L'action nationale, 1 octobre 1971, Octobre
[" L'ACTION NATIONALE Volume LXI, Numéro 2 Octobre 1971\t75 cents DE LA NATALITÉ AU QUÉBEC Jean Genest POUR UNE ÉDUCATION TOTALE Maurice Audet LE MEXIQUE ET SES LEÇONS Mme Paul Normand MONTRÉAL ET SON VISAGE FRANÇAIS F.-A.Angers MASS-MÉDIA ET MONDE MODERNE Jean Genest LE SOUVENIR DE ST-EXUPÉRY Roger Duhamel PROPOS SUR RINA LASNIER Gustave Lamarche POUR VOS ACHATS CONSULTEZ NOTRE RÉPERTOIRE D'ANNONCEURS CLASSIFIÉS TABLE DES MATIÈRES Pages ÉDITORIAL (Jean Genest) : De la natalité au Québec\t87 Maurice AUDET : Pour une éducation totale.99 Mme Paul NORMAND : Mexique, nous avons des leçons à prendre de toi .109 François-Albert ANGERS: Montréal et son visage français 126 Jean GENEST : Mass-média et monde moderne (première partie) .130 Roger DUHAMEL: Le souvenir de Saint-Exupéry\t151 Gustave LAMARCHE : La salle des rêves, de Rina Lasnier\t161 Dépôt légal \u2014 Deuxième semestre 1971 Bibliothèque nationale du Québec François-Albert Angers POUR ORIENTER NOS LIBERTÉS Volume de 280 pages.Il assemble les meilleurs articles de M.Angers, écrits entre 1939 et 1969.Pour la première fois le public a à sa disposition les grandes lignes de la pensée de M.Angers.Livre essentiel pour connaître les orientations et les appuis rationnels de ce maître du nationalisme québécois.($5.) Courrier de la deuxième classe Enregistrement no 1162 L\u2019ACTION NATIONALE 1182, boul.Saint-Laurent Montréal (Tél.: 866-8034).Volume LXI, Numéro 2\tOctobre 1971\t75 cents Éditorial De la natalité au Québec A vrai dire il ne faut pas tellement parler de la natalité que de la dénatalité au Québec.Nous ne sortons pas de la révolution tranquille sans pertes.Notre situation nationale est gravement atteinte : nous avons perdu plus de citoyens que les Etats-Unis n\u2019ont perdu de soldats dans leur guerre de dix ans au Vietnam.Soit l\u2019équivalent de la population de la ville de Québec.Le drame tourne à la tragédie.Pendant ce temps les fonctionnaires du gouvernement ne pensent qu\u2019à la centralisation et à l\u2019étouffement de la population par des structures faites en diagrammes et en schémas d\u2019acier.On organise la santé, l\u2019éducation mais on désorganise les naissances et tout l\u2019avenir.Déjà nous avons trop d'écoles, trop d\u2019hôpitaux.Bientôt il y aura plus de morts que de naissances.La crise spirituelle est devenue une crise morale, grâce aux mass-média.Les riches divorcent ou s'accotent avec plusieurs concubines.La jeune fille, devenue libre, avorte.Les étudiants calculent et mettent dans la balance leur confort : l\u2019auto ou l\u2019enfant.La pilule est partout et tes pharmaciens de quartier disent qu\u2019elle est devenue le petit pain chaud du siècle.Les hésitations du clergé sur les différences à mettre entre une conscience aveugle et une conscience éclairée.Bref, tout concourt à une décadence morale.Le résultat : l\u2019enfant n\u2019est 88 ACTION NATIONALE plus bienvenu au Québec.Le logement trop exigu, le salaire insuffisant, la cherté de la vie, l\u2019accumulation des dettes, les dépenses à crédit, la déchristianisation à un rythme alarmant, la sécularisation des mass-média, l\u2019apathie des masses, le matérialisme des mentalités, tout contribue à affaiblir la fibre du caractère et à diminuer l\u2019efficacité de la volonté.C\u2019est la chute du héros et du saint au profit de l\u2019opportuniste, de l\u2019éclectique et du m\u2019en-fichisme : personnages incolores et sans vertèbres.Le désir de la dolce vita fait le vide dans les nouvelles familles.La femme se sent plus libre mais la nation se meurt.Les faits Une rapide enquête dans des paroisses sur les deux rives du Saint-Laurent nous permet de voir la faillite de la famille au Québec.Dans telle paroisse on avait, il y a dix ans, 352 naissances et aujourd\u2019hui seulement 69.Dans telle autre, en dix ans on baisse de 63 à 3.Et la litanie rend la catastrophe énorme, d\u2019autant plus énorme qu\u2019elle était imprévisible.Une enquête de la Fédération des commissions scolaires nous a révélé qu\u2019en 1976, il y aura en première année d\u2019école élémentaire, 220,000 enfants de moins qu\u2019en septembre 1971.Il ne s\u2019agit pas d\u2019une projection mais d\u2019un fait car les enfants qui iront à l\u2019école en 1976, sont déjà nés et comptés.Si la situation avait été normale, non seulement nous ne devrions pas perdre 220.000 enfants mais nous devrions, vue l\u2019augmentation normale d\u2019une population, dépasser le chiffre de l\u2019année précédente : cela nous permet de dire que nous avons perdu en réalité près de 350,000 enfants en cinq ans.Les conséquences sont énormes.Les petites villes se vident.Les jeunes qui terminent leur apprentissage professionnel ne trouvent pas d\u2019emploi chez eux : le maçon, l\u2019électricien, la secrétaire, la garde-malade pour trouver de l\u2019ouvrage doivent émigrer en ville.Nous obte- DE LA NATALITÉ AU QUÉBEC 89 nons une sur-concentration urbaine alors qu\u2019il faudrait décentraliser les industries, décongestionner les grands centres.Nos écoles polyvalentes en préparant les jeunes à la spécialisation hâtive se révèlent le type d\u2019école le moins souple, le plus incapable de s\u2019adapter à ces circonstances fluctuantes.Elles contribuent au chaos du Québec au sortir de notre révolution tranquille.Du spirituel au technique, nous sommes en état de déséquilibre.Sur des données absolument sûres, nous avons calculé que dans une ville sur /'/7e de Montréal, 1103 enfants naquirent en 1958-1959-1960 mais seulement 369 en 1968-1969-1970.En dix ans, cette ville n\u2019a conservé que le tiers de ses effectifs scolaires.Soit en dix ans une perte irréparable de 66% attribuable à la seule baisse des naissances.Or cette même ville en 1958-1959-1960 comptait dans sa population scolaire (entre 6 et 15 ans) 73.4% de Canadiens-Français et 26.6% d\u2019Anglo-Canadiens et d\u2019émigrés, surtout Grecs et Italiens.Dix ans plus tard, en 1968-1969-1970 la majorité de la population scolaire est complètement renversée : les Canadiens-Français ne représentent que 40.3% de la population scolaire comprise entre 6 et 15 ans.Les Anglo-Canadiens et les émigrés forment 59.7%.Les conséquences sont frappantes : la propriété commence déjà à changer de mains.Les écoles françaises sont trop grandes et les écoles anglaises trop étroites.Et ce sont les taxes des parents Canadiens-Français qui devront payer directement ou indirectement pour agrandir les écoles des émigrés et des Anglo-Canadiens.Autrement dit, nous devrons payer pour que cette ville actuellement française devienne un autre pilier des émigrants anglicisés.Si c\u2019est çà qu\u2019on appelle progresser ! La faute n\u2019est à personne d\u2019autre qu\u2019à nous : les émigrés prennent la place que nous laissons vide.Une autre conclusion s'impose : ce ne sont pas les Anglo-Canadiens qui forment la clientèle des écoles protestantes ou catholiques anglaises situées dans cette ville mais ce sont les fils des immigrants.Sans les immigrants, 90 ACTION NATIONALE dont 95% des enfants fréquentent l\u2019école anglaise, les Anglo-Canadiens n\u2019auraient pas assez d'enfants pour maintenir une seule école anglaise, protestante ou catholique.Les Anglo-Canadiens étendent leur influence par l\u2019assimilation des immigrants.De sorte qu'à prendre l\u2019ensemble de la province de Québec, si les Canadiens-Français forment 80% de la population totale, on peut dire que les Anglo-Canadiens n'en forment que 10% et que les immigrants en s\u2019anglicisant forment un autre 10%.Or aucun pays au monde, aucune raison au monde, ne devrait nous faire accepter que les immigrants, en s\u2019installant dans notre province, puissent envoyer leurs enfants à l\u2019école anglaise, contribuant ainsi à mettre en péril le Québec province française.La démagogie des gouvernants n\u2019a d'égale que l\u2019indifférence des Canadiens-Français.L\u2019enjeu, surtout en un temps de dénatalité brusque et folle comme aujourd\u2019hui, est terrible à envisager.Que penser alors de tel ministre s'entêtant à justifier l\u2019absurde ?Dans dix ans cette ville dont nous venons de donner des statistiques scandaleuses deviendra une ville anglaise avec des îlots de rentiers canadiens-français.L élément actif de la population passera du côté des anglicisés par l\u2019école.La revue Châtelaine pourra se réjouir de son travail, elle qui est une filiale des intérêts MacLean, of Toronto.Si la pilule empêche la conception, les avortements contribuent pour une grande part à la baisse de la population.Nul ne connaît le chiffre exact des avortements au Québec.Tout chiffre officiel obtenu par renseignements dignes de foi doit être doublé ou triplé car la plupart des avortements artificiels restent cachés.Or un rapport remis au gouvernement français nous permet de voir ce qu\u2019a apporté une politique de l\u2019avortement artificiel libre.Le Japon autorise l\u2019avortement provoqué depuis vingt-trois ans et la Russie depuis treize ans.Le Japon enregistre entre 800,000 et 1,170,100 avortements par an. DE LA NATALITÉ AU QUÉBEC\tJJ-J Il faut doubler ce chiffre car un avortement sur deux au Japon n\u2019est pas enregistré.Or grâce à l\u2019expérience acquise durant vingt-trois ans, on sait maintenant que les conséquences sont assez graves.Cinquante-neuf pour cent des mères avortées auraient une santé moins bonne qu\u2019avant et parfois même très troublée.