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Titre :
L'action nationale
Éditeur :
  • Montréal :Ligue d'action nationale,1933-
Contenu spécifique :
Novembre
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Action canadienne-française, ,
  • Tradition et progrès,
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L'action nationale, 1965-11, Collections de BAnQ.

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[" L'ACTION NATIONALE Volume LV, Numéro 3\tNovembre 1965\t75 cents SOMMAIRE VIE NATIONALE FRANÇOIS-ALBERT ANGERS JEAN GEN EST ROSAIRE MORIN RODOLPHE LAPLANTE CLAUDE LARIVIÈRE VIE CULTURELLE JEAN MARCEL ANDRÉ VANASSE MAXIMILIEN LAROCHE ANDRÉ MAJOR VIE DES CERCLES D'ÉTUDES Les États généraux Le rapatriement de la fiscalité Les plans conjoints Quelques statistiques. L\u2019ACTION NATIONALE REVUE MENSUELLE (sauf en juillet et août) Directeur : FRANÇOIS-ALBERT ANGERS Comité de rédaction : DOMINIQUE BEAUDIN ____ PATRICK ALLEN \u2014 JEAN MARCEL \u2014 JEAN GENEST, secrétaire.Rédaction et administration: C.P.189, Station N, Montréal ou 235 (est), rue Dorchester, ch.504.Tél.de 2/2 à 6'A ¦ 866-8034 Abonnement : $7.00 par année.Au coût réel : $10.00 ifSoiÆ^de.J\u201c ïVue $ont répertoriés dans le CANADIAN PERIODICAL INDEX, publication de l'Ass.Can.des Bibliothèques, et dans la revue CULTURE.LA LIGUE D'ACTION NATIONALE PRÉSIDENT : M.François-Albert Angers 1er VICE-PRÉSIDENT : M.René Chaloult 2e VICE-PRÉSIDENT ET ADMINISTRATEUR : M.Dominique Beoudin SECRÉTAIRE : M.Théophile Bertrand TRÉSORIER : M.Rodolphe Laplante DIRECTEURS : MM.le Chan.Lionel Groulx, J.P.Archambault S.J C.-E.Couture, Richard Arès, S.J., Paul-Emile Gingros' Albert Rioux, Alphonse Lapointe, Jean-Marc Léger, Gaétan Legault Mario Dumesnil, Luc Mercier, Jean Genest, Patrick Allen, Jean Mercier, Claude Trottier, Michel Brochu Où trouver L\u2019Action Nationale ?À MONTRÉAL : À QUÉBEC : A HULL : À OTTAWA : Dupuis et Frère», 865 e»t, rue Ste-Cetherine f oes, 245 est, rue Dorchester Librairie Deom, 1247, rue Saint-Denis Ubrajr e Universelle, 5165, Côte-des-Neiges Librairie Ménard, 1564, rue Saint-Denis Libra rie Pony.554 est, rue Ste-Cotherine Librairie Leméac, 371 ouest, avenue Laurier Ubrair e U Québécoise, 169 est, rue Beaubien Librairie Garneau, 47, rue Buade Librairie de l'Action Sociale Catholique, Place Jean-Talon Librairie du Quartier Latin, 111, rue Saint-Jean Ubrolrle Libre, 130.rue de l'Hôtel-de-Ville Librairie Dussault, 170, rue Rideau Le Ministère des Postes à Ottawa a autorisé l'affranchissement en numéraire et l'envoi comme objet de deuxième classe de la présente publication. I LE PRÎT D'HONNEUR 1182 RUE ST-LAURENT, MONTRÉAL 18 - 861-3465 La campagne du Prêt d'Honneur débute cette année avec un bilan dont ses organisateurs ne sont pas peu fiers.Pour la première fois dans son histoire, le Prêt d'Honneur a pu, lors de la dernière année académique, accorder des prêts à tous les étudiants éligibles qui en ont fait la demande.Et cela, grâce à la formule du \"5 pour 1\" qui a été conclue avec diverses sociétés prêteuses.A la suite de cette entente le Prêt d'Honneur peut prêter cinq fois les montants recueillis et déposés en garantie collatérale.I! fut accordé pour l'année académique 1964-65, 1,363 prêts totalisant une somme de $631,045 alors que I année précédente 645 étudiants avaient reçu $199,190.Pour la prochaine saison, on prévoit mettre à la disposition des étudiants qui en ont besoin la somme d'un million de dollars.Ce serait, cette fois, deux mille étudiants qui en profiteraient.Pour le plus grand nombre des bénéficiaires du Prêt d'Honneur, cette assistance est de première urgence.En effet, 85% d'entre eux appartiennent à des familles dont le père gagne moins de $4,000 par année.Et jusqu'à 80% de ces familles comptent 6 enfants et plus.Ce sont les étudiants de l'Université de Montréal qui sont les plus nombreux parmi les bénéficiaires du Prêt d'Honneur, comme nous l'indique le tableau suivant: 134 prêts\tà des étudiants d'Ecole Normale\t$\t53,185 140 prêts\tà des étudiants du cours classique\t$\t49,230 695 prêts\tà des étudiants de l'Université de Montréal\t$391,290 49 prêts\tpour des études post-universitaires\t$\t72,710 67 prêts\tpour des études à d'autres universités\t$\t36,770 44 prêts à des étudiants néo-canadiens\t$ 22,335 228 prêts à des jeunes filles\t$ 95,820 Il vous êtes client de plusieurs grandes compagnies! ,\t, 'n'en être pas aussi tropriétaire et en partager es bénéfices par LES FONDS COLLECTIFS Distribués et administrés par g LES PLACEMENTS COLLECTIFS INC.Bureaux à: Hull, Montréal, Québec, Rimouski, St-Hyacinthe, St-Jérôme, Sherbrooke, Trois-Rivières.HOMMAGES DE çjCa de auve^arae COMPAGNIE D\u2019ASSURANCE SUR LA VIE Siège social : Montréal 7191 L\u2019ACTION NATIONALE Volume LV.Numéro 3\tMONTRÉAL\tNovembre 1965 Éditorial DE L'ÉDUCATION Ça traînait un peu partout.Une idée simple dans l air.Savez-vous pourquoi le Québec traverse une révolution tranquille ?C est qu il commence à s\u2019apercevoir qu il est en retard sur le reste du Canada.Et savez-vous pourquoi il est en retard sur le reste du Canada ?C'est à cause de son système d éducation.Et voilà comment les Anglo-Canadiens font conscience nette.En frappant le mea culpa sur notre poitrine.Eux, ils sont éternelle ment innocents.Pourquoi alors changer de constitution ?Pourquoi améliorer les choses ?Que les Canadiens français améliorent leur système d\u2019éducation et ils deviendront peut-être aussi habiles que les Anglo-Canadiens.En attendant, semblent-ils dire, nous emploierons tout notre capital, toute notre ingéniosité et toute notre avance pour que vous ne nous rejoigniez pas.Ça, n\u2019est-ce pas de l\u2019esprit sportif à cent pour cent ?Avez-vous déjà rencontré un peuple sur la terre avec une propension aussi infaillible à la sursimplification que les Anglo-Canadiens ?D'abord, à part quelques spécialistes, ils ignorent tout de notre éducation.Ils ignorent que le programme de nos collèges secondaires se comparait, comme esprit et programme, aux meilleures public schools d Angleterre, aux lycées de France et aux meilleures institutions privées des Etats-Unis. 272 ACTION NATIONALE Les Anglo Canadiens oublient ensuite que sans l aide de l Angleterre et celle des Etats-Unis, personne n aurait pu chanter leurs mérites parce qu ils n auraient à peu près rien accompli.Dès 1914 on calculait à trois milliards de dollars du temps l aide financière que l'Angleterre accorda à ses overseas brothers.Aufourd hui encore l Angleterre a plus de trois milliards et les Etats-Unis plus de onze milliards d investis dans les entreprises que les Anglo-Canadiens sont invités à faire fructifier.Les Canadiens français, eux, obtiennent les salaires des manœuvres.Cette situation ne peut durer.Toujours elle va dans le même sens et nous donne beaucoup plus que la sensation de I étouffement.Deux mesures firent déborder le vase.La première regarde les efforts sournois, écrasants, persistants (oui, c est le mot: persistant !) du gouvernement fédéral pour conserver depuis la Deuxième Grande Guerre toutes les ressources financières sur les impôts directs.Le f édéral, par impérialisme, a bloqué tous nos efforts de progrès.Il a fallu les forcer à dégorger, à partager.Les Anglo-Canadiens l ont fait en rechignant, de mauvaise grâce et sous la seule menace que la Confédération allait sauter.Le Québec commence à goûter aux joies de ne plus être une colonie totale.La deuxième mesure est leur refus persistant de nous accepter comme nation à part entière, de considérer le Canada comme fondé et mis en marche par deux nations associées dans l Etat canadien.M.Diefenbaker, ce dernier des grands mammouths, croit la fin du monde arrivée s il permettait à cette idée de s implanter au Canada.Le Montreal Star, dans son éditorial du 9 octobre, lui rappelle un texte où Lord Durham parle des deux nations.Pour en faire disparaître une par l assimilation il imagina l Acte d Union qui donnerait un Canada et DE L'EDUCATION 273 une nation.Le concept d un Canada et d une nation mène inévitablement à la réalité d un Canada anglais, uniformément anglais, à plus ou moins brève échéance.Le concept Canada est plus complexe parce que la réalité est plus complexe.Or les Anglo-Canadiens, en général, ne sont préparés qu aux idées simples.Jusqu ici, des journalistes et des universitaires anglo-canadiens ont pu nous suivre et nous comprendre.Mais nous allons plus loin el nous demandons comment il se fait que le Canada anglais ne cesse de dire: « Well, what is it that Quebec wants ?» Non seulement l ensemble des Anglo-Canadiens est en état de surdité avancée mais il est aussi en état d ignorance crasse.Nous nous tournons vers son ou ses systèmes d'éducation (ils se ressemblent comme des frères siamois) et nous 1 accusons d être inférieur à la tâche et de conditionner ses clients à la surdité et à l ignorance dans plusieurs domaines de la réalité canadienne.De là vient le malaise.Pour mieux nous faire comprendre rappelons ce qui pour eux était une évidence: l\u2019éducation était arriérée au Québ ec parce qu elle était priest-ridden.Or les Québécois voient surgir une autre évidence: les Anglo-Canadiens sont conditionnés à ne rien comprendre, con doits qu ils sont par leurs ministères de l\u2019éducation, véri tables dictatures sur les esprits d une hégémonie anglo-saxonne.Disons d abord que l Angleterre ne voit aucun inconvénient à l existence d un système d écoles catholi que s sur son sol.Bien plus, elle le subventionne à l\u2019éga-lité des écoles d Etat.La Hollande ne voit aucune difficulté à subventionner un système public neutre et deux systèmes privés, l\u2019un calviniste et l'autre catholique.Mais les Anglo Canadiens se sont emparés d une idée napoléonienne: I art de mouler les mentalités par un système 274 ACTION NATIONALE d éducation unique.A partir de là, ils ont façonné selon les besoins du moment de petits britishs (la lutte pour un drapeau canadien ne fut qu un vestige persistant de cet esprit mais elle nous aida à comprendre l existence des fanatiques), de petits américains (voyez la somme des manuels USA au Canada anglais !) et finalement de petits Canadians (c est-à-dire que, par faveur divine, les Anglo-Canadiens sont prédestinés à dominer la Confédération jusqu\u2019à la fin des siècles parce qu ils sont plus fins, plus industrieux, plus génialement doués que les autres créatures de ce monde J).La vérité est que l enseignement dirigé et inspiré par les ministères de l éducation dans les provinces à majorité anglo-canadienne n\u2019a jamais révélé aux Anglo-Canadiens ce qu était vraiment le Canada.On a caché la nature d\u2019une fédération, 1 existence d une nation française participante à égalité de droits.Notre révolution tranquille nous a révélé que les Anglo-Canadiens (il y a des exceptions) vivent au Canada comme enveloppés de torpeur et grandissent dans une suffisance totale parce qu'ils ne comprennent rien au Canada où ils gagnent de l\u2019argent.Ou à peu près.Quand nous tirons sur leur manche et essayons de leur parler, ils répliquent poli ment, l\u2019air ennuyé et fermé de quelqu\u2019un qui a subi quarante ans de conditionnement mental: « Wbat do you want ?> M.Jean Lesage, dans sa récente tournée, a rencontré parfois une opposition bête (les petits du grand Mammouth n\u2019aiment pas qu\u2019on les dérange !), parfois des applaudissements de la part des jeunes qui commencent à refuser la théorie du melting pot américain pour le Canada, mais plus généralement il a rencontré la léthargie.On a dit de Toronto que ce n\u2019était pas une ville mais seulement une suite de maisons.On pourrait DE L'ÉDUCATION 275 dire la même chose du Canada: ce n\u2019est pas un pays, c est une suite de provinces.Mais le Québec est une province qui a une âme.Ils ont bien une capitale: Ottawa.Mais arrivés là, ils ne comprennent plus le Canada.On ne les a pas préparés à vivre en con fédération, à coexister avec une autre culture.Ils croient suffisant de nous concéder un département de traduction.Et parce que, et dans la mesure même où ils ne nous comprennent pas, nous les croyons mal préparés par leur éducation, excellents derrière une caisse enregistreuse mais incapables de penser le Canada et sans une âme assez grande pour admettre deux cultures.Leur éducation a fait défaut, elle les a portés à être étroits, à manquer de psychologie et d ouverture à la compréhension d\u2019autrui.Enfermés dans leur langue, dans l histoire de leurs exploits (avec l argent prêté par leurs parents ou leurs voisins) et dans une sotte complaisance en eux-mêmes, repliés qu\u2019ils sont dans leurs cottages, leurs clubs et leurs villes fermées (parfois même clôturées), ils trouvent fort étrange que le président des Nations-Unies M.Fanfani et le pape Paul VI choisissent de parler en français dans la grande salle des Nations (les deux ont pourtant été éduqués dans des collèges qui avaient même esprit et programme que les Canadiens français).Ils sont conditionnés: c'est l\u2019esprit mammouth.Quand M.Jean Lesage affirme: « Les Canadiens ont maintenant le choix entre accepter ou rejeter la coexistence des deux cultures au Canada », ou encore: « Nous avons le sentiment d\u2019être trompés dans notre bonne foi.Je ne crains pas d\u2019exagérer en disant que des Québécois, en prenant connaissance des difficultés de certaines des minorités françaises de l\u2019ouest du Canada, ont parfois l\u2019impression que nos institutions et nos lois sont trop 276 ACTION NATIONALE genereuses pour les Canadiens de langue anglaise de Québec », les Anglo-Canadiens sont scandalisés.Le manque de communications est unilatéral car pour communiquer il faut deux personnes qui se parlent et essaient de se comprendre.Notre propre système d éducation nous a préparés à étudier, communiquer et corn prendre autrui mais nous ne pouvons en dire autant de l éducation des Anglo-Canadiens.Toute la Confédération en est ébranlée car « il est normal et très sain qu au-jourd bui nous remettions en question les institutions canadiennes et les attitudes qui ne nous satisfont pas.L\u2019unité canadienne n est menacée que par l ignorance persistante des uns qui poussent les autres au désespoir.Luttez donc contre des mammouths ! Des ministères de l éducation qui permettraient aux Français de s\u2019épanouir dans les provinces où ils sont en minorité, permettraient aussi aux Anglo Canadiens de se poser les vraies questions en commençant par un examen autocritique.C'est facile d expier ses péchés sur la poitrine d\u2019autrui, c\u2019est moins facile de former de grands civilisés.Les jeunes Anglo-Canadiens paraissent plus ouverts.Le progrès sera possible en autant qu ils obligeront leurs ministères provinciaux de l éducation à abandonner l'esprit mammouth, avec ses excroissances plus ou moins développées de racisme et d\u2019impérialisme.LE SECRETAIRE PRIVILÈGE DE RENOUVELLEMENT À $5.00 Rappel à tous nos abonnés, quelle que soit la date d'expiration de leur abonnement, qu'avant l'application de la hausse de l'abonnement à $7.le 1er janvier, ils peuvent dès maintenant et d'ici le 1er janvier renouveler à $5.pour une autre année.L'abonnement de soutien reste à $10.00. ê UNE NATION FORTE DANS UN ÉTAT FORT* par Jean Genest Nation sans État véritable Durant deux siècles d\u2019histoire la nation canadienne-française fut à la recherche d\u2019un Etat fort.Le vouloir-vivre commun des 65,000 Canadiens français de 1760 ne s\u2019est jamais relâché.Organisations et structures sociales sont venues encadrer l\u2019activité proliférante de la Nation.D\u2019abord la paroisse a pris la place laissée par la seigneurie disparue, puis vinrent les écoles et les collèges, les coopératives et les syndicats.Peu à peu notre Nation, presque sans participation de la part de l\u2019Etat, s\u2019est donné un ensemble de cadres religieux, scolaires, sociaux et économiques, vraiment résistants, reflets de ses besoins et de son sens des valeurs.L\u2019Etat existait, certes, mais manoeuvré par les mains d\u2019une petite oligarchie anglo-saxonne, il entrava le développement de la nation canadienne-française plutôt qu\u2019il ne l\u2019aida.Avec le nombre nous accumulions des portions de terre et nous formions des propriétaires du pays charnel.Mais la puissance et l\u2019économie restèrent trop longtemps entre les mains de gens qui gouvernaient * Conférence prononcée au Congrès de la Fédération des Sociétés Saint-Jean-Baptiste, à l\u2019Hôtel Reine-Elisabeth, le 5 juin 1965. 280 ACTION NATIONALE sans nous représenter.En fait notre Nation n\u2019avait pas un Etat vraiment à elle.Vint 1867.Un ou deux ministres québécois seulement comprirent que le moment de faire de l\u2019histoire était arrivé, que 1 Etat du Québec aurait pour tâche propre de développer la personnalité de la Nation canadienne-française.Mais vite, trop vite, la politique redevenait un simple trafic de patronage ou de progrès infimes.Le premier, en 1937, M.le chanoine Lionel Groulx vit clair sur ce problème des relations nécessaires entre la Nation et l\u2019Etat quand, éclairé par toute notre histoire, il cria à la Nation entière: \u201cL\u2019Etat français, nous l\u2019aurons!\u201d Ce même cri, profond comme une voix qui vient du plus profond de notre vouloir-vivre collectif, se fit encore entendre récemment: \u201cMaîtres chez nous, nous le serons! Scandale pour les uns conditionnés à la soumission politique et à la dépendance intellectuelle; mot d\u2019ordre pour les autres qui voyaient enfin la grande histoire entrer dans leur vie.Ces affirmations posaient aux regai ds de tous 1 avènement de l\u2019Etat fort, conscient de ses buts et vigoureux à les obtenir pour le bien commun de la Nation.Signification d'un État fort Un Etat fort c\u2019est d\u2019abord des hommes qui ont des vues d\u2019ensemble sur le passé et la destinée d\u2019une Nation, qui acceptent d\u2019organiser, diriger et unir les volontés éparses dans la Nation.Un Etat fort comprend le fait français en Amérique du Nord comme on ne l\u2019a jamais compris jusqu\u2019ici.Et parce qu\u2019il a l\u2019intelligence de la situation pleine de risques, il s\u2019entoure de compétences, comme de grands intendants chargés d\u2019élaborer d\u2019une façon prospective les choix qui préparent l\u2019avenir.Ce n\u2019est plus l\u2019arbitraire, le laisser-aller et les décisions à la petite-journée mais comme une convergence nationale de créativité.L\u2019Etat fort envisage par exemple une Banque du Québec, une Radio-Québec, des représentants offi- UNE NATION FORTE DANS UN ÉTAT FORT *\t281 ciels du Québec dans les principaux pays de culture française.Il développe les ressources naturelles au profit de la Nation, il prépare les compétences que tout bond en avant exige.Semblable à un grand corps la Nation a besoin d\u2019une tête, principe d\u2019unité, point de convergence des biens communs et principe dynamique de toute grande politique.Pour une Nation comme la nôtre, un Etat fort est irremplaçable.Nous en avons un absolu besoin dans nos nouvelles relations avec le gouvernement d\u2019Ottawa, à majorité et à politique anglo-saxonnes.Jusqu\u2019à récemment ces relations ressemblaient trop à des relations d'une puissance impériale vis-à-vis d\u2019une colonie.Aujourd\u2019hui l\u2019essence même du fédéralisme est remise en question et la véritable mystique qui s\u2019est fait jour a besoin d\u2019un Etat fort si nous ne voulons pas que cette mystique soit faussée et dégradée en petite politique.Toute fédération suppose l\u2019égalité des partenaires et notre Etat, dans ses négociations, a besoin de l\u2019appui entier de la Nation comme la Nation a besoin d\u2019un Etat fort pour la représenter.Toute division entre la Nation et l\u2019Etat en ce tournant de la Confédération et de notre histoire pourrait être grave, peut-être même fatale.Dangers du césarisme Mais la tentation de césarisme est toujours présente.L\u2019équilibre à tenir pour l\u2019Etat entre les directives à donner et les volontés de la Nation à respecter est délicat et fragile.Que l\u2019Etat lutte contre la déperdition des forces vives de la Nation par la planification, qu\u2019il négocie fermement la place nouvelle du Québec dans la Confédération, rien de plus nécessaire.Mais le césarisme peut apparaître lorsque l\u2019Etat confond les hommes avec les choses ou qu\u2019il voudrait imposer à la nation des plans inacceptables pour elle.Alors le Québec passerait d\u2019une démocratie parlementaire à une démocratie totalitaire et la Nation maintenant divisée n\u2019appuierait plus un Etat 282 ACTION NATIONALE qui voudrait, sournoisement ou non, la domestiquer.Devant des citoyens défiants et mécontents l\u2019Etat perdrait ce prestige et cette force essentielles à un rôle efficace.Où peut se manifester ce danger du césarisme?Nous savons tous qu\u2019en cet âge moderne et suivant notre constitution, il y a au Canada séparation de l\u2019Eglise et de l\u2019Etat.La conséquence logique, dira l\u2019historien André Latreille, c\u2019est que \u201cl\u2019Eglise admet la déconfessionnalisation de l\u2019Etat conçue comme l\u2019expression d\u2019une tolérance civile, conséquence inévitable de la division des croyances et de la liberté de la conscience religieuse personnelle.C\u2019est la reconnaissance par l\u2019Etat de son incompétence en matière religieuse\u201d (1).Mais cette laïcité qui oblige l\u2019Etat à donner un traitement égal à tous ses sujets, croyants et incroyants, n\u2019entraîne pas la laïcité de l\u2019école, c\u2019est-à-dire la neutralité de l\u2019école.Pourquoi?Parce que si la neutralité respecte l\u2019incroyant, elle ne respecte pas le droit des croyants à donner à leurs enfants une éducation conforme à leurs croyances.Aujourd\u2019hui, c\u2019est dans le domaine de l\u2019éducation que l\u2019Etat menace davantage d\u2019envahir et d\u2019entraver les libertés séculaires de la Nation.Césarisme en éducation Non seulement nous nous élevons contre l\u2019école neutre pour les chrétiens du Québec mais nous nous élevons aussi fortement contre l\u2019école multiconfessionnelle.Qu\u2019est cette école?Ne nous trompons pas sur les mots: l\u2019école multiconfessionnelle est en fait une école neutre où les connaissances humaines sont comme isolées contre tout \u201cdanger\u201d d\u2019irradiation de la part d\u2019une Vérité révélée et où l\u2019on permet une instruction religieuse, indépendante du programme, selon les désirs des parents.Ni la formation religieuse et morale, ni renseignement profane et le climat de l\u2019école, ni enfin le dévelop- 1 La pensée catholique sur l\u2019Etat, dans L\u2019ecclésiologie au 19e siècle.Cerf, 1960, p.291. UNE NATION FORTE DANS UN ÉTAT FORT *\t283 pement de la personnalité totale, malgré le service d\u2019une aumônerie collatérale, ne reçoivent leur dû de lumière et de dynamisme.L\u2019école multiconfessionnelle n\u2019est pas une école vraiment chrétienne.Elle peut être l\u2019école de demain, bien que personne n\u2019en sache rien, mais les pieds bien posés sur ce pays réel et dans ce solide aujourd\u2019hui, nous répétons, au nom de l\u2019immense majorité de la Nation, que nous voulons une école chrétienne.Qu\u2019un fonctionnaire puisse répéter que l\u2019école multiconfessionnelle deviendra, qu\u2019on le veuille ou non, l\u2019école du Québec, que le ministère de l\u2019Education laisse dire cela comme s\u2019il était complice de ces déclarations audacieuses, comme pour tâter le pouls et le degré de passivité de la population, cela ne passera pas.Qu\u2019en France les catholiques acceptent l\u2019école multiconfessionnelle comme un progrès, cela ne démontre qu\u2019une chose: la mesquinerie où est allé l\u2019esprit persécuteur de sectaires français qui ont refusé à d\u2019autres Français la gratuité scolaire parce que chrétiens.Mais nous sommes ici au Québec et nous refusons l\u2019école neutre, d\u2019une neutralité même ouverte, même déguisée sous le nom d\u2019école multiconfessionnelle.Rien n\u2019empêche l\u2019Etat de donner des écoles neutres aux incroyants et aux agnostiques qui la réclament.Mais si l\u2019Etat devenait intolérant en refusant à la très grande majorité de la Nation l\u2019école qu\u2019elle réclame, publique ou privée, ne sèmerait-il pas des germes de dissension aux conséquences incalculables?Le progrès du droit moderne ne se fait pas dans le sens du monolithisme étatique mais dans le sens du plus grand respect des consciences.Ce respect demande 1 acceptation du pluralisme religieux et un traitement fiscal égal pour tous les parents.L\u2019Etat, en effet, n\u2019a pas à favoriser un système d\u2019écoles plutôt qu\u2019un autre mais à servir tous ses sujets également.Tout favoritisme ici ne serait que du césarisme.Un Etat qui s\u2019oppose à la Nation vivante, n\u2019est-il pas un monsti-e qui se dévore lui-même?Dirigeant tout, il ne peut imposer ses plans et ses cour- 284 ACTION NATIONALE tes idées qu\u2019au prix des libertés spirituelles de la Nation et de graves mutilations de la personne humaine.Bref, nous sommes en faveur d\u2019un Etat fort mais nous sommes davantage en faveur d\u2019une Nation forte, et nous sommes encore davantage en faveur de leur accord et de leur unanimité par le respect mutuel.Un Etat réellement fort sait surmonter sa propre puissance, la contrôler et ne pas en abuser avec ses propres citoyens.Il sait même déléguer quelques-uns de ses pouvoirs marginaux, mais importants, qui peuvent être mieux exercés par des corps intermédiaires que par lui-même.L\u2019Etat peut étouffer, écraser et se faire craindre par une centralisation et une planification excessives mais, s\u2019il est réellement fort, il déplace ou fait taire les fonctionnaires trop zélés, il évite que, par les règlements et la paperasserie toute puissante, chaque fonctionnaire ne devienne un roitelet et chaque ministère un château féodal.En éducation, parce qu\u2019il s\u2019agit d\u2019êtres humains et non plus de choses, la Nation doit être particulièrement vigilante.Il ne conviendrait pas qu\u2019inquiète et bousculée, la Nation pût assimiler son propre Etat au gouvernement d\u2019une province anglo-saxonne voisine, c\u2019est-à-dire plus ou moins buté et fermé à toute confessionnalité de l\u2019école.Dans les provinces à majorité anglo-saxonne, les Français qui veulent une école française sont soumis à une double taxation parce que Français.Serait-il admissible qu\u2019au Québec les catholiques qui refuseraient l\u2019école multiconfessionnelle soient astreints, parce que catholiques, à un double impôt injuste?Nécessité des corps intermédiaires Il nous faut une Nation forte.Par exemple que pourrait une Nation moderne sans journalistes, véritables intermédiaires entre la Nation et l\u2019Etat, et des moyens audio-visuels de communications indépendants et désintéressés, au service de tout ce qui est humain?Mais où est-elle la Nation?Quels sont ses interlocuteurs vala- UNE NATION FORTE DANS UN ÉTAT FORT * 285 blés?Les opinions individuelles ressemblent à une poussière; comment alors l\u2019omniprésente opinion publique peut-elle offrir quelque idée intelligible et décisive aux journalistes, aux fonctionnaires, aux députés et aux gouvernants?Ce grand rôle à jouer appartient aux corps intermédiaires : ils doivent prêter une voix puissante à une population dispersée de façon que ses besoins et ses désirs économiques, culturels, sociaux et nationaux finissent par rencontrer les grands organismes chargés des travaux et des réalisations.La Nation sans corps intermédiaires, n\u2019est qu\u2019une société atomisée où circulent des rumeurs trop souvent sans lendemain ; mais structurée par les corps intermédiaires la Nation se fait respecter et écouter par l\u2019Etat.L\u2019Etat, alors, ne peut plus ignorer les grands biens communs qui conviennent à tel groupe humain, à tel moment de son histoire.Dans le domaine de l\u2019éducation surtout il est important de se rappeler que si les gouvernants passent, la Nation demeure.Cela ne sert à rien de précipiter les choses, comme si un Etat voulait forcer la Nation à accepter un fait accompli sans elle, malgré elle.Aucun corps intermédiaire ne revêt plus d\u2019importance et d\u2019urgence que celui des associations de parents.La plus grave et la plus décisive transformation du Québec se fait actuellement dans le domaine de l\u2019école.Un Etat fort peut imposer un système scolaire qui ne refléterait en rien les désirs et les valeurs primordiaux d\u2019une Nation.A la nation de s\u2019exprimer par ses corps intermédiaires responsables.Or ce n\u2019est qu\u2019en novembre 1964, avec la parution du tome 2 du Rapport Parent, que la Nation apprit le rôle efficace qu\u2019on prétend lui faire jouer à tous les échelons du système scolaire.Pourquoi l\u2019Etat serait-il si pressé devant une Nation qui a eu si peu le temps de se préparer?Pourquoi laisse-t-il multiplier les déclarations tendancieuses de fonctionnaires salariés ou d\u2019informateurs complaisants?La Nation étonnée arrive 286 ACTION NATIONALE mal à départager nettement ce qui relève de la démagogie et ce qui relève de la démocratie organique.Elle se demande, anxieuse: \u201cL\u2019Etat cherche-t-il le bien commun ou à nous imposer au nom de doctrines empruntées et d\u2019exemples importés un système qui détruise des valeurs auxquelles la Nation tient comme à la prunelle de ses yeux?