L'action nationale, 1 octobre 1941, Octobre
[" L\u2019ACTION NATIONALE LES CONQUÉRANTS Gérard Felion.85 Lionel Groulx, ptre Vers l'avenir.97 André Laurendeau Nos écoles enseignent-elles la haine de i Anglais ?.104 Clément Marchand Éloge de l'évidence.124 Charles Doyon Villade.131 \u2022 Nos enquêtes D\u2019UNE CULTURE CANADIENNE-FRANÇAISE J.Cousineau, S.J.Le [joint de vue social.135.Eugène L'Heureux Notre culture demain.140i Guy Frégault Notre culture française.144- L.-Paul Desrosiers Réalités canadiennes-françaises 14T \u2022 Chroniques Dans la cité André Laurendeau Vers l'accomplissement de notre destin américain.jgj Vie de l\u2019esprit Candide\tLettres amicales.155 GE L.\tLa bibliothèque des enfants.162 Les livres.icc ***\tCJ\t.t.n deux mots.166 VOL.XVIII, N® 2\t\u2022 OCTOBRE 1941 \u2022 MONTRÉAL 25e L'ACTION NATIONALE REVUE mensuelle Directeur: André LAURENDEAU # L'Action Nationale, publiée par la U-que d'Action Nationale, est un organe de pensée et d'action au service des traditions et des institutions religieuses et nationales de l'élément français en Amérique.Elle paraît tous les mois, saut en juillet et en août.DIRECTION et ADMINISTRATION : C.P.133 Outremont, P.Q- On communique avec le directeur de la revue à son domicile privé: 415, ave\t\u2019 Outremont, P.Q.Téléphone: CRescent 2221.L'obonnement est de $2.00 par année Pour l\u2019étranger : $2.50 par »nnee Ahnnnement de «outien $5.00 P>r ~Tou.droit.ré.rrU, Ottmwm.1933 LA COMPAGNIE D\u2019ASSURANCE LA PROTECTION NATIONALE O Siège social : Cité de Saint-Jean, P.Q.offre à ses assurés des avantages exceptionnels.ACTIF TOTAL Garantie aux porteurs de polices.$\t37 016 91 Pour garantir la responsabilité de la Cie envers les assurés qui est de.jj 30g 27 Capital et surplus.%\t69,507.21 Réserve de primes non gagnées.8,495.47 Capital souscrit non payé.407,180.00 TOTAL Dépôt au Département des Assurances à Québec: Débentures de la province de Québec \u2014 valeur au pair.SITUATION LIQUIDE PARFAITE : Dépôt en banque.Débentures disponibles réalisables.TOTAL.Revenu-primes pour six mois d\u2019opération.Montant d\u2019assurances en force (brut).485,182.68 $\t30,000.00 14,086.67 25,000.00 $\t39,086.67 30,476.17 2,338,439.38 Compagnie de réassurance puissante avec actif excédant $5,000,000.00 protégeant avantageusement les assurés et permettant à la Compagnie de donner à ses agents une ligne complète d\u2019assurance-incendie.\u2022 Nombre d\u2019actionnaires disséminés par toute la province : 1027 \u2022 ADMINISTRATION PRUDENTE ET ECONOME Pour votre santé ~~ Mangez tous les jours 2 ou 3 carrés LEVURE LALLEMAND Les médecins recommandent le levure fraîche.La Levure fraîche Lallemand est très riche en vitamines B, G et D.Sa haute qualité et sa pureté sont assurées par les années d\u2019expérience de la maison Lallemand.En vente chez les épiciers et lee pharmaciens.Fraîche COUVRETTE-SAURIOL Limitée EPICIERS EN GROS \u2022 50, rue de Bresolles H Arbour 8151 \u2022 Président et gérant général Bernard Couvrette ii Lisez \u201cLE DEVOIR\u201d LE JOURNAL DES GENS QUI PENSENT Tel.: HA.0200-0209 PERRAULT et PERRAULT AVOCATS 511 Place D\u2019Armes, - Montréal, Canada ANTONIO PERRAULT, C.R.Rés.: 64 ave Nelson, Outremont, Tel.: DO.6342 JACQUES PERRAULT, LL.D Rés.: 2678 boul.Pie IX, Tél.: CL.3580 LA COMPAGNIE l.-\\.DROLET Ingénieurs \u2014 Mécaniciens \u2014 Fondeurs Spécialités : ASCENSEURS MODERNES DE TOUS GENRES SOUDURES ÉLECTRIQUES BT AUTOGÈNES, ETC.3«6, RUE DU PONT.QUÉBEC COMPAGNIE DE BISCUIT STUART Ltée BISCUITS, GATEAUX et TARTES Alfred ALLARD Président et gérant général III Bureau : MArquette 5845 Résidence : CLairval 5723 LUCIEN VIAU, C.G.A.COMPTABLE-VERIFICATEUR SPECIALISTE EN IMPOT SUR LE REVENU \"La comptabilité est la boussole des affaires\" 4527 ST-DENIS\tMONTREAL DUpont 6556 JOS.ROBIN BOULANGER Spécialité : Le Pain Naturel \u201cSt-Michel\u201d, recommandé par les médecins.8300, BOULEVARD ST-MICHEL MONTREAL Voyez l\u2019annonce de \u201cLA SAUVEGARDE\u201d à l\u2019endos de cette revue et pour vous assurer appelez J.-H.LANGEVIN, C.C.S.Assureur Conseil Gérant Division Langevin Bureau : HA.7223\tRés.: AT.4810 LES CARNETS Reïuetrime;trje|le 5 d'intérêt général.Abonnement régulier :\t$1.50 Abonnement d\u2019étudiant: $1.00 Le numéro se vend 35 sous S\u2019adresser à 50.boulevard Querbes.loliette.IV Cherchez cette étiquette, elle IDENTIFIE LES CHESTERFIELDS GARANTIS ClMON.Enfin, voici la marque de garantie d'un fabricant canadien-français de chesterfields que vous trouverez chez tous les marchands cana-diens-français les plus renommés de la province de Québec.Pour un ameublement de vivoir élégant et confortable exigez un Cimon.CIMON LIMITÉE \u2022 UNE FIRME LOCALE \u2022 v DUPUIS voui offre \u2022\tdes marchandises pour tous les goûts; \u2022\tdes modes de paiement pour convenir à tous les budgets.Fondée en 1868 par un Canadien français, cette maison est demeurée entre les mains des membres de la famille du fondateur.(Dwpub^ncres MONTREAL VI LES CONQUERANTS Les Canadiens français ont des défauts et ils éprouvent un besoin morbide de les monter en épingle.Il se dit et il s'écrit des tas de choses plus ou moins exactes sur « nos déficiences ».A force d entendre dire que nous sommes comme ceci et comme cela, nous finissons par le croire, tout comme l'enfant qu\u2019on traite de cancre à l'école et à la maison le devient à la fin, même s'il possède des ressources que ni son maître ni ses parents n ont 1 intelligence de découvrir et de mettre en valeur.Or les Canadiens français n'ont pas que des défauts; ils ont des qualités, et de solides et de précieuses.Autrement 1 on s\u2019expliquerait mal que ce peuple de gueux ait accompli tout seul, sans protection étrangère, sans sympathie de personne, une des plus belles réussites de l\u2019époque contemporaine.Exagération ?non pas.Qu on nous cite 1 exemple d un peuple aussi dénué de ressources, qui en ait fait autant.Après 1760, il nous restait bien peu de choses; nos chefs partis, nos fermes en partie saccagées, notre monnaie en banqueroute, nous conservions une chose précieuse, la terre.Très peu cependant, une légère bande de défriché sur les deux rives du