Voir les informations

Détails du document

Informations détaillées

Conditions générales d'utilisation :
Protégé par droit d'auteur

Consulter cette déclaration

Titre :
L'action nationale
Éditeur :
  • Montréal :Ligue d'action nationale,1933-
Contenu spécifique :
Janvier
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Action canadienne-française, ,
  • Tradition et progrès,
Lien :

Calendrier

Sélectionnez une date pour naviguer d'un numéro à l'autre.

Fichier (1)

Références

L'action nationale, 1938-01, Collections de BAnQ.

RIS ou Zotero

Enregistrer
[" L'ACTION NATIONALE revue mensuelle Volume xi Directeur: André Laurendeau Ligue d\u2019Action Nationale 3472, rue Hutchison MONTRÉAL Sixième année 1er semestre 1938 Pour une collaboration vivante L\u2019an dernier nous avons publié quelques articles signés par les membres du Jeune-Canada.Désormais, leur collaboration sera plus suivie.Nous sommes heureux d\u2019ac-cuelltr nos jeunes amis et nous espérons que leur présence communiquera à la Revue plus de vigueur et plus d\u2019al-tant.Ils exprimeront librement leur pensée.Leur imposer une censure tracassière, ce serait risquer d\u2019enlever à leurs textes cette verdeur et ce mordant qui plurent jadis et constituèrent une partie de leur efficience.Inversement, leur responsabilité sera engagée exclusivement pat les arti-clés qu\u2019ils signeront.D\u2019ailleurs, ç\u2019a toujours été l\u2019un de nos désirs et il est bon que l\u2019occasion nous soit donnée d\u2019y insister: en deçà de quelques principes fondamentaux, nous voulons lais- Ser\u201e\\n°S C0llabocateurs le Plus de liberté possible.Le collaborateur n\u2019est pas un monsieur dont le rôle consiste a signer des pages auxquelles il ne croit pas, ni le directeur, un personnage chargé d\u2019émasculer la pensée des autres.Faut-il le dire?nos jugements ne s\u2019identifient pas toujours avec ceux de nos amis; nous ferions Volontiers des chicanes a plusieurs d\u2019entre eux sur des vétilles, et parfois sur des questions qui nous tiennent à coeur mais \" engagent pas l\u2019essentiel.Eh quoi! parce que telle critique frappe raide, que tel essai juvénile manque ici et là e réalisme ou de mesure, faut-il tailler, couper, lécher friser un article a sa guisef Ce serait le moyen le plus sûr de rendre la Revue terne. 4 L'ACTION NATIONALE Respect pour la pensée du collaborateur, respect aussi pour celle du lecteur.Inutile de dogmatiser là où il n\u2019y a point de dogme.Sur plus d\u2019un point, la discussion reste ouverte.S\u2019il y a la part des directives, il y a aussi celle de la recherche.Donc, celle de la liberté.Tout ceci demeure complexe.Il y a trop de scepticis-mes dans notre monde pour que nous nous amusions a les aggraver.Mais aussi, trop de fausses certitudes pour que nous résistions à la nécessité de les détruire.Nous nous efforcerons de trouver l\u2019équilibre.Que le lecteur, homme libre, nous y aide.L\u2019ACTION NATIONALE D'une manière intelligente de \"perdre\" son temps.\u2022 Une semaine d\u2019initiation à la doctrine de l\u2019Église se tenait \"S * ¦'« ^ T os nmfesseurs invités étaient presque tous des laïcs de\tle \u2014 un jeune Jociste); on leur laissa carte blanche.Vnîià sans doute l\u2019une des initiatives les plus Heureuses pnlS par nos maisons d\u2019enseignement ces temps derniers. Le bilinguisme au Canada Au début de cet ouvrage (1), nous avons dit que le bilinguisme comporte quelque chose de violent dans la vie nationale d\u2019un peuple.Cette violence s'est manifestée à l\u2019aube de notre vie canadienne alors que notre nationalité.à la lumière des textes et de l'esprit des constitutions diverses qui l\u2019ont régie, a voulu orienter sa vie ethnique dans le sens de son destin.Notre irrédentisme a transformé nombre d\u2019assauts en victoires.Il reste cependant^ que la nécessité de vivre sur la défensive nous a empecbes de prendre conscience de nos valeurs culturelles.Que nous révèle l\u2019héroïque histoire des minorités rançaises?Une série de violations.La fraternité du credo, l\u2019unilinguisme lui a préféré les alliances hostiles.J\u2019admets ce que comporte de beauté morale la lutte pour un droit.Comment oublier, d\u2019autre part, que la civilisation française requiert, pour s'épanouir, plus de calme et d\u2019apaisement que ne lui en procurent les provinces an-glo-canadiennes?Où nous dominons par le nombre, même spectacle attristant dont nous sommes les seuls responsables et que n illumine même pas la clairvoyance des dangers.Une vie française eût pu s\u2019organiser dans le Québec avec un de vue culturel- asnert®\td blllngu\u2018sme au point aspect psychologique.P\tqUC' aspect Pédagogique, 6 L\u2019ACTION NATIONALE minimum d\u2019esprit de suite.Une fausse sécurité nous a fait oublier que nous vivions dans un climat d\u2019essence économique.La lutte nous a couverts de gloire; elle a permis à nos adversaires de nous devancer.De leur avance matérielle, ils nous accablent.La dictature économique.en nous courbant sous son joug, nous a habitués à son service.Elle a dévalorisé, en la privant de la puis- sance matérielle, la civilisation française à laquelle nous nous targuons d\u2019une indéniable appartenance et d\u2019une efficace participation.La fierté française, comment l\u2019insuffler à la masse de notre peuple, accule au proletariat, forme moderne de la servitude antique, et à notre classe moyenne qui, vivant en tutelle, devient la victime de tous les mimétismes?L\u2019invite au décalque a répondu au vide de nos consciences d\u2019où le parfum d une mysti-que achève de s\u2019évaporer.Examinez la situation du Canada français, groupe central et groupes satellitaires.Tous s\u2019agrippent a une réalité française qui s\u2019amenuise.C\u2019est l\u2019enlisement dans l\u2019unilinguisme pratique qui fera de notre langue la langue seconde.Elle se réfugiera d\u2019abord au foyer et, celui-ci une fois accaparé, on la reléguera parmi les langues mortes.Elle sera pour l\u2019élite affaire de conviction ou de raffinement.La majorité des nôtres ne lui concédera plus d\u2019utilité pratique à cause de notre infériorité economique.N\u2019en sommes-nous pas à ce point ultime rendus, nous qui la défendons comme instrument de communication sociale seulement?N\u2019en faisons-nous pas uniquement l\u2019enjeu d\u2019une victoire de l\u2019éloquence et de la dialectique, nous qui avons tant de misère à la bien parler comme une langue vivante? LE BILINGUISME AU CANADA\t7 Une langue, c\u2019est l\u2019expression d\u2019une culture et le véhicule d\u2019une civilisation.Telle, elle réclame mieux qu\u2019une protestation verbale: un effort constant de sublimation.Elle exige une armature plus ferme que la nôtre pour ne pas subir la corrosion extérieure et la désaffection intime.Outre la prédominance que restreignent sans cesse le bilinguisme pratique et le bilinguisme scolaire, en train d abaisser notre étiage intellectuel et humain, la langue postule la vivification continue d\u2019un enseignement A cette unique condition, l\u2019illustration de la langue par les oeuvres est possible.Je veux bien reconnaître l\u2019immense mente de notre enseignement français.Si je le juge à ses fruits, me contestera-t-on d\u2019en estimer l\u2019efficience d\u2019une notoire insuffisance?Au jugement de fait historique, c est un jugement de valeur intégrale qu\u2019opposent ceux qu inquiété la pusillanimité de notre éducation nationale.La restauration de la culture française, voilà ce qui importe, non pas une culture étriquée par le conformisme, mais comprehensive et sans césure, au nom du réalisme.Tel réalisme \u2014 pourquoi ne pas dire le bon sens?\u2014 nous avertit de la puérilité de vouloir rester français en tournant le dos à la France.Cette attitude ne nous permettrait guere que de profiler l\u2019ombre d\u2019un demi-humanisme sur une jeunesse qui aspire d'abord à être avant qu on ait le droit de lui reprocher de ne pas agir.Quelque chose de violent que l\u2019état de peuple bilingue.C est meme quelque chose de tragique.Certes, le tragique figure dans nos vies individuelles aux confins de la chair et de l\u2019esprit, au voisinage hasardeux de nos cellules.Chez nous, on le trouve, comme dans toutes les sociétés modernes, impliqué dans la soumission ou la 8 L\u2019ACTION NATIONALE rébellion de la sexualité.Eternel problème de l\u2019instmct de vivre que les esprits égrillards ridiculisent, que les pudibonds méconnaissent, ignorant la métaphysique de l\u2019incarnation, que les freudistes exaltent à outrance, n y voyant pas le doigt du Créateur des individus et des races.Historiens et philosophes qui ont une plus juste notion de l\u2019homme et de la société assignent à l\u2019instmct une place légitime.Une part plus large qu\u2019au pain quotidien, reconnu par le Pater, puisqu\u2019il assure une permanence ethnique.Mais une race se perpétue bien plus par l\u2019esprit que par la chair.Elle ne se survit qu\u2019en prolongeant certaines lignes de forces.Les races dont le legs intellectuel constitue le plus riche avoir de l\u2019humanité ne furent pas les plus grandes numériquement.Autre élément dramatique de notre vie: d\u2019une part, les névroses hideuses qui s\u2019étalent comme des champignons sur les cèdres pourris et, d\u2019autre part, la démission devant l\u2019acte vital, au point de vue culturel.Le bilinguisme, dont seule notre émancipation matérielle atténuera la nécessité, nous l\u2019acceptons comme état normal.Une certaine pédagogie utilitariste ose même y voir un état idéal.Voici la vérité toute nue: c\u2019est un acheminement vers la stérilité, un regime dont il faut atténuer la nocuité, un mal dont il faut enrayer la virulence.L\u2019observation de la précarité de notre vie nationale \u2014 économique, sociale, intellectuelle, artistique _ est corroborée par la psychologie expérimentale.L\u2019une et l\u2019autre s\u2019accordent, qui restent sur le concret.Notre impuissance culturelle n\u2019est-elle pas une forme de refus à l\u2019acte vital?Le vital, pour une race française, consiste à pouvoir se créer des cadres adéquats, des insti- LE BILINGUISME AU CANADA 9 tutions qui s imposent en face des institutions