusieurs années, Rouault voisine Cézanne, et l\u2019éclipse même souvent.D\u2019ailleurs la façon légère dont vous parlez, M.Brassy, du cubisme, du surréalisme, de Picasso, et de l art non figuratif, continue admirablement votre texte dans son ton de franchise voulue mais bien mal renseignée.Je ne voudrais pas paraître ridicule en vous parlant du drame de 1 art non figuratif, aboutissant logique de la série d expériences picturales amorcée par 1 impressionnisme, continuée par 1 expressionnisme, le fauvisme, le dadaïsme, et poussée plus loin encore par le surréalisme et le cubisme (que vous croyez, bien à tort, liquidé î) ; mais le fait n en est pas moins réel : 1 art abstrait peut tout aussi bien atteindre au tragique que 1 art représentatif ; vous paraissez ne pas savoir qu un jeune communiste chinois peut fort bien s esclaffer devant la « Descente de croix » de Rubens, ou devant la « Cène » de Vinci, en disant : « Mais qu est-ce que vous inventez là ?» Il est question là-dedans d abord d une série de conventions (à savoir dans le cas présent : toute 1 ambiance de la religion chrétienne, et les faits que nous avons en mémoire, mais qu un chinois communiste ne connaît peut-être pas), et aussi d un certain courant tout à fait spécifique à une époque donnée : nous jugeons maintenant bien légers les tableaux d un Fragonard, lesquels reflétaient pourtant bien 1 esprit de I époque.Ainsi, les peintures qui sont les miroirs les plus fidèles de notre siècle sont celles d un Picasso, d\u2019un Léger, d\u2019un Matisse, et dans l\u2019ambiance religieuse, celles de Rouault.Décidément, M.Brassy, vous êtes tombé d à pic et on ne peut plus mal : que vous eussiez disputé de Gauguin et de son vocabulaire par trop différent du langage chrétien, de Redon et de ses fantaisies Iitur- 101 Revue Dominicaine giques, de Braque et de son audace trop peu respectueuse, de Gromaire, de Desvallières et de sa sentimentalité, de Py, de Charlier, de Gleizes et de ses acrobaties, de Buffet et de son dépouillement un peu vide, de Manessier et de ses abstractions, de Novarina et de ses églises, nous f aurions compris et peut-être même aurions-nous partagé vos réserves ; même que vous vous fussiez (!) montré peu satisfait des travaux religieux d un Denis, d un Matisse, d un Lecorbusier, je ne m en serais pas offusqué outre mesure, et j\u2019aurais sans doute engagé plus posément le dialogue.Mais vous avez expédié Rouault en trop peu de vos lignes trop légères : aussi nous passons à des choses plus sérieuses.Mais auparavant, permettez donc à quelqu un d autre de vous remettre le change et de se moquer un peu de vous ! Vous faites preuve dune érudition surprenante en ce qui concerne I art abstrait : puisque vous allez jusqu\u2019à être au courant de l\u2019histoire touchante de la queue de I âne : mais vos connaissances et vos prétentions vont-elles un tout petit peu plus loin ?Et permettez-moi donc s\u2019il vous plaît de vous emprunter les derniers mots de votre article.« qui symbolise si bien notre époque apocalyptique ».* * * II est bien évident que Rouault mérite bien plus qu\u2019un petit bout d article : peut-être y reviendrons-nous plus longuement bientôt ?Elle est si vraie cette parole de Joseph Pichard (qui a tant fait pour la cause de I art sacré contemporain en France) : après Rembrandt, il faut attendre avec résignation bien longtemps un autre génie de la lumière chrétienne du même calibre, un autre « illuminé » : et c\u2019est Rouault qui reprend la torche attiédie, affadie, toute dégoûtante d\u2019eau de rose : et il la secoue, terriblement, vigoureusement ; il a quelque chose dans la poitrine, le gaillard ! Et dans la main, un pinceau lourd, gros, des couleurs dures, fougueuses, intenses.Etouffant de solitude, il cherche compagnie près de quelques autres peintres parmi ceux qui lui ressemblent un peu : les Fauves ; avec eux Autre point de vue sur l\u2019art moderne il partage bien son expression vigoureuse et la facilité de choquer de prime abord, I usage libéré des couleurs et des teintes violentes : mais le réseau de noir positif dont