« Avortements spontanés ultérieurs, prématurité, déséquilibre hormonal, troubles psychologiques sont plus fréquents chez les femmes qui ont eu recours à l\u2019avortement volontaire ».La baisse démographique inquiète les économistes et les législateurs du Japon au point qu\u2019en mars 1970, le premier ministre japonais affirma que « le Japon est considéré mondialement comme le paradis de l\u2019avortement.Notre loi votée pour protéger la santé de la mère, ne doit pas être utilisée pour des raisons de convenance.» Et on s\u2019y propose de limiter l\u2019avortement à des cas spéciaux.En Russie, on a observé les mêmes conséquences et on mène une campagne par radio, télévision, presse, conférences et affiches avertissant les femmes que l'avortement est « nuisible à leur santé et à la nation ».Drôle de pays où les gouvernants doivent avertir les gens que leurs lois ne sont pas bonnes ! Or, au Canada, nous en viendrons infailliblement aux mêmes conclusions, à moins que les femmes canadiennes soient faites différemment.Et nous avons accepté les lois sur l'avortement.Nous avons accepté les moyens anti-conception-nels.Les Anglo-Canadiens savent qu\u2019ils ne perdront pas leur hégémonie sur le Canada car les immigrants, en venant au Canada, acceptent d\u2019avance de s\u2019angliciser.Mais pour nous, les Canadiens-Français, ces lois du gouvernement fédéral nous sont deux fois nocives en ceci qu'elles aident à une diminution grave de la population canadienne-française et au remplacement des enfants non-nés par les enfants des immigrants qui s'anglicisent volontiers.Combien de temps allons-nous résister à ce régime ?Guand pourrons-nous faire nos propres lois ?Mais franchement, si Ottawa fait les lois, n'appartient-il pas au Guébec de faire les volontés ? 92 ACTION NATIONALE Pour remonter la côte, il nous faudrait des forces spirituelles, il nous faudrait une politique d'envergure.Or il y a un déclin frappant des forces spirituelles et une absence de politique.Nous marchons au jour le jour et le matérialisme de la vie entre dans les moeurs.Où va le Canada-Français ?Ni les volontés, ni les lois ne favorisent une natalité qui, tout en restant rationnelle, serait généreuse et pleine d\u2019espérance.L\u2019individualisme tue le national comme le matérialisme tue l'espérance.Il \u2014 Exemple mexicain Or le pays le plus prospère, probablement, de toute l\u2019Amérique latine, devrait nous encourager à modifier notre mentalité aberrante.Il s\u2019agit du Mexique.Comme nous, il voisine les États-Unis.Comme nous, il parle une langue différente.Mais mieux que nous, il sait se protéger et voir à ses intérêts.Ce pays comptait 15,000,000 d'habitants en 1920 et cinquante ans plus tard, en 1970, il en compte 50,000,000.Après la guerre de 1939-1945, il a connu une explosion démographique formidable.Loin d\u2019en crever, il n\u2019a jamais été aussi prospère.Ce sont les Américains et leur égoïsme quasi religieux qui ont créé des mythes, les mêmes qu'on rencontre en toute époque de décadence.Les Mexicains voient, dans la situation, un défi.Un haut dirigeant d\u2019une banque internationale me disait : « Le Mexique est suspendu à une bombe.Quatre-vingt pour cent de sa population a moins de 34 ans.Cette situation nous crée le problème suivant : il nous faut trouver chaque année environ 600,000 emplois nouveaux.Et nous allons y arriver ! » Il développait sa pensée en précisant qu\u2019un pays actuellement ne peut penser à jouer un véritable rôle international à moins de posséder une population de 100,000, 000 d\u2019habitants.Grâce aux exigences de la consommation intérieure, le pays peut alors négocier sur le plan extérieur et entrer dans la concurrence des marchés in- DE LA NATALITÉ AU QUÉBEC 93 ternationaux.Sinon les prix sont toujours établis par quelques-uns et les pays à population moins dense peuvent difficilement intervenir.Le pétrole, les automobiles, les équipements industriels, la monnaie, subissent des contrôles tels sur le marché international que la souveraineté d un État n'a plus de sens dans cette jungle où seuls les plus grands peuvent s\u2019imposer.Notre dirigeant concluait donc : « L\u2019avenir du Mexique réside dans une population de 100,000,000 d\u2019habitants.Nous devrions y arriver aux environs de l\u2019an 2000.» Déjà l\u2019Amérique latine pense plutôt à un Marché commun fait de 600,000, 000 de Latino-Américains, en l\u2019an 2000, plutôt qu\u2019à une Alliance avec les États-Unis réduits, à cette époque, à une population d'environ 300,000,000 d\u2019Américains.Nous aurons donc vu plusieurs empires passer durant le vingtième siècle ! Ce qu\u2019il y a de sûr c\u2019est que l\u2019avenir n\u2019appartient pas aux peuples qui n\u2019ont pas d\u2019enfants.L\u2019atmosphère chez les grands fonctionnaires et les grands financiers n'est pas à la crainte et au repliement sur soi mais à la confiance et à la recherche des solutions à portée immédiate ou lointaine.Une des plus intéressantes c\u2019est la préparation des plans entrepris depuis trois ans, de trois grandes villes de 100.000 habitants.L\u2019une, plutôt industrielle, sur un plateau d'une région montagneuse mais située au coeur d\u2019un réseau ferroviaire et routier excellent.Une autre plutôt touristique, située au niveau du golfe du Mexique, dans la presqu\u2019île du Yacatan.Des experts tirés de 26 départements différents du gouvernement ont travaillé à ces plans et il faut entendre un des dirigeants exposer ces plans et les étapes de ces grandes réalisations pour comprendre le Mexique moderne ! Plus profondément, toujours poussé par les problèmes de la natalité et de l\u2019industrialisation, le Mexique cherche un équilibre entre l\u2019initiative privée et l\u2019initiative d'État.Il ne part pas à la recherche de quelque lubie où le premier pas de la socialisation consiste pour l\u2019État à s'approprier tout ce que l\u2019initiative privée a fait avant 94 ACTION NATIONALE lui et à rembourser avec des plumes et des promesses.Ce socialisme à la Castro et même à la Allende n'est que du vol planifié.Mais comme personne ne peut juger la conduite des États, le socialisme appelle cela un acte patriotique.Au Mexique la planification prend un autre sens : ou l'État entreprend tout par lui-même, ou il laisse le chemin libre à l'initiative privée, ou il cherche une économie mixte.L\u2019action de l\u2019État contrôle directement ou indirectement environ 40 à 45% de la production totale du pays et l\u2019initiative privée le reste.Parce que la population augmente et que le niveau de vie monte, les grands financiers ne cherchent qu\u2019à investir davantage, créant par là de nouveaux emplois.L'argent ne quitte pas le pays et la mexicanisation du pays progresse à pas de géant.L'influence américaine, tout en restant présente, ne se fait plus sentir comme un impérialisme dominateur.Il est plutôt en régression devant le dynamisme des industriels mexicains et la concurrence des produits japonais.Ainsi ce n\u2019est pas le chômage et la pauvreté qui inquiètent le Mexique mais le problème de trouver la main-d\u2019oeuvre qui permettra la réalisation de tous les projets en cours.Le Mexique n'est pas un pays millionnaire et il ne peut se comparer aux États-Unis mais c\u2019est « l\u2019atmosphère » du pays qui est changée.Il a une nouvelle mentalité.Il sait que sa longue révolution est à la veille de lui assurer un pays où il fait bon être chez soi.Conclusion Le malheur à propos de la dénatalité au Québec c\u2019est que nous ne sommes pas maîtres des lois qui permettraient de la contrôler.Cela relève du gouvernement fédéral.Cela relève de M.Pierre Elliott-Trudeau qui a fait adopter des lois sur le divorce, l\u2019avortement, les moyens anti-conceptionnels.Il a voulu libéraliser nos lois.Le malheur a voulu que ses lois arrivent au moment précis où la démoralisation des énergies au Québec a fait boule de neige.Commençé avant lui ce phénomène de DE LA NATALITÉ AU QUÉBEC 95 la dénatalité du Québec a violemment franchi toutes les bornes du raisonnable et nous voilà acculés à une catastrophe d'envergure nationale.Le plus frappant c\u2019est la comparaison entre la mentalité au Québec et la mentalité au Mexique.Absence de fierté, abondance de frustrations, velléités d\u2019indépendance, apparition de signes de décadence chez l\u2019un, mais fierté nationale, volonté d'entreprendre, imagination réaliste d'un demain à construire, convergence des classes sociales à la libération des masses chez l\u2019autre.Bref le contraste est saisissant : l'un est malade, l'autre est en santé.Qui nous tirera de là ?Au Québec, je vois que tout le monde est à couteaux tirés contre le gouvernement provincial.C'est le bill 27 et 28 sur la centralisation scolaire, c\u2019est le bill 65 sur la centralisation de la santé.L Etat taille, brise, organise des régimes de folies collectives (pour être plus sûr, il fait passer ses lois durant I été quand tout le monde est en vacances !).La population maugrée.On n\u2019est pas content au pays du Québec.Où qu\u2019on se tourne on ne voit que motifs de colères.On s> sent manoeuvrés comme des marionnettes.A voir toute cette jeunesse qui nous manque, ces professeurs dont nous n'avons plus besoin et ces classes ou ces écoles que nous devons fermer, faute d\u2019enfants, il nous prend un écoeurement aux entrailles devant des événements majeurs où la bêtise des hommes nous précipite tête baissée.C'est aussi noir que cela, comme si l\u2019espérance nous quittait ! Jean GENEST. 