rivales, une vie qui soit un apport original à la civilisation canadienne.Une nationalité ne saurait compter sur des castrats pour sa survivance.Gardons-nous de ne voir dans le problème du bilinguisme que l\u2019aspect négatif.Nous doit intéresset bien davantage son aspect positif.Aussi prônons-nous une promotion de notre enseignement du français.Nous incluons, dans le faisceau des forces nécessaires à la survivance d\u2019une culture, les énergies spirituelles.Nous opinons cependant que le catholicisme dont on nous a accoutumés de vivre devra élever la culture sur le plan de l\u2019humanisme, si l\u2019on veut éviter le divorce entre le couple accidentel que forment l\u2019idée religieuse et l\u2019idée française.Défendre la langue restera un devoir à diversifier selon les circonstances.En réclamer la liberté de l\u2019enseignement s\u2019imposera chez les minorités.Dans le Québec, inutile de dire que le problème de la culture se pose autrement.Que notre vie atteigne l\u2019altitude qui en fera une valeur exemplaire pour nos frères de la disper-sion.L opiniâtreté dont témoignent les minorités françaises et l\u2019insouciance que nous affichons au service de notre culture ne seraient-elles pas annonciatrices du jugement auquel n\u2019échappe pas une civilisation qui trahit?Ne serions-nous pas dignes du procès dont parle le mythique Ftanz Kalka?Nécessité d\u2019un catholicisme plus positif dont la mystique nous prémunira mieux que le \u201cpréjugé philistin\u201d contre le communisme.Nécessité d\u2019un enseignement qui nous refera, pour les besoins de l\u2019heure présente, une âme plus française.Nécessité d'une promotion 10 L\u2019ACTION NATIONALE culturelle qui nous rendra plus dignes de nos innéités françaises.Triple nécessité que l\u2019on veut éluder, tant il est vrai que l\u2019organisme social porte en soi, comme l'humain d\u2019ailleurs, les germes qui le dissocieront, et dont le développement imperceptible mais implacable lui cache l\u2019issue mortelle.Mise en demeure, une société se récuse.Ses chefs regimbent.A l\u2019optimisme qui les condamne, ils se cramponnent comme à des certitudes, et l\u2019accusateur qui se dresse pour dévoiler les connivences, stigmatiser les routines, saper les conformismes, se suscite parfois des adversaires inattendus.Qu\u2019importent la bonne foi qui s\u2019égare et la duplicité qui s\u2019entête.On n\u2019élude point le réquisitoire immanent des faits.En leur brutalité, les faits nous avertissent, qu\u2019ils soient d\u2019ordre historique, pédagogique ou psychologique, que l\u2019esprit français, que la langue française, que la culture française, les trois termes du problème non seulement de notre survivance, mais de notre vie, n\u2019ont pas encore reçu leur solution satisfaisante.Notre épanouissement normal attend toujours la surrection vigoureuse de la volonté.Par la vertu d\u2019une mystique, puisse-t-elle faire converger les efforts vers le problème culturel.Sinon, nous serons accablés du châtiment que Paul Claudel, dans Le Repos du Septième jour, considère comme le plus terrible qui soit réservé à l\u2019homme, celui \u201cdes damnés par la lumière\u201d.Fulgurence qui nous révélera à nous-mêmes, tels que nous sommes, dans l\u2019indigence de notre demi-humanisme et la laideur de notre nudité spirituelle.Hermas BASTIEN La ruralisation de l'école rurale Il n y a pas bien des années, le jeune rural devait, vers l\u2019age de douze ou treize ans, opter entre le cours classique et 1 adieu à l\u2019école.On envoyait au collège classique l\u2019enfant qu\u2019on destinait au sacerdoce.S\u2019il lui arrivait de se diriger vers une profession libérale, on en tirait quelque orgueil, non sans avoir manifesté un peu de chagrin.L\u2019enfant qu\u2019on ne destinait pas au sacerdoce devait se contenter d un modeste cours primaire élémentaire, très élémentaire.Au sortir de ce cours, il fermait les livres.Aujourd\u2019hui, heureusement, on admet de plus en plus que l\u2019instruction est indispensable à d\u2019autres qu\u2019aux prêtres, aux médecins et aux avocats.L\u2019instruction agricole, en particulier, recrute chaque année un grand nombre de nouveaux adeptes.Heureux signe des temps! Mais on semble ignorer que notre province est plus riche en ressources industrielles qu\u2019en ressources agricoles.On semble oublier que le succès de notre agriculture sera à l\u2019avenir de plus en plus commandé par l\u2019évolution de notre activité économique prise dans son ensemble.En effet, nul ne saurait décemment nier que notre problème agricole est bien plus un problème économique qu\u2019un problème technique, scientifique.De cela, notre enseignement ne tient pas compte.A la campagne, l\u2019école n\u2019a pas évolué dans le sens qu\u2019elle aurait dû suivre.Le cours classique reste à sa place.En dépit de ses symptômes de décrépitude, souhaitons du moins qu\u2019il 12 I/ACTION NATIONALE reste lui-même.Nous en avons besoin plus que jamais.Gardons-nous d\u2019oublier que le cours classique existe pour ceux qui le suivent.A force de s\u2019apitoyer sur le sort des malheureux qui l\u2019ébauchent à peine, on risque fort d'annihiler les avantages qu\u2019il offrait jadis et qu\u2019il devrait continuer d\u2019offrir à ceux qui le suivent au complet.Mais.glissez, mortels.Au-dessous du cours classique, le cours primaire élémentaire ne répond pas aux exigences de la vie moderne.Quel complément y avons-nous apporté?Un complément commercial, importé en vrac des villes, pour lesquelles il avait été inventé.Apporté à la campagne par des éducateurs de ville, il est resté un produit d\u2019importation, non falsifié.Pour mettre le comble, nos collèges classiques se sont évertués à le copier.La plupart de nos collèges classiques des centres ruraux annoncent avec emphase un \u201ccours commercial bilingue\u201d ou quelque chose d\u2019analogue.Résultat?Dans nos campagnes, collèges classiques et académies commerciales déversent chaque année des gratte-papier qui se hâtent d\u2019aller moisir dans les villes ou, ce qui est encore plus lamentable, des fils de cultivateurs qui languissent comme des déracinés sur le bien paternel.Je ne connais rien de plus triste que le spectacle d\u2019un fils de cultivateur étalant devant moi son diplôme commercial pour témoigner de son aptitude aux oeuvres sociales et aux entreprises économiques.Braves amis, que votre sort est cruel! Nos campagnes ont donc emprunté aux villes un enseignement commercial défectueux, alors qu\u2019il aurait fallu créer sur place le complément requis pour combler LA RURALISATION DE L\u2019ÉCOLE RURALE 13 le vide entre le primaire élémentaire et les humanités classiques.Est-ce à dire qu\u2019il eût mieux valu copier servilement les systèmes français ou américain?Nous l\u2019avons déjà trop fait.L\u2019enseignement moyen qui s\u2019adapte aux besoins de la jeunesse française ne répond pas à nos exigences.Au sortir du primaire élémentaire, le petit Français possède un embryon de culture puisé dans la famille et dans le milieu national, tandis que le petit Canadien français est ignare.D\u2019un autre côté, l\u2019enseignement utilitaire qui se donne aux Etats-Unis et chez les Canadiens anglais ne satisfait pas nos esprits avides de principes et de théories.Encore une fois, c\u2019est chez nous même que nous devons inventer le système d\u2019enseignement qui nous convient.Toute importation en bloc nous est préjudiciable.Notre enseignement moyen doit en tout premier lieu tenir compte du degré d\u2019évolution des cerveaux qu\u2019il a à développer.Sur ce point nul ne me contredira.Je n\u2019insiste pas.Il doit aussi tenir compte du milieu dans lequel il se donne.Ce principe implique la connaissance du milieu.Ici, il est plus difficile de s\u2019entendre.Certains éducateurs sont bien convaincus que notre province est agricole dans son ensemble: d\u2019autres soutiennent qu\u2019elle est surtout industrielle.Les uns et les autres ne sont pas loin d\u2019avoir raison.Sans attendre les rapports de l\u2019office qui prépare à l\u2019heure actuelle l\u2019inventaire de nos ressources naturelles, il n\u2019y a aucun risque à dire que nos ressources industrielles sont infiniment plus variées, plus abondantes et plus riches que nos ressources agricoles.Malgré cela, ou plutôt à cause de cela, nous devrons toujours 14 L\u2019ACTION NATIONALE nous méfier d\u2019une orientation en masse vers l\u2019industrie, d\u2019autant plus que l\u2019agriculture se révélera de plus en plus indispensable et de plus en plus rémunératrice (à condition qu\u2019elle se perfectionne) à mesure que nos industries prendront de l\u2019expansion.Quelles que soient nos perspectives et nos ambitions, notre enseignement rural doit donc s\u2019inspirer d\u2019abord des besoins de l\u2019agriculture.Nous avons besoin d\u2019agriculteurs au fait de la technique moderne.Nos écoles moyennes d\u2019agriculture commencent à nous en donner.Souhaitons que nos académies paroissiales remplacent leurs cours commerciaux par des cours postscolaires d agriculture.Quant à l\u2019école du rang, il faudrait au plus tôt la débarrasser de tout ce qui n\u2019est pas indispensable à l\u2019enseignement de base.La technique agricole est indispensable, mais elle n\u2019est pas une panacée.La production est à la base du succès, mais à mesure qu\u2019elle s\u2019intensifie, le problème de la mise sur le marché se complique.L\u2019Union catholique des Cultivateurs, par exemple, préconise l\u2019organisation de coopératives de toute nature, coopératives d\u2019épargne et de crédit, coopératives de transformation, coopératives d\u2019achat et de vente.Pour diriger ces institutions, il faut des hommes qui sachent autre chose qu\u2019aligner des chiffres ou manier la machine à écrire; même la connaissance de l\u2019anglais n\u2019est pas un brevet de compétence pour un gérant de coopérative.Pour gérer ces entreprises, il faut des esprits ouverts, des hommes qui joignent à une certaine culture générale la connaissance des affaires, des institutions civiques et quelques notions de droit.Ces hommes, ces chefs, c'est dans leur région qu\u2019il faut les LA RURALISATION DE L\u2019ÉCOLE RURALE 