Revue dominicaine, 1 décembre 1959, Décembre
[" PER DÉCEMBRE 1959\tST-HYACINTHE, P.Q.mm® SOMMAIRE CHRISTIAN OUELLE : Nativité J.M.R.TILLARD : L\u2019Eucharistie, cœur de la vie liturgique BENOÎT PRUCHE : Dimensions de la Paix GUY ROBERT : La jeune poésie canadienne-française à Saint-Sauveur R.A.FLORESCO : Son et lumière sur l\u2019Acropole LE SENS DES FAITS Des Canadiens au Congrès national de «Holy Name » en Louisiane \u2014 Citadelle \u2014 Le Baladin du monde occidental \u2014 Tête d\u2019Or \u2014 Bousille, cela se vit.en art autant qu\u2019en procédure \u2014 Chronique des disques.L\u2019ESPRIT DES LIVRES DIRECTION : MAISON MONTMORENCY COURVILLE (QUÉBEC-5).P.Q.ADMINISTRATION i 5375.AV N.-D.DE GRÂCE MONTRÉAL-28.P.Q. 1 lUi \u2022: FAITES DE L'AVIATION VOTRE PROFESSION Des jeunes gens pleins de vigueur, de droiture, d\u2019initiative, d\u2019enthousiasme, avec une formation solide et membres d\u2019une équipe d\u2019experts : voilà les pilotes et les observateurs d\u2019aujourd\u2019hui, au service navigant de 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accompli par la personne de Jésus.Mieux : le Père livrant à I Eglise les biens de son amour (de son AGAPE) par son Fils glorifié, et l Eglise livrant au Père toute son admiration et son action de grâces par son Chef g Iorifié.* * * Mais il faut aller plus loin.La Liturgie, même située à cette profondeur, ne nous a pas révélé toute son essence.Elle n est pas en effet un amalgame de « rencontres » laissées au hasard, de mystérieux échanges sans lien aucun, sans hiérarchie.Elle n est pas une collection d\u2019«actes liturgiques », elle est une vie traversée comme toute vie par un grand élan dynamique.Et cela parce qu elle est un tout organisé, structuré, rayonnant autour d\u2019un centre qui lui donne toute sa cohésion.L image la plus parlante mais qui durcit la réalité et fausse quelque peu les perspectives >\u2014> est peut-être ici celle d\u2019un grand drame en plusieurs épisodes conduisant tous vers l\u2019épisode central ou le déployant.Ou encore I image du système solaire rayonnant autour du soleil.Ici, le centre, le cœur d\u2019où jaillit toute cette Vie et où elle revient pour en quelque sorte se « refaire », c\u2019est l\u2019Eucharistie.Et par Eucharistie, j\u2019entends ici la Sainte Messe, une Messe vécue, marquée par la participation au Corps du Seigneur dans la Communion, une Messe où 265 Revue Dominicaine le fidèle s\u2019associe verbalement à la prière du prêtre, non pas la Messe spectacle dont trop de paroisses offrent encore le triste exemple.Le dynamisme de la vie liturgique ramène sans cesse l\u2019Eglise à l\u2019Eucharistie ; elle en part, elle y revient, et c\u2019est vraiment là son cœur vivant, là qu\u2019en définitive elle trouve la grâce.L Eucharistie est en elle comme la source à laquelle tous les autres actes liturgiques viennent puiser, même les autres sacrements.Pour le comprendre en profondeur, c est encore au Mystère du Christ qu\u2019il faut retourner.Par toute sa vie Jésus est médiateur, apporte aux hommes l\u2019AGAPE du Père et au Père la demande et le culte des hommes.Mais il est un acte de sa vie dans lequel cette médiation atteint son sommet, un acte vers lequel sa vie entière est depuis le premier instant de sa conception orientée, un acte aussi duquel va en quelque sorte découler son action future sur les générations humaines qui se succéderont.Cet acte c\u2019est « l\u2019heure » du Christ, son mystère pascal, le mystère de sa mort en Croix, fleurissant en Résurrection glorieuse, et le conduisant au triomphe de l\u2019Ascension.Dans ce mystère pascal en effet à la fois son mouvement ascendant vers le Père et son mouvement descendant vers les hommes trouvent leur maximum d\u2019intensité et de plénitude.Intensité et plénitude du mouvement ascendant de la Pâque d ahord.Ce qu\u2019un homme aime le plus, ce à quoi il s\u2019agrippe désespérément s\u2019il est normal c\u2019est la vie.Or cette vie le Christ l\u2019offre spontanément et librement à son Père non seulement comme prix du rachat de ses frères, mais aussi comme signe de son adhésion totale à ses volontés et à l\u2019infinité de sa gloire.Adam avait offensé le Père en refusant de le reconnaître comme le Maître absolu, en faisant de lui-même le centre unique de sa propre vie, en ruinant en lui-même cet élan ascendant qui est le tribut de toute créature à Celui de qui elle tient tout.Jésus, le nouvel Adam, reconnaît à ce point la souveraineté et la grandeur du Père qu\u2019au nom de tous ses frères, en les incluant en lui, il se livre tout entier pour la gloire de ce Père.Don d\u2019une telle intensité, d\u2019une telle infinité \u2014 puisqu\u2019il est le don du Fils de Dieu lui-même \u2014> qu\u2019il efface le péché et 264 L\u2019Eucharistie, cœur de la vie liturgique rétablit I harmonie entre le Créateur et ses créatures.II faut lire ici le grand hymne de Paul dans I Epître aux Philippiens (2, 6-11) : « Lui, de condition divine, il ne retint pas jalousement le rang qui bégalait à Dieu.Mais il s anéantit lui-même prenant condition d esclave et devenant semblable aux hommes.S\u2019étant comporté comme un homme il s humilia plus encore, obéissant jusqu à la mort et à la mort sur une Croix I Aussi Dieu I\u2019a-t-il exalté et lui a-t-il donné le nom qui est au-dessus de tout nom, pour que tout, au nom de Jésus, s agenouille au plus haut des cieux, sur la terre, dans les enfers, et que toute langue proclame de Jésus-Christ qu\u2019il est SEIGNEUR, à la gloire de Dieu le Père ».II y a aussi un autre aspect de cette religion du Christ en sa Pâque que nous négligeons trop souvent.Dans le cœur du Christ pascal, du Christ passant par la mort douloureuse, de cette vie mortelle à sa vie glorieuse de ressuscité, non seulement témoin mais acteur de la plus grande des « merveilles » jamais accomplies dans toute I LIistoire par I AGAPE du Père, monte l\u2019admiration la plus intense, l\u2019action de grâce la plus vive, la louange la plus profonde que puisse porter un cœur d homme.Toute la louange et disons le mot : toute l\u2019Eucharistie de I Eglise Peuple des Sauvés, Peuple des renés à la Vie dans cette Pâque de Jésus est déjà présente, en celui qui est le premier-né d entre les frères.Ce que nous venons de dire du mouvement ascendant du Christ en sa Pâque vaut aussi du mouvement descendant de don aux hommes, qui trouve ici, à son tour, son intensité maxima.Jusqu ici Jésus avait pardonné les péchés de tel ou tel, guéri telle infirmité (que la conscience juive liait au péché), ressuscité tel mort, témoigné par tel signe de la volonté salvifique de son Père.Dans le mystère de sa Mort-Résurrection, à tous les hommes sans exception, de toute race, de toute contrée, de toute génération, est offert le don ultime de 1 AGAPE du Père, le fruit du « plus grand amour » possible : le Fils de Dieu lui-même.Dieu donne aux hommes son Fils, et le Fils accepte librement ce don, au point qu il donne lui-même sa propre vie.Et dans ce don de la vie de Jésus est inscrit le don à tout homme de la Vie même de Dieu, la possibilité de 265 Revue Dominicaine partager cette Vie dans la gloire, une Vie sans fin vécue dans I intimité de Dieu.Le Christ offre à ses frères de partager avec lui la récompense que le Père lui réserve : la gloire de Dieu envahissant son corps ressuscité et son âme.En un mot ce que Jésus en sa Pâque apporte aux hommes, c est la seule réalité capable d apaiser le désir qui brûle en leur cœur, il leur redonne ce Paradis perdu qu\u2019il promet au bon larron.Et c\u2019est pourquoi, dorénavant, dans l\u2019Eglise, toute grâce vient en définitive de cette Croix-Résurrection, et toute action de grâce, tout émerveillement théologal rejoint le mouvement ascendant qui jaillissait du cœur du Christ en cette Croix-Résurrection, et où déjà tout mouvement ascendant des hommes était inscrit.La Liturgie, cette rencontre entre le Père et l\u2019Eglise par Jésus le Seigneur, s\u2019accomplit donc en définitive dans et par le Christ pascal.Or, alors que tous les autres sacrements, tous les autres actes liturgiques, ne rendent présent le mystère pascal que dans ses effets, l\u2019Eucharistie le rend présent en lui-même.Dans I Eucharistie, non seulement le Christ pascal est réellement présent sous les apparences du pain et du vin, mais sous le signe sacramentel de la séparation du corps et du sang r-> qui est comme la re-présentation du sacrifice » la vertu, la force efficace, de ce qui fut le sacrifice pascal vient de nouveau toucher l\u2019Eglise.Non pas une simple commémoration d\u2019un sacrifice passé (comme une stèle commémorative ou comme un film du passé ).Ni non plus un nouveau sacrifice.Quoi alors ?I.e sacrifice unique s\u2019est accompli une fois pour toutes en un lieu et en un temps donné, et comme tel il a fui avec le temps, irréparablement.Mais la force salvatrice, la vertu efficiente, de ce sacrifice, parce qu elle venait du Fils de Dieu lui-même transcendait les temps et les lieux (III, 56, 1, ad 5) les tenait tous en sa présence.Et quand l\u2019Eglise, de façon sacramentelle, sous les espèces du pain et du vin réellement changées dans le Corps et le Sang de Jésus, refait « mystérieusement » la séparation du Corps et du Sang, cette force salvatrice du Fils incarné vient comme traverser ce sacrifice et agir à travers lui.Si bien que, ici encore, le Christ offre au Père la louange, 266 L Eucharistie, cœur de la vie liturgique I Eucharistie infinie de son mystère pascal, en joignant toutefois à cette Eucharistie celle des fidèles alors rassemblés autour de leur prêtre.Non plus donc I Eucharistie d une humanité dispersée par les temps et les lieux, mais aussi I eucharistie de Pierre, de Paul, de Jean qui sont là.Et ici encore à Pierre, à Jean, le Christ donne le grand don de T AGAPE de son Père : son Corps et son Sang, pour qu\u2019ils deviennent en eux germes de résurrection.Tous les autres actes liturgiques conduisent là ou résultent de là.Le baptême fait de I homme un fils adoptif du Père capable de rentrer à sa place dans le sacrifice du Christ.La confirmation fait du baptisé un témoin, un prophète, capable d amener ses frères à la rencontre essentielle de l\u2019homme avec le Père, l\u2019Eucharistie.La pénitence refait du fils prodigue éloigné du banquet familial, un fils bien-aimé admis à partager avec ses frères le même pain à la même table.L\u2019office divin le bréviaire /\u2014¦ ne fait que rayonner et diffuser dans toutes les heures du jour >\u2014> s\u2019il est récité comme il doit l\u2019être l\u2019intensité de la louange Eucharistique, I ardeur de sa demande.Voilà pourquoi les grandes célébrations liturgiques de I Eglise sont toutes, de par les rubriques elles -mêmes, liées à la célébration de la Messe.Le baptême et la confirmation d\u2019un adulte s\u2019achèvent par l\u2019offrande de l\u2019Eucharistie de reprendre 1 image que nous développions en introduction.Elle est vraiment la source de vie divine à laquelle I Eglise nous fait périodiquement revenir par la tension de sa vie liturgique.Dans son contact avec elle i\u2014' qui est le contact avec le Christ et par lui avec le Père \u2014- le chrétien retrouve sa plénitude, mais une plénitude elle-même en croissance, elle-même tendue vers un plus-être, une plénitude qui ne peut pas demeurer satisfaite d\u2019elle-même.Et qui ne s apaisera que lorsque le Père nous découvrira son visage, non plus sous les signes du sacrement, mais face à face.De Messe en Messe jusqu\u2019au dernier Viatique I homme est en marche vers ce Paradis qui est sa Terre Promise, le Paradis qui est Dieu.Frère J.M.R.Tillard, O.P.270 Dimensions de la Paix A Iheure où les chefs de peuples, angoissés par la menace lancinante d\u2019un conflit possible aux conséquences incalculables, ont décidé, enfin, de causer et cbercbent à se rencontrer, il n est pas impertinent de réfléchir aux dimensions de la paix.Car il ne suffit pas de licencier les armées et de supprimer les généraux pour éliminer la guerre, pas plus que I on ne se débarrasse des criminels en détruisant la police.L utopie de la «bonne nature humaine » à la Jean-Jacques Rousseau est meurtrière, elle aussi, à sa manière, en ce qu elle promeut une conception de 1 homme inspiratrice d un humanisme illusoire qui ne peut qu engager I avenir dans les impasses du factice et de I\u2019inauthentique.La vraie paix ne se peut confondre avec cette volonté facile de tranquillité à tout prix, y compris celui de la suppression des moyens militaires de la plus légitime défense, dont les écrans de la télévision américaine, cet été, ont diffusé de par le monde le plaidoyer.La voix de I\u2019 homme qui le prononça et dont 1 on attendait, depuis plusieurs mois, qu\u2019il parlât, traçait aux représentants des Nations-Unies le tableau marxiste, et dont nul n a le droit de croire qu il ne fut pas sincère, de la paix.Cet homme qui était venu au cœur même de ce qu\u2019il est habitué à dénommer : la société capitaliste, non pas tant pour voir ni pour entendre que pour être vu et entendu, a dû retourner chez lui avec l intime conviction, salutaire pour une part, que I idéologie démocratique d inspiration capitaliste n est sans doute pas si éloignée qu il le croyait, dans ses buts d\u2019action et sa volonté d\u2019assurer la tranquillité des hommes, de 1 autre idéologie démocratique, celle d inspiration marxiste, et qu\u2019une entente est possible sur une conception voisine, sinon identique de la paix, et sur les moyens de l\u2019établir.L\u2019heure est grave pour le chrétien, dont le message est aussi porteur de paix au monde.Peut-être, sous 1 identité d un mot, ne parle-t-il déjà plus la même langue.II s\u2019agit de définir le malaise que, d instinct, il éprouve devant cette réduction de la paix à la tranquillité du paisible et du confortable, et d\u2019en percevoir, avec lucidité, les véritables dimensions.271 Revue Dominicaine En effectuant, dans le domaine affectif des passions, des émotions et des sentiments, par intégration de la