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Titre :
L'action nationale
Éditeur :
  • Montréal :Ligue d'action nationale,1933-
Contenu spécifique :
Mars - Avril
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Action canadienne-française, ,
  • Tradition et progrès,
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L'action nationale, 1949-03, Collections de BAnQ.

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[" L\u2019ACTION NATIONALE L\u2019ACTION NATIONALE Nouvel assaut contre l\u2019école franco-catholiquef.121 Antonio PERRAULT Démocratie et régime parlementaire.123 Victor BARBEAU\tSécurité sociale et coopératisme.137 Jean DESCIIAMPS\tLa politique du logement\tà Québec.149 André LECOUTEY\tLa beauté des églises.157 s)c ]|C Un groupement d\u2019art sacré.170 |-.Arthur LAURENDEAU - POUR LA 150e DE \u201cTIT-COQ\u201d 173 - .André LAURENDEAU\tBurton LeDoux.183 Pierre VIGEANT\tAutonomisme et électoralisme\t188 VOL XXXIII, No 3 MONTREAL MARS - AVRIL 1949 L\u2019ACTION NATIONALE REVUE MENSUELLE & Directeur: André LAURENDEAU ® L\u2019Action Nationale, publiée par la Ligue d\u2019Action Nationale, est un organe de pensée et d\u2019action au service des traditions et des institutions religieuses et nationales de l\u2019élément français en Amérique.Elle paraît tous les mois, sauf en juillet et en août.Les directeurs de la Ligue sont : MM.Anatole Vanier, président; Dominique Beaudin, secrétaire; Jean Drapeau, trésorier; M.le chanoine Lionel Croulx; R.P.J.-P.Archambault, S.J.; Mgr Olivier Maurault, P.S.S.; Arthur Laurendeau, René Chaloult, André Laurendeau, François-Albert Angers, Gérard Filion, Abbé Albert Tessier, Léopold Richer, Albert Rioux, L.-Athanase Fréchette, Guy Frégault, Jacques Perrault, Rodolphe Laplante, Clovis-Emile Couture, Jean Deschamps.DIRECTION ET ADMINISTRATION 3878, rue Saint-Hubert, Montréal (24), P.Q.Téléphone : MArquetto 2837 \u2022 Administrateur: Dominique BEAUDIN # L'obonnement est de $3.00 par année L'abonnement de soutien : $5.00 .LANGAGE DE CHIFFRES .Réserve 1939 14,663 1942 228,505 1945 893,017 1946 1,287,521 1947 1,785,904 LA LAURENTIENNE FONDÉE EN 1938 i LES AMIS DE LA REVUE AUBÉ, Philippe AVOCAT 152 est, Notre-Dame 0\tHA 5877 CHAUSSÉ, Fernand AVOCAT 152 est, Notre-Dame ©\tHA 7235 DENIS, Arcadius AVOCAT 44-B, Nord, rue Wellington, 0 Tél.1994 Sfc erbrooke, P.Q.DORAIS, Jean-Louis AVOCAT 57 ouest, rue St-Jacques 0\tHA 1336 MASSE, Faul AVOCAT 152 est, Notre-Dame %\tBE 1971 VANIER, Anatole AVOCAT 57 ouest.St-Jacques 0\tHA 2841 FRÉCHETTE, L.-A.NOTAIRE 159 ouest, Craig 0\tLA 9607 POULIN, J.-Aimé & Albert ARCHITECTES 71, Prospect, Sherbrooke, P.Q.0\tTÉL.1391 LAPORTE, René MÉDECIN 947, rue Cherrier, 0\tMontréal, P.Q.MOR IN,Louis-Philippe,c.A.Comptable Agréé SI, rue St-Pierre, Québec.0\tTél.2-6871 BEAUREGARD LUC Représ, de la Laurentienne 4052, rue Cartier 0 But.: PL 6700 Rés.: AM 7779 FOURNIER, Albert Procureur de brevets d\u2019invention 934 est, Ste-Catherine 0\tHA 4548 DUPUIS, Laurier 5600.boulevard Monk \u2022\tWE 0355 BEAUSOLEIL, E.BOUCHER- ÉPICIER 1251, Champlain \u2022\tCH 3713 Salaison MAISONNEUVE BACON marque \"MORIN\u201d 1430, De Laaalle \u2022\tCL 4086-7 SANSOUCY, Alb.ÉPICIER-BOUCHER 3963 est, Ste-Catherine, Montréal \u2022\tFA 3607 SANSOUCY, Arthur BOUCHER-ÉPICIER 3995, Hochelaûa \u2022\tCL 3839 AUG.BRUNETTE, Ltée PLOMBERIE-CHAUFFAGE *154, rue Hôtel de Ville \u2022\tPL 1946 Jean Drapeau DRAPEAU ET MELANÇON AVOCATS ET PROCUREURS 266 ouest, rue Saint-Jacques, chambre ,304, Montréal Claude Mrtançon HA 6304 II REVUE LES AMIS DE LA DESCHÊNES & Fils Ltée Matériaux de plomberie et chauf.1203 est, Notre-Dame \u2022\tFR 3176-7 LATE N DRE SSE & Fils En rg.Machinerie Delta.FERRONNERIE 12057 est, N.-Dame.P te-aux- Tr.\u2022\tCL.6731, Local 404 CYR, Édouard MODELEUR 1427, Maisonneuve \u2022\tAM 8984 SARRAZIN, Arthur, PHARMACIEN, Sarrasin-Choquette, #\tMontréal.LATULIPE, N.Cravates, écharpes et robes de chambre #\t4360, rue Iberville, Montréal \u201cLES VARIÉTÉS\u201d PAUL DEJORDY, prop.800 est.Mont-Royal \u2022\tCH 981S \u201cÀ LA MARMITE\u201d SALLE A MANGER 350 est, Craitf \u2022\tMA 0730 PRESSE-SERVICES, CANADA.A la disposition des journaux et revues modernes 3878, rue Saint-Hubert, %\tMontréal.\"Les amis de nos amis sont nos amis .Votre alliée Au servie© du public depuis plus de soixante-dix ans, la Banque Canadienne Nationale se préoccupe d'assurer le succès de ses clients, auquel est lié son propre progrès.Désireuse de coopérer avec vous, elle vous réservera le meilleur accueil, quelle que soit l'importance de votre entreprise ou de votre compte.Banque Canadienne Nationale Actif, environ $408,580,149.538 bureaux au Canada 65 succursales à Montréal III TOUJOURS \u2022\tles plus nouveaux tissus \u2022\tles plus récents modèles CHEZ LES TAILLEURS JOLY 251 e^t, rue Sainte-Catherine, ^ Montréal.HArbour 1171\t^ IV Les Confitures VILLA cÇe Choix dei Çourmetà CONSERVERIE DORION LIMITEE 1430, rua Everett\tMontréal LA.Oî38 Dom.: FR.4792 Georges Lafontaine B.A., L.S.C., C.A.Comptable agréé 486 rue St-Jean \u2014 Montréal \u2014 Domicile : 3410 Delorimier I Lucien Viau ET ASSOCIES Comptables Agréés LUCIEN VIAU, C.A.CHAS.DESROCHES, C.A.FERNAND RHEAULT, C.A.159 Ouest, rue Craig,\tMA.1339 (EDIFICE DES TRAMWAYS) LA COMPAGNIE f.-\\.DCCLET Ingénieurs \u2014 Mécaniciens \u2014 Fondeurs Spécialités : Ascenseurs modernes de tous genres, soudures électriques et autogènes, etc.206.rue du Port Québec COMPAGNIE MUTUELLE D\u2019IMMEUBLES Limitée r La Caisse d'Epargne pour Prêts Mutuels \"Payé à ses membres $8,000,000.00\" Siège social : 1306 est, rue Ste-Catherine, Montréal.VI La santé par VITA MALTEX Générateur de Force et d'énergie Extrait de foie \u2014 Fer \u2014 Vitamines Extrait de Malt \u2022 En vente dans les pharmacies COOPERATIVE F aReX à responsabilité limitée 406 est, rue NOTRE-DAME, Montréal r PRESSE-SERVICES, CANADA,'* représentant exclusif en Amérique française de Presse-Services, FRANCE, ^ peut fournir aux journaux, aux magazines, aux revues, aux a j almanachs et publications de langue française une grande T variété de bandes comiques, d\u2019articles, de dessins, de flans, ^ d\u2019historiettes, etc.MIEUX à meilleur compte.PRESSE-SERVICES, Canada 3878, rue St-Hubert, Montréal, (24), P.Q.i Téléphone : MArquette 2837\t4 E*- /\\.Æf jÇa Paix et la Çuette Ce sera le thème central de l\u2019édition de mai de L\u2019ACTION NATIONALE.Des articles spéciaux sur les divers aspects de ce problème.Ces articles seront mis en brochure et devront être répandus partout en Amérique française.Les commandes pour la brochure sur \u201cla paix et la guerre\u201d sont acceptées immédiatement et seront remplies dès la parution.L'Action Nationale 3878, rue ST-HUBERT, MONTREAL ¦v SPECIALITES MARQUETTE, Inc.André LORANCER, président Jouets - Menus articles - Papeterie - Nouveautés En gros seulement 5220 St-Hubert \u2014 Montréal \u2014 TAIon 7350 VIII Ip# BESOIN EST SON NOM L'homme, c'est l'être qui a besoin: besoin de travail pour faire vivre la famille; besoin de protection pour sauver veuve et orphelins de la misère; besoin de revenus pour combler le long chômage de la vieillesse.Voilà pourquoi l'assurance-vie et la rente viagère sont aussi indispensables que le salaire.Nous avons l'une et l'autre\u2014adaptées à vos besoins.HA 3291 CAISSE D\u2019ASSURANCE-VIE MONTRÉAL IX ^966 DUPUIS Maison essentiellement canadienne-française depuis sa fondation en 1868 Montréal Magasin à rayons : *«5 est, me Ste-Cathertne, Comptoir Postal : TN, rue Brewster, \u2022ueenrsale magasin pour hommes : IIAtel Windsor.X L\u2019 A C TI O N NATIONALE VOL XXXIII, No 3 MONTREAL MARS-AVRIL 1949 Nouvel assaut contre l\u2019école franco-catholique?Ainsi donc, s\u2019il faut en croire la rumeur, nous allons connaître un nouvel assaut contre l\u2019école catholique et française en Ontario.Le Droit affirme qu\u2019à moins de changements survenus en dernière heure, la Commission d'enquête va proposer d\u2019enlever au régime « séparé » ses classes supérieures.Ainsi l\u2019on n\u2019aurait plus en Ontario qu\u2019un système « décapité » d l\u2019échelon primaire \u2014 pour ne point parler de l'échelon universitaire.Ainsi donc, cette question qui empoisonne les relations protestantes-catholiques et anglo-françaises, au Canada; cette question qui s\u2019est posée dans chaque province canadienne, Québec excepté, et qui fut partout mal résolue, plus ou moins; cette question irritante comme celle du bilinguisme officiel à la radio ou chez les fonctionnaires et qui avertit de temps à autres les Catholiques et les Canadiens français de toujours rester sur leurs gardes: elle serait posée de nouveau en l\u2019an de 122 l\u2019action national» grâce 1949, malgré tout l\u2019intérêt politique qu\u2019a le parti conservateur de ne point la laisser ouvrir.Nous n\u2019avons pas, sur la situation, de renseignements inédits à fournir.D\u2019ailleurs, quand l\u2019évènement se produira, il sera toujours temps de participer au débat.Mais il y a une.chose que nous éprouvons le besoin de dire tput de suite.En dépit du jugement qu\u2019il a fallu porter sur l\u2019orientation dangereuse de l\u2019Université d\u2019Ottawa, tout le Québec ne sera qu\u2019un lorsqu\u2019il s\u2019agira de défendre l\u2019école de ses frères catholiques, de ses frères français en Ontario.Si vraiment le défi était lancé là-bas, il serait relevé ici.On ne touchera pas impunément à ceux qui nous sont proches par la foi d\u2019abord, et aussi par la culture.Qu\u2019il s\u2019agisse de recueillir des fonds, de publier l\u2019injustice, de punir les politiciens coupables: Québec fera tout ce qui lui sera possible.La solidarité d\u2019il y a trente, cinquante et soixante ans, recommencera de jouer.Et non seulement la bataille se fera, mais elle aura de l\u2019entrain, de la vie, \u2014 de la confiance aussi, chacun se rappelant le mot du P.Charles Charlebois: « En tout cas, nous sommes trop gros astheur pour qu\u2019ils puissent nous manger.».L\u2019Action Nationale À LIRE Un important bas de page, en page 148, pour tous nos lecteurs. Du Parlement de Westminster à VAssemblée Législative de Québec Démocratie et régime parlementaire Législation déléguée et délégation de pouvoirs, manifestation récente de notre vie publique, écueils auxquels se heurtent le régime parlementaire et la démocratie elle-même.L\u2019intérêt du livre publié par M.Paul de Visscher, professeur à l\u2019Université catholique de Louvain, ressort des vues qu\u2019il exprime concernant le parlementarisme anglais et des réflexions opportunes qu\u2019elles suggèrent sur les attitudes nouvelles du parlement fédéral canadien et de nos parlements provinciaux.1 Profitant d\u2019un séjour en Grande-Bretagne, durant l\u2019année 1945, M.de Visscher étudia le concept de la démocratie en regard de ses nouvelles tendances.Analysant les efforts que le gouvernement travailliste poursuit présentement en Angleterre pour adapter le parlementarisme classique aux exigences de l\u2019interventionnisme économique, l\u2019auteur examine le problème, le mécanisme de la législation déléguée.Cette délégation est devenue un procédé habituel de gouvernement.Est-il normal ou en opposition avec 1.Paul de Visscher, Les nouvelles tendances de la démocratie anglaise, éditeur Casterman\u2014Tournai \u2014 Paris, 1947. 124 l\u2019action nationale les principes fondamentaux des régimes parlementaires ?L\u2019on a prétendu que le monopole législatif des assemblées constituait l\u2019un des piliers du parlementarisme.Les États modernes peuvent-ils conserver celui-ci tout en le faisant reposer sur un autre principe que celui du monopole législatif des assemblées ?Comment concilier la souveraineté du Parlement, reconnue en régime parlementaire, et l\u2019octroi de ses pouvoirs à l\u2019Exécutif ou à des corporations créées en marge du parlement et relevant plus ou moins étroitement du conseil des ministres ?Que signifient les termes législation déléguée ?La législation déléguée consiste, écrit M.de Visscher, dans le fait pour des autorités subordonnées (roi en conseil, ministres, autorités locales, services publics décentralisés) d\u2019exercer par l\u2019effet d\u2019une habilitation et sous le contrôle du Législatif, certains pouvoirs nettement définis en vue d\u2019assurer la mise en œuvre d\u2019une réglementation légale préexistante.D'auteur distingue la législation déléguée de la législation de crise, la première étant le produit d\u2019une évolution économique normale requérant une plus grande réglementation, la seconde devant son origine à des circonstances exceptionnelles: guerre, malaises sociaux.Au reste, ces expressions ne doivent pas être prises au sens littéral du terme.En pratique elles ne couvrent pas uniquement des délégations dans le domaine législatif.Par le procédé des délégations, le parlement anglais accorde fréquemment à des autorités subordonnées des pouvoirs qui relèvent d\u2019une fonction autre que de la fonction législative, pouvoirs DÉMOCRATIE ET RÉGIME PARLEMENTAIRE 125 de caractère administratif et même juridictionnel.Le sujet à l\u2019étude comprend en réalité des délégations de pouvoirs et non pas seulement délégation de législation.\u2022 L\u2019Angleterre n\u2019est pas soumise à une constitution rigide, à la différence d\u2019autres pays commp la France, les États-Unis, le Canada.En Angleterre, il n\u2019y a ni constitution écrite ni distinction entre pouvoir constituant et pouvoirs constitués.A ce sujet l\u2019auteur note que « la constitution anglaise se résume dans la volonté du Parlement qui n\u2019est tenu au respect d\u2019aucune règle de droit et qui est, par conséquent, omnipotent ».Cette suprématie du parlement pose cette question: la pratique de la législation déléguée ne compromet-elle pas l\u2019équilibre traditionnel des pouvoirs auquel se résume le régime parlementaire ?L\u2019équilibre des pouvoirs en Angleterre est le produit d\u2019une longue évolution historique.C\u2019est au cours du XVIIIe siècle que les divers pouvoirs trouvèrent l\u2019équilibre sous les rois de Hanovre dans l\u2019épanouissement du régime parlementaire, après avoir donné la préférence tout d\u2019abord à la Couronne puis, à l\u2019époque du Long Parlement, au Législatif.La constitution anglaise est le produit d\u2019un conflit des forces opposées qui finirent par transiger.Les institutions anglaises \u2014 la Couronne, le Parlement, cours, autorités locales \u2014 se développèrent empiriquement.L\u2019Angleterre est-elle dotée de la séparation des pouvoirs ou de l\u2019interdépendance des pouvoirs ?Les 126 l\u2019action national» différents organes du pouvoir participent à des fonctions différentes.La Couronne, organe exécutif, convoque et dissout le Parlement et, par le Conseil privé, exerce des fonctions juridiques et quasi législatives, par le Cabinet, le droit d\u2019initiation législative ; la Chambre des Lords constitue le plus haut degré de juridiction dans le domaine judiciaire; la Chambre des Communes juge des atteintes portées à ses privilèges; Chambre des Lords et Chambre des Communes peuvent révoquer les juges; le pouvoir judiciaire participe à l\u2019élaboration du droit par le jeu de la Common Law, exerce certains droits sur la fonction exécutive.L\u2019Angleterre n\u2019a donc pas placé à la base de sa constitution une répartition nette et logique des fonctions entre les divers organes du pouvoir; ni précision, ni rigidité en ce domaine, mais système de gouvernement qui tend à réaliser entre les trois grands organes du pouvoir un équilibre de forces qui assure le plus grand degré de liberté individuelle compatible avec les exigences de l\u2019intérêt général.« Heureux mélange » disait Voltaire.Quel sera sur cet équilibre l\u2019effet de la pratique de la législation déléguée ou des délégations de pouvoirs?Le Parlement pouvant déléguer l\u2019exercice de sa fonction législative, dans quelle mesure, à quelles conditions peut-il le faire sans risquer de compromettre cet équilibre traditionnel de forces ?Convient-il de renoncer à l\u2019équilibre provenant du régime parlementaire pour lui substituer une formule nouvelle d\u2019équilibre ?Faut-il au contraire sauver l\u2019essentiel de ce régime en créant au profit du Législatif des freins, des contrepoids maintenant l\u2019exécutif dans sa position subordonnée?Est-il possible de DÉMOCRATIE ET RÉGIME PARLEMENTAIRE 127 concilier la liberté individuelle avec l\u2019action administrative de plus en plus interventionniste ?Questions que s\u2019efforcent de résoudre juristes, sociologues, politiques anglais.C\u2019est par une législation de crise que commença à grande allure la législation déléguée.La guerre de 1914-1918 permit au Parlement d\u2019accorder pleins pouvoirs à l\u2019Exécutif.L\u2019on pensait alors qu\u2019il s\u2019agissait d\u2019un procédé de législation exceptionnel et qui ne serait qu\u2019une parenthèse dans l\u2019histoire constitutionnelle de l\u2019Angleterre.11 n\u2019en fut pas ainsi.L\u2019habitude était prise.Elle fut maintenue, malgré la publication d\u2019ouvrages dénonçant cette abdication du Parlement, notamment celui d\u2019un ancien juge en chef, Lord Hewart of Bury, paru en 1929, The New Despotism, démontrant que la pratique de la législation déléguée n\u2019était que le résultat d\u2019un vaste complot de quelques hauts fonctionnaires désireux de réduire le Parlement à l\u2019impuissance.Le mal s\u2019aggrava avec la guerre de 1939-1945, le gouvernement anglais, gouvernement d\u2019union, monopolisant la fonction législative.Le 22 mai 1940, le parlement londonien adoptait une loi autorisant la Couronne à édicter des Defence Regulations.Il livrait, en réalité, les citoyens britanniques à la discrétion de l\u2019Exécutif, \u2014 loi que l\u2019opinion publique nomma Everything and Everybody Act.La guerre terminée, l\u2019on invoqua la nécessité de conserver la législation interventionniste pour restaurer la situation .