96 ACTION NATIONALE L\u2019ÉCOLE CATHOLIQUE Nous savons tous que l'État par ses fonctionnaires et ses para-journalistes et que de nombreux chrétiens se font leur définition À EUX de la confessionnalité et de l\u2019école catholique.Ils se font prêcheurs d\u2019oecuménisme puis, réalistes, ils nous entretiennent du respect du pluralisme puis, efficients, ils nous parlent des finances de l'État.Bref, ils essaient par tous les moyens légitimes ou sophistiques de nous faire croire que l\u2019école vraiment confessionnelle c\u2019est l'école vraiment multiconfessionnelle et neutre où ceux qui le veulent trouveraient un enseignement religieux et une certaine activité pastorale.Ces chrétiens \u2014 parmi lesquels on compte de nombreux clercs hantés par la dernière nouveauté \u2014 semblent ne pas se soucier de savoir ce que l'Église pense sur un tel sujet.Or l\u2019avis de la communauté catholique au Québec \u2014 sinon dans le monde \u2014 ne fait pas de doute pour tout esprit de bonne volonté.Elle est en parfaite communion de pensee avec le Concile, avec les Évêques du monde entier, avec les Évêques du Québec qui se sont plusieurs fois exprimés sur ce sujet, en particulier dans le préambule du Bill 60 devenu loi par la création de notre ministère de l\u2019Education.Nous avons eu dernièrement l\u2019avis très élevé et très éclairant du cardinal Jean Daniélou.Nous avons eu les prises de positions nombreuses du cardinal Maurice Roy et de I archevêque de Montréal, Mgr Paul Grégoire.En particulier celle qui a été reproduite dans LE DEVOIR du 11 juin 1971.Et surtout l\u2019espèce d\u2019investiture solennelle que Paul VI a cru bon de donner à Mgr Grégoire, lors de son dernier passage à Rome : \u201cL\u2019école catholique doit être sauvegardée à tout prix parce que la liberté des jeunes doit être illuminée par la foi L'oeil a besoin de lumière pour voir.La conscience a aussi besoin de lumière.Cette lumière, c\u2019est la foi.\" Cette entrevue a été reproduite dans LA PRESSE (samedi, 17 juillet 1971 page A-3) et dans THE GAZETTE du 24 juillet.Comment se fait-il que Le Devoir ne l\u2019ait pas reproduite?Nous savons que de telles déclarations ne vont pas dans le sens des opinions arrêtées de son directeur mais que vaut son opinion personnelle devant le consensus de toute l\u2019Eglise, autant comme peuple de Dieu que comme hiérarchie ?Il fait le jeu de l\u2019État bien plus qu\u2019il ne rend service à l'Eglise en ce point si important de l\u2019avenir du monde chrétien.Et que de groupes chrétiens participent de la même confusion et du même individualisme diviseur I POUR UNE ÉDUCATION TOTALE par Maurice Audet I \u2014 Contribution de l\u2019enseignement des sciences à l\u2019éducation totale L\u2019essor de la science expérimentale (c\u2019est-à-dire de la science à base d\u2019expériences méthodiquement organisées, vérifiables et contrôlables à volonté) et de ses applications techniques toujours plus variées et plus prodigieuses, constitue un événement marquant de notre temps.On dit qu\u2019un pays se modernise dans la mesure où il s\u2019ouvre au progrès scientifique.On sait enfin que le monde compte actuellement plus de savants qu\u2019il n\u2019y en eut dans toute l\u2019histoire de l'humanité.Le propre des sciences de la nature est d\u2019être en quelque sorte deux fois empirique.Elles partent de faits sensibles et en recherchent une explication, une intelligibilité, contrôlable par les faits.Claude Bernard, le fondateur de la médecine expérimentale, disait : « La méthode expérimentale en tant que méthode scientifique repose tout entière sur la vérification expérimentale de l\u2019hypothèse scientifique.» (1) Une théorie scientifique n\u2019a de valeur que dans la mesure où elle peut être démontrée par des faits.En cela, la science positive diffère de la philosophie.Un philosophe qui entreprend de prouver, par exemple, la spiritualité de l\u2019intelligence humaine s\u2019appuie sur (1) Bernard, Claude, Introduction à l\u2019étude de la médecine expérimentale, Genève, Constant Bourquin, 1945, p.409. 100 ACTION NATIONALE des données sensibles communes pour aboutir à une conclusion non vérifiable par l'expérience.Expliquer, pour l\u2019homme de sciences, consiste à rattacher les phénomènes à leurs antécédents qui sont eux aussi des phénomènes.Les lois que les sciences formulent expriment les relations fonctionnelles entre ces phénomènes.Par définition, la science expérimentale ne sort pas de la nature ou de l\u2019univers sensible.Ce fait que la vérité scientifique est une vérité strictement mesurable confère à la science expérimentale un prestige considérable.Il révèle cependant les limites de la recherche scientifique.Celle-ci exclut tout ce qui n\u2019est pas phénomène sensible et universellement vérifiable.Une balance donnera le poids de mon corps avec une grande exactitude, mais aucune balance ne révélera que ce corps m\u2019appartient et qu\u2019il possède pour moi une valeur incomparable.Un neurologue peut étudier l\u2019état de mon cerveau grâce à l\u2019encéphalogramme et essayer de suivre ce qui s\u2019y passe quand je suis heureux ou angoissé.L\u2019encéphalogramme ne lui apprendra rien toutefois sur la signification et la valeur de ma pensée.Bien entendu, la science expérimentale n\u2019ignore pas le monde des valeurs, mais elle aborde ces valeurs d\u2019un point de vue scientifique, comme des faits positifs.Ces quelques remarques démontrent que les sciences de la nature n\u2019englobent pas toute la réalité.Elles ne sont pas à même de répondre à toutes les questions que l\u2019homme se pose quand il réfléchit sur le sens de sa vie et de son travail.L\u2019origine première et le sens dernier de l\u2019univers, la valeur de la vie, la dignité de la personne humaine, le sens de la liberté, les fondements de la morale, voilà autant de questions qui relèvent d\u2019un autre mode de connaissance, de l\u2019ordre philosophique et religieux.Un homme, si instruit soit-il dans les sciences positives, n\u2019en demeure pas moins un homme qui s\u2019inter- POUR UNE ÉDUCATION TOTALE 101 roge sur les grands problèmes qui agitent l\u2019humanité.Einstein disait que ce qui est incompréhensible, c\u2019est que le monde soit compréhensible, c\u2019est-à-dire qu\u2019il se prête à l\u2019explication scientifique.Le prestige des sciences positives confère aux savants une autorité telle qu\u2019elle a supplanté dans le public celle des philosophes et des théologiens.En regard des grands problèmes qui angoissent l\u2019humanité actuellement : l\u2019utilisation de l\u2019énergie atomique, la faim, l\u2019explosion démographique, l\u2019avortement, la prise de position de savants à l\u2019impact d\u2019une déclaration papale au Moyen-Age.Le professeur de sciences jouit, par exemple, dans sa classe, d\u2019un prestige considérable.Pressé par les élèves, il ne peut éviter de donner son opinion sur divers problèmes plus ou moins reliés à sa spécialité.Nul ne songe à lui imposer le silence.Mieux vaudrait mettre un ordinateur qu\u2019un enseignant pour dispenser l\u2019information scientifique ! Le silence même est, de soi, en certaines circonstances, une attitude.Le problème qui se pose est le suivant.Quelle est la valeur de l'opinion des hommes de sciences dans les questions qui débordent l\u2019objet spécifique de leurs sciences ?Puisque la solution aux problèmes que nous avons énumérés implique tout l\u2019homme, la valeur de l\u2019opinion émise reposera en grande partie sur la compétence philosophique de l\u2019homme de sciences qui s\u2019exprime, en particulier sur les principes qui sous-tendent la science particulière qu\u2019il a approfondie : chimie, biologie, etc.Voilà un point que l\u2019on oublie souvent de considérer.Toute science repose sur des postulats philosophiques.Un expert dans une science positive puisera les principes de sa réflexion pour une bonne part dans les principes de sa spécialité.Ceux-ci le guideront dans l\u2019interprétation des faits ou des événements.Le chimiste qui pose en principe que la matière est éternelle ne peut logiquement reconnaître l\u2019existence d\u2019un créateur ni la possibilité d\u2019aucun phénomène surnaturel lorsqu\u2019il in- 102 ACTION NATIONALE terprète les phénomènes observés.Un biologiste peut fort bien considérer la vie humaine uniquement comme une suite de réactions chimiques au niveau cellulaire.Sa conception de l\u2019homme évacuera nécessairement toute dimension spirituelle.Ces quelques exemples aident à saisir la raison profonde pour laquelle les savants interprètent différemment les faits ou les situations.Ils observent tous le même réel, découvrent les mêmes lois, mais leurs interprétations ou leurs jugements de valeur diffèrent parce que leurs postulats ne sont pas les mêmes.Sous cette lumière, il apparaît clairement que l\u2019enseignement neutre des sciences de la nature est un mythe.La matière du cours est neutre mais ni le professeur, ni I étudiant ne sont neutres devant elle.Pour connaître véritablement une chose, il ne suffit pas de savoir ce qu\u2019elle est, mais où elle est, c\u2019est-à-dire où elle se situe dans l\u2019ensemble du réel et notamment dans l\u2019existence humaine.On rencontre ici l\u2019erreur qui menace toujours la conception de l\u2019éducation, celle de croire qu\u2019on peut enseigner sans avoir à éduquer.L\u2019école pourrait être, dit-on, la même pour tous, quelles que soient les convictions religieuses ou philosophiques de chacun.L\u2019idée est particulièrement attrayante au point de vue économique.Mais il n\u2019en va pas ainsi.Dans la communication de sa matière, le professeur de sciences de la nature ne peut faire abstraction de sa propre échelle des valeurs.Quant à I étudiant, il est évident qu\u2019il veut savoir où cette matière se situe dans sa propre vie.Après avoir tenté d\u2019expliquer l\u2019univers, la science entreprend d\u2019expliquer l\u2019homme.On assiste aujourd\u2019hui à l\u2019avènement des sciences humaines : psychologie, sociologie, histoire, etc.Les considérations que nous avons faites sur l\u2019enseignement des sciences de la nature s\u2019appliquent autant sinon davantage aux sciences humaines.Ainsi une enquête sociologique peut décrire le comportement sexuel d\u2019une population donnée, mais dès que le sociologue veut aller au-delà des statistiques re- POUR UNE ÉDUCATION TOTALE 103 cueillies et s\u2019engager dans une interprétation, il doit recourir à d\u2019autres principes que ceux de sa science.