15 former, c est-à-dire dans le milieu même où ils sont appelés à évoluer.A côté de 1 exploitation agricole, il est inévitable et indispensable que se développent des petites et moyennes industries.La connaissance de nos ressources naturelles et de nos marchés fera surgir ces industries.Elles naîtront viables à condition que nous ayons des hommes, et non pas des mannequins, pour les diriger.Là encore nous aurons besoin du technicien, de l\u2019ouvrier spécialisé, mais nous aurons surtout besoin du chef d\u2019entreprise.Qu\u2019il s agisse de transformer sur place des produits agricoles ou de lancer des industries répondant aux besoins et aux possibilités d\u2019une région donnée, il faudra que les chefs d\u2019entreprise possèdent une formation qui les prédispose à la connaissance parfaite du milieu, des débouchés, et même de l\u2019éventualité de la concurrence étrangère.C\u2019est dire que notre enseignement rural moyen doit tenir compte des besoins de la région où il se donne.Sans doute l'enseignement a-t-il pour objet de mettre le jeune homme en mesure de gagner sa vie; mais il doit envisager en même temps le bien général.Or le bien général exige que chaque région utilise ses hommes, qu\u2019elle tire d\u2019eux le maximum de profit, tout en leur permettant de gagner leur vie honorablement.Chaque région a en outre besoin de garder ses capitaux et de les faire servir à son développement.Deux institutions existantes se prêtent merveilleusement à la régionalisation des capitaux: les caisses populaires Desjardins et les mutuelles-incendie de paroisse ou de comté.D autres institutions analogues surgiront sans doute d\u2019ici quelques années.Qu\u2019on leur donne des directeurs 16 L\u2019ACTION NATIONALE compétents.Elles sauvegarderont l\u2019épargne populaire et la feront fructifier, tout en fournissant le nerf de la guerre à toutes les entreprises locales.Chaque région de notre province \u2014 étant elle-même une petite province \u2014 a besoin d\u2019une organisation économique complète.Esprit de clocher?Pas tant que cela.11 s\u2019agit tout au plus de supprimer les parasites que sont les intermédiaires.La collaboration entre régions est plus facile et plus efficace que la collaboration (il faudrait dire le marchandage) entre individus de régions différentes.Cela revient à dire que l\u2019enseignement rural moyen doit former des hommes d\u2019initiative, assez larges d\u2019esprit pour voir et apprécier ce qui se passe dans les autres comtés et même dans les provinces avoisinantes, mais assez régionalistes pour susciter et pousser de l\u2019avant des entreprises destinées tout particulièrement à promouvoir les intérêts de leurs régions respectives.A qui reviendra l\u2019honneur de former ces chefs d\u2019entreprise, ces hommes d\u2019initiative, ces régionalistes?Je l\u2019ai déjà dit, il me semble que nos collèges classiques sont tout désignés pour prendre les devants.Je ne souhaite pas qu\u2019ils accaparent, mais qu\u2019ils donnent le ton.Ils sont bien placés pour le faire.La plupart de nos diocèses forment des entités géographiques distinctes, susceptibles de constituer autant d\u2019entités économiques.Situé au centre du diocèse, le collège classique, séminaire diocésain dans la plupart des cas, forme les guides religieux et civils de la région.Je ne vois pas d\u2019objection à ce qu\u2019il forme aussi les guides économiques.Il y réussira à condition de se débarrasser de son \u201ccours commercial bilingue\u201d.De grâce, qu on laisse aux LA RURALISATION DE L\u2019ÉCOLE RURALE\t17 écoles primaires des villes ces cours abâtardissants.Au lieu de déprécier les humanités classiques en essayant de les moderniser, qu on organise à côté un cours moyen répondant aux besoins de ceux que les études classiques n intéressent pas.Au lieu de farcir les jeunes ruraux de chiffres et d\u2019anglais, avant de les envoyer dans les villes, qu\u2019on leur donne un enseignement adapté aux besoins de la région, afin qu\u2019ils y restent et s\u2019y rendent utiles.Il faut donc remplacer le cours commercial actuel par un cours d'affaires ou d\u2019initiative économique.Le nom importe peu.Ce qui importe, c\u2019est qu\u2019on sorte le primaire du collège classique.On dégagera ainsi les humanités, en attirant à côté d\u2019elles les jeunes qui viennent au collège pour quelques années seulement.Ces jeunes dépourvus de persévérance (ou de finance) acquerront une formation qui les orientera au lieu de les dérouter.Ne venant pas au collège diocésain pour y poursuivre des études élémentaires, ils seront servis à souhait, sans encombrer inutilement les classes du cours de lettres.Gardons-nous, d\u2019un autre côté, de tomber dans le prétendu \u201cscientifique\u201d.Science malheureuse, que de crimes ne commet-on pas sous ton manteau! A qui fera-t-on croire que la science véritable est accessible au cerveau qui n\u2019a pas encore perdu sa consistance de mollusque?A-t-on jamais vu qu\u2019une encyclopédie fût un guide dans la vie?La formation utilitaire, censément scientifique, peut produire chaque année des merveilles chez les Américains et chez nos concitoyens de langue anglaise; les merveilles qu\u2019elle a produites chez nous (ou plutôt qu\u2019elle n\u2019a pas produites) prouvent clairement qu\u2019elle ne convient pas aux Canadiens français. 18 L\u2019ACTION NATIONALE Je ne demande pas que le cours moyen nous donne des savants, mais des hommes de caractère, de jugement et d\u2019initiative, des patriotes, des hommes d\u2019action sociale, des catholiques.Avons-nous le droit de demander cette merveille à nos collèges classiques?Suis-je téméraire de témoigner autant de confiance à nos collèges classiques?Suis-je naïf de compter sur la clairvoyance et l\u2019esprit d\u2019initiative de leurs directeurs?Qu\u2019on me le dise.Thuribe BELZILE des Jeune-Canada Résolution de l'Action Notionale Les Directeurs de la Ligue d\u2019Action Nationale, réunis en séance régulière le vendredi 17 décembre 1937, ont pris connaissance de la déclaration de la Commission générale des Semaines Sociales du Canada concernant la revision de la Loi constitutionnelle de l\u2019Amérique britannique du Nord de 1867, et, fidèles à leur constante politique favorisant un Québec maître de ses destinées, ils l\u2019ont approuvée sans réserve, en soulignant particulièrement le sixième paragraphe de cette déclaration, où il est hautement affirmé que \u201csi certaines modifications sont apportées à ces textes (les articles 91, 92, 93), elles devront respecter l\u2019entière autonomie des neuf provinces, permettant ainsi à chacune d\u2019elles de sauvegarder sa vie politique, sociale, économique suivant les exigences de son territoire et des gens qui l\u2019habitent\u201d.Copie de la présente résolution de la Ligue d\u2019Action Nationale sera remise aux journaux pour publication, vu l\u2019active propagande qui est actuellement poursuivie par l\u2019élément centralisateur de la Confédération.(Signé) Hennas BASTIEN, Secrétaire. L'Histoire Misères du colon en 1837 Nous voudrions ajouter quelques détails au tableau que nous publiions ici même, en décembre dernier, sur les causes économiques de la rébellion de 1837.Ce que nous avons dit des difficultés que rencontrait le colon de cette époque est loin d\u2019être poussé au noir.Nous avons cité la lettre qu\u2019un Canadien français de Shipton adressait à la Gazette de Québec en 1811.Ceux qui connaissent l\u2019histoire des Cantons de l\u2019Est, des Bois-Francs et de Mégantic savent qu\u2019il ne s\u2019agit pas là de doléances isolées et que la situation n\u2019avait fait que s\u2019aggraver, de 1811 à 1837.Un contemporain, l\u2019abbé Charles Trudel, nous a laissé des pages saisissantes sur cet enfer dans lequel vivaient des centaines et des milliers des nôtres.Les misères qu\u2019il décrit étaient le lot de tous les colons d'alors; pour la plupart, elles n\u2019étaient point particulières aux Bois-Francs.Pour pénétrer dans les \u201ccantons\u201d, il fallait traverser une chaîne de savanes devenues légendaires; celle de Stanfold est demeurée la plus célèbre.De décembre à avril seulement les voitures pouvaient tenter de les traverser.Encore fallait-il préparer les chemins pour les rendre praticables.On allait, par corvee de quinze à vingt hommes, battre la neige avec les pieds pour la détremper avec 1 eau, sans quoi la glace ne se serait pas formée.Cela ne se faisait pas ordinairement sans que l\u2019on vît plusieurs enfoncer jusqu\u2019au genoux, et souvent jusqu\u2019au milieu du 20 L'ACTION NATIONALE corps, dans cette eau fangeuse et à demi gelée.Si deux voitures se rencontraient, il n\u2019était pas rare de voir les chevaux, qui mettaient le pied hors du chemin battu, disparaître presque entièrement dans les ornières, d'où on ne les retirait qu\u2019au moyen de cordes et de leviers.Ce fut là cependant le chemin par lequel, pendant près de onze ans, des milliers de colons, hommes, femmes et enfants, ont dû passer pour se rendre dans les Bois-Francs\u201d.A cause de ce manque de chemins, et à cause aussi de leur pauvreté, les colons qui montaient dans les cantons ne pouvaient apporter avec eux que bien peu de provisions.Celles-ci s\u2019épuisaient vite; \u201caussi la disette était dans la cabane avant que la récolte fût dans la grange .Et c\u2019était la famine.Une seule ressource demeurait alors: traverser à pied la savane pour aller chercher des provisions.