économique en Angleterre.L\u2019on s\u2019acheminait vers le système suggéré dès 1933 par 128 l\u2019action nationale Sir Stafford Cripps: le Parlement se bornant à voter, le premier jour d\u2019une session, une loi accordant pleins pouvoirs au gouvernement, permettant à celui-ci de réaliser, par règlements, le programme énoncé dans le discours du Trône.Une réaction se manifesta.En 1932, le Committee on Minister\u2019s powers, créé par le lord Chancelier et présidé par le comte de Donoughmore, comité composé de membres du Parlement, d\u2019avocats, de professeurs, soumit un rapport traitant de la législation déléguée, des décisions judiciaires ou quasi judiciaires rendues par les autorités administratives et comportant d\u2019importantes recommandations au sujet de l\u2019octroi au gouvernement de pouvoirs quasi législatifs.Le 24 août 1945, la Chambre des Communes nomma un Select Committee de dix-sept membres chargés de préparer un projet de réforme de la procédure législative.Les Anglais voient le danger de ces perturbations dans le système parlementaire.A date le Parlement anglais n\u2019a pris aucune mesure pour réglementer ou constitutionaliser la pratique de la législation déléguée.L\u2019empirisme se continue, le Parlement, approuvant ou désapprouvant, dans chaque cas d\u2019espèce, l\u2019étendue des délégations de pouvoirs et précisant le mode de contrôle de leur exercice.Ceux qui admettent la nécessité de ces délégations de pouvoirs veulent, du moins, que cette pratique ne soit pas laissée au hasard des cil-constances, au caprice des politiciens, mais que ce procédé de législation déléguée devienne un procédé constitutionnel, normal, permanent, soumis à des contrôles efficaces, sauvegardant la liberté individuelle contre l\u2019arbitraire administratif. DÉMOCRATIE ET RÉGIME PARLEMENTAIRE 129 M.de Visscher, dans un intéressant chapitre, analyse le sens de la victoire obtenue on juillet 1945 par M.Attlee et son parti et la conception que les travaillistes anglais se font de la démocratie.D\u2019après l\u2019auteur, c\u2019est en Angleterre que la position du socialisme à l\u2019égard de la démocratie a été le plus nettement précisée au cours des dernières années.Il croit que le parti travailliste anglais a dépassé sa crise de croissance.Epris de liberté, les socialistes anglais veulent défendre la liberté contre les dangers qui la menacent présentement.Ils ne veulent le dirigisme et l\u2019interventionnisme que dans le domaine économique, contre la grosse entreprise se transformant en monopole, engendrant les désordres et l\u2019injustice sociale.La liberté doit être cependant maintenue sur le plan spirituel, intellectuel, culturel où l\u2019individu est transcendant à l\u2019Etat; elle doit être limitée sur le plan matériel, économique où l\u2019intérêt général, interprété par l\u2019État, l\u2019emporte sur l\u2019intérêt particulier.Conception nouvelle.A la démocratie négative, dans laquelle l\u2019État s\u2019abstient, n\u2019intervenant qu\u2019exceptionnellement, les socialistes veulent substituer, sauf dans le domaine spirituel, une démocratie positive, constructive, impliquant une distinction fondamentale entre l\u2019esprit et la matière, l\u2019esprit devant échapper dans toutes ses manifestations à l\u2019emprise de l\u2019État, le terrain économique réclamant au contraire l\u2019intervention de l\u2019État.Ainsi, pensent les socialistes anglais, l\u2019exige le bien public temporel pour arrêter les méfaits de la prospérité industrielle et commerciale acquise, au cours des dix-neuvième et vingtième siècles, au prix de criantes injustices sociales.Repoussant le régime 130 l\u2019action nationale fasciste et celui de la Russie communiste, les socialistes anglais croient que cette démocratie positive, constructive doit s\u2019appuyer sur des institutions démocratiques, bien qu\u2019il faille modifier à la fois notre mentalité à ce sujet ainsi que le mécanisme des institutions parlementaires.Quel sera le résultat de la réalisation de cet idéal travailliste anglais ?Quels risques seront liés au passage de la démocratie négative à la démocratie positive?Quel bien ou quels malaises suivront ce changement d\u2019attitude chez l\u2019État qui, jusqu\u2019ici spectateur des luttes économiques et sociales, se chargera d\u2019obtenir le bien économique de la nation en s\u2019emparant de l\u2019exploitation de grandes entreprises et de services publics?L\u2019État, possédant la puissance matérielle, consentira-t-il à maintenir une frontière entre la liberté spirituelle et la liberté économique et à sauvegarder la première ?Cette démocratie positive n\u2019aura-t-elle pas tendance à se transformer en un régime totalitaire ?D\u2019ordinaire, celui qui détient le pouvoir en abuse, penchant de la nature humaine mis en lumière par Montesquieu.En attendant la réponse que l\u2019avenir donnera à ces questions, faisons l\u2019application de ces réflexions à notre pays.Ici, aussi, il y a, depuis une trentaine d\u2019années, législation déléguée et délégation de pouvoirs.Quel chemin avons-nous parcouru en ce domaine?Vers quel but se dirigent nos politiques fédéraux et provinciaux? DÉMOCRATIE ET RÉGIME PARLEMENTAIRE 131 Des différences distinguent ce problème canadien de celui qui existe en Angleterre.Le nôtre apparaît plus compliqué, se manifestant en des domaines plus étendus: délégation de pouvoirs par le parlement fédéral aux provinces, celles-ci au parlement fédéral; délégation de pouvoirs par le parlement fédéral à son gouvernement et par les législatures à leurs gouvernements respectifs, délégation de pouvoirs législatifs, exécutifs, judiciaires, à des organismes spéciaux, corporations, commissions, commissaires, offices.Au Canada comme en Angleterre ce ut par une législation de crise que commença cette évolution.En 1914, le parlement fédéral accordait au Conseil des ministres le pouvoir d\u2019adopter, en réalité, toutes les mesures qu\u2019il jugerait opportunes « pour la sécurité, la défense, la paix, l\u2019ordre et le bien-être du Canada».1 En septembre 1939, l\u2019on remit en vigueur cette législation d\u2019exception, le gouvernement s\u2019accordant ainsi une juridiction qui s\u2019étendait jusque dans la plupart des domaines réservés exclusivement aux provinces par l\u2019Acte de l\u2019Amérique du nord britannique de 1867.L\u2019habitude prise, le parlement fédéral conserva ce régime la guerre une fois terminée, les fédéraux invoquant les circonstances critiques où se trouvait le Canada.Cet exemple fut suivi par les Législatures qui, à leur tour, commencèrent d\u2019accorder l\u2019exercice des pleins pouvoirs à des autorités subalternes.Des difficultés d\u2019ordre constitutionnel se greffent parfois sur ce sujet.Le parlement fédéral peut- 1.Chap.206 S.R.C.(1927). 132 l\u2019action nationale il déléguer ses pouvoirs aux législatures et celles-ci au parlement fédéral ?Une réponse négative s\u2019impose à cette question.Certaines décisions des tribunaux provinciaux ont restreint en ce domaine le pouvoir des législatures.L\u2019on adopte d\u2019ordinaire la voie de la collaboration ou des ententes.Le 13 mai 1942 (par la loi 6 George VI, chapitre 27) la législature québécoise autorisa le trésorier de cette province à conclure avec le ministre des finances du Canada une convention permettant au seul gouvernement fédéral de prélever certains impôts, le fédéral payant en retour certaines sommes à notre province.Depuis, la législature autorisa le gouvernement provincial à conclure avec le gouvernement fédéral toute entente concernant cette perception d\u2019impôts.(Voir, entre autres, loi du 10 mai 194\", 11 George VI, chap.4).Il est admis que le parlement fédéral ou une législature peut déléguer certains pouvoirs à son gouvernement.Depuis quelques années c\u2019est une pratique qui tend à se généraliser.Le conseil des ministres ainsi muni de pouvoirs peut-il à son tour les déléguer à d\u2019autres organismes, à des officiers?Que devient la vieille maxime juridique: Delegatus non potest delegare ?Nos tribunaux ont posé certaines distinctions en interprétant la Loi des mesures de guerre, apercevant dans cette législation non Une délégation, mais une dévolution, que l\u2019on peut traduire par transmission, de pouvoirs.La distinction entre les deux termes est mince.Quoi qu\u2019il en soit, l\u2019on décida qu\u2019aux termes de cette loi le gouvernement n\u2019est pas un délégué; il est muni, dans les limites de cette loi, du pouvoir de légiférer tout comme le parlement fédéral lui- DÉMOCRATIE ET RÉGIME PARLEMENTAIRE 133 même.Mais c\u2019est une loi d\u2019exception.L\u2019on ne peut étendre la théorie juridique énoncée à son sujet à toutes les lois comportant transmission ou délégation de pouvoirs à un organisme autre que le parlement fédéral ou une législature.L\u2019un des aspects de cette évolution qui doit retenir l\u2019attention est relatif aux tribunaux dénommés tribunaux administratifs.L\u2019on prit l\u2019habitude, en ces dernières années, d\u2019enlever aux tribunaux réguliers certains litiges pour les faire décider par des commissions dépendant directement ou indirectement du gouvernement ou de l\u2019un de ces départements.Un ancien juge en chef d\u2019Angleterre déclarait récemment que this so-called method of administrative law.is essentially lawless.Pareil reproche s\u2019applique-t-il au système similaire dont, en particulier, est dotée la province de Québec?Ces commissions révèlent un caractère temporaire et fragile, contrairement à la permanence des tribunaux réguliers.Dès qu\u2019un groupe politique obtient la direction des affaires publiques, il songe aussitôt à supprimer ces Commissions ou ces Offices ou ces Régies et leurs titulaires afin d\u2019en substituer d\u2019autres dirigés par quelques-uns de ses favoris.L\u2019on tue le cheval afin de se débarrasser du cavalier.Même en admettant que les nouveaux administrateurs, magistrats, officiers soient d\u2019une haute compétence et d\u2019une parfaite droiture, parviendront-ils à gagner la confiance des justiciables, à chasser de leur esprit toute suspicion?Il est permis d\u2019en douter.Il y a risque que la séparation du judiciaire et de l\u2019exécutif n\u2019apparaisse plus et que le public lui voie substituer une étroite collaboration, ouverte ou dissimulé!1, 134 l\u2019action nationale entre les politiciens et les hommes chargés de rendre la justice en attribuant à chacun ce qui lui est dû.La délégation de pouvoirs, contenue dans de justes limites, a sa raison d\u2019être.A titre d\u2019exemple, c\u2019est bien une délégation de pouvoirs que consentit la Législature québécoise à certaines corporations, le Barreau, par exemple, aux comités paritaires prévus par la Loi des conventions collectives.En pareil cas l\u2019économie corporative s\u2019éloigne du dirigisme de l\u2019État.Les professions agissent librement.Il y a contrôle par les membres choisissant leurs directeurs, avec recours aux tribunaux réguliers.L\u2019attribution de certains actes à poser est parfois nécessaire en faveur d\u2019un gouvernement, ou d\u2019un ministre, ou d\u2019un Office administratif.Mais comme il est facile d\u2019abuser en ce domaine ! A titre d\u2019exemple, songez aux conseils d\u2019arbitrage.Depuis quelques années, la Législature québécoise accorde à l\u2019un ou à l\u2019autre des ministres la nomination d\u2019un troisième arbitre.Qu\u2019arrive-t-il ?Les deux arbitres représentant les intéressés ne peuvent plus s\u2019entendre sur la désignation de leur collègue.Le ministre intervient.Son choix ne s\u2019arrête jamais sur un adversaire ou sur un indépendant, mais chaque fois sur un ami politique.Pourquoi?Pour avoir la haute main sur l\u2019affaire?Pour exercer son influence, directement ou indirectement, sur la décision finale?Pratique détestable.Que le choix du troisième arbitre soit confié aux tribunaux réguliers. DÉMOCRATIE BT RÉGIME PARLEMENTAIRE\t135 fei nous voulons conserver à la démocratie ses caiactères essentiels, il importe Que le régime parlementaire demeure sujet à certains principes, à une attitude étrangère à toute apparence fasciste ou dictatoriale.Est-ce bien les véritables caractères du parlementarisme qui marquèrent la session 1949 de la Législature québécoise ?L\u2019allure cavalière et omnipotente qui fit adopter à la vapeur, par la Législature, maintes lois affectant notre population amena plusieurs à poser cette question: pourquoi tant de paroles et de grands gestes inutiles pour se donner l\u2019apparence de la démocratie ?Pourquoi le gouvernement Duplessis ne met-il pas en pratique la formule suggérée par Sir Stafford Cripps?Réunion de la Législature qui ne siégerait qu\u2019un jour.Le matin, révérences du sergent à la verge noire; l\u2019avant-midi éloge du gouvernement et de son parti \u2014 les deux plus merveilleuses institutions politiques connues à date; l\u2019après-midi, adoption d\u2019une loi accordant, pour une autre année, les pleins pouvoirs au premier ministre.Cette évolution peut nous conduire au principe byzantin de la suprématie de l\u2019État, à l\u2019hypertrophie de I État, dont la toute-puissance ignore alors les libertés fondamentales de la personne humaine, de la famille, des institutions sociales, attitude contraire à la civilisation latine ou occidentale.La démocratie ne survivra que si les citoyens peuvent s\u2019appuyer sur l\u2019indépendance maintenue entre le parlement ou la législature, l\u2019Exécutif, les tribunaux.Evitons les méfaits d\u2019un dirigisme exagéré, étroit, mal orienté. 136 l\u2019action nationale Si le parlement ou une législature recourent à la délégation de leurs attributions, que ce soit sur un sujet déterminé et pour une période fixe.S\u2019il convient de constituer une Commission administrative, un Office, que ses fonctions soient limitées.Il ne faudrait pas substituer à la formule d\u2019Abraham Lincoln celle-ci appliquée par les conservateurs anglais à la démocratie travailliste: le gouvernement des fonctionnaires, par les fonctionnaires et pour les fonctionnaires.Par-dessus tout maintenons le contrôle des tribunaux réguliers.C\u2019est le contre-poids nécessaire à cette évolution, la seule garantie contre les déviations du régime parlementaire, contre le reniement de la démocratie, contre les abus des autorités civiles.L\u2019abolition de la justice privée au profit de la justice publique fut l\u2019une des conquêtes de notre civilisation, en particulier l\u2019un des postulats moraux do l\u2019Église catholique.Mais pour en obtenir des fruits bienfaisants il faut que ce soit une justice à véritable caractère public, une justice libre, sans fil à la patte, non une apparence de justice reflétant les caprices ou les intérêts de certains politiciens.Antonio Perrault Sécurité sociale et coopératisme La foi que nous mettons dans les institutions humaines en est une qui, bien plus que la foi religfeuse, laquelle est un don gratuit de Dieu, a besoin d\u2019être périodiquement éclairée, renforcée.Il est bien risqué, en effet, de s\u2019endormir sur ses principes.Le temps n\u2019est plus où les traditions, les croyances se transmettaient intactes de génération en génération.Le propre de notre époque est, au contraire, de tout remettre en question.Dans le monde en fermentation qui est le nôtre, catastrophique, apocalyptique plutôt, personne n\u2019est assez naïf de croire que même les théories les plus raisonnables, éprouvées par l\u2019expérience, ne courent aucun danger d\u2019être battues en brèche.En moins d\u2019un demi-siècle, l\u2019histoire les doctrines économiques et sociales a subi plus de bouleversements que n\u2019en avaient connu tous les siècles passés.Et l\u2019on ne distingue encore aucun signe qui annonce la fin de cette révolution.S\u2019il ne m\u2019appartient pas, en conséquence, de laisser seulement entrevoir ce que sera demain, n\u2019ayant pas reçu le don de prophétie, je peux néanmoins signaler au lecteur ce qu\u2019avec beaucoup d\u2019autres je considère comme la tendance la plus dangereuse de notre époque et lui rappeler brièvement, ensuite, en quoi la coopération sous toutes ses formes, y compris la mutualité, peut y parer. 