L'action nationale, 1 janvier 1966, Janvier
[" L'ACTION NATIONALE Volume LV, Numéro 5\tJanvier 1966\t75 cents SOMMAIRE L'éditorial sur le séparatisme VIE NATIONALE LES INSTITUTIONS INDÉPENDANTES DEVANT LE RAPPORT PARENT et les articles de Mathieu Girard et Jacques St-Yves Aux chronique* : Le problème économique de l'épuration, le problème psychologique des générations et le problème culturel de l'esprit français en Confédération VIE CULTURELLE UN POÈME DE CLAUDE TURCOTTE et les articles de André Vanasse, Maximilien Laroche et André Major VIE DES CERCLES D'ÉTUDES Les états généraux en France avant la Révolution Le problème fiscal à l'heure actuelle Le fonctionnement de la Caisse de Dépôt et Placement Nos attitudes devant les programmes L\u2019ACTION NATIONALE REVUE MENSUELLE (sauf en juillet et août) Directeur : FRANÇOIS-ALBERT ANGERS Comité de rédaction : DOMINIQUE BEAUDIN \u2014 PATRICK ALLEN \u2014 JEAN MARCEL \u2014 JEAN GEN EST, secrétaire.Rédaction et administration : C.P.189, Station N, Montréal ou 235 (est), rue Dorchester, ch.504.Tél.de 2Vi à 6/2 : 866-8034 Abonnement: $7.00 par année.Au coût réel : $10.00 Les articles de la revue sont répertoriés dans le CANADIAN PERIODICAL INDEX, publication de l'Ass.Can.des Bibliothèques, et dans la revue CULTURE.LA LIGUE D'ACTION NATIONALE PRÉSIDENT : M.François-Albert Angers 1er VICE-PRÉSIDENT: M.René Chaloult 2e VICE-PRÉSIDENT ET ADMINISTRATEUR : M.Dominique Beaudin SECRÉTAIRE : M.Théophile Bertrand TRÉSORIER : M.Rodolphe Laplante DIRECTEURS : MM.le Chan.Lionel Groulx, J.P.Archambault, S.J., C.-E.Couture, Richard Arès, S.J., Paul-Emile Gingras, Albert Rioux, Alphonse Lapointe, Jean-Marc Léger, Gaétan Legault, Mario Dumesnil, Luc Mercier, Jean Genest, Patrick Allen, Jean Mercier, Claude Trottier, Michel Brochu, Yvon Groulx, Rosaire Morin, Jean Marcel.Où trouver L\u2019Action Nationale ?A MONTREAL : A QUEBEC : À HULL : À OTTAWA : Dupuis et Frères, 865 est, rue Ste-Cotherine Fides, 245 est, rue Dorchester Librairie Déom, 1247, rue Saint-Denis Librairie Universelle, 5165, Côte-des-Neiges Librairie Ménard, 1564, rue Saint-Denis Librairie Pony.554 est, rue Ste-Catherine Librairie Lemeac, 371 ouest, avenue Laurier Librairie La Québécoise, 169 est, rue Beaubien Librairie Gameau, 47.rue Buode Librairie de l'Action Sociale Catholique, Place Jean-Talon Librairie du Quartier Latin, 111, rue Saint-Jean Librairie Libre, 130, rue de f'Hôtel-de-Ville Librairie Dussault, 170, rue Rideau Le Ministère des Postes à Ottawa a autorisé l'affranchissement en numéraire et l'envoi comme objet de deuxième classe de la présente publication. I Nous accusons réception des ouvrages suivants : L.-N.Boutin, o.m.i.\u2014 Jean-Baptiste, prophète du Très-Haut, Editions Rayonnement, 2o8o, rue Le-tourneux, Montréal 4, 14/ pages, I960.Jean-Guy Leboeuf \u2014 Arrêtez d'avoir peur ! \u2014 L'Institut de Personnalité inc., distribué par l'Agence de Distribution Populaire, 1 130 est, rue Lagau-chetière, Montréal, 249 pages, réimpression 1965.\t$1.50 Raphaël Pilon \u2014 Les fonds mutuels \u2014 Les Editions Fides, 245 est, boulevard Dorchester, Montréal, 133 pages, 1965.\t$2.50 Hubert Àqutn \u2014 Prochain épisode \u2014 Le Cercle du livre de France, 3300 boulevard Rosemont, Montréal, 174 pages, 1965.The French Regime, vol.I \u2014 edited and translated by Cameron Nish \u2014 Canadian Historical Documents Series \u2014 Prentice-Hall of Canada, Ltd., Scarborough, Ontario, 176 pages, 1965.Wilfrid Lebel \u2014 La / Le secrétaire bilingue \u2014 Les Editions de l'Homme, 1130 est, rue Lagauche-tière, Montréal, 191 pages, 1965.\t$2.00 Jean-Jules Richard \u2014 Journal d'un hobo \u2014 Editions Parti Pris, 3774, rue St-Denis, Montréal \u2014 18, 292 pages, 1965.Claude Mathieu \u2014 La mort exquise \u2014 Le Cercle du Livre de France, 3300, Boulevard Rosemont, Montréal, 143 pages, 1965.Béatrix \u2014 Une femme de médecin raconte \u2014 Editions Fides, 245 est, rue Dorchester, Montréal, 114 pages, 1965.\t$2.00 Soeur Saint-Denis, i.l.\u2014 Gaspésiana \u2014 Editions Fides, 245 est, rue Dorchester, Montréal, 180 pages, 1965.\t$3.50 Félix-Antoine Savard \u2014 La Dalle-des-morts (drame en trois actes) \u2014 Editions Fides, 245 est, rue Dorchester, Montréal, 153 pages, 1965.\t$2.50 Georges Leclerc, c.s.c.\u2014 La célébration des sacrements \u2014 Editions Fides, 245 est, rue Dorchester, Montréal, 213 pages, 1965.\t$2.75 Il MESSAGE PROSPÉRITÉ L'une des toutes premières couses de notre foiblesse économique, c'est le monque d'importance que nous attribuons à cette question, à l'échelle collective.A l'échelle collective et nous insistons, en pensant que bon nombre des nôtres connaissent le succès dans leurs affaires personnelles.Toutefois, aussi longtemps que nous nous limiterons à penser et à agir sur le plan individuel, sans nous préoccuper du bien commun, nous n'atteindrons que par exception les paliers supérieurs de notre économie.* * * Nous comptons une trentaine de compagnies et sociétés d'assurance-vie, nous avons nos sociétés de fiducie, nos courtiers en valeurs, nos sociétés de gestion et nos institutions de prêts et ce, à tous les niveaux.Nos cadres sont à peu près complets.D'autre part, la population dispose d'épargnes très substantielles, dans des portefeuilles très diversifiés et gagne chaque jour des millions de dollars.* * * Ici comme ailleurs, c'est la dispersion de nos énergies qui nous paralyse.Ce qu'il nous faut à tout prix, c'est un circuit financier canadien-français qui coordonnerait notre action, orienterait notre capital pour correspondre à des plans d'expansion dressés à notre taille et selon nos besoins.Conseil d'Expansion Economique Inc.8585, 8e avenue.Cité St-Michel.729-5296 L\u2019ACTION NATIONALE Volume LV, Numéro 5\tMONTRÉAL\tJanvier 1966 Editorial Qu'espérons-nous?De quoi désespérons-nous ?On écrit au directeur de L'Action nationale ceci: « Vous allez toujours aux frontières du séparatisme sans les franchir.Qu espérez-vous ?De quoi désespérez-vous ?» La mise au pied du mur est cette fois sans issue; et percutant est l esprit qui a pu ramener à aussi peu de mots et d aussi essentiels le dilemme des nationalistes qui ne sont pas d\u2019emblée des militants séparatistes.Le directeur de L\u2019Action nationale a donc décidé de ne pas esquiver ces interrogations.A noter au départ: à L Action nationale, notre réponse a pareilles questions n a rien à voir avec celles que donnent \u2014 et qui ont suggéré à l'auteur ces formules \u2014 les fatalistes, les peureux et les colonisés.En effet, le Canada français a sa cohorte d\u2019anti-séparatistes qui esperent que notre problème peut se régler sans lutte, dans la confiance totale en ce qu\u2019ils appellent la « bonne entente », par la vertu du « fair play » britannique, en fonction d\u2019une éventuelle synthèse canadienne dont la composition n\u2019est pas claire, mais où l\u2019on veut que la part du Canada français soit nécessairement satisfaisante parce que « ne peut pas mourir, etc.et bla ! bla ! bla ! » Et qui désespèrent que le Canada français par lui-même puisse jamais devenir adulte de sorte que 526 ACTION NATIONALE l indépendance constituerait une menace de naufrage dans les petites dictatures de droite ou de gauche, la disparition des libertés, la floraison des scandales politiques, les plaies de l intégrisme on du gauchisme, de la théocratie ou du soviétisme; si bien qu\u2019il nous faudrait les Anglo-Saxons en position dominante pour nous civiliser et nous équilibrer.Nous n espérons à L Action nationale rien de cela; ni ne désespérons de rien de pareil.Cependant, le directeur de L Action nationale, n espère pas non plus que l'indépendance du Québec dans la pleine souveraineté puisse se réaliser facilement, par simple proclamation.Et, \u2014 car il craindrait par là d enfermer inutilement le Canada français dans le dilemme de la politique du pire et du va-tout pour tout perdre ou tout gagner \u2014 il se sentirait malheureux d avoir à désespérer que nous puissions évoluer graduellement, avec le degré de fermeté nécessaire, vers la mesure d indépendance qu il nous faut conquérir pour que notre épanouissement de civilisation française distincte s\u2019accomplisse en Amérique.Répétons que L Action nationale \u2014 et son directeur actuel, en garde toute la tradition en la développant selon ce qu il estime être conforme aux possibilités et aux exigences de notre temps \u2014 ne s est jamais signalée par sa peur de l idée d indépendance.Elle est née au contraire de l affirmation de notre droit à l indépendance et d une volonté de la réaliser concrètement, à l\u2019époque sous la forme de la pleine souveraineté dans l éventualité d une désintégration de la Confédération et d un mouvement annexionniste chez les Anglo-Canadiens.C\u2019était l atmosphère du temps, en 1917.Depuis aucun recul sur ces positions, pas un pouce de cédé sur l essentiel, sauf que la désintégration prévue ne s étant pas produite les options immédiates durent être envisagées autrement, QU'ESPÉRONS-NOUS?DE QUOI DÉSESPÉRONS-NOUS?527 compte tenu des misères des temps qui ont suivi, et de tant de lâchages et d\u2019eau mise dans le vin même par les plus purs.La position de L Action nationale resta toujours si ferme, que le directeur actuel finit par apparaître, à I époque des internationalismes échevelés (il n y a pas si longtemps !) comme l esprit étroit par excellence des étroits d esprit.I extrémiste irréaliste, braqué dans la folie des principes et aveugle à la réalité du monde d aujourd\u2019hui.Et qu on n avait qu à laisser parler sans se soucier de ses opinions sans importance, puisque figées dans l arrière-boutique d un passé révolu.La plus comique de toutes, celle qui a fait s\u2019esclaffer une bonne partie des « bons esprits » et a gêné même ses amis les plus nationalistes \u2014 à l exception des membres de la Commission Tremblay : le rappel des plans conjoints ! Qui, en effet, a déjà vu de l histoire réversible ?N est-ce pas ?La caractéristique de L Action nationale, c est qu à travers tous ce s pas de danse, elle a continué, elle, comme inexorablement, sa marche en avant.Et elle continue aujourd hui d aller de l avant, d aller vers une forme d indépendance, I indépendance sous une forme appropriée étant bien sûr une nécessité pour l existence d une civilisation bien différenciée et capable de porter fruits.Cela, on le trouvera incessamment dit dans T, Action nationale, sur tous les tons, selon le vocabulaire et les problèmes du temps.C était dit quand elle parlait d autonomie ; quand l autonomie définie en 1867 était en jeu sans être défendue quasi par personne d autre qu elle, nulle part ailleurs avec la même conviction et la même intensité.Elle montrait alors par le menu détail que cette autonomie de 1867 constituait un minimum qui aurait pu être satisfaisant, mais à condition d aroir été rigoureusement et intégralement pratiquée, qu aucune brèche n y ait été tolérée, sous aucune forme, ni sous aucun prétexte.Et à cette époque où I on abandonnait 528 ACTION NATIONALE tout à Ottawa, elle demandait que l on fasse à fond l expérience de l autonomie intégrale telle que définie en 1867, de façon à en voir les résultats et à en mesurer le degré de « suffisance » avant de demander plus si l\u2019expérience devait révéler la chose nécessaire.Mais sa doctrine de fond a été constante : rien ne peut être en définitive laissé sous juridiction fédérale qui ait vraiment quelque portée inévitable sur l avenir de notre culture.Pourquoi L, Action nationale, en continuant sa lutte traditionnelle, ne se prononce-t-elle pas, par son directeur, en faveur définitive, claire et nette, du séparatisme ?Tout simplement parce que le séparatisme n\u2019est qu\u2019une formulation verbale \u2014 différemment intégrée dans une formule politique dont la réalisation nous est donnée pour demain sans que le cheminement en soit concrètement évident \u2014 d un idéal qui est celui de L\u2019Action nationale depuis toujours.Depuis toujours: pas nécessairement par la manifestation particulière et peut être pas nécessaire, d une souveraineté totale conférée à un gouvernement du Québec; mais d\u2019une indépendance politique réelle, dans des structures appropriées et dont personne ne peut actuellement prévoir vraiment les fixations juridiques définitives, à réaliser progressivement par une politique lucide et ferme autant qu habile.En somme, le « séparatisme » chez nous, qu il l avoue ou non, se présente dans la forme d un parti; et ce n est pas d au jourd hui que L Action nationale, pour faire avancer ses idées, se tient en dehors des partis.Qu espère le directeur de L Action nationale ?Que le peuple canadien-français reste encore assez vivant pour garder, pour revigorer l idéal d indépendance.Mais que pour autant, il ne se bute pas à ne voir et à ne vouloir qu\u2019une formule d indépendance, en fonction de sa facilité apparente, et comme au mépris de l exigence des réalisa tions quotidiennes et des situations concrètes. QU'ESPÉRONS-NOUS?DE QUOI DÉSESPÉRONS-NOUS?529 Le directeur de L Action nationale tient qu un idéal n'est jamais une politique; et que confondre l idéal avec la politique qui en découle, c est stériliser l action en enfermant l idéal dans des formules dont l insuccès devient le tombeau de l idéal.Un idéal est fait pour être vécu dans le cœur et dans la tête, avec foi, amour, lucidité, fermeté, constance, énergie; les formules selon lesquelles incarner l idéal sont faites pour être adaptées aux circonstances du moment, essayées, revisées, ajustées, jusqu à ce qu\u2019on atteigne en pratique un résultat final conforme à l idéal, quoique jamais exactement semblable dans les détails à celui qu\u2019on avait prévu au début.Le directeur de L\u2019Action nationale n est pas séparatiste, parce qu\u2019il est prêt à se rallier à toute formule qui assurera véritablement le degré d indépendance dont nous avons besoin; à plus au besoin, à jamais moins, mais aussi à tout moyen terme satisfaisant d indépendance.Le directeur de L Action nationale veut que nous ayons la vision de la tour que nous voulons bâtir; mais que nous la construisions, comme il convient, pierre par pierre, en commençant par la base, et en restant disposé à changer certains détails des plans si cela est plus favorable selon les circonstances de chaque moment.Après tout, au delà des courants d opinion que font circuler les partis en faveur de telle ou telle formule définie, y a-t-il vraiment matière à excommunication entre ceux qui sont prêts à reconnaître, avant l établissement d un Québec souverain, les domaines qui peuvent être assujettis au régime de l interdépendance ; et les autres, qui disent: proclamons d abord la souveraineté absolue après quoi nous remettrons dans le grand tout ce qui doit être interdépendant ?Autrement dit, le directeur de L\u2019Action nationale tient pour une marche vers l indépendance qui soit une épreuve de vie et non seulement un discours et un appel 530 ACTION NATIONALE ci la violence pour tâcher de forcer l intégration des principes de ce discours dans la vie sans que celle-ci ait été préparée à les recevoir.Et il ne désespère que d'une chose: le bien faire sans la vie, sans le parcours dune façon appropriée des distances qui séparent la base d un sommet.Bien sûr, il peut y avoir différents moyens de les parcourir, mais ces différents moyens ne sont pas en cause en pareille discussion.Ce qu\u2019il importe de voir, c\u2019est qu on n avance pas vers le sommet du fait seul de s écrier qu on l aperçoit plus ou moins loin et qu on affirme devoir finir par y arriver.L\u2019œil de l\u2019esprit parcourt bien vite des distances que la politique met des siècles à franchir.Le sommet de direction de L Action nationale, c\u2019est une indépendance d action suffisante et nécessaire pour assurer la pleine vie du Canada français, et suffisamment garantie par des chartes juridiques dont la nature peut varier.C est selon l art du possible qu il faut y arriver.Le séparatisme est une possibilité; ce n est pas la seule, ni la plus facile, ni la plus conforme aux données de l heure, selon lesquelles il faudra prochainement agir.A cause de cela, le séparatisme du directeur de L Action nationale s exprime à travers une vie qui comporte la définition des éléments nécessaires d indépendance, l action appropriée pour les obtenir en considérant l état actuel de notre situation historique, et la séparation éventuelle finale et complète si aucune autre solution n\u2019a pu se réaliser alors que le fruit sera vraiment mûr pour que l\u2019action séparatiste soit devenue réalisable.C\u2019est pourquoi, devant la situation qui se fait pressante et les résistances que le Canada anglais oppose au Canada français, on le voit sans cesse évoluer aux frontières du séparatisme, sans qu\u2019il puisse s\u2019y rallier, parce QU'ESPÉRONS-NOUS?DE QUOI DÉSESPÉRONS-NOUS?531 que ce n est pas le parti qui nous offre la formule praticable demain pour I acheminement vers l indépendance.Les Etats associés offrent-ils tellement plus, m objecteront les séparatistes ?Ne sont-ils pas eux-mêmes une formule, qui n est pas réalisable demain ?\u2014 Non ! Ils sont eux-mêmes un objectif à atteindre, et dont la réalisation exigera le passage par diverses étapes intermédiaires qu il faudra définir et vivre.Aussi bien, on se souviendra que ce n est pas dans l une des formulations concrètes que le directeur de L Action nationale y a donné son adhésion (septembre 1964), mais en tant que concept capable de fixer le sens et les exigences d une situation minimum d indépendance, dans le cadre actuel où nous vivons et compte tenu de l expérience du dernier siècle.( ar bien déterminer les éléments constituants minimums et efficaces d un état d indépendance, voilà qui est sans aucun doute réflexion et détermination majeure pour pouvoir guider sûrement l action quotidienne, savoir déterminer les zones où aucun compromis ni compromission n est possible, de celles où la lutte risque de n être qu\u2019un gaspillage d efforts mieux utilisables ailleurs.En somme, le directeur de L\u2019Action nationale est pour le parti de l idée claire incarnée dans des institutions quotidiennement vécues de façon à être tendues vers I idéal.Quand cela est bien établi, il lui paraît facilement assez vain de vouloir engager l histoire à s\u2019achever tel qu aujourd hui son achèvement nous paraîtrait désirable et possible.Demain d autres événements pourront nous la faire désirer, nous la feront à peu près fatalement désirer, autrement agencée que nous la percevons aujourd hui.Il espère que I idée d indépendance triomphera, mais à condition que nous sachions la vivre bien plus que 532 ACTION NATIONALE la proclamer aujourd hui de façon qu elle devienne réalité demain.Il désespère de pouvoir enchaîner l avenir, c\u2019est-àdire la vie, dans des formules qui ne peuvent actuellement être que conçues, non pas vécues; et qu\u2019il ne convient alors de considérer que comme des éléments de pensée qui inspirent sans qu\u2019on doive consentir jamais à s\u2019y enfermer.\u2014 Mais alors, dira-t-on, quand conviendra-t-il de franchir la frontière du séparatisme ?Quand la franchirez-vous ?\u2014 En pratique, la question peut devenir angoissante devant un écart possible entre la nécessité et la réalité (situation révolutionnaire de nécessité irréalisable).Le directeur de L Action nationale espère que nous ne sommes pas acculés à ce dilemme, même si nous le frôlons, d une population qui n\u2019est pas prête pour une lutte séparatiste alors que seule cette lutte pourrait la sauver de la mort.La cristallisation des forces vitales de notre peuple en ces dernières années, la reprise de la marche en avant avec une unanimité fondamentale plus évidente que jamais, l état de faiblesse politique du pouvoir central, nous sont autant d éléments de vie rénovée qui travaillent pour l indépendance.C est de savoir vivre quotidiennement les situations qui en découlent dans un idéal d\u2019indépendance qui importe plus à l heure actuelle qu\u2019une option pour une rupture immédiate.Car c est en les vivant ainsi que nous établirons les voies vers la souveraineté finale si, dans l affrontement inévitable avec le Canada anglais, celui-ci prétend arrêter notre marche sur un seuil qui nous laisserait en danger de mort, ou simplement de croupissement.Dans la mentalité anglo-saxonne, il y a parfois l\u2019imbécillité qui rend inévitable le Boston Tea Party; mais QU'ESPÉRONS-NOUS?DE QUOI DÉSESPÉRONS-NOUS?533 il y a le plus souvent la souplesse dans le temps qui fait passer de l Empire au Commonwealth, et du Commonwealth politique au Commonwealth sentimental qui équivaut à l indépendance.Voilà la donnée de fait sur laquelle le directeur de L Action nationale fonde finalement sa crainte que nous commettrions actuellement une erreur de risquer un affrontement séparatiste prématuré, parce que nos chances restent bonnes de pouvoir renforcer chaque jour nos positions jusqu\u2019à un état d\u2019indépendance progressivement atteint en accroissant par là d'autant la facilité de réaliser un éventuel séparatisme s il se révélait nécessaire.Aussi dans l état actuel des choses, continuera-t-on de voir le directeur de L Action nationale combattre aux frontières du séparatisme sans les franchir.Car pourquoi I Anglo-Saxon, avant tout utilitaire, nous céderait-il quoi que ce soit pour sauver le Canada s il sait d avance qu il peut le sauver sans nous accorder l indépendance dans le Canada ?Et pourquoi d autre part risquerions-nous d avoir à affronter les oppositions féroces que rencontrerait sûrement à l heure actuelle un séparatisme trop généralisé si notre détermination, notre vigueur, notre sens irrédentiste de ce qui nous appartient, peut nous permettre de gagner à un rythme satisfaisant la liberté réclamée ?Et s il se révèle que les Anglo-Canadiens ne veulent pas de ce Canada où nous aurions la liberté, qui sait si ce n est pas eux-mêmes qui nous rejoindront dans le séparatisme pour un accord complet ?Le directeur LE VRAI SOCIALISME, C'EST LE CHRISTIANISME INTÉGRALEMENT VÉCU Un bel article de M.Fernand Dumont, sociologue émérite de Laval, récemment publié dans une revue montréalaise, contient des inexactitudes flagrantes, comme lorsqu'il attribue les syndicats et les coopératives à l'effort socialiste.C'est faux quant aux coopératives européennes, discutable quant au syndicalisme européen et une totale erreur quant au syndicalisme et au coopératisme au Québec dus avant tout à de gronds laïcs chrétiens.S.B.Maximos IV disait au Concile le 27 septembre dernier: \"Ayons donc le courage de reconduire à leurs vraies sources, qui sont chrétiennes, ces valeurs morales que sont la solidarité, la fraternité, la socialisation.Montrons que le vrai socialisme, c'est le christianisme, intégralement vécu dans le juste partage des biens et l'égalité fondamentale de tous\".S'afficher comme socialiste n'ajoute rien au chrétien.C'est en approfondissant et en vivant son christianisme qu'un chrétien va au-delà du socialisme doctrinal encombré de demi-vérités et de demi-mythes. V les institutions ' _ ' ' \u201d et le Rapport Parent par Marcel de Granpré, c.s.v.Certaines recommandations du Rapport Parent amènent à se demander si les institutions que l\u2019on appelle habituellement \u201cindépendantes\u201d continueront d\u2019exister ou si elles ne disparaîtront pas plus ou moins vite à mesure que progressera notre réforme scolaire.Pour y voir clair il faut d\u2019abord vérifier si le problème se pose vraiment.On doit ensuite définir les éléments du problème, faire l\u2019analyse des courants d\u2019idées qui semblent devoir entraîner cette conséquence.C\u2019est alors seulement qud devient Possible de porter un jugement objectif et suffisamment nuancé.Le problème Les institutions dites \u201cindépendantes\u201d sont-elles appelées a disparaître par suite du Rapport Parent?Il semble bien, si l\u2019on en croit une dépêche de la Presse canadienne parue dans les journaux du 7 décembre 1964.veiinTStre de rEducation aurait, en effet, déclaré à Ville-Marie: \u201cNe nous leurrons pas et appelons les choses par leur nom.La deuxième tranche du Rapport Parent préconisé un système unique d\u2019enseignement dans lequel il n y aura plus de place pour des institutions telles que 5155 538 ACTION NATIONALE les écoles normales, les collèges classiques, les instituts familiaux et autres cours tels que nous les connaissons actuellement.\u201d La pensée était très claire, conforme à l\u2019interprétation que plusieurs commentateurs avaient déjà dégagée.Enoncée en langage non diplomatique, elle n\u2019était sans doute pas textuelle.Elle fut suivie d\u2019une mise au point dans Hebdo-Education, le bulletin officiel du ministère de l\u2019Education, le 11 décembre.Le ministre disait, cette fois, que \u201cla mise en application des recommandations de la Commission Parent n\u2019entraînerait pas nécessairement la disparition des institutions indépendantes\u201d.Il précisait comme suit sa pensée: \u201cLa Commission Parent recommande que notre système d\u2019éducation soit restructuré de façon à intégrer tous les types d\u2019enseignement.Mais l\u2019organisation d\u2019un système unifié ne signifierait pas nécessairement qu\u2019une seule école assurerait tout l\u2019enseignement.Les changements proposés par la Commission Parent amèneraient évidemment les écoles normales, les instituts familiaux, les écoles de métiers et les instituts de technologie à jouer un rôle différent de celui qu\u2019ils remplissent aujourd\u2019hui.Ces institutions seraient appelées à se répartir les diverses tâches de l\u2019enseignement et à collaborer à la mise sur pied d\u2019un système coordonné et polyvalent.Quant aux institutions du type collège classique, elles seraient aussi invitées à collaborer très étroitement, par entente ou autrement, à l\u2019établissement de l\u2019enseignement secondaire public et des instituts proposés dans le rapport.\u201d Le ministre cite alors les recommandations 68, 69, 70 et 91 et conclut: \u201cComme on le voit, l\u2019application des recommandations de la Commission Parent n\u2019amèneraient pas la disparition pure et simple des institutions indépendantes ou des écoles du gouvernement.Ce qui est proposé c\u2019est que ces établissements soient appelés à transformer le genre de services qu\u2019ils fournissent à la population.Cette transformation ne pourrait évidemment s\u2019accomplir que par étapes, selon un plan précis qui reste à élaborer.\u201d INSTITUTIONS INDÉPENDANTES ET RAPPORT PARENT 539 Tout le monde a compris que par étapes, selon un plan précis, les recommandations 68, 69, 70 et 91 de la deuxième partie du Rapport Parent amèneraient ces institutions à transformer leurs services de manière à se répartir les tâches de l\u2019enseignement et à s\u2019intégrer, à l\u2019intérieur d\u2019un système unifié, coordonné et polyvalent.Cette collaboration très étroite s\u2019établira \u201cpar entente ou autrement\u201d.L\u2019assurance qu\u2019un tel régime n\u2019entraînerait pas la disparition \u201cpure et simple\u201d des institutions indépendantes et ne signifierait pas \u201cnécessairement\u201d l\u2019école unique ne parut pas convaincre l\u2019abbé Gérard Dion qui, quelques jours plus tard, \u201cfaisant état de la mise au point du ministre de l\u2019éducation, a cependant déclaré qu\u2019il ne pouvait s\u2019empêcher de croire à la disparition des institutions privées en relisant certaines recommandations préconisées par la commission Parent\u201d.\u201cIl est indispensable, a-t-il dit, de conserver une certaine initiative, une certaine émulation à l\u2019intérieur du bien général, et cela est possible grâce à l\u2019existence des écoles privées et indépendantes\u201d (Le Devoir, 17 décembre 1964).Pour certains esprits la disparition des institutions dites \u201cindépendantes\u201d, ou souvent \u201cprivées\u201d, serait donc une perte, un recul.L\u2019évolution des idées et des institutions On peut observer tout d\u2019abord que, si la disparition des institutions dites indépendantes ou privées rencontre de l\u2019opposition, on s\u2019accorde entièrement sur les objectifs généraux.Pour des motifs de bien général on voit parfaitement la nécessité d\u2019intégrer, de coordonner en un système unifié l\u2019ensemble des sei\u2019vices éducatifs fournis à la population.Le problème surgit quand on veut adapter nos institutions traditionnelles à des courants d\u2019idées qui provoquent universellement aujourd\u2019hui la transformation des systèmes scolaires nationaux.Il n\u2019y a pas lieu de s\u2019en 540 ACTION NATIONALE étonner car les concepts d\u2019école publique, d\u2019école indépendante et d\u2019école privée que nous utilisons sont définis par la Loi de l\u2019instruction publique, rédigée à une autre époque.Il faut donc discerner ce qui dans nos institutions doit se transformer ou disparaître parce que caduc de sa nature et ce qui conserve une valeur permanente parce que conciliable avec les idées nouvelles ou même nécessaire à leur plein accomplissement.Pour cela, passons donc rapidement en revue quelques-uns des courants d\u2019idées qui paraissent s\u2019opposer.Ce sont là les éléments du problème.La solution consistera dans un juste équilibre des tendances légitimes.L\u2019enseignement public et l\u2019Etat L\u2019évolution de la société moderne a rendu possible l\u2019accès de chacun à une instruction de plus en plus poussée.Le citoyen sous-développé devient à peu près fatalement une charge pour l\u2019Etat.Aussi l\u2019instruction obligatoire s\u2019impose-t-elle aujourd\u2019hui comme une nécessité publique.Par suite, l\u2019individu qui s\u2019instruit constitue un apport réel au bien commun en même temps qu\u2019il assure son propre intérêt.Aussi a-t-il paru de plus en plus raisonnable de distribuer la plus grande part possible des frais d\u2019enseignement d\u2019une manière égale entre tous les contribuables.Chaque individu de la nation a donc ainsi un droit égal aux fonds publics attribués à l\u2019éducation.Il est par suite devenu nécessaire d\u2019équilibrer l\u2019ensemble des programmes d\u2019enseignement et des institutions scolaires de manière à ce qu\u2019elles constituent un tout bien intégré.Il doit y régner une coordination suffisante pour que chacun puisse y trouver l\u2019instruction adaptée à ses aptitudes et au développement de la société.D\u2019où l\u2019idée de planification de l\u2019éducation qui se situe nécessairement au niveau de l\u2019Etat. institutions indépendantes et rapport parent 541 On a ainsi abouti à la conception de systèmes nationaux d\u2019éducation où l\u2019accent se place sur l\u2019intégration plutôt que sur l\u2019indépendance et où les fonds publics se distribuent en fonction de l\u2019intérêt public de l\u2019instruction que l\u2019étudiant acquiert et non pour son caractère individuel et privé.Sous cet aspect, le Bill 60 peut avec raison être qualifié de timide puisqu\u2019il n\u2019a pas osé aller aussi loin que ce que, le 23 septembre 1936, demandait le cardinal Rodrigue Villeneuve: donner à une seule autorité \u201cjuridiction sur tout l\u2019enseignement à ses divers degrés et dans ses diverses formes: universitaire, secondaire et primaire, professionnel, agricole, esthétique, ménager, etc.