\u201cAfin de pouvoir se porter secours, ils partaient, par bandes de dix à quinze hommes, pour faire ce périlleux trajet.On les voyait revenir portant sur leur dos soixante et quatre-vingts livres de farine et quelquefois bien davantage, souvent ayant un sac de provisions sur leur tête et dans leurs mains les ustensiles de cuisine les plus nécessaires.Ainsi chargés, ils allaient 1 un devant l'autre, le cou tendu, le corps penché en avant, ruisselant de sueurs, dévorés par les moustiques et les maringouins, le visage en feu, les veines enflées, l\u2019oeil rouge et les lèvres bleuâtres; quelquefois même on les voyait cracher le sang de leur poitrine enflammée.Le chemin ne leur paraissait pas mauvais, lorsqu\u2019ils n\u2019enfonçaient pas jusqu\u2019aux genoux; car souvent, s\u2019ils mettaient le pied à côté des branches et des racines, ils tombaient dans des MISÈRES DU COLON EN 1S37 21 mares d\u2019eau bourbeuse où ils pouvaient être exposés à périr.Combien de fois ceux qui passèrent cette savane ont-ils trouvé des malheureux enfoncés jusqu\u2019aux bras avec leurs charges dans ces bourbiers sans fond, se tenant aux racines qu\u2019ils avaient pu saisir.L\u2019un de ces voyageurs, après m avoir raconté d\u2019une voix émue tout ce qu il avait enduré lui-même, ajoutait: \u201cLorsqu\u2019on sortait de ce marécage, on n\u2019avait pas \u201cformance\u201d d\u2019homme; la vase nous couvrait des \u201cpieds à la tête, et il ne nous restait que des habits en lambeaux\u201d.Au retour de ces voyages, on les voyait quelquefois trembler de tous leurs membres pendant un temps assez considérable; plusieurs avaient les jambes enflées une semaine et davantage.\u201d La vente de la potasse et de la perlasse extraites des cendres d abatis constituait le seul moyen de se procurer un peu d argent.Mais l\u2019absence de chemins, surtout 1 été, empêchait 1 expédition de ces produits et par là même le renouvellement des provisions de bouche.Il fallait alors se résigner à crever de faim, ou aller à dix lieues de distance, porter, sur son dos, la potasse à Gen-tilly, décision que seul le désespoir pouvait dicter.\u201cOn vit donc partir en différents temps, de Somerset et de Stanfold, des colons portant sur leurs épaules du \u201csali\u201d enveloppé dans des écorces et des feuilles d\u2019arbres.Mais toutes ces précautions n\u2019empêchaient point cet alcali de leur faire sentir son effet corrosif.Après avoir brûlé une partie du sac qui le contenait et de leurs vêtements, il pénétrait dans la chair et, quand ils arrivaient à Gen-tilly, leur dos était tellement brûlé que quelques-uns, dit-on, ne purent en être parfaitement guéris.\u201d 22 L\u2019ACTION NATIONALE Pendant que le père allait ainsi, au péril de sa vie, chercher quelque nourriture pour sauver l\u2019existence de sa famille, les mères et les enfants vivaient d\u2019herbes, de feuilles et de racines bouillies.On se nourrissait surtout d\u2019une sorte d\u2019ail sauvage, nourriture insupportable, au dire de l\u2019abbé Trudelle, et dans la saison des fruits, on dévorait les framboises, les bluets.\u201cIl n'était pas rare d\u2019entendre dire à quelqu\u2019un qu\u2019il avait passé une, deux et même trois journées sans manger.\u201d Trudelle cite le cas d\u2019une famille chez laquelle un marchand avait envoyé son commis pour y faire acquitter une dette.En réponse à la demande d\u2019argent, la femme se prit à pleurer et, ouvrant un chaudron où cuisait à gros bouillons verts un mélange d\u2019herbes et de racines: \u201cVenez voir, dit-elle, ce que l\u2019on mange depuis plus d\u2019un mois, et jugez vous-même si l\u2019on peut vous payer.Trudelle termine le récit de ces misères par ces paroles: \u201cIl faudrait à présent, pour achever le récit de ces grandes souffrances, entrer dans chaque chaumière, y voir une mère désolée, des enfants pâles, à demi vêtus, pleurant et demandant à grands cris le pain qu\u2019on ne peut leur donner.Mais pourquoi entreprendrais-je la peinture d\u2019un tableau qu\u2019il n\u2019est pas possible de retracer dans sa triste réalité?\u201d Après des années de cette vie d\u2019enfer, le colon pouvait goûter certains adoucissements sur une terre qui lui donnait enfin sa subsistance.Par malheur, ainsi que je l\u2019ai déjà rappelé, beaucoup ne détenaient aucun titre de propriété, ils étaient des squatters que les huissiers venaient chasser tôt ou tard.Alors, quoi de surprenant si.après avoir enduré toutes ces misères en pure perte, un MISÈRES DO COLON EN 1837 23 pauvre diable, cédant au désespoir, a porté la main, d\u2019un geste convulsif, vers son vieux fusil de chasse et a appelé de tous ses voeux le jour du châtiment pour les auteurs présumés ou réels de ses maux?Quoi d\u2019étonnant si ses parents et ses amis des vieilles paroisses, informés de ses épreuves, ont, eux aussi, contemplé un peu trop longuement l\u2019arme déposée sur des clous, contre le mur, et si des lueurs rouges ont flotté devant leurs yeux?Ces entraves de toutes sortes dressées contre l\u2019oeuvre de la colonisation constituaient un de ces maux qu'aucune société civilisée ne peut longtemps tolérer (Durham).Gérard FILTEAU La liberté des marchands M.Charles Dunning, ministre fédéral des Finances, déclarait récemment à l\u2019\u201cEmpire Club\u201d que les Britanniques qui ont \u201cporté leurs conceptions de la liberté jusqu\u2019aux confins de la terre ne se laisseront pas réduire en esclavage par les ennemis de l\u2019intérieur et de l\u2019extérieur, mais ils sauront s\u2019organiser, dans l\u2019avenir comme dans le passé, pour défendre leur liberté \u201d, Nous aimerions savoir ce que les Boers, ce'que les Irlandais, ce que les Hindous et ce que les Palestiniens, etc., etc., pensent de la \u201cconception britannique\u201d de la liberté et de la manière dont celle-ci fut portée jusqu\u2019aux confins de la terre. Notre Enquête Introduction L\u2019organisation corporative: tel est le sujet d\u2019études, cette année, que VAction Nationale propose à ses lecteurs.Sujet d\u2019une pressante actualité.Le corporatisme?Doctrine subversive, crie-t-on, idéologie nouvelle et vénéneuse dont notre jeune démocratie n\u2019a que faire.Ce serait un retour à des institutions du moyen âge barbare; un fascisme déguisé, en guerre avec les traditions britanniques; ce serait la mort des rares libertés qui nous restent, un chambardement radical, la destruction de notre parlementarisme glorieux.Pourquoi tant parler de changement?La bonne vieille prospérité ne revient-elle pas, grâce aux bonnes vieilles formules?Et pourtant, malgré les dénégations intéressées et les clameurs de nos petits bonzes, nous assistons à la déchéance d\u2019un régime, à la fin d\u2019un monde érigé sur les faux principes du libéralisme économique.On a beau se fermer les yeux pour ne pas voir, le désordre des sociétés modernes, de la société canadienne, est un fait et un fait angoissant.La lutte contre le communisme devient une farce cynique si nous ne songeons pas ni ne travaillons à corriger un état de choses intolérable.Sans faute, il nous faut construire une cité nouvelle où les hommes, tous les hommes, nos frères, pourront vivre une vie digne de leur condition humaine.Oc, pour cet ordre nécessaire, les Papes et les sociologues qui s'inspirent d\u2019une saine philosophie n\u2019ont pas trouvé mieux qu\u2019une restauration des groupements professionnels et interprofessionnels. INTRODUCTION 25 Aussi, la question d\u2019une renaissance corporative agite-t-elle presque tous les pays occidentaux.Déjà, les réalisations se multiplient.Serons-nous toujours des retardataires impénitents?Nous avons ici et là quelques bribes de justice sociale, mais ces semblants de correctifs ne suffisent pas.C\u2019est plus que cela qu\u2019il nous faut: c\u2019est du corporatisme à plein\u201d.(S.E.le card.Villeneuve, 17 avril 1937.) La série d\u2019articles que publiera notre revue voudrait dissiper les équivoques dressées par l\u2019ignorance, la mauvaise foi ou les préjugés, et montrer le vrai visage du corporatisme qu\u2019il nous faut.Les objections d\u2019ordre constitutionnel et les difficultés pratiques qu\u2019il rencontre seront loyalement étudiées.Nous n\u2019avons qu\u2019un désir: éclairer les esprits, provoquer des initiatives et une action que les timorés jugeront audacieuses mais qui, seules, peuvent éloigner de notre pays des désastres inévitables.Le corporatisme: notre espoir et notre salut.L\u2019ACTION NATIONALE Avez-vous soldé le montant de votre abonnement ? Le désordre à corriger Ça ne va pas! Sur ce point tout le monde ou à peu près tombe d\u2019accord.A moins de nier l\u2019évidence, il ne peut d\u2019ailleurs en être autrement.Dénombrez les bras: combien sont inactifs?Le mal est donc manifeste, frappant.Inutile de se mettre en quatre pour le démontrer.Le chômage en est la preuve mathématique.Jusqu\u2019ici rien de difficile, rien de compliqué.Voici où les choses s\u2019embrouillent.Voir, regarder, compter ne suffisent pas.Un fait n\u2019a en soi aucune espèce de valeur.Il n\u2019en prend que par le sens qu\u2019on lui donne.En sorte qu\u2019ayant reconnu la crise, il faut ensuite l\u2019expliquer.Comment l\u2019explique-t-on?Du plus savant au plus ignare, chacun à sa manière.Si dissemblables, si contradictoires qu\u2019elles soient par certains côtés, la plupart de ces thèses offrent cependant ce trait commun qu\u2019elles incriminent les choses.Tantôt la machine, tantôt le crédit, tantôt la politique tarifaire.En conséquence, c\u2019est dans le redressement des choses qu\u2019elles cherchent le redressement des hommes.Que vaut cette opinion?En admettant qu\u2019elle soit fondée, où nous conduit-elle?Dans un cul-de-sac.Bien entendu \u2014 et personne n\u2019en disconvient \u2014 certains organes du corps social sont plus attaques que d\u2019autres.Mais à moins de leur prêter une autonomie qu\u2019ils n'ont pas et ne peuvent pas avoir, puisqu\u2019ils sont agis au lieu d\u2019agir par leur propre vertu, il est impossible de les dissocier de l\u2019ensemble de la vie collective.Lo- LE DÉSORDRE A CORRIGER 27 caliser le mal n\u2019est en cette matière comme en médecine qu\u2019un des moyens d\u2019approche du diagnostic.Quand on l\u2019a situé, il reste à en déterminer l'origine, les causes.Considérés isolément, le crédit, la machine, la politique tarifaire n\u2019ont qu\u2019une signification incomplète.Etant donné, je le répète, qu\u2019ils n\u2019existent que par et pour le tout, on doit les rattacher au tout.L\u2019ayant fait, on s\u2019aperçoit que la rupture d\u2019équilibre, à quoi se réduit la crise, ne saurait être attribuée à l\u2019affection, au mauvais fonctionnement de tel ou tel rouage, mais, au contraire, que cette ou ces défectuosités ne sont elles-mêmes que la résultante de la rupture d\u2019équilibre.En d\u2019autres termes, la pathologie est générale.Un premier fait social nous l'indique: la très grande, la