138 l\u2019action NATIONALE Sur quelque pays que l\u2019on jette les yeux, à commencer par le nôtre, l\u2019on assiste à une lutte, tantôt sournoise, tantôt ouverte entre cette nouvelle idole qui s\u2019appelle l\u2019État et la personne humaine.On avait cru, sur la foi d\u2019une habile propagande, que la dernière guerre avait précisément pour objet de renverser ce faux dieu mais il n\u2019en est rien.Le national-socialisme qst devenu le socialisme tout court sans pour cela avoir subi l\u2019épreuve de la dénazification.A la faveur des deux guerres, les gouvernements se sont immiscés dans des domaines que même les rois les plus absolus, les plus autocrates des empereurs n\u2019avaient songé à envahir.Par là, ils restreignent, de jour en jour, la part de l\u2019initiative privée et tentent de réduite les citoyens à un rôle purement passif.Si l\u2019opinion s\u2019est émue, en certaines circonstances, de ces nombreux et abusifs empiétements, il s\u2019en manque que tous en aient saisi la gravité.Il est à craindre, au contraire, qu\u2019un très grand nombre ne les considèrent comme un progrès qu\u2019ils seraient prêts à payer de leur liberté.Loin de diminuer, de revenir au rang qui était le sien jadis, la bureaucratie, cette excroissance pathologique des gouvernements, s\u2019est étendue, s\u2019est développée au delà de toute expression.L\u2019image la plus juste qui nous vient à l\u2019esprit en songeant à son extension est celle d\u2019un cancer.Littéralement, nous sommes rongés par la prolifération des cellules administratives.Cette mainmise de l\u2019État sur notre existence trouve sa plus éloquente illustration, et troublante aussi, dans les innombrables programmes de sécurité sociale que nous a valus la surenchère électorale.Que SÉCURITÉ SOCIALE ET COOPÉRATISME 139 ce soit en Angleterre, aux États-Unis, en France et au Canada, sans parler des nations qui, depuis longtemps, ont abdiqué leurs volontés devant le Mino-taure de l\u2019État, partout la prétention s\u2019affirme, se réalise même en partie d\u2019une vie collective de laquelle auront été préalablement écartés tous les risques inhérents à notre état d\u2019êtres humains.De la tombe au berceau, du biberon au suaire, les gouvernements prendront soin d\u2019eux.Ainsi, ce monde de pure et folle imagination qu\u2019a créé Aldous Huxley dans son livre: This Brave New World est en passe de devenir une réalité.Si nous n\u2019avons pas encore atteint ce stade où la reproduction de l\u2019espèce se fera dans des laboratoires, sous la surveillance éclairée et sévère de savants, célibataires peut-être, nous sommes entrés dans celui de l\u2019État-nourrice, de l\u2019État-médecin, de l\u2019État-assureur, de l\u2019État-entrepreneur de pompes funèbres.Si cela n\u2019était que bouffon, on pourrait se contenter d\u2019en rire.Malheureusement, cela est encore plus tragique que drôle et l\u2019on s\u2019étonne que si peu de gens aient pressenti les conséquences d\u2019une pareille théorie.Personne iffa jamais mis et personne ne mettra jamais en doute la nécessité qu\u2019il y a pour chacun de se prémunir, le mieux possible, contre les différents aléas de la vie, les dangers de toutes sortes de l\u2019existence.La preuve en est dans le nombre sans cesse grandissant des assurés de toutes catégories.Et il est heureux, excellent qu\u2019il en soit ainsi, que la prévoyance se généralfse et gagne tous les milieux.Il faudrait même redoubler d\u2019efforts pour qu\u2019un plus grand nombre de personnes se procurent une protection adéquate pour eux et pour leur famille.Mais au- 140 l\u2019action national® tant cette forme d\u2019assurance est moralemp it et économiquement désirable, souhaitable, autant la prétendue sécurité sociale des gouvernements est dommageable dans ses principes comme dans ses applications.De quoi s\u2019inspire, en effet, cette sécurité sociale dont les politiciens font si grand bruit?De cette théorie socialiste que chacun doit recevoir non pas à la mesure de ses efforts, de son travail, de ses sacrifices, mais bien à celle de ses besoins.Les paresseux, les fainéants, les parasites, les inutiles, car il y en a, sont ainsi considérés d\u2019égal à égal avec les meilleurs citoyens.Comme seul pourrait le faire un père de famille aveugle, les gouvernements entendent répartir également leurs faveurs entre tous les individus, indépendamment de leurs mérites, de leurs œuvres, de leur rôle.Un tel paternalisme conduit directement à l\u2019irresponsabilité.Peu importent les actes que vous posez, peu importe votre conduite, peu importent vos fautes, votre négligence, votre insouciance, la certitude vous est donnée, en échange de votre droit d\u2019homme libre et responsable, que vous ne manquerez de rien, que vous ne souffrirez de rien.A toutes les étapes de votre vie, l\u2019État vous viendra en aide sans que cela vous ait coûté le moindre effort, la moindre privation.Par conséquent, ne vous privez donc de rien, offrez-vous tous les plaisirs, surtout de ceux qui portent atteinte à votre santé, ne travaillez que juste ce qu\u2019il faut pour ne pas souffrir d\u2019insomnie, ne pensez jamais au lendemain, encore moins à l\u2019avenir de vos enfants, n\u2019ayez crainte: aucune suite fâcheuse n\u2019en pourra résulter pour vous.Des allocations innombrables viendront amortir les SÉCURITÉ SOCIALE ET COOPÉRATISME 141 chocs que vous n\u2019aurez pas su éviter, même les chocs que votre ihconduite ou votre bêtise auront rendus inévitables.Devant Dieu, qui est un juge pourtant plus juste que les hommes, nous portons la responsabilité de nos actes.A chacun selon strictement ses œuvres, nous rappelle notre religion.Devant l\u2019État, cette responsabilité, qui est l\u2019expression de notre libre arbitre, n\u2019existe plus.Devant Dieu, nous sommes condamnés à gagner notre vie à la sueur de notre front.L\u2019État, lui, nous assimile tous tant que nous sommes à des indigents de l\u2019Assistance publique.Devant Dieu, enfin, nous serons jugés d\u2019après les fruits que nous aurons portés.Devant l\u2019État, nous sommes catalogués en fonction de nos besoins.On a donc eu pleinement raison d\u2019affirmer que la sécurité sociale étatisée transforme le pays en un immense hospice.Déjà, de fervents démocrates attribuaient le mauvais fonctionnement de la démocratie à l\u2019égalité devant le vote, jugeant inconséquent et illogique que le scrutin d\u2019un voyou annule celui d\u2019un courageux père de famille.Qu\u2019en sera-t-il lorsque à cette égalité viendra s\u2019ajouter l\u2019égalité d\u2019une médiocre pitance?On reproche aux Russes de se faire de la démocratie une conception qui leur est exclusive et qui ne correspond nullement à celle que nous en avons nous-mêmes.Sommes-nous bien sûrs de ne pas verser dans le même travers et de confondre, à notre tour, démocratie et socialisme ?Il ne faut pas se laisser piper par les mots.Il ne faut pas prendre pour de la bonté ce qui n\u2019est que de la sensiblerie.Loin qu\u2019il s\u2019agisse ici de sécurité légitime, ce n\u2019est que la rançon d\u2019une humiliante servi- 142 l\u2019action NATIONALE tu de.La nécessité pour les gouvernements de prendre soin des débiles, des incapables, et le nombre en est effarant, n\u2019implique pas celle de se porter de lui-même, sans être prié, au secours de ceux qui ne lui demandent rien et qui se considèrent capables d\u2019ordonner eux-mêmes leur existence quoi qu\u2019il leur en coûte.Passe, à la rigueur, que des fonctionnaires irresponsables décident du prix des loyers, des produits de consommation, rognent nos revenus, ralentissent l\u2019activité commerciale sous le fallacieux prétexte de la diriger, mais nous abandonner à eux, à leurs tracasseries, de la tombe au berceau, cela nous paraît incompatible avec notre qualité d\u2019hommes raisonnables et libres.De quoi sert alors de condamner le socialisme, de l\u2019accabler des pires reproches puisqu\u2019on y emprunte le plus clair de son programme?Dieu merci, tout le monde n\u2019est pas dupe de cette supercherie.Au premier rang de tous, les coopérateurs.\u2022 En présence de ce problème qu\u2019on appelle abusivement la lutte pour la vie, quelle est donc la philosophie de la coopération?Elle tient toute dans cette parole de Saint-Paul: \u201cque nous sommes tous membres d\u2019un même corps.\u2019\u201d Sans doute, et je m\u2019empresse de le préciser, la pensée de l\u2019apôtre des Gentils doit-elle être prise ici dans son acception la plus rigoureuse, à savoir dans son sens religieux.Aucune différence de langue, de nationalité, de richesse, d\u2019intelligence, de politique ne saurait faire oublier que notre prochain est notre frère.Mais, par ailleurs, à cette signification première s\u2019en superpose une autre qui en est, SÉCURITÉ SOCIALE ET COOPÉRATISME 143 en quelque façon, le prolongement et de laquelle nous pouvons tirer des directives pour notre vie considérée en elle-même et dans ses rapports, ensuite, avec nos semblables.Car, quoi que nous fassions, il est impossible de dissocier l\u2019une de l\u2019autre.Nous vaudrons comme peuple ce que nous vaudrons coïnme individus.Nous touchons là à l\u2019essence même de l\u2019angoissant problème de notre survivance.Ramenée à sa plus simple expression, celle-ci est principalement affaire de fraternité pour parler le langage chrétieh, affaire de solidarité pour parler le langage de l\u2019économie sociale.Nous gaspillons notre temps et nos énergies à chercher à notre permanence, à notre durée de plus solides assises.Il n\u2019y en a point.Saint-Paul l\u2019a dit: \u201cnous sommes tous membres d\u2019un même corps.\u201d C\u2019est le dernier point qu\u2019il me reste à illustrer au moyen de quelques exemples.\u2022 Je demanderai le premier à l\u2019histoire.Quel peut bien être le mode de vie d\u2019une minorité battue par tous les vents et par toutes les tempêtes ?Nous savons qu\u2019il n\u2019y a pas de compromis avec la nature.Nous savons qu\u2019il faut la contenir pour ne pas être dévasté par elle.Or, il n\u2019en va pas différemment des petits peuples qui ne veulent pas mourir.C\u2019est se leurrer que de faire confiance au temps et d\u2019espérer que les années finiront par effacer les aspérités résultant de la dualité de notre milieu ethnique.N\u2019ayons pas peur des réalités et reconnaissons que, sans nous croire le peuple élu de Dieu, nous ne serons point de moins bons hommes, de moins bons chrétiens, de moins 144 l\u2019action nationale bons citoyens en conservant notre personnalité qui, après tout, n\u2019est pas notre choix mais la volonté d\u2019une Providence dont il serait présomptueux de vouloir scruter les desseins.Ainsi avons-nous fait dans le passé.Et si Pilot français de l\u2019Amérique du Nord n\u2019a pas été englouti par la marée montante de l\u2019anglo-saxonisme, à quoi le devons-nous sinon à notre cohésion?Dénués de tous capitaux, de toute influence politique, longtemps même privés d\u2019écoles et de maîtres, il nous a suffi de faire corps autour de notre langue et de notre religion pour tribmpher de l\u2019incompréhension, de l\u2019injustice et de la persécution.Le courage individuel n\u2019aurait pu à lui seul nous donner cette victoire.Il fallait la réu-nibn, la conjugaison de tous les courages.Et celle-ci n\u2019a été possible que parce que chacun se sentait solidaire de son prochain.Sans ce ciment de la fraternité, nous ne seribns plus, à cette heure., qu\u2019une poussière d\u2019individus.Et quel témoignage encore plus extraordinaire de fraternité que celui de la résistance acadienne ! La science n\u2019est pas moins catégorique sur ce point que l\u2019hîstoire.Il n\u2019est pas nécessaire d\u2019être un grand savant pour savoir que les fonctions diverses de l\u2019Organisme humain ne s\u2019accomplissent qu\u2019en étroite harmonie les unes avec les autres.Que celle-ci cède ou ralentisse et c\u2019est tout le corps qui s\u2019en ressentira,.C\u2019est une vérité que connaissaient les Anciens et que La Fontaine a spirituellement rappelée dans sa fable : Les membres et l\u2019estomac.Vous la connaissez.Fatigués de travailler pour l\u2019estomac, les membres décident un jour non de faire la grève, comme on le dirait de nos jours, mais de vivre en gentilhomme, chacun pour soi.Ils en avaient SÉCURITÉ SOCIALE ET COOPÉRATISME 145 assez de peiner, de suer comme des bêtes de somme sans en retirer, croyaient-ils, le moindre avantage.Tout leur travail n\u2019aboutissait, selon eux, qu\u2019à fournir à l\u2019estomac ses repas.Donc les voici en chômage.Les mains cessent de prendre, les bras d\u2019agir, les jambes de marcher.Mais ce fut là, ajoute le fabuliste, une erreur dont ils eurent vite à se repentir.Bientôt les pauvres gens tombèrent en langueur, Il ne se forma plus de sa?ig au cœur; Chaque membre en souffrit; Les membres se perdirent.Par ce moyen, les mutins virent Que celui qu\u2019ils croyaient oisif et paresseux, A l\u2019intérêt commun contribuait plus qu\u2019eux.Les découvertes les plus récentes de la science, particulièrement dans le domaine des microbes, ne font qu\u2019ajouter à la véracité de ce récit.De même en est-il de la vie en société où les actions de tous sont interdépendantes.Non seulement notresantéphysique, notre santé morale dépendent dans une très grande ir^sure des contacts que nous avons, du milieu dans lequel nous habitons mais aussi bien notre santé économique comme nous le démontre l\u2019économie politique.Et c\u2019est le dernier exemple que je voudrais vous citer.Malgré tous les progrès de la mécanique, m,algré les inventions de toutes sortes, plus ingénieuses les unes que les autres, qui ont pour objet de faciliter notre tâche, il n\u2019y a encore personne, à moins de vivre à l\u2019état de nature, qui puisse entièrement et efficacement satisfaire à tous ses besoins.La division du travail est une loi inflexible de la vie en commun.Les plus riches y sont soumis comme les plus pauvres. 