« La recherche scientifique positive nous apprend ce qui est, mais non ce qui devrait être.Elle nous montre comment les hommes pensent et agissent, mais non qui a raison et qui a tort.» (2> II \u2014 Rôle de l\u2019éducateur chrétien face à l\u2019enseignement des sciences L\u2019éducation est le processus qui permet à l'homrne de s\u2019épanouir, de devenir réellement ce qu\u2019il doit être.Dans ce processus, l\u2019homme entre en relation avec tout le réel grâce à la capacité de son esprit.Il est le seul être vivant sur cette terre à posséder cette capacité.Et c\u2019est à l\u2019intérieur de cette relation avec l'univers que l\u2019homme exerce sa liberté.L\u2019homme éduqué est un homme bien situé au coeur de l\u2019univers.Il sait se définir vis-à-vis les biens matériels, la communauté humaine et Dieu.Il perçoit tout un réseau de relations qu\u2019il unifie dans sa propre existence.2 (3) L\u2019énorme accroissement des connaissances et des techniques durant ces dernières décades a malheureusement entraîné une diminution de cette saisie globale de la réalité : « Marqués par une situation si complexe, un très grand nombre de nos contemporains sont incapables de discerner les valeurs permanentes et en même temps de les harmoniser avec les découvertes récentes.» (4) Ceci s\u2019est manifesté particulièrement dans le monde scolaire.On a vu constamment s\u2019ajouter de nouvelles matières, jugées nécessaires pour préparer l\u2019étudiant à une carrière professionnelle.Les réformes scolaires se résument souvent à de nouvelles combinaisons de matières pour former les techniciens spécialisés que notre monde industrialisé requiert sans cesse.(2)\tDondeyne, La foi écoute le monde, Editions Universitaires, Paris, 1964, 325 p.82.(3)\tSacrementum mundi, An Encyclopedia of Theology, Palm Publisher, 1968, article, Education.(4)\tVatican II, Constitution pastorale sur l\u2019Eglise dans le monde de ce temps, n 4. 104 ACTION NATIONALE Les conséquences de cette situation commencent à se faire sentir d\u2019une manière douloureuse.Le monde de l\u2019éducation est en crise.Cette crise reflète une crise de l\u2019homme qui se sent désorienté devant cette multitude de connaissances et de biens matériels.Dans le phénomène hippie ou celui de la contestation étudiante, on peut déceler que la jeunesse, écrasée par le matérialisme et la technique essaie de se retrouver dans des réalités plus globales : l\u2019amour de la nature, la vie communautaire, et même la religion perçue comme une communion avec Dieu.Face à la crise de l\u2019éducation dans le monde scolaire, certains proposent de renvoyer aux parents toutes les préoccupations éducatives : l\u2019école instruit, la famille éduque.Cette solution équivaudrait à une démission et aggraverait la crise.Il importe au contraire que le jeune baigne dans un climat vraiment éducatif, aussi bien à l\u2019école qu\u2019au foyer, pour qu\u2019il puisse devenir réellement un homme libre et non pas aliéné dans un fatras de connaissances inarticulées.C\u2019est à cette condition que le progrès technique n\u2019entraînera pas la destruction de l\u2019homme mais servira à son épanouissement.5 (6) L\u2019éducation chrétienne se présente résolument comme étant au service de l\u2019homme total.Elle poursuit le développement intégral de la personne au plan physique, intellectuel, social et religieux.Le mystère du salut révélé en Jésus-Christ est pour elle le fil conducteur qui lui permet de tout réunir.La vision chrétienne de l\u2019univers englobe des vérités humaines et des vérités de foi.Elles sont indissociables chez l\u2019adulte qui a intégré son savoir humain et sa foi.Comme tout autre, l\u2019éducateur chrétien qui enseigne les sciences positives dispense un savoir scientifique de qualité qui révèle à ses étudiants les lois de la nature et les prépare à une carrière professionnelle.Mais son enseignement sera porteur de valeurs qu\u2019il reconnaît véritables et s\u2019inscrira dans la ligne de pensée promue par le Concile qui invite les (5) Daniélou, Jean, La crise actuelle de l\u2019intelligence, Apostolat des Editions, Paris, 1969, p.9. POUR UNE ÉDUCATION TOTALE 105 membres du Peuple de Dieu à faire une synthèse de leurs connaissances scientifiques et de leur foi : « Qu\u2019ils marient la connaissance des sciences et des théories nouvelles, comme des découvertes les plus récentes, avec les moeurs et l\u2019enseignement de la doctrine chrétienne, pour que le sens religieux et la rectitude morale marchent de pair chez eux avec la connaissance scientifique et les incessants progrès techniques ; ils pourront ainsi apprécier et interpréter toutes choses avec une sensibilité authentiquement chrétienne.» (6) Il arrive parfois que l\u2019on instaure un divorce dans la personne du chrétien, entre les connaissances humaines qu\u2019il partagerait avec tous les hommes et les connaissances de foi, qui n\u2019auraient aucun lien organique avec les premières.La réflexion faite dans la première partie de cet article a démontré, il me semble, que le savoir humain déborde largement les sciences positives et qu\u2019il n\u2019est pas identique chez tous les hommes.Nombre d\u2019hommes, chrétiens ou non, perçoivent les mêmes vérités et les mêmes valeurs, mais non pas tous.Plusieurs en effet rejettent plus ou moins totalement ces vérités et ces valeurs dans ce monde pluraliste.Il faut reconnaître que cette expression « monde pluraliste » évoque des divergences de plus en plus fondamentales.Certains espèrent résoudre cette difficulté en l\u2019abordant d\u2019une façon quantitative.Notre société serait unanime sur quatre-vingt-dix pour cent des problèmes, le dix pour cent en litige serait marginal.Pour ne citer qu'un problème, celui de l\u2019avortement est peut-être inclus dans ce dix pour cent, mais il est loin d\u2019être marginal.La recherche d\u2019un plus petit commun dénominateur s\u2019avère vaine lorsqu\u2019on poursuit l\u2019éducation totale de la personne.On ne peut réduire une personne à des considérations quantitatives.Au nom de l\u2019avancement des sciences expérimentales, on aboutit parfois à un scepticisme généralisé.Il (6) Constitution pastorale sur l\u2019Eglise dans le monde de ce temps n.62. 106 ACTION NATIONALE n\u2019y aurait pas de vérité absolue ou définitive.Le halo de doute qui entoure les théories scientifiques expérimentales indique le degré de certitude de ce mode de connaissance du réel.La science qui a prôné le DDT, aujourd\u2019hui le bannit.Ce climat d\u2019incertitude dans lequel nous vivons résulte de la dévalorisation ou de la mise au rancart du savoir philosophique et théologique.N\u2019est-ce pas rabaisser la dignité de l\u2019homme que de lui refuser la capacité d\u2019atteindre la vérité ?La quête de la vérité demeure toujours la grande aventure de l\u2019humanité.L\u2019éducateur chrétien qui enseigne les sciences positives livre un enseignement porteur de vérités humaines ouvertes à la dimension de foi et informe ses élèves des différentes idéologies qui ont cours.S\u2019il ne désire pas non plus taire les valeurs auxquelles il croit sincèrement et qu\u2019il juge dignes d\u2019être communiquées.L\u2019existence de Dieu, d'une providence divine, d\u2019un ordre moral, la reconnaissance de la primauté du spirituel, voilà quelques-unes des vérités que l\u2019éducateur chrétien découvre à la lumière de son intelligence et auxquelles il adhère de toute la force de sa volonté.Dans la transmission de ces valeurs profondément humaines, il a conscience de contribuer au développement intégral de l\u2019homme, d\u2019être un véritable agent de progrès social.De plus, cette action éducative rend possible chez le jeune l\u2019accueil du don de la foi.Dans l\u2019acte de foi, l\u2019adhésion préalable à des vérités humaines déterminées constitue un élément nécessaire, au point que sans cette adhésion l\u2019acte de foi s\u2019avère impossible.Une personne sera prédisposée ou non à croire selon les postulats qui fondent ses connaissances scientifiques et la signification qu\u2019elle donne aux phénomènes observés.Impossible à quelqu\u2019un de croire en Jésus, homme et Dieu, si sa raison nie l\u2019existence de Dieu.(7) Sans verser dans l\u2019endoctrinement, la propagande (7) Naud, André, p.s.s.\"Après le rapport Deschênes, la Faculté de théologie a-t-elle une place à l\u2019Université de Montréal ?\u201d \u201cEglise de Montréal, n.8, 26 février 1970, p.125. POUR UNE ÉDUCATION TOTALE 107 ou l\u2019apologétique abusive, l\u2019éducateur chrétien indiquera, à l\u2019occasion, les rapports qui existent entre le donné révélé et les sciences positives.(8> Le respect de la liberté religieuse suppose le souci de fournir à l\u2019étudiant la meilleure information possible pour l\u2019aider dans son cheminement.Proposer une vision de l\u2019homme qui intègre le savoir positif et la foi, n'est-ce pas rendre service à l\u2019étudiant, à la société ?C\u2019est alors quo la liberté de l\u2019homme devient créatrice.(10) Sinon l\u2019homme, devant cette liberté qui lui revient dépourvue de sens, ne peut s\u2019empêcher d\u2019éprouver le vertige, la nausée, pour utiliser un mot de Sartre.* (11) La foi n\u2019est pas une évasion de ce monde ; au contraire, elle exige l\u2019engagement.Elle comporte pour le chrétien une exigence d\u2019efficacité temporelle pour faire régner la justice, pour assurer aux personnes humaines les conditions d\u2019existence auxquelles elles ont droit.L\u2019amour de Dieu et l\u2019amour des hommes ne sont pas en opposition.L\u2019affirmation que l\u2019homme n'a pas besoin de Dieu pour faire le bien ne tient pas devant les maux qui affligent notre société.« A peine en effet voudrait-on mourir pour un homme juste » (12), on le ferait encore plus difficilement pour un pécheur.Seul l\u2019amour intense de Dieu donne la force morale d\u2019aimer le prochain sans relâche, en dépit de toutes ses faiblesses.Il faut même aller plus loin : « La relation de l\u2019homme à Dieu est aussi constitutive de l\u2019être humain que la relation de l\u2019homme aux autres.C\u2019est pourquoi en défendant inexorablement les valeurs religieuses, les chrétiens défendent l\u2019homme moderne contre l\u2019asphyxie qui le guette.» (13> Transmettre une conception de l\u2019homme où Dieu a sa place est une contribution à l\u2019humanité qui (8) Vatican II, Déclaration sur l\u2019éducation chrétienne, n.8.