Voir les informations

Détails du document

Informations détaillées

Conditions générales d'utilisation :
Protégé par droit d'auteur

Consulter cette déclaration

Titre :
L'action nationale
Éditeur :
  • Montréal :Ligue d'action nationale,1933-
Contenu spécifique :
Février - Mars
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Action canadienne-française, ,
  • Tradition et progrès,
Lien :

Calendrier

Sélectionnez une date pour naviguer d'un numéro à l'autre.

Fichier (1)

Références

L'action nationale, 1942-02, Collections de BAnQ.

RIS ou Zotero

Enregistrer
[" L'ACTION NATIONALE p J POURQUOI?Lire les articles de : Philippe HAMEL, Jacques PERRAULT, René CHALOULT, François-Albert ANGERS, Arthur LAURENDEAU, etc.(Voir sommaire en page 168) VOL.XIX, No 2 \u2022 FÉVRIER-MARS 1942 \u2022 MONTRÉAL 25c L'ACTION NATIONALE REVUE MENSUELLE \u2022 Directeur: André LAURENDEAU # L'Action Nationale, publiée par la Ligue d'Action Nationale, est un organe de pensée et d'action au service des traditions et des institutions religieuses et nationales de l'élément français en Amérique Elle paraît tous les mois, sauf en juillet et en août.DIRECTION et ADMINISTRATION : C.P.133 Outremont, P.Q.On communique «vec le directeur de le revue è son domicile privé : 415, eve Stuert, Outremont, P.Q.Téléphone : CReecent 2221.L'abonnement est de $2.00 par année Pour l\u2019étranger : $2.50 per année Abonnement de aoutien : $5.00 par année Tous droits réservés, Ottawa, 1933 LA COMPAGNIE D\u2019ASSURANCE LA PROTECTION NATIONALE Bilan au 31 décembre 1941 ACTIF En banque.$ Débentures au prix coûtant.Intérêts accrus sur débentures.Certificat d\u2019épargne acquitté.Débiteurs.Dû par les agents (commission déduite) Ameublement et fixtures de bureau, moins dépréciation.Papeterie.i PASSIF Réclamations en suspens.$ Réserve statutaire pour primes non gagnées .Dû aux réassureurs (net).Comptes payables._ $ Capital-actions versé.$\t63,600.00 Profits et pertes au 31 décembre 1941.6,018.09 Capital et surplus au 31 décembre 1941.69,618.09 $\t95,549.06 Certifié par J.K.McNulty, Comptable-vérificateur Approuvé par A.J.Tremblay, Président J.A.Bélanger, Directeur-gérant Emile Rochon, Comptable-expert Compagnies de réassurance puissantes avec actif excédant $8,000,000.00 protégeant avantageusement la compagnie.SIEGE SOCIAL: ST-JEAN 25,657.83 54,281.28 713.01 1,000.00 35.00 11,723.11 1,184.54 954.29 95,549.06 5,004.40 12,257.42 8,200.15 469.00 25,930.97 I Pour votre santé ~~ Mandez tous les jours 2 ou 3 carrés LEVURE LALLEMAND Les médecins recommandent la levure fraîche.La Levure fraîche Lallemand est très riche en vitamines B, G et D.Sa haute qualité et sa pureté sont assurées par les années d\u2019expérience de la maison Lallemand.En vente chez les épiciers et les pharmaciens.Fraîche COUVRETTE-SAURIOL Limitée EPICIERS EN GROS \u2022 50, rue de Bresolles HArbour 8151 \u2022 Président et gérant général Bernard Couvrette ii 4 Lisez \u201cLE DEVOIR\u201d LE JOURNAL DES GENS QUI PENSENT Les cafés et confitures de J.'A.Désy LIMITEE SONT LES MEILLEURS\tEXIGEZ-LES LA COMPAGNIE f.-X.DK \u20ac LET Ingénieur» \u2014 Mécaniciens \u2014 Fondeur» Spécialités : ASCENSEURS MODERNES DE TOUS GENRES SOUDURES ÉLECTRIQUES BT AUTOGÈNES, ETC.206, RUE DU PONT.QUÉBEC COMPAGNIE DE BISCUIT STUART Ltée BISCUITS, GATEAUX et TARTES \u2022 Marcel ALLARD\tAlfred ALLARD chef à la production préaldent et gérant gén.III Bureau :\tRésidence : MArquette 5845\tCLairval 5723 LUCIEN VIAU, C.G.A.COMPTABLE-VERIFICATEUR SPECIALISTE EN IMPOT SUR LE REVENU \u201cLa comptabilité est la boussole des affaires\" 4527 ST-DENIS\tMONTREAL DUpont 6556 JOS.ROBIN BOULANGER Spécialité : Le Pain Naturel \u201cSt-Michel\u201d, recommandé par les médecins.8300, BOULEVARD ST-MICHEL\tMONTREAL Voyez l\u2019annonce de \u201cLA SAUVEGARDE\u201d à l'endos de cette revue et pour vous assurer appelez J.-H.LANCEVIN, C.C.S.Assureur Conseil Gérant Division Langevin Bureau: HA.7223\tRés.: AT.4810 J.-H.Petit, Prés.J.-M.Petit, V.-Prés.Dominion Sprinkler Co.Ltd.Montréal, P.Q.AVANTAGES : ?Le taux des assurances-feu réduit au minimum if Protection de la vie et de la propriété 35, MOLIERE\tCA 1139 IV 4 CIMON Cherchez cette étiquette, elle IDENTIFIE LES CHESTERFIELDS GARANTIS ClMON.Enfin, voici la marque de garantie d'un fabricant canadien-français de chesterfields que vous trouverez chez tous les marchands cana-diens-français les plus renommés de la province de Québec.Pour un ameublement de vivoir élégant et confortable exigez un Cimon CIMON LIMITÉE \u2022 UNE FIRME LOCALE \u2022 v DUPUIS Maison essentiellement canadienne-française depuis sa fondation en 1868 ® -/inPT\u2014\u2014 MONTREAL Magasin à rayons : 865 est, rue Ste-Catherlne.Comptoir Postal : 780, rue Brewster.Succursale magasin pour hommes : Hôtel Windsor.VI M.KING ROUVRE LE DEBAT En décrétant que le Canada tiendrait un plébiscite, M.King a posé un problème très grave.Nos collaborateurs étudieront quelques aspects de ce problème: disons tout de suite ceci, que M.King a rouvert le débat sur la politique extérieure canadienne.Il estime donc que nous aurons le droit de parler davantage.Car autrement, son plébiscite ne serait pas une vraie consultation populaire, mais une répétition des parodies d\u2019Hitler.A ce plébiscite, il faut répondre par oui ou par non.Les partisans du non ont droit, aussi bien que ceux du oui, à éclairer l'opinion dans le sens qui leur apparatt conforme à la justice, à la vérité, à l'intérêt canadien; donc, de dire les raisons qui motivent, selon eux, le NON qu'ils demandent aux citoyens du Canada.C'est dans l'hypothèse selon laquelle nous sommes encore un pays libre que nous nous sommes placés en composant ce numéro.Nos lecteurs sont priés de le lire attentivement, et d'agir de toutes leurs forces pour que le « crime » de la conscription soit épargné à notre patrie.L'ACTION NATIONALE Ainsi que nous le disions dans la dernière livraison, nos abonnés et nos annonceurs ne seront point frustrés d\u2019un numéro, car nous publierons en juillet une livraison supplé-, mentaire.Pour bien montrer qu\u2019il y a continuité dans la publication de la revue, ce numéro s\u2019intitule février-mars. POURQUOI NOUS N'ACCEPTERONS JAMAIS LA CONSCRIPTION pour service outre-mer Dans la discussion qui se poursuit autour de la conscription pour service outre-mer, depuis le début de la présente guerre, les circonstances ont permis d accumuler contre cette mesure toute une série d arguments que nous avons estimés plus forts que d\u2019autres parce qu\u2019ils offraient une chance de convaincre nos compatriotes anglo-saxons en leur parlant bon sens.Il faut éviter la conscription, disait-on surtout au début de la guerre, pour sauver l\u2019unité nationale, ce qui revenait à dire: parce que les Canadiens français n\u2019en veulent pas.Et comme rien ne pressait à ce moment-là et que les événements de 1917 étaient dans la tête de tout le monde, même le parti conservateur accepta cette idée et cette explication sans réfléchir davantage sur la question de savoir pourquoi, comme le disait M.Lapointe, nous ne voudrons jamais de la conscription.« On verra bien en temps et lieu, se contentait-on de marmonner dans les milieux fanatiquement conscriptionnistes.» POURQUOI NOUS N'ACCEPTERONS JAMAIS.87 Puis, au fur et à mesure que les choses se corsèrent, on a dit et on dit encore : « A quoi bon la conscription.Le volontariat suffit amplement aux demandes ».Et on est allé encore plus loin: M.King lui-même dans son dernier discours s\u2019y est presque rendu; on a montré que notre rôle à nous dans cette guerre n'exige pas la conscription, que cette mesure nuirait à un effort total de guerre en privant notre agriculture et nos industries des bras qui leur sont nécessaires pour alimenter une Angleterre dépourvue de ses anciens marchés européens et asiatiques, qu'elle nous empêcherait de lui fournir, en quantité suffisante, le matériel et les munitions dont risquent de la priver ses usines exposées aux raids ennemis.Enfin, tout récemment, on a ajouté que nos côtes étant menacées dans le Pacifique, nous avions besoin de nos hommes pour les défendre.Tout cela en un sens est fort bien.Mais tout cela est en train d\u2019accréditer, chez nos amis anglo-canadiens, l\u2019idée que notre opposition à la conscription n\u2019est pas aussi fondamentale que cela, que nos objections sont toutes circonstancielles, que nous accepterons la conscription aussi bien que n\u2019importe quel Canadien anglais si le volontariat vient à ne plus suffire, si l\u2019on vient à nous prouver que c\u2019est à Singapour, à Bombay ou à Londres qu\u2019est la vraie défense de nos côtes.Des déclarations ambiguës de certains de nos officiels, fort dangereuses à force d'être habiles, les ont d'ailleurs encouragés à penser ainsi.Et trois ministres du cabinet King \u2014 MM.Ils ley, Mackenzie et Ralston \u2014 ont bâti tous leurs récents discours sur 88 l'action nationale cette conviction, d\u2019où leur thèse que le seul tort des conservateurs en 1917 a été de procéder trop brutalement, que les libéraux réussiront à aller aussi loin qu'eux, mais en y mettant la manière, sans fracas.De sorte que la terre a à peine eu le temps de se fouler sur la tombe d\u2019Ernest Lapointe que déjà les Anglo-Canadiens commencent à croire qu\u2019il a bien exagéré en disant que jamais nous ne voudrions de la conscription.A la faveur de cette équivoque \u2014 et nous allons voir que c\u2019en est une \u2014, j\u2019estime qu\u2019il est en train de se préparer au Canada, des deux côtés de la barrière raciale, une immense déception, qui pourrait bien être plus fatale encore à l\u2019unité nationale, si cela est possible, que l\u2019application brutale de la conscription.Déception chez les Canadiens français, à qui on a promis et on promet encore qu\u2019ils n\u2019auront pas la conscription; déception \u2014 et fort dangereuse pour nous \u2014 dans les milieux anglo-canadiens les mieux pensants à notre égard, surpris de nous voir regimber, si les circonstances venaient ruiner nos raisons actuelles, contre une mesure que nous aurons paru accepter, à laquelle ils auront cru nous avoir convertis! Ils ne voudront pas croire alors que nous avons vraiment les raisons que nous exposerons tout à coup, après les avoir si longtemps tenues sous le boisseau; ils se diront une fois de plus que nous ne savons pas ce que nous voulons et ils considéreront comme actes de traîtrise ou de sédition de quelques têtes chaudes ce qui sera la résistance sourde, sinon brutale, de tout un peuple qui n\u2019avait jamais accepté que de se taire ou de cacher POURQUOI NOUS N'ACCEPTERONS JAMAIS,.89 son véritable sentiment sous des prétextes plausibles.Car il ne sert à rien de s'en faire \u2014 cela sort spontanément et parfois vertement de la bouche de n\u2019importe quel Canadien français \u2014, Ernest Lapointe avait raison: nous n\u2019accepterons jamais la conscription, et cela justement parce que nos principales raisons de nous y opposer ne sont pas purement circonstancielles ou, dans la mesure où elles le sont, dépendent de circonstances à plus longue portée que les aléas du présent conflit.Il est plus que temps, à mon avis, de faire le jour sur cette fausse situation et d\u2019essayer de faire comprendre à nos compatriotes anglo-canadiens le crime, ainsi que l\u2019a dit M.Godbout, qu\u2019ils iraient commettre en imposant la conscription, crime aggravé sans doute par la valeur irréfutable de certains des arguments anticonscription-nistes de circonstance déjà mentionnés, mais dont la nature même tient dans les raisons profondes de notre opposition à la conscription.Les vraies raisons, celles qui expliquent que nous puissions dire jamais, au grand ébahissement des Anglo-Canadiens, à qui bien peu de gens se sont vraiment donné la peine d\u2019expliquer nos véritables points de vue.Ces vrais points de vue, nous revendiquons le droit de les dire aujourd\u2019hui, à la face de tout le Canada, en pleine lumière.Ce n\u2019est pas autrement, en effet, que nous arriverons à nous faire comprendre; et il y va de l\u2019intérêt du Canada tout entier que chacun, dans les jours qui s\u2019en viennent, prenne ses responsabilités en toute connaissance de cause, de sorte que l\u2019avenir de notre pays ne se bâtisse pas sur le sable mouvant des malentendus. 