146 l\u2019action nationale Chacun de nous a un rôle spécifique à remplir.La fabrication du moindre objet requiert la collaboration de plusieurs.Ainsi du pain qui est le fruit conjugué des efforts de l\u2019agriculteur, du meunier et du boulanger.Et j\u2019ai choisi à dessein le produit le plus simple.Plus celui-ci est évolué, plus est nombreuse la main-d\u2019œuvre qui la fabrique.A quoi bon insister sur une vérité aussi criante que celle de la nécessité, à tous les étages de la vie, de la solidarité?Elle n\u2019est pas, on le voit, un vain mot, un simple programme politique.Elle est le soutien de notre existence.Mais pour être vraiment fructueuse, pour donner toute sa mesure, elle doit être soumise à un certain nombre de lois.Elle porte alors le nom de coopératisme.Comme les syndicats agricoles, les syndicats de pêcheurs, de consommateurs, de producteurs, les mutuelles sont des coopératives.Comme eux, elles sont la démonstration vivante que sans renoncer à ses responsabilités, sans fuir les risques, sans se blottir dans les jupes de l\u2019État, l\u2019on peut pourvoir à ses besoins d\u2019une manière pratique et équitable.Les assurés en sont protégés aussi bien sinon mieux qu\u2019ils le seraient d\u2019après un plan de sécurité sociale, et en même temps, ils demeurent libres.Ils ne doivent rien à personne qu\u2019à eux-mêmes.Ce n\u2019est pas une faveur qu\u2019ils reçoivent, c\u2019est un bien qu\u2019ils se sont acquis par leurs épargnes, leur travail.Il est à eux et personne ne peut le leur contester comme les Russes, par exemple, contestent à ceux qui ne sont pas com-munistes^le droit de ne pas mourir de faim. SÉCURITÉ SOCIALE ET COOPÉRATISME 147 La preuve est irréfutable qu\u2019en nous unissant les uns aux autres, qu\u2019en mettant en commun nos idéaux, nos volontés, nos ressources, si modiques soient-elles, nous pouvons résister à l\u2019effacement comme hommes d\u2019abord et comme entité ethnique distincte, ensuite.Le contrefort, le pivot de notre résistance n\u2019est que la transposition sur le plan national et social de l\u2019impérieux commandement de l\u2019amour du prochain.Que cela implique des luttes, j\u2019en conviens.La vie en soi est une lutte constante.Mais, c\u2019est justement ce qui donne un sens à notre existence.Autrement, nous ne serions que des automates, que des polichinelles dont il suffirait de tirer les ficelles pour les faire agir.Bien entendu qu\u2019il faut combattre pour mériter le titre d\u2019homme.Bien entendu que plusieurs en sont incapables et tombent, par suite, à la charge des pouvoirs publics.Il ne sont toutefois que l\u2019exception.La majorité ne recule pas devant les obligations qu\u2019elle doit remplir.Notre lutte à nous se livre sur trois champs à la fois: le champ humain, le champ national et le champ religieux.C\u2019est dire que nous ne pouvons relâcher nos efforts sans que de graves désordres s\u2019ensuivent.Or, les empiétements que je signalais tantôt sont l\u2019embûche la plus insidieuse qui nous ait jamais été tendue.C\u2019est par les viscères que, cette fois, on veut nous prendre.Ont fait appel à notre désir du moindre effort.On fait miroiter devant nous des avantages matériels qui, je l\u2019admets, sont bien tentants pour une multitude qui n\u2019a jamais été gâtée par l\u2019existence.Qu\u2019importera à plusieurs de troquer leur droit d\u2019aînesse pour un plat de lentilles ! Aux coopérateurs, cela importe beaucoup.Us savent, par expérience, que s\u2019ils capi- 148 L*ACTION NATIONALE tulent en cette matière, ils seront mûrs pour toutes les autres capitulations.A toutes les formes déguisées du socialisme, ils opposent la fraternité de la coopération.Par elle les faibles bénéficient de l\u2019énergie des forts.Par elle, les meilleurs travaillent au profit de tous.En un mot, au lieu de la lutte pour la vie, la coopération enseigne et pratique l\u2019association pour la vie.C\u2019est une sécurité comme aucun gouvernement ne peut en assurer, qui laisse à chacun sa dignité et sa responsabilité d\u2019homme libre.Victor B Afin eau Notre prochain numéro spécial Le numéro spécial sur le problème international prendra des proportions inattendues.La matière est vaste; sans prétendre l\u2019explorer toute entière, nous voulons fournir à nos lecteurs un document solide, approfondi et à date.Il servira, nous l\u2019espérons, de point de départ à un contre-courant, en face de la propagande officielle.Par ailleurs, la grippe a pratiqué des coupes sombres parmi nos collaborateurs, et retardé l\u2019élaboration de ces pages, compliquée au surplus par la publication du traité de l\u2019Atlan-tique-Nord.En conséquence, pour nous remettre au pas : 1 ° La livraison actuelle est marquée mars-avril.La livraison spéciale \u2014 la prochaine qui parviendra au lecteur \u2014, sera marquée mai et paraîtra, nous l\u2019espérons, aux premiers jours de ce mois, 2° Nos lecteurs recevront cependant le même nombre de numéros.Car nous publierons, à titre exceptionnel, une livraison de juillet.(D\u2019habitude, la revue cesse de paraître en juillet et août).3° La livraison spéciale de mai fera la matière d\u2019une brochure, dans le genre de celle sur la République.Nos amis peuvent nous adresser leurs commandes à l\u2019avance. La politique du logement à Québec Le gouvernement provincial a présenté à la législature trois bills sur le logement, dans le but de compléter les lois votées l\u2019année dernière.Le premier de ces bills vient préciser l\u2019interprétation et élargir les cadres de la loi générale pour améliorer les conditions d\u2019habitation.On se rappelle le principe de cette loi.C\u2019est de venir en aide au petit propriétaire qui veut se construire une habitation en réduisant sa charge d\u2019intérêt sur hypothèque.Le gouvernement provincial promet en effet de payer une partie de l\u2019intérêt exigé sur l\u2019emprunt, pour ne laisser à la charge de l\u2019emprunteur que le taux minime de 2 p.c.d\u2019intérêt.L'institution prêteuse doit toutefois ne pas exiger un taux supérieur à 5 p.c.et l\u2019emprunteur, pour sa part, doit constuire une maison dont au moins un logis sera destiné à son usage ou celui de sa famille.Ce qui laisse entendre qu\u2019un individu pouvait aménager plusieurs logements dans la même maison et bénéficier des prévilèges de la loi.L\u2019expression même de la première loi justifiait une telle interprétation puisqu\u2019elle parlait de maison à logis multiples, excluant toutefois les conciergeries.Pour brimer tout désir de spéculation chez certains propriétaires désireux de se faire payer leur maison par les locataires, la loi limite désormais à deux le nombre de logis qu\u2019on pourra aménager dans 150 l\u2019action nationale une maison pour laquelle on voudra se prévaloir de l\u2019indemnité d\u2019intérêt.Cette précision de la loi aurait pu être inscrite dans le premier texte de la loi adopté l\u2019an dernier.A cette époque, tout un débat s\u2019était élevé sur ce sujet à l\u2019Assemblée législative.M.André Laurendeau, alors député de Montréal-Laurier et M.René Chaloult, député de Québec-Comté, s\u2019étaient faits les porte-parole des associations telles que la Ligue ouvrière catholique pour obtenir que les avantages de la loi ne puissent s\u2019appliquer qu\u2019aux maisons unifamiliales et tout au plus à celles qui posséderaient en plus du logis du propriétaire un seul logement additionnel.La suggestion fut écartée.Il a fallu attendre un an pour que le gouvernement se rende devant les faits ! Lorsque le gouvernement présenta l\u2019an dernier son premier projet de loi pour améliorer les conditions d\u2019habitation, seules les caisses populaires devenaient les institutions prêteuses attitrées, par l\u2019intermédiaire desquelles les prêts devaient être effectués si l\u2019on voulait bénéficier de l\u2019indemnité d\u2019intérêt.Cet article de la loi souleva de nombreuses protestations.On prétendit en certains milieux que le gouvernement voulait se décharger de sa responsabilité sur le dos des caisses populaires.En fait, celles-ci ne pouvaient fournir une collaboration efficace pour deux raisons essentielles.Les caisses représentent des institutions économiques d\u2019un caractère local, paroissial.Leur activité s\u2019étend donc dans un milieu bien déterminé et ce milieu ne coïncide pas nécessairement avec le besoin de nouvelles habitations.Il se trouve, par exemple, que dans certaines paroisses de villes où l\u2019on rencontre des caisses capables de disposer de LA POLITIQUE DU LOGEMENT A QUÉBEC 151 fonds pour l\u2019habitation, il n\u2019y ait aucun endroit disponible pour la construction.Le phénomène contraire se produit dans la plupart des caisses de campagnes ou de petits centres.Les sociétaires de ces caisses voudraient emprunter, mais leur caisse a déjà enga'gé toutes ses disponibilités; lefe administrateurs ne peuvent pas geler dans des prêts d\u2019habitations à long terme plus qu\u2019une partie de leurs ressources à cause de la fragilité de leurs dépôts.Devant une telle situation, le gouvernement se soumit de nouveau aux faits, et l\u2019on vit apparaître dans le bill définitif, que non seulement les caisses populaires constitueraient ces intermédijaires autorisés pour les prêts, mais aussi toute compagnie de finance, de fiducie, d\u2019assurance, etc., ayant son siège social dans la province de Québec.Cette année, on élargit de nouveau les cadres de la loi en admettant comme intermédiaires autorisés toute compagnie de finance ayant au moins une place d\u2019affaire dans le Québec.Voilà, encore après coup, une soumission aux faits, consentie pour entraîner le plus de capitaux possible dans l\u2019œuvre d\u2019habitations familiales.La loi pour améliorer les conditions d\u2019habitation comportait une somme de 3.5 millions de dollars destinés à l\u2019indemnité d\u2019intérêt que le gouvernement s\u2019engageait à verser.Selon les apparences, cette somme paraissait considérable.Mais il ne fallait pas s\u2019arrêter à calculer longtemps pour constater qu\u2019un petit nombre d\u2019habitations suffirait à épuiser les crédits votés.Une maison bénéficiant de la loi engageait une indemnité d\u2019intérêt qui s\u2019étendait non seulement à une année, mais à toute la durée de l\u2019hypothèque, soit trente ans dans la majorité des cas.C\u2019est pourquoi 152 l\u2019action nationale seulement 2,000 logements, environ, ont suffi à épuiser le premier crédit.Dans son budget, le gouvernement affecte donc, pour la nouvelle année, une autre somme de 3.5 millions.Toujours dans la loi générale pour améliorer les conditions d\u2019habitation, l\u2019on a inséré cette année un article à l\u2019effet d\u2019annuler une des conditions du prêt.Dans sa formule originale, la loi stipulait pour que le gouvernement verse l\u2019indemnité d\u2019intérêt, la clause suivante (article 10, paragraphe b) : pourvu que le montant de prêt ne dépasse pas dans le cas d\u2019une habitation à logis unique, six mille dollars; ni dans le cas d\u2019une habitation à logis multiples, un montant équivalant à six mille dollars pour un premier logis, et quatre mille dollars par logis additionnel.Cette condition est maintenant supprimée et remplacée par la nouvelle qui s\u2019exprime ainsi: si le montant prêté excède six mille dollars pour une habitation à logis unique et dix mille dollars pour une habitation, le gouvernement ne paie cette portion de l\u2019intérêt, que jusqu\u2019à concurrence d\u2019une somme capitale de six mille dollars ou de dix mille dollars, suivant le cas; Lorsqu\u2019on considère le but de la présente loi, qui est d\u2019aider les gens à habiter une maison construite à la mesure de leurs besoins physiques et financiers, d\u2019aider en définitive ceux qui en ont le plus besoin, on admettra sans difficulté que l\u2019on vient d\u2019abroger une condition importante pour lui substituer une clause générale qui peut entraîner des abus.Il est nécessaire, à notre avis, de faire profiter de la loi, surtout les petites gens qui veulent devenir propriétaires, c\u2019est-à-dire les petits salariés, les ouvriers, les collets blancs, etc.Le premier texte de loi exigeait qu\u2019un prêt ne dépasse pas six mille dollars pour une LA POLITIQUE DU LOGEMENT A QUÉBEC 153 habitation à logis unique, dans l\u2019idée que celui qui s\u2019élancerait dans une construction dispendieuse, qui obtiendrait un prêt très élevé, devrait assumer lui même la charge du plein taux d\u2019intérêt.L\u2019esprit du législateur était des plus justes en refusant l\u2019indemnité d\u2019intérêt à celui qui aurait les moyens de se construire une résidence luxueuse.Nous admettons que les montants fixés, six mille et dix mille dollars selon les cas, pouvaient n\u2019être pas adaptés au coût d\u2019une construction moyenne à l\u2019heure actuelle.Plutôt que de supprimer radicalement la clause, il aurait fallu, nous semble-t-il, déterminer une valeur maximum pour le type de maison appelé à bénéficier de la loi.Pour le moment rien n\u2019a été fait malgré les instances de plusieurs associations.Les administrateurs de la loi provinciale du logement attendent peut-être que se soient multipliées les demandes pour les maisons du type de celle de Mr Blanding\u2019s avant de montrer au législateur le danger d\u2019une telle clause aussi vague.Le deuxième bill présenté à la législature cette année concerne la loi accordant aux municipalités des pouvoirs spéciaux pour remédier à la crise du logement.Ce bill a pour but de limiter à deux le nombre de logis qu\u2019une maison peut avoir pour bénéficier des privilèges que les municipalités sont autorisés à consentir, tels que réduction de taxes foncières, aménagement gratuit de services publics, etc.Le troisième bill modifie la loi instituant une enquête sur le logement.Il autorise le lieutenant-gobverneur en conseil à appointer les fonctionnaires dont peut avoir besoin la commission d\u2019enquête sur le problème du logement.De fait, c\u2019est la première nou- 154 l\u2019action nationals velle que nous avons de cette enquête depuis sa création.On considérait cette loi l\u2019an dernier comme la plus importante de celles qu\u2019avait votées le parlement provincial sur l\u2019habitation.Les autres loi semblaient des mesures temporaires, des tentatives de solutions qui devaient être étudiées puis intégrées dans un plan d\u2019ensemble.Le gouvernement s\u2019engageait dans une bonne voie en décidant par cette enquête de prendre d\u2019abord connaissance de tous les éléments du problème.Bien informé, il pouvait ensuite préparer une législation susceptible d\u2019apporter enfin une solution au problème du logement.Mais il a fallu attendre un an pour apprendre que la commission d\u2019enquête avait besoin d\u2019un certain personnel pour entreprendre son travail.Une année complète s\u2019est écoulée avant mêmje que la besogne soit amorcée.Qu\u2019est-ce qu\u2019il en résultera dans un an ?La commission présentera-t-elle un rapport?Que vaudront les recommandations du mémoire ?Consentira-t-on à leur donner suite ?Autant de questions qui laissent perplexes, lorsqu\u2019on constate le piètre résultat de l\u2019enquête un an après sa création.Si ce sont les hommes qui ont fait défaut dans cette enquête, pourquoi ne recherche-t-on pas des spécialistes pour diriger l\u2019enquête plutôt que de prendre des amis du parti qui n\u2019ont souvent aucune compétence pour le travail désigné et qui n\u2019ont jamais le temps de s\u2019occuper de leurs fonctions nouvelles ?Il semble qu\u2019on craigne une enquête sérieuse, objective, qui révèle le tragique de la situation et qui recommande une politique énergique du logement.Il résultera plutôt de cette enquête certaines mesures, faibles palliatifs, destinées à corrigeï des lacunes bien limitées.Encore une fois, le gouvernement aura LA POLITIQUE DU LOGEMENT A QUÉBEC 155 esquivé une politique du logement.Ce ne sera pas nouveau car l\u2019effort de synthèse semble répugner à nos dirigeants.Leurs attitudes sont toujours dictées par les circonstances.D\u2019ailleurs presque toute notre législation s\u2019est développée de cette manière.On fait des lois pour limiter ou corriger des erreurs.Ce sont des pansements qu\u2019on applique sur les plaies de notre régime social.Nous possédons actuellement nos premières lois sur l\u2019habitation.Une enquête s\u2019amorce.Qu\u2019elle prépare donc une législation d\u2019ensemble sur l\u2019habitation.Une foule d\u2019aspects du problème général du logement doivent être étudiés, l\u2019aménagement de logis sains et convenables aux besoins de la famille canadienne-française, l\u2019élimination des taudis, l\u2019accession à la propriété, le financement temporaire et celui de la mise de fonds, etc.D\u2019ailleurs cette législation devrait s\u2019intégrer dans une politique de l\u2019urbanisme pour toute la province de Québec.Le problème de la construction est infiniment lié à celui du développement des villes et de leurs banlieues.Chaque ville q\\ii possède une population dépassant 5,000 h.devrait avoir un plan d\u2019agrandissement de telle sorte que nos cités ne se développent pas au hasard.Ces plans d\u2019agrandissement prévoiraient des voies d\u2019accès et de circulation qui éviteraient nos embouteillages bien connus; ils préviendraient aux abords des grandes routes qui conduisent à Montréal ou dans les autres centres le développement de cabanes et de faubourgs improvisés.Une politique de l\u2019urbanisme devrait en outre susciter l\u2019aménagement de cités-jardins autour des grands centres, faciliter l\u2019établissement des coopératives 156 l\u2019action nationale d\u2019habitation qui entreprennent l\u2019organisation sociale et économique d\u2019un quartier d\u2019habitations.Une tâche immense attend le législateur dans le domaine de l\u2019habitation et de l\u2019urbanisme.Continuera-t-on à légiférer en fonction des problèmes immédiats, des erreurs à réparer ou bien verra-t-on à prévoir l\u2019avenir et à bâtir dans du neuf?C\u2019est ce que nous révélera l\u2019enquête sur le logement.Souhaitons qu\u2019elle nous réserve plus qu\u2019un enterrement de première classe au problème de l\u2019habitation.Jean Deschamps « IL N\u2019Y A PLUS  CONSULTER LES VIEUX AUTEURS ».« En plus de prier pour la paix, nous lutterons de toutes nos forces et à tous les instants contre ce crime qu\u2019est l\u2019idéologie de la guerre.« Il n!y a plus à consulter les vieux auteurs qui ont parlé de la guerre d\u2019autrefois et qui l\u2019ont déclarée, sous certaines conditions, licite; la guerre d\u2019aujourd\u2019hui, celle qui se sert de la force atomique et des semences microbiennes, celle qui détruit la cité bien plus que l\u2019arme, celle qui tue les hommes pour s\u2019emparer des matières premières et pour s\u2019assurer des comptoirs de vente; cette guerre-là, qui a déjà ruiné à moitié l\u2019univers et qui voudrait finir son œuvre pour l\u2019avantage de quelques archi-capitalistes, il faut absolument qu\u2019elle disparaisse de la face de la terre; elle est évidemment l\u2019œuvre de l\u2019inconscience et de l\u2019amoralité; ses effets nous font connaître son origine; elle vient de l\u2019ennemi de tout bien, de celui qui est menteur depuis le commencement et ne laissera jamais le Royaume de Dieu s\u2019établir en paix dans le monde ».