(10)\t\u201cL\u2019essor de la culture\u201d, en collaboration, Editions Bellarmin, Montréal, 1970, pp 23, 24.(11)\tDaniélou, Jean, \"La crise de l\u2019intelligence\u201d, p 24.(12)\tS.Paul, Rm 5, 7.(13)\tDaniélou, Jean, \u201cLe chrétien et le monde moderne\", Desclée & Cie, 1959, 79 p.p.26. 108 ACTION NATIONALE ne vit pas seulement de pain.(14> C\u2019est rendre concrète une liberté fondamentale, la liberté d\u2019éducation.Conclusion Dans le processus de sa formation, l\u2019homme entre en relation avec différentes personnes qui l\u2019aident et le guident, chacune suivant sa personnalité et sa compétence particulière.C\u2019est à leur contact que, peu à peu, il devient ce qu'il est.L\u2019éducation est une entreprise continue et communautaire.Elle requiert la collaboration de plusieurs agents.L\u2019éducation chrétienne obéit elle aussi à cette loi.Elle nécessite la coordination des efforts de plusieurs éducateurs chrétiens engagés dans les disciplines les plus diverses.La réflexion poursuivie dans cet article a voulu précisément porter sur les sciences de la nature pour montrer qu\u2019aucune discipline n\u2019est sans rapport avec la foi, parce qu\u2019aucune n\u2019est sans rapport avec l\u2019homme total.Au Québec, nous vivons une réforme scolaire où les transformations sont très rapides.Il importe que tous les responsables de l\u2019éducation ne perdent pas de vue certains principes de base, particulièrement celui que nous venons d'exposer ; sinon, la réforme scolaire pourrait entraîner un divorce entre la culture et la foi, au détriment des personnes, au détriment de l\u2019État lui-même, soucieux du bien spirituel des personnes.À cette fin, il est impérieux que se constituent des comités d\u2019étude où éducateurs, administrateurs et parents intéressés à l\u2019éducation chrétienne, recherchent ensemble les moyens concrets de réaliser une éducation qui se veut totale.(14) Koenig, Card.\"La religion et la culture\u201d, in Doc.Cath., 16 mai 1965, n.1448, col.905. Mexique, nous avons des leçons à prendre de toi ! par Mme Paul Normand.\"Se faire de l'âme avec des beautés étrangères\u201d.Barrés.INTRODUCTION : Dans mes rêves de voyageuse, je retrouvais toujours le Mexique : un Mexique mystérieux, fabuleux, attirant, un peu inquiétant.Les récits enthousiastes de voyageurs qui y retournent sans cesse, le pavillon de ce pays à Terre des Hommes pour l\u2019Expo \u201967, les lectures, les films ne contribuèrent pas peu à alimenter ce désir.Je voyais le Mexique comme une sorte de terre promise du chasseur de paysages, du chercheur de détente et de plaisir mais aussi comme une source d\u2019eau vive pour les assoiffés de culture humaine.Je n\u2019ai pas été déçue : les dix-sept jours que j\u2019ai passés dans l\u2019empire du soleil et des montagnes ont été dix-sept jours de découvertes, d\u2019enchantements, de surprises qui ont laissé dans mon coeur un profond sentiment d\u2019admiration et d\u2019amitié pour ce pays et pour son peuple.Ces quelques pages, rédigées à partir de mon journal de voyage, ne prétendent à d\u2019autre rigueur que celle de l\u2019accord avec mes notes et avec mes impressions personnelles.1 \u2014 LA NATION MEXICAINE Le Mexique possède une histoire d\u2019une richesse extraordinaire, peut-être sans égale sur le continent amé- 110 ACTION NATIONALE ricain.Il faut en avoir au moins quelques notions et connaître les grandes lignes de son évolution si on veut comprendre son peuple.Il faut savoir que cette terre, sous le tropique du cancer a été foulée, travaillée, apprivoisée par des hommes issus de deux grandes « souches » : l\u2019indienne et l\u2019européenne.A) La culture indienne : Les origines indiennes se perdent dans la nuit des temps : on place aussi loin qu\u2019à cinquante mille ans avant Jésus-Christ l\u2019apparition dans le nord de notre continent de hordes de chasseurs qui seraient venus de la Sibérie par le détroit de Behring.Aucun signe, aucune trace ne permettent de penser à une autre origine pour l\u2019homme américain.Il est incontestablement de la branche mongoloïde.Les découvertes pouvant éclairer la préhistoire au Mexique sont encore très minces : celle d\u2019un squelette de mammouth accompagné de quelques outils a fait situer à neuf ou dix mille ans avant Jésus-Christ l\u2019irruption humaine dans ce pays.Mais les fouilles archéologiques ont mis au jour des vestiges moins lointains si impressionnants qu\u2019il faut parler de véritables « civilisations » indiennes à partir de mille cinq cents ans av.J.-C.Olmèque, Maya, Toltèque, Aztèque, Zapotèque et beaucoup d\u2019autres tribus plus ou moins anciennes ont construit des pyramides, des temples, des palais, des monuments, des oeuvres d\u2019art, etc., que des savants ont dégagés et identifiés.Restaurés en maints endroits, ils reconstituent les sites d\u2019importantes agglomérations.Ces peuples ont fait surgir du néant une vie matérielle, intellectuelle, morale et artistique originale avec la seule puissance de leur génie : ils ne pouvaient avoir aucune relation avec le reste du monde, Assyriens, Egyptiens, Romains, aucun accès à l\u2019expérience des autres continents.L\u2019invention du zéro par les Mayas est pour moi un symbole de l\u2019action créatrice des Indiens primitifs.N\u2019en faisons pas des dieux.Ils avaient les espérances et les peurs qui caractérisent les mortels ; leurs croyances et leurs cultes exprimaient leurs aspirations vers MEXIQUE, NOUS AVONS DES LEÇONS .111 I Absolu.Ils faisaient bien partie de la même humanité que nous avec des hommes aux grandes vertus morales et des hommes cruels et pervers.Les « sédiments » extraordinaires que ces civilisations primitives ont déposés sur notre planète méritent qu\u2019on les aborde avec attention et respect : il faut prendre le temps d\u2019enregistrer la marque des siècles.Le visiteur qui ferait l\u2019escalade de la pyramide du Soleil à Teotihuacan sans en connaître l\u2019histoire et pour le seul plaisir de l\u2019exploit ou pour la vanité de raconter qu'il I a fait, raterait l\u2019essentiel c\u2019est-à-dire une expérience intellectuelle et spirituelle des plus enrichissantes.J\u2019ai envié les Mexicains pour les moyens qu\u2019ils possèdent de connaître leurs origines : elles sont illustrées, expliquées, exaltées partout.L\u2019éducation nationale est visuelle.Les offices gouvernementaux chargés de la poursuite des recherches et de la protection des trésors retrouvés les offrent heureusement à la curiosité des touristes ; ils fournissent ainsi une source inépuisable de joie aux voyageurs épris de culture.Après un séjour de deux semaines intensément remplies parce qu\u2019elles avaient été soigneusement préparées, on peut constater que la culture « indienne » est respectée au Mexique et non seulement dans les oeuvres ressuscitées des premiers possesseurs du sol mais aussi, et c\u2019est plus important encore, dans les citoyens indigènes qui forment 30% de la population (60% de métis, 10% de blancs).De grands patriotes, des artistes de renommée mondiale, des écrivains, des poètes issus de la « souche » indienne et surtout tant d\u2019artisans qui encore aujourd\u2019hui produisent par milliers des oeuvres splendides contribuent à la gloire du Mexique.Les monuments anciens rénovés et les monuments contemporains élevés à la mémoire des grands Indiens sont des actes de reconnaissance et de justice que la patrie devait à ses premiers enfants.Après avoir été souvent et longtemps objets d\u2019abus et d\u2019humiliation, leur réhabilitation est venue.Ils en ont été eux-mêmes les artisans sans doute, mais l\u2019histoire raconte le respect et le soutien 112 ACTION NATIONALE qu\u2019ils ont reçus de Mexicains d\u2019origines différentes qui les avaient compris et aimés.B) La culture européenne : Nous sommes au tout début du 16e siècle.Une paix relative règne sur le pays qui a réalisé son unité, les nombreuses tribus indiennes ayant été soumises par les Aztèques.Mais les maîtres font peser sur les vaincus des lois cruelles et inexorables ; ils les immolent même par centaines en sacrifices au dieu Soleil.La révolte est imminente.Moctezuma, l\u2019empereur, est inquiet : la haine qu\u2019il inspire aux tribus assujetties est une menace continuelle et il ne se sent plus en sécurité dans son palais-forteresse de Tenochtitlan-Mexico.Cinq siècles auparavant, Quetzalcoàlt, prêtre-dieu vaincu, avait prédit qu\u2019il reviendrait pour châtier les méchants qui tuent leurs frères.Moctezuma vit dans la peur du retour de son rival en cette année fatidique du calendrier aztèque.Des catastrophes se multiplient et le confirment dans ses craintes.Quand on lui rapporte que les hommes blancs sont apparus soudain sur les plages du golfe du Mexique, il est convaincu que sa fin est proche.Ce n\u2019est pas Quetzalcoàlt qui revient, bien sûr.C\u2019est l\u2019Europe qui aborde au Mexique avec les Espagnols de Cortez.Il faut étudier l\u2019histoire de cette conquête car en parcourant le pays d'une ville à l\u2019autre, on ne soupçonnerait jamais qu\u2019elle fut faite, comme les autres conquêtes, par la guerre et que les Espagnols se sont rendus coupables de bien des erreurs et de bien des fautes.Cette connaissance n\u2019empêchera pas de voir l\u2019effort extraordinaire de civilisation et de colonisation poursuivi par l\u2019Espagne en Amérique.Elle n'a rien épargné et s\u2019est appauvrie en hommes et en argent dans l\u2019aventure que fut pour elle la construction dans le seul Mexique de 11,400 églises, couvents, collèges, aqueducs, hospices, forteresses.La terre mexicaine en a été marquée d\u2019une façon indélébile et splendide.Plusieurs