90 l'action nationale Notre conception de la politique internationale Le premier de ces points de vue, le plus fondamental, le plus intangible, c'est la conception que nous avons de la politique internationale.Chez tout Anglo-Canadien, si Canadien soit-il, sommeille au fond un impérialiste, un monsieur qui, ayant vécu dans un empire mondial, transporte avec lui, reçoit de ses parents, une conception impérialiste \u2014 qu\u2019il appelle internationale en toute honnêteté \u2014 de la défense de sa nouvelle patrie.Il n\u2019est plus impérialiste en tant que cela signifie penser à l\u2019Angleterre d\u2019abord (le nombre des Anglo-Canadiens est plus grand qu\u2019on ne le pense qui ne raisonnent plus ainsi); il ne l\u2019est plus davantage, ce qui est toutefois plus rare, en tant que cela implique être plus intéressé à l\u2019Empire qu\u2019au Canada; mais en tant que Canadien il ne se sent pas en sécurité si l\u2019Empire ne reste pas intact, et si l\u2019Empire tel que nous le connaissons n\u2019existait pas, si toute la force en était centrée au Canada, il estimerait nécessaire à la sécurité du Canada que nous nous installions dans toutes sortes de postes stratégiques, de bastions aussi avancés qu'il y a moyen.S'il est plus idéologique que pratique \u2014 socialiste par exemple \u2014 il raisonnera même tout autrement; il fustigera l\u2019impérialisme sous toutes ses formes, il prêchera l\u2019égalité et la justice internationale, mais dès que quelqu'un remuera à l'autre bout du monde qui mette en danger ces postes stratégiques dont il a condamné l'existence, son instinct le poussera à vouloir le réduire au silence au nom même de la défense du POURQUOI NOUS N'ACCEPTERONS JAMAIS.91 Canada.En un mot, le sens du mot défense est faussé dans sa bouche au point d\u2019exiger la sécurité absolue pour lui, ce qui signifie un tel contrôle du monde qu\u2019il soit le seul à avoir vraiment la sécurité, thèse qu\u2019il accepte comme légitime parce qu\u2019il est naturellement convaincu que personne n\u2019a rien à craindre de lui.C'est là ce que j'appelle une conception impérialiste de la défense nationale ou des relations internationales, parce qu\u2019elle oblige à maintenir partout dans le monde des postes que les autres grandes nations ont le droit de considérer comme situés dans leur propre zone de sécurité immédiate.Personne ne niera d'ailleurs quelle contienne du vrai.Il ne fait pas de doute que la sécurité d'un peuple est d\u2019autant plus assurée que personne d'autre n\u2019est aussi fort que lui.C\u2019est vrai, dans l\u2019ordre des faits; la question de savoir si c\u2019est là une juste et nécessaire conception de la politique internationale en est une autre.Les Canadiens français pour leur part, au plus profond d\u2019eux-mêmes, inconsciemment pour ceux qui n'ont pas la formation voulue pour raisonner ces problèmes, ne la partagent pas.Descendants d\u2019un petit peuple qui a perdu depuis longtemps contact avec la conception impérialiste du monde, sauf pour en souffrir, trop faibles pour avoir l\u2019ambition de dominer qui que ce soit, d\u2019en imposer à quelque autre nation que ce soit, ils ne demandent qu\u2019une chose: vivre libres et en paix.Pour cela, ils ne se sentent nullement intéressés à se mêler aux querelles des grandes puissances, dont l\u2019orgueil et le désir de prendre ou 92 l'action nationale de maintenir des positions avancées constituent une cause permanente de conflit.Et ils n'approuvent pas la politique des grandes puissances qui veulent associer à leurs entreprises, entraîner dans leur giron toutes les petites puissances.Ils estiment que c\u2019est à celles-ci de régler leurs chicanes entre elles, chicanes dans lesquelles la pureté d'intention ou d\u2019action n'est jamais autant toute du même côté que le soutiennent toujours les intéressés.Ils sont donc au fond antiparticipa-tionnistes.Cela personne ne peut le nier.Même M.Lapointe l'admettait dans le discours, appelé à être célèbre ces mois-ci, où il parlait du compromis intervenu entre participationnistes et antiparti-cipationnistes.Et si le compromis a été dans une certaine mesure endossé, le fond de leur pensée ne s\u2019en trouve pas changé.Sans doute, ils ne sont pas plus bêtes que les autres.Ils comprennent aussi bien que les Anglo-Canadiens la portée des événements mondiaux.Aussi, sont-ils prêts à manifester dans un conflit de grandes puissances leur sympathie pour le côté qui s'accorde avec leurs intérêts et avec leurs idées.Ils réprouvent autant que quiconque les solutions de force, les violations du droit international, les idéologies antichrétiennes.Dans un conflit comme celui-ci, qui n'est pas in se comme on le dit un conflit pour la démocratie ou la chrétienté, mais une guerre d\u2019intérêts impériaux, ils sont trop pratiques pour ne pas voir que les circonstances y ont mis la démocratie et la chrétienté en jeu dans une certaine mesure et d'une certaine façon.Aussi sont-ils prêts \u2014 et le seraient- POURQUOI NOUS N* ACCEPTERONS J AM ATS.93 ils bien davantage si les Anglo-Canadiens netaient pas des amis importuns, indélicats et indiscrets \u2014 à prouver d'une façon tangible leur sympathie pour le côté qui leur plaît davantage; ils seraient prêts à le faire s\u2019ils en avaient la liberté, c\u2019est-à-dire si une majorité d\u2019origine raciale différente ne leur imposait pas d'avance bien plus qu\u2019ils ne s estiment capables ou justifiés de donner.Car pour eux, cette sympathie aurait dû se manifester d\u2019abord à l\u2019intérieur d\u2019une neutralité que la position du Canada leur paraissait nécessiter et qu\u2019ils estimaient conforme aux meilleurs intérêts de l\u2019humanité.Position non seulement géographique \u2014 ce qui ne constituait qu\u2019un argument de circonstance de plus \u2014 mais position de petite puissance, dont le rôle en temps de guerre est de conserver les valeurs civilisatrices les plus profondes, celles que l'exaltation patriotique concomitante à l'état de guerre menace toujours d'effacer pour ramener l'homme à ses instincts les plus brutaux.En cela, les Canadiens français voient plus juste que les Anglo-Canadiens, qui regardent le Canada à travers les lunettes de la puissance impériale et oublient que, devenu puissance internationale, notre pays n\u2019est vraiment qu\u2019une petite puissance, une puissance qui par suite n\u2019a ni les mêmes intérêts, ni les mêmes responsabilités, ni les mêmes devoirs que les grandes Ils s'accordent mieux avec un homme qu\u2019ils vénèrent d\u2019ailleurs, le pape, dont l\u2019activité dans tous les conflits modernes a consisté, et pour des raisons d\u2019humanité et de civilisation évidentes, à limiter le champ et la ruée des conflits en invitant les deux belligérants à oublier 94 l'action nationale leurs intérêts de prestige et d'orgueil pour songer à une paix de justice et de charité.Sans doute n'est-il pas question de rouvrir ce débat et n\u2019est-ce pas non plus ce que nous cherchons ici.Mais aujourd'hui que la conscription est officiellement en jeu, on ne peut expliquer l\u2019attitude des Canadiens français sans revenir à cette réaction fondamentale.Elle seule explique pourquoi ils n\u2019en sont plus quand on veut les convaincre, à partir d\u2019une conception impérialiste de notre défense, d\u2019accepter la coercition pour aller en Angleterre, en Lybie et aux Indes.« Si les Anglais ont pris Singapour, c\u2019est leur affaire; mais qu\u2019ils se chargent eux-mêmes de le défendre », disent-ils.Et c\u2019est le bon sens même.L\u2019idée que Singapour peut être nécessaire à la défense des intérêts vitaux (et non commerciaux ou impérialistes) du Canada, leur paraît d\u2019autant plus insoutenable que toutes les puissances pourraient raisonner de la même façon et qu\u2019alors le Japon serait justifié d\u2019exiger une base sur l'île de Vancouver.Ils ne critiqueront pas les Anglais de vouloir tenir Singapour\u2014 car ils se mêlent de leurs affaires quand on ne les agace pas inutilement \u2014 mais ils ne voudront pas être forcés de s'en charger eux-mêmes.Ce ne sont pas là des réactions mesquines, mais des réactions fondées sur la conception que nous avons vue de la vie internationale, conception toute différente de celle des Anglo-Canadiens, mais qui est loin, comme on le dit trop facilement, d\u2019être plus arriérée ou plus primitive que l\u2019autre.Si l\u2019on veut se donner la peine de l\u2019analyser, l'on POURQUOI NOUS N\u2019ACCEPTERONS JAMAIS.95 verra qu'elle est au contraire plus civilisée, et que s\u2019il est un reproche qu'on peut lui faire, au nom d\u2019un supposé réalisme qui n'a d'ailleurs rien donné au monde jusqu'ici que des conflits, ce serait d'être trop civilisée pour le monde dans lequel nous vivons.Ce n est pas vraiment de l'isolationnisme; c'est une conception tout à fait défendable de l'ordre international, qui coïncide peut-être avec certains intérêts isolationnistes du Canada français, mais pas plus avec ceux-là que la politique dite de sécurité et d'engagements collectifs pour le maintien du statu quo ne le fait avec ceux des grandes puissances sorties victorieuses d'une guerre mondiale.