il emballe ses toiles détonne auprès de l élégante peinture d\u2019un Matisse : l\u2019agressivité de Rouault se joue sur un tout autre plan que celui des Fauves de 1905.Rouault rugit en couleurs avec la même voix que celle de son nouvel ami, Léon Bloy.Misères humaines, drames des saltimbanques, des prostituées, des repris de justice, des pauvres, des solitaires : il partage tout et fréquente tous.Sa lumière transpose les sujets les plus sombres dans un contexte si intensément simple et tragique que la force intérieure dont il les anime les impose à l\u2019attention et provoque la réflexion.Celui qui d\u2019abord avait travaillé le vitrail appliquait maintenant ces techniques séculaires sur toile : ce fils des cathédrales rugissait en solitaire, à mesure que sa crise intime se cristallisait vers la notion aiguë du tragique de h existence humaine : aussi devait-il commencer au pied de 1 échelle une lourde et pénible montée vers 1 absolu, vers une expression purifiée et vertigineuse des grands thèmes de la religion du Christ : au pied de l échelle étaient des prostituées et des miséreux : Rouault ne leur tourne pas dédaigneusement le dos mais se penche à les comprendre ; un peu plus tard il en vient à se poser le problème de la justice, qu il constate toute souillée dans 1 appareillage des hommes de loi ; puis viendront les saltimbanques, dont la joie de vivre se communiquera quelque peu au peintre tragique : désormais Rouault aborde les zones religieuses avec une maturité qui s épanouit dans un climat moins lourd.On a pu reconnaître chez Rouault le trait incisif de Daumier, le langage cru de Lautrec, le souffle intérieur de Van Gogh, le sens géométrique de Cézanne, les couleurs vives de Matisse : mais seul le maître du Miserere, du Vieux Roi et du Paysage biblique sait fouiller aussi profondément le tragique humain dans un contexte religieux.* * * Comment terminer un article aussi mal commencé ?Car il est bien évident que les opinions émises par M.Brassy étaient trop choquantes 105 Revue Dominicaine pour ne recevoir en écho que des applaudissements I Si j\u2019ai été quelque peu dur dans ma réponse, je n en pense pas moins que j\u2019ai tout de même gardé encore plus de mesure que M.Brassy, dont pourtant j\u2019avais si fortement goûté son Minou Drouet, ange de la poésie paru à la Revue en mars 1956.J aimerais bien conclure sur une revue très vive de la situation de I art sacré au Canada, et surtout dans notre région : mais les matériaux s annoncent trop nombreux ; il y aurait tant à dire au sujet de nos nouvelles églises et des tentatives courageuses qu\u2019on y fait ; des deux principaux temples sacrés de notre province, à savoir l\u2019Oratoire Saint-Joseph, et le temple du Cap-de-Ia-Madeleine ; de nos sculpteurs et peintres, céramistes et décorateurs qui tentent de confronter leur foi et leur talent (les deux variant dans des mesures mystérieuses.) devant les graves problèmes que pose 1 application de leur art aux sujets religieux.L art sacré, de par toute son entité, est le sujet le plus intéressant à étudier.Robert Albert 104 Considérations sur quatre récents volumes Le Fou Perché.^ Je craignais un peu d\u2019ouvrir ce roman de M.Jean Portelïe car, selon la prière d\u2019insérer des Editions Denoel, il s agissait d\u2019un roman fantaisiste.Je crains la fantaisie, surtout lorsqu \u2019elle est due à un très jeune romancier qui en est à son premier livre.Le genre fantaisiste est plein d\u2019écueils et par le fait même I un des plus difficiles qui soient.Pourtant Le Fou Perché de Jean Portelïe m a plu immédiatement parce que le récit est mené rondement, que les situations cocasses succèdent aux situations cocasses et que cfiaque chapitre est d une loufoquerie bien mesurée.L intrigue se résume mal, et réduite à un schéma, cette histoire n a plus sa vivacité et son entrain de tous les diables.Un jeune poète passe ses nuits sur le toit de sa maison, en Sologne, et c est là qu il rencontre une cbatte qui s\u2019installe comme chez elle.La vieille nourrice qui vit avec le poète, dans la maison précisons-le, voit