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Titre :
L'action nationale
Éditeur :
  • Montréal :Ligue d'action nationale,1933-
Contenu spécifique :
Mai - Juin
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Action canadienne-française, ,
  • Tradition et progrès,
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L'action nationale, 1959-05, Collections de BAnQ.

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[" ACTION nationale Éditorial\tUne défaite ne saurait être objet de célébration nationale ! Richard Arès\tLes cultures et l'État XXX\tÉpître badine au cher Frère Clément Lockquell François-Albert Angers\tPatriotisme et raison (VI) Chat).Lionel Groulx\tTémoignage sur Bourassa Ludger Guy\tBilan de la vie française au Manitoba Patrick Allen\tConnaissez-vous Québec ?Archélas Roy\tVocabulaire et climat mental Paul-Emile Gingras\tL'éducation en marche Jean Genest\tL'Angleterre I960 François-Albert Angers\tEntre nous Odina Boutet\tJ'en viens à penser.Volume XLVIII, numéros 9-10 \u2014 MONTRÉAL \u2014 MAI-JUIN 1959 CE NUMÉRO DOUBLE : SOIXANTE-QUINZE SOUS rACTION NATIONALE REVUE MENSUELLE Directeur : Pierre LAPORTE L'Action Nationale, publiée par la Ligue d'Action Nationale, est un organe de pensée et d'action au service des traditions et des institutions religieuses et nationales de l'élément français en Amérique.Elle paraît tous les mois sauf en juillet et en août.Les directeurs de la Ligue sont : MM.François-Albert Angers, président; André Laurendeau, 1er vice-président; René Chaloult, 2e vice-président; Mario Dumesnil, secrétaire; Paul-Emile Gingras, trésorier; M.le chanoine Lionel Groul»; R.P.J.-P.Archambault, S.J.; Arthur Laurendeau, Gérard Filion, Jean Drapeau, Guy Frégault, Pierre Laporte, Dominique Beaudin, Clovis-Emile Couture, Jean Deschamps, R.P.Richard Arès, S.J.; Wheeler Dupont, Alphonse Lapointe, Jean-Marc Léger, Luc Mercier, Pierre Lefebvre, Gaétan Legault, Roland Parenteau, etc.Administration C.P.221 Station E MONTRÉAL Rédaction 8100, boul.Saint-Laurent MONTRÉAL - DU.7-2S4I L'A80NNEMENT : $5.00 par année L'abonnement de soutien: $10.00 UNION DU\tCOMMERCE Compagnie Mutuelle d\u2019Assurance-Vie\t GÉRANTS RÉGIONAUX\t Nicola Doganieri 822 est, rue Sherbrooke MONTRÉAL\tAntoine Parent, c.l.u.895 Place d'Aiguillon, QUÉBEC, 4 Autorisé comme envoi postal de la deuxième classe Ministère des Postes, Ottawa. Lucien Viau et associés Comptables Agréés CHAS.DESROCHES, C.A.FERNAND RHEAULT, C.A.\u2022 210 ouest, boul.Crémazie\tDU.8-9251 (ÉDIFICE GRANGER FRÈRES) LA CIE F.-X.DHOLET FABRICANTS D'ASCENSEURS Atelier Mécanique \u2014 Forge \u2014 Fonderie Modelage \u2014 Soudure Matériaux d'aqueduc et Bornes-Fontaines 245, rue du Pont, Québec LABONTE, LANDES, GROULX et LABONTÉ Notaires 3677, rue Ad an Montréal LA.6-5517 Edouard Lavoie CL.9-9911 président ÉDOUARD LAVOIE Inc.Entrepreneur général Construction et réparation commerciales, industrielles, résidentielles Vente de maisons 6556, rue Des Ormeaux Ville d'Anjou SERVICE DE PNEUS JF A .TIRE SERVICE 11 Eugène Turcotte 1871, rue DeLorimier André Trudeau Président et gérant\tLA.4-1177\tSec.-Trés. LES AMIS DE LA REVUE D'ORSAY JEWELRY LTÉE Roger Journault, Président Salles d'échantillons au servie© des bijoutiers, marchands, commerçants CR.9-4526-7 402 est, Saint-Zotique \u2022\tMontréal\tDr Yvon Cloutier Chîrurgîen-dentiste 3253 est, rue Beaubien Bur.: RA.2-2678 CL.9-2553 GARAGE LAPOINTE Vendeur DODGE - DE SOTO Distributeur de pièces et accessoires authentiques CHRYSLER Réparations générales 7871 est, rue Notre-Dame \u2022\tMontréal 5\tFondé 1914 Victory Tool & Machine Co.Ltd.JOS.MATHIEU & FILS Atelier mécanique de réparations générales Spécialités : Manufacturiers de convoyeurs à rouleaux, à courroies et à chaînes Monte-charges 236-250, Rose de Lima, Montréal \u2022\tWE.1138 LA.2-2161 WILSON FRÈRES ENRG.Charlebois Frères, Props.BOIS - CHARBON HUILE À CHAUFFAGE 2537 est, rue Notre-Dame \u2022\tMontréal\tCR.4-3503 GÉRARD LEBEAU Rembourreur d'autos, housses, vitres, capotes d'autos.Le plus grand atelier du genre au Canada 5940, rue Papineau \u2022\tMontréal Le chasseur sachant chasser.CHAUSSURES S-C-A-P-H-O-l-D Reg'd.Marc De Lorme Ajustement précis du pied Clinique du pied : LA.1-3083 916 est, rue Mont-Royal \u2022\tMontréal\tBOURBONNAIS & PEPIN QUINCAILLERIE EN GROS WHOLESALE HARDWARE 1575 est, rue Laurier, Montréal \u2022\tLA.1-9444 \tWE.2-4955 ROLAND GIROUX BRÛLEURS À L'HUILE 2031, rue Saint-Antoine O\tMontréal ADAMS POTATO CHIPS 150, boul.des Leurentides Pont-Viau \u2022\tMO.4-3548 HENRI L.BÉLANGER & CIE Comptables agréés 3826, rue St-Hubert VI.4-3412 MARQUIS, J.-Antonin PHARMACIEN \u2022\tQuébec Huile \"TERO\" Enrg.Huite è chauffage Charles Vincent Montréal \u2022\t1690, rue Gilford \u2014 LA.6-3379 ROY, Roméo Spécialités pharmaceutiques Longueuil, P.Q.\u2022\tOR.9-0349 Charles-A.Grothé Cie Ltée Entrepreneurs électriciens 6656, boul.Décarie, Montréal \u2022\tRE.3-7149 MASSE, Paul AVOCAT 152 est, rue Notre-Dame \u2022\tBE.1971 LABELLE, Henri-S., F.R.A.I.C.ARCHITECTE 3, avenue Kelvin, Outremont \u2022\tRE.8-3434 ANGERS, Adrien, C.d'A.A.Assureur agréé Bureau : 4009 rue Hochelaqa \u2022\tCL 5-7797 /tfPOMPOBtJOÏÏG INC.w: BRASSARD, prés.256 est, Ste-Catherine, Mtl.LA.2-6144 Tailleurs pour Dames et Messieurs 775a E., rue Mont-Royal \u2022\t(face à St-Hubert) UN.1-5770 Me Luc Mercier 168, est rue Notre-Dame \u2022\tMontréal LA SOCIÉTÉ SAINT-JEAN-BAPTISTE \u2022 des Trois-Rivières BERNARD BENOIT Linoleum, Stores Vénitiens, Stores de Toile, Rideaux, Draperies 11857 est, Notre-Dame, \u2022 Pte-aux-Trembles \u2014 Ml.5-5159 SANSSOUCY, Arthur BOUCHER-EPICIER 3995, Hochelaga \u2022\tCL.5-2839 AUG.BRUNETTE Ltée PLOMBERIE-CHAUFFAGE 4154, rue Hôtel de Ville \u2022\tPL.1946 G.-E.HOUDE MONTREAL OXYGENE ENRG.4890, 5e avenue - Rosemont \u2022\tLA.4-6957 La Cîe TULIPPE Ltée Cravates, écharpes et robes de chambre 4630, rue Iberville, Mtl \u2022\tLA.4-2533 SÉGUIN, Paul-Emile NOTAIRE 6726, St-Hubert \u2022\tCR.1-8739 Dr ALBERT LOSEAU L.Sc.O., O.D.OPTOMÉTRISTE \u2014 OPTOMETRIST 1271 est, Ave Mont-Royal \u2022\tBureau : LA.5-8719 LA CIE ACADIA ENRG.LAVAGE DE VITRES, ETC.ENTRETIEN DE BUREAUX 2125, rue Masson Street, Montréal LA.2-0751 L.-G.FOREST BOUCHER - ÉPICIER Fruits et Légumes 1144, rue St-Zotique, Montréal \u2022\tCR.2-0780 M.-W.RIOPEL, M.C.H.IMPORTATEUR en montres et diamants \u2022\t902 est, Bélanger \u2014 CR.1-0640 PHARMACIE MICHON 1361 est, Mont-Royal, Montréal LA.1-3659 \u2022 Roland Michon, Pharmacien TESSO ELECTRIC REG\u2019D.(Paul Monastesse, prop.) 4707, rue St-Denis, Montréal \u2022\tVI.5-8505 Maison H.ROY Ltée ÉTABLIE EN 1898 IMPRIMERIE \u2014 GRAVURE marcel perrier, prop.Deuil \u2014 Monuments Faire-Part \u2014 Commercial 1419 rue St-Hubert, Montréal, \u2022\tVI.9-2448 RA.1-4958 PARADIS MESSIER CIE LTÉE Ameublement et décoration Fernand Messier, président 7042, Bout.Pie IX \u2022\tMontréal ROLLAND LEFEBVRE Chauffage électrique \"Electro-Heat\" 5220, rue Garnier, Montréal \u2022\tLA.2-3986 GÉRARD NIDING 1126 est, rue Mont-Royal Montréal LA.6-2801 Clovis Electric Cie Ltée EUCHER LEFEBVRE, a.p.a.J.P.Comptable public 4388, rue St-André, Montréal \u2022\tLAfontaine 3-5341 ANDRÉ LA RUE, C.C.S.Courtier en assurances 3450 est, rue Jean-Talon \u2022\tMontréal 38 \u2014 RA.2-1627 Mario Du Mesnil AVOCAT 4 est, rue Notre-Dame, Montréal UN.6-6913 482, rue Victoria, Saint-Lambert \u2022\tOR.1-9295 L\u2019ACTION NATIONALE Vol.XLVIII Nos 9- 10\t\u2014 MONTRÉAL \u2014 Mai-Juin 1959 Éditorial Une défaite ne saurait être objet de célébration nationale ! De singulières rumeurs ont commencé de courir au sujet de quelques célébrations prochaines.Des préparatifs ont même donné poids aux rumeurs.Disons, pour être précis : célébration du deuxième centenaire de la bataille des Plaines d\u2019Abraham (13 septembre 1959).Il s\u2019agirait d\u2019unir, dans une même embrassade officielle, vainqueurs et vaincus, conquérants et conquis.Le vaincu surtout, comme il convient, serait prié de tout oublier.Montcalm et Wolfe, enveloppés dans la même auréole de gloire, nous convieraient à ce noble geste ! Disons nettement notre pensée : il est inconcevable qu'un peuple, quel qu\u2019il soit, s\u2019il a le moindrement de respect de lui-même, célèbre la plus éclatante de ses défaites, et surtout sa conquête par l\u2019étranger.Sous prétexte de bonne entente, allons-nous nous rendre ridicules et méprisables aux yeux de nos compatriotes anglo-canadiens ?Que ceux-ci songent, eux, à célébrer l\u2019évènement, cela est compréhensible, et illustre bien d\u2019ailleurs ce qui nous 390 ACTION NATIONALE sépare, et pourquoi un pur patriotisme canadien, indépendant des considérations ethniques, est impossible au Canada.Pour les Canadiens-Anglais, la bataille des Plaines d\u2019Abraham est celle qui leur a donné une patrie; aux Canadiens français, elle a au contraire ôté la possibilité de modeler cette patrie selon leurs sentiments.Pas de commune mesure entre les deux significations de Vévènement pour les deux différentes nations en cause.Si nous voulions raisonner envers les Anglo-Canadiens comme ceux-ci le font à notre égard, ce n\u2019est pas là le moment de nous unir à eux pour une telle célébration, mais au contraire de leur demander de s'abstenir de toute célébration afin précisément de respecter nos sentiments.La bataille des Plaines d'Abraham, selon les conceptions des partisans du Manuel d'histoire unique en vue de réaliser l\u2019unité nationale, ce serait sûrement l'incident majeur de l\u2019histoire du Canada qu\u2019il faudrait à tout prix passer sous silence.Cela suffit d\u2019ailleurs à souligner l\u2019absurdité de cette conception.Quant à nous nous n'irons pas aussi loin dans la voie des réclamations à nos compatriotes Anglo-Canadiens.Qu\u2019ils célèbrent, s\u2019ils le veulent, un événement qui constitue une date importante de notre histoire.Qu\u2019ils évitent, s'ils veulent vraiment promouvoir un patriotisme canadien, de donner à leur célébration le caractère du défi.Qu'ils en profitent pour se rappeler qu'ils sont au Canada par droit de conquête et non par droit d\u2019occupation pacifique, et que cela leur suggère des réflexions salutaires sur les devoirs de restitution et de respect de nos droits nationaux, voilà qui serait excellent sujet de méditation pour eux.Qu\u2019ils en tirent avantage pour comprendre le sens véritable de la Constitution de 1867, et l\u2019obligation qu\u2019ils en ont ÉDITORIAL 391 de respecter les clauses du contrat dans leur esprit de règlement entre conquérant et conquis; non pas comme un document soumis aux mêmes règles d\u2019interprétation aléatoire et circonstancielle que le droit commun britannique : fort bien ! Mais ce que les Canadiens français peuvent faire de mieux en cette affaire, c\u2019est de se tenir cois.Simplement en ne protestant pas contre la célébration par les Anglo-Canadiens, ils auront déjà fait preuve d'un esprit de compromis dont on trouvera peu d\u2019exemples ailleurs.Nous pourrions en effet tout aussi bien demander qu\u2019en concurrence avec les réjouissances anglo-canadiennes, les Canadien français entreprennent de conduire un deuil national, mettent les drapeaux en berne, etc.De toute façon, il ne conviendra sûrement pas de les hisser.Un peu de décence et de dignité, donc ! Et qu\u2019au besoin l\u2019on mette à l'ordre les politiciens opportunistes qui réussissent à se glisser jusque dans nos sociétés nationales.L\u2019argument d'une célébration en l\u2019honneur de Montcalm n\u2019est pas une justification d\u2019amorcer quelque cérémonie que ce soit, à moins que ce ne soit un service funèbre pour le repos de son âme.Montcalm a été célébré, à propos et à bon escient, au deuxième centenaire de la victoire de Carillon.Quant à la date du 13 septembre 1939 et à la façon dont le général s\u2019est laissé surprendre, pour engager ensuite assez étourdiment la bataille, voilà qui n\u2019ajoute, croyons-nous, que médiocrement à sa gloire.La Rédaction Politique nationale LES CULTURES DE L ÉTAT par Niella rd La leçon de l'expérience historique qu'ont vécue les Canadiens français, pourrait se résumer ainsi : pour conserver et développer sa culture, une communauté nationale doit avoir la faculté de s\u2019exprimer librement, donc, en tout premier lieu, de créer ses institutions, d'organiser elle-même et selon son esprit, sa vie économique et sociale.Mais il lui faut en plus, de nos jours, l\u2019aide de l\u2019État.C\u2019est la partie la plus difficile et la plus délicate du problème des cultures.Nous en esquisserons les trois points suivants : la situation politique faite aux cultures; les conditions d'une politique culturelle québécoise fructueuse et efficace; et les postulats d\u2019une action culturelle fédérale.A \u2014 La situation politique faite aux cultures Le Canada s'est donné en 1867 un régime fédératif, c\u2019est-à-dire un régime dans lequel il y a partage des pouvoirs de l\u2019État entre deux ordres de gouvernement, chacun maître chez soi et n\u2019étant responsable que devant l\u2019électorat populaire.L\u2019État canadien, au sens plein du mot, est désormais formé d'un gouvernement fédéral et de gouvernements provinciaux investis de l\u2019autorité souveraine, chacun dans un domaine propre de l\u2019activité nationale; c\u2019est un aigle à deux têtes. LES CULTURES ET L\u2019ÉTAT 393 Aux provinces la constitution a attribué l\u2019autorité législative et administrative en tout ce qui touche, d\u2019une façon générale, la vie et les affaires privées du citoyen, et d\u2019une façon particulière, la propriété et les droits civils, l'enseignement et l\u2019éducation, bref l\u2019autorité sur toutes les matières ressortissant à leur caractère historique, culturel et religieux.La province de Québec se voyait en plus garantir sa langue et son droit civil, et devenait, par suite de ces dispositions constitutionnelles, le centre politique par excellence du Canada français, la gardienne attitrée de sa civilisation.Cette mission de la province de Québec est d\u2019autant plus importante quelle possède le seul gouvernement sur lequel la culture canadienne-française puisse s\u2019appuyer pleinement et dont elle peut inspirer la politique.La culture anglo-canadienne, elle, est répandue dans neuf provinces sur dix, et y inspire la vie dans toutes ses formes et manifestations.Elle a à son service le régime institutionnel de ces neuf provinces, et du gouvernement fédéral lui-même dans la mesure où, dominé par la majorité anglo-canadienne il croit, justement ou non, de son devoir, en toutes et chacune de ses initiatives de se laisser guider par elle.Elle dispose donc de tous les moyens dont une culture particulière peut avoir besoin pour s\u2019exprimer et se développer.Sa situation politique est forte et dynamique.Il n\u2019en est pas ainsi de la culture canadienne-française qui ne peut compter que sur la vie organisée de la province de Québec, seul centre où, de nécessité courante, elle peut s\u2019exprimer librement, se renouveler et s\u2019enrichir.Les minorités canadiennes-françaises des autres provinces peuvent survivre, mais il leur manque un milieu où elles pourraient s\u2019épanouir en pleine liberté, et sans 394 ACTION NATIONALE la présence du Québec dans la Confédération, et d\u2019un Québec fort, conscient de sa mission, elles résisteraient difficilement au régime qui leur est fait et aux pressions qui s\u2019exercent sur elles.Leur situation politique est faible et même souvent se compare à celle des autres groupes ethniques venus de l'émigration : Allemands, Ukrainiens, Italiens, etc.C\u2019est là un point essentiel sur lequel on ne saurait trop insister et qui aide à comprendre la haute mission dont est investie la province de Québec : pour se maintenir et se développer, toute culture particulière doit posséder quelque part un foyer, c\u2019est-à-dire un milieu où elle est non seulement enseignée, mais vécue, un centre où, par conséquent, elle en est en chacune de ses données, d\u2019usage courant, et par suite la condition du progrès personnel pour tous les individus de tous les milieux et de toutes les classes sociales.Sans un tel foyer, une culture particulière est vouée au dépérissement et à la stérilisation à plus ou moins brève échéance, comme une plante sans racines.B \u2014 Les conditions d'une politique culturelle québécoise Les circonstances actuelles sont telles que la province de Québec ne peut continuer à constituer un tel milieu que si le pratique une politique culturelle appropriée.Pour cela, deux conditions lui sont nécessaires : la liberté et la sécurité.1 \u2014 La liberté Par la liberté, il faut entendre la faculté, pour la province, d\u2019exercer efficacement toutes les juridictions gouvernement québécois intervient lui-même et LES CULTURES ET L\u2019ÉTAT 395 que lui confère la constitution, et donc de disposer des moyens financiers nécessaires au plein exercice de ces juridictions.Cette liberté, la province en a besoin pour fournir elle-même et provoquer chez ses ressortissants l\u2019effort de restauration et d\u2019expansion culturelles que les circonstances historiques exigent : il s\u2019agit d\u2019une part, de doter la communauté canadienne-française des institutions d\u2019éducation et de culture dont elle a besoin, et, d\u2019autre part, de veiller à ce que les oeuvres économiques et sociales qui se développent en milieu canadien-français, non seulement respectent l\u2019esprit et la mentalité de ce milieu, mais s\u2019en inspirent et contribuent à les encadrer et à les fortifier.Que cet effort soit aujourd'hui nécessaire, l\u2019expérience du passé est là pour nous en convaincre.Voici ce que souligne le rapport Tremblay : \"Dans la mesure où, au long de leur histoire, avant ou après la conquête, ils ont pu modeler eux-mêmes leur vie collective, communautaire ou politique, ils ont fait oeuvre originale, grandi en nombre, se sont organisés, ont résolu leurs problèmes à leur manière, et ont progressé; dans la mesure où, au contraire, l\u2019initiative leur a été enlevée et où ils ont dû se plier à une politique d\u2019inspiration étrangère et se soumettre à un cadre institutionnel dont ils ne possédaient ni l\u2019esprit ni l\u2019usage, ils ont été entravés dans leur expansion, retardée dans leur développement social et culturel, acculés à des situations dont, la clé leur échappant, ils ont soldé les frais en valeurs humaines.Et quand, par l\u2019avènement du fédéralisme une part d\u2019initiative leur a été rendue, ils ont hérité d\u2019une situation sociale qui limitait à l\u2019extrême leur possibilité d'action et hypothéquait l\u2019avenir.\u201d 396 ACTION NATIONALE Quelque temps plus tard, la révolution industrielle commençait à saboter complètement le régime institutionnel qui avait été jusque là l\u2019expression la plus large et la plus synthétique de la culture propre du Canada français.Aujourd\u2019hui, le régime social est à reconstituer presque en entier, et il s\u2019agit de savoir si le nouveau régime à naître demeurera ou non dans la ligne d\u2019inspiration de la culture canadienne-française.D\u2019où l'importance vitale d\u2019une politique sociale adaptée aux besoins de cette culture, politique sociale qui n\u2019est possible que si pleine latitude est laissée au Canada français de vivre, d'agir et de créer selon son esprit dans la vieille province qui de tout temps a été le foyer de son existence.\"En aucun moment de l'histoire, la liberté de vie et d\u2019action que l\u2019autonomie du Québec représente pour lui en tant qu\u2019unité nationale, n\u2019a été aussi fortement exigée par les circonstances.Il doit tout faire pour ne pas laisser détériorer le seul cadre politique dont l\u2019effort de plusieurs générations lui a assuré la possession.Or, pour le préserver, il doit s\u2019en servir, et apprendre à s'en servir, donc fournir l\u2019effort de renouveau culturel qu\u2019exigent les circonstances.Toute liberté est en effet une incessante conquête de soi-même autant que du monde extérieur.\" 2 \u2014 La sécurité Mais si les Canadiens français n'acceptent pas ces formes d\u2019organisation, il ne faut pas qu\u2019elles leur soient imposées, ni directement, ni par voies détournées.Ici intervient la deuxième condition nécessaire au succès de la politique culturelle du gouvernement québécois, à savoir la sécurité, c\u2019est-à-dire la possession assurée des LES CULTURES ET L\u2019ÉTAT 397 moyens nécessaires au plein exercice de ses juridictions par les moyens juridiques et financiers.Le débat qui domine les relations fédérales-provin-ciales depuis la fin de la deuxième guerre mondiale porte précisément sur les moyens financiers de faire vivre les deux ordres de gouvernement dont se compose l\u2019État canadien.Le gouvernement fédéral ayant eu jusqu\u2019ici la haute main sur les sources de fiscalité a été amené peu à peu à s\u2019introduire dans les domaines réservés aux provinces et à exercer à leur place des fonctions qui leur appartenaient.Il s\u2019en est suivi, dans la pratique plus que dans les textes, une nouvelle répartition des pouvoirs, répartition qui n\u2019a pour les Anglo-Canadiens qu\u2019une importance secondaire, puisque, formant le groupe dominant dans l\u2019ensemble du pays, ils ont la certitude que toute intervention du gouvernement fédéral dans leur vie nationale s\u2019inspirera de leur conception à eux, et ira par le fait même, dans le sens de la consolidation et de l\u2019épanouissement de leur culture.Il n\u2019en est pas ainsi des Canadiens français : toute intervention fédérale dans les domaines de la sécurité sociale, de la santé publique, des lois civiles, des écoles, et d\u2019une façon générale dans les juridictions provinciales, dit le rapport Tremblay, risque d\u2019ignorer ou de contrarier leur façon traditionnelle de penser et d\u2019agir.Et cela pour la raison bien simple, vérifiable quotidiennement, que seuls ceux qui appartiennent à une culture donnée et en vivent au jour le jour, peuvent penser et bâtir selon l\u2019esprit de cette culture.C\u2019est pourquoi la province de Québec, plus que tout autre, doit conserver les moyens financiers de s\u2019administrer elle-même et avoir la certitude que ses prérogatives en ce domaine ne risquent pas à tout moment d\u2019être remises en discussion.\u201d 398 ACTION NATIONALE Bref, la sécurité lui est nécessaire plus qu\u2019à toute autre province.C \u2014 L'action culturelle du gouvernement fédéral Ce qui ne veut pas dire qu\u2019il faille nier au gouvernement fédéral tout rôle dans le domaine de la culture.Celui-ci ne possède pas, il est vrai, en ce domaine, de compétence première, laquelle appartient aux provinces, et son premier devoir en conséquence est de leur laisser l\u2019initiative et les ressources fiscales dont elles ont besoin pour remplir leur fonction.Mais certaines des activités qu'il exerce actuellement sont nettement culturelles : éducation des militaires, radio, télévision, cinéma; recherches scientifiques en matière d'agriculture, d\u2019industrie, de défense, etc.En chacune de ces activités, il a le devoir de respecter intégralement le particularisme culturel de ses administrés.