Étant donné ces vues, le Canadien français ne saurait être prêt, en aucun temps, à accepter la conscription pour service partout dans le monde.Il défendra son pays avec la plus vigoureuse ardeur, s'il est attaqué par les puissances qu'il considère ennemies.Il ira au secours des postes ou des pays naturellement situés dans le rayon des défenses de son pays \u2014 Terre-Neuve par exemple, l'Alaska dans une action en collaboration avec les États-Unis, St-Pierre et Miquelon.Grâce à son goût du risque et de la vie militaire, on pourra le convaincre, si la chose lui plait et par esprit d'aventure bien plus que pour toute autre raison, d'aller ailleurs dans le monde.Mais de force, jamais! Que chaque pays fasse sa part selon son rôle propre, que les petites puissances préparent efficacement leur défense, qu\u2019elles appuient les grandes puissances amies de leur sympathie et tout ce que cela peut comporter de non-colla- 96 l'action nationale boration directe ou indirecte avec l\u2019ennemi *, et, selon les circonstances, leur position et leur moyen, de collaboration avec les amis.Pour le reste, que les grandes puissances payent de leur personne et défendent elles-mêmes les positions avancées qu'elles estiment nécessaires à leurs intérêts.C\u2019est elles surtout qui ont tout le nécessaire pour cela, justement parce qu'elles sont grandes puissances.Si elles n\u2019en sont plus capables, qu\u2019elles sachent en couvrir moins grand et distinguer ce qui est vraiment vital, compte tenu des principes d\u2019un ordre international juste, de ce qui n\u2019est que refus de déranger ses habitudes pour s'adapter aux exigences des temps nouveaux.Voilà le sens profond du jamais des Canadiens français; un sens qui va si loin dans son assiette politique et philosophique, qu\u2019il veut vraiment dire jamais, et qu\u2019aucune circonstance humainement possible ne peut se produire qui les amène à changer d\u2019idée.Ils ont supporté la participation avec beaucoup plus de bonne grâce qu\u2019on aurait pu s\u2019y attendre: d\u2019abord parce que des gens en qui ils avaient confiance la leur avaient promise modérée', surtout parce que la promesse de non-conscription était formelle, définitive: «jamais»! Pour les faire changer d\u2019idée sur ce jamais, c\u2019est une conversion qu\u2019il faudrait opérer en eux: les convertir à une conception impérialiste de la politique internationale ou de leur sécurité, ce qui est d\u2019autant moins à prévoir que, Canadiens 1 M.Gardiner, ministre de M.King, n'a-t-il pas montré lui-même que le Canada aurait pu faire un effort total de guerre sans entrer en guerre. POURQUOI NOUS N'ACCEPTERONS JAMAIS.97 exclusivement, ils considéreront que le Canada n\u2019est pas en mesure de jouer une pareille partie et que s\u2019il s\u2019y essaye, ce ne sera pas en définitive à son profit; d\u2019autant moins probable enfin que même si le Canada devait en profiter, ils seraient loin, en tant que Canadiens français, d\u2019y trouver autant d\u2019avantages que les Anglo-Canadiens.Notre survivance Cette dernière affirmation nous amène justement à l'autre raison, plus circonstancielle celle-là mais d\u2019une circonstance indépendante de la présente guerre et à long effet, pour laquelle les Canadiens français n\u2019accepteront jamais la conscription dans le présent conflit: et c\u2019est notre situation au Canada.On a dit et redit que c\u2019est pour nous conserver les avantages que nous vaut le Commonwealth que nous nous battons.Ce n\u2019est vrai qu\u2019à moitié.D\u2019abord le Commonwealth ne nous vaut, sauf pour des cas individuels, à peu près rien au point de vue économique, ou en tout cas rien de comparable à ce qu\u2019en tirent les Canadiens anglais.Et cela pour la bonne raison que nous n\u2019occupons dans toutes ces belles industries qui vivent du Commonwealth que les positions inférieures.N\u2019importe quel conquérant, j\u2019imagine, serait disposé à nous utiliser à titre de manœuvres.Mais passons, ce n\u2019est pas là le plus important.Le plus important, c'est bien ce dont parle souvent notre propagande: la liberté de nous épanouir selon nos innéités et notre vouloir vivre l\u2019action nationale collectif.Et à ce point de vue, la propagande n'a pas complètement tort, sous réserve de l'importance du facteur économique dans cet épanouissement: nous avons joui de libertés que nous n'aurions sans doute pas eues ailleurs.Mais, et c'est là le point important, ces libertés nous n'en jouissons pas dans leur plénitude comme les Canadiens anglais :Je$ libertés que nous avons, c'est en réalité celles de continuer la lutte commencée depuis 182 ans pour notre survivance et pour conserver ce que nous avons gagné et qu'on ne peut pas actuellement nous enlever, lutte qui n'est pas terminée, survivance qui n'est pas encore assurée C'est énorme sans doute comparé à ce qui existe en d'autres pays, mais cela fait aussi une différence énorme d'avec les libertés complètes que les Anglo-Canadiens veulent défendre à l'extérieur; car nos forces étant déjà toutes engagées à l'intérieur contre un concurrent bien supérieur en nombre et en puissance, nous ne pouvons guère nous payer le luxe de regarder au dehors sans risquer de trouver ensuite notre place occupée.Plus que jamais, en effet, notre survivance est menacée de tous les côtés, a 1 intérieur du Canada.Le Canadien français, conquis par la force militaire en 1760, reste soumis aujourd hui aux décisions de force d'une majorité anglo-saxonne dite démocratique, après avoir eu à lutter contre les solutions de force politique et même armée (1837) de l'oligarchie coloniale.Le malheur est que cette force de la majorité, cette espèce de totalitarisme démocratique dont une sage politique peut atténuer les effets, est agitée par des POURQUOI NOUS N'ACCEPTERONS JAMAIS.99 influences occultes qui n ont pas encore démissionné de l'idée d'angliciser les Canadiens français.Après y avoir réussi en partie par l'évolution économique, du fait de la prolétarisation qui ébranle nos trois bastions de défense, la famille, la paroisse et l'école 1 (dont nous doutons justement pour des raisons économiques), ces influences poursuivent leur oeuvre en pleine guerre et essayent de consolider les gains acquis par la centralisation à Ottawa, ainsi que l'avouait lui-même un professeur de l\u2019Université de Toronto à propos du rapport Sirois.Bien plus, elles comptent sur la conscription pour réaliser leurs sinistres desseins par un moyen encore plus radical, l'élimination, ainsi que le montre un récent article du Citizen d\u2019Ottawa où, à la façon nazie, on nous accuse d\u2019être contre la conscription par esprit d'agression et de domination, pour mieux justifier l\u2019agression qu'on y prépare contre notre existence nationale.Absorbés que nous sommes par cette lutte, dans laquelle on ne nous laisse nul répit \u2014 même au nom de l'effort de guerre \u2014, on conçoit que nous ne soyons pas disposés comme certains Anglo-Canadiens à ce qu'on nous envoie de force au secours des peuples qui se battent pour conserver ce que nous n'avons même pas encore acquis: un status bien défini, un droit reconnu de rester nous-mêmes, tel que nous l'entendons, un droit complet accordé sans arrière-pensée, de telle façon que nous puissions être vraiment des partenaires dans un pays bi-ethnique.Loin de là: nos motifs 1 Cf.L\u2019abbé Lionel Groulx, Paroles à des étudiants. 100 l'action nationale ;de nous plaindre sont légion dès qu'on sort du Québec quant à des droits aussi élémentaires que la langue et la religion, notamment en ce qui concerne le problème des écoles Pour ne pas parler de l\u2019attitude agressive et insultante à notre égard d\u2019un trop grand nombre de Canadiens anglais, agressivité dont l\u2019ampleur est reflétée par l\u2019expression qu\u2019elle trouve dans les journaux Canadiens anglais de tous les partis, hargne qui va jusqu\u2019à clamer (comme dans tel journal de St-Thomas, Ont.) qu\u2019on nous a fait une faveur exagérée en nous laissant le droit de lutter pour gagner ce qu\u2019on nous devait déjà et pour le conserver, qui passe même ensuite à la menace de nous l'enlever, accompagnée des insultes les plus méprisantes comme dans un journal d\u2019aussi grande importance que le Winnipeg Free Press.Dans le Québec même d\u2019ailleurs, les incidents désagréables et les vexations se multiplient.Et tout cela suit la plus formidable campagne amorcée depuis la Confédération, machiavéliquement par certains, honnêtement chez d\u2019autres qui se révèlent incapables de comprendre, pour mettre la province de Québec de plus en plus sous la coupe de la majorité anglo-canadienne par la centralisation, à Ottawa, de l\u2019impôt et de la règlementation de la vie économique et sociale *.Comment, devant cette lutte intérieure formidable qui nous absorbe et la précarité grandis- 1 Cf.André Laurendeau, « Alerte aux Canadiens français » et François-Albert Angers, « A quelle sauce veut-on nous manger ?» dans L'Action Nationale, novembre et décembre 1940. POURQUOI NOUS N'ACCEPTERONS JAMAIS.