sensibilité au service d\u2019un accueil du cœur dont elle devient expressive, 1 unification profonde du psychisme humain, I amour, cet acte fondamental de la volonté, opère une pacification de tout 1 être.II n est pas seulement facteur de joie, il est aussi facteur de paix.S il s agit de I amour théologal de charité, cet « amour de Dieu répandu dans nos cœurs par le Saint-Esprit qui nous fut donné » (Romains, 5, 5), la paix qu il apporte est la Paix même de Dieu : « Je vous laisse la paix ; je vous donne ma paix ; je ne vous la donne pas comme le monde la donne» (Jean, 14, 27).Montée des profondeurs dune amitié vécue avec Dieu dans la réciprocité d un accueil du cœur, cette paix peut être considérée comme un fruit du Saint-Esprit.Elle est d ailleurs intimement liée à la joie, cet autre fruit du Saint-Esprit, dont elle épouse les formes : « Réjouissez-vous sans cesse dans le Seigneur, je le dis encore : réjouissez-vous.Que votre bienveillance soit connue de tous les hommes.Le Seigneur est proche.N entretenez aucun souci ; mais en tout besoin recourez à l\u2019oraison et la prière, pénétrées d\u2019actions de grâces, pour présenter vos requêtes à Dieu.Alors la paix de Dieu, qui surpasse toute intelligence, prendra sous sa garde vos cœurs et vos pensées, dans le Christ Jésus » (Philippiens, 4, 4-7).Pour aimer Dieu, il nous est demandé de garder l\u2019unique commandement du Christ : de nous aimer les uns les autres comme II nous a aimés.C est pourquoi l\u2019amour théologal de charité, comme accueil du cœur réservé aux autres, en nous rassemblant dans l\u2019unité d\u2019un seul corps, le Corps mystérieux du Christ, l\u2019Eglise, établit aussi, entre les hommes, la paix de ceux qui n\u2019ont « qu\u2019un cœur et qu\u2019une âme » (Actes, 4, 52).Concorde et paix vont de pair, l\u2019une n\u2019étant que F extension et comme I extériorisation, entre membres d une même famille humaine, de ce qu\u2019est l\u2019autre au-dedans d\u2019un chacun.Un peu comme la joie, jaillie de l\u2019amour, et qui s étend de proche en proche.Qui dit amour dit force expansive, explosive même.Il ne faut pas s étonner que la paix, comme la joie, qui en sont les fruits, reproduisent le même dessin.272 Dimensions de la Paix Dieu sait si les hommes de ce temps sont anxieux de paix ; signe, d ailleurs, qu elle leur échappe et continue de leur échapper.« De nombreuses personnes discutent, écrivent et parlent sur le moyen d aboutir finalement à la paix tant désirée ; mais les principes, qui doivent être les bases solides de cette paix, sont négligés par certains, voire : ouvertement repoussés.En effet, dans un certain nombre de pays, ce n est pas la vérité qui est mise en évidence, mais le mensonge sous une apparence de raisonnement.On ne favorise pas I amour ni la charité, mais on excite la haine et les rivalités aveugles.On n\u2019exalte pas la concorde entre citoyens, mais on provoque des troubles et des désordres.Mais, comme le reconnaissent les gens sincères et de bonne foi, avec cette manière de faire il est impossible de donner des solutions aux problèmes qui divisent actuellement les nations, de conduire le prolétariat, comme c est nécessaire, vers un avenir meilleur.En effet, ni la haine, ni le mensonge, ni la division n ont jamais établi rien de bon.II faut, certes, élever la classe pauvre à une condition conforme à la dignité humaine, mais cela non par des agitations violentes, mais par des lois justes.II faut, en tout cas, que soient tout d abord réglés les différends qui divisent et séparent les peuples, à la lumière de la vérité et sous I autorité de la justice » (Pie XII, Encyclique Summi Mœroris, 19 juillet 1950).Si le monde moderne est un désert de joie, parce qu il manque d amour, rien d étonnant à ce que la paix, elle aussi, I ait déserté.Elle jaillit de 1 amour et ne peut mûrir que sur I amour.Seul l\u2019amour, l\u2019amour qui vient de Dieu, I entretient et la rend solide : « Vous, les élus de Dieu, ses saints et ses bien-aimés, revêtez des sentiments de tendre compassion, de bienveillance, d humilité, de douceur, de patience ; supportez-vous les uns les autres et pardonnez-vous mutuellement, si I un a contre l\u2019autre quelque sujet de plainte ; le Seigneur vous a pardonné, faites de même à votre tour.Et puis, par-dessus tout, l\u2019amour théologal de charité, en quoi se noue la perfection.Avec cela, que la paix du Christ règne dans vos cœurs : tel est bien le terme de I appel qui vous a rassemblés en un même Corps» (Colossiens, 5, 12-15).275 Revue Dominicaine II y a paix et paix.La paix d un beau soir d été n est pas celle de la conscience, encore qu il y ait entre elles un certain lien, I une permettant peut-être de goûter l\u2019autre.La paix des sommets et celle des habitants d un même village diffèrent ; la paix sociale et la paix des armes.Malgré les divergences, on retrouve pourtant, plus ou moins prononcés, en toute paix, des éléments de silence et de repos, de calme, de détente, d\u2019absence de conflits, d\u2019unification des cœurs et des esprits, de sérénité.Si bien que, de façon générale, la paix semble impliquer deux facteurs : un facteur d élimination de toute perturbation venue du dehors, afin que règne, à 1 intérieur, le calme ; un facteur de fixation sur un objet unique, voulu et accepté par tous, ce qui fait appel à un effort communautaire et ne va pas sans sacrifices consentis, ou, s\u2019il s\u2019agit de la paix de la conscience personnelle, qui puisse jouer le rôle d une sorte de point de convergence affectif.La paix pourra paraître alors comme étant la tranquillité de toutes les choses en ordre.« La fameuse définition de saint Augustin contient le vrai pour chaque domaine de la vie morale et sociale : la paix est la tranquillité dans l\u2019ordre.Et qu\u2019est-ce que l\u2019ordre ?L\u2019ordre est un arrangement de composantes, égales et inégales, obtenu en assignant à chacune sa propre place.Laissez chacun et chaque élément tenir sa propre place ou y revenir, dans I harmonie universelle de la société humaine ; affermissez cet ordre de telle sorte qu\u2019il soit durable et ses fruits seront recueillis dans une calme sécurité.Vous aurez alors intronisé la paix dans le monde de Dieu.Admirable formule, parfaitement exacte, compréhensive, élégante.Aucune autre n\u2019a jamais été avancée pour prendre sa place ou pour l égaler.Elle fait écho au divin message du Rédempteur ; elle exprime la tradition immortelle de I Eglise.Maintenant le but vers lequel la société humaine doit diriger ses efforts et ses espoirs, s il est rapporté à la souveraine volonté de Dieu et aux exigences de sa propre nature rationnelle, est précisément et sera toujours la paix : la tranquillité qui vient de Tordre » (Pie XII, Allocution en anglais à un groupe de sénateurs des Etats-Unis d\u2019Amérique, 1er novembre 1947).Elle apparaîtra aussi dans le prolongement de la joie qu elle vient parfaire et achever : « on ne peut 274 Dimensions de la Paix complètement se réjouir de ce qu on aime, tant que la possession s en voit troublée par d autres.Quant à celui qui a le cœur vraiment pacifié par ce qui lui semble unique au monde, personne ne peut plus lui causer le moindre trouble, puisque rien d autre ne compte plus pour lui : Grande paix pour les amants de ta loi ; pour eux rien n\u2019est scandale (Psaumes 118, 165).Rien ne peut venir les troubler : ils jouissent de Dieu » (S.Thomas d\u2019Aquin, Somme de Théologie, la-llœ, 70, 3).Ainsi la paix vient-elle aider la joie en supprimant toute cause de perturbation.Elle I\u2019 aide également par le calme qu elle institue dans le flot du désir.On ne peut sans arrière-pensée se réjouir de quelque chose, si cela ne suffit à combler de joie et qu il faille en désirer d autres.Facteur de quiétude, la paix paraît liée à la patience, vertu qui prévient de toute anxiété devant l\u2019imminence du mal, et à la grandeur d âme, qui maintient la sérénité du calme dans I abondance des biens.* * * On peut aller plus loin et comprendre que la notion même de paix implique une double unification : l\u2019une se fait en fonction de I orientation de tout désir personnel vers un unique objet ; 1 autre, en fonction d\u2019une communauté de désirs avec d autres.Seul l\u2019amour est capable d opérer dans les profondeurs, 1 unification affective du psychisme humain et c\u2019est pourquoi la paix, qu il s agisse de paix intérieure ou de paix entre personnes et groupements de personnes, repose sur l\u2019amour et requiert en définitive que soit déjà réalisée l\u2019unification personnelle des instincts émotionnels et pulsions affectives d un chacun.La paix entre hommes plonge ainsi de profondes racines dans le cœur de tous et exige de chacun d eux, pour être, la maîtrise incontestée d une sensibilité reconnue pour valable et intégrée à 1 esprit.C est I amour qui en est la source, au niveau d\u2019un accueil du cœur.Tel est ce qu\u2019on pourrait appeler l\u2019élément subjectif de la paix.Il en est aussi d objectifs.Car, en domaine d affectivité, 1 unification des instincts, comme celle des personnes, se fait en vue d un but, désiré plus que tout autre, dont la valeur captivante s apprécie en mesures objectives.275 Revue Dominicaine Puisque I amour de Dieu, que le Saint-Esprit répand en notre âme, est une ouverture totale du cœur à Dieu, inclinant à tout lui rapporter, I affectivité entière : désirs, émotions, sentiments, instincts, passions, se trouve du coup fixée sur Dieu et par conséquent pacifiée par cet objet d\u2019amour infini qu\u2019est Dieu.Ceci, bien entendu, dans la ligne d\u2019unification personnelle requise par la paix intérieure des consciences.Dans le même ordre d\u2019idées, et dans la ligne, cette fois, de l\u2019unification des groupements de personnes, 1 amour fraternel de cbarité théologale, dans la mesure exacte où c est un accueil du cœur pour chacun de nos frères les hommes, nous pousse à accomplir le vouloir et les moindres désirs d\u2019autrui comme s il s\u2019agissait des nôtres.II opère donc l\u2019unité des vouloirs sur un but d action relevant d un choix objectif identique pour tous.1 el est, d ailleurs, le fondement des sociétés humaines et le facteur d origine de la vraie concorde parmi les hommes.S il en est ainsi, et si, d un point de vue subjectif, la paix s identifie avec I unification personnelle aussi poussée que possible de I affectivité, dont I amour est facteur, étant donné que cette unification ne peut se faire qu en fonction d un but, il devient possible, d après la valeur objective cle ce but, de qualifier, au sein des paix apparentes, les caractéristiques de la vraie paix et de discerner en celle-ci des degrés de perfection suivant la solidité, la permanence, I intensité du calme qu elle engendre.Car il y a de fausses paix.Sans doute chacun recherche-t-il sa tranquillité.Mais à quel prix ?Toute la question est là.Une limitation arbitraire dans l\u2019élan des facultés humaines de bonheur, pour un assouvisse-sement purement terrestre de besoins humains qui ne laisserait subsister aucune valeur de dépassement, telle par exemple qu en décident marxisme et libéralisme capitaliste, ne saurait jamais engendrer qu\u2019une paix apparente et menteuse.« Beaucoup s\u2019offrent à préparer la base de I unité humaine.Mais cette base ou ce pont devant être de nature spirituelle, les sceptiques et les cyniques ne sont certainement pas qualifiés pour cette tâche, eux qui, à l\u2019école d\u2019un matérialisme plus ou moins larvé, vont jusqu\u2019à réduire les plus augustes vérités et les plus hautes valeurs spirituelles 276 Dimensions de la Paix à des réactions physiques ou à de purs termes idéologiques.Et ceux qui ne reconnaissent pas de vérités absolues et n acceptent pas d\u2019obligations morales dans le domaine de la vie sociale ne sont pas plus adaptés à ce but.Ces derniers qui, déjà dans le passé, par leur abus de la liberté et une critique destructrice et déraisonnable, ont abouti, souvent inconsciemment, à préparer un climat favorable à la dictature et à i oppression, se mettent de nouveau en avant pour entraver b œuvre de pacification sociale et politique entreprise sous I inspiration chrétienne.Ici ou là, il n est pas rare qu ils élèvent la voix contre ceux qui, consciemment, comme chrétiens, s intéressent de plein droit aux problèmes et, d\u2019une façon générale, à la vie publique.Parfois ils dénigrent également la sécurité et la force que le chrétien puise dans la possession de la vérité absolue, et ils répandent au contraire la persuasion que c\u2019est l\u2019honneur de I homme moderne et la récompense de son éducation de n avoir pas d idées ni de tendances déterminées, et de n être lié à aucun monde spirituel.On oublie, en attendant, que c est précisément de ces principes que sont issus les confusions et les désordres contemporains, et I on ne veut pas se rappeler que justement les forces chrétiennes, aujourcl hui combattues par eux, ont été capables de rétablir en maints pays la liberté qu ils avaient gaspillée.Ce ne sont certes pas de tels hommes qui peuvent construire le pont de la vérité et la commune base spirituelle : il faut au contraire s attendre à ce qu à I occasion ils ne trouvent pas indécent de sympathiser avec le faux système de I autre bord, acceptant même le risque d être rejetés par lui, si momentanément il devait triompher » (Pie XII, Message de Noël, 1954).II ne peut y avoir de paix véritable qu en fonction d un but d action ou d un objet d amour qui soit réellement bon, c\u2019est-à-dire capable de répondre en plénitude à la capacité d accueil du cœur humain.La bonté de cet objet ne peut être que sans limites, puisque, comme accueil du cœur, I amour, acte de la volonté, faculté spirituelle, est sans limites.Les nourritures terrestres, limitées dans leur promesse de bonheur ou leur réalité matérielle, peuvent bien, sous un certain angle, parce qu elles pa- 277 Revue Dominicaine ur raissent bonnes et désirables, et parfois le sont, reposer, détendre et paci fier.Ce ne peut être que pour un temps.La perception de ce qui le manque ou la découverte de leurs multiples défauts devient bien vite cause d\u2019insatisfaction, de soucis et de trouble.La paix véritable relève d\u2019bommes de bien et ne s\u2019établit que sur de vrais biens.