villes, véritables bijoux de l\u2019époque espagnole, ont été déclarées en entier monuments nationaux. MEXIQUE, NOUS AVONS DES LEÇONS .113 Entrer dans ces villes c\u2019est remonter le temps de quatre ou cinq siècles.On se sent personnage anachronique à déambuler dans un tel décor d\u2019autre part si bien entretenu, si beau, si vivant sous le soleil avec ses arbres, ses fleurs, ses fontaines, ses jolies maisons : comment savoir si le calendrier ne fait pas erreur en indiquant 1971 ?Les commodités modernes sont là à l\u2019appui du calendrier, pour le confort des habitants et le nôtre mais « elles sont servies à l\u2019ancienne » c\u2019est-à-dire dans le style de la ville-monument national.Rien ne détonne, grâce à la volonté d\u2019une nation respectueuse de son passé, au goût et à la science des exécutants de cette volonté.D\u2019un autre âge aussi, certains villages plus négligés cependant dont les rues cailloutées sont bordées de murs aveugles qui dérobent à la vue de jolies maisons riant de tous leurs toits de tuiles rouges, de tous leurs balcons de bois « tourné » ou sculpté, de leurs patios aux arcades et colonnades fleuries, de toutes leurs rafraîchissantes fontaines.Les églises, celles de style churriguresque surtout, chargées d\u2019or, lourdes d'anges et de saints, fleuries, enrubannées, incompréhensibles à notre mentalité plus froide et à nos goûts dépouillés de gens du nord, expriment le tempérament généreux et violent des Espagnols.La marque « ibérique » est évidente dans le style (qu\u2019il faut maintenant appeler « colonial ») de l\u2019architecture et de la décoration des anciens monastères catholiques (jésuites, carmélites, dominicains, franciscains, etc.) aujourd\u2019hui transformés en hôtels ou en restaurants de luxe, tel celui des Jésuites à Tepotzotlan ou encore en musées après qu\u2019un dictateur sectaire en eut chassé les occupants.En entendant ces explications, je pensais que cette façon de voler les communautés et de les jeter dans la rue n\u2019est pas exclusive au Mexique ; aujourd\u2019hui encore, ne la voit-on pas pratiquer dans un monde qui se prétend super-civilisé ?Seules les méthodes d\u2019exécution ont changé : elles sont plus raffinées, plus patientes, plus hypocrites.Les résultats sont les mêmes .après un temps un peu plus long.C\u2019est tout. 114 ACTION NATIONALE De style « colonial » également les haciendas, sorte de grandes fermes dont plusieurs furent aussi transformées en musées ou en restaurants après la réforme agraire qui obligea les propriétaires à distribuer leurs terres aux peones (les peones sont des employés de ferme à la façon des anciens censitaires canadiens.) Le San Angel Inn de Mexico, fabuleusement beau, mérite sa réputation de haut-lieu de la gastronomie.On y déguste les plus authentiques mets mexicains si on a su donner à son goût et à son estomac une éducation internationale.Si non, on doit se contenter des menus français ou américains, excellents d\u2019ailleurs.Mais que le banquet soit de ce style-là ou de ceux-ci, on reçoit l\u2019atmosphère romanesque « de cape et d\u2019épée » vaguement espérée : on croit entendre des chuchotements de complots et le cliquetis des armes des fiers hidalgos.si on connaît l\u2019histoire, bien entendu.Au centre de ces villes et villages datant de l\u2019époque coloniale, on trouve toujours une plaza (ou zôcalo) meublée d\u2019un kiosque à musique où les mariachis, aussi décoratifs que musiciens, sont les vedettes incontestées.Tout autour des bancs de fer forgé ou de pierres taillées où flâner, causer, admirer devient un art.Des petits colporteurs pleins d\u2019audace et de débrouillardise essaient de vendre leur pacotille.Acacias, bougainvillées et lauriers en fleurs, palmiers et cocotiers dispensent l\u2019ombre indispensable, tandis que des jets d\u2019eau s\u2019élançant d'une et parfois de plusieurs fontaines donnent une illusion de fraîcheur.L\u2019église principale borne un côté de la plaza, l\u2019édifice municipal d\u2019un autre côté, tandis que des boutiques fascinantes par leurs mystères, la richesse et la diversité des produits étalés complètent le périmètre.Ceux qui connaissent l\u2019Espagne la reconnaissent partout au Mexique.On y voit aussi quelques traces du passage de la France.Elles sont remarquables dans la capitale.Il faut visiter la résidence de l\u2019empereur Maximilien qui ne régna que trois ans mais qui réussit, avec son épouse l\u2019impératrice Charlotte, à orner de quelques traits fran- MEXIQUE, NOUS AVONS DES LEÇONS.\t-j-jg çais le visage du Mexique.Le château de Chapultepec est de style renaissance française ; il domine le parc du même nom.Sa splendeur est toute impériale.Le Paseo de la Reforma, la plus belle avenue de Mexico part de la Place de la Constitution (ou Zocalo) et aboutit au parc de Chapultepec.Ses glorietas (ronds-points) et ses plazas ornées de statues équestres, de monuments, de fontaines et de fleurs, ses arbres magnifiques, les façades à la française des maisons qui la bordent en font une sorte d\u2019avenue des Champs-Elysées.C) Le Mexique libre : Voilà en un modeste résumé quelques aspects positifs des influences européennes qui en s\u2019adaptant, en se mêlant à la culture indienne ont fait le peuple mexicain.Mais un jour vient où toutes ces influences qui vivent ensemble depuis longtemps sur un territoire donné prennent conscience du nouveau « bloc ethnique » qu\u2019ils forment.La « nation » veut alors se débarrasser des dominations extérieures.Elle explosera pour ainsi dire dans une révolution et expulsera les corps étrangers.La Révolution de 1910 a délivré le Mexique des dominations européennes sans altérer, on l\u2019a vu, le visage passionnant que leur passage y avait buriné.Devenu libre, il était en mesure de développer la patrie en complète harmonie avec sa personnalité en gestation.Le Mexique n\u2019est pas resté figé dans son passé : il évolue au rythme du monde.L\u2019industrialisation, les gratte-ciel, les auto-routes, tout démontre l\u2019énergie créatrice de ce peuple, sa volonté de mieux-vivre, sa fierté nationale.Là, comme dans tous les pays du monde, l\u2019or et l\u2019argent ne remplissent pas toutes les bourses ; tous n\u2019ont malheureusement pas accès aux étalages abondant de nourriture et de vêtements ni non plus à l\u2019éducation à laquelle tout être humain a un droit strict.Mais .tous vivent sous un ciel très doux et très beau et, comme dit le chanteur : « Il me semble que la misère est moins pénible au soleil ».Il reste que l\u2019extrême pauvreté existe et qu\u2019elle est intolérable.Le Mexique a des projets en 116 ACTION NATIONALE voie de réalisation pour améliorer la situation.L\u2019un des plus gigantesques consiste en la création de toutes pièces de trois grandes cités où de larges portions de la population défavorisée seront invitées à s\u2019établir avec la possibilité d\u2019emplois qui leur permettront de mieux vivre et de s\u2019épanouir.On ne pense pas seulement en termes d\u2019industries à implanter mais de villes entières à fonder qui relèveraient le niveau de vie d\u2019une région et qui décentraliseraient la population en multipliant les centres.Le Mexique est le plus développé des pays d'Amérique latine.Il a pu progresser parce que la relève en hommes à l\u2019esprit créateur n\u2019a jamais manqué.De toute évidence, il est présentement dans une phase d\u2019accélération de son développement.Il devient un grand pays sur la carte du monde : par sa population et son niveau de vie il rejoint aujourd\u2019hui les principaux pays d\u2019Europe.|| _ PAYSAGES ET ARTISANAT A) Le paysage façonne l\u2019homme qui l'habite : L\u2019histoire d'un pays nous aide à comprendre son peuple.Le milieu physique aussi car il modèle l\u2019homme dans tout son être.Le Mexique est une terre tourmentée, bossée et creusée, recouverte dans une grande proportion, d\u2019une épaisse croûte de lave ou de cendre ; il est rempli à craquer de montagnes gigantesques, attirantes ou rébarbatives, de volcans éteints, coiffés parfois de neige, habillés de gazon ou dénudés par l\u2019érosion.En cours de route, on peut observer pendant des heures des paysages fantastiques composés de pics noirs ou bleu marine ou vert velours, en chaînes dont les arêtes pourtant immenses paraissent, à distance, un gracieux feston frangé d\u2019arbres sombres.Et comment ne pas se souvenir à jamais des montagnes qui emmaillottent Guanajuato : leurs formes sont si douces, leur habillement, si lisse, leur couleur, si apaisante ! Le lit desséché d\u2019une rivière y est devenu une grande rue souterraine.Subitement, on s\u2019y trouve engagé guidés par des falots lointains.On retrouve le soleil aussi subitement qu\u2019on l\u2019avait perdu.Les rues transversales, tortueuses, courtes, se relèvent MEXIQUE, NOUS AVONS DES LEÇONS.\t-| -| 7 chaque bout pour « gagner » la montagne ; l\u2019une d\u2019elles, la ruelle du baiser, est si étroite et si zigzagante que les amoureux peuvent échanger des baisers de leur balcon respectif, par dessus la rue.Au bout des trois grandes avenues, les pics portent des sarapes de nuages multicolores.Des versants complets sont recouverts de plantations d\u2019ananas, de champs de maïs ou hérissés de cactus dont le plus étonnant de forme est sans contredit le candélabre et le plus agressif, le cactus à raquettes.Mais le plus utile et le plus répandu est l\u2019agave bleuté aux feuilles longues et pointues qui fournit et les aiguilles et la fibre que les Indiens utilisent avec art dans la fabrication de chapeaux, de sandales, de paniers, etc.Les feuilles bouillies, puis fermentées, de l\u2019agave donnent une boisson alcoolique appelée nezcal, plus fine que la très connue téquila.De la fermentation du jus extrait de ses racines, une autre liqueur est créée, la pulque.On peut dire que le cactus, à cause de ses sous-produits et de ses fruits juteux, comme la pitajaya, sorte de figue hypertrophiée, est la manne des déserts mexicains.Les grandes plantations de cocotiers ont aussi de quoi attirer l\u2019attention des touristes venus des pays tempérés.Les plus belles que j\u2019ai pu admirer se trouvent sur la route qui relie Acapulco à son aéroport.Mais il y a des cocotiers dans la cour même des hôtels ou dans leurs patios.Quand j'y passais, je les voyais me narguer gentiment de leurs dizaines de cocos dangereusement suspendus sous le bouquet des branches.Mais ils attendaient la nuit pour tomber., peut-être pour faire fuir les petits lézards peureux qui s\u2019égaraient sous la véranda et parfois dans les chambres.Je n'ai pas vu beaucoup d\u2019animaux à part les vaches et les ânes qui sont chez eux le long des autoroutes qu\u2019ils traversent, quand il leur chante, sans se presser et les vautours dont la présence fait fuir les autres oiseaux.Il aurait fallu aller dans la jungle.J\u2019ai trouvé attendrissants les petits ânes que le fabuliste a odieusement calomniés en les accusant de paresse. 