fleuve avec des pointes aux affluents.C est de là que nous sommes partis et les étapes n ont pas toujours été faciles La nature était revêche, le pouvoir politique 1 était davantage.Qu on se rappelle seulement l'ignominieuse politique qui, pendant des décades, interdit aux nôtres entassés dans les vieilles seigneuries l'accès aux 86 l'action nationale terres de la Couronne.Des terres, il y en avait, et de grandes et de riches avec des routes et des dotations en nature et en espèces, pour les Loyalistes et les militaires réformés.Mais pour nous, point.Pendant que nos paysans s'entassaient dans les vieilles seigneuries, les autres s'emparaient des Cantons de l\u2019Est, colonisaient les premiers contre-forts des Laurentides, débordaient sur les deux rives de l'Outaouais.On nous croyait emprisonnés; ces rudes gaillards, la plupart des Ecossais durs au travail et âpres au gain, qu'on avait postés à nos frontières, devaient fermer toutes les issues.Nous devions mourrir d'asphyxie comme les Acadiens devaient disparaître par la dispersion.Or rien de cela ne s\u2019est produit.La camisole de force a éclaté.Les Cantons de l\u2019Est, nous les possédons, nous les dominons.Les fils des Loyalistes sont pour la plupart à Montréal et à Toronto où ils font dans la finance, l'industrie et le commerce.Ils ont peut-être notre argent mais nous avons leurs terres.Que reste-t-il d'anglais, sinon quelques noms, dans les cantons de Brandon, de Kildare, de Rawdon, de Chertsey et autres ?De ce côté aussi nous avons violé les frontières.Vers l'ouest, l\u2019on avait barricadé la vallée de l'Outaouais par une colonisation coûteuse du pays d'Argenteuil.Nos « cageux » se sont infiltrés jusqu'à Bytown et au-delà, ont fait tache d'huile sur les deux rives, de sorte que la vallée de l'Outa-ouais est aujourd'hui sous notre domination, sauf quelques îlots de résistance en amont d'Ottawa.Mais là comme ailleurs notre dynamisme démographique finira par l'emporter; dans vingt-cinq, LES CONQUÉRANTS 87 dans cinquante ans au plus, les colonies françaises de Prescott et Russell au sud, celles de Papineau et de Gatineau au nord auront refoulé l'Anglais vers la péninsule ontarienne et auront opéré leur jonction avec les établissements récents de Mattawa, North Bay et Sudbury, complétant ainsi une frontière française continue jusqu'au Sault-Sainte-Marie.Au nord de cette frontière s étend un pays immense, riche en forêts, en mines, en chutes d'eau, en terres arables; l'élément français y est déjà le groupe ethnique le plus important; dans quelques décades il sera devenu prépondérant.Le Temiscamingue québécois nous appartient entièrement; du coté ontarien, nous grugeons inlassablement les domaines qui restent aux mains des Anglo-Saxons.Plus au nord, c'est l'Abitibi avec ses espoirs illimités; là aussi la ténacité de nos défricheurs finira par avoir raison des rigueurs de la nature et de l'indifférence des hommes.La partie ontarienne de l'immense plaine du nord est déjà sous notre domination avec les colonies qui s étendent de Cochrane a Hearst.Encore un bond de quelques cents milles et nous donnons la main aux Franco-Manitobains de la vallée de la Rivière-Rouge.Vers 1 est, nous avons depuis longtemps pris contact avec les Acadiens par les vallées du Témis-eouata et de la Matapédia.Avec le concours de ces derniers, nous sommes en train d'encercler le Nouveau-Brunswick par la vallee de la rivière Saint-Jean a 1 ouest et le long du littoral jusqu'à Moncton à l'est. 88 l'action nationale Comme nous sommes loin de la mince bande de terre que nous possédions en 1760.Nous avons reculé nos frontières à des centaines de milles dans toutes les directions.Cette fois, nous ne nous sommes pas contentés comme sous l'Ancien Régime de semer sur des étendues immenses quelques forts isolés; ce n\u2019est pas l'espace que nous avons conquis, c\u2019est la terre.Nous l\u2019avons défrichée, labourée, ensemencée, clôturée; elle porte notre empreinte comme nous portons la sienne.Elle nous a faits râblés, patients, têtus, prudents et routiniers; nous l'avons bien clôturée pour qu\u2019elle ne nous échappe pas; nous y avons bâti notre ferme pour qu'elle ne trompe pas notre surveillance; c\u2019est « notre terre )) et il n\u2019y a personne pour nous l\u2019enlever.Cette conquête définitive du sol nous assure pour l\u2019avenir la domination du Saint-Laurent et de tous ses affluents, ainsi que la partie habitable de l\u2019immense bassin de la mer d'Hudson.C\u2019est plus qu'un pays, c\u2019est un empire que nous avons conquis.Pour que nous ayons accompli de si grandes choses, il fallait que nous n'eussions pas que des défauts.Il nous fallait au moins quelques qualités portées à la perfection de vertus.Ces qualités sont l\u2019amour du travail, la patience, la résignation et la persévérance; rien de brillant sans doute, parce que ces vertus appartiennent aux humbles, et que ce sont d\u2019humbles paysans, non des tribuns de carrefour, qui ont fait le Canada français.Il s'écrit beaucoup de sottises sur le compte du paysan de chez nous.Selon l\u2019humeur ou le tempérament de chacun, on le flatte ou on le fouette.Heureusement qu'il ne s'inquiète guère de ce qu\u2019on LES CONQUÉRANTS 89 dit ou pense de lui.Certains le traitent d'arriéré, alors que sa routine est souvent une lente prudence.D'autres le trouvent ignorant, bien qu'il possède plus de connaissances usuelles que nos ouvriers et plus de bon sens qu une bonne moitié de nos universitaires.Ces jugements sommaires étaient bien fondés jadis, ils sont devenus des préjugés.Le paysan canadien-français a évolué énormément depuis une vingtaine d'années.Il n'est plus routinier, mais il est resté sage, prudent.Les vieux sont peut-être ignorants, mais possèdent un gros bon sens; les jeunes ont enrichi ce bon sens par l'acquis d une culture intellectuelle assez intéressante.Il n est du reste qu à regarder à l'étranger pour se rendre compte qu'après tout nous ne sommes pas si mal partagés.La preuve, c'est que l'on commence déjà à venir des autres provinces et des États-Unis pour prendre chez nous des leçons d économie sociale.Le paysan canadien-français est en train