« La paix ne peut résulter que de principes et de préceptes chrétiens mis en application avec sincérité et loyauté.Ils rappellent, en effet, les hommes et les peuples à la vérité, à la justice et à la charité ; ils mettent une mesure à leur cupidité ; ils obligent les sens à obéir à la raison et la raison à obéir à Dieu ; ils ordonnent à tous, même à ceux qui gouvernent les cités et les peuples, de reconnaître la liberté due à la religion qui, non seulement conduit les âmes au salut éternel, sa tâche fondamentale, mais aussi protège les bases mêmes de I Etat.A partir de tout cela, il est facile de constater combien sont loin de donner une paix sûre et véritable ceux qui foulent aux pieds les droits sacrés de I\u2019Egl ise catholique ; qui empêchent le libre exercice du culte en condamnant ses ministres à la prison ou à l\u2019exil ; qui entravent dans leur action ou suppriment les collèges, les écoles et autres institutions dirigés selon les principes chrétiens ; qui, enfin, détournent au moyen des erreurs, des calomnies et de la licence tous les milieux sociaux, et spécialement la jeunesse malléable, de la pureté des mœurs, de l\u2019innocence et de la vertu pour les entraîner au vice et à la corruption.Il est également patent que sont loins de la vérité ceux qui lancent insidieusement contre le Siège apostolique et I Eglise catholique I accusation de vouloir un nouveau conflit.Certes, dans les époques anciennes ou récentes, il y a toujours eu des hommes qui ont tenté de soumettre les peuples par les armées.Mais Nous, nous n avons jamais cessé de prêcher une paix véritable ; et I Eglise désire conquérir les nations non par les armes, mais par la vérité et les former à la vertu et au service de Dieu et des hommes.Car les armes de notre milice ne sont pas charnelles, mais puissantes en Dieu » (Pie XII, Encyclique Summi Mœroris, 19 juillet 1950).278 Dimensions de la Paix La paix des méchants ne sera toujours qu apparente et trompeuse.Vivant en eux-mêmes la désintégration de leur propre affectivité, sans souci d unification, ils ne peuvent, autour d eux, qu\u2019être fauteurs de contradictions et de guerres, et ce qu\u2019ils appellent la paix n\u2019est au fond qu\u2019une source intarissable de malheurs sans nombre.« Nous demandons : jusqu à quand les hommes voudront-ils se soustraire à la lumière salutaire de la Résurrection, attendant en revanche la sécurité des lueurs meurtrières des nouveaux engins de guerre ?Jusqu à quand opposeront-ils leurs desseins de haine et de mort aux préceptes de l\u2019amour et aux promesses de vie apportées par le divin Sauveur ?Quand donc les dirigeants des nations s\u2019apercevront-ils que la paix ne peut consister en un exaspérant et dispendieux rapport de terreur mutuelle, mais dans la maxime chrétienne de la charité universelle, et en particulier la justice volontairement réalisée plutôt qu\u2019extorquée, et dans la confiance qu\u2019on inspire plutôt que dans celle qu\u2019on exige ?Quand verra-t-on les sages du monde tourner les admirables découvertes des forces profondes de la matière exclusivement à des fins de paix, en vue de donner à I activité humaine une énergie à peu de frais, qui suppléerait à la déficience des sources de richesse et de travail, ou en corrigerait I inégale distribution géographique, comme aussi pour offrir à la médecine et à l\u2019agriculture de nouvelles armes et ouvrir aux peuples de nouvelles sources de prospérité et de bien-être ?» (Pie XII, Allocution du four de Pâques, 18 avril 1954).* * * On découvre ainsi un autre élément de la paix.Comme la joie, elle fait intervenir un jugement d\u2019ordre intellectuel sur la valeur véritable des buts poursuivis et des biens sur lesquels on s\u2019efforce de l\u2019établir.La paix chrétienne connaît le même dépassement surnaturel que la joie : son but est de hâter I établissement définitif du Royaume qui n\u2019est pas de ce monde et le bien dont l\u2019amour la fait naître, c\u2019est Dieu.Mais, comme la joie chrétienne qui, sur terre, ne va pas sans tristesses, la paix, tant que la possession de Dieu n est pas assurée et peut être compromise par 279 Revue Dominicaine le mal du péché, tant que le règne de Dieu n est pas encore arrivé, la paix n est point parfaite et ne va pas sans comporter de I inquiétude et du trouble.« Bien que I élan profond de l ame se fixe en Dieu et vise Dieu, il y a trop de résistances encore, internes et externes, qui viennent troubler la paix, pour que cell e-ci, en ce monde, puisse prétendre à être parfaite » (S.Thomas d Aquin, Somme de Théologie, lia Ilœ, 29, 2, 4).Le chrétien doit en prendre son parti : tout faire pour établir la paix, en soi-même, d abord, et entre les hommes, mais ne pas avoir d illusions.Quand, malgré tous ces efforts pour pacifier la terre, « vous entendrez parler de guerres et de bruits de guerre, n allez pas vous effrayer.Redressez-vous et relevez la tête, parce que votre délivrance est proche » (Luc, 21, 9 et 28).Ayant accueilli Dieu dans notre cœur, nous portons dans le monde la source de la vraie paix, Celui qui est la Paix, Dieu.C\u2019est pourquoi notre responsabilité est grande de 1 établir et de la maintenir.« Nous voudrions exhorter en premier lieu tous les chrétiens des pays où I on goûte encore le don divin de la paix à faire tout leur possible pour bâter l\u2019heure de son universel rétablissement.Qu\u2019ils se persuadent avant tout que, si la vérité qu\u2019ils possèdent demeure enfermée en eux, comme un objet de contemplation en vue d une jouissance spirituelle, elle ne servira pas la cause de la paix : la vérité doit être vécue, communiquée, appliquée dans tous les domaines de la vie.Car la vérité, spécialement la vérité chrétienne, est un talent que Dieu met entre les mains de ses serviteurs, afin que, par leurs entreprises, il porte des fruits pour le salut commun.A tous ceux qui possèdent la vérité nous voudrions demander, avant que ne le fasse le Juge éternel, s\u2019ils ont fait fructifier ce talent en sorte de mériter l\u2019invitation du Seigneur à entrer dans la joie de sa paix.Combien peut-être, même parmi les prêtres et les laïcs catholiques devraient éprouver le remords d\u2019avoir au contraire enterré dans leur propre cœur ce talent et d\u2019autres biens spirituels, à cause de leur indolence ou de leur insensibilité pour les misères humaines I Ils se rendraient particulièrement coupables s ils toléraient que le peuple restât presque sans pasteurs, tandis que I ennemi de Dieu, se servant de sa puissante organi- 280 Dimensions de la Paix sation, fait des ravages dans les âmes insuffisamment assurées dans la vérité.Prêtres et laïcs seraient de même responsables si le peuple ne recevait pas de la charité chrétienne et d une manière tangible I aide active que prescrit la volonté divine.Ils ne rempliraient pas davantage leur devoir, ces prêtres et laïcs qui fermeraient volontairement les yeux et la boucbe sur les injustices sociales dont ils sont témoins, donnant ainsi occasion à d injustes attaques contre la capacité d action sociale de I E-glise qui, grâce à Dieu, en a donné de si nombreuses et manifestes preuves durant même ces dernières décades.Si cela arrivait, ils porteraient, eux aussi, la responsabilité du fait que des groupes de jeunes et jusqu à des pasteurs d âmes se laissent parfois entraîner à des radicalismes et à des progressismes erronés.Plus graves encore seraient les conséquences qu aurait pour I ordre social et même politique la conduite des chrétiens, qu ils soient de condition élevée ou bumble et plus ou moins favorisés par la fortune, qui ne se résoudraient pas à reconnaître et à observer leurs obligations sociales dans la gestion de leurs affaires économiques.Quiconque n est pas prêt à abandonner au bien-être général, dans une juste mesure, I usage des biens privés, qu il le fasse librement en suivant la voix de sa conscience, ou encore au moyen de formes organisées de caractère public, contribue, pour ce qui dépend de lui, à empêcher I indispensable prépondérance de 1 initiative et de la responsabilité personnelles dans la vie sociale.Dans les systèmes démocratiques, on peut facilement tomber dans cette erreur, quand I intérêt individuel est placé sous la protection des organisations collectives ou de parti, auxquelles on demande de protéger la somme des intérêts individuels au lieu de promouvoir le bien de tous : de cette façon, 1 économie tombe facilement sous I emprise de forces anonymes qui la dominent politiquement » (Pie XII, Message de Noël, 1954).Sans doute dépend-il très peu de nous que le choc des égoïsmes et la victoire apparente et temporaire des idéologies belliqueuses et athées ne viennent ruiner nos efforts de paix.Sans nous lasser, conscients de la vocation à laquelle nous avons été appelés, il convient de recommencer 281 Revue Dominicaine sans cesse, nous souvenant de la béatitude proclamée par le Christ : « Bienheureux les pacifiques, les artisans de paix, car ils seront appelés fils de Dieu» (Matthieu, 5, 9).S il appartient à I amour théologal de charité de porter la paix comme I un de ses plus beaux fruits, il appartient à la sagesse de faire œuvre de paix : le propre de la sagesse n est-il pas de bien ordonner toutes choses ?Et la paix n\u2019est-elle pas la tranquillité de cette belle ordonnance ?« II n\u2019y a pas de paix pour les impies, dit le Saint-Esprit, (Isaïe, 48, 22), parce qu ils vivent dans une lutte et une opposition incessantes contre I ordre voulu par la Nature et par son Créateur.C est seulement le jour où cet ordre sera rétabli, où tous les peuples spontanément et fidèlement le reconnaîtront et I observeront, où les conditions de vie à 1 intérieur des peuples et les relations extérieures entre nations seront fondées sur cette base, c\u2019est alors seulement que sera possible sur la terre une paix vraiment stable.Au contraire, à créer cette atmosphère de paix durable, ne suffiront ni les traités de paix, ni les conventions les plus solennelles, ni les réunions et les conférences internationales, ni les efforts, même les plus nobles et les plus sincères, des hommes d\u2019Etat, si d\u2019abord on ne reconnaît pas les droits sacrés de la loi naturelle et divine.Aucun de ceux qui dirigent la vie économique des peuples, aucun talent d\u2019organisation, ne pourra jamais dénouer pacifiquement les difficultés sociales, si d\u2019abord, sur le terrain économique lui-même, ne triomphe la loi morale appuyée sur Dieu et sur la conscience.Là est la valeur fondamentale, source de toutes les valeurs dans la vie aussi bien économique que politique des nations ; c est la monnaie la plus sûre ; si on la conserve bien solide, toutes les autres seront stables, étant garanties par I autorité la plus forte, par la loi de Dieu immuable et éternelle » (Pie XII, Encyclique Caritate Christi compulsi, 5 mai 1952).D\u2019être pacifique, c\u2019est-à-dire d\u2019établir la paix en soi et entre les hommes, est donc un attribut du sage, une preuve de sagesse.Si la paix, comme effet de l\u2019amour, peut être considérée comme un fruit du Saint-Esprit, parce que I amour de Dieu est répandu en nous par le Saint-Esprit, qui est Amour ; la vertu du pacificateur relève d\u2019un don du Saint- 282 Dimensions de la Paix Esprit, le don de sagesse, à qui il appartient de nous apprendre à tout mettre en ordre en fonction d un élan de tout notre être vers Dieu, en vue de I avènement définitif du Royaume des Cieux.En faisant œuvre de paix en soi et autour de soi, on devient artisan de ressemblance divine.Acte d une vertu parfaite et de la plus parfaite des vertus : l\u2019amour théologal de charité, la paix, ce fruit du Saint-Esprit, possède ainsi la douceur spirituelle des réalités qui demeurent éternellement.