\t101 santé de notre situation, pouvons-nous accepter une politique de guerre qui s\u2019attaquerait à notre seul élément de survie, la force d\u2019inertie du nombre ?Comment pouvons-nous y accéder quand nous savons que nos pertes sont irremplaçables, alors que tous les autres éléments raciaux qui constituent ce pays peuvent compter sur l\u2019immigration pour se reconstituer ?Comment pouvons-nous nous y soumettre quand nous savons que « l\u2019égalité de sacrifice )) recherchée par la conscription signifie que pour avoir donné 6 fils à sa patrie, le Canadien français devra envoyer les six sur le Rhin, sur la Manche ou ailleurs alors que le Canadien anglais, qui a tiré des satisfactions personnelles de son argent au lieu d\u2019élever des enfants, n\u2019aura à en envoyer qu\u2019un ou deux ?Que même s'il en a deux, il sera à peu près sûr d\u2019en caser un au moins, ou deux sur trois dans le fonctionnarisme fédéral ou les industries de guerre, pendant que le Canadien français ne parviendra pas en moyenne à en placer un sur ses six ou n\u2019y parviendra qu\u2019avec les plus grandes difficultés.Car il y a une injustice grave qui nous est faite ' depuis toujours et dont je n\u2019ai pas parlé précédemment: c\u2019est la part qu\u2019on nous laisse dans le fonctionnarisme fédéral et industriel, dans les fonctions qualifiées en général.Je n\u2019ai pas besoin de citer des chiffres; ils ont été maintes fois donnés et ils sont criants.Ils sont ainsi parce que tout ce qui est canadien-français horripile trop ceux qui détiennent la clef de notre vie gouvernementale et industrielle.Ils sont ainsi également, non pas tant comme on se plait trop à le dire, parce que 102 l'action nationale nous sommes vraiment incompétents, mais parce que même les mieux intentionnés des Anglo-Canadiens ne savent pas comprendre la valeur de notre conception de l\u2019enseignement moins spécialisé, mais plus formateur, parce que maîtres de tout en ce pays, ils ont construit les cadres de notre fonctionnarisme et de notre vie industrielle sans tenir compte de nous; ils ne se donnent pas la peine d'entraîner, comme ils le font pour les leurs, un jeune Canadien français qui connaît moins bien tel ou tel détail technique particulier, mais qui les apprendra vite et sera après-demain un meilleur collaborateur que n'importe laquelle de leurs compétences.C'est un secret de polichinelle, dont un article récent du magazine MacLean s admettait l'exactitude pour l'armée et qui est aussi vrai pour le service civil, que les examens préalables à l'emploi sont établis en fonction des standards scolaires du Canada anglo-saxon, standards qui ne sont pas supérieurs aux nôtres, mais qui sont totalement différents.Cela est bien loin de la conscription, penserez-vous ?Pas tant que cela.C'est cette situation qui produit ce que je disais précédemment, que le fils d\u2019Anglo-Canadien a toujours une chance d'échapper aux massacres du front, qu'on l'oblige à y échapper même s'il veut absolument y aller parce qu'on a besoin de lui à l'arrière.Alors qu'on n\u2019a pas besoin d'un Canadien français, dont le niveau intellectuel est la plupart du temps bien supérieur et qui pourrait aspirer lui aussi à servir son pays aussi bien tout en conservant au Canada français l\u2019élite nécessaire pour l'après-guerre.Est- POURQUOI NOUS N\u2019ACCEPTERONS JAMAIS.\t103 ce vraiment cela l égalité des sacrifices ?Et n a-vons-nous pas le droit, devant la menace d'une politique aussi scandaleuse, de crier comme le patient dont les nerfs sont mis à vif ?Ne comprend-on pas ensuite que les Canadiens français, dans de telles conditions, ne pourront jamais accepter la conscription pour service outre-mer au cours du présent conflit ?Et comment ne s\u2019indigneraient-ils pas alors, quand on ajoute à cela les arguments de circonstances mentionnés au début, à l'effet que la conscription serait inutile, nuisible à l'effort de guerre envisagé même du point de vue d\u2019un impérialiste outrancier, mais intelligent ?Quoi qu'il en soit de ces dernières raisons et même si l\u2019on devait nous convertir à une conception impérialiste de la défense de notre propre pays, écartant par là notre plus fort motif d'opposition à la conscription, n'importe qui de juste et d\u2019intelligent comprendra sans effort, devant la situation qui nous est faite au Canada, que jamais, au grand jamais, nous n'acceptions une politique de conscription pour service partout dans le monde tant que nos droits en ce pays \u2014 et non pas seulement notre droit de lutter pour les arracher \u2014 ne seront pas pleinement reconnus partout.Et reconnus non pas d\u2019une façon générale et vague en essayant de reprendre d'une main plus qu'on ne donne de l\u2019autre, mais dans une charte précise où l\u2019on n'aura pas peur des mots, où l\u2019on reconnaîtra l\u2019existence d\u2019un peuple canadien-français, où l\u2019on admettra son droit complet à une vie nationale pleine et entière, où l\u2019on établira les bases d\u2019une véritable collaboration dans une 104 l\u2019action nationale confédération où les Canadiens français se verront garantis partout des droits fondamentaux à l'éducation dans leur langue et leur religion et la plus large autonomie dans le Québec, où des dispositions précises seront promulguées pour leur assurer la part proportionnelle à laquelle ils ont droit à tous les échelons du fonctionnarisme, même s'il faut pour cela réformer les cadres de notre organisation, adopter des standards conformes à notre système d'éducation et non nous forcer à réformer les nôtres, à nous angliciser pour avoir des places.C\u2019est là une condition sine qua non de toute véritable union ou unité nationale en ce pays; et c'est parce qu'elle est bien loin de réalisation qu\u2019elle suffit à étayer notre jamais, du moins en ce qui concerne le présent conflit.Il faut dire non ! Si jamais quelqu'un avait exposé à M.King tous ces points de vue, si M.King s\u2019était donné la peine de chercher à les comprendre en faisant abstraction de ses propres préjugés \u2014 il en a sans doute comme tout le monde \u2014 et si M.King est l'honnête homme et le grand libéral qu'on a toujours dit, je ne puis pas croire qu'il eût jamais songé à faire le plébiscite.Tout cela, il est en tout cas grand temps que les Anglo-Canadiens qui ont vraiment le sens de l\u2019honneur le sachent, qu\u2019ils apprennent la vérité toute nue, telle qu'elle gît dans l'âme de tout Canadien français quelle que soit la façade qu\u2019il montre.La franchise, c\u2019est encore le meilleur pied duquel il faut partir pour aller vers l'unité nationale. POURQUOI NOUS N'ACCEPTERONS JAMAIS.\t105 Pour nous, cette réflexion, ce retour sur les motifs de nos attitudes doit nous convaincre d'une chose.C\u2019est que quand on est opposé comme nous le sommes et pour les raisons que nous le sommes à la conscription, on ne libère personne des engagements qu\u2019il a pris de ne pas nous 1 imposer.Quand une chose ne doit jamais nous être imposée, on ne doit jamais accorder à personne le pouvoir de le faire.M.King s'est trompé; il a probablement été trompé par des conseillers qui nous connaissaient mal.Le seul moyen de le lui faire entendre \u2014 et il n'y en a plus d'autres disponibles \u2014 c\u2019est de dire NON! François-Albert Angers Une idée saugrenue La dernière idée des gens de Toronto afin d'envoyer plus de Canadiens se battre outre-mer, ce serait de transporter dans l'Est les Japonais de la Colombie britannique afin d'assurer à l\u2019agriculture la main-d'œuvre qui commence à lui faire défaut.C'est ainsi que ces gens servent leur patrie, le Canada, qu'ils pensent à ses intérêts et à son avenir.Au moment où notre agriculture arrive au point de la désorganisation par suite d'une propagande de recrutement trop intense et d'une politique d'exemption insuffisante pour les cultivateurs et les fils de cultivateurs, ce n'est pas à diminuer ce recrutement ou à accroître ces exemptions qu'ils pensent.Non! ils pensent à transplanter dans l'est des Japonais, à installer donc au beau milieu du Canada industriel et agricole une nuée d'espions ou, en tout cas, de gens inassimilables et qui ont fait jusqu'ici le désespoir de nos compatriotes de la Colombie.Décidément, il y a des gens au Canada, et en grand nombre, qui perdent la tête.M.Ilsley serait mieux de consacrer à construire des lieux de repos le milliard qu'il se propose de donner à la Grande-Bretagne: notre effort de guerre s'en porterait certes beaucoup mieux car on ne fait rien de bon avec des esprits détraques. La nouvelle charte des minorités Dans les limites d\u2019un ordre nouveau fondé sur des principes moraux, il n\u2019y a pas de place pour l\u2019oppression ouverte OU OCCULTE des caractéristiques culturelles et linguistiques des minorités nationales, POUR ENTRAVER OU RESTREINDRE LEURS RESSOURCES ÉCONOMIQUES, pour limiter ou abolir leur fertilité naturelle.PLUS LE GOUVERNEMENT DE L\u2019ÉTAT RESPECTE CONSCIENCIEUSEMENT LES DROITS DES MINORITÉS., plus il peut exiger, avec confiance et efficacité, que ses sujets remplissent loyalement ces obligations civiles qui sont communes à tous les citoyens.PIE XII La nouvelle charte des petites nations Dans les limites d\u2019un ordre nouveau fondé sur des principes moraux, il n\u2019y a pas de place pour la violation de la liberté, de l\u2019intégrité et de la sécurité des autres États, quelles que soient leur étendue territoriale ou leurs possibilités de défense.S\u2019il était inévitable que les États puissants jouent, à cause de leur force et de leur plus grande potentialité, des rôles de premier plan dans la formation des groupements économiques comprenant non seulement eux-mêmes mais bien des États plus faibles et plus petits, il est néanmoins indispensable qu\u2019en vue du bien commun, ils respectent comme les autres les droits de ces petits États à la liberté politique, au développement économique et à la protection adéquate, en cas de conflits entre nations, A CETTE NEUTRALITÉ QUI EST LEUR, suivant la loi naturelle aussi bien que la loi internationale.DE CETTE FAÇON, ET DE CETTE FAÇON SEULEMENT ILS POURRONT OBTENIR UNE RAISONNABLE PART DU BIEN COMMUN ET ASSURER LE BIEN-ETRE MATÉRIEL ET SPIRITUEL DES PEUPLES CONCERNÉS.PIE XII (Extraits de la lettre partorale de Pie XII à l'occasion du Nouvel An 1942 ) A propos d'un plébiscite inopportun et injuste PLEBISCITE ET CONSCRIPTION Les promesses solennelles du chef du pays et de ses lieutenants, ainsi que celles du chef de l\u2019Opposition au Parlement et lors des élections générales de 1940, lient définitivement les deux côtés de la Chambre des Communes, si nous vivons encore en démocratie.I \u2014PARTICIPATION MODEREE Notre province et probablement d\u2019autres aussi s\u2019opposaient à notre participation à cette guerre.Pour obtenir l\u2019adhésion quasi unanime à notre entrée en guerre, le Premier Ministre King a promis à la Chambre des Communes que notre intervention serait modérée et exempte de toute conscription pour service outre-mer; promesse répétée sur tous les tons par les ministres du gouvernement, durant la période électorale de 1940.Engagement formel dont personne ne niait alors l\u2019importance.\u2014 « Élisez-nous, disaient libéraux et conservateurs, et voici la garantie que nous vous donnons en retour : Participation modérée et enrôlement libre pour service outre-mer».