\u201d Les associations de parents deviennent le corps intermédiaire chargé de préparer, en collaboration avec l\u2019Etat, le vrai visage du pays en terre de Québec.Aucune association n\u2019a autant de responsabilités et de lumières quant à la jeunesse de demain.Elles deviennent aussi la forme la plus éminente de l\u2019éducation des adultes parce qu\u2019elles doivent étudier, comme en coopérative, les exigences nationales et confessionnelles de l\u2019éducation et assumer, comme un corps vivant, les responsabilités d\u2019une génération vis-à-vis l\u2019autre.A la condition qu\u2019on ne bâillonne pas ces associations, qu\u2019on n\u2019y infiltre pas des cinquièmes colonnes plus intéressées à la petite politique qu\u2019à l\u2019éducation, l\u2019Etat pourra connaître, coordonner les exigences profondes de la Nation et trouver chez les citoyens rassurés la collaboration nécessaire.Les corps intermédiaires seront donc appelés à jouer un rôle de plus en plus important: rôle de lumière pour le peuple et de sagesse pour les gouvernants.Le système public trouvera la décentralisation nécessaire et le système privé ne se sentira pas étouffé ou condamné à mort par un Etat excessivement centralisateur.Présence de l\u2019Église L\u2019Eglise n\u2019assiste pas indifférente à cet immense colloque entrepris entre l\u2019Etat et la Nation.Elle est profondément engagée et plusieurs mesures envisagées pour l\u2019avenir scolaire de l\u2019Etat du Québec l\u2019ont déjà inquiétée et continuent à le faire.Une chose est certaine: l\u2019Eglise n\u2019abandonnera pas, au Québec, l\u2019école chrétienne pour les chrétiens.Déjà en 1951, l\u2019Episcopat de France UNE NATION FORTE DANS UN ÉTAT FORT *\t287 disait: \u201cL\u2019Eglise maintient fermement la nécessité des écoles chrétiennes.car il n\u2019y a pour un chrétien d\u2019école pleinement satisfaisante que l\u2019école chrétienne.\u201d Le 17 juin 1961, S.E.le cardinal Léger reprenait la même idée : \u201cComme instrument de sa mission éducatrice, l\u2019Eglise a choisi l\u2019école catholique.L\u2019Eglise n\u2019a pas à se préoccuper que de l\u2019enseignement religieux; la foi catholique au contraire doit étendre son rayonnement sur tout l\u2019enseignement\".Pour sa part S.E.le cardinal Roy, le 10 mars 1965, insistait là-dessus comme si cela était devenu nécessaire: \u201cL\u2019Eglise comme telle ne peut se désintéresser de l\u2019école.L\u2019application de la loi de l\u2019éducation qui est en vigueur dans cette province et qui prévoit que les catholiques auront à leur disposition des écoles catholiques, devrait permettre à l\u2019Eglise de remplir pleinement son rôle dans le domaine de Venseignement public et privé\u201d.Ces déclarations sont précises et constantes : elles demandent tout autre chose que l\u2019école multiconfessionnelle proposée par un certain Rapport ou annoncée par un fonctionnaire du ministère de l\u2019Education.Pour aider une Nation à sauver les valeurs spirituelles et religieuses qui lui appartiennent, l\u2019Eglise dispose de deux moyens : la voix de sa hiérarchie, c\u2019est-à-dire l\u2019ensemble des Evêques qui ont charge d\u2019âmes et dont l\u2019indéfectible courage consterne toujours ceux qui l\u2019ont provoqué sans trop y croire ; et la voix du peuple de Dieu.Est-il nécessaire de dire qu\u2019en temps de Concile l\u2019Eglise préfère le second moyen?Que le peuple de Dieu s\u2019exprime! que le peuple de l\u2019Eglise, dans sa marche vers la Terre promise, assume sa part de lucidité et sa part de responsabilité en vue de la formation civique et chrétienne des jeunes! Ainsi, en 1965, nous voyons l\u2019Etat et l\u2019Eglise se tourner, l\u2019un vers la Nation canadienne-française, et l\u2019autre vers le Peuple de Dieu.Cet appel aux citoyens et aux chrétiens du Québec s\u2019adresse aux mêmes personnes, catholiques dans une proportion supérieure à 98% de la 288 ACTION NATIONALE population canadienne-française.L\u2019esprit démocratique de l\u2019Etat et l\u2019esprit oecuménique de l\u2019Eglise doivent chercher à établir une concordia, une harmonie, pour le plus grand bien commun du pays.Et ce sont les corps intermédiaires qui peuvent le mieux y aider.L\u2019Eglise accepte volontiers, au nom même de ses principes qui prônent le respect des consciences, le pluralisme des croyances et le fait de l\u2019incroyance, mais elle n\u2019omettra rien de ses devoirs envers les citoyens croyants.L\u2019Etat peut-il faire moins sans intolérance insupportable?Aux corps intermédiaires de parler et d\u2019agir.Programme d\u2019action de ces corps intermédiaires Appelés à la vie, les corps intermédiaires des associations de parents se voient confier des buts très élevés, mais pouvons-nous leur tracer les grandes épures d\u2019un programme d\u2019action?Plus nous examinons froidement la situation actuelle, plus nous prenons conscience de l\u2019invraisemblable position où le Rapport Parent jette la Nation.En effet, nul pays au monde, excepté en pays livrés à l\u2019idéologie communiste, ne se voit imposer du jour au lendemain, partout et pour tous, l\u2019école polyvalente.L\u2019Angleterre, n\u2019en compte que 200 sur 5,000 écoles secondaires et les Etats-Unis n\u2019en comptent que 2 ou 3,000 sur 25,000 High Schools.Ainsi les parents conservent toujours en ces pays la liberté du choix.Nul pays au monde ne se voit imposer du jour au lendemain, partout et pour tous, l\u2019école multiconfessionnelle.Nul pays au monde ne se voit imposer du jour au lendemain, partout et pour tous, l\u2019obligation de la coéducation durant l\u2019adolescence.Nul pays au monde ne se voit imposer du jour au lendemain, partout et pour tous, les seules méthodes pédagogiques de l\u2019Ecole active.Pour trouver d\u2019autres exemples d\u2019un pareil radicalisme dans l\u2019uniformisation et d\u2019un pareil esprit totalitaire, il faut remonter à Napoléon et aux dictateurs de gauche et de droite.Il y a quelque chose d\u2019aberrant et UNE NATION FORTE DANS UN ETAT FORT * 289 d\u2019invraisemblable à voir toute une population appelée à façonner elle-même, sous la direction d\u2019un ministère de l\u2019Education, un système qui lui enlève toute liberté de choix, toute véritable liberté académique.Les corps intermédiaires ont un programme vraiment urgent à adopter : 1)\tcelui de défendre la véritable démocratie devant les envahissements du monde pédagogique par l\u2019Etat; 2)\tcelui de défendre le pluralisme des formules d\u2019éducation afin de protéger les libertés essentielles des parents ; 3)\tcelui de maintenir une certaine variété des institutions scolaires.Que l\u2019Etat finance des expériences-pilotes rien de mieux, mais qu\u2019il ne se serve pas de l\u2019argent des impôts pour mettre le peuple devant le fait accompli d\u2019un système monolithique inacceptable à tout pays vraiment démocratique.\u201cLe monisme laïcisant libéral n\u2019a pas plus réussi à admettre le pluralisme, que ne l\u2019a réussi l\u2019union du trône et de l\u2019autel ou l\u2019Etat confessionnel.Le bien de l\u2019Etat aujourd\u2019hui exige, si nous voulons en arriver à un véritable pluralisme, de considérer le monisme laïcisant comme de plus en plus dépassé.\u201d Ainsi parle un Américain en examinant la situation scolaire de son pays où les parents décident de l\u2019éducation de leurs enfants bien plus que l\u2019Etat.(Francis Canavan : New Pluralism or Old Monism, America, November 9, 1963, p.556).L\u2019Eglise contemporaine l\u2019a compris, pourquoi pas l\u2019Etat?Ou encore nous pouvons entendre Jean Laloup, de Belgique, nous dire : \u201cLa direction politique de l\u2019enseignement mène à l\u2019unité planifiée, alors que l\u2019expérience pédagogique incite au pluralisme et au respect de l\u2019initiative individuelle\u201d (Le politique et le pédagogique, dans la Revue Nouvelle, 15 juin 1964, p.566).Le programme des corps intermédiaires ne pourrait-il pas être de défendre la décentralisation, de lutter con- 290 ACTION NATIONALE tre l\u2019uniformisation pédagogique qui nous guette et de protéger les libertés essentielles des membres vivants de la Nation?Nous sommes menacés de dictature scolaire, les corps intermédiaires ne se défendront-ils pas eux-mêmes contre l\u2019envahissement de l\u2019Etat, en venant en aide à l\u2019école publique confessionnelle et aussi au droit à l\u2019existence des écoles privées?Qu\u2019ils demandent pour ces écoles qui rendent toutes un service public, la pleine gratuité scolaire.CONCLUSION Que l\u2019Etat du Québec nous épargne la situation scolaire de la France.Les neutres doctrinaires y avaient entrepris une guerre parfaitement intolérante en faveur de l\u2019école unique d\u2019Etat.Le résultat fut d\u2019établir l\u2019existence d\u2019un système scolaire neutre; ce système, le césarisme l\u2019a sclérosé.Le monopie d\u2019Etat institué au nom de l\u2019efficacité a enfanté la pire machinerie administrative et le bachot qui ont fait du ministère de l\u2019Education, le ministère le plus impopulaire et le plus inefficace de France.De plus, en même temps et dans tous les secteurs de la population française, il existe une mentalité d\u2019opposition à l\u2019Etat, de revendication grincheuse contre le ministère de l\u2019Education nationale, à l\u2019état permanent.Décrié, soupçonné, à cause de sa centralisation excessive, parfois méprisé par ses actes arbitraires, l\u2019Etat français n\u2019a jamais eu à se glorifier d\u2019avoir imposé à la Nation des lois injustes parfois persécutrices, souvent totalitaires, en éducation.Que cette situation, presque anarchique durant la 4e République, nous soit épargnée! Si l\u2019ensemble de nos familles chrétiennes du Québec formant le coeur même de la Nation, s\u2019entendent pour protéger les valeurs nationales et religieuses qu\u2019elles veulent voir transmises à leurs enfants par l\u2019école, publique ou privée, et s\u2019organisent en puissantes associa- UNE NATION FORTE DANS UN ETAT FORT 291 tions, elles sauvegarderont leurs droits.Si l\u2019Etat repense son rôle qui n\u2019est pas d\u2019imposer une école de pédagogie ou une vision philosophique et sociale du monde mais de servir toute la Nation, il rassurera la population qu\u2019on a fort inquiétée déjà par des paroles maladroites et des actes précipités.Faut-il le dire, le Rapport Parent contient beaucoup de propositions inacceptables mais à peu près rien d\u2019irréparable parce qu\u2019il a su donner un rôle aux corps intermédiaires.Bien que tout le pouvoir réel ait été réservé à l\u2019Etat, ce Rapport a montré si clairement sa volonté de remettre les institutions, et jusqu\u2019à un certain point la vigilance sur l\u2019enseignement, aux soins des corps intermédiaires, jusqu\u2019à inclure même la création d\u2019un Conseil supérieur de l\u2019Education, que passer outre constituerait un abus de pouvoir.Certes l\u2019Etat peut abuser de ses pouvoirs.La Nation peut sous-estimer la puissance de sa propre action.Mais à la condition qu\u2019il y ait assez d\u2019esprits libres et vigoureux dans la Nation et que les corps intermédiaires assument toute leur part de vigilance et de critique constructive, l\u2019étatisme ne se présentera qu\u2019à la façon d\u2019une crise sporadique.L\u2019Etat ne s\u2019installe en accapareur que là où la Nation démissionne.Rien donc ne nous paraît plus urgent, dans le Québec contemporain, que l\u2019existence d\u2019une Nation forte dans un Etat fort.Les civilisations ont parfois de ces moments à vivre où tout est tension et risque mais aussi où tout est créativité et achèvement d\u2019un monde nouveau.Nous avons voulu montrer où se situent les dangers et les grandeurs d\u2019un tel moment. LE RAPATRIEMENT DE LA CONSTITUTION par Rosaire Morin Depuis 1927, notre personnel politique s\u2019emploie à rechercher des normes pour classer les articles de l\u2019A.A.B.N.selon certaines catégories préalables à l\u2019élaboration d\u2019une procédure d\u2019amendement à la Constitution.En 1950, à la conférence fédérale-provinciale de Québec, une entente intervient pour un certain nombre de catégories.Ces discussions aboutissent à la formule Fulton de 1960.Les délibérations sont lentes et complexes.Ce n\u2019est que le 10 octobre 1964 qu\u2019un texte intégral de la procédure d\u2019amendement à la constitution est adopté à l\u2019unanimité par les délégués du gouvernement fédéral et des gouvernements des dix provinces.Depuis cette date, neuf provinces ont fait ratifier par leur Législature une résolution acceptant ce texte de \u201cloi prévoyant la modification au Canada de la constitution du Canada\u2019\u2019.Le parlement du Québec n\u2019a pas encore voté l\u2019approbation de cette loi.Tous connaissent les motifs des délais.Il est probable que la prochaine session de la Législature sera appelée à voter la résolution inscrite au dernier Parlement. LE RAPATRIEMENT DE LA CONSTITUTION 293 Origine de l\u2019inspiration Une première constatation s\u2019impose avant même d\u2019aborder l\u2019étude du projet de rapatriement.Cette modification projetée ne répond pas aux aspirations du peuple.Elle n\u2019émane pas de la volonté populaire.Elle est le fruit du tripotage des hommes politiques.L\u2019on peut appliquer à la formule Favreau-Fulton l\u2019éloquent témoignage de l\u2019honorable Maurice Lamontagne sur l\u2019origine de la Confédération : \u201cLa Confédération ne fut pas le résultat d\u2019un mouvement populaire; elle fut avant tout l\u2019oeuvre d\u2019un groupe restreint de chefs politiques et d\u2019hommes d\u2019affaires.Les discussions qui y menèrent furent conduites en secret et la population l\u2019accepta sans l\u2019avoir désirée.\u201d La combine des chefs et le secret des délibérations nous conduisent à une situation humiliante.Notre premier ministre croit la population \u201cnon-instruite\u201d.\u201cComment voulez-vous que j\u2019aille expliquer cela à des non-instruits?\u201d a demandé M.Jean Lesage, aux courriéristes parlementaires, le 16 mars dernier.Cette illustration est suffisante pour démontrer le jeu de l\u2019homme politique qui négocie avec Ottawa, à l\u2019insu même du Comité parlementaire de la Constitution formé \u201cen vue de la détermination des objectifs à poursuivre par le Canada français dans la revision du régime constitutionnel canadien et des meilleurs moyens d\u2019atteindre ces objectifs.\u201d Même si la formule Fulton-Favreau met en jeu l\u2019avenir du Québec, le peuple n\u2019a pas à se prononcer.Le peuple doit se taire.Vivre avec la nation Si la Nation ne peut comprendre toutes les équivoques, tous les reculs et toutes les subtilités de l\u2019homme public, elle possède encore le sens de son destin, la volonté de 294 ACTION NATIONALE vivre et la détermination de s\u2019exprimer.N\u2019en déplaise à M.Lesage, la population du Québec commence à vouloir prendre en main son émancipation nationale.Elle ne peut plus accepter d\u2019être dirigée sans être consultée.Le premier ministre veut \u201c\u2018une opinion publique alerte et agissante.\u201d Qu\u2019il consulte alors la population, avant de s\u2019engager dans des chemins irréversibles et dangereux.Cette consultation ne doit toutefois pas prendre la forme d\u2019une élection générale.En une telle circonstance, une foule de facteurs entrent en jeu et c\u2019est toute la politique du gouvernement qu\u2019il convient de juger.Mais pourquoi pas une consultation populaire libre et précise?\u201cEtes-vous pour ou contre la formule F.F.\u201d?Le premier ministre Robarts objecte \u201cque les provinces pourraient bien mettre 10 ans à s\u2019entendre si on rouvrait les discussions publiques sur la formule d\u2019amendement proposée\u201d.Et puis, après?.Pourquoi pas?.POURQUOI RAPATRIER?Pourquoi cette hâte fébrile à vouloir rapatrier un document oublié à Londres?Quelles conséquences néfastes résultent de la présente situation et où se situe l\u2019urgence nationale à devoir rapatrier en 1965?Quelle ingérence craint-on de la Chambre des Lords ou de sa très Excellente Majesté la Reine?A tout prendre, elle est plus inoffensive que nos fédéralistes centralisateurs.Aujourd\u2019hui, la situation du Canada français est moins en danger à Londres qu\u2019à Ottawa.La monarchie anglaise semble plus favorable à un Québec fort que la majorité impérialiste d\u2019Ottawa.D\u2019ailleurs, ce rapatriement dont on parle tant est une illusion.Dans les faits, depuis une quinzaine d\u2019années déjà, l\u2019Angleterre a renoncé d\u2019elle-même à modifier l\u2019acte de l\u2019A.A.B.N.La règle qui régit actuellement LE RAPATRIEMENT DE LA CONSTITUTION 295 les changements fondamentaux à la Constitution est celle de l\u2019unanimité des divers gouvernements.Devant la loi même, la formule Fulton-Favreau n\u2019est pas une formule de rapatriement.Aucun terme dans le texte de la loi ne prévoit la naturalisation de l\u2019A.A.B.N.Il faudra, après l\u2019adoption de Miss F.F., rédiger un projet de loi pour \u201crapatrier\u201d.Pourquoi parler constamment de rapatriement?alors qu\u2019il n\u2019est nullement question de rapatriement.Il s\u2019agit d\u2019un mode d\u2019amendement qui modifie substantiellement notre Constitution elle-même.La règle de l\u2019unanimité L\u2019article \u201c2\u201d de la formule F.F.se lit comme suit: \u201cNulle loi édictée en vertu de la présente partie et touchant une disposition de la présente loi ou l\u2019article 51A de l\u2019Acte de l\u2019Amérique du Nord britannique, 1867, ou une disposition de la constitution du Canada relative A)\tAu pouvoir de faire des lois que possède la législature d\u2019une province.B)\tAux droits ou privilèges que la constitution du Canada accorde ou garantit à la législature ou au gouvernement d\u2019une province.C)\tAux actifs ou aux biens d\u2019une province.D)\tA l\u2019usage de l\u2019anglais ou du français, n\u2019entrera en vigueur sans le concours des législatures de toutes les provinces.\u201d Le \u201clivre blanc\u201d sur la constitution précise les six mêmes dispositions de l\u2019A.A.B.N.qui ne pourraient être modifiées sans le consentement unanime des provinces et du Parlement fédéral.Mais, au départ, rien n\u2019est clarifié dans l\u2019article 133 qui, dans sa rédaction actuelle, est nettement insatisfaisant pour la nation canadienne-française et rien n\u2019est précisé dans l\u2019article 91 pour empêcher l\u2019ingérence du fédéral dans la compétence des provinces. 296 ACTION NATIONALE Aucune garantie nouvelle n\u2019est apportée aux provinces.Le Québec demeure encore gelé et assujetti au veto de chacune des neuf autres provinces.Nous n\u2019acquérons aucun privilège, ni aucune possibilité d\u2019extension permanente de nos pouvoirs ou de traités avec l\u2019étranger.Nous obtenons avec cette règle de l\u2019unanimité une situation inférieure à celle que nous connaissons déjà, du fait que l\u2019unanimité ne s\u2019appliquera dorénavant qu\u2019à seulement 6 articles de la Constitution, le Québec renonçant à son droit de veto sur plusieurs autres articles importants sur lesquels il possède, à l\u2019heure actuelle, un droit de veto.Avec la nouvelle formule, les auteurs du \u201cLivre blanc\u201d concluent qu\u2019il ne sera pas possible à une province quelconque d\u2019obtenir \u201cun statut complètement différent de celui des autres\u201d.La règle actuelle qui régit les changements fondamentaux de la constitution nous est plus favorable.La règle de l\u2019unanimité est de rigueur.C\u2019est M.Jean Lesage lui-même qui déclarait: \u201cA cause des réalités politiques actuelles, les autorités fédérales se sentent bien obligées en effet de consulter toutes les provinces et d\u2019obtenir leur consentement avant de demander à Londres un changement constitutionnel le moindrement important.Ce qu\u2019il faut bien souligner cependant \u2014 et l\u2019on doit ne jamais l\u2019oublier \u2014 c\u2019est que cette règle de l\u2019unanimité n\u2019est pas une règle légale, mais tout simplement une règle coutumière.\u201d Mais la coutume et le précédent en régime britannique font les lois.Il est préférable au Québec de ne pas accepter le mode d\u2019amendement proposé.Un acquiescement signifierait notre satisfaction de l\u2019état actuel de la Confédération et il remettrait notre destin national entre les mains des autres provinces.Dix contre un. LE RAPATRIEMENT DE LA CONSTITUTION 297 La situation actuelle nous permet encore de négocier une nouvelle constitution conforme à nos aspirations.Pourquoi risquer de réduire le pouvoir de négociation dont le Québec dispose aujourd\u2019hui?Pourquoi nous limiter à une réserve de 6 articles dans notre droit de veto?La règle de la majorité L\u2019article 5 de la formule F.F.se lit comme suit: \u201cNulle loi édictée en vertu de la présente partie et touchant une disposition de la constitution du Canada qui n\u2019est pas visée aux articles 2, 3 ou 4 de la présente loi n\u2019entrera en vigueur sans le concours des législatures d\u2019au moins les deux tiers des provinces représentant au moins cinquante pour cent de la population du Canada selon le dernier recensement général.\u201d Cet article 5 prévoit que le Parlement du Canada pourrait modifier la Constitution, sur les articles de la Constitution autres que les six articles dits \u201cde sauvegarde\u201d, avec le \u201cconcours des législatures d\u2019au moins les deux tiers des provinces représentant au moins cinquante pour cent de la population du Canada\u201d.Sept provinces pourront en conséquence amender des dispositions importantes de la constitution sans solliciter ou obtenir le concours du Québec.Il faudrait au Québec le concours de six autres provinces pour obtenir un amendement qui lui soit favorable.Qui croit au Père Noël peut conserver un faible espoir d\u2019un faible gain! D\u2019après des spécialistes en droit constitutionnel, 47 dispositions de la constitution pourraient être modifiées par la majorité des provinces.Une étude de leur importance révèle que douze de ces articles sont substantiels et que des modifications par 7 autres provinces, le Québec étant exclu, pourraient amoindrir notre prestige dans la Confédération (comme si cela était possible) et nous créer de sérieux embarras. 298 ACTION NATIONALE Ces douze articles importants sont: 52, qui permet d\u2019augmenter le nombre des députés aux Communes ; 58 à 62, qui traitent de la fonction du lieutenant-gouverneur dans chaque province; 66,\tqui traite du lieutenant-gouverneur; 67,\tqui permet au gouvernement fédéral de nommer un administrateur pour agir en l\u2019absence du lieutenant-gouverneur ; 91, qui détermine les pouvoirs du gouvernement fédéral ; 95, qui autorise les provinces à légiférer sur l\u2019agriculture et sur l\u2019immigration; 101, qui autorise le Parlement canadien à établir une cour d\u2019appel pour le Canada, pouvoir dont il s\u2019est servi en 1949 pour faire de la Cour Suprême un tribunal de la dernière instance ; 132, sur les pouvoirs du gouvernement fédéral concernant des traités entre l\u2019Empire britannique et les pays étrangers.11 est facile d\u2019imaginer le concours de sept provinces pour modifier l\u2019une ou l\u2019autre de ces dispositions dans le sens d\u2019une centralisation.Qui pourra négocier le concours de six autres provinces pour permettre au Québec de décentraliser ?L\u2019application de la règle de la majorité qui ne comprend pas obligatoirement le Québec créera dans les faits une situation intolérable pour la nation canadienne-fran-çaise.La délégation de pouvoirs L\u2019article 13 se lit comme suit: \u201cL\u2019Acte de l\u2019Amérique du Nord Britannique (1867) est modifié en attribuant à l\u2019article 94-a le numéro 94-b et en insérant, immédiatement après l\u2019article 94, la rubrique et l\u2019article suivant: LE RAPATRIEMENT DE LA CONSTITUTION 299 « DÉLÉGATION DU POUVOIR LÉGISLATIF » \u201c94-a (1) Nonobstant toute disposition de la présente ou de toute autre loi, le parlement du Canada peut édicter des lois relatives à toute matière comprise dans les sujets énumérés aux catégories (6), (10), (13), (16), de l\u2019article 92 du présent Acte, mais nulle loi édictée en vertu du présent paragraphe n\u2019aura d\u2019effet dans une province à moins que la Législature de cette dernière n\u2019ait consenti à la mise en vigueur d\u2019une telle loi dans cette province.\u201d 2) Le paragraphe (1) du présent article n\u2019autorise pas le parlement du Canada à édicter une loi sauf a)\tsi antérieurement à l\u2019adoption de cette loi les législatures d\u2019au moins quatre provinces ont consenti à la mise en vigueur d\u2019une telle loi de la façon prévue à ce paragraphe, ou b)\tsi le parlement du Canada a déclaré que le gouvernement du Canada a consulté les gouvernements de toutes les provinces et que l\u2019adoption de la loi intéresse moins que quatre provinces et les provinces ainsi déclarées intéressées ont, sous l\u2019autorité de leur Législature, consenti à l\u2019adoption d\u2019une telle loi.\u201d Ainsi, sur des points aussi vitaux que ceux qui se rattachent aux paragraphes 6, 10, 13 et 16 de l\u2019article 92, et qui constituent la charte des droits provinciaux (propriété et droits civils, ouvrages et entreprises d\u2019une nature locale, et à toutes les matières d\u2019une nature purement locale ou privée dans la province), Ottawa ne pourra pas déléguer au Québec l\u2019exercice de ses pouvoirs, à moins que trois autres provinces n\u2019accordent leur consentement à une telle loi.Quelles provinces nous consentiront leur appui?Par contre, si le Manitoba ou toute autre province veut déléguer certains pouvoirs à Ottawa, le Parlement du Canada n\u2019a qu\u2019à déclarer qu\u2019il a consulté les gouvernements de toutes les provinces et que l\u2019adoption de la loi intéresse moins que quatre provinces mais qu\u2019il lé- 300 ACTION NATIONALE giférera pour les provinces consentantes.Une seule province peut donc déléguer de ses pouvoirs à Ottawa.Bref, les règles de la délégation des pouvoirs favoriseront une concentration contraire à l\u2019esprit de la Confédération.Sur la généralité des pouvoirs exercés par les législatures provinciales, les autres provinces pourront centraliser davantage sans le concours du Québec, mais le Québec aurait besoin des autres provinces pour décentraliser et il ne pourra compter sur aucune d\u2019entre elles.L\u2019on a osé prétendre que la délégation des pouvoirs établirait un statut particulier pour le Québec.A la page 51 du \u201cLivre blanc\u201d, l\u2019on peut trouver une réponse qui dément cette prétention : \u201cCertains ont exprimé la crainte que la disposition relative à la délégation (de pouvoirs) puisse permettre à une province qui s\u2019y emploierait d\u2019acquérir au sein de la Confédération un statut complètement différent de celui des autres.Une analyse rigoureuse de la disposition relative à la délégation démontre qu\u2019elle n\u2019offre pas une telle possibilité.\u201d \u201cSi une province veut édicter une loi qui ne relève pas de sa compétence, elle ne peut obtenir le droit de le faire seule ; elle ne peut non plus le faire de sa propre volonté avec le concours d\u2019autres provinces.La formule ne permet pas au Parlement d\u2019octroyer un seul pouvoir législatif à une seule province; l\u2019autorité ne peut être conférée à moins de quatre provinces.De plus, chaque délégation exige au préalable le consentement exprès du parlement, et chacune est sujette à révocation par le parlement.\u201d \u201cUne autre façon du moins en théorie, pour une province d\u2019en arriver à un statut spécial serait de refuser d\u2019autoriser le Parlement à édicter des lois du ressort provincial alors que les autres provinces y consentiraient.Ainsi, si neuf provinces étaient disposées à permettre au Parlement d\u2019exercer certains pouvoirs législatifs, il aurait le droit d\u2019agir ainsi à leur égard et la dixième province pourrait théoriquement acquérir un statut spécial en refusant de suivre leur exemple.Elle n\u2019atteindrait pas ce résultat par son action propre, mais par celle LE RAPATRIEMENT DE LA CONSTITUTION 301 des autres provinces auxquelles elle refuserait de se joindre.L\u2019aboutissement, même dans cette situation improbable, ne serait pas un statut constitutionnel spécial pour une seule province.Ce serait une situation administrative différente.Un changement dans la position constitutionnelle d\u2019une province ne pourrait s\u2019accomplir que par des modifications de fond apportées à la constitution elle-même\u201d.(p.51) Dans la pratique, nous nous orientons vers un cul-de-sac.Si les autres provinces délèguent de leurs pouvoirs au Parlement fédéral et que ce dernier décide de ne pas accorder pour ces fins une compensation fiscale au Québec, nous avons choisi l\u2019ombre pour la proie.Le danger est réel.Qui ne se souvient pas de l\u2019opposition de M.Diefenbaker à la ratification de l\u2019entente permettant aux provinces de se retirer des programmes conjoints?D\u2019autres chefs fédéraux pourront l\u2019imiter.Pouvoir exclusif au fédéral d\u2019amendement constitutionnel L\u2019article 6 de la formule F.F.se lit ainsi : \u201cNonobstant ce que prévoit la constitution du Canada le Parlement du Canada a le droit exclusif d\u2019édicter des lois modifiant à l\u2019occasion la constitution du Canada en ce qui concerne le gouvernement exécutif du Canada, le Sénat et la Chambre des Communes, sauf, A)\tLes fonctions de la reine et du gouverneur général vis-à-vis du Parlement ou du gouvernement du Canada; B)\tLes prescriptions de la constitution du Canada quant à une session annuelle du Parlement; C)\tLa période ultime fixée par la Constitution du Canada pour la durée de la Chambre des Communes ; sous réserve toutefois, du droit pour le Parlement du Canada, en temps de guerre, d\u2019invasion ou d\u2019insurrection, réelles ou appréhendées, de prolonger la durée d\u2019une Chambre des Com- 302 ACTION NATIONALE munes au-delà de cette période ultime si cette prolongation n\u2019est pas l\u2019objet d\u2019une opposition par les votes de plus du tiers des membres de ladite Chambre;\u201d D)\tLe nombre de sénateurs auquel une province a droit;\u201d E)\tLes qualités requises des sénateurs quant à ia résidence ainsi que les prescriptions de la constitution du Canada concernant leur nomination par le gouverneur général au nom de la reine ;\u201d F)\tLe droit d\u2019une province à un nombre de députés à la Chambre des Communes, non inférieur au nombre de sénateurs la représentant;\u201d G)\tLes principes de représentation proportionnelle des provinces à la Chambre des Communes que prescrit la constitution du Canada; et\u201d H)\tL\u2019usage de l\u2019anglais ou du français.