\"Toute institution, note le Rapport à ce sujet, créée par le gouvernement fédéral, quel qu\u2019en soit l'objet, devrait tenir compte de la dualité culturelle de la population, et s\u2019efforcer de correspondre aussi exactement que possible aux exigences des deux cultures.A plus forte raison s\u2019il s\u2019agit d\u2019institutions ou de pratiques administratives dont l\u2019incidence culturelle est directe : radio, télévision, cinéma, usage des langues (lois, publications diverses, y compris la monnaie et les chèques).Tous les Canadiens français de toutes les parties du pays ont droit, en ces matières, d\u2019exiger de lui le respect intégral de leur particularisme culturel.Ainsi en est-il des interventions en matière sociale : santé, sécurité, assistance, etc.A ce point de vue, la province de Québec, LES CULTURES ET L'ÉTAT 399 investie de l\u2019autorité publique, a le droit de s\u2019attendre que le gouvernement fédéral :\t1) ne prenne aucune initiative sans son consentement; 2) ne mette en vigueur aucune loi qui contrarie les traditions particulières de sa population ou ignore le caractère de ses institutions.\u201d Pour servir la culture, le gouvernement fédéral n\u2019a donc nullement à sortir de sa juridiction.S\u2019il s\u2019agit d\u2019aide financière, il n\u2019a qu\u2019à laisser aux provinces les ressources dont elles ont besoin; s\u2019il s\u2019agit d\u2019influence, voire d\u2019impulsion générale, le simple exercice dans l\u2019esprit des deux cultures de ses juridictions propres serait déjà un secours puissant.Du point de vue canadien-français par exemple, si le gouvernement fédéral, acceptant l\u2019esprit de la Constitution, décidait une fois pour toutes de placer la langue française sur le même pied que la langue anglaise, de traiter en français avec tous les francophones dans n'importe quelle province, de ne rien publier qui ne soit présenté dans les deux langues, d\u2019admettre à son service un plus grand nombre de Canadiens français compétents, sans exiger qu\u2019ils sachent d\u2019abord l'anglais, etc., quelle ne serait pas la portée culturelle d\u2019une pareille décision, quelle sorte de revalorisation de leur propre langue ne s\u2019ensuivrait-il pas dans l'esprit des Canadiens français eux-mêmes et quelle impulsion à l\u2019étude du français dans tous les milieux ! J\u2019ajouterai même qu\u2019il est non seulement du devoir du gouvernement fédéral de protéger et de favoriser le développement de la culture canadienne-française, mais encore de son intérêt de le faire, en tant que gardien du bien commun de la collectivité canadienne.Car le problème des cultures au Canada présente essen- 400 ACTION NATIONALE tiellement un double aspect : interne et externe.Du point de vue interne, il s\u2019agit de faire vivre deux cultures et de les faire vivre côte à côte de manière que leur opposition naturelle se dénoue en collaboration et non en conflit; du point de vue externe, il s\u2019agit de protéger et d\u2019affirmer l\u2019identité culturelle du Canada en regard de la culture américaine.Or c\u2019est un fait évident, le meilleur atout dont disposent les autorités politiques dans leur lutte contre l\u2019américanisation du citoyen canadien, c\u2019est la communauté canadienne-française elle-même, avec sa langue, son humanisme, ses traditions sociales et juridiques, son histoire, son folklore et ses traditions orales.Le premier impératif d\u2019une politique fédérale soucieuse de faire quelque chose pour la culture est donc de renforcer sans cesse les deux cultures originales du Canada : la canadienne-française aussi bien que l\u2019anglo-canadienne.Mais, encore une fois, il ne s\u2019agit pas pour le gouvernement fédéral d'entreprendre de faire par lui-même ce qui, de droit, revient aux gouvernements provinciaux, en particulier au gouvernement québécois.Non seulement il viole alors un droit constitutionnel, mais il dessert la cause qu\u2019il prétend servir, car des interventions directes et massives de sa part dans les domaines de l\u2019éducation, de la culture et de la sécurité sociale risquent beaucoup plus d'affaiblir que de renforcir la culture canadienne-française, précisément parce que ces interventions s\u2019inspirent, en règle générale, d\u2019une culture étrangère et imposent trop souvent des cadres et structures au sein desquels la culture canadienne-française, ne se sentant pas chez elle, i.e peut mener qu\u2019une vie diminuée et sans rayonnement. LES CULTURES ET L\u2019ÉTAT 401 Conclusion Le problème des cultures au Canada est le problème fondamental de la collectivité canadienne; c\u2019est lui qui a été la cause déterminante du choix des structures fédé-ratives en 1867, et c\u2019est parce qu\u2019il subsiste tout entier que le maintien de ces mêmes structures s\u2019impose encore aujourd\u2019hui.Ce problème met en jeu non seulement la survivance de la culture canadienne-française, mais encore l\u2019existence de l'État canadien lui-même.Ce dernier face au colosse américain, ne pourra se sauver et s\u2019affirmer comme entité culturelle distincte et originale que s\u2019il consent à s\u2019appuyer sur la culture canadienne-française, que s\u2019il permet à celle-ci de se développer pleinement non seulement dans le domaine linguistique, mais encore sur les terrains économique et social, et donc de créer des institutions conformes à son génie.Or il faut toujours y revenir, une culture ne peut ainsi se développer et jouer un rôle créateur que si elle possède un milieu suffisamment homogène, un foyer où elle se sent chez elle, où elle est assurée de trouver liberté et sécurité.Ce milieu, ce foyer, seule actuellement la province de Québec le procure à la culture canadienne-française, et c\u2019est pourquoi, en définitive, la solution du problème des cultures au Canada, tant sous son aspect interne que sur le plan externe, exige que le Québec maintienne son autonomie politique, et jouisse par conséquent de la liberté et de la sécurité qui lui sont nécessaires pour organiser et maintenir sur son territoire un foyer entièrement accordé et sensibilisé à la culture canadienne-française, un foyer imprégné de son esprit et rayonnant de ses oeuvres. Epître badine au cher Frère Clément Lock quell par XXX Mon cher Frère, Ce n'est pas sans un peu de malaise et un peu de stupéfaction qu\u2019à propos de votre conférence sur le \"civisme des chefs\u201d, j\u2019ai lu dans Le Devoir du 4 mars dernier, cette manchette malencontreuse : Clément Lockquell : encore en période d'infantilisme moral.Méprise du journaliste ?Pour moi qui vous ai toujours tenu pour un homme intelligent, j\u2019ai trouvé Le Devoir plus que cruel.A-t-on idée de traiter de cette façon un homme de votre importance, un doyen d\u2019une faculté de commerce ?Mais j\u2019ai lu le résumé de votre conférence.Le journal en reproduit plusieurs paragraphes au texte puisqu'entre guillemets.Et, franchement, cher Frère, je ne me chasse pas de la tête que le reporter du journal l\u2019a fait exprès, oui, exprès, férocement exprès.Il y a de bonnes choses, dans votre conférence, quelques-unes, pas trop.Pourquoi en avez-vous ajouté d\u2019autres d\u2019un singulier infantilisme ?Ainsi, des chefs de demain, vous avez découvert qu'il leur faudrait trois vertus, dont, en premier lieu, la sagesse.La trouvaille n\u2019est pas géniale; mais enfin, c\u2019est fort honnête.En second lieu vous exigez des mêmes chefs, et, derrière eux, on sent bien que vous rangez tout le peuple, vous exigez, dis-je, la modération.Et dans un style qui se fait onctueux et lénitif, vous commentez : \"D\u2019ailleurs les hommes d'Etat qui ont le mieux réussi à rendre des services réels et durables à leur pays, ont toujours agi avec le sens le plus profond ÊPlTRE BADINE 403 de la modération, tant il est vrai que l\u2019excès dans l\u2019exercice d\u2019un droit finit par tuer le droit.\u201d Je ne vous chicanerai pas, cher Frère, sur le bien-fondé de vos axiomes historiques; je ne vous demanderai pas, par exemple, vous qui, de ce temps-ci, devez lire, comme tout le monde, l\u2019histoire des petits peuples en lutte pour leur émancipation, je ne vous demanderai pas si les impérialismes crampons ne les obligeraient de temps à autre, à la manière forte, à quelque rudesse.Mais quand je vous entends nous prêcher la modération, nous imputer le caractère peu aimable d'un \"peuple férocement égoïste\", nous inciter \"à nous débarrasser de ce nationalisme exagéré, exclusif et agressif qui a, jusqu\u2019ici constitué le principal obstacle à l\u2019unification du Canada ou tout au moins à l'établissement d\u2019une solide pensée nationale .à ce point de votre discours, cher Frère, je vous le confesse, j\u2019ai eu bien envie de me fâcher.A quel peuple, je vous prie de me le dire, prodiguez-vous ces conseils et même ces admonestations ?Car enfin, sur le dos de qui s\u2019est faite l\u2019unité canadienne, si toutefois elle existe ?Dans nos crises scolaires, dans nos crises des deux guerres, qui a le plus compromis l\u2019unité nationale et qui y a consenti le plus de sacrifices ?Ce petit peuple que vous exhortez à la modération, à qui vous prêtez un égoïsme féroce, mais vous savez bien qu\u2019il ne lui reste plus qu\u2019une ombre de sens national.En politique, en économique surtout, il a perdu tout esprit de solidarité.Férocement égoïste, le peuple qui a passé son temps à enrichir le voisin, qui aurait tant besoin qu'on lui fît la charité et qui prend sur son petit bien, sur sa part de taxes, pour faire la charité à plus riche que lui ! Quand donc, en effet, a-t-il jamais dérobé aux autres la moindre bouchée de pain ?Quand donc ce pelé, ce galeux, a-t-il brouté dans le pré d'à-côté la simple largeur de sa langue ? 404 ACTION NATIONALE A-t-il jamais réclamé autre chose que son droit et qu'en a-t-il au juste obtenu ?Puis, pourquoi toujours nous reprocher notre nationalisme, comme s\u2019il n'y avait de nationalistes que nous au Canada et qu'il n'y aurait pas pire nationalisme que le nôtre ?Hélas ! la collaboration à la patrie canadienne, à l'entente entre les races, notre peuple l\u2019a pratiquée, a-t-on déjà dit, jusqu'à la bêtise, jusqu\u2019au sacrifice de ses droits les plus sacrés.Et c\u2019est à lui, à lui que vous prêchez la modération.Pendant que vous y étiez, pourquoi ne pas nous adresser l'avertissement du sire Renan au jeune Paul Deroulède : \"Jeune homme, ne troublez pas l\u2019agonie de la France\u201d.Le malheur, cher Frère, c\u2019est que vous êtes éducateur, même doyen d'une faculté de commerce.Comment ne pas songer à l\u2019espèce d'hommes d\u2019affaires, de chefs d\u2019entreprises que vous devez former, l\u2019esprit imbu de théories aussi démoralisantes sur les comportements des vôtres ?Il y a chez nous, vous pourriez peut-être vous en douter, des gens qui ne goûtent pas plus qu'il ne faut, la présence des gens d\u2019église en nos maisons d\u2019éducation.Quelle belle occasion vous leur fournissez de clamer encore une fois : \"C\u2019est là l\u2019espèce d\u2019éducateurs qui a fait de nous une race de mollusques, de gélatineux, la race des yes men qui nous représentent au Parlement d\u2019Ottawa\u201d.Mais, mon cher Frère Lockquell, vous est-il jamais venu à l\u2019esprit qu\u2019éducateurs catholiques, vous pourriez former autre chose que cette race et que nous pourrions être autre chose ?Ah ! que ne vous êtes-vous trouvé auprès de l\u2019agneau de Lafontaine qui se mêlait de boire effrontément, dans le courant d\u2019une onde pure, à quelques pas de Messire Loup ! La touchante homélie que vous auriez servie à cette bête branlante et bêlante qui se donnait l\u2019air de ne rien entendre à la loi du plus fort ! ÉPlTRE BADINE .405 Ne gardons pas plus longtemps ce ton sévère qui ne peut que chagriner profondément l'âme doucereuse d\u2019un modéré, et après tout, d\u2019un fort honnête homme.Vous dirai-je pourtant de prendre garde ?Des mots agressifs vous échappent.Par exemple, vous souhaitez que l\u2019on élève \"la génération de demain au-dessus des mesquineries de la race et de la religion Mots étranges, mots mal sonnants, ne trouvez-vous pas ?Passent pour les \"mesquineries de la race\u201d.Mais quand on a saisi en quel mépris vous avez l\u2019air de tenir ces premières mesquineries et qu'au vocable \"race\u2019\u2019 vous joignez le mot \"religion\u201d, avez-vous réfléchi, cher Frère, que votre accouplement verbal sent terriblement le fagot et qu'un laïc trouvera toujours un peu choquant pareille révérence sous la plume d\u201dun religieux, fût-il doyen d\u2019une faculté de commerce ?Aussi bien, cher Frère Lockquell, je me sens une folle envie de vous prêcher la modération ! Qu\u2019est-ce d'ailleurs, ces mesquineries de la race dont vous souhaitez nous dépouiller ?Un doyen d\u2019une faculté de commerce doit savoir que ses compatriotes canadiens-français, trop longtemps aux mains de politiciens et de maîtres endormeurs, manquent tout à fait, je l\u2019ai dit plus haut, d\u2019esprit de solidarité en affaires.Un de nos maîtres clairvoyants n\u2019a-t-il pas même affirmé qu\u2019ils passeraient leur temps à \"préparer le repas du lion\" ?Chaque jour, je le disais encore tout à l\u2019heure, ils donnent le spectacle d'un peuple qui croit de moins en moins en l\u2019avenir de sa langue et de sa culture.Que vous faut-il donc davantage ?Voulez-vous nous arracher jusqu\u2019à nos derniers instincts de résistance ?Visiblement vos inclinations vous portent vers la nouvelle école, en histoire, celle qui s\u2019est assigné pour tâche de nous enseigner l\u2019humilité.Sous prétexte de nous sauver, on prend un plaisir sadique à 406 ACTION NATIONALE nous rapetisser, à nous servir l\u2019étalage de nos reculs, de nos misères, de nos abjections; il semble que, pour retrouver la fierté, le goût de vivre, apprendre à regarder le ciel, il n\u2019y ait rien comme se plonger le nez dans les poubelles.Ce sont les mêmes, vous le savez encore, qui ont entrepris de faire s\u2019évanouir ce que nous appelions le miracle de la survivance.Ah ! les malins, les malins, et le beau tour de passe-passe ! Ils suppriment un miracle pour en inventer un autre encore plus miraculeux, plus incompréhensible.En histoire, avez-vous jamais vu ça, vous, cher Frère, un peuple conquis, un petit peuple nain, une dizaine de mille familles au début, dominé, gouverné par un formidable conquérant, assailli par maintes tentatives d\u2019assimilation tantôt ouvertes, tantôt sournoises, et qui, malgré tout, aurait réussi à rester soi-même, à survivre, sans s\u2019en donner la peine, rien qu\u2019à se laisser faire par les \"conjonctions sociologiques\u2019\u2019 ?Prenez mon conseil, cher Frère.Dans le monde d\u2019aujourd'hui, monde des ogres, aucun petit peuple ne survit, rien qu\u2019à se tourner les pouces.La mode, au Canada, vous ne me l\u2019apprenez pas, est à la bonne-entente sucrée, à la main tendue dans l'étreinte fraternelle et chaude.Fort bien.Nous avons pourtant certaines choses assez essentielles, certains biens, certains droits à préserver, à défendre, ne serait-ce qu'à titre de précautions contre les impondérables du nombre et de l'atmosphère du continent nord-américain.Or, à propos de cette unité \"nationale\u201d dont vous raffoliez et à propos aussi de ces mesquineries de la race et de la religion, ne seriez-vous pas d'avis que vous ambitionnez de nous démarquer un peu fort et de nous amputer de trop de ces choses qu\u2019un tas d\u2019imbéciles, je le sais, tiennent tout de même pour indispensables et sacrées.Mais quoi ! Un peuple qui veut vivre doit-il se dépouiller de ÉPÎTRE BADINE .407 toutes ses notes distinctives ?Et faudra-t-il qu\u2019il se laisse arracher cette mesquinerie qu\u2019est son âme ?Et pourquoi, cher Frère, nous demander des sacrifices que vous n\u2019oseriez pas demander à nos associés, sacrifices auxquels, du reste, ils ne consentiraient jamais ?Et comme ils auraient raison.Non, cher Frère, acceptez un dernier conseil.En vos moments de loisir, relisez la fable du Renard ayant la queue coupée.Ce renard-là eût voulu, lui aussi, que tous les siens s\u2019amputassent d\u2019un organe assez distinctif de l\u2019espèce et passablement ornemental.La race renarde, qui ne passe pas pour une race imbécile, ne l\u2019entendit point de la bonne oreille.Eut-elle si grand tort ?Canadiens français, serions-nous moins raisonnables ?Et faudra-t-il que, parmi nous, il n\u2019y ait que la race des renards à queue coupée.Un renard qui tient à sa queue Essai de synthèse PATRIOTISME ET RAISON (VI) par ^Jrançois-~s4(l>ert ~s4nqeri A la demande de personnes intéressées et pour notre propre bénéfice personnel, comme pour celui, espérons-le, de nos lecteurs, reprenons ici, en une sorte de synthèse, les éléments développés au cours des analyses de nos articles précédents.Patriotisme, amour de soi Le patriotisme est amour de soi.Amour fondamental qui, s\u2019il est bien ordonné, nous conduira à l\u2019amour des autres ! Amour fondamental sans lequel nous ne pouvons pas aimer les autres ! En cela se révèle l\u2019utopie de ceux qui prétendent devoir se dénationaliser pour pouvoir s\u2019internationaliser.Le vrai sens de l\u2019international ne peut sortir que d\u2019un national qui a su se sublimer en charité au lieu de s\u2019abandonner à l\u2019égoïsme; en dehors de cela, il n\u2019est que néfaste utopie, car il aboutit à la tyrannie, à la négation des libertés.Le patriotisme, étant amour de soi, s\u2019attache à ce que nous sommes par la contemplation de ce que nous avons été.Dire que nous sommes Canadiens, c\u2019est affirmer un fait.Ce fait devient cependant équivoque en ce qui concerne la définition de notre patriotisme, parce que nous ne sommes pas les seuls Canadiens.Nous sommes au Canada, les descendants d\u2019une nation vaincue qui a dû accepter la cohabitation avec le conquérant.Le terme PATRIOTISME ET RAISON 409 patriotisme canadien pris en lui-même n'a donc pas de sens bien net.Car il y a au Canada au moins deux nations et au moins deux patriotismes, dont l\u2019attachement commun à l'ensemble du Canada peut seul constituer un patriotisme canadien.Ce fait n\u2019est pas simplement latent et n\u2019ouvre pas la porte seulement à un droit moral du vaincu par rapport au vainqueur.Il a été ratifié d\u2019une façon solennelle, en 1867, par les deux parties et inscrit dans une Constitution écrite.Le sens de cette constitution écrite, déjà suffisamment transparent par lui-même, a été au surplus bien précisé par les participants, comme visant à mettre fin aux effets de la Conquête de 1760 et à redonner aux Canadiens français un espace national : le Québec.Ainsi a été juridiquement constituée une patrie du Québec envers laquelle les Québécois ont des devoirs stricts de patriotisme, comme les Français envers la France et les Anglais envers l\u2019Angleterre.Les Québécois ont aussi un devoir patriotique à remplir envers le Canada, car celui-ci est aussi notre pays dans les matières qui tombent sous sa juridiction.Mais dans celles qui sont de juridiction provinciale, le Canada nous est aussi étranger que le Parlement de Westminster ou l\u2019Angleterre, selon l'expression même du Conseil Privé de Londres.Quand un Canadien français se permet de passer outre à la Constitution pour favoriser l\u2019exercice de facto ou de jure de certains pouvoirs provinciaux par le gouvernement central, il est donc très strictement traître à sa patrie, qu\u2019il tend à diminuer.Patriotisme déficient Il est inconcevable qu\u2019un Canadien français ayant quelque sens de l\u2019observation ne trouve pas notre patriotisme 410 ACTION NATIONALE déficient.Quelques Canadiens français sont assez patriotes pour qu\u2019on puisse se demander s\u2019ils ne le sont pas trop.Mais c\u2019est une bien petite minorité.Quant au reste le manque de fierté nationale est évident.Nous n\u2019avons pas le sens de la grandeur; et le peu que nous commencions à en avoir a été considérablement sapé, en ces dernières années, par le ridicule qu\u2019un groupe d'intellectuels s\u2019est appliqué à jeter sur l\u2019idée d\u2019une \"mission\u201d du peuple canadien-français et par les interprétations historiques rapetissantes de la Nouvelle École.C\u2019est cette absence de patriotisme qui explique la tendance au dénigrement des nôtres, au manque de confiance dans les entreprises des nôtres et à l\u2019admiration béate des réussites des autres.Seule cette absence de patriotisme peut expliquer la démission de nos élites dans la politique comme dans les affaires : les honteuses compromissions des partis dans notre histoire et la facilité avec laquelle nos capitaines d\u2019industrie vendent leurs entreprises à l\u2019étranger, comme si le sens de la continuité, du progrès de la communauté ne signifiait rien pour eux.Au manque de patriotisme, il faut attribuer la grande facilité avec laquelle, au nom même du patriotisme, nous nous montrons disposés à revenir si aisément sur les droits politiques acquis et à les troquer pour obtenir des autorités fédérales des avantages équivoques.Même la confusion qui existe dans nos idées est une preuve du manque de vitalité de notre patriotisme.Celui-ci est, en effet, un instinct qui ne trompe généralement pas sur les véritables intérêts d\u2019un groupe national.Il faut que nos esprits soient bien malades pour que d\u2019instinct nous ne sentions plus l\u2019importance pour nous de l\u2019autonomie provinciale, et qu\u2019il faille raisonner pour nous en PATRIOTISME ET RAISON 411 convaincre.Il faut que nos sentiments patriotiques soient bien débiles pour que nous ne sachions plus équilibrer politique de souplesse et politique de dignité.Là où le patriotisme est vigoureux, où existe un véritable sens de la grandeur, on ne confond pas les exigences de la souplesse sur ce qui est secondaire avec la nécessité de préserver les principes.D\u2019instinct, on comprend que la liberté est le premier de tous les grands principes à sauvegarder; et que ce n\u2019est ni souplesse, ni habileté, mais dégradation, que de \"céder ce droit d\u2019aînesse pour quelque plat de lentilles\u201d que ce soit.Sens de l'autonomie, sens de la liberté ! La débilité de notre patriotisme, vient de ce que nous vivons encore sous le régime et selon l\u2019esprit de la Conquête.Nous avons un patriotisme d\u2019occupation, de gens courbés sous l\u2019égide de l\u2019étranger, qui se considèrent comme des héros du patriotisme quand ils sont parvenus à faire la nique à l\u2019occupant, mais qui se savent bien battus et n\u2019osent même pas réclamer leurs droits les plus élémentaires.Nous n\u2019avons pas encore pris conscience du fait que nous avons obtenu, en 1867, une bonne mesure de libération.Et par suite nous n\u2019avons pas repris la vie d\u2019indépendance qui en aurait dû résulter.Nous sommes comme l'esclave libéré, qui ne veut pas croire à sa libération et n\u2019ose agir librement dans la crainte de se voir administrer une correction comme au temps jadis.Ainsi l\u2019autonomie ne nous parle pas suffisamment au coeur, parce que nous n\u2019avons pas encore compris que c\u2019est la liberté.C\u2019est pourquoi nous nous trouvons dans cette situation paradoxale d\u2019une nation contre qui personne ne saurait 412 ACTION NATIONALE être traître.Une fois la fin admise, tous les moyens sont considérés comme bons.En régime d\u2019occupation, il en est souvent ainsi parce que tous les moyens tendent vers l'acquisition de la liberté.La situation change nécessairement, une fois la liberté conquise.C\u2019est justement ce dont nous ne nous sommes pas encore aperçus.Cette situation est grave, car à force de prolonger l\u2019abstention d\u2019être soi-même qui en résulte, (et qui est maintenue en régime d'occupation pour en obtenir quelque faveur avec un degré croissant de liberté), nous risquons sans raison de perdre le sens de nous-mêmes.Sans raison, puisque le régime d\u2019occupation est au moins partiellement terminé depuis 100 ans.Nous nous protestantisons au sens général du mot, c\u2019est-à-dire que nous prenons l'habitude de considérer toutes les