\u2014 C\u2019était un engagement pris devant tout le pays, en vue de satisfaire le groupe ethnique le plus nombreux du Canada et aussi d\u2019autres groupes dont l\u2019opposition à la guerre se manifestait beau- PLÉBISCITE ET CONSCRIPTION 109 coup plus discrètement que la nôtre, tout en étant aussi forte.Le Premier Ministre, l\u2019Hon.M.King, a meme déclaré que sans les promesses de participer modérément à la guerre et de ne pas imposer la conscription pour outre-mer, l'élection de 1940 aurait pu prendre une autre tournure.Il a donc fait ces promesses pour assurer sa victoire.Sur ce point, il est lié envers le peuple jusqu'à une nouvelle élection générale, à moins que le mot « démocratie » n\u2019ait perdu sa signification réelle.A tout événement, rassurée par ces déclarations formelles du Premier Ministre, notre province a accepté de collaborer à la guerre.Elle a souscrit aux emprunts, payé de lourds impôts de toutes sortes, tenu ses industries de guerre en activité, fourni des volontaires pour tous les services de l'armée.En somme, elle a rempli pleinement sa part du contrat.De son côté, le gouvernement a manqué à certains de ses engagements en rendant d'abord cette participation plusieurs fois plus onéreuse que ne l\u2019a été notre intervention dans la grande guerre 1914-18.Présentement, nous dépensons plus en une seule année que nous ont coûté les quatre années de l\u2019autre guerre.C\u2019est trop exorbitant pour être accepté comme une participation modérée.Ca ressemble plus à une intervention à fond et sans limite, en matériel de guerre, en argent et en hommes.Premier manquement à un engagement solennel.Pourtant une participation modérée s'imposait, puisqu\u2019au lendemain de Munich, les ultra- 110 l\u2019action nationale impérialistes eux-mêmes admettaient que notre entrée en guerre à ce moment eût conduit notre pays à la faillite.Nos présentes dépenses de guerre ne concordent aucunement avec les appréhensions de banqueroute énoncées alors.Le gouvernement se prépare-t-il maintenant à manquer au reste de ses engagements, en présentant un plébiscite pour se faire libérer de ses promesses ?La promesse de ne pas conscrire pour outremer a été faite aux anticonscriptionnistes et non aux conscriptionnistes.Or, avec le plébiscite, conscriptionnistes et anticonscriptionnistes auront également droit de vote.C\u2019est souverainement injuste.L\u2019exemple suivant illustrera peut-être mieux l\u2019iniquité de ce projet de consultation populaire.Exemple Dix citoyens ne s\u2019entendent pas sur le règlement d\u2019un problème.Trois sur les dix sont dissidents.Pour les rallier à leur cause, les sept autres font une concession aux récalcitrants Alors l\u2019unanimité règne autour du projet modifié.Tout fonctionne dans l\u2019harmonie.Chacun travaille au succès de la cause.Un an plus tard, celui qui avait conclu le marché au nom des sept, déclare, aux trois dissidents du début, que le groupe qu\u2019il représente désire se faire délier de son engagement.Il veut, prétend-il, agir honnêtement et soumettre simplement la question au vote des dix.Il soutient que c\u2019est là une forme démocratique de se libérer d\u2019un engagement sacré. PLÉBISCITE ET CONSCRIPTION 111 Je laisse le lecteur juge d'un tel procédé qui est l'image parfaite du plébiscite proposé par le gouvernement.Je me refuse de croire que l'on ait compris toute l'iniquité de ce projet de consultation populaire.Il \u2014LA CONSCRIPTION POUR SERVICE OUTREMER EST UN ABUS DE POUVOIR ENVERS LES CANADIENS FRANÇAIS L\u2019Anglo-Saxon individuellement aime la justice.Il accepte qu\u2019on raisonne avec lui.Nombre d\u2019amis que je compte parmi eux partagent certains de nos points de vue sur la guerre.La discussion avec eux n\u2019offre rien de désagréable, souvent même elle est très intéressante.Des déclarations récentes que m\u2019ont faites d\u2019importants industriels anglais inquiets, à juste titre, des impôts excessifs et de la difficulté de continuer à produire, vu la rareté des matières premières, étonneraient plusieurs de nos impérialistes.Elles indiquent une évolution vers une mentalité plus canadienne.Au surplus, voulez-vous faire voir aux plus impérialistes d\u2019entre eux l\u2019inconvenance de contraindre les Canadiens français au service militaire n\u2019importe où par delà les océans ?Donnez-leur notre rôle dans un empire autre que l\u2019empire britannique.Placez ces impérialistes, en imagination, sous la domination germanique ou nip-pone.Accordez-leur le privilège de parler leur langue, de pratiquer leur religion et d\u2019avoir leurs écoles sous cette nouvelle domination.Puis, de-mandez-leur comment ils apprécieraient \u2014 en 112 l'action nationale reconnaissance de ces faveurs accordées par le conquérant \u2014 de porter l'uniforme militaire allemand ou japonais, d'être commandés en allemand ou en japonais, puis d\u2019être contraints à aller dans les régiments à majorité allemande ou japonaise, combattre, en un coin éloigné du globe, un ennemi désigné par un de ces deux pays, pour le triomphe d\u2019un empire autre que le leur.Je ne voudrais pas souhaiter pareil malheur à nos amis anglo-saxons.Heureusement, rien ne laisse prévoir une telle calamité pour eux.Néanmoins, admettons, pour la force de l\u2019argument, que ce soit un fait réel.Croyez-vous alors que les plus fanatiques impérialistes, une fois soumis aux conditions citées plus haut, ne nous exprimeraient pas leur dégoût d'un tel abus de pouvoir ?Ne s'écrieraient-ils pas: « Is\u2019nt it terrible what these Japs or these Germans are imposing on us?)).Oui, ce serait injuste, abusif, et je ne vois pas l'Anglais mettre son esprit guerrier au service d\u2019une race qui le dominerait ainsi.Je ne le vois pas donnant avec plaisir sa vie pour le triomphe d\u2019un impérialisme germain ou nippon.Pourquoi nos impérialistes canadiens voudraient-ils que nos sentiments fussent différents des leurs, en des circonstances semblables ?Il n'est pas de peuples qui préfèrent être dominés plutôt que de dominer les autres.L\u2019histoire démontre que l\u2019esprit d\u2019indépendance se trouve au cœur de toutes les races, même des races primitives.A cet esprit d\u2019indépendance, s\u2019ajoute une tendance naturelle à vouloir dominer, de même qu'une aversion pour une domination étrangère.Le cœur PLÉBISCITE ET CONSCRIPTION 113 humain reste le même partout.C'est ce que ne comprennent pas les impérialistes canadiens.Les véritables conquêtes d'une race fière et hautement civilisée La domination la plus forte, la plus irrésistible, demeure encore celle d\u2019un peuple juste et surtout généreux.Plus il est puissant, ce peuple, plus il acquiert de mérite à être juste, plus il devient véritablement conquérant s\u2019il agit avec équité.Gagner l\u2019estime des autres représente encore la plus magnifique conquête d\u2019une race fière de sa civilisation et de sa culture.Malheureusement, les puissances terrestres traitent rarement avec bonté et justice les minorités.Néanmoins, le règne de la paix exige le respect des droits des minorités.Les auteurs de la charte de l\u2019Atlantique l\u2019ont compris, puisqu\u2019un des articles de cette charte veut justice pour les faibles.Ces remarques, je ne les fais aucunement pour déplaire â nos amis anglophones.Cette comparaison que je viens de tracer n\u2019offre, ce me semble, rien de provocant.Elle change simplement, en hypothèse, les rôles, en vue d\u2019une étude psychologique.Les injures, les insultes ne sont que les armes des faibles, sans compter quelles ne règlent rien.Nous préférons faire appel au raisonnement de nos concitoyens et à leur esprit de justice.Nous voulons discuter avec eux, d\u2019abord à notre point de vue ethnique mais surtout au point de vue des véritables intérêts du Canada, sur l\u2019inutilité de 114 l'action nationale contraindre les sujets de ce pays à porter les armes hors de ce continent.Ill \u2014LA CONSCRIPTION POUR OUTRE-MER NUISIBLE A L'EFFORT DE GUERRE ET AUX INTERETS DU CANADA Pourquoi l\u2019envoi de nouvelles troupes hors du pays ?N\u2019est-il pas temps d\u2019armer solidement nos frontières, de les garnir de troupes ?Le temps n\u2019est-il pas venu de placer des milliers de canons antiaériens sur nos édifices; de former des divisions d\u2019artilleurs experts pour notre défense contre avions; de préparer toute une flotte de bombardiers et d\u2019avions de chasse pour notre protection immédiate ?Nos amis de la Colombie Britannique ressentent déjà la nécessité de protéger nos côtes.Leurs sentiments deviennent plus canadiens à mesure que la menace d\u2019attaque se rapproche de nos villes littorales.Bien des Anglo-Canadiens saisissent maintenant l\u2019inutilité de répéter l\u2019effort navrant de HONG-KONG.L\u2019esprit impérialiste dominait chez plusieurs lors du départ de ces troupes pour l\u2019Extrême-Orient.Aujourd'hui, on voit mieux les intérêts immédiats du Canada; hier, on les oubliait.Puissent nos gouvernants se ressaisir et prendre une attitude plus canadienne, plus en rapport avec la menace immédiate qui plane sur ce pays! La nécessité de protéger sa patrie, les Australiens eux la comprennent maintenant, mais trop tard.Ils ont cru défendre leur pays en le vidant de ses aviateurs, de ses soldats et de son matériel de guerre.Entendez leurs appels de PLÉBISCITE ET CONSCRIPTION 115 détresse.Ils ont à faire face à une destruction certaine, à moins de l\u2019arrivée rapide de renforts américains.Ces leçons devraient amener nos gouvernements à la réflexion et leur donner une conception plus pratique de la défense de notre sol, de nos villes, de nos industries.De cette protection dépend peut-être l\u2019issue finale de cette guerre.Le Canada est un réservoir de matériel de guerre et de nourriture pour les combattants, avant d\u2019être une source bien imposante pour la levée de troupes.Et nous laissons présentement ce réservoir sans protection adéquate.Nous vidons le pays de matériel, de chars d'assaut, d\u2019avions et d\u2019hommes pour aller défendre l\u2019Angleterre contre une invasion incertaine.Non seulement nous nous affaiblissons militairement mais nous diminuons ainsi notre potentiel de production agricole et industrielle, et cela à notre grand détriment comme à celui de l\u2019Angleterre même.Pourtant, on crie partout que l\u2019ennemi est à nos portes.On pratique l\u2019obscurcissement des villes.Est-ce simplement en vue d\u2019effrayer la population et de l\u2019induire à souscrire aux emprunts ?Si le danger est réel, que ne commence-t-on à utiliser nos hommes ici pour la garde de nos côtes et pour la protection de nos villes ?Combien de fois on nous a répété: l\u2019Angleterre n\u2019a pas besoin d'hommes, elle requiert surtout du matériel de guerre.Vous vous rappelez, à ce sujet, la phrase de M.Winston Churchill lancée à l\u2019Amérique: « Give us the tools and we shall finish the job ». 116 l'action nationale Que signifient alors ces nouveaux projets de multiplier nos divisions sur le sol anglais ?Que signifie ce plébiscite quand le Premier Ministre d\u2019Angleterre admet que désormais nous sommes menacés sur nos côtes de l\u2019Atlantique et du Pacifique ?Nous sommes tous disposés à porter les armes vaillamment n\u2019importe où sur ce continent, aux Etats-Unis aussi bien qu\u2019au Canada.Ce rôle de soldat canadien, nous sommes disposés à le remplir stoïquement jusqu\u2019à l\u2019héroïsme, mais là finit notre obligation morale.Il serait fort regrettable qu\u2019on passât outre pour exiger davantage.On ne conduit pas au feu malgré lui un homme fier et courageux, de quelque race qu\u2019il soit.Quelques Anglo-Saxons intelligents et perspicaces ont compris et signalé cet important point de vue au parlement d\u2019Ottawa.L'emballement en ces heures difficiles empêchera-t-il les gouvernants d\u2019en tenir compte, de façon à ne pas amoindrir l\u2019effort de guerre?