\u201d Vous constatez que le gouvernement fédéral conserve le pouvoir exclusif d\u2019amender \u201cla constitution du Canada en ce qui concerne le gouvernement exécutif du Canada, le Sénat et la Chambre des Communes, sauf.\u201d Pourquoi le gouvernement du Québec n\u2019a-t-il pas protesté contre ce procédé unilatéral que consacre la formule F.F.?Pourquoi accepte-t-il en 1965 une partie de ce qu\u2019il a refusé en 1949?Comprend-il que le Parlement fédéral peut, sans avoir à consulter qui que ce soit, modifier la constitution sur plusieurs points qui intéressent indiscutablement les provinces?Quels sont les avantages de rapatrier au fédéral un \u201cdroit exclusif\u201d d\u2019amendement qui peut encore affecter ce que nous considérons comme des droits provinciaux, soit directement, soit indirectement?L\u2019on objectera peut-être qu\u2019une modification heureuse atténue le coup d\u2019Etat de 1949.Pourquoi n\u2019avoir pas aboli ce \u201cdroit exclusif\u201d, même jusqu\u2019en ses derniers vestiges ? LE RAPATRIEMENT DE LA CONSTITUTION 303 CONCLUSIONS A l\u2019heure où le rapport préliminaire de la Commission \u201cLaurendeau-Dunton\u201d affirme que \u201cle Canada traverse la période la plus critique de son histoire, depuis la Confédération, à l\u2019heure où Robert Fowler croit qu\u2019une nouvelle constitution est essentielle pour remplacer \u201cle vieux fouillis de l\u2019A.A.B.N.\u201d, à l\u2019heure où le Conseil de la Vie française affirme que le \u201ctexte du pacte fédératif doit subir de sérieuses modifications\u201d ; à l\u2019heure où Daniel Johnson réclame \u201cune nouvelle constitution fondée sur la reconnaissance de deux nations égales et librement associées\u201d, à l\u2019heure où l\u2019honorable Maurice Sauvé croit \u201cqu\u2019avant de pouvoir nous mettre d\u2019accord sur des amendements constitutionnels spécifiques, il existe plusieurs questions fondamentales que, nous et tous les Canadiens, nous devrons considérer\u201d, à l\u2019heure où l\u2019honorable Gérin-Lajoie se demande: \u201cQuelle objection ou difficulté s\u2019opposent à adopter un régime constitutionnel qui, formellement et pratiquement, tiendrait compte de l\u2019existence de \u201cdeux\u201d nations ou \u201csociétés\u201d au Canada?\u201d, à l\u2019heure où l\u2019honorable Pierre Laporte déclare: \u201cPour assurer la survie du Canada, la solution qui me paraît la plus acceptable et peut-être la seule acceptable, c\u2019est une confédération d\u2019Etats qui jouiraient d\u2019une grande indépendance\u201d, à l\u2019heure où le premier ministre, l\u2019honorable Jean Lesage met en relief que \u201cles structures de demain devront assurer l\u2019égalité effective des deux groupes ethniques fondamentaux du pays,\u201d et qu\u2019\u201cil sera indispensable de donner au Canada un autre sens et même de nouvelles institutions\u201d, nous espérons de tout coeur que nos gouvernants du Québec laisseront dormir dans le \u201ccimetière\u201d 304 ACTION NATIONALE des vénérables papyrus\u201d l\u2019A.A.B.N.et la F.F.F.et qu\u2019ils s\u2019appliqueront désormais à rechercher non plus un mode d\u2019amendements, mais la constitution elle-même.Nous sommes en 1965 Cette formule F.F.possède la qualité première d\u2019un cheveu sur la soupe: l\u2019inopportunité.Qu\u2019on me permette de citer le témoignage d\u2019un journaliste, Claude Ryan, que l\u2019on ne peut taxer d\u2019extrémisme (\u201cla vague séparatiste ayant déferlé sur nous comme sur le dos d\u2019un canard\u201d) et qui, dans le Devoir du 5 mars 1965, écrivait: \u201cComparée à ces vastes perspectives, la formule Fulton-Favreau apparaît comme une sorte de nuage gris qui cache momentanément les horizons exaltants qu\u2019on commençait à entrevoir.La commission royale ouvre la porte à un examen critique qui n\u2019épargnera même pas la Constitution.Le gouvernement apporte à celle-ci, au même moment, des amendements qui risquent, au dire de plusieurs, de rendre trois fois plus pénible le travail de revision en profondeur qui s\u2019impose dès maintenant.\u201d La conclusion de son éditorial mérite aussi une mention spéciale: \u201cMais là n\u2019est pas l\u2019essentiel.L\u2019essentiel, il est dans cette \u201ccrise\u201d évoquée par la commission Dun-ton-Laurendeau et tant d\u2019autres voix canadiennes.La crise exigeait que nous devenions de plus en plus ouverts au changement, de plus en plus disponibles pour des négociations d\u2019envergure.Nous commencions à peine à nous faire l\u2019oreille à cet appel.Et voici qu\u2019on nous interrompt inopportunément avec un chapitre de grammaire juridique qui améliore peu de choses, qui ne sera guère compris du peuple, et qui risque de retarder \u201cl\u2019heure des décisions et des vrais changements\u201d.En langage du terroir, cela s\u2019appelle \u201cmettre la charrue devant les boeufs\u201d. CHRONIQUES Jf^ropoA dur (a coopération SUR UN RAPPORT DE CAISSE POPULAIRE Je prends connaissance du cinquante-deuxième rapport annuel de la Caisse populaire de Sainte-Claire, comté de Dorchester.C\u2019est dire que cette Caisse populaire fut parmi les premières fondées au début du siècle, au temps de l\u2019abbé Philibert Grondin et autres.Les chiffres sont impressionnants.L\u2019actif de cette Caisse s\u2019élève à $2,146,312.75.Au cours de la seule année écoulée, l\u2019épargne et le capital social ont augmenté de $157,000.00.Les prêts ont augmenté au cours de la même période de $115,000.00.La liquidité de la caisse excède 50%, ce qui dépasse les exigences prescrites par les dirigeants des caisses.Les sociétaires peuvent bénéficier de l\u2019assurance-prêt, de l\u2019assurance-épargne, de l\u2019assurance parts-socia-les.Le boni est de 1% sur le solde minimum trimestriel.Une ristourne de ty2 de 1% est versée à tous les sociétaires.On a versé de plus une ristourne de 10% sur la somme des intérêts payés durant l\u2019année aux sociétaires épargnants.Les prêts sur reconnaissance de dettes ne sont pas élevés, car ils totalisent $83,137.30.Les prêts sur hypo- 306 ACTION NATIONALE thèque par contre se chiffrent à $575,881.00.La commission scolaire utilise $77,500.00 ; la Société coopérative $35,000.00; la Fabrique de Sainte-Claire $50,000.00; le Centre récréatif de Sainte-Claire $3,600.00.Le fonds de réserve est de $117,000.00; le fonds de prévoyance de $25,500.00; le fonds de surplus de $6,423.73.La paroisse Sainte-Claire est une belle région agricole.On y a ajouté un peu d\u2019aviculture depuis plus de vingt ans.Une industrie de carrosserie d\u2019automobile y a connu de grands succès.La paroisse est homogène, saine et l\u2019économie y fut longtemps à l\u2019honneur et les chiffres que nous exposons prouvent que les vertus d\u2019épargne, de frugalité et de prévoyance de la population ne se sont pas amoindries.Je sais pertinemment que beaucoup d\u2019enfants de la paroisse, qui, devenus adultes, se sont éloignés en raison des exigences de leur vie professionnelle, ont conservé les parts sociales détenues dans cette Caisse.Ils possèdent, j\u2019en suis certain, des dépôts-épargne parfois appréciables, mais il reste vrai que la Caisse populaire, sous une gérance ordonnée, celle de monsieur Léopold Leclerc, et sous la présidence de l\u2019honorable Albert Bouchard, c.l., est pénétrée d\u2019un véritable esprit de coopération.La rubrique \u201cplacement\u201d de même que celle décomposant les prêts et dont nous avons, plus haut, indiqué les postes saillants, tout cela indique un sens d\u2019administration vraiment imprégné de l\u2019esprit coopératif.On se solidarise avec l\u2019ensemble du mouvement coopératif dans le secteur épargne et crédit.On détient des parts sociales à la Caisse centrale, dans l\u2019Assurance-vie Desjardins, dans la Société d\u2019assurance des Caisses populaires, dans l\u2019Assurance coopérative Desjardins et à diverses rubriques.On place son argent tout d\u2019abord dans la paroisse même, et c\u2019est normal: c\u2019est le principe qu\u2019exaltait le grand économiste français Lucien Romier.Le boni payé SUR UN RAPPORT DE CAISSE POPULAIRE 307 est considérable, voire excessif, mais c\u2019est là l\u2019affaire des sociétaires et nous n\u2019avons rien à y voir.Je prends occasion du bilan de cette Caisse, de son excellente gestion, pour sonder l\u2019opportunité d\u2019élargir le rayonnement de l\u2019esprit coopératif de cette Caisse à d\u2019autres secteurs.A Sainte-Claire comme ailleurs, il existe des magasins généraux, épiceries-boucheries, etc.J\u2019ai toujours déploré, et je le déplore de plus en plus, l\u2019envahissement, la dissémination des grandes chaînes d\u2019épiceries-boucheries.Je me demande si l\u2019heure n\u2019est pas arrivée de proposer aux dirigeants de Caisses progressives, alertes, prospères, comme celle de Sainte-Claire, de se pencher sur le problème de la coopérative de consommation.Je ne voudrais certes pas que les administrateurs puisent dans le fonds de réserve ou dans le fonds de prévoyance de la Caisse populaire de Sainte-Claire, et d\u2019ailleurs ce serait en pratique impossible, pour lancer ou aviver le secteur de la coopérative de consommation.Les sociétaires savent la puissance de la coopération.Ils ont ensemencé; ils récoltent aujourd\u2019hui et ils sont fiers de leur Caisse populaire.Mais n\u2019y aurait-il pas moyen de faire surgir à Sainte-Claire un beau centre épicerie-boucherie appuyé sur le secteur épargne et crédit.Si on ne s\u2019occupe pas des marchands détaillants qui sont là à Sainte-Claire et qui y gagnent leur vie modestement et honorablement, il y aura des heurts et des frictions et probablement des bouderies qui pourraient s\u2019avérer coûteuses pour tous.Alors pourquoi n\u2019y aurait-il pas moyen d\u2019acheter deux ou trois de ces épiceries-boucheries et de les grouper dans un local nouveau, bien aménagé?Cette coopérative aurait donc le souci de ne pas mettre sur le pavé ces petits propriétaires ayant l\u2019expérience de ce commerce particulier.Si rien de tel n\u2019est tenté, notre secteur de la coopération ne se développera pas; il continuera d\u2019aller cahin-caha jusqu\u2019à ce que les grands magasins à chaîne aient étendu partout leurs 308 ACTION NATIONALE ramifications.Il s\u2019agit de devancer cette échéance et de le faire au profit des nôtres.On parle d\u2019être maîtres chez nous, d\u2019atteindre la gestion de notre économie; je ne vois pas qu\u2019il y ait un autre moyen de garder pour les nôtres le contrôle de nos magasins de détail surtout en boucherie, en épicerie et en maints articles de consommation domestique, tels que brosses, ustensiles, détergents et, dans une région rurale, produits en rapport avec les semailles, le labour, les récoltes, etc.Que l\u2019on se représente ce que signifierait une grande coopérative de consommation à Sainte-Claire et qui pourrait éventuellement être imitée dans quatre ou cinq paroisses du comté de Dorchester.Ces coopératives, bien entendu, feraient partie de l\u2019Alliance des coopératives.Représentez-vous, chers lecteurs, ce qui s\u2019ensuivrait pour l\u2019écoulement des produits agricoles, des produits de l\u2019érable, de certains fruits.Le pouvoir massif de ces coopératives assurerait un écoulement à un prix équitable pour le producteur et le consommateur.Et voilà où m\u2019a conduit la lecture du rapport de la Caisse populaire de Sainte-Claire.Ces sociétaires ont fait montre, depuis cinquante-deux ans, d\u2019intelligente gestion, d\u2019esprit d\u2019épargne et de solidarité; ils sont de taille à réussir dans ce secteur nouveau pour eux.L\u2019heure est arrivée où le Canada français doit faire appel à toutes ses unités composantes, à toutes ses forces morales, sociales et économiques.On dit que notre nation est en marche.Je voudrais, pour ma part, que nous visions tous ensemble à balancer notre économie, afin que nous puissions d\u2019un commun accord vraiment viser à être maîtres chez nous.La Caisse populaire de Sainte-Claire de Dorchester, et il y en a maintes autres, a droit à nos hommages, à nos félicitations pour les succès obtenus, comme elle mérite aussi nos souhaits sincères pour des succès croissants.Nous espérons que le champ de son activité coopérative pourra s\u2019agrandir encore par l\u2019utilisation, dans SUR UN RAPPORT DE CAISSE POPULAIRE 309 le secteur de la coopérative de consommation, de la masse de sociétaires qui la compose.Et sur ce, nous concluons, en réitérant que si cette Caisse mérite de notre part tant d\u2019éloges, elle n\u2019est pas la seule du genre dans la province de Québec.Il y a là une équipe d\u2019hommes qui peut, si conviction leur est apportée, prolonger l\u2019action coopérative dans le domaine de la coopérative de consommation.On ne m\u2019en voudra pas si j\u2019ajoute cependant que l\u2019heure est arrivée, pour une Caisse populaire de cette importance, d\u2019appeler au conseil d\u2019administration ou de surveillance, une ou deux femmes ou demoiselles; Sainte-Claire possède tous les éléments pour magnifier des idées fécondes.Sainte-Claire a produit des missionnaires, un grand évêque, des hommes qui se sont distingués dans tous les champs de l\u2019activité humaine.Nous osons pointer à ces citoyens extrêmement estimables et progressifs une route plus large encore où ils peuvent s\u2019engager avec confiance dans l\u2019avenir, car il y a en ce milieu des hommes et des femmes à la fois traditionalistes et progressifs.Rodolphe LAPLANTE LITTÉRATURE COMPARÉE: COMMENT SOMMES-NOUS INFORMÉS ?LE DEVOIR, vendredi, 29 octobre 1965, page 10, colonne 3: \"Le décret conciliaire sur l'éducation chrétienne affirme certains principes fondamentaux, comme le droit de tous les chrétiens à une éducation conforme à leur foi.\u2014 Les parents sont les premiers et les principaux éducateurs de leurs enfants; la société civile et l'Eglise interviennent ensuite\".LA PRESSE, Jeudi, 14 octobre 1965, page 1 et 2: La page 1 porte comme titre: \"Le Concile met le monde en garde contre la monopolisation des écoles par l'Etat\".\"Dans la journée d'hier, les Pères du Concile ont pris six votes sur diverses parties du schéma.L'extrait en question demande que les subsides soient distribués de manière telle que les parents aient la liberté d'envoyer leurs enfants à l'école de leur choix.\u2014 Parlant des droits des porents qui sont au-dessus de ceux de l'Etat en matière d'éducation, le texte de l'éventuel décret impose à l'Etat de protéger ces droits à l'exclusion de toute monopolisation des écoles\". est.economique Comment on nous voit à 1 étranger Un événement d\u2019une très grande importance économique vient de se produire dans le monde, et qui est de nature à affecter assez considérablement l\u2019avenir économique du Québec, dans la mesure tout particulièrement où il a besoin de l\u2019apport des capitaux américains poulie développement de son industrie sidérurgique à partir de notre richesse labradorienne en minerai de fer.Une source extraordinaire d\u2019approvisionnement en minerai de fer de très haute teneur vient en effet d\u2019être mise au jour en Australie, qui va d\u2019ailleurs révolutionner l\u2019économie de ce pays.C\u2019est le Business Week du 7 août, entre autres, qui nous le rapporte.L\u2019article qui l\u2019annonce débute ainsi et donne la mesure de l\u2019émerveillement mondial: \u201cJamais dans l\u2019histoire il n\u2019y eut rien de pareil.Ni à Sutter\u2019s Mill, ni au Klondike, ni au Transvaal, ni à Kalgoorlie.Des masses de minéraux, montagnes après montagnes du plus riche minerai de fer du monde, des falaises de bauxite quasi pure, du gaz en telle abondance qu\u2019un seul puits suffira à alimenter une ville de 250,000 âmes.\u201cLes réserves de minerai de fer établies sont déjà de 15 milliards de tonnes, le troisième dépôt du monde en importance.\u201d Notre Ungava est donc d\u2019ores et déjà éclipsé. COMMENT ON NOUS VOIT À L'ÉTRANGER\t311 Au fond ce sera peut-être un bienfait: on en sera moins pressé \u2014 c\u2019était déjà chose un peu faite par suite d\u2019autres découvertes depuis \u2014 de \u201cvider le trou\u201d; de sorte qu\u2019il pourra nous en rester pour les temps où nous aurons appris à nous conduire en adultes.Car c\u2019est ce dernier aspect surtout qu\u2019il importe de souligner ici.Devant cette immensité de richesses naturelles qui peut faire de l\u2019Australie une grande puissance du 21e siècle, on ne veut pas s\u2019emballer dans ce pays.L\u2019Australie ne \u201cveut pas demeurer indéfiniment un simple fournisseur de matières premières pour les manufacturiers étrangers\u201d.Elle veut \u201cun développement ordonné et à valeur permanente de ses ressources\u201d.En retour des concessions précieuses qui seront consenties pour le fer et la bauxite, par exemple, seront exigés des plans de développement à long terme.\u201cL\u2019Australie compte avant tout sur une association dans l\u2019égalité.\u201d Et alors, dans Business Week toujours, et exprimant ce qui se dit en Australie: \u201cNous ne voulons pas devenir un autre Canada, entend-on dire dans les salles de conseil des banques.\u2014 Cela n\u2019est pas à craindre.Le climat politique pour l\u2019investissement est si bon que les capitalistes américains, qui ont apporté 481 millions de dollars l\u2019an dernier, sont plus que prêts à concéder le nécessaire au nationalisme australien.\u201d On notera ici que si le Canada est considéré avec autant de mépris dans sa façon de procéder avec le capital étranger, ce n\u2019est pas de la faute d\u2019Ottawa.Ce sont les provinces qui consentent les concessions en matière de ressources naturelles, et cela en toute liberté.En ce qui concerne le minerai de fer en particulier, c\u2019est de Québec qu\u2019il s\u2019agit, de l\u2019action d\u2019un gouvernement entièrement sous notre contrôle comme nation d\u2019expression française.C\u2019est donc notre comportement, nos complexes qu\u2019il faut examiner ; en prenant conscience du coup que, si nous ne les avions pas, si nous savions discuter comme des hommes libres, sur une base d\u2019intérêts réciproques bien corn- 312 ACTION NATIONALE pris et bien débattus, les Américains ne seraient pas, n\u2019auraient pas été moins prêts \u201cà concéder le nécessaire au nationalisme\u201d québécois.La question d\u2019attitude joue ici un rôle majeur.Comme des enfants, les enfants de vaincus et de colonisés que nous étions, nous n\u2019avons su que nous laisser éblouir par le rôle de \u201cbienfaiteur\u201d, réel si l\u2019on veut du capital étranger ; et nous nous sommes crus obligés par là, par peur même de discuter pour ne pas effrayer, de tout donner.Alors que nous avions affaire à des hommes très pratiques, qui allaient se repayer leurs \u201cbienfaits\u201d et qui comprenaient parfaitement le langage du donnant-don-nant.Et puis, quand nous nous sommes mis à nous réveiller, nous nous sommes réveillés en enfants, récrimi-nateurs plus qu\u2019habiles jouteurs, ne pensant qu\u2019expro-priation, spoliation, extorsion de royautés souvent mythiques (ce qui ne faisait d\u2019ailleurs qu\u2019emplir les caisses de l\u2019Etat sans assurer le développement de nos ressources à notre avantage).Prenons acte de la leçon qui nous est donnée par ceux qui nous regardent et qui nous jugent, en faisant de nos actes l\u2019aune de leur propre \u201cne pas faire\u201d.Décidons-nous à nous conduire comme des hommes, avec des hommes.Donnons plus d\u2019importance aux résultats que nous obtenons pour nous qu\u2019aux scalps que nous réussissons à arracher, et dont la collection est d\u2019ailleurs bien limitée après tant d\u2019années de quasi vaines rodomontades.Discutons d\u2019affaires sur une base d\u2019affaires.Ce qui ne veut nullement dire, comme nos enfantillages nous ont incité à le croire en nous le laissant dire, qu\u2019il ne faut pas mêler le nationalisme aux affaires, à preuve l\u2019expérience australienne.Mais que nous considérons les choses, nationalistes comme les autres et avec les autres dont elles sont inséparables, en fonction d\u2019une objectivité soucieuse de vérité et de réalisme pratique tout à la fois plutôt que d\u2019après nos réactions tempéramentales ou instinctives.François-Albert ANGERS oCeS écrits et les li lureâ Écrits 1964-65 sur le problème canadien-français1 II \u2014 Le dossier des griefs: les organismes officiels Avant d\u2019aborder la série des ouvrages canadiens publiés en 1964-65 sur le problème canadien-français, faisons une place à un ouvrage français bien intentionné, celui que publiait aux Editions du Scorpion, en 1964, M.Philippe Aubert de la Rüe, sous le titre de \u201cCanada incertain\u201d.L\u2019ouvrage, dans son ensemble, présente une assez bonne synthèse du problème canadien.Malheureusement, ( 1 ) Rappelons pour mémoire la liste des ouvrages revus dans les articles précédents: Congrès des Affaires canadiennes, \u201cLe Canada, expérience ratée ou réussie\u201d; Bernard Bissonnette, \"Essai sur la constitution du Canada\u201d; Association canadienne des Economistes, \u201cLa planification économique dans un Etat fédératif\u201d.Et ceux qui le seront dans les articles suivants: Jean Lesage, \u201cDéclaration à la Conférence fédérale provinciale du 31 mars 1964\u201d; Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal, \u201cLe fédéralisme, l\u2019Acte de l\u2019Amérique du Nord britannique et les Canadiens-français\u201d; Marcel Faribault, \u201cL\u2019ordre économique canadien-français\u201d; Peter J.-T.O\u2019Hearn, \u201cPeace, Order and Good Government\u201d; ICAP, \u201cLe Canada face à l\u2019avenir\u201d; Jacques-Yvan Morin, \u201cLiberté nationale et fédéralisme\u201d; Marie-Blanche Fontaine, \u201cUne femme face à la Confédération\u201d; Club Fleur-de-Lys, \u201cL\u2019Etat du Québec\u201d; Marcel Chaput, \u201cJ\u2019ai choisi de me battre\u201d; Joseph Costisella, \u201cPeuple de la nuit\u201d; Marcel Faribault et Robert-M.Fowler, \u201cDix pour un\u201d; Daniel Johnson, \u201cEgalité ou indépendance; Dr René Jutras, \u201cQuébec Libre\u201d; Raymond Barbeau, \u201cLe Québec bientôt unilingue\u201d; Cré-peau & Macpherson, \u201cL\u2019avenir du fédéralisme canadien\u201d. 314 ACTION NATIONALE les chapitres consacrés au fédéralisme canadien et à la question du Québec sont très fortement marqués, si sympathiques qu\u2019ils s\u2019efforcent d\u2019être au Canada français, par les points de vue des Anglo-Canadiens ou de certains Canadiens français qui se rapprochent d\u2019eux par leur anti-nationalisme.Cela se comprend \u2014 et à ce point de vue il est réconfortant que l\u2019ouvrage ne soit pas plus antipathique \u2014 quand on apprend que l\u2019auteur nous a observés de Toronto, où il a élaboré son livre; qu\u2019il n\u2019a de remerciements précis à formuler, donc n\u2019en a dû, qu\u2019au Canadian Institute of International Affairs de Toronto pour ses \u201cfacilités d\u2019ordre documentaire et informationnelles\u201d et pour \u201cl\u2019utilisation de son excellente bibliothèque\u201d ; que toute sa bibliographie, chapitre par chapitre, n\u2019est guère faite que d\u2019ouvrages anglophones, à l\u2019exception du \u201cFédéralisme canadien\u201d de Maurice Lamontagne, de deux textes en somme accessoires de Jean-Charles Falardeau et du Père Régis dans \u201cLa dualité canadienne\u201d de Mason Wade, d\u2019un article de Jean Pellerin dans la revue \u201cEsprit\u201d, et d\u2019un mot de M.René Lévesque qui a au moins le mérite de donner le son de l\u2019authenticité.Faut-il nous excuser auprès de M.de La Rüe de le lui dire franchement: un Français de France, homme de science au surplus, n\u2019a pas le droit de se montrer inattentif, devant des problèmes qui touchent de si près à des sentiments qui devraient nous être réciproques (même si nous sommes catholiques et peut-être pas assez laïcisants à son goût), au point de consentir à parler d\u2019une communauté française en n\u2019ayant entendu que le son de cloche anglo-saxon, ou quasi.Car indépendamment de toute sentimentalité, les ouvrages de sociologie politique ont leur devoir de vérité et d\u2019objectivité.Cela suppose qu\u2019on n\u2019interprète pas les constitutions, les mentalités et les objectifs politiques affectant deux peuples en rivalité, à partir d\u2019ouvrages ne provenant que d\u2019une seule source, et notamment quand c\u2019est à la source adverse qu\u2019on puise les points de vue de l\u2019autre. ÉCRITS 1964-65 SUR LE PROBLÈME CANADIEN-FRANÇAIS 315 Mais revenons aux auteurs canadiens.C\u2019est en deux groupes que l\u2019on peut séparer les ouvrages à travers lesquels nous allons maintenant répartir les ouvrages parus au cours de 1964-65: 1° récriminations, griefs, revendications, allant du ton le plus modéré, le plus pondéré dans la fermeté, jusqu\u2019aux dénonciations virulentes aboutissant à la déclaration d\u2019indépendance; 2° étude, analyse, renouvellements pour rendre possible une nouvelle expérience entreprise sur un nouveau pied.Le Conseil de Vie française La série des ouvrages de revendications s\u2019ouvre en quelque sorte par le mémoire du Conseil de la vie française à la Commission Laurendeau-Dunton ; et trouve sa conclusion dans le Rapport préliminaire de cette Commission.L\u2019analyste du problème canadien sous l\u2019angle canadien-français trouvera un grand intérêt à lire ensemble et successivement le discours inaugural du ministre de la justice Davie Fulton devant le Congrès des Affaires canadiennes à l\u2019automne 1961 (1), l\u2019ouvrage du juge Bissonnette établissant la vraie position historique, juridique et constitutionnelle du Canada français dans le complexe canadien (1) et le mémoire du Conseil de la vie française, qui s\u2019ouvre sur les trente revendications sans la rectification desquelles le bilinguisme ne saurait être dit véritablement respecté au Canada.En effet, en regard des droits explicités par le juge Bissonnette et des carences manifestées par les trente revendications après un siècle de vie confédérative, bien peu sincère ou réaliste nous apparaît une sympathie envers les Canadiens français comme celle de M.Fulton, ne trouvant à s\u2019exprimer qu\u2019en termes de patience à réclamer de ceux-ci en raison des grands progrès (sic) accomplis depuis 1867 ! On y retrouve trop manifestement l\u2019esprit que dénonce le Conseil de Vie française; ce ma- il) Cf.L\u2019Action nationale, octobre 1965. 316 ACTION NATIONALE chiavélisme pratique qui consiste à concéder \u201cquelques vagues corrections de détail d\u2019une situation malheureuse, mesure destinée à endormir le sentiment national cana-dien-français et non à lui rendre justice\u201d, et qui \u201cfut toujours le cas dans le passé\u201d.Texte de haute tenue, le mémoire du Conseil de Vie française fait magnifiquement le point.C\u2019est lui aussi un document fondamental en la matière.Il témoigne au surplus de la constance des efforts avec lesquels, depuis nombre d\u2019années, cet organisme a signalé au gouvernement central les anomalies de la situation et lui a proposé, sans succès significatif, des façons concrètes d\u2019y remédier.Il n\u2019y a donc vraiment pas d\u2019excuse à ce qui existe ; et la \u201cdistraction\u201d des autorités centrales en devient hautement significative.Par contraste, le mémoire reproduit en annexe un chapitre d\u2019une brochure de M.Michel Brochu sur la pratique du bilinguisme dans des pays qui sont dans une situation analogue à celle du Canada.Alors explose à tout jamais la prétention des Anglo-Canadiens d\u2019avoir fait du Canada une nation bilingue modèle.Bien au contraire, le Canada apparaît, parmi tous les pays à situation similaire, comme celui qui a accordé de loin le traitement le plus inégal et le plus injuste à la minorité linguistique.La Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal et le bilinguisme Il est intéressant de comparer au mémoire du Conseil de la Vie française, celui qu\u2019a consacré au même sujet et à l\u2019intention de la même Commission, la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal, sous le titre de \u201cLe bilinguisme et l\u2019union canadienne\u201d.Contraste très net entre le refus de céder à l\u2019impatience évidente mais contenue dans le consentement à chercher encore des formules rémédiatrices; et la confiance définitivement perdue qui décide l\u2019engagement dans des voies nouvelles.Tout ce que le mémoire du Conseil de Vie française re- ÉCRITS 1964-65 SUR LE PROBLÈME CANADIEN-FRANÇAIS 317 prend et détaille comme pour une dernière fois, le mémoire de la Société St-Jean-Baptiste de Montréal le retient en une seule phrase : \u201cImpossible pour un Canadien français de 1964, conscient des véritables problèmes de la nation à laquelle il appartient, de se remémorer l\u2019histoire du bilinguisme dans l\u2019administration fédérale sans éprouver un sentiment de lassitude ou de révolte.Quatre-vingt-dix-sept ans de luttes, de pétitions, de mémoires et de discours pour aboutir à cela!