d'édifier en Amérique une civilisation matérielle et spirituelle qui servira avant longtemps d'exemple à nos voisins.Les faits suivants en sont la preuve.D abord, nous bâtissons sur des fondations solides.Aux États-Unis et dans plusieurs provinces canadiennes, la machine a tué 1 agriculture; dans certains États américains, vingt-cinq pour cent seulement des terres appartiennent à leurs exploitants; les autres sont la propriété de sociétés de prêts, de compagnies d'assurances, de grands proprietaires fonciers; 1 ancien agriculteur est devenu fermier, le fermier est devenu métayer, le métayer est devenu ouvrier agricole; il se développe ainsi un prolétariat rural plus miséreux que le 00 l'action nationale prolétariat urbain.Chez nous, rien de tel; quatre-vingt-quinze pour cent des terres appartiennent aux cultivateurs, qui les exploitent par et pour leurs familles.La grande propriété n'existe pratiquement pas, et les expériences tentées ont donné beaucoup de déboires et peu de profits.La monoculture, conduite à grands frais de machines, ne se rencontre nulle part.Nous conservons chez nous \u2014 et cela ne disparaîtra pas de sitôt -\u2014 ce que les sociologues appellent le domaine plein, s'adaptant aux besoins et aux capacités de la famille.Cet ensemble de facteurs assure à notre agriculture une stabilité sociale et une force de résistance aux crises économiques qu'on ne trouve nulle part en Amérique.Ce sont là, diront certains, des qualités toutes passives; or, nous vivons en Amérique et au vingtième siècle, et par conséquent ce mode de vie fait de patience, de ténacité, de dos arrondis, cette attitude de portefaix prêt à recevoir les coups nous expose à être déclassés ; nous piétinons pendant que d'autres font du cent à l'heure.Évidemment notre position n'est pas de tout repos; elle ne l'a jamais été, du reste, et ne le sera pas de sitôt.N'empêche que jusqu'à présent l'épreuve du temps nous a donné raison.Au surplus, il arrive qu'en s'appuyant sur ces bases incontestablement solides, le paysan canadien-français a entrepris depuis quelques années d\u2019édifier une armature sociale et économique à son image et à son service.Il se passe actuellement dans le milieu rural des choses difficiles à décrire et à expliquer.On ne sait trop pourquoi, les cultivateurs se sont mis depuis trois ou quatre ans à s\u2019occuper de leurs LES CONQUÉRANTS 91 affaires avec une frénésie, une rage qu\u2019on ne leur connaissait pas.Autant la politique les avait passionnés, autant elle les dégoûte; autant ils avaient 1 habitude de tout attendre de l'État, autant ils s'opposent à ce que l'État mette le nez dans leurs affaires.Ils semblent décidés \u2014 et quand un cultivateur canadien-français est décidé, c\u2019est pour longtemps \u2014 à faire par eux-mêmes ce qu'ils ont toujours demandé aux autres de faire pour eux.Nous n en avons besoin d'autres preuves que la floraison d œuvres de toutes natures qui a recouvert la Province depuis quelques années.Les associations agricoles indépendantes font des progrès prodigieux, tandis que la respiration artificielle ne réussit pas à garder leur dernier souffle de vie aux groupements dominés par l'État.Pendant vingt-cinq ans 1 on a beaucoup parlé de coopération et l'on en a fait très peu et souvent de la mauvaise.Depuis trois ou quatre ans, on en parle encore, mais on en fait et de la bonne.Plus de deux cents coopératives agricoles ont pris naissance depuis trois ans et il faut voir sur place l'élan extraordinaire qu\u2019elles possèdent; c est un esprit complètement nouveau avec des méthodes qui déclassent les concurrents.C est un nettoyage, c'est un balayage des vieilles routines du temps de jadis.C\u2019est une révolution complète de l\u2019économie externe de l'agriculture qui est en train de s opérer.Si le rythme actuel se maintient, il ne faudra guère plus d'une dizaine d années pour que la classe agricole soit redevenue maîtresse de son économie.Sur le papier cela ne veut peut-être pas dire grand'chose, mais dans les faits cela est déjà et sera une révolution.Cinq ou six 92 l'action nationale cultivateurs du dernier rang de la dernière localité des Cantons de l'Est glosent, un soir d'hiver, sur la nécessité de construire un abattoir coopératif, ou une fabrique de machines agricoles, ou une usine d\u2019engrais chimiques.A première vue cela vous fait sourire, mais si quelqu'un vous dit que des groupes comme celui-ci il y en a dans tous les coins de la province, que vous pouvez en compter mille, deux mille, trois mille, peut-être cinq mille, que tous répondent à une direction unique, que tous travaillent dans le même sens vers la réalisation du même objectif, vous prenez alors la chose au sérieux et vous admettez qu'il y a là une force de conquête à laquelle rien ne peut résister.Or qu'arrivera-t-il si tout cela se réalise ?Il arrivera qu'une partie au moins des grandes affaires qui sont entre les mains d'étrangers tomberont dans le cycle de 1 économie canadienne-française.Répétez le même procédé dans tous les domaines et vous verrez que les frontières de notre économie reculeront, comme la hache de nos défricheurs a étendu de 1 Ontario-nord au golfe Saint-Laurent, du Lac-Saint-Jean aux frontières américaines l'aire de nos terres défrichées.Chimère que tout cela ?Non pas.Faits inéluctables, réalité décevante dont se rendent parfaitement compte ceux qui ont vécu jusqu a present de l'exploitation du cultivateur et qui sentent leurs positions menacées.