« II est juste de vous rendre grâces, Seigneur, Père saint, étemel et tout-puissant, vous qui, par une huile d\u2019allégresse avez consacré votre Fils unique, notre Seigneur Jésus-Christ, Prêtre éternel et Roi de I univers, pour que, s offrant lui-même sur l\u2019autel de la Croix en hostie immaculée et pacifique, il accomplît le mystère de la rédemption des hommes et qu\u2019ayant soumis à son pouvoir toute créature, il remette à votre immense Majesté un royaume étemel et universel : Royaume de vérité et de vie ; Royaume de sainteté et de grâce ; Royaume de justice, d\u2019amour et de paix » (Préface de la fête du Christ-Roi).Ottawa, Collège Dominicain.Benoît Pruche, O.P.2S5 La jeune poésie canadienne-française (V)1 « Nous serons a la mesure de notre poésie » : telle était la fin de mon dernier article 1 sur notre jeune poésie canadienne-française.,1e voudrais aujourd hui cerner d un peu près cette « mesure ».Je reviens de la rencontre des poètes et écrivains 1959 qui s est tenue à Saint-Sauveur : Gilles Hénault sous le titre « Langage et poésie » nous a fait lecture d un texte très « littéraire » destiné à une revue suisse ; suivit une discussion sur la réalité de notre poésie canadienne-française.On semblait d une façon générale vouloir accentuer la marque canadienne : or cette volonté de faire canadien ne me dit rien d intéressant.La seule réalité canadienne-française en poésie de chez nous me semble la réalité Lien concrète de I édition, du public, de la publicité, de la distribution, de la vente, de la librairie : en somme, une réalité technique.En dehors de ce cadre astreignant et difficile, je ne le nie pas (et d ailleurs je serais très mal placé pour le faire puisque justement je m occupe d édition), je vois la véritable et authentique réalité poétique bien en marge de ces structures techniques.II ne s agit pas de faire une poésie canadienne-française, il s agit de faire de la poésie : il y a là d abord une nécessité et ensuite une exigence : nécessité pour le poète d écrire le poème, et exigence pour le poète de le faire le mieux possible.A 1 heure où tous déplorent le peu d ame que chacun met dans son boulot, la poésie me semble le dernier bastion du travail bien fait : d abord parce qu\u2019il s\u2019agit là d\u2019une activité « gratuite » et « gratifiée » en quelque sorte ; ensuite parce qu il n y a aucun impératif dans cette activité de noblesse.Une contrainte thématique me paraît extrêmement dangereuse dans l\u2019état actuel de notre littérature : à l\u2019instant où nous aspirons à une audience universelle, il serait certes de mauvaise politique de présenter à la consommation internationale nos ceintures fléchées, notre sirop d\u2019érable, nos hivers sibériens, notre culture en somme sommaire : non pas que 1.Revue Dominicaine, novembre 1957, p.229.284 La jeune Poésie canadienne-française (V) je me moque de ces réalités de cheu-nous, mais parce que je crois que tel n est pas le propos de la poésie.Nous sommes un peuple aux racines trop courtes et aux branches trop longues : si notre culture n a pas toute la ricLesse traditionnelle et séculaire de l\u2019européenne, elle n en a pas non plus I atavisme et les restrictions ; et je dirais qu en toute 1 Amérique, notre petit peuple est sans doute celui qui présente les meilleures valeurs culturelles.Nous sommes les seuls en effet à faire le lien entre I héritage européen dans ce qu il a de plus riche et brillant (i.e.: I héritage parisien), et le souffle américain, vaste et noble aussi, mais d une autre façon.Si 1 histoire nous apprend que c est justement 1 excès de raffinement qui entraîne la décadence d une civilisation, nous arrivons à point, nous, Canadiens français, avec nos rugosités plus vierges, notre sensibilité un peu fruste, nos gaucheries provinciales.Je sentais planer à cette rencontre de Saint-Sauveur une contrainte de Paris, et c\u2019était un peu ridicule : on sentait le besoin d insister et de revenir et de s alourdir sur la valeur relative de notre poésie en face de la production parisienne : on voulait bien accorder quelques bons points à un Giguère, mais on refusait de le mettre sur le même rayon que les poètes de Paris.Préoccupations délicieusement provinciales et ambiguës quand on sait le temps que Giguère a passé à Paris, justement.Mais voyons, est-ce que Lorca faisait de la poésie espagnole ?II écrivait, simplement : à la fois dans une langue particulière, qui a ses possibilités et ses difficultés comme tout autre, et dans une réalité économique, sociale, culturelle, politique.Les problèmes des situations linguistiques et spatio-temporelles constituent le décor, I accessoire : le nœud poétique percute bien au- delà.Je refuse donc à la poésie la nécessité thématique, folklorique, et même « nordique » : mais je ne refuse pas à I occasion le thème, la coutume, la géographie.Nous avons trop de poètes canadiens-français et pas assez de poètes tout de go.II est facile d exploiter des thèmes, de 285 Revue Dominicaine céder à un certain esprit de chapelle, d écrire dans les cadres d une petite tradition locale : mais il est plus rare, le franc-tireur qui pousse son enquête poétique au-delà des cartes géographiques et des conversations de salons ou de bars.L immensité américaine, les bouquins poussiéreux, la ville mécanique, les travaux anonymes, le poète sait tout ça, mais c\u2019est encore I bomme qui le fascine davantage.Une poésie d\u2019homme.Et non pas une poésie conforme à la réalité canadienne-française.Je sais 1 acuité du problème du langage, je sais cette douloureuse impossibilité d\u2019une communication satisfaisante, et je crois justement que la fonction de la poésie n\u2019est pas de satisfaire, mai3 d\u2019inquiéter, de toucher et de troubler : de sortir en somme l\u2019homme de sa réalité concrète, physique, physiologique, géographique, sociale, et de le ramener à une vie intérieure sobre et noble.On reproche souvent au jeune poète son hermétisme, sa révolte, sa faiblesse : en somme, cette vie palpitante et compromise nous gêne dans notre médiocrité stabilisée, et parce que nous manquons de raisons ou de besoins de crier, nous lui refusons le droit de hurler.La poésie n\u2019a-t-elle pas toujours été pourtant une fonction de mystère, une gageure ésotérique, un défi au langage ?Le mot dépassant le mot et touchant l\u2019homme dans sa gravité ontologique.Au-delà de tout thème donné, de toute affabulation concertée, de tout contexte vérifiable, la poésie des mots déroule ses images rythmées et enchante le communiant.Pour le poète, le lecteur n existe pas : il y a simplement un besoin d écrire des lignes sur une feuille, et une exigence de le faire le mieux possible.Le lecteur peut intervenir comme fin de dédicace, souvent même fortuite, ou comme témoin amical : mais il n\u2019est pas question ici de public.Le poète n\u2019a pas à compter avec le public, et jusqu à un certain point, l\u2019éditeur de poésie n\u2019a pas non plus à compter avec le public.Mais je ne voudrais pas cette fois-ci m\u2019attarder à la réalité concrète de I édition poétique canadienne-française : un problème plus urgent et plus profond me retient, celui de la mesure du poète.286 La jeune Poésie Canadienne-Française (V) Pour le poète, le lecteur n existe pas : pourquoi donc répéter une telle affirmation au moment même où I on reproche au poète de se ficher du lecteur ?Si nous accordons à I œuvre d art sa stature de gratuité fondamentalement humaine, et sa fonction de témoignage de beauté libre, nous accordons du même coup à I artiste plein large dans son geste créateur, et nous ne permettons pas aux contraintes de le lier : ni cadres rigides et techniques, ni programmes précis, ni préoccupations publiques.Le poète parlera d\u2019homme, sans contrainte de forme ou de fond ou de communication.Je refuse même au poète la consolation du « message » puisque somme toute il s\u2019agit là d\u2019une excuse, d\u2019un prétexte : qu\u2019il n y ait donc nulle autre excuse, nul autre prétexte que le poème même ! Le poète écrit ses feuilles : quelques-unes seront peut-être publiées, d après un réseau de circonstances et d accidents.Mais ce fait brutal de la publication ne change rien au poème et au poète, et c est là je crois ce que le lecteur de poésie a le plus de difficulté à saisir.Le poète écrit pour soi, et sa poésie sera d autant plus valable qu elle sera plus personnelle, je dirais presque : moins facilement communicative.Et pourtant, je voudrais bien jeter quelques jalons entre le poète et le lecteur : mes propos serviront-ils en ce sens ?Une poésie, c\u2019est l intimité métaphysique d un être humain, c est la projection de quelques images de son paysage intérieur : quand cette poésie est offerte à un lecteur, celui-ci devrait la prendre tendrement dans ses mains, se laisser pénétrer doucement par ces rythmes de paroles fraternelles, s ennoblir de ce que le poème peut lui apporter de semence et d évocation.Car la poésie n établit pas de contact : c est peut-être là le nœud du malentendu permanent entre le poète et le lecteur : qu une poésie soit lue ou pas ne change rien à cette poésie ni à son poète.Seul le lecteur subit une métamorphose, ou du moins un effleurement ; seul le lecteur en est ennobli ou appauvri.Et je refuse au lecteur le droit d intervenir dans la démarche poétique, ou de mettre d avant des revendications précises : bien tôt, si le poète avait la malencontreuse idée d\u2019en tenir 287 Revue Dominicaine compte, le lecteur crierait lui-même grâce devant une « production » poétique sur commande et mesure du lecteur, et non plus du poète.Je sais le trouble que sème souvent une poésie dans I âme attentive d un lecteur réceptif : je sais le malaise qui coule en moi au fil de ces lignes agiles, au tourbillon de ces rythmes cosmiques, au flot de ces pages sidérales.La poésie dérange le lecteur dans son confort mécanisé, dans son équili bre cultivé, dans ses positions établies : et c est justement pour moi à la fois la fonction de la poésie et la mesure du poète.Je ne dis pas que la poésie est d\u2019autant plus valable qu elle cboque ou scandalise davantage : je dis que la poésie a pour fonction de semer J inquiétude dans I homme tissé d artificiel, de conventionnel ; le poète a pour mesure sa capacité de défossilisation : c est en redonnant au lecteur de la verdeur, de la fraîcheur, de la vigueur, de la dimension, de la lumière, du cri, de la joie que le poète lui est certes le plus utile.Dans une vie figée, gelée, fermée, introduire quelque peu de mouvement, de chaleur, de grand air ; à un lecteur tendu, vidé, blasé, offrir un peu de détente, de sensibilité, d\u2019étonnement ; chez un homme réduit à l\u2019état de fossile, faire germer un nouveau petit souffle de vie intérieure.Et tout cela sans le vouloir, sans le faire à propos : le poète écrit son poème pour soi, et ce sera toujours quelque peu par hasard que le poème parviendra à tel lecteur, et le ravira, peut-être.Ecrire est à la fois brasser des idées et caresser des mots.Prendre des mots dans ses mains, les cajoler, les apprivoiser, les fasciner, les ausculter, les taquiner, les asticoter, les torturer, les violer, les violenter, les explorer, les exploser, les mirer, les méditer, les laisser couler entre ses doigts comme de l\u2019eau claire, les pétrir comme de la glaise, les faire miroiter comme des pierres précieuses dont les feux sont tantôt sombres et farouches, tantôt limpides et fervents.Ruminer des idées dans sa tête, les mêler, les entrechoquer, les comparer, les opposer, les combiner, les défaire et refaire pour soi, les passer en grande revue, les dépouiller de leurs accessoires, de leurs quoli-fichets, de leurs masques, les trépaner, les fouiller à fond, les vibrer, les 288 La jeune Poésie canadienne-française (V) secouer, et finalement Lien les ancrer à la cKair, à la peau, à la glaise, à I aqua, à I émotion subite, au frisson anachronique, à F étoile filante, au rire de la lune.Décortiquer les mots et les idées de leurs gangues, de leurs fanges, de leurs langes, de leurs artifices, de leurs frontispices : les camper dans un printemps tout neuf, faire de la parole une rencontre noble et fière, un songe d images dites d homme.Métamorphose verbale.Cri de vie, cri de joie, cri d homme.Labourer la parole humaine d un sillon cosmique, semer la graine d homme aux seuils de mondes fuyants, hanter les fronts graves, habiter les creux.Les idées cristallisent en mots, métamorphose approximative ; les mots fleurissent sur la langue où les doigts les cueillent et s en jouent avant de les dessiner sur la feuille d automne.Ecriture, à la fois expérience plastique, manuelle du matériau-mot, et expérience logique, intellectuelle, du matériau-idée.Horizontale 1 écriture explore le cosmos et explose le mot ; Verticale 1 écriture vrille I homme et traduit sa pensée.Toujours I écriture crucifie 1 humain à son ombre tragique et tisse dans I invisible le dialogue vertigineux du mystère des correspondances silencieuses et inédites, trace la courbure d exigence de 1 homme qui parle, la main peut-être tendue vers toi.Nous serons à la mesure de notre poésie : mais notre poésie ne doit pas être à la mesure du Canada français, elle doit percuter bien au-delà, dans I humain fondamental et cosmique.Le poète qui écrit de besoin et d exigence dans une pâte humaine profonde est le mieux en mesure d\u2019offrir au lecteur une expérience de noblesse et de joie : et notre jeune poésie offre au lecteur de quoi prendre une bonne cure de défossilisation, déjà.Guy Robert Son et lumière sur 1 Acropole Le 28 mai dernier, lorsque Monsieur André Malraux, au nom du Gouvernement français a inauguré le spectacle Son et Lumière sur I Acropole, son allocution ¦\u2014¦ fût-elle entendue de T Amérique au Japon >\u2014> n a pas outrepassé I importance de sa valeur symbolique.Malraux avait sous ses yeux des témoignages suffisants pour se laisser gagner par I évocation d un moment unique de I histoire.Son appel s adressait au monde dont la civilisation procède d une étincelle de gloire insurpassable.Peu d hommes ont eu b occasion de parler sur la tribune de Périclès, pour ressusciter la grandeur de ce moment dont la gloire traverse I histoire de notre civilisation comme un écho sans fin qui se répète de génération en génération.Nulle voix ne pouvait avoir la résonance de celle du poète, de I artiste et de 1 homme d action qui sous les constellations du ciel athénien, parlait de l\u2019importance d\u2019une époque lointaine, quand la Grèce antique établit les assises d\u2019une civilisation qui devait survivre aux vicissitudes des temps pour devenir la civilisation de 1 Occident.Et les paroles de Périclès : « Si toutes choses sont vouées au déclin, dites du moins de nous aux siècles futurs que nous avons construit la cité la plus célèbre et la plus heureuse.» n\u2019auront pas été dites en vain.L avenir les a entendues, les a comprises et en plus les a faites siennes.Ainsi lentement, malgré toutes les tragédies et barbaries de l\u2019histoire, s\u2019est relevée cette Cité de l\u2019avenir, qui tente de s\u2019approcher d\u2019un modèle conçu par le monde antique dans son rêve prophétique.Les paroles d\u2019André Malraux pouvaient aussi paraître un défi adressé aux ennemis d\u2019autrefois ou d\u2019aujourd\u2019hui, parce que dans le voisinage de l\u2019Acropole, ce même soir, sur territoire albanais, rôdait la réincarnation moderne de Xerxès, le représentant du despotisme oriental d\u2019aujourd\u2019hui, Khrouchtchev, le souverain le plus totalitaire de l\u2019Empire soviétique.Ce n\u2019était certainement pas une coïncidence voulue, mais combien riche en signification I Cela ferait croire que la fatalité des circons- 290 Son et Lumière sur l Acropole lances et les coïncidences de I histoire sont lourdes de sens dramatique.Tandis que Khrouchtchev prononçait ses vilaines menaces de destruction, montait une voix de I Acropole, qui rappelait au monde des vérités éternelles.Elles répondaient aux recommandations du ministre