118 ACTION NATIONALE Quand ils s\u2019arrêtent, l\u2019air têtu, on voit pourtant que c\u2019est parce qu\u2019ils n\u2019en peuvent plus de peiner sous leurs fardeaux plus gros sinon plus lourds qu\u2019eux-mêmes.Et puis, ils font si bien dans le décor.Pour avoir une juste idée du gigantisme des montagnes, il faut les avoir affrontées, les avoir escaladées ou descendues.Les hommes, si petits, si faibles devant elles les ont matées pourtant.Lilliputiens maîtrisant Gulliver, ils les ont liées d\u2019abord avec des sentiers étroits, puis avec mille chemins, enfin avec des voies ferrées et de grandes autoroutes.Les Sierras Madrés sont maintenant apprivoisées : on monte, on descend, en lacet, en spirale, à la verticale.Même la sage horizontale zigzague au bord de précipices à faire se dresser les cheveux, que la voiture frôle à quelques pouces près.On connaît encore mieux les montagnes du Mexique si par une pluie battante, on s\u2019y fait coincer par un camion dans une rencontre si serrée que l\u2019aile de son automobile y reste.A la gauche, le mur de pierre s\u2019élève droit dans le ciel ; à la droite, le gouffre s\u2019ouvre à quelques pouces.C\u2019est la route en corniches où le suspense dure tout le temps du spectacle.La réalisation de ces routes est un miracle de l\u2019intelligence et de l\u2019audace.Elles font du voyage au Mexique une aventure où l\u2019inédit, le grandiose, sont toujours présents.Les Mexicains, citadins comme villageois et paysans ont à braver toute leur vie la montagne.Même chez la femme, le « type » est robuste, trapu.La peau est un souple cuir que le soleil et le vent ont tanné, bruni, mais que les années plissent inexorablement.L\u2019altitude a développé leur système respiratoire.Ils ont des voix de chanteurs d\u2019opéras et ils dansent éperdument sans jamais perdre haleine.La beauté et la grandeur de la nature mexicaine ont fabriqué des corps vigoureux.et des âmes d\u2019artiste.B) Le travail de leurs mains nous livre leur âme : Le plaisir du lèche-vitrine et du magasinage peut être porté à son comble dans ce pays.Le Mexique est MEXIQUE, NOUS AVONS DES LEÇONS.119 une immense « boutique » débordant de trésors qui font la joie des touristes et posent des detis aux connaisseurs.Avec un peu d argent, un peu de temps et beaucoup de flair, on découvre de belles pièces à montrer ou à offrir aux parents et aux amis.Mais dans ce jeu comme dans les autres, un minimum de connaissances est requis et une certaine experience, utile.La procnaine fois, je m\u2019y prendrai mieux.Mais ce premier essai, qui n\u2019était pas de maître, m a apporté beaucoup de plaisir et de satisfaction.Les Mexicains, je l\u2019ai dit, sont des artistes.Ils sont ingénieux, remplis d'imagination et de bon goût.Ils ont un don remarquable pour mettre en valeur les bois précieux et légers, l\u2019onyx, l\u2019obsidienne, les beaux cuirs, toutes les matières premières qu\u2019ils trouvent chez eux et aussi bien la laine et la fibre de cactus que l\u2019or, l\u2019argent, les perles, les pierres fines ; la terre cuite, la céramique, le verre soufflé, la nacre de perle, tout est utilisé, travaillé à la main, transformé en objets ravissants.Les vitrines et les comptoirs des boutiques sur le Zôcalo de Mexico et sur la rue Madero sont rutilants d\u2019or.Non averti, on serait porté à croire que c\u2019est du toc, vu l\u2019abondance.Mais non, c\u2019est bien dans l\u2019or à dix-huit carats que sont ciselés tous ces bracelets, tous ces pendantifs, ces anneaux et toutes ces bagues.A qui aime l\u2019or, Mexico est une tentation permanente.Partout, au centre de Mexico, de belles demeures aux tuiles multicolores Talavera de Puebla où on trouve à prix raisonnables des produits pharmaceutiques et de beauté, des cigares et des cigarettes de toutes marques, des bonbons et des chocolats, des livres, des revues et des disques, des oeuvres d\u2019art et d\u2019artisanat.J\u2019y ai déniché des cartes de correspondance ornées d\u2019oiseaux faits à la main avec des plumes véritables de couleurs éclatantes.Chacun fait ses découvertes.Un des éléments qui contribue à rendre la chasse aux souvenirs encore plus intéressante, c\u2019est à mon avis, de les chercher autant que possible dans la ville ou le village où ils sont fabriqués.Ainsi, c\u2019est à Puebla, 120 ACTION NATIONALE dans l\u2019atelier même d'un sculpteur, qu\u2019il faut choisir ses « onyx ».Le soleil à travers les morceaux permet de juger de leur transparence, de la richesse des couleurs et de détecter les failles.Si ces « roches » n'étaient aussi lourdes, que d\u2019heureux on pourrait faire au retour ! Et quelles aubaines attendent le touriste alerte.C\u2019est à Puebla également que sont fabriqués les fameux azulejos de marque Talavera, sorte de tuiles en céramique brillante ; les Indiens connaissaient le secret de leur fabrication bien avant notre ère.Mais les Espagnols leur enseignèrent une technique utilisée à Talavera, ville de leur pays, réputée pour ses faïences.On voit beaucoup de dômes d\u2019églises, de murs, de patios recouverts de ces tuiles.L\u2019effet est très gai et très joli dans le paysage.A Patzcuaro, l\u2019artiste lui-même nous a expliqué l\u2019art de la laque sur bois, décorée au pinceau et à l\u2019or à 23.5 carats.Qu\u2019elles sont jolies ces assiettes fleuries d\u2019orchidées, de roses, de dahlias, d\u2019oiseaux, aux vives couleurs cerclées d\u2019or, sur fond noir ! Au centre archéologique de Teotihuacan, il faut s\u2019arrêter pour examiner les sculptures en obsidienne (lave noire vitrifiée).Elles représentent des têtes indiennes : chefs et dieux.Il y en a partout au Mexique mais à Teotihuacan, elles sont pour ainsi dire dans leur habitat.En les apportant chez soi, quel joli souvenir de ces lieux primitifs.Il faut acheter la sculpture qui offre le plus de reflets, les plus beaux et les plus profonds.Une visite sérieuse du musée national d\u2019anthropologie du Mexique, inauguré en 1964, est de rigueur dès le début du séjour dans le pays, pour ceux qui veulent avoir une bonne idée de l\u2019époque pré-colombienne.A la sortie, on aimera peut-être acheter des copies fidèles de certaines pièces archéologiques.Une statuette de terre cuite de six pouces et demi, représentant une femme, dont l\u2019original fut trouvé dans l\u2019île Jaina, Campeche, région Maya, et qui date de la période classique (100-650 après J.-C.) est une jolie pièce décorative qui ne MEXIQUE, NOUS AVONS DES LEÇONS.\t\"J21 détonnera nullement dans le boudoir d'une Québécoise.Elle est aussi délicate et fine qu\u2019une Tanagra.Et les pierres fines ?Avez-vous eu l\u2019occasion d\u2019en voir beaucoup, de vraies, non montées ?Savez-vous juger de leur qualité ?Le poids y est pour quelque chose.Mais il y a bien d\u2019autres normes.Queretaro est la ville des opales.On en montre à pleines mains.Et aussi des améthystes, des topazes, des jaspes, des turquoises, des oeils-de-tigre, etc.à pleines assiettes.C\u2019est l\u2019heure de prendre un cours sur ces beautés naturelles mises en valeur par l\u2019amour et l\u2019intérêt des hommes.Pas besoin d\u2019être particulièrement chanceux pour trouver les experts qui feront des démonstrations, balance en mains, avec pierres brutes et pierres taillées de différentes qualités.Bien sûr, ils espèrent en vendre et il y en a à tous les prix.C'est à Taxco qu\u2019on pousse ses recherches à travers les ateliers et les boutiques où l\u2019argent est à l\u2019honneur.Taxco est inoubliable.On y passerait des jours sans pouvoir se décider à la quitter : ville-monument national de style colonial, elle est assise sur des mines d\u2019argent qui ont fait la colossale fortune de leur découvreur, José de la Borda au 18e siècle et qui fournissent toujours le métal précieux aux artisans de la ville et des environs.De l\u2019argenterie pour la table, pour le cou et les poignets des belles, en bibelots de toutes sortes, il y en a à la tonne.Ce que ça doit demander de temps et de patience pour faire briller tout cela, quand même ! Tous les touristes reviennent du Mexique avec des articles de cuir : sacs à main surtout, serviettes à documents, valises, porte-monnaies, sandales, etc.La souplesse du cuir, la perfection du travail de repoussage et de laçaqe et surtout les bas prix expliquent facilement cet engouement.Les tissus et les tricots faits-mains sont bien alléchants aussi.Les beaux chandails ! Les splendides ponchos ! Et les sarapes ! Et les rebosos ! On voudrait tout acheter.De dessins et de couleurs pour tous les goûts, du discret au fracassant.Et quelles aubaines ! A Mexico 122 ACTION NATIONALE et à Guadalajara, il est possible de se faire tisser une étoffe d\u2019après son propre dessin et de se faire confectionner une robe d\u2019après modèle, dans les quarante-huit heures.Le prix ?A peine celui payé à Montréal pour une robe faite en