\u201d L\u2019autorité de notre ministère de l\u2019Education ne s\u2019exerce que par la bande sur l\u2019enseignement universitaire et sur les \u201cécoles du gouvernement\u201d demeurées à la charge de divers autres ministères.Le pluralisme idéologique L\u2019idée d\u2019intérêt public, celles d\u2019intégration et de rôle de l\u2019Etat entraînent vite, par des préoccupations d\u2019efficacité administrative et de bien commun, à souhaiter non seulement un système d\u2019éducation réellement unifié mais aussi un type d\u2019institution que l\u2019on appelle l\u2019école unique.L\u2019initiative de l\u2019Etat détermine alors non seulement les cadres pédagogiques du système scolaire mais aussi les institutions où va se donner l\u2019enseignement.Beaucoup de pays ont passé par cette phase.La plupart des révolutions s\u2019y sont engagées.Les pays socialistes s\u2019y tiennent encore généralement de façon absolue.L\u2019expérience du reste du monde est que l\u2019on s\u2019y trouve dans une impasse.En effet, la révolution se fait pour libérer la population et l\u2019école unique impose fatalement l\u2019uniformité dans le domaine où la personne humaine ressent davantage le besoin de la liberté.C\u2019est par l\u2019éducation, par l\u2019initiation à la pensée et à la culture, que l\u2019homme devient vraiment personnel.L\u2019école unique aboutit à 542 ACTION NATIONALE couler dans un seul moule toutes les familles de pensée, toutes les conceptions de la vie.Or, la dignité humaine oblige l\u2019homme à être soi-même et la diversité de ses citoyens est la richesse principale de l\u2019Etat.Aussi les résistances à l\u2019école unique découlent-elles de l\u2019institution elle-même.Un grand nombre de systèmes scolaires ont évolué vers un pluralisme basé sur l\u2019idée de non-discrimination.Il n\u2019appartient pas à l\u2019Etat de réduire à sa seule initiative la création et la direction des institutions scolaires.Il ne doit établir aucune discrimination contre les citoyens qui désirent une école où l\u2019éducation se donne selon leur philosophie propre de la vie.L\u2019ensemble des institutions doit s\u2019intégrer dans un système scolaire national où la coordination et l\u2019unification ne mettent pas obstacle à la diversité créée par les diverses initiatives.Les organismes internationaux chargés de favoriser l\u2019établissement de la paix et de la justice dans le monde ont élaboré là-dessus de grands textes auxquels même les Etats socialistes ont adhéré en principe et que résument parfaitement les préambules des deux parties du Bill 60 : \u201cTout enfant a le droit de bénéficier d\u2019un système d\u2019éducation qui favorise le plein épanouissement de sa personnalité.Les parents ont le droit de choisir les institutions qui, selon leur conviction, assurent le mieux le respect des droits de leurs enfants.Les personnes et les groupes ont le droit de créer des institutions d\u2019enseignement autonomes et, les exigences du bien commun étant sauves, de bénéficier des moyens administratifs et financiers nécessaires à la poursuite de leurs fins.\u201d Ces courants d\u2019idées entraînent une conception nouvelle de l\u2019indépendance des institutions puisqu\u2019elle doit se concilier avec l\u2019intégration effective au système scolaire national.De leur côté, les concepts de public et de privé perdent beaucoup de leur opposition : l\u2019initiative d\u2019un groupe de citoyens revêt en effet une valeur publique en constituant un élément valable de l\u2019ensemble INSTITUTIONS INDÉPENDANTES ET RAPPORT PARENT 543 des services offerts à la nation.Le rôle de l\u2019Etat prend ainsi une dimension nouvelle : au lieu de concentrer toutes les initiatives et tout le pouvoir entre les mains d\u2019un petit nombre d\u2019hommes ou dans celles d\u2019un seul homme, l\u2019Etat fournit à toutes les initiatives les moyens de se développer et de participer aux responsabilités communes.C\u2019est là cette socialisation où l\u2019homme se sent vraiment un élément actif de l\u2019Etat.A cette lumière, il semble difficile de ne pas conclure que certaines recommandations du Rapport Parent ont pour effet de pousser l\u2019intégration au point que toutes les institutions entreront graduellement dans un système bien caractérisé: l\u2019école unique.Dans la mesure où la révolution pédagogique proposée nous achemine ainsi vers un monolithisme, elle impose à la liberté des restrictions dont l\u2019Etat ne peut sortir qu\u2019appauvri spirituellement, affaibli par des divisions.Presque toutes les révolutions résistent mal à la tentation de sacrifier la liberté à une efficacité à court terme.Par là, elles sont de droite et réactionnaires.La liberté des catholiques La liberté d\u2019enseignement qui découle d\u2019un pluralisme idéologique est la même pour tous.Mais il se trouve que la disparition graduelle dont le Rapport Parent menace les institutions d\u2019enseignement dites \u201cindépendantes\u201d ou \u201cprivées\u201d a des incidences surtout pour la population catholique.En effet, le plus grand nombre de ces institutions sont confessionnelles et dirigées par des membres du clergé ou de communautés religieuses.Le système juridique proposé aura donc comme résultat de rendre graduellement impossible à la population catholique de recourir à ces institutions de droit canonique pour assurer, si elle le désire, l\u2019éducation de ses enfants.Il est difficile de ne pas voir là une de ces mesures discriminatoires que la démocratie cherche à éliminer en tout ce qui touche aux droits de l\u2019homme. 544 ACTION NATIONALE La structure intérieure de l\u2019Eglise échappe de toute évidence à la compétence de l\u2019Etat.Or, on voit évoluer aujourd\u2019hui le rôle des laïcs à l\u2019intérieur de l\u2019Eglise en matière d\u2019institutions scolaires.Ainsi, l\u2019archevêque de Vancouver remet aux laïcs la charge de la planification et de l\u2019organisation des écoles catholiques (Le Devoir, 5 avril 1965).L\u2019évêque de Saint-Jean déclare que \u201cle séminaire (de Saint-Jean) appartient à la communauté catholique diocésaine et que c\u2019est à elle qu\u2019il appartient de décider de son avenir\u201d (Le Devoir, 6 mars 1965).Son Eminence le cardinal Paul-Emile Léger dit, à l\u2019Université de Montréal: \u201cL\u2019université moderne doit se caractériser par un authentique esprit de liberté.C\u2019est la communauté tout entière qui doit participer à l\u2019évolution de cette institution\u201d (Le Devoir, 10 mai 1965).Les catholiques, comme communauté constituant l\u2019Eglise, prendront de plus en plus conscience d\u2019une responsabilité collective à l\u2019endroit de l\u2019ensemble de leurs institutions confessionnelles d\u2019éducation, ainsi que du caractère parfaitement régulier de cette forme de participation à l\u2019édification, en toute égalité de droits, d\u2019un système national d\u2019éducation à la fois pluraliste et bien intégré.L\u2019Eglise catholique est de sa nature un corps public.Le droit international le reconnaît, de même qu\u2019un grand nombre de droits nationaux.Elle a tous les caractères d\u2019un organisme public et ses institutions d\u2019éducation sont, en droit canonique, des institutions publiques.Notre terminologie juridique actuelle est donc désuète.Elle ne correspond plus aux courants d\u2019idées actuels.Il faut donc prendre conscience de ses inexactitudes.Elle nous induit en erreur quand elle suggère que parmi les écoles catholiques, des écoles \u201cpubliques\u201d seraient en opposition à d\u2019autres qui seraient \u201cindépendantes\u201d ou \u201cprivées\u201d.Elle brouille aussi les idées quand elle donne à penser que les écoles dites \u201cindépendantes\u201d ou INSTITUTIONS INDÉPENDANTES ET RAPPORT PARENT 545 \u201cprivées\u201d ne sont pas conciliables avec l\u2019intégration dans un système scolaire unifié.Ces termes juridiques surannés sont chargés d\u2019émotivité.Ils constituent de vieilles catégories mentales auxquelles nous étions de longue date habitués.On éprouve, à l\u2019idée de les remettre en question, le malaise qui nous fait retarder de mettre au rebut de vieux souliers qui prennent l\u2019eau mais dans lesquels on se sent confortable.Il ne sera pas inutile d\u2019appuyer ces considérations sur quelques points de technique au bénéfice de ceux que cet aspect intéresse.Au cours d\u2019un débat parlementaire, on a pu constater que \u201cl\u2019école indépendante ou privée\u201d dont parle l\u2019article 19 de la Loi de l\u2019instruction publique n\u2019est pas une entité unique, mais qu\u2019il existe deux institutions distinctes: l\u2019école indépendante et l\u2019école privée (Le Devoir, 25 janvier 1962).De plus, l\u2019article 355 du Code civil considère comme des corporations publiques les institutions de droit canonique.Il est donc évident que l\u2019école \u201cpublique\u201d de l\u2019article 2 (12°) de la Loi de l\u2019instruction publique, qui est l\u2019école \u201csous le contrôle des commissaires ou des syndics d\u2019école\u201d, n\u2019est pas la seule à se classer sous ce vocable.Force nous est de constater que les catégories d\u2019usage courant sont non seulement dépassées mais inexactes.Elles engendrent la confusion dans les idées.Conclusion: système un et multiple Le problème que pose le Rapport Parent au sujet des institutions \u201cindépendantes\u201d est donc complexe.L\u2019analyse de ses éléments nous permet maintenant d\u2019en prendre une vue d\u2019ensemble à la lumière des grands courants d\u2019idées qui font aujourd\u2019hui évoluer les structures de tous les systèmes scolaires.Le Rapport Parent s\u2019est placé dans une optique d\u2019actualité : tous les enfants doivent avoir accès à un système scolaire bien intégré où l\u2019Etat met à leur disposition un 546 ACTION NATIONALE ensemble d\u2019études capable de répondre aux aptitudes diverses et de satisfaire à leurs légitimes ambitions.Le caractère public du système doit l\u2019emporter sur l\u2019intérêt privé, l\u2019intégration des institutions sur leur indépendance.Dans cette perspective, les écoles dites \u201cindépendantes et privées\u2019\u2019 ont beau se cramponner au juridisme traditionnel, un juridisme nouveau, plus fort et plus à jour, les emportera impitoyablement.Mais le Rapport Parent n\u2019a pas tenu suffisamment compte d\u2019autres courants d\u2019idées tout aussi importants.Ses suggestions pourraient peut-être s\u2019accepter à la rigueur dans un milieu absolument monolithique.Mais il n\u2019en existe plus dans le monde moderne.Le plan proposé veut répondre au désir de rendre effectif le droit à l\u2019éducation.Or, l\u2019éducation est liée à la transmission d\u2019une conception de la vie.Comme il est plusieurs conceptions de la vie dans la société actuelle, le système scolaire ne peut reposer sur une institution unique dès que des groupes estiment nécessaire de disposer d\u2019institutions particulières.Il faudra donc que l\u2019intégration se tempère d\u2019une diversité d\u2019institutions pour satisfaire au pluralisme des idéologies.Le Rapport Parent identifie les structures pédagogiques unifiées à une structure unifiée d\u2019institutions.Le respect des droits fondamentaux exigera donc, contrairement à certaines de ses recommandations, de penser les structures pédagogiques le plus possible indépendamment de la structure des institutions.Ce serait d\u2019ailleurs nécessaire, en bonne méthodologie, même sans ce problème du pluralisme, parce que des facteurs différents font évoluer les cadres pédagogiques et les institutions.A les lier on aboutit à les figer très rapidement dans un immobilisme nuisible.Le problème de la confessionnalité chez les catholiques entre en ligne de compte seulement après ces considérations.La première partie du Rapport Parent et le Bill 60 ont eu pour effet d\u2019enlever aux catholiques et INSTITUTIONS INDÉPENDANTES ET RAPPORT PARENT 547 aux protestants la direction de leurs écoles, malgré les garanties constitutionnelles.Au même moment, une évolution intérieure de l\u2019Eglise fait appel à des structures nouvelles.L\u2019Etat, incompétent de sa nature pour dire aux catholiques quelles structures d\u2019Eglise ils doivent choisir, devra laisser une grande latitude au sous-ministre associé responsable \u201cde l\u2019orientation et de la direction générale des écoles reconnues comme catholiques\u201d (Bill 60, chapitre 58A, article 7).C\u2019est là que les catholiques devront exprimer leurs vues sur leurs écoles et travailler avec les autres groupes à l\u2019intégration d\u2019ensemble qu\u2019exige le bien commun, dans le respect du pluralisme des philosophies de la vie et l\u2019exercice des libertés fondamentales.Dans ces cadres se situent les écoles dites \u201cindépendantes\u201d et \u201cprivées\u201d.Elle sont des types particuliers d\u2019institutions dont le rôle peut se modifier avec le temps et selon les circonstances mais en toute hypothèse il faut laisser la communauté catholique faire évoluer les siennes en toute liberté.ERREUR À CORRIGER Dans L'ACTION NATIONALE de décembre 1965, on lit dans l'article: \"L'éducation nationale et le Rapport Parent\", à la page 421, deuxième paragraphe, la phrase qui suit: .\"Le Rapport Parent (T.Il, p.11) disait clairement: \"Cette culture vécue, ou culture nationale, est le mode naturel d'accès de l'homme à l'humain.\" Le Rapport Parent n'a jamais parlé ainsi.Il faut rectifier et lire: \"Le Rapport Tremblay (T.Il, p.11) disait clairement: \"Cette culture vécue, ou culture nationale, est le mode naturel d'accès de l'homme à l'humain.\" De même si vous voulez vous renseigner sur la culture, l'éducation, la transmission de la culture, c'est au Rapport Tremblay et non au Rapport Parent qu'il faut aller. ritnine libre LE PROBLÈME CANADIEN DANS SA DIMENSION HISTORIQUE par Mathieu Girard Le Québec est arrivé à la minute de vérité Le temps n\u2019est plus à la réflexion, au dialogue, à la recherche de solutions, le temps, en définitive, n\u2019est plus à perdre mais il est à l\u2019option politique et à l\u2019action politique qui se définit par rapport à la Confédération.Il est temps en somme de prendre parti.Tels sont en substance les propos des partisans de différentes solutions qui sollicitent aujourd\u2019hui la jeunesse du Québec.A croire ces partisans d\u2019une action immédiate le Québec doit maintenant déposer sa mise, avant que le croupier-histoire ne dise la phrase fatale \u201crien ne va plus\u201d.C\u2019est donc avec une certaine précipitation, un certain énervement et dans certains cas aveuglément que l\u2019on prend position.Il faut agir, croit-on, avant qu\u2019il ne soit trop tard, l\u2019important n\u2019étant plus dans le résultat de l\u2019action mais dans l\u2019action elle-même.Ainsi nous serions portés à croire que le vrai problème au Québec actuellement est un problème d\u2019option politique auquel est liée notre existence politique.C\u2019est du moins dans ces termes que les nationalistes de quelque tendance que ce soit le définissent et, avec eux ou à cause d\u2019eux, l\u2019ensemble de la population consciente. LE PROBLÈME CANADIEN DANS SA.549 Je voudrais, dans cet article, montrer que le véritable problème qui se pose à nous n\u2019est pas un problème existentiel par rapport au Canada anglais, donc d\u2019option politique vis-à-vis de la Confédération, mais un problème coexistentiel avec le Canada anglais, donc d\u2019adaptation à l\u2019intérieur de la Confédération.Une erreur grave: la fausse interprétation historique de la Confédération Ce qu\u2019il m\u2019apparaît important de comprendre d\u2019abord c\u2019est que l\u2019histoire du Canada n\u2019est pas à refaire parce qu\u2019elle a été mal faite, mais à faire en tenant compte de ce qui a été fait.Il s\u2019agit donc de continuer l\u2019histoire et non pas de l\u2019interrompre.Une des erreurs fondamentales qui obscurcit notre réflexion face à ce problème, c\u2019est de croire que le malaise actuel du Canada français à l\u2019intérieur de la Confédération vient du fait que la Confédération a été la solution au problème de l\u2019indépendance du Canada anglais par rapport au Canada français.Selon l\u2019interprétation actuelle, la Confédération serait une solution à un problème existentiel.C\u2019est pourquoi il est de plus en plus généralement admis, depuis que le Québec tente de redéfinir son existence sur des bases nouvelles, que l\u2019obstacle est la Confédération, et que se situer dans l\u2019histoire du Canada français c\u2019est se dégager de l\u2019emprise confédérative.La Confédération est donc l\u2019obstacle à l\u2019existence du Canada français.C\u2019est là une erreur d\u2019interprétation historique puisque l\u2019arrangement de 1867 n\u2019a pas été la solution à un problème d\u2019indépendance d\u2019une réalité ethnique vis-à-vis une autre, mais une tentative de solution du problème de l\u2019interdépendance de la réalité sociologique française et de la réalité sociologique anglaise.En d\u2019autres termes, 550 ACTION NATIONALE reconnaître ce point de vue c\u2019est admettre que le problème de la Confédération, puisqu\u2019il y en a un, comme il y en a toujours eu un, n\u2019est pas un problème existentiel pour les réalités sociologiques qui forment le Canada mais un problème coexistentiel entre ces mêmes réalités.Penser autrement le problème de la Confédération c\u2019est croire erronément que les réalités sociologiques, politiques et économiques sont statiques et que 1867 en est la solution définitive.Au contraire, la réalité est dynamique, change, évolue et nécessite des adaptations toujours nouvelles.C\u2019est dire que l\u2019histoire nécessite le génie inventif de l\u2019homme.Le problème de la Confédération qui se pose aujourd\u2019hui est dans la ligne \u2014 phénomène de continuité historique \u2014de l\u2019histoire du Canada.Le Canada est une réalité politico-économique qui se fait chaque jour et les problèmes qui s\u2019y posent aujourd\u2019hui ne sont pas étrangers à ceux d\u2019hier, mais en sont la continuation.Un retour à l\u2019histoire s\u2019impose.Il doit être le plus objectif possible.Il doit nous permettre de replacer les problèmes d\u2019aujourd\u2019hui dans leur perspective historique.Nous constaterons alors que les solutions apportées hier ont tenu compte des conceptions de leur époque comme nous devons, dans la solution des problèmes d\u2019aujourd\u2019hui, tenir compte des conceptions nouvelles que le XXe siècle nous impose.L\u2019histoire du Canada depuis 1763 n\u2019est rien d\u2019autre que le récit de la recherche d\u2019une solution au problème coexistentiel des deux réalités qui sont la base historique du Canada.Dès 1766, le procureur général de la province de Québec, le baron Masseres, qui se penchait sur le problème de la coexistence du Canada français et du Canada anglais, le définissait dans des termes qui sont encore d\u2019une actualité si évidente qu\u2019il nous prouve la continuité de l\u2019histoire du Canada: LE PROBLÈME CANADIEN DANS SA.551 11 s\u2019agit de maintenir dans la paix et l\u2019harmonie et de fusionner pour ainsi dire en une seule, deux races qui pratiquent actuellement des religions différentes, parlent des langues qui leur sont réciproquement étrangères et sont par leurs instincts portées à préférer des lois différentes.Tel est en termes précis et clairs la définition du problème canadien.Il s\u2019agit de faire avec deux réalités ethniques distinctes une réalité politico-économique.C\u2019est en ces termes que s\u2019est posé le problème coexistentiel dès 1766 et c\u2019est en ces termes qu\u2019il continue de se poser aujourd\u2019hui à la lumière d\u2019événements nouveaux.Toute l\u2019histoire du Canada est une tentative de solution à ce problème, une recherche de solution.Si au Canada aujourd\u2019hui le problème revient à la surface après avoir été étouffé par des événements internationaux au début du XXe siècle et qu\u2019une nouvelle solution est recherchée, ce n\u2019est pas là le signe d\u2019une faillite de notre histoire mais au contraire que l\u2019histoire se continue et que des hommes, à la lumière du passé, doivent continuer de la faire.L\u2019association des Canadiens français et des Canadiens anglais a un caractère inéluctable que deux cents ans d\u2019histoire commune renforcent.Durant ces deux siècles, une intégration économique de plus en plus grande des deux Canadas s\u2019est produite.C\u2019est pourquoi jusqu\u2019à aujourd\u2019hui les tentatives de dissociations ont toutes faillies.Que ce soit les mouvements séparatistes du côté canadien-français ou leur équivalent du côté Canadien-anglais, c\u2019est-à-dire, les politiques assimilatrices.Toutes ces tentatives de simplification d\u2019un problème complexe ont échoué devant la réalité.Les deux Canadas ont été si intimement liés par 200 ans d\u2019histoire que l\u2019on ne peut concevoir leur séparation sans entrevoir immédiatement la dissolution de l\u2019un et de l\u2019autre dans un puissant voisin dont la force d\u2019attraction est presque irrésistible dans la situation actuelle.La présence des Etats-Unis a été un facteur puissant dans le rapprochement des deux Canadas et le demeure toujours. 552 ACTION NATIONALE 1867 n\u2019est pas une faillite.C\u2019est un compromis nécessité par un siècle d\u2019histoire, celle de 1766 à 1866, et qu\u2019un autre siècle d\u2019histoire, celle de 1866 à 1964 exige de modifier.G.-E.Cartier avait raison qui affirmait: \u201cNotre existence doit être une longue suite de compromis.\" 11 est donc important, avant de prendre position face à la Confédération, de bien définir 1867 ; et bien le définir c\u2019est le considérer non pas comme le terme d\u2019une évolution, la fin d\u2019une aspiration nationale chimérique, mais comme une des étapes dans la recherche d\u2019une solution au problème coexistentiel au Canada.1867 est un compromis qui a conservé des solutions antérieures ce que la réalité avait jugé viable et nécessaire.1867 n\u2019a pas détruit 1774, 1791 et 1841 mais a fait la synthèse de toutes ces solutions antérieures.La Confédération a reconnu, cela ne peut se nier le fait est incontestable, la réalité ethnique canadienne-françai-se.C\u2019était revenir à l\u2019esprit de la politique de l\u2019Acte de Québec de 1774 qui avait été une reconnaissance du fait français en Amérique.Non seulement 1867 reconnaissait la réalité française au Canada mais la Confédération lui accordait en plus une base politique.C\u2019était revenir à l\u2019esprit de 1791 qui avait tenté de faire coexister deux réalités politiques différentes et séparées dans un même espace économique.Mais objectera-t-on, il y a Durham, il y a 1840.En effet il y a tout cela et 1867 l\u2019a retenu.Durham, et en cela il épousait entièrement les idées de son épouse sur le libéralisme économique, Durham, dis-je, posait en 1840 le principe de l\u2019indivisibilité de la réalité économique canadienne et de la difficulté de sa dualité politique et ethnique.Dans un effort de simplification, il a tenté de fondre ethniquement et politiquement ce qui était déjà très intimement lié sur le plan économique.Ce fut un échec, comme toutes les tentatives de résoudre un problème humain en termes uniquement économiques, que 1867 a corrigé, en conservant l\u2019unité économique et en retour- LE PROBLÈME CANADIEN DANS SA.\t553 nant à la diversité politique.Ainsi la Confédération se dégage-t-elle d\u2019un siècle d\u2019histoire qui gravite autour de 1774, 1791 et 1840.Les éléments nouveaux qui s\u2019imposent dans l\u2019étude du problème cœxistentiel Faut-il s\u2019attendre à ce que l\u2019arrangement de 1867 soit définitif?Faut-il s\u2019étonner que cet arrangement soit remis en question aujourd\u2019hui?Est-ce là l\u2019indice d\u2019une faillite de notre histoire ou plutôt l\u2019indice de sa grande vitalité?Si le problème rebondit n\u2019est-ce pas sous la pression d\u2019événements nouveaux et à la lumière de conceptions nouvelles qui se précisent depuis un siècle?Les solutions cherchées et trouvées depuis 1763 n\u2019ont jamais été étrangères aux conceptions et aux événements de leur époque.Qu\u2019il suffise d\u2019aligner parallèlement les dates suivantes pour s\u2019en convaincre.1771-1783, la révolution américaine; 1774, l\u2019Acte de Québec; 1789-1799, la révolution française; 1791, l\u2019Acte constitutionnel; 1800-1840, la révolution libérale; 1840, l\u2019Acte d\u2019Union; 1840-1860, la naissance des nationalités; 1867, la Confédération.Quels sont les éléments nouveaux que nous impose le XXe siècle dans l\u2019étude du problème canadien?Qu\u2019y a-t-il de changé depuis 1867, non pas chez nous, mais dans le monde, qui nous impose de reviser nos notions et les solutions qui se sont appuyées sur elles?Depuis un siècle, nous assistons à un développement économique sans précédent dans l\u2019histoire de l\u2019humanité.Une technique de plus en plus poussée change la vie des hommes à un rythme frénétique.Une économie de plus en plus dynamique étend ses tentacules dans toutes les régions.Les distances disparaissent, les peuples se rapprochent, les frontières s\u2019estompent devant cette mondialisation de la civilisation. 