\tPhilippe Hamel Deux outres ministres nous avertissent de dire non?Après MM.Ilsley et Mackenzie, MM.Ralston et Gardiner nous disent à leur façon qu'il ne faut pas répondre oui ! au plébiscite si vraiment nous ne désirons pas la conscription.M.RALSTON: «(.) je préfère le volontariat s'il est « efficace et je ferai tout en mon pouvoir pour qu'il le soit.« D'un autre côté, nous ne savons pas ce que nous réserve « l\u2019avenir, et je suis forcé de dire \u2014 ici je ne puis parler qu en « mon nom \u2014 que si le régime du volontariat ne répond pas adoptée en première lecture le 23 février 1942, nous accorder la faculté d agir librement, la liberté de nous exprimer sur cette question de service militaire obligatoire.Les Canadiens sont donc libres de se prononcer sur cette question comme ils l'entendent.Nous avons eu quelques plébiscites et referendums dans le passé.Le dernier referendum fédéral fut tenu à la fin du siècle dernier.Le gouvernement fédéral ne fit pression ni dans un sens ni dans l\u2019autre.Il respecta les bases de notre système politique.Les temps seraient-ils changés ?Nos gouvernants vont-ils prendre modèle sur les gouvernants des pays où les plébiscites furent des plébiscites commandés ?Le régime hitlérien a tenu en Allemagne plusieurs plébiscites, en particulier après la conquête de l'Autriche en mars 1938, après l\u2019annexion de la Sudétie en octobre 1938 et après le démembrement de la Tchécoslovaquie en avril 1939.L'électorat ( ?) allemand vota dans une proportion de 99% dans le sens ordonné par le gouvernement d\u2019Hitler.Le gouvernement fédéral va-t-il reproduire ici la brutalité de ce régime, cet asservissement des esprits sous une dictature totalitaire ?Au Canada, sous un régime démocratique, notre plébiscite sera-t-il une copie de ces plébiscites nazis ?S\u2019il fallait que dès éléments, encouragés par le gouvernement fédéral, fassent pression pour obtenir un vote de 99%, nous n\u2019aurions plus rien à envier aux pays où règne la dictature. LE RENARD ET LE BOUC 121 Ne prenons pas à la lettre les conseils de certains hommes politiques, faisant force recommandations, qui de modération, qui de prudence, qui de sacrifice sur l'autel de la bonne entente.Plaisante attitude! Ces élus du peuple ne sont autres que des mandataires.Ils peuvent nous demander nos votes, les solliciter, mais c\u2019est aux électeurs d'indiquer par leur réponse aux députés et ministres leurs devoirs, et non pas à ces derniers d\u2019avoir la prétention de diriger le vote de ceux de qui ils dépendent! Il est inquiétant de constater qu\u2019une fois de plus l\u2019on demande à la minorité de s\u2019incliner devant la majorité.M.Alphonse Fournier, député de Hull à la Chambre des Communes, en proposant l\u2019adresse en réponse au discours du Trône en janvier 1942, dit en somme au peuple de la province de Québec: « Si vous voulez préserver l\u2019unité nationale, faites ce sacrifice )) (de dégager le gouvernement actuel de ses promesses).Paroles stupéfiantes ! Pourquoi exercer pareille pression ?M.Fournier reconnut implicitement que les gens du Québec ont raison de voter « non )).Sacrifiez-vous, leur dit-il, et répondez «oui».Attitude illogique.L\u2019essence de la démocratie n'est-elle pas de permettre à tous de voter comme ils le veulent avant que d\u2019être forcés de se soumettre à la majorité ?M.Fournier devrait savoir que la conduite qu\u2019il préconise est semblable à celle de l\u2019Allemagne nazie où l\u2019on veut, comme lui, que l\u2019électeur fasse le sacrifice de ses convictions avant de voter aux plébiscites hitlériens. 122 l'action nationale Dans certaines régions du pays, l'on semble craindre une réponse négative à la requête du gouvernement, surtout de la part de la province de Québec.Et quand cela arriverait, quel mal s'ensuivrait-il ?Ne sommes-nous pas libres de voter comme bon nous semble ?Devons-nous craindre le sort de la ville universitaire d'Heidelberg, qui osa, il y a trois ou quatre ans, se montrer antihitlérienne dans une proportion de plus de 50% ?Les nazis lui firent voir qu\u2019un plébiscite devait avoir un résultat favorable aux vues du gouvernement dans une proportion de 99%.Le Québec votera contrairement au désir du gouvernement fédéral sans s'exposer, j\u2019en suis sûr, à de pareilles représailles.A ces quelques réflexions (je ne prétends pas épuiser le sujet), pour continuer l'application de cette moralité, « en toutes choses il faut considérer la fin », demandons-nous ce qui arriverait si les électeurs de cette province acceptaient la proposition de certains politiciens, si nous consentions ce sacrifice de répondre « OUI » à ce plébiscite.Ici, une mise en garde s\u2019impose.Le texte de la « loi de 1942 sur le plébiscite fédéral », adopté en première lecture le 23 février 1942 laisse planer des doutes sur ce plébiscite.Il y est défini comme étant la tenue d\u2019un scrutin sur une question que nous connaîtrons par une proclamation future du gouvernement fédéral.Pourquoi nos législateurs n\u2019ont-ils pas inséré la question, le but et le temps du plébiscite dans le texte de loi ?Espérons que cette réserve ne cache ni machination ni arrière-pensée. LE RENARD ET LE BOUC 123 Présumons que la question posée sera celle énoncée par le premier ministre du Canada, le 25 février 1942, à la Chambre des Communes: « Etes-vous disposé à relever le gouvernement des obligations résultant de ses engagements passés restreignant les méthodes de recrutement pour le service militaire )) ?Entre parenthèses, comme il eût été plus simple de demander: « Etes-vous pour le service militaire en dehors du Canada ?)) Mais cette question eût été trop claire.Si la province de Québec vote « oui )) à la question posée, quelles en seront pour elle les conséquences ?Le gouvernement, dégagé de ses promesses, lèvera les hommes nécessaires aux services de l\u2019armée comme il l'entendra; il les conscrira, les enverra se battre là où il le jugera bon.Québec aura donné, sans réserve, au gouvernement fédéral le droit d'agir ainsi.Si nous acceptons de délier le ministère de ses engagements formels, si le service militaire en dehors du Canada est imposé, nous n'aurons qu'à nous incliner.Nous ne pourrons ni protester, ni nous plaindre si nos jeunes gens sont enlevés à l'agriculture, à l'industrie pour aller combattre en Birmanie ou en Perse.Nous l'aurons voulu.Il nous reste une liberté: voter comme nous l'entendrons lors de ce plébiscite.Si nous n'en profitons pas, à quoi nous servira-t-il plus tard de nous plaindre, prétendre avoir été trompés ?Nous ne pourrons même pas critiquer les méthodes adoptées pour recruter des soldats et les envoyer en dehors des frontières.De grâce, n'allons pas être naïfs au point d'ajouter foi à des promesses 124 l'action nationale que nos politiques nous feront.pour qu\u2019on les délie de l'obligation d'observer les promesses faites de 1938 à 1941.N\u2019allons pas lâcher la proie pour l'ombre, nous imaginer qu'en votant « oui », l'on obtiendra de nos dirigeants une conscription sans douleurs et sans larmes, qui n\u2019expédiera en pays étranger que le voisin.L\u2019unité nationale ?La bonne entente ?Finis ces bobards en autant que Canadiens français et Québec seront concernés.Si nous cédons, et votons contrairement à nos opinions sous le prétexte que des Canadiens d\u2019autres provinces le demandent, votes, plébiscites et élections deviennent une farce.Autant vaudrait défranchiser les électeurs de la province de Québec.La démocratie suppose que chacun vote selon son opinion, ses convictions.Si, dans un pays comme le Canada, où l'on trouve des groupes ethniques différents les uns des autres, l\u2019on demande au groupe d\u2019origine française, le moins nombreux, de ne pas user de son droit de vote comme il le voudrait, l\u2019on aboutit à sa disparition comme facteur politique.Les électeurs seraient-ils de mauvais citoyens pour la seule raison qu\u2019ils usent d\u2019un droit primordial, celui du vote libre ?Les électeurs du Québec doivent donc voter selon leur conviction et leurs intérêts, sans s'occuper de ce que les autres pensent.Si les Canadiens français se soumettent à des influences extérieures au point de ne plus oser voter autrement que selon les vues des autres provinces ou celles du gouvernement, ce sera la fin de leur influence.Un précédent redoutable aura été posé.Le principe de la conscription pour service en dehor LE RENARD ET LE BOUC 125 du Canada fera désormais partie de notre politique Le résultat ne sera pas moins grave dans d\u2019autres domaines relevant du parlement fédéral Si nous adoptons comme ligne de conduite de toujours dire « oui )>, au nom de la bonne entente, à toutes les demandes qui nous sont faites, vraiment la liberté qui appartient de droit aux sujets britanniques est un leurre.La seule concession que l'on doit faire en démocratie, c\u2019est de ne se soumettre aux vues de la majorité qu\u2019après le vote.S\u2019il faut nécessairement voter selon les opinions de Toronto, inutile de tant vanter ce système parlementaire et cette «voix du peuple».N\u2019embarquons pas dans cette galère.Nous participons à cette guerre, nous avons des troupes un peu partout dans le monde, au service de 1 empire britannique; nous avons accepté en juin 1940 la conscription pour la défense du Canada.Depuis 1917, les hommes politiques ont dénoncé les erreurs et les méfaits de la conscription pour servir hors du pays.Soyons logiques, suivons leurs avis.