\u201d En dépit de la différence de ton, il n\u2019y a pas de désaccord réel entre Conseil de Vie française et Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal.Ce que le mémoire de ce dernier organisme s\u2019applique à mettre en lumière, à partir de là, en un raccourci d\u2019histoire d\u2019un extrême intérêt et d\u2019une grande originalité sur l\u2019évolution de la prise de conscience nationale du Canada français \u2014 histoire de la mentalité par opposition ou comme sous-jacente à l\u2019histoire des institutions qu\u2019a tracée le Conseil de Vie française \u2014, c\u2019est que les solutions du type traditionnel, qui auraient pu encore être possibles il y a un quart de siècle, ne peuvent plus suffire aujourd'hui.La conclusion ne va pas jusqu\u2019à réclamer l\u2019unilinguisme officiel français au Québec.Tout en affirmant qu\u2019\u201cil n\u2019est nullement question d\u2019obliger toute la population du Québec à pratiquer l\u2019unilinguisme français\u201d, elle demande à \u201cla population anglo-québécoise de se rendre compte qu\u2019elle a joui jusqu\u2019ici d\u2019un statut de minorité privilégiée qui ne peut pas se maintenir encore bien longtemps\u201d, et à toutes les autorités concernées, de faire en sorte \u201cque la langue française (devienne) la langue prioritaire au Québec\u201d.Le tout est d\u2019ailleurs envisagé selon la perspective d\u2019une reconstruction de l\u2019opinion canadienne dans le cadre d\u2019une nouvelle constitution d\u2019après la formule des Etats associés.Il est alors prévu un Etat confédéral, où \u201cle français et l\u2019anglais seront les deux langues officielles et obligatoires\u201d; et \u201cdes Etats nationaux qui décideront eux-mêmes de (la) langue officielle ou (des) langues officielles\u201d.Aucune 318 ACTION NATIONALE préoccupation, comme dans le mémoire du Conseil de la Vie française, de réclamer le droit à l\u2019école française pour les minorités à travers tout le Canada.Dans des termes moins agressifs, le mémoire du Conseil de la Vie française n\u2019avait pas été d\u2019ailleurs sans apercevoir cet aspect du problème: de toute façon, le Québec doit prendre une allure beaucoup plus française, les autres provinces du Canada ne s\u2019étant nullement gênées pour se donner un visage à peu près exclusivement anglais ; et il faudra bien s\u2019attendre que le Québec songe à devenir plus exclusivement français si, rapidement, le reste du pays ne s\u2019applique pas à devenir franchement bilingue.La Commission Laurendeau-Dunton Ce message très net et très réaliste a eu son écho très clair jusqu\u2019au \u201csommet\u201d, jusqu\u2019au rapport préliminaire de la Commission Laurendeau-Dunton.Dans l\u2019orbite de la patience, il ne reste donc plus guère à voir que si le deuxième rapport aura la force d\u2019en tirer les vraies solutions, et si la société canadienne-anglaise sera prête à s\u2019exécuter rapidement dans leur application.Mais il est déjà important que quatre Canadiens français commandités par Ottawa aient eu le courage, et que quatre Canadiens anglais et deux Néo-Canadiens (l\u2019un d\u2019expression française, l\u2019autre d\u2019expression anglaise) aient eu la franchise, de marquer l\u2019échec de cent ans d\u2019expérience fédérative.Si \u201cprovisoire\u201d qu\u2019il se dise (page 5), très significatif reste le caractère \u201cunanime\u201d de ce rapport signé par dix Canadiens dont cinq sont de langue anglaise et venant de différentes parties du pays.Pour autant que les Canadiens français sont concernés, il n\u2019y a pas de doute que ce rapport d\u2019une commission fédérale aura fait plus de bien, pour sauver la situation, que toutes les commissions antérieures (qui ont plutôt tout gâté) et ÉCRITS 1964-65 SUR LE PROBLÈME CANADIEN-FRANÇAIS 319 toutes les belles déclarations officielles à la Davie Fulton.Il est indispensable, qu\u2019à un moment donné, un groupe minoritaire ait conscience que, dans les sphères majoritaires, on reconnaît dans ses données exactes l\u2019existence du problème auquel il fait face.En cela, il faut dire que le rapport préliminaire de la Commission Lauren-deau-Dunton ne fait en rien défaut.Peut-être son principal défaut sera-t-il tout simplement d\u2019être venu un quart de siècle trop tard pour les Canadiens français, .et un quart de siècle trop tôt pour les Canadiens anglais ! Et c\u2019est au second rapport qu\u2019il faudra se rapporter pour juger s\u2019il faudra compléter le \u201ctrop tard\u2019\u2019 par le deuxième volet du mot churchillien : \u201ctrop peu\u201d.\".les commissaires, comme tous les Canadiens qui lisent les journaux, écrit-on au rapport, s\u2019attendaient bien à se trouver en présence de tension et de conflit, (.).Mais ce qu\u2019ils ont peu à peu décelé est différent.Ils ont été contraints de conclure que le Canada traverse actuellement, sans toujours en être conscient, la crise majeure de son histoire\u201d (p.5).\u201c.la revendication de la primauté de l\u2019anglais par les uns entraîne chez les autres le rejet de la réalité canadienne, alors regardée comme étrangère, et les pousse à désirer la sécession.Voilà même l\u2019un des éléments essentiels de la crise que traverse le Canada\u201d (p.16).La cause profonde de la crise, le rapport le marque bien, réside donc dans la conception différente que se font du Canada les deux principaux groupes de Canadiens.Au Canada français, on tient à l\u2019idée maîtresse de \u201cl\u2019égalité entre les deux peuples\u201d ; et quand on s\u2019y oppose, ce n\u2019est pas tant \u201cen principe, que parce qu\u2019(on est) convaincu qu\u2019elle est illusoire ou que les Canadiens de langue anglaise n\u2019en permettront jamais la réalisation\u201d; au Canada anglais, au contraire, \u201cun certain nombre ont vigoureusement récusé, dès le début, l\u2019application au Canada du principe de l\u2019égalité entre les deux peuples\u201d, et si beaucoup y étaient favorables, \u201cpeu, même parmi ces derniers, en saisissaient les implications\u201d (P.37). 320 ACTION NATIONALE A la base de ces deux positions, deux thèses historiques et constitutionnelles : celle des deux peuples fondateurs et du pacte confédératif chez les Canadiens français ; et, chez les Anglo-Canadiens, la conception pragmatique qui se refuse à une telle perspective historique ou juridique pour s\u2019en tenir aux textes vagues sur ce point de l\u2019A.A.N.B.et des diverses conventions qui prescrivent la nature des relations fédérales-provinciales (p.39).En somme, l\u2019idée d\u2019une dualité nationale, fondamentale pour les Canadiens français, paraît demeurer étrangère à la plupart des participants canadiens-anglais (p.41).Si bien que dans beaucoup de discussions, on se trouve devant une situation où, \u201cen de nombreux cas, faute d\u2019une commune longueur d\u2019onde, il n\u2019y a pas de dialogue possible\u201d (p.79).Les propos que la Commission a entendus au cours des séances publiques qu\u2019elle a tenues, tant sur des solutions possibles que sur le sens de la démocratie en fonction de laquelle elles doivent se formuler (\u201crègle de la majorité\u201d et \u201cdroits des minorités\u201d), l\u2019ont finalement convaincue \u201cque le fossé s\u2019élargit entre francophones et anglophones\u201d (p.83) après cent ans de vie commune.En conséquence de cette prise de conscience, le chapitre six du rapport pose le problème canadien-français dans des termes remarquablement nets et lucides.Et dans la prise de conscience aussi de la gravité de la situation vu l\u2019attitude de \u201cla majorité (des Canadiens de langue anglaise) (estimant) qu\u2019il est à peine, ou pas du tout nécessaire, d\u2019apporter des modifications importantes aux relations qui existent entre eux et leurs compatriotes d\u2019expression française\u201d (p.111) ; manifestant même \u201cde l\u2019impatience et de l\u2019irritation en entendant les Canadiens français se plaindre d\u2019être, aujourd\u2019hui, exclus des fonctions administratives au sein des sociétés industrielles et commerciales\u201d, alors qu\u2019ils ont eux-mêmes jugé bon de consacrer presque \u201ctoutes leurs énergies à créer d\u2019autres genres d\u2019institutions \u2014 la paroisse, le collège classique, l\u2019entreprise familiale, et de nouvelles colonies agricoles\u201d ÉCRITS 1964-65 SUR LE PROBLÈME CANADIEN FRANÇAIS 321 (pp.113-114), et laissé au Canada anglais la détermination du plan selon lequel a été conçu le Canada (p.115) et dans lequel ils voudraient maintenant s\u2019immiscer.Il importera aussi aux Canadiens français de réfléchir sur les points de vue, également fort bien exposés, qui expliquent la bonne conscience du Canada anglais dans le maintien de ses positions vis-à-vis du Canada français.Il n\u2019en ressort que davantage jusqu\u2019à quel point la crise est majeure.La commission Laurendeau-Dunton a eu le courage de l\u2019affirmer, et d\u2019affirmer aussi que \u201cc\u2019est l\u2019heure des décisions et des vrais changements\u201d, dont \u201crésultera soit la rupture, soit un nouvel agencement des conditions d\u2019existence\u201d (p.125).\u201cNous sommes convaincus, dit encore le Rapport, qu\u2019il est encore possible de redresser la situation.Mais une opération majeure s\u2019impose.C\u2019est tout le corps social qui semble atteint.La crise est rendue au point où il y a danger que la volonté ne commence à céder\u201d (p.125).Et plus loin encore: \u201c.(les désaccords antérieurs furent réglés d\u2019une façon ou d\u2019une autre.Mais ils ne sont pas étrangers à la crise présente.Au contraire, il nous paraît qu\u2019enregistrés dans la mémoire des \u201cnations\u201d sous forme de jugements synthétiques (\u201cles Canadiens français ne sont jamais contents\u201d, ou \u201cles Anglais ne nous comprendront jamais\u201d), des conflits mal dénoués cumulent cette fois dans une crise moins spectaculaire mais autrement profonde, qui serait, outre ce qu\u2019elle a de neuf, la somme et la consommation de tous les affrontements passés.Nos discordes précédentes n\u2019ont pas sérieusement menacé les fondements de l\u2019Etat.La crise actuelle est d\u2019un ordre différent.Mais auparavant, sauf peut-être parmi quelques individus et quelques groupes, nul n\u2019avait eu le sentiment que les principes sur lesquels se fonde l\u2019existence du peuple canadien étaient en jeu.Cette fois-ci (.) ce qui est en jeu, c\u2019est l\u2019existence même du Canada, (p.127).\u201cEt il ne s\u2019agit plus, selon nous, du conflit traditionnel entre une majorité et une minorité, c\u2019est plutôt un conflit entre deux majorités : Le groupe majoritaire au Canada et le groupe majoritaire au Québec.(.) Cela revient à dire que le Québec francophone s\u2019est long- 322 ACTION NATIONALE temps comporté un peu comme s\u2019il acceptait de n\u2019être qu\u2019une \u201cminorité ethnique\u201d privilégiée.Aujourd\u2019hui le Québec, si nous en croyons les opinions si souvent répétées devant nous, se regarderait lui-même comme une société presque autonome et s\u2019attendrait à être reconnu comme telle.Cette attitude se rattache à un espoir traditionnel aux Canadiens français : celui d\u2019être l\u2019égal, comme partenaire, du Canada anglais.Si l\u2019on estime que cette idée est irréalisable parce qu\u2019on ne peut concevoir une telle égalité ou qu\u2019on ne peut l\u2019accepter, nous croyons que de la déception naîtra l\u2019irrémédiable\u201d (p.127).Cela va finir par paraître une rengaine, mais nous voilà encore en face d\u2019un document majeur, qui pourrait celui-là devenir, sur le plan historique canadien, une autre pierre fondamentale, une pierre angulaire de la construction véritable d\u2019un Canada vraiment adulte dans sa dualité.Peut-être d\u2019ailleurs est-ce là démonstration du caractère transitionnel de l\u2019époque dans laquelle nous sommes entrés que cette série d\u2019ouvrages de qualité ayant tous l\u2019allure d\u2019un règlement de compte de fin d\u2019année et d\u2019une réouverture des livres pour l\u2019avenir.Pour ce qui est du rapport Laurendeau-Dunton, n\u2019est-ce pas la première fois qu\u2019un pareil document émane, depuis 1760, d\u2019un organisme dépendant de l\u2019autorité \u201cbritannique\u201d au Canada, avec ou sans participation canadienne-française?Faisant le pendant du rapport Durham, à plus de cent trente ans d\u2019intervalle, il démontre que \u201cla révolution tranquille\u201d du Québec n\u2019a rien de soudain.Constatant implicitement que le \u201cnoble\u201d Lord a tout simplement eu tort de songer à des solutions assimilatrices pour régler un problème d\u2019importance nationale dont il avait lui-même constaté l\u2019existence, le rapport Laurendeau-Dunton en renverse les conclusions : \".les Canadiens de langue anglaise, en général, doivent en venir à reconnaître l\u2019existence, au Canada, d\u2019une société francophone vigoureuse, et à s\u2019intéresser davantage aux aspirations, aux frustrations et aux réalisations des Canadiens français, tant au Québec que dans les autres provinces.Us doivent arriver à comprendre ce que cela signifie d\u2019être membre ÉCRITS 1964-65 SUR LE PROBLÈME CANADIEN-FRANÇAIS 323 d\u2019une minorité, d\u2019un peuple associé mais minoritaire, pour accorder à cette minorité les garanties dont peut se passer une majorité\u201d (p.130).Voilà bien les perspectives selon lesquelles le Canada peut encore avoir un avenir.Reste à déterminer si peut être trouvé ce \u201ccompromis satisfaisant, entre ce qui est pour les Canadiens français un minimum vital, et, pour les anglophones, un maximum acceptable\u201d (p.129), qui en serait l\u2019actualisation et qui constitue sans doute une expression lucide des exigences minimum pour qu\u2019une entente s\u2019effectue, à condition que le maximum acceptable au Canada se situe au delà du minimum vital indispensable au Canada français.L\u2019inquiétude salutaire.qui n\u2019est qu\u2019une hirondelle ! Le problème du nationalisme canadien-français, du bilinguisme et du biculturalisme était tellement devenu à l\u2019ordre du jour partout en 1964-1965 qu\u2019on en parlera, en juin 1964, à la huitième conférence annuelle de l\u2019Association canadienne des écoles de commerce à Charlottetown, jusqu\u2019ici bien loin de cet ordre de problèmes.Un avant-midi fut consacré à un colloque dont le titre anglais était \u201cManagement in a bicultural and bilingual environment\u201d et en français, \u201cL\u2019entreprise canadienne et le biculturalisme\u201d.Les participants étaient M.Roger Chartier de l\u2019Hydro-Québec, M.F.Malo de la Compagnie Dominion Tire et M.J.-W.Peacock du National Canadien.M.Chartier posa fort justement à la base de tout que si le bilinguisme doit être une réalité, il implique un \u201cstatut égal\u201d, à la fois en droit et en fait, pour les deux langues concernées.Mais cela, précisa-t-il non moins justement, ne peut jamais signifier le bilinguisme sous la forme impossible de l\u2019usage également parfait des deux langues par les deux catégories de citoyens.La poursuite de ce dernier objectif, insista-t-il .\u201cn\u2019est qu\u2019un mythe, si bien qu\u2019un parfait bilingue réussi ne produit qu\u2019une personne de culture marginale, en fait assise entre deux cultures 324 ACTION NATIONALE et n\u2019ayant véritablement aucune culture véritable ni la maîtrise d\u2019aucune langue.Je tire de là une première conclusion : aucune exigence économique ne peut, par elle-même rendre ce mythe viable, de sorte qu\u2019il est bien inutile de le poursuivre.\u201d Dans cette perspective, M.Chartier s\u2019est appliqué à démontrer qu\u2019il n\u2019y a pas de sens à poser le problème en mettant en rapport bilinguisme et compétence ou efficacité.Dans le cadre d\u2019une collectivité française qui désire le respect de sa langue, il y a un seuil d\u2019efficacité au sens le plus large du terme, qui implique une satisfaction capable de compenser le degré d\u2019inefficacité résultant de la difficulté des communications et d\u2019engendrer une plus grande efficacité concrète.Pour atteindre ce degré d\u2019efficacité, ce qui importe c\u2019est que le patronat d\u2019expression anglaise, dans le Québec d\u2019abord puis dans tout le Canada, se décide à donner de l\u2019emploi aux Canadiens français sans davantage exiger d\u2019eux qu\u2019ils soient bilingues qu\u2019il ne l\u2019exige des Canadiens anglais.En un sens, a-t-il dit, cela peut paraître peu réaliste en terme de communications ; mais d\u2019autre part, il est inversement peu réaliste de croire possible, sans cette égalité de traitement, la disparition du malaise qui existe au Canada.En toute autre hypothèse ou réalité, on demande au Canadien français de sacrifier les valeurs fondamentales de culture auxquelles il tient sans pour autant qu\u2019il arrive vraiment, en se faisant bilingue, à devenir aussi habile dans la langue anglaise que son compatriote d\u2019expression anglaise.La participation de M.Peacock n\u2019a pas été de nature telle que le dialogue s\u2019engage autour de cette proposition de base, à laquelle M.Malo ne fit qu\u2019apporter une adhésion; et le rapport ne nous indique pas s\u2019il y a eu une discussion dans la salle.Les propos de M.Peacock n\u2019ont fait, comme toujours, qu\u2019indiquer un parallélisme irréductible.En voulant montrer combien le National Canadien était devenu sensible au problème et faisait des ef- ÉCRITS 1964-65 SUR LE PROBLÈME CANADIEN-FRANÇAIS 325 forts louables pour donner aux Canadiens français leur part, il illustrait combien tous ces efforts sont basés sur la notion de bilinguisme que M.Chartier venait de déclarer mythique.Des efforts inouïs pour faire avancer les Canadiens français et pour développer le bilinguisme dans les deux groupes, mais dans un cadre où le Canadien français doit être bilingue pour monter alors que le Canadien anglais reste libre de ne pas l\u2019être sans qu\u2019il soit évident encore qu\u2019il en souffrira.Le mot d\u2019espoir de son exposé, c\u2019est que l\u2019idée des cours de langues serait de créer un milieu où chacun pourrait s\u2019exprimer dans sa langue et être compris.Pour le moment, ce n\u2019est qu\u2019un objectif en fonction duquel le Canadien français reste inférieur sans qu\u2019on voie dans combien de temps il émergera à la surface de la véritable égalité.Toujours dans les mots comme dans les faits, le Canada anglais, dont Davie Fulton s\u2019est fait comme le prototype le plus sympathique, réclame notre patience pour pouvoir trouver le moyen de nous satisfaire sans jamais se déranger.C\u2019est une attitude pragmatique de ce genre qui a conduit les Etats-Unis, avec leur problème noir, au seuil de la terreur inévitable et incontrôlable.Le Canada anglais devrait s\u2019aviser au plus tôt que le pragmatisme ne conduit nulle part ailleurs dans les questions vitales, parce qu\u2019elles sont fondamentales et que cette méthode d\u2019approche et d\u2019action ne les règle jamais par le fond.Que le Canada anglais apprenne au plus vite de nous, d\u2019esprit franco-latin, qu\u2019en certaines heures il faut s\u2019asseoir au plus vite à la table de discussion encore plus que de négociations, pour trouver aux problèmes des solutions radicales parce qu\u2019allant au principe des choses pour ordonner la réalité en conséquence.François-Albert ANGERS Les événements Hauteur et mauvaise foi envers nous de \u201cL\u2019État c\u2019est nous!\u201d La morgue du gouvernement de Québec et de certains de ses ministres envers nous, envers la population, les corps intermédiaires qui la représentent, devient intolérable.Avez-vous vu M.Paul Gérin-Lajoie à la télévision, à cette conférence de presse en compagnie de Claude Ryan, du secrétaire de la Fédération des Collèges classiques, et d\u2019un enfant de coeur du MLF qui encensait le ministre et à qui celui-ci répondait sur le ton d\u2019une écoeurante complaisance ?Voilà un organisme représentatif de l\u2019ensemble des collèges classiques, un ensemble d\u2019institutions dont la place dans l\u2019histoire et l\u2019équilibre actuel de notre enseignement en fait sûrement l\u2019un des plus importants et des plus respectables de nos corps intermédiaires.Entre lui et le gouvernement s\u2019est développé, au cours des mois qui ont précédé, une atmosphère de tension et de lutte qui n\u2019est à l\u2019avantage de personne.Il s\u2019est révélé sans conteste que le plus grand responsable de cette atmosphère de tension est le gouvernement, d\u2019abord par sa façon évasive et fuyante d\u2019aborder les problèmes des collèges classiques, puis finalement par des déclarations dont le moins qu\u2019on puisse dire est qu\u2019elles étaient d\u2019un goût douteux, puisque certainement pas au surplus en parfaite HAUTEUR ET MAUVAISE FOI ENVERS NOUS DE 327 conformité avec la vérité.Le ministre a finalement, cet été, accepté un affrontement public, et cela pour sûr est à son actif.Mais voilà qu\u2019au cours de l\u2019échange, alors que le secrétaire de la Fédération des collèges fait remarquer que tous les efforts de son organisme sont tombés dans le vide et restés sans réponse, le ministre pose, d\u2019un ton qui se veut ingénu pour ne pas forcer un effet qui sera déjà suffisamment fort par lui-même, la question suivante: \u201cVous attendiez-vous que le ministre allait vous recevoir pour discuter la question directement avec vous (entendant les représentants de la Fédération) ?\u201d Et le secrétaire de la Fédération de tomber dans le piège et de répondre tout naturellement, oui, comme vous l\u2019auriez fait, vous et moi.N\u2019est-ce pas ce qui est normal quand après un échange de documents et de propositions qui paraissent de part et d\u2019autres mal compris, des contacts sont évidemment nécessaires pour éviter que les malentendus ne s\u2019aggravent ?Mais pour le ministre, c\u2019est non ! Un non exprimé avec un tel aplomb et sur un tel ton que la Fédération des collèges classiques s\u2019en trouve comme quasiment déconsidérée devant le public.\u2014 Non ! Monsieur.Ca ne se fait plus comme cela.On ne règle plus rien que devant des comités, et en présence de toutes les parties concernées: représentant du secteur public, commissions scolaires, étudiants, etc.\u2014 En serions-nous, par hasard, rendu au régime des \u201cSoviets\u201d c\u2019est-à-dire des comités devant qui tout se règle de façon que les intérêts les plus opposés au régime soient gênés de pouvoir exposer franchement leurs points de vue ?A certains yeux et esprits distraits, cela paraîtra bien.Cela paraîtra de l\u2019impartialité.Mais ou\u2019on s\u2019y arrête un peu, et l\u2019on verra que c\u2019est ridicule.Bien plus, que c\u2019est hypocrite ! Pis encore, que c\u2019est de l\u2019intimidation patentée.Car qui croira que le ministre n\u2019a jamais, jamais de conciliabules secrets, d\u2019entretiens particuliers avec qui 328 ACTION NATIONALE que ce soit?Si tout allait se faire ainsi, ce serait absurde et dangereux pour le ministre avant tout, je me permets de le lui dire: autant voir qu\u2019il se coupe du monde et qu\u2019il ne saura plus que ce que son entourage voudra bien lui relater après l\u2019avoir filtré, s\u2019enlevant lui-même la possibilité d\u2019exercer un jugement sain; et je ne suis pas loin d\u2019ailleurs de croire que Paul Gérin-Lajoie est en quelque sorte, avec ces idées qu\u2019on lui a mises dans la tête, devenu le prisonnier de quelques-uns de ses conseillers.Si les choses doivent être ainsi, alors que tout soit public.Qu\u2019il n\u2019y ait absolument rien de particulier ou de confidentiel.Que soient enregistrés les délibérations du cabinet, et les entretiens de Paul Gérin-Lajoie avec l\u2019éminence, plus que grise, Arthur Tremblay ; et celles d\u2019Arthur Tremblay avec toutes les personnes du groupe des \u201ccamarades\u201d qu\u2019il rencontre.Que dans les réunions de comité, ensuite, après avoir entendu l\u2019enregistrement de toutes ces conversations, nos collèges sachent aussi à quoi s\u2019en tenir sur ce qu\u2019on trame contre eux.\u2022 \u2022 \u2022 Puis passons maintenant à l\u2019aventure des médecins.On leur reproche de n\u2019avoir pu s\u2019entendre avec les hôpitaux, de laisser traîner indéfiniment une entente urgente sur des règlements.Le gouvernement intervient et présente un projet de loi qui établira ces règlements.Devant la menace, les médecins protestent et on leur pose un ultimatum: une entente d\u2019ici tant de jours, où le gouvernement procédera.Jusqu\u2019ici tout va assez bien.On ne songe pas à nier au gouvernement le droit d\u2019intervenir quand l\u2019intérêt public l\u2019exige; et la formule est louable qui consiste, plutôt que de faire de l\u2019intervention massive, de l\u2019étatisme sous prétexte de carence des corps responsables, de mettre les intéressés devant leur responsabilité en leur donnant un temps pour régler les problèmes à la satisfaction générale, sans quoi. HAUTEUR ET MAUVAISE FOI ENVERS NOUS DE 329 Or ici, le système fonctionne ; et dans le temps requis les médecins et les hôpitaux s\u2019entendent sur un règlement.C\u2019est alors que la mauvaise foi étatisante assez constamment évidente du présent gouvernement à Québec va se manifester.Les médecins et les hôpitaux se sont entendus, mais le projet de loi 74 donnant tous les droits au gouvernement sera voté quand même.Pourquoi ?Pour de pures technicalités légales.Le premier ministre fait examiner le projet d\u2019accord des médecins et des hôpitaux par un avocat de son contentieux ou de celui du ministère de la Santé ; et parce que tout ce qui apparaît dans l\u2019accord bona fide n\u2019est pas exactement conforme au mot à mot de la loi, celui-ci est mis au rancart.Qu\u2019est-ce qui ne marchait pas ?Des vétilles, en somme.L\u2019accord couvrait tous les hôpitaux dont le conseil des médecins compte au moins trois médecins, alors que la loi prévoyait que le Collège des médecins et les associations d\u2019administration hospitalière pourraient faire des règlements pour tous les hôpitaux.Pourquoi médecins et hôpitaux s\u2019en sont-ils tenus à cette limite ?Comme on ne peut pas avoir le temps de tout étudier, de tout approfondir, le soussigné n\u2019est pas allé aux renseignements ; mais d'ores et déjà il est évident qu\u2019un gouvernement de bonne foi aurait pu ratifier ledit règlement ou accord, quitte à légiférer pour les zones laissées libres en attendant que les problèmes qui se trouvent posés soient réglés.Et puis, imaginez-vous, que médecins et hôpitaux ont osé employer dans le texte de leur accord des mots différents de ceux de la loi ! Ils ont parlé de \u201cbureau médical\u201d, de \u201ccomité conjoint\u201d et de \u201cpatient\u201d, alors que la loi dit \u201cconseil des médecins\u201d, \u201ccomité mixte\u201d et \u201cmalade\u201d.Il est apparu à M.Morency que \u201ccela (n\u2019était pas) acceptable, car nous aurons alors des termes différents dans la loi et les règlements pour désigner les mêmes choses, ce qui porterait sûrement à confusion.\u201d M.Morency a raison en pratique ; mais y voyez-vous, vous, une 330 ACTION NATIONALE raison pour que le gouvernement ait mis de côté l\u2019entente et voté en vitesse son projet de loi lui donnant tous les pouvoirs ?Peut-on croire que les médecins et les hôpitaux avaient fait de l\u2019usage de ces mots un sine qua non ?Franchement, ce gouvernement, cet \u201cEtat c\u2019est nous\u201d ne se moque-t-il pas de nous tous ?Certains articles de l\u2019accord, souligne encore M.Mo-rency, prévoient une intervention du Collège dans les questions disciplinaires et dans l\u2019adoption et la modification des règlements du bureau médical.\u201cCeci est illégal, écrit M.Morency, car la loi prévoit que le conseil d\u2019administration doit avoir autorité complète dans l\u2019hôpital\u201d.Bien sûr, M.Morency ne peut qu\u2019avoir raison quant au texte ACTUEL de la loi.Mais si c\u2019est cela que médecins et hôpitaux acceptent, en quoi cela est-il un obstacle ?N\u2019était-il pas aussi simple de modifier la loi des hôpitaux de cette façon que de le faire pour accorder au gouvernement les pouvoirs de réglementation que la loi ne lui donnait pas.Dans le même sens, le projet de loi 74 était illégal selon le mode de raisonnement de M.Morency; il contrevient à la loi ACTUELLE des hôpitaux, mais il va se trouver légalisé par le vote de la législature.Or pouvait-il être contre l\u2019intérêt public que le Collège des médecins exerce son autorité disciplinaire sur l\u2019acte médical dans les hôpitaux ?Et n\u2019est-ce pas précisément ce qu\u2019on réclamait il n\u2019y a pas si longtemps, alors qu\u2019on pourchassait les scandales dans les hôpitaux et qu\u2019on se plaignait de la trop grande autorité des conseils d\u2019administration ?Etc., etc., Il est inutile d\u2019énumérer les autres points qui sont du même ordre.Rien dans toutes ces objections n\u2019apparaît de nature telle qu\u2019elles aient justifié le gouvernement de ne pas rapporter progrès, de ne pas enregistrer le règlement établi, quitte à y ménager certains intérêts s\u2019il y en avait de menacés (ceux des petits hôpitaux, si l\u2019on en croit certaines apparences des objections de M.Morency), et à remettre le reste à la prochaine session.En somme, la façon de procéder du gouverne- HAUTEUR ET MAUVAISE FOI ENVERS NOUS DE .\t331 ment apparaît des plus cavalières, des plus remplies de la morgue et de la jactance qui caractérise trop le premier ministre et donne un certain style à tout son cabinet.On respecte POUR LA FORME les corps intermédiaires, dont on ne cesse de vanter l\u2019importance pour dissimuler des tendances par trop dictatoriales.Et quand on a obtenu leur avis, on s\u2019en débarrasse en demandant à un fonctionnaire d\u2019en écheniller les erreurs de détail, comme si les corps intermédiaires avaient l\u2019obligation d\u2019être plus infaillibles dans tout ce qu\u2019ils font que le gouvernement lui-même.Malheureux que les collèges classiques, les commissions scolaires, les directions d\u2019écoles n\u2019aient pas la même faculté de passer outre aux bêtises et erreurs du ministère de l\u2019Education.Cela aurait grandement facilité cette année le règlement du problème des examens.Ainsi voit-on encore que la démocratie ne peut vraiment bien fonctionner que quand l\u2019Etat reste dans sa fonction d\u2019arbitre des initiatives du corps social, sauf en ce qui concerne la fonction proprement politique, ne se mêlant même du reste directement que dans le respect intégral de son rôle supplétif dans les autres fonctions.Quand l\u2019Etat est maître partout, le peuple n\u2019est maître nulle part.