« Que deviendrons-nous, demandait récemment le gérant d une société d engrais chimiques, si les cultivateurs continuent à fonder des coopératives et à nous mettre de côté ?» « Vous ferez comme nous autres, vous cultiverez )), LES CONQUÉRANTS 93 lui fut-il répondu.Attitude fière et courageuse, qu on n aurait même pas soupçonnée il y a dix ans La campagne fut naguère la source généreuse où venaient s\u2019abreuver les aigrefins de la finance.Ce qu il sen est vendu de 1920 à 1930 des «parts» de mines, de cercueils de verre, de costumes de bain modestes et insubmersibles.Les habitants, avec les curés, étaient les victimes préférées des escrocs de petite et de grande envergure.La leçon a servi.L\u2019épargne agricole est devenue craintive et sage; elle se réfugie prudemment dans les caisses populaires dont le nombre a doublé et l\u2019actif a triplé depuis trois ans.Vingt-cinq millions de dollars s\u2019y trouvent présentement en sûreté, et ce n\u2019est qu'un commencement.On y trouve déjà de quoi répondre en partie aux besoins de crédit agricole; les entreprises de bien commun comme les coopératives, les institutions publiques comme les fabriques, les commissions scolaires, les municipalités y placent déjà une bonne partie de leurs emprunts; les sociétaires, la plupart de fortune modeste, en obtiennent les avances de crédit dont ils ont besoin, échappant ainsi aux griffes des usuriers.Ce que seront les caisses populaires dans dix ans ?Nul ne le sait, mais il est certain quelles seront, quoi qu il advienne, une force d une puissance aujourd\u2019hui insoupçonnée au service de l'économie canadienne-française.La coopération de consommation a pris naissance à Montréal il y a un peu plus de quatre ans.Comme il convenait, le mouvement s\u2019est développé d\u2019abord dans les centres urbains.Mais depuis un an les cultivateurs sont entrés dans le mouvement avec 94 l'action nationale un entrain qui menace de déclasser avant longtemps les coopératives urbaines.Une vingtaine de coopératives rurales de consommation font déjà des affaires d\u2019or.Il en naît de nouvelles tous les mois.Les marchands-détaillants s\u2019agitent stérilement et appellent à leur rescousse le corporatisme comme si cette institution devait mettre en conserve les positions acquises avec les germes de mort qu'elles contiennent.Car il faut bien se mettre dans la tête que le consommateur n'en veut pas au pauvre détaillant qui est beaucoup plus une victime qu'un coupable; ce qu\u2019il veut briser, ce sont les combines et les monopoles qui se cachent derrière les tablettes de l'épicerie et vendent à prix fort un produit souvent malsain et assaisonné d'une forte dose de publicité.Plusieurs hausseront les épaules avec une moue dédaigneuse et refuseront de croire qu'une tête d\u2019habitant puisse contenir tant d\u2019idées et de si ambitieuses.Laissons les sceptiques à leur incrédulité.Soyons tout simplement réalistes et disons-nous que si le mouvement actuel garde son élan, dans vingt-cinq ans l\u2019économie canadienne-fran-çaise aura complètement changé d\u2019aspect.Ainsi s'amorce et se développe déjà la deuxième phase de la conquête de l\u2019est du Canada par le paysan canadien-français.La terre étant conquise à demeure, il ambitionne maintenant de mettre au service de l\u2019économie de sa nation ses vertus de patience, de ténacité et de labeur.Le paysan canadien-français est déjà et sera surtout après la guerre un témoignage en Amérique.L\u2019on viendra de partout lui demander le LES CONQUÉRANTS 95 secret de sa résistance au cataclysme.Ailleurs, surtout aux États-Unis, la machine aura tué 1 agriculture.La terre sera devenue la propriété presque exclusive de grandes sociétés anonymes qui tiendront en esclavage et dans un état de pauvreté voisin de la misère une multitude de prolétaires errant dans la plaine à la recherche de travaux saisonniers.L agriculture sera devenue une sorte d industrie extractive cherchant uniquement le profit rapide et facile.Chez nous, ce non-sens qu est une terre sans famille et une famille sans enfants ne se produira pas parce que la machine, qui a tué presque partout 1 agriculture sous prétexte de lui aider, n'aura pas raison de la prudence du paysan canadien-français.On demandait récemment à un cultivateur qui venait d acheter au coût de $2,000 un tracteur et une moissonneuse-batteuse: «Pourquoi n'avez-vous pas acheté cet outillage plus tôt ?» \u2014 « Je ne 1 ai pas fait, parce que je n'avais pas d\u2019argent pour tout payer comptant.Après la guerre, si les affaires vont mal, je n aurai pas de créanciers sur mes talons».Attitude dune sagesse consommée, qui fait contraste avec l'imprévoyance du spéculateur américain.Peu importe après cela qu\u2019on parle de routine, d ignorance, d'obscurantisme.Le temps travaille pour nous et prépare notre revanche.A cette médaillé il y a malheureusement un revers, nous dira-t-on.Les Canadiens français de la campagne s'organisent avec méthode et succès mais dans les villes c est le désarroi.Peut-être.Alors il ne reste qu une chose à faire: que ceux qui s'inquiètent de l'avenir des Canadiens français à 96 l'action nationale Montréal aillent à la campagne chercher des idées et des méthodes, car l'agriculture n\u2019a pas pour unique fonction de fournir aux citadins des carottes ou du fromage, elle doit aussi les approvisionner de bon sens et de sains principes d\u2019économie sociale.Gérard Filion Vente à tempérament Le 14 octobre 1941, par ordonnance de la « Commission (fédérale) des prix et du commerce », la vente à tempérament devint sujette à certaines restrictions.C'est une mesure opportune.Regrettons que pareille décision n ait pas ete prise il y a longtemps et que les politiciens aient attendu la guerre pour mettre fin à cette plaie sociale.La vente à tempérament est une vente a terme, vente a crédit dont le prix est stipulé payable sous la forme de sommes minimes, réparties par fractions égales et à intervalles réguliers sur un espace de temps assez long Cette pratique était devenue dangereuse.Elle facilitait 1 abus du crédit, 1 une des causes principales, sinon la cause unique, des crises économiques.En 1933, le législateur québécois intervint à ce sujet.Mais les articles qu'il ajouta au Code civil protégeaient plus les créanciers de l'acheteur que celui-ci.Cette vente à tempérament relève des législatures provinciales.Celle du Québec aurait dû, il y a longtemps, compléter cette législation, notamment rattacher le paiement du prix de vente à Ta distinction entre les objets nécessaires à la vie, les objets utiles et les objets de luxe.