(Extrait d\u2019une circulaire de S.Exc.Mgr Desranleatj, évêque de Sherbrooke, d son clergé en date du S janvier 19^9), Pour la beauté des églises L\u2019église devrait être par excellence le lieu de l\u2019art.L\u2019art à l\u2019église n\u2019est pas un luxe, même pour la plus pauvre; car ni la somptuosité ni la surabondance ne font la vraie beauté.Celle-ci est avant tout un resplendissement de proportions, d\u2019harmonie, de rythme dans la matière quelle que soit sa nature.Elle peut donc s\u2019accorder \u2014 et souvent elle s\u2019accorde mieux \u2014 avec la simplicité, l\u2019humilité, la pauvreté, qui sont, par ailleurs, plus évangéliques que l\u2019orgueil de l\u2019argent.Au moyen de l\u2019art, l\u2019homme imprime un reflet de son âme dans la matière.A l\u2019église, l\u2019art est donc une forme de la louange à Dieu: il est le don d\u2019une âme par son œuvre; il est la prière qu\u2019elle fait chanter à la matière.Mais il crée aussi l\u2019atmosphère de l\u2019église la plus favorable au contact entre les âmes et Dieu.Il importe donc que le clergé et les fidèles ne soient pas indifférents à ce que l\u2019art véritable, celui qui n\u2019obéit à d\u2019autres lois qu\u2019à celles de l\u2019esthétique, ait sa part dans leur église.Les papes l\u2019ont demandé; et récemment encore dans son Encyclique MEDIATOR DEI, sa Sainteté PIE XII signalait en passant l\u2019importance des beaux-arts dans le développement de la Liturgie.Sans doute il est, surtout pour le clergé, des préoccupations plus immédiatement religieuses; mais les questions esthétiques, pour secondaires qu\u2019elles sont, n\u2019en sont pas moins importantes. 15* l\u2019action national» D\u2019autre part, elles ne sont pas toujours d\u2019une application aisée: le manque de formation, les influences d\u2019un milieu plus ou moins ouvert, d\u2019idées préconçues, de considérations temporelles, de conceptions plus mondaines que religieuses sont autant d\u2019obstacles.Pourtant il est des règles élémentaires, mais indispensables, dont l\u2019observation donnera pour le moins, à l\u2019église, à défaut de chefs-d\u2019œuvre, la dignité, l\u2019ordre et la paix sans lesquels il n\u2019y a pas de véritable atmosphère religieuse.Examinons-les rapidement.Elles paraîtront évidentes, et cependant, en pratique, sont-elles toujours suivies ?\u2022 Dans l\u2019église, de par sa destination, une hiérarchie s\u2019établit entre ses divers éléments.Maison de la prière et du Saint Sacrifice, son centre est le maître-autel.Tout doit donc lui être subordonné dans l\u2019aménagement et l\u2019ornementation.Cette notion suffit déjà à préciser le caractère de l\u2019église, à lui donner sa dignité en prémunissant contre le désordre.Aucun objet en effet ne doit s\u2019imposer plus que le maître-autel, ne doit jouer sa partie individuelle, pour lui-même, comme le ferait une grande statue de Saint à proximité du chœur, une décoration picturale envahissante, un autel secondaire monumental.D\u2019autre part, tout objet doit être en fonction de ce qu\u2019on exige de lui, et pas plus; sinon il usurperait une place plus importante.Ainsi la première qualité que doit posséder toute œuvre destinée à l\u2019église est une exacte adaptation: adaptation à sa fonction, au lieu, au milieu humain, à la technique de son art propre. POUR LA BEAUTÉ DBS ÉGLISE» 150 Adaptation à la fonction.Il est évident que, avant tout, un calice est une coupe.Du fait qu\u2019il contiendra le Précieux Sang, il doit être digne, de belle matière, à l\u2019abri d\u2019un accident par sa stabilité et de prise facile; il faut pouvoir le purifier facilement.Cela se conçoit tout seul, dira-t-on.Pourtant, en pratique, élimine-t-on toujours ce qui nuit à ces conditions: marchandises inférieures, coupe trop profonde ou trop évasée, tige trop haute, ornementation surchargée, bosses, angles, pierreries blessantes pour les doigts?et, ne trouve-t-on pas parfois une accumulation de symboles, comme si une coupe était une prédication?Un orfèvre peut-il obtenir de belles lignes et de bonnes proportions (en quoi consiste, avec la matière, la beauté d\u2019un vase sacré) s\u2019il doit tasser dans son métal toutes les trouvailles de la symbolique ?Adaptation au lieu.Cette adaptation n\u2019implique pas la conformité au style de l\u2019église.Nous le verrons avec la règle de l\u2019unité.La disposition même du lieu exige une convenance: ce qui convient en effet à une cathédrale n\u2019est plus à sa place dans une église rurale d\u2019aspect ou de proportions plus modestes.Tel autel qui peut être très bien dans un grand vaisseau, deviendra une erreur s\u2019il faut en réduire les dimensions et détruire par là leur harmonie.L\u2019architecture d\u2019une église de ville, entourée de maisons, perdra son équilibre si elle est reproduite dans un village où le cadre est tout autre et différents les volumes environnants.Il y a lieu de se méfier de ces transpositions de milieu.Le climat, l\u2019éclairage, les dimensions de l\u2019édifice, son aménagement général, son voisinage sont choses dont il faut tenir compte.C\u2019est pourquoi, HiO l\u2019action nationals les objets fabriqués en série, les objets « omnibus » no peuvent généralement convenir: ou bien \u2014 ce qui est rare \u2014 ils ont des qualités artistiques propres et ils rentrent difficilement dans n\u2019fmporte quel cadre; ou bien, pour être parfaitement « omnibus », ils sont volontairement sans caractère: ils n\u2019ont alors aucune beauté.Et leur insignifiance est indigne de la Maison de Dieu.Adaptation au milieu humain.Il importe que les fidèles ne se trouvent pas dépaysés dans leur église.Mais quelle que soit la classe sociale qui la fréquente, tous ont droit à y trouver une note d\u2019art.Pauvreté et simplicité ne veulent pas plus dire laideur que richesse n\u2019est synonyme de beauté; car l\u2019art, nous l\u2019avons dit, est une question de goût, d\u2019harmonie, de proportion.On peut avec des œuvres et des objets modestes obtenir un climat de beauté.Mais un art luxueux et raffiné, sous prétexte que rien n\u2019est trop beau pour Dieu, est, dans un milieu où la vie est pénible et rude, autant un scandale qu\u2019une absence d\u2019art pour un milieu cultivé.L\u2019élite sociale, intellectuelle et artistique, habituée à un certain niveau d\u2019art, ne doit pas avoir à rougir, à sourire seulement, du cadre qu\u2019on lui fait dans son église.Et cela, non seulement pour elle, pour sa piété; mais pour l\u2019exemple que l\u2019église d\u2019une élite donne forcément aux classes moins favorisées, comme aux incroyants.Adaptation aux règles techniques.Que, par amour du symbolisme ou de la littérature, (c\u2019est-à-dire de faire raconter quelque chose), on n\u2019oblige pas l\u2019artiste ou l\u2019artisan à s\u2019écarter des règles de son art.De même que le calice relève du travail de l\u2019orfèvre et non de l\u2019éloquence du prédicateur ou de la science POUK LA BEAUTÉ DES ÉGLISES 161 de l\u2019archéologue; de même le vitrail, la peinture, la sculpture sont des arts plastiques ayant à se conformer à des règles certaines et déterminées avant d\u2019avoir à narrer une scène biblique.Dans tous les cas, histoires et symboles ne doivent être exprimés que conformément à ces règles, c\u2019est-à-dire dans la mesure où ils ne s\u2019opposent pas à elles.Ce sont des vérités si évidentes qu\u2019on paraît énoncer des naïvetés.Mais, encore, combien en pratique on s\u2019en écarte! \u2022 L\u2019unité de l\u2019ensemble est une autre condition de la beauté des églises.Chaque partie doit être choisie en vue de cet ensemble et non pour elle-même.Les beautés des divers éléments, si elles ne sont pas accordées, ne donneront qu\u2019une désagréable cacophonie.Les époques où le détail comptait plus que le tout ont été précisément les périodes de la décadence d\u2019une forme d\u2019art tel que, au XVe siècle, le gothique flamboyant; au XIXe, le vieillissement de l\u2019art classique.C\u2019est pourquoi les proportions, la forme, la couleur d\u2019un meuble, d\u2019une courtine, d\u2019une statue ne sauraient être choisies ou pour elles-mêmes, ou avec indifférence, parce qu\u2019il n\u2019y en a pas d\u2019autre chez le marchand.C\u2019est pourquoi une statue ne peut être mise n\u2019importe où, parce qu\u2019il reste là une place libre: elle peut briser une perspective, une ligne de colonnes, déparer une surface, rendre disproportionné un objet déjà existant.Evidemment, cette règle pose tout un problème pour une église déjà très meublée.Le signe alors est clair: au lieu d\u2019ajouter, il faut dégarnir. 102 L\u2019ACTION NATIONALE La notion d\u2019unité n\u2019implique pas forcément l\u2019unité de style; la nécessité d\u2019avoir une chaire gothique dans une église médiévale, un autel tombeau dans une architecture classique.Les chanoines du XVIIIe siècle, en France, ont garni les vieilles cathédrales d\u2019autels baroques qui ne déparent rien car leurs proportions sont justes.Ils ont eu raison: au lieu d\u2019un pastiche sans vie, ils ont mis une œuvre vivante, vibrante de leur sensibilité.Car seules vivent les œuvres des vivants.La reconstitution d\u2019un style ancien est chose morte: nous n\u2019avons plus la façon de sentir, de penser, d\u2019œuvrer, de vivre des contemporains de saint Louis ou du pape Jules IL Nous ne saurions faire passer dans une copie leur sensibilité, qui en fait la beauté et que nous n\u2019avons plus.On peut conclure que bien vain est l\u2019espoir d\u2019obtenir un ensemble harmonieux avec des éléments puisés à droite et à gauche parce qu\u2019on les a trouvés beaux là où on les a vus: choisir une chaire comme celle de la cathédrale, un autel comme celui de la paroisse voisine, une table de communion comme celle du couvent; ou bien, construire une église qui aurait la façade de telle cathédrale, les tours de telle autre et le plan d\u2019une troisième.Quelle est la jeune fille élégante qui voudrait porter tels qu\u2019ils sont, parce qu\u2019ils faisaient bien, le corsage d\u2019une obèse, la jupe d\u2019une naine et les souliers d\u2019un troupier?e La sincérité, la vérité sont une troisième règle./ \u2014 Dans l\u2019emploi des matériaux.Que les choses paraissent ce qu\u2019elles sont: que le bois ne soit pas POUR LA BEAUTÉ DES ÉGLISES 163 converti en faux marbre, le ciment en fausse pierre, le ten-test en faux bois.Ce mot «faux» sonne mal lorsqu\u2019il s\u2019agit du temple de la Vérité.Une telle façon de faire est une tromperie, un mensonge.Dira-t-on que personne n\u2019est dupe?Alors, est-ce Dieu que l\u2019on espère éblouir ?Et si tout le monde se rend compte que ce marbre est du bois, pourquoi cette plaisanterie indigne d\u2019un tel lieu?Que le bois reste donc bois; sinon il laisse croire (pie sa conversion en marbre est due à la vanité: pour faire riche! Sentiment et exemple vraiment peu conformes à la doctrine prêcliée en cette même église! Il n\u2019y a pas à rougir de ne pas avoir les moyens d\u2019employer de luxueux matériaux.Le Christ ne reprochera pas cette pauvreté.La honte devant les hommes ne serait pas plus chrétienne.Par surcroît, au point de vue esthétique, le faux marbre ne fait pas plus beau que le vrai bois.L\u2019argent dépensé à peindre le faux marbre sera mieux employé à se procurer un bois de qualité supérieure.L\u2019art et la morale y trouveront leur compte.II \u2014 Sincérité et vérité dans Vemploi des formes.Il est nécessaire que celles-ci répondent à la nature de leurs matériaux: elles gagneront en franchise, en pureté de lignes, donc en beauté.Le bois n\u2019a pas les mêmes exigences et donc n\u2019appelle pas les mêmes formes que la pierre ou le béton.L\u2019habileté des architectes, des maîtres-maçons et charpentiers peut, avec une structure en bois et des matériaux de remplacement, obtenir l\u2019illusion d\u2019une construction en pierre.Celle-ci s\u2019apparentera à un décor de théâtre en plein air.Outre que la qualité du matériau est inférieure, la forme qu\u2019on en obtient est veille: elle n\u2019a plus sa plénitude.Les pierres 164\tl'action nationale d\u2019un revêtement, taillées et amincies au maximum pour être agglomérées en un mur léger qui ne soutient rien, ne peuvent avoir la solidité, la masse, la vigueur que possèdent les blocs d\u2019un authentique mur sur lequel s\u2019appuie l\u2019édifice.Il en est de même pour ce revêtement de fausses ogives en ten-test ou autre produit similaire, qui joignent les piliers-force d\u2019une structure en béton.Comment ce décor \u2014 qui est de plus un mensonge, puisque ses arcs ne soutiennent rien \u2014 aura-t-il l\u2019amplitude de formes et la beauté saine de véritables ogives qui supportent la pression des voûtes?Mais celles-ci sont une nécessité, alors que celles-là sont une singerie.La légèreté de nos voûtes modernes ne demande plus cette façon de construire qui s\u2019imposait au temps des cathédrales.Aujourd\u2019hui, nos architectes établissent la structure à l\u2019aide de poutres en béton horizontales et verticales.Pourquoi ne pas utiliser les formes données par le matériau et les accuser: elles sont vraies.Avec les monolithes sans poussée que permet la technique actuelle elles renouvelleraient l\u2019architecture de nos églises dans le sens de la franchise.Leur dépouillement même en accentuerait le caractère religieux; et cela bien mieux que les fausses et grêles ogives qu\u2019une tradition désuète et tenace continue de nous imposer.La vérité de la matière employée oblige à la qualité.L\u2019absence de maquillage dévoile les perfections et les défauts de cette matière.Même modeste elle a un caractère particulier qui fait sa beauté à elle et dont on peut se servir.Ainsi la qualité ne s\u2019oppose pas à la pauvreté.Si donc les ressources ne permettent pas d\u2019employer une matière dispendieuse, FOUR LA BEAUTÉ DES ÉGLISES 165 il est possible d\u2019en choisir une plus humble; mais, dans son ordre, de bonne qualité.Même du point de vue esthétique, un bon ciment vaut mieux qu\u2019une mauvaise pierre, une courtine en bon coton qu\u2019une autre en mauvaise soie.L\u2019effet sera plus modeste, il n\u2019en sera pas pour cela forcément moins beau.Encore une fois, ce n\u2019est pas le luxe et la richesse qui font la beauté \u2014 pas plus que le prix élevé dont on paie l\u2019objet.Sans doute un meuble en bois de qualité coûte plus cher qu\u2019un autre en bois vulgaire; mais un meuble en beau bois tout simple ne sera pas beaucoup plus onéreux qu\u2019un autre contourné, compliqué, chargé de décorations, en mauvais bois.De la sorte, la recherche de la qualité a l\u2019avantage d\u2019écarter la surcharge, la complication.Elle entraînera à moins de dépenses en inutilités, en faux luxe, en tape-à-l\u2019œil.Elle fera éliminer des lieux saints toute une camelote pour laquelle, en fin de compte, on perd beaucoup d\u2019argent: fleurs artificielles vulgaires et de tons criards, rubans, papier doré, banderoles, petits drapeaux, ampoules multicolores qui transforment l\u2019église en kermesse.La qualité est particulièrement nécessaire pour les vêtements liturgiques dont l\u2019étoffe plus que la décoration est la vraie beauté et le vrai luxe.C\u2019est elle qui fait la tenue du vêtement, le moelleux de ses plis, la distinction de sa couleur.Une étoffe commune demande à être doublée, parfois triplée, pour ne pas faire chiffon, et à être décorée pour ne pas faire pitié.Une étoffe de qualité peut se passer de broderie ou de galon, et même de doublure.La qualité nous amène à une autre règle: la simplicité. 