opinions comme bonnes, parce qu\u2019opinions diverses, sans plus les référer à un système de principes, comme le veut notre génie latin et catholique.La notion d\u2019une hiérarchie des valeurs disparaît, et avec elle le sens patriotique qui est essentiellement conscience d\u2019une hiérarchie de valeurs.De là à croire qu\u2019il n\u2019y a pas de normes véritables, que l\u2019intention supplée à tout et que toutes les démarches individuelles bien intentionnées sont du patriotisme, il n\u2019y a qu\u2019un pas.Le malheur, c\u2019est qu\u2019en imitant ainsi les anglophones, nous les imitons mal.Les Anglais sont protestants en religion, mais ils sont nationalistes en politique.Ce sont même eux qui ont, historiquement, ouvert l\u2019ère du nationalisme en Europe, en refusant de reconnaître la suprématie du Pape au nom des intérêts de l\u2019Angleterre.Le protestantisme religieux faisait leur affaire : ils sont protestants.Mais ils ne se permettent aucune divergence de vues sur la question de savoir si l\u2019Angleterre peut abandonner ou PATRIOTISME ET RAISON 413 non telle partie de sa souveraineté en échange de tels ou tels avantages politiques ou économiques.Celui qui pense ou agit ainsi est considéré sans hésitation comme traître à l'Angleterre.En Angleterre, le nationalisme a tout simplement été plus fort que la religion.Pourquoi aurions-nous honte quant à nous d\u2019un nationalisme fondé sur l'idée que la religion domine la politique et que nous devons sauvegarder nos libertés politiques pour pouvoir conserver intactes les institutions sociales inspirées par notre philosophie de la vie ?Pourquoi cette fausse honte, ce faux-amour propre qui nous détourne d\u2019appeler les choses par leur nom et qui permet à quiconque veut trafiquer avec les intérêts étrangers à notre groupe de se décorer du titre de patriote parce qu'il déclare vouloir notre bien ?Nécessité de l'éducation nationale L\u2019école est en grande partie responsable de cette situation, car elle ne fait aucune éducation véritable du patriotisme (du moins officiellement, car il y a des exceptions probablement nombreuses selon l\u2019initiative de l\u2019instituteur en classe).Ou quand elle le fait, c\u2019est dans des termes vagues, qui embrouillent plus qu\u2019ils n'éclaircissent les idées du petit Canadien français.Pour ne pas choquer les susceptibilités anglo-canadiennes, nous tendons à édulcorer plutôt qu\u2019à préciser et à concrétiser la signification de notre patriotisme.On travaille ainsi à préparer des générations qui seront faites de patriotes canadiens, mais leurs tendances d\u2019esprit montrent que du même coup ils ont perdu tout intérêt en ce qui est d\u2019expression française.Ils ne savent plus pourquoi on insiste tant pour leur apprendre le français sur un continent en majorité d\u2019expression an- 414 ACTION NATIONALE glaise.Et ne comprenant plus le sens de cette exigence, ils montrent peu de souci de bien apprendre et de bien manier cette langue.La déchéance linguistique résulte de la déchéance d\u2019un patriotisme proprement canadien-français avant d\u2019être purement canadien; et la déchéance nationale suivra de près.Nous touchons déjà ainsi, à l'université, les conséquences de la lubie de ceux qui croient pouvoir réaliser un groupe canadien-français dynamique sans patriotisme canadien-français vigoureusement spécifique.Ceux-là, j\u2019imagine s\u2019ils sont sincères, prétendent juger de la situation en se considérant eux-mêmes.Ils se disent sans doute que leur patriotisme purement canadien ne les empêche pas de vouloir la persistance d'un groupe français et d\u2019avoir l\u2019orgueil des réalisations d\u2019expression française au Canada.Ils oublient seulement que s\u2019ils peuvent se permettre ce luxe d\u2019esthètes ou de mandarins, c\u2019est parce qu'ils ont été formé dans cette atmosphère de nationalisme canadien-français qu\u2019ils dénoncent si inconsidérément.Comme les protestants de la première génération en Angleterre, ce sont encore des catholiques protestantisant, des Canadiens français canadianisant.N'ayant plus comme eux l\u2019arrière-plan d\u2019une éducation patriotique canadienne-française, les générations de demain seront des générations de Canadiens tout court au vrai sens du mot, c\u2019est-à-dire d\u2019expression anglaise.A l\u2019approche du centenaire de cette demi-émancipation qu\u2019a été pour nous la Confédération canadienne, il serait temps me semble-t-il, que nous prenions conscience de ce que nous avons reçu ce jour-là (au lieu de simplement critiquer nos ancêtres pour ce qu'ils n\u2019ont pas pu ou su obtenir).Et qu\u2019en ayant pris conscience, nous nous dé- PATRIOTISME ET RAISON 415 barrassions pour de bon de notre mentalité de conquis, de colonisé, de mineur en tutelle.Le premier signe devrait en être la prise de conscience par nos autorités civiles et religieuses que l\u2019école doit devenir, dans Québec, un foyer intense de renouveau français orienté selon le sens d'une collectivité qui a des droits à maintenir et qui en fait un objet de patriotisme.Ce patriotisme bien défini doit conduire à la création d\u2019une conscience patriotique, au sens de la fidélité et de la continuité, au sens du péché national de traîtrise dès que l\u2019acte met en balance les libertés conquises.On ne trafique jamais avec la liberté, donc jamais avec les valeurs d\u2019autonomie ! Un patriotisme canadien qui n\u2019est pas assis d\u2019abord sur une conscience ainsi clarifiée des droits des Canadiens français, particulièrement dans Québec, est un faux patriotisme canadien.Un patriotisme canadien qui tend à détruire l\u2019oeuvre des Pères de la Confédération pour y substituer un pays de langue et de civilisation unique.Et dans les circonstances actuelles \u2014 le Canada anglais en prend conscience \u2014- un patriotisme qui conduit le pays à glisser graduellement dans le melting-pot américain. Témoignage sur Bourassa a cJlionel Cjrouix par hanoine Note de la rédaction.\u2014 À l'occasion du lancement des disques Henri Bourassa, la Ligue d'Action Nationale organisa une Conférence de Presse au Cercle Universitaire.M.Charles Dussault, du service des nouvelles de Radio-Canada, inter viewa M.le Chanoine Groulx.Nous croyons que cet émouvant témoignage de notre grand historien national au plus grand de nos orateurs et de nos politiques ne doit pas rester enfoui dans les archives de Radio-Canada.C\u2019est pourquoi nous en offrons ici le texte.\u2022\tM.le Chanoine vous avez évidemment très bien connu Henri Bourassa.Est-ce que vous pourriez nous rappeler cette figure ?\u2022\tBien voici.Les circonstances ont voulu que je fusse pendant dix ans, de 1917 jusqu'en 1926, le paroissien de Monseigneur Perrier.J\u2019étais hébergé gratuitement à son presbytère tout en étant professeur d'histoire du Canada à l\u2019Université de Montréal.Bourassa était le paroissien de Monseigneur Perrier.Lorsqu\u2019il était à Montréal, il venait assez régulièrement veiller au moins deux fois par semaine.Et la veillée de M.Bourassa \u2014 ce qui voulait dire depuis environ 7 ou 7 heures 30 du soir jusqu'à 2 heures du matin : aussi longtemps qu\u2019il y avait quelqu\u2019un pour l\u2019écouter \u2014 c\u2019est peut-être là que j\u2019ai entendu quelques-unes de ses plus belles conférences.Car c\u2019était une sorte de monologue dit, si vous le voulez, d\u2019une façon très fami- TÉMOIGNAGES SUR BOURASSA 417 lière, mais où l\u2019on pouvait apprendre à bien connaître l'homme; et en même temps aussi, à se rendre compte de sa vaste érudition et de sa très haute culture.\u2022\tM.le Chanoine, était-ce un homme sévère ?\u2022\tOui et non ! Il avait une conscience en quelque sorte farouche.C\u2019était un homme d\u2019une extraordinaire sincérité, d\u2019une extraordinaire loyauté; très exigeant pour ce qui était de son propre esprit, de sa propre conscience; et qui l\u2019était également pour la conscience des autres.Mais, contrairement à ce que l\u2019on peut penser, cet homme qui, dans le discours public ou dans le discours de journal, se jetait à l\u2019attaque de quelqu\u2019un et le faisait avec tant de vivacité, quelquefois même avec un peu de dureté \u2014 cet homme-là était dans la conversation d\u2019une indulgence extrême pour tous ceux qu\u2019il avait combattus.Si nous osions le provoquer, l\u2019inciter à quelques jugements sévères, il nous corrigeait et il invoquait toujours pour le personnage des circonstances atténuantes.Il trouvait moyen de l\u2019excuser de quelque façon.\u2022\tJe crois qu\u2019on l\u2019a accusé, en quelques occasions, d\u2019intransigeance dans ses idées, est-ce que, selon vous, il tenait compte de l\u2019opinion des autres ?\u2022\tIntransigeant ?Bien, dans ce qu\u2019il croyait être la vérité, il était certainement intransigeant.Il avait, par exemple, des idées très arrêtées sur l\u2019esprit confédératif, sur les principes fondamentaux de la Confédération canadienne.Il avait également des idées très arrêtées sur les relations du Canada et de l\u2019Empire.Je puis dire que là-dessus, il n\u2019admettait pas de transaction; ou ce qu\u2019on 418 ACTION NATIONALE pourrait appeler des reculs ou des compromissions.Pour vous dire jusqu\u2019à quel point, il avait une conscience farouche : il n\u2019aurait jamais voulu accepter de cadeau de qui que ce soit; simplement pour défendre son absolue liberté.\u2022\tAlors, M.le Chanoine, j\u2019imagine que c\u2019est avec grand plaisir que vous voyez aujourd'hui ces microsillons ?\u2022\tEvidemment, ce sera un grand souvenir pour ceux qui pourront l'écouter.Je crois que la jeune génération ne connaît pas beaucoup Bourassa.Et quant aux Anciens, ils seront évidemment heureux d\u2019entendre une voix qui les a pendant si longtemps, \u2014 je ne dirai pas charmés, parce que c\u2019était plus que charmer \u2014 une voix qui les a si fortement impressionnés, qui les a en quelque sorte maîtrisés.Et à certains moments, sous le coup d\u2019une émotion plus forte, lorsqu\u2019il se trouvait en face d\u2019une injustice, d\u2019un abus de la force, d\u2019un mensonge, d\u2019une déloyauté, l\u2019homme retrouvait son éloquence.Tout à coup, vous le voyiez se cambrer.Il se mettait à marcher sur le théâtre, à gauche, à droite, pas très loin, ni dans un sens ni dans l\u2019autre, les bras collés au corps.Il devenait tout frémissant; et c\u2019est à ce moment qu\u2019on retrouvait chez lui l\u2019orateur, le très grand orateur.J\u2019en ai entendu beaucoup dans ma vie, même en France.Il avait reçu vraiment de la Providence un don prestigieux.Par conséquent l\u2019expression \"tribun\u201d, si l\u2019on entend par là l\u2019expression oratoire continue, la parole chantante des ténors des hustings, ce serait la plus fausse idée qu\u2019on pourrait se donner ou prendre d\u2019Henri Bourassa.Il ne parlait que pour dire quelque chose; il ne parlait que pour instruire, pour donner à ses idées la propagande qu\u2019elles méritaient; et s\u2019il TÉMOIGNAGES SUR BOURASSA 419 devenait tout à coup orateur, c\u2019était par la force de la conviction, par un emportement tout naturel de l'esprit.Même alors, son éloquence ne restait jamais vide; elle était toujours nourrie d\u2019idées; et dans ses plus grands mouvements de passion, c\u2019était encore l\u2019idée qui explosait.\u2022\tLes historiens nous disent qu\u2019il a fourni des idées politiques à deux générations et que même au point de vue social, il était très en avance sur son temps.Qu\u2019est-ce que vous en pensez M.le Chanoine ?\u2022\tIl est certain qu\u2019il a été le grand doctrinaire politique de son époque.J\u2019ai même presque envie de parler de philosophie politique.Je résumerais le système de la doctrine politique de Bourassa \u2014 ou même je ne retire pas le mot philosophie politique \u2014 à deux traits principaux.D'abord n\u2019oubliez pas qu\u2019il est entré au parlement canadien en 1896, au plus fort de la crise des écoles du Manitoba.Trois ans plus tard, c\u2019était le premier envoi de contingents en dehors du pays, au Transvaal.Ces deux incidents .même plus que des incidents, d\u2019un caractère en quelque sorte tragique, l\u2019ont marqué pour tout le temps de sa vie.Vous apercevez là, \u2014 disons dans les écoles du Manitoba \u2014 que tout notre fédéralisme était touché, atteint.C\u2019étaient les principes fondamentaux de la Confédération canadienne qui, pour lui, étaient mis en jeu; c\u2019en étaient les principes qui étaient reniés.Pourtant Bourassa a été tout le temps de sa vie partisan d\u2019un fédéralisme intégral, je dirais même d\u2019un fédéralisme libéral.Ce qu\u2019il voulait, toujours en s\u2019appuyant sur l'Acte Confédératif, c\u2019était un respect mutuel 420 ACTION NATIONALE des droits des deux races de tout ce qui était garanti par le droit positif et constitutionnel.Sur le reste \u2014-ce qui n'était peut-être pas garanti d'une façon expresse par les textes constitutionnels \u2014 il voulait entre les races et les confessions religieuses une tolérance généreuse.Et puis, pour ce qui est du Canada, que la Confédération de 1867 avait acheminé davantage sur la voie de l\u2019indépendance, \u2014 car il ne faut pas oublier que l\u2019on sortait alors d\u2019une période où des hommes comme Galt, comme Ross et comme beaucoup d\u2019autres préconisaient l\u2019indépendance absolue du Canada \u2014 Bourassa donc, qui ne se donnait pas alors comme un partisan de l\u2019indépendance, voulait un Canada qui ne fût pas détourné de sa vocation naturelle, qui pût continuer à se développer selon la logique de son histoire, et selon la logique de son émancipation politique.Vous ave2 là les deux pôles de sa doctrine : un fédéralisme intégral; et en même temps un Canada libre, s\u2019orientant autant que possible vers l\u2019indépendance. Bilan de la vie française au Manitoba PAR LUDGER GUY À l'occasion de la semaine de la Fierté Française on m\u2019a demandé de vous présenter le bilan de la vie française au Manitoba.Sans autre exorde, j\u2019aborde immédiatement mon sujet.Nous sommes approximativement 70,000 Franco-mani-tobains sur une population totale manitobaine de 825,000.Notre proportion est donc de 8% et, remarquez bien, nous sommes fixés à ce 8% depuis nombre d\u2019années.Notre population numérique d\u2019origine française a augmenté mais non pas au-delà de l\u2019augmentation relativement proportionnelle des autres groupes ethniques : nous semblons arrêtés à ce 8%.Evidemment si l\u2019immigration diminue dans notre province nous avons des chances d\u2019élever notre pourcentage.Un aspect tout à fait moderne dans la répartition de notre population franco-manitobaine est le fait que près de la moitié des nôtres se trouvent dans le grand Winnipeg.En effet, il y a presque 14,000 Franco-manitobains dans la ville de St-Boniface, 12,500 dans Winnipeg même et plus de 3,500 dans les autres parties de notre métropole manitobaine, c\u2019est-à-dire dans St-Vital, Fort Garry, St-James, les Kildonans et Transcona.Nous suivons donc le courant général, bien marqué dans la vieille province de Québec, c\u2019est-à-dire ce déplacement de la population rurale vers les grands centres urbains.Toutefois 422 ACTION NATIONALE on peut dire que la majorité des nôtres, pour faible que ce soit, est encore dans les campagnes, en particulier dans les régions de la Rivière Rouge au sud et de la Montagne Pembina au sud-ouest.Notre population catholique demeure proportionnelle à l\u2019augmentation ethnique, quoique dans les villes, en particulier dans le Winnipeg proprement dit, on enregistre de légères pertes.Dans le diocèse de St-Boniface nous sommes 36,000 sur un total de 57,000 et les pertes y sont très faibles par suite de notre groupement dans des centres homogènes et à cause d\u2019un clergé et de communautés bien organisés et entièrement convaincus de la nécessité de maintenir notre vitalité française au grand profit de notre vie religieuse; l\u2019effort qu\u2019on met à garder vives notre langue et une atmosphère françaises n\u2019est pas sans rapporter immensément dans le champ de la foi catholique.Passons au domaine de l\u2019instruction, ou, comme on dit au Manitoba, de l\u2019éducation.Il y a dans notre province 133 écoles que nous pouvons dire nôtres; 103 dans le diocèse de St-Boniface et 20 dans celui de Winnipeg.De ces 133 écoles 7 sont des écoles libres ou paroissiales, donc ce sont des écoles qui échappent au provincial.Cinq de ces écoles libres se trouvent dans le diocèse de St-Boniface et deux dans celui de Winnipeg.Ces sept écoles accueilleraient avec grande satisfaction la nouvelle que le gouvernement provincial manitobain décide un jour, sur recommandation d\u2019une commission royale, de leur accorder des subsides ! Dans ces 133 écoles françaises il y avait, cette année, exactement 500 instituteurs.On trouve une trentaine d\u2019instituteurs d'origine française dans les écoles publiques BILAN DE LA VIE FRANÇAISE 423 neutres, dont 18 dans la ville de Winnipeg.Le nombre de nos instituteurs augmente continuellement grâce à l\u2019impulsion de notre Association d\u2019Éducation.Nous éprouvons encore des difficultés à trouver des instituteurs pour toutes nos classes françaises mais nous prévoyons que d\u2019ici quelques années il y en aura suffisamment et que même nous pourrons en fournir aux écoles anglaises qui en cherchent de plus en plus ces dernières années.Nos instituteurs franco-manitobains seront appelés dans un avenir rapproché à jouer un grand rôle dans la cause de l'unité nationale en enseignant un vrai français aux enfants de nos compatriotes anglo-saxons.Quel est le nombre des écoliers canadiens-français au Manitoba ?Nous n\u2019avons de chiffres que ceux des écoles qui sont sous la houlette de l\u2019Association d'Éducation.Il y en a approximativement 9,200.Cependant dans nos 133 écoles nous comptons un total de 11,700 écoliers.Il y en a à peu près 1,000 qui sont non-catholiques, ce qui laisserait un total de 1,500 écoliers catholiques de langue anglaise; donc 2,500 élèves de langue anglaise.Le 9 mai dernier, 5,650 écoliers écrivaient l\u2019examen ou \"concours\u201d de français de l\u2019Association d\u2019Éducation; cet examen cependant n\u2019est pas offert aux trois premières années du cours, justement ces années où le français n\u2019est pas permis ou officiel au Manitoba; il le sera d\u2019ici un an croyons-nous; c\u2019est une fatalité dans une province de plus en plus bilingue ! Voilà un aperçu rapide de la scène éducationnelle franco-manitobaine; passons à celle de l\u2019économique.Nous n\u2019avons pas de millionnaires, ni de grands industriels ou manufacturiers parmi les nôtres au Manitoba.Quelques individus se signalent en affaires, commerce ou 424 ACTION NATIONALE industrie mais personne n\u2019émerge réellement au plan économique ou financier; ce qui nous porte à répéter que les Canadiens français ne valent rien dans ce domaine.Cependant il est un secteur du plan économique où, au Manitoba comme dans le Québec et le Nouveau-Brunswick, nous rayonnons, un secteur que nous oublions habituellement dans nos considérations sur le Canadien français homme d\u2019affaires et que d\u2019aucuns ignorent malheureusement : celui des caisses populaires et des coopératives.Saviez-vous que nous avons 37 caisses populaires dans nos centres français, 37 caisses comptant en tout 10,000 membres avec un actif de $3,000,000 ?Saviez-vous que les jeunes se sont mis en devoir d\u2019imiter leurs parents, surtout depuis deux ans, et ont fondé 21 caisses possédant un actif global de $7,000 ?Si vous ne le saviez pas, ap-prenez-le et, surtout, publiez-le ! C\u2019est un laurier, le seul, à placer sur notre couronne économique ! De plus, n\u2019oubliez pas que les Franco-manitobains possèdent 12 magasins coopératifs avec 3,000 membres inscrits et opérant des ventes à plus d\u2019un million et demi par année.Ce magnifique jeu financier et commercial des nôtres aura sa publicité du 22 au 26 juin 1959 alors que se tiendra à St-Boniface le 13e congrès annuel des coopérateurs de langue française du Canada.Voilà au moins un coin de notre vie qui nous offre des motifs de fierté française ! Si nous jetons un rapide coup d\u2019oeil du côté de nos professionnels nous constatons que nous possédons un grand nombre de médecins, suffisamment d\u2019avocats, un petit nombre d'ingénieurs, quelques agronomes et quelques diplômés aux hautes études commerciales; ce qui nous fait défaut ce sont surtout les techniciens et les diplômés ordinaires en commerce.Avec le renouveau dans l\u2019administration des écoles manitobaines nous pouvons espérer BILAN DE LA VIE FRANÇAISE 425 voir croître le nombre des nôtres dans les écoles techniques, agricoles ou commerciales.Nous constatons avec regret le petit nombre de jeunes filles qui se destinent aux études universitaires; les sacrifices que s\u2019imposent les Soeurs des Saints Noms de Jésus et de Marie pour maintenir à St-Boniface un collège classique féminin devraient inciter un plus grand nombre de jeunes filles à s\u2019y inscrire.Si le Manitoba français a été heureux de posséder depuis plus de cent ans un collège classique à St-Boniface pour la formation de nos garçons et que ce collège soit fier d\u2019avoir produit un clergé et un corps professionnel de premier ordre, il faut saluer avec joie le développement du Collège St-Joseph d\u2019Otterburne qui comble une lacune dans 1 enseignement des garçons au niveau secondaire; il faudrait espérer que ce collège étende son champ d\u2019action d'ici peu, grâce à l\u2019aide nouvelle du gouvernement, pour inclure des cours commercial et agricole à son programme.Serait-il osé de souhaiter qu\u2019il y ait un jour à St-Boniface même une bonne école technique pour nos jeunes ?et à deux ou trois endroits des écoles ménagères subventionnées par le Département de l\u2019Instruction Publique ?Dans ce domaine nous sommes bien en retard sur nos compatriotes du Québec où les écoles techniques, les écoles d\u2019arts et métiers, les écoles ménagères sont en grand nombre.Un mot sur la scène politique où nous sommes convenablement, voire dignement, représentés.Quoiqu\u2019on dise et publie, les Franco-manitobains ne sont pas tous du même \"bord\u201d en politique; ils l\u2019ont prouvé à la dernière élection provinciale il y a à peine deux semaines.Dans cinq comtés de campagne je répère 24 paroisses que nous pouvons dire canadienne-françaises; savez-vous qui obtint la majorité dans l\u2019ensemble de ces 24 paroisses ?Exac- 426 ACTION NATIONALE tement personne puisque 12 se rangèrent du côté conservateur et 12 également du côté libéral : ce qui prouve que les Franco-manitobains sont sages et ne se jettent pas tous dans la même barque et qu\u2019une certaine presse n\u2019avait pas raison de publier à travers tout le pays que les Canadiens français du Manitoba étaient demeurés du même côté politique.Si on considère les réalisations culturelles des Franco-manitobains on aperçoit en premier lieu le Cercle Molière de St-Boniface, certainement connu jusqu\u2019à la côte du Pacifique et destiné à rayonner bientôt jusqu\u2019à l\u2019Atlantique.D\u2019autres activités telles celles de la Société Historique de St-Boniface et des concerts et opérettes sous la direction de M.Marius Benoist méritent une place au tableau.Et il y a nos jeunes qui, malgré des difficultés insurmontables, organisent des soirées de chants, de danses de folklore ou des concerts grand style.Vous savez que je parle ici en particulier des Gais Manitobains et des Jeunesses Musicales de St-Boniface; les deux groupes ne sont pas encouragés et soutenus comme ils le méritent.J\u2019ai même entendu des parents me dire que les Gais Manitobains étaient trop français et pas assez américains.O scandale ! Je répondais : \"Tant mieux s'ils sont trop français; c\u2019est un signe de vitalité saine.