cette situation d un œil inquiet.Le poète ne se contentera pas de sa cbatte et ramènera d une foire de village une jeune paysanne qui sera sa maîtresse et qu il aimera jusqu au jour où elle deviendra sa femme, histoire de donner un père au petit qui naîtra de leur union passagère.Mais la jeune femme, Lucette, la nourrice et la chatte ne font pas bon ménage.Partagé entre les trois, le jeune homme se trouve chaque jour en plein drame ; heureusement, sous la plume de Jean Portelïe, les drames ne sont jamais bien sérieux et finissent toujours par une pirouette.II faudrait ajouter que la jeune femme cherche toujours à tromper son mari, que le petit pleure constamment, que Mamie ne manque jamais une occasion de semer la discorde dans le ménage, que le mari réussit à se faire aimer de sa femme en la battant soigneusement, et qu\u2019à la fin cet amour exclusif le lasse.Lucette disparaîtra dans les sables mouvants et la vie reprendra comme avant.Tel est dans ses grandes lignes, ce récit plein d humour, de malice et d\u2019ironie.Nous passons constamment de la narration au dialogue ou 105 Revue Dominicaine an monologue, ce qui donne I impression du mouvement, je dirais presque de I agilité.L étiquette fantaisiste que I on applique au roman de Jean Portelle ne doit pas être prise en mauvaise part, Lien au contraire.II la mérite pleinement.Voilà donc un petit livre où l\u2019on s\u2019amuse, où l\u2019on ne pense pas à se suicider et ! auteur sait ne pas être sérieux.Il faut dire Lravo à Jean Portelle.* * * Un Pas d homme.>\u2014< Les romanciers n ont pas épuisé tous les sujets, loin de là.II arrive très souvent qu\u2019un sujet éternel soit renouvelé par un écrivain de talent, au moment précis où l\u2019on s\u2019y attend le moins.Par exemple, quoi de plus Lanal qu\u2019un roman d\u2019amour ?II semble que le problème ait été envisagé sous tous ses angles, depuis qu\u2019il y a des gens qui écrivent.Et pourtant, un romancier de classe peut encore en faire le sujet de son livre.Tout a peut-être été dit ici-bas, mais tout n\u2019a pas été dit de toutes les façons.Le basard a voulu que je lise, la même journée, deux romans dont le thème central est I amour, ou plus précisément, la fin d\u2019un amour.Deux romans très différents I un de I autre mais qui pourtant se rapprochent par certains côtés.Deux romans excellents, en tous cas, dignes des écrivains qui les ont produits : Marie Susini et Paul-André Lesort.Marie Susini dont on n a pas oublié La Fiera nous donne avec Un Pas d\u2019 homme, édition du Seuil, un très beau livre où Faction est inexistante, I intrigue volontairement réduite au minimum.Le sujet : la séparation de deux amants.Quelques paroles échangées de part et d\u2019autre, des phrases que 1 homme et la femme n osent poursuivre et laissent tomber.A la faveur des longs moments de silence qui séparent chaque bout de phrase, Serge et Manuela font un retour en arrière, et le passé renaît, par bribes, par tableau.C\u2019est leur jeunesse, leurs espoirs, leur rencontre, leur vie à deux qui défilent à ce moment tragique où leurs routes vont 106 Considérations sur quatre récents volumes se séparer.C\u2019est en même temps les faiblesses, les lâchetés, les exigences, les actes d\u2019égoïsme qui prennent leur véritable sens, dépouillés de la passion momentanée qui les avait produits.Pour Manuela, c est aussi une minute angoissante où elle entrevoit l\u2019avenir qui I attend.« Tous ces jours à venir, encore à venir.Les matins secrets que rien n habitera et la nuit viendra, la nuit passera.L écho de son pas d bomme se beurte aux meubles, s attarde à la cheminée.Jour après jour, vides, I un ressemblant à F autre.Le jour, de nouveau la nuit.Et personne ne viendra.Le ciel tout bleu sur la cour.L\u2019été.Le bruit de la mer.Sur la route, des couples, la main dans la main.Il y a tant de couples de par le monde.Ces jours encore à venir.Encore à vivre.Et alors, elle se met à pleurer.Une vie, c est si long ».Cet univers tragique, Marie Susini a su le voir et I exprimer à travers des êtres qui souffrent et espèrent, avec un art très sûr et dans une perspective poétique de première valeur.Son roman est très beau et très émouvant.