\t,\t.Les entreprises de tuerie révélèrent aux autorités iederales les conséquences néfastes de la vente à ^temperament.Un journal, voué aux intérêts du parti libéral, approuve ces nouvelles mesures de contrôle.11 écrit: « 11 faut que nous en revenions au principe traditionnel qui impose à chaque citoyen de vivre selon ses revenus sans engager 1 avenir .Le temps n'est plus du laisser-faire et du iaisser-passer ».Pourquoi ce journal n'a-t-il pas tenu pareille attitude en temps de paix ?Les politiciens ne comprendraient-ils 1 interet public qu'en temps de guerre ? Nofr« problème polity Vers I' avenir Nation, nous avons le droit à la vie.Nous avons droit à la vie d'une nation.Cette pleine vie, par quels redressements l\u2019obtenir?Dans le domaine politique, deux obstacles apparemment insurmontables barrent le chemin à toute réforme: le suffrage universel, la dictature financière.Le premier choisit mal les représentants du peuple; la seconde les avilit.C est le cycle infernal.Quel est l'avenir des démocraties ?Il ne leur suffira pas de gagner la guerre pour durer.Maritain l'a démontré: leur pire ennemi gît en elles-mêmes, dans la fausse philosophie politique et sociale qui les parasite, les isole de la vie profonde du peuple, les désintègre inexorablement.Faut-il laisser les choses aller comme elles vont, attendre la réforme des seuls événements, ces maîtres souverains où Dieu se plaît à montrer sa main ?Deux conjonctures historiques peuvent s'offrir: une terrible, une suprême catastrophe nationale qui ferait rebondir le jugement collectif, purifierait l'esprit politique et, en quelques semaines, rendrait possible la réforme rédemptrice; ou, cette réforme, l'attendre du long corps à corps des puissances du bien et du mal, à travers d interminables tâtonnements, des essais toujours avortés, où souvent l'on ne sait plus qui N.D.L.R.Les étudiants avaient posé à l'abbé Groul* des quest|°ns au sujet de notre avenir national.De la réponse \u2014 nou^Hèf aPportee \u2014 et qui paraîtra bientôt en brochure nous détachons ces-pages sur notre problème politique 98 l\u2019action nationale va l'emporter.De jeunes croyants qui répudient tout fatalisme historique, voudront songer à des réformes structurelles de l'État.Mais lesquelles ?Et par quelle voie ?Par une extension du suffrage familial?Par un rôle toujours croissant des Chambres corporatives ?Graves sujets d\u2019étude qui s'imposent à vos esprits.Travaillez sur du positif, du concret.Vous pourrez ridiculiser, autant qu il vous plaira, les partis et l'esprit de parti; contre eux, et c'est besogne facile, vous aurez beau accumuler des montagnes hymalayéennes de sarcasmes; vous n'aurez rien gagné ou si peu que rien contre la formidable coalition de cupidités que le parti suppose et dont il vit, aussi longtemps que vous ne l'aurez pas combattu, miné du dedans, par la réforme de la conscience collective et, en particulier, par la substitution de l'esprit national à l'esprit d'oligarchie ou de clan.Faire cesser le divorce entre le pays légal et le pays réel ; réintégrer le national dans le politique; aux fins égoïstes du parti, aux ambitions de la dictature financière, \u2014 ces calamités jumelles \u2014 substituer le souci collectif, une politique de bien commun, la tâche n\u2019est pas au-dessus des forces d une élite qui saurait prendre tous les moyens d'agir sur 1 opinion.Pour le reste, ne vous hâtez point.Résistez aux invites trompeuses d'une action électorale prématurée.Le tort des partis de réforme, ce fut presque toujours, dans le passé, de se jeter dans la lutte avec des chefs généreux mais trop improvises, puis d\u2019aller demander un suffrage national à un électorat qui n\u2019avait rien de national.L issue habituelle de ces aventures, c\u2019est de faire le jeu VERS L'AVENIR 99 des aventuriers politiques.Pour ces mêmes raisons, ne rêvez pas prématurément d'un parti canadien-français à Ottawa.Faire une politique de parti à Québec et prétendre faire une politique nationale a Ottawa, c est courtiser une utopie géante.Comptez davantage sur les facteurs qui ne trompent point : le travail, le talent.La richesse comptera moins après la guerre.La démocratie parlementaire aura plus de chances d'échapper à la corruption des grands riches qui ne seront plus de grands riches.Que, pour éviter de mourir, la démocratie accepte de considérables réformes de structure ou qu'un vent de révolte balaie la charpente pourrie, les hommes de talent qui seront aussi des hommes de volonté, auront à jouer un rôle exceptionnel, soit pour empêcher la révolution sociale, soit pour réorganiser l'État en faillite.D autres brouillards, je le sais, pourraient fausser toute votre action politique.Dissipons-les.Comment départager vos devoirs à l\u2019égard de votre province, à l'égard de l'État fédéral et de ce que 1 on appelle la patrie ou le pays canadien ?Sur ce sujet, 1 on a accumule comme à plaisir équivoques et confusions.Commençons par nous entendre sur quelques vérités.Dans 1 ordre actuel des choses, en notre univers si lié, nulle entité humaine, nul milieu national ne sauraient procurer à leurs ressortissants tout le bien possible, je veux dire, la somme de bien normale exigée par le bien commun.Nul groupe politique ou national ne peut donc se dispenser de collaborer avec le reste du monde; à plus forte raison la collaboration est-elle impérative à l'intérieur d'une Confédération.Le 100 l'action nationale préambule de l'Acte de l\u2019Amérique du Nord britannique nous avertit, du reste, qu en 1867, les quatre provinces du Québec, de 1 Ontario, du Nouveau-Brunswick et de la Nouvelle-Écosse ne se sont fédérées que pour le profit de cette collaboration.Motif qui marque la fin et les limites de cette sorte d\u2019associations politiques.Pourquoi, en effet, des États forment-ils ces sociétés?La souveraineté restreinte qui devient leur partage n\u2019a rien d\u2019un idéal absolu.De par nature, tout État aspire à l'indépendance, à la souveraineté.Autant dire que si l'on consent des sacrifices de souveraineté, I on ne s'y résigne point par pur desinteressement, mais pour la compensation ou pour le bénéfice qu on espère retirer de la fonction de 1 État central et de la collaboration des associés.En d autres termes, ce qu on recherche, ce n est pas une vie diminuée; c\u2019est un plus haut sommet de prospérité.Il suit de là que ni l\u2019État central ni aucun autre État de la Confédération ne peuvent exiger du Québec \u2014 et le principe vaut pour toute province \u2014 une collaboration qui affecterait notre bien commun.Encore moins peuvent-ils nous demander des sacrifices qui saperaient les bases de 1 entente de 1867 ou qui pourraient compromettre notre survivance politique ou culturelle.Notez qu au jugement de M.P.