\u201d Le malheur veut qu\u2019il y ait des Gais Manitobains à St-Boniface seulement.Quant aux Jeunesses Musicales leur première année d\u2019existence à St-Boniface sera couronnée à la fin de mai à l\u2019auditorium Notre-Dame par un concert de 5 jeunes artistes de moins de 21 ans, tous de St-Boniface ou Winnipeg; trois cents jeunes du grand Winnippeg, membres de ces Jeunesses Musicales, prouvent qu\u2019il y a chez nous un amour juvénile pour autre chose qu\u2019une musique dégradée et avilissante. BILAN DE LA VIE FRANÇAISE .427 La jeunesse du Manitoba, dans quatre ou cinq de nos paroisses, possède des ciné-clubs où l\u2019on discute en français; il existe deux centres de Jeunes Franco-Manito-bains (genre AJC) où l\u2019on s\u2019entraîne à un patriotisme vigoureux et pratique.Nos groupes d\u2019Action Catholique tiennent peut-être plus à l\u2019exercice de la langue française que l'on ne saurait croire puisque leur littérature vient du Québec et leurs réunions prônent l\u2019usage de notre idiome.Donc chez les jeunes ce n\u2019est pas aussi décourageant qu\u2019on le dit dans certains milieux; il y a au moins un certain nombre d\u2019organisations de jeunesse franchement françaises.Ce qui nous inquiète dans le panorama de la vie française au Manitoba, ce sont les positions perdues par les adultes, par les parents.Combien de Sociétés St-Jean-Baptiste actives avons-nous ?En pratique, avouons-le, nous n'en avons aucune.Où est notre unique club Richelieu ?Il vivote.Y a-t-il des soirées typiquement canadiennes-françaises organisées soit à St-Boniface soit en campagne ?Nos traditions se perdent, nos organisations de vie française dépérissent et meurent à plusieurs endroits.Ce qui nous sauve le plus ce sont surtout nos instituteurs si dévoués et convaincus; ce sont nos commissaires d\u2019écoles qui sont si obstinés à n\u2019engager que des instituteurs catholiques et français; ce sont nos grandes institutions telles le Collège de St-Boniface, le Collège St-Joseph d\u2019Otterburne dirigé par les Clercs de St-Viateur, le journal hebdomadaire La Liberté et le Patriote, notre vaillant poste de radio CKSB et les groupes déjà mentionnés plus haut.II y a des ombres au tableau, il faut l\u2019admettre, et nous en rencontrons plus souvent qu\u2019il ne faut.Ainsi récemment, une enquête, genre Gallup, a été conduite à St-Boniface même; on a posé à un certain nombre de 428 ACTION NATIONALE parents canadiens-français la question suivante : \"Parlez-vous habituellement français à la maison, surtout avec vos enfants ?\u201d 50% ont répondu qu\u2019ils parlaient habituellement anglais (?) et qu\u2019ils comptaient sur nos écoles pour conserver la langue française chez leurs enfants ! C\u2019est renversant et fort inquiétant.Evidemment la même enquête conduite dans nos paroisses de campagne donnerait un résultat plus réconfortant.Voilà pourquoi, au Manitoba français, il faut être avant tout réaliste; la vie française y passe par des courants de pessimisme mais au moment même où tout semble perdu naît un courant formidable d\u2019optimisme par suite d\u2019une réaction heureuse dans certains milieux et sous l\u2019impulsion de chefs religieux (la Providence nous en a toujours fourni d\u2019excellents !) et de chefs laïcs de première valeur.Malgré tout, la vie française ne s\u2019éteindra pas de sitôt au Manitoba ! Ludger Guy Secrétaire général de L'Association d'Education. DISQUES-BOURASSA \u201cIl s\u2019est trouvé que ces deux enregistrements réunis constituent non seulement un document historique du point de vue sonore (voix et style de Bourassa, orateur politique ou conférencier), mais aussi bien un ensemble de considérations et de déclarations qui forment comme une magnifique et vivante synthèse des idées, des luttes, des attitudes sentimentales et des réactions de Bourassa.\u2019\u2019 (François-Albert Angers) \u201cLa bande sonore est néanmoins fort convenable, et par moments étonnamment fidèle.On a l\u2019impression d\u2019une heure ravie au temps, d\u2019un hasard fabuleux qui permet de revivre un moment d\u2019histoire, d\u2019une indiscrétion grâce à quoi l\u2019on saisit non pas des témoignages sur un homme mais l\u2019homme lui-même.\u201d (André Laurendeau) Prix des quatre disques : $25.Adressez votre souscription à : Fonds Henri Bourassa a/s de M.François-Albert Angers, 585 avenue Viger, Montréal. Reportage exclusif CONNAISSEZ-VOUS .'\t?pat P\u201eu JIL Telle est la question que je me suis permis de poser à plusieurs membres de la Special Libraries Association réunis en congrès annuel à Atlantic City, du 31 mai au 4 juin dernier.Ces congressistes occupent des postes importants comme bibliothécaires professionnels dans les facultés d'universités, les hôpitaux, les secteurs spécialisés des bibliothèques publiques, les centres de recherche, les grandes entreprises comme : Institute of Life Insurance (N.-Y.), du Pont de Nemours, Standard Oil, General Motors, American Society of Metals, Standard Brands, Sun Oil, The Detroit Edison, United Steel Corporation, John s-Man ville Research Center, Westinghouse Electric Corporation, etc., etc.Tous les états américains, toutes les provinces canadiennes avaient de nombreux représentants.Il s\u2019agissait donc de gens rattachés aux courants de pensée et aux techniques les plus variés, en contact avec les lecteurs, les livres, les documents et les périodiques les plus divers.Comme on le sait, les congrès sont une occasion favorable aux échanges de vues non seulement sur l\u2019objet propre du congrès, mais sur beaucoup de problèmes connexes.Les conversations particulières que l\u2019on peut avoir permettent de trouver des solutions à certains problèmes communs et des réponses à plusieurs situations plus particulières.La question Connaissez-vous Québec est de cet ordre.Je l\u2019ai 5252 BILAN DE LA VIE FRANÇAISE .431 posée discrètement à un certain nombre de bibliothécaires pris au hasard des quelque quatorze cents qui figuraient au congrès.J\u2019ai cru bon de m\u2019abstenir d\u2019interroger les membres qui exercent actuellement une fonction dans le conseil de l'Association, et les Canadiens qui, par leur activité ou leur milieu, sont plus près du Québec.Si la personne interrogée répondait qu\u2019elle connaissait Québec, elle était amenée à dire par quel moyen et ce qu\u2019elle savait du milieu physique, du milieu humain et du milieu économique.Une centaine de réponses ont été retenues et le résultat est offert en primeur au lecteur de l\u2019Action Nationale.L\u2019enquête a révélé qu\u2019au moins 32% des personnes interrogées n\u2019ont aucune idée précise du Québec.Les autres se partagent comme suit : 27% le connaisse p>ar ouï-dire; 23% le connaisse d\u2019une façon exclusivement livresque; 18% le connaisse pour l\u2019avoir visité et avoir lu quelque chose qui le concerne.Les personnes qui avouent ignorer tout du Québec savent vaguement qu\u2019il s\u2019agit d\u2019une province ou d\u2019une ville du Canada, confondant l'une et l\u2019autre ou à peu près.Elles ne seraient, semble-t-il, pas en mesure de localiser facilement la ville ou la province sur une carte géographique muette.Et, dans quelques cas, ces personnes habitent l\u2019un ou l'autre des états qui ne sont pas loin de la province.Les personnes interrogées qui connaissent Québec par ouï-dire (27%) paraissent en avoir assez long et s\u2019en trouvent heureuses.Elles ne savent rien de précis du point 432 ACTION NATIONALE de vue de la géographie physique, humaine et économique.Pour les unes, Québec, c'est le Château Frontenac qui domine le fleuve St-Laurent, le rocher Perçé dans l\u2019Atlantique, la croix du Mont-Royal à Montréal, le drapeau fleurdelisé un peu partout; pour les autres ce sont les descendants de Français aux familles nombreuses, les villages aux clochers effilés, la feuille et le sucre d\u2019érable, etc.Il est remarquable que quelques-unes des personnes qui se font une telle idée du Québec viennent des états de la Nouvelle-Angleterre où beaucoup de Canadiens français ont émigré.Les autres, dans la proportion de 23%, ont une idée déjà plus nette du Québec, bien que très générale.Ce qu\u2019elles savent du milieu physique, humain et économique elles l\u2019ont appris surtout par les livres, les revues et les journaux d\u2019expression anglaise écrits au Canada et aux États-Unis.Les dictionnaires encyclopédiques, des grandes collections, comme celle de Canada and its provinces sont des sources de renseignements très populaires sur le Québec.Un numéro spécial sur le Québec, comme en prépare le Financial Post et Maclean\u2019s (Canada National Magazine), attire beaucoup l\u2019attention outre-frontière.La barrière de la langue est le grand obstacle.Les Américains, même ceux qui comprennent un peu le français, ne lisent à peu près pas d\u2019ouvrages français écrits au Québec.Environ 5% des personnes consultées ont mentionné connaître un peu le Québec par les Presses universitaires de Laval, ou l\u2019Actualité Économique et la collection des ouvrages sur Notre Milieu publié par l\u2019École des Hautes Etudes commerciales de Montréal.Mais il semble BILAN DE LA VIE FRANÇAISE .433 bien qu\u2019elles ne sont guère allées au delà des sommaires et des têtes de chapitres d\u2019ouvrages.De plus, comme plusieurs bibliothécaires sont engagés par des entreprises faisant affaire au Canada, ils voient le Québec par le prisme des intérêts de leur entreprise : le Québec, c'est le pays du papier, de l\u2019amiante, du cuivre, de l'aluminium, du fer, de l'électricité, etc.Enfin, environ 18% des personnes interrogées ont à la fois une connaissance livresque et concrète du Québec pour l'avoir visité.Cette catégorie est particulièrement intéressante à interroger.Pour elle la géographie du Québec est attrayante sous plusieurs aspects : les Laurentides, les lacs, le fleuve, le contraste entre la région de Montréal, de Québec, des cantons de l\u2019Est, du bas du fleuve, tout cela révèle quelque chose de différent des États-Unis.L\u2019Américain de cette catégorie trouve que le Canadien français n'a pas une façon tellement différente d\u2019outrefrontière de se loger, de se nourrir et de se vêtir.Il se demande si nous parlons un français bien authentique, comparable à celui de Paris, ce qu\u2019il n\u2019est pas près d\u2019admettre.Il regrette de lire tant d\u2019affiches en anglais à Montréal, à Québec et même dans les villes de moindre taille où il y a 95 ou 99% de Canadiens français.Plusieurs de ceux qui ont visité Québec se demandent combien de temps encore on y parlera français et pourquoi on tient tant à le parler.Ceux-là se demandent ce que la France nous a donné et nous donne encore que la Grande-Bretagne et les États-Unis ne nous donnent pas.Tels sont les résultats d\u2019un sondage rapide mais qui ne permet pas de tirer de conclusions générales et définitives.On peut cependant en tirer une double leçon. 434 ACTION NATIONALE D\u2019une part, nos voisins d\u2019outre-frontière forment un bloc anglo-saxon puissamment organisé du point de vue intellectuel, scientifique et technique et qui ne cherche à l\u2019extérieur de ses cadres que ce qui représente un véritable apport immédiat.Les valeurs de civilisation et de culture qui caractérisent notre groupe ethnique n\u2019offrent encore que peu d\u2019attrait de ce côté.L\u2019Américain nous ignore tout simplement ou nous confond avec le grand tout canadien, bien qu\u2019il n\u2019entretienne pas à notre égard les préjugés qui ont encore trop souvent cours chez nos propres compatriotes d\u2019origine anglaise.Il faut convenir, d\u2019autre part, que nous n'avons pas encore produit d\u2019oeuvres qui puissent vraiment s\u2019imposer à l\u2019attention de nos voisins, même sur le plan de la culture et de l\u2019activité des professions qui ont été traditionnellement à l\u2019honneur dans le Québec.Les quelques écrits qui ont une certaine originalité, ont reçu si peu de publicité même dans le Québec qu\u2019ils n\u2019ont pu obtenir que peu de diffusion aux États-Unis.La traduction en anglais de ces oeuvres aurait pu aider à franchir la barrière de la langue, mais on n\u2019a pas pu ou voulu y recourir.Beaucoup d\u2019ouvrages écrits en français au Québec n\u2019ont même jamais été adressés aux bibliothèques spécialisés d'outre-frontière.Les auteurs ou les éditeurs qui l\u2019on fait, retrouvent leurs ouvrages au catalogue des grandes bibliothèques américaines.Si donc nous voulons faire rayonner ce que nous conservons comme valeurs distinctives de tradition et de culture au Canada, il faudra d\u2019abord produire des oeuvres originales et prendre les mesures pour en assurer la connaissance et la diffusion.C\u2019est un des moyens de justifier notre présence comme groupe ethnique particulier au Canada. CONNAISSEZ-VOUS QUÉBEC ?435 Sans publicité bien organisée autour de nos oeuvres de quelque importance, il est impossible de rayonner à l'étranger, surtout aux États-Unis.Incombe-t-il aux auteurs ou aux éditeurs d'en assumer eux-mêmes la charge ?Etant donné le marché restreint dont ils disposent, leurs moyens seraient vite épuisés.Il semble bien que le gouvernement provincial, par le secrétariat de la province, par exemple, aurait ici un rôle à jouer et des plus efficaces pour faire connaître le Québec.L\u2019envoi de dépliants de propagande ne suffit pas; il faut adresser à quelques centaines de bibliothèques importantes le livre, un exemplaire de la revue, etc.C\u2019est le meilleur moyen de les faire pénétrer à l\u2019étranger et de provoquer des échanges du même ordre.Si on avait adressé ainsi le rapport Tremblay, par exemple, on le trouverait au catalogue des bibliothèques américaines et la province de Québec y aurait gagné.Chaque année, certaines oeuvres mériteraient ainsi une large diffusion.Il y aurait évidemment lieu de déterminer à l'avance des critères objectifs pour le choix de ces oeuvres, mais il faut à tout prix une politique soutenue de propagande basée sur quelque chose de constructif. VOCABULAIRE ET CLIMAT MENTAL par Archélas Roy Si chacun balayait le devant de sa porte et un peu chez ses voisins, la ville serait bientôt propre.Si tous les préposés à la diffusion de la pensée se souciaient de la qualité de leur langue, le peuple, qui répète inconsciemment les formules entendues à la radio et lues dans la presse, améliorerait son langage sans qu\u2019il lui en coûtât d\u2019effort.J\u2019énonce là un piètre truisme.Tout truisme qu\u2019il est pourtant, à lire les mauvaises jacasseries de la presse quotidienne on pourrait croire que les journalistes connaissent tous les truismes à l\u2019exception de celui-là.Je m\u2019attacherai donc dans quelques articles (il en faudrait des milliers !) à indiquer les bévues les plus cruelles de nos journaux \"les moins mauvais\u2019\u2019; dans ce domaine, il n\u2019y a pas de \"meilleur\u201d.La tâche est ici d\u2019autant plus difficile qu\u2019on s\u2019adresse aux \"pires sourds\" : les gens de plume étant comme les anciens \"gens de qualité\u2019\u2019, \"ils savent tout sans avoir jamais rien appris.\u201d Les journalistes me répondront facilement qu'ils n\u2019ont pas besoin d\u2019apprendre la langue puisque ce sont eux qui la font, tout comme les nouvelles d'ailleurs ! * * * L\u2019acception des termes a sans doute une certaine élasticité; mais de là à croire qu\u2019elle peut en avoir autant que la conscience professionnelle, il y a une large marge.Si l\u2019on veut redonner au français son ancienne clarté VOCABULAIRE ET CLIMAT MENTAL 437 et son unique noblesse, il ne faut pas donner au mot \"puriste\u201d un sens péjoratif qu'il n\u2019a jamais eu si ce n\u2019est chez les cabotins de la plume qui prêtent à ce terme les couleurs du \"puritanisme\u201d.Il est vrai qu\u2019aux époques de décadence, on a plutôt le goût de la corruption que soif de pureté et qu\u2019on dédaigne toute apparence d\u2019angélisme, ébloui qu'on est d\u2019être fait de boue.On perd tôt ainsi l\u2019échelle des valeurs, subversion qui se traduit dans l\u2019acception des mots.Le sens du qualitatif nous échappe alors au profit du quantitatif à tel point que les métaphores elles-mêmes d\u2019ascendantes qu\u2019elles étaient aux époques d'idéal deviennent descendantes, sinon dégradantes.Cette subversion est une des plus abjectes parce qu\u2019elle pourrit la langue jusqu\u2019en ses moindres radicelles et qu\u2019elle lui enlève toute possibilité de traduire les plus hautes aspirations humaines.Ce \"jacobinisme intellectuel\u201d, la plus basse forme de dégradation de l\u2019intelligence, comme le jacobinisme social est la plus basse forme du pourrissement d\u2019une civilisation, est une des manifestations de notre matérialisme.* * * Qu'un objet nous paraisse beau parce qu\u2019il est énorme, qu\u2019un habit nous agrée d'autant plus qu'il est insolite, qu\u2019une musique nous attire d\u2019autant plus qu\u2019elle est insolente, qu\u2019une littérature prétende à l\u2019art d\u2019autant plus qu\u2019elle est écoeurante, que nous acceptions d\u2019être bafoués dans ce que nous portons de plus noble pour nous vanter d\u2019avoir vécu des expériences prétendues enrichissantes, voilà qui en dit beaucoup sur notre santé morale et encore plus sur notre santé intellectuelle.La perversion de l\u2019intelligence est à la racine de la subversion du vocabulaire et de nos confusions linguis- 438 ACTION NATIONALE tiques.Nous avons affaire à un curieux phénomène de désintégration de l\u2019esprit.Mais pouvait-il en être autrement avec ce climat mental navrant créé par nos dé-mocrateries ?L\u2019intelligence moderne en sécrétant l\u2019irrespect et le scepticisme corrosif a perdu tout sens de sa propre dignité; faut-il s\u2019étonner qu\u2019elle-même soit bafouée ?C\u2019est d\u2019abord d\u2019une restauration intellectuelle et morale que nous avons besoin : restauration de l\u2019intelligence par le respect d\u2019une saine hiérarchie des valeurs et restauration morale par la lutte contre Yinvidia democratica et contre l\u2019adulation de la bassesse.Nous sommes très loin de compte avec l\u2019atmosphère jacobine créée tout autour de nous par la radio et les journaux, et même par certains secteurs de l\u2019enseignement supérieur.(Il faudra d\u2019ailleurs revenir sur ce sujet et parler d\u2019une certaine colonisation mentale de nos facultés, trop perméables à mon gré aux \"vérités\u201d changeantes de la Sorbonne.Pourquoi nous faudrait-il tousser chaque fois que la Sorbonne éternue?O liberté académique des singes!) * * * Il s\u2019agit non pas d\u2019une évolution normale du langage, mais d\u2019une véritable perversion du vocabulaire destinée à révolutionner notre vision de l\u2019univers.Il arrive chez certaines limaces du papier imprimé que les mots changent si subitement et si brutalement de contenu affectif qu\u2019on se demande s\u2019il sera jamais possible de rétablir la santé du vocabulaire.C\u2019est comme si soudainement les vertus devenaient des vices et l\u2019arsenic du sucre.Qu'un jeune plumitif en mal d\u2019émancipation ait pu accuser ses supérieurs de paternalisme sans qu\u2019on lui VOCABULAIRE ET CLIMAT MENTAL 439 conseillât bien paternellement de retourner à son dictionnaire, cela en indique beaucoup non seulement sur notre connaissance de la langue, mais sur notre santé mentale, d\u2019autant plus que des adolescents de quarante ans ont repris en choeur l\u2019accusation dans les domaines du journalisme et de la politicaillerie.Qu\u2019un mauvais jacobin, qui ne trouve d\u2019autre part que des termes de mépris pour qualifier la monarchie, ait pu récemment pondre une alliance de termes aussi saugrenue que \"la Majesté du Parlement\u201d sans provoquer un éclat de rire général, cela est pour le moins inquiétant, à moins que l\u2019on n\u2019ait cru qu\u2019il s\u2019agissait du Sénat romain et non de nos foires de cabotinage.Qu'un petit vermisseau de la plume ait pu en quelques années donner au terme \"réactionnaire\u201d un sens si péjoratif et si monstrueux qu\u2019on évite ce qualificatif comme un épouvantail, cela en dit gros sur la force de nos principes.Qu\u2019on laisse sans passer au bleu un rougeâtre \"petit communiste de sacristie\u201d (selon l\u2019expression du cardinal Ottaviani) sanctifier \"l\u2019ouverture à gauche\u201d (malgré les condamnations du cardinal Roncalli, aujourd\u2019hui S.S.Jean XXIII) en y annexant la belle figure du Christ; que, malgré les leçons les plus élémentaires de l\u2019histoire, on assimile la gauche au dynamisme et la droite à un crétinisme immobile, qu\u2019on définisse ces mots \"en termes de structure mentale\u201d et non d\u2019après leur contenu idéologique, cela laisse rêveur sur notre vigueur cérébrale.Le beau mot de \"tradition\u201d lui-même a été si terni par nos reptiles de la propagande qu\u2019il devient de plus en plus synonyme d\u2019 \"immobilisme cadavérique\u201d.Il n\u2019est pas jusqu'au terme \"chrétien\u201d lui-même qui ne commence à se dévaloriser et faire sourire les gens à la mode; sa malheureuse alliance avec le nom de \"démocratie\u201d n\u2019aura donc pas 440 ACTION NATIONALE plus réussi à le préserver de notre irrespect qu\u2019à baptiser la plus sotte des institutions.