\u201cL\u2019Etat, c\u2019est nous\u201d, nous n\u2019avons cessé de le répéter ici, est la plus grande formule-foutaise qui nous ait jamais été proposée pour endormir le peuple et donner le feu vert dictatorial à tous les ministres, par définition de petits dictateurs en herbe.* * * Nous le vivons d\u2019une façon tout particulièrement tragique dans les universités, prétendument l\u2019objet des sollicitations toutes particulières du gouvernement.Mais ces sollicitations vont mieux quand il faut construire des bâtiments, quitte au ministre à se servir encore ici de certaines erreurs pour déconsidérer ensuite les corps enseignants \u2014vous savez ces histoires de piscines, de gym- 332 ACTION NATIONALE nases \u2014 que pour ce qui est vraiment l\u2019université: les professeurs et la recherche.Alors, les sollicitations du gouvernement depuis 1960 ont-elles tout particulièrement consisté en un effort constant de l\u2019Etat pour enlever aux universités tous les professeurs qui pouvaient être attirés dans la fonction publique, sous prétexte que le bien commun est dans l\u2019Etat et son action, qu\u2019il doit être le premier servi.S\u2019il est vrai que cela sert excellemment les politiciens qui voudront faire étalage de certaines réalisations aux prochaines élections, on se demande comment cela sert vraiment la nation, si les universités se trouvent ainsi condamnées à ne pouvoir, dans certaines écoles et facultés particulièrement essentielles à l\u2019heure actuelle, garder les professeurs dès le moment où ils commencent justement à être expérimentés et vraiment efficaces à la fois, en raison de leur acquis intellectuel et de leur expérience pédagogique.C\u2019est un régime qui condamne les universités aux perpétuels recommencements, alors qu\u2019il y faut l\u2019expérience mûrie et la tradition ; et les gouvernements aussi qui, pour écrémer sans cesse les quelques meilleurs professeurs qui consentent à se laisser séduire, se privent à long terme de la multiplicité des meilleurs spécialistes que ces professeurs auraient pu former.Mais il y a pis encore que cette tentation que l\u2019Etat, plus que n\u2019importe quel autre organisme, devrait savoir surmonter, puisqu\u2019il n\u2019existe QUE pour le bien commun! Il y a que l\u2019Etat a non seulement besoin de spécialistes qu\u2019il trouve difficilement dans le Québec parce qu\u2019il ne s\u2019y est pas pris d\u2019assez longue main, mais qu\u2019il veut aussi tout faire par lui-même et crée des situations qui l\u2019acculent à l\u2019impasse de devoir tout sacrifier aux exigences de l\u2019Etat.A vouloir réaliser la recherche dans les divers ministères directement, et même à faire mine de prétendre que quand un service gouvernemental s\u2019occupe d\u2019une question on devrait éviter de s\u2019en occuper ailleurs pour éliminer les doubles emplois, le gouvernement se crée des besoins d\u2019enlever aux universités d\u2019autres spé- HAUTEUR ET MAUVAISE FOI ENVERS NOUS DE .\t333 cialistes encore, en même temps qu\u2019il a tendance à se faire parcimonieux sur les budgets de recherche à l\u2019intention des universités, où elle devrait tendre à s\u2019effectuer.Ce malaise est particulièrement sensible dans le domaine clef de la recherche économique à l\u2019heure actuelle.Pendant longtemps les universités ont dû vivre sans ressources, les universités canadiennes-françaises, s\u2019entend, en raison du manque d\u2019intérêt que manifestait notre milieu pour la recherche.Et ceux des diplômés qui auraient voulu s\u2019orienter dans cette voie ne trouvaient aucune ouverture, le gouvernement lui-même estimant alors n\u2019avoir pas besoin de leur service, alors que l\u2019entreprise privée, la nôtre, en voyait encore moins l\u2019utilité et n\u2019en avait la plupart du temps pas le moyen.Ce n\u2019est que grâce à l\u2019attachement professionnel de quelques personnes mal payées que l\u2019université parvint à se constituer un groupe de professeurs, dont la plupart viennent tout juste d\u2019arriver à terme pour pouvoir commencer à donner une formation vraiment au point aux étudiants qui veulent se spécialiser dans ces domaines.Or voilà que le gouvernement maintenant réveillé, au lieu de procéder dans l\u2019ordre, de s\u2019appuyer sur les universités pour ses recherches, leur facilitant ainsi leur propre développement pendant qu\u2019il encourage les jeunes à s\u2019orienter vers elles en bâtissant sur eux sa fonction publique et en préparant les services plus élaborés de l\u2019avenir, voilà que le gouvernement, dis-je, vote les fonds de recherche pour ses ministères (bien sûr, il sera plus facile ainsi d\u2019en \u201ccontrôler\u201d les conclusions !) ; et ne cesse de moduler auprès des professeurs d\u2019université le chant de sirène de la situation de prestige et des surenchères de traitement pour les attirer dans la fonction publique afin de réaliser ces travaux dont la plupart relèveraient aussi bien, et même mieux du point de vue objectivité, des universités.Autrement dit, le gouvernement, gardien du bien commun, se comporte comme le premier venu, comme les barbares démolissant les monuments de 334 ACTION NATIONALE l\u2019ancienne Rome ou de l\u2019Ancien Régime, afin d\u2019en tirer les pierres nécessaires pour construire sa propre maison.Et, au surplus, dans une situation où ce qu\u2019il démolit n\u2019est pas monument du passé, mais au contraire la pierre d\u2019assise sur laquelle s\u2019appuie tout le mouvement de rénovation économique du Québec: la formation universitaire d\u2019un nombre croissant de spécialistes dans ce domaine.Autant de sens de l\u2019irresponsabilité de la part de ceux qui nous gouvernent, autant d\u2019absence d\u2019esprit de planification, de course à l\u2019immédiat pour soi sans souci des conséquences sur les autres et sur l\u2019avenir ne saurait rester plus longtemps sous silence.Il importe que qui le voit le dise, quoi qu\u2019il en coûte.Etant placé pour le voir, j\u2019estime que le temps est venu de le dire puisque l\u2019on ne semble s\u2019en aviser nulle part.S\u2019il est vrai que nous manquons tant de spécialistes, il n\u2019y a qu\u2019un moyen d\u2019en sortir: en former.Par suite, la situation de ceux qui sont capables d\u2019en former \u2014 surtout quand ils sont déjà en place \u2014 ne peut qu\u2019être ce qu\u2019on appelle, selon l\u2019expression anglaise plus frappante, \u201ctop priority\".Et n\u2019en déplaise à ces messieurs du gouvernement, il est plus difficile de bien former un spécialiste \u2014 donc, il y faut les meilleurs hommes \u2014 que de mener à bonne fin tel ou tel projet de recherche, si difficile que cela soit aussi.Je me permets donc de formuler la proposition suivante: le gouvernement de Québec se rend coupable d\u2019un acte de piraterie attentatoire au bien commun de la nation canadienne-française, dans l\u2019état actuel de ses besoins bien compris, quand il soumet des professeurs d\u2019université à la tentation de passer dans la fonction publique sans un accord préalable avec les autorités de la faculté ou école concernée.François-Albert ANGERS LA GRÈVE DANS LES SERVICES PUBLICS Nous avons eu la grève dans le service postal.On peut se représenter les ennuis subis par la population en général, les individus, les familles, les entreprises commerciales et financières.Nous n\u2019avons pas certes l\u2019intention de nier le droit des employés des postes à un salaire équitable, mais c\u2019est la population, qui, ayant pourtant acquitté ses taxes, supporte encore les tracas de cet arrêt de travail.Et il y a ici lieu de se demander si la grève est le seul moyen, pour les employés des divers services publics en cause, d\u2019obtenir justice.Il y a quelques mois c\u2019était la grève des employés de la Régie des alcools, celle des enseignants.A diverses reprises nous avons eu même des grèves d\u2019étudiants.Nous avons assisté au drame de la grève des employés du transport en commun à Montréal, et aux conflits dans le domaine hospitalier.Il faut écrire avec beaucoup de circonspection sur cette question si on ne veut pas prendre figure d\u2019antisyndicaliste.Il faut donc essayer d\u2019expliciter sa pensée sans détour.L\u2019employé, qu\u2019il soit dans la fonction publique ou au service de l\u2019initiative privée, a droit à un salaire équi- 336 ACTION NATIONALE table.Il faut rendre hommage aux syndicats qui, dans maints champs de l\u2019activité économique, ont réussi à obtenir pour leurs ressortissants des salaires plus élevés et parfois fort convenables.Mais il faut prendre garde à ce droit de grève.On a revendiqué le droit de grève; on l\u2019a obtenu.La grève constitue un droit défensif et un droit offensif ; comme toute arme elle doit être maniée avec circonspection.Il y a encore des multitudes d\u2019employés qui ne sont pas syndiqués et qui sont l\u2019objet d\u2019abus de petits ou gros employeurs et l\u2019on ne saurait reprocher aux syndicats de s\u2019en occuper.Et cela est urgent.Il est parfois difficile de grouper certaines catégories d\u2019employés et ceux-là souffrent, peut-être plus que d\u2019autres.Ils ne peuvent changer d\u2019emploi pour toutes sortes de raisons ; mais ceux-là doivent éprouver quelque aigreur quand ils ont, en plus du sous-traitement qu\u2019ils subissent, à endurer une grève comme celle du transport en commun avec ses méfaits, ses inconvénients et les dépenses additionnelles qui grugent leur strict nécessaire.Que les chefs syndicalistes, que les hommes politiques aient tenu dans un monde en évolution à consacrer le droit de grève, à cela il n\u2019y a rien à redire, pourvu que l\u2019on n\u2019abuse pas de ce droit surtout dans les services publics.Il est de nombreux employés de la Commission du transport qui n\u2019ont pas encore rétabli leur budget depuis le chômage forcé auquel ils ont été assujettis.Il faut prévenir ces situations dans l\u2019intérêt des intéressés eux-mêmes.Il ne faut pas que dans les services publics surtout, on ait recours de façon abusive ou tout au moins trop fréquente à ce droit essentiel du syndiqué.Mais, répondront les syndicalistes, et ils ont raison, que l\u2019on trouve une formule équitable pour rendre la sentence arbitrale plus rapidement.On gardera ainsi le droit de grève mais quelques-uns des abus dont la population se plaint seront éliminés. LA GREVE DANS LES SERVICES PUBLICS 337 Nous ne nous opposons pas intrinsèquement au droit de grève, mais si, en certains quartiers, on multiplie les grèves dans les services publics il y aura réaction défavorable de toutes ces petites gens qui eux ne sont pas encore syndiqués et dont les salaires parfois sont inférieurs à ceux des syndiqués.Il faut que le syndicalisme reste sympathique, acceptable, qu\u2019il ne provoque pas l\u2019ire de la population en général, en plus de celle du patron et de ceux qui feront les frais de l\u2019augmentation de salaire qui pourra éventuellement être accordée.Nous croyons que d\u2019une économie qui à tout propos est heurtée, sabotée par des grèves dans l\u2019enseignement, dans l\u2019hospitalisation, dans le transport en commun, chez les débardeurs, résulteront des ressentiments qui joueront en définitive contre certains syndiqués qui ne semblent pas mesurer les conséquences de leur attitude.Il faut avoir vécu en Europe le drame de touristes pris dans une grève dans le domaine de l\u2019aviation, du transport maritime, chez les douaniers, enfin de tous ceux qui oeuvrent dans le domaine du transport et de la chose publique pour s\u2019en faire une juste idée.Nous sommes tous très heureux que la grève du transport en commun ait fini par se dénouer.Nous savons d\u2019ores et déjà que le public fera les frais de l\u2019augmentation qui a été consentie et il semble juste que les municipalités adjacentes à Montréal paient une équitable proportion du déficit prévu pour la Commission du transport à Montréal.Mais c\u2019est là une tout autre question.La chose publique reste la chose publique.Les services publics doivent accorder juste rémunération à leurs employés, mais il ne faut pas oublier que le personnel de ces services a certains avantages de stabilité qui ne sont pas impartis à tous les employés, à l\u2019exception toutefois des débardeurs qui, eux, souffrent du chômage saisonnier, etc.Les employés de la chose publique bénéficient généralement de certaines modalités de l\u2019assurance collective ; 338 ACTION NATIONALE ils ont la sécurité de l\u2019emploi, ils ont souvent et quasi toujours le fonds de pension.Tout cela évidemment changera de face avec les nouvelles législations sociales qui s\u2019en viennent.Ces législations sont coûteuses, mais on les dit inévitables.Notre propos n\u2019est pas de traiter ici ni de socialisme, ni d\u2019étatisation, ni de socialisation, puisque c\u2019est le mot à la mode ; nous voulons tout simplement que l\u2019on s\u2019interroge sur l\u2019abus de la grève en certains cas.Si les lenteurs de l\u2019arbitrage sont préjudiciables aux intérêts des employés qu\u2019on en modifie les procédures.Que la loi se mette résolument au service des faibles.Cela est extrêmement souhaitable.Mais s\u2019il faut respecter la liberté syndicale, il existe telle chose que le bien commun et avant que certaines grèves dans les services publics soient envisagées, il faudrait y penser.Que l\u2019on ne se méprenne pas sur nos propos.Si le salaire n\u2019est pas équitable, il faut y pourvoir.Il existe aujourd\u2019hui des moyens de s\u2019assurer de la rentabilité d\u2019une entreprise ou d\u2019un service.Il y a aussi moyen d\u2019étudier quels sont les droits de l\u2019ancienneté au travail, quel est le salaire minimum vital, ce que doivent être les congés payés, la durée des heures de travail sans que tous ces griefs, ces revendications, ces demandes soient jetés sur la place publique avant que l\u2019on ait épuisé toutes tentatives de rapprochement, de conciliation, d\u2019arbitrage.Un axiome ancien disait \u201cLe pire arrangement vaut mieux que le meilleur procès\u201d.Que l\u2019on ne voie pas dans ce propos incidentel une tentative de contester la légitimité de la revendication de certains employés, mais, de grâce, cherchons tous ensemble, gouvernants et gouvernés, nous tous membres de diverses professions ou occupations, les moyens de faire naître en notre province et en notre pays un climat de concorde, de paix, mais dans la justice.On a abusé pendant longtemps des employés.Il ne faut pas aujourd\u2019hui que conscients de leur force les demandes des syndiqués soient abusives non pas LA GRÈVE DANS LES SERVICES PUBLICS 339 par leur caractère même, mais par les moyens employés pour obtenir le redressement des griefs.Nous avons trop entendu de membres de syndicats déplorer privément l\u2019effet démoralisant de la grève, l\u2019effet déplorable du manque de revenu sur leur budget.Que de gens nous ont signalé les perturbations financières qu\u2019ils ont eu à subir par suite d\u2019une grève prématurément déclarée ou de durée déraisonnable.Ceci n\u2019est pas une thèse anti-syndicaliste mais demandons-nous si ces grèves perlées ou ces grèves répétées, surtout dans les services publics, sont profitables aux mis-en-cause et, si elles le sont, s\u2019il n\u2019y aurait pas eu moyen par d\u2019autres voies d\u2019obtenir un règlement satisfaisant ou acceptable aux deux parties.Les employés des postes avaient droit à un salaire plus élevé.Pourquoi avoir attendu si longtemps pour faire droit à leurs légitimes demandes?Le gouvernement fédéral n\u2019en est pas à quelques millions de dollars près, mais les grèves doivent être plus rares et n\u2019être déclenchées qu\u2019en dernier ressort.Sinon ces perturbations saboteront l\u2019économie du pays.Rodolphe LAPLANTE ota uoix cteô jeuneA Ceux qui ne veulent rien comprendre A l\u2019heure où le Québec se prépare à jouer un rôle de plus en plus important sur la scène internationale et où son statut au sein de l\u2019ensemble constitutionnel canadien est remis en question avec une vigueur et une fermeté nouvelles ; à l\u2019heure où les principaux porte-parole de la nation canadienne-française s\u2019entendent pour refuser un statu quo qui nous est néfaste et où, bien que très timidement encore, certains Canadiens anglais intelligents et compréhensifs acceptent enfin de reconnaître une vérité qu\u2019ils ne voulaient ni ne pouvaient précédemment accepter, c\u2019est-à-dire la reconnaissance de l\u2019existence de deux nations véritables au Canada, il existe encore des nôtres \u2014 le sont-ils vraiment ?\u2014 capables de nier une réalité aussi fondamentale.Qu\u2019un \u201cnon-instruit\u201d écrive dans un journal quelconque qu\u2019il existe une \u201cnation canadienne\u201d, je le lui pardonnerai bien.Il commet sans le vouloir, et bien souvent sans le savoir, une simple erreur de vocabulaire.Pour lui, et c\u2019est tout à fait normal, il n\u2019existe pas de différence remarquable entre une nation et un peuple.Mais qu\u2019un homme supposément instruit écrive dans une revue prétendument sérieuse qu\u2019il n\u2019existe au Canada \u201cqu\u2019une nation\u201d: cela me dépasse ! Il est vrai que le fait CEUX QUI NE VEULENT RIEN COMPRENDRE 341 d\u2019écrire à \u201cCité Libre\u201d, cette revue qui se fait un point d\u2019honneur d\u2019être le centre de la lutte anti-nationaliste au Québec, est l\u2019expression même d\u2019un \u201cparti pris\u201d, du rejet de toutes les valeurs que les nationalistes respectent et défendent avec une sincérité qui leur est particulière.Animé d\u2019un ardent désir de nier une réalité pourtant reconnue d\u2019un nombre considérable de bien-pensants, Gilles Boyer, l\u2019auteur de l\u2019article paru dans \u201cCité Libre\u201d, utilise pour arriver à prouver ses hypothèses utopiques, une méthode dangereuse : il sert au lecteur un texte principalement composé de citations plus ou moins longues empruntées à des auteurs européens dont l\u2019opinion est d\u2019ailleurs souvent contradictoire.Certains de ces extraits perdent beaucoup de leur véracité du seul fait qu\u2019ils sont tirés hors du contexte où ils étaient pour être accolés à un problème très particulier, le problème Canadien.Ce que l\u2019auteur néglige de mentionner c\u2019est que les sociologues européens qu\u2019il cite, vivant une expérience fort différente de la nôtre, proposent des solutions dont l\u2019application chez nous causerait de sérieux problèmes.D\u2019autre part, l\u2019auteur s\u2019attache à faire ressortir avec vigueur un mot qui est, depuis la dernière grande guerre, tombé en désuétude.Il s\u2019agit de la \u201cnationalité\u201d.L\u2019auteur a donc voulu, à l\u2019aide de citations tirées des écrits de sociologues et de spécialistes européens de bonne réputation, former un plaidoyer en faveur d\u2019une \u201cnation canadienne\u201d.Dans son ignorance, ou du moins son peu de connaissance de la sociologie moderne et de la signification réelle des termes employés par cette science profondément humaine qui évolue très rapidement au même titre que toutes les autres sciences, il a accumulé erreur sur erreur.Si bien qu\u2019en définitive son texte, loin d\u2019être ce qu\u2019il désirait qu\u2019il soit \u2014 c\u2019est-à-dire un plaidoyer pour la \u201cnation canadienne\u201d \u2014 prouve, hors de tout doute, que ceux qui affirment qu\u2019il n\u2019existe pas au Canada deux nations véritables le font parce qu\u2019ils ne comprennent pas, ou ne veulent pas comprendre, le sens 342 ACTION NATIONALE véritable des mots nation et peuple, Etat et groupe ethnique.Pour moi, il est clairement établi que les Canadiens français, en tant que groupe ethnique particulier possédant un héritage culturel qui lui est propre et une volonté très ferme de continuer d\u2019exister et de s\u2019épanouir selon son génie propre, et les Canadiens anglais, pour des raisons similaires, forment sur le sol canadien deux nations véritables.L\u2019ensemble de ces deux groupements strictement humains, nullement limités et culturellement homogènes forme, avec l\u2019aide de la structure institutionnelle canadienne \u2014 l\u2019Etat fédéral \u2014, le peuple canadien.Telle est la structure politique et sociale du Canada.Que ceux qui refusent de reconnaître une réalité si facilement vérifiable réfléchissent et modifient leurs jugements avant qu\u2019il ne soit trop tard.Claude LARIVIERE GRINCEMENTS DE DENTS Lors de lo visite de Paul VI à l'ONU, le monde entier reçut une des plus magistrales leçons de science politique en ce siècle.Radio-Canada choisit trois commentateurs de l'événement d'importance mondiale: Jacques-Yvan Morin, Jean Pellerin et un abbé dont l'histoire est mieux d'iqnorer le nom.Me Jacques-Yvan Morin révéla un sens aigu de la grandeur d'âme exigée par l'occasion.Mais les deux autres?Quelle déception! D'autant plus grande que les spectateurs pouvaient toujours comparer avec les commentateurs américains.L'un par son excès d'assurance et son esprit mesquin glissant toujours dans de menus détails et l'autre par ses manques d'à-propos et son complexe clérical néo-pharisien qui bat la coulpe de l'Eglise, montrèrent qu'ils avaient mangé des fruits amers.Les spectateurs en grincèrent des dents.Dépit et humiliation. Directeur de la section culturelle : JEAN MARCEL Toute personne désireuse de soumettre des textes pour publication dans la section culturelle est priée de communiquer avec le directeur\t Adresse:\tL'ACTION NATIONALE Section culturelle, C.P.189, Station N, Montréal. RETOUR A RINGUET par Jean Marcel Il n\u2019y a pas si longtemps que nous avons sur notre littérature ce pouvoir délicieux : parler des morts.Ou tout au moins, de livres posthumes.Pour un peuple qui a tenu à sceller le droit de souvenance à son destin et à sa devise, nous oublions avec une singulière rapidité nos écrivains sitôt qu\u2019ils ont pris le chemin des silences inexorables.Sauf Nelligan que le génie a pu sauver, sauf Saint-Denys-Garneau dont les amis fidèles, comme des vestales bienveillantes, entretiennent pour un temps encore le souvenir, nos morts n\u2019insistent pas assez, trop peu, sur nos facultés oublieuses.Les vivants cependant ont pris toute la place.Du moins Ringuet a-t-il pris cette heureuse précaution de s\u2019imposer à nos mémoires par un livre d\u2019outretombe.Car quoi qu\u2019on en écrive dans la préface pour laisser croire que peut-être Ringuet ne songeait pas à publier ces Confidences (1), l\u2019intention éclate à chaque page; l\u2019auteur interroge le lecteur, le presse au dialogue, de telle sorte qu\u2019il faut bien soupçonner un peu que Ringuet nous destinait ce livre.Savait-il seulement que ce serait un livre posthume?(1) Editions Fides, 1965, 198 pages. 346 ACTION NATIONALE Ringuet n\u2019est plus, depuis bientôt cinq ans.L\u2019ami vit encore en quelques mémoires amies et à l\u2019Académie canadienne-française dont il fut; l\u2019ambassadeur hante encore les cercles de l\u2019aristocratie portugaise; le médecin surgit parfois des lointains souvenirs de confrères ou de patients.Mais c\u2019est l\u2019écrivain et l\u2019humaniste qui, si nous ne sommes pas trop infidèles, circulera longtemps encore parmi les beaux instants de notre histoire littéraire.Nos professeurs avaient pris l\u2019habitude de nous dire que son roman Trente arpents fixait à la fois l\u2019apothéose et la fin du roman de la terre au Québec.Au dernier chapitre du roman, Euchariste Moisan maudit la terre qui l\u2019a trahi ; depuis, le décor citadin sert de matrice à toute activité romanesque.Ringuet aimait la ville, les villes.Tous les souvenirs de Confidences sont partagés entre Trois-Rivières, Québec, Montréal, Paris, Bologne.Contempteur discret du bon vieux temps à la campagne, il défie qui que ce soit de pouvoir y revivre plus de vingt-quatre heures.La Jérusalem céleste est une cité rassem-bleuse, non un lopin dispersé entre deux champs de navets, trois vaches et quatre rails de chemin de fer.Mais Ringuet ne se penche pas pour cela avec moins d\u2019émotion sur les restes de la vieille civilisation pré-industrielle du Canada français dont il fut, sans doute, l\u2019un des derniers témoins.L\u2019arrivée de la première automobile à Trois-Rivières, ce n\u2019est sans doute pas déjà si loin, mais ceux qui virent ce triomphe ont tous dépassé le bout du chemin.Tout autant que la ville, et par elle, Ringuet aimait les contacts humains.Les grands moments de son livre sont des rencontres; Ringuet alors, reléguant le style du mémorialiste, utilise la forme du dialogue : rencontre avec une vieille Française dont l\u2019arrière-grand-mère se souvenait du départ pour l\u2019Amérique de Claude Panneton, ancêtre de Ringuet; rencontre émouvante à Bologne avec un pauvre franciscain canadien qui s\u2019ennuie de son pays; rencontre en Bretagne avec une vieille religieuse française qui avait jadis enseigné au jeune Panneton à RETOUR A RINGUET 347 Trois-Rivières.Et l\u2019auteur rend tout cela avec tant d\u2019émotion, que l\u2019on succombe.Ses romans, il semble, n\u2019avaient pas toujours laissé voir cette chaleur qui, ici, confine parfois au tremblement et à la tristesse ; sur les lieux d\u2019origine de son ancêtre, il écrit: \u201cDans la chambre tout s\u2019est subitement effacé à mes yeux.C\u2019est qu\u2019une ombre m\u2019est apparue, une ombre évoquée par la magie d\u2019une vieille mémoire.Une ombre : celle de mon ancêtre, le dernier des Panneton français de ma lignée; le premier des Panneton canadiens.Claude Panneton, le trisaïeul de mon trisaïeul, (.) Quelque chose remue en moi.Quelque chose qui est peut-être lui.C\u2019est lui que j\u2019ai rapporté ici, vivant en moi, en ce lieu d\u2019où il est parti jadis.Du moins je veux croire qu\u2019il en est ainsi.\u201d (p.14) Ardente simplicité, prose efficace: de tels matériaux est fait tout le livre de Ringuet; et d\u2019autant plus touchant que la voix nous en vient d\u2019outre-mort.C\u2019est l\u2019avantage, en littérature, d\u2019avoir des morts.On a publié au Québec, depuis 1880 jusque vers 1945, une grande quantité de livres fabriqués avec une quantité non moins grande de petits chapitres de souvenirs.Les Souvenirs de Montpetit, par exemple.Et les Voyages de Ferdinand Rinfret.Ce genre littéraire aurait, dit-on, caractérisé à un certain moment notre production littéraire.Le livre des confidences de Ringuet n\u2019est rien de moins que ledit genre porté à son excellence.Comme à Trente arpents revient le droit d\u2019avoir épuisé la veine du roman terrien, ainsi Confidences aura-t-il mis fin à la lignée des livres de souvenirs.Ringuet a été en tout point l\u2019homme d\u2019une fin d\u2019époque, et l\u2019homme d\u2019un nouveau départ; notre histoire littéraire ne pourra jamais l\u2019oublier.Et si l\u2019on a pu regretter l\u2019absence de journaux intimes et de mémoires dans nos lettres, on peut croire maintenant que Confidences de Ringuet servira de point d\u2019appui à une production nouvelle.Les Mémoires du Cardinal de Retz, les Mémoires de Saint-Simon, le Journal de Constant, celui de Maine de Biran, celui de Gide, 348 ACTION NATIONALE toute cette littérature française de l\u2019intimité dont Nietzsche disait qu\u2019elle était la musique de chambre de l\u2019Europe, on n\u2019y pense pas sans déplorer que tout cela soit absent de notre littérature.Que ne soyons-nous aussi cette musique en Amérique ! Encore là, Ringuet fut un précurseur.Qu\u2019on n\u2019attende surtout pas de Confidences le récit d\u2019un chroniqueur exact; les historiens n\u2019y trouveront de précis que la date de l\u2019incendie de Trois-Rivières ou encore l\u2019emplacement de certains sites historiques, villes ou jardins.L\u2019auteur nous confie d\u2019ailleurs : \u201cToujours à l\u2019histoire avec se3 vérités grises je préférerai la chronique avec ses broderies.Si l\u2019histoire est fabriquée par le destin, la chronique, elle, est de la main des hommes qui y ajoutent les apprêts sans quoi il n\u2019est point d\u2019agrément.Ils y mettent surtout l\u2019humain.Muse de l\u2019histoire, Clio devait assurément être vierge et froide.\u201d (P- 92).Y mettre surtout l\u2019humain; voilà sans doute ce à quoi Ringuet est le mieux parvenu dans son livre.On ne le lit pas sans s\u2019y retrouver un peu soi-même: Canadien français avec au fond de soi une grande nostalgie d\u2019on ne sait trop quoi.Mais il y a l\u2019humour aussi; et à cause peut-être, du caractère sévère de ses autres livres, on ne pouvait soupçonner chez Ringuet cette veine de tendre ironie ; elle parcourt pourtant tout le livre, comme ici : \u201cCreuser sa tombe avec sa fourchette est la façon la moins déplaisante d\u2019accomplir cette inévitable corvée.\u201d (p.102) Vraiment: avec les temps qui s\u2019ouvrent, l\u2019on peut affirmer sans crainte d\u2019être contredit que Ringuet aura été le dernier de nos écrivains heureux: ambassadeur du Canada et aimant la bonne chère ! Il nous raconte que, enfant, il voulait attraper sans y réussir l\u2019image du soleil dans la rivière: RETOUR À RINGUET 349 \u201cD\u2019avoir ainsi tenté de le saisir il m\u2019est resté aux mains et au coeur un peu de sa chaleur et de sa lumière.