Tzatsos, chargé de recevoir Monsieur Malraux qui disait qu en face des sophismes qui ont cours de nos jours, naît la nécessité impérieuse de retrouver les lignes simples et de remonter aux sources premières.Les sources premières seraient faciles à trouver si l amas de sophismes et la littérature qui les exalte, n en encombraient pas Iaccès.Monsieur Malraux a été autrefois lui-même victime de ces sophismes.Par exemple, qui pourrait croire que la civilisation de la Grèce antique s\u2019est développée sans s inspirer de motifs sacrés ou que les héros d Homère n ont pas été guidés par la volonté des dieux pour donner naissance à la communauté hellénique, pour la cimenter et en faire ainsi I instrument d une civilisation qui a servi de modèle à celle de l\u2019Occident.Et Antigone n\u2019était-elle pas pénétrée d une foi profonde dans les lois éternelles qu il ne faut pas transgresser parce qu elles ne sont pas d hier ou d\u2019avant-hier mais sont commandées par les dieux de toute éternité ?Nous ne devons pas nous égarer en oubliant de faire la juste part aux choses sacrées.Le chemin de I Acropole n était ouvert qu\u2019aux élus et elle-même était sous la garde des dieux de IOIympe.Renan a cru qu en s arrêtant ici il avait trouvé le lieu suprême pour dire sa prière.Mais le chemin parcouru depuis une époque reculée, montre que la société des hommes, en poursuivant sa marche en avant, passe de l'Acropole à la hauteur du Calvaire, pour gagner une signification nouvelle.Cette signification est un acheminement vers I universalité.Une courte récapitulation de I histoire ne serait pas inutile pour nous rappeler I importance du chemin parcouru depuis les jours de gloire de I Acropole jusqu à sa survivance au milieu de la civilisation occidentale, parmi les continents et les océans qu elle domine.Une victoire sans pareille, la victoire de Salamine, celle de la démocratie contre la tyrannie, la rendit à jamais célèbre. Revue Dominicaine Le développement de notre civilisation occidentale, depuis cette date mémorable, nous montre une continuelle tendance à réaliser le rêve athénien.Elle n a pu faire de progrès qu en luttant contre la tyrannie.N est-ce pas Hérodote qui nous disait que la guerre contre les Perses n\u2019était pas une guerre comme les autres, mais celle de la civilisation contre la barbarie ?La notion de barbarie n\u2019a pas changé de signification.Celle de civilisation non plus.Leur contraste a été amplifié par un jugement des valeurs humaines dans la lumière de Tordre chrétien.Deux courants de pensée y ont contribué.Les deux se dégagent de 1 histoire du monde antique et ont achevé leur mission en s associant la pensée des Grecs et celle des Hébreux, aucune d elle n ayant pu trouver son accomplissement séparément.La pensée des Juifs avec la puissance spirituelle à la recherche de I impénétrable, est arrivée à une conception de I unité du monde visible et invisible où la volonté outrepasse la représentation.Le génie grec, plutôt porté à l\u2019analyse, a essayé de découvrir les lois de cause à effet grâce auxquelles on pourrait construire une société stable et heureuse.La synthèse des uns et l\u2019analyse des autres sont complémentaires.De leur association a pu naître la science, 1 ordre politique et social, la religion et la morale de TOccident.Là où la religion de Moïse était destinée à servir exclusivement au peuple élu, le génie grec était largement ouvert à 1 humanité entière.Il tendait vers 1 universalité.L histoire nous révèle comment ces deux courants d idées et de sentiments ont réussi à s amalgamer pour poser le fondement religieux et en même temps rationnel de la pensée de 1 Occident.L association s est faite à un moment fatidique de I histoire quand Alexandre le Macédonien, il y a 2300 ans a conquis l\u2019Orient, y compris la Palestine.II se considérait le mandataire des Athéniens, c est-à-dire celui d une civilisation qui devait mettre un terme à la barbarie.Nous trouvons, cités par Malraux, les paroles fameuses d\u2019Alexandre : « Que de peines, Athéniens, pour mériter vos louanges.» 292 Son et Lumière sur l\u2019Acropole Grâce à cette conquête, la religion des Juifs a pu être connue du monde antique et le successeur d Alexandre, Ptolémée Philadelpbe n a pas manqué d ordonner la traduction de la Bible à un groupe, dit-on, de 70 savants grecs et bébreux.C est la plus ancienne version de la Bible qui nous est connue mais le texte archaïque qui a servi à la traduction a été perdu.C est un fait assez important qui est souvent passé sous silence par IEglise orientale et aussi occidentale, celle-ci se servant des versions hébraïques qui ont été reconstituées ultérieurement.La version grecque qui, semble-t-il, a servi aussi bien aux Grecs qu\u2019aux Juifs gagnés à I hellénisme, déposée dans la fameuse Bibliothèque d Alexandrie, a pu ainsi être connue des savants du monde ancien en même temps que la philosophie de Platon, d Aristote et de leurs successeurs.Ces textes ont servi à tous les érudits des temps anciens.Ils ont aussi bien servi au fameux philosophe Philon le Juif, qu aux Pères de 1 Eglise comme Clément d Alexandrie et Origène.La Bibliothèque d Alexandrie était un centre d études universelles jusqu à la conquête arabe.De telle sorte la pensée juive et la pensée des Hellènes se sont rencontrées, I enseignement de Moïse sortant de sa coquille palestinienne pour s allier à I humanisme grec avec ses tendances à I universalité.La religion chrétienne allait devenir le porte-parole de cette synthèse.La conquête romaine qui a incorporé les cités grecques n a changé en rien le prestige des valeurs spirituelles.Au contraire.Après un moment d hésitation et de raidissement, les Romains ont assimilé ces valeurs.Nous savons que tous les grands penseurs de la Rome antique étaient hellénisants en commençant par Cicéron jusqu aux fameux détenteurs de la puissance impériale qui s étaient faits de leur charge un véritable sacerdoce comme Hadrien, Antonin le Pieux, Marc- Aurèle jusqu à Constantin.Ce dernier a tiré les conséquences de 1 hellénisation de I Empire, en adoptant la religion chrétienne et en transportant le siège de 1 Emp ire sur les bords du Bosphore au milieu des colonies grecques.Périclès aurait pu considérer avec fierté combien sa Cité d autrefois s était Revue Dominicaine agrandie à la dimension d\u2019un empire.Et celui-ci, semble-t-il, n\u2019avait plus à craindre les barbares.Les Persans avaient été vaincus, ainsi que tous les barbares qui refusaient la loi romaine, béritière de la loi grecque et qui était devenue entre-temps la loi chrétienne.II s est trouvé plus tard sur la voie de la dissention et du déclin, un monarque d origine modeste, dit -on, de nationalité slavonne, Justinien, devenu empereur, qui devait codifier cette loi.Le parcours de I histoire est loin de suivre une ligne droite.II y a des victoires, aussi retentissantes fussent-elles, qui avec le temps sont oubliées et perdent leur signification.La lutte pour la liberté et pour maintenir un ordre moral et légal demande une vigilance constante.Cette vigilance n\u2019est pas toujours en rapport avec le danger menaçant.Ainsi a sombré le monde antique dont un érudit anglais disait : ce n\u2019est pas notre civilisation qui est la première civilisation moderne : il y eut Rome.Et pourquoi cette civilisation gréco-romaine a-t-elle sombré ?Parce qu elle n\u2019a pas su défendre sa loi.Elle s\u2019est désagrégée, premièrement en Occident et après en Orient.Elle est tombée sous les coups de ces puissances qui sorties de I Asie, ne connaissaient qu\u2019une seule manière de vivre : la rapine, l\u2019envahissement, le pillage, l\u2019illégalité, la tyrannie et la barbarie.Xerxès, celui qui, dit-on, avait donné l\u2019ordre de fouetter la mer, pour venger sa défaite à Salamine, revient toutes les fois que les défenseurs de la liberté oublient les leçons de l\u2019histoire.Depuis la chute de Rome jusqu\u2019à la renaissance de l\u2019humanisme, plus de mille ans ont passé, époque tourmentée par des envahissements, des empiétements sur les droits d\u2019autrui, des pillages et des tyrannies qui n\u2019ont pu être tenues en échec que par les injonctions des représentants de l Eglise lorsque ceux-ci n\u2019étaient pas accablés par la dureté des temps et la puissance des tyrans.II ne faut pas oublier ce que nous devons à la mission de I'Egl ise médiévale.La civilisation antique avec tous ses trésors de pensée a pu nous parvenir, parce que son témoignage a été conservé et médité dans les monastères de l\u2019Occident.Ainsi la religion a sauvé les œuvres des 294 Son et Lumière sur l\u2019Acropole grandis écrivains de la Grèce et de Rome.La philosophie d\u2019Aristote, après avoir servi de guide à saint Augustin pour composer sa Cité de Dieu, a été reconnue indispensable pour formuler une théologie chrétienne.Saint Thomas d Aquin, le plus célèbre théologien de l\u2019Eglise occidentale, admirateur du philosophe de l\u2019Académie, ne s\u2019est pas gêné de dire que sans le concours de ce dernier il n\u2019aurait pu arriver à compléter sa pensée.En remettant Aristote en honneur, il a préparé la voie à la renaissance de I humanisme.Ainsi, progressivement, les promoteurs des idées qui ont fait la grandeur de la Grèce antique, se sont insinués dans les centres d étude de la société du Moyen Age, que les Anglais appelèrent l\u2019âge obscur, pour lui révéler la lumière qui descend de T Acropole.Une fois de plus, la civilisation antique renaissait au milieu de la civilisation de I Occident, après que I Empire d\u2019Orient eut subi les tourments d usurpations multiples pour être finalement envahi par le despotisme sous la forme de I Empire ottoman.Le point d\u2019appui financier et matériel de cette renaissance littéraire et artistique était Florence et les Républiques italiennes, plus proches de la tradition romaine, mais l\u2019élan politique et spirituel ne lui a été acquis qu\u2019en France par l\u2019entremise du centre de coordination culturelle, I Université de Paris.C était la première et la seule université du Moy en Age à caractère d universalité.Elle réunissait plus qu\u2019aucune autre, les étudiants de toutes les parties de I Europe occidentale depuis 1 Ecosse jusqu à I Espagne et de l\u2019Allemagne jusqu\u2019en Europe centrale.L\u2019Humanisme de la Renaissance, XlVe et XVe siècles, avec la réforme des idées religieuses, nous le devons à la mise en circulation des œuvres littéraires et philosophiques, dépositaires de la science et de la sagesse antique.II ne faut pas oublier que c\u2019est toujours à la suite de ces chercheurs, en grande partie hommes d\u2019Eglise, que furent traduites les œuvres de Platon, d\u2019Aristote, Polybe, Cicéron, Sénèque et autres qui tombées dans le domaine public ont stimulé ultérieurement les idées des XVIIe et XVIIIe siècles en inspirant les œuvres de Locke, de Montesquieu, 293 Revue Dominicaine de Voltaire, de Diderot et des Encyclopédistes, an seuil de la Révolution française.L inspiration qui était venue de la méditation sur les idées de la Cité antique, réfléchie dans le silence des monastères, était destinée par des voies détournées à changer les assises politiques et sociales de I Europe.Les peuples s étaient libérés des contraintes que leur avaient imposées les hiérarchies rigides du Moyen Age.De son côté, en partant des mêmes études théologiques et juridiques qu\u2019il avait faites à Paris à la même université par où avait passé Ignace de Loyola, Calvin est devenu le promoteur d une conception civique fondée sur la religion qui devait faire son chemin dans le monde pour trouver son accomplissement dans 1 organisation politique et sociale du nouveau monde.Cette organisation procédait du civisme congrégationaliste puritain.Leur promoteur voulait la Cité chrétienne nantie d\u2019institutions nouvelles.Les Etats de : Massachusetts, Connecticut, Rhode-Island et Pennsylvanie procèdent de l\u2019enseignement religieux et politique de l organisateur de la République de Genève du XVIe siècle.L ordre politique ainsi conçu, a servi comme modèle pour I organisation de la République américaine.Cette filiation historique nous conduit des hauteurs de F Acropole jusqu aux bords du Potomac, où s élève la réplique du Parthénon, pour abriter la statue de Lincoln, le dernier des grands humanistes du monde moderne.Mais la lutte pour la liberté, par le seul fait que I humanisme s est mis à I abri de deux océans pour défier les forces adverses, ne s arrête pas ici.Ces forces adverses n ont jamais cessé de se dresser contre la liberté dans les régions rétrogrades du monde.Dans cette récurrence de 1 histoire nous pouvons constater que la lutte pour la liberté s est manifestée comme une opposition entre I Ouest et I Est, ce dernier servant à de nombreux repaires pour abriter les forces qui se disputent la primauté à I Ouest.Cette primauté est celle de l\u2019esprit qui s\u2019oppose aux appétits matériels, à la brutalité primitive.La conquête par 1 Occident voulait assurer la primauté de la raison contre les forces rétrogrades.296 Son et Lumière sur l\u2019Acropole Aujourd hui le marxisme, prêcheur de la haine de classe et de race, transporté sur le terrain national et international, sert de prétexte à ces forces rétrogrades qui lancent un défi à I Occident.Faisant usage des textes de Marx, ce primitif de la pensée, abreuvé uniquement des erreurs des économistes anglais, manieur de sophismes talmudiques propres à séduire les rustres, permet de donner libre cours aux rêves de domination et de possession.C\u2019est l\u2019éveil de cet appétit qui est l\u2019élément positif de la doctrine du maître.Et par cette voie vengeresse, un peuple doué de grandes qualités intellectuelles, le peuple russe, qui, normalement, aurait pu être facilement gagné à l\u2019humanisme occidental et chrétien, se trouve aujourd\u2019hui la proie d\u2019un drame qui ne trouve son pareil que dans celui d\u2019une Byzance, livrée par son incurie à la conquête asiatique.Au siècle dernier, la Russie, au