166 l\u2019action nationale \u2022 La simplicité ost toujours plus belle que la surcharge.En cas de doute, pécher par excès de simplicité est encore préférable.Et comme tout se tient, elle exige la sincérité et la qualité.Elle s\u2019oppose à la complication des formes, à leur surcharge de décoration; elle s\u2019oppose à l\u2019encombrement des objets à l\u2019intérieur des églises, à la multiplication de l\u2019ornementation en architecture.Toute décoration logique ne doit pas être surajoutée à l\u2019objet, mais tirée de sa forme même, justifiée par sa fonction, sinon elle est vaine, inadaptée: elle n\u2019est plus belle.Combien d\u2019églises seraient plus attrayantes, plus religieuses si elles avaient un mobilier plus simple, sans clochetons ni machicoulis qui transforment chaires et confessionnaux en forteresses; si elles étaient débarrassées de l\u2019excès de statues, peintures, lampions, sellettes, fleurs et autres objets! Les images, dira-t-on, favorisent la dévotion.Ce peut-être leur raison d\u2019être \u2014 s\u2019il n\u2019y a pas de tronc en dessous.Mais la Vierge de Lourdes n\u2019esb-elle pas la même que celle du Cap-do-la-Madeleine, de Fatima, ou de la Salette ?Une seule suffit.Il est toujours dommage pour l\u2019atmosphère d\u2019ordre et de recueillemient que l\u2019église ressemble à une boutique de « bondieu-série ».Dussent en souffrir quelques dévotions particulières, le bien général, qu\u2019est l\u2019ambiance de l\u2019église, doit l\u2019emporter.A la beauté du tout est soumis le détail, comme les dévotions personnelles passent après la prière liturgique.S\u2019il y a moins de statues, combien plus artistiques, plus belles en leur matière pourront être celles qu\u2019on y mettra.Des œuvres originales, POUR LA BEAUTÉ DES ÉGLISES 167 adaptées, remplaceraient avantageusement les objets commerciaux en série, utilisés indifféremment pour le nord et le midi, pour la cathédrale et l\u2019oratoire, pour le gothique et le « Dom Bellot ».La simplicité favorise ainsi la hiérarchie des valeurs.Un exemple suffira: elle fera éviter l\u2019achat d\u2019une crèche de $500, alors que le ciboire ou l\u2019ostensoir, qui reçoivent le corps du Christ, n\u2019en coûtent pas même 100.La simplicité s\u2019oppose encore au clinquant, à ce qui éblouit.On renoncera alors au tabernacle en métal tout doré sur n\u2019importe quel autel, sans se soucier de sa forme, de ses dimensions, de son style (et nous retrouvons ici la règle de l\u2019adaptation).On repoussera la dorure recouvrant un métal indigent, les couronnes en zinc découpé, la verroterie.Tout comme la qualité, la simplicité fera d\u2019une pierre deux coups: en éliminant le clinquant, le luxe tapageur, elle porte atteinte en même temps au goût dangereux pour le prétentieux et l\u2019ostentation, à tout ce qui vise à l\u2019effet.De plus, par contre-coup, elle met à l\u2019abri de la tentation \u2014 ruineuse! \u2014 d\u2019aller au delà des possibilités.Une église à dimensions de cathédrale est flatteuse pour l\u2019amour-propre paroissial, mais combien lourde de sacrifices pour la générosité des paroissiens! Si l\u2019on arrive à sortir des fondations, on aura épuisé les ressources pour aménager l\u2019intérieur de ce grand vaisseau.On recourra au toc, au frelaté, au mobilier à bon marché, sauvant la face à coup de maquillage.Avec ses articles de bazar, cette église qu\u2019on rêvait plus belle que ses voisines, sera comme une femme dont la beauté illusoire et de 168 l\u2019action nationale mauvais aloi ne tient qu\u2019à la fragilité de ses fards et de ses postiches.Mais il y a plus de danger encore lorsque l\u2019argent encourage l\u2019ostentation et que celle-ci a la possibilité de s\u2019épanouir en des monuments et des objets imposants par leurs dimensions, leur prétention et leur luxe.Grande alors est la tentation d\u2019avoir plus de clochers que la cathédrale, d\u2019accumuler un mobilier grandiose qui écrase l\u2019espace, d\u2019avoir une surabondance de lustres, candélabres, statues, tableaux.Et comme aujourd\u2019hui on ne prend plus le temps, qu\u2019on veut tout avoir tout de suite, que le commerce en donne la facilité, on entasse à mesure qu\u2019on désire, et l\u2019église devient un ramassis d\u2019objets disparates qui ne sont à l\u2019œil que pur désordre.Au fond toutes ces erreurs sont évitées si l\u2019on ne perd pas de vue l\u2019esprit évangélique de pauvreté et d\u2019humilité.Car les problèmes d\u2019esthétique à l\u2019église relèvent en réalité \u2014 et plus qu\u2019on ne le croit \u2014 des valeurs spirituelles.Cet esprit évangélique met en garde contre le faux luxe, l\u2019excès de richesse, l\u2019ostentation, qui recèlent la vanité et l\u2019orgueil; il donne la méfiance de soi.A une époque douloureuse comme la nôtre où l\u2019évolution d\u2019un monde engendre tant de misère, cette atmosphère de luxe et de bien-être devient un scandale pour les pauvres.Outre qu\u2019ils se sentent gênés, hors de leur milieu \u2014 ce qui est grave pour l'église du Christ \u2014, elle suscite, chez les moins soumis, un esprit d\u2019envie et de révolte.Certes le Christ est sensible à l\u2019hommage du luxe, mais encore ne faut-il pas que celui-ci détourne de Lui ses âmes bien-aimées. BOUR LA BEAUTÉ DES ÉGLISES 169 Enfin pour donner à l\u2019église ce climat de beauté authentique et de vie qui lui est dû, il est indispensable de n\u2019y introduire que des œuvres vraiment vivantes, des œuvres qui ont une âme.Ce sont elles qui réellement « agiront » sur le milieu, le marqueront.Or les œuvres ne sont vivantes qui si elles vibrent de la sensibilité de leur auteur, si elles reflètent son âme.Elles ne peuvent être faites pour la production en série, pour être industrialisées: la machine ou le procédé en défleureront l\u2019émotion.Elles ne peuvent donc être que l\u2019œuvre d\u2019un artiste ou d\u2019un artisan: étant entendu que l\u2019un et l\u2019autre possèdent, selon leur ligne, une valeur artistique jointe à une culture ou à un métier sûr.Seulement alors les œuvres introduites à l\u2019église répondront aux exigences de l\u2019adaptation, de la qualité, de la sincérité et de la sensibilité; seulement alors elles feront de l\u2019église le cadre vivant et humain de la prière.Or il est de première importance que l\u2019église soit vivante.Cela, non seulement pour les fidèles, afin que leur piété ne s\u2019amenuise pas dans un milieu désuet et figé; mais aussi pour les âmes incroyantes ou inquiètes qui cherchent la solution au tourment de Dieu.Les âmes du dehors ne connaissent l\u2019Église que par son dehors.Elles la jugent sur ses cérémonies, sur ses monuments et sur la façon dont elle les orne.Évitons que le mensonge du faux luxe, la prétention de la décoration et la fadeur d\u2019une imagerie sans âme ne leur cachent la vérité, l\u2019humilité et la force du Dieu vivant.André Lecotjtey, Secrétaire du Rétable. Un groupement canadien d\u2019Art Sacré L\u2019occasion nous parait bonne, après les pages de l\u2019abbé Lecoutey qu\u2019on vient de lire, de présenter le Rétable aux lecteurs de cette revue.Voici donc quelques notes sur les buts et l\u2019organisa-sation de ce groupe d\u2019art sacré: Plusieurs artistes ont groupé leurs efforts afin d\u2019obtenir que nos églises, même les plus humbles, possèdent dans leur construction, leur décoration et leurs objets du culte, ce suprême luxe et puissent dire à Dieu cette suprême louange que l\u2019esprit humain fait chanter à la matière: la beauté.Ces artistes veulent que leurs œuvres, écartant les outrances inutiles qui choqueraient le peuple fidèle, élément essentiel de l\u2019Église, Lui créent, parallèlement à la Liturgie, un milieu beau, favorable à la prière.Ils veulent à cet effort non seulement intéresser, mais unir clergé et fidèle, car il n\u2019est pas d\u2019art sacré vivant s\u2019il ne jaillit du peuple fidèle, s\u2019il n\u2019en est l\u2019expression.Ils veulent que cet art sorte également des mains d\u2019artisans habiles afin que loin d\u2019être un art ésotérique ou d\u2019esthètes, il soit animé par l\u2019âme populaire.Us veulent cela parce que leur but est de susciter parmi les chrétiens un mouvement qui ne fasse pas seulement renaître l\u2019art à l\u2019église, mais qui fasse reconnaître en l\u2019Église un pionnier de l\u2019art vivant en même temps que, pour celui-ci, une source féconde d\u2019épanouissement.Ce groupement d\u2019art sacré, LE RÉTABLE, dont le siège est au Séminaire de Joliette, auprès des Clercs de Saint-Viateur, comprend: le R.P.Wilfrid Corbeil, c.s.v.peintre; l\u2019abbé André Lecoutey, des Ateliers UN GROUPEMENT D\u2019ART SACRÉ 171 d\u2019Art Sacré de Paris, peintre, sculpteur et verrier; les RR.PP.Étienne Marion, c.s.v., et Maurice Ouellet, c.s.v.; Mlles Cécile Chabot, peintre-imagier; Sylvia Daoust, sculpteur; MM.Marius Plamondon, professeur à l\u2019École des Beaux-Arts de Québec, peintre, sculpteur et verrier ; Gilles Beaugrand, orfèvre; Bertrand Vanasse, céramiste, M.Maurice Raymond, professeur à l\u2019École des Beaux-Arts de Montréal, le R.P.Déziel professeur à l\u2019école des Beaux-Arts de Montréal; le R.P.Maximilien Boucher, c.s.v., diplômé de l\u2019école des Beaux-Arts de Québec.LE RÉTABLE a l\u2019appui de MM.Marius Barbeau et Gérard Morisset; l\u2019abbé Albert Tessier, l\u2019abbé Félix-Antoine Savard et Luc Lacoursière, professeurs à l\u2019Université Laval: Jean-Marie Gau-vreau, directeur de l\u2019École du Meuble de Montréal; Mlle Evelyne Leblanc, chef du Service de l\u2019Enseignement Ménager de la Province de Québec; Mme Louise Gadbois, peintre; Mme Annette Lasalle-Leduc; du R.P.Gustave Lamarche, c.s.v.; du R.F.Clément Lockwell, e.c.; Mlle Hambleton rédactrice au « Citizen » d\u2019Ottawa.Ce groupe d\u2019art sacré a reçu le haut patronage de S.E.Mgr J.-A.Papineau, évêque de Joliette; Mgr Ferdinand Vandry, recteur de l\u2019Université Laval; Mgr Olivier Maurault, p.s.s., recteur de l\u2019Université de Montréal; du T.R.Père Sylvestre Sylvestre, provincial des Clercs de Saint-Viateur de la Province de Joliette; de M.l\u2019abbé Ernest Lemieux, supérieur du Grand Séminaire de Québec; de M.Auguste Ferland, p.s.s., supérieur du Grand Séminaire de Montréal; du R.P.Paul-Maurice Farley, supérieur du Séminaire de Joliette.LE RÉTABLE s\u2019est assuré par ailleurs le con- 172 l\u2019action nationale cours d\u2019un service de documentation photographique avec MM.les abbés Paul Valois, François Lanoue et le R.F.Edgard Plante, c.s.v.; ainsi que d\u2019une section artisanale comprenant toutes les branches intéressant l\u2019art sacré: ébénisterie et imprimerie (des Clercs de Saint-Viateur de Joliette); tissage (École Ménagère Régionale de Saint-Jacques de Montcalm); vêtements liturgiques, ferronnerie.LE RÊTABLE n\u2019est pas une affaire commerciale de plus.Entrer en rapport avec lui c\u2019est être en contact direct avec les artistes et les artisans, avec ceux qui, sans mérite de leur part, ont reçu néanmoins de Dieu les dons spéciaux pour mettre de la beauté dans Ses temples.A chacun sa vocation et son métier.Aussi afin de faciliter ce contact entre le clergé, les fidèles et les artistes, LE RÊTABLE a organisé au Séminaire de Joliette un bureau de consultations gratuites auquel on peut demander, sans engagement, des avis ou des conseils d\u2019ordre artistique, soumettre les projets concernant la décoration et l\u2019ameublement des édifices religieux aussi bien que leur transformation ou construction.Tout ce qui dans le culte, intéresse les arts plastiques, intéresse ce groupement qui peut produire des œuvres dans tout leur domaine: architecture, peinture, sculpture, vitraux, orfèvrerie, vêtements liturgiques, ferronnerie, céramique, mobilier, lingerie, etc.Il n\u2019y a pas de petites choses au service de Dieu: l\u2019objet le plus humble y devient digne d\u2019être beau.Aussi LE RÉTABLE, par ses artistes et artisans travaillant avec le même esprit, est capable d\u2019apporter l\u2019unité de conception et l\u2019harmonie indispensables à la beauté d\u2019une telle œuvre d\u2019ensemble qu\u2019est une église.\t* * * Pour la 150e de Tit-Coq Tit-Coq est-il né viable ou n\u2019y a-t-il là qu\u2019un engouement passager?Son individuation, très poussée, supporte-t-elle assez d\u2019universel pour défier le temps ?Ce qui dure, dans le domaine des lettres, n\u2019est-ce pas ce qui a subi l\u2019épreuve de la durée ?Enfin, doit-on distinguer entre ce qu\u2019on pourrait appeler la littérature assise et la littérature debout, la première se lisant, la seconde s\u2019écoutant?Péguy l\u2019affirme et son discernement mérite d\u2019être cité: .Or nulle pièce (de théâtre) ne se revaut, nulle pièce ne se réchappe de n'avoir pas eu à son berceau un retentissement scandaleux.Il faut qu\u2019une pièce explose l\u2019année même de sa naissance.D\u2019autres œuvres, il y a des exemples que des œuvres soient nées obscures et par un secret accroissement soient enfin parvenues à d\u2019éternelles fortunes.Mais une pièce de théâtre, il faut qu\u2019elle naisse publique et immédiate et que tout son accroissement temporel se fasse en un instant.Au moment même ou je transcris Péguy, j\u2019apprends que Tit-Coq touchera sa cent-quarantième et il y aura d\u2019autres semaines de représentations.Gens du peuple, intellectuels, prêtres, laïques, tous ceux qui en sortent affirment avec la même assurance l\u2019évidence du succès.L\u2019Université ajoute à cette unanime acclamation le témoignage réfléchi de son parchemin. 174 l\u2019action nationals Essayons de démêler de notre mieux les raisons de ce triomphe.Une première remarque s\u2019impose: Gratien Gélinas est extraordinairement attentif à saisir l\u2019environnement, à en extraire la vérité toute nue, toute crue.Et c\u2019est à cause de cela que l\u2019auditeur se voit en chair et en os sur le plateau, qu\u2019il y trouve la transposition artistique de ses propres sentiments, la saveur de son propre langage.Pour la première fois, (j\u2019entends à ce degré) il reconnaît le son de sa voix, son propre accent, la vibration de son propre cœur.Il y voit son pareil, son frère, son ami,, dans une hallucinante transcription; et comme ce petit gars de chez nous, né dans l\u2019absurde, cherche de toutes ses forces d\u2019âme â dompter le destin, et qu\u2019il accède au grand tragique sans cesser d\u2019être marqué fortement de tous les signes de sa race, on comprend pourquoi l\u2019auditeur est pris aux entrailles.Se tenir aussi près du peuple, (du bon peuple), c\u2019est sûrement renouveler les sources de la sensibilité, car, pour la sincérité du cri, pour la spontanéité du choc, et même pour l\u2019invention du mot rien ne vaut ce contact.En veut-on la preuve ?Rien ne remplace le folklore, comme concentré d\u2019émotion fidèle et qui ne trompe pas, ce qui fait dire à Péguy: Rien n\u2019est aussi triste que nos chansons 'populaires, d\u2019une aussi noble et aussi antique et aussi ancienne et aussi authentique et aussi profonde et grave tristesse et mélancolie.C\u2019est aussi un moyen d\u2019échapper au livresque: car le défaut, de la majorité des œuvres de notre litté- TIT-COQ 175 rature, c\u2019est d\u2019être écrites les yeux fixés sur la production de France.Souvent inconscient, le phénomène s\u2019explique par l\u2019écrasante supériorité des modèles.Y a-t-il des gens que le grand succès de Tit-Coq étonne ?Il y a les personnes trop « distinguées » qui trouvent sa langue un peu verte.Ce préjugé vient du tempérament ou d\u2019une instruction mal entendue: car chez nous, il y a une tradition rabelaisienne d\u2019origine paysanne, et qui s\u2019accorde avec la bonne humeur et la forte animalité de ces terriens enracinés.Mais il y a des gens qui se constipent dans les coins à ne plus vouloir ressembler à leurs pères et mères.La culture achetée à ce prix n\u2019est qu\u2019un pince-fesse lamentable, une défroque janséniste.Faut-il rayer Molière et Rabelais de la littérature française ?J\u2019irai plus loin: je crois que le « M.» de Cambron-ne vivra plus longtemps dans la mémoire des hommes que le « contentez l\u2019envie qu\u2019a ce fauteuil de vous embrasser » de Mme Gendelettre b Quand, en s\u2019instruisant, on se guindé, il vaut mieux rester ignorant.Evidemment, à ces amateurs de guimauve on ne recommande pas Tit-Coq et on conseillerait plutôt la lecture des traités de bonnes manières.Car Gratien 1.Il y a une douzaine d\u2019années, l\u2019Action Nationale publiait des articles d\u2019une grande exubérance verbale et d\u2019une truculence éclatante, signés d\u2019un jeune débutant dont la carrière aujourd\u2019hui est en plein essor, et où, sous les excès, se laissait pressentir un talent d\u2019écrivain remarquable.Il y eut une couple de désabonnements dont celui d\u2019un inspecteur d\u2019écoles qui protestait contre ce qu\u2019il appelait le style ordurier.On imagine le genre de culture que la férule de ce malheureux devait autoriser.Au fond ce pédagogue crispé n\u2019avait réussi qu\u2019à déssécher son goût et à tarir son imagination.Le jeu en vaut-il la chandelle ? 