\u201d Telle est l\u2019image qu\u2019il nous reste du docteur Philippe Panneton et de l\u2019écrivain Ringuet, l\u2019un mort au Portugal le 30 décembre 1960, l\u2019autre, immortel.Jean MARCEL oCa notion de 1 étranger dans fa fittérature canadienne - fl LA NAISSANCE DE LETRANGER par André Vanasse Vers 1900, surgissait dans nos lettres canadiennes une nouvelle forme de roman désignée sous le vocable de \u201croman du terroir\u201d.Roman à la fois nationaliste et religieux, il était né spontanément sous la menace de l\u2019émigration vers le sud d\u2019une forte proportion de Canadiens français.On comprend facilement son apparition : depuis plus de cent cinquante ans, les Canadiens français s\u2019étaient persuadés qu\u2019ils vivaient dans le meilleur des mondes.Or, de 1850 à 1900, on constatait avec effarement qu\u2019une très forte proportion de colons émigraient vers les Etats-Unis pour y travailler dans les usines ou les manufactures.Le coup était difficile à encaisser.Des interrogations angoissantes nourrissaient les esprits.Des pessimistes allaient même jusqu\u2019à craindre pour la survivance de notre race.La classe intellectuelle comprit le drame et, comme elle était partie intégrante de la classe dirigeante, elle s\u2019efforça de persuader les siens de demeurer dans leur pays.Le roman devint dès lors un médium de propagande dont le message impérieux se réduisait à quelques mots : LA NAISSANCE DE L'ÉTRANGER 351 pour vivre heureux, c\u2019est-à-dire en accord avec sa foi et sa langue, il suffisait de rester chez soi et de continuer l\u2019oeuvre accomplie par les ancêtres.Des titres comme: \u201cChez nous\u201d, \u201cA la Hache\u201d, \u201cChez nos gens\u201d, \u201cRestons chez nous\u201d, \u201cLa Terre du Huitième\u201d, ne laissent aucun doute sur les buts que se proposaient les romanciers.Du point de vue littéraire, la technique employée était réduite à sa plus simple expression.Elle revêtait deux formes dont la seconde n\u2019était que l\u2019inverse de la première: ou l\u2019on faisait le récit détaillé du bonheur des Canadiens français, ou encore l\u2019on racontait, avec un ton de reproche et de mélancolie, les déboires d\u2019un des nôtres enfui de sa terre natale pour aller chercher fortune à l\u2019étranger.La valeur littéraire de ces romans est connue de tous; point n\u2019est besoin d\u2019y revenir.Il y avait pourtant sujet à une création de réelle valeur.Cette oeuvre, elle nous fut donnée.Mais le paradoxe voulut que ce fût un Français qui nous la donnât.Louis Hémon, dans son récit du Canada français, Maria Chapdelaine, réussissait à nous présenter un roman d\u2019une beauté et d\u2019une simplicité désarmantes.Récit qui, malgré sa candeur naïve, était mené d\u2019une main de maître; car le drame vécu par Maria était à sa hauteur et la solution qu\u2019elle y apportait restait, malgré tout, héroïque.Voilà donc la raison de son succès: tous les personnages du roman vivaient leur vie ; ils n\u2019étaient pas, comme dans la plupart des autres écrits, des fantoches à la merci du romancier qui les animait.L\u2019honnêteté de l\u2019écrivain, alliée à son indubitable talent, conférait à Maria une valeur littéraire que personne jusqu\u2019ici ne lui a contestée.On comprendra facilement la raison qui nous a incité à étudier presque exclusivement le roman de Maria Chapdelaine pour la période qui nous intéresse.Par son amplitude, il synthétise tous les autres romans.Il a de plus l\u2019avantage d\u2019être authentique, ce qui nous permettra de mieux objectiver les personnages qui le composent. 352 ACTION NATIONALE Le conflit de Maria est un conflit cosmique.Les forces du temps et de l\u2019espace se disputent son adhésion.Elle hésite entre l\u2019enracinement perpétuel sur une ferme et la course folle vers les grands espaces qui l\u2019entourent.Sera-t-elle une bonne fermière installée définitivement sur un lopin de terre ou encore une aventurière n\u2019ayant pour seule demeure que la tente ou la maison volage?Son équilibre instable n'est pas fictif puisqu\u2019il trouve une facile explication dans la personnalité la plus cachée de Maria.N\u2019était-elle pas née de parents qui partageaient une vision du monde totalement différente l\u2019un de l\u2019autre?On se souviendra sans doute des propos de la mère Chapdelaine.(.) C\u2019est peut-être un péché de le dire; mais tout mon règne, j\u2019aurai du regret que ton père ait eu le goût de mouver si souvent et de pousser plus loin et toujours plus loin dans le bois, au lieu de prendre une terre dans une des vieilles paroisses\u201d.(1) C\u2019est avec tristesse que la mère Chapdelaine subissait son sort.Pour elle le bonheur se trouvait ailleurs.Ce qu\u2019elle rêvait et avait rêvé toute sa vie c\u2019était cette maison située dans une vieille paroisse.Elle l\u2019imaginait, tel un arbre plusieurs fois séculaire, s\u2019alimentant à même la terre qui l\u2019entourait.C\u2019était un pacte de paix que la mère Chapdelaine voulait formuler avec la nature; la maison, chaude coquille, devenait presque un végétal.Immuable et soumise, elle devenait gage d\u2019éternelle sécurité.Au lieu de cela, toute sa vie n\u2019avait été qu\u2019un combat douteux livré avec acharnement et constamment renouvelé.A chaque nouveau lopin de terre c\u2019était les racines qu\u2019on arrachait avec rage et passion : \u201cEdwige Légaré s\u2019était attaqué seul à une souche ; une main contre le tronc, de l\u2019autre il avait saisi une racine comme on saisit dans une lutte la jambe d\u2019un adversaire colossal, et il se battait contre l\u2019inertie alliée du bois et de la terre en ennemi plein de (1) L.Hémon, Maria Chapdelaine, Fides, Coll.Nénuphar, 1957, p.29. LA NAISSANCE DE L'ETRANGER 353 haine que la résistance enrage.La souche céda tout à coup, se coucha sur le sol ; il se passa la main sur le front et s\u2019assit sur une racine, couvert de sueur, hébété par l\u2019effort.\u201d (2) Chaque victoire était inexorablement suivie d\u2019une nouvelle conquête.Pour le père Chapdelaine, la vie était symbole de perpétuels combats.Les deux conjoints illustraient merveilleusement le malentendu qui réunissait les deux types du Canadien: \u201cC\u2019était l\u2019éternel malentendu des deux races : les pionniers et les sédentaires, les paysans venus de France qui avaient continué sur le sol nouveau leur idéal d\u2019ordre et de paix immobile, et ces autres paysans, en qui le vaste pays sauvage avait réveillé un atavisme lointain de vagabondage et d\u2019aventure.\u201d (3) Ce malentendu allait donner naissance à l\u2019étranger.L\u2019émigration massive vers les villes avait pris une ampleur telle que la société agraire en vint à considérer le nomade, qu\u2019il fuie vers la ville ou vers les bois, comme un étranger.Différents par leurs occupations, ces Canadiens devenaient suspects aux yeux des agriculteurs.Chez Louis Hémon cependant cette suspicion n\u2019a pas la gravité qu\u2019elle atteindra dans les romans de la deuxième période (1925-1940).On sent pourtant percer à travers ses réflexions son choix marqué pour le sédentaire.Le nomade échappe peu à peu à la population majoritaire; on comprend de moins en moins la \u201cfolie\u201d du coureur des bois tandis qu\u2019on se refuse à accepter l\u2019apatride fuyant vers les Etats-Unis.Le pèi'e Chapdelaine lui-même est un peu considéré comme un étranger : \u201cIls étaient plusieurs au village pour qui ces Chapdelaine étaient presque des étrangers\u201d.(4) On se représente alors aisément les hésitations de Maria.Issue d\u2019une famille mi-nomade, mi-sédentaire elle hésite entre les deux formes de vie.Le conflit est merveil- (2)\tIbid.,\tp.\t55.(3)\tIbid.,\tp.\t43.(4)\tIbid.,\tp.\t11. 354 ACTION NATIONALE leusement illustré par les trois \u201cprétendants\u201d qui s\u2019offrent à elle.Ces derniers synthétisent d\u2019une façon remarquable les trois types de personnage qui figureront d\u2019une façon constante dans tous nos romans du terroir.Sur les trois, deux seront vaincus.Cet échec amoureux marquera en même temps leur défaite sociale.Le premier prétendant de Maria et d\u2019ailleurs le seul qui ait obtenu un aussi rapide consentement, c\u2019est François Paradis.Indien par l\u2019esprit et possiblement par le sang, François Paradis est le plus pur représentant des coureurs des bois.Sa terre à lui ne connaît pas de frontières, c\u2019est une forêt immense où il se meut à l\u2019aise et heureux.La maison, il l\u2019a troquée pour la tente et son métier c\u2019est la chasse et la traite des fourrures.Nomade jusqu\u2019au plus profond de l\u2019âme, il ne supporte aucun joug, aucune contrainte: \u201cAlors tu as vendu la terre quand ton père est mort, François?\u2014 Oui.J\u2019ai tout vendu.Je n\u2019ai jamais été bien \u201cbon\u201d de la terre, vous savez.Travailler dans les chantiers, faire la chasse, gagner un peu d\u2019argent de temps en temps à servir de guide ou à commercer avec les sauvages, ça c\u2019est mon plaisir, mais gratter toujours le même morceau de terre, d\u2019année en année, et rester là, je n\u2019aurais jamais pu faire ça tout mon \u201crègne\u201d, il m\u2019aurait semblé être attaché comme un animal à un pieu\u201d.(5) Hypnotisé par la magie de la forêt, François ne peut résister à son appel.Face à la population sédentaire, il devient une énigme à la fois irritante et ensorcelante.La mère Chapdelaine elle-même ne comprend rien à ses goûts bizarres: \u201cVoyons, un beau morceau de terrain \u201cplanche\u201d, dans une vieille paroisse, du terrain sans une souche ni un creux, une bonne maison chaude toute tapissée en dedans, des animaux gras dans le clos ou à l\u2019étable, pour des gens bien gréés d\u2019instru- (5) Ibid., p.42. LA NAISSANCE DE L'ÉTRANGER 355 ments et qui ont de la santé, y a-t-il rien de plus plaisant et de plus aimable?\u201d (6) Et François Paradis de répondre: \u201cC\u2019est une belle vie pour ceux qui aiment la terre, dit-il enfin, mais moi je n\u2019aurais pas été heureux\u201d.(7) Chez Maria, il y a aussi étonnement mais la forme en est différente.Autant la mère se refuse-t-elle à François autant la fille se laisse-t-elle envoûter par ce coureur des bois.Issu d\u2019une race étrange, il devient démiurge et ses charmes paraissent magiques aux yeux de la naïve Maria.Dans son esprit naît un monde d\u2019aventure dont l\u2019imprécision même crée un charme d\u2019autant plus tyrannique.Elle hésite devant l\u2019audacieux personnage qu\u2019est François Paradis et ses positions, autrefois définitives, chancellent dangereusement : \u201cD\u2019avoir entendu quinze ans durant sa mère vanter le bonheur idyllique des cultivateurs des vieilles paroisses, Maria en était venue tout naturellement à s\u2019imaginer qu\u2019elle partageait ses goûts; voici qu\u2019elle n\u2019en était plus aussi sûre.Mais elle savait en tout cas qu\u2019aucun des jeunes gens riches de Saint-Prime, qui portaient le dimanche des pelisses de drap fin à col de fourrure, n\u2019était l\u2019égal de François Paradis avec ses bottes carapacées de boue et son gilet de laine usé.\u201d (8) François Paradis se gagnera les faveurs de Maria.Il obtiendra le \u201coui\u201d fatidique juste avant de partir pour les chantiers.Malheureusement, le jour de Noël, voulant retrouver Maria pour le temps des Fêtes, il s\u2019égarera au cours d\u2019une tempête et mourra sans avoir pu revoir celle qu\u2019il devait épouser.Fils de la nature, cette dernière n\u2019aura pas permis à une autre puissance de posséder ce qui lui appartenait depuis toujours.Il en est probablement mieux ainsi.Le couple François-Maria était une union vouée à l\u2019échec, François, selon nous, n\u2019au- (6)\tIbid., p.43.(7)\tIbid., p.43.(8)\tIbid., p.43, 356 ACTION NATIONALE rait pas pu supporter longtemps d\u2019être lié à une autre personne, fût-ce par les doux liens de l\u2019amour! Voilà donc notre premier étranger.Ce nomade des forêts est le personnage le plus mystérieux de notre littérature.Il choque et attire le sédentaire.Il concrétise en quelque sorte toutes les projections oniriques du sédentaire qui aurait voulu connaître, comme lui, une vie d\u2019aventure et de liberté.On comprend qu\u2019il prolifère dans notre littérature et qu\u2019on lui connaisse plusieurs jumeaux.Tels sont entre autres \u201cLe Survenant\u2019\u2019, \u201cThomas Clarey\u201d dans le roman \u201cLouise Genest\u201d, \u201cCardinal\u201d dans \u201cLes Jours sont longs\u201d, \u201cTom Beaulieu\u201d dans \u201cLa Forêt\u201d, \u201cMenaud\u201d et combien d\u2019autres encore.Après la mort de François Paradis, Maria, abattue, déprimée, est cependant sollicitée de toutes parts.Lorenzo Surprenant, citadin des Etats, l\u2019accapare et lui fait une cour assidue.Sa description de la vie citadine ne manque pas de charme et Maria, pantelante, se laisse subjuguer par cet inconnu magique de la ville.Tout y est beau, parfait et chaud : \u201cLà-bas, dans les manufactures, fine et forte comme vous êtes, vous auriez vite fait de gagner quasiment autant que moi; mais si vous étiez ma femme, vous n\u2019auriez pas besoin de travailler.Je gagne assez pour deux, et nous ferions une belle vie ; des toilettes propres, un joli plain-pied dans une maison en briques, avec le gaz, l\u2019eau chaude, toutes sortes d\u2019affaires dont vous n\u2019avez l\u2019idée et qui nous épargnent du trouble et de la misère à chaque instant.\u201d (9) Maria, fascinée, recomposant pour elle-même la description de Lorenzo Surprenant, se laisse prendre au jeu: \u201cTout ce qu\u2019il y a de merveilleux, d\u2019enivrant, dans le spectacle et le contact des multitudes; toute la richesse fourmillante de sensations et d\u2019idées qui est l\u2019apanage pour lequel le citadin a troqué l\u2019orgueil (9) Ibid., p.138, LA NAISSANCE DE L'ETRANGER 357 âpre de la terre, Maria pressentait cela confusément, comme une vie nouvelle dans un monde nouveau, une glorieuse métempsychose dont elle avait la nostalgie d\u2019avance.Mais surtout elle avait un grand désir de s\u2019en aller.\u201d (10) Finalement Maria refusera, non pas spontanément mais surtout par patriotisme.Lorenzo Surprenant, déçu, retournera vers les Etats-Unis définitivement vaincu.Deuxième type d\u2019étranger, Lorenzo Surprenant représente les citadins.Tout comme François Paradis, on lui connaît, dans la littérature qui suivra, plusieurs frères.Aza-rius Laçasse, dans \u201cRue Deschambault\u201d, est sans doute l\u2019aboutissement final de Lorenzo Surprenant, mais n\u2019anticipons pas.Reste Eutrope Gagnon, terrien paisible et têtu.Il remporte une difficile victoire sur ses deux adversaires.Maria, après une lente et douloureuse évolution psychologique, acceptera finalement de prendre pour époux celui qui paraissait le moins favorisé à l\u2019origine.Sa trop forte imagination s\u2019est soudainement tarie et Maria, dorénavant réaliste, accepte la vie que lui offre Eutrope.Elle sera parcourue de durs labeurs mais Maria, consciente de ses responsabilités face à la race canadienne-française, accepte presque avec joie sa future condition: \u201cVivre ainsi, dans ce pays, comme sa mère avait vécu, et puis mourir et laisser derrière soi un homme chagriné et le souvenir des vertus essentielles de sa race, elle sentait qu\u2019elle serait capable de cela; une sorte d\u2019étonnement lui vint, comme si c\u2019était là une nouvelle révélation inattendue.\u201d (11) Cette réponse de Maria devenait la réponse des sédentaires au phénomène de l\u2019urbanisation.Le statu quo était affirmé d\u2019une façon catégorique.Il fallait perpétuer l\u2019oeuvre accomplie par les ancêtres ; la survivance de la race était à ce prix.(10)\tIbid., p.139.(11)\tIbid., p.181. 358 ACTION NATIONALE Pour le nomade, la réponse n\u2019était pas la même.Au contraire, elle était à l\u2019opposé.Un fossé se creusait lentement entre les deux groupes, fossé qui, progressivement, s\u2019élargit jusqu\u2019au jour où le sédentaire, supérieur en nombre, en vienne à considérer le nomade comme un étranger.Ce sera le sujet de notre prochain article. rjCittcnxturei du C^uébec et J\u2019J4a!ti-II LES GRANDS TRAITS (I \u2014LA FRANCOPHONIE) par Maximilien Laroche Il est une question qui, semble-t-il, était autrefois de rigueur pour les critiques et historiens de la littérature mais qui aujourd\u2019hui ne prête plus qu\u2019à sourire toutes les fois qu\u2019on la trouve posée au début d\u2019un livre ou d\u2019un article.C\u2019est celle de savoir s\u2019il y a une littérature québécoise ou haïtienne.Bien plus que d\u2019un besoin de justification résultant d\u2019un complexe d\u2019infériorité encore persistant, on se dit qu\u2019il s\u2019agit d\u2019une coquetterie de disser-tateur, d\u2019un artifice d\u2019écriture, d\u2019une précaution oratoire permettant des développements étayés de tous les arguments ad hoc.Car on ne peut s\u2019empêcher de se dire, à part soi, que la réponse à une telle question ne fait pas de doute et surtout pour des gens qui consacrent 600 pages au sujet, comme Pompilus ou Baillargeon même si, dans le cas de ce dernier, ils affectent de ne trouver la réponse qu\u2019après avoir passé en revue l\u2019ensemble des oeuvres écrites depuis Jacques Cartier jusqu\u2019à Robert Rumilly.Aussi pourrait-on dire que la question n\u2019est pas là.En effet aujourd\u2019hui le vrai problème, celui auquel les créateurs aussi bien que les critiques essaient d\u2019apporter une solution (soit par leurs oeuvres soit par leurs 360 ACTION NATIONALE réflexions sur celles-ci) c\u2019est de savoir quelle est la place, le rôle (si tant est qu\u2019une littérature doive avoir un rôle!), et la situation des littératures québécoise et haïtienne à la fois vis-à-vis d\u2019elles-mêmes et des autres littératures en général.Comment les situer?Quelle sera leur orientation?Pour ce problème, je devrais plutôt dire pour ces problèmes, certains ont une solution toute trouvée.En 1900, un poète haïtien, Etzer Vilaire, déclarait tout net que la littérature haïtienne était condamnée à être une littérature d\u2019imitation et avouait que son rêve, c\u2019était \u201cl\u2019avènement d\u2019une élite haïtienne dans l\u2019histoire littéraire de la France, la production d\u2019oeuvres fortes et durables qui puissent s\u2019imposer à l\u2019attention de notre métropole intellectuelle\u201d.En somme tout ce qu\u2019il voulait, selon ses propres paroles, c\u2019était de \u201cfaire avouer que nous n\u2019avons pas toujours démérité d\u2019elle (la métropole intellectuelle!).que nous ne sommes pas trop indignes de l\u2019hospitalité intelligente et de cette maternelle protection du génie que Paris accorde aux écrivains de la Belgique et de la Suisse romande, par exemple\u201d.Et aujourd\u2019hui encore au Québec l\u2019on rencontre des gens qui n\u2019hésitent pas à exprimer des points de vue similaires à ceux de Vilaire.Le critique et romancier Gilles Marcotte ne déclare-t-il pas assez catégoriquement: \u201cglobalement, la littérature canadienne-française demeurera toujours une petite littérature, et le roman canadien-français demeurera toujours un tout petit canton du roman\u201d.Pour Gérard Tougas qui cite, tout comme Vilaire, l\u2019exemple de la Suisse romande: \u201cLa littérature canadienne-française, quel que soit le génie de ses futurs écrivains, ne pourra jamais rivaliser avec celle des grandes nations\u201d.(1) Bien entendu, nombre de critiques et d\u2019auteurs d\u2019encyclopédies de notre \u201cmétropole commune\u201d ne demandent (1) Gérard Tougas; Situation de la littérature canadienne-française, conférences J.A.de Sève, No 1, Département d\u2019études françaises, Faculté des lettres, Université de Montréal, Montréal, Presses Thérien frères Limitée, mars 1965, p.26. LES GRANDS TRAITS 361 pas mieux que de partager ces opinions.Les littératures du Québec et d\u2019Haïti sont volontiers classées comme marginales, ou annexes, quand on ne les range pas tout simplement sous la rubrique de littérature française d\u2019outremer ou de l\u2019étranger.Elles n\u2019offrent en somme quelque intérêt qu\u2019en tant qu\u2019expression d'une province littéraire française.Il n\u2019est que de constater la manière désinvolte avec laquelle Alain Bosquet traite la poésie canadienne-française dans la préface de sa fameuse Anthologie, ou encore parle de Davertige, sa récente découverte haïtienne.Or c\u2019est de cette annexion que la jeune littérature au Québec et en Haïti ne veut pas.Les réactions provoquées par les propos de Bosquet sont révélatrices à cet égard.Dans le tome I de sa Littérature du Québec, Guy Robert rejette avec véhémence la condescendance du critique parisien, et l\u2019article où Bosquet célébrait la \u201csauvagerie\u201d de Davertige provoqua un beau tollé dans les milieux littéraires de Port-au-Prince.Le souci majeur des jeunes littératures québécoise et haïtienne n\u2019est plus de se juger en fonction d\u2019une littérature mais de se définir, de s\u2019ausculter, de se situer et de s\u2019orienter en fonction d\u2019elles-mêmes et de la réalité de leur pays respectif.C\u2019est l\u2019impression que l\u2019on garde après avoir pris connaissance d\u2019une enquête comme celle sur une \u201cLittérature par elle-même\u201d menée dans les Cahiers de l\u2019AGEUM ou bien à la lecture des numéros spéciaux de Parti Pris consacrés à la littérature québécoise, et enfin en voyant se multiplier les controverses littéraires.Le romancier Claude Jasmin me semble avoir résumé, avec une certaine brutalité peut-être, ce sentiment autonomiste en déclarant qu\u2019il n\u2019ira pas, comme les autruches littéraires, s\u2019asseoir à la terrasse des cafés de Paris.C\u2019est la même affirmation qu\u2019Hu-bert Aquin faisait dans une forme quelque peu ambiguë : \u201cMon passeport est déjà périmé.Puis, je ne sortirai plus jamais de mon pays natal.Je veux rester ici.J\u2019habite mon pays\u201d (2).C\u2019est sans doute pour répondre par (2) Hubert Aquin; Professions: Ecrivain, Parti pris, no 4, janvier 1964, p.31. 362 ACTION NATIONALE avance à de telles affirmations qu\u2019il sentait venir que dès 1954, avec infiniment de tact et de justesse, Viatte envisageait les relations entre la France et le tandem Haïti-Québec, non plus dans l\u2019optique des liens à sens unique, de métropole à colonie, mais comme un échange où la France serait loin d\u2019être la perdante puisqu\u2019il voit pour \u201cle Français de France qui doute quelquefois de sa culture et de sa mission universelle, un exemple et une leçon dans ce spectacle de l\u2019Amérique française et de ses littératures\u201d.(3) Cette autonomie, sinon cette indépendance, que les littératures du Québec et d\u2019Haïti réclament, n\u2019est pas une simple manifestation de mauvaise humeur, une sorte de crise d\u2019adolescent, qui ne s\u2019exprime que par la négation et le refus.Déjà leur personnalité, les écrivains l\u2019expriment ou tentent de l\u2019exprimer dans des oeuvres ou des théories qui ne doivent rien à la mère-patrie.Je le soulignais déjà dans Livres et Auteurs Canadiens, à propos de certains textes parus dans le tome I de l\u2019Anthologie de Guy Robert, Littérature du Québec.En particulier à propos des \u201cNotes pour une poétique contemporaine\u201d de Paul-Marie Lapointe, sur lesquelles l\u2019unanimité de l\u2019enthousiasme semble s\u2019être faite car Gilles Marcotte dans sa critique de \u201cPour les Ames\u201d a souligné à la fois la valeur de cette poétique et celle de la poésie qui la concrétise en déclarant qu\u2019il voyait dans ce recueil \u201cl\u2019aventure d\u2019une poésie, l\u2019une des plus grandes certes qui soient nées au Canada français\u201d.Et Paul Chamberland pour sa part, dans un long article intitulé \u201cDire ce que je suis\u201d a reconnu sa dette à l\u2019égard de Lapointe et montré combien les idées de celui-ci peuvent renouveler la poésie.En Haïti, nous constatons un effort semblable chez Jacques Stephen Alexis.Ses écrits sur le \u201créalisme merveilleux des Haïtiens\u201d éclairent toute une époque de la peinture et de la sculpture haïtiennes, et, sans les avoir à la mémoire, on (3) Auguste Viatte: Histoire littéraire de l\u2019Amérique française, Paris, P.V.F.1954 p.517-518. LES GRANDS TRAITS 363 ne saurait goûter certaines de ces oeuvres comme Les Arbres Musiciens et le Romancero aux Etoiles.Il y a donc une volonté de sortir des sentiers battus.Et cela pas seulement en théorie ou en proposant de simples décalques des mouvements parisiens.Cette volonté commune constitue l\u2019une des similitudes les plus apparentes au premier contact.Mais puisque nous sommes en train de retracer les similitudes et plus précisément les grands traits communs, il va sans dire que le premier trait dont il convient de parler c\u2019est l\u2019égale appartenance à ce que l\u2019on appelle la \u201cfrancophonie\u201d.En effet, c\u2019est là un trait plus important encore que cette orientation nouvelle dont j\u2019ai parlé, puisque si celle-ci semble obéir ici et là-bas à des impératifs semblables, il n\u2019est pas pour autant assuré que l\u2019on suivra de part et d\u2019autre les mêmes voies.C\u2019est d\u2019ailleurs, de toute évidence, cette fraternité linguistique, ajoutée au rapprochement géographique qui a toujours justifié, à l\u2019intérieur des relations canado-haïtiennes, une coopération étroite entre le Québec et Haïti.A ce propos, on peut se demander jusqu\u2019à quel point le prestige et l\u2019attrait dont jouit le Québec aux yeux des étudiants haïtiens qui viennent ici en nombre de plus en plus grand, ne seraient point dus au fait que ces étudiants fort souvent ont reçu leur enseignement de maîtres (pères, frères ou soeurs) québécois de plus en plus nombreux en Haïti.De toutes façons, en dehors du fait qu\u2019une présence du Québec est assurée en Haïti dans les campagnes comme dans les villes par des Québécois remplissant des fonctions enseignantes ou missionnaires, les jeunes Québécois et les jeunes Haïtiens, par le biais de la culture française, étaient appelés à se rencontrer sur un terrain et à partager une tradition et un esprit communs.Lysiane Gagnon, dans l\u2019article que je citais déjà, rapporte que \u201cles Haïtiens que nous avons rencontrés s\u2019accordent à dire que c\u2019est la langue plus encore que le mode de vie, la race ou le climat, qui rapproche les indi- 364 ACTION NATIONALE vidus : \u201cnous nous entendons beaucoup mieux avec les Canadiens français qu\u2019avec les Jamaïcains ou les Trinidadiens, pourtant Antillais comme nous, mais anglophones\u201d.De cet apprentissage commun de la langue, de la littérature et de la pensée françaises il est certainement résulté une communauté d\u2019âme pour les deux pays qui ne pouvait manquer de s\u2019exprimer dans leurs littératures.Pour ma part je verrais la manifestation la plus frappante de cette communauté d\u2019âme française, dans cette véritable obsession que constitue aussi bien pour les Québécois que pour les Haïtiens le problème de la maîtrise de la langue française.Dans un essai intitulé portrait de VHaïtien, j\u2019ai souligné les aspects parfois cocasses que peut prendre chez nous cette préoccupation.Ainsi l\u2019on n\u2019aurait qu\u2019à relire les diverses préfaces des ouvrages que Pradel Pompilus a consacrés soit à la littérature haïtienne soit à la langue française d\u2019Haïti pour constater quelles infinies précautions il prend pour dire à ses compatriotes que s\u2019il fait ressortir quelques particularités de notre français, il ne veut nullement laisser entendre que nous parlons mal cette langue ou encore que s\u2019il n\u2019a pas jugé bon de mentionner ou d\u2019analyser tous les ouvrages qui ont pu être publiés c\u2019est qu\u2019il ne veut pas nécessairement porter un jugement péjoratif sur ceux dont il ne parle point.C\u2019est que la langue française est presque un sujet de fierté nationale et il sait bien à quelles extrémités l\u2019orgueil froissé de ses compatriotes pourrait se porter.Pourtant nul ne saurait dire plus que nous quel martyre peut être cet effort pour se rendre maître de la langue de Molière.C\u2019est Léon Laleau qui demandait douloureusement : \u201cD\u2019Europe, sentez-vous cette souffrance Et ce désespoir à nul autre égal D\u2019apprivoiser, avec des mots de France Ce coeur qui m\u2019est venu du Sénégal Cependant dès qu\u2019il s\u2019agit d\u2019entonner les louanges de la langue française, même des historiens comme Jean Fou- LES GRANDS TRAITS 365 chard ou des savants comme le docteur Price-Mars embouchent les trompettes du lyrisme.On ne s\u2019excuse pas de parler français.On s\u2019en glorifie.langue vigoureuse et délicate, ardente et charnelle que Rome et Athènes ont nourrie de miel et de lait sous les mêmes arceaux qui ombrageaient de pétales la danse des Muses et couronnée des mêmes lauriers glissés du front d\u2019Homère et de Virgile, avant de la poser dans les bras de la France comme le fruit éternel du Rythme et de la Beauté pour l\u2019honneur et l\u2019enchantement des hommes.qui de nous, un jour de malédiction, aura cessé honnêtement de considérer l\u2019élection de la langue française comme une grâce de la Providence ou même envisagé, qu\u2019ayant à nouveau à choisir, nous eussions désapprouvé l\u2019heureuse inspiration de nos Pères?\u201d (Jean Fouchard, De l\u2019Election de la langue française).Si à la suite de ces propos, on lisait le passage suivant: \u201cUn homme qui perd, ou abrutit la langue qui l\u2019a fait passer de l\u2019état de brute à celui d\u2019homme opère un retour en arrière que souligne le vocabulaire de sa régression: il redevient cette brute que sa langue avait supprimée.Et quand cette langue qu\u2019il abandonne est le français, eh bien! mon Dieu, la déchéance est complète, car il tombe de ce que l\u2019esprit humain a créé de plus parfait, de plus harmonieux, de plus noble, de plus doux, de plus direct.Il oublie ce qu\u2019il est, c\u2019est donc qu\u2019il n\u2019est plus rien\u201d.(4) Si on lisait donc ce passage, on l\u2019attribuerait volontiers à l\u2019historien haïtien, mais cette fois il est d\u2019un critique québécois, Jean Ethier-Blais.C\u2019est donc dire combien nos puristes, hommes de lettres et beaux esprits ont la même prédilection pour la langue française, au Québec comme en Haïti.Il n\u2019est que d\u2019assister à la querelle, à propos d\u2019une littérature jouale, pour songer aux polémiques soulevées par la publication d\u2019oeuvres en créole et surtout à la bataille qui au début du siècle a fait rage à propos du (4) Jean Ethier-Blais; Parlez-vous franglais, Le Devoir, Montréal, samedi 11 avril 1964. 