prix de pénibles épreuves, était sur le point de s\u2019associer à l\u2019Occident où elle avait puisé son savoir.Sa religion, il est vrai, restait enveloppée d\u2019un mysticisme oriental.La classe dominante se servait d\u2019elle en la détournant de son but.Le marxisme tirant profit de cette faiblesse, a créé artificiellement une barrière psychologique, rabaissant la religion et exaltant 1 athéisme, qui fait qu aujourd\u2019hui entre l\u2019Est et l\u2019Ouest, il ne peut plus y avoir un échange libre d idées, ni une confrontation d opinions.Un mur a été élevé, conséquence de I opposition entre la conception humaniste et chrétienne de 1 Occident et une philosophie qui nie les valeurs morales, une philosophie dite matérialiste, produit d un athéisme pseudo-scientifique.Nous nous trouvons au-devant des anciennes positions sur lesquelles s\u2019étaient retranchés autrefois les potentats asiatiques, face à la civilisation méditerranéenne.II est étonnant qu\u2019une situation qui semblait être depuis longtemps dépassée, redevienne actuelle, après 2000 ans de changement et de progrès.II est pourtant difficile de concevoir qu induite en erreur par des sophismes éventés, mue par des hypocrisies pharisaïques, une nation, si puissante fût-elle, pourrait servir à prendre une revanche millénaire pour faire taire la voix de la liberté.297 Revue Dominicaine Mais serait-il imaginable que la simple énonciation de vérités éternelles suffirait pour faire crouler les murs de la Cité de Marx, comme le firent au son des trompettes, ceux de Jéricho dont parle la Bible ?Monsieur Malraux avec son don de poète a attiré notre attention sur Pallas Atbéna qui était appuyée sur une lance et que la sagesse de la Grèce antique était I associée du courage et de I esprit de sacrifice : « Etranger, va dire aux Lacédémoniens que ceux qui sont tombés ici, sont morts selon leur loi.» Consolons-nous avec I espoir que la tragédie en préparation pourrait être évitée.Ne serait-il pas convenable d écarter, d un geste de bonne volonté, le rideau psychologique qui sépare aujourd hui le monde de la pensée libre de celui de la pensée enchaînée ?Pourquoi le modèle de la Grèce antique, complété par les acquisitions de la civilisation chrétienne, ne peut-il servir de guide pour mettre un terme à une rivalité où I esprit réclame la primauté ?Jusqu\u2019à quand I Est et l\u2019Ouest sont-ils appelés à s\u2019opposer dans une lutte millénaire qui a commencé aux Tbermopyles, a trouvé son premier dénouement à Marathon et à Salamine, pour recommencer au cours des temps jusqu\u2019au seuil de I actualité ?La réponse à ces questions est inséparable de la destinée de la société humaine.II nous plaît de penser que celle-ci se rattache aux paroles qui résonnent de l\u2019Acropole : « Même si toutes choses sont vouées au déclin, dites au moins de nous aux siècles futurs que nous avons construit la cité la plus célèbre et la plus heureuse ».Radu A.Floresco ancien diplomate roumain représentant de la Roumanie à Londres (1940) Le sens des faits Des Canadiens au Congrès national de « Holy Name » en Louisiane Pour la première fois dans Ihistoire des Sociétés du Saint Nom de Jésus aux Etats-Unis, une délégation canadienne prenait part officiellement aux assises d\u2019un Congrès National tenu à la Nouvelle-Orléans le 14 octobre dernier.Cette confraternité du Saint Nom de Jésus compte environ cinq millions de membres dans la République américaine et se développe vigoureusement au Canada.Son existence en terre canadienne date de I arrivée des RR.PP.Dominicains à Saint-Hyacintbe, il y a déjà 85 ans.Comme la confraternité du Rosaire elle a été placée sous la juridiction immédiate des Dominicains depuis le pape Pie V et enrichie d année en année par les souverains pontifes, de nombreuses indulgences.Son but est la sanctification de ses membres par le culte de la Personne Auguste de Notre-Seigneur, alimenté aux sources Eucharistiques.Elle se distingue par son zèle à promouvoir I honneur dû à la personne du Christ, à son saint Nom et à son Eglise.Ses membres s engagent à lutter contre le blasphème, le parjure, l\u2019impiété et I obscénité et à seconder leur curé dans toute initiative pour rendre la paroisse vivante dans le Christ.Car sa base d opération est la paroisse, en relation avec les autres paroisses, pour mieux servir les intérêts de l\u2019Eglise diocésaine et I Eglise universelle.Le T.R.P.François-M.Drouin, O.P., nouveau promoteur des sociétés du Saint Nom de Jésus au Canada ainsi que le R.P.Louis-M.Gay, O.P.et 8 autres délégués, des provinces Maritimes, du Québec, de I Ontario et de la Colombie Britannique, apportèrent leur concours et leur collaboration aux délibérations du Congrès.Le promoteur canadien, assisté de deux délégués donna un long exposé des méthodes de recrutement et de formation des membres à l une des nombreuses séances.Un Canadien fut élu parlementaire des délibérations et un autre siégea aux assises du comité des résolutions.Le promoteur canadien fondait en cette occasion un comité de recherches pour aider le nouveau centre national à mieux répondre aux désirs de I épiscopat canadien ainsi qu\u2019aux besoins croissants des diverses unions diocésaines canadiennes.299 Revue Dominicaine Le choix de Buffalo comme siège du prochain Congrès, en 1963, laisse augurer une collaboration encore plus intense entre les Etats-Unis et le Canada dans I avenir.Un dîner chez M.P.S.Howard, dynamique et affable vice-consul du Canada en Louisiane, clôtura les assises de la délégation canadienne.Un témoin Citadelle Il est utile de bien noter la limite extrême de cette œuvre posthume du grand Saint-Exupéry.La tâche essentielle du lecteur est bien de suivre avec une positive ardeur les lignes de force de 1 ouvrage sur la contemplation, la grande ferveur de tout ce qui est vivant, le silence qui est espace pour les âmes, les torts de la liberté quand elle revendique la liberté de n\u2019être pas.« Moi j\u2019avance lentement, un pas sur la dalle d\u2019or, un pas sur la dalle noire, dans les profondeurs de mon palais.Car je ne suis pas de cette patrie » (p.955, Edition de la Pléiade).Par ailleurs on y trouve un humanisme, hélas, découronné et décentré ou pour mieux dire qui n\u2019atteint pas son véritable sommet et s arrête à un Dieu redevenu un simple horloger.Est-ce le dieu des déistes ?« Tu ne descends pas vers ta création.C est pourquoi je marche, formant des prières auxquelles il n\u2019est point répondu.» (p.978).Un Dieu, dit-il ailleurs, qui ne vient pas à notre plan (p.991).Quand on pense qu il est offert à l\u2019âme de s\u2019assimiler à la Trinité par l\u2019Eucharistie ! Ce livre est quand même un bel arbre, avec des lignes de force certaines, capable de chanter dans les âmes.Un arbre bien terrestre où ne se font point entendre quelques-uns des vents essentiels de la grâce î Sans doute, mais par contre nettement en opposition au dessèchement scientiste.Si poétique dans la recherche espérante de la lumière et de la vie.Un replacement semblable s est opéré en histoire dont Irénée Marrou se fait le témoin, nous rappelant que même un document possède un certain poids ontologique, il est un nœud qu il s agit de positivement connaître.La sympathie peut même y être utile pour la perception de quelques grandes lignes de force, la foi ou I espérance, autrement on les négligera comme inexistantes.L\u2019historien qui se penche sur le document, ou le sage, sur l\u2019univers, ont besoin d une âme ouverte.Comme Marrou en histoire, Saint-Exupéry a fait une œuvre de dégagement en humanisme.Ce n\u2019est pas étroitesse d\u2019avoir voulu que cet humanisme s achevât.300 Le sens des faits Or (pour continuer ce petit parallèle), la rénovation de I idéal de I histoire va transformer le regard de I homme sur I existence humaine.Si en face d un type humain je ne pense qu à bien ajuster mes lunettes pour la critique externe et interne, j emprunte les voies de la cruauté.A la recherche de la valeur positive et de I existence à construire, voilà une attitude véritable.La rencontre du document en histoire est devenue un cas particulier de la rencontre d autrui ou de la rencontre de I univers.Triomphe ici une attitude de sympathie où un homme de foi explicite comme Marrou et Saint-Exupéry pourraient se donner la main.On a le grand bonheur alors d être au nombre des soldats victorieux de I humanité.Un centre d initiative parmi toutes ces forces chantantes qui accordent leurs voix et qui commencent à balbutier les éternels cantiques de la Cité de Dieu.Au lieu de glisser sur la pente de tous les pseudo-êtres qui s épuisent à revendiquer la liberté de n être pas, Citadelle cherche la liberté d être.L auteur le fait dans un style construit pour apaiser lame.Ici on entrerait en matière de goût et on ne discute pas des goûts.Mauriac dit de Lamartine qu il manque de labyrinthe.Mais des labyrinthes, combien de gens sérieux pensent qu il y en a trop chez Mauriac I Saint-Exupéry peut répondre à I exigence de densité d aujourd hui.Et poursuivre la Sagesse avec une sincérité tellement dominante jusque dans le style, c est l avoir déjà trouvée.Arcade-M.Monette, O.P.Le Baladin du monde occidental Comédie en trois actes de J.M.Synge au Théâtre du Nouveau Monde.« La scène se passe dans un cabaret très primitif, aux abords d\u2019un village, dans le décor sauvage du littoral de Mayo (comté de I ïrïande occidentale) ».Qu irons-nous chercher dans ce décor inusité, dans ce coin retiré où tous les habitants n ont à la bouche que des répliques à la « saveur aussi riche que celle de la noix ou de la pomme », ainsi que 1 a désiré I auteur lui-même.Qu irons-nous chercher ?Des gens simples d abord, simples devant I amour et la mort ; devant la colère, la soif ou la joie.Des gens qui ne s embarrassent d aucun préjugé parce que pour eux, tout ce qui n est pas leur petit coin familier s appelle « le grand univers ».Leurs répliques savoureuses nous surprendront, mais nous y découvrirons une richesse que ne possède plus notre prose quotidienne.En un mot, nous serons touchés par ce bon sens naïf qui défie toute métaphysique.301 Revue Dominicaine Le T.N.M.a admirablement rendu le ton de cette pièce étrange.Le pittoresque y est savamment dosé, les comédiens ne chargent pas, le décor est rempli d authenticité.L histoire est étrange, certes, mais on ne peut s\u2019empêcher d y croire.Pittoresque mis à part, il serait bon cependant de dégager de cette pièce jadis si discutée, l\u2019élément humain qui lui est gage de vitalité.On pourrait s attarder sur la vraisemblance foncière de tous les personnages, celle qui transparaît sous le masque « couleur locale » de Michel Jacques ou de la veuve Quin.Mais il nous semble que dans cet optique, le caractère de Pegeen Mike soit le plus révélateur.Certes, elle possède elle aussi son allure typique.Mais au fond, elle reste une jeune fille.Et Dyne Mous so lui a donné une résonance de sincérité qui réussit à franchir les limites de la caricature pour atteindre l\u2019authentique.Sans doute, cette jeune fille énergique demeure-t-elle plus près de nous, au milieu de ses comparses.Comme au fond, c\u2019est elle qui permet à la pièce de ne pas sombrer dans la bouffonnerie.Au lever du rideau, Pegeen Mike nous montre le visage qu elle-même croit avoir ; travailleuse et délurée, la réplique facile et colorée, juste assez affranchie de son milieu pour ne pas en être victime.Veut-on la marier à son benêt de cousin ?D\u2019accord.Mais elle n\u2019a pas dit son dernier mot.Non, elle ne l\u2019a pas dit parce qu\u2019il suffit que paraisse Christie Mahon pour que s épanouissent en elle toutes les ressources de son être.Elle qui sait à merveille repousser les avances gaillardes de tous les « clients de bonne foi » qui fréquentent I auberge de son père, elle devient tout à coup réceptive.L\u2019allure romantique d\u2019un pauvre type traqué a réveillé en elle des appels inconnus.Incrédule d\u2019abord, elle se fait frondeuse (c est sa nature), essayant de détruire ce héros inattendu.Et quand celui-ci, prenant conscience de la valeur que ses auditeurs sont en train de lui attribuer, raconte franchement puis allègrement le crime qui fait de lui un « personnage », elle ne se tient plus de joie.Autant elle a voulu le rabaisser, autant maintenant elle l\u2019enlumine et le flatte.Elle a enfin trouvé un objet à ses obscures aspirations.Son émotion la rend subtile, sinueuse.Avide, elle se fait proie.Victorieuse, elle devient humble et attendrie.Et qui I aurait deviné ?Elle est douce Pegeen Mike, douce à ravir devant son héros.Christie Mahon n\u2019en croit pas ses yeux, sans se douter qu\u2019il est tombé entre les mains de la plus tenace des ravisseuses.Car elle tient à ne garder que pour elle cette conquête inespérée.Comme elle est habile I Comme elle découvre spontanément toutes les ressources de l\u2019escrime féminine ! Et après avoir écarté la veuve Quin 302 Le sens des faits et les écervelées du village, le chant d amour monte en elle tout naturellement.N\u2019était-il pas tout préparé, sans qu elle s en doute ?Christie lui-même est touché par la grâce, tant son pouvoir est grand : il se croit réellement le kéros qu elle a voulu voir en lui.Le ckant d\u2019amour devient duo.Mais le mirage ne tarde pas à se dissiper.En présence de son père, un parricide doit fatalement reprendre ses dimensions normales I Comme elle descend de kaut la pauvre Pegeen Mike I C\u2019est elle à présent qui dirige les opérations.En vain Christie essaie-t-il de mériter la faveur qu il avait cru toucker en re-tuant son père, il ne récoltera que plus de mépris encore.Car Pegeen Mike ne peut pas lui pardonner de I avoir dupée.D avoir éveillé en elle des accents si secrets sous de fausses représentations.Elle s est trompée la pauvre Pegeen Mike, et rien ne lui est plus pénible que cette kumiliation.Elle reprend comme à regret, le visage que ses amis lui connaissent, considère presque froidement le Iynck que les fermiers exécutent sans enthousiasme.Rien n\u2019est