trop grande inégalité dans la répartition des richesses.Nous savons tous, sans qu\u2019il soit nécessaire de fournir de précisions, que l\u2019humanité se divise en deux camps.D'un côté, les possédants: de l\u2019autre, les possédés.Le reconnaître et le déplorer est devenu un lieu commun.Quelque usage qu\u2019on fasse de cette constatation \u2014 et on l\u2019emploie principalement à attiser la haine \u2014 cette disparité témoigne à elle seule d\u2019une grave, d\u2019une profonde morbidité.Comment une société peut-elle se dire saine lorsqu'elle oppose ainsi ses membres les uns contre les autres?Les classes sont un phénomène naturel tout comme l\u2019inégalité est un phénomène naturel.Il est, par conséquent, absurde de rêver les abolir.Aussi n\u2019en est-il pas question ou n'en est-il plus question dans les régimes mêmes qui sont nés de cette chimère.Les conserver signifie-t-il cependant qu\u2019il faille se résigner à 28 L\u2019ACTION NATIONALE consacrer, à légaliser l'injustice?On comprend fort bien que les uns, plus habiles, mieux doués, plus laborieux, plus ingénieux, aient plus que les autres.On comprend encore que les uns fassent un meilleur usage de leurs biens et en accumulent davantage.Ce qui répugne, ce qui révolte n\u2019est donc pas le degré qui existe dans l\u2019aisance, le bien-être, mais l\u2019impossibilité dans laquelle se trouve un si grand nombre de seulement se procurer le nécessaire, l\u2019indispensable.Il en était ainsi longtemps avant la crise; il en est plus que jamais ainsi depuis la crise.Et il en sera de même encore, quelques adoucissements qu\u2019apporte une reprise artificielle et éphémère des affaires.On pourra niveler les fortunes \u2014 on a déjà commencé \u2014 on ne fera jamais en maintenant les institutions actuelles que l\u2019homme cesse d\u2019être un moyen d\u2019enrichissement pour son semblable.On pourra empêcher les gens de mourir \u2014 on s\u2018y efforce par les allocations de chômage \u2014 on ne fera jamais, en ne changeant rien aux lois présentes, que tous aient une chance égale de vivre.Voilà une premier témoignage de désordre.Il comporte un corollaire, à savoir: la lutte des classes.Si tous les patrons ne sont pas des exploiteurs \u2014 il s\u2019en manque qu\u2019ils le soient \u2014 tous les ouvriers, en revanche, se croient, à un degré divers, des exploités.Et c\u2019est pour lutter contre cette exploitation, en atténuer la rigueur, qu\u2019ils forment bloc, qu\u2019ils s\u2019unissent en syndicats.A tout instant, les intérêts des premiers et des seconds mettent en danger la paix sociale.Les uns ont pour arme le lock-out: les autres, la grève.Un antagonisme véritable existe donc, quoiqu\u2019il ne LE DÉSORDRE A CORRIGER 29 se manifeste pas toujours, entre ceux qui détiennent la richesse et ceux qui en réclament, avec raison, une plus juste, une plus large part.Lié envers tous, I\tEtat est impuissant à prendre une position franche.II\tmarchande ses faveurs selon les nécessités du moment.Tantôt il avantagera le producteur, le commerçant, tantôt l\u2019ouvrier, l\u2019employé.Tantôt il capitule devant le pouvoir économique, tantôt devant le pouvoir numérique, obligé qu\u2019il est pour durer de faire sa cour aux deux.Du premier il attend et il reçoit de quoi payer sa cuisine électorale; du second il escompte les votes.Somme toute, il lui est quasi impossible dans les cas de conflit \u2014 et ils sont nombreux \u2014 de se prononcer carrément, énergiquement selon que le lui commande l\u2019intérêt de toute la population.Est-ce là encore un signe de santé?Est-il admissible qu'une classe parvienne à imposer ses prétentions au détriment des autres?Et ceux qui ne sont pas patrons, et ceux qui ne sont pas ouvriers, quel rôle jouent-ils en cette affaire?Ont-ils voix au chapitre?Les consulte-t-on?Pas le moins du monde.Jusqu à ces tout derniers temps, le producteur avait seul l\u2019oreille du gouvernement.Il parlait et on lui obéissait, tant I éloquence des chiffres est persuasive, directe.Devant sa toute-puissance, l\u2019Etat abdiquait.N\u2019avait-il pas d\u2019ailleurs à sa défense le dogme des lois économiques naturelles?S\u2019il arrive que l\u2019harmonie soit momentanément troublée, il n\u2019y a qu\u2019à laisser faire.Elle se rétablira d\u2019elle-même.Surtout, qu\u2019on se garde bien d\u2019intervenir.Sinon, c\u2019est le gâchis, le chaos.Et l'Etat sacrifiait à cette nouvelle idole.Il 30 L'ACTION NATIONALE se tenait à l\u2019écart, impassible, confiant.Ainsi se produisit la première faille dans les fondations de la société.Après avoir engendré la misère, le paupérisme, le capitalisme donnait, par surcroît, naissance aux monstres qui se disputent, aujourd\u2019hui, ses dépouilles.Abandonnés à eux-mêmes \u2014 le droit d\u2019association ne leur fut reconnu que plus tard \u2014 réduits à un simulacre de liberté, les prolétaires ont été amenés graduellement à se libérer des entraves de la ploutocratie déguisée depuis la Révolution en démocratie.Qui les en blâmerait?Ils n\u2019avaient rien à perdre, tout à gagner.Leur révolte ne fut d\u2019ailleurs pas inutile.Elle eut pour premier résultat d\u2019arracher les gouvernements à leur indifférence, à leur neutralité.A partir de cette heure ils comprirent qu\u2019ils ne pouvaient plus s\u2019abstenir.Ils eurent beau cependant multiplier les lois ouvrières, ils ne réussirent pas à satisfaire toutes les exigences que les privations, la colère, l\u2019envie avaient développées dans les masses.Le socialisme, le communisme étaient nés.Nés de quoi?Nés de l\u2019égoïsme, de la cupidité, de la rapacité des riches.Sans doute ces vices sont-ils aussi vieux que la terre.Ne chargeons donc pas le capitalisme de plus de péchés qu\u2019il n en a.Il suffit à sa perdition qu\u2019il ait utilisé les bas-fonds de la nature humaine pour s\u2019étaler, se fortifier, devenir 1< moteur de toute l\u2019activité économique.C\u2019était afficher trop de confiance en l\u2019individu que de le croire capable de mesurer son appétit à ses besoins et, partant, de ne lui imposer d'autres freins que ceux d une législation complaisante et si aisément contournable. LE DÉSORDRE A CORRIGER 31 En tolérant que le profit décide du sort des humains on légitimait du coup les pires iniquités.Un être pensant, l\u2019homme?Un être raisonnable?Allons donc! Un instrument, un outil de conquête matérielle.Une marchandise, la plus vile parce que la plus abondante des marchandises.C'est pourquoi, sans vergogne, on l\u2019a enchaîné au service de la production, on l\u2019a industrialisé, on l\u2019a mécanisé.Puisque tout effort, toute entreprise, toute initiative n'avaient pour fin suprême que le gain, que le lucre, qu\u2019avait-on à se soucier de l\u2019individu?Pouvait-on concevoir qu\u2019il eût des droits, des besoins, des aspirations, une âme?La seule chose qui comptait ou, plutôt, la seule chose qui justifiait son existence était ses bras, sa force physique.Semblable à celle de n\u2019importe quel produit, on évaluait son utilité, sa valeur marchande d\u2019après l\u2019échelle de l\u2019offre et de la demande.Aussi fluctuait-elle avec le marché du travail.Qu\u2019il eût de quoi manger, de quoi parer aux infirmités de la vieillesse, de quoi élever ses enfants, les instruire, n\u2019entrait pas en ligne de compte.Qu\u2019il eût du repos, des loisirs, du bonheur encore moins.Dans les moments de presse que, par euphémisme, l\u2019on appelle prospérité, on le faisait travailler quatorze heures, même s\u2019il n\u2019avait pas atteint l\u2019âge d\u2019adulte.L\u2019ouvrage venait-il à ralentir, qu\u2019il était mis à pied sans possibilité pour lui de se plaindre, de réclamer, d\u2019invoquer sa détresse, celle de sa famille.A chaque récrimination l\u2019on opposait les principes de l\u2019économie politique dénommée à cause de cela la science de l\u2019inhumain. 32 L'ACTION NATIONALE La première est que les affaires sont les affaires.Ce qui veut dire qu\u2019elles sont imperméables à tout sentiment de justice, de dignité.L\u2019intérêt prime la fraternité, la solidarité, la charité.Plus exactement, il les nie.Incapable, du moins le pense-t-il, d\u2019en tirer le moindre bénéfice, il refuse de s\u2019en encombrer.Le voudrait-on par miracle qu\u2019un obstacle insurmontable s\u2019y oppose: la concurrence.Le succès, celui dont l\u2019argent est l\u2019unique mesure, allant non au plus méritant, au plus consciencieux, mais au plus habile, au plus fort, au plus rusé, il importe de comprimer les frais de revient au minimum.Parallèlement, il importe d\u2019utiliser l\u2019homme à son maximum.Or, il n\u2019y a pas pour lui, comme pour certaines matières, certains outillages, de prix marqué.Chaque fois donc qu\u2019il faudra abaisser les dépenses, c\u2019est son salaire d\u2019abord qu\u2019on diminuera, c\u2019est son niveau de vie qu\u2019on abaissera.Egalement en vertu de cette concurrence, l\u2019on a concentré l\u2019industrie, le commerce entre les mains de quelques-uns.Les exigences du progrès sont parfois cruelles, mais on ne peut rien contre.On n\u2019avance qu\u2019en écrasant son voisin.Sous prétexte de débarrasser le marché des faibles, des incapables, des médiocres, et de rationaliser par là l\u2019économie, l\u2019on a, usant de l\u2019intimidation ou de l\u2019étranglement, éliminé les petits et les moyens producteurs.On leur a coupé les vivres, les sources d\u2019approvisionnement, on a avili les marchandises.Grâce aux banques, on les a acculés à la faillite.Et, la place étant nette, le capitalisme a pris alors pleine possession du monde.Jamais dictature n\u2019a été aussi complète, aussi méthodique, aussi tyran- 33 le désordre a corriger nique.Qu elle ait pu, dans l\u2019ordre mate'riel, accomplir ce que notre siècle de lumières appelle des merveilles, qui sen étonnerait vu les moyens illimités, quasi fabuleux dont elle disposait.Les gouvernements n\u2019étaient-ds pas sous sa coupe?Ne commandait-elle pas à I armee des ouvriers, hommes, femmes et enfants?Ne disposait-elle pas de l\u2019épargne?N\u2019avait-elle pas à ses ordres la technique, la science?Personne ne met en doute ses réalisations.Du point de vue humain pourtant, lequel, il me semble, a droit de priorité, quel est son actif?Dans son cerveau, dans son coeur, dans son ame, qu\u2019est-ce que l\u2019individu lui doit?Etant lui-même inhumain parce que anonyme, irresponsable, quel cas le capitalisme pouvait-il faire de la\tpersonne\thumaine?Dans l\u2019usine, il n\u2019y\ta pas d\u2019hommes.Il n\u2019y a que des numéros matricules.