176 l\u2019action nationals Gélinas s\u2019est fait une langue farcie d\u2019expressions non académiques, nerveuse et percutante, un parler bondissant et pittoresque.A l\u2019heure actuelle, la langue urbaine du peuple canadien-français est un chantier dont on ne sait encore ce qui sortira d\u2019assimilable.L\u2019artiste a le devoir de s\u2019en inspirer, s\u2019il veut peindre le réel, d\u2019en extraire l\u2019utilisable et le profitable.Du reste le vocabulaire de Tit-Coq a une force expressive indiscutable.Il est parfois étincelant de vérité et d\u2019à-propos.Sa fécondité pour le rire et l\u2019émotion est irrécusable.Il ne faut pas oublier la règle, la formule, dira peut-être quelque intellectuel.Possible.En attendant, goûtons cette tranche de vie authentique et palpitante.A ces académiques, s\u2019il y en a, je dirai: mettez donc vos mains sèches de cérébral sur la poitrine de Tit-Coq.Vous y sentirez une bonne chaleur animale et en même temps une vraie commotion de joie ou de souffrance.Jetez vos théories dans le pourrissoir des idéologies stériles: car ce petit bâtard plonge profondément dans l\u2019humain.Pour s\u2019en convaincre, il n\u2019y a qu\u2019à regarder comment l\u2019amour pénètre dans ce cœur avide et dévasté, dans cet exilé du bonheur.Tout de suite, c\u2019est une chose grave qui engage tout son être, qui balajœ toute luxure, sans rien détruire du charnel le plus concret.Il est précipité vers cette aube par son passé de bâtard solitaire, et dans cet éblouissement radieux, il y a comme un pressentiment de la transcendance du mariage chrétien.L\u2019amour total, de la chair et de l\u2019âme, greffé sur un rite sacré, confusément senti, voilà l\u2019essence de ce drame. TIT-COQ 177 Le péché en formules, c\u2019est la morale.Mais c\u2019est dans la chair du bâtard que le péché au tranchant d\u2019acier devient un héritage sinistre.La cruauté du mal se passe ici de tout commentaire, et c\u2019est ainsi seulement que l\u2019art et la morale font bon ménage.Et la réflexion nous mène à constater: pour un sceptique, y a-t-il des drames réels ?Sans sacré, la vie n\u2019est plus qu\u2019une course à l\u2019orgie ou à une sagesse inhibitive.L\u2019étonnante réussite de Tit-Coq, c\u2019est que la preuve nous en est abondamment fournie non par discours doctrinal, mais par l\u2019empoisonnement charnel par le péché.Pour qu\u2019il y ait un vrai combat, un corps-à-corps intégral, il faut qu\u2019une transcendance engage la destinée même des protagonistes et s\u2019oppose inexorablement à la passion.Sans ce frein, il ne reste plus que le sexuel, la débauche et finalement le néant noir.Ce qui frappe aussi dans l\u2019étude de ces types, c\u2019est leur caractère organique et l\u2019évolution normale et foncière du tempérament, évidemment, un auteur comme Gratien Gélinas prend des notes pendant des années, écrit ses impressions, accumule les observations qui sont comme des fragments épars et sans suite.Puis un jour, sous l\u2019effet d\u2019une émotion, d\u2019une secousse, tout cela se concentre, se ramasse en un tout homogène, et c\u2019est un être vivant qui sort tout armé de la boîte de Pandore.La synthèse s\u2019anime, prend corps et s\u2019incorpore toutes les observations analytiques amassées, dans un rassemblement personnel.L\u2019instinct créateur s\u2019empare ainsi de toutes 178 l\u2019action nationale les données du réel et les sculpte en un être concret et neuf.Ainsi quand nous écoutons les couplets qui glorifient la famille, nous restons à moitié convaincus de ces clichés routiniers.Mais lui, Tit-Coq, qui a été élevé dans la solitude glacée des pouponnières officielles, il sait ce que c\u2019est que de n\u2019avoir ni foyer, ni père, ni mère à aimipr.Aussi quand se révèle à lui la pleine intimité de la famille canadienne, il en est sidéré.Et pourtant les comparses n\u2019ont rien de prestigieux.Des gens ordinaires, un peu épais, épris du quotidien le plus médiocre.Mais ce sont des vrais cœurs fraternels, dont la rudesse se tempère de tendresse et d\u2019attachement.Devant ce tableau inouï et qui lui dénonce son malheur, Tit-Coq en perd la parole.Il devient silencieux, et un travail secret s\u2019opère en lui.Il voit dans un éclair ce qui lui a manqué, en quoi il est une victime et ce qu\u2019il faut faire pour recouvrer ce trésor.Le bâtard va travailler à rentrer dans l\u2019orbite de la famille.Aux plaisirs vulgaires de la débauche, Tit-Coq voit naître dans son esprit la foi au caractère sacré des épousailles: et le mariage chrétien monte devant ses yeux éblouis, comme le bien suprême de la vie.Vous imaginez si après cela, Tit-Coq est prêt à éprouver l\u2019amour avec son corollaire essentiel, la fidélité.La scène est menée avec un art parfait, émouvant au possible.Après cela, l\u2019auditeur est prêt à sentir dans son cœur la force des événements qui suivront.Et quand cette espérance s\u2019effrondre, quand il retrouve sa solitude de bâtard, qu\u2019une amertume inextinguible lui noie le cœur, qu\u2019à côté de cette prostituée anglaise, il retrouve tout le cortège fu- TIT-COQ 179 nèbre d\u2019une vie ratée, et honteuse, acculé à ce carrefour d\u2019une impasse catastrophique, il s\u2019arrache du cœur, à pleines mains, toutes les réserves morales que le bonheur entrevu y avait accumulées.Il saccage son rêve avec des mots brûlants de dégoût et d\u2019horreur que l\u2019ivresse rend encore plus poignants.La gradation mesurée de ce morceau, son dosage achevé en font un chef-d\u2019œuvre d\u2019exécution.La maîtrise sous-jacente de cette tempête déchaînée où tous les éléments psychologiques et physiques débridés restent jusque dans le pire sous le signe de l\u2019humain s\u2019apparente aux plus grandes réussites du théâtre.Non vraiment, cette scène relève du plus sombre tragique, et elle trouve son accomplissement dans la dernière.Ici, pour continuer à être franc, je dois dire que je n\u2019aime pas beaucoup le padre.Il est gentil, compatissant, il fait des beaux raisonnements, mais en face d\u2019un tel drame, je le trouve un peu sucré.Peu importe qu\u2019il représente une moyenne acceptable.En face d\u2019un bâtard qui n\u2019est pas comme les autres, il faudrait un prêtre qui soit taillé d\u2019une étoffe plus riche.Et la dernière scène, bouleversante à souhait, m\u2019est un peu gâtée par le «bon sens» du padre.Je ne saurais m'en expliquer clairement, mais je crois que les deux personnages ne sont plus au même niveau.Toujours est-il que Tit-Coq s\u2019enfonce alors dans la nuit sans que nous sachions où il aboutira et cela comble l\u2019auditeur d\u2019une émotion où toutes les solutions s\u2019affrontent.Cette fin, du point de vue technique est un modèle.On sait le rôle de l\u2019ombre en peinture et celui du silence en musique.On quitte la salle en gardant un 180 l\u2019action nationale arrière-goût de pitié un peu amère pour ce pauvre gosse à qui il ne reste que l\u2019héroïsme ou la chute dans la faute.Va-t-il imposer à ses enfants illégitimes la vie de malheur où il se débat?Cette dernière scène, sans solution, laisse une pointe au cœur de l\u2019auditeur et multiplie la source des réflexions.Je la trouve salubre, car elle tend l\u2019imagination vers le dénouement où il y aura le moins de victimes.Et puis, cette ambiance de mystère ajoute un élément poétique à ce drame vécu.Enfin l\u2019idée chrétienne de liberté me paraît ici mieux respectée par cette fuite vers l\u2019inconnu.La carrière de Gratien Gélinas me semble n\u2019être qu'à ses débuts.D\u2019échelons en échelons, il a progressé systématiquement, étendant et élargissant son investigation.Son emprise lui a fait dresser sur le plateau des êtres d\u2019une profonde humanité.Ça, c\u2019est le secret de la création.Mais il est une chose qui crève les yeux: d\u2019un palier à l\u2019autre, le progrès est tellement évident et manifeste, qu\u2019il ne peut se faire qu\u2019à force de lucidité et de volonté.Une volonté qui ne nuit pas à l\u2019imagination: voilà le point difficile.Vous savez comme nous sommes tous portés à enfermer un auteur dans ses premiers succès.Or Gratien Gélinas se renouvelle constamment tout en restant fidèle à un type dont il amplifie chaque jour le rayonnement expressif.Beaucoup de hardiesse et beaucoup de clairvoyance sont combinaisons rares.En dehors du don de création incontestable chez l\u2019auteur, y a-t-il une technique qui favorise ce renouvellement ?Peut-être.Essayons d\u2019en saisir les traces. TIT-COQ 181 Je vais commencer par dire une énormité.Quand nous parlons de Notre-Seigneur Jésus-Christ, nous disons qu\u2019il est Dieu et homme.Il fut totalement et pleinement homme.Quand le Christ dit: si vous voulez sauver votre vie, perdez-la, j\u2019affirme qu\u2019il y a là des implications charnelles dont aucune de ses paroles n\u2019est exempte.Si je transporte la parole divine au domaine de la création artistique, je dis: si vous voulez sauver votre œuvre, perdez-la.Perdez-la, c\u2019est-à-dire, oubliez-la complètement et recommencez à zéro.Délivrez-vous de son souvenir, des traces qu\u2019elle a laissées dans vos nerfs, dans vos sens.Jetez au néant les morceaux de ce miroir où vous êtes tenté de vous contempler, de vous admirer, de vous imiter vous-même, de vous plagier.Chassez ces ombres, ces fantômes avant qu\u2019ils ne diminuent votre liberté contemplative.Alors, vous vous renouvellerez et vos personnages auront la fraîcheur et la candeur du premier âge: vous serez ce pèlerin de l\u2019aube qui part au soleil levant, avec une espérance bondissante, un cœur neuf, des sensations tonifiantes.Vous retrouverez en vous, intactes, toutes les puissances créatrices que donnent un bon sommeil et un long silence.Du reste cette hygiène est très dure à pratiquer.Elle suppose qu\u2019on a le courage de se séparer, à heure fixe, des images les plus charmantes ou les plus pénibles.(Car l\u2019homme aüne aussi son mal.) Gymnastique à laquelle ne savent se livrer que les forts.Et on peut l\u2019évoquer à propos du plus grand homme de théâtre que nous possédions et dont les personnages évoluent dans un climat juvénile, ce qui les rend plus perméables aux coups du sort. 182 if ACTION NATIONALS \u2022 J\u2019ai beaucoup aimé la simplicité du décor.Le machinisme obtient des effets qui n\u2019ont rien à voir avec le vrai théâtre.Quand ces procédés sont perfectionnés, l\u2019intérêt se détourne du texte.Cette déchéance causée par le cinéma est néfaste au théâtre et l\u2019orgie décorative peut masquer bien des médiocrités.Puis, il est effrayant de penser que Gratien Gélinas est en même temps auteur, acteur, metteur en scène, décorateur et chef d\u2019équipe.Enfin il faut ajouter que les acteurs jouent avec une sincérité, une mesure qui leur font grand honneur.Evidemment Gélinas est le plus complet, le plus parfait, mais les autres respectent le caractère du personnage, avec une fidélité qui ne se dément pas.Si l\u2019art est une « délivrance » nous faisons des vœux pour que Gratien Gélinas continue de mettre au monde des bâtards aussi légitimes.Arthur Laurendeau Burton Ledoux J\u2019ai connu Burton LeDoux en 1941, à Montréal.Des amis communs me l\u2019avaient présenté comme un New-Yorkais d\u2019origine canadienne-française, longtemps engagé dans la poursuite des affaires, aujourd\u2019hui livré à la recherche intellectuelle.Durant des années, me disait-on, la vie avait plongé M.LeDoux dans un milieu professionnel exclusivement anglo-saxon.Puis, quelque chose de son enfance lui était remonté au cœur.Il s\u2019était interrogé sur ses origines, avait mené sur le Canada français une enquête fort poussée.Il parlait alors avec difficulté mais lisait couramment notre langue \u2014qu\u2019il appelait déjà « our language ».Il connaissait l\u2019histoire du Canada français, bien mieux que la plupart des hommes cultivés de chez nous: il avait ly,, annoté et discuté Parkman, les meilleurs historiens américains et canadiens, et commencé de se faire à lui-même sa propre synthèse.Ces études, il les avait abordées avec cet esprit à la fois passionné et minutieux qui est sa marque.Il avait commencé à livrer le résultat de ses recherches à d\u2019excellentes revues des États-Unis: Commohweal, Virginia Quarterly, Catholic Digest, Common Sense, etc.Peut-être y avait-il alors, à côté de vues pénétrantes, de remarques extrêmement personnelles, neuves et fortes, quelque chose d\u2019idyllique dans sa façon de considérer le Canada français.C\u2019est que la connaissance intellectuelle ne suffit pas, quand on veut définir un 184 l\u2019action nationals peuple.M.LeDoux vint donc au Canada français, se laissa pénétrer par l\u2019atmosphère, rencontra des hommes de milieux très divers, causa avec le petit peuple de la campagne et des villes.C\u2019est pendant l\u2019un de ses séjours que j\u2019eus le plaisir de le rencontrer.\u2022 1941, c\u2019était pour le Canada français une année noire.Notre réputation à l\u2019étranger ne valait pas cher surtout aux États-Utiis.Cela avait commencé par des légendes de fascisme, autour de 1936.Des journaux de New-York parlaient dans ce temps-là de connivences hitléro-duplessistes(!) et osaient exprimer publiquement la crainte qu un jour des avions nazistes partent de Québec ou Montréal pour venir bombarder Boston.Life et Times nous consacraient des reportages fu-mànbulesques.Il ne se passait pas de semaine sans qu\u2019un quotidien, un magazine ou une revue colportent sur le Canada français des simplismes, des demi-vérités ou des mensonges bien calculés pour éveiller l\u2019antipathie américaine.L\u2019attitude antiparticipationiste était expliquée sans le moindre effort de compréhension.Les intellectuels exprimaient sur notre compte des sottises plus distinguées.Nous réagissions en nous indignant ou en haussant les épaules.Mais nos protestations ne dépassaient pas la frontière du Québec.Et la diffamation continuait, comme un système, comme si, dans l\u2019ombre, un chef d\u2019orchestre invisible dirigeait le concert.Nul ne fut plus sensible à cette campagne que M.Burton LeDoux.\\ ivant à New-York, il la connaissait mieux que nous, avait réfléchi sur elle, en mesurait la BUKTON LEDOUX 185 néfaste portée.Chacun des coups portés contre le Canada français, il le ressentait dans son cœur et sa chair.Comme il parlait « our language », il réagissait contre les calomnies dirigées contre « our people ».Qu\u2019il dut, faute de pratique, exprimer dans une langue étrangère le sentiment d\u2019une aussi vive solidarité, il y avait là quelque chose d\u2019iémouvant.Il ne se contentait pas d\u2019en souffrir, il commença de lutter.Sans doute, un homme seul ne pouvait mettre fin à toute une campagne.Mais contre cinquante, cent distortions de la vérité, du moins il porta son témoignage.Il parla du Canada français dans les excellentes revues où il avait accès.Il écrivit de nouveau à Commonweal, au Virginia Quarterly, à des périodiques d\u2019histoire.Il s\u2019efforça de faire savoir au public cultivé quelles valeurs humaines incarne le Canada français en Amérique, quelle est sa philosophie, pourquoi et comment il entend vivre.La première revue canadienne-française à laquelle M.LeDoux ait collaboré, je crois bien que c\u2019est VAction Nationale.Il donne un premier article à la livraison de juin 194.1, consacrée au péril de Vannexionisme: Le Canada français jugé par l\u2019oncle Sam; il revient sur la question en décembre de la même année, dans L\u2019opinion américaine et les Canadiens français.Nous avons résumé plus haut son point de vue.Mais alors, M.LeDoux est entré en contact plus suivi avec la réalité canadienne-française.Les faiblesses économiques, les retards sociaux du milieu le frappent davantage.Il suit ainsi l\u2019évolution de tous ceux qui approfondissent nos problèmes: l\u2019étude d\u2019une culture nationale le conduit à chercher quels sont les appuis 186 l\u2019action nationale en quelque sorte physiques de cette culture.Il constate les ravages causés chez nous par le développement du grand capitalis?ne, qui y apporte, outre ses conséquences universelles, des effets pernicieux sur le milieu particulier du Canada français.Il donne quelques articles à Relations, puis publie dans nos pages sa première dénonciation virulente du comportement d\u2019un grand cartel au Canada français: Le trust de l\u2019aluminium et Arvida (juin 1943).Il continue la série dans Relations, où l\u2019on remarque ses études sur les cartels internationaux, le cartel des allumettes, celui du transport, la Montreal Light Heat and Power Limited, etc.On remarquera que pour un homme chez qui l\u2019on suppose des arrières pensées d\u2019intérêt, M.LeDoux n\u2019a pas choisi les publications les plus riches, ni celles qui rétribuent le mieux leurs collaborateurs.L\u2019Action Nationale ne lui a jamais versé un sou, et les pauvres honoraires de Relations n\u2019avaient même pas la prétention de solder les dépenses qu\u2019impliquent de telles recherches.Puis Burton LeDoux consacre des mois à préparer son enquête sur la silicose \u2014 de Saiht-Remi d\u2019Amherst à l\u2019Ungava.On sait de quelle manière pénible cette étude, publiée en mars 1948 met fin à sa collaboration à Relations.Le lecteur comprendra peut-être mieux maintenant, pourquoi M.Burton LeDoux s\u2019intéresse plus aux Canadiens français qu\u2019aux Noirs des États-Unis du sud, \u2014 ils saisiront tout l\u2019odieux de certaines questions posées à l\u2019Assemblée Législative, l\u2019autre mois. BURTON LEDOUX 187 Fart heureusement, M.René Chaloult avait mis en relief, alors, le désintéressement du sociologue américain, et depuis, le Dr Philippe Hamel lui a porté dans la presse, de même qu\u2019au Père D\u2019Auteuil Richard, un généreux et juste témoignage.