-B.Mignault, la constitution fédérative fait à la province de Québec, pour ce qui est de ses institutions juridiques, une situation privilégiée.Déjà garanti par l\u2019Acte de Québec, notre droit civil français l\u2019a été de nouveau par 1 article 94 de l'Acte de l\u2019Amérique du Nord britannique. VERS L\u2019AVENIR 101 En outre, le parlement fédéral qui s'est réservé le droit d\u2019uniformiser le droit civil de l\u2019Ontario, de la Nouvelle-Écosse, du Nouveau-Brunswick, s est interdit de toucher au droit civil de la province de Québec.Tout sacrifice de l\u2019autonomie provinciale revêt donc, pour nous, une particulière gravité, Au surplus le bien commun de chaque État provincial est un bien inaliénable.Quand ce bien est cherché dans les limites de la justice constitutionnelle, nulle puissance au Canada n'a le droit d'y contrevenir.Notez encore que l'État central n\u2019est pas un État de pouvoir absolu, de droits illimités.Tout comme l\u2019État provincial, l\u2019État central trouve ses limites dans la constitution.Sa tâche n est pas de travailler à se constituer un bien propre, une situation en perpétuel devenir par empiètements sur les droits des provinces; sa tâche en est une de coordination.Il a pour devoir de surveiller un ensemble d'intérêts généraux détermines par la constitution; il prépare certaines conditions, surtout d\u2019ordre économique, qui aident les parties composantes de la fédération à trouver plus efficacement leur bien propre.Cet exposé appelle quelques autres conclusions.L\u2019on doit culte et piété à qui l\u2019on doit de la vie,' a dit saint Thomas, et dans la mesure où l\u2019on doit de la vie: à Dieu d abord, puis aux parents ensuite, puis à la patrie.Dans la hiérarchie des sentiments patriotiques, notre premier, notre plus haut sentiment d amour doit donc aller, pour ce qui nous regarde, Canadiens français, à notre province de Québec, vieille terre française, issue de la Nouvelle-France, terre qui, plus que toute autre portion 102 l'action nationale du Canada, a été pour nous source de vie, milieu générateur par excellence.Pour toutes ces raisons impératives, j'ajoute qu\u2019au Canada, tout comme l'on se doit à son pays avant de se devoir au Commonwealth, chacun se doit à sa province avant de se devoir à l'État central et au tout canadien.Notre bien commun dépend, pour une part, de l'État central; il dépend d abord et principalement de l'État provincial.En outre, c est encore saint Thomas qui nous l'enseigne; la partie doit rechercher immédiatement son bien propre et médiatement le bien commun.Bien plus, c est en recherchant son bien propre que la partie concourt au bien commun.Inversement, dirons-nous en forme de parenthèse, l'État central doit travailler immédiatement à son œuvre d'unité et de coordination, et médiatement au bien des provinces.Cue l'on s'explique mal alors cette pusillanimité a s'affirmer Canadien français et à se comporter comme tel.Et quelles sont puériles les équivoques par lesquelles on s'en laisse imposer! Pour les uns, être de sa nationalité, de sa culture, de sa province, l'être aussi vigoureusement que possible n irait pas sans quelque refus de collaboration avec 1 Etat central ou le reste du pays, voire sans arnere-pensée d'isolement et de séparation.Pour d autres, encore plus outrés, le Canadien français total ne peut être rien d\u2019autre qu'un anticanadien.Quelle déformation de l'esprit politique! En confederation le provincialisme n'est pas une insurrection contre l'État central.C'est l\u2019attitude la plus legitime, c\u2019est une attitude constitutionnelle.Le mal,^ ce n'est pas de nous occuper de nos affaires premiere- VERS L AVENIR 103 ment, ni même principalement; ce serait de nous en occuper exclusivement.Ce n'est pas de nous replier sur nous-mêmes; ce serait de rester sur notre repliement.Or avons-nous commis, autant qu'on nous en accuse, le péché d\u2019isolement ?Relisez là-dessus, dans Regards (mars 1941) un article de Léopold Richer qui nous venge abondamment de l\u2019accusation.On nous reproche de trop peu savoir ce qui se passe dans les autres provinces! Mais ces « autres », que savent-ils de ce qui se passe dans la nôtre ?Encore une fois, ne renversons pas l\u2019ordre des choses.De même qu\u2019une nation sert, comme elle doit, l\u2019ordre international, non en se faisant internationaliste, mais bien plutôt en mettant au service de l\u2019ordre international une entité nationale saine, vigoureuse, en état de fournir à la symphonie universelle une note d originalité, ainsi nous ne serons de bons Canadiens qu'en étant d\u2019abord de bons Canadiens français.Toute autre attitude peut paraître aux naïfs de la largeur d\u2019esprit ; ce n\u2019est que folle condescendance, mièvre débonnaireté, perte de temps, trahison de soi-même, de sa culture, de sa province et, en définitive, trahison de son pays.Lionel Groulx, ptre A propos des manuels d'histoire du Canada Nos écoles enseignent-elles la haine de l\u2019Anglais?On mène contre l'enseignement de l'histoire du Canada, tel qu\u2019il se pratique dans nos écoles, une sourde campagne.Elleî s'est exprimée d\u2019abord par l\u2019intermédiaire d'un hebdomadaire montréalais qui se spécialise dans la primeur des mensonges pernicieux.On y parlait de culture systématique des préjugés, d'antibritannisme honteux, etc.Bref, le type classique de la diffamation sourno se, à quoi l\u2019on doit répondre par le silence.Mais depuis ce temps, la calomnie, obéissant aux lois décrites par le Basile de Beaumarchais, après avoir sifflé dans les marécages, a soudain éclaté au grand jour et trouvé des parrains dont l'autorité personnelle est autrement impressionnante.Ainsi, le 24 avril dernier l\u2019honorable Hector Perrier faisait en Chambre une critique apparemment nuancée des manuels d'histoire du Canada; et dans son livre Ton histoire est une épopée,publié vers la même époque, l'abbé Arthur Maheux ne craignait pas d'écrire: ((Commentés par des rigoristes, tels manuels instillent, lentement et sûrement, la haine ».L\u2019honorable Perrier est Secrétaire de la Province, c'est-à-dire qu'il remplit chez nous quelques-unes des fonctions d'un ministre de l\u2019Instruction publique.M.l\u2019abbé Maheux occupe la chaire d'histoire du Canada dans l\u2019une des NOS ÉCOLES ENSEIGNENT-ELLES LA HAINE .