* * * Le Fer rouge.\u2014 La formule de ce roman, édition du Seuil, de Paul-André Lesort est celle des lettres.Sept lettres écrites par une femme à son mari, lettres qu il trouvera à son retour.Ici, c est à secouer un joug que la femme s emploie, à se libérer d une emprise qui lui a fait perdre sa véritable nature, à se retrouver elle-même, femme et libre, en dehors de la puissance de cet homme qui a voulu la modeler comme on arrange un jardin selon son goût.Au fur et à mesure des sept ou huit lettres, le passé défile, reparaît dans sa véritable perspective.En même temps, la femme reprend peu à peu goût à la vie ; elle menaçait de se supprimer au début de ses lettres, mais nous voyons par la suite qu elle n en fera rien, qu elle partira pour retrouver 1 enfant qu elle avait eu avant son mariage et dont son mari I avait détourné.La rébellion devient chez elle révolte et la veille du retour de son mari elle saccagera la maison et brisera tout ce qu elle peut trouver, pour rompre définitivement avec cette partie de sa vie et aussi 107 Revue Dominicaine pour mesurer ses forces nouvelles.Elle termine sa dernière lettre ainsi : « Je veux que mes paroles s enfoncent en toi comme le fer rouge >\u2014< ce fer rouge dont tu m\u2019avais marquée et que j\u2019ai arraché de tes mains.Je veux que tu écoutes.Je veux que tu regardes » : Ce fer rouge, elle a réussi à I arracher en scrutant son passé, en retrouvant sa liberté personnelle.Un être parti à la recherche de sa vérité : tel est le roman de M.Lesort.Un roman magnifiquement écrit et composé, d une psychologie pénétrante et implacable.Un très beau roman qu il faut lire.* * * Alain Fournier ou la pureté retrouvée, >\u2014¦ « Mon credo en art et en littérature : I enfance.Arriver à la rendre sans aucune puérilité, avec sa profondeur qui touche les mystères ».Cette phrase de Fournier nous introduit immédiatement à la vie du Grand Meaulnes et en même temps définit assez bien I auteur.L aventure intérieure d Alain Fournier en fut une de recherche et de création ; recherche de l\u2019enfance et de ses mystères, création de personnages où la poésie la plus forte et la vie la plus exigeante forcent les portes et les cœurs.L\u2019essai que vient de publier M.Henri Vallotton, aux Nouvelles Editions Debresse, à Paris, Alain Fournier ou la pureté retrouvée, est très bien construit et l\u2019auteur a mené son travail avec intelligence et probité.M.Vallotton étudie les différents aspects du « paysage mystérieux », du « délicieux inconnu », en tenant compte des moyens dont disposait Alain Fournier pour y parvenir.Il lui faut donc analyser le comportement de I auteur du Grand Meaulnes dans son enfance, son adolescence et son rêve d\u2019amour parfait.Ce rêve, tellement dépouillé qu\u2019il n\u2019avait aucune chance de se réaliser entièrement, fut quand même le rêve d\u2019un homme.C est ensuite Fournier adulte et écrivain que l\u2019auteur observe.Adulte ?Oui, sûrement, mais adolescent aussi par plusieurs côtés de son âme.Alain Fournier, non seulement ne se détacha jamais de son 108 Considérations sur quatre récents volumes enfance, mais resta toujours attentif aux enfants, à l\u2019enfance en général.II voulut conserver la pureté essentielle de son âme pour « pouvoir ainsi rester le plus près possible du monde de l\u2019enfance dont les mystères et les profondeurs lui étaient cbères ».L expression est de M.Vallotton.Et pour expliquer le Grand Meaulnes, M.Vallotton ajoute : Le Grand M eaulnes restait pour son auteur, après la perte de l\u2019amour, I unique moyen de retrouver le Domaine perdu, qui est certainement, à plus d un égard, le symbole de I enfance finie ».Fournier y est parvenu.Par sa vie et par son livre surtout.Ainsi que le dit M.Vallotton, à la fin de son essai : « Pour arriver à reconstruire ce monde particulier de son cœur, pour exprimer les « délicieuses choses inconnues » qui passaient au-dessus de la vie enfantine, pour créer et conserver son monde intérieur, pour parvenir enfin à « la satisfaction parfaite, la pureté, la beauté, I éternel » qu il cherchait, pour « évoquer ce qui est passé., unique dans sa complexité, mystérieux parce que plus grand et plus vieux que la raison et que la pensée », Fournier n\u2019avait qu un moyen à sa disposition : écrire son roman qui serait un « essai.de construction du monde en merveille et en mystère ».Dégoûté de n avoir pu accéder à la pureté absolue, il y renonça dans la réalité «Je suis las de vouloir I amour et de vouloir la vie ; je me réfugie au milieu des images qui sont en moi » il tricha, il I inventa dans son livre.