* * * C\u2019est ainsi qu\u2019en laissant impunément de mauvais manoeuvres de l\u2019alphabet jouer dans le vocabulaire et changer non seulement l\u2019acception traditionnelle des termes, mais leur contenu affectif, nous nous laissons imposer une nouvelle vision de l\u2019univers. L\u2019éducation en marche par PaJ-£mi& Çl, yrai À entendre les réformateurs ou les hommes du gouvernement, l\u2019organisation de l\u2019enseignement est en panne ou en plein essor.Les uns et les autres ne se soucient pas d\u2019être objectifs; ils vendent d\u2019abord leur marchandise.Les premiers ignorent ou feignent d\u2019ignorer ce qui s\u2019accomplit; les seconds ne connaissent que leurs réalisations.Dans un camp tout retourne à la gratuité scolaire; dans l\u2019autre, à la construction d\u2019écoles.Si nous oublions quelques instants le jeu politique auquel l\u2019on plie actuellement l\u2019éducation, nous saisirons mieux les progrès et les retards qui accompagnent sa marche.Vers 1955, quand le Canada s\u2019est véritablement éveillé à \"la crise de l\u2019enseignement\u201d, les spécialistes ramenaient à quatre aspects principaux le problème à résoudre : l\u2019augmentation des inscriptions, les professeurs, les constructions et le financement.Dans la province de Québec, un cinquième problème s\u2019ajoutait : les structures ou la coordination de l\u2019enseignement.Voyons rapidement ce qui s'accomplit dans chacun de ces secteurs.Constructions Un récent rapport (avril 1959) de la Conférence canadienne des Universités note que la province de Québec occupe le premier rang dans le secteur \"constructions\u201d des collèges et universités.Le rédacteur du rapport, le 442 ACTION NATIONALE Dr E.F.Sheffield, mentionne que les institutions suivantes ont construit ou projettent de construire : Académie de Québec, Collège de Lévis, Séminaire des Pères Ma-ristes (Sillery), École apostolique du Sacré-Coeur (Beau-port), Collège de Hauterive, Séminaire Sainte-Marie (Sha-winigan), Collège de Sainte-Anne-de-la-Pocatière, Séminaire Saint-Joseph (Mont-Laurier), Collège André-Grasset, Collège Jean-de-Brébeuf, Collège de Montréal, Collège Sainte-Croix, Collège Sainte Marie, Collège Jean-Jacques Olier (Verdun), Collège Jésus-Marie (Outremont).Nous pourrions ajouter d\u2019autres projets que le rapport ne mentionne pas, tels ceux du Séminaire de Sainte-Thérèse, du Collège Saint-Paul, du Séminaire de l\u2019Assomption, du Séminaire de Joliette.Toutes les universités françaises ont des constructions achevées et de nouvelles en projet : Laval (médecine, théologie, sciences, commerce.), Montréal (génie, commerce et administration), Sherbrooke (sciences, arts .).Qu\u2019il suffise de nous référer ici aux statistiques du Secrétaire de la province et du Ministre du Bien-être social et de la Jeunesse relativement aux constructions d\u2019écoles primaires ou à celles de l\u2019enseignement spécialisé.Des constructions comme celles de l'Institut des Arts graphiques ou de l\u2019Institut de Technologie sont d\u2019admirables réalisations.Certes les collèges et les universités n\u2019ont pas encore l\u2019espace et l\u2019équipement souhaitables; les écoles centrales et les écoles régionales se développent à un rythme lent; les classes des écoles publiques et des collèges sont le plus souvent surchargées.Le fait demeure cependant que des $100 millions dépensés pour agrandir les collèges et les universités du Canada, Québec a eu une large part. .EN MARCHE 443 Financement Il n\u2019est pas facile d\u2019évaluer ce que coûte l\u2019enseignement dans la province de Québec.Il faut ajouter au budget officiel les subventions spéciales, la part des institutions privées, les frais payés par les parents et dans l\u2019enseignement public et dans l\u2019enseignement privé.Nous avons intentionnellement demandé à une quinzaine de personnes censées au courant des faits ce qu'elles croyaient être le montant des dépenses totales de l\u2019éducation : tous les chiffres différaient, les uns contredisant les autres de quelque $60 millions.Pour 1958-59, les dépenses gouvernementales pour fins d\u2019éducation (par tous les départements) atteignent de $120 à $135 millions, soit environ le quart du budget total de la province.Ce pourcentage se compare à celui de 16.5 p.c.en 1948-49.Le gouvernement provincial accroit donc sensiblement son aide à l'enseignement.Il rachète les dettes des commissions scolaires et, par des subventions, aide à construire les écoles.Il augmente encore son aide à l\u2019enseignement privé.Ainsi la subvention traditionnelle des collèges a été portée de $10,000.à $15,000., puis à $25,000.et une subvention spéciale, atteignant les $20,000.s\u2019est ajoutée à la subvention statutaire.L\u2019enseignement privé a haussé les frais de scolarité et de pension.Par ses souscriptions, il recourt à l\u2019aide des corporations privées, des anciens élèves, des parents et des amis.Plusieurs problèmes demeurent.Les subventions fédérales aux collèges et aux universités s\u2019accumulent dans la caisse d\u2019Ottawa et une entente entre le gouvernement provincial et le gouvernement fédéral retarde.Les commissions scolaires accumulent des déficits, même si quel- 444 ACTION NATIONALE ques-uns profitent d\u2019une hausse de taxes; elles demeurent liées au bon vouloir d\u2019un gouvernement protecteur.Les institutions privées appliquent leurs revenus accrus à des constructions, aux frais d\u2019administration; elles déclarent annuellement de lourds déficits; elles doivent négliger le développement de certaines facultés, l\u2019aménagement des bibliothèques ou le traitement des professeurs.Le signe le plus encourageant est peut-être le cheminement de l\u2019idée de l'éducation, de son importance, de son rôle, de son coût, dans l\u2019opinion publique.En démocratie ou dans la province de Québec la marche d\u2019une idée dans le peuple est encore la meilleure garantie de l\u2019intérêt que lui portent demain les autorités.Professeurs Le problème de la quantité et de la qualité des professeurs a été considéré tant dans les rapports officiels que dans les conférences sur l'éducation comme l\u2019élément primordial de la crise de l\u2019enseignement.À notre avis, le problème des professeurs demeure le plus inquiétant.On s\u2019est soucié de construction d\u2019écoles beaucoup plus que de la préparation des maîtres.L\u2019État et les commissions scolaires acceptent de dispenser l\u2019enseignement secondaire classique; l\u2019université organise un enseignement sous-gradué (sciences, commerce, sciences sociales, etc .) : il ne semble pas que se soient posés des doutes sur la compétence pédagogique des maîtres préposés à ces enseignements.Les collèges privés recrutent difficilement leur personnel enseignant \u2014 religieux et laïque; ils le conservent plus difficilement encore.À peine 3 p.c.des finissants de collèges choisissent l'enseignement comme carrière; des professeurs engagés par les collèges, les uns passent à .EN MARCHE 445 l\u2019université ou à l\u2019école publique et à l\u2019école normale, les autres voyagent d\u2019une institution à l\u2019autre, cherchant de meilleures conditions de travail ou des suppléments de revenus.Le statut professionnel reste indéfini.Les associations de professeurs prennent corps; elles n'ont pas encore obtenu que soient généralement déterminés les termes collectifs de leur contrat d\u2019engagement, les plans de retraite et de sécurité sociale, la réglementation des absences, des congés et des voyages d\u2019étude, les conditions de leur promotion ou une politique d\u2019encouragement de la recherche et des publications.L\u2019enseignement public primaire et secondaire (8e-12e année) apparaît dans une meilleure situation.Les inscriptions dans les écoles normales augmentent à un rythme imprévu.Les professeurs complètent leur prépartaion en s\u2019inscrivant à des cours d\u2019été et à des cours du soir.On nous assure que plus de la moitié des membres du personnel enseignant suivent des cours de perfectionnement.Les conditions de travail dans l\u2019enseignement public sont mieux définies; elles sont suffisamment attrayantes pour gagner les jeunes.Il demeure cependant que l\u2019exode des professeurs vers les villes et les municipalités plus riches se continue aux dépens des centres moins fortunés, mal administrés ou négligés des autorités, aux dépens surtout des enfants du milieu rural.Inscriptions Les prévisions établies par les experts il y a cinq ans sont nettement dépassées.La population des collèges classiques, qui était de 10,000 en 1939 et de 17,000 en 1953, atteint aujourd\u2019hui les 25,000 et approchera en 1965 446 ACTION NATIONALE les 40,000.Le taux d\u2019accroissement des inscriptions au niveau collégial et universitaire est passé de 3.5 p.c.en 1939, à 7% en 1953 et touchera bientôt les 10 p.c.Le nombre des étudiants à l'université sera environ 24,000 en 1966, à comparer à 14,000 en 1957.Pourtant ce taux d\u2019accroissement des inscriptions au niveau secondaire et universitaire est encore de beaucoup inférieur au taux de fréquentation scolaire dans les collèges et universités de langue anglaise qui s\u2019établissait déjà à 17.5% en 1957.D\u2019où il apparaît que les tenants de la fréquentation obligatoire prolongée et de la gratuité scolaire jusqu\u2019à la douzième année doivent persévérer dans leur campagne.Il semble aussi que l\u2019État doive intervenir dans l\u2019organisation d\u2019une sélection méthodique des enfants de talent dans la province en aidant et suppléant au besoin les institutions d\u2019orientation.Structures Les progrès de la coordination de l\u2019enseignement, les changements des structures de l\u2019enseignement sont le fait qui échappe à l\u2019attention du public, mais aussi des journalistes, conférenciers, hommes politiques, etc, qui se mêlent d\u2019éducation.Or ici l\u2019évolution est extrêmement rapide et profonde.L\u2019enseignement a refait ses cadres, redéfini ses exigences.L\u2019enseignement public débouche, après la lie année, sur de multiples orientations et carrières; il prend progressivement à charge l\u2019enseignement classique, ayant, depuis dix ans à peine, ouvert une quarantaine de sections classiques.Les collèges privés et les facultés des arts des universités introduisent des bifurcations à l\u2019intérieur EN MARCHE 447 du cours classique : sections latin-sciences et latin-grec au niveau Lettres, sections sciences naturelles, sciences sociales, humanités au niveau philosophie; ils songent à une réforme du cycle de philosophie, à des études spécialisées, prolongées, qui mèneraient à un baccalauréat avec \"honours\u201d.L\u2019université, on l\u2019a vu plus haut, organise une École de sous-gradués, tant pour accueillir les élèves des écoles publiques (lie et 12e année) que les Rhétoriciens, les Versificateurs mêmes des collèges et pour orienter un plus grand nombre d\u2019étudiants vers les facultés où le recrutement faisait jusqu\u2019ici défaut v.g.sciences sociales, hautes études commerciales, sciences pures.Il est véritablement étonnant et encourageant de relire le rappport du sous-comité de coordination de l\u2019enseignement et de constater le chemin parcouru en quelques années.Sans doute ces changements gagneraient à être mieux dirigés : on a l'impression que les autorités provinciales ou universitaires sont emportées dans le mouvement sans avoir le temps de peser la conséquence des transformations; on pose des faits dont on s\u2019accommodera ensuite.Le collège classique est ballotté par toutes les pressions : on lui suggère de quitter l'enseignement des quatre premières années et de le laisser à l\u2019école publique; l'université ouvre à ses côtés une variété de collèges universitaires; les commissions scolaires annoncent que bientôt certaines de leurs écoles mèneront leurs élèves au baccalauréat.On souhaitait il y a peu de temps une coordination de l\u2019enseignement, la multiplication des voies d'accès aux facultés universitaires, il semble aujourd\u2019hui que se pose plutôt un problème de coordination des initiatives. Politique internationale L'ANGLETERRE 1960 par f^ean Cjenest \"L'Angleterre, a dit Lord Palmerston dans une description classique, n\u2019a pas d\u2019amis ou d'ennemis permanents, elle n\u2019a que des intérêts éternels.\u201d Mais en I960, où sont ses intérêts ?Une certitude s\u2019impose à tous les observateurs perspicaces de l\u2019histoire du monde européen, c\u2019est qu\u2019un drame d\u2019une incalculable portée s\u2019y joue et l\u2019orientation que prendra l\u2019Angleterre aura des répercussions décisives sur sa propre histoire, sur celle de l\u2019Europe et peut-être sur celle du monde.Quinze ans après la deuxième Grande Guerre le visage de l\u2019Europe s\u2019est considérablement transformé.Autant par crainte de la menace russe qui cherche à la vassaliser ou à la réduire au déprimant état de satellite que par la claire vue des avantages multiples à tirer d\u2019une union plus étroite, l\u2019Europe a mis de côté ses haines séculaires et a entrepris de se rebâtir comme une unité à tendance confédérative, unité encore floue dans ses formes juridiques mais très nette dans sa vitalité.Le vieux réalisme du Moyen-Age réapparait dans un tout autre contexte, avec une tout autre souplesse.C\u2019est comme si le saint empire romain reprenait vie dans un pluralisme culturel, linguistique et religieux, sous une forme laïcisée et purement pragmatique.Les problèmes modernes L\u2019ANGLETERRE I960 449 de la défense et du progrès industriel et scientifique exigent la formation d un pool européen des moyens et des talents.L\u2019Europe n'est pas encore sclérosée ni moribonde, elle connait un spectaculaire rebondissement vers une formule originale et prometteuse.Des morceaux brisés par les nationalismes et les guerres se ressoudent.Devant la Russie et ses 200 millions d\u2019habitants, devant les États-Unis et ses 176 millions, l\u2019Europe-Unie alignerait actuellement près de 170 millions d\u2019habitants.Le troisième bloc désiré pour la paix du monde prend forme et vigueur.Si l\u2019Angleterre par une politique résolue entrait dans la fédération européenne, celle-ci atteindrait plus de 220 millions d\u2019habitants.Au point de vue richesses économiques et recherches scientifiques, cette Europe serait exceptionnellement bien équipée.Elle aurait son mot à dire dans les futures relations entre les nations, et la Russie, désinvolte et menaçante vis-à-vis chaque pays européen séparé, retrouverait certainement devant une Europe-Unie, en même temps, plus de prudence et plus de courtoisie.L\u2019évolution du monde en serait transformée.Où sont les vrais intérêts de l\u2019Angleterre en I960 ?L'Angleterre est arrivée à ce point de son histoire où il lui faut prendre des décisions qui sont des risques hors des sentiers battus.Ses dirigeants doivent moins suivre les exemples et les doctrines d\u2019une histoire immédiate que créer des solutions adaptées à un monde nouveau.Le visage du monde de demain est encore dans l'inconnu mais quelques traits sont perceptibles.Nous voudrions esquisser en ce court article le dilemne où l'Angleterre contemporaine se trouve engagée et éclairer par là les événements quotidiens que les nouvelles de chaque jour nous émiettent sans nous permettre toujours d'en extraire une synthèse intelligible et cohérente. 450 ACTION NATIONALE Aucun pays comme l\u2019Angleterre ne nous est à la fois si lointain et si proche, nul n\u2019est à la fois si mesquin calculateur et pourtant si sage, nul n\u2019est si étroit en ses visées et si patient, si égoïste en ses buts prochains et si généreux en ses idéals, nul n\u2019est à la fois et en même temps si rempli de gloire et si proche de la décadence, il est dans une époque de transition où se joue tout son avenir.Bref, ce pays autrefois détesté par presque tous les pays du monde est aujourd\u2019hui encore universellement admiré.On pourrait répéter de l'Angleterre ce qu\u2019on a dit de l\u2019un de ses ministres : \"Ses défauts sont tout de suite évidents mais on passe sa vie à lui découvrir de nouvelles qualités.\u201d Reportons-nous à la fin de la dernière grande guerre.Trois grands faits ont contribué à transformer la politique et l'économie de l\u2019Angleterre.En premier lieu, elle n'est définitivement plus une île invulnérable.L\u2019Angleterre peut être bombardée et détruite.Ses frontières ne signifient plus rien, elles sont au-delà de la Manche.Dans une ère de bonne entente elle avait déjà admis qu\u2019elles étaient fixées au Rhin, simple assurance donnée à la France dont elle se déclarait solidaire contre l\u2019Allemagne.Aujourd\u2019hui, rien de cela n\u2019est plus vrai : aucun pays n'a de frontières géographiques suffisantes.Les V-l, les V-2 et les bombardements aériens ont détruit ou endommagé le tiers de toutes les habitations anglaises, de 1941 à 1944.Il n y a pas moyen de fermer tout à fait le ciel.L\u2019Angleterre n est plus une île, elle fait partie d\u2019un continent, ou mieux, elle fait partie du monde.Elle doit refaire ses alliances.Son splendide isolement de plusieurs siècles lui a permis d\u2019être l\u2019arbitre de l\u2019équilibre européen, tantôt solidaire de la France surtout dans les guerres, tantôt solidaire de l\u2019Allemagne surtout dans les traités de paix.Aujourd\u2019hui, elle sait que l\u2019équilibre mondial ne dépend pas d\u2019elle. L'ANGLETERRE I960 451 Elle est dépassée.La mesure de sa nouvelle stature dans le monde d\u2019après-guerre et les rebuffades reçues de l\u2019extérieur sont les causes d\u2019une frustration qui explique bien des comportements.Comme l\u2019Espagne qui aime rappeler son XVIe siècle, comme la France qui insiste sur son XVIIIe siècle, l\u2019Angleterre aime revenir sur son XIXe siècle.Travaillistes et conservateurs ont parfois des paroles pleines d\u2019amertume sur la situation mondiale.Arbitre de rien, elle se sait elle-même arbitrée.La fin de son isolement est aussi la fin de son règne et de son indépendance.Elle n'est plus que la première nation entre les nations de deuxième ordre.Même cette position n\u2019est plus certaine si l\u2019Angleterre garde une politique insulaire, c\u2019est-à-dire limitée à son île.Elle apprit que les empires sont mortels.Le sien s\u2019est défait en quelques années.Toutes ses finances et celles de plusieurs autres pays, ont servi à défrayer la deuxième guerre mondiale.L\u2019heure du triomphe passé, l\u2019Angleterre a traversé une époque de profonde angoisse.Il fallait rebâtir et elle était endettée.Elle a demandé et reçu de l\u2019aide.Elle s\u2019est privée.Sa conduite digne, pleine d\u2019énergie et de volonté, a réussi à lui redonner des forces économiques.Elle a restauré son prestige économique.Son budget est de nouveau équilibré.Les nations ont confiance en elle.Spectacle magnifique d\u2019une nation qui, par l\u2019austérité et l\u2019audace, sait éviter la banqueroute éminente, rétablir son crédit et conserver son ancien prestige.Néanmoins cet effort entraîna des changements sociaux incalculables.Ainsi après le passage du parti travailliste au pouvoir, il ne restait plus que 400 personnes à posséder un revenu annuel supérieur à $25,000.Les impôts sur les successions et sur les revenus ont réussi une véritable 452 ACTION NATIONALE révolution par le nivellement des classes dans une bourgeoisie moyenne et par la socialisation très avancée du capital.Ce pays du libéralisme est devenu l\u2019un des pays les plus fortement socialisés du monde occidental.Toutes ses forces étant absorbées par les problèmes intérieurs, l\u2019Angleterre vit surgir de partout des nationalismes exigeants au coeur même de son empire.Nous pûmes assister à toutes ces crises où s\u2019effondra l\u2019Empire.Sage, l\u2019Angleterre ne s\u2019est pas entêtée : elle a accordé ce qui paraissait inévitable et elle a préparé l\u2019évolution rapide des membres de l\u2019Empire vers la conquête de la pleine souveraineté politique.Bientôt il ne restera à l\u2019Angleterre que quelques anciens pays devenus partenaires dans un Commonwealth auquel l\u2019Angleterre semble attacher un grand prix.Dans la politique mondiale, que vaut le Commonwealth ?Il paraît avoir une portée plus sentimentale que décisive.Il suffit de se rappeler comment les pays du Pacifique, Australie et Nouvelle-Zélande, menacés d\u2019être attaqués par les Japonais durant la Guerre du Pacifique, se firent répondre que l\u2019Angleterre ne pouvait disposer ni d'un soldat ni d\u2019un navire pour les défendre.Ces pays durent leur liberté aux seuls États-Unis.Dans une guerre contre la Russie, le Canada pourrait-il compter sur l\u2019Angleterre ou même sur le Commonwealth ?Australie, Nouvelle-Zélande et Canada savent les limites de l'Angleterre, c'est pourquoi le Commonwealth, pris en lui-même, vaut ce que vaut un plan grandiose, consolant pour l\u2019Angleterre, chimérique pour les autres.L\u2019Angleterre s\u2019accroche au Commonwealth à cause de la fraternité de race avec les pays composants (mais les Indes, le Pakistan, l'Afrique ?) et parce que c\u2019est à L'ANGLETERRE I960 453 peu près tout ce qui lui reste de son aventure impériale.Elle est la mère des Parlements du monde.Un attrait historique et sentimental lui fait-elle croire à la solidarité véritable des liens à l\u2019intérieur du Commonwealth ?Ce Commonwealth ne serait-il qu'un pas intermédiaire en vue de la formation d'un nouveau bloc mondial, celui des pays anglo-saxons, ce qui inclurait même les États-Unis ?Nous reviendrons sur cette idée.Actuellement tous les sacrifices d\u2019après-guerre ont conduit à quoi ?A un budget équilibré et à un empire en ruines.Encore ici un sentiment de frustration profonde ne peut être évité, même avec l\u2019existence idyllique du Commonwealth.Comme toutes les nations l\u2019Angleterre a appris ce troisième fait : l\u2019ère des missiles thermonucléaires est arrivée.À peine sort-elle d\u2019une guerre mondiale qu\u2019elle est dominée avec l\u2019univers entier, par le cauchemar d\u2019une troisième grande guerre.Cette troisième grande guerre n\u2019existe pas, n\u2019existera peut-être pas mais cet être de raison, ce terrible être possible oriente déjà toutes les énergies des peuples, toutes leurs politiques et toutes leurs alliances.Dans cette nouvelle étape de l\u2019histoire l\u2019Angleterre voit à jamais perdu tout leadership militaire et politique.Partout elle ne voit que dépendance.Il a été un temps où les États-Unis et l\u2019Angleterre ont pu s\u2019équivaloir en puissance et se parler comme entre égaux.Mais dans l\u2019âge des bombes atomiques et des missiles d\u2019une portée de 8,000 milles et dont chaque cône pourrait détruire toute vie dans un rayon de 400 à 500 milles carrés, aucune nation européenne ne peut être comparée aux États-Unis.La marge de puissance industrielle, militaire et internationale est telle que l\u2019Angleterre est davantage une puissance de seconde zone qu\u2019une égale des États-Unis.Comme écrivait M.Torn Kent, ancien éditeur du Winnipeg Free Press : \"Même la 454 ACTION NATIONALE plus haute des collines est encore une colline à côté du sommet d\u2019une montagne.