366 ACTION NATIONALE choix d\u2019une discipline.L\u2019intelligentsia haïtienne se partagea en tenants de la culture française et en partisans de la discipline anglo-saxonne et l\u2019on se battit à coup d\u2019essais et d\u2019articles avec rage.Par suite de cette appartenance à la francophonie, les littératures du Québec et d\u2019Haïti ont évolué parallèlement et les ressemblances vont parfois jusqu\u2019aux moindres détails.L\u2019on peut même dire que pour les deux littératures, le tournant entre les deux options ou tendances fondamentales : l\u2019universalisme et le régionalisme, ou si l\u2019on préfère : l\u2019imitation plus ou moins servile de la littérature française, et la recherche d\u2019une originalité marquée au coin du nationalisme, peut se situer autour des années 1930.Si l\u2019on adopte la classification chronologique que propose Paul Wyczynski, l\u2019on se rendra compte que jusque dans les détails de leur évolution, les deux littératures n\u2019ont cesse de suivre une voie parallèle.Tout d\u2019abord il y aurait une première période inti tulée Témoignages sur le Canada et qui irait de 1545 à 1845.Et puis de 1845 à 1895, il y aurait l\u2019école patriotique de Québec et tous ceux-là qui ont commencé à écrire sous le signe du Romantisme.Ensuite de 1895 à 1935 il y aurait les trois courants suivants qui ont eu tour à tour la vedette : l\u2019école littéraire de Montréal, le groupe des écrivains exilés, partisans de l\u2019art pour l\u2019art, et le peloton des premiers régionalistes.Enfin une dernière période, la \u201ccontemporaine\u201d, s\u2019étendant de 1935 à nos jours et qui a vu paraître les grands régionalistes, les poètes du passage \u201cde l\u2019exil aux rivages de l\u2019homme\u201d, ainsi que les romanciers ou poètes qui sont directement à l\u2019origine de la littérature que nous connaissons maintenant.En Haïti, il y eut de 1636 à 1836, une période englobant l\u2019époque coloniale et les premières années d\u2019indépendance.Cette période qui se déroule sous le signe d\u2019un pseudo-classicisme n\u2019offre pas beaucoup d\u2019intérêt.De 1836, date des premiers numéros du Républicain, à 1898, année de publication de La Ronde, un premier courant romantique en poésie.La troisième période s\u2019étend de 1898 à 1928, LES GRANDS TRAITS 367 l\u2019année de la parution d\u2019Ainsi parla l\u2019Oncle.Au cours de cette période, notre littérature connut, elle aussi, son exil avec toute une pléiade de poètes romantiques, parnassiens ou symbolistes et vit le roman régionaliste produire de très belles oeuvres.Enfin depuis 1928, sous l\u2019impulsion des idées émises par le docteur Price-Mars dans Ainsi parla l\u2019Oncle et répandues par l\u2019équipe de la Revue Indigène, la littérature est tour à tour devenue indigé-niste, révolutionnaire et sociale aussi bien dans la poésie que dans le roman.Cette division en quatre périodes peut se ramener dans les deux cas à une évolution en deux temps.Un premier temps, de 1835 à 1930, au cours duquel la littérature, en dépit des courants régionaliste dans le roman et patriotique dans la poésie, traverse des périodes d\u2019imitations de plus en plus poussées jusqu\u2019à l\u2019exil et au dépaysement de certains poètes.Et un deuxième temps, depuis les années 30, qui témoigne de la part des écrivains d\u2019une volonté d\u2019enracinement de plus en plus marquée.Cette correspondance des mouvements littéraires, des courants de pensée et même des types d\u2019écrivains est si frappante que non seulement Viatte le souligne à divers endroits mais à la fin de son Histoire littéraire de l'Amérique française, il s\u2019attache à le montrer de façon plus systématique.Ainsi la littérature historique naît avec Garneau au Québec en 1835 et en Haïti en 1847.La génération de La Ronde répond trait pour trait à l\u2019Ecole littéraire de Montréal; la dernière naît en 1895, la première en 1898.L\u2019école du Terroir a pour pendant le mouvement indigéniste.L\u2019abbé Groulx a pour homologue le docteur Price-Mars.Et quand dans les années 40, le roman régionaliste, réaliste et social, s\u2019épanouit avec Ringuet, Lemelin et Gabrielle Roy, le roman indigéniste de la terre connaît sa floraison en Haïti avec Jacques Roumain, les frères Marcelin et Jean-Baptiste Cinéas.Les exemples pourraient se multiplier indéfiniment.L\u2019ex- 368 ACTION NATIONALE plication d\u2019un tel parallélisme peut se trouver dans le fait que recevant leur mot d\u2019ordre de la France, dans la période où l\u2019imitation était de règle, les deux littératures, avec le décalage qu'imposait le temps d\u2019implantation des mouvements en France même puis leur passage dans le Nouveau Monde, ont évolué avec une synchronisation assez étonnante.La première guerre mondiale, et l\u2019occupation d\u2019Haïti par les \u201cmarines\u201d américains sont venus perturber cette espèce de \u201ctransfusion sanguine\u201d.En isolant les deux pays de la mère-patrie, en les forçant à se replier sur eux-mêmes et à trouver dans leur fond les sources de leur inspiration, ces événements ont été le catalyseur qui a permis le déclenchement de ce mouvement d\u2019autonomie littéraire que l\u2019on constate depuis les années 30.C\u2019est la raison pour laquelle, même si l\u2019on peut désormais relever chez tel écrivain des influences précises de tel courant européen, il est de plus en plus difficile de le cataloguer en fonction de ces mouvements ou de l\u2019étiqueter comme on fait pour Garneau, Fréchette, Ardouin ou Vilaire.Mais il s\u2019agissait là d\u2019un point de rencontre passablement extérieur aux deux littératures: le parallélisme de leur évolution en rapport avec la littérature française.Il y a d\u2019autres parallélismes beaucoup plus internes car ils tiennent à une similitude de situations des deux peuples qui n\u2019a pas manqué d\u2019avoir ses répercussions dans les deux littératures sous la forme de grands thèmes communs ou d\u2019une orientation similaire. oLeS chroniques liuereureS Témoignages MÉMOIRES D\u2019UN JEUNE CANOQUE par André Major Il a suffi que je revienne passer deux jours, en cette fin de septembre, au chalet familial, pour que le passé me remonte à la gorge comme une bonne et chaude bile.Depuis que je sais marcher, nous avons sous les érables et les sapins vécu heureux et fraternels parce que le paysage nous comblait les uns et les autres, et surtout parce que la ville, c\u2019est-à-dire notre malodorant quartier était oublié, raturé au profit de ce rêve à nous seuls réservé.Mon univers imaginaire est bilingue : tantôt c\u2019est la forêt qui chante en moi, tantôt la ville, décor sombre et rongé par les bruits.Les images des rues et ruelles se juxtaposent à celles de la rivière ou à celles d\u2019un soir d\u2019automne en forêt; mais dans les unes comme dans les autres je retrouve l\u2019enfant solitaire que je fus, l\u2019adolescent dévoré par les passions diverses et opposées qui le nourrissaient comme l\u2019alcool assoiffé l\u2019alcoolique.Je marchais tout à l\u2019heure dans ce qui fut la sente de mes promenades, et de mes pas sur les feuilles encore molles jaillissaient un souvenir, une image, une odeur, un mot, une idée, un rien qui, dans ma mémoire, tentaient de retrouver le fil du temps.C\u2019est l\u2019époque studieuse de mes premières années de collège qui revenait 370 ACTION NATIONALE me hanter, forme imprécise diluée dans le temps, ce corrupteur.J\u2019étais un enfant divisé, partagé entre deux mondes, fasciné par deux pôles d\u2019existence, celui de la ruelle, dont la seule loi était la fièvre, et celui du collège, dominé par l\u2019appétit féroce de tout apprendre.J\u2019ai parlé de ce mouvement que nous avions fondé et qui devait sauver notre peuple: après que ce rêve m\u2019eut quitté, il ne me restait plus rien, je veux dire rien d\u2019exaltant, rien qui pût me ravir aux tiédeurs quotidiennes.C\u2019est ainsi que, mes cours terminés, je suivais mon frère cadet qui appartenait à une bande organisée et dirigée par une famille de voleurs.Une douzaine d\u2019écoliers de notre âge leur étaient dévoués.Nous volions dans les magasins de menus objets que nous rapportions fidèlement à ces rapaces qui tiraient profit de nos rapines.Nous agissions le plus purement du monde, car nous voulions devenir Chevaliers.Le vol de la veille ne m\u2019empêchait pas de servir la messe de monsieur le curé.Le monde me semblait composé d\u2019actions en apparence opposées mais qui, par le fait qu\u2019elles étaient quelque peu éloignées dans le temps, ne devaient pas se heurter.Seule comptait l\u2019aventure, et le sacre que nous promettaient nos chefs avait pour moi le prestige des temps carolingiens et d\u2019une noblesse aujourd\u2019hui perdue.Ce furent mes lectures et l\u2019étude de l\u2019Histoire qui firent de moi un voleur.Car si le vol en soi me troublait peu, l\u2019honneur d\u2019appartenir aux Chevaliers m\u2019éblouissait.Quand un apprenti-chevalier avait fait la preuve qu\u2019il était digne d\u2019être sacré parce qu\u2019il avait contribué à grossir le trésor de la bande, on lui bandait les yeux et le menait dans un hangar où l\u2019un des Chevaliers déclinait ses noms et qualités, après quoi les frères C., qui n\u2019étaient plus des gamins (leurs moustaches nous impressionnaient fort), le sacraient Chevalier en lui frappant l\u2019épaule (je ne saurais dire laquelle) d\u2019un coup de bâton qui tenait lieu, je suppose, d\u2019épée.Après que le nouveau Chevalier eut juré de ne jamais trahir la bande, quoi qu\u2019il advînt, on lui remettait un bâton, symbole de la virilité conquise, et c\u2019était dire MÉMOIRES D'UN JEUNE CANOQUE\t371 qu\u2019il devait désormais participer aux conflits qui nous opposaient aux bandes rivales, lesquelles reposaient sur l\u2019appartenance géographique.Ainsi nous étions \u201cla gagne de la ruelle Bordeaux\u201d.Parfois, le soir, brandissant nos torches et nos bâtons, nous envahissions la ruelle Dorion, féroces conquérants mêlant nos cris à ceux de nos ennemis.Il n\u2019en sortait que des coups et des bosses; et lorsque survenait l\u2019auto noire couronnée d\u2019une lumière rouge, mandée sur les lieux par les \u201cméméres\u201d du quartier, nous nous dispersions en petits groupes criards.Tâtant une bosse ou suçant une égratignure, je revenais haletant à la maison où je plongeais dans le monde tout aussi enivrant de la grammaire latine.Mais l\u2019intérêt scolaire l\u2019emporta sur l\u2019intérêt que je portais à cette baroque chevalerie.Ce fut la petitesse des Chevaliers qui m\u2019éloigna d\u2019eux: chaque fois qu\u2019éclatait une querelle à l\u2019école ou dans la ruelle, tout le monde encourageait le plus fort à démolir le plus faible.J\u2019ai éprouvé la plus profonde des hontes le jour où j\u2019ai assisté à un combat odieux que je ne pourrai jamais chasser de ma mémoire.C\u2019était une coutume que de provoquer sans raison quelqu\u2019un dont on n\u2019aimait pas la face.Un soir, un de mes frères, attaqué sans raison par un camarade, reçut des coups bas qui me jetèrent un peu malgré moi dans la mêlée.Je faillis arracher l\u2019oeil de cet agresseur, ce qui scandalisa certains Chevaliers qui auraient bien aimé voir le sang de mon frère couler comme ça, pour le plaisir.Ils sautèrent sur moi, me maîtrisant, tandis que l\u2019agresseur que j\u2019avais seulement blessé continuait, plus rageur que jamais, à frapper contre le béton la tête ensanglantée de mon frère.Puis, quand tous se furent rassassiés de sang, ils relâchèrent leur étreinte pour que je puisse remettre debout ce frère qui n\u2019était pas Chevalier, lui.Ce soir-là, je décidai de trahir les Chevaliers et de les haïr toujours.Mon frère cadet, dégoûté lui aussi, par ce spectacle dont je lui avais narré toutes les horreurs, fit de même, de sorte que deux jours plus tard, ne reconnaissant plus l\u2019autorité des C., nous fûmes enfermés 372 ACTION NATIONALE dans un hangar et fouettés.Mais nous étions libres désormais et nous avions appris que cette petite société pratiquait les mêmes lois que toute société où le plus chien triomphe et où l\u2019amitié n\u2019existe que pour quelques-uns, ceux dont le coeur n\u2019est pas pourri.Ceux-là appartiennent à une race d\u2019élite qui n\u2019a pas de classes et chez qui l\u2019instinct de l\u2019amour contrôle l\u2019instinct de la haine.Ce sont les seuls nobles, et c\u2019est par eux que le monde est regénéré.Comme je l\u2019ai dit, je me consacrai tout entier à mes études, et avec d\u2019autant plus d\u2019ardeur que je venais de découvrir que les vraies valeurs étaient d\u2019ordre intellectuel et spirituel, puisque les autres étaient faussées.Mais après cette première année d\u2019études classiques, le collège où j\u2019étais inscrit n\u2019accepta plus que les \u201cvocations tardives\u201d et je n\u2019étais pas de celles-là.Il fallait donc songer à changer d\u2019institution.Par goût de l\u2019inconnu et surtout pour m\u2019évader de mon quartier qui ne m\u2019apprenait plus rien, et non certes par goût de la discipline, je suppliai mes parents de m\u2019envoyer dans un pensionnat.Même si cette réclusion leur semblait favoriser mes études, ils hésitèrent parce que ce nouveau statut n\u2019avait pas été prévu dans leur budget.Je jouissais déjà d\u2019une bourse de l\u2019Oeuvre des Vocations, obtenue grâce à monsieur le curé qui se cherchait un remplaçant, mais elle était insuffisante.Un oncle célibataire et débonnaire, qui croyait aux vertus du pensionnat pour les avoir éprouvées, me secourut.Et c\u2019est ainsi que j\u2019installai mes pénates chez les Sulpiciens de la rue Sherbrooke.La première chose qui me frappa, ce fut la distance qui s\u2019établit entre étudiants issus du même milieu, l\u2019étudiant pauvre comme moi cherchant l\u2019amitié du plus riche, fils de médecin ou d\u2019avocat.Nous avions honte de nous reconnaître l\u2019un dans l\u2019autre et nous étions sans doute fascinés par ceux qui avaient connu une vie plus aisée que la nôtre.Mais nous dûmes vite déchanter, car les riches n\u2019avaient rien à nous raconter, à nous qui pourtant avions fait tant de mauvais coups.Le vide de leur vie, les riches le corn- MEMOIRES D'UN JEUNE CANOQUE 373 blaient de prétentions et de munificence.Ah, s\u2019ils ne s\u2019étaient pas comme nous amusés, qu\u2019ils en avaient eu des choses, des cadeaux à rendre malade le plus désintéressé des pauvres.Cette envie que nous manifestions les uns à l\u2019égard des autres était diffuse, et notre orgueil lui interdisait de se manifester.L\u2019espoir des pauvres que nous étions, c\u2019était qu\u2019un jour nous n\u2019aurions plus à rougir de l\u2019infortune de nos parents dont nous n\u2019étions en rien responsables.Car ces études si sérieuses feraient de nous l\u2019élite de demain, comme d\u2019ailleurs le répétaient nos professeurs pour stimuler notre ardeur.Mais ces distinctions sociales disparurent dans la compétition sportive et plus encore dans la compétition scolaire.Le prestige ne s\u2019attachait plus à quelqu\u2019un qui était un privilégié, mais à celui qui était le meilleur en latin, le meilleur de l\u2019équipe de hockey.La qualité individuelle triomphait aisément de la qualité sociale; c\u2019est ce qui me sauva de la médiocrité.Premier de la classe en latin, en histoire et en français, et assez bon hockéyeur, j\u2019oubliai d\u2019où je venais.Mon seul désir étant d\u2019étudier, je gobai tout avec grand appétit.J\u2019étais sportif quand venait l\u2019hiver, mais à l\u2019automne et au printemps, je ne perdais pas mon temps, tapi sur le toit du collège ou réfugié dans les latrines, lisant comme on dévore un fruit trop longtemps convoité.Le surveillant qui me traquait, je le plains aujourd\u2019hui, car par amour pour la lecture je parvenais toujours à lui échapper.Le soir, à l\u2019étude, au lieu d\u2019étudier comme l\u2019exigeait un trop aride programme, je lisais les Signes de piste, ou encore des documents sur les civilisations disparues, ou l\u2019Imitation de Jésus-Christ dont la sévérité me plaisait tant.Tout ce qui était étranger au monde que j\u2019avais connu rue Bordeaux m\u2019apparaissait illuminé par une grâce surnaturelle.Je m\u2019empresse de préciser que la passion de la lecture, cette ivresse de l\u2019esprit, je l\u2019avais connue très tôt, avant même d\u2019aller à \u201cla petite école\u201d.Ma mère nous avait appris à lire alors que nous avions tout juste cinq ans, et rien ne me grisait autant que d\u2019être emporté par les mots et leur pouvoir d\u2019attrac- 374 ACTION NATIONALE tion.Le monde des mots, tel que mon instinct me le faisait entrevoir, c\u2019était le vrai monde, le monde voilé par les apparences quotidiennes.Les personnages de Jules Verne me semblaient plus réels, plus présents que tous nos voisins criards et frustes.Je crois que cette vision a fondé ma vocation d\u2019écrivain parce qu\u2019il m\u2019est toujours apparu que la pauvreté de la vie réelle était sauvée par la richesse imaginaire du créateur.Tandis que les gens traînaient leurs savates à la surface de leur vie, Jules Verne sondait les abîmes de la mer et les héros des Signes de piste, à la fois forts et vertueux, triomphaient de la mystérieuse conjuration des méchants de ce monde.Pour moi, le monde imaginaire, par sa puissance, intégrait en le dépassant le monde réel, comme si celui-ci n\u2019en avait été qu\u2019une pâle imitation.De même ai-je par la suite considéré la réalité \u2014 en ne me l\u2019avouant pas clairement comme je le fais aujourd\u2019hui \u2014 comme une matière inerte qui, telle quelle, était insignifiante tant qu\u2019un artiste ne la purifiait pas en lui donnant des formes nouvelles.Donné informe et étouffant, la réalité immédiate est une pâte que seul le créateur, en soufflant sur elle, anime et vivifie en la soumettant à sa sensibilité.Cette vision esthétique du monde m\u2019a permis d\u2019entrer comme si j\u2019avais été chez moi dans le royaume de Céline, puis dans celui de Proust.Mais à cette époque, dont je parlais précédemment, je n\u2019écrivais pas; et c\u2019était donc par mes lectures, incarnées dans le jeu, que je corrigeais ainsi la réalité.Car le jeu était la pratique d\u2019une ascèse, la lecture.Cela devait m\u2019amener au scoutisme, que condamnent ceux qui n\u2019en ont rien tiré ou qui, je crois, n\u2019en savent rien sinon tout le mal qu\u2019on en dit.Ce qui compte, c\u2019est que, très jeune, je voyais le monde en esthète.Je m\u2019imposais certaines règles, comme celles du scoutisme, mais seulement pour embellir le réel quotidien qui m\u2019asséchait.C\u2019est pourquoi je suis si peu attaché aux doctrines elles-mêmes; j\u2019en extrais ce qu\u2019elles ont de beau, et l\u2019ensemble de ces MEMOIRES D'UN JEUNE CANOQUE 375 beautés il m\u2019appartient de le transformer en une seule pensée, coeur et cerveau de la création.Bien que la rigueur de la discipline m\u2019agaçât, je travaillais avec plaisir et quelquefois avec passion quand la matière s\u2019y prêtait.Le latin, le français et l\u2019histoire faisaient mon bonheur.Mais de vivre ainsi cloîtré, cela me rendait étranger au monde que j\u2019avais quitté.L\u2019univers que j\u2019avais choisi était mâle; et, quand nous allions \u201cdans le monde\u201d le jour du Seigneur, nous étions comme arrachés à notre milieu naturel.Nous paraissions maladroits et prétentieux.Je pénétrais dans mon quartier et le logis familial l\u2019air un peu supérieur, comme si toute ma personne se fût transformée et que je fusse devenu un personnage divin ou immatériel.Il faut dire que je n\u2019étais pas honteux de mes nouvelles connaissances, mais le pire c\u2019est que je répudiais tout ce qui était étranger à l\u2019enseignement que je recevais, y compris la mode d\u2019alors \u2014 le rock-n-roll \u2014, méprisant tout élément féminin et tout ce qui flattait la faiblesse humaine.Bénéficiaire d\u2019une bourse de l\u2019Oeuvre des Vocations, je me croyais appelé aux plus hautes fonctions, c\u2019est-à-dire le sacerdoce, et pas n\u2019importe lequel, le missionnaire.Je me voyais déjà traversant l\u2019Asie, l\u2019Afrique, le vaste monde, dénonçant les sorciers et soumettant les esprits rebelles à la Foi.C\u2019était un autre rêve, plus chimérique que celui que j\u2019avais connu l\u2019année précédente, le rêve de libération politique.L\u2019aviation et les pompiers, je laissais cet avenir à d\u2019autres.Cela me rappelle que durant mes études primaires il m\u2019arrivait fréquemment de feindre la maladie pour rester à la maison où, réfugié dans la chambre que je partageais avec mes deux frères et avec mes parents (c\u2019était un salon double séparé par une tenture), je devenais Surcouf, roi des Corsaires, armé d\u2019une épée taillée dans un carton, ou Dollard des Ormeaux mourant pour que vive la Nouvelle-France.L\u2019histoire du Canada et celle de la France nourrissaient mes rêves, mais il ne s\u2019agissait pas d\u2019une histoire bêtement acceptée (je n\u2019ai jamais été un réaliste et je souhaite ne jamais le 376 ACTION NATIONALE devenir) ; le pouvoir de l\u2019imagination étant ce qu\u2019il est, je transformais les défaites en victoires.Ainsi je me plus à inventer une révolte populaire qui, au lendemain de la Conquête permit aux Canadiens de reprendre le Canada (le Bas-Canada, dois-je le préciser?), grâce à l\u2019appui des Indiens, nos fidèles alliés, les plus misérables victimes de cette Conquête.Mais le collège m\u2019apportait un autre ferment culturel, le monde gréco-latin, et j\u2019admirais la grandeur de ces peuples militaires.J\u2019oubliais nos rues et notre malheur historique.Athènes et Sparte, par leurs vertus si différentes mais complémentaires à mes yeux, m\u2019éblouissaient.En Rome je découvrais la mère de la France et la nôtre par nos origines françaises.Cela me distrayait de notre petitesse politique, de notre humiliant destin.Ce fut un professeur d\u2019histoire, un jeune laïc, qui me ramena au Québec.Mon voyage chez les Grecs et les Latins était sans doute une heureuse découverte, mais à la condition que j\u2019en revienne.Avec ce professeur nous discutions de politique, et en particulier du nationalisme duplessiste que nous jugions odieux parce qu\u2019il n\u2019était qu\u2019un paravent masquant trop de trahisons.En nous apprenant à voir loin, il contredisait l\u2019enseignement jusque-là reçu, car tous les autres n\u2019exigeaient de nous qu\u2019un devoir passable et nous livraient leurs connaissances qu\u2019en fonction des examens, lesquels, si nous les réussissions, nous ouvriraient les portes d\u2019un avenir très intéressant (traduire par très rentable).Pendant que je me dégoûtais lentement de la discipline communautaire, mes parents quittaient le quartier de mon enfance, où ils avaient passé dix-sept ans, pour émigrer dans Rosemont \u2014 déménagement qui fut, en même temps qu\u2019une sorte d\u2019ascension sociale, un moyen de purifier les moeurs de mon frère cadet menacé de mal tourner.Enfin, pour moi aussi ce déménagement avait son importance, car il m\u2019ouvrait un nouveau monde, qu\u2019il m\u2019importait de connaître.Il y avait aussi, comme le l\u2019ai dit, ce dégoût de plus en plus insupportable pour la ré- MÉMOIRES D'UN JEUNE CANOQUE 377 elusion.Comment d\u2019ailleurs aurais-je pu résister à l\u2019envie de flâner sous le soleil d\u2019avril, moi qui accorde tant de prix aux promenades solitaires?Toujours est-il qu\u2019un beau mardi (l\u2019après-midi nous appartenait, mais intra muros) j\u2019escaladai le mur de pierres grises et me rendis chez mes parents dans l\u2019espoir de plaider la cause de ma libération.Trois jours plus tard, traînant mes valises, je partais avec mes père et mère venus me chercher.J\u2019avais dû leur promettre d\u2019obtenir les mêmes notes qu\u2019aupara-vant.Il me sembla facile, et ce fut, de répondre à cette exigence.Le soir je m'enivrais de ma liberté retrouvée dans un nouvau décor.Ici, dans ce Rosemont verdoyant, l\u2019air était pur, les gens paisibles, la vie lente et monotone.Je découvrais les sports d\u2019été; je renouais brutalement avec le monde et cela était d\u2019autant plus enivrant que je l\u2019avais volontairement quitté, ce monde.Moi qui avais, cet hiver-là, condamné le rock-n-roll et les filles, eh bien, je dus ravaler mes sévères paroles, car avec l\u2019été vinrent la danse et les filles.Le corps, trop négligé, prit sa revanche; et durant les vacances je n\u2019eus pour mon esprit que de légers soins : quelques poèmes adressés à la voisine qui était timide comme le sont parfois les blondes.Je 1 aimais parce qu\u2019elle était là et que ma nature s\u2019épanouissait sous le ciel de la campagne ; mais dès qu\u2019elle repartit pour Montréal où elle était caissière, la danse fut vite oubliée, et j\u2019entrai dans un autre collège, un externat dirigé par des \u201cprêtres modernes\u201d, comme disaient les gens.J annonçai à mon père, après bien des hésitations, et tourmenté par le remords, que je ne me sentais pas appelé par Dieu et que je devais, pour être honnête, refuser l\u2019argent de Ses ministres.Comme il jouissait alors d\u2019une augmentation de salaire, il comprit cette juste revendication et nous refusâmes la bourse, ce qui me libéra de mes obligations morales à l\u2019égard de l\u2019Oeuvre des Vocations.Le soir qui descend sur la forêt y dessine des ombres fugitives et douces qui s\u2019avancent et fuient comme mes souvenirs. 378 ]écès (flot.à / occasion du deuxième anniversaire de di de W.et Wme Æert 12m,) La conscience de la liberté responsable Jacques-A.Lamarche \"una équipé brilhante de intelectuais canadenses de grande valor, dirigida pelo Sr.Albert Roy.\" C'est dans le numéro de janvier 1962 du journal brésilien Catolicismo que j'ai retrouvé ce témoignage portugais sur l'équipe qu'inspirait et dirigeait Albert Roy: \"une équipe brillante d'intellectuels canadiens de grande valeur.\" Il peut sembler curieux qu'un membre de cette équipe évoque ce témoignage mais la citation augmente le mérite d'Albert Roy sans intimider mon humilité.En ce deuxième anniversaire de l'accident d'avion de Sainte-Thérèse dans lequel Albert Roy et sa femme Mono perdirent la vie, en ce deuxième anniversaire où l'équipe regroupée autour d'eux perdit autant, il est possible d'évoquer à nouveau ce départ et cette perte avec un recul que l'impact des réactions humaines atteint avec moins de sentiment mais autant de force.Albert Roy, homme de pensée et d'action, a modifié et influencé notre vie et celle de plusieurs jeunes de sa génération.Il a su dépasser la mécanique du quotidien bien mesuré et compris afin de donner à son équipe assoiffée de dialogue la conscience de la liberté responsable.Nés, éduqués, instruits au cours des années 30 à 50, nous sommes passés de la conscience de la contrainte à la conscience de la liberté responsable.L'expérience humaine prouve que l'engagement se joue très souvent au niveau des zones affectives avant de rejoindre les zones rationnelles.Vouloir raisonner la réalité selon des impératifs logiques seulement revient à nier l'existence de l'humain., Albert Roy n'avait rien d'un amant des domaines résiduels où s'engendrent et se perpétuent les mythes sentimentaux; bien au contraire, sa formation légale et commerciale l'orientait vers le domaine majeur des réalités économiques, sociales et nationales.Pourtant, il o connu comme nous et comme la jeunesse de notre génération d'hommes de quarante ans le contour des mythes, leur significa- 379 t'on, leur force de propagande et leur inutilité.Il a préféré concentrer ses efforts dans la mise en oeuvre, la mobilisation intelligente et fonctionnelle de notre conscience humaine pour aboutir o la responsabilité de l'étre humain devont les problèmes économiques et sociaux.Albert Roy, homme de pensée et d'action, a contribué ô cette merveilleuse mutation des conscience mythiques aux consciences responsables.Une société ne peut se rendre compte de son existence qu'en vertu de l'adhésion de ses membres: des sentiments artificiels d'appartenance auraient pu apporter o l'équipe une sclérose mortelle si Albert Roy n'avait de lui-même remis en question l'autorité, le pouvoir, la contestation des traditions.Sans anarchie, sans révolution puisque chez lui liberté était synonyme de responsabilité, il a orienté les efforts de son équipe vers la lutte contre l'encadrement des grands organismes assis sur leur impitoyable tradition.Il a lutté moins contre la tradition et l'autorité que pour les valeurs nationales et humaines bien équilibrées entre la contestation et lo collaboration, entre la tradition et le progrès.Albert Roy est parti depuis deux ans: la révolution tranquille et moins tranquille se poursuit et s'accélère chez nous.L'individualisme restrictif formé par la contrainte ou l'indifférence des questions nationales et sociales diminue et cède la place aux valeurs collectives de l'homme formé par l'amour de la liberté et de la responsabilité.Les mythes passent: les hommes survivent.Quand un État se dirige vers la folie pure (Voici de l'inimaginable et pourtant du vrai.Ce sont des extraits du CATECHISME DE LA REVOLUTION, écrit par Jean M.Fourcand, édition par l'imprimerie de l'Etat, en juillet 1964, en l'honneur du docteur François Duvalier, président constitutionnel à vie de la République d'Haïti.) Q.\u2014 Qu'est-ce que Duvalier ?R- Duvalier est le plus Grand Patriote de tous les temps, l'Emancipateur des masses, Rénovateur de la Patrie Haïtienne, Champion de la dignité Nationale, Chef de la Révolution et Président à Vie d'Haïti.Q-\u2014 Qu'est-ce que Dessalines, Toussaint, Christophe, Pétion, Estimé ?R- \u2014 Dessalines, Toussaint, Christophe, Pétion et Estimé sont cinq Fondateurs de Nation qui se retrouvent en François Duvalier. 380 Q.\t\u2014 Fout-il conclure por là qu'il y o six présidents à vie ?R.\t\u2014 Non, Dessalines, Toussaint, Christophe, Pétion et Estimé sont Cinq Chefs d'Etats distincts, mais qui ne forment qu'un seul et même Président en François Duvalier Q.