554 ACTION NATIONALE Deux guerres mondiales, deux guerres terribles, une plus atroce que l\u2019autre, et la menace nucléaire ont fait comprendre aux nations qu\u2019elles ne pouvaient plus vivre les unes contre les autres dans une concurrence acharnée, mais qu\u2019elles devaient vivre ensemble à la recherche de leur bonheur qui se situe maintenant dans la collaboration.Une vague irrésistible d\u2019émancipation coloniale, témoin d\u2019une volonté puissante d\u2019accéder à la civilisation du XXe siècle.Un réveil, une émergence, une montée des peuples dans la communauté humaine.Tels sont les faits nouveaux qui remettent en question la notion d\u2019état-nation qui a pénétré l\u2019esprit de 1867.Comment concilier la notion de nation telle que l\u2019a définie le XIXe siècle, réalité linguistique et culturelle, et l\u2019Etat tel que le XXe siècle l\u2019exige, réalité économique et technique, instrument de coordination et de distribution des richesses nécessaires à l\u2019épanouissement des collectivités?Le XXe siècle économique, deux guerres mondiales et la menace nucléaire ont tué la notion d\u2019état-nation qui a présidé à l\u2019arrangement de 1867.Voilà le défi que pose le XXe siècle.C\u2019est un défi à l\u2019intelligence de l\u2019homme.Il se pose en termes de nationalisme et d\u2019internationalisme, d\u2019indépendance et d\u2019interdépendance, de peuples et de communauté humaine.Comment concilier les réalités ethniques, culturelles et nationales avec des nécessités économiques, techniques qui débordent les possibilités des nations?Comment concilier civilisation planétaire et cultures nationales?Tel est le problème qui se pose partout dans le monde, à tous les peuples de la terre dans des cadres historiques différents.En Europe, c\u2019est en termes de Marché commun et d\u2019Europe supranationale ou multinationale.En Afrique, en termes de panafricanisme ou de confédération multinationale. LE PROBLÈME CANADIEN DANS SA.555 C\u2019est le même problème que l\u2019on pose chez nous en termes de coexistence des deux groupes nationaux dans un cadre historique précis, la Confédération.C est ce problème précis qu\u2019avait tenté de résoudre en définitive la Confédération et que les éléments nouveaux nous obligent à reconsidérer.Problème qui situe le Canada en plein XXe siècle.Caractère anachronique de la pensée indépendantiste La solution que nous recherchons tous ne peut plus s\u2019appuyer sur des notions dépassées telle la notion d état-nation, base de la pensée indépendantiste.C est là 1 erreur profonde de cette pensée d\u2019apporter une solution à un problème du XXe siècle en s\u2019appuyant sur des notions du XIXe siècle.Le plus grave reproche que l\u2019on peut faire aux mouvements séparatistes c\u2019est de déboucher dans une action anachronique parce que basée sur une notion de nation dépassée par la réalité économique.L\u2019Etat national ne peut plus exister car les cadres économiques où il a voulu s\u2019enfermer jadis le débordent largement.Il faut se rappeler que la naissance du principe des nationalités, base de la pensée indépendantiste, coïncide en Europe au XIXe siècle avec une phase de développement économique qui se situe à mi-chemin entre l\u2019économie médiévale de la période prénationale et l\u2019économie supra-nationale de la période internationale que le XXe siècle connaît.L\u2019état-nation apparaît comme une étape nécessaire dans le mouvement de libération de l\u2019économie qui se dégage des contraintes qu\u2019un Moyen Age, prolongé dans les régimes monarchiques, lui imposait.A mesure que l\u2019économie s\u2019étendait, les bourgeois, animateurs de cette révolution économique, cherchaient à élargir, tout en les contrôlant, les bases politiques de la nouvelle réalité économique.L\u2019état-nation n\u2019a été rien d\u2019autre qu\u2019une arme politique au service de la bourgeoisie pour 556 ACTION NATIONALE accomplir l\u2019éclatement des cadres qui bloquaient le développement de l\u2019économie.Il a été, cet état-nation, une manifestation politique d\u2019un élargissement économique.Pour les bourgeois qui l\u2019ont défini, le droit des peuples à disposer d\u2019eux-mêmes voulait dire le droit de la minorité bourgeoise à développer librement la vie économique.C\u2019est ainsi, que par un étrange paradoxe, la notion de l\u2019indépendance des peuples ou du droit des peuples à disposer d\u2019eux-mêmes s\u2019est développée à l\u2019époque même où ces termes ne signifiaient en fait que l\u2019indépendance des bourgeois qui contrôlaient une région vis-à-vis les bourgeois d\u2019une autre région, chacun s\u2019appuyant dans sa propre région sur le peuple.L\u2019indépendance économique, qui n\u2019a jamais été, signifia de fait oppression abusive d\u2019une minorité possédante au détriment d\u2019une majorité prolétarienne.André Piettre, économiste français, déclare : \u201cL\u2019économie \u2014 c\u2019est un fait constant \u2014 en devenant indépendante, devient aussi plus dominante.Toujours et partout, l\u2019individu-roi fait l\u2019argent-roi.Et tandis que s\u2019effacent les hiérarchies de droit, le primat de la fortune élargit le fossé des distinctions de fait: riches et pauvres s\u2019opposent dans des luttes déchirantes\u201d.C\u2019est la grande duperie du XIXe siècle que Karl Marx a dénoncée immédiatement.Le communisme se plaçant sur le plan économique et sur celui de la lutte des classes a opposé au nationalisme trompeur du XIXe siècle l\u2019idéal internationaliste.Aujourd\u2019hui encore, le communisme s\u2019offre comme une force internationaliste même si, dépassé par les événements, il n\u2019est plus qu\u2019une contre-révolution d\u2019une situation politico-économique qui n\u2019existe plus.Cette doctrine politique qui place au centre la nation identifiée à un Etat souverain et indépendant a conduit à deux guerres, à cause de son caractère incompatible avec la réalité, et s\u2019est détruite avec elles. LE PROBLÈME CANADIEN DANS SA.557 La vie économique est telle aujourd\u2019hui que l\u2019indépendance au niveau des nations ne peut plus être, pour reprendre une expression de François Perroux, qu\u2019une \u201cindépendance fictive\u201d.Lorsque dans une bonne mesure la vie économique d\u2019une nation est intimement liée à la vie économique d\u2019une autre nation, l\u2019indépendance de chacune ne peut plus être qu\u2019une indépendance très relative et la souveraineté de ces nations, une souveraineté limitée.L\u2019éveil des peuples du tiers monde, contrairement à ce que l\u2019on croit généralement, n\u2019est pas une volonté d\u2019indépendance de nations souveraines, mais une volonté d\u2019intégration de ces communautés nouvellement émergées dans un tout organique pour améliorer le niveau de vie de chacune, chacune étant incapable d\u2019y arriver seule.C\u2019est ce phénomène qu\u2019Hubert Deschamps, historien, décrit lorsqu\u2019il définit l\u2019histoire de l\u2019Afrique comme un passage de la dépendance à l\u2019indépendance.C\u2019est encore le même phénomène qui fait dire à François Perroux: \u201cNous avons résolu de montrer que la nation policée reste à inventer et que les forces qui travaillent le monde aujourd\u2019hui rendent périmée la nation territoriale et souveraine dans le style du XIXe siècle.\u201d L\u2019auteur conclut d\u2019ailleurs : \u201cToutes les nations sont encore à faire.\u201d Paul Ricoeur arrivait lui aussi aux mêmes conclusions: \u201cLes peuples africains et du tiers monde en s\u2019émancipant, en s\u2019industrialisant, s\u2019urbanisant, accèdent à la mondialisation même si le ressort est nationaliste.\u201d Accéder à l\u2019indépendance dans le tiers monde signifie donc de fait accéder à la mondialisation, à l\u2019interdépendance.Il n\u2019y a donc aucun lien de parenté intellectuel entre la pensée indépendantiste au Québec et la montée des peuples du tiers monde dans la communauté humaine: vaine tentative d\u2019une pensée qui n\u2019est de fait qu\u2019un retour au XIXe siècle pour s\u2019accrocher au XXe siècle. 558 ACTION NATIONALE L\u2019indépendance ne peut se définir que dans l\u2019interdépendance.Et l\u2019incapacité de la pensée indépendantiste de situer le problème de l\u2019indépendance dans sa vraie perspective la rend périmée à son origine et dépassée par les événements.D\u2019ailleurs, toute pensée politique qui s\u2019appuie sur les notions d\u2019état-nation et d\u2019indépendance souveraine se détruit par elle-même en étant incapable de saisir une réalité sociologique et économique avec des concepts qui sont trop étroits pour l\u2019embrasser.L\u2019école néo-nationaliste de Montréal est à ce point de vue un exemple intéressant.Toute l\u2019interprétation de cette école parce que basée sur une \u201cimage idéalisée de la nation\u201d, pour reprendre une expression de Léon Dion, débouche dans le pessimisme, l\u2019absurde, en un mot, dans l\u2019inexplicable.L\u2019histoire du Canada français conduit selon eux à ce non-sens : l\u2019inexistence du Canada français ou, plus précisément, à l\u2019inexistence des conditions nécessaires à l\u2019existence d\u2019un Canada français.C\u2019est ici que l\u2019on comprend la grande erreur de la pensée indépendantiste, qui s\u2019alimente de cette interprétation historique.La révolution indépendantiste se situe à l\u2019intérieur d\u2019une interprétation fautive de l\u2019histoire, d\u2019où son incapacité à s\u2019accrocher à une réalité sociologique et économique.Elle s\u2019est condamnée ainsi à se fourvoyer dans un cercle vicieux, s\u2019appuyant sur une interprétation dont elle refuse les conclusions, l\u2019impossibilité de l\u2019indépendance.Parti Pris est étranger au problème cœxistentiel La dernière née des pensées séparatistes, celle qui s\u2019exprime dans Parti Pris, même si sur le plan politique on procède de la même erreur que j\u2019ai dénoncée plus haut, me paraît être un phénomène particulier qu\u2019il faut distinguer.Parti Pris avant d\u2019être une tentative de révolution politique est une tentative de révolution sociale qui ne devient politique que par stratégie révolutionnaire. LE PROBLÈME CANADIEN DANS SA.559 Parti Pris veut créer la réalité canadienne-française séculière et socialiste.A l\u2019origine de cette pensée, il y a ce refus d\u2019être Canadien français chrétien.L\u2019obstacle à cette création est la collusion clérico-bourgeoise liée d\u2019intérêts aux fédéralistes.La révolution politique, c\u2019est-à-dire l\u2019indépendance, c\u2019est le moyen de se libérer des forces aliénantes au Québec et libérer l\u2019être national cana-dien-français qui \u201cest\u201d, c\u2019est-à-dire sera, séculier et socialiste.\u201cNotre vérité, écrit-on dans Parti Pris, nous la créerons en créant celle d\u2019un pays et d\u2019un peuple encore incertain.\u201d Parti Pris c\u2019est la révolution du non-être et à ce titre se situe en dehors du problème que j\u2019ai traité ici.Vers une action réaliste Face au problème coexistentiel que nous définissions au début de cet entretien et face aux solutions qui lui sont offertes que peut et que doit-on faire?Il est urgent de définir les bases d\u2019une action politique réaliste.Certaines conditions s\u2019imposent impérieuses et nécessaires.Il faut d\u2019abord se protéger contre l\u2019attrait de l\u2019idéologie politique considérée comme un ensemble de notions admises sans critique qui conduit à l\u2019aliénation de l\u2019esprit, celui-ci ne se libérant vraiment que par l\u2019objectivité, c\u2019est-à-dire l\u2019absence de parti pris, la nuance, c\u2019est-à-dire, la disponibilité de l\u2019esprit face à la connaissance et l\u2019honnêteté, c\u2019est-à-dire la qualité d\u2019un esprit axé sur la vérité.Il faut aussi se garder de tomber dans le rationalisme qui consiste à représenter une certaine mesure politique comme étant la seule raisonnable et en exiger l\u2019application au nom de la raison.L\u2019esprit rationaliste ne suivant que les propres lois de l\u2019esprit et ignorant les cadres que lui imposent les données politiques, économiques et sociales se fourvoie dans l\u2019absolu, le mythe et l\u2019incondi- 560 ACTION NATIONALE tionnel.C\u2019est ainsi que l\u2019on conclut à la nécessité d\u2019une révolution politique d\u2019un principe que l\u2019on se refuse de critiquer.Les Etats ne se construisent pas au moyen d\u2019un atlas et d\u2019une règle et encore moins avec un syllogisme même s\u2019il est conforme à toutes les lois de la logique.Il faut de plus éviter de s\u2019enliser dans des pseudorévolutions et priver, le temps venu, la collectivité cana-dienne-française d\u2019un apport nécessaire parce que l\u2019on se sera compromis dans une aventure sans issue.Le temps est à la réflexion politique, à la recherche de solutions politiques.Et dans cette recherche, il faudra tenir compte de certaines données historiques dont une inéluctable, d\u2019être Américains et Français.Cette situation rendra toujours notre existence difficile car le défi est grand d\u2019être Français dans une Amérique qui exprime toutes ses pensées dans la langue anglaise.Que nous connaissions toujours un certain malaise à être ce que nous sommes, c\u2019est la rançon à vouloir demeurer de culture française et Américains.Le plus grand inconvénient sera que nous serons toujours des étrangers chez nous, chez nous parce que Américains et étrangers parce que Français.Il ne faudrait pas accuser la Confédération d\u2019une situation à laquelle elle est étrangère.Séparés ou pas, nous serons toujours des Américains français; et Américains implique écrasés dans une certaine mesure par les Etats-Unis qui font la civilisation du XXe siècle, celle à laquelle nous accédons et que nous voulons faire nôtre.Le poids du voisinage étatsunien nous sera toujours trop lourd à porter pour que, quelle que soit la forme politique du Canada français, il n\u2019en soit pas pénétré.Le Canada n\u2019est pas une réalité qui a été ou qui ne doit plus être; j\u2019aime à croire qu\u2019il sera et qu\u2019il est à faire.© GROS-JEAN EL GROSSE-JEANNE par Jacques Saint-Yves « La Presse, telle qu\u2019établie par l\u2019honorable Trefflé Berthiau-me, est une institution irrévocablement dévouée aux intérêts cana-diens-français et catholiques ».Mue par cette souveraine obligation, elle se devait d\u2019apprendre à ses 250,000 lecteurs ce qu\u2019il faut penser de la révision antireligieuse des manuels de lecture française utilisés dans les premières années du cours élémentaire des écoles de la province.C\u2019est Mme Renaude Lapointe, spécialiste émérite en ces questions, qui s\u2019est chargée de ce devoir et qui a tranché d\u2019autorité un débat qui menaçait de diviser toute, la province autant que le bleu et le rouge.Plie l\u2019a fait dans un article incisif et péremptoire qui a mis en déroute la sombre troupe des intégristes et des chasseurs de sorcières.En cinq paragraphes diamantaires, elle pose l\u2019état de la question: affirme que les agnostiques sont la progéniture des collèges classiques, des universités catholiques et du « défunt régime de l\u2019instruction publique »; enjoint aux évêques de se prononcer sur la question; assure ensuite que c\u2019est déjà fait, puisque les « spécialistes de l\u2019enseignement de la religion dûment mandatés » par eux ont réclamé l\u2019épuration latque des manuels de lecture: assène enfin un coup mortel aux protestataires en cette courageuse et 562 ACTION NATIONALE charitable conclusion: « Il serait temps que prenne fin cette comédie de Gros-Jean qui veut en remontrer à son curé ».Ainsi mis en cause, Gros-Jean réagit fort mal.Ce personnage auquel le Petit Dictionnaire Larousse lui-même accorde au moins douze lignes parmi les rois et autres hommes illustres, estime qu\u2019il a droit à plus d\u2019égards, qu\u2019il est faussement cité et bassement calomnié.Dans une longue déclaration adressée à la presse en général, il écrit: « J\u2019entends rester fidèle au portrait que tracent de moi les vieux dictionnaires et aux définitions qui ont fait ma gloire à travers les âges.Mon Larousse dit de moi que je suis « un homme mal partagé au point de vue de la fortune ou des qualités de l\u2019esprit ».Dépourvu de biens, j'appartiens donc à « l\u2019Eglise des pauvres ».Faible du cerveau, je puis dès maintenant compter sur l\u2019une des béatitudes évangéliques ».Et Gros-Jean poursuit: « Larousse me représente aussi comme le « type de la niaiserie pédante » et c\u2019est sous cette, livrée que j\u2019en remontre à mon curé.En un temps où la niaiserie est généralisée et le bon sens exilé à la lune, je risque de sortir du dictionnaire ou, du moins, des noms propres.Si je brillais davantage par la pédanterie, je serais éditorialiste à la « PRESSE », député d\u2019Hochelaga ou ministre de l\u2019Education.Depuis que M.Clattde Ryan et M.Marcel Adam, à l\u2019exemple de Mme Renaude Lapointe, se prennent tpour le Saint-Esprit et conseillent le pape tous les jours, elle est bien modeste et bien vertueuse, la prétention de Gros-Jean qui se borne à en remontrer à son curé ».Traditionaliste comme il se doit, Gros-Jean déplore la disparition de l\u2019ordre ancien: « Quand, dans le passé, dit-il, j\u2019en remontrais à mon curé, c\u2019est que mon curé représentait près de moi l\u2019autorité dans l\u2019Eglise.C\u2019est peut-être une niaiserie de le reprendre encore, mais certainement pas une prétention.Comment a-t-on qualité pour écrire dans la page de lumière de la Presse, \u2014 je veux dire la page éditoriale, \u2014 sans savoir que la hiérarchie de 1965 est une pyramide sur sa pointe?Par ordre, de dignité aujourd\u2019hui, il faut lire l\u2019agnostique, le laïque, le curé, l\u2019évêque, et GROS-JEAN ET.GROSSE-JEANNE 563 enfin le pape, serviteur des serviteurs de; Dieu.Aussi pour rester dans ma définition, \u2014 car j\u2019ai tout de même des droits acquis à la niaiserie et à la prétention, \u2014 je demande que le.vieux dicton qui me concerne soit « aggiornamenté » et qu'on dise désormais: C\u2019est Gros-Jean qui veut en remontrer à un agnostique ».Là-dessus, Gros-Jean conclut qu\u2019il a été sournoisement attaqué, qu'il a été diffamé dans sa réputation, qu'il a été humilié en ce qu\u2019il a d\u2019esprit et de prétention, qu\u2019il a droit à une rétractation et à des dommages exemplaires, et qu\u2019il prendra des poursuites judiciaires.Imitant Julçs Fournier, il déclare: « Je la poursuis »; et il ajoute avec emphase: «¦ Définitivement » / Il est encore permis de.faire quelques commentaires avant que la cause Gros-Jean versus Grosse-Jeanne soit portée devant les tribunaux et classée comme étant « sub judice ».Sans spéculer sur le.verdict futur, on peut formuler quelques observations, pertinentes ou non.Il semble que l\u2019éditorial cité de la Presse tranche trop simplement et trop rapidement le débat.i\\lme Lapointe, pose que les agnostiques doivent leur formation comme tels aux couvents, collèges, universités, et, en résumé, au « défunt régime de l\u2019Instruction publique » de « notre catholique province ».Dans l'Evangile, le Maître qui n\u2019a semé dans son champ que.du bon grain y voit quand même pousser de l\u2019ivraie.Comment cela se peut-il ?Et le Maître répond: « C\u2019est l\u2019ennemi qui a fait cela ».Cette réponse mystérieuse pourrait porter à déduire que « l\u2019ennemi » s\u2019est quelque peu mêlé d\u2019éducation chez nous depuis quelque temps.D\u2019autre part, la révolte de la jeune génération contre les générations précédentes n\u2019est pas un phénomène particulier au Québec.Est-ce.partout, dans le monde, la faute de nos couvents et de nos collèges, etc.?La rébellion contre l\u2019Eglise est peut-être nouvelle chez nous, mais en bien d\u2019autres pays, c\u2019est une affreuse vieillerie.U faut aussi tenir compte du fait sans éclat qu\u2019à côté des bruyants adolescents marxistes et agnostiques, il s\u2019en trouve qui font moins de tapage, et qui mènent une vie chrétienne, 564 ACTION NATIONALE La preuve que la faillite n\u2019est pas totale, c\u2019est que nous avons, dans le clergé même et chez les laïcs, une pléthore de réformateurs et de catéchètes comme jamais il n\u2019y en eut au Canada français.Tous ces rescapés de la grande noirceur ne doivent-ils qu\u2019à eux-mêmes leur immense valeur?A côté de l\u2019école, d\u2019autres institutions font l\u2019éducation du peuple et des familles, la Presse, par exemple, pour n\u2019en citer qui une.Est-il démontré que la Presse a été, en tout temps et au superlatif, « irrévocablement dévouée aux intérêts catholiques » ?Si la réponse était négative, n\u2019aurait-elle pas, elle, aussi, malgré son dévouement, engendré des agnostiques?Comme la charité, l\u2019examen de conscience bien ordonné commence par soi-même.Quant au mandat des reviseurs de manuels scolaires, il est plus que douteux.Mme Renaude Lapointe le reconnaît à son insu.Si le mandat était clair et net, point ne serait besoin d'en appeler, comme elle le fait, à une lettre collective de l\u2019épiscopat.Car elle dit d\u2019un côté, que les évêques devraient * se prononcer clairement sur la question dans un document qui serait lu en chaire » et, d\u2019autre part, que les « spécialistes de Venseignement de la religion » sont « dûment mandatés par les autorités ecclésiastiques ».Qu\u2019est -ce qu\u2019une contradiction?En fait, le mandat relatif à la correction des manuels est tellement inexistant que les responsables se défilent et sont presque introuvables.Les manuels affichent des approbations de l\u2019ex-Conseil de l\u2019Instruction publique datant de 1938 et de 1943; si ce n\u2019est pas là une imposture, c\u2019est à tout le moins une indélicatesse.Pour sa part, le nouveau Comité catholique du ministère de l\u2019Education déclare que les manuels purifiés par l\u2019effacement de Dieu et de toute mention chrétienne ne.lui ont pas été soumis comme la chose aurait dû se faire.Il reste donc à peu près zéro pour le mandat.et alors il faut réclamer une décision épiscopale sur le sujet.Curieuse méthode, néanmoins.On avait ouï dire qu\u2019un ouragan de liberté déferlait depuis quelque temps sur l\u2019Eglise canadienne et que, dans les questions secondaires, chacun avait droit à son opinion et pouvait dialoguer à satiété.Il est manifeste que Mme GROS-JEAN ET.GROSSE-JEANNE 565 Lapointe refuse le dialogue, avec Gros-Jean, du moins, et ses semblables.L\u2019appel à l'autorité des évêques laisse quelque, peu perplexe.Cette autorité a tellement été battue en brèche, quand elle s\u2019exerçait au Conseil de l'Instruction publique, qu\u2019elle est fortement ébranlée.Et qui n\u2019a lu ce chef-d\u2019oeuvre de soumission et de respect envers l\u2019Eglise et le pape qui s\u2019appelle.« L\u2019histoire bouleversante de Mgr Charbonneau » ?On y trouve des passages qui ne militent pas, semble-t-il, en faveur de la solution de.Mme Lapointe.Celui-ci, par exemple, sur les persécuteurs de Mgr Charbonneau: « Les Boeufs au pas lent, ce furent le.groupe d\u2019évêques réactionnaires de l\u2019époque, rangés sous la bannière confessionaliste, nationaliste et ruraliste (pourquoi pas « agriculturiste » ?) de Aîgr Georges Courchesne, archevêque de Rimouski, qui se voyait comme le sauveur de l\u2019Eglise canadienne menacée.» Plus coupable et moins fiable, encore que nos «Boeufs », un pape qui n\u2019était que Pie XII rendit une décision « arbitraire » et pria Mgr Charbonneau de démissionner.Grande fut sa responsabilité, car « au moment où Mgr Charbonneau reçut l\u2019ordre de démissionner, au début de 1950, le pape était aussi Secrétaire d'Etat ».Que penser de ce « Vatican, plein de sangsues » et, en particulier, de la faute de Pie XII: « Trois personnalités ecclésiastiques de haute valeur n\u2019ont pas craint de considérer la destitution de Mgr Charbonneau comme une douloureuse injustice ».Aussi l\u2019histoire s\u2019est levée, vengeresse.Car le même volume affirme toujours: « Jean XXIII a écarté de ses conseils celui qui était depuis 1943 le consulteur personnel de Pie XII, le Père Gumlach, jésuite allemand, et on remarquera que Jean XXIII ne cite pas de texte de son prédécesseur datant d\u2019après 1943.On a même rapporté, avec un certain sourire, que pour lui, sur le plan de.la doctrine sociale, « Pie XII est mort en 1943 ». 566 ACTION NATIONALE Peut-être vaut-il mieux ajouter foi aux écrits de Jean XXlll qu\u2019à des ragots d\u2019antichambre.En son message de Noël du 23 décembre 1958, Jean XXlll faisait de Pie XII un long éloge sans réticence dont on peut extraire ce passage central: « Admirable activité doctrinale et pastorale, vraiment, qui fait passer le nom de Pie XII à la postérité.Même en dehors de toute déclaration officielle.qui serait prématurée, le triple titre de docteur excellent, lumière de.la sainte Eglise, ami de la loi de Dieu convient bien a sa mémoire vénérée ».L\u2019opinion de Jean XXlll sur Pie XII ne concorde pas absolument avec celle de l\u2019auteur de « l\u2019histoire bouleversante de.Mgr Charbonneau ».Celle du dramaturge allemand qui a écrit *Le vicaire », peut-être.Mais pas celle du pape régnant Paul VI qui vient d'introduire en même temps les causes de béatification de Pie XII et de Jean XXlll.Puisque les lettres pastorales et les mandements épiscopaux regagnent soudain un crédit inattendu, on peut citer ici la lettre pastorale collective des archevêques et évêques du Canada à l occasion du 25'eme.anniversaire de consécration épiscopale de Sa Sainteté Pie XII.On y lit notamment: « Obéissez au pape, nos très chers frères, car qui n\u2019écoute pas le pape, n'écoute pas le Christ, ni le Père qui est dans les deux.Obéissez toujours au pape: quand il parle., quand il instruit, quand il conseille, quand il exhorte, quand il reprend, quand il condamne ».Cette lettre, datée du 18 janvier >942, portait la signature de tous les archevêques et évêques du Canada, dont celle de AIgi Charbonneau.La grandeur de l\u2019ex-archevêque de Montréal est dans son obéissance, dans sa soumission, dans son sacrifice, dans son silence.Pourquoi ses prétendus amis n'ont-ils pas suivi ses conseils et son exemple au lieu de trahir ses confidences et de crier au scandale sur la place publique ?Hauteur de « l\u2019Histoire bouleversante de Mgr Charbonneau », qui semble être Mme Renaude Lapointe, ci-devant du Nouveau GROS-JEAN CT.GROSSE-JEANNE 567 Journal et maintenant de la Presse, terminait son pieux volume par une prière: « Mgr Charbonneau, priez pour nous ».Le miracle s\u2019est produit.On ne s\u2019explique pas autrement ce passage de l\u2019article de Mme Lapointe sur « Gros-Jean et son curé»: « Pour nous qui respectons encore l'autorité religieuse, le fait que les changements opérés dans la facture de ces manuels font suite à des voeux exprimes par des officiers ou commissions de catéchèse, en particulier de Montréal, nous satisfait pleinement ».Dans la même ferveur pastorale, Mme Lapointe absout les « Bœufs à pas lent » qui paissaient autrefois nos agneaux.Elle a reconquis sa filiale soumission envers l\u2019épiscopat et envers le pape qui en est le chef: « Pour nous qui respectons encore l\u2019autorité religieuse.» C\u2019est donc avec une émotion compréhensible qu\u2019on la voit aujourd\u2019hui réclamer une lettre collective énergique en faveur de l effacement du nom de Dieu dans les manuels de langue française de nos écoles.Quand on songe que Mme Renaude Lapointe dénonçait si vertement les injustices papales en 1962 et qu\u2019en 1965 elle est si respectueuse des autorités religieuses, il faut chanter un Te Deum.en français: nous sommes les témoins édifiés d'une conversion bouleversante.Gros-Jean, lui, se borne à en remontrer à son curé.Il ne faut désespérer ni de son retour ni de.son salut.EN HOMMAGE À NOS ÉVÊQUES ET AUX PÈRES CONCILIAIRES De plus en plus il fout écouter le Frère Untel.Ses hommages sont souvent des pavés de l'ours.Un peu tête brûlée, il déparle parfois.Son bonheur est de ne pas s'en rendre compte.C'est un bon représentant de notre Ministère de l'éducation.La dernière perle: Cette révélation est justement une révélation, c'est-à-dire quelque chose d'inimaginable et d'irrationnel.C'est cela que les gros eveques populaires et têtus de la Gaule, de l'Espagne et des Balkans ont efe chercher au Concile de l'an 325, et c'est ça que les eveques populaires et têtus d'oujourd'hui ont dans l'esprit en ce moment .(La Presse, samedi 6 novembre 1965, p.7.) CHRONIQUES rjC éconont ique Récupération des rebuts, fabrication de compost et épuration des eaux \u201cNotre siècle est un siècle prodigue, le plus prodigue sans doute de toute l\u2019histoire du monde.Nous consommons les ressources de notre planète à une allure jamais connue auparavant.L\u2019homme gratte pour ainsi dire la surface du globe pour nourrir une population qui augmente sans cesse, et l\u2019industrie moderne met littéralement le sol sens dessus dessous avec une violence que l\u2019on n\u2019observait autrefois que dans le voisinage des volcans.\u201d Tout cela tend à créer un nouveau milieu ambiant, un milieu dont nous ne savons pas encore s\u2019il sera sain et habitable pour nous et nos descendants\u201d.Observation tout à fait réaliste et de nature à nous faire réfléchir sans aucun doute.Au Québec notamment, on jette aux déchets chaque année près de 2,000,000 de tonnes de produits de toutes sortes.Jusqu\u2019ici, d\u2019une façon générale, on les brûle, on les enfouit dans le sol, ou encore on les jette à la mer (cette dernière pratique est défendue aux Etats-Unis parce que nuisible aux algues servant à l\u2019alimentation humaine), le tout se soldant par une perte totale pour le citoyen.On pourrait, au contraire, en raison des besoins et des connaissances, mettre à profit ces rebuts en faisant RÉCUPÉRATION DES REBUTS.569 la récupération des objets utilisables et en les vendant (car il y a demande pour de tels objets, n\u2019en soyons pas scandalisés), puis employer les débris organiques pour en faire un produit que l\u2019on nomme COMPOST et qui comme tel servirait d\u2019engrais pour augmenter le rendement des cultures et contribuerait aussi à la conservation (préservation) des richesses naturelles du Canada dont les plus importantes sont le sol, la forêt et les eaux (de surface et souterraines), sans mentionner la faune terrestre, la faune aquatique, etc.D abord, voyons ce qu\u2019est le compost et sa valeur pour le sol.Nous verrons ensuite comment il peut contribuer à la conservation de nos richesses naturelles.Quant aux procédés de fabrication du compost, d\u2019autres professionnels qualifiés ont déjà traité le sujet abondamment.Ce qu\u2019est le compost C est un mélange de débris organiques, de matières calcaires et de terre, etc.fermentés, qui est utilisable comme engrais, la fermentation biologique ayant détruit tous les germes de maladies qui pouvaient s\u2019y trouver.Le compost est d\u2019une grande valeur pour le sol.Il contribue à le conditionner par l\u2019humus qu\u2019il contient: en effet, \u201cLes matières organiques servent à resserrer les sols lâches, à délier les sols durs et aident tous les sols à conserver l\u2019eau\u201d.Au surplus, en se décomposant, les matières organiques libèrent des éléments nutritifs qui deviennent assimilables par les plantes.La fertilité proverbiale des sols des Pays-Bas exprimée par leur production fascinante de plantes bulbeuses (tulipes et jacinthes) et de pâturages en est une preuve.Aux Pays-Bas, la production et l\u2019application de compost fabriqué à partir des rebuts des villes est une tradition très ancienne; et l\u2019utilisation du compost va de pair avec l\u2019emploi d\u2019engrais chimiques.C\u2019est en effet en Hol- 570 ACTION NATIONALE lande et au Danemark que l\u2019emploi simultané d\u2019engrais organiques et minéraux est le plus populaire.Rôle du compost dans la conservation des richesses naturelles Le sol de notre planète se volatilise avec une rapidité que l\u2019on a peine à imaginer par l\u2019usage abusif que l\u2019on en fait, et par l\u2019abaissement des niveaux des eaux tant souterraines que de surface (cours d\u2019eau).Or l\u2019utilisation du compost comme engrais et amendement retournera au sol la matière organique enlevée par les récoltes, puis en second lieu lui permettra de retenir de plus grandes quantités d\u2019eau entre ses particules; il est évident qu\u2019un sol poreux peut absorber et retenir une plus grande quantité d\u2019eau qu\u2019un sol exclusivement minéralisé, par conséquent compact, dur et imperméable.\u201cAvant la venue des Européens sur notre continent, un équilibre s\u2019était établi au sein de la nature sauvage entre les eaux, la terre, les plantes et la vie animale\u201d.Mais la civilisation a brisé cet équilibre: le feu, la hache, les maladies et aussi le manque d\u2019eau ont causé des dommages irréparables à nos richesses forestières notamment.Il est temps que nous mettions un terme à cette dilapidation.L\u2019emploi du compost est encore là le remède tout désigné pour cela.Les ingénieurs forestiers recommandent entre autres l\u2019utilisation généreuse de matière organique tant sur les lots boisés que sur les sols à reboiser, initiative bivalente qui devrait être encouragée dans toute la mesure du possible.De plus si les plantes en général et les arbres en particulier sont les jets naturels servant à humidifier l\u2019atmosphère, il est logique que nous leur ménagions un sol poreux où ils pourront puiser abondamment l'eau dont ils ont besoin.La qualité des forêts et la qualité du sol étant en fonction de la qualité et de la quantité d\u2019eau disponible, il est nécessaire de maintenir un sol ayant un grand pouvoir RÉCUPÉRATION DES REBUTS.571 absorbant et d\u2019éviter de se rendre coupable de \u201cla violation des lois naturelles qui régissent l\u2019étendue de la couverture forestière, (.) l\u2019un des exemples les plus tragiques de la folie humaine devant la sage ordonnance de la nature.