« Je soutiens qu'il ne pouvait y avoir de plus solennelle promesse à la population.Le gouvernement n'est pas libre sur le point de la conscription pour service outre-mer.)), déclara 1 hon Mackenzie King à la Chambre des Communes le 25 février 1942.Ces gouvernants sont présumés avoir réfléchi avant de prendre pareils engagements et ne pas s\u2019en être servis uniquement pour s\u2019emparer du pouvoir.Ils doivent à leur honneur de s'y tenir.Que, du moins, le peuple canadien, en répondant « non », leur impose le respect de leur parole.Jacques Perrault Faut-il leur faire confiance?A la surprise générale, quelques députés canadiens-français à Ottawa nous ont représenté, lors du débat sur le plébiscite, qu\u2019il fallait voter oui a la question posée afin de témoigner notre confiance dans le gouvernement.M.Fournier notamment, 1 invertébré représentant de Hull, nous a invites, au nom d\u2019un sentimentalisme partisan aussi démodé que sot, à manifester notre amour enflammé pour M.King.D\u2019autres « sui-veux )) ont brandi la menace Meighen pour nous sommer de répondre affirmativement.Entendons-nous.Abandonnons M.Meighen à son sort mérité.Il est tombé bravement pour la piètre cause d\u2019un colonialisme avilissant.On ne saurait raisonnablement craindre non plus que le gouvernement actuel soit renversé, car il commande à la Chambre une majorité imposante.M.Georges Pelletier l'a démontré péremptoirement: seul le parti libéral peut actuellement nous imposer la conscription.Tout homme sérieux admettra en outre que le gouvernement ne réclame pas le pouvoir de décréter la conscription pour le seul plaisir de posséder un droit sans prétendre jamais l\u2019exercer.Prêtons un minimum de bon sens et de logique à nos ministres.Ils n'exposeraient tout de même pas la paix du pays, « l\u2019unité nationale », comme ils disent avec tant demotion, pour la seule jouissance d'un droit.Demande-t-on d'être relevé d'un vœu de chasteté pour continuer la pratique de la FAUT-IL LEUR FAIRE CONFIANCE ?127 continence?Donc, en réalité, répondre OUI, c'est voter pour la conscription.Et répondre non, serait-ce donner un vote de non-confiance au gouvernement King ?Le premier ministre a pris la peine de nous avertir du contraire, dans son discours du 25 février au Parlement: une réponse négative signifiera, dit-il, que « le gouvernement doit continuer à se guider d'après les engagements pris lors des élections générales de 1940 ou avant, et même peut-être après ».En bon français cela veut dire que, le gouvernement continuant d\u2019être lié, il sera incapable d'imposer la conscription pour service outremer.Remarquez les paroles de M.King.Il ne dit pas : « Si vous répondez non au plébiscite, le gouvernement considérera cela comme un vote de non-confiance».Il ne dit pas: «Voter non, cela forcerait mon gouvernement à démissionner ».Il dit simplement: Voter non, c\u2019est nous forcer à tenir nos promesses.Cela n\u2019est-il pas catégorique ?Mais on insiste: « soyons fidèle à M.King, un si bon rouge, l\u2019ami des Canadiens français, l'adversaire irréductible de la conscription; irions-nous le lâcher à une heure aussi tragique ?» C\u2019est l\u2019air connu! On cherche à escamoter un vote de confiance en pinçant nos vieilles cordes partisanes et en réveillant cette supertitieuse vénération que nous vouons d'ordinaire à nos chefs politiques.De grâce, évitons un piège aussi grossier.M.King, un bon libéral ?Aucune objection.Est-ce une raison pour lui abandonner bêtement le droit de nous conscrire ?Au surplus, combien 128 l\u2019action nationale en avons-nous connu de ces bons rouges, ou de ces bons bleus, grandes idoles nationales! qui ont multiplié les volte-face, les manques de parole et même les trahisons les plus honteuses ?M.King, l\u2019ami des Canadiens français ?Dans le passé, d'accord.L'important c\u2019est qu\u2019il le soit aujourd\u2019hui et demain.Voilà pourquoi il faut lui refuser à tout prix le pouvoir exorbitant de nous expédier comme des mercenaires sur tous les champs de bataille d\u2019Europe, d'Asie et d\u2019Afrique, au caprice des intérêts de l\u2019Empire.M.King, contre la conscription ?Personnellement peut-être l\u2019est-il resté.Mais certes pas en sa qualité de premier ministre puisqu'il demande l\u2019autorisation de la décréter.D\u2019ailleurs, M.King est savamment versatile.Il fut un jour, horresco referens\\ l\u2019avocat intransigeant de la non-participation aux guerres de l'Empire.Puis il en vint à favoriser une participation « libre et modérée », il est vrai.Et ce fut le mirifique cadeau d'un milliard! Aujourd\u2019hui il ne s'agit plus de participation, mais de la conscription, oh! une conscription modérée, elle aussi, évidemment.Que nous réserve demain ?Les circonstances ont tant changé! Pourquoi ne changeraient-elles plus soudain ?Non, il faut répondre non, non, non.C\u2019est assez être dupes de nos politiciens.Évitons au moins le ridicule.D\u2019ailleurs il ne doit plus beaucoup en rester depuis que certains députés fédéraux l'ont monopolisé.Ces messieurs se croient très forts en se proclamant les adversaires éternels et incorruptibles de la conscription et en exigeant du même coup le droit FAUT-IL LEUR FAIRE CONFIANCE ?129 de la décréter.Ces messieurs votent pour permettre au gouvernement de poser un acte qu\u2019ils qualifient eux-mêmes de criminel.Quelle logique! Ces messieurs dénoncent en Chambre la conscription avec véhémence et leurs actes nous invitent à l\u2019approuver.Ils répondent oui et non tout à la fois.C'est comme s'ils disaient: si vous voulez éviter la conscription, votez pour.Ils sont très malins.C\u2019est que, voyez-vous, il faut ménager la chèvre et le chou, les électeurs et le parti.Les anathèmes contre la conscription, c\u2019est une semence de votes, l\u2019approbation du plébiscite, c\u2019est l\u2019espoir d\u2019un portefeuille, d\u2019un siège de juge, d\u2019une chaise roulante au Sénat.Ne soyons pas trop habiles.Souvenons-nous des sages conseils du vieux fabuliste: Ne forçons point notre talent Nous ne ferions rien avec grâce et du bon sens robuste de l\u2019électeur moyen qui pourrait bien ajouter: « O/i! oh ! quelle caresse ! et quelle mélodie ! Dit le maître aussitôt.Holà, Martin-bâtonl )> Martin-bâton accourt: l'Ane change de ton.Ainsi finit la comédie.Il faut remarquer, pour l\u2019honneur du Québec heureusement, qu\u2019il s\u2019est trouvé douze justes, douze députés qui ont préféré leur devoir à leur intérêt.Ne tombons plus dans les filets de nos politiciens.L\u2019histoire nous a appris à les connaître.Nous voulons éviter, ou du moins retarder, la conscription?eh bien! répondons NON.René Chaloult Les \"yes men\" La mascarade parlementaire Jamais, à aucune époque, la députation cana-dienne-française à Ottawa ne s'est encore abaissée, à ce niveau d'abjection.Ils ont fait du beau métier politique, une industrie du mensonge, de la promesse non tenue, de la peur, de l'étourderie, du gagne-pain vénal.Eux qui se prétendent les maîtres politiques de nos destinées ne sont plus que les contremaîtres de la servilité.On leur doit de rougir de honte en face de la députation de langue anglaise, laquelle possède la fierté d'elle-même.Celle-ci est justifiée de nous mépriser, de nous regarder de haut, en face de ces pantins parlementaires qui représentent notre nationalité.Et lorsque les quelques Anglais qui sont restés nos amis nous montrent d'un geste désolé le troupeau moutonnier qui nous sert de députés, nous baissons la tête, foudroyés que nous sommes par tant de bêtise et tant de lâcheté.Ils ont menti au peuple, sans vergogne.Le seul moment de leur carrière où ils manifestent du courage, c'est quand ils mentent.Ils mentent à pleine bouche, à pleins bras, comme de vrais professionnels du mensonge.Il faut pourtant que cela ait une fin et elle viendra un jour.Songez que sur à peu près 70 députés cana-diens-français à Ottawa, une douzaine environ LA MASCARADE PARLEMENTAIRE 13 ont fait figure d'hommes.Une douzaine.Moins du sixième.Le reste, c'est de la balayure que réclame l'égout collecteur du parlementarisme.Des êtres sans caractère, d'une médiocrité lamentable, sans culture.Où est l\u2019obstination, où est l'esprit de suite chez eux ?Une seule préoccupation, une seule: ne pas mécontenter l\u2019aile anglaise du parti.Celle-ci doit avoir du plaisir à botter de pareils mannequins.A leur place, je m'en paierais le luxe.Je les ferais marcher sur tous les calvaires de l'humiliation.Dans ce milieu de têtes amorphes et gélatineuses, dans ce bétail parlementaire marqué et classifié, dès que les chefs font un signe, l\u2019esprit de parti indique à chacun sa place, d'où il s\u2019engage dans le couloir qui mène à l'abattoir On leur a mis des oeillères perfectionnées, qui leur tiennent les yeux en bas, vers ces mots fatidiques: «parti, parti, parti».Ils sont d\u2019ailleurs remorqués par les whips, munis du fouet du patronage, de l\u2019intimidation.Faillite du parlementarisme chez les Canadiens français, et où dominent l\u2019argent et la parti-sannerie.Le peuple ne sait plus où on le mène à force d\u2019être trompé.Les yeux bandés, il s'efforce en tâtonnant, dans la nuit noire, de se raccrocher à quelque espérance fugitive.Apparemment il se laisse gaver des slogans de ses représentants.Mais il n'y croit plus.Il est nerveux, changeant.Il brûle demain les idoles d'aujourd\u2019hui.La bourgeoisie s\u2019est solidarisée avec nos politiciens.Elle paiera, elle aussi, dans les règlements de demain, avec les politiciens.Demain viendront les échéances. 132 l'action nationale 11 reste aux éléments parlementaires demeurés sains d\u2019affermir leurs positions, de ne plus transiger avec l\u2019esprit de parti.De ce beau métier du politique, qu\u2019ils rétablissent l\u2019honneur.Et d\u2019abord, l\u2019étude réelle et approfondie des problèmes, la connaissance de l\u2019adversaire, de sa psychologie, l\u2019utilisation de tous les facteurs, la diplomatie qui ne sacrifie rien de l'essentiel, qui pratique la feinte comme le duelliste, qui ne recule que pour mieux avancer.Dans ce beau métier, si plein de risques, où le calcul et l\u2019instinct se donnent la main, il faut connaître la technique du jeu.Cela réclame des hommes de réflexion, à l\u2019affût de toutes les chances, sans trêve, pénétrants et audacieux, scrutant l\u2019avenir, le supputant, l\u2019analysant, le pesant, sachant sans doute parler, mais sachant aussi se taire et penser.Aujourd'hui, ces équipes partisanes vivent au jour le jour, sans penser à demain, à ces lendemains qui pourraient être tragiques pour ces écervelés, quand la démocratie aura trouvé le moyen de frapper les responsables.Tous les éléments viables et valides de notre monde politique, doivent donc se montrer impitoyables à l\u2019esprit de parti.Mais il faut aller plus loin, et se tourner enfin vers les valeurs spirituelles, non en tartuffes, pour le bénéfice, mais pour la vérité.Il faut joindre enfin le temporel et le spirituel, et ne plus se faire des consciences à double fond.Le monde ne sera plus bientôt qu\u2019un immense cimetière.Il n\u2019y a pas à espérer que nous en serons épargnés.Nous sommes dedans jusqu\u2019au cou, avec notre chair, notre sang, notre âme.Il n\u2019y a plus qu\u2019une préparation à faire pour ces événements LA MASCARADE PARLEMENTAIRE 133 fatals: être implacables pour notre légèreté, notre mépris de la parole, nos faiblesses d\u2019irresponsables.Sabrons toutes ces petitesses, pour retrouver au fond de nous-mêmes les vieux ferments divins du catholicisme, et les sucs si féconds de la culture française.