\t106 deux grandes universités canadiennes-françaises.On peut dire que l'accusation porte désormais l'estampille officielle; elle est lancée non seulement contre les auteurs des livres incriminés, mais contre toutes les maisons d'éducation utilisant ces manuels et coupables de laisser prêcher la haine à notre jeunesse.Les termes dont s\u2019est servi l'honorable Secrétaire de la Province sont on ne peut plus modérés.Au Canada, affirmait il en substance, « chaque race apprend à peu près exclusivement la contribution de son propre groupe et ce qui concerne les autres groupes est ignoré.Comment alors, dans ces conditions, former une véritable unité nationale ?» M.Perrier souhaitait qu'un jour notre pays tout entier possède un manuel unique d'histoire du Canada.Les Anglais apprendront ainsi à notre sujet des choses qu'ils ignorent.Quant à nous, nous verrons que « si nous avons dû lutter pour garder nos droits, nous les avons gardés grâce aux institutions britanniques qui nous ont donné plus de liberté que partout au monde, et que c'est grâce à elles que nous avons maintenu intactes la beauté et la grandeur de nos origines canadiennes-françaises )).En d'autres termes, nos manuels (je n'ai pas à m\u2019occuper de ceux de langue anglaise) ont le tort de ne point adopter le ton de la Propagande: c'est un bel hommage à leur rendre.Mais malgré la retenue des mots, la critique est radicale.Car s'il faut changer nos manuels, c'est qu'ils ne sont pas bons; et si on les condamne au nom de l'unité nationale, c\u2019est apparemment qu'ils sont des agents de désunion. 106 l'action nationale J'arriverai tantôt à la question de savoir si nos manuels sont des agents de désunion.Pour l'instant, demandons-nous si les Canadiens français ont le droit d'enseigner l'histoire selon leurs propres points de vue (pourvu que ce soit dans les bornes de la justice et de la vérité).Il nous apparaît que oui, et que c'est même l une des formes essentielles de notre particularisme.Si nous avons droit à l\u2019existence, nous avons droit à notre histoire: il nous est permis de nous raconter à nous-mêmes cette existence, de prendre notre histoire particulière comme sujet d'étude; si nous avons droit à notre présent, nous avons droit aussi à notre passé, comme y ont droit également les Anglo-Canadiens.S\u2019il est vrai que l'Acte de 1867 a consacré une longue évolution \u2014 l'évolution de notre peuple vers l'autonomie, je ne dis pas vers l'indépendance totale,\u2014 la réforme partielle, en apparence inoffensive, proposée par M.Perrier va droit contre l'esprit de 1867.Un pédagogue anglo-canadien affirme même que la réalisation d\u2019un tel projet ferait plus de mal que de bien à l'unité canadienne: imaginez quelles récriminations élèveraient contre tel ou tel passage les Canadiens de l'une ou l'autre origine ethnique; on a dit, et c'est vraisemblable, que le manuel unique deviendrait « un véritable nid à chicane».Ou bien l'on viderait l'histoire de toute substance, et nos enfants se trouveraient devant un schéma exsangue, sans efficacité, sans enseignements.Au surplus, si l'on se met à réclamer des manuels « uniques » au nom de l'unité nationale, on se prépare à aller loin.Car l'enseignement de NOS ÉCOLES ENSEIGNENT-ELLES LA HAINE .\t107 l'histoire n'est point le seul agent de différenciation entre Anglais et Français du Canada.Ainsi les conceptions de morale sociale,1 avec leurs conséquences politiques et économiques, diffèrent d'un groupe ethnique à l'autre, et nous en apprenons les rudiments à l'école.Pour cimenter l'unité nationale, imposerait-on le manuel unique de morale sociale ?J'y vois certaines objections, et sans doute aussi M.Perrier.Et ce n'est là qu'un exemple choisi entre mille.En d'autres termes, celui qui propose une modification doit prévoir les répercussions que celle-ci entraînerait logiquement: quand on touche aux fondations, c'est tout l'édifice qui tremble.M.l'abbé Maheux, lui, va à la fois moins loin et beaucoup plus loin.Moins loin car, bien que sa thèse y conduise, il ne propose point le manuel unique d\u2019histoire du Canada.Mais il se montre plus explicite: là où M.Perrier se contentait de laisser entendre, il affirme: « Commentés par des rigoristes, tels manuels instillent, lentement et sûrement, la haine».Le premier membre de la phrase n'en restreint guère la portée: « commentée par des rigoristes », n'importe quelle science devient dangereuse; un exalté trouverait le moyen, à partir d'un théorème ou d\u2019une thèse d'ontologie, d\u2019« instiller » la haine.Si le professeur de Laval a pris la peine d'écrire cette phrase, c\u2019est qu'il en veut aux manuels eux-mêmes, c'est qu'à son opinion les auteurs ont pris soin d'y déposer, si je puis dire, de la graine de fanatisme.M.l'abbé Maheux veut 1 V.g.sur la question de la famille, maintes fois abordée ici quand nous défendions l'autonomie provinciale. 108 l'action nationale seulement laisser entendre que les dits manuels s'avancent masqués et qu'en prenant bien soin de ne point le laisser voir, ils se dressent comme autant d'« obstacles .sur la route de la bonne entente entre les deux groupes canadiens )).