\u201d De plus, \u201cles forêts exercent une action décisive sur la distribution de l\u2019eau parce que les arbres emmagasinent des réserves d\u2019eau à partir de la pluie et de la neige (sève) et constituent ainsi un moyen de protection irremplaçable contre la destruction des sols.Les montagnes privées de leurs arbres sont une menace nationale \u2019.En d\u2019autres termes, les forêts ne sont pas seulement une source de bénéfices, elles intéressent au premier chef la vie de la société.\u201cL\u2019EAU est (donc) au centre des besoins matériels de l\u2019humanité mais nous sommes en train de la perdre parce que nous ne prenons pas les moyens de la conserver ; elle dévale donc de plus en plus vers la mer où elle devient inutilisable pour la plupart des besoins ordinaires de la civilisation, la navigation exceptée\u201d.Dans la nature sauvage \u201cles rivières et les fleuves roulaient leurs flots limpides, froids et constants, et emportaient, sans entrave, jusqu\u2019à la mer le surplus d\u2019eau qui restait une fois comblés les besoins des réservoirs naturels et ceux de la vie animale et de la vie végétale\u201d, mais cet âge d\u2019or de tranquillité et de paix est révolu en plusieurs pays civilisés.Aujourd'hui, nous sommes obligés de faire de grands travaux de drainage pour la principale raison que nos sols ne sont plus recouverts d'humus (matière organique) capable de retenir l\u2019eau pourtant si essentielle à la vie des plantes et le limon, (alluvions) charroyé dans les cours d\u2019eau gonflés par les inondations, c\u2019est le SANG DE LA TERRE qui coule vers la mer et qui ne reviendra jamais.LE REMÈDE: INTERRUPTION DE CE CYCLE TUMULTUEUX ET PRATIQUE DE L'AUTO-ÉPURATION PAR L\u2019INCORPORATION AU SOL DE TOUS LES DÉCHETS ORGANIQUES (COMPOST). 572 ACTION NATIONALE Il est bien de faire des digues pour arrêter la marche de l\u2019eau et faire des réserves mais lorsque celle-ci prend anormalement du volume elle acquiert une terrible puissance d\u2019érosion.N\u2019est-il pas plus logique et plus pratique d abord de faire retenir plus longtemps cette eau par les nombreux pores du sol où elle aura un effet bienfaisant en empêchant la volatilisation trop rapide des fines particules, tout en favorisant l\u2019échange des éléments nutritifs au niveau des racines des plantes, alors que les digues serviront à retenir les surplus seulement et à produire de la force motrice au besoin.D\u2019ailleurs, il n\u2019y a pas seulement les cours d\u2019eau de surface qui sont affectés par le manque de porosité du sol ; les lacs et les cours d\u2019eau souterrains où la plupart des cultivateurs, ainsi que certaines industries et certains aqueducs pourraient s\u2019approvisionner de véritable eau d\u2019alimentation sont également déficients; de fait les puits produisent moins à cause de l\u2019abaissement des niveaux et il faut creuser de plus en plus profondément pour avoir un débit d\u2019eau satisfaisant.Cela s\u2019explique facilement par le fait que l\u2019eau qui tombe sur un sol dépourvu de matière organique, c\u2019est-à-dire non spongieux mais durci, dévale rapidement vers la prochaine dépression au lieu de s\u2019infiltrer lentement en sous-sol et dans les couches plus profondes de la terre où elle forme les dites rivières et lacs souterrains d\u2019où l\u2019homme pourra puiser pour ses besoins.Le travail décrit plus haut peut paraître gigantesque mais si l\u2019on considère les puissants moyens dont l\u2019homme dispose de nos jours c\u2019est un programme qui est réalisable et auquel il faut s\u2019attaquer dès maintenant car chaque journée perdue signifie qu\u2019il faudra plusieurs journées de travail pour rattraper une seule journée perdue.L\u2019industrie du compostage Outre d\u2019être une industrie nouvelle, l\u2019industrie du compostage est sûrement l\u2019industrie de l\u2019avenir car elle RÉCUPÉRATION DES REBUTS.573 intéresse au plus haut point la vie de l\u2019humanité.Même si elle exige des sacrifices au départ, ces sacrifices doivent être consentis de bon gré car ce sera une prime que nous paierons pour assurer notre survivance et celle de l'humanité tout entière.Ce sera également une prime pour assurer notre sécurité car nous ne pouvons pas être en sécurité si nous tolérons plus longtemps que les deux tiers de la population du globe terrestre manquent de nourriture essentielle et qu\u2019il en résulte des conditions propres à favoriser le mécontentement, la sédition, la violence et la révolte.Ces populations ne demandent que les miettes qui tombent de notre table.Adopterons-nous à leur égard l\u2019attitude du mauvais riche ?Enfin, l\u2019industrie du compostage et son application pratique créera de très nombreux emplois à des fins pacifiques.Il s\u2019agit en effet pour l\u2019homme, s\u2019il veut survivre, de recouvrir la surface terrestre (150 millions de kilomètres carrés) d\u2019une couche spongieuse qui deviendra un réel levain pour la terre en même temps qu\u2019il en fera un tapis de verdure perpétuelle comme celui qui recouvre la verte Erin (Irlande).Le COMPOST est enfin la base naturelle toute désignée pour recevoir les boues d\u2019égouts que produiront les usines d\u2019épuration des eaux-vannes et c\u2019est ainsi que cette opération contribuera à rendre le procédé d\u2019épuration rentable.Car nos eaux n\u2019ont pas seulement besoin d\u2019être conservées et renouvelées, elles doivent aussi être assainies, et par là contribuer à restaurer la porosité des sols qu\u2019elle a épuisée par suite de notre mauvaise administration du régime des eaux.Epuration des eaux et compost Pour assurer une meilleure utilisation (administration) des réserves d\u2019eau disponibles sur le globe terrestre en vue de préserver la santé des êtres humains et autres et contribuer ainsi à leur bonheur il faut: 574 ACTION NATIONALE 1\t\u2014 assainir les eaux de nos lacs, de nos rivières, de nos fleuves et même de la mer par le traitement approprié des eaux usées et des eaux d\u2019égouts : 2\t\u2014 récupérer les ordures ménagères (vidanges) et les transformer en compost: 3\t\u2014 mélanger les produits des deux précédentes opérations dans la production d\u2019un engrais bio-chimique complet capable de refaire la fertilité du sol détériorée par les cultures répétées, et en même temps redonner au sol sa couverture naturelle destinée à contrôler l\u2019humidité et le lavage des éléments nutritifs causé par l\u2019érosion et autres facteurs résultant des exigences de la vie moderne.L\u2019engrais ainsi produit, en plus de contenir les éléments nutritifs ordinaires: azote (N) acide phosphori-que (P), potasse (K) contient, en effet, les éléments mineurs (Fe, Mg, Mn, Bo, Zn, Cu, etc.) qui sont très précieux parce qu\u2019essentiels à la nutrition des plantes et cela sous une forme très rapidement assimilable.Cet engrais n\u2019est pas destiné à supplanter les engrais chimiques ordinaires mais bien plutôt à les compléter et assurer de meilleures récoltes.L\u2019épuration des eaux consiste à retirer des eaux tant domestiques qu\u2019industrielles les matières solides qui, lorsque jetées dans les cours d\u2019eau naturels, exigent une si grande quantité d\u2019oxygène pour se décomposer, qu\u2019elles rendent la vie des animaux et des plantes aquatiques difficile et même impossible.Lorsque le degré de pollution dépasse un niveau donné, ces êtres vivants ne peuvent plus le tolérer sans en être affectés sérieusement dans le fonctionnement normal de leur organisme, ce qui conduit à la mort et à la disparition de certaines espèces.L\u2019épuration de3 eaux résiduaires amenées par nos conduites d\u2019égouts publics ne doit donc pas être considérée comme une servitude onéreuse ajoutée au coût de ce service public, mais bien plutôt un allégement de la tâche de l\u2019homme à se procurer de l\u2019eau potable à un degré de pureté aussi élevé que possible. RÉCUPÉRATION DES REBUTS.575 D\u2019autre part, si la richesse qu\u2019est l\u2019eau n\u2019est pas sagement administrée, comme toute autre richesse d\u2019ailleurs, elle peut être la cause de grands maux pour l\u2019homme: en effet, si elle n\u2019est pas convenablement contrôlée, quant à son débit depuis sa source, elle peut être un des fléaux les plus dévastateurs: inondations, érosions, glissements de terrains, abaissements des niveaux des rivières et des lacs, handicap au commerce et à l\u2019industrie des nations, donc à la vie économique et même à la vie tout court.Par contre l\u2019usine d\u2019épuration d\u2019égouts desservant une population de 50,000 habitants et plus produit quotidiennement des quantités suffisantes de boues pour procurer un revenu non négligeable à l\u2019exploitation de l\u2019usine, que celle-ci soit opérée par une corporation municipale ou bien par une entreprise privée.L\u2019eau propre est, pour sûr, une nécessité fondamentale de la vie.L\u2019homme, pour vivre de nos jours, consomme, en moyenne, au bas mot 100 gallons (1000 livres) d\u2019eau par jour et l\u2019industrie, pour sa part, en utilise des quantités énormes, quoiqu\u2019il soit impossible d\u2019en faire un juste estimé à cause des différentes provenances.Nous avons aussi besoin de sa propreté pour le tourisme, les sports (pêche, natation, jeux aquatiques), la détente, le plaisir et la joie de vivre: les sources jaillissantes, les fontaines, etc., la cure de santé dans les stations thermales (les thermes des anciens).Or la nature a fait les choses pour que nos efforts intelligents ne soient pas vains, puisque à cette utilité est attachée une nécessité rentable de restitution au sol d\u2019éléments qui le restaureront.En définitive, nous pouvons dire que l\u2019épuration de nos eaux n\u2019est pas simplement une obligation ingrate, mais une amélioration importante dans l\u2019administration des biens que Dieu nous a confiés et qui nous permettra de vivre mieux et plus longtemps.En combinaison, avec le problème du compost, c\u2019est toute une politique de véritable administration scientifique de la substance même du 576 ACTION NATIONALE monde qui nous est proposée à une heure où l\u2019humanité s\u2019interroge sur la capacité de soutenir ses populations croissantes.Le temps des gaspillages d\u2019abondance apparaît terminé ; c\u2019est l\u2019heure de la récupération et des utilisations rationnelles qui sonne.Paul-Emile LAPALME BIBLIOGRAPHIE Banque Royale du Canada: Bulletins mensuels, 1956-1965.Compost Science, (Revue) 1964-1965.Constellation, (Revue), Fév.1965, \u2014 Alerte: La terre manque d\u2019eau potable.J.-F.Kennedy\u2019s Inaugural Address, Jan.21st.1961.Atlas-Géographie mondiale par les Frères Maristes, 1923.William Ryan, Presse Associée, Fév.1965.La faim dans le monde.La transformation des ordures ménagères, La Haye, Hollande, pub.no 145.Chronique Organisation mondiale de la Santé, Vol.18, 5 mai 1964, Eau, santé, progrès social.Sélection du Reader\u2019s Digest, mars et oct.1963.Dr Albert Alarie, agronome, Université Laval de Québec.Conf.: Compostage.Dr André Voisin, Académie des Sciences de France.Conf.à l\u2019Univ.de Montréal, 1963, et Volume \u201cLes nouvelles lois scientifiques d\u2019application des engrais, Québec 1964; Lucien Bernier, Agence France-Presse.La mer est gravement menacée par les déchets qu\u2019on y jette, Février 1965.The Gazette, Montréal, Fév.1965.\u2014 Les laideurs du Canada.American Water Works Association, Annual Conference, juin 1964, et Journal.Ecriture Sainte: Isaïe, Ch.49, v.8-15; Luc, Chap.16, v.19-31.M.S.Anderson, The Soil and Crop Science Society of Florida, Vol.16, 1956.Compost as a means of garbage disposal.Dictionnaire Larousse universel.LOOK Magazine, jan.12 1965.Dr Hope, Hanovre, Allemagne, \u201cQue faire des ordures ménagères, mars 1965.Water pollution in Ontario, a Report by the Conservation Council of Ontario, 64.John Gunther: Inside the twentieth Century, The Century that has produced the worst wars the worst depressions, the greatest prosperity and the biggest revolutions in all human history.LOOK, Magazine, January 12th 1965.C.Sanders (Nouvelles d\u2019Allemagne) \u201cQue faire des ordures ménagères\u201d?mars 1965.NAWAPA: Watering a Continent, NEWSWEEK, feb.22nd 1965.The Haricanaw River, The great replenishment and Northern Development Canal.(The Grand Canal).Low Water Hurts Great Lakes Economy.T.W.Kierans, Sudbury, Ontario. cjCcô écrits et les li u/reS Écrits 1964-65 sur le problème français1 IV \u2014 La recherche de solutions L\u2019ICAP s\u2019interroge.enfin ! Nous en étions chronologiquement, au dernier article, bien au coeur de 1965.Entre temps, la pression des événements s\u2019était révélée si forte que même 1 Institut canadien des Affaires publiques n\u2019avait pu s\u2019empêcher de s\u2019inquiéter du problème canadien-français dans sa direction nationaliste.Ce n\u2019était pas peu dire, car on sait assez combien cet organisme s\u2019était employé, sous le couvert de la plus pharisaïque objectivité, à détruire le nationa- 1.Rappelons pour mémoire la liste des ouvrages revus dans les articles précédents: Bernard Bissonnette, \u201c Essai sur la Constitution du Canada\u201d: Association Canadienne des Economistes, \u201cLa planification économique dans un Etat fédératif\u201d: Philippe Aubert de la Rüe, \u201cCanada incertain\u201d; Conseil de la Vie française, \u201cBilinguisme et biculturalisme au Canada\u201d; Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal, \u201cLe bilinguisme et l\u2019union canadienne\u201d; Commission Laurendeau-Dunton, \u201cRapport préliminaire.\u201d; Association canadienne des écoles de commerce, \u201cRapport de la huitième conférence annuelle\u201d; Marie-Blanche Fontaine, \u201cUne femme face à la Confédération\u201d; Marcel Chaput, \u201cJ\u2019ai choisi de me battre\u201d; Joseph Costisella, \u201cPeuple de la nuit\u201d.Et ceux qui le seront dans les articles suivants: Marcel Faribault, \u201cL\u2019ordre économique canadien-français\u201d; Peter-J.-T.O\u2019Heam, \u201cPeace, Order and Good Government\u201d; Club Fleur-de-Lys, \u201cL\u2019Etat du Québec\u201d; Marcel Faribault et Robert-M.Fowler, \u201cDix pour un\u201d; Daniel Johnson, \u201cEgalité ou indépendance\u201d; Dr René Jutras, \u201cQuébec libre\u201d; Crépeau & MacPherson, \u201cL\u2019avenir du fédéralisme canadien\u201d.^ 578 ACTION NATIONALE lisme canadien-français; et l\u2019on sait assez aussi que ce type d\u2019entreprise est le plus difficile à bouger, ne venant généralement à résipiscence qu\u2019après le Canada anglais lui-même! Mais comme l\u2019avait dit ou écrit quelque part en substance le sociologue Marcel Rioux, l\u2019un des piliers idéologiques de l\u2019affaire : Nous avons été trop vite dans notre interprétation du sens de l\u2019histoire; il importe que nous revenions en arrière pour assumer le nationalisme afin de le mieux détruire.\u2014 C\u2019est pourquoi à sa séance de septembre 1964, l\u2019Institut décidait de se placer du point de vue de Sirius, selon ses habitudes, et de s\u2019interroger au nom du Canada.\u201cLe Canada face à l\u2019avenir (un pays qui s\u2019interroge)\u201d \u2014 tel fut le thème de la rencontre.L\u2019Institut ne devait pas manquer, pour rester fidèle à sa tradition, de nous apporter sa part de collaborateurs qui, même quand la maison brûle, réussissent à nous parler de l\u2019incendie sans qu\u2019on arrive très bien à se rendre compte s\u2019ils savent qu\u2019il a cours et s\u2019ils sont préoccupés de l\u2019enrayer ou désireux de le laisser s\u2019étendre pour le plaisir de l\u2019expérience.A moins qu\u2019ils ne se décident tout simplement de nous mystifier encore davantage en prenant le parti de jouer aux démystificateurs de tout et de rien.Heureusement que Roland Parenteau, dont est à lire le commentaire sur le thème \u201cCrise de l\u2019unité nationale, crise du régime économique\u201d, a consenti pour sa part à entrer dans le jeu, et à démystifier à son tour l\u2019unité nationale ; c\u2019est une sorte de médaille commémorative à rebours qu\u2019il a frappée en en définissant la nature par \u201cl\u2019action combinée du dynamisme du gouvernement fédéral, de l\u2019inertie des gouvernements provinciaux et du complexe d\u2019infériorité des Canadiens français\u201d (p.86).Quant à André D\u2019Allemagne, l\u2019apôtre du séparatisme à qui on avait fait une petite place en commentaire au démystificateur Albert Breton, il fit forcément un peu figure de Daniel dans la fosse aux lions; il s\u2019en tira d\u2019ailleurs avec brio.Et le tout se termina \u2014 j\u2019oserais dire comme il convenait \u2014 par le fédéralisme coopé- ÉCRITS SUR LE PROBLÈME CANADIEN-FRANÇAIS\u2014IV 579 ratif de Jean-Luc Pépin, dont j\u2019ai assez dit déjà pourquoi son argumentation sur le sujet ne peut guère nous inspirer qu\u2019un mot: Farceur! (cf L\u2019Action nationale, novembre 1964).Mais les livres à prétention constructive n\u2019ont pas tous été de ce calibre plutôt médiocre.Le rapport préliminaire de la Commission Laurendeau-Dunton avait déjà fait mieux, avant même de vouloir construire, en sortant le problème canadien-français, pour tout le Canada anglais autant que pour le Canada français, de sa simple perspective bilingue, et même biculturelle au sens trop étroit du terme.Il y a, au Canada, une nation française qui demande de pouvoir vivre pleinement sa vie, telle est la dimension à envisager.Et c\u2019est bien ce niveau-là de la question qui intéresse la majeure partie, sinon la totalité, des écrits politiques du Canada français.Jamais la question des droits bilingues a-t-elle occupé une place plus accessoire dans nos préoccupations qu\u2019à l\u2019époque actuelle.Ce n\u2019est pas tellement vers l\u2019obtention de privilèges de la part des Canadiens anglais que le Canada français est maintenant tourné, mais bien avant tout vers la construction interne de son Etat national dans le Québec.« Lesage s\u2019engage ».où et à quoi ?Le premier ministre de la province de Québec, M.Jean Lesage, a mis lui-même ce mouvement définitivement en branle, dans l\u2019ordre politique concret, lors de la conférence fédérale-provinciale tenue à Québec le 31 mars 1964.Le retrait graduel du gouvernement fédéral de la fiscalité directe et le droit de retrait d\u2019une province des plans conjoints fédéraux avec compensation par élargissement approprié du champ fiscal provincial, telles étaient les mesures pratiques de départ qu\u2019il y réclamait C\u2019était un bon départ ! Malheureusement la suite des événements ne nous a pas fourni la démonstration d\u2019une action bien cohérente ni très ferme de la part du gouvernement de Québec.Celui-ci s\u2019est tenu très loin, dans 580 ACTION NATIONALE les nouveaux plans conjoints ou autres plans de participation à des activités provinciales que le Fédéral a continué de lui imposer, de la reconnaissance de cette complète liberté \u201cd\u2019agir à sa guise à l\u2019intérieur des domaines qui ne seraient plus soumis à la réglementation fédérale\u201d (p.18), qu\u2019il réclamait pour après le 1er janvier 1967 dans les plans conjoints déjà établis.Pis encore et marquant une régression inquiétante, il y a eu depuis, le jeu sur les mots de la dernière conférence du 19 juillet à propos de l\u2019assurance-santé (cf.L\u2019Action nationale, septembre 1965, éditorial, et octobre 1965, p.206).Cette dernière attitude contredit complètement ce qu\u2019il disait le 31 mars 1964: \u201cCependant pour des raisons politiques faciles à comprendre, les provinces peuvent difficilement refuser les subventions rattachées au programme à frais partagés.Ces subventions deviennent ainsi une contrainte qui, à toutes fins utiles, place les provinces dans un état de subordination vis-à-vis le gouvernement central.En effet, si certaines d\u2019entre elles, à cause de leur position constitutionnelle, ne veulent pas se soumettre aux conditions fixées par le gouvernement central, elles sont gravement pénalisées puisqu\u2019elles se voient privées de sommes auxquelles leurs citoyens ont pourtant contribué\u201d (p.14).Or, en juillet de cette année, nous avons vu M.Lesage consentir à un plan fédéral d\u2019assurance-santé qui rend difficile à toute province de \u201crefuser les subventions rattachées à (ce) programme à frais partagés\u201d.Nous l\u2019avons vu abandonner l\u2019Alberta qui s\u2019estime placée dans un \u201cétat de subordination vis-à-vis le gouvernement central\u201d, parce que se trouvant parmi les \u201ccertaines d\u2019entre elles, (qui) à cause de leur position constitutionnelle ne veulent pas se soumettre aux conditions fixées par le gouvernement central\u201d.Nous l\u2019avons vu se laver les mains de cette sorte de trahison de l\u2019autonomie en arguant que les conditions du Fédéral ne sont pas des conditions, vu qu\u2019elles se trouvent en accord avec les vues du Québec ÉCRITS SUR LE PROBLÈME CANADIEN-FRANÇAIS\u2014IV 581 sur ce que doit être un plan d\u2019assurance-santé.Ce pragmatisme de la lutte pour l\u2019autonomie sur la base de divergences actuelles seulement, et non sur le terrain fondamental du principe de la non-intervention fédérale dans les matières provinciales, est d\u2019ailleurs aussi une trahison de l\u2019esprit québécois dont notre premier ministre devrait avoir le souci d\u2019être le premier témoin en cette terre d\u2019Amérique.C\u2019est au surplus une participation trop intégrale au fameux fédéralisme coopératif pour qu\u2019elle soit pardonnable à l\u2019heure actuelle au premier ministre du Québec, à qui on peut bien passer qu\u2019il y adhère verbalement pour sauver la face de l\u2019unité partisane du parti libéral à Québec et à Ottawa, mais à condition qu\u2019il ne le pratique pas dans les faits.Le peuple canadien-français en a assez, peut-on croire, des mystifications traditionnelles des politiciens, jouant à l\u2019autonomie provinciale par des formules qui servent surtout les intérêts de la solidarité partisane en faveur du grand parti central.(1) La Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal et la constitution C\u2019est de cette duperie que Madame Marie-Blanche Fontaine (2) a raconté la triste tragédie sociologique.C\u2019est elle aussi qui incite les Canadiens français à réclamer des solutions claires et nettes à notre situation.C\u2019est ce que la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal a déjà bien dit au gouvernement de Québec dans son mémoire au Comité parlementaire de la Constitution, à peu 1.\tAux dernières nouvelles et au moment d\u2019aller en mise en page avec ce texte, M.Lesage vient de nouveau de prendre en parole un engagement catégorique.Il est bien prêt à laisser les autres provinces se servir d\u2019Ottawa pour réaliser leurs projets centralisés, mais Québec n\u2019acceptera plus que la compensation fiscale, absolument et totalement inconditionnelle, pour tout plan nouveau, ou tout élargissement des plans actuels, et pour ces derniers seulement durant la période de transition se terminant au plus tard en 1970.Que M.Lesage tienne vraiment cette ligne dorénavant et nous lui pardonnerons volontiers le reste.2.\tCf.L\u2019Action nationale, décembre 1965. 582 ACTION NATIONALE près dans le même temps que Monsieur Lesage formulait ses vues devant la Conférence fédérale-provinciale de mars 1964.Monsieur Lesage, très modérément, avait déjà dit dans son mémoire que ses revendications \u201c(pourraient) même conduire à une réforme en profondeur du fédéralisme canadien\u201d (p.2).La Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal avertissait en somme le gouvernement que, dans son propre intérêt et pour sa protection contre ses propres faiblesses (et combien l\u2019événement lui donne raison!), il fallait plus qu\u2019une réforme en profondeur du fédéralisme actuel.Il fallait pousser plus loin l\u2019évolution, évolution amorcée depuis 1763, et passer du stade atteint en 1867 de la demi-indépendance à celui de l\u2019indépendance par la formule des Etats associés.J\u2019ai déjà dit ailleurs (cf.L\u2019Action nationale, mars 1965), le point de désaccord que nous entretenons au nom de l\u2019objectivité scientifique, entre les points de vue historiques qu\u2019a soutenus Michel Brunet dans ce mémoire et ceux que nous avons toujours tenus, dans l\u2019ensemble et avec des variantes individuelles d\u2019interprétation, à L\u2019Action nationale.Nous ne sommes pas d\u2019accord non plus avec les vues trop sommaires d\u2019introduction sur la \u201cnature réelle du fédéralisme\u201d.Les contingences historiques sont toujours, pour sûr, un élément important à considérer dans l\u2019appréciation des régimes politiques ; mais ne concevoir les régimes politiques qu\u2019en fonction des contingences historiques passées, c\u2019est aussi, à sa façon une forme d\u2019irréalisme; et c\u2019en est une des formes les plus dangereuses parce qu\u2019elle tend à bloquer les avenues du progrès, en faisant rejeter prématurément des formules valables à cause des circonstances défavorables dans lesquelles elles ont été historiquement mises à l\u2019épreuve.Mais nous sommes d\u2019accord que le raccourci historique fort original et fort intéressant qu\u2019a brossé le professeur Brunet pour justifier les conclusions auxquelles en est venue la Société St-Jean-Baptiste, met au moins ÉCRITS SUR LE PROBLÈME CANADIEN-FRANÇAIS\u2014IV 583 bien en valeur les équivoques, aujourd\u2019hui quasi irréductibles à l\u2019intérieur du cadre actuel, qu\u2019a générées le fédéralisme de 1867.L\u2019équivoque actuelle est telle \u2014 et le rapport préliminaire de la Commission Laurendeau-Dunton l\u2019a bien noté \u2014 que nous trouvons maintenant d\u2019accord, dans leur conception de l\u2019histoire, les deux extrêmes de la pensée canadienne.Les centralisateurs et les assimilateurs les plus bornés et les plus entêtés se retrouvent tout à coup alliés aux séparatistes les plus intransigeants, les premiers pour trouver dans l\u2019histoire et dans la Constitution l\u2019appui qui les justifie de rejeter toute revendication canadienne-française, et les autres pour puiser dans cette histoire et dans cette constitution interprétées de la même façon, la preuve qu\u2019il est inutile d\u2019y chercher quelque forme que ce soit d\u2019aménagement ou d\u2019accommodement avec le Canada anglais.Cette conception explique que la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal en soit venue, dans ses conclusions, non seulement à l\u2019idée des Etats associés, mais à la forme particulière de réalisation de cette formule qui se rapproche le plus du séparatisme intégral: \u201cFormule confédérale, avec chambre confédérale mais où siégeront les représentants des deux Etats associés\u201d (p.118) et conseil suprême de la confédération composé d\u2019un nombre de ministres choisis en part égale pour chaque Etat associé.Le gouvernement confédéral n\u2019exercerait sa juridiction que sur des sujets limités, énumérés avec précision, la souveraineté fondamentale résidant au niveau de chacun des Etats associés.Nous avons déjà dit dans des textes déjà cités (L\u2019Action nationale de septembre 1964 et de juin 1965) pourquoi pour notre part nous préférions, pour le moment, convaincre notre public de l\u2019idée des Etats associés et amener le Canada anglais à la considérer, plutôt que de proposer des projets précis que chacun, surtout chez les adversaires, tend à n\u2019examiner que dans les détails qui lui déplaisent pour pouvoir rejeter plus aisément l\u2019en- 584 ACTION NATIONALE semble.Mais nous n\u2019avons pas dit qu\u2019à notre point de vue, tout le monde devrait nécessairement en faire autant.Au contraire, à condition qu\u2019on ne perde pas de vue la valeur de l\u2019idée générale, il importe que des projets précis et variés soient montés pour illustrer les possibilités et servir de base à la négociation.Il n\u2019y a aucun doute que le mémoire de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal aura été une intéressante contribution dans ce sens.Jacques-Yvan Morin devant la liberté et le fédéralisme Quelques mois plus tard, \u2014 quelques semaines après le colloque de l\u2019Institut canadien des affaires publiques, et comme en réponse à ses efforts de démystification du national \u2014, Me Jacques-Yvan Morin, dans un texte intitulé \u201cLiberté nationale et fédéralisme\u201d reprenait tout le problème de la nation, de plus loin et de plus haut.L\u2019exergue rappelait à nos dénationalisateurs qu\u2019ils avaient peut-être mal compris les idées du grand patron de plusieurs d\u2019entre eux, Emmanuel Mounier, puisque s\u2019il n\u2019était pas nationaliste, il n\u2019en avait pas moins écrit: \u201cLa nation est un élément intégrant de notre vie spirituelle.Elle mourra peut-être un jour, mais son rôle médiateur n\u2019est pas achevé.