« Et même s il trouvait qu « aucune construction humaine n est assez vaste pour contenir le monde que je porte en moi », Fournier parvint néanmoins à rendre ce monde et ses sensations éternels et à faire entrer dans une œuvre d art le temps pur que nous pouvons soudain retrouver en la lisant ».* * * Dans une collection d essais qui comporte déjà un « Albert Camus » de Albert Maquet et un « Julien Green » de Michel Gorldne, I essai de M.Vallotton est bienvenu et a le grand mérite de présenter une critique Revue Dominicaine très fouillée de I œuvre et de la correspondance d Alain Fournier, d é-clairer le visage de cet homme qui reste pour plusieurs un des premiers écrivains du siècle.Ajoutons ^ et cela a son importance >\u2014> que le livre de M.Vallotton n est jamais terne, que la lecture en est facile, et que I auteur prouve tous ses avancés par des textes de Fournier lui-même, ce qui n est pas toujours le cas dans des ouvrages de ce genre.Jean-Guy Pilon 110 Le sens des faits Trois pièces aux Festivals de Montréal Avec L illusion comique Corneille voulait renouveler le théâtre français ; il comptait sur 1 élément nouveauté pour assurer le succès de sa pièce.II écrivait dans sa dédicace : « Souvent la grâce de la nouveauté, parmi nos Français, n\u2019est pas un petit degré de bonté ».II avait certes raison mais cet intérêt du jamais vu ne nous touche plus aujourd hui après trois cents ans.Toutefois une autre curiosité remplace pour le spectateur celle de l\u2019inédit : comment fera-t-on flotter ce bateau de L\u2019illusion comique qui prend eau de toute part ?Sans intrigue, avec un seul caractère vraiment intéressant (Matamore), bourré de longueurs et de langueurs le bateau avait besoin de renflouage ; sans le vers cornélien il eût été coulé irrémédiablement.Le sauvetage ne fut pas facile : on dut découper la pièce, presque comme au cinéma, en supprimer de larges extraits, y ajouter un divertissement de Molière, parodier la scène tragique intercalée au cinquième acte, cette parodie allant contre la volonté de I auteur, et donner la priorité à la mise en scène et au décor sur le texte.On voudrait critiquer I orthodoxie de cette transposition mais on lui doit les meilleurs morceaux du spectacle, tout spécialement la tragédie ridiculisée et L Etourdi de Molière.Jean Meyer a bien toué la pièce ; il a assez comblé I œil pour que I oreille ne s ennuie pas trop.Robert Prévost, avec ses décors et costumes, l a bien secondé.Durant une longue narration on projette sur la toile de fond l image des exploits racontés ; pendant qu Adraste importune Isabelle de ses déclarations amoureuses, celle-ci saute, gambade, esquisse des pas de danse.et les scènes passent.Elles passent sans gagner l\u2019adhésion totale d un public étonné sans être engagé.On est surpris de voir comment Jean Meyer est parvenu malgré tout à mettre une certaine unité dans cette pièce baroque.La façon de dire le vers y est pour beaucoup ; Jean Meyer a imposé une cadence très stylisée tout en laissant aux comédiens assez de latitude dans I interprétation.Presque tous s\u2019en tirent très bien ; mentionnons en particulier Beauchamp (Matamore) dont l\u2019emphase ne va jamais jusqu à la charge ; le personnage est ridicule sans que I acteur le soit.Jean Gascon surprend en jeune premier (Clindor) : souple, élégant, il nous fait oublier que l'emploi ne lui convient pas beaucoup.Les interprètes de la farce, Gaby Gascon, Gaétan Labrèche, Guy Hoffman et Jean Coutu ont magistralement