« Tels manuels )), écrit notre auteur.On aimerait savoir lesquels, comme on aimerait savoir à quels « livres mis entre les mains de la jeunesse » M.Maheux en a, et qui, chez nous, réclamera jamais « une école de nationalisme du type japonais », ou « une campagne de haine à l'Angleterre, genre italien».1 Ces dénonciations omnibus, surtout quand on croit pouvoir compter sur des lecteurs anglo-canadiens, manquent d'élégance, de justice et de précision.Car l'attaque n'a jamais été précédée ou suivie, à ma connaissance, d'une analyse un peu serrée des manuels.On se contente de leur faire, en gros, un procès de tendances.Estimant que le sujet en vaut la peine, nous avons conduit l'été dernier une enquête auprès des collèges classiques de la province, des commissions scolaires de Montréal et de Québec.Il s'agissait de savoir quels manuels sont actuellement en usage dans nos écoles.2 1\tTon histoire est une épopée, page 3.2\tVoici le résultat de notre enquête: toutes les écoles de la Commission scolaire de Montréal et de Quebec utilisent bHistoire du Canada, cours élémentaire et intermédiaire par Viator, ainsi que l'Histoire du Canada de Lamarche et Farley.Sur les 23 collèges qui nous ont répondu (nous avions écrit à 28), pour leurs classes supérieures, dix-huit se servent du manuel Lamarche et Farley, quatre de celui de Rutché et Forget, un des deux à la fois; pour l'enseignement élémentaire, on se sert tantôt de 1 Histoire du Canada de Viator, et tantôt de celle des Frères des Écoles Chrétiennes. NOS ÉCOLES ENSEIGNENT-ELLES LA HAINE .109 Les faits une fois connus, nous nous sommes posé la question suivante: quels épisodes de notre histoire pourraient donner lieu à une prédication anglophobe, hypocrite ou flagrante ?C est d abord à notre avis, le moment même de la conquête anglaise et des premières années qui l'ont suivie; puis la rébellion de 1837-38, crise la plus aigue du régime anglais; puis, la question de loyauté au régime politique actuel s'étant déjà posée, le jugement porté sur la Confédération canadienne; l'épisode de Riel et le ministère Mercier; enfin la conscription de 1917.Tels sont, il me semble, les moments où Anglais et Français du Canada se sont heurtés le plus violemment, ont pu, les uns à l'égard des autres, manifester le plus d animosité.Un écrivain qui désirerait soulever les haines de race choisirait précisément ces points-là, et les exploiterait ouvertement ou de façon détournée.C'est là que l'antibritannisme fleurirait le plus à son aise.Que disent les manuels sur ces épineuses questions ?Quelles leçons notre jeunesse reçoit-elle ?Nous demandons aux lecteurs de nous suivre dans nos recherches: ils seront ensuite à même de réfuter Tels sont donc les cinq manuels en usage dans la grande majorité des institutions québécoises: VHistoire du Canada, cours moyen, des Frères des Écoles Chrétiennes (que, pour la rapidité de l'exposition, nous désignerons par les initiales F.E.C.), l'Histoire du Canada, cours élémentaire et intermédiaire, des Clercs de Saint-Viateur (Viator I et II), l'Histoire du Canada par les RR.PP.Paul-Emile Farley et Gustave Lamarche, C.S.V.(Lamarche-Farley).enfin un manueQd'un type spécial, où les auteurs « se sont moins préoccupés de conter que de grouper les faits, d'en montrer ia genèse et la subordination », le Précis d Histoire du Canada du P.Joseph Rutché et de Mgr Anastase Forget (Rulché-Forget). no L ACTION NATIONALE les accusations lancées contre l'enseignement historique au Canada français.I.LA CONQUETE ANGLAISE a) Les horreurs de lo guerre La conquête du Canada fut marquée par des dévastations systématiques.Garneau les rappelle synthétiquement: outre la destruction presque totale de Québec, « les côtes de Beaupré, l'île d'Orléans et, sur la rive droite du fleuve, trente-six lieues de pays, contenant dix-neuf paroisses (furent) dévastées )) ; « les habitants de ces campagnes, qui avaient perdu leurs maisons, leurs meubles, presque tous leurs bestiaux, .(durent), en retournant sur leurs terres avec leurs femmes et leurs enfants, s y cabaner à la façon des sauvages » etc.1 Il En 1760, Murray remonte le fleuve pour opérer la jonction de son armée avec celles d\u2019Am-herst et d Haviland.Chemin faisant, « Murray avait reçu la soumission de quelques paroisses, et en avait incendié d\u2019autres, comme celle de So-rel, où il y avait un petit camp retranché .A Varennes, il fit publier qu'il brûlerait les campagnes qui ne rendraient pas les armes, et que les Canadiens incorporés dans les bataillons réguliers, s'ils ne se hâtaient d'en quitter les rangs, subiraient le sort des troupes françaises 1 F-X.Garneau, Histoire du Canada, 5e édition, tome 11, PP- 2 57-58.L abbé Groulx rapporte les mêmes faits avec plus de détails dans ses Lendemains de conquête, pp.22 à 26.Il y eut des scènes navrantes.On évoque malgré soi la destruction du Palatinat par les armées de Louis XIV, au siècle précédent. NOS ÉCOLES ENSEIGNENT-ELLES LA HAINE .\t111 et seraient transportés avec elles en France )) etc.1 Dans les deux cas, il s'agissait d'affamer le pays et surtout de désorganiser l'armée de Montcalm et de Lévis en forçant les miliciens canadiens à réintégrer leurs foyers.La méthode se révéla efficace à la longue, mais inspira à Wolfe, dans une lettre au général Amherst, la remarque suivante: « Vos ordres ont été exécutés; nous avons fait beaucoup de mal et répandu la terreur des armes de Sa Majesté dans toute l'étendue du golfe.Mais nous n'avons rien ajouté à sa gloire ».Voilà donc un beau sujet pour le fanatisme.Que vont devenir toutes ces horreurs sous la plume des auteurs de manuels ?Viator I.Rien.Viator II.is.Pour se venger de cet échec (débarquement manqué t Montmorency), les Anglais avaient pillé la côte de Beaupré, l\u2019île d'Orléans et les campagnes de la rive sud, incendiam les églises et au delà de mille quatre cents fermes ».C'est tout.F.E.C.« Les campagnes furent ravagées.Dans l\u2019île d'Orléans et sur les côtes voisines, on ne voyait plus une seule maison debout, ni une personne vivante.Des femmes et des enfants étaient détenus comme prisonniers dans les camps.Les curés restés dans leurs paroisses furent les premiers maltraités: on hacha celui de Saint-Joachim à coups de sabre ».Lamarche-Farley.(( Wolfe faisait entreprendre la dévastation méthodique des campagnes.Jusqu'à plus de soixante milles au-dessous de Québec, on dévasta les terres et les villages, parfois avec l'inhumanité la plus révoltante ».Plus loin, pour expliquer la détresse extrême de la colonie en 1760:
Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.
Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.