\u201d Jacques-Yvan Morin, dans un texte de très grande hauteur de vue et d\u2019un très grand réalisme en même temps, de rappeler alors que les questions en jeu ne sont le propre ni de la réserve québécoise, ni de \u201cnotre mythologie\u201d comme l\u2019ont dit d\u2019aucuns, mais d\u2019idées \u201cd\u2019une portée universelle, car elles mettent en jeu le seul moyen pratique dont la science politique ait disposé jusqu\u2019ici pour réconcilier les nations et les Etats dans la liberté\u201d.Et l\u2019auteur de montrer que loin d\u2019être en régression, le concept et le fait nation constituent au contraire le grand fait de civilisations qui a succédé à la notion des hauts faits d\u2019empires.En dépit de ses tares originelles, ÉCRITS SUR LE PROBLÈME CANADIEN-FRANÇAIS\u2014IV 585 c\u2019est sur lui que s\u2019appuieraient, pour se construire naturellement, la notion et le fait d\u2019humanité, en passant peut-être par le fédéralisme.Ce qui aurait alors fait défaut au Canada, c\u2019est qu\u2019on aurait trop voulu copier les Etats-Unis en renchérissant encore sur la centralisation, sans assez voir le caractère unique de la fédération canadienne d\u2019être \u201cfondée sur la présence historique de deux groupes nationaux, suffisamment différents pour servir de point de ralliement culturel aux nouveaux venus\u201d.Dans ces conditions, il y a un minimum nécessaire d\u2019adaptation constitutionnelle pour réconcilier un \u201cself-government accru du Québec et l\u2019intégration croissante des autres provinces\u201d.Ce minimum serait: Un statut particulier pour le Québec au sein de la Confédération, impliquant une autonomie telle du Québec que \u201cl\u2019Etat provincial deviendrait le centre des décisions portant sur son propre développement économique, jouissant de tous les pouvoirs nécessaires à la planification régionale, (.) confirmant son rôle principal dans l\u2019organisation de la sécurité sociale, (.) la participation active du gouvernement québécois au sein des organes fédéraux (.), en effectuant un remaniement du sénat et de certains secteurs de l\u2019administration en sorte que des représentants de l\u2019Etat provincial puissent y siéger, (.) la protection des droits minoritaires des Anglo-Canadiens dans le Québec et des Canadiens français dans les autres provinces\u201d.L\u2019auteur a convenu lui-même d\u2019avance que pour suggérer ces solutions, il s\u2019est placé \u201cdans la perspective où les dirigeants anglophones comprendraient la situation avant qu\u2019il ne soit trop tard, et sauraient faire accepter le nouvel état de choses par leurs compatriotes\u201d.Dans cette optique justement, étant donné les conclusions que ratifie le rapport préliminaire Laurendeau-Dunton, il peut paraître douteux qu\u2019il vaille la peine d\u2019entreprendre des négociations sur une telle base, aussi compliquées en fait à mettre au point qu\u2019une formule plus satisfaisante au départ comme pour l\u2019avenir, tels les Etats associés. 586\tACTION NATIONALE Ce serait, en somme, fournir au Canada anglais une diversion trop facile que d\u2019accepter de faire fond sur le statut particulier.Il faut explorer attentivement le sens à donner à cette idée, justement en tant qu\u2019elle est à considérer comme minimum vital et comme étape vers les Etats associés.Elle revêt une valeur pratique considérable pour guider l\u2019action courante; mais il serait malheureux qu\u2019on en fît un objectif ayant valeur définitive, car seule l\u2019expérience pourra nous révéler si une telle situation peut vraiment constituer un équilibre stable sur lequel Québec pourrait s\u2019appuyer sans risquer que recommence une autre ère de dépréciation comme celle que nous a value la Confédération et à laquelle, cette fois, nous pourrions difficilement survivre.Et en attendant ?En attendant, Raymond Barbeau, sensible au fait qu\u2019on a souvent accusé les séparatistes de ne s\u2019occuper que des objectifs ultimes de l\u2019évolution politique du Canada français, propose comme étape intermédiaire à réaliser avant l\u2019indépendance, l\u2019unilinguisme au Québec.C\u2019est le sens de son tout récent ouvrage, \u201cLe Québec bientôt unilingue\u201d.Personnellement, je ne cache pas que je n\u2019aime pas cette expression d\u2019unilinguisme et que son emploi me paraît brouiller singulièrement la cause que l\u2019on veut par là défendre.D\u2019ailleurs, une des caractéristiques de cet ouvrage de Barbeau, pourtant tout entier consacré à ce sujet, c\u2019est que ce terme n\u2019y est nulle part défini.Qu\u2019entend-on exactement par là?Et à quelles politiques concrètes cela conduit-il?Si bien qu\u2019adhérer à la thèse de l\u2019unilinguisme, c\u2019est vraiment ne pas savoir à quoi on s\u2019engage, car l\u2019unilinguisme n\u2019est pas de soi un terme de principe, mais de politique, d\u2019action.Le principe, c\u2019est qu\u2019au Québec, la langue française soit proclamée la seule langue officielle, acte juridique facile à saisir et à circonscrire, quitte pour le moment à réserver les droits ÉCRITS SUR LE PROBLÈME CANADIEN-FRANÇAIS\u2014IV 587 limités que garantit, pris au texte, l\u2019Acte de 1867 aux minorités anglophones.Et après cela de vivre cet état juridique et de voir comment il peut nous permettre de réaliser l\u2019unilinguisme ; et sous quelle forme celui-ci peut paraître désirable; car n\u2019oublions pas qu\u2019à sa limite extrême l\u2019unilinguisme au Québec pourrait signifier qu\u2019on n\u2019aurait le droit de n\u2019y parler partout et en tout temps que le français.Dans son livre, Raymond Barbeau n\u2019a rien précisé de tout cela.Il s\u2019en est tenu à faire un plaidoyer pour la langue française au Québec et à faire le procès du bilinguisme, le tout sous les différents aspects culturels, linguistiques, pédagogiques, sociaux, historiques et politiques.Nulle part son texte n\u2019est assez clair et assez précis pour qu\u2019on puisse déterminer comment il veut réaliser l\u2019unilinguisme et jusqu\u2019où.La satisfaction qu il éprouve de ce que la Société Saint-Jean Baptiste ait recommandé la proclamation du français langue officielle sous la réserve des droits inscrits à l\u2019article 133 de l\u2019A.A.N.B.pourrait laisser croire qu\u2019il n\u2019exigerait pas autre chose.Mais dans ses conclusions, il ajoute: \u201cL\u2019Etat du Québec s\u2019assurera que le français est bel et bien utilisé comme langue de travail dans les maisons de commerce, les industries, les milieux d\u2019affaires partout au Québec, et que les affiches et publications soient rédigées en bon français\u201d.Objectif désirable, mais comment l\u2019atteindra-t-on ?La réponse à cette question n\u2019est pas assez indifférente, en regard des vastes problèmes relatifs aux droits privés qu\u2019elle soulève, pour qu\u2019on puisse adhérer à une politique d\u2019unilinguisme qui n\u2019aurait pas d\u2019abord précisé les voies et moyens dans un programme clair.De même, les conclusions de Barbeau impliquent qu\u2019on devrait aller jusqu\u2019à interdire l\u2019emploi, dans tout hôtel, auberge, motel, restaurant, au moins aux personnes en contact avec le public, si elles ne comprennent et ne parlent pas suffisamment le français.Est-ce vraiment 588 ACTION NATIONALE faisable, décemment faisable?et quelles sont les conséquences qu\u2019engendrerait un tel décret proclamé à l\u2019heure actuelle?Ces conclusions paraissent aussi impliquer qu\u2019il n\u2019existerait au niveau primaire que des écoles françaises, avec enseignement de la langue seconde au secondaire seulement, quitte aux anglophones à maintenir des écoles séparées à leurs frais, c\u2019est-à-dire donc tout en payant leur part d\u2019impôt à l\u2019école générale et sans recevoir de subventions.Ici on peut remarquer que la mesure n\u2019est pas aussi arbitraire qu\u2019elle le paraît en raison de la situation établie, puisque c\u2019est exactement le régime auquel sont ou ont été soumis les Canadiens français des autres provinces, et qui n\u2019était même pas toujours possible.Mais serait-il sage de procéder brutalement à l\u2019installation de ce régime sans avoir passé par l\u2019intermédiaire de plusieurs autres étapes?Le radicalisme n\u2019a de sens que s\u2019il est un radicalisme de principe, assis sur un sens de l\u2019art du possible au plan politique.Ce qui est peut-être le plus grave de la situation actuelle au Canada français, c\u2019est cette confusion des esprits qui, enlisés dans un pragmatisme croissant (processus d\u2019assimilation à la mentalité anglo-saxonne) méprisent de plus en plus l\u2019adhésion aux principes, attitude supposément irréaliste.Ne se gênant plus alors quant aux concessions sur les principes et au mépris de la recherche de solutions transitoires permettant de concilier pratique et principe, on transporte le radicalisme sur le plan pratique sans tenir compte des principes en jeu.C\u2019est ainsi que pour atteindre une fin pratique désirable, l\u2019établissement définitif d\u2019un Québec français, on mettrait ici en jeu tout le principe de la liberté des institutions privées, établies à la demande des parents ou patronnées par eux, et de leur droit de recevoir leur part des subventions de l\u2019Etat.En somme, peut être plus encore que la priorité ou l\u2019exclusivité de la langue française au Québec, presserait-il davantage de restaurer l\u2019intégrité de l\u2019esprit français ÉCRITS SUR LE PROBLÈME CANADIEN-FRANÇAIS\u2014IV 589 (Cf.éditorial L\u2019Action nationale, octobre 1963).Car, de toute façon, que ferons-nous d\u2019une langue dont nous avons perdu l\u2019esprit?Même s\u2019il ne faut pas, d\u2019autre part, mépriser le rôle que pourrait jouer une restauration de la langue sur celle de l\u2019esprit lui-même.Pour sûr, j\u2019ai conscience d\u2019être presque injuste de faire porter à Raymond Barbeau tout le poids de cette remarque, alors qu\u2019il est sûrement parmi ceux à qui elle s\u2019applique le moins, la passion et la conviction jouant chez lui un rôle plus important que le pragmatisme pour expliquer sa tendance aux solutions extrêmes.Mais la situation qu\u2019il fournit l\u2019occasion d\u2019illustrer montre bien comment il nous importe de cultiver à la fois la fermeté et l\u2019irrédentisme dans les principes, associés à la patience et à l\u2019habileté dans la recherche des solutions.Autrement nous risquons, comme Samson, d\u2019être les propres victimes du temple que nous voulons ébranler.François-Albert ANGERS LE CARDINAL ROY ET LES INSTITUTIONS PRIVÉES \"Il serait extrêmement regrettable qu\u2019un système nouveau ne permette pas la survie et le royonnement d'institutions non seulement vénérables à cause de leur passé, mais egalement remarquables, dans un contexte moderne, par leur energie et leur personnalité.Dans tous les pays de gronde civilisation, les institutions libres ont hautement contribué, en même temps que celles de l'Etat, à maintenir la culture à un bout niveau; elles sont considérées comme l'un des plus précieux éléments du patrimoine national.Il ne faudrait pas qu'une dissection hâtive et maladroite réduise ces êtres vivants à l'état de pièces onotomiques et condamne à mort les grandes écoles à qui nous devons d avoir survécu.\" Extrait de l'allocution prononcée par S.E.le Cardinal M.Roy, lors du dévoilement de la statue de Mgr de Laval, au Parlement de Québec, le 15 juin 1965. oLa voix des jeunes La continuité entre les générations Ce centenaire que l\u2019on voudrait nous faire fêter Ouvrant l\u2019enveloppe contenant \u201cLe Journal de l\u2019Expo\u201d, je découvris un imprimé portant ce slogan: \u201cCentenaire 67, célébration d\u2019un nouveau départ\u201d.C\u2019était, je n\u2019en doutais plus, une de ces publications écrites par un Canadian, puis ensuite traduites dans notre langue et où on nous chante les progrès du Canada coast to coast, même s\u2019ils se font sur notre dos et contre notre volonté.Je ne me trompais guère.Cette phrase, tirée de l\u2019imprimé et acceptable pour un Laurier, un Pierre Elliott-Trudeau, mais certainement pas par un Canadien-français digne de ce nom, vous le prouvera : \u201cEn cette époque particulièrement féconde où le peuple canadien mûrit, se cherche, prend conscience de son identité et acquiert un regain de confiance nationale, l\u2019anniversaire du premier siècle de la Confédération devient beaucoup plus qu\u2019une date historique et un rappel du passé: c\u2019est, à point nommé, l\u2019occasion par excellence pour célébrer l'étape exaltante que nous vivons, celle d\u2019un nouveau départ.\u201d Et l\u2019imprimé, toujours rédigé dans le même esprit, poursuit : LA CONTINUITÉ ENTRE LES GÉNÉRATIONS\t591 \u201cNouveau départ vers de brillantes perspectives, commandant des défis à la mesure de la jeunesse et de la vitalité de la nation canadienne.L\u2019an 1967, c\u2019est le rendez-vous d\u2019un pays jeune comme demain, une année de réjouissance pour tous les Canadiens et leurs amis de par le monde\u201d.S\u2019il est tout à fait normal que les Canadians se réjouissent en 1967 du centenaire du BNA Act, je ne vois pas pourquoi moi, comme Canadien français et comme Québécois, je me réjouirais d\u2019une telle chose.Le BNA Act, la Confédération n\u2019ont jamais été autres choses, à mes yeux, que des structures et des situations qui nous furent imposées par la force des choses, des structures et des situations que je n\u2019ai jamais librement choisies et que je ne puis que tolérer en espérant qu\u2019elles disparaissent un jour.Si les Canadians veulent que nous ayons nous aussi quelque chose à fêter en 1967, il est plus que temps qu\u2019ils y pensent sérieusement, qu\u2019ils remettent en question cette Confédération morbide qui, loin de nous apporter quelque chose, n\u2019a servi qu\u2019à assimiler un demi-million des nôtres et à drainer vers Ottawa des millions de dollars qui, mis à profit au Québec, auraient pu nous aider à être enfin \u201cmaîtres chez nous\u201d.Non, ce centenaire de la Confédération je ne le célébrerai pas; et je combattrai même sa célébration que cela plaise ou non aux bon-ententistes et aux partisans du compromis à tout prix.Avec ceux de ma génération qui se tiennent debout, et ils sont de plus en plus nombreux, je combattrai ceux qui par leur indifférence ou leur lâcheté se font les complices de ce génocide latent qu\u2019est pour notre nation l\u2019actuelle Confédération.Je suis prêt à sacrifier ma jeunesse s\u2019il le faut pour que ma nation, dont l\u2019existence est ma seule raison de vivre et son épanouissement mon seul espoir, et ma patrie soient autre chose qu\u2019une éternelle minorité soumise aux désirs et aux ordres d\u2019une majorité qui est somme toute fort peu compréhensive.Et s\u2019il nous fallait compter sur le seul fair play de ces messieurs pour survivre, j\u2019aimerais mieux n\u2019être jamais né. 592 ACTION NATIONALE Un défi à relever Ce qui est devant nous, ce qui nous attend, c\u2019est un défi.Si nous ne le relevons pas, nous acceptons une fois pour toutes cette assimilation que l\u2019on nous a maintes fois offerte et que nous avons toujours, consciemment ou non, collectivement refusée jusqu\u2019à ce jour.Nous deviendrions alors, dans tout au plus deux générations, de parfaits Canadians, supprimant ainsi tout le problème que notre présence pose à l\u2019autre nation.On pourrait alors écrire \u2014 enfin diraient certains \u2014: one nation, one language, one flag.C\u2019est la solution des faibles, des timorés, des colonisés inconscients que sont les fédéralistes.Mais ce n\u2019est pas celle que notre jeunesse a choisie.Non, la jeunesse québécoise, fière malgré tout de son passé et fermement décidée à conserver son héritage culturel et linguistique, si atteint soit-il par les effets inévitables de ces longs siècles de noirceur dont nous sommes affligés depuis 1760, est prête à relever le double défi que représente la lutte à entreprendre contre la situation actuelle et l\u2019édification du Québec de demain.La réalisation du premier permettant d\u2019envisager le second.Nationalisme et politique Ce qui nous différencie des moins jeunes c\u2019est notre impatience, notre ardeur et notre radicalisme.Si nous sommes moins patients c\u2019est peut-être parce que vous l\u2019avez trop été.Si nous vous paraissons plus ardents c\u2019est que, nous sommes jeunes, et naïfs aussi.Quant à notre radicalisme, il est issu de notre impatience et de notre ardeur.C\u2019est ce radicalisme qui, par exemple, a poussé certains des nôtres que le système actuel exaspérait à utiliser la violence.Mais, nous n\u2019avons ni à les juger, ni à les condamner: l\u2019histoire le fera pour nous.Le radicalisme est un phénomène propre à toutes les générations, même s\u2019il se manifeste plus ouvertement LA CONTINUITÉ ENTRE LES GÉNÉRATIONS 593 et plus bruyamment aujourd\u2019hui.Il y a trente ans, la jeunesse canadienne-française suivait Lionel Groulx; aujourd\u2019hui, elle suit, avec la même ardeur, les chefs indépendantistes.A la première on parlait d'Etat français, à la seconde on parle d\u2019un Etat québécois souverain.Entre les deux il n\u2019y a qu\u2019une étape; il a suffi de deux générations pour la franchir.Vous les nationalistes, qui êtes de cette première génération ou de l\u2019intermédiaire, vous parlez d\u2019Etat associé, d\u2019un statut particulier; nous, nous avons ajouté à l\u2019idée et au sentiment nationaliste l\u2019idée plus globale d\u2019un Etat politiquement souverain.Au fond, ni les uns ni les autres ne sont satisfaits de l\u2019ordre établi du présent régime constitutionnel.De même que tous deux nous avons lutté contre cette formule Fulton-Favreau, nous continuerons de lutter pour réaliser un Québec fort.Et même si, ne nous sentant pas du tout Canadiens, nous sommes désireux de faire du Québec un Etat politiquement indépendant, rien ne nous empêche de travailler avec vous à la réalisation de ce Québec fort qui demeure quand même pour nous une étape préliminaire.Et nous ne sommes que trop loin de ce Québec fort.Plus de temps à perdre Nous n\u2019avons en effet plus de temps à perdre si nous voulons y arriver.En 1967 les Canadians fêteront le centenaire de leur Confédération.Souhaitons que nous, nous soyons alors très près de réaliser ce Québec fort.Que ce soit un Etat associé pour les uns, ou indépendant poulies autres, qu\u2019importe.Ce qui est important c\u2019est qu\u2019il soit, et le plus tôt possible.Claude LARIVIERE orreSnondan.ee Logique française et régime confédératif canadien Cher monsieur Angers, Je viens vous livrer quelques impressions sur le court débat que vous avez eu à l'émission Aujourd'hui, avec le représentant des Acadiens, M.Boudreault.Je ne saurais vous dire combien j'ai trouvé que la logique française était cruelle pour ce pauvre homme qui devait retourner parmi la majorité anglophone qui domine dans les Maritimes et qui devait, par conséquent, ne pas admettre qu\u2019Ottawa ne doit pas fixer l\u2019éducation comme but à son aide aux Provinces.Combien, aussi, elle était cruelle pour ce même homme qui était pour le moment mis en face de ses compatriotes francophones du Québec qui, eux, sont majoritaires chez eux et peuvent sans trop de gêne, actuellement, dire que l\u2019éducation est réservée aux Provinces et qu'Ottawa doit respecter la constitution.Cet incident m\u2019est apparu comme l\u2019image la plus exacte de la situation dans laquelle la constitution place les francophones en ce pays: minoritaires au fédéral et minoritaires dans toutes les Provinces, sauf au Québec.Pendant le débat, je me référais à une autre situation qui aurait pu être à la place: une fédération ethnique des deux groupes, le francophone et l'anglophone, au Canada, puis s\u2019imbriquant dans cette fédération ethnique, une confédération territoriale qui prendrait tout le territoire actuellement compris LOGIQUE FRANÇAISE ET RÉGIME CONFÉDÉRATIF.595 dans ce qu\u2019on appelle faussement la confédération canadienne.Dans cette situation nouvelle, voici comment j\u2019imaginais la conduite qu\u2019aurait tenue M.Boudreault: il aurait eu derrière lui non plus seulement une majorité anglophone à ménager, mais une majorité francophone installée sur un pied d égalité dans la fédération ethnique, pour appuyer une prise de position loyale et sans équivoque envers les siens comme envers la logique.Il aurait eu, en plus, l\u2019appui d\u2019un Etat francophone, qui, tout en n\u2019étant pas nécessairement le sien, était obligé de prendre faits et gestes en faveur du groupe francophone dont la présence est permanente au niveau de la fédération ethnique, tandis que, comme Etat confédéré, il a le pouvoir d\u2019équilibrer chez lui les mesures politiques qui sont prises dans cette même optique par les autres ou l'autre Etat confédéré de langue anglaise.Le même homme ne serait pas alors un minoritaire et comme dirait le badaud, le même homme ne serait plus le même homme.Je pensais par la même occasion, combien la logique a la vie difficile au Canada.Ne cherchons pas ailleurs que dans cette situation de gêne et de réserve, la cause principale de la déchéance de la logique française en ce pays et chez notre peuple francophone.Notre civilisation n\u2019a pas droit à sa logique et voilà pourquoi elle s\u2019étiole et se laisse piétiner par le « jouai » et autres bestioles déchues de la grande nature, des vraies bêtes fières, des hommes en possession de leurs moyens.M.Angers, avec votre logique, vous apparaissiez comme un homme cruel qui veut absolument envoyer pendre ce pauvre monsieur Boudreault, tandis que lui, refusait obstinément à la logique de l'esprit son droit prioritaire sur la prévenance envers les représailles possibles de la majorité anglophone.Placé devant un pareil choix, qui peut ne pas être écartelé?C'est pourtant ce qui nous arrive depuis au moins un siècle.Odina BOUTET Note de Monsieur Angers Tout en posant d\u2019une façon excellente un véritable problème, la lettre de M.Boutet me.paraît cependant condamner trop formellement comme impraticable la logique française dans la solution de 596 ACTION -NATIONALE nos problèmes confédératifs.La logique française a sociologiquement la vie dure dans un pareil régime, d\u2019où la difficulté, la précarité relative de notre position; mais elle n\u2019est pas formellement déjouée au point qu\u2019il soit fatal d\u2019assister au dépérissement de l esprit français.Pas fatal dans le sens absolu, même si relativement très risqué.Si un degré d\u2019anglicisation des esprits n\u2019avait pas déjà affaibli par pénétration l\u2019esprit français chez les minorités et même au Québec, y substituant graduellement l\u2019approche, pragmatique à l\u2019approche logique, notre esprit français trouverait des moyens logiques de sortir des problèmes posés.La logique du manque d\u2019argent des provinces maritimes pour subvenir à tous leurs besoins d\u2019éducation, c\u2019est de trouver le moyen de fournir de l\u2019argent aux provinces pour qu\u2019elles puissent remplir leur responsabilité.La logique de la substitution de normes fédérales à des normes strictement et librement provinciales dans les législations que subventionne le gouvernement fédéral est autre et nous devrions facilement le voir en esprits logiques: c\u2019est l\u2019uniformisation des standards réalisés par le biais des réclamations de fonds.Les franco-minoritaires pourraient se faire les défenseurs de la formule qui favorise Vautonomie, provinciale plutôt que celle qui favorise la centralisation.Il y a, au delà, que les minorités ne tiennent guère à cette autonomie provinciale pour eux et qu\u2019ils se sentent plus à l\u2019aise associés au groupe, de la province de Québec à Ottawa.Mais cette réaction élémentaire n\u2019est pas très logique puisqu\u2019elle réduit tout le groupe canadien-français à être minoritaire.Ce que la logique éclairée recommanderait, c\u2019est la sauvegarde des autonomies pour protéger la force du Québec, bastion des minorités, mais la lutte en commun à Ottawa pour faire prendre au sérieux par le gouvernement central son rôle de protecteur des droits minoritaires, dont le principe est déjà dans la constitution pour les minorités confessionnelles protestantes ou catholiques.Ce n\u2019est donc pas la logique qui est en défaut; ce sont les esprits qui semblent avoir perdu le pouvoir de l\u2019apercevoir. LOGIQUE FRANÇAISE ET RÉGIME CONFÉDÉRATIF.597 Note-réponse de Al.Boutet Je suis très heureux que vous preniez la défense de la logique, après ce qui aurait pu paraître, de ma part, une attaque contre elle.Vous remarquerez cependant que je n\u2019ai pris aucun ménagement non plus pour le parti inconstitutionnel des anglophones qui se manifestait dans la position gênante de M.Boudreault.Là où je ne suis pas d'accord, c'est lorsque vous dites, dans votre réponse à ma lettre, que la logique pourrait s\u2019appliquer aux situations concernées et nous permettre de sortir des difficultés qu elles comportent.Il y a à la base de notre participation au régime politique canadien un illogisme qui me paraît insurmontable.Nous, de langue française et, par conséquent, de civilisation culturelle objective, sommes embarqués dans l'aventure la plus subjective que puisse offrir à des partenaires la conception anglo-saxonne de la civilisation.S\u2019il ne s'agissait que de la constitution du pays, la constitution écrite, la logique s\u2019y trouverait certes aussi à 1 aise ici qu\u2019en tout autre pays de culture objective.Mais vous savez déjà que les anglophones trouvent bien mieux à faire que d écrire et de suivre des constitutions, lis ont, au maximum, 1 art de s arrêter seulement à ce qui fait leur affaire et de contourner les textes.Ils savent donner aux organismes des formes d efficacité qui leur permettent de parvenir naturellement à leurs buts.Ainsi, dans la formation des partis politiques au Canada, dans la bonne foi qu\u2019on doit leur reconnaître sous peine d'être publiquement honni, il y a une obligation morale de marcher avec eux, uniquement par la force des pressions subjectives, la confiance qu\u2019ils réclament par toutes leurs attitudes publiques, et vous savez qu\u2019on a marché et qu\u2019on marche encore.Pourtant, objectivement, nous n\u2019avons la majorité dans aucun parti politique fédéral au Canada et c\u2019est la majorité qui décide en ce pays.C\u2019est également la majorité qui fait l\u2019espèce, et voilà où nous avons perdu une part très importante de notre identité, les anglophones pouvant tout faire au nom des Canadiens que nous pensions être.Que valent des textes écrits, même avec logique, pour garder la vie à une culture qui se nourrit d\u2019objectivité, quand la représentation est soumise dès le départ à des conditions qui lui seront toujours totalement étrangères.Le mot aliénation est le seul qui convienne. 598 ACTION NATIONALE Avant même d'être parvenu au parlement, un candidat à la représentation doit soumettre son droit à la décision majoritaire qui penchera inévitablement du côté des anglophones au sein de son parti.Une fois au parlement, la majorité sera encore anglophone.Qu est-ce donc qu être Canadien, sans autre représentation que celle de la majorité, sans autre droit moral que celui d'avoir confiance en nos partenaires anglophones ?Cela n\u2019est pas de l'objectivité et ce n est pas non plus logique, pour une mentalité qui renvoie la pensée à un ordre de chose appris explicitement, comme cela se fait en français, plutôt qu\u2019à une certitude expérimentale et subjective, comme en anglais.En restant dans cette situation, nous sommes aussi logiques que si nous disions à nos représentants.donnez a la ville de Québec tel ou tel édifice public, tel ou tel monument, et, s il vous plaît, veuillez lui donner un nom anglais, afin de respecter le caractère français de la cité où presque tout est en anglais.Nous sommes allés si loin dans cette voie qu\u2019il sera très difficile d en sortir.La logique n'a aucune chance de vivre vraiment là où les faits échappent à un examen ouvert, là où les affirmations ont pour base une confiance obligatoire et une bonne foi aveugle, ainsi qu on le reclame de nous, gens formés à des exigences d\u2019objectivité, pendant que les anglophones tirent leur épingle du jeu, riches de leur expérience subjective ininterrompue.Ils poussent les hauts cris chaque fois qu\u2019un francophone met en doute leur bonne foi, mais que ce dernier perde le sens de ses facultés particulières, cela n\u2019a aucune importance, parce qu\u2019il n'a pas une voix majoritaire et que les francophones ont accepté de participer à ce régime.Nous payons la caution de la confiance qu\u2019il faut avoir en la bonne foi des anglophones et, en retour, ils se rendent responsables de l\u2019autorité en ce pays.Ce phénomène s'étend à toute l\u2019activité canadienne et nous en sommes diminués d\u2019autant.Nous devons, pour maintenir ce gage d\u2019unité qui nous est imposé, ne pas voir les ambitions normales des humains, ne pas concevoir qu\u2019un anglophone a des intérêts qui lui sont propres, ne jamais compter que les êtres sont en rivalité sur cette terre; en un mot, nous devons perdre la notion du combat pour la vie ainsi que celle du caractère légitime des moyens d\u2019action.Il n\u2019y a qu\u2019une forme de civisme, qu\u2019une LOGIQUE FRANÇAISE ET RÉGIME CONFÉDÉRATIF.599 bonne autorité pour apprécier les mœurs, qu\u2019une façon cligne de légiférer et d\u2019administrer: c\u2019est la leur.Que viendrait faire dans cela le texte le plus clair et le plus définitif qu\u2019on puisse imaginer, sinon couvrir sous des apparences encore plus heureuses l\u2019approche de notre mort lente ?Car nous obéissons à des réflexes qui sont en rapport avec leur subjectivité: il faut participer à leur régime pour être canadien; il faut entrer dans leurs partis, dans leurs manières; il faut que le mauvais côté des choses ait une bonne présentation ou qu\u2019on puisse le mettre sur le compte de quelque étranger, un francophone par exemple.Chez les anglophones, quand les choses vont mal, le silence règne; quand le mal s\u2019atténue, ils annoncent leur progrès sans avoir jamais mentionné auparavant que les choses allaient mal pour eux: ils présentent naturellement ce dont ils ont raison d\u2019être fiers, eux les sujets de leur ambition et de leurs préoccupations.Nous, qui sommes éduqués à l\u2019objectivité, qui visons des objets comme les principes, la logique, le raisonnement, etc., sommes entraînés à leur suite dans une subjectivité qui n\u2019est pas la nôtre et pour laquelle nous devons travailler sans la dénoncer jamais.C\u2019est ainsi que nous sommes appelés à voter une motion de confiance qui n\u2019est jamais pour nous.Notre situation est illogique; notre engagement est illogique.Un francophone, surtout s\u2019il est d\u2019une province majoritairement anglophone, porte en ce pays le double poids d\u2019une objectivité qui s\u2019égare et d\u2019une subjectivité qui n'est pas la sienne.Voilà pourquoi je dis que nous devons, au plus tôt, nous affirmer dans une identité qui soit le plus sensible possible à notre esprit et à celui de tous les Nord-Américains qui agissent comme s\u2019ils étaient seuls sur ce continent.Notre identité doit se montrer grande, grosse, épaisse, dure, aussi bien que subtile, pénétrante, facile et claire.Nous devons porter un nom qui n\u2019identifie que nous, que notre politique, que nos réalisations.Nous devons nous placer en position pour voter assez régulièrement une motion de confiance qui nous soit entièrement destinée, puisque nous avons désormais pris goût à la subjectivité.Les séparatistes ont compris cela, et il ne leur manque que d\u2019avoir compris aussi que sur ce continent nous devrons vivre avec d\u2019autres, ce qui n\u2019est pas la même chose que de les laisser vivre à notre place, comme nous le faisons en ce moment.L\u2019indépendance, dans toute la mesure du possible et dans les 600 ACTION NATIONALE formes les moins équivoques possible, voilà certainement ce qu'il nous faut.Je suis en faveur qu'une fédération ethnique subsiste, ou plutôt quelle soit créée au Canada, puisqu'elle n'existe pas vraiment.Mais pas une fédération territoriale comme celle que nous avons.Tout au plus, une confédération territoriale, afin que les populations soient mieux protégées là où elles sont minoritaires.Il n\u2019est pas de ma compétence de fournir des cadres, mais, comme dirait l\u2019homme de la rue, je sais bien ce que j\u2019aime et ce que je n\u2019aime pas.En particulier, je n\u2019aime pas qu\u2019on me prenne pour un autre.Mise à part toute sentimentalité, le simple fait d\u2019utiliser la langue française comme véhicule de la pensée et de la communication, rend nécessaire une vie distincte et, par conséquent, des organismes distincts où cette vie puisse s\u2019exprimer et s\u2019édifier.A ce point de vue, nous vivons dans l'illogisme, puisque ies organismes supérieurs, là où se prennent les décisions majeures, sont sous l\u2019influence des anglophones.Un individu en particulier peut, par des contacts avec la pensée des francophones d'Europe, retracer la logique qui persiste ici et là, fragmentaire, dans la vie canadienne, mais ni une société ni une nation canadiennes-françaises ne peuvent vivre de cette logique là.Nous en sommes la preuve.Odina Boutet, DOUBLE TAXATION \"Protestant, Jewish, and Catholic parents, who face the dilemma of either paying fort the education of their children in a church-related school and foregoing the right to free education or of sending them to the public school contrary to their convictions, are really being treated as second-class citizens.Such injustice exists in no other great county of the western world.