\u201d Qu\u2019elle le veuille ou non, la protection des îles anglaises et de sa population dépend d\u2019une autre puissance, celle des États-Unis.La raison le réalise assez vite mais le comportement général et l\u2019adaptation d'une politique appropriée prennent plus de temps à être déterminés.Le sentiment de cette dépendance au point de vue international, avec ce que cela comporte de perte de puissance dans le concert des nations, vis-à-vis l'Amérique du Sud et l\u2019Asie par exemple, est un autre motif d\u2019irritation et de lassitude.L\u2019Angleterre, si grande durant la guerre, si énergique dans l\u2019après-guerre, ne lui semble-t-il pas que l\u2019ère de ses grands triomphes et de ses grands hommes est finie (ce qui expliquerait cette réaction de certains européens qui ne peuvent trouver rien de bon en Amérique), qu\u2019elle n\u2019a plus que des chefs \"vêtus de gris\u201d ?La grisaille de la vie est plus épaisse au lendemain des jours d'héroïsme.Pour aggraver la situation l\u2019Angleterre traverse en même temps une grave crise religieuse : sur 28 millions d\u2019anglicans, 6 millions à peine seraient pratiquants.Devant les opinions laxistes de pasteurs et d\u2019évêques officiels on connaît des vacillations troublantes sur des questions doctrinales comme cette affaire de l\u2019église protestante aux Indes, comme dans les questions du divorce et du birth control par les pratiques anticonceptionnelles.La crise spirituelle se manifeste par l'inquiétude des âmes sur les buts de la vie, par une plus grande facilité à accepter les nourritures terrestres, mais les esprits restent insatisfaits, déçus quant au présent et volontiers cyniques quant à l'avenir.Devant cette crise du protestantisme, semblable à la crise religieuse que traversa l\u2019Europe d\u2019après-guerre, L'ANGLETERRE I960 455 on comprend mieux le rôle important jouée par la présence de près de 5 millions de catholiques pratiquants.Ce pays qui possède une civilisation si riche ne connaît pourtant pas l\u2019effondrement moral ou les démissions absurdes.Plusieurs faits pourraient en témoigner.Rappelons seulement cette extraordinaire histoire que nous pourrions appeler \"la conquête de l'énergie\u201d.Un pays industrialisé comme l\u2019Angleterre ne peut se passer d\u2019énergie pour mettre en branle tout son appareil industriel.Toujours plus d\u2019énergie utilisable reste la condition de son progrès.Il y a le charbon mais pour plusieurs raisons, la production ne dépasse plus 200 millions de tonnes.Il y a l\u2019huile mais il faut aller le chercher au Moyen-Orient.Délogée de l\u2019Iran, son ravitaillement menacé aujourd\u2019hui par la crise de Suez, demain par l\u2019humeur d\u2019un pays arabe, p>ar l\u2019éventualité même d'une guerre où l\u2019aviation et les sous-marins ennemis pourraient bloquer la Méditerranée et l\u2019Atlantique pour une longueur de temps imprévisible, l\u2019Angleterre verrait toutes ses industries s\u2019arrêter les unes après les autres, faute de carburant.Cloîtrée dans son île, elle sait que si l'ennemi contrôle ses sources d\u2019énergie, elle serait à sa merci.Elle s\u2019est alors lancée dans la conquête de l\u2019énergie atomique.Dès 1967, d\u2019après certains, l\u2019Angleterre tirerait 40% de l\u2019énergie totale requise pour la bonne marche du pays, d\u2019une quinzaine de grandes centrales d\u2019énergie atomique.Audacieusement elle a lancé ses savants et ses techniciens à l\u2019assaut de l\u2019inconnu par la recherche pure, pendant que ses ingénieurs et ses économistes trouvent les applications qui lui assureront l\u2019autonomie ou même l\u2019autarcie en énergie.Solution de grande classe aux répercussions insoupçonnées qui oblige le pays à se maintenir au premier rang 456 ACTION NATIONALE au point de vue scientifique.Le budget national, l\u2019effort militaire, l\u2019industrie, l\u2019avenir même du peuple anglais deviennent dépendants des recherches entreprises dans les laboratoires.Qui n\u2019admirerait cet esprit d\u2019aventure, ce risque calculé qui déjà commence à porter ses fruits.Si devant des problèmes de quantité l'Angleterre connaissait forcément des déceptions, elle réagit à l\u2019européenne en cherchant une réponse par la qualité de l\u2019esprit.Si intéressantes que soient certaines initiatives le présent exige un réalisme sobre.Pour l\u2019Angleterre, les colloques ou l\u2019absence de colloque entre la Russie et les États-Unis, sont un motif de perpétuelle anxiété.Elle veut absolument être présente à toute rencontre bien que son rôle effectif ne puisse être que celui d\u2019un tampon ou du compromis honorable.Elle comprend très bien que le sort du monde se joue présentement entre l\u2019U.R.S.S.et les États-Unis mais elle comprend très bien aussi qu\u2019à toute rencontre où elle ne serait pas présente, ce pourrait être le sort de l\u2019Europe qui se déciderait.Elle n\u2019a qu\u2019à se rappeler le sort de la Pologne entre les mains de M.F.D.Roosevelt et elle a bien d\u2019autres motifs d\u2019être inquiète, même si les représentants américains actuels sont d\u2019une toute autre classe que ceux de Yalta et Postdam.L\u2019Angleterre a une certaine expérience, elle se rappelle que pendant trois siècles elle a joué vis-à-vis l'Europe le rôle d\u2019arbitre de l\u2019équilibre entre les nations; actuellement elle craint l\u2019Amérique dans son rôle d\u2019arbitre de l\u2019équilibre mondial, rôle où les Alliés pourraient être appelés à servir les intérêts américains au détriment des intérêts proprement européens.Et puis, tant d\u2019intérêts économiques plus ou moins sordides se cachent derrière les programmes politiques ! Elle veut être présente, elle veut que l\u2019on ne trouve jamais moins de Trois Grands dans le monde. L'ANGLETERRE I960 457 Le concept de souveraineté nationale évolue.La direction ultime de la politique internationale lui échappe par secousses parfois tragiques : les événements de Suez l\u2019en ont bien convaincue.Alors en ce jeu terrible où se détermine le sort des peuples, l\u2019Angleterre craint de laisser aux États-Unis seuls le soin de définir ce que serait un casus belli, de juger ce qui exigerait une guerre limitée ou une guerre totale.C\u2019est pourquoi si elle consent à recevoir des missiles sur son territoire, aucun d\u2019eux ne pourra être lancé sans qu\u2019elle-mème donne son approbation.Ou mieux encore, elle veut posséder les siens propres et augmenter sa marge d\u2019autonomie en ce qui regarde la défense de son territoire.En cas de guerre en ces prochaines années, l\u2019Angleterre voit son sort de plus en plus dépendant des décisions et de la puissance américaine.Seuls les États-Unis ont une force de contre-attaque décisive.Dès la première attaque les principales villes anglaises seraient probablement détruites, la contre-attaque serait bien faible sans l\u2019appui total d\u2019un pays étranger, les États-Unis.Ainsi, pour envisager un futur, absolument parlant, l\u2019Angleterre et l\u2019Europe doivent accepter le leadership américain.L\u2019Europe est encore une vingtaine d\u2019années en retard sur les États-Unis en industrie, en standard de vie et en découvertes scientifiques.Elle se sent coincée entre deux géants rivaux qui se surveillent étroitement et dont l\u2019un, dans le cas d\u2019une guerre, sortira maître du monde.C\u2019est en face de cette hypothèse de travail qu\u2019il faut placer l\u2019Angleterre : parfois elle joue son jeu avec audace et sagesse, parfois elle se laisse aller à une inconscience devant le problème qui déconcerte même ses amis.Le Livre Blanc sur la défense publique, publié en 1957, définissait très clairement la règle de conduite de l\u2019Angleterre : \"La défense 458 ACTION NATIONALE de l\u2019Angleterre n\u2019est possible que comme partie de la défense collective du monde libre.\u201d Mais ces paroles restent vagues sur son intégration réelle au monde libre, à quel monde libre ?L\u2019Angleterre se trouve devant un dilemne vraiment cornélien.Elle ne peut rester isolée, il lui faudra prendre option devant le monde qui évolue d\u2019une façon accélérée.Elle peut s\u2019unir à l\u2019Europe, devenir partie intégrante de l\u2019union européenne; cette dernière est en train de se former et elle finira, si une paix précaire le permet, par devenir une troisième force mondiale, avec un système fédératif très souple.Dans ce concert restreint de nations égales, l\u2019avis anglais y pourrait devenir souvent déterminant.Ou l\u2019Angleterre peut chercher à former une fédération des pays anglo-saxons où les États-Unis auraient la prépondérance en tout.Dans le premier cas (l\u2019Europe-Unie), l\u2019Angleterre se verrait dans l\u2019obligation de relâcher ses liens avec le Commonwealth, et dans le cas d\u2019une union des pays anglo-saxons, elle garderait ses liens avec le Commonwealth mais se verrait transformée en superporte-avion solidement ancré dans la Mer du Nord avec une armée de missiles bien orientés vers la Russie et dont l\u2019allumage dépendrait assez peu de sa volonté souveraine.Autrement dit, à toutes fins pratiques, tout en conservant sa royauté constitutionnelle, elle pourrait être considérée comme le 51e état des États-Unis.Ce dilemne et ses conséquences rend l\u2019Angleterre hésitante.Actuellement elle donne des assurances à tout le monde, à l\u2019Europe, au Commonwealth, aux États-Unis.Elle voudrait bien amorcer une politique extérieure indépendante, comme l\u2019aventure de Suez ou le voyage de M.Macmillan à Moscou, mais cela n\u2019aboutit nulle part qu\u2019à l\u2019échec.Sa politique exté- L\u2019ANGLETERRE 1960 459 rieure, si assurée devant l'ennemi, reste perplexe devant ses amis.Pourtant une politique neuve et audacieuse reste pressante.Ce dilemne ne date pas d\u2019hier.M.Winston Churchill a incarné ces deux tendances et elles se retrouvent intactes dans son héritage politique à ses successeurs.Il a toujours été l\u2019un des plus grands avocats de l\u2019union avec l\u2019Europe.Il a parlé à Paris et à Strasbourg en faveur d\u2019une fédération européenne.Le marché commun qui s\u2019établit à l\u2019intérieur du continent européen et qui vise à abolir graduellement toutes les frontières commerciales entre la France, l'Italie, l\u2019Allemagne et le Bénélux, ne pouvait laisser l'Angleterre indifférente, car maintenant n\u2019importe quelle industrie continentale, assurée de pouvoir écouler ses produits auprès de 170 millions de consommateurs éventuels, pourra produire davantage, diminuer son prix de revient, posséder un meilleur équipement industriel, exporter à meilleur compte et vaincre l\u2019Angleterre sur tous les marchés mondiaux.En dehors du marché commun, la seule concurrence allemande actuelle l\u2019évince de nombreux pays, cela donne à réfléchir.Si l\u2019Angleterre refuse de faire partie de ce marché commun elle verra les impôts douaniers sur ses produits l\u2019exclure à peu près complètement du marché européen.Dès qu\u2019il s\u2019agit de commerce, l'Angleterre ne peut rester indifférente, il faudra qu\u2019elle prenne partie, et les observateurs doutent que le Commonwealth soit une compensation ou un encouragement suffisant pour maintenir son standard de vie.Les six pays européens dont nous avons parlé, ont aussi établi un pool des matières premières, des recherches dans le domaine de l\u2019énergie atomique (l\u2019Euratom), des services de l\u2019aviation civile (Europair), etc., l\u2019isolement en ces domaines n\u2019est-il pas dangereux ? 460 ACTION NATIONALE L\u2019alternative consiste dans l\u2019union fédérative de tous les pays anglo-saxons, principalement avec les États-Unis et le Canada.N'est-ce pas le même M.Winston Churchill qui a écrit l\u2019histoire des peuples anglo-saxons ?N\u2019est-ce pas lui aussi qui a popularisé l\u2019anglais basique comme langue de communication mondiale.Sa formation impérialiste a trouvé un succédané grandiose dans cette idée d\u2019une superhégémonie des pays anglo-saxons prenant en tutelle les pays moins favorisés, les pays dépassés par les événements, et s\u2019imposant comme arbitre dans le monde.A l\u2019empire anglais il substitue l\u2019idée d\u2019un empire anglo-saxon où l\u2019Angleterre pourrait trouver à la fois comme un achèvement de sa destinée et un perpétuel appel à la grandeur.Tout un côté de la mentalité anglaise est pétrie et imprégnée de l\u2019histoire de la création et du développement des pays colonisés par l\u2019Angleterre, ce que M.Arthur Lower, professeur à l\u2019université Queen\u2019s de Kingston, appelle d\u2019un mot pittoresque, l\u2019Anglo-Saxondom.L\u2019homme ne vit pas que de pain et l\u2019Angleterre trouverait un regain de vie dans cette consolante idée que c\u2019est elle qui a mis au monde cette unité fédérale anglo-saxonne aux morceaux stratégiquement distribués.Le sentiment d\u2019une mission accomplie serait comme une compensation devant l\u2019acceptation obligée du leadership américain dans une telle fédération.En une telle hypothèse, le monde de demain aurait trois faces principales : l\u2019U.R.S.S., les États-Anglais, l\u2019Europe-Unie.L'histoire des relations anglo-américaines est très instructive pour ceux qui rêvent d\u2019un rapprochement entre tous les pays de langue anglaise.Les États-Unis se sont révoltés, ont souvent adoptés des attitudes désinvoltes et crânes mais l\u2019Angleterre a toujours manifesté une sympathie active pour les États-Unis, elle les a favorisés autant L\u2019ANGLETERRE 1960 461 qu'elle a pu.Trois fois au moins le Canada fera les frais de cette sympathie au temps où l\u2019Angleterre réglait nos relations extérieures.Ainsi devant les demandes américaines l'Angleterre laissa reporter notre frontière de l\u2019ouest, du 45e au 49e degré de longitude; elle laissera se fixer la frontière du Maine à seulement cinquante milles du fleuve Saint-Laurent; et la frontière de l\u2019Alaska, grâce à sa condescendance, ne laisse aucun débouché vers le Pacifique à près de la moitié de la Colombie britannique.Les Anglo-Canadiens loyalistes qui avaient fui les États-Unis pour rester fidèles à la couronne anglaise n\u2019ont pas vu les intérêts de leur nouveau pays, le Canada, bien protégés.L\u2019Angleterre a préféré favoriser les fils révoltés plutôt que les fils fidèles.Ces faits et bien d\u2019autres permettent aux observateurs de dire qu\u2019aucun obstacle grave ne s\u2019oppose à un rapprochement de nature fédérative entre les États-Unis, le Commonwealth et l\u2019Angleterre.Si M.Churchill semble avoir oscillé entre l\u2019Europe-Unie et les États-Saxons, du moins sut-il présenter les deux grandes idées fondamentales de la politique extérieure anglaise en I960.M.Harold Macmillan, premier ministre actuel, qui ne semble pas avoir la même envergure que M.Churchill en politique internationale, appuie résolument le Commonwealth.Au début de 1958, il visita l\u2019Australie, la Nouvelle-Zélande, l\u2019Inde, le Pakistan et Ceylan.À son retour à Londres il déclarait : \"La communauté du Commonwealth, formée de vieux et jeunes pays, est vivante, vigoureuse et présente quelque chose d\u2019absolument unique.\u201d En juin, il répéta les mêmes idées à Ottawa.En septembre, la conférence Finances et Commerce dans le Commonwealth, qui eut lieu à Montréal, étudia les moyens de développer le commerce entre les pays du Commonwealth.Les voyages de la famille royale 462 ACTION NATIONALE (mari, soeur, tante) cherchent à resserrer les liens entre tous les territoires participants.Tout ceci fait partie d\u2019une politique : elle semble acceptée et même favorisée par M.Diefenbaker, premier ministre du Canada.Cette politique avant tout commerciale fait reculer les possibilités de l\u2019entrée de l\u2019Angleterre dans une union européenne ou dans une union anglo-saxonne qui incluerait les États-Unis, et par le fait même elle paraît accentuer l\u2019indépendance de l\u2019Angleterre vis-à-vis les États-Unis et l\u2019Europe.C\u2019est comme si elle répétait le mot fameux de César : \"Je préfère être premier dans mon village que deuxième à Rome.\u201d Cette solution du Commonwealth ne peut être qu\u2019une solution partielle et transitoire car les membres ne peuvent rester attachés qu\u2019en autant qu\u2019ils y trouvent un intérêt commercial.Comme en temps de guerre cet intérêt disparaît, le Commonwealth ne paraît pas une solution durable et profonde de l\u2019histoire anglaise.Le Commonwealth reste une page d\u2019histoire qui n\u2019achève pas de mourir plutôt que le matériau d\u2019un monde en construction.La tendance européenne de l\u2019esprit anglais et de son histoire l\u2019éloigne des États-Unis.La tendance anglo-saxonne l\u2019en rapproche.Ce qui est purement anglais se contenterait du Commonwealth, solution pacifiste, sans portée sur les événements et sans avenir réel.Reste le dilemme.Comment savoir ce que l\u2019avenir nous réserve et le rôle décisif que peut y jouer l\u2019Angleterre ?Les dirigeants anglais qui favorisent une particippation de leur pays à l\u2019unité européenne restent nombreux.Ainsi écrivait M.Peter Thorneycroft, ex-chancelier de l\u2019Echiquier et président du Board of Trade, dans la revue américaine Foreign L\u2019ANGLETERRE I960 463 Affairs (avril 1958, p.473) : \"En premier lieu il doit être établi et compris que les Anglais sont européens.Séparés, quoique moins certainement en ces dernières années, par vingt milles d\u2019eau, nous restons inextricablement reliés par le sang, la culture et le commerce avec nos amis du continent.Tout le long de notre histoire nous avons pris part à leurs guerres et partagé leurs triomphes et leurs défaites.Toujours, il faut le souligner aujourd\u2019hui, nous avons surveillé qu\u2019ils ne s\u2019unissent pas dans un dessein opposé à nos intérêts.Nous sommes trop étroitement partie du continent de l'Europe pour accepter d\u2019en être séparés sans faire violence à de très larges secteurs politiques.\u201d Dans la mesure où l\u2019Angleterre refuse l\u2019union fédérale européenne elle cherche des débouchés économiques en Russie, en Chine et partout où elle le pourra avec un parfait amoralisme.Cet élément d\u2019opportunisme, toujours présent dans ses activités commerciales, ne peut constituer une politique à longue portée parce que l\u2019Allemagne, sinon le marché commun europpéen, seront de plus en plus en mesure de lui faire concurrence et même de la vaincre sur le marché libre dans tous les ports occidentaux, et parce qu\u2019elle peut difficilement concurrencer le Japon en Asie.Si l\u2019Angleterre se détournait du Commonwealth pour se laisser gagner par l\u2019idée d\u2019une fédération européenne, l\u2019Europe deviendrait une troisième force, supérieure en population et en puissance aux deux grands adversaires actuellement en présence.Il y aurait là un puissant facteur de stabilité au point de vue mondial qui constituerait un frein solide aux appétits soviétiques illimités et qui nous permettrait d\u2019avoir plus de patience pour attendre l\u2019écroulement inévitable du système esclavagiste communiste. 464 ACTION NATIONALE Les conséquences de ces orientations possibles de la politique anglaise sont importantes au point que le Canada pourrait être obligé de reviser toute sa politique extérieure.Jusqu\u2019ici l\u2019indépendance du Canada s\u2019est affermie dans les esprits et les traditions parlementaires par notre volonté de plus en plus explicite chez nos deux nations anglaise et française, d\u2019échapper à deux impérialismes : celui de la Grande-Bretagne dont nous venons de sortir, et celui des États-Unis où nous ne voulons pas entrer.Nous nous affirmons d\u2019autant plus du Commonwealth que notre économie est davantage rivée au capital américain.C\u2019est là la mesure de notre indépendance.Grâce à Dieu nous sommes délivrés des inquiétudes d\u2019être un pays de première grandeur, il nous suffit d\u2019être brave et honnête et reconnu comme tel.Si l\u2019Angleterre adhérait à une union européenne ou à une union anglo-saxonne, notre gouvernement perdrait pratiquement toute indépendance dans la politique mondiale, ou ce qui lui en reste.L\u2019influence américaine deviendrait de plus en plus décisive sur nos destinées économiques et politiques.Dans ce vaste brassage de forces qui est en train de s\u2019opérer sous nos yeux, et dont les visites des membres de la famille royale ne sont que des épisodes souriants et colorés, les Anglo-Canadiens qui dirigent d\u2019Ottawa les destinées extérieures du Canada, doivent surveiller étroitement la politique mondiale.L\u2019indépendance du Canada résidera de moins en moins dans les influences contraires anglaises et américaines qui se neutralisent en notre pays, mais elle résidera de plus en plus dans le fait que nous favoriserons l\u2019essor de cultures différentes.Les dirigeants du Canada doivent chercher à développer les cultures distinctes des deux nations qui font notre pays.Que les deux groupes ethniques manifestent la plus grande L\u2019ANGLETERRE I960 465 vitalité et que leurs élites sachent, dans un esprit de sagesse universelle, faire cause commune dans tout ce qui regarde la politique mondiale et ce qui est original en notre pays.Ottawa a tout avantage à cultiver le sens de la justice et du respect de nos deux nations dans une vue supérieure du destin canadien.Pour être plus complet il faudrait ajouter un mot sur la façon de concevoir la formation de l'Europe-Unie.Ses avocats se divisent actuellement entre fédéralistes et fonctionnalistes.Les fédéralistes envisagent un procédé graduel d\u2019intégration jusqu\u2019à la création éventuelle d\u2019un parlement européen supranational chargé de parler au nom des différents pays et qui contrôlerait l\u2019armée et la monnaie européenne.Cette conception, dans ses grandes lignes, se rapprocherait assez de la constitution canadienne mais les pays européens ne sont pas encore prêts à abandonner une si grande part de leur souveraineté.Les esprits, hier ennemis, ne sont pas encore préparés à une telle alliance.Il y a du rêve dans ces plans, le temps seul dira s\u2019ils sont possibles.Actuellement ils sont plus propres à rendre l'Angleterre méfiante.Les fonctionnalistes développent un programme qui a plus de réalisme, surtout du point de vue de l\u2019Angleterre.Ceux-ci visent seulement à l\u2019intégration des fonctions, ainsi le pool du charbon et de l\u2019acier, la mise en commun des recherches et de l\u2019exploitation de l'énergie atomique, une entente économique pour ce qui regarde l\u2019aviation commerciale (Europair).On parle aussi d\u2019un pool vert (celui des céréales), d\u2019une monnaie européenne, d\u2019une armée commune (différente de la North Atlantic Treaty Organization ou OTAN) et ainsi de suite selon les nécessités historiques et l\u2019expérience accumulée. 466 ACTION NATIONALE Quoiqu\u2019il en soit, le sort de l\u2019Angleterre et son orientation possible sont suivis avec beaucoup d\u2019attention par la Russie et les États-Unis.Le malheureux voyage de M.Macmillan et les déclarations irresponsables du général Montgomery sont inévitables dans un temps de perplexité.Si les dirigeants britanniques doivent avoir quelque sens historique, ils doivent surtout posséder cette maturité requise de ceux qui font l\u2019histoire et cette responsabilité qui n\u2019est pas effrayée par le risque raisonnable dans l\u2019application de solutions valables pour des siècles.L\u2019Angleterre, qui peut difficilement faire monde à part, détient les possibilités d\u2019un monde nouveau et vigoureux dès sa naissance.Vraiment les grands blocs mondiaux, supérieurs aux nationalismes diviseurs, sont en formation. Chronique des événements pa, ENTRE NOUS François-_$llert tngeri L'opposition n'a pas encore rabattu la morgue des libéraux Les Débats de la Chambre des Communes n\u2019indiquent pas que les libéraux aient profité des leçons de leur défaite et scient en train de se convertir à une politique vraiment fédéraliste.Bien sûr, maintenant qu\u2019ils sont dans 1 opposition, ils soulèvent la question des relations fédé-rales-provinciales; et réclament du gouvernement la Conférence des provinces qu\u2019ils refusaient de donner quand ils dirigeaient le pays.Mais ils le font d\u2019une façon désagréable et purement \"politicienne\u201d.À en croire M.Martin, il n\u2019y a pas d\u2019autre solution possible que la centralisation des libéraux.Il ne fait donc que répéter, que rabâcher les sophismes, maintes fois éventrés par les Chambres de Commerce entre autres, de MM.Saint-Laurent et Abbott.Le seul obstacle aurait été M.Duplessis; et tout simplement parce que celui-ci faisait exprès pour ne pas vouloir s\u2019entendre avec un gouvernement fédéral libéral.Le seul reproche qu\u2019il fait à M.Diefenbaker, c\u2019est de ne pas convoquer une conférence qui réussirait, cette fois, parce que MM.Duplessis et Diefenbaker sont tous deux du même parti ! (Débats, 9 février 1959).Sans doute, M.Martin s\u2019y connaît en matière de jeux des partis.Il sait trop bien que c\u2019est surtout grâce à la présence de M.Godbout à Québec qu'il a été si facile d'amorcer la politique centralisatrice au pays.Si sa mé- 468 ACTION NATIONALE moire était plus longue, il pourrait cependant se rappeler que la défense de l\u2019autonomie était quand même assurée au temp où Taschereau et Lapointe dominaient également à Québec et à Ottawa.Cela lui suggérerait peut-être d\u2019aller un peu plus loin dans sa réflexion sur les raisons pour lesquelles M.Duplessis a décidé de se constituer le champion de l\u2019autonomie des provinces.Il est vraiment triste de voir ramener à ce niveau de mesquinerie une question qui remet en cause les résultats acquis par un siècle de luttes politiques épiques depuis la Conquête jusqu\u2019à la Confédération.* * * Où vont les conservateurs ?Monsieur Fleming, le ministre conservateur des finances a répondu d\u2019une façon magistrale à M.Martin.Il a tourné une histoire des attitudes du parti libéral au pouvoir, avec textes à l\u2019appui, qui constitue vraiment un document digne de consultation.Puis il est passé à l\u2019attaque.Nous ne faisons rien sur les questions fédérales-provinciales ?Nous préparons, a-t-il affirmé, une conférence fédérale-pro-vinciale qui aura des chances de succès.Un comité permanent, composé des sous-ministres des Finances, de l'Economie ou des Trésors provinciaux, siège à Ottawa deux fois par année et étudie à huis clos les questions fiscales et économiques intéressant les divers groupements.