\t\u2014 Comment Duvalier nous o-t-il rachetés ?R.\t\u2014 Duvalier nous a rachetés en se sacrifiant et en souffrant pour nous nuit et jour au Palais National.Q.\t\u2014 Ou trouve-t-on les devoirs o pratiquer pour devenir un Haïtien intégral ?R.\t\u2014 On trouve les devoirs à pratiquer pour devenir un haïtien intégral dans la Doctrine Duvaliériste, cette Doctrine Nationale qui plane sur les ailes de notre histoire.Q.\t\u2014 Qu'est-ce que le sacrement Duvaliériste ?R.\t\u2014 Le sacrement Duvaliériste est la qualité avec laquelle le Duvaliériste s'acquitte de toutes les tâches qu'il accomplit au service du Gouvernement.Q.\t\u2014 Combien y a-t-il de sacrements Duvaliéristes ?R.\t\u2014 Il y a sept sacrements Duvaliéristes qui sont: le prestige, la dignité, la discipline, le respect de soi, la compétence, l'ordre et la probité.Q.\t\u2014 Comment s'appelle le huitième Sacrement ?R.\t\u2014Ce huitième sacrement s'appelle la Confirmation Duvalié- riste.Q.\t\u2014 Qu'est-ce que l'Extrème-Onction Duvaliériste ?R.\t\u2014 L'Extrême-Onction Duvaliériste est un sacrement institué par l'armée populaire, la milice civile et le peuple haïtien pour, sous le commandement de leur chef, l'Honorable Dr François Duvalier, écraser a coup de grenades, de mortiers, de mauzers, de bazoukas, de lances-flammes, et d'autres outils.en les ratiboisant et en les annihilant, les apatrides, ces \"vases d'immondices\" en pantalon qui, plus d'une fois, alliés à des étrangers et à la solde des ennemis de notre nationalité, ont tenté de mettre en péril la souveraineté de l'Etat.Q.\t\u2014 Qu'est-ce que le péché Duvaliériste ?R.\t\u2014 Le péché Duvaliériste est une désobéissance aux règlements de la doctrine, aux dix Commandements du Duvaliérisme et aux six commandements du peuple.ORAISON DOMINICALE: Notre Doc qui êtes au Palais National pour la vie, que Votre nom soit béni par les générations présentes et futures, que Votre Volonté soit faite à Port-au-Prince et en Province.Donnez-nous aujourd'hui notre nouvelle Haïti, ne pardonnez jamais les offenses des apatrides qui bavent chaque jour sur notre Patrie, laissez-les succomber à la tentation et sous le poids de leurs baves malfaisantes: ne les délivrez d'aucun mal Amen.CONCLUSION: Pauvre Haïti, si sympathique, tyrannisée par un paranoiaque ! Et en 1965 ! Sous la direction et avec le concours des directeurs de la Ligue d'Action nationale, la revue consacre ici quelques pages, dont la préparation sera confiée chaque mois à diverses personnes ou à des équipes de personnes.Leur objet est de fournir des thèmes suivis d'études aux sections de nos associations nationales, sociales et civiques, aux cercles d'études de collège, etc., sur des problèmes majeurs d'action.Les orientations générales de ces rubriques correspondront, en général, à celles de la revue.Mais une grande latitude d'expression sera laissée à ceux qui assumeront la tâche de préparer ces textes, de sorte qu'on ne devra pas s'étonner d'y trouver à l'occasion des opinions différentes de celles qu'ont pu exprimer le directeur ou d'autres collaborateurs réguliers de la revue.D'ailleurs l'objet de ces textes sera généralement d'être soumis à étude et discussion.Nous le disions dans l'introduction de cette section en septembre 1965, ce genre est difficile et nous sommes conscients de tenter une expérience que nous raffinerons au fur et à mesure de son déroulement.C'EST POURQUOI NOUS SOLLICITONS LE CONCOURS DE TOUS POUR NOUS INDIQUER CE QU'ILS VOUDRAIENT APPRENDRE OU TROUVER, SUR LES SUJETS CONCERNES, POUR QUE LA SECTION ATTEIGNE SON OBJECTIF ET LEUR SOIT VRAIMENT UTILE.Adresse: L'ACTION NATIONALE, Section des cercles d'études, C.P.189, Station N, Montréal. P ° Les états généraux La Fédération des Sociétés Saint-Jean-Baptiste du Québec a suscité la création des états généraux.Déjà de nombreuses associations ont accordé leur adhésion à la réalisation de cette colossale entreprise.Voici l\u2019organigramme des structures actuelles: Secrétaire général Secrétariat Exécutif (7 membres) Commission générale (25 membres) Assemblée générale des représentants des associations Etats généraux du Québec Assemblée générale représentative de la nation Corps sociaux -(- population Le secrétariat est situé à 600 est, rue Grande Allée, Québec.M.Léo Gagné a été nommé secrétaire général.L\u2019Exécutif se compose 384 ACTION NATIONALE de Me Albert Leblanc, Jean-Marc Léger, Léo Gagné, Roland Beaudin, André Laurence, Mme Rémillard et Alban Count.Une Commission générale de 25 membres a été formée par les représentants des associations participantes: Jeune Chambre du Canada français, U.C.G, Conseil de Vie Française, C.S.N., Fédération des Sociétés St-Jean-Baptiste, Conseil d\u2019Expansion Economique, ACELF, La Ligue d'Action Nationale, le Bon Parler Français, la Corporation des Instituteurs et Institutrices du Québec, La Corporation des Frères Enseignants du Québec, l\u2019Association des Instituts de Religieuses enseignantes du Québec, les Chevaliers de Champlain et autres associations.Organisation Deux commissions d'organisation règlent les problèmes techniques et d'administration.Deux Commissions d\u2019organisation Procédure 1 - Technique Publicité Finances Souscriptions 2 - Administrative Secrétariat Exécutif (7 membres) Relations extérieures Locaux programmes LES ETATS GÉNÉRAUX 385 Étude et Recherche Deux commissions d\u2019étude et de recherches étudient: 1\t- Constitution et Politique 2\t- Relations avec les groupes francophones Les projets des états généraux prévoient: -\tDes Commissions de spécialistes, politicologues, sociologues, constitutionnalistes.et de praticiens de la vie politique et de citoyens engagés dans les corps intermédiaires.-\tDes assemblées régionales de consultation et d\u2019information pour entendre les opinions de toutes les couches de la population.-\tDes cliniques provinciales d'information sur chaque sujet capital pour l\u2019avenir du Québec et des Canadiens français, selon le travail accompli par les commissions d\u2019étude.-\tLa recherche d\u2019un moyen de représentation territoriale le plus démocratique possible, jointe à la délégation des corps sociaux pour représenter valablement le peuple québécois.-\tLa consultation méthodique des sociétés-membres et assemblées générales sur les schémas et les propositions définitives des commissions d\u2019étude.-\tLa convocation des grandes Assemblées représentatives de la Nation pour la présentation et la ratification des rapports selon la procédure prévue aux règlements.Participation Une invitation convie à participer aux états généraux toutes les associations canadiennes-françaises du Québec, quelle que soit leur importance, mais selon le barème de la représentation.Une invitation sera aussi adressée aux associations des groupes français établis hors du Québec Pourquoi Pourquoi cet organisme et cette structure, des états généraux ?A - Pour étudier notre devenir politique et constitutionnel 386 ACTION NATIONALE B - Pour définir les relations et la solidarité entre les groupes francophones.Les idées essentielles: -\tAller au fondamental.-\tL\u2019ordre juridique conditionne l\u2019épanouissement de la Nation.Trois (3) principes de base guident l\u2019action des commissions d\u2019étude: a)\tLa Nation canadienne-française existe; b)\tLe Québec est l\u2019Etat national des Canadiens français; c)\tLa Nation canadienne française a droit à l\u2019autodétermination.-\tDilemme de l\u2019époque: que faire ?où la Nation doit-elle se diriger ?quelle voie juridique choisir, entre le statut particulier, le statut d\u2019Etats associés (parce que l\u2019on ne s\u2019associe pas seul) et l\u2019indépendance ?. oC ordre fiscal Le rapatriement de la fiscalité: Dans notre étude du mois dernier, nous avons étudié les origines constitutionnelles du problème fiscal.Origines politiques du problème Les articles 91 et 92 du British North America Act donnent naissance à deux thèses qui s\u2019opposent quant à l\u2019interprétation des pouvoirs fiscaux dévolus aux gouvernements fédéral et provinciaux.Quelles sont ces deux thèses ?Divers jugements du Conseil privé ont attribué un droit sur les impôts directs au pouvoir fédéral et le droit aux gouvernements provinciaux sur certains impôts dits « directs » mais économiquement indirects.Quelle a été l\u2019évolution constitutionnelle du problème, à partir des jugements de 1924 et de 1937 ?Au cours de la crise financière de 1929-34, les provinces préféraient laisser l\u2019impôt sur le revenu au gouvernement fédéral et elles se contentaient de taxer les transactions financières, la vente de divers produits, etc.Quelles ont été les conséquences de cet abandon par les provinces d\u2019un de leurs pouvoirs de taxation ?Devant cet abandon par les provinces d\u2019une importante source de revenus, on a prétendu que la responsabilité de la législation sociale devait obligatoirement échoir au pouvoir fédéral.Pour clarifier cette question, on a créé la Commission SIROIS.Quel était son mandat ?Quelles furent ses conclusions ?La Commission SIROIS Les recommandations finales de la Commission Sirois recommandaient le transfert au pouvoir central d\u2019une grande partie des 388 ACTION NATIONALE responsabilités sociales et, en conséquence, l\u2019accroissement des pouvoirs de taxation du gouvernement fédéral.Pour assurer l'équilibre des budgets provinciaux, on prévoyait des subventions fédérales accrues, sorte de compensation pour l'abandon par les provinces de tout pouvoir de taxation directe.A la suite de la publication du rapport Sirois, une conférence fédérale-provinciale repoussait énergiquement les recommandations des commissaires.C\u2019est la guerre de 1939-45 qui allait donner au pouvoir central un excellent prétexte pour les appliquer, malgré la réticence des provinces.L\u2019effort de guerre et une cession temporaire En 1942, les gouvernements provinciaux acceptaient de céder « temporairement » leur pouvoir de taxation au fédéral, afin de faire face à l\u2019effort de guerre rendu nécessaire par la situation internationale.On conçoit facilement que, pendant la guerre, le développement des politiques sociales était relégué au second plan et que cette délégation de pouvoir par les provinces n\u2019entraînait pas d\u2019inconvénient majeur.à condition, justement, que cet abandon soit « temporaire ».Le temporaire devient permanent A la fin de la guerre, à la conférence fiscale de 1945, le gouvernement fédéral faisait savoir aux provinces qu\u2019il ne pouvait être question d\u2019un retour à l\u2019ancien système d'avant-guerre, c\u2019est-à-dire de redonner aux provinces les pouvoirs de taxation directe.Pour assurer l\u2019équilibre économique du Canada, il lui apparaissait nécessaire de garder le contrôle de la taxation directe.En 1945, le fédéral suggère aux provinces une nouvelle distribution des pouvoirs et des responsabilités encore plus centralisatrices que les mesures proposées par le rapport Sirois en 1941.Ce rapport Sirois avait déjà été rejeté par les provinces, avant la guerre, au moment où elles occupaient un champ de taxation quelles refusaient d\u2019abandonner.En 1945, cetait le contraire; le LE RAPATRIEMENT DE LA FISCALITE 389 fédéral imposait sa volonté aux provinces en refusant de quitter un champ de taxation quelles lui avaient cédé temporairement en raison de l\u2019effort de guerre.En adoptant cette position de force, le fédéral obligeait les provinces à conclure avec lui un accord particulier pour assurer l'équilibre de chacun des budgets provinciaux.L'Ontario et le Québec refusèrent de conclure ce genre d\u2019accord, puis, en 1952, l'Ontario s\u2019y résolut, faisant du Québec la seule province à s\u2019opposer à ces manœuvres centralisatrices du pouvoir fédéral.Vos opinions Pourquoi le Québec se réfugie-t-il dans cette opposition irréductible devant la centralisation fédérale ?Les conséquences de cette centralisation auraient-elles été plus graves pour le Québec que pour les autres provinces anglophones ?En quoi l\u2019abandon par le Québec de toute direction de sa politique sociale aurait-il influencé l\u2019évolution de la collectivité québécoise ?Aurions-nous pu, sans danger, remettre à la majorité anglophone du Canada le soin d\u2019organiser toute la politique sociale du Québec ?En refusant de signer un accord avec Ottawa qui aurait assuré au Québec des subventions fédérales «compensatoires», dans quelle situation était placé le contribuable québécois qui payait quand même son impôt direct à Ottawa ?Quelle solution restait-il au gouvernement provincial pour trouver chez lui les ressources suffisantes pour élaborer sa politique sociale ?En se résignant à la double imposition, en 1953, le gouvernement du Québec posait un geste d\u2019une importance extrême, puisqu\u2019il consacrait définitivement son refus d\u2019accepter la centralisation outran-cière du pouvoir fédéral.Il lui fallait pourtant, pour réussir cette très délicate opération, obtenir un appui non équivoque de la population.L\u2019a-t-il obtenu ?En s\u2019appuyant sur le résultat du vote de 1953, le gouvernement du Québec entreprit de négocier avec Ottawa un nouvel accord destiné à éviter aux contribuables québécois la double taxation.Quel était cet accord ? ordre Aocia Les plans conjoints Dans noue étude du mois dernier, nous avons étudié la nature des « plans conjoints » en nous référant aux articles 91 et 92 du British North America Act.Afin de mieux nous pénétrer de l\u2019importance théorique des droits réservés aux provinces et de l\u2019ampleur des interventions fédérales dans un secteur qui devrait échapper à son contrôle, nous présentons ici un extrait de l\u2019article 91 et le texte intégral de l\u2019article 92 à partir duquel nous pouvons nous poser plusieurs questions.Article 91 Il sera loisible à la reine, sur l\u2019avis et avec l\u2019assentiment du Sénat et de la Chambre des communes, de légiférer, en vue de la paix, de l\u2019ordre public et de la bonne administration au Canada, sur toute matière ne rentrant pas dans les catégories de sujets que le présent acte attribue exclusivement aux législatures des provinces.Pour mieux préciser, sans la restreindre, la portée générale des termes ci-dessus du présent article, il est déclaré que, nonobstant toute disposition du présent article, le Parlement du Canada aura le pouvoir exclusif de légiférer sur toute matière rentrant dans les catégories de sujets ci-après énumérées: Article 92 Dans chaque province, la législature a le droit exclusif de légiférer sur les matières qui rentrent dans les catégories de sujets ci-après énumérées: 1° La modification (chaque fois qu\u2019il y aura lieu et nonobstant toute disposition du présent acte) de la constitution LES PLANS CONJOINTS 391 de la province, sauf en ce qui concerne la fonction de lieutenant-gouverneur; 2° Les contributions directes dans la province en vue de prélever des revenus pour des fins provinciales; 3° L\u2019emprunt de deniers sur le seul crédit de la province; 4° La création et l'exercice de fonctions provinciales, ainsi que la nomination et le paiement des fonctionnaires provinciaux; 5° L\u2019administration et la vente des terres publiques appartenant à la province, ainsi que du bois et des forêts qui y poussent; 6° L\u2019établissement, l'entretien et l\u2019administration des prisons publiques et des maisons de correction dans les limites et pour la population de la province; 7° L\u2019établissement, l\u2019entretien et l\u2019administration des hôpitaux, des asiles, des hospices et des refuges dans les limites et pour la population de la province, sauf les hôpitaux de marine; 8° Les institutions municipales dans la province; 9° Les licences de boutiques, de débits de boissons, de tavernes, d\u2019encanteur et d\u2019autres établies en vue de prélever des revenus pour des fins provinciales, locales ou municipales; 10° Les travaux et les ouvrages d\u2019une nature locale, autres que ceux qui sont énumérés dans les catégories qui suivent: a)\tLes lignes de vapeurs ou autres navires, les chemins de fer, les canaux, les lignes de télégraphe et autres travaux et ouvrages reliant la province à une autre ou à d\u2019autres, ou s\u2019étendant au delà des frontières de la province; b)\tLes lignes de vapeurs entre la province et tout le pays britannique ou étranger; c)\tLes travaux qui, bien qu\u2019entièrement situés dans la province, seront avant ou après leur exécution, déclarés par le Parlement du Canada profiter au Canada en général ou à deux ou plusieurs provinces; 11° La constitution des compagnies pour des objets provinciaux; 392 ACTION NATIONALE 12° La célébration des mariages dans la province; 13° La propriété des droits civils; 14 L administration de la justice dans la province, y compris la constitution, le coût et l'organisation des tribunaux provinciaux, de juridiction tant civile que criminelle, ainsi que la procédure en matière civile devant ces tribunaux; 15° L'infliction de punitions par voie d\u2019amendes, de peines ou d emprisonnement en vue de faire respecter toute loi provinciale établie relativement à une matière rentrant dans une catégorie ou des catégories de sujets énumérées dans le présent article; 16° De façon générale, toutes les matières qui, dans la province, sont d\u2019une nature purement locale ou privée.Que répondez-vous ?-\tEn reprenant chacun des points de ces articles, combien pouvons-nous en découvrir qui n'ont pas subi d\u2019intervention fédérale ?-\tD où proviennent nos chèques d\u2019assurance-chômage ?d\u2019allocations familiales ?de pension de vieillesse ?-\tD'où devraient-ils provenir, selon l'esprit de l\u2019article 92 ?-\tEn quoi le fait de recevoir l\u2019assurance-chômage du gouvernement fédéral change-t-il quelque chose ?-\tEst-il nécessaire que, par exemple, l\u2019élaboration d\u2019une politique d emploi soit la responsabilité d\u2019un gouvernement qui représente vraiment ceux qui en seront affectés ?-\tPouvons-nous énumérer plus de dix plans conjoints, en regardant les documents présentés plus haut ? ordre economique Quelques statistiques Novembre, mois des morts, nous voit dans les nuages avec notre chronique économique.En décembre, le rédacteur habituel reviendra sur terre.Avez-vous déjà songé au monde dans lequel nous vivons ?Avez-vous pensé à l'influence de la politique économique de l'Etat dans l\u2019activité économique du pays ?Dette globale Saviez-vous que la dette globale du Canada en 1963 se répar-tissait ainsi: fédérale (1963)\t30,566,030,000.provinciale (1963)\t9,183,715,000.municipale (1961)\t5,268,529,000.Combien devez-vous ?Que dépensez-vous ?Dépenses fédérales Saviez-vous que nous dépensions assez largement ?Voici quelques chiffres pour la seule année 1963-64: Dépenses des gouvernements fédéral, provinciaux et municipaux (1961) Dépenses fédérales (1963-64) Défense nationale (1963-64) Anciens combattants (1963-64) Intérêt de la dette publique (1963-64) (sans le remboursement) Aide internationale (1963-64)\t51,700,000.Voilà une économie nationale qui satisfait l'internationalisme .12,400,492,000.6.872.400.000.1.683.500.000.333.700.000.954.500.000. 394 ACTION NATIONALE Un coup d\u2019œil Nous qui n\u2019avons pas beaucoup de sous à la Caisse Populaire, considérons quelques autres chiffres pour mieux situer notre action économique dans l\u2019ensemble canadien: Produit national brut (1963) Revenu personnel (1963) Dépenses personnelles (1963) Capitaux étrangers au Canada Avoir Canadien à l'étranger Assurances-vie en cours (1963) Actif de l\u2019assurance-vie (1963) Actif des banques à Charte (1963) Actif de la banque du Canada (1963) Actif des syndicats de crédit (1962) Actif des sociétés de prêt (1962) Actif des sociétés de fiducie (1962) Actif des sociétés de petits prêts (1962) 43.007.000.\t000.32.771.000.\t000.27.230.000.\t000.22.200.000.\t000.7.023.000.\t000.56,803,851,600.13,142,578,813.22,094,000,000.3.444.900.000.1.665.788.000.925,956,326.1,907,095,811.677,428,408.Sommes-nous un groupe humain soumis à un gouvernement ou si la souveraineté du gouvernement n\u2019est pas assujettie aux forces financières ?.Regardons maintenant de plus près quelques autres chiffres qui rappellent ces $412,000,000.que la province de Québec a versés au fédéral de 1887 à 1911, alors qu\u2019elle n\u2019avait reçu que $40,000,000.Comme les chiffres étaient petits à cette époque.1963: Partage entre 2 provinces Population (1963) Québec\tOntario 5,468,000.\t6,448,000.Employés des services fédéraux (1963) 30,422.83,301.Versement fédéral sous le régime de la loi sur l\u2019assu-rance-hospitalisation du 1er juillet 1958 au 31 mars 1961 13,936,741.169,557,318. QUELQUES STATISTIQUES 395 et en 1963 Sécurité de la vieillesse ( 1963) Femmes déclarées coupables d\u2019actes criminels (1962) Prêt agricole fédéral (1964) Revenu net des cultivateurs (1963) Superficie de forêts incendiées (1962) (en acres) Valeur brute de la production manufacturière (1962) Prêt pour l\u2019épuration des eaux (1961) Circulation routière à la frontière canadienne (entrées) (1963) (séjour 24 heures) nombre de véhicules entrés 100,800,000.155,359,915.\t126,800,000.265,742,644.430 11,434,700.\t1,270 20,144,700.189,052,000\t372,796,000.493,033\t13,804 8,017,200,000.\t13,339,600,000.244,000.\t25,752,000.329,126\t3,224,274 Conclusion La fable du loup et de l\u2019agneau est une histoire ancienne.Avec de la lucidité, le loup ne pourra pas nous empêcher de nous désaltérer dans « le courant d'une onde pure ».L\u2019impératif de l\u2019heure nous convie à travailler inlassablement à la conquête de notre économie.Nous avons déjà réalisé en ces dernières années des progrès remarquables.Lançons-nous avec plus d\u2019ardeur à l\u2019assaut des réussites conquérantes ! 396 MESSAGE- Vers la solidarité.Certains hommes d'affaires et financiers, certains politiciens prétendent encore, même aujourd'hui, que la pratique de la solidarité économique recommandée par le Conseil d'Expansion Economique est de nature à restreindre notre développement économique.Ils n'ont pas encore compris que la solidarité économique est une voie d'épanouissement, non pas un repli sur nous-mêmes, comme nous le publions dans LE LAISSEZ-PASSER.* * * C'est par la solidarité économique que nous bâtirons une économie canadienne-française forte, solidaire et dynamique.C'est l'orientation que le Conseil d'Expansion Economique vous propose.Nous réussirons pour autant que vous le voudrez.Nos problèmes nous appartiennent; à nous, Canadiens français, de les régler.La solidarité ne se manifeste que par des gestes concrets.Le temps est venu de passer à l'action.* * * En 1965, au Canada français, il ne saurait y avoir de citoyen à part entière qui ne pratique pas la solidarité économique.Conseil d'Expansion Economique Inc.8585, 8e avenue.Cité St-Michel.729-5296 397 DISQUES HENRI BOURASSA Pour faire face à une demande constante, nous avons fait rééditer cent collections des disques Bourassa.Un document historique que toutes les institutions d'enseignement devraient avoir dans leur discothèque.\u2022\tQuatre disques long jeu 12\".\u2022\tCommentaires de M.le chan.Lionel Groulx.\u2022\tUne conférence et un discours de Bourassa, les seuls jamais enregistrés, où on retrouve par un heureux hasard, l'expression par lui-même et ses principales idées, du sens de son oeuvre, et son genre inimitable à la fois comme conférencier et comme orateur.\u2022\tUn album en héliogravure avec explications, photos de Bourassa conférençiant, et reproduction de manuscrits significatifs dans sa carrière.$25.00 COMMANDEZ À L\u2019ACTION NATIONALE Case Postale 189\tStation N Montréal 398 Les étrangers ont acheté nos vieux meubles et se font gloire d'en avoir orné leurs musées LAISSEREZ-VOUS AUSSI PARTIR À L'ÉTRANGER LES QUELQUES RARES COLLECTIONS À PEU PRÈS COMPLÈTES (1933-1962) de L\u2019ACTION NATIONALE De Washington, de Philadelphie, de Toronto, de Kingston, de London, à McGill etc .on achète actuellement la collection de L'ACTION NATIONALE.Elle fait partie des documents indispensables aux recherches sur le Canada français.TOUTES NOS BIBLIOTHÈQUES D'INSTITUTION ONT-ELLES LEUR COLLECTION DE L'ACTION NATIONALE ?il ne nous reste que : \u2022 UNE seule collection complète.9 CINQ, complètes à 5 ou 10 numéros près.9 Une DIZAINE à 15 ou 20 numéros près.COMMUNIQUEZ TOUT DE SUITE AVEC NOUS Case Postale 189, Station N, Montréal Ill Nos annonceurs participent à la vie de la revue.Nos lecteurs sont tous intéressés à leur succès.Ils les consultent d'abord.RÉPERTOIRE DES RUBRIQUES Ameublement de bureau Architectes Assurances Automobiles Avocats Banques Bijoutiers Biscuits et gâteaux Blanchisserie Brasseries Caisses Populaires Comptables Distilleries Editions Evaluation Farine Hôtels villégiature Huile à chauffage Machinerie Magasins à rayons Notaires Optométristes Plombiers Pharmaciens Photographie Placements Pneus Pompes à eau Produits alimentaires Quincaillerie Soudure Tapis Tondeuses T rlcots IV RÉPERTOIRE DES NOMS Angers, Adrien Bonque Canadienne Nationale Banque Provinciale du Canada Brasserie Molson Brochu, Télesphore Caisses Populaires de Montréal (Union des) Caisse Populaire de Soint-Jacques Caisse Populaire d'Hochelaga Camus, Raymond Cie de Biscuits Stuart Collège Valéry Convoyeurs et machineries Victory Distilleries Melchers Ltée Dorais, Jean-Louis Drolet Inc., F.X.Dubé, Oscar & Cie Inc.DuMesnil, Mario Dupuis & Frères Ltée Editions Bellarmin Etco Photo Color Ltée Galarneau, Desmarais et Associés Gamache, Roger Grégoire, J.R.Grenache Inc.Groulx & Cadieux Jetté, J.W.Ltée La Rue, André La Sauvegarde La Solidarité Lebeau Ltée, G.L'Economie Lemieux, Paul-M.Lemieux, Robert Les Minoteries Phénix Limitée Manoir Saint-Castin Marchand, Sarto Mathieu, Dollard Meunier, John Montréal Oxygen Inc.Morin, Rosaire Palange, Ernest Paradis Messier Cie Ltée Parisian Laundry Co.Inc.Pharmacie Michon Placements collectifs (Les) Pomponnette Inc.Robert, Paul-Emile Robillard, Michel Rochette, Emilien Rodrigue, Lionel Roy, Edouard Séguin, Paul-Emile Service d'Estimations enrg.Sonarex Stadium Ltée Therrien, F.-E.Tricots Godin Enrg.Viau (Lucien) et associés, c.a.Wilson Frères Enrg. V ARCHITECTES\t\t les Architectes lemieui\tt\u201c'ilux' Diplômé a 1 Ecole Ludger Lemieux (fondateur)\tdes Beaux-Arts de Paris, ROBERT LEMIEUX\tB.A.M.R.A.I.C, A.A.P.Q., O.A.A., B.A., A.D.E.A., A.A.P.Q., M.R.A.I.C.\tD.P.L.G.F., S.A.6.G.F.210, boul.Duhamel,\tBureau :1869 ouest, Pincourt, Cté Vaudreuil.\tboul.Dorchester, Montréal Place d'Estrie,\tWE.7-1081 Bedford (Missisquoi) Tél.: 453-6283\tDomicile : 155, 17e Ave, et CH.8-3353\tLachine 637-1081\t\t ASSURi\tAiAICES\t Adrien Angers & Fils Ltée Bureau d'Assurances 5847 est, rue Sherbrooke Tél.: 255-7795\t\tROSAIRE MORIN, c.L.U.LA SAUVEGARDE\t\u2014\t288-9106 i\td\t2 C + E- + E- + A = F e\t3\t2 ANDRÉ LA RUE, C.C.S.Courtier en assurances 3450 est, rue Jean-Talon \u2022\tMontréal 38 \u2014 RA.2-1627\t\tP.-É.ROBERT, c.l.u.Assureur-vie agréé Gérant : \"LA LAURENTIENNE\" 822 est, rue Sherbrooke, Montréal\t527-1378 AVOCATS\t\t THERRIEN, F.-E., avocat Ch.400 33 ouest, rue St-Jacques, Mtl \u2022\tVI.2-9768\t\tMario Du Mesnil AVOCAT 107, Ouest, rue St-Jocques, Montréal 842-8741 482, rue Victoria, Saint-Lambert \u2022\tOR.1-9195 DORAIS, Jean-Louis AVOCAT 57 ouest, rue St-Jacques \u2022\tVI.5-1336\t\t Encouragez nos annonceurs\t\t VI L'ÉCONOMIE est à la base même d'une saine administration en quelque domaine que ce soit \u2022\tASSURANCE-VIE \u2022\tRENTES VIAGÈRES \u2022\tASSURANCE COLLECTIVE \u2022\tCAISSE DE RETRAITE L» >\tC O N O M I E mutuelle d\u2019assurance 41 ouest1, rue St-Jacques, Montréal 845-3291 Montréal - Québec - Joliette - Saint-Jean - Sherbrooke - Ottawa PLANS DE PROTECTION MODERNE VII mm Renseignements La BANQUE CANADIENNE NATIONALE publie un bulletin mensuel qui expose brièvement diverses questions d\u2019ordre économique.Les commentaires qu\u2019il contient intéresseront ceux qui désirent se tenir au courant de ces questions, mais qui n\u2019ont pas le loisir de parcourir de nombreux périodiques financiers.Vous pouvez recevoir gratuitement ce bulletin en en faisant la demande à l\u2019un de nos 608 bureaux de la Banque au Canada ou au Bureau-Chef, Place d\u2019Armes, Montréal.Banque Canadienne Nationale VIII BIJOUÏERII\tfàrnvmm inc.J.BRASSARD, prés.\u2022\t256 est, rue Ste-Catherine, Mtl.BISCUITS TT GÂTEAUX\t Pour la Savourez LA CROQUETTE BISCUITS \u2014 GÂTEAUX \u2014 TARTES\t CAISSES P\tLa Caisse Populaire d'HOCHELAGA Coopérative d'Epargne et de Crédit OPUEAIRES VL/1,,1B\"V\tdu lundi au vendredi, de 10 h.a m.à 3 h.p.m.Le soir, lundi, jeudi, vendredi, de 7 à 8 h.p.m.3570, RUE ADAM, Montréal 4, P.Q.\t527-4193 COEEÈCE\tCOLLÈGE VALÉRY José Leroux, directeur, B.A., B.Ph., L.S.P., L.L.B.COURS DU JOUR ET DU SOIR 3565, rue Papineau,\tMontréal \u2022\tLA.2-4411 COMPTABL\tGALARNEAU, DESMARAIS, rn\tET ASSOCIÉS [J\tCOMPTABLES AGRÉÉS 237 ouest, Boul.St-Joseph, Montréal Tél.: 274-2534 * Lucien VIAU et associés\tComptables Agréés CHAS.DESROCHES, C.A.\tFERNAND RHEAULT, C.A.210 ouest, Boul.Crémoxie\tDU.8-9251\t IX LE SERVICE DES ESTIMATIONS EMRG.ROGER GAMACHE, prop.Service de 24 heures dans la région de Montréal \u2014 Bas prix Travaux exécutés par une équipe experte en évaluation.5180, De Repentigny, Montréal Bureau : 259-5565\tRésidence : 254-4179 Nous parcourons \"La Belle Province\" SOIMAREX Ltée Société Nationale de Recherches, d'Expertise, d'évaluation et de Planification 915 ouest, rue Saint-Cyrille, suite 107, Québec (6) Tél.: Québec: 418, 681-8151 \u2014 Montréal: 514, 731-3359 MARIUS DIAMENT HÔTELLERIE MANOIR SAINT-CASTIN Lac Beauport Québec HUILE À CHAUFFAGE ÉTABLI EN 1870 Wilson Frères Enrg.Charlebois Frères, Props.BOIS-CHARBON HUILE À CHAUFFAGE 2S37 est, rue Notre-Dame Montréal MACHINERIE Convoyeurs et Machines Victory Inc.Dollard Mathieu, présidant Machinerie générale - 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