\tIl n\u2019y\ta que des machines, les\tunes\td'acier à 1 amortissement desquelles l\u2019on pourvoit chaque année; les\tautres de\tchair et d\u2019os, pour lesquelles\til est\tinutile de\tfaire des\tprovisions,\tsûr que l\u2019on est\tde les rem- placer quand on voudra et presque toujours au prix que l\u2019on voudra.Y travaille-t-on pour la satisfaction de besoins connus, légitimes?Non.On y travaille sans plan, sans se préoccuper de ce qu\u2019il adviendra une fois le point de saturation touché.Y travaille-t-on pour un individu, une famille, un groupe d\u2019individus directement intéressés à la production, à sa qualité, à sa quantité?Nullement.On y travaille pour l\u2019argent.Le patron porte ici le nom de finance.Ecarté, évincé, l\u2019industriel authentique, véritable, de bonne foi.La banque le remplace, en tient lieu.La banque. 34 L'ACTION NATIONALE dispensatrice, créatrice de crédit.Y travaille-t-on pour le bien commun, le bien général, celui de toute la population?On y travaille pour dispenser quelques privilégiés de travailler.On y fabrique des rentes, des dividendes.Rentes et dividendes prélevés sur le bien-être des ouvriers et des consommateurs.A quoi bon insister?C'est un fait patent, criant, que la société anonyme, quintessence même du capitalisme, ne possède que des organes digestifs.Privée de conscience, elle prive petit à petit ceux qu\u2019elle emploie de leur conscience.Ayant cessé d\u2019être des artisans, des créateurs, ils accomplissent mécaniquement leur tâche, ils ne la considèrent que sous l\u2019aspect du salaire qu\u2019elle leur rapporte.Selon l\u2019expression familière: ils ne s\u2019en font pas.Ils se désintéressent de leur ouvrage, de leur métier.Qu\u2019ils l\u2019acceptent les contente.A leur tour, ils se désagrègent donc.A leur tour, ils ne sont mus que par le gain.Et comme ce gain n\u2019est jamais proportionné à leur faim, ils se croient dégagés de toute responsabilité, de toute honnêteté professionnelle.Qui s\u2019étonnera après cela que le capitalisme ait lui-même creusé sa tombe?Pris de panique en présence de l\u2019anarchie à laquelle il les a conduits, les Etats qui jusque-là étaient demeurés au-dessus de la mêlée se sont vus contraints d\u2019intervenir.Au nom de la justice, de la solidarité, de l\u2019interdépendance sociale, au nom de la charité, du respect de l\u2019homme, ils se sont évertués par des mesures empiriques, par des improvisations d\u2019enrayer le mal.Mais avant d\u2019en venir aux réformes tentées dans les cadres de la démocratie, disons un mot de celles qui, associant libéralisme et capita- LE DÉSORDRE A CORRIGER 35 Iisme, ont rejeté les deux.11 s\u2019en rencontre plusieurs et rien ne prouve que le nombre ne s\u2019en accroisse.Il était inévitable que la carence des gouvernements inspirât I idée d un gouvernement fort, d\u2019un gouvernement qui ne serait pas le serviteur des seuls riches.Le communisme a été la première réalisation de cette idée, de cet espoir.Il a été la première tentative sur un vaste plan pour affranchir l\u2019individu.Qu\u2019il ait échoué, lamentablement échoué, qu\u2019il ait avili davantage ceux qu\u2019il prétendait devoir relever est aujourd\u2019hui admis par tous les esprits impartiaux.Le bolchevisme est une hérésie sociale et économique.Cela ne fait plus aucun doute.Serait-il une faillite pire encore, qu'il n\u2019en reste pas moins dans l\u2019histoire de notre temps comme une virulente accusation.Que dénonce-t-il?Le désordre érigé en doctrine politique.Le désordre dans lequel nous nous sommes installés et qu\u2019un fatalisme couard nous empecbe de corriger.On a l\u2019air de penser en certains milieux que les Etats totalitaires \u2014 et les ranger sous une même dénomination ne signifie point qu\u2019on leur attribue une nocivité égale \u2014 sont des fruits de génération spontanée.On a beau jeu d\u2019en relever les erreurs, d\u2019en recenser les fautes, les crimes.On a beau jeu de les condamner.C\u2019est une besogne facile et, en partie, une besogne assez vaine.Je dis vaine parce que nier n\u2019est pas guérir.Poursuivi, traqué, l\u2019individu cherche une issue.Ou qu\u2019il aille, on lui crie casse-cou.Ne comprenez-vous pas pourtant que sa patience soit à bout?Ne comprenez-vous pas qu\u2019à l\u2019instant où tout croule il n\u2019ait qu\u2019un seul désir: précipiter la destruc- 36 L\u2019ACTION NATIONALE tion d\u2019un régime duquel l\u2019expérience lui a appris de ne rien attendre.Voilà cent ans que dure le règne de l\u2019iniquité.Que faut-il de plus, non certes pour excuser, mais simplement pour expliquer les égarements des peuples à la recherche d\u2019un ordre social nouveau?N'est-ce pas logique qu\u2019après avoir été réduits en poussière ils acceptent la cohésion que leur promet et que leur donne l\u2019absolutisme?Le fascisme, le nazisme ne tirent point leur force, leur succès d\u2019ailleurs.Ceux qui s\u2019y soumettent ne croient pas payer leur sécurité trop cher en la payant de leur liberté.Douloureuse méprise, dira-t-on.Nouvel esclavage, ajoutera-t-on.Sans doute, mais esclavage et méprise que nous n\u2019eussions jamais eu à déplorer si l\u2019on n\u2019eût pendant si longtemps toléré l'oppression des masses.Non, les Etats totalitaires ne sont pas des fruits de génération spontanée.Ils n\u2019existent que par notre volonté, ou plutôt, ils n\u2019existent que par notre aveuglement, notre faiblesse.Tôt ou tard, l\u2019Etat économique élevé au sein de l\u2019Etat politique devait s\u2019effondrer.Dans les pays où la révolution ne l\u2019a pas balayé, la crainte de la révolution en a singulièrement diminué la puissance.Voyez plutôt les Etats-Unis, voyez la France et, à un degré moindre, l'Angleterre, où l\u2019on vient de nationaliser les mines.Y avait-il un peuple où la superstition, la bigoterie du profit eût jamais été poussée aussi loin que chez les Américains du Nord?Nul mieux qu\u2019eux n\u2019a su exploiter le capitalisme jusque dans ses extrêmes limites.De cette économie si vantée, si prônée, citée en exemple à toutes les nations de la terre, et dont LE DÉSORDRE A CORRIGER\t37 nous nous sommes largement inspirés, que reste-t-il a cette heure?Bien peu, en vérité, malgré Jappa rentes.Et n\u2019eût été le brusque coup de barre à gauche onne par le president Roosevelt, il en resterait certainement encore moins.Là aussi on marchait, on courait a la ruine au nom de la liberté de ci et de la me de Ç\u201c* La PIus que partout ailleurs on laissait raire, on laissait passer.Et aujourd\u2019hui?Economie dirigée, a-t-on dit de a politique de la nouvelle administration.Qu\u2019on la esigne comme l\u2019on voudra, au fond elle n\u2019est qu\u2019une des formes multiples du socialisme.En promettant de supprimer les privilèges extraordinaires dont jouissait un groupe d\u2019individus numériquement très faible, mais une grande puissance, qui disposait d\u2019une autorité telle qu\u2019elle régissait les affaires, les banques, et même le gouvernement,\u201d M.Roosevelt ne parle pas autrement que les socialistes de quelque contrée que ce soit.Les nombreuses mesures qu\u2019il a fait voter et qui contredisent à tout un passé d\u2019économie libre, abusive, en sont l\u2019irréfutable démonstration.Un gouvernement franchement socialiste ne pourrait pas les renier Toutes ont pour fin de remédier à l\u2019injustice, d\u2019hu-mamser les conditions de vie.Qu\u2019elles aient été efficaces ou non.qu\u2019elles n\u2019aient atteint que partiellement leur but importe peu en l\u2019occurrence.Je ne les mentionne que pour rappeler que la forteresse elle-même du, capitalisme a été ébranlée, gravement ébranlée, qu elle a subi un assaut qui en présage d\u2019autres d\u2019autant plus redoutables que les premiers auront été infructueux. 38 L\u2019ACTION NATIONALE Le mur d'argent est également battu en brèche en France.De nouveau ici, à quoi s\u2019en est-on pris?A la dictature financière.Dans quel espoir?Celui d\u2019améliorer le sort des classes laborieuses, de mettre un peu de justice dans les rapports de patrons à ou-viers.Ne chicanons pas les moyens.Ils sont douteux, ils sont précaires, d\u2019accord.Et, quoi qu on tente, ils le demeureront parce qu\u2019il est évident que la question sociale ne peut pas se résoudre uniquement par des réformes économiques.Le mal est trop profond, trop étendu pour cela.Du point de vue qui nous occupe, il est impossible cependant de les passer sous silence puisque, au même titre que le fascisme, le communisme, le nazisme, ils mettent en accusation le libéralisme et le capitalisme, et l\u2019anarchie qui inévitablement en découle.Ainsi donc, où que l\u2019on regarde, l\u2019on ne voit que perturbations, expériences, révolutions.Chacun à sa façon, tous les peuples réagissent, s\u2019agitent.Plusieurs se trompent, se fourvoient.Mais nous-memes, à quelle doctrine allons-nous accrocher notre destin?Le grand problème est d\u2019en trouver une qui concilie la dignité de l\u2019homme avec la sécurité de l\u2019Etat.Il est, en deuxième lieu, d\u2019ordonner l\u2019activité sans porter atteinte à l\u2019initiative privée.Il est, enfin, de remplacer la lutte des classes par la collaboration des classes.Est-ce demander l\u2019impossible?N\u2019y a-t-il vraiment de remède à nos maux que dans l\u2019assujétisse-ment de l\u2019individu à l\u2019omnipotence de l\u2019Etat?Entre l'Etat-machine et l\u2019Etat-Dieu n\u2019y a-t-il pas une formule qui, prenant l\u2019homme dans son entier, son ame aussi bien que son corps, le respecte et le protege a LE DÉSORDRE A CORRIGER\t39 la fois?Puisqu\u2019il faut une autorité à la vie collective, où la placer?La donner à l\u2019argent, il n\u2019en est plus question.La donner au travail, pas davantage depuis 1 expérience russe.La donner à un homme, qui de nous y songe sérieusement?La donner à