À ce comité technique viendra, en temps et lieu, s adjoindre un comité des ministres des Finances et Trésoriers provinciaux qui pourra prendre les décisions.Ce sera alors le moment de convoquer une Conférence fédérale-provinciale officielle.Jusqu\u2019ici, la province de Québec a participé à ces discussions. ENTRE NOUS 469 Dans ces conditions admettons que nous aurions mauvaise grâce de multiplier les reproches à l'adresse du gouvernement conservateur.Il faut certainement lui savoir gré de vouloir d\u2019abord préparer une Conférence par une étude des problèmes poursuivie entre techniciens, plutôt qu'entre politiciens.Cela vaut certes mieux que de bruyantes Conférences fédérales-provinciales non préparées; et à laquelle les ministres provinciaux assistent pour se faire dicter les conditions du gouvernement fédéral.Mais nous aurions tort de ne pas être sur nos gardes.L'attitude des conservateurs au sujet des octrois aux universités, n\u2019est pas des plus claires.Ni non plus leur attitude sur l\u2019assurance-santé.En somme, rien ne nous permet de croire, jusqu'à date, que la politique conservatrice se révélera, à la fin, moins centralisatrice que celle des libéraux.Et il faudra bien que le gouvernement de Québec en vienne à préciser son attitude, s\u2019il veut qu\u2019elle ait chance de triompher un jour.Le Rapport Tremblay a établi toute la série des modalités qui peuvent être mises de l\u2019avant, par degré au besoin, si l\u2019on veut vraiment sauver l\u2019autonomie de la province.À la prochaine conférence fédérale-pro-vinciale, qui vient d\u2019être annoncée, verrons-nous enfin du nouveau poindre de Québec ?Et peut-on vraiment espérer que ce nouveau soit reçu à Ottawa comme un renouveau ?* * * De la \"Belle de Céans\" à l'adultère légalisé On dirait que les événements s\u2019acharnent depuis quelques semaines à apporter des réponses précises à ceux qui, depuis tant d'années, ne cessent de feindre ou de croire réellement que l'autonomie n\u2019a pas, après tout, tellement 470 ACTION NATIONALE d\u2019importance.Encore dernièrement, je devais répondre dans cette revue à l\u2019argumentation subtile de ceux qui disent : \"Qu\u2019est-ce que cela peut bien faire que de l\u2019argent soit versé à nos familles, d\u2019Ottawa ou de Québec ?\u201d (re : allocations familiales, pensions de vieillesse, assurance-santé, etc.).Même dans les milieux cléricaux, y compris ceux de nos communautés hospitalières, on a vu, en ces dernières années, faiblir considérablement les méfiances et les résistances devant la tentation de régler facilement des problèmes financiers par l\u2019acceptation d\u2019une subvention fédérale.Et que n\u2019a-t-on pas dit, comme exemple à ceux qui soutenaient les thèses autonomistes, du beau travail fait par un organisme fédéral comme Radio-Canada, laissé entièrement dans les mains des nôtres en ce qui concerne le réseau français ?Or voilà, que de toute part éclatent les bombes avertisseuses.Après les incidents de la grève des réalisateurs, voilà ceux, quasi tragiques, si l'on pense aux réactions des pauvres Soeurs Grises, de la \"Belle de Céans\u201d.\"Résultat d\u2019une remarquable alliance d\u2019un manque de talent et d'une absence de jugement chez quelques personnes\u201d, a écrit mon ami Gérard Filion.Sans aucun doute ! Une bourde de cette taille ne peut pas être un événement prévisible en fonction d\u2019analyses ou de procès de tendance; elle exige une conjugaison de balourdises qui, en règle générale, tendent à se corriger ou à s'annuler au moins partiellement dans le fonctionnement de n\u2019importe quel processus administratif.C\u2019est le cas exceptionnel, qui échappe à tout calcul de probabilités; c\u2019est la boule noire qui persiste à sortir du sac pour la Xième fois alors que selon toutes les prévisions c\u2019est la boule rouge qui devrait se montrer.Mais s\u2019ensuit-il que l\u2019incident soit sans signification ?Peut-on imaginer qu\u2019une radio provinciale, soumise à des ENTRE NOUS 471 autorités provinciales, conditionnée par tout un réseau d\u2019influences et de contre-influences élaborées en pleine dépendance du milieu, eût pu aboutir à un tel incident ?C\u2019est proprement impensable; et si l'on essaie d\u2019imaginer quel navet aurait pu sortir de ces perspectives toutes différentes, on se le représentera spontanément dans le sens exactement contraire.La \"Belle de Céans\" n\u2019est que l\u2019exacerbation de tendances plus subtiles, qui se manifestent couramment à Radio-Canada avec une intensité plus grande que dans l\u2019ensemble de notre milieu, parce que l'organisme échappe par sa direction à notre milieu.L\u2019incident de la \"Belle de Céans\u201d n\u2019est qu\u2019un cas où toutes les habiletés habituelles pour doser le spectacle n\u2019ont pas pu ou su être exercées.Ainsi même réalisé par des Canadiens français, Radio-Canada reste sûrement le centre officiel où l\u2019on retrouve à son plus haut degré de concentration l\u2019esprit qui s\u2019apparente le plus aux tendances les moins traditionnelles du Canada français, aux tendances qui sont le plus en conformité avec ce que voudrait nous voir devenir la majorité non-canadienne-française du grand Canada.Il serait d\u2019ailleurs sociologiquement extraordinaire qu\u2019il en fut autrement; et sans en exagérer la signification, à ce point de vue, il faut décidément considérer la \"Belle de Céans\u201d comme le plomb qui saute et nous avertit qu\u2019il y a quelque part des courts circuits dans notre système.Autre histoire, encore plus significative, parce que plus extrême encore : ce fameux article de la loi des pensions du service civil, où est admise comme veuve d\u2019un fonctionnaire, soit la personne entretenue depuis sept ans et incapable de s\u2019être mariée parce que l\u2019épouse légitime vit encore (donc bigamie reconnue par la loi, et dépossession de l\u2019épouse légitime), soit la concubine d\u2019un célibataire ou d'un veuf quand elle a été présentée au public 472 ACTION NATIONALE comme étant, pour toutes fins pratiques, l'épouse du fonctionnaire.On notera que par là, on touche au fameux domaine de la sécurité sociale, que tant de gens de chez nous, depuis quelques années, ont soutenu être sans rapport avec la culture et pouvoir être cédé sans danger à Ottawa.Qu\u2019on s\u2019en avise au plus tôt ! Si un effort n'est pas fait pour ramener sous la juridiction provinciale dans son entier les diverses législations sociales relatives au chômage, à la famille, à la vieillesse et à la santé, des situations comme celles-là et bien d\u2019autres aussi désagréables nous seront fatalement imposées, parce qu\u2019elles sont de plus en plus conformes avec les idées de la majorité protestante ou agnostique au pays.N\u2019est-ce pas enfin assez évident ?* ?* Le gouffre du militarisme Dans la conférence de Bourassa que La Ligue d'Action Nationale a conservé sur disque, le conférencier rappelle que toute sa vie a été consacrée à empêcher le Canada de se jeter dans le gouffre du militarisme.C\u2019est une réaction canadienne-française traditionnelle devant la politique canadienne-anglaise, qui est malheureusement en train de se perdre, même au journal que Bourassa a fondé presque à cette fin.Depuis la fin de la guerre, en effet, le Canada français a accepté quasi sans protestation, les engagements majeurs du Canada aux politiques militaires les plus avancées, y compris le précédent énorme de la participation du Canada, en temps de paix, à des engagements militaires dans les cadres d\u2019une alliance militaire dite défensive (OTAN).Nous avons laissé passer comme lettre à la poste un programme d\u2019armements qui accapare des mil- ENTRE NOUS 473 liards et près de la moitié du budget fédéral.Et pourtant, le Canada, malgré ses progrès, reste toujours une petite puissance, incapable à cause même de sa faible population de jouer les grands rôles, et qui aurait par conséquent toutes les raisons de prendre la tête des pays moyens, avec Nehru par exemple (l\u2019Inde, malgré sa population restant une puissance moyenne à cause de sa faiblesse économique) pour promouvoir une politique de paix par l'exemple du désarmement.La solidité de cette thèse fondamentale vient de nous être rappelée par l\u2019incident du CF-105.Le Canada, dans cette affaire, est dans une position vraiment ridicule.Nous avons voulu, nous aussi, avoir notre propre avion, qui pourrait nous mettre sur le pied des Grands, et montrer au monde que le Canada aussi peut se classer au premier rang du point de vue des nouvelles découvertes et des nouveaux perfectionnements.Justement parce que nous n\u2019avons pas la taille et la puissance qui nous permet d\u2019envisager un tel rôle, le résultat est lamentable : l\u2019obligation d'abandonner le projet, après une dépense, qui devient maintenant du pur gaspillage, de 8350 millions de dollars.Pourquoi ?tout simplement parce que le Canada n\u2019a pas le moyen de poursuivre pour lui-même de pareils projets, et que nos naïfs de gouvernants du temps, plus naïfs que l\u2019homme de la rue le moins renseigné mais muni d\u2019un solide bon sens, s'étaient imaginés qu\u2019ils épateraient les Anglais et les Américains, qu\u2019ils réussiraient à les convaincre de s\u2019en remettre au Canada et de passer la grosse commande qui aurait assuré le succès de l\u2019affaire.Naturellement, ni les Américains, ni les Anglais ne se sont vraiment montrés disposés, à bon escient à mon avis, de s\u2019en remettre à un tiers pays, pour mettre au point un type d\u2019avion qui serait appelé à jouer un rôle 474 ACTION NATIONALE vital dans la défense de leur pays.Le premier désappointement du Canada a été de constater que les Américains continuaient leurs recherches en vue de développer le F-106.De plus, les progrès sont tellement rapides dans ces domaines, qu\u2019un avion mis en chantier est à peine fini qu\u2019il est déjà déclassé, ce qui rend illusoire les initiatives d\u2019une petite puissance en l\u2019occurrence.À cause du déclassement des avions par les projectiles télé-guidés, le CF-105 est déjà démodé avant même d\u2019être terminé; et l\u2019Angleterre, qui avait apparemment laissé entendre quelle achèterait le CF-105, déclare aujourd\u2019hui n\u2019y plus porter aucun intérêt et n\u2019être pas prête à en commander même une seule unité.C\u2019est donc 350 millions de dollars qui s\u2019en vont en fumée, avec les quelques 200 ou 300 millions, si mon souvenir est bon, que M.Howe fit un moment dépenser afin d'affirmer la supériorité du Canada dans le domaine des soucoupes volantes ! Et ce ne sont sûrement pas les seuls projets fonctionnant à coup de centaines de millions de dollars qui ont été et qui continuent d\u2019être ainsi gaspillés parce que le Canada s\u2019entête à vouloir jouer le rôle d\u2019une grande puissance avec 17 millions d\u2019habitants, à côté d\u2019un pays qui en a 180 et qui l\u2019écrase de sa richesse.Toujours affectés du même gogoïsme, un bon nombre de Canadiens ont réagi, à ce sujet, en fonction d\u2019un orgueil national mal placé.Il y va du prestige du Canada de maintenir de tels projets ! Il faut faire notre part dans la défense du continent américain, et les insuccès de ce type sont inévitables dans un monde en progrès comme le nôtre ! etc.etc.Le problème est de savoir, si c\u2019est bien comprendre le rôle du Canada que de situer son prestige uniquement dans les projets d\u2019ordre militaire.Apparemment, nous n'avons guère les mêmes réactions quand il ENTRE NOUS 475 s'agit de savoir si le Canada ne devrait pas lui aussi, comme toutes les nations industrielles tendent à le faire, avoir son auto caractéristique du génie inventif des Canadiens; et ainsi de suite pour tous nos produits industriels.Nous tenons, en somme, à montrer notre supériorité en matière d'aviation militaire, au moins sur un point, mais il nous paraît parfaitement égal que nos voitures ne soient qu'une simple réplique des voitures américaines, etc.C'est la démonstration la plus nette que nous sommes tout simplement la victime des propagandes qui nous montent, comme on monte l\u2019imbécile du village pour l\u2019inciter à des actes de bravoure inconsidérée, afin de nous arracher une collaboration à un effort militaire qui relève en réalité de la responsabilité des grandes puissances, parce que ce sont elles qui font les politiques et qui tirent les marrons du feu.Pendant ce temps, les contribuables de ces grandes puissances en sont soulagés d'autant; et surtout le Canada est détourné de prendre la place à laquelle il pourrait aspirer sur les marchés internationaux du monde.Absorbés par les folies militaires, nous laissons à l\u2019Angleterre et aux États-Unis la poire et le fromage des marchés internationaux les plus stables et les plus payants.Étant donné le voisinage américain, cela est d\u2019autant plus grave qu\u2019une telle politique canadienne contribue à réduire le niveau de vie des Canadiens; alors précisément que la différence déjà assez forte de niveau de vie entre le Canada et les États-Unis constitue le principal obstacle au développement de la nationalité canadienne.On sait assez, en effet, qu\u2019en dehors du Canada français, où la question de langue joue le rôle d'une sorte de barrière douanière, nos élites techniques universitaires ont sans cesse tendance à émigrer parce que les revenus américains (en termes de revenu réel encore plus qu\u2019en terme 476 ACTION NATIONALE de revenu nominal) sont de beaucoup supérieurs aux nôtres.Le Canada devrait donc faire porter tout son effort à son développement intérieur, aux industries qui sont de nature à élever le niveau de vie de sa population, quitte à acheter de l\u2019étranger le nombre minimum d\u2019outillage militaire dont il a strictement besoin pour sa défense immédiate.Le gouvernement canadien réussit cependant à engager la population canadienne dans le jeu des propagandes et des alliances, parce que celle-ci comprend mal le problème.On le voit bien \u2014 tout en les comprenant sur le plan de l\u2019immédiat \u2014 par les réactions syndicales à la décision du présent gouvernement d\u2019arrêter ce gaspillage, en ce qui concerne le CF-105.Le seul aspect qui frappe les gens, c\u2019est la perte de travail qui en résultera temporairement pour un certain nombre d\u2019ouvriers.Personne ne paraît frappé par le fait que l\u2019argent ainsi dépensé et le travail ainsi effectué n\u2019ajoute rien au niveau de vie des Canadiens, puisqu\u2019il n\u2019ajoute rien au stock des biens dont les Canadiens pourront jouir.C'est de l\u2019argent qui tourne en rond; et du travail poursuivi en pure perte pour l\u2019ensemble du Canada, même si un nombre relativement faible d\u2019ouvriers en tirent l\u2019avantage de disposer ainsi de monnaie qui leur permet de réclamer une part des biens, alors qu\u2019ils n\u2019ont nullement contribué à en assurer l\u2019existence.C\u2019est définitivement à des oeuvres de paix que devrait s\u2019appliquer le Canada, étant donné sa puissance et sa situation.Ainsi que le notait Bourassa fort justement dans le discours que nous offrons sur disques, la politique militariste conduit tout droit à l\u2019annexion aux États-Unis, et constitue par conséquent une faute majeure contre le Canada, indépendamment de toute autre considération ENTRE NOUS 477 d'ordre moral sur le militarisme.La prétention contraire, selon laquelle il faut participer au jeu pour éviter l\u2019ingérence américaine, est absurde justement parce que nous ne pouvons absolument pas, physiquement pas, nous défendre seul contre une agression majeure.Par suite sur le plan militaire, quoique nous apportions comme contribution aux plans communs, nous serons toujours et de plus en plus dans la dépendance américaine.Notre seule possibilité de nous maintenir comme nation dans cette perspective, c\u2019est de faire du Canada un pays aussi développé économiquement que possible pour les fins de paix; et de profiter de ce que la grande puissance américaine est obligée par ses responsabilités mondiales, de sacrifier une partie de sa richesse à des fins militaires, pour rapprocher le plus possible notre niveau de vie réel de celui des États-Unis.D\u2019aucuns me trouveront cynique ! Après Bourassa, je dis simplement que le Canada, pas plus que n'importe quel autre pays, n\u2019a d\u2019affaire à poursuivre sa politique internationale autrement qu\u2019en fonction de ses intérêts, légitimement situés dans les perspectives de l'économie mondiale.Qu\u2019on me montre donc un autre pays qui agisse différemment ! Tant qu\u2019on ne le pourra pas, il n\u2019y a pas lieu de situer la discussion sur un autre plan ! Sft\tîft Se moque-t-on de nous ?Le 24 février dernier, M.Gordon Churchill, ministre du Commerce, répondait à M.L.-P.Pigeon, député de Joliette, que la question relative à l\u2019origine ethnique serait maintenue au recensement de 1961.Mais il ajoutait tout 478 ACTION NATIONALE de suite après, une petite phrase sournoise, dont l'importance semble avoir échappé à l\u2019attention de nos députés, de sorte que ceux-ci paraissent s\u2019être montrés satisfaits de ce qu\u2019on aurait appelé un compromis.M.Churchill disait donc tout uniment : \"Au recensement de 1961, les citoyens pourront donc répondre qu\u2019ils sont d\u2019origine canadienne, anglaise, française ., etc !\u201d Le compromis consisterait à avoir introduit l\u2019origine \"canadienne\u201d parmi celles qu\u2019un Canadien pourrait avouer; de sorte que ceux qui, comme M.Diefenbaker, paraissent plus ou moins honteux de leurs origines, pourront éviter de rappeler qu\u2019ils sont allemands, russes, juifs, etc .On comprend le sens du compromis : personne ne sera froissé ! Celui qui n\u2019aime pas dévoiler son origine ethnique se réfugiera sous l\u2019origine \"canadienne\u201d; celui qui tient au contraire à rappeler ses ascendances ancestrales, pourra avoir la satisfaction de les déclarer.Le malheur du compromis, c\u2019est que du point de vue des Canadiens français il aboutit encore à sacrifier leurs intérêts sur l\u2019autel de l\u2019unité nationale.C\u2019est toujours le genre de compromis qui nous induit à céder un boeuf, pour recevoir, même pas ici un oeuf, mais un simulacre d\u2019oeuf.Autrement dit, les intérêts des authentiques fondateurs du pays seront sacrifiés au désir de certains Néo-Canadiens de cacher leur origine, aux applaudissements de ceux qui ne veulent plus que des Canadiens tout court.Comment cela est-il ?Eh bien ! Il faut voir tout de suite que le compromis, s\u2019il n\u2019est pas machiavélique, a les mêmes effets que s\u2019il l\u2019était.A savoir qu\u2019en introduisant dans les origines \"ethniques\u201d possibles quant au recensement, l\u2019origine canadienne, on obtient exactement le même effet, le même résultat que si la question n\u2019avait pas été posée du tout.Comme des gens de toute origine ENTRE NOUS 479 ethnique (anglaise, écossaise, irlandaise, juive, française, allemande, etc.) pourront répondre \"canadienne\u201d, à la question, cela revient à dire qu\u2019il n\u2019y aura plus moyen de savoir combien il y a de Canadiens français, ou de Canadiens de n\u2019importe quelle origine dans aucun centre, ni aucun comté, ni aucune province du pays.Combien y aura-t-il de Canadiens français après cela, dans la province de Québec ?40%, 60%, nul ne peut le dire : cela dépendra de la façon dont les recenseurs poseront la question, de la façon dont ils orienteront la réponse en aidant le recensé à comprendre le sens de la question.Le point important, c'est que nous ne saurons plus combien il y a de Canadien français; ce que nous saurons, c\u2019est combien il y a de Canadiens français qui ont déclaré leur origine française.Le sens du compromis, c\u2019est donc que la question n\u2019a pas de valeur fondamentale.Qu\u2019il n\u2019est pas important, ou même qu\u2019il ne faut pas savoir exactement la répartition de la population selon l'origine ethnique.Tout ce qu\u2019il faut, c'est de respecter les réactions individuelles des personnes qui tiennent à s\u2019exposer sur ce sujet.C\u2019est supposer que si les Canadiens français tiennent à maintenir la question, c\u2019est tout simplement pour le plaisir de se déclarer tels au recensement.Pure vanité nationaliste ! Le compromis implique donc la négation complète des intérêts de la collectivité canadienne-française comme collectivité.Son droit de savoir où elle en est, d\u2019analyser sa situation et d\u2019agir en conséquence.Au point de vue pratique, il faut bien se rendre compte que les recenseurs vont recevoir des instructions de l\u2019Office de la Statistique sur le sens des réponses.Aux recensements antérieurs, on a distingué l\u2019ascendance ethnique par l\u2019origine paternelle, la langue maternelle parlée, le lieu de 480 ACTION NATIONALE naissance, le pays d'origine, la nationalité.Comment sera définie l\u2019ascendance ethnique canadienne ?Personne née au Canada ?A ce compte, la question de l'origine ethnique aura été effectivement supprimée et identifiée par voie indirecte avec la question relative au lieu de naissance.Et si ce n\u2019est pas personne yiée au Canada, qu\u2019est-ce que ça pourra être ?En définitive, pour ne pas supprimer la question à cause des revendications qui sont venues du Québec, on la neutralise, en orientant les réponses de telle façon qu\u2019elles vont se trouver dépourvues de toute signification.Allons-nous vraiment laisser les gens d\u2019Ottawa se moquer de nous à ce point ?Et accepter comme un compromis honorable, ce qui n\u2019est qu\u2019une immense duperie ?Je comprends que des gens comme nos députés, nos journalistes, nos membres et dirigeants de société nationale, qui n\u2019ont jamais eu l\u2019entraînement de manipuler ces chiffres pour en tirer les résultats dont ils se servent à l\u2019occasion, aient pu un moment se laisser éblouir par cette solution à la Perrin Dandin.Il faut espérer qu\u2019après avoir réfléchi sur la portée de nos remarques, leur indignation ne connaîtra plus de borne et qu\u2019ils voudront mettre ordre à cette opération loufoque.sjs\tH® Toujours l'autonomie ! Un correspondant de l\u2019Action Nationale attire notre attention sur une question qui paraissait dans l\u2019Action Française de 1917 : \"A quand la carte du Canada en français ?\u201d Et il ajoute fort judicieusement : \"La réponse nous arrive en 1959.Comme quoi, avec notre Fédéral en ma- ENTRE NOUS 481 jorité anglais, il faut avoir patience.