brossé leur petit tableau.Jean Coutu est un comique de grande classe ; on voudrait lui voir exploiter cette veine plus souvent.111 Revue Dominicaine Diane Giguère (Isabelle) manque un peu de métier ; son jeu plastique est impeccable mais sa voix trop limitée affadit son personnage.Denyse Saint-Pierre (Lyse) a des intonations d\u2019un comique irrésistible.Le reste de la distribution joue bien dans la note ; seul Marcel Cabay (Gérante) manque d\u2019autorité.En somme le spectacle a de bons moments mais tous les efforts n ont pas réussi à sauver le texte de Corneille ; la belle poésie ne fait pas nécessairement du bon tbeatre.La critique la plus severe tombe sur le choix de la pièce ; on a beaucoup parlé de la proximité de L\u2019illusion comique et du Cid dans I œuvre de Corneille.On aurait dû voir avec Péguy la parenté plus profonde du Cid avec Le Menteur.Tant de soins donnés à monter Le Menteur en auraient fait un bien meilleur spectacle.Souhaitons qu on y revienne.* * * Avec les lauriers du Festival d\u2019art dramatique, Paul Buissonneau et son Théâtre de Quat\u2019sous ont repris La tour Eiffel qui tue de Guillaume Hanoteau au théâtre en plein air du parc Lafontaine.L\u2019endroit est magnifique mais se prête mal à un spectacle où I effet surprise et le comique mécanisé tiennent la première place ; ces deux éléments exigent une réalisation technique parfaite que ne permet pas la scène trop vaste et sans coulisses du parc Lafontaine.Ainsi le spectateur voit les « trucs » se préparer, soit parce que I éclairage ne peut tuer les ombres sur la toile de fond, soit parce que I amphithéâtre trop large donne un mauvais angle de vision.Seulement quelques centaines de spectateurs peuvent se faire une idée assez juste du spectacle.Malgré ces inconvénients et malgré un texte à faire bâiller, on ne s ennuie pas : la mise en scène fourmille de trouvailles cocasses.Si le comédien se sent un peu réduit au service de la machinerie c\u2019est que la précision du mouvement prend le pas sur l\u2019interprétation.Le spectateur se détend joyeusement et se laisse guider par un rythme sans faille ; il regrette d avoir manqué le spectacle dans une vraie salle de théâtre.* * * II n est pas facile de se prononcer brièvement sur On Borrowed Time de Paul Osborn que présentait une troupe de Toronto, The Playcraftsmen.C est une pièce complexe qui tient à fa fois de la fantaisie pure, de la comédie de mœurs, de I inquisition métaphysique, sans négliger les caractères.Réel, surréel, comique et tragique s\u2019entremêlent sans se choquer.1 12 Le sens des faits La mort est à la fois I élément principal et le ressort de la pièce : elle vient chercher an début le père et la mère d\u2019un petit garçon que garderont ensuite ses grands-parents.De nombreux traits d observation croqués sur le vif (tempéraments et manies des grands-parents, mimétisme de I enfant), colorent la pièce en lui donnant le ton du vécu.Ils ne font pas oublier que la mort attend toujours et que, même si son émissaire est paralysé pour un temps par une puissance magique du grand-père, elle aura le dernier mot.Mais la mort n entrave en rien le comique car elle est douce et c\u2019est presque sous sa protection que s agite la vie des personnages.Et la vie bondit dans cette maison de petit village remuée par I espièglerie de l\u2019enfant qui dit tout ce qu\u2019il pense et fait à peu près tout ce qu il veut.La tante qui voudrait 1 adopter « pour 1 héritage » est bien rabrouée et les personnages à deux dimensions, matérielle et intellectuelle, sont confondus par ceux qui possèdent I autre dimension, spirituelle ou surréelle.Ainsi seuls le grand-père et 1 enfant peuvent converser avec Mr.Brink, l'émissaire de la mort.La mise en scène de L.C.Tobias donne une juste part aux divers éléments de la pièce.Des scènes loufoques, comme celle du revolver, alternent avec des scènes très intenses, celle par exemple de la mort de l\u2019enfant.Le rythme ne se relâche jamais et sa variété s\u2019adapte aux différentes situations.Rex Devlin (le grand-père) mène le bal avec bonhomie et naturel ; il est difficile d imaginer une interprétation plus juste : métier et sincérité se complètent à la perfection.Le talent du petit Clive Endersby (I enfant) mérite des félicitations mais le metteur en scène a sans doute usé de beaucoup de tact pour obtenir ce jeu spontané et souple.Ordinairement les enfants sont très naturels dans les « séances » qu ils improvisent mais un texte imposé les paralyse.Le travail délicat du metteur en scène consiste à faire retrouver 1 instinct dans la stylisation.Mentionnons aussi la forte présence de Guy Purser (Mr.Brink) et la discrétion d Anna Repas (la servante).Christiana Drever (la tante) durcit inutilement son personnage déjà antipathique tandis que Blanche Hogg (la grand mère) rachète par son type physique impeccable une exagération vocale de fatigue.Un seul rôle faible : E.J.Beatie (le médecin).Décors et costumes sont bien dans le ton si l\u2019on exclut le complet brun de Mr.Brink qui aurait dû être bleu marine ou gris foncé.En somme un travail excellent sur une pièce variée et pittoresque.Gilles Marsolais 113 Revue Dominicaine « Emourie » Accueillir une nouvelle revue de poésie canadienne en provenance de Québec sur un bon courant marin : pourquoi pas ?A Montréal, les tentatives poétiques sont multiples et diverses, mais nous attendons de Québec des intonations nouvelles, dans un registre qui leur est tout naturellement personnel.Ainsi le titre Emourie, mot nostalgique à résonance d\u2019invite, de départ, et que I on définit : « impulsion soudaine, sans cause apparente, donnant lieu à une action brusque et inattendue » dans le parler populaire de la Côte-Nord.Une belle présentation, nette, précise, sans luxe mais bien faite ; une poésie coule à travers une soixantaine de pages, variée de l\u2019expression diverse de dix-sept collaborateurs, dans les formes les plus changeantes.Signalons Jean-Paul Plante et son poème pour Prés verts : Gamin, Le vent lutine les jupes.Et mon regard lui dit : merci ! même si mon chapeau s envole ! De Louise Renaud : .Car mon pays se trouve à trois pas des étoiles Et les mots qu on y lit au coin de chaque rue Sont toujours des chansons.Et de Gilles Vigneault : .Mais le soir est lourd quand, tous deux fatigués, De repos nous quittons nos jeux paralytiques.Mon bateau me ressemble.Il a peu bourlingué ; C est un vieux quai pourri qui rêve d\u2019Atlantique.Bonne chance donc aux gars et aux filles de YEmourie, et qu\u2019ils nous disent souvent leurs autres voyages ! (L Emourie : 148, Saint-Augustin, Québec) Guy Robert Notes sur deux récentes anthologies Disons-Ie tout de suite, ces deux anthologies ne se ressemblent nullement et n en ont d ailleurs pas la prétention.Elles viennent de paraître I une et l\u2019autre aux Editions Pierre Seghers de Paris, qui se spécialisent jusqu\u2019à un certain point dans l\u2019édition de la poésie.114 Le sens des faits Le premier de ces deux livres s intitule Les Poèmes de l année 1957.II s agit d\u2019un choix opéré parmi les poèmes parus en volume, dans les journaux ou revues du monde français.II faut noter également que c est la troisième année consécutive que MM.Alain Bosquet et Pierre Seghers présentent une telle anthologie.La formule a de grands mérites puisqu elle permet au lecteur de lire des poèmes de cinquante et un poètes écrivant en français.Et pour les poètes de se retrouver dans un môme sommaire malgré des différences essentielles.Alain Bosquet écrit justement dans son avant-propos : « La communauté des poètes n a pas été tout à fait une vaine chimère en cette année 1956, qui a vu naître, pour la première fois dans I histoire, une insurrection du sein même d un cercle littéraire où les poètes tenaient le plus beau et le plus dangereux des rôles.Ce qui s est passé à Budapest a été d abord le fait de quelques poètes révoltés au nom de la poésie.Sans doute est-ce parce que la poésie est plus que jamais synonyme de liberté, une liberté qui défend aussi bien le droit du citoyen que le droit au rêve et à la redéfinition subjective de I homme.L année 1956
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