\u2014 Qui est ce Burton LeDoux ?demandait rageusement M.A ntonio Barrette.Il ajoutait: Je ne connais pds cet homme.Eh bien, nous le connaissons.Loin de diffamer le Québec, il l\u2019a servi de son mieux quand notre prestige était au plus bas.M.LeDoux sait que notre réputation est plus mal servie à l\u2019étranger par la réalité des scandales qui durent à Saint-Remi d\u2019Amherst, à East Broughton, à Lac Noir et ailleurs, \u2014 que par la dénonciation de ces mêmes scandales et les réformes qui s\u2019ensuivront nécessairement.Des iniquités, il y en a et il y en aura toujours.Le plus grave, ce n\u2019est point qu\u2019on étale au grand jour une injustice sociale; mais c\u2019est qu\u2019étalée, proclamée, prouvée, les responsables la tolèrent néanmoins, l\u2019excusent et la sanctionnent.M.LeDoux a fait connaître le Procès des Veuves.Mais ce n\u2019est pas lui que le Procès des Veuves déshonore.Il a fait plus que son devoir.On demanda aux ministres de se souvenir du leur.André L. Autonomisme et électoralisme Depuis l\u2019ouverture de la présente session fédérale, qui sera vraisemblablement la dernière du XXe Parlement, la question des droits des provinces a dominé les délibérations à la Chambre des Communes.Cela est attribuable à l\u2019entrée du nouveau chef du parti conservateur, M.George Drew, qui avait combattu la politique centralisatrice du gouvernement King comme premier ministre de l\u2019Ontario et qui continue comme chef de l\u2019opposition à faire de l\u2019autonomie provinciale son principal cheval de bataille.Il importe de démêler à travers les discours et les manœuvres parlementaires les tendances autonomistes ou centralisatrices et les simples préoccupations électorales des hommes et des partis.Tout le monde admet que le vote du Québec exercera une influence décisive sur le résultat de la prochaine élection fédérale.Et l\u2019électorat québécois a affirmé vigoureusement l\u2019été dernier sa résolution de défendre les droits reconnus à la province par le pacte de 1867.La victoire écrasante de M.Duplessis constituait à la fois un avertissement pour M.Saint-Laurent d\u2019avoir à atténuer la politique centralisatrice de son prédécesseur et un encouragement à M.Drew à persévérer dans son attitude autonomiste.Les exigences de la situation politique contribuent au moins autant que les opimons des chefs et des part\u2019s à déter-nvner les actes qu: se posent actuellement au Parlement fédéral. AUTONOMISME ET ÉLECTORALISME 189 Dynamique, agressif, favorisé jusqu\u2019ici par la fortune, M.Drew entend conquérir le pouvoir.Il ne saurait le conquérir sans entamer le bloc libéral du Québec.Pour vaincre les libéraux, il a besoin de l\u2019appui de M.Duplessis et de l\u2019Union nationale.Il est donc tout naturel qu\u2019il ait choisi la recette qui a si bien réussi à M.Duplessis et qui est de nature à lui concilier sa sympathie.A défaut de convictions, l\u2019intérêt électoral aurait suffi à décider M.Drew à insister en toutes circonstances sur la sauvegarde de l\u2019autonomie provinciale.Il n\u2019y a pas manqué.Les premières semaines de la session ont été toutes consacrées au débat sur l\u2019entrée de Terre-Neuve dans la Confédération et au débat traditionnel sur l\u2019adresse qui s\u2019est prolongé interminablement comme on peut s\u2019y attendre à la veille d\u2019une élection générale.Son premier discours à la Chambre des Communes, M.Drew l\u2019a fait porter uniquement sur les relations fédérales-provinciales au lieu de se livrer à une critique générale de la politique du gouvernement comme le fait généralement un chef de l\u2019opposition en analysant le discours du trône.Son opposition à l\u2019entrée de Terre-Neuve dans la Confédération, M.Drew l\u2019a appuyée uniquement sur le respect de la constitution et des droits des provinces.Et la note constitutionnelle a constamment dominé au cours des débats auxquels on a assisté depuis l'ouverture de la session.Dans son discours sur l\u2019adresse, ou plus exactement dans ses discours puisqu\u2019il est revenu à la charge L\u2019ACTION NATIONALS! 100 une seconde fois, M.Drew a tenu à défendre l\u2019attitude qu\u2019il avait tenue aux conférences fédérales-provinciales de ces dernières années et le refus de l\u2019Ontario \u2014 et du Québec \u2014 d\u2019accepter les offres financières du gouvernement fédéral.Il a soutenu que le gouvernement fédéral avait fait des concessions presque équivalentes à ses contre-propositions dans les ententes séparées qu\u2019il a conclues avec sept des neuf provinces canadiennes à la suite de l\u2019échec de la conférence.Après avoir dénoncé l\u2019intransigeance du gouvernement fédéral, il l\u2019a sommé de convoquer de nouveau la conférence fédérale-provinciale afin de trouver une solution satisfaisante au problème épineux de la répartition des impôts ou sources de revenus entre les divers gouvernements.Les ministres libéraux n\u2019ont pas manqué de répliquer que l\u2019échec de la conférence était attribuable à l\u2019intransigeance de MM.Drew et Duplessis et de faire valoir tous les avantages des offres fédérales.Le nouveau ministre de la justice, M.Stuart Garson, a réaffirmé avec éclat la thèse centralisatrice dont il s\u2019était fait le champion à la conférence.Il a soutenu que l\u2019intention des Pères de la Confédération avait été d\u2019attribuer au gouvernement fédéral toutes les principales sources de revenus.Il a encore soutenu que l\u2019accord financier offert par le gouvernement fédéral et qu\u2019il a accepté au nom du Manitoba n\u2019avait pas pour effet de dépouiller les provinces de leur autonomie, mais bien plutôt de leur permettre de l\u2019exercer en leur fournissant les revenus nécessaires pour s\u2019acquitter de leurs obligations constitutionnelles.En cela, il se faisait l\u2019interprète des petites provinces, des provinces pauvres ou des pro- AUTONOMISME ET ÉLECTORALISME 191 vinces excentriques qui ne disposent pas comme les grandes et riches provinces centrales des ressources voulues pour exercer leur souveraineté.Le premier ministre Saint-Laurent a été très prudent.Il a refusé de convoquer de nouveau pour le moment la conférence fédérale-provinciale en disant que les négociations n\u2019avaient guère de chance d\u2019être fructueuses à la veille d\u2019une campagne électorale.Pour répondre à M.Drew, il a surtout recouru à des arguments ad hominem en citant de n imbreuses déclarations centralisatrices qu\u2019il avait faites au temps où il était chef de l\u2019opposition ontarienne et où il combattait le premier ministre Mitchell Hepburn qui s\u2019était fait le défenseur de l\u2019autonomie provinciale.Ces déclarations qui ne remontent qu\u2019au début de la guerre ne laissent pas d\u2019être troublantes tant elles sont catégoriques.Elles inspirent des doutes sérieux sur la profondeur des convictions autonomistes de M.Drew.La volte-face est totale et indiscutable.Elle peut sans doute être la conséquence d\u2019une conversion, elle peut aussi dénoter un opportunisme qui risquerait d\u2019amener M.Drew à une politique aussi centralisatrice que celle de M.Bennett ou de M.King le jour où il deviendrait chef du gouvernement fédéral et non plus premier ministre de la province d\u2019Ontario.M.Saint-Laurent paraît vouloir atténuer la politique centralisatrice de MM.King et Ilsley.Il avait laissé percer cette intention dans le discours qu\u2019il avait prononcé lors de son élection comme chef du parti libéral et il l\u2019a manifestée de nouveau lorsqu\u2019il a exposé récemment sa politique de logement.Il ne faut cependant pas perdre de vue qu\u2019il compte 102 l\u2019action nationale parmi ses principaux collaborateurs un centralisateur aussi convaincu que M.Garson et que l\u2019aile radicale du parti tient à l\u2019exécution du programme de sécurité sociale qui entraîne de nouveaux empiètements sur la j addiction provinciale.L\u2019entrée de Terre-Neuve dans la Confédération co îme dixième province canadienne est maintenant chose décidée et qui sera devenue un fait accompli le 31 mars prochain.Du point de vue de l\u2019intérêt général du pays, l\u2019annexion de cette colonie anglaise apparaît à plusieurs désirable puisqu\u2019elle assurera au Canada des frontières naturelles, un accroissement de territoire et de population et la possession de richesses naturelles alléchantes même si elles sont encore mal connues.Cette acquisition sera cependant coûteuse puisque la Grande-Bretagne avait hypothéqué l\u2019île de diverses façons, notamment en louant des bases militaires aux États-Unis pour une période de 99 ans avant de nous la céder, et que l\u2019économie actuelle de Terre-Neuve est inférieure à celle de toutes les autres provinces canadiennes.Du point de vue des Canadiens français et plus particulièrement du Québec, l\u2019entrée de Terre-Neuve est beaucoup moins réjouissante puisqu\u2019elle modifie à notre détriment l\u2019équilibre ethnique, qu\u2019elle ajoute une neuvième province anglaise en face de la seule province française de Québec et qu\u2019elle consacre définitivement la perte du Labrador.Cela explique que tous les partis fédéraux aient salué avec enthousiasme l\u2019entrée de Terre-Neuve dans la Confédération et que les rares opposants se soient AUTONOMISME ET ÉLECTORALISME 193 recrutés parmi les députés indépendants du Québec \u2014 MM.Maxime Raymond, René Hamel, Frédéric Dorion et Paul-Edmond Gagnon.Pendant tout le débat sur le projet de loi qui ratifiait l\u2019accord intervenu entre le Canada et Terre-Neuve, les partis d\u2019opposition n\u2019ont formulé que de rares critiques sur la façon dont le gouvernement avait mené les négociations.Lorsque le gouvernement a présenté l\u2019adresse pour demander au Parlement de Westminster de modifier l\u2019Acte de l\u2019Amérique britannique du Nord pour permettre l\u2019entrée de Terre-Neuve dans la Confédération, cependant, M.Drew a engagé une vigoureuse bataille qui a pris le gouvernement par surprise au nom du respect de la constitution.Il a soumis un amendement qui demandait de consulter les provinces et de retarder l\u2019adoption de l\u2019adresse d\u2019ici \u201cle résultat satisfaisant de telles consultations\u201d.Et l\u2019on a assisté à un grand débat constitutionnel où il n\u2019était plus guère question de Terre-Neuve.Les libéraux se trouvaient rejetés sur la défensive.En soumettant son amendement, M.Drew reprenait avec éclat son rôle de champion des droits provinciaux et attirait sur lui l\u2019attention sympathique du Québec.En défendant les droits du gouvernement fédéral en matière d\u2019amendements à la constitution, les ministres libéraux ne faisaient qu\u2019aggraver la situation de leurs collègues québécois qui apparaissaient comme des violateurs de la constitution.En termes prudents, les conservateurs prononçaient des discours qui pouvaient s\u2019interpréter comme des plaidoyers en faveur de la théorie du consentement unanime des provinces et ne manquaient pas de faire des allusions fréquentes 194 l\u2019action nationale à l\u2019article 133 de l\u2019Acte de l\u2019Amérique britannique du Nord touchant les droits de la langue française.Le député de Stanstead, M.John-T.Hackett, apostrophait M.Saint-Laurent et les députés libéraux québécois pour leur demander comment ils justifieraient leur attitude devant un jury composé de Cartier, de Langevin, de Taché, de Chapais et de Dorion.Aux dernières heures du débat, un petit sous-amendement proposé par M.Wilfrid Lacroix et appuyé par M.Jean-François Pouliot vint renverser la situation.Il demandait simplement de substituer les mots \u201caprès qu\u2019elles auront donné leur consentement\u201d aux mots \u201csur résultat satisfaisant de telles consultations\u201d.Il réclamait la garantie solide du \u201cconsentement\u201d des provinces et non plus la garantie vague et problématique de la \u201cconsultation\u201d.Ce fut une véritable déconfiture parlementaire pour les conservateurs qui votèrent en bloc à la suite de M.Drew contre le sous-amendement Lacroix.Ce fut une délivrance pour les libéraux qui se voyaient en très mauvaise posture et qui furent ravis de voir leurs adversaires se déjuger et perdre tout le fruit de leur manœuvre.Le vote qu\u2019il a donné contre le sous-amendement Lacroix contribuera au moins autant que les déclarations centralisatrices passées à ébranler la confiance que les autonomistes peuvent placer en M.Drew.La question de la procédure d\u2019amendement reviendra sur le tapis toutes les fois qu\u2019il s\u2019agira de modifier notre constitution.C\u2019est sûrement l\u2019un des problèmes les plus épineux que les Canadiens aient à régler aujourd\u2019hui.Le fait d\u2019avoir à recourir au Parlement de Westminster pour amender la constitu- AUTONOMISME ET ÉLECTORALISME 195 lion constitue pour le Canada une atteinte grave à sa souveraineté.Le fait que le Parlement de Westminster accepte automatiquement tout amendement réclamé par le Parlement canadien réduit les provinces à la merci d\u2019une simple majorité dans les deux Chambres fédérales.M.Saint-Laurent a annoncé son intention de régler une fois pour toutes ce problème épineux en formulant une procédure d\u2019amendement à la constitution.Il s\u2019est engagé à consulter les provinces avant de le faire.M.Drew a exprimé le même désir en posant cependant au premier ministre la question touchant la consultation des provinces.Il ne faudrait pas s\u2019attendre à ce que la formule adoptée reconnaisse le principe du consentement unanime des provinces.Jamais l\u2019opinion anglaise n\u2019acceptera ce principe qu\u2019elle considérerait comme un veto accorlé au Québec.Et cette oninion explique que M.Drew s\u2019en soit tenu à la \u201cconsultation\u201d sans vouloir aller jusqu\u2019au \u201cconsentement\u201d.Il faut bien ajouter que toute formule qui concéderait quelque chose aux provinces serait préférable à la pratique actuelle qui équivaut à modifier la constitution par le seul vote majoritaire des deux Chambres fédérales et qui pourrait à la longue s\u2019imposer à la suite d\u2019une longue série de précédents.L\u2019expérience démontre que les partis fédéraux sont généralement autonomistes dans l\u2019opposition et centralisateurs au pouvoir.C\u2019est une tendance normale des gouvernants fédéraux comme provinciaux de vouloir accroître ou conserver leurs propres 196 l\u2019action nationale pouvoirs.Pour la défense de l'autonomie provinciale, il faut compter beaucoup plus sur les représentants que nous nous choisissons à Québec que sur ceux que nous élisons à Ottawa.MM.King, Lapointe et Ilsley étaient aussi farouchement autonomistes que M.Drew lorsqu\u2019il s\u2019agissait de critiquer la politique sociale de M.Bennett.Pierre Vigeant « VIVE LA RÉPUBLIQUE! » LIAISONS n\u2019cst pas seulement l\u2019excellente revue coopérative que dirige Victor Barbeau; c\u2019est aussi le journal des étudiants do l\u2019Université Saint-Joseph (Nouveau-Brunswick).Les collégiens d\u2019Acadie y publiaient sous ce titre, il y a quelque temps, un articulet fort sympathique à l\u2019idée d\u2019une république canadienne,\u2014 et fort sympathique par surcroît à notre revue.Le Canada, constate la feuille étudiante, de par sa situation géographique et ses richesses naturelles, est appelé à jouer un grand rôle parmi les grandes puissances.Quelle politique suivra-t-il alors 1 Restera-t-il à la remorque de l\u2019Empire, continuera-t-il à servir les intérêts du Commonwealth t A ura-t-il toujours la conduite d'un mineur 1 D\u2019un cadet auprès de l\u2019Argentine et de VIrlande t Il semble bien que le seul terme normal de son évolution au sein des puissances internationales soit la République.C\u2019est bien notre pensée.Mais il est revigorant d\u2019entendre des jeunes d\u2019Acadie crier avec nous: \u201cVive la République!\u201d 1 Vfî rV'V - T.~ \u2022.-*\u2022 \u2018 * Chaque famille est en voyage dans le TEMPS Il fait bon parfois s\u2019arrêter et feuil* leter son album généalogique pour revoir les étapes passées.1 : SfeTt; **7> TV/.A.s< JE rUt \u2022.AOV ife Kr*.v,\u2018 'p£ iH\u2019v/V1- INSTITUT GENEALOGIQUE DROUIN 4IK R» StD\u2014m.M\u2014ttè* X tm < Pour la République et la Paixl Sainte-Dorothée, comté Laval-Deux-Montagnes.AM.5700 XII CR.2465 BEN.BELAND INC.Accessoires électriques en gros 7152, boul.Saint-Laurent, Montréal, (14).Avec les hommages de CHARLES LAFONTAINE Président de la Carrière LaSalle Limitée 8413, boul.Saint-Michel, Montréal Michel Chartrand Léopold St-Pierre CHARTRAND
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