\u201d C\u2019est en effet l\u2019un des aspects de l\u2019autonomie que nous oublions trop de souligner et qui est si évident.Il est difficile de voir les conséquences que peuvent avoir les mesures de sécurité sociale et d\u2019aide financière, parce que leurs conséquences ne sont ni immédiates, ni foudroyantes.Il faut pour les mesurer avoir de la perspicacité et une assez bonne connaissance de l\u2019histoire et de la psychologie des hommes vivant en société.Mais il saute aux yeux que tout ce qui vient d\u2019Ottawa n\u2019est pas revêtu du visage français; et que par conséquent, plus Ottawa exerce d\u2019influence sur plus de domaines dans la vie du citoyen québécois, plus se rétrécit la part qui est faite, franche et totale à l\u2019expression française.Si les allocations familiales se payaient dans Québec, par exemple, il ne ferait pas de doute que chaque mois, c\u2019est un chèque libellé en français qui arriverait dans chaque foyer, pour chaque enfant, etc.L\u2019histoire de la carte du Canada en français est sans doute exemplaire.Et même en 1959, il y aura une édition de l\u2019Atlas du Canada en français, mais Dieu sait quand nous l\u2019aurons, alors que l\u2019édition anglaise est déjà sortie.Cela veut dire que tous les organismes qui sont susceptibles d'avoir cet Atlas, notamment les grandes bibliothèques qui ont des relations avec le public, ne voudront pas prendre le risque d\u2019attendre.Ils achèteront donc l'Atlas anglais, qui coûte $25.Voudront-ils ensuite redoubler la dépense quand paraîtra l\u2019Atlas en français ?Ce n\u2019est pas être chauvin que de constater qu\u2019on ne peut jamais être aussi bien servi que par soi-même ! Discussion d'idées J\u2019en viens à penser Irène de Buisseret, lorsque j\u2019ai commencé la lecture de votre article intitulé La langue est fille mais surtout mère de la pensée, je croyais que j\u2019allais prendre connaissance d\u2019une démonstration sur les rapports qui existent entre la langue et la personne qui pense.Votre article m\u2019a plu parce qu\u2019il est gentil, mais il m\u2019a déçu parce qu il ne démontre rien.Je sentais le besoin d\u2019une démonstration devant la lourde promesse du titre : langue, mère de la pensée.À priori je n\u2019avais pas d\u2019idée contraire.Mais à mesure que je lisais l\u2019aimable mélange de citations et de déclarations, je sentais grandir le poids de la fatalité attachée à la langue : son rôle devenait \"surtout de créer\u2019\u2019 la pensée; cette \"langue seule, qui prend la pensée informe et la moule en concepts\u201d; et ce \"je dispose de mots, de termes, de vocables, qui permettent de regarder en moi, de me découvrir, de me recréer peut-être, miracle qui est possible, parce que je suis un animal parlant.\u201d L\u2019auteur ne veut sans doute pas être pris à la lettre et je ne le ferai pas.Mais je ne puis m\u2019empêcher de constater avec regret qu\u2019on ne sait pas traiter dans des termes pensables le sujet même de la langue et de la pensée.La plupart des déclarations de cet article sont prisonnières d\u2019une incapacité de discernement.Une incapacité dont ni la langue ni la pensée ne sont responsables.Voyons. J\u2019EN VIENS À PENSER 483 Qu\u2019est-ce qui fait penser un être humain ?Des signes bien sûr.Des signes extérieurs à la pensée elle-même, qui sont rendus sensibles par les sens.Je touche un objet; je le sens; il est froid, rude; il a des angles; je sens tout cela et ma pensée en est informée par les sensations que j\u2019en ai.Voilà une pensée qui dépend du sens du toucher.Je vois un objet : il se révèle à ma vue avec ses formes, ses couleurs, ses dimensions visibles de mon point de vue; ma pensée se forme sur ce que je vois et elle en est informée par ceux de mes sens qui subissent des réflexes en rapport avec ce que je vois, aussi en rapport avec ce que je sais déjà qui s\u2019y rapporte.Car tous nos sens ont un rapport les uns avec les autres par l\u2019imagination qui relie tel signe sensible avec tel souvenir et qui suscite des réflexes aux autres sens qui n\u2019étaient pas directement touchés.Par exemple, si je vois du feu, seule ma vue a été touchée par le feu, mais mon imagination peut me rappeler la chaleur du feu et ainsi mon sens du toucher est atteint; elle peut me rappeler le crépitement du feu et ainsi mon sens de l\u2019ouie est atteint.C\u2019est ainsi qu'à partir d'un signe sensible, mes cinq sens peuvent être informés par le lien de l\u2019imagination et former une pensée toujours de plus en plus complète sur tel ou tel objet, sur tel ou tel sujet.Lorsque l\u2019imagination suit les sens, la pensée qu\u2019elle a contribué à former demeure sensée.Lorsqu\u2019elle ne suit pas la relation qui existe entre les sens et l\u2019objet, elle est insensée.* * * Qu\u2019est-ce qui fait penser un être humain, en outre des signes qui viennent directement de la révélation immédiate des sens ?Il y a des signes intérieurs.Ce sont les 484 ACTION NATIONALE idées.Les idées sont entretenues par la mémoire et c\u2019est la pensée qui y puise pour les nourrir.Elle puise aussi dans les signes extérieurs et les événements immédiats pour compléter ce que la mémoire fournit déjà aux idées.C\u2019est ainsi qu'on peut avoir adopté l\u2019idée de quelqu\u2019un et la nourrir à notre compte personnel, pendant un temps, pendant une vie, et la léguer à d\u2019autres générations.Si cette idée était fausse et qu\u2019on n\u2019a pas pris les moyens naturels pour la vérifier au départ, elle sera difficile à déloger parce qu\u2019elle s\u2019est associée des signes sensibles qui n\u2019avaient pas de rapport à elle à l\u2019origine et qui faussent les perspectives de la pensée qui continue à les rapporter à une fausse idée.Il y a des idées insensées car toute idée est directement rattachée à la pensée, et il y a des pensées insensées car les pensées sont soumises à l\u2019information des sens mais ne la suive pas toujours.Une langue n\u2019est pas une idée.Elle est formée de signes sensibles qui ont été acceptés pour signifier un objet très précis.Parfois ce sera un objet sensible aux sens, un objet physique; parfois ce sera un objet sensible directement à la pensée et indirectement aux sens, un objet spirituel comme l\u2019honneur ou toute autre vertu, comme la cupidité ou tout autre péché.Ces objets spirituels sont accessibles à la pensée directement, à cause de la connaissance que notre nature a gardé des valeurs spirituelles dans la conscience qui reste vivante tant que la vie demeure.Les sens sont sensibles à ces valeurs d\u2019une façon indirecte seulement, parce que leurs réflexes sont conditionnés par l\u2019adoption des vertus qui vivent dans l\u2019être humain, qui en sortent et y entrent.Les sens connaissent ces fluctuations, ces changements de climats qui leur sont imposés par le va et vient des variations d\u2019esprit dans l\u2019être.C\u2019est pourquoi ils sont indirectement informés des J'EN VIENS À PENSER 485 virtualités spirituelles.C\u2019est aussi pour cela qu\u2019il est possible de désigner par des signes sensibles les choses qui sont directement spirituelles.Ces signes sensibles peuvent être des mots, des images, des couleurs ou toute forme spécialement adoptée pour représenter l\u2019objet senti.L\u2019objet est senti soit par les sens, s\u2019il est physique, soit par l\u2019esprit, s\u2019il est spirituel, mais jamais uniquement par les sens ou par l\u2019esprit, toujours par les deux à la fois, directement pour un et indirectement pour l\u2019autre, tour à tour.¥\t¥\tŸ Les choses sont d\u2019abord senties, avant d\u2019être exprimées par chacun de nous en particulier.N\u2019essayons pas de faire de la langue une fatalité à laquelle nous ne pourrions pas échapper et qui par surcroît serait la mère de notre pensée.À moins qu\u2019on veuille faire une différence entre nos pensées et notre pensée.Si on veut faire cette différence, on s\u2019éloigne d\u2019autant du fonctionnement de notre nature spirituelle et physique et on se rend la compréhension encore plus difficile.Nos vantardises de clartés françaises ne seront pas alors facilement justifiables.La pensée naît avant le mot et ce sont les sens qui permettent le mot, après avoir atteint par la sensibilité commune qu'ils ont avec l\u2019objet, sensibilité de perception pour les sens et sensibilité de communication pour l\u2019objet.La pensée peut associer à la perception tous les signes qu\u2019elle trouvera utiles et cette utilité est déterminée par le besoin que la nature a de reconnaître et d\u2019identifier rapidement tout objet.C\u2019est d'ailleurs cela la logique de la nature.Ce n\u2019est que cela, mais ça lui est nécessaire pour organiser sa défense et ses combats.Les signes quelle choisit, ont pu passer des formes vagues et peu rapides aux formes 486 ACTION NATIONALE précises et logiques, des nuages de fumée, des signes de pistes aux langues nuancées et explicites que possèdent les peuples les mieux civilisés.Mais je ne suis pas prêt à admettre qu\u2019il faille soumettre la pensée à une langue, quelle qu\u2019elle soit.Dieu a soumis la pensée à la perception dont il a rendu capable notre nature et nous devons soumettre la langue à cette perception aussi.Notre habileté à organiser notre langage ne dépend pas de la langue mais du rapport que nous acceptons entre l'objet perçu et le compte-rendu.* * * La langue que nous avons déjà et qui possède déjà sa logique, dépend beaucoup plus de l\u2019usage que nous en faisons par application, que des déterminantes acceptées par une grammaire ou un dictionnaire.Je ne prêche pas la révolution de la langue, mais je ne veux pas renoncer pour une langue aux perceptions que Dieu a permis à mon être ni au droit que j\u2019ai d\u2019exprimer ces perceptions le plus fidèlement possible et le plus adroitement possible.Je crois qu\u2019une langue dépend de cela d\u2019abord.La nature a sa logique bien avant qu\u2019une langue ait la sienne.La langue n\u2019est pas mère de la pensée mais la pensée et les sens en sont les maîtres tant que l\u2019être consent encore à prendre ses responsabilités et à exercer ses prérogatives.Si la langue était une fatalité simplement parce qu\u2019elle est déjà établie avec ses lois et ses caractères, les individus qui s\u2019en servent seraient ses esclaves.Elle nous a formés déjà beaucoup avant que nous soyons assez clairvoyants pour évaluer les services qu\u2019elle nous rend et les empêchements qu\u2019elle nous cause.Mais la langue demeure un moyen d\u2019expression et non pas un moyen de perception.La per- J'EN VIENS À PENSER 487 ception c\u2019est en nous qu\u2019elle se fait, par les sens et l\u2019esprit.La langue sert à exprimer ce qu\u2019on a perçu ainsi et on peut le faire en autant qu\u2019on a bien discerné ce qu\u2019on a perçu et qu\u2019on a les moyens adéquats pour l\u2019exprimer.* * * Il y a donc en cela trois besoins : percevoir, discerner et exprimer.Trois besoins qu\u2019on pourrait appeler trois problèmes.Ces trois mots sont dans le dictionnaire français et ils ont une signification acceptée.Ils sont dans le dictionnaire et ils sont dans la langue, mais nous ne les avons guère à l'esprit, car ils ont été remplacés dans nos préoccupations par des termes courants qui se rapportent à des idées toutes faites et moins vérifiables à la pratique : nous rencontrerons plutôt les mots : jugement, raison, intelligence.Je n\u2019en ai pas contre le jugement, la raison et l\u2019intelligence, mais pour justement les mettre en pratique il faut pousser assez loin la perception; il faut entretenir le discernement et il faut améliorer l\u2019expression.Ce n\u2019est pas tout de se vanter d\u2019être les héritiers de telle ou telle grande civilisation, d\u2019avoir eu des ancêtres très intelligents et de posséder des instruments de culture insurpassables.Encore faut-il que dans la pratique on se montre moins insensé que les gens d'autre culture qu\u2019on prétend dépasser.Je crois que nous aurions profit à laisser de côté un peu de réclamation et à nous aventurer davantage dans l\u2019expérimentation de nos moyens.Changeons un peu notre langage et parlons de percevoir, de discerner et d\u2019exprimer, afin que les mots nous servent d\u2019avis dans l\u2019action et que par eux nous soyons stimulés à prendre enfin nos responsabilités. 488 ACTION NATIONALE Ce n\u2019était qu\u2019une petite leçon de français.Il faut bien que la langue française au Canada serve aux Canadiens et non pas seulement aux théories.Pardonnez-moi, Irène de Buisseret.Votre langue vaut probablement la mienne, mais voyez comme nous avons besoin de vivre.Ici je voudrais préciser encore davantage mon sujet.La perception par l\u2019esprit et les sens sera bonne en autant que l\u2019esprit sera délivré des complexes et les sens délivrés de l'appréhension.C\u2019est tout un programme.Le discernement sera bon en autant qu\u2019on se donnera toujours la peine de faire les rapports de dépendance et qu\u2019on se donnera la peine de les chercher.La fidélité au naturel est ici essentielle et je crois que la loi des attraits et des répulsions sera toujours à la base d\u2019un bon discernement parce que l\u2019univers est en mouvement.Nous sommes loin de cette observation dans notre monde désespérément ré-clamateur.L\u2019expression, qui dépend de la perception et du discernement, dépend aussi de plusieurs autres facteurs importants.La langue n\u2019est pas le seul moyen d\u2019expression mais elle est avec le geste le moyen le plus attendu.L\u2019expression dépend en particulier des connaissances qu\u2019on a de la compréhension des autres, car on veut être compris en exprimant.Elle dépend aussi des goûts que l\u2019on veut satisfaire pour soi-même ou pour autrui.Deux personnes s\u2019expriment d\u2019une façon différente sur un même sujet.Parmi les goûts que l\u2019on veut satisfaire, il y en a qui répondent directement à des besoins : on veut être compris, on veut être bien interprété, on veut intervenir, on veut obtenir l\u2019accord entre sa conduite et la conduite d\u2019autrui.Cela dépend encore de notre expression.On sait d\u2019autant mieux quoi exprimer qu\u2019on a mieux discerné et mieux saisi.Celui qui a bien saisi les signes sait qu\u2019il y J'EN VIENS A PENSER 489 en a qui attirent et d\u2019autres qui repoussent; quand il a bien discerné ceux qui attirent et ceux qui repoussent, il choisit d\u2019exprimer selon le besoin qu\u2019il a d\u2019attirer ou de repousser.Il n\u2019y a pas de point fixe dans ce monde là, sauf la contemplation qu\u2019on en a et seulement si elle est à point.En ce qui concerne plus directement le goût, il y a des signes qui plaisent davantage par leur forme et leur couleur, leur son et leur tonalité, leur consistance et leur saveur, leur odeur et leur arôme, leur matière et leur température.Il y a aussi l\u2019harmonie entre tous ces signes là.La langue écrite a des formes.La langue parlée a des sons.Dans la langue parlée, nos sentiments ajoutent des tons aux sons qu'elle a déjà en elle-même.Il y a même des langues qui ont une tonalité en elles-mêmes et qui ne seraient pas compréhensibles sans les tons, comme le chinois par exemple.Il y en a d\u2019autres qui sans avoir de tonalité essentielle s\u2019y prêtent beaucoup et facilitent ainsi l\u2019expression des sentiments de la personne qui parle, comme l\u2019anglais par exemple.Tandis que dans une langue qui se prête mal à la tonalité, la personne doit exprimer ses sentiments par le choix des ternies plus que par la tonalité a umoment où elle parle.Les langues à tonalité laissent plus d\u2019intention à la personne qui parle et obligent l\u2019auditeur à plus de perspicacité pour bien saisir la signification et interpréter l\u2019intention de la personne qui parle.Les gens qui parlent une langue sans tonalité ont généralement l\u2019humeur plus sèche et sont obligés à la connaissance d\u2019un vocabulaire plus étendu.Le français n\u2019est pas une langue à tonalité et notre connaissance du vocabulaire n\u2019est pas très étendue.Si notre humeur a pu, dans certains cas, n'être pas trop cassante, c\u2019est peut-être dû à une canadia-nisation de notre langue.Comprenons.Nous sommes vivants.Nous avons besoin de comprendre.Les mêmes 490 ACTION NATIONALE vieux que j'ai entendu chanter en faisant des ports de voix, en mordant dans certains mots, en saccadant la musique selon un rythme bien particulier qui n\u2019avait rien à voir avec le folklore officiel, ces mêmes vieux mordaient aussi dans leur langue en parlant, comme pour la faire se tordre et la plier à leurs sentiments du moment.Une race qui disparaît celle-là, chez-nous ! Ho ! j'admets qu\u2019ils ne mordaient pas tous dedans.Il y en a plusieurs qui s\u2019assoyaient dessus.* * * Faisons attention.Ne nous attachons pas trop vite à la réclame des vieilles civilisations.Nous n\u2019avons pas encore fait la nôtre.Regardons un peu comment nous sommes faits pour fonctionner et ne partons pas d\u2019autre chose.Les outils que nous avons déjà, même s\u2019ils ont send ailleurs depuis bien longtemps, ne craignons pas de les refondre et de les retremper, pour qu\u2019ils correspondent à des besoins toujours mieux sentis.Ne renonçons pas à vivre, à sentir, à penser.Permettons-nous d\u2019exprimer.L'art se trouvera bien une place dans le mouvement.Tout homme a des goûts et il a besoin qu\u2019on le laisse faire pour les exprimer.N\u2019ayons pas peur de perdre nos droits car nous les avons précisément pour aider chacun à conserver les siens.Pour nous aider à comprendre cela, nous avons besoin de bien penser.Nous saurons que nous pensons bien, seulement si nous sommes certains de bien comprendre.Il faut absolument pour cela se rattacher au mouvement naturel des êtres vivants et des choses dans l\u2019univers que nous habitons.Nous serons certains d\u2019avoir compris ce mouvement quand nous pourrons toujours mieux discerner dans le mouvement ce qui attire et ce qui repousse.Quand J'EN VIENS À PENSER 491 nous avons observé un mouvement et que nous avons observé ce qui l\u2019a fait se produire, nous savons la cause de ce qui est arrivé.Quand notre pensée est produite de telle sorte qu elle puisse suivre le cheminement des mouvements d\u2019attrait et de répulsion dans l\u2019univers où nous vivons, c est qu elle est bonne.Il ne faut pas de système pour cela, ni même de méthode, à priori.Pour que la pensée suive ce mouvement, il lui suffit de rester attachée à 1 observation des choses qui attirent et de celles qui sont attirées, des choses qui repoussent et de celles qui sont repoussées.De cette façon, l'observation restera la mère de la pensée et la langue en sera une expression.Car même si notre être et l\u2019univers entier constituent un langage, il n\u2019en reste pas moins vrai que nous devrons toujours 1 interpréter selon les signes qui en sont manifestés.Ces signes sont d\u2019abord dans les vies avant d'être catalogués par les civilisations.Comme nous sommes tous invités à prendre nos responsabilités et à observer d\u2019abord pour nous-mêmes, ne nous en remettons pas tout de suite aux acceptations de mots, aux grands dédamateurs ou aux enfileurs de belles phrases.Nous sommes encore accroupis à la porte de quelques vieilles civilisations dont les rengaines nous ébahissent et nous n\u2019en voyons pas assez les aspects insensés.Même pour bien voir ce qu\u2019elles ont de véritablement admirable, il faudrait d\u2019abord que nous voyons clair dans nos propres lunettes.Quand nous aurons compris que chacun de nous est un être .et que tous les autres en sont aussi .! Note de la rédaction \u2014 Le point de vue que soulève notre collaborateur est sûrement valable en soi : si l'idée ne précédait pas le langage, comment le langage lui-même pourrait-il naître ?Nous nous demandons cependant s'il n\u2019est pas un peu sévère quand il critique Mademoiselle de Buisseret pour avoir affirmé le contraire en s\u2019appuyant sur l\u2019exégèse 492 ACTION NATIONALE de certaines parties de son texte.Ce que nous avions compris de l'ensemble du contexte de l'article de Mademoiselle de Buisseret, c\u2019est que, sans le langage, la pensée ou l\u2019idée resterait fatalement quelque chose d'élémentaire et d'informe.Elle étudie moins un absolu qu'un processus d'évolution, alors le souci de la perfection dans le langage est une condition du progrès de la pensée.I.es Anciens ont dû constamment perfectionner leur instrument d'expression.Pour maîtriser à la perfection l'instrument qu\u2019ils nous laissent, il nous faut comprendre et continuer leur travail sur le langage.Cette remarque nous paraît nécessaire pour éviter que la précieuse leçon des articles de Mademoiselle Irène de Buisseret ne soit perdue par la critique qui est faite ainsi de certains aspects de son texte.TABLE DES MATIÈRES Éditorial : Une défaite ne saurait être objet de célébration nationale 389 Richard Arès : Les cultures et l\u2019Etat .392 XXX Epitre badine au cher Frère Clément Lockquell .402 François-Albert Angers : Patriotisme et raison (VI) .408 Chanoine Lionel Groulx : Témoignage sur Bourassa .416 Ludger Guy : Bilan de la vie française au Manitoba .421 Patrick Allen : Connaissez-vous Québec ?.430 Archélas Roy : Vocabulaire et climat mental .436 Paul-Émile Gingras : L\u2019éducation en marche .441 Jean Genest : U Angleterre 1960 .448 François-Albert Angers : Entre nous.467 Odina Boutet : j\u2019en viens à penser 482 Banque Canadienne Nationale APPRENEZ à connaître les avantages de l'épargne en ouvrant un compte à la 586 bureaux au Canada LA.4-1167 J.-R.GREGOIRE Hommages aux collaborateurs d L'ACTION NATIONALE QUINCAILLERIE 3605, Ontario est, Montréal SONT LES MEILLEURS \u2014 EXIGEZ-LES Les cafés et confitures de LIMITÉE Pour la collation Savourez LA CROQUETTE BISCUITS - GÂTEAUX - TARTES Avec les '\t^ d\u2019un ami de la revue Æoc/> Grenache CRÈME GLACÉE BEURRE DE CARAMEL GRENACHE INC.Sureau: 1504, rue Davidson\tLA.6-7771 444254 LES AMIS DE LA REVUE LATENDRESSE & FILS INC.Ferronnerie Gros et Détail 11837 est, Notre-Dame, Montréal 5 \u2022\tMl.5-8874 CHAUSSÉ.Fernand AVOCAT Chaussé & Godin, avocats 152 est, Notre-Dame \u2022\tAV.8-7282 DENIS, Arcadius AVOCAT 86, rue Wellington Nord \u2022 Sherbrooke, Qué.- Tél.2-4793 DORAIS, Jean-Louis AVOCAT 57 ouest, rue St-Jacques \u2022\tVI.5-1336 THERRIEN, F.-E., avocat Ch.812, Edifice des Tramways, 159 ouest, rue Craig, Mtl.\u2022\tUN.1-2889 Florent-G.Gauvin CONFECTION POUR ENFANTS Magasin-Chef : 826 est.rue Mont-Royal - LA.2-6688 Succursales : 1592 est, rue Mont-Royal 2970, rue Masson 4050 est, rue Ontario \u2022 13000 est, rue Notre-Dame, P.A.T.ROBILLARD, Michel NOTAIRE 934, Ste-Catherine est \u2022\tUN.6-5818 POULIN, Albert ARCHITECTE 1115, Prospect, Sherbrooke, P.Q \u2022\tTél.: 2-4620 LAVIGNE, C.-E.Courtier d'assurances 3750, rue Lacombe \u2022\tRE.9-1748 CARON, Marcel Assurances générales 5117, Boul.Rosemont, Mtl.\u2022\tCL.9-3275 CR.1-6093 ERNEST PALANGE, O.D.OPTOMÉTRISTE \u2022\t441 est, rue Bélanger, Montréal ADRIEN COURVILLE (Courville & Fils) Manufacturier de fourrure en gros 418, rue St-Sulpice, Montréal \u2022\tAV.8-7474 EMILIEN ROCHETTE & FILS Les spécialistes du tapis à Québec Téléphone 2-5235 \u2022\t352, rue St-Vallier, Québec Jean Lapierte\tRA.1-4915 Jean Lapierre & Frères Ltée.CHAUFFAGE-PLOMBERIE 4213, boul.Rosemont \u2022\tMontréal FOURNIER, Albert Procureur de brevets d'invention 934 est.Ste-Catherine \u2022\tVI.5-4548 LA CIE LAVAL Lavage de vitres Murs, planchers, stores vénitiens, résidences, bureaux, magasins et manufactures.Bureau : LA.2-7982 Rés.: DU.7-3886 8525, Henri-Julien \u2022\tMontréal Qui se marie à la hâte.se repent à loisir .mais qui choisit la Maison J.-W.JETTE pour ses travaux de chauffage-plomberie n\u2019a pas lieu de le regretter.Nos nombreuses installations pour hôpitaux, maisons d\u2019enseignement, établissements industriels et commerciaux sont de bonnes garanties.Nous disposons d'une équipe de techniciens spécialisés en mesure de collaborer avec les propriétaires et les architectes.Théorie alliée à la pratique.lîll \\£1 CHAUFFAGE-PLOMBERIE Pionniers du véritable chauffage par rayonnement au Canada VI.9-4107 360 est, rue Rachel Montréal ACCESSOIRES ÉLECTRIQUES (Strictement en gros) Bélhnd Une expérience d'au delà d'un demi-siécle au service des ARCHITECTES \u2014 ENTREPRENEURS COMMUNAUTES \u2014 INDUSTRIELS MARCHANDS Le temple de la lumière' Ben BÉLAND président - 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