\" \"The continuing curtailment of freedom of education in the United States must be reversed if our society is to remain free.The cooperation of Protestants, Jews, and Catholics in such an organization as the Citizens for Education Freedom is a step forward in obtaining liberty for all citizens in choosing education without penalty.Freedom must be fought for by those who believe it necessary to education.The greatest danger in the fight is opathy.If the parents of approximately seven million non-public school children join the struggle for equity in financial aid to all children, the battle for equal rights to diversity in education can and will bé won.\" James A.Fitzgerald, Ph.D., dans BEST SELLERS (The Semi-Monthly Book Review) University of Scranton, Scranton, Pennsylvania 18510, June I, 1965, p.107-108. Directeur de la section culturelle : JEAN MARCEL Toute personne désireuse de soumettre des textes pour publication dans la section culturelle est priée de communiquer avec le directeur.Adresse: L'ACTION NATIONALE Section culturelle, C.P.189, Station N, Montréal, ff^oème par Claude Turcotte -Légende de vieil âge- Devant la maison ouverte, marche à hautes et longues foulées dedans les herbes rouges.Il n\u2019a pour parler des choses anciennes que son inconscience.Il est le seul que les sortilèges des choses étranges n\u2019ont pas tué.Et demain qui est un nouvel arbre ainsi qu\u2019un autre jour, il sait bien que les fièvres l\u2019attaqueront du plus farouche et solide mal.Et Cybelle qui habite cette maison délirante où semble le vent établir ses demeures sans la moindre caresse faisant l\u2019air plus léger que l\u2019air.Cette féroce envie de manger les battures qui s\u2019étendent à perte de pas dans ce fleuve fait de silence.Comme sa sauvage enfance ses goûts sont de terre et d'herbes hautes.Sa demeure est de vent et de pieime et d\u2019immobilité effrayante.Et les sorcières de l\u2019île font danser les cormorans au milieu de la nuit.Tu les écoutes. 604 ACTION NATIONALE Entre le ciel et l\u2019eau se battent dans la lunaison de novembre les âmes des amants.Je t\u2019emmène au miracle des enfantements, car le silence est ton exil.et la moitié de ton pays ne rejoindra jamais l\u2019autre\u201d.On a beaucoup appris à mêler nos visages.Et demain si je moulange les herbes tu sauras que ce n\u2019est pas pour ton visage mais pour casser toutes blessures.La neige nous isole du temps, nous maîtrise comme je ferai du mal.Mais tu ne te rends pas compte du mal.Tu rêves de sorcières et de chemins barrés par les tempêtes.J ai ton pays dans la mémoire.Je sais que tout est immobile comme les planches de ta maison.Je\u201e reconnais le mur jaune, venu d\u2019un autre âge que le nôtre.Et, qui sait, si nous ne savons plus refaire les gestes du pain à couper et de l\u2019eau à mettre sur le feu, c\u2019est peut-être pour des raisons de neiges.Je t\u2019isole au milieu de l\u2019hiver.Depuis deux jours déjà, les neiges nous envahissent.Le frémissement de la main qui traîne sur les draps crie faiblement la peur de l\u2019ombre.Et j\u2019ai mal de ne pouvoir partir.J\u2019ai mal parce que les raquettes sont vides de tes pas et je t\u2019aime pour le blanc que tu m\u2019offres au milieu de ton pays gelé.Ce goût d\u2019immobilité en toutes choses qui t\u2019appartiennent.Bientôt je serai de ton absence, Car, j\u2019enlève la chemise qui recouvrait la lampe et tu as regardé la lumière bouger toute la nuit. 605 LÉGENDE DE VIEIL ÂGE La neige a cessé.Nous marchons.Tu me dis que c\u2019est le sable.Je ne dis rien.Tu marches maintenant et je te voudrais couchée là comme hier.A reprendre le rythme du jour; s\u2019établit le mouvement que je regarde renaître.Il nous faut remonter au commencement des saisons.Tu m\u2019emmènes aux noces des chevaux.Tu m y plonges et leurs sabots me défont le crâne.Pillent mes musiques et mes veines.La terre est sable rouge et la tempête la retourne, la renforce et la retrouve; et je te reviens après ces déchirements habillé de peau de bête.Mes pas sont durs mais ne laissent trace.Je ri ai plus de tête mais des silences durs et froids à t\u2019offrir, poui les nuits de la délivrance.Tu ris et tu cours effrayée de ton oeuvre- Et moi qui n\u2019ai jamais connu la peur au temps des lunaisons je me fais fragile et simple de désespoir Paysage soudain vieilli par le vent de cinq heures.Puis il entre en agonie.Sans être préparé parce que sans besoin de l\u2019être il avait toujours vécu au centre de deux horizons de brûmes_______il vit ses doigts qui disparaissaient, deve- naient de l\u2019air.Et, comme il était enfoui, étendu dans la neige jusqu\u2019à mi-jambes il ne vit pas ses pieds qui faisaie7it de même.Ainsi en fut-il de la bouche et des os jusqu\u2019à ce que deux yeux, immobiles et translucides, étranges transparences mauves, s\u2019écartent l\u2019un de l\u2019autre en de lumineuses porcelaines soulevées dans la clarté des tendres poudreries.Demain les neiges hautes. oCa notion Je létr, lut JanA la 'ancrer dans era tare canadienne - IV LA RUPTURE DÉFINITIVE par André Vanasse Il nous a été donné, grâce à la lecture de Menaud maître-draveur, d\u2019assister à la transformation de la notion d\u2019étranger dans notre littérature.On a pu constater que ce ne sont plus les Anglais seulement qui \u201cbénéficient\u201d du titre de \u201cbarbares\u201d mais bien aussi une certaine partie de la population canadienne-française.Chez Menaud la transition s\u2019est d\u2019ailleurs accomplie imperceptiblement.Sa colère contre le conquérant s\u2019est d\u2019abord muée en une haine féroce envers le Délié dont le nom en lui-même est plus que significatif ; il est apparu, aux yeux de Menaud, comme la concrétisation de l\u2019étranger, celui qu\u2019il fallait à tout prix écraser.On pouvait constater dès ce moment qu\u2019il ne s\u2019agissait plus d\u2019un Anglais mais bien d\u2019un Canadien français qui avait trahi.Mais le traître n\u2019est au fond qu\u2019un prétexte puisque finalement, c\u2019est le justicier lui-même qui deviendra étranger.Il le sera d\u2019abord vis-à-vis la société pour laquelle il oeuvre avec tant d\u2019ardeur, ensuite à lui-même lorsqu\u2019il prendra conscience de l\u2019inutilité de ses actes.Ainsi par un phénomène bizarre, c est celui qui voulait combattre l\u2019étranger qui le deviendra.Le combat de deux races tel était le drame de Menaud maître-draveur.Dans les romans qui suivent on NOTION DE L'ÉTRANGER DANS LA LITTÉRATURE.\u2014 IV 607 constate que c\u2019est toujours la même lutte qui se poursuit, mettant aux prises nomades et sédentaires.Deux idéals se font face, l\u2019un basé sur la soumission, celui du sédentaire, l\u2019autre basé sur la liberté, c\u2019est celui du nomade.Ringuet dans Trente arpents, en traçant le portrait d\u2019Albert a, dans une certaine mesure, esquissé les traits du nouvel étranger: Mais au contraire des autres, et malgré que son labeur lui donnât l\u2019apparence d\u2019un droit sur cette terre, jamais il ne lui avait consenti le don absolu de soi auquel elle est habituée; jamais il n\u2019avait abdiqué entre les mains de la Mere des moissons une liberté qui vivait en lui.Et sans doute était-ce cela qui lui avait gardé, en dépit des années, un air différent qui empêchait que ne s\u2019établit entre les Moisan et lui l\u2019intimité qu\u2019eût engendrée une commune soumission.Entre lui et les choses d ici il n\u2019y avait qu\u2019une alliance, un contrat tacite et réciproque et non point d\u2019une part la^ régence, et de l\u2019autre l\u2019attachement servile à la maîtresse.(1) Ainsi pour la société agraire l\u2019étranger, c est Me-naud, c\u2019est le révolté, c\u2019est-à-dire toute personne qui veut affirmer sa liberté devant un ordre établi qu\u2019elle n\u2019accepte pas.Le cultivateur, dans cette perspective, apparaît comme le soumis, le vaincu, celui qui se plie devant la nature et les événements.Mais justement il n\u2019est pas dupe de sa condition, il sent très bien l\u2019étroitesse de l\u2019univers qu\u2019il s\u2019est assigné d\u2019autant plus que le nomade est là pour le lui faire voir.Elément majoritaire de la population, le sédentaire s\u2019acharnera sur le nomade, mais il lui faut, pour se donner bonne conscience, lui attribuer une origine qui le distingue essentiellement de la sienne propre.L étranger deviendra, bien souvent malgré lui, un Indien.Caractéristique qui offre l\u2019avantage d\u2019être plus ou moins vérifiable concrètement.Il suffit de se rappeler les paroles de Pierre-Côme Provençal, alerté par l\u2019influence pernicieuse du Survenant sur la personnalité naissante de 1.Ringuet, Trente arpents, Montréal, Fides, 1938, p.122. 608 ACTION NATIONALE Joinville, pour constater que l\u2019Indien est beaucoup moins un type de race qu\u2019une attitude psychologique considérée comme inacceptable: \u2014 Méfie-toi de lui: c\u2019est un sauvage.Joinville protesta : \u2014 Il est pourtant blond en plein.Quoi c\u2019est qui vous fait dire ça?Rien qu\u2019à son parler, ça se voit.Il parle tout bas, quand il se surveille pas.Puis il sourit jamais.Un sauvage sourit pas.Il rit ou ben il a la face comme une maison de pierre.\u2014 J\u2019ai pas remarqué._,\t\u2014,Tu l\u2019as donc pas regardé comme il faut?I\taurais vu qu\u2019il a le regard d\u2019un ingrat.A la place de Didace, je le garderais pas une journée de plus.II\ta beau etre blond.(2) Ce qui l\u2019inquiétait surtout, c\u2019était justement ce grand î ire clair, comme le disait si bien Angélina, qui sonnait comme des cloches au vent, comme un chant de force et de bonheur.Il avait dans ses gestes, dans sa démarche même, un \u201cje ne sais quoi\u201d d\u2019attirant qui le rendait détestable aux yeux des plus conservateurs.De sa forte personnalité se dégageait une impression de puissance, voire de témérité.Effectivement, le Survenant n\u2019avait peur de rien et il le prouva éloquemment lorsqu\u2019il terrassa Odilon Provençal dans un majestueux combat.Dès ce moment la rupture entre le nomade et le sédentaire est accomplie.Dorénavant les passions vont se former autour de lui, passions de haine ou d\u2019admiration : Donc le Survenant grandit en estime et en importance aux yeux de plusieurs, surtout parmi les anciens, premiers batailleurs en leur temps.Cependant ceux qui, tel Amable, ne l\u2019aimaient pas d\u2019avance, le haïrent davantage de le savoir non seulement adroit à l\u2019ouvrage et agréable aux filles, mais encore habile à se battre et aussi fort qu\u2019un boeuf.(3) 3\tIbid~*U^V11610n*' ^ ^urve,lant\u2019 Par*s.Plon, 1945, p.41 NOTION DE L'ÉTRANGER DANS LA LITTÉRATURE.\u2014 IV 609 On lui en voulait surtout d\u2019avoir préféré à la sécurité tyrannisante de la terre l\u2019insouciance d\u2019une vie errante.Si, encore, il avait été gauche, ne fût-ce que pour Cultiver la terre, les sédentaires auraient pu alors se moquer de ce malhabile qui prétendait avoir tout vu, mais, là encore, il les décevait car il se montrait aussi adroit que les plus expérimentés.D\u2019être presque vaincus dans leur domaine propre les exaspérait; d\u2019autant plus qu\u2019ils acceptaient difficilement que cet étranger ait pu acquérir tous les trucs du métier en menant, malgré tout, une vie libre et heureuse.Voilà en gros la trame du Survenant, cet inconnu venu d\u2019on ne sait où et disparaissant d\u2019une façon tout aussi mystérieuse.Au fond l\u2019étranger-indien pourrait représenter le héros mythique de notre société agraire.Le Survenant, par son origine obscure, par sa force, son insouciance, ses actes de bravoure, s\u2019apparente de très près au type du héros tel que défini, en psychanalyse, par Jung.Il nous est permis de réunir autour du Survenant des personnages comme Cardinal du roman Les jours sont longs d\u2019Harry Bernard, Thomas Clarey dans Louise Genest de Bertrand Vac, Torn Beaulieu dans La Forêt de Georges Bugnet.Peut-être ne sont-ils en définitive qu\u2019une projection onirique d\u2019une population qui, se sachant vaincue et éternellement soumise, se doit de trouver un palliatif pour pouvoir survivre.L\u2019Indien peut, dans ces circonstances apparaître comme l\u2019idéalisation d\u2019une race nouvelle, celle du surhomme qui se reconnaît à sa force et sa joie.On comprend donc les sentiments ambivalents qui entourent l\u2019Etranger.Admiration parce que la société retrouve en lui, l\u2019énergie et le courage qu\u2019elle voudrait avoir ; haine parce qu\u2019elle constate que sa condition historique l\u2019oblige à vivre dans la soumission.Qu\u2019on se souvienne de la désillusion de Menaud devant la lâcheté de ses concitoyens! 610 ACTION NATIONALE En fait ce nouvel étranger prend figure de séducteur.Si Menaud se voulait meneur d\u2019hommes, le Survenant, lui, sait qu\u2019il ne pourra faire bouger cette population amorphe.Il est seul et se veut tel.Là est sa raison d\u2019être.Ses gestes n\u2019ont de signification que pour lui et trahissent son culte de l\u2019individualisme.Dans une société où la notion de coalition est la pierre angulaire, on imagine facilement jusqu\u2019à quel point cet orgueil d\u2019être puisse devenir infiniment attirant.Les femmes surtout sont sensibles à cette qualité.Maria, on s\u2019en souvient, avait été instantanément conquise par François Paradis.Le Survenant aura la même puissance.Mais encore là, pour la satisfaction de tous, le séducteur se doit de n\u2019agir que dans l\u2019imaginaire.Pour Maria, François Paradis ne fut qu\u2019un beau rêve; il en sera de même pour Angélina : le Survenant n\u2019aura été somme toute qu\u2019un amant de l\u2019esprit.Notre littérature paysanne se plaît à nous livrer des héros solitaires et impuissants.On est en droit de se demander si le nouvel étranger n\u2019est pas en définitive, dans la perspective féminine cette fois, l\u2019image de l\u2019amour en liberté, c\u2019est-à-dire un amour qui ne connaît pas d\u2019obligations sociales et particulièrement celle de remplir les berceaux.La lecture de Louise Genest de Bertrand Vac semble en tout cas appuyer cette hypothèse.C\u2019est à cause du berceau que Louise Genest sera vaincue.Ce roman, presque un cas unique pour son époque, se structure à partir de l\u2019adultère.Louise Genest, après avoir enduré pendant plus de quinze ans une vie monotone auprès de son mari, décide de s\u2019enfuir avec Thomas Clarey, un trappeur indien.C\u2019est sans doute l\u2019une des rares héroïnes du roman paysan à franchir le pas entre le rêve et la réalité.Certes Louise Genest ne s\u2019adaptera jamais totalement à ce nouvel amour: \u201cElle n\u2019aura rien de ça.Elle connaîtra les nuits que j\u2019ai eues.Elle aura la présence et les absences NOTION DE L'ÉTRANGER DANS LA LITTÉRATURE.\u2014 IV 611 de Thomas ; mais pas plus que moi, elle ne le possédera.Le métis n\u2019aura jamais qu\u2019un amour, la forêt!\u201d (4) Mais le drame est beaucoup moins celui d\u2019un amour impossible entre deux personnages qui ne se rejoignent jamais que celui d\u2019un remords; un fils abandonné aux mains d\u2019un père tyrannique et qui mourra, du moins Louise Genest le croit ainsi, à cause de son départ: \u201cPardon! Pardon! murmurait-elle.Je n\u2019ai pensé qu\u2019à moi.J\u2019ai été sans coeur.Je lai laissé tout seul se débattre dans la vie! Je l\u2019ai abandonne et voilà ce qui arrive, je ne suis pas encore assez punie.Pardon!\u201d (5) L\u2019échec est donc total, il lui vient de la société elle-même.Quand on veut vivre la vie dans la joie et la liberté, c\u2019est la race elle-même qui se meurt.Menaud est devenu fou, le Survenant est disparu, Louise Genest mourra pour avoir tenté une impossible réconciliation; Quelques jours plus tard, on retrouva la Genest, face contre terre.Le flot retiré, la boue en séchant l\u2019avait étreinte comme une sangsue.(6) Si la forêt a ses sujets, la terre a ses esclaves qu\u2019elle punit de mort lorsqu\u2019ils la quittent.Ainsi entre les deux races la rupture est définitive; la liberté pour le sédentaire n\u2019aura de place que dans le rêve et l\u2019imaginaire.Les romans citadins naîtront de ce climat de songe et d\u2019inaction.Une forte proportion des romans, s\u2019échelonnant entre les années \u201950 et \u201960, seront marqués par cette fuite dans l\u2019irréel donnant naissance à une littérature presque schizophrénique! 4.\tB.Vac, Louise Genest, Mtl, le Cercle du livre de France, p.228.5.\tIbid., p.224.6.\tI bid., p.230, oCittératureS du (Québec et d^Jdaïti - IV La femme dans la poésie En 1928, à propos d\u2019une anthologie de poètes haïtiens, Louis Dantin s\u2019écriait (avec une pointe d\u2019ironie ou d\u2019admiration) : \u201cEt je veux noter de suite une chose extrêmement piquante, et qui fait de cette plage une sorte d\u2019Eldorado fantastique et lunaire: ces poètes sont presque tous premiers ministres.On tombe d\u2019ébahissement; on se demande: où est la tradition des rimeurs faméliques et pelés?Poètes, mes frères, il fait bon vivre \u201cen Haïti!\u201d.(1) Aujourd\u2019hui, la situation s\u2019est incontestablement retournée et ce serait au tour des écrivains haïtiens à lancer, pareille exclamation à l\u2019adresse de leurs confrères québécois, s\u2019ils entendaient Jacques Ferron se plaindre que \u201cjamais les écrivains n\u2019ont été aussi prébendés\u201d et les critiques railler la pléthore des prix littéraires, en demandant facétieusement \u201cAvez-vous reçu un prix?\u201d (2) Car c\u2019est précisément une telle manne et un semblable mécénat qu\u2019Anthony Phelps semblait souhaiter dans la 1.\tLouis Dantin, Poètes de l\u2019Amérique française, Louis Carrier et Cie, les Editions du Mercure, Montréal, New-York et Londres, 1928, p.224-225.2.\tLa Presse, supplément littéraire du samedi, 23 octobre 1965. LITTÉRATURES DU QUÉBEC ET D'HAÏTI \u2014 IV 613 réponse qu\u2019il fit en 1961, à ceux qui constatant le dépérissement de la littérature haïtienne, prononçaient déjà son oraison funèbre.Les conditions économiques et sociales, ayant si radicalement changé, il est facile de soupçonner que l\u2019état même des deux poésies a dû changer en proportion.C est maintenant aux poètes haïtiens peut-être qu\u2019il conviendrait d\u2019adresser l\u2019avertissement par lequel Dantin concluait son article: \u201cIl serait très piquant de comparer la poésie haïtienne et la poésie canadienne; mais je ne me fourrerai pas dans ce guêpier.Ce qu\u2019on peut dire sans amoindrir les nôtres, et ce que cette anthologie démontre à l\u2019évidence, c\u2019est que nos artistes eti syllabes auront à compter désormais avec de sérieux rivaux ; c\u2019est qu\u2019ils devront secouer leur indolence et leur crinière, et faire oeuvre de leurs dix doigts, s\u2019ils veulent être bien sûrs, même en terre d\u2019Amérique, de faire chanter le mieux et sonner le plus haut la lyre française\u201d.(3) Mais je m\u2019empresse de calmer l\u2019appréhension des uns et de décevoir la jubilation des autres en disant tout de suite qu\u2019il n\u2019est pas question ici de comparer les poésies du Québec et d\u2019Haïti pour décerner une quelconque palme à l\u2019une d\u2019elles.Même s\u2019il y a un parallélisme étonnant dans leur évolution, ces deux poésies comme deux rails d\u2019une voie ferrée ne se touchent pas.Dès lors il devient absurde de les comparer selon une échelle de valeurs communes.Tout au plus pourrais-je constater qu\u2019alors qu\u2019ici la poésie connaît un épanouissement sans précédent et semble se réserver un avenir encore plus prometteur, la poésie haïtienne actuelle semble piétiner.Oh ! ce ne sont pas les poètes ni les oeuvres qui manquent, même s\u2019il y eut un silence vraiment inquiétant dans les années 1958 à 1961, et même si l\u2019actuelle dispersion hors d\u2019Haïti de nombre de ces poètes peut replonger nos lettres dans le 3.Louis Dantin, Poètes de l\u2019Amérique française, p.246. 614 ACTION NATIONALE même silence.Ce qui semble faire défaut à la jeune poésie haïtienne c\u2019est une esthétique littéraire bien définie et surtout originale- La preuve?Le groupe \u201cHaïti Littéraire\u201d, le dernier en date des mouvements littéraires haïtiens, réunit des poètes qui n'ont en commun que leurs refus, (4) des poètes qui par ailleurs sont fermement convaincus que la littérature haïtienne n\u2019existe pas (5) et que leur but doit être d\u2019écrire une littérature universelle.(6) L on s aperçoit qu\u2019il y a là à tout le moins piétinement.En fait, c\u2019est un retour aux idées des écrivains de La Ronde qui avaient les mêmes prétentions universelles et qui n\u2019écrivirent, en définitive, qu\u2019une littérature d\u2019exil.D\u2019ailleurs si l\u2019on y regarde de plus près l\u2019on s\u2019aperçoit que du côté de la technique, les écrivains d\u2019\u201cHaïti Littéraire ne vont pas plus loin que le délire verbal ou l\u2019automatisme surréalistes.Or, dès 1940, Magloire St-Aude, René Belance et Hamilton Garoute avaient acclimaté le surréalisme chez nous.Des refus ne sauraient constituer une doctrine suffisante pour étayer un mouvement littéraire car il s\u2019agit, de toute évidence, d\u2019un refus tout littéraire.Mais j\u2019extravague.Parlant d\u2019un épanouissement de la poésie québécoise et d\u2019un piétinement de la littérature haïtienne, je me perds dans des détails et oublie mon propos.Je ne l\u2019avais peut-être pas encore défini, mais c\u2019était que l\u2019on ne pouvait à proprement parler comparer les littératures du Québec et d\u2019Haïti mais plutôt faire des rapprochements entre elles à partir de certains points de vue privilégiés.Considérer de cette façon les deux littératures peut amener à des constatations fort intéressantes et je voudrais choisir trois points de vue, à savoir: la femme, le pays et la race.4.\tRené Philoctète: Rond-Point, No 12, décembre 1963, Port-au-Prince, Imprimerie Deschamps, p.27.5.\tAnthony Phelps, Idem, p.26.6.\tRené Philoctète, Ibidem, p.27; Anthony Phelps, Ibidem p.26. LITTÉRATURES DU QUÉBEC ET D'HAÏTI \u2014 IV 615 Je m\u2019empresse de dire que je ne me fais pas d\u2019illusion sur mes propos, en particulier pour ce qui est de la poésie québécoise.Ce qu\u2019ils peuvent avoir de systématique ne me fait nullement perdre de vue qu\u2019il s\u2019agit peut-être là bien plus de quelques hypothèses de travail que d\u2019autres choses.Néanmoins le lecteur les prendra pour ce qu\u2019elles lui paraissent valoir.Si donc nous prenons deux anthologies : celle de Guy Sylvestre et celle de Lubin et St-Louis (7), en présumant qu\u2019elles ne tronquent point la physionomie des deux poésies, quelle image de la femme, et donc de l\u2019amour, nous est présentée?Pour plus de commodité dans notre examen qui se rapproche du relevé statistique, nous nous arrêterons aux poètes de la génération de 1930, puisque, en Haïti comme au Québec, on s\u2019accorde à reconnaître qu\u2019alors la littérature a pris un nouveau tournant.Or je ne crois pas me tromper en affirmant qu\u2019en poésie québécoise on retrouve le même visage de femme que montrait une certaine tradition du roman québécois, c\u2019est-à-dire sinon celle de la \u201cvierge et martyre\u201d, du moins de la mère, de la femme idéale, immatérielle, sainte et quelque peu asexuée.A part une ou deux poétesses, (Medjé Vézina et Cécile Chabot) dont les poèmes respirent un parfum trouble (leurs oeuvres d\u2019ailleurs seraient postérieures à 1930), la plupart des autres poètes qu\u2019il s\u2019agisse de Crémazie nous demandant de prier pour notre mère, d\u2019Albert Lozeau nous parlant de \u201cregards pleins d\u2019amour, de foi et d\u2019une sereine et chaste ivresse\u201d ou même de Gustave Lamarche s\u2019écriant: \u201cNe le dérangez pas, \u201cfemme\u201d, quand il écrit\" l\u2019image qui nous est présentée de la femme est fort sage ; c\u2019est tantôt celle d\u2019une nonne, tantôt celle de \u201cla femme dont parle l\u2019Evangile\u201d mais le plus souvent c\u2019est celle 7.Guy Sylvestre, Anthologie de la poésie canadienne-fran-çaise, Nouvelle Edition, Montréal, Beauchemin, 1963; Carlos St-Louis et Maurice Lubin, Panorama de la poésie haïtienne, Port-au-Prince, Editions Henri Deschamps, 1950. 616 ACTION NATIONALE d\u2019une mère berçant son enfant.Et quand cette femme prend des allures un peu plus libres pour ne pas dire provocantes, elle est invariablement une orientale.(8) Il en., résulte que l\u2019image de l\u2019amour est en accord avec Une telle, peinture et si Robert Choquette, dans son poème \u201cLes Dunes\u201d, s\u2019écrie bravement: \u201cJe t\u2019attendais, amour.J\u2019allais chanter, chanter de l\u2019âme et de la chair\u201d il termine le dit poème en confessant: \u201cJe tremble, je suis humble et tout facile aux larmes, Et j\u2019a\\ tout désappris, sinon poser ma main, Ma faible main devant mon faible coeur humain\".Alfred Desrochers est le seul à vouloir faire bande à part.Voici quelques vers d\u2019\u201cA l\u2019ombre de l\u2019Orford\u201d que je crois assez suggestifs: \u201cSans toi, l\u2019amour disparaîtrait durant ces heures Où l\u2019hiver nous retient cloîtrés dans les demeures.Le tête à tête pèse et devient obsédant S\u2019il ne plane sur lui quelque épouvantement.Sans toi, l\u2019amant serait bientôt las de l\u2019amante; Mais quand ta grande voix gronde dans la tourmente, La peur unit les corps, l\u2019effroi chasse l\u2019ennui, Le coeur sent la pitié chaude descendre en lui, L\u2019épaule ingénument recherche une autre épaule, La main transie, avec douceur, se tend et frôle Une autre main, la chair est un ravissement; La mère sur son sein réchauffe son enfant, Et les époux, qu\u2019avaient endurcis les années, Ont retrouvé soudain leurs caresses fanées.Le lit triste s\u2019emplit des capiteux parfums Que répandaient jadis les fleurs des soirs défunts; Le nuage de l\u2019heure ancienne se dissipe; Et dans l\u2019étreinte ardente où l\u2019âme participe, Comme le corps, parfois s'incrée un rédempteur.Ah! si l\u2019on te maudit, ô vent libérateur, Qui chasses loin de nous la minute obsédante, C\u2019est qu\u2019un désir secret de vengeance nous hante, Et ce qu\u2019on hait en toi, c\u2019est le pardon qui vient\u201d.8.Medjé Vézina, Hasoutra, la danseuse, p.155; Arthur de Bussières, Khisma la Turque, p.66, dans Guy Sylvestre, Anthologie de la poésie canadienne-française. LITTÉRATURES DU QUÉBEC ET D'HAÏTI \u2014 IV 617 Mais après avoir relu ce passage, on se demande s\u2019il n\u2019y a pas là comme deux scènes juxtaposées et arbitrairement liées.En tout cas, l\u2019intrusion d\u2019un enfant que sa mère réchauffe sur son sein paraît pour le moins inattendue dans cette peinture du ravissement de la chair.Remarquez que le vers qui parle de la chair et celui qui parle de la mère et de l\u2019enfant ne sont séparés que par un point et virgule et donc font partie de la même phrase.De même le vers qui fait allusion au rédempteur qui s\u2019incrée.L\u2019auteur aurait-il apporté un correctif à un passage qu\u2019il aurait, lui-même, jugé trop hardi?Quoi qu\u2019il en soit mon propos n\u2019est pas de faire l\u2019apologie de l\u2019amour fou ou de dénigrer l\u2019amour sage.Loin de là.Je voulais simplement voir quel portrait était tracé de la femme et quelle peinture l\u2019on faisait de l\u2019amour.L\u2019on s\u2019accordera avec moi pour reconnaître qu\u2019à vouloir trop spiritualiser l\u2019amour et la femme, l\u2019image qu\u2019on donne des deux ne peut être que fausse ou du moins fort incomplète.Par un paradoxe assez amusant, c\u2019est une image également tronquée et fausse de l\u2019amour et passablement ambiguë de la femme que donne la poésie haïtienne.Dans l\u2019ordre inverse cependant.Louis Dantin, le poète délicat des vers \u201cA une qui se croit seule\u201d constatait que, pour quelques-uns d\u2019entre les poètes haïtiens, \u201cl\u2019amour.n\u2019a rien de platonique; c\u2019est bien plutôt le \u201cplat tonique\u201d de Jean Richepin\u201d et il citait ces vers d\u2019Oswald Durand qui lui semblaient en tracer la théorie: Le feu de vos veines circule Sous le ciel de notre pays Les rayons de la canicule Dorent les fronts et les maïs; Nous n\u2019avons pas l\u2019amour rempli de craintes Chantant, le soir, pour deux brins de cheveux; De nos bras noirs la vigoureuse étreinte Vaut bien les plus tendres aveux.Pour vous, mes maîtresses, Griffonnes et négresses, 618 ACTION NATIONALE Et jaunes mulâtresses, Vers aux doux sons, Chansons.Aussi est-ce avec une satisfaction non déguisée que Dan-tin, après avoir cité un poème de Dominique Hippolyte qui rime \u201cle même amour simpliste\u201d, nous cite des vers exprimant les touches \u201cplus délicates de l\u2019émotion et de la tendresse, les risques et les surprises des jeux éternels du coeur, où l\u2019amour sonne parfois l\u2019élan idéal, où le sentiment altier s\u2019élargit jusqu\u2019au dévouement et s\u2019élève jusqu\u2019au culte\u201d; ce qui lui permet de s\u2019écrier avec soulagement: \u201cNous voici loin du sans-gêne d\u2019Oswald Durand: et vous voyez qu\u2019après tout, ces poètes chantent \u201cpour deux brins de cheveux\u201d et pour moins encore\u201d.