Écoutons les voix qui fauchent nos égoïsmes et nos mesquineries.N\u2019oublions pas que les compensations sont à la mesure des sacrifices.Qui parle toujours de mortification et oublie de dire que les plus grandes joies de la terre se tiennent toujours disponibles à côté des grandes épreuves ?\tArthur Laurendeau Le sort de lo France au cas d'une victoire britannique Les journaux rapportaient, de Berne, une nouvelle à l'effet que Staline avait soumis au gouvernement anglais un mémoire en neuf points, base de discussion pour les règlements d'après-guerre.Parmi ces neuf points on trouvait celui-ci: la Russie accepte la politique britannique à l'effet que ni le nord de la France ni l'Afrique du Nord ne puissent de nouveau servir de tremplin pour une attaque contre l'Angleterre.Sans doute la source dont provient cette nouvelle est-elle suspecte.Mais la nouvelle est d'une telle importance que M.Churchill se doit d'y apporter le plus catégorique démenti.Que signifierait, en effet, un article comme celui-là s'il était exact ?Voudrait-il dire que l'Angleterre prétend s'assurer le contrôle du nord de la France et de l'Afrique du Nord ?Ou former à même le nord de la France une Belgique plus grande ?Ou installer en France un puppet-government ?Cela voudrait-il dire que l'Angleterre ne ferait pas confiance au peuple français pour voir lui-même à sa propre défense contre l'Allemagne ?Nous n'en croyons rien, car cela cadrerait mal avec les déclarations antérieures de M.Churchill sur le relèvement de la France: ce n'est pas de cette façon, en effet, que nous entendons et que le peuple français entendrait le relèvement de la France.11 importerait qu'on rassurât l'opinion publique en lui garantissant qu\u2019aucune entente ni disposition secrète de ce genre ne prépare à la France le sort, si enviable qu\u2019il puisse paraître à certains, de Dominion britannique.La France doit revivre libre et intacte dans son territoire comme dans son Empire ! Carnet de guerre La triste histoire d'un débat historique Le 22 janvier, le gouvernement King, qui s\u2019était maintes et maintes fois engagé depuis septembre 1939 à ne pas proposer la conscription pour service en dehors du Canada, annonçait dans le discours du Trône la tenue d\u2019un plébiscite afin d\u2019être relevé par la population du Canada de ses engagements à cet égard; et dans le discours qu\u2019il prononça à l\u2019occasion, M.King demanda à tous les ministres et députés d\u2019aller dans leur comté demander à leurs électeurs de dire oui à la question posée.Un débat s\u2019engagea alors pendant lequel plus de 135 discours furent prononcés, dont 38 par 35 députés canadiens-français.Outre M.King \u2014 qui ne se compromit pas, ainsi que nous l\u2019avons déjà lu dans la dernière livraison de cette revue \u2014, quatre ministres du Cabinet parlèrent \u2014 MM.Ilsley, Mackenzie, Ralston et Gardiner \u2014 qui se montrèrent tous disposés, à des degrés divers, à accepter (M.Gardiner) ou à recommander (les trois autres) la conscription pour service outremer dans des éventualités plus ou moins déterminées.Aucun des ministres canadiens-français n\u2019osa se lever pour se prononcer ouvertement, pour défendre une attitude dont ils sont solidaires.1 1 Une fois la loi votée, l'honorable CARDIN manifesta cependant son point de vue, au cours d'une discussion avec le chef de l\u2019Opposition, M.Hanson: LA TRISTE HISTOIRE D'UN DÉBAT HISTORIQUE 135 Nous voulons relater ici les faits et gestes de nos autres représentants, dans ce débat qui peut constituer la dernière occasion qu'ils auront eue de se prononcer sur la conscription.Leurs raisons de voter en bloc contre la proposition du gouvernement étaient nombreuses, ainsi que nous le verrons par les diverses thèses des opposants.Mais s'il en est une qui eût dû être probante quant au devoir grave s\u2019imposant à tous d\u2019enregistrer officiellement leur opposition à la conscription sur le vote en cause, sans attendre, pour quelque motif que ce soit, une occasion ulté- « M.HANSON: (.) Que fera le ministre des Transports (M.Cardin) ?Je lui demande maintenant: quelle attitude prendra-t-il sur ce plébiscite ?« M.CARDIN: (.) Je suis membre du cabinet et j'appuie le Gouvernement.Si je prenais toute autre attitude, je n'aurais pas droit au poste que j\u2019occupe dans l'administration : (.) « M.HANSON : Si j interprète correctement les paroles du ministre, il parlera en faveur de la libération du Gouvernement de sa promesse passée ?(( M.CARDIN : Certainement.« M.HANSON: Et que fera-t-il ensuite si le Gouvernement est libéré de ses engagements ?« M.CARDIN: Autant que mon honorable ami ».(Le Hansard, 23 février 1941) L honorable ami, M.Hanson, est conscriptionniste.La vérité aurait-elle échappé à M.Cardin ?.C^uant à Me ST-LAURENT, au cours de la période qui précéda son élection, il fit les deux déclarations suivantes: (1) «Je viendrai probablement demander à la population de voter « oui » (au plébiscite), mais aucune coercition ne sera exercée ».(Le Devoir, 5 février 1942).(i) «Je ne puis promettre, au moment où le Canada est en danger, que le volontariat suffira pour parer au danger ».(Le Devoir, 4 février 1942).Le prédécesseur de M.St-Laurent, M.Ernest Lapointe, disait JAMAIS, lui, à la conscription pour service outremer. 136 l'action nationale rieure, c\u2019est bien ce danger qu\u2019aucune autre chance ne s\u2019offre de poser cet acte.Et ce fut la caractéristique particulière du discours de M.CHARLES PARENT, député de Québec-Ouest, de le mettre en vedette: «.lorsque le Gouvernement aura été libéré de ses engage-« ments, il ne sera pas nécessaire de faire voter une loi de « conscription, puisque le Gouvernement possède déjà tous « les pouvoirs pour atteindre ce but, si bien que les députés « trop complaisants pourraient bien n\u2019avoir jamais l'occasion « de se prononcer sur la conscription elle-même.» La thèse la plus forte contre l\u2019idée même de plébiscite, contre le principe de la proposition, fut présentée par M.MAXIME RAYMOND, député de Beauharnois-Laprairie.Il développa le thème que le plébiscite constitue la rupture unilatérale du contrat-compromis passé, au début de la guerre, entre participationnistes et antipar-ticipationnistes.C\u2019est le débiteur qui décide en somme de se libérer lui-même de sa dette sans acquitter ses obligations.\tL ' Ainsi que l\u2019ajoutait aussi M.LIGUORI LACOMBE, député de Laval-Deux-Montagnes, le gouvernement s\u2019est engagé d\u2019une façon catégorique à ne pas imposer la conscription; il n\u2019y a donc pas lieu de songer même à le relever de ses promesses.M.WILFRID LACROIX, député de Québec-Montmorency, reprit le même thème sous un autre angle, en affirmant sa décision de rester fidèle à la politique d\u2019Ernest Lapointe: « Aujourd\u2019hui, en face d\u2019une déclaration contenue dans le « discours du trône qui nous demande de mettre de côté la « parole, les convictions et les principes sacrés de Lapointe, LA TRISTE HISTOIRE D'UN DÉBAT HISTORIQUE 137 ï je dis: non, non et non (.) Jamais je n'oublierai les pro-« testations de Lapointe contre la conscription et c'est pour-« quoi je voterai contre cette mesure (.) parce que cette « mesure est le premier pas vers la conscription.» M.MAURICE BOURGET, député de Lévis, appuya son opposition principalement sur ce fait qu\u2019accepter le plébiscite, c'est faire le jeu des conscriptionnistes.Et M.J.E.S.EMMANUEL D\u2019ANJOU, député de Rimouski fut encore plus catégorique: a Le plébiscite tel que proposé signifie purement et simple-« ment la conscription pour service outre-mer.Ce n'est ni « plus ni moins qu'un paravent derrière lequel on aperçoit la « face hideuse de la conscription.» M.PIERRE GAUTHIER, député de Port-neuf, fit le procès de M.King et de la façon insidieuse dont il nous conduit par degré de la participation modérée à l\u2019effort total et à la conscription.Avec M.Maxime Raymond, il condamna la participation comme conduisant tout droit à la conscription: « J'ai toujours demandé aux électeurs de mon comté et de ma « province, depuis i $ ans, de voter pour ceux qui sont oppo-« sés à toute participation aux guerres extérieures ou à la ); J.G.Turgeon, qui se rallie d\u2019avance, si le peuple répond oui au plébiscite, à toute politique de conscription que proposera M.King; C.J.Véniot, qui préfère que la conscription soit mise en vigueur par M.King si elle doit l'être; Hector Authier, qui accepte la conscription en dehors du Canada parce qu il nous faudra aller ailleurs sur le continent américain, et qui se réserve de juger à son mérite toute proposition présentée à cet effet; J -Elphège Marier, qui est « convaincu que M.King n imposera pas la conscription », mais qui en même temps dit que la conscription est « un malheur qu il faudrait bien souffrir » si elle devenait nécessaire « pour sauver le pays et conserver nos libertés ».Vint alors le jour de M.JEAN-FRANÇOIS POULIOT, député de Témiscouata.Il avait prononcé auparavant un vague discours contre M.Meighen, mais c'est le mercredi 18 février qu'il fit son coup d\u2019éclat en se levant, immédiatement après la défaite du sous-amendement de 1 En toute justice pour M.Crète, il faut dire qu\u2019il a agi depuis en votant en faveur de l'amendement Pouliot pour le renvoi à six mois du bill sur le plébiscite (j mars). LA TRISTE HISTOIRE D*UN DÉBAT HISTORIQUE M.Coldwell (C.C.F.).pour proposer un autre sous-amendement regrettant le changement d attitude du gouvernement sur la question de la conscription, demandant d accorder la priorité à la défense du Canada en dépit d\u2019ententes pouvant exister avec tout autre pays, et 1 exemption des fils de cultivateurs du service militaire.L'on vit alors se produire l\u2019une de ces scènes disgracieuses qui sont propres à ruiner les institutions politiques en les dépréciant aux yeux de tous les gens intelligents.Affolé par la perspective d\u2019avoir à se prononcer sur la conscription, le premier ministre est intervenu pour faire proclamer l\u2019amendement Pouliot hors d ordre a partir de motifs futiles et d\u2019une interprétation inexacte au surplus.A un point tel que M.Hanson, le chef de l'opposition conservatrice, crut nécessaire, tout en se dissociant de M.Pouliot sur le reste, d intervenir pour éviter que le règlement de la Chambre ne devienne un objet de ridicule ou un element de désordre par la création d un aussi grave précédent d\u2019arbitraire partisan Dans sa critique de l'amendement Pouliot, M.King ne se donna même pas la peine d invoquer quelque autorité que ce soit en procédure parlementaire.M.Black, député du ukon, s en prévalut pour demander: « Le premier ministre pourrait-il citer à la Chambre un
de

Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.

Lien de téléchargement:

Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.