assez cruel à ses yeux : elle ckercke dans le foyer le tison le plus rouge pour brûler ce kéros sans auréole.Pourtant, quand le père, décidément « intuable », vient reprendre possession de ce fils qui s\u2019est cru pour un instant le Baladin du Monde occidental, la vraie Pegeen Mike reparaît sur ses traits.Son beau rêve a été trop court.Quelle doit donc être sa tristesse tandis qu il lui faut remplir les bocks de bière de ceux pour qui cette aventure n\u2019a été qu\u2019un peu de piment dans une vie déjà bien assaisonnée I Quelle doit être profonde sa tristesse, puisque l\u2019auteur a tenu à terminer son extravagante histoire sur cette image émue d une détresse féminine qui atteint même les clients attardés de l\u2019auberge irlandaise, perdue au fond d\u2019un pays inconnu.Micheline Dumont Tête d\u2019Or La présentation de Tête d Or par le nouveau Théâtre de France (direction Renaud-Barrault) est une véritable création, cette pièce de Claudel n ayant été jouée que quelquefois en cercle fermé, il y a une vingtaine d années.Claudel n\u2019a consenti à « céder » son texte pour la représentation publique qu\u2019à la toute fin de sa vie, donnant à Jean-Louis Barrault I autorisation de I utiliser comme bon lui semblerait.Témoignage de confiance et d\u2019estime.Les critiques parisiens, qui ont beaucoup commenté Tète d Or, ont à peine mentionné le découpage de Jean-Louis Barrault.C est pour- 505 Revue Dominicaine tant ce découpage qui a servi de base à la théâtralisation de texte.Car la pièce, même dans sa seconde version, passerait très difficilement la rampe : à cause de sa longueur sans doute, des descriptions et des répétitions trop lourdes, mais aussi par certaines énormités verbales où symbolisme et mythologie se bousculent, dans une belle obscurité parfois, obscurité cependant aussi peu théâtrale que possible.Le découpage visait donc à raccourcir le texte, mais surtout à le rendre accessible.Et ce dernier but a été pleinement atteint, sans qu\u2019aucun élément essentiel ne soit supprimé ou déformé.On a même emprunté à la première version la scène du déserteur, qui est plus effective que celle de la seconde.Jean-Louis Barrault a prouvé une fois de plus sa très profonde compréhension de Claudel.A la dernière réplique de Tête d Or, le poète met dans la bouche d\u2019un personnage épisodique le résumé de I action de la pièce : Trois rois morts ! des événements étranges I Les lois de lusage brisées, la faiblesse humaine surmontée, l obstacle des choses Dissipé ! Et notre effort arrivé à une limite vaine Se défait de lui-même comme un pli.Mais de F aveu même du poète, cette anecdote héroïque n est que le cadre d\u2019un drame beaucoup plus profond, beaucoup plus intime et ce tumulte d action et de poésie est le reflet des conflits qui déchiraient à cette époque le jeune poète de vingt ans.On y retrouve I affrontement pathétique et violent d animus et d anima qui ont ici les traits de Tête d\u2019Or et de Cébès.Et dans ces deux personnages toutes les aspirations, toutes les révoltes, toutes les craintes et toutes les questions du jeune homme qui voulant embrasser le monde, est écrasé sous son poids.Car Claudel à cette époque en est encore au stage des questions, même si sa conversion date de quelques années.Existence de Dieu, immortalité de l\u2019âme, autorité établie, vie et mort, tels sont les principaux thèmes incarnés dans la pièce ; mais ce contenu métaphysique y passe à travers le symbole et le symbole est ici le fruit de la chair et du sang.II faut bien remarquer la perspective exclusivement humaine, païenne même, de Claudel.L\u2019univers de Tête d\u2019Or n\u2019est pas un monde antichrétien, mais a-chrétien, bien que la Bible ait été pour le poète une source d\u2019inspiration à l\u2019époque.Inspiration qui a marqué le style plus que le contenu.La courbe du héros est significative : à la question de Cébès qui, sur le point de mourir, lui demande s\u2019il croit à l\u2019existence 304 Le sens des faits de Dieu, il répond : « II existe ».Mais il affirme en même temps que I âme humaine n est pas immortelle.Toutefois, en mourant lui-même il dira : Je ne crois plus aux fables des mères ; Et qu\u2019il existe dans cette salle du monde D\u2019autre Dieu que l\u2019homme ignorant.Affirmation tragique d\u2019athéisme à laquelle la mort du héros force lugubre ; elle rejoint en intensité celle d Yvan dans Karamazov.donne une Les frères C est donc I aspect le moins officiel de Claudel que Tête d Or nous livre.Mais non le moins attachant.C est le génie à sa naissance, à I état incandescent, charriant dans son tourbillon maints éléments inutiles et même nuisibles, mais atteignant aussi à des sommets poétiques incomparables.Je ne veux pas discuter le spectacle lui-même : j\u2019y ai été mêlé de trop près, ayant obtenu le privilège inespéré d assister à toutes les répétitions et ayant lu ensuite la plupart des critiques parisiens.Je voudrais seulement dire la grande leçon de théâtre que j y ai reçue, leçon de soumission au texte et de culte du détail : autre preuve qu\u2019au théâtre les grandes réalisations sont souvent le fruit d une accumulation méthodique de petites choses.Le grand problème de Jean-Louis Barrault et du décorateur André Masson était de rendre la pièce figurative, sans trahir le texte qui ne fixe ni lieu ni temps précis.Le problème était complexe, car il fallait garder la mesure entre le réel et le surréel, autant dans la façon de dire le texte que dans la façon de représenter les décors et les costumes.C\u2019est ainsi qu on a dû refaire à la dernière minute une partie des costumes qui risquaient de donner à la pièce une couleur hétéroclite ; on a aussi supprimé une somptueuse procession d étendards qui distrayait sans rien ajouter au texte.A la fin I ensemble présentait une belle cohésion de formes et de couleurs, tout en évitant la symétrie qui eût été contre I esprit de Iœuvre.Les interprètes furent choisis avec discernement et tous se sont bien acquittés de leur tâche.Alain Cuny dans le rôle-titre, résolument monocorde, ample, fort, rauque, tout d\u2019une pièce, donne la dimension de Claudel lui-même.Son jeu ne se discute pas, car on ne peut le disséquer : c\u2019est un bloc.On I admet ou on ne I admet pas.Et il faudrait bien de la mauvaise volonté pour ne pas l\u2019admettre.II est entouré de Jean-Louis Barrault (Le Roi) composant avec maîtrise un vieillard faible et attachant ; Laurent Terzieff (Cébès) qui joue I inquiétude et la révolte 505 Revue Dominicaine vaine de I adolescent ; Jean Desailly (Cassius) dynamique messager qui fait des deux récits de batailles deux « moments » de la pièce ; et Julien Bertkeau (Le Déserteur) exaspéré et cynique à souhait.Catherine Sellers (La Princesse) seule présence féminine de ce grand jeu, se dresse au milieu de la tourmente comme un reproche à l\u2019orgueil et à la cupidité des hommes.Tête d Or est venu au début de la grande saison parisienne comme une éclatante confirmation du bien-fondé de la réforme théâtrale entreprise par André Malraux et comme une preuve que les pièces dites injouables sont souvent celles qui peuvent dépasser les normes communes et donner au théâtre sa véritable dimension.Gilles Marsolais Paris, 1959 Bousille, cela se vit.en art autant qu\u2019en procédure Gratien Gélinas I a bien vu, après Molière, c\u2019est quotidiennement que notre christianisme se cherche des « accommodements » avec ses propres exigences ; accommodements qui ne visent point uniquement la procédure criminelle.Lorsque, simplement à titre d exemple, on renvoie à « Ma Paroisse » une discussion sur I art chrétien qui, paraît-il, n\u2019est pas à sa place dans le Quartier Latin d une Université Catholique ; ou lorsqu\u2019on nous fait, à propos de ceci et cela, le procès non seulement de notre censure actuelle, mais de toute censure et des principes mêmes sur lesquels repose une censure artistique et intellectuelle, c\u2019est bien Tartufe et Bousille qu\u2019on nous rejoue, sans trop s en rendre compte, par-delà la rampe.Naturellement, s il suffit pour être chrétien d avoir le chapelet à la main, ou de pouvoir sortir de l\u2019église par la grande allée, la tête haute, je suis prêt à concéder qu\u2019un christianisme de cette espèce n a rien à voir avec l\u2019art et qu\u2019il vaut mieux qu\u2019il ne s\u2019en mêle point.Si, cependant, le christianisme est tout autre chose ; si, bien avant d\u2019être un code de morale, il est une vision du monde, une espérance, une charité sans dimensions ni mesures, je doute que ce qu\u2019il y a de meilleur en I homme, sa puissance créatrice, puisse validement lui rester étranger.Je crois, beaucoup plutôt, que le christianisme, en art comme en vie sociale, est une révolution dont les principes peuvent bien être gâchés par ceux qui la font mal ou sont trop peu éveillés ou trop peu généreux ^ pour la faire, mais qui s\u2019impose pour le progrès de I art et le bonheur de 1 artiste.Le fait est, cependant, qu\u2019à l\u2019heure présente nous acceptons tous, ou à peu près, 306 Le sens des faits une conception de I art qui est aux antipodes de la conception chrétienne.Conception qui vise à faire de l\u2019art un absolu, et de l\u2019artiste un dieu.Là où saint Paul disait que « les esprits des prophètes sont soumis aux prophètes » (I Cor., 14, 32), et qu il en donnait pour raison que ce Dieu, qui est le premier auteur de toute inspiration « n\u2019est pas un Dieu de désordre, mais de paix» (I Cor., 14, 33), on admet comme évidence première, depuis un siècle, et donnée indiscutable que le génie n\u2019a point de règle, que I artiste, surhomme, est son seul maître et son propre code de moralité ; tant et si bien que s il lui plaît de nous assassiner tous, pour se donner à lui-même l\u2019expérience nécessaire à la production de son œuvre, buses que nous sommes il faut nous incliner et dire humblement merci.Le pire, peut-être, est que ce que nous avons perdu de vue, en cette matière, nous chrétiens (je ne discute pas, ici, avec « ceux du dehors », car ceux-là, « c est Dieu seul qui les jugera » (1 Cor., 5, 13), ce ne sont pas des conclusions abstraites et érudites, fruits de longues et lourdes déductions : ce sont les évidences premières, celles que nous supposons toujours et tenons toujours pour admises, peut-être pour n\u2019avoir pas la peine de les envisager.C\u2019est ainsi, par exemple, que dans L\u2019Ecole des Muses (un petit livre formidable, et dont tout le monde parlerait s\u2019il était signé Gide, ou Sartre, ou.), Etienne Gilson, après avoir fait remarquer que peu d\u2019artistes ont obtenu les honneurs d une reconnaissance officielle par 1 Eglise, semble lui-même, à la fin, douter que 1 art soit conciliable avec la sainteté.Je doute fort que tel soit bien le fond de sa pensée, mais je crains qu\u2019en une question si fondamentale il n y ait danger de laisser seulement flotter un soupçon de cette nature.Chose certaine, au plan théorique, il ne serait pas loin d\u2019être hérétique celui qui prétendrait que l\u2019art et la sainteté ne se peuvent rejoindre, mais seulement s entre-détruire.Autant dire que le Christ n est pas mort pour les artistes ou que, pour ceux-ci, le chemin de la Croix est le chemin de la destruction et de la ruine.Plus précisément encore, si le Verbe est venu ici-bas réparer son œuvre, exclure de cette réparation le domaine de I art, c est prétendre que le Verbe n en est point le premier auteur ou qu il n était pas assez puissant pour réparer, au moins dans ce secteur, le désordre causé par le péché.Si, par ailleurs, on passe au plan des faits, je ferai tout d abord remarquer que la majorité des artistes étudiés par Monsieur Gilson dans son livre, sont tous modernes et qu\u2019ils ne pouvaient guère être saints dans leur vie sans cesser d être artistes, parce que, tout d abord, inspirés et Revue Dominicaine guidés par une conception de I art qui, elle, était inconciliable avec notre conception de la sainteté.Cependant, avant eux, le Moyen Age \u2014 je ne peux que le conjecturer a bien pu connaître des artistes qui furent de grands artistes en même temps que de grands saints.De toute manière, si on accepte avec saint Paul que le chrétien doit tout faire « pour la gloire de Dieu, soit que vous mangiez, soit que vous buviez » (I Cor., 10, 31 ), je doute qu il puisse sans contradiction prétendre faire « de I art pour l\u2019art », simplement, absolument.Et sans doute l\u2019Evangile n\u2019exige-t-il que I artiste chrétien trace des lignes chrétiennes sur son canevas, pas plus qu\u2019il n\u2019exige que le cultivateur chrétien sème du blé chrétien dans son champ : mais il exige qu\u2019un chrétien artiste soumette à Dieu, dans toute son œuvre, sa pensée et ses intentions, comme il exige qu\u2019un cultivateur chrétien cultive son champ pour une autre fin que la satisfaction de son ventre et l\u2019accroissement illimité de ses recettes.Sans quitter mon sujet, mais pour lui donner un éclairage différent et qui maintienne le débat à la hauteur des faits, je voudrais rappeler ici certaines données d ordre historique et qui mériteraient qu\u2019on s'y arrêtât.Le monde occidental a connu, au cours des dix derniers siècles, deux grandes Renaissances.Une première, qui s\u2019était assignée la formidable tâche d assimiler le contenu entier de la culture humaine pour le bénéfice et le service de la foi chrétienne (renaissance consciente, volontaire, ardue et non point pure coïncidence historique comme on aime à le penser *\u2014 car, pour ne donner que de grands noms, en face de saint Louis, il y a Frédéric II, et en face de Thomas d Aquin il y a Sieger de Brabant et toute la culture arabe).Chose certaine, pour avoir accepté comme principe de base I idée d une subordination nécessaire de la raison à la foi, de la nature à la grâce, ou tout simplement de I homme à Dieu, cette Renaissance n a point conduit I homme au désespoir, ni I art au goût du néant.Elle témoigne plutôt d une vitalité et d un effort incomparable en vue de I exploitation de toutes