(9) Léon-François Hoffman a consacré à \u201cl\u2019image de la femme dans la poésie haïtienne\u201d (10) une étude plus fouillée que les analyses de Dantin.Il constate d\u2019abord qu\u2019\u201cune extrême sensualité caractérise la femme telle qu\u2019elle apparaît dans la poésie haïtienne\u201d.Cela ne nous étonne pas après la lecture des vers d\u2019Oswald Durand cités plus haut et surtout quand on sait que nos poètes se sont toujours mis d\u2019accord pour accorder une supériorité érotique aux \u201cpayses locales\u201d.\u201cOr contemplant celle qu\u2019on nomme Eve la blonde et sa beauté Froide où nul feu de volupté Ne bnllait \u2014 même après la pomme, Il dit, pensif : \u201cCe n\u2019est point là mon idole! Et lui voulant un sang plus vif, Fit la créole\".(Henri Chauvet) \u201cNotre pays est peuplé de femmes, belles dans la diversité bizarre des nuances, 9.\tLouis Dantin, Poètes de l\u2019Amérique française, p.241.10.\tPrésence africaine, octobre 1960 \u2014 janvier 1961, No XXXIV-XXXV, pp.183-206, Paris. LITTÉRATURES DU QUÉBEC ET D'HAITI \u2014 IV 619 belles, mais d\u2019une unique beauté car nos payses, poésie d\u2019Haïti, ne ressemblent à aucune autre femme .(Franck Fouché) Dans cette vision de la femme la part de chauvinisme est évidente.Néanmoins ce qu il importe de noter d\u2019abord c\u2019est l\u2019érotisme qui caractérise le portrait de la femme, la sorte particulière d\u2019érotisme ensuite, et enfin l\u2019image qui est donnée de l\u2019amour.\u2018\u2018Ce qui est plus important, nous dit Hoffman, c\u2019est que la femme haïtienne est le plus souvent vue comme un produit de la terre, comme une creation extérieure à l\u2019homme, conçue pour son plaisir ou pour sa douleur.Le corps de l haïtienne est vu comme une véritable corbeille de fruits tropicaux\u201d.(11) A travers l\u2019oeuvre de nos poètes, de Fleury-Battier (1831-1881) à Lorimer Denis (1904-1957), il n\u2019est question que de \u201clèvres de cerises\u201d (F.-Battier) ou \u201cfondantes comme une mangue\u201d (Cari Brouard), de baiser de miel et d\u2019ananas\u201d, de \u201ccorps qui glisse comme une orange sur la mousse\u201d (Cari Brouard) ou de femme dont la \u201cjeunesse en fait un admirable fruit\u201d (Dominique Hippolyte).Hoffman arrive donc à la conclusion que: \u201cLa caractéristique la plus frappante de la poésie haïtienne est.la sexualité obsédante dont elle est imprégnée.L\u2019imagerie même de la lyrique haïtienne est gouvernée par la sexualité.La symbolique sexuelle identifie le fruit que l\u2019on mange à la femme que l\u2019on possède, l\u2019acte de manger à l\u2019acte de posséder\".Des commentaires d\u2019ordre sociologique, religieux et même politique ont été faits sur 1 image de la femme et de l\u2019amour dans la littérature québécoise.Je ne me IL L.F.Hoffman, \u201cL'image de la femme dans la poésie haïtienne\u201d, Présence africaine, octobre 1960 \u2014 janvier 1961, p.197. 620 ACTION NATIONALE risquerai donc pas à ajouter ma propre explication à celles qui ont été proposées.Mais puisque le grand mot d aliénation a déjà été prononcé, je le reprendrai pour ce qui est des poètes haïtiens.Quand on sait à quels problèmes de langage, d\u2019esthétique et de culture doivent faire face nos écrivains, 1 on comprend que nos poetes n\u2019aient pas toujours échappé à la menace de 1 aliénation.C\u2019est pourquoi on peut les langer en trois groupes.Les démissionnaires d\u2019abord, qui, par incapacité à prendre position et à chanter une Muse négroïde ont préféré se cantonner dans le flou, le vague du symbolisme et du surréalisme.Les révoltés qui au nom du primat de l\u2019engagement social et politique n ont accordé à la femme et à l\u2019amour qu\u2019une place secondaire et n ont voulu voir dans la négresse qu\u2019une victime de plus de 1 injustice sociale.Les bovarystes enfin, qui, empêtrés souvent bien involontairement dans des contradictions de classe, ont accepté avec la langue et la culture venues d\u2019Europe une esthétique raciale et amoureuse étrangère, et ont sombré dans l\u2019aliénation la plus délirante.Comme ils ne pouvaient en effet, pour toutes sortes de raisons et d\u2019abord par décence et par orgueil, chanter une Muse blanche, qu\u2019en outre le canon de beauté grec auquel leur langue et leur culture d\u2019adoption les faisaient souscrire ne pouvait toujours convenir aux payses locales, ces poetes n\u2019avaient comme dernier recours que l\u2019avantage érotique à accorder à leurs concitoyennes.Ils étaient même condamnés à ne voir en elles que des objets érotiques, le pouvoir idéalisateur que confeie en amour la culture importée ne convenant pas aux Muses nationales.De ce point de vue, le virage qu\u2019ont pris vers 1930 les littératures du Québec et d\u2019Haïti est significatif.Ainsi 1 on ne peut manquer d\u2019etre frappé en ouvrant une anthologie comme celle de Guy Robert (12), par le 12.Guy Robert: Littérature du Québec, ges de 17 poètes, Librairie Déom.Tome I, Témoigna- LITTÉRATURES DU QUÉBEC ET D'HAITI \u2014 IV 621 grand nombre de poètes (Miron, Georges Cartier etc.) qui entreprennent d\u2019édifier de longues suites poétiques et amoureuses et de chanter un amour qui est combustion totale de l\u2019être : corps et âme.Il en est de même en poésie haïtienne où pour la première fois, des écrivains comme la poétesse Janine Tavernier ( Mon ombre ensoleillée) ont entrepris d\u2019élever l\u2019amour à la hauteur d une véritable mystique, le sortant de cet érotisme parfois brutal dans lequel il s\u2019est trop longtemps complu. \"hro, nuques tut eraireô Témoignages MÉMOIRES D\u2019UN JEUNE CANOQUE par André Major IV La neige ! Chaque fois que la neige bouleverse le paysage, on dirait que dans cette blancheur les choses prennent un éclat surnaturel.Tout participe à la joyeuse fête d\u2019une Catastrophe universelle.Alors la folie d\u2019écrire me domine, renversant l\u2019ordre habituel des choses et m\u2019ouvrant le monde de la démesure et de la beauté tragique.J\u2019ai l\u2019exaltante impression que tout est changé et que la fièvre de l\u2019âme l\u2019emporte sur sa déchéance inscrite dans le temps, car seule la passion rachète le lent pourrissement de tout.L\u2019hiver avec sa rage ramène tout à l\u2019essentiel pour en figer l\u2019image en nous.La neige sur le monde, c\u2019est la ferveur retrouvée, le mystère consacré et l\u2019espace habité.Je m arrête, à bout de souffle, conscient que ce délire verbal risque de m\u2019égarer dans un univers qui n\u2019est pas celui de la mémoire mais celui du rêve qu\u2019on vit les yeux ouverts.Je sais très bien que l\u2019hiver, comme n\u2019importe quoi, peut devenir manie qu\u2019on pratique dans un but littéraire; mais j\u2019avoue que pour moi la blanche saison est beaucoup plus que cela: un paysage et une sphère où s\u2019anime mon esprit.Pourquoi chercher à se justifier?Est-on constamment poursuivi par des doutes qui nous condamnent?Pourtant, il n\u2019y a pas de juges; 623 LES MÉMOIRES D'UN JEUNE CANOQUE IV il n\u2019y a que notre faiblesse qui attend d\u2019autrui son verdict.J\u2019ai toujours cru que les autres me définissaient e que de leur jugement je sortais défiguré.C\u2019est ainsi que l\u2019hiver, qui purifie tout, est devenu mon refuge : j y durcis les muscles de mon âme, j\u2019y invente un regard irréductible et pur de toute contestation autre que la mienne.L\u2019hiver: le temps de la solitaire exaltation, de la profonde révélation de mon moi réel.Quand vient 1 ete, tout se perd, et l\u2019extérieur s\u2019insinue en moi corrompant tout.Mais fort heureusement, l\u2019été ici est éphémère et se pervertit très tôt en automne, préfiguration magnifique de mon paradis de neige.Je retourne, dans un effort douloureux, au monde de la mémoire qui ne m\u2019offre qu\u2019une matière grise et informe, sorte de boue sur laquelle l\u2019esprit doit souffler pour l\u2019animer.Le vent de décembre arrache aux sapins de grands craquements, sinistres appels qui rejoignent l\u2019éternelle solitude de la vie.Je revois, sortant de l\u2019ombre, ces bivouacs, ces camarades, ces chalets, ces routes, ces\u2019lueurs dans la nuit, ces odeurs du bois qui brûle, autant d\u2019images juxtaposées, enlacées pour toujours dans le tréfonds du passé; et je me dis que j\u2019ai bien vécu ma première adolescence.Sous le signe de la ferveur et de l\u2019aventure, j\u2019aurai ouvert mon coeur à une grandeur qui peut-être a changé de nom mais à laquelle je continue d\u2019aspirer : le risque, la douleur, l\u2019exaltation et le chant.Ah, ces petits matins de février où j\u2019attendais l\u2019autobus, sac\u2019 au dos, me tenant droit dans un uniforme qui, en me singularisant, me permettait d\u2019échapper au monde de la réalité quotidienne.Puis c\u2019était la messe à laquelle je participais tout entier.Réunis dans le local, nous attendions que nos Chefs nous donnent leurs directives.Quand tout le monde, selon eux, était impeccable, le signal du départ était donné, et chaque patrouille s\u2019ébranlait, nerveuse, agitée mais disciplinée.L\u2019aventure commençait.La fièvre qui la veille m\u2019avait gagné alors que je préparais mon sac à dos s\u2019intensifiait au point que les oreilles me bouillaient, que tous mes nerfs se raidissaient et 624 ACTION NATIONALE que je me sentais près d\u2019éclater dans l\u2019épais uniforme qui nous auréolait d\u2019un prestige presque militaire.Sous le gris du ciel lourd, nous quittions une ville sale et triste pour nous enfoncer dans un pays encore inconnu que nous quitterions le lendemain avec un lent regret, qui en moi égrènerait ses bégaiements de fin du monde.Tout dans ce voyage n\u2019était pas du rêve, le cauchemar y avait sa part, plus ou moins grande selon les événements, l\u2019humeur de la nature, la géographie.Le jeu prenait parfois l\u2019allure d\u2019un drame.L\u2019un s\u2019égarait, on retrouvait un autre à demi gelé.Un imprudent ou un maladroit s\u2019ouvrait la paume de la main d\u2019un coup de couteau.Mais ces malheurs eux-mêmes, nous les savourions parce qu\u2019ils nous rattachaient à une existence privilégiée, à la mesure de nos ambitions.Pour une blessure, pour des pieds gelés, que d\u2019ivresse dans la marche, que de passion dans le jeu, que de joie dans le chant et le feu du soir, que de plaisir aussi dans le simple fait de humer l\u2019air de la forêt, de palper un bout de bois.Que de bonheur dans la nuit, quand, comblés, nous nous glissions dans nos sacs de couchage, alors que les flammes s\u2019étendaient sur toutes choses en leur donnant vingt visages, les uns rassurants, les autres monstrueux, tous merveilleux.Nous nous endormions avec la paix en nous comme la douce révélation d\u2019un secret incommunicable.A l\u2019aube, réveillés brutalement par nos Chefs, nous retournions au bel univers de l\u2019aventure ; et c\u2019était à nouveau la lumière sur nos âmes.Vers la fin de la journée, tout se gâtait, notre joie décroissait car nous savions que l\u2019échéance nous frapperait bientôt, que nous retrouverions la vie de tous les jours, les hommes du commun, et que ce monde terne nous écraserait.Mais nous revenions dans nos familles heureux, régénérés, et comme ennoblis; les autres, nous écoutant parler de l\u2019autre vie, celle qui avait été la nôtre, nous regardaient sans comprendre, sceptiques et agacés.Leur stupéfaction me rappelait que j\u2019échappais à leur sort en projetant mon destin aux quatre coins de la rose des vents- LES MÉMOIRES D'UN JEUNE CANOQUE\u2014IV 625 Ce bonheur quasi parfait a duré quelques mois, puis je ne sais quoi, un doute, une image nouvelle, un réflexe de l\u2019instinct, quelque chose que je ne peux définir a brisé le rythme de mon émerveillement.Je me suis souvenu de mon rêve politique, lui que j\u2019avais fui en dansant, en lisant, en me grisant de grand air.Il revenait donc, ce rêve impossible, tout armé de cris, mais comme s\u2019il avait jailli de mon rêve présent, l\u2019aventure scoute.En fait, celle-ci, bien que nourrie d\u2019une vie spirituelle intense, avait perdu son pouvoir d\u2019attraction, et de cette faille naissait un nouveau désir: donner un grand but à notre discipline, la douer d\u2019un sens qui la dépasse.Pourquoi s\u2019imposer des règles, apprendre des techniques, si ce n\u2019était pour faire de nous une élite combattante?Toute cette pratique devait, à mes yeux, se fonder sur une morale, celle-ci n\u2019étant pas seulement religieuse mais nationale et politique.Tous ceux qui ont connu la Fédération des scouts catholiques du Canada savent que c\u2019était là une ambition démesurée, irrecevable.Là comme à la JEC, on faisait du catholicisme militant une affaire internationale, une sorte de franc-maçonnerie basée sur l\u2019inconsistant principe universaliste.Si tous les scouts du monde.On connaît la chanson: Cité libre, produit de la JEC, n\u2019a cessé de la fredonner avant d\u2019expirer (il me semble, en effet, que cette revue n\u2019existe plus, même si une nouvelle équipe prétend avoir relevé l\u2019équipe fondatrice).Chez les scouts comme ailleurs, pas d\u2019éducation nationale ; le même angélisme : nous sommes tous frères.Si les Algériens avaient dit cela, ils seraient encore les valets des Pieds-Noirs; si de Gaulle s\u2019était mis dans la tête que, mon Dieu, les Allemands c\u2019est du monde comme nous, il n\u2019aurait pu élever les bras en forme de Y et l\u2019Europe ne serait plus grand-chose.Dieu merci, il y a toujours des hommes pour nous rappeler que si la vie est un songe, il faut le vivre éveillé.Un beau songe, la fraternité humaine, à la condition qu\u2019il repose sur la reconnaissance réciproque, sur la souveraineté réelle.Il n\u2019y a pas d\u2019amitié qui tienne sans le support de la li- 626 ACTION NATIONALE berté : créez le moindre lien de dépendance, et c\u2019est le cri de guerre.On ne peut pas demander à un homme de ployer le genou devant son semblable: cette humiliation, il faut la lui imposer le couteau sur la gorge.Notre soumission est un état anormal; ce sont nos cris et nos attentats qui nous humanisent.Moi qui avais compris cela parce que tout autour de moi me le criait, parce qu\u2019un professeur m\u2019avait ouvert les yeux sur notre vérité, je ne pouvais adhérer sans malaise à l\u2019universalisme dérisoire de la Fédération.Ainsi, de scout parfait que j\u2019étais, je devins récalcitrant.J\u2019écrivis mes premières lettres aux journaux, exigeant la naissance d\u2019un véritable parti nationaliste.Je ferai remarquer que je ne négligeais pas mes études et que je terminai ma classe de méthode avec de très bonnes notes, surtout en latin et en français.Quant à l\u2019anglais, n\u2019y consacrant que peu de temps, je n\u2019en tirais qu\u2019une gloire médiocre.Je reviens à ces lettres que j\u2019envoyais aux journaux.Elles me permirent de connaître la revue Laurentie, ce qui me fit découvrir que je n\u2019étais pas seul, que d\u2019autres se nourrissaient de mon propre espoir.Du jour au lendemain, l\u2019Alliance laurentienne compta un nouveau partisan, jeune mais non moins ardent.L\u2019aumônier de la troupe s\u2019inquiéta de mes préoccupations : esprit moderne et superficiel, il résolut de les anéantir en les ridiculisant.Il contribua plutôt à me les rendre plus chères.On a beau voir loin et grand, on n\u2019est jamais seul; quelque part, dans l\u2019ombre, des frères jettent sur le monde un regard qui finit par rencontrer le nôtre.Voilà la véritable fraternité.Les autres n\u2019en sont que des plagiats.Au collège, quand j\u2019entretenais mes camarades de mes idées politiques, ils se figeaient dans une indifférence calculée.Ils ne voulaient pas être dérangés, ni distraits de leur petite existence étudiantine.Dès qu\u2019ils étaient libérés du collège, ils s\u2019amusaient frénétiquement.Exiger d\u2019eux qu\u2019ils réfléchissent, vous n\u2019y pensez pas, un scandale ! On violait l\u2019étroitesse de leur monde.Oh, ils n\u2019étaient pas aveuglés par de grands projets, loin de là! LES MÉMOIRES D'UN JEUNE CANOQUE \u2014 IV 627 Ils formaient une troupe de désabusés pour qui l\u2019existence se résumait à deux activités: l\u2019étude, obligatoire, et les sorties desquelles ils ne pouvaient se priver sans paraître arriérés.Aujourd\u2019hui ils fréquentent le campus en dilettantes, se saoulant pour se meubler l\u2019esprit et mijotant de vivre grassement de leur profession.De si longues études, on comprend que cela doive leur valoir certains privilèges.Mais ils seront demain ceux qui nous trahiront.On les verra solliciter l\u2019appui de la masse électorale et tremper dans toutes sortes de combines.J\u2019ai pour eux le plus mitigé des respects et je leur souhaite de connaître les rigueurs d\u2019une vraie révolution, puisqu\u2019ils s\u2019accommodent comme leurs pères de celle qu\u2019on dit tranquille.Je ne peux parler de mes camarades sans prédire la fin du monde.Car s\u2019ils n\u2019ont pas d\u2019âme, ils sont cependant doués d\u2019un répugnant appétit.En citant ceux-là, j\u2019incrimine ceux qui sont de leur race; et mon mépris retombe sur tous ceux qui se sont laissé contaminer par la médiocrité ambiante.On me dira qu\u2019ils sont les produits de notre société et qu\u2019on ne peut leur reprocher de ressembler au modèle qu\u2019on leur a proposé.Je dis qu\u2019ils n\u2019ont aucune excuse, ou alors tout le monde est justifié, et que la dignité consiste justement à ne pas sombrer dans les enfers confortables où l\u2019on nous convie sournoisement.Ils auront dès le berceau manqué de cette force qui leur eût permis de résister à l\u2019attrait de la facilité.Cela revient à conclure que ce seront encore des fantômes qui prendront la tête de notre société.Contre eux il n\u2019y a que la lumière crue de la révolte.Mais ils vous diront \u2014 car ils jouent les cyniques \u2014 qu\u2019ils se sentent à l\u2019aise dans leur peau; vous saurez qu\u2019ils n\u2019ont plus que cela à défendre, leur peau frileuse.L\u2019été est venu, saison maudite, avec cette seule promesse: l\u2019exil en forêt.Quand je parle d\u2019exil, j\u2019abuse du sens de ce mot, car la forêt n\u2019était pas pour moi un lieu d\u2019exil mais le lieu même de mon esprit, sa terre natale, sa patrie réelle.Mais mon premier camp scout fut moins heureux que je l\u2019avais souhaité.Une trop rigide disci- 628 ACTION NATIONALE pline, la constante promiscuité de la tente, la répétition des gestes, l\u2019esprit d\u2019émulation, l\u2019égoïsme des uns, la paresse des autres, cela et mon besoin de solitude me rendirent ces deux semaines pénibles et pour tout dire assez décevantes.J\u2019en revins soulagé et désireux d\u2019écrire, de flâner, de n\u2019être que mon seul maître.Il faut dire que, ne retournant pas à Montréal, j\u2019allais retrouver mes parents dans le joyeux décor de mon enfance rêvée, dans cette petite forêt qui jetait sur notre chalet ses ombres douces, lesquelles, le soir venu, chantaient le mystère de la nuit, mon royaume.Tout le reste de l\u2019été, au hasard de mon bouillonnement intérieur, je notais les idées qui me venaient à mon insu et que j\u2019eusse préféré ignorer.C\u2019est que commençait à sourdre une révolte dont je ne savais rien et qui me ravageait sans que je pusse m\u2019en défendre.J\u2019écrivais tout cela, car il n\u2019était pas question que j\u2019exprimasse verbalement le fond de ma pensée: c\u2019eût été rompre la tradition du silence et méconnaître les forces du monde extérieur.Or, j\u2019étais respectueux des lois qui régissaient notre société.Et si je rêvais librement c\u2019était dans le secret de ma soumission et de ma peur.Ce qui grouillait en moi à l\u2019état embryonnaire me semblait horrible: cela s\u2019apparentait au doute, au mépris et à la révolte.Passer l\u2019éponge sur tout ce mystère me paraissait également odieux: c\u2019eût été là faire avorter je ne savais quelle vérité.Curieux, je décidai de laisser le temps mûrir ce secret et me le révéler; mais en même temps, effrayé par ces forces qui me divisaient, je résolus de m\u2019ancrer dans les certitudes morales qui avaient toujours fortifié mon esprit.Je quitterais la troupe scoute parce qu\u2019elle n\u2019arrivait pas à satisfaire mon inquiétude, et sans doute parce que j\u2019avais l\u2019impression qu\u2019elle ne m\u2019apporterait plus que des choses connues.Je rejoindrais les raiders, mes aînés.C\u2019est d\u2019ailleurs mon meilleur ami qui m\u2019y incita le jour même où mourut Duplessis.Quelle folie nous faisait croire qu\u2019avec la mort d\u2019un chef autoritaire c\u2019était la tyrannie qui sombrait?D\u2019un gouvernement mesquin et despotique nous faisions une dictature : LES MÉMOIRES D'UN JEUNE CANOQUE \u2014 IV 629 ce grossissement, qui était la mesure de notre petitesse, nous donnait la rassurante impression d\u2019être délivrés du mal et d\u2019accéder à un monde meilleur.Une belle illusion : le libérateur que nous avons élu, au lieu de représenter les intérêts traditionnels, représente la Finance étrangère et avec d\u2019autant plus d\u2019autorité qu\u2019il s\u2019est adjoint les services d\u2019un policier en la personne de Claude Wagner.Je cédai donc à l\u2019invitation de mon ami par peur de me retrouver seul contre mes démons intérieurs et pour consolider ma foi, que je sentais défaillir.Je dois avouer que cette nouvelle aventure me séduisit.Les raiders pratiquaient le judo, l\u2019escrime, et ils nous enseignaient de nouvelles techniques telles que la topographie qui était pour moi une autre façon de connaître la nature.Mais nous ne cessions, mon ami et moi, d\u2019être rongés par l\u2019inquiétude.La chair, en particulier, nous tracassait fort.Esprit pratique, il s\u2019imposait de sévères disciplines pour dompter l\u2019instinct.Je vis là le secret de la paix intérieure; je couchai sur la dure, je me levai tôt, je baignai mon âme dans d\u2019arides lectures spirituelles.Lui, il allait jusqu\u2019à porter le cilice, à marcher dans des souliers où il avait d\u2019abord répandu des cailloux.Je préférais, pour ma part, malmener mon esprit trop avide d\u2019inconnu.Plutôt que de lire ce qui me semblait beau, je passais mes soirées à méditer l\u2019Imitation de Jésus-Christ.Malgré cela, je pressentais que ma sexualité allait m\u2019échapper et me ronger par derrière, si je puis dire.Les événements devaient confirmer mon pressentiment et me clouer au pilori de la mauvaise conscience.Mes résultats scolaires s\u2019en ressentirent.Sauf en français où j\u2019excellais, mes notes faisaient mon déshonneur.Mais je dois préciser à ma décharge qu\u2019on nous avait imposé un changement de cours: sous prétexte de se moderniser, le collège élimina l\u2019enseignement du grec au profit des mathématiques et des sciences qui étaient mes bêtes noires et mes faiblesses.Je ne me remis jamais de ce nouvau régime.Et comme je cessais d\u2019être un élève brillant, je 630 ACTION NATIONALE me désintéressai peu à peu des cours, et consacrai toute mon énergie à l\u2019écriture.En effet, dès qu\u2019un professeur m\u2019ennuyait \u2014 il était rare qu\u2019il en fût autrement\u2014, je me réfugiais dans un cahier qui, de vierge qu\u2019il était, devint un épais manuscrit, un premier roman, que j\u2019eus la naïveté de soumettre au Cercle du Livre de France.Ce roman n\u2019était que le journal de mon informe révolte, et l\u2019éditeur eut la bonne idée de me le retourner en l\u2019accompagnant d\u2019une lettre gentille que j\u2019ai dû relire vingt fois avant d\u2019en admettre la désespérante vérité.Tout se tient: mauvais élève, je devins mauvais fils.Disons plutôt, pour être fidèle à ma mémoire, que j\u2019avais pour mes parents, mes frères et soeur, des gestes maladroits et des mots blessants.Ainsi le dimanche, avant la messe, je les sermonnais parce qu\u2019ils n\u2019emportaient pas de missel.Ma mère se contentait d\u2019un chapelet, ce qui me paraissait être un sacrilège: les autres se rendaient à l\u2019église les mains vides et je croyais déceler dans ce dénuement leur vide spirituel.Ils me disaient un peu malade; je n\u2019étais qu\u2019excédé.Je le suis demeuré, c\u2019est ma nature, mais un sartrien me répondrait que la nature humaine n\u2019existe pas et que c\u2019est moi qui invente et choisis cette attitude par laquelle je me définis.Je serais excédé d\u2019avoir à réfuter pareil argument, j\u2019avalerais péniblement ma salive, cela me ferait une boule dans la gorge et je me tairais de peur de ne pouvoir m\u2019expliquer justement.Toujours est-il que ma situation dans le monde n\u2019était guère réjouissante : plus sombre que jamais, je m\u2019enfermais dans ma chambre pour y ruminer mes colères et mes refus.C\u2019est alors qu\u2019apparut un signe merveilleux, un cadeau des dieux: le livre de poche.Pour le pauvre que j\u2019étais, c\u2019était un miracle.Avec soixante sous je pouvais lire un grand livre.J\u2019achetai tout sans discernement, sans tenir compte de mes goûts.Un livre par semaine.Mon argent, je le gagnais en me rendant au collège pedibus, économisant ainsi une somme que LES MÉMOIRES D'UN JEUNE CANOQUE \u2014 IV 631 normalement j\u2019aurais versée à la Compagnie de Transport de Montréal.Tout a commencé avec la Condition Humaine.Vers Pâques, je crois, le collège nous invita de façon assez pressante à faire une retraite fermée.J\u2019emportai dans mes bagages le roman de Malraux.Et c\u2019est à Joliette, entre des murs qui suintaient le repentir et la piété, que je connus l\u2019extase de la Révolution.Malraux me privait du sommeil, il se tenait devant moi brouillant mon horizon.Les bombes de la révolution chinoise étouffaient la voix du prédicateur.Mais ce qui me troublait le plus c\u2019était l\u2019attitude de Tchen devant l\u2019acte à accomplir et l\u2019acte accompli \u2014 l\u2019assassinat politique.Cet absolu m\u2019anéantissait, et je n\u2019en renaissais que pour m\u2019interroger sur le sens de mes actes trop quotidiens, trop englués dans l\u2019informe et le dissolu.L\u2019Acte révolutionnaire m\u2019éblouissait: par procuration, j\u2019étais purifié de la honte.Tchen, en risquant sa vie, me rappelait que la mienne devait être rachetée.Voilà un homme qui, possédé par une grande idée, la menait jusqu\u2019à son terme, dût-il pour cela vaincre tous ses dégoûts et toutes ses faiblesses, et se trouver investi d\u2019une responsabilité dont il ne pouvait sans déchoir se délester.Ce fut une retraite bien tourmentée.Le chrétien que j\u2019étais découvrait le monde de la justice humaine, implacable et impure.Je tirai de cette révélation un tissu de contradictions qui obscurcit ma vie, me contraignant à tout reviser dans une perspective plus large, car la connaissance de Malraux creusait une brèche dans mon esprit.Un peu plus tard, ayant acheté l\u2019Immoraliste de Gide, j\u2019eus à choisir entre mon orthodoxie et ma soif de connaissance: le serpent sortit vainqueur mais non indemne de ce combat avec l\u2019ange.Hélas.Gide me parut inoffensif.C\u2019est que je l\u2019avais mal lu, c\u2019est-à-dire dans l\u2019aveuglement du remords et de la mauvaise conscience.Quant à Bernanos, le cher Bernanos, je lui dois d\u2019avoir aimé la sainteté, sous n\u2019importe quelle forme, de n\u2019avoir jamais consenti à perdre la Grâce, même lorsque s\u2019éteignit sa flamme originelle.Car, au coeur de ma révolte, 632 ACTION NATIONALE alors que j\u2019expulsais Dieu de mon coeur afin qu\u2019il déserte mon esprit, il me restait cette soif de la Grâce que j\u2019ai transmuée en grâce créatrice.Mais jamais je n\u2019ai cessé de considérer le destin comme une tentative de salut.Que sont devenus les mots pour moi, si ce n\u2019est un chant de rachat?Cette année-là, je ne m\u2019appartenais plus: j\u2019étais la proie des ombres qui en moi se disputaient l\u2019hégémonie.Ce fut le Désespéré, le Vagabond spirituel qui l\u2019emporta.Il quitta le collège avant la fin des examens pour s\u2019exiler à la campagne, laissant croire à la famille que la période des examens était bel et bien terminée, ce qui lui valut une reprise en mathématiques.Ayant fait preuve de mauvaise volonté, je fus cet été-là condamné à rester à Montréal où je gagnerais mon pain et quelques sous qui iraient dans la poche de mes chers professeurs.Mon salaire était