un parti, encore moins.Ce serait la morceler, proroger l\u2019irresponsabilité et l\u2019empirisme, assouvir des appétits et en exciter de nouveaux.A qui alors la confier?L\u2019autorité, la continuité, 1 unité sont les conditions essentielles de tout ordre politique et économique.De ce que la dignité de la personne humaine nous interdit de les demander à 1 absolutisme, il ne s\u2019ensuit pas qu\u2019ils soient introuvables ailleurs.Le corporatisme les possède ainsi que c\u2019est l\u2019objet de cette enquête de l\u2019établir.Parce qu\u2019il n\u2019est pas une de ces promesses électorales par la magie desquelles toutes les collines sont aplanies, tous les vallons comblés, parce qu\u2019il ne promet pas du soir au lendemain la prospérité après laquelle soupirent les ventres affamés, beaucoup le boudent, y font grise mine.Parce qu\u2019ils le confondent avec le caporalisme, encore plus s\u2019en méfient, le redoutent.Les intellectuels desséchés qui s\u2019arrogent le droit de déformer l\u2019opinion l\u2019assimilent à leur tour au fascisme.En sorte qu\u2019avant même d\u2019être connu, d\u2019être situé par rapport à nos lois, à nos institutions, à nos besoins, il est jugé.Quant à ceux qui, par mépris du temps présent, y accordent leur entière adhésion, en sont-ils mieux avertis?La structure corporative repose sur des principes nettement définis.En comprennent-ils bien le sens, la portée?Il est donc urgent de faire la lumière, de dissiper tout malen- 40 L\u2019ACTION NATIONALE tendu, toute équivoque afin que, mal informés, on n\u2019aille pas gâcher la seule organisation capable de triompher du désordre dont nous souffrons.Est-ce véritablement une ère nouvelle que nous voulons ou n\u2019est-ce, au contraire, que l\u2019ajustement à nos goûts, à nos égoïsmes de l\u2019ère ancienne?Les gens de gauche savent fort bien ce qu\u2019ils veulent.Si, cette enquête terminée, les autres ne le savent pas, ils n\u2019auront qu'à s\u2019en prendre à eux-mêmes de leur défaite et de leur abjection.Victor BARBEAU Avez-vous soldé le montant de votre abonnement ? CHRONIQUES Dans la cité Croisade antifasciste?Parce que M.Duplessis a appliqué la loi du Cadenas contre les activités communistes, le parti libéral décide de lancer chez nous une vaste croisade antifasciste.Doit-on s\u2019en réjouir?Rappelons d\u2019abord, quoique ni M.Godbout, ni M.Cardin, ni M.Rinfret n'aient fait incursion sur ce terrain, que, pris en soi et malgré ses fautes ou ses erreurs doctrinales, le fascisme mussolinien est un régime beaucoup moins inhumain que le communisme.Quant à l'hitlérisme, ce qui aggrave son cas, c\u2019est sa divinisation de la race allemande, et ce qu\u2019on peut appeler son matérialisme du sang.Jusqu\u2019ici, les orateurs du parti libérai seront d\u2019accord avec nous.Sur le terrain des faits canadiens-français, le communisme offre-t-il un danger moins grave que le fascisme?Le marxisme s implante chez nous dans les milieux pauvres: (c\u2019est à peine s\u2019il séduit quelques-uns de nos \"intellectuels\u201d).Il ne constitue pas un péril immédiat, mais une menace sérieuse.Son alliée principale, outre les subventions moscoutaires dont on vient de faire la preuve, c\u2019est la misère du prolétariat urbain, la disproportion entre la pauvreté des uns et la richesse paradoxale de quelques autres.C\u2019est encore le formalisme de notre vie religieuse: pratiques sans conviction, prières d'automates 42 L\u2019ACTION NATIONALE au lieu d\u2019adhésions intérieures.Sur ce terrain bien préparé, les communistes déploient une activité fiévreuse, et leur démagogie \u2014 péché mortel du communisme comme du socialisme \u2014 leur donne des armes contre lesquelles les chrétiens peuvent difficilement lutter.Voilà ce qui communique actuellement à l\u2019action syndicale catholique à la fois tout son prix et tout son pathétique.Chez plusieurs intellectuels nationalistes, autour desquels se groupent quelques milliers de partisans, il y a la tentation du fascisme.Une invasion massive du césarisme totalitaire n\u2019est pas à craindre, mais j\u2019ai peur que certaines idéologies ne risquent, à la longue, de déteindre sur nos conceptions politiques.C\u2019est pourquoi je tentais, en novembre dernier, de mettre ces milieux en garde contre une complicité sourde et tenace en faveur de tout ce qui vient de la droite ou de l\u2019extrême-droite européennes.Mais la position de M.Godbout est bien différente.Il fait de la politique immédiate, de la politique à bout portant.Il s\u2019adresse aux masses.De ce côté, malgré les statistiques du London Daily Hecald ou celles de M.Arcand, je n\u2019arrive pas à discerner un péril sérieux.M.Godbout agite un épouvantail.IL Y AVAIT UNE FOIS.Son antifascisme consiste à défendre un passé et un présent odieux contre un ennemi problématique.(Cet antifascismse me jetterait dans les bras du fascisme!).Il combat la dictature en vertu d\u2019une notion libérale de la liberté (cf.ses déclarations au banquet du \u201cvingt-cin- CHRONIQUES 43 quième anniversaire de l\u2019Association de la jeunesse libérale\u201d) (1).M.Godbout répugne à un régime qui détruit la liberté et la dignité de la personne humaine.Ouais! Nous avons des souvenirs.Il y avait une fois un régime libéral, Monsieur Godbout, au pays de Québec.Dans ce temps-là, on avait la liberté d\u2019opinion à peu près comme, en libéralisme économique, un ouvrier a le droit de crever de faim.Il y avait une fois un régime libéral.Quiconque osait rappeler les enseignements de S.S.Pie XI dans le domaine social faisait scandale: nous avons des souvenirs.Epoque de liberté, oui: pour la haute finance! On traquait des prêtres, des professeurs d\u2019université coupables d\u2019inspirer, prétendait-on, une poignée de jeunes hommes indépendants.Et la dignité humaine des ouvriers ou des paysans quêtant le patronage, celle des fonctionnaires muselés, des députés eux-mêmes anéantis par la discipline de parti?Il existait une censure, une mise à l\u2019index, des dogmes et des hérésies: M.Paul Gouin en sait quelque chose, qui dut briser les cadres (i) M.Cardin avait parlé du \"plus grand bien du monde: a w Ja 1!b,ert5 qu'est Ia source de tout bien.Non pas a liberté limitée, etouffee, mais libérée dans son essor pour 7/n ,,(i) * * * SlgrnH b?kheu-r,ie' lhumanité\" (rapport du Canada, 7/12./37;.Cette liberté liberee a paru trop absolue à M God- t»ut qui, assure-t-il n'identifie pas liberté et licence.Quelle sera sa limite ?La liberté des autres.\"La liberté est absolument recommandable et nécessaire, mais jusqu'à la limite où e!le n entrave pas une autre liberté\".Concluons i- que cette définition est fidèle au plus pur libéralisme doctrinal: c\u2019est que notre collaboratrice Andrée Fossier appelait une tech- aueeAC a [lbZte' 2_qu'el,e ne se réalise pas dans le fait puis-?otî' j S ® domaine économico-social, la démocratie libérale a donne naissance aux monopoles. 44 L\u2019ACTION NATIONALE du parti pour conquérir le droit d\u2019exprimer sa pensée et celle de ses amis.Il y avait une fois un régime libéral.Ere du jeu politicien, de la spéculation politicienne.Les grands problèmes attendaient.Ils attendent encore.Les mesures de salut public prennent 1 allure d une guérilla préélectorale.On se renvoie la balle, indéfiniment.Communisme, fascisme.Et s\u2019il y avait un troisième larron?Un monsieur très bien, qui parle, lui aussi, de liberté, de démocratie parlementaire, encore de liberté; et qui empoche?M.Godbout devrait pourtant le connaître.(Il y avait une fois un régime libéral).M.Godbout doit le savoir plus redoutable que les forces conjuguées du communisme et du fascisme québécois.Cette menace se nomme: capitalisme libéral; ou, avec moins d'équivoque: les abus du capitalisme.On nous fait assister à une bataille de coqs: des badauds s\u2019assemblent, se laissent hypnotiser: dans les coulisses les millions continuent de danser.Donc, il y a aujourd\u2019hui dans la province, et malgré l\u2019ordre \u201cnouveau\u201d (1), un hypercapitalisme.Dictature de la finance, règne de la spéculation, de l\u2019anonymat irresponsable.Ces messieurs ne veulent ni du fascisme, ni du communisme, ni du corporatisme, ni du séparatisme, etc.; bref, ils combattent tout ce qui risquerait de les amoindrir.C\u2019est normal.Ils sont en place et se défendent.Ce n\u2019est pas légitime, mais c\u2019est normal.Ils jettent (i) Quand nous parlons, au cours de cet article, de démocratie libérale, nous prenons le mot dans son sens genera , il convient au parti conservateur aussi bien qu au parti liberal, que différencient seulement des modalites de tactique, des hommes ou des intérêts.11 y avait un régime libéral, mais il y a, hélas! un régime conservateur . CHRONIQUES 45 a la tete de leurs adversaires d\u2019immenses quartiers de bois.Attendez.Cela fait du bruit.On regarde.Vos ennemis accumulent le bois.Quelle flambée magnifique, au jour de demain! Il y avait une fois un régime libéral.Nous allions 1 oublier.Un régime conservateur fait oublier un régime libéral.Le mal d\u2019aujourd\u2019hui détruit le souvenir du mal d\u2019hier.Vous nous rappelez qu\u2019il y avait une fois un regime liberal.Hier, vous sembliez vous en détacher; au-jourd hui, vous vous en déclarez solidaire.Vous êtes antifasciste (anticommuniste à l\u2019occasion), antiséparatiste, bref, vous vous attaquez à tout ce que redoutent le moyen bourgeois et le grand bourgeois.Or tout cela sort du regime politique et social que vous défendez.S\u2019agit-il de séparatisme?on ne saurait prendre au sérieux les indignations de M.Godbout, non plus que celles de M.Duplessis.Libéraux comme conservateurs, vous êtes les peres du séparatisme; le séparatisme est issu de vous il vous parasite.Ceux qui ont détruit, sous prétexte de le defendre, l\u2019esprit de la Confédération, ceux-là portent la responsabilité du séparatisme.On sacrifiait de gaieté de coeur l\u2019essence du fédéralisme aux mots d\u2019ordre des partis; qu\u2019on ne s\u2019étonne pas si aujourd\u2019hui des jeunes, qui ont foi dans leur nation et ne croient plus à l\u2019unité canadienne, s\u2019attaquent sans détours à la Confédération.La commission Rowell, par exemple, si les soupçons sont justifiés, c\u2019est-à-dire si ses conclusions centralisatrices sont tirees a l\u2019avance, nous prépare pour demain le plus arouche et le plus dynamique des antifédéralismes.Ceux qui l\u2019inspirent s\u2019en doutent-ils?Mais non; et vous verrez bientôt leur surprise.Ils écarquilleront les yeux, ou 46 L\u2019ACTION NATIONALE bien ils nous chanteront \u201cla Confédération, exigence de fierté\u2019\u2019.Mgr Camille Roy a peut-être le droit de s\u2019exprimer ainsi; pas eux.Us l\u2019ont perdu cent fois: écoles acadiennes, écoles du Manitoba, écoles du Nord-Ouest et écoles franco-ontariennes, questions du fonctionnarisme, des chemins de fer, lâchages impérialisants, conscription, grignotage du droit civil français, etc., etc., et surtout inutilisation dans le Québec des libertés que nous consentait le pouvoir fédéral: autant de glas qui sonnaient la mort de l\u2019esprit fédéraliste, qui détruisaient l\u2019essence du pacte confédératif.Eb bien! de la même façon qu\u2019ils ont nourri le séparatisme, de la même façon leur simulacre de démocratie donne naissance au communisme et au fascisme.Mais peut-être défendent-ils le principe démocratique tout en avouant que notre démocratie est bien tarée?M.God-bout a pris soin de nous détromper à l\u2019avance: La démocratie, déclare-t-il, n\u2019aura jamais donné de résultats plus féconds qu\u2019avec le peuple canadien.