les possibilités humaines.Qu on se permette une visite au Musée des Monuments Français, dans I aile de Paris du palais de Chaillot, section de Sculpture : on verra un peu au sein de quelle effervescence a vécu ce monde dont notre seule ignorance a fait une barbarie.Quant à la seconde Renaissance, elle s est assignée >\u2014> après des débuts équivoques et qui auguraient de meilleurs développements « La médecine vaincra demain ».Ed.Casterman, Tournai, Belgique.20 cm.344 pages.Pour connaître les progrès récents et bouleversants de la médecine, ce livre est tout désigné.Les expériences sont là, concluantes, et souvent la photo du savant qui cherche ou qui a trouvé vient ajouter son témoignage.Je vois Hans Selye, ce fils de médecin de Vienne, devenu citoyen canadien depuis une vingtaine d\u2019années, et qui assume à Montréal la direction de l\u2019Institut universitaire de médecine expérimentale.40 assistants et 14 secrétaires s\u2019appliquent à compulser ses recherches dans la « pharmacologie de la saleté », selon son expression.Il y a découvert les hormones : ces substances chargées d\u2019énergie que les glandes secrétent dans le sang.Je vois Sir Alexander Fleming qui découvrit la pénicilline et l\u2019expérimenta triomphalement en 1942, en sauvant la vie d\u2019un ami.Mais c\u2019est un chimiste américain, Dr Moyer, qui trouva le moyen et les capitaux pour la produire en abondance par la culture de champignons.515 Revue Dominicaine Je vois le Professeur Laborit de Paris qui a réalisé pratiquement l\u2019idée du sommeil hibernal artificiel.Je vois le Dr Philip S.Hench qui découvrit la cortisone et l\u2019AGTH.Le Dr Parkes gèle du sperme dans du glycérol à moins de 70 degrés, qui^ garde longtemps sa vitalité et peut être utilisé pour la fécondation.Grâce à ce sperme en conserve, un homme pourrait avoir des enfants 50 ans après sa mort.Ces quelques faits parmi tant d\u2019autres aussi importants ont pour but de montrer l\u2019importance de ce livre que toute personne distinguée doit connaître.A.L.CK.Jacques Leclercq >\u2014> « Mère de notre Joie ».Ed.Casterman, Tournai, Belgique.19 cm.110 pages.L\u2019auteur aborde avec une égale facilité et maîtrise les questions sociales et les problèmes théologiques.Et il ne laisse personne indifférent.Il aime les hommes de son temps et pour eux il projette les lumières de la théologie sur leur vie religieuse quotidienne.C\u2019est un écrivain réaliste.Cette fois il nous ramène à l\u2019essentiel.Après avoir signalé les grands courants de ferveur mariale qui soulèvent le peuple fidèle, il se demande si Marie est toujours subordonnée à l\u2019œuvre du Christ dans la piété populaire ?La méconnaissance de la théologie mariale peut conduire innocemment à séparer la Mère du Fils.Pourtant dans la Rédemption, elle est mère de notre joie parce qu\u2019elle est la mère du Christ.A Jésus par Marie.Mais à Jésus.ce qu\u2019il ne faut pas oublier.Un livre instructif qui nous ramène à la théologie authentique.A.L.Jacques Marsenne »\u2014 « On nous prend pour des enfants ».Ed.Casterman, Tournai, Belgique.19 cm.182 pages.Notre jeunesse en a marre de la littérature souvent fade et volontiers moralisante que l\u2019on servait à ses aînés.Il faut lui parler son langage et c\u2019est pour cela que le nouveau volume paru chez Casterman : « On nous prend pour des enfants » a grande chance d\u2019être bien accueilli du jeune public auquel il s\u2019adresse.Des types farouches, des caractères aux arêtes rudes, des drames intérieurs sombrement vécus, lui plaisent et cela en réaction contre tout ce qui pourrait se rapprocher de près ou de loin à un romantisme énervant.« On nous prend pour des enfants » donnera à nos adolescents ces chocs que recherche une génération dont il faut comprendre la violence au lieu de la juger.Rolland Legault « Le Seigneur de CKâteauneuf ».Fides, Montréal.20 cm.142 pages.Pour les jeunes, un récit romancé et vivant des événements de 1837.516 L\u2019esprit des livres Denise Houle « Les confidences de Lucie ».Fides, Montréal.22 cm.118 pages.En l\u2019absence de son père, une fillette cherche affection et direction auprès de ses frères et sœurs.Un petit drame de vie familiale.M.-A.G.-Coupal \u2014 « Le pèlerin de Compostelle ».Fides, Montréal.22 cm.56 pages.Paul Berthier « La Vierge au lutrin ».Fides, Montréal.22 cm.56 p.Henri Brochet « Le passeur du torrent ».Fides, Montréal.22 cm.54 pages.Saint Jacques le Majeur, sainte Cécile, saint Christophe viennent tour à tour dans ces trois volumes édifier la jeunesse.Elle y trouvera tout l\u2019intérêt et plus des meilleurs romans d\u2019aventure.Des heures exaltantes les attendent.Paul Guth \u2014 « Moustique et Barbe-Bleue ».Imagé par Alain Grée.32 cm.Henri Bosco « Bras de fer ».Imagé par Romain Simon.32 cm.Joseph Peyre « Le pré aux ours ».Imagé par Rouilly et Le Chevalier.32 cm.Marcelle Vérité >\u2014> « Curiosités du monde animal ».Imagé par E.Ivanovsky.32 cm.M.de Saint-Pierre r- « La belle histoire du Curé d\u2019Ars ».Imagé par M.Girard.28 cm.Alain Grée \u2014 « Les bruits du marin ».Col.Farandole.26 cm. Table des matières Volume LXIV, tome II Juillet à décembre 1959 Belleau, Thérèse .Blais, Marie-Claire .Dion-Lévesque, R.Dussault, Jean-Claude .Fontaine, Paul.Floresco, R.A.Floresco, R.A.Goulet, Elie.Laurand, Luce.Laurand, Luce.Leblanc, O.P., Th.Ouelle, Christian .Plourde, O.P., Ant.Pruche, O.P., Benoît .Pruche, O.P., Benoît .Marie-Céleste, Sœur .Mélançon, C.S.C., O.Meunier, Jean.Monette, O.P., A.-M.Monette, O.P., A.-M.Murin, Charles.Robert, Guy.Robert, Guy.Robert, Guy.Robillard, O.P., H.-M.Saint-Ferdinand, Sœur .T illard, O.P., J.M.R.Verval, Alain.Yamada, A/tira.Dumont, Micheline .Dumont, Micheline .Floresco, R.A.Jean XXIII, S.S.Lamarche, O.P., Ant.Lamarche, O.P., Ant.ARTICLES DE FOND Les droits de l\u2019homme.73 La mort d\u2019un Seigneur (poème).65 La Quête (poème).193 Un Sâdhou chrétien en Inde.103 Approximations sur l\u2019analphabétisme.82 Le film et la vie.147 Son et lumière sur l\u2019Acropole.290 L\u2019art de Charles Du Bos.130 Psaume pour la fin du jour (poème).3 La porte verte.138 Qu\u2019attendons-nous pour agir ?.93 Nativité (poème).257 Bible et vocation.195 Je crois à la vie éternelle.17 Dimensions de la Paix.271 La spiritualité de Chantal de Clergerie .\t67 L\u2019Ascèse de l\u2019affectivité.163 Rina Lasnier et le tribut de l\u2019expérience .217 Réflexions « A l\u2019ombre de l\u2019Orford ».156 Promenade à travers le « Cimetière marin » .214 Conquête de la liberté et Christianisme .204 La jeune poésie canadienne-française.36 Chances de la jeune littérature.229 La jeune poésie can.-française à Saint-Sauveur 284 Analogie métaphorique.25 Bienheureuse Marguerite d\u2019Youville.4 L\u2019Eucharistie, cœur de la vie liturgique .259 Regards (poème).129 Le Christianisme au Japon.159 LE SENS DES FAITS Bousille et les Justes.248 Le Baladin du monde occidental.301 La visite de M.Khrouchtchev aux Etats-Unis 245 Lettre à la Commission Léonine canadienne 178 Les exigences actuelles du ministère de la prédication.47 Plaidoyer pour la culture latine.51 Revue Dominicaine Lamarche, O.P., Ant.Lamarche, O.P., Ant.Lamarche, O.P., Ant.Lévesque, O.P., G.-H.Lévesque, O.P., G.-H.Marsolais, Gilles.Marsolais, Gilles.Marsolais, Gilles.Mailhiot, O.P., M.-D.Marie-J osef a.Monette, O.P., A.-M.Monette, O.P., A.-M.Monette, O.P., A.-M.Monette, O.P., A.-M.Pilon, Jean-Guy.Robert, Guy.Robillard, O.P., H.-M.Smith-Roy, P.Smith-Roy, P.Smith-Roy, P.Smith-Roy, P.Smith-Roy, P.Vérieul, D.X.X.Yamada, Ahira.Lettre ouverte à Maître Pierre F.Côté .176 M.Thomas Maher, président de la Galerie nationale du Canada.242 A Québec, avec Mgr de Laval, en octobre 1959 243 Hommage au nouveau Gouverneur Général du Canada.107 Hommage au T.H.Vincent Massey.240 La Comédie Française aux Festivals.110 Le disque rouge.249 Tête d\u2019Or.303 La Didachè, Instructions des Apôtres.180 Quarante-Heures (poème).107 Vers l\u2019intérieur de l\u2019Assomption.46 La rentrée des écoles.109 La vie spirituelle et le Rosaire.175 Citadelle.300 Journal de bord d\u2019un lecteur.53 Festival 1958 de Radio-Canada .112 Bousille cela se vit.306 La traite des êtres humains.48 L\u2019éducation des filles.50 L\u2019Eglise et le Théâtre.115 Le problème africain vu par un humaniste .117 De Confucius au Christ.119 Chronique des disques .56, 120, 187, 251, 310 Caritas et les campagnes de charité.185 Des Canadiens au Congrès national de « Holy Name », en Louisiane.299 Un Japonais lit un livre français sur le Japon 183 Balthasar, Hans Von .Beauvoir, S.de.Becqué, Louis.Bégin, Emile.Behler, 0.P., G.-M.Bertrand et Caron.Ber tse he, S.O.L.Bonsirven, S.J., J.Carré, 0.P., A.-M.Carrière, 0.M.I., G.Cayré, A.A., Frs.Charlier, O.P., J.-P.Collaboration, En.Croix, P.-M.de la .Delhaye, Ph.Fourrure, G.Franc, Marie Le.Friedrich, Rud.Gay, R.-M.BIBLIOGRAPHIE La prière contemplative.60 Mémoires d\u2019une jeune fille rangée.61 Les trois mariages .123 François de Laval.253 Les confessions de Jérémie .314 L\u2019apprentissage, principes et réalisations.314 Epouse du Christ.125 Vocabulaire biblique.60 Le vrai visage du prêtre.312 Histoire documentaire des O.M.\t1.64 Saint Augustin et la vie théologale.253 Le signe de Cana.123 Humanités Gréco-Latines.313 L\u2019Evangile de Jean.122 Espérance et vie chrétienne.127 Les châtiments divins.254 Enfance marine.\t62 La médecine vaincra demain.315 Vocation et discernement des esprits.313 519 Revue Dominicaine Gasnier, Michel.Gibeault, Gaston.Gorce, Dr D.Grandpré, C.S.V., M.de Hertel, Frs.Hunermann, G.Knekemans, Albert.Laurentin, René.Leclercq, Jacques.Lecomte, Jacques.Lefebvre, Dom G.Lefebvre, Dom G.Ley, Willy.Luyten, O.P.N.-A.Marsenne, Jacques.Martinez, Mgr L.-M.Meersseman, O.P., G.-G.Parsch, Dom Pius.Pie XII, S.S.Pouhot, S.J., Léon.Provlx, S.J., Ar.Reboux, Michel.Richard, L.Rotureau, G.Rumilly, Robert.Salet, S.J., G.Schmitt, Dom.Shulte, Nevil.Simard, Jean.Stolpe, Sven.Théorêt, P.-E.Fillette, Louis.Ma confirmation.125 Au cours des jours.127 Choix de pensées du Cardinal Newman.62 L\u2019éducation et la formation religieuse des adolescents .313 O Canada, mon pays, mes amours.126 Le vainqueur du Grapin.126 Préparation au mariage et à la famille.60 Procès de Lourdes, vol.II.59 Mère de notre Joie.316 Hérédité et civilisation.191 Vie et prière.256 La grâce de la prière.316 Transformer la terre.191 La condition corporelle de l\u2019homme.313 On nous prend pour des enfants.312 Le Saint-Esprit.63 L\u2019hymne acathiste en l\u2019honneur de Marie.312 La grâce à la lumière de l\u2019année liturgique.124 La presse et les lectures .122 Le premier retraitant du Canada .62 Mon Tangli.62 Demain l\u2019Antarctique.255 Le Mystère de la Rédemption .255 Amour de Dieu, amour des hommes.126 Histoire de la Province de Québec, tome XXXI.122 Le Christ notre vie.59 Marie-Madeleine.125 Bonnes vacances Mr.Howard.315 Les sentiers de la nuit.126 La nuit de l\u2019Ofhammer.315 Monsieur Lussier.124 Foi et sacrement.63 Revue mensuelle publiée à Saint-Hyacinthe, P.Q.ABONNEMENTS : CANADA : $5.00 s ÉTRANGER : $5.50 AVEC LE \u201cROSAIRE\u201d : 75 SOUS EN PLUS ; LE NUMÉRO » $0.50 ; ABONNEMENT DE SOUTIEN ; $10.00 DIRECTION» MAISON MONTMORENCY, COURVILLE (QUÉBEC-5), P.Q.ADMINISTRATION : 5375, AV.NOTRE-DAME DE GRÂCE, MONTRÉAL-28 t Autorisé comme envoi postal de la deuxième classe, Ministère des Postes, Ottawa » La Revue n\u2019est pas responsable des écrits des collaborateurs étrangers à l\u2019Ordre de Saint-Dominique 520 CE MOIS-CI BERTRAND Disc & Hi-Fi vous offre GRATUITEMENT ce catalogue de 20 000 microsillons et DIVIDENDE de 50* sur tous les disques COLUMBIA BERTRAND DISC & HI-FI 1482 ouest, Sainte-Catherine, Montréal, P.Q.Veuillez me faire parvenir, sans obligation de ma part, votre documentation au sujet de votre plan CO-OP.Notn .A dresse .Ville .Librairie FLAMMARION LIVRES ET DISQUES Commandes téléphoniques acceptées Service postal 1243, rue Université Tél.UN.6-6381 MONTRÉAL, P.Q.DON D\u2019UN AMI À MONTRÉAL LA NEIGE.mais Les Voyages André Malavoy vous offrent le soleil Demandez notre dépliant spécial qui suggère les vacances 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Allocution aux premiers éducateurs spécialisés .La profession d'éducateur spécialisé de l'enfance et de la jeunesse .L'apport de la Psychologie à la rééducation des jeunes délinquants \u2014 l'Expérience de Boscoville .La formation religieuse dans la rééducation .Psychologie pastorale et problèmes de la direction de conscience .L'intégration interethnique : ses déterminants psycho-culturels .Sur le développement socio-culturel du Canada français .S.Em.le Card.P.-E.Léger Henri Bissonnier Jeannine Gnindon D.H.Salman, 0.P.Noël Naillonx, 0.P.Bernard Nailhioi, 0.P.Marcel Rioux LIBRAIRIE DOMINICAINE 5375, Av.Notre-Dame de Grâce \u2014 MontréaI-28 Tél.HUnter 1-0369 * N.B.-\u2014' La Librairie Dominicaine occupera ses nouveaux locaux en janvier prochain à 2715, Côte Sainte-Catherine, MontréaI-26 1 I 1 I 1 1 1 I 1 1 I 1 I 1 XIII \tIIIIIIIIIIIIIIIUÜ 1\tj; Y avez-vous pensé ?|\tj|\tDéjà tous voyez venir Noël et ses cadeaux ?|\tj;\tAvez-vous pensé offrir en cadeau |\tLA REVUE DOMINICAINE?|\tj:\tVous n\u2019avez qu\u2019à nous envoyer dès maintenant les noms et «; adresses de ces personnes que vous désirez abonner ainsi que |\tîj\tle montant requis :\t; |\t3 personnes abonnées durant une année : $14.00\t; |\t5 personnes abonnées durant une année : $20.00\t; |\tPour Noël nous leur enverrons une carte de souhaits\t; !\t\t< i\t::\t:\tl\ti I\tü ?\t= ?\tn ?\t= ?\t= ?\t= ?\t= >\t= ?\t= ?\t= ?\t= ?\t= ?\t= ?\t= ?\t= ?\t= ?\t= ?\tE= ?\t= ?\t= ?\t= ?\t= ?\t= ?\t= = E E E = = = \u2014 = E E \u2014 * = = = = = = E E E E = = » = = ee \u2014 ; \u2014 = = = \u2014 \u2014 5E :== i\ti:\ti | j;\tUn numéro spécial de la\ti | i;\trevue « Marie » ayant pour thème\ti 1 i|\tMARIE ET L\u2019ORDRE 1\tDES FRÈRES-PRÊCHEURS I\tparaîtra en décembre 1959\ti i\tj»\t.\t« I\tCeux qui désirent obtenir ce numéro, s.v.p., écrire à\t« 1 I\tLA LIBRAIRIE DOMINICAINE\tj 1\t
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