ridicule: vingt-sept dollars par semaine.Il s\u2019agissait de faire un peu tout, d\u2019aider tout le monde, une tâche ingrate et sans privilèges.Mon salaire fondait dans les librairies, M.Henri Tranquille le sait qui m\u2019a si souvent vu venir m\u2019égarer dans les rayons de sa librairie.Mais le soir, trop fatigué pour lire, j\u2019invitais des amis avec qui je buvais de la bière sur le balcon.J\u2019oubliais l\u2019examen que je devais reprendre et c\u2019est ainsi que je dus recommencer ma versification, mais cette fois dans une institution privée, le collège m\u2019ayant fermé ses portes faute d\u2019espace. Sous la direction et avec le concours des directeurs de la Ligue d'Action nationale, la revue consacre ici quelques pages, dont la préparation sera confiée chaque mois à diverses personnes ou à des équipes de personnes.Leur objet est de fournir des thèmes suivis d'études aux sections de nos associations nationales, sociales et civiques, aux cercles d'études de collège, etc., sur des problèmes majeurs d'action.Les orientations générales de ces rubriques correspondront, en général, à celles de la revue.Mais une grande latitude d'expression sera laissée à ceux qui assumeront la tâche de préparer ces textes, de sorte qu'on ne devra pas s'étonner d'y trouver à l'occasion des opinions différentes de celles qu'ont pu exprimer le directeur ou d'autres collaborateurs réguliers de la revue.D'ailleurs l'objet de ces textes sera généralement d'être soumis à étude et discussion.Nous le disions dans l'introduction de cette section en septembre 1965, ce genre est difficile et nous sommes conscients de tenter une expérience que nous raffinerons au fur et à mesure de son déroulement.C'EST POURQUOI NOUS SOLLICITONS LE CONCOURS DE TOUS POUR NOUS INDIQUER CE QU'ILS VOUDRAIENT APPRENDRE OU TROUVER, SUR LES SUJETS CONCERNES, POUR QUE LA SECTION ATTEIGNE SON OBJECTIF ET LEUR SOIT VRAIMENT UTILE.Adresse: L'ACTION NATIONALE, Section des cercles d'études, C.P.189, Station N, Montréal. Les états généraux en France de Charles V à la Révolution Du XIVe au XVle siècle Au cours de ces deux cents ans, la plupart des assemblées ont été les dociles auxiliaires de la volonté royale.Les efforts pour établir en France un régime constitutionnel plus populaire ont échoue Les états ont vivoté, sans régularité et sans procédure fixe.En 1369, Charles V convoque à Paris tous les députés de la France devant l'imminence d'une guerre avec 1 Angleterre.L unanimité salue les projets du roi.Quelques mois plus tard, en août, une nouvelle assemblée générale est convoquée à Rouen et elle vote « les aides les plus considérables qui eussent jamais été accordées.» L\u2019assemblée se réunit ensuite sous Charles VI en juillet 1411, la guerre civile faisant rage entre Armagnacs et Bourguignons.Les prélats, les nobles, les bourgeois notables et les délégués de 1 Université de Paris refusent au prince les subsides demandés.Le 30 janvier 1413, l'assemblée des états se réunit à l'hôtel Saint-Pol devant le danger d'une invasion anglaise.Les trois ordres délibèrent par provinces, l\u2019Université et les bourgeois de Paris constituant un groupe par eux-mêmes.Les subsides furent encore refusés.Par contre, des réformes étaient demandées.Après la dissolution de l'assemblée, une « commission générale d'enquête et de réforme » composée par les états aboutit à l'ordonnance du 26 mai 1413 qui présentait un code de réforme administrative sage et modérée.Sous Charles VII les états souvent convoqués, lui sont fidèles et dociles.Ils résistent toutefois au principe de la permanence des impôts.Ils votent quand même les subsides à chaque réunion.Les dates: mai 1421 à Clermont-Ferrand; janvier 1423 à Bourges; 18 636 ACTION NATIONALE août 1423 à Selles; du 10 au 16 mats 1424 à Selles; octobre 1424 à Riom; du 16 au 20 octobre 1425 à Poitiers; novembre 1426 à Issoudun; septembre 1428 à Chinon; avril 1431 à Poitiers; septembre 1433 à Tours; août 1434 à Tours; janvier 1435 à Poitiers; février 1436 à Poitiers; mai 1436 à Paris; octobre 1439 à Orléans; qui se prononce pour la paix avec les Anglais et qui fit des « remontrances » au roi.Louis XI réunit les états le 1er avril 1468.64 villes élisent un noble, un clerc et un bourgeois, soit 192 députés.L'assemblée appuie le roi contre la coalition de Charles de Bourgogne et de son frère Charles de Normandie.Sous la régence d\u2019Anne de Beaujeu, le 5 janvier 1484, à Tours, 284 députés élus représentent la France entière.Pour la première fois, dans chaque bailliage, un seul corps électoral est constitué pour les clercs, les nobles et les tiers.Les députés de Tours se répartissent en six bureaux régionaux, non en trois ordres.La division s\u2019infiltre parmi les délégués et les empêche de modifier le conseil de la régence et de recouvrer leurs droits perdus sous Charles Vil dans le libre vote de l\u2019impôt.Le 14 mars, 1 indemnité quotidienne cesse d\u2019être versée aux députés qui se dispersent.En 1506, à Tours, Louis XII réunit les états pour protester contre les stipulations matrimoniales des traités de Blois et pour fiancer au duc d\u2019Angoulême, François, sa fille Claude, promise à Charles-Quint.Pendant les guerres de religion Sous le règne de Charles IX, à Orléans, le 14 décembre 1560, l\u2019assemblée se partage selon les trois ordres.Elle refuse de voter les subsides sans consulter les électeurs.Elle établit une chambre de 13 députés par ordre pour aviser « au moyen d\u2019équilibrer le budget » en déficit de 43 millions.Elle réclame la périodicité de la convocation des états.Elle inspire l\u2019ordonnance d\u2019Orléans de 1561 qui rétablit les élections canoniques et réorganise l\u2019administration judiciaire.La grande ordonnance de Moulins de 1566 est aussi l\u2019un de ses résultats. ÉTATS GÉNÉRAUX EN FRANCE DE CHARLES V.\t637 Sous Henri III, à Blois, le 6 décembre 1576, les députés des trois ordres présentent le « cahier des remontrances » et ils reclament pour eux la puissance législative.Ils exigent que les vœux adoptés à l\u2019unanimité des trois ordres soient acceptés d avance par le roi.Ce dernier refuse cette requête.Il accepte que sur la liste des conseillers chargés de présenter la réponse aux « cahiers » soient inscrits douze députés de chaque ordre.Les délégués votent enfin la guerre contre les protestants, mais ils refusent tous les projets de subvention, exigeant des réformes avant de voter de l\u2019argent.Le 16 octobre 1588, à Blois, les délégués réclament l\u2019extermination des hérétiques, la reconnaissance effective du droit de contrôle des délégués de la nation sur les actes de la couronne, la proclamation du droit de résistance à main armée contre ceux qui levaient des deniers sans l\u2019assentiment des états.Alors Henri III, le 23 novembre, fait assassiner les Guise, arrête les chefs des ligueurs et mate par la terreur les états dont les députés se dispersent.En 1593, les états sont convoqués pour pourvoir à la vacance du trône et ils se séparent le 25 juillet, sans avoir accompli aucun progrès.L\u2019abjuration d\u2019Henri IV leur ôtait toute raison d\u2019être.Au cours de cette période, les états n'ont pas réussi à devenir un rouage régulier du gouvernement royal.Les rois continuent à ne solliciter leur intervention qu\u2019aux périodes de crise et de désordre.1614 Sous la régence de Marie de Médicis, le 14 octobre 1614, les états sont convoqués au couvent des Augustins, à Paris.464 députés sont présents: 140 pour le clergé; 132 pour la noblesse et 192 du tiers état.Une lutte des classes caractérisa cette assemblée.Les deux ordres laïques en sont venus presque au point d\u2019une rupture.Pendant deux mois, des discussions de classe absorbent les députés.Le tiers combat pour l\u2019égalité, abandonnant le thème de la liberté.Le 23 février, les « cahiers de remontrance » sont présentés au roi.Le lendemain, 24, les délégués s\u2019aperçoivent que leur salle de réunion, aux Augustins, a été déménagée.Pendant un mois, attendant la 638 ACTION NATIONALE promulgation de l'ordonnance destinée à donner satisfaction à leurs vœux, ils battent le pavé du cloître des Grands-Augustins, devant la porte fermée, et ils s\u2019entassent dans l\u2019antichambre de Miron.Le 24 mars, ces délégués se dispersent après un pitoyable échec et une session sans résultat.1789 La période électorale débute le 5 juillet 1788.Un arrêt du Conseil du roi « ordonna de rechercher les précédents anciens ».Les mémoires soumis par les villes remplissent dix registres conservés aux Archives nationales.Après de longues discussions publiques, le Conseil du roi ordonne le 27 décembre 1788 que « le nombre des députés du tiers sera égal à celui des deux autres ordres réunis ».Les élections se firent à haute voix et à deux degrés.Cent votants du premier degré (citoyens âgés de 25 ans et payant six livres d'impôt) nommèrent un électeur.L\u2019assemblée des électeurs élit les députés et rédige les cahiers.Les députés sont présentés au roi le 3 mai à Versailles.Les ordres sont introduits successivement.Un incident pendant la fête religieuse du 4 mai permit à Sieyès de dire: « Trois ordres, non, trois nations.» Du 6 mai au 10 juin, les délégués de chaque ordre siègent sans délibérer.Le clergé et la noblesse ne veulent pas se grouper avec le tiers état et refusent la procédure du vote par tête.Le 10 juin 1789, Sieyès, député de Paris, propose de « couper le câble ».Il rejette la conciliation et il somme les deux autres ordres d\u2019avoir à se rendre dans la salle commune pour « procéder à la vérification des pouvoirs », « l\u2019appel des bailliages commence dans une heure ».Des membres du clergé désertent leur ordre et obéissent à la sommation.Renforcie des transfuges ecclésiastiques, l\u2019assemblée du tiers prit le nom nouveau d\u2019Assemblée nationale par 491 voix contre 90.Le câble est coupé.Les états généraux sont ÉTATS GÉNÉRAUX EN FRANCE DE CHARLES V.\t639 remplacés par l\u2019Assemblée nationale.Sur la vague du mécontentement, la France s'embarque sur le « vaisseau de la Révolution ».Cette histoire hautement instructive permettra de dégager l'importance et la signification de l\u2019institution qu\u2019on peut appeler états généraux.Qu\u2019on s\u2019abstienne pour le moment de tirer des conclusions hâtives car ce sens et cette portée ne peuvent être bien compris en termes modernes qu'une fois bien situés dans la perspectives des institutions politiques du temps.Nous y reviendrons.De même ne concluons pas trop vite de la conclusion que les états généraux ont mené à la Révolution.11 faudra auparavant voir si la Révolution n\u2019a pas été plutôt le fruit de la faillite des états géné-raux.Bibliographie Les Annales de la Faculté des lettres de Bordeaux, 1882, t.IV, étude de MM.Callery et Luchaire.Les Cabochiens et l\u2019ordonnance de 1413, par A.Coville.Histoire des institutions monarchiques de la France sous les pre miers Capétiens, t.I, Luchaire.Histoire des états généraux, par G.Picot.Les Annales de la Faculté des lettres de Paris, 1892, M.Froi-devaux.Assemblées sous Philippe le Bel, par G.Picot, dans la Collection des Documents inédits.Les Recherches sur les premiers états généraux et les assemblées représentatives pendant la première moitié du XlVe siècle, par M.H.Hervieu en 1879.La Bibl.de l\u2019Ecole des Chartes de 1890.Les états généraux sous Charles VII, M.de Beaucourt et A.Thomas.Les Théories sur le pouvoir en France pendant les guerres de religion, 1891.Les Elections et les Cahiers de Paris en 1789. O rare fiâca Le problème fiscal à l\u2019heure actuelle Nous avons déjà étudié les origines constitutionnelles, politiques et financières du problème fiscal.Où en sommes-nous aujourd'hui ?Le problème se pose-t-il toujours ?Sur le plan constitutionnel Théoriquement, la Confédération canadienne, en donnant aux francophones une province et un gouvernement, devait faciliter 1 épanouissement des deux nations.Le Québec, par le truchement de son gouvernement et, dans des limites très précises, pouvait quand même influencer directement son évolution et, jusqu\u2019à un certain point (assez avancé) prendre en main son destin.Toujours THEORIQUEMENT.Cette théorie, pour se réaliser, doit cependant s\u2019appuyer sur une réalité economique et financière qui, en définitive, détermine la véritable dimension de la liberté laissée au Québec de se développer comme il l\u2019entend.Et c\u2019est justement là qu\u2019on trouve le fondement du problème fiscal actuel.Pour jouer pleinement son rôle, le gouvernement québécois a besoin de ressources et, de ce fait, devient un concurrent d\u2019un autre gouvernement qui, lui aussi, pour faire face aux responsabilités qui lui sont fixées par le British North America Act (et aux autres qu\u2019il s\u2019est appropriées par la force) doit aussi imposer les contribuables canadiens ( y compris ceux du Québec).En d\u2019autres mots, deux gouvernements se font concurrence pour percevoir à la même source, les revenus dont ils ont besoin.On peut facilement imaginer les conséquences d\u2019un tel tiraillement.surtout lorsque la Constitution qui devrait trancher les litiges LE PROBLÈME FISCAL À L'HEURE ACTUELLE 641 est vieille de 100 ans et n\u2019a évidemment pas prévu toutes les nuances que nécessitent les interventions accrues de lEtat dans la vie de tous les citoyens.On aurait tort d\u2019imaginer que ces conflits entre gouvernements d\u2019un même pays sont l\u2019apanage exclusif du Canada.Tous les pays du monde qui connaissent ces formes de gouvernement (national ou fédéral, régional ou provincial, municipal ou communal) doivent faire face, un jour ou l\u2019autre, à des conflits de juridiction et à des luttes pour occuper divers champs de taxation.Ces problèmes se règlent généralement par un transfert ou bien des responsabilités ou bien des sources de revenus.Le problème se situe alors uniquement au niveau politique et n entraîne pas toujours de très graves conséquences.Il en va tout autrement lorsque le conflit prend naissance entre deux gouvernements qui représentent des groupes nationaux différents.Complexité du cas canadien Ainsi dans le cas du Canada, il peut exister des conflits du genre décrit plus haut entre le gouvernement central et n importe quel gouvernement provincial.Le cas du Québec mis à part, ces conflits peuvent justement se régler au moyen de transferts.Imaginons par exemple un conflit entre Ottawa et les provinces anglaises au sujet du financement de l\u2019éducation.Qu ont alors à perdre les provinces anglaises en laissant Ottawa financer en partie leurs universités ?Certes, des inconvénients graves peuvent en découler: mauvaise répartition des revenus, erreur d\u2019appréciation des besoins, mauvaise adaptation aux problèmes locaux etc.En somme tous les désavantages qui résultent habimellement d'un trop grand éloignement du centre de décision par rapport au milieu concerné.Des inconvénients graves, mais qui constituent des problèmes d\u2019ordre politique ou social ne METTANT PAS EN DANGER LA NATURE MEME DU PEUPLE AU SEIN DUQUEL S\u2019ECHANGENT LES RESPONSABILITES OU LES REVENUS. 642 ACTION NATIONALE ,.ir,LorSqUe\u2019 cePendant, ces transferts s'effectuent entre deux nations differentes, il en résulte INEVITABLEMENT que la plus faible y perd un peu de sa liberté et devient graduellement tributaire de la plus forte.En un mot, en cédant à une nation étrangère le pouvoir organiser sa vie nationale, un peuple s\u2019aliène irrémédiablement ET DANS DES CONFLITS DE CETTE SORTE, C'EST TOUJOURS LE PLUS FORT QUI L'EMPORTE.Il vaut donc mieux écarter tout de suite la possibilité que, par grandeur d ame, par générosité ou par amitié, un gouvernement fort cede ses droits, ses pouvoirs et ses revenus à un plus faible.L histoire du Québec des dernières années en est la preuve.Ottawa s est fait ARRACHER des pouvoirs et des revenus PARCE QUE LE QUEBEC ETAIT EN POSITION DE LANCER DES ULTIMATUMS, DE MENACER, DE PARLER D'INDEPENDANCE.Et c\u2019est seulement après que, derrière le Québec, d\u2019autres provinces anglaises ont voulu résister à Ottawa.Elles étaient fortes de la force du Québec.Situation du Québec On aurait tort pourtant de croire que la force actuelle du Québec pourra faire reculer indéfiniment le pouvoir fédéral.Un point de saturation sera rapidement atteint au delà duquel Ottawa refusera de passer; on fera appel à la sacro-sainte bonne entente, on exploitera les fidélités partisanes des dirigeants québécois et il s\u2019en trouvera pour se réjouir d\u2019avoir quand même obtenu le tiers de ce qui nous revient.! A moins qu\u2019on atteigne un point d\u2019éclatement qui mette fin au système actuel.Quoi qu il en soit, lorsqu'on analyse les implications nationales du problème fiscal, on se rend compte que tout malentendu, toute imprécision, toute bataille constitue une perte de temps et d\u2019énergie et, en définitive, un amoindrissement de notre identité nationale.\u2014 En nous référant aux articles 91 et 92 du British North America Act et aux deux principales thèses relatives au partage des pouvoirs entre les gouvernements fédéral et provinciaux, quelle 643 LE PROBLÈME FISCAL À L'HEURE ACTUELLE devrait être l'esprit qui présiderait à un éventuel ajustement de la Constitution ?\u2014\tPouvons-nous envisager que continue la lutte actuelle entre Québec et Ottawa sur la question du problème fiscal ?\u2014\tLe Québec pourrait-il, pour simplifier les choses, céder à Ottawa une partie de ses responsabilités politiques, sociales et economiques ?\u2014\tSi on envisageait de partager les ressources en impôts directs et impôts indirects, lesquels devrait-on consentir à Ottawa ?\u2014\tQuelle sorte d\u2019impôt a l'influence prépondérante sur la vie dun individu et d'un peuple, l'impôt direct ou l'impôt indirect ?\u2014\tPeut-on imaginer que le Canada anglais accepte de donner l'exclusivité de l\u2019impôt direct au Québec ?\u2014\tAu risque de plonger le Canada dans une crise mortelle, doit-on quand même livrer une bataille pour obtenir au moins l\u2019exclusivite de l\u2019impôt direct ?-Ou devons-nous pour sauver la Confédération accepter de céder à des étrangers le droit de diriger notre vie nationale ? ordre âocia Nos attitudes devant les programmes conjoints Au cours des derniers mois, nous avons étudié la nature des programmes conjoints, leur aspect constitutionnel et leurs implications sociales et politiques.La lecmre des articles 91 et 92 du British North America Act nous a permis de mesurer le degré d\u2019avancement de la centralisation fédérale actuelle et un inventaire sommaire des divers programma conjomts nous a permis d\u2019en saisir les conséquences sociales sur notre vie nationale.En terminant cette étude, il importe maintenant de nous interroger sur les attitudes à prendre en face de cette question.En annonçant que le fédéral remettait au Québec 29 plans conjoints le premier ministre a-t-il du même coup réglé définitivement le problème ?\u2014\tQuel devrait être l'objectif du Québec en cette matière?\u2014\tPourquoi ?Les 29 plans conjoints qui ont été rétrocédés au Québec portaient sur des programmes qui étaient administrés par les provinces, sous le contrôle et la surveillance du fédéral.On n\u2019a pas touché aux plans qui relèvent exclusivement du fédéral et qui sont DE TOUTE EVIDENCE, de juridiction exclusivement pro-\\inciale, comme 1 assurance-chômage, les allocations familiales, les pensions de vieillesse.Le Québec doit-il insister pour obtenir le contrôle absolu et exclusif de ces plans qui sont totalement du ressort de la politique sociale ? ATTITUDES DEVANT LES PROGRAMMES CONJOINTS 645 \u2014\tLe règlement des 29 plans conjoints est partiel parce qu'il ne porte que sur des plans déjà administrés par le Québec, sous contrôle du fédéral.Or, malgré la fin de ces plans conjoints, le CONTROLE FEDERAL DEMEURE.Tout ce que le Québec y gagne, c\u2019est de pouvoir prélever directement les impôts nécessaires, sans plus avoir à obtenir de subvention du pouvoir central.Est-ce normal pour un gouvernement représentant une nation authentique, de devoir se soumettre à un gouvernement étranger dans l'application de ses politiques sociales ?\u2014\tCet arrangement est temporaire et c\u2019est en 1970 que devra etre prise une position définitive.Or, L'ARRANGEMENT ACTUEL NE COMPORTE AUCUNE PROMESSE AU QUEBEC QU A LA FIN DE LA PRESENTE PERIODE DE TRANSITION LE GOUVERNEMENT FEDERAL ACCEPTERA VRAIMENT DE DEGAGER LE QUEBEC DES CONTROLES FEDERAUX.Promesse ou pas, ce dégagement définitif du pouvoir fédéral d un secteur qui lui est étranger ne pourrait-il pas devenir un objectif précis pour le Québec ?En définitive, il s\u2019agit pour tout groupement se préoccupant de vie nationale et désireux d'entreprendre une véritable action de se déterminer des objectifs précis à partir de certaines études, comme dans le cas présent, les plans conjoints.\u2014 Quels devraient donc être nos objectifs ?IL FAUT AU QUÉBEC LE CONTRÔLE COMPLET DE SA LÉGISLATION DU TRAVAIL ET DE LA SÉCURITÉ SOCIALE AU PLUS TARD D'ICI LA FIN DES PRÉSENTS ACCORDS FISCAUX ENTRE LE FÉDÉRAL ET LES PROVINCES, SOIT d'ici 1967.IL FAUT OBTENIR DU FÉDÉRAL L\u2019ASSURANCE QU\u2019IL RENONCERA À TOUT CONTRÔLE SUR LES PLANS QUI SERONT REMIS AU QUÉBEC.IL FAUT, EN DÉFINITIVE, OBTENIR QUE LE FÉDÉRAL REMETTE AU QUÉBEC TOUS LES PLANS CONJOINTS.IL FAUT ABSOLUMENT FAIRE ACCEPTER AU GOUVERNEMENT FÉDÉRAL SINON LE RECUL ET LA REMISE À 646 ACTION NATIONALE TOUTES LES PROVINCES DU SOIN D\u2019EXERCER LEUR PROPRE RESPONSABILITÉ, AU MOINS L'ARRÊT DÉFINITIF DE TOUTE CENTRALISATION PLUS POUSSÉE.TANT QUE LA CONSTITUTION ACTUELLE N'AURA PAS ÉTÉ RÉVISÉE AFIN DE DONNER AU QUÉBEC UN VÉRITABLE STATUT D'ÉTAT ASSOCIÉ. ordre économique Le fonctionnement de la Caisse de dépôt et placement L'article 18 de la Charte de la Caisse stipule que: « La Caisse reçoit en dépôt toutes les sommes dont une loi prévoit tel dépôt ».\u2014\tPeut-on en conclure que la Caisse recevra en dépôt toutes les ressources investissables du gouvernement, ainsi que nous l'avions décrit dans notre première étude (Commission des Autoroutes, Hydro-Québec, Accidents du Travail etc.) ?\u2014\tL\u2019article 18 nous donne-t-il l\u2019assurance que tous les fonds investissables du gouvernement seront réunis puis utilisés avec coordination comme un instrument économique de premier plan ?\u2014\tPour l\u2019instant, le demi-milliard que l'Etat doit investir est morcelé en plusieurs fonds administrés indépendamment les uns des autres, sans aucun rapport avec les grandes politiques économiques de l\u2019Etat.La charte de la Caisse de dépôt et placement est-elle assez exacte sur ce point pour assurer que cette situation sera corrigée ?\u2014\tA notre connaissance, le gouvernement n'a jamais fait connaître son intention de modifier la loi de l\u2019Hydro-Québec, de la Commission des autoroutes, de la Commission des accidents du travail et des autres institutions qui accumulent des fonds investissables, afin de les forcer à placer leurs capitaux dans la Caisse de dépôt et placement.Sommes-nous alors justifiés de nous inquiéter / \u2014\tAu sens strict, on peut conclure de la lecture de cet article 18 que, non seulement, la Caisse recevra en dépôt toutes les sommes 648 ACTION NATIONALE dont une loi prévoit tel dépôt, mais aussi quelle NE recevra en depot que ces sommes.Est-ce à dire qua défaut de modifier les lois enumerees plus haut, il sera impossible de centraliser les ressources investissables de l\u2019Etat dans la Caisse ?Son utilité Les articles 21 à 33 de la charte de la Caisse de dépôt et placement traitent de la question des investissements ou placements de ces capitaux.D'une façon générale, on peut y lire que: (art.21): «La caisse peut acquérir et détenir SANS RESTRICTION, des obligations émises par la province, ou garanties par elle; des obligations.du gouvernement du Canada (aux mêmes conditions); des obligations.(de tout autre gouvernement ou de la Banque internationale de reconstruction et de développement).»\t* (art.23): des obligations de municipalités ou corporations scolaires A CERTAINES CONDITIONS; (art.24) : des obligations d\u2019une compagnie SI a)\telles sont pleinement garanties par hypothèque etc OU\t\u2019 b)\telles sont pleinement garanties par privilège sur outillage, etc.c)\tsi la compagnie a, pendant chacune des cinq années précédentes, versé un dividende, etc.si elle a obtenu sur ces actions ordinaires un rendement de.(art.25) : La Caisse peut, sans restriction, acquérir et détenir des créances garanties par hypothèques.SI LE PAIEMENT DU PRINCIPAL ET DES INTERETS EST ASSURE le fonctionnement de la caisse de.649 PAR LE GOUVERNEMENT DU CANADA OU DE LA PROVINCE.Dans les autres cas, RESTRICTIONS.(art.29) : .elle ne peut détenir plus de 30% des actions ordinaires.d\u2019une même compagnie.elle ne peut investir en actions ordinaires plus de 30% de son actif total.Les autres articles de ce chapitre précisent toutes les limites auxquelles la Caisse est soumise dans son programme d'investissement; et l\u2019article 31 énumère les restrictions relatives à toute autre forme d\u2019investissement non prévue dans la loi.Les insuffisances Nulle part, cependant, on ne lit que la Caisse devra jouer le rôle du syndicat d\u2019émission des titres du Québec, comme la Banque du Canada l\u2019a joué pour le gouvernement fédéral.Nulle part non plus on ne lit que la Caisse devra donner naissance à une sorte d\u2019agence de financement municipal.Nulle part on ne lit que la CAISSE pourra affecter une partie de son actif pour le lancement de nouvelles entreprises.__Les dispositions de la loi que nous avons citees nous permettent-elles de croire que toutes les précautions sont prises pour assurer la sécurité des fonds publics confies a 1 Etat ?__Si la sécurité semble assez assurée, le législateur a-t-il suffisamment insisté sur la nécessite de se départir de cette mentalité du bas de laine qui ne se soucie que de protéger son avoir sans prendre aucun risque ?__A-t-on l\u2019assurance que la Caisse, QUI NE RECEVRA PAS EN DEPOT TOUS LES FONDS INVESTISSABLES DE L\u2019ETAT, pourra au moins, avec ceux dont elle disposera, jouer pleinement son rôle comme la plus importante institution financière du Québec ? 650 ACTION NATIONALE Devons-nous souhaiter que le gouvernement fasse connaître au plus tôt ses intentions quant au rôle qu'il entend faire jouer à la Caisse.\u2014\tEn créant la Caisse, le gouvernement du Québec se donne une institution qui pourrait jouer ici un rôle semblable à celui de la Banque du Canada à Ottawa.Pour cela, il faudrait que le gouvernement manifeste son désir de coordonner l'utilisation de la Caisse avec 1 orientation de ses politiques économiques, financières et sociales.Le texte de loi est étrangement muet et les declarations officielles encore plus sur ce point.Pourquoi ?\u2014\tQuelle action devrions-nous amorcer pour inciter les dirigeants du Quebec à donner à la Caisse sa véritable dimension et la liberté necessaire pour aller de l'avant tout en sauvegardant le bien public ? Ill Nos annonceurs participent à la vie de la revue.Nos lecteurs sont tous intéressés à leur succès.Ils les consultent d'abord.RÉPERTOIRE DES RUBRIQUES Architectes Assurances Avocats Bijoutiers Biscuits et gâteaux Blanchisserie Caisses Populaires Collèges Comptables Distilleries Evaluation Hôtels villégiature Librairie Machinerie Magasin à rayons Notaires Opticien Optométristes Papeterie Pharmaciens Photographie Placements Pompes à eau Produits alimentaires Quincaillerie Soudure Tapis Tondeuses IV REPERTOIRE DES NOMS Angers, Adrien Brochu, Télesphore Coisse Populaire d'Hocheiaga Caisses Populaires (Union régionale de Montréal) Chevrier, Normand Club Fleur-de-lys Collège Valéry Convoyeurs et machineries Victory Distilleries Melchers Ltée Dorais, Jean-Louis Drolet Inc., F.X.Dubé, Oscar & Cie Inc.DuMesnil, Mario Dupuis & Frères Ltée Etco Photo Color Ltée Galarneau, Desmarais et Associés Grégoire, J.R.Grenache Inc.Groulx & Cadieux Jetté, J.-W.La Familiale Lafrenière Lanthier La Rue, André La Sauvegarde La Solidarité Lauzier, papetier Lebeau Ltée, G.Lemieux, Paul-M.Lemieux, Robert Les Minoteries Phénix Manoir Saint-Castln Marchand, Sarto Mathieu, Dollard Meunier, John Michon, pharmacien Montréal Oxygen Inc.Morin, Rosaire Palange, Ernest Paradis & Messier Parisian Laundry Co.Inc.Pilon, librairie Pomponnette Inc.Robert, Paul-Emile Robillard, Michel Rochette, Emilien Rodrigue, Lionel Roy, Edouord Séguin, Paul-Emile Service d'Estimations enrg.Sonarex Stadium Ltée Stuart Therrien, F.-E.Viau (Lucien) et associés, c.a Voyages Bel-Air Wilson & Frères V ARCHITECTES Les Architectes Lemieux Ludger Lemieux (fondateur) ROBERT LEMIEUX B.A., A.D.E.A., A.A.P.Q., M.R.A.I.C 210, boul.Duhamel, Pincour», Cté Vaudreuil.Place d'Estrie, Bedford (Missisquoi) Tel.: 453-6283 et CH.8-3353 PAUL-M.LEMIEUX, architecte Diplômé à l'Ecole des Beaux-Arts de Paris, B.A., M.R.A.I.C.A.A.P.Q., O.A.A., D.P.L.G.F., S.A.D.G.F.Bureou :1869 ouest, bout.Dorchester, Montréal WE.7-1081 Domicile : 155, 17e Ave, Lachine 637-1081 LA SOLIDARITÉ Compagnie d'assurance sur la vie 925, chemin Saint-Louis, Québec vous dit : Qui sème chez soi.récolte pour soi Président ALBERT BOULET Directeur général CHARLES POIRIER Bureoux à : Beauceville, Sherbrooke, Amos, Ste-Thérèse-de-Bloinville, Montréal, Sorel, Rimouski, Rivière-du-Loup, Roberval, Chicoutimi.Adrien Angers et Fils Inc.Assurances générales 5847 est, rue Sherbrooke Tél.: 255-7795 ROSAIRE MORIN, c.L.U.UA SAUVEGARDE \u2014\t28S-9104 i\td\t2 C + E- + E- + A = F \u2022\t3\t2 VI ANDRÉ LA RUE, C.C.S.Courtier en assurances 3450 est, rue Jean-Talon \u2022\tMontréal 38 \u2014 RA.2-1627 P.-É.ROBERT, c.l.u.Assureur-vie agréé Gérant : \"LA LAURENTIENIME\" 822 est, rue Sherbrooke, Montréal\t527-1378 HOMMAGES D E Sc auuecjarcle de COMPAGNIE D\u2019ASSURANCE SUR LA VIE Siège social : Montréal Pour vos assurances LAFRENIÈRE & LANTHIER 671-1953 THERRIEN, F.-E., avocat Ch.400 33 ouest, rue St-Jacques, Mtl \u2022\tVI.2-9768 Mario Du Mesnil AVOCAT DORAIS, Jean-Louis 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