\u201d C\u2019est vouloir à la démocratie beaucoup de mal! Démocratie: gouvernement du peuple par le peuple, acceptation par le plus modeste d\u2019entre nous de ses devoirs et de ses responsabilités civiques.: une définition suffit pour crever la prétention de M.Godbout.Gouvernement du peuple par l\u2019Argent: le plus petit organisateur d\u2019élections connaît l\u2019importance de la caisse électorale; il sait la valeur des télégraphes, des pots-de-vin, des intimidations.Il faut les entendre parler entre eux, ces purs démocrates: \u201cpas d\u2019argent, pas de suisse.M.X.n\u2019a pas de chance, son parti non plus: il leur manque le nerf de la guerre\u201d.Le plus petit organisateur d\u2019élections sait qu\u2019élire un homme CHRONIQUES 47 n est point tant un problème politique qu\u2019un problème économique.D\u2019un côté, le suffrage universel, de l\u2019autre, les bailleurs de fonds: voilà l\u2019axe d\u2019une élection.On a résolu la difficulté.On règle une question par l\u2019autre.Grâce à la presse (information faussée, canards, ballons d essai, publicité massive, de savoureuses calomnies en rédaction ), grâce au patronage, on \u201ca\u201d l\u2019opinion: et grâce à 1 opinion, on \u201ca\u201d les bailleurs de fonds.Les hommes honnêtes il y en a qui firent la politique de parti, ces dernières années, durent fermer les yeux sur des malpropretés qui leur donnaient un haut-le-coeur: entrant dans le jeu, ils devaient en accepter les règles: ils y entraient, ils y demeuraient, et c\u2019est tout de même grâce à eux que le monde n\u2019allait pas plus mal.Il nous est arrivé d affirmer que le christianisme n\u2019est pas plus antidémocrate qu\u2019antimonarchiste.Ce n\u2019était point tenter l'apologie du statu quo\\ Nous ne prétendons point embaumer ce cadavre de démocratie qu\u2019on se transmet de génération en génération et qui nous pourrit entre les mains.Libre au parti libéral de défendre ce passé là \u2014 qui est son passé, et dont le parti conservateur se trouve l\u2019héritier\u2014.Nous abandonnons la pseudo-demoeratie canadienne à son sort (ainsi que la Troisième République, Marcel Hamel: même si nous ne contresignons pas vos simplismes en faveur de la Droite française).Notre refus du dilemme fascisme-communisme ne doit pas servir aux grands pontifes des mensonges politiques actuels; nous ne lèverons pas le doigt pour défendre le régime des partis et la caisse électorale, la tyrannie de l\u2019économique sur le social et le national, une notion fausse du profit, une hystérie de spéculation, un 48 L\u2019ACTION NATIONALE fait social qui, malgré quelques rapiéçages, demeure inacceptable (cf.une déclaration du cardinal Villeneuve que nous citons ailleurs).A l\u2019occasion des grèves du textile, nous avons reproché à M.Duplessis sa profonde ignorance du problème social.M.Godbout, lui aussi, en a de bonnes; (comme quoi on peut être un excellent technicien agricole et ignorer l\u2019a b c de l\u2019économie sociale.).\u201cCe qu on appelle le corporatisme social, déclare-t-il sans rire (toujours d\u2019après le rapport du Canada), on le voit réalise dans le programme libéral, si on entend par là la mise en commun des efforts de chaque classe de la société au bien-être de toutes.Si, par ailleurs, par corporatisme, on entend le fascisme, on peut être assuré qu\u2019avec toute la population de la province, nous y serons toujours irrémédiablement opposés\u201d.Nous voulons croire que les mots de M.Godbout ont trahi la pensée de M.Godbout.En langage clair, cela signifie que le corporatisme social s\u2019identifie ou bien au fascisme ou bien au libéralisme.M Godbout pose le problème en termes politiques; c est-à-dire qu\u2019il l\u2019escamote.Médiocre prestidigitation! Bien sûr, le corporatisme social refuse d\u2019être une mise au pas brutale de l\u2019économique par le politique; mais il n en nécessite pas moins un changement institutionnel.C\u2019est autre chose qu\u2019un vague esprit de collaboration entre classes prêché par ceux qui laissent subsister dans les choses des conflits aigus entre le capital et le travail.Nous aurons l\u2019occasion de développer cette pensee au cours de l\u2019enquête que nous entreprenons cette annee.En somme, s\u2019il ne faut rien exagérer (la situation de l\u2019ouvrier canadien n\u2019est pas celle de l\u2019ouvrier européen CHRONIQUES 49 des années 1850.), admettons cependant que de graves abus subsistent dans notre situation politique, sociale et economique, et que, sous le couvert de la démocratie, une oligarchie financière, une dictature occulte continuent de nous exploiter.CONTRE LES ABUS Et voila ce qui, en définitive, retiendra notre attention.A toutes les époques, dans tous les pays, il y a eu des révolutionnaires.Ceux-ci se sont vainement agités la plupart du temps, d\u2019autres fois ils ont réussi.Quelle fut la cause de leurs victoires?Les abus du régime qu\u2019ils combattaient.Les abus: voilà la porte d\u2019entrée de toutes les révolutions, la base des idéologies fausses.Dans le domaine social, ce qui nourrit l\u2019erreur, ce qui lui ouvre l\u2019oreille des masses, ce sont à la fois les abus et la démagogie.Il faut brider la démagogie, mais il faut surtout anéantir son support.( 1 ) La société canadienne-française se lézarde.D\u2019immenses problèmes attendent leur solution.Problèmes d\u2019ordre national, social, économique: c\u2019est l\u2019universelle trilogie, qui partout recouvre des carences morales.Nous attendons inertie\t^ ,surtou51 mentent d\u2019être condamnés pour leur nertie, qui negligent de supprimer ou de changer des états amsnfvn^1 ex^sPfrent les esPr*s des masses et préparent SS Pie X?nU b°uleversement et à la ruine de la société\u201d.J,.i>.Pie XI, Quadragesimo Anno.) \u201c Il n'y aurait ni socialisme aS-SST6 S1 £S Che n peuples n avaient pas dédaigné s^;iiTemels avertissements 50 L\u2019ACTION NATIONALE de nos chefs politiques une politique de création.Us nous offrent des mots.Ils répètent des clichés vermoulus.Antifascisme et meme anticommunisme risquent de nous détourner de nos problèmes essentiels.^ Je ne vois pas bien ce que nous aurons gagné le jour où nous nous battrons pour ces mots-là.Je ne dis pas que nous sabrons contre des moulins à vent: le communisme est malheureusement une réalité chez nous (et le fascisme commence, qui naît du danger communiste).Mais enfin nous parlons trop d\u2019eux.L\u2019exagération finira peut-etre par leur communiquer plus de vie \u2014 comme les aventuriers de Jules Romains ont fait sortir d\u2019une illusion la ville de Donogoo Tonka.Au lieu de concentrer nos efforts contre l\u2019erreur, nous devrions faire en sorte que, matériellement comme spirituellement, les hommes de ce pays vivent dans un climat Je ne veux pas sous-estimer les aspirations, les idees qui s\u2019agitent dans les mouvements que nous combattons.Les partisans du communisme ô dérision 1\te en dent la liberté, la justice sociale et s\u2019attaquent aux nationalismes exacerbés.Les partisans du fascisme s en prennent à la démocratie libérale et individualiste (celle que M Godbout s\u2019acharne à soutenir), entendent remettre en valeur l\u2019autorité, la responsabilité personnelle du chef, l\u2019ordre \u2014 encore qu\u2019ils en aient une notion deformee et le sens national.Ce sont des éléments dont nous devons faire notre profit: il y a là de quoi manger pour nous, à condition que nous réussissions a en faire une synthèse exhaustive et que nous ne nous payions pas de mots. CHRONIQUES\t5l Oui, dans le domaine économique comme dans celui de la pensee, nous semons le besoin d\u2019une liberté authentique; oui, nous ne devons pas nous laisser aller à la enve des nationalismes exaspérés et il nous manque un sens aigu de la justice sociale.Mai, n est pas moms vrai que nos chefs doivent substituer le sentiment de la responsabilité personnelle à cet infâme anonymat du système des partis et de la finance que notre système tolère.Il n\u2019est pas moins vraj que les Canadiens français doivent, grâce à l\u2019éducation, a la politique, a tout ce qui contribue à former un peuple, acquérir la conscience d\u2019eux-mêmes et la volonté de se réaliser pleinement.Morale: si nos gouvernants veulent vraiment défen-re 1 ordre contre l\u2019anarchie, les droits personnels contre les dictatures individuelles ou irresponsables, ils doivent cesser d etre la dupe des mots.Dénoncer le fascisme et surtout le communisme, cela peut constituer une préface necessaire a un mouvement d\u2019envergure; ce n\u2019est qu\u2019une En 1938.dans I, p\u201evi\u201e\u201e de Q.aJ ~ \" \u201c\u201c\u201cP11'.laq«.U.en» le.pa\u201e\u201e
de

Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.

Lien de téléchargement:

Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.