série.Les blouses, les nappes, les coussins, les vêtements de nuit brodés et rebrodés, garnis de dentelles « au crochet », les paniers et sacs à magasiner, de voyage et de plage en paille tressée, décorés de fleurs et de fruits éclatants sont irrésistibles.Les expositions de meubles sont fascinantes.Que d\u2019ingéniosité et d\u2019élégance dans l\u2019agencement des bois, des cuirs et des tissus ! Et je me souviendrai longtemps de cette sculpture moderne dans l\u2019entrée d\u2019une de ces maisons du meuble : chevaux et cavaliers, grandeur naturelle, tout en bouts d\u2019acier soudés.Quelles lignes et quel mouvement ! (À Tlapepaque.) Guadalajara, deuxième ville du Mexique en importance, appelée la ville des fleurs à cause de son million de rosiers qui décorent les rues et les parcs, est en plein essor industriel.Mais la visite au Mercado La Li-bertad (grand marché) reste une des plus sensationnelles aventures à vivre dans cette ville.Des montagnes d\u2019oranges, de bananes, d\u2019avocados, de piments, de melons, de mangues, de légumes de toutes sortes ; des étalages de viandes grillées, rôties, frites, prêtes à manger, des poteries, des laques, des céramiques en tas, des peintures, des sculptures, des oiseaux, bijoux de plumes multicolores en cages, des blocs de fleurs, et quoi et quoi .Derrière les comptoirs, de jeunes et gentilles frimousses, des matrones au parler haut et clair, des Indiens authentiques.vous regardent regarder et ont l\u2019explication toute prête à vos questions.C\u2019est toute une région qui vous apporte ses richesses, ses inspirations et le fruit de ses travaux.Là, comme le long des rues de toutes les villes et de tous les villages, on peut manger tout le temps en marchant, tant les petits étalages sont nombreux et chargés de victuailles cédées à vil prix.On a envie de goûter à tout, à l\u2019épi de maïs non épluché, cuit à la vapeur MEXIQUE, NOUS AVONS DES LEÇONS.\t-J23 ou à celui grillé sur le charbon devant soi, à la tortilla fourrée de poulet ou enrobée d\u2019une sauce qui vous cuit le palais.Et on se rafraîchit d\u2019un fruit ou d\u2019un jus de fruit.Les étalages regorgent aussi de pâtisseries, de petits gâteaux, de galettes et de bonbons appétissants.En musant de boutique en boutique, en visitant les grands marchés le visiteur a l\u2019occasion de connaître les gens du pays.Les oeuvres artisanales ne reflètent-elles pas d\u2019ailleurs par elles-mêmes l\u2019âme des peuples qui les produisent ?Mon voyage au Mexique m\u2019a valu de prendre intensément conscience de cette réalité.J\u2019ai compris que la beauté, la somptuosité des oeuvres de l\u2019homme sont le reflet d\u2019une beauté, d\u2019une somptuosité intérieures.Rien que pour m\u2019avoir donné cette nouvelle compréhension humaine, mon voyage valait le coût.Conclusion : L\u2019éducation nationale : il faut l\u2019effort de tous pour qu\u2019un pays s\u2019épanouisse.Tous les Mexicains ont cette ambition.Pour obtenir l\u2019effort de tous, il faut l\u2019amour de tous.On n\u2019aime que ce qu'on connaît.Il faut connaître l\u2019histoire de son pays, sa géographie physique, politique, économique.Ces connaissances peuvent s\u2019acquérir plus facilement dans certains pays, au Mexique, par exemple, comme je l\u2019ai dit.Mais au Québec, un enseignement systématique devrait être donné dans les écoles avec l\u2019aide d\u2019un matériel didactique adéquat, les musées faisant défaut.Il faut absolument, car c\u2019est vital, amener les jeunes à s\u2019y intéresser, à l\u2019aimer, à le désirer.Il faut qu\u2019ils puissent aimer ces matières non seulement avec leur intelligence et leur raison mais avec leur coeur et leurs entrailles.L\u2019amour de son pays, c\u2019est la plus belle « culture» à se donner.Car l\u2019amour se cultive.Il faut des maîtres qui aiment leur pays et qu\u2019ils aiment les disciplines (matières) qui les concernent pour faire des disciples qui les aiment.L'Artisanat : étudier ne suffit pas, des actes, des oeuvres doivent suivre.Pourquoi nos jeunes qui ont et 124 ACTION NATIONALE qui auront tant de loisirs, ne les emploieraient-ils pas à des oeuvres artisanales ?La fabrication d'objets à partir des matières premières domestiques, en y mettant de l\u2019imagination et du goût, seraient, il me semble, un moyen extraordinaire de développement personnel et national et une source de revenus : les objets d\u2019art et d\u2019artisanat attirent les touristes qui y consacrent beaucoup de leur argent étranger.Le Mexique réussit, par ce moyen, à équilibrer son budget.« On calcule à 500 millions de dollars la part qui revient aux revenus touristiques dans la balance des paiements du Mexique.C\u2019est ce qui permet au pays de combler partiellement le déficit des importations sur les exportations » (Mexico, Guide Bleu, Hachette, 1968, p.84).Au Québec, nous avons déjà un artisanat intéressant.Mais il est quasi invisible et trop coûteux.Comment protéger, encourager davantage nos artisans ?Certains petits manufacturiers auraient souvent le désir de confier des travaux « à domicile » à leurs employés.Mais s\u2019ils s\u2019y risquent, c\u2019est à leurs dépens : ils seront un jour ou l\u2019autre attrapés par quelque inspecteur vétilleux.Et les gens perdent leur temps.Ils perdent toute saine ambition.Ces heures qui pourraient être employées à des oeuvres utiles et belles sont perdues en ennui ou en activités futiles.Ce n\u2019est pas ainsi que se forgent les nations fortes.L\u2019appel à la création n est pa^ assez fort, chez nous.La nation canadienne-française a toujours été industrieuse, travailleuse.C\u2019est une des raisons, sans doute, qui l\u2019ont fait durer, qui l\u2019ont faite « non assimilable ».Notre bloc ethnique, malgré les flots de paroles qui prouvent, à n\u2019en pas douter, une prise de conscience plus aigüe de son existence, menace de s effriter pourtant.Et il me semble que c\u2019est à cause justement de la paresse de plusieurs, à cause de l\u2019absence d une ambition de contribuer chacun à sa consolidation.Nous sommes actuellement un peuple qui ergote et qui s\u2019amuse.Nous devenons « chair molle, facile à manger ». MEXIQUE, NOUS AVONS DES LEÇONS .125 Nous sommes un pays qui s\u2019industrialise.C\u2019est vrai et c\u2019est bien.Mais l\u2019industrie, même si elle donnait de l\u2019emploi à tous, laissera de plus en plus de loisirs à tous.Le travail « des mains » qui façonne des oeuvres originales, belles et utiles (d\u2019être belles les rend déjà utiles) révèle l\u2019âme de ceux qui les exécutent.Les voyages : Pendant ce voyage au Mexique, ma pensée revenait sans cesse vers le Québec, ma patrie si bouleversée dans son âme.Je pensais à nos jeunes, à leur éducation nationale, à leur éducation tout court.Et je voyais qu\u2019il y aurait tant de sources de joie et d\u2019épanouissement à leur offrir.Ils voyageront plus que leurs parents.Ils voyagent déjà beaucoup.Il faut leur apprendre à voyager avec profit.Tant de gens de notre génération le font en pure perte ou presque.La langue : il faut leur assurer une connaissance parfaite du français, leur langue maternelle parce que cette connaissance assure le développement de leur personnalité et de leur culture propre.Mais ceci étant assuré, il faudrait leur donner toutes les chances possibles d\u2019apprendre non seulement l\u2019anglais, mais l\u2019espagnol.Nous vivons en Amérique du Nord.Il faut, bien sûr, l\u2019anglais pour circuler avec aisance au Canada et aux Etats-Unis.Mais il y a le Mexique qui est aussi un grand pays de notre Amérique et il y a tous les pays des deux autres Amériques où l\u2019espagnol est la langue officielle, soit 600,000,000 d\u2019habitants en l\u2019an 2000.Ne pourrait-on pas donner à nos jeunes le désir d\u2019étudier ces deux langues supplémentaires ?Si, au surplus, ils apprenaient à se servir de leurs mains et produisaient des oeuvres originales, bien québécoises, quel avenir serait assuré à notre patrie ! Montréal et son visage Français?par François-Albert Angers (1) Montréal, deuxième ville française du monde ?Il y a déjà bien des années que, dans notre fierté de vouloir rester français, quelqu\u2019un de chez nous a lancé cette affirmation vantarde.Les bases en étaient ténues.Il était vrai qu\u2019après Paris, Montréal dès ce moment-là se trouvait être la seconde ville du monde par sa population francophone.Mais il fallait bien constater tout de suite après que ce n\u2019était quand même qu\u2019une ville en majorité française.Que par son visage architectural, un Londonien pouvait s\u2019y retrouver dans un cadre beaucoup plus familier qu\u2019un Parisien.De même que le Montréalais francophone devait bien admettre que le paysage de Londres lui apparaissait moins nouveau que celui de Paris.Au surplus un Français pouvait parfaitement tomber à Montréal et en repartir sans avoir eu l\u2019occasion de parler français, tellement le coeur de Montréal était anglais.Sous tous ces aspects et quelques autres encore, quelqu\u2019un d\u2019autre a pu rétorquer à la première affirmation que « Montréal était la deuxième ville française de langue anglaise » ! 1___cet article percutant est tiré de la revue annuelle de la Société du bon parler français, mai 1971, pages 19 et 20. MONTRÉAL ET SON VISAGE FRANÇAIS 127 Pourtant dans l\u2019après-guerre, quelque chose a changé à Montréal qui lui a donné plus de droit de renouveler sa prétention.C\u2019est Montréal, comme il y en avait eu des signes auparavant, qui est devenue le siège, la capitale d\u2019un remarquable épanouissement culturel tranco-québécois.De sorte que Montréal, sans beaucoup changer sur le reste sauf à devenir en son centre d\u2019apparence plus américaine qu\u2019anglaise, est quand même quelque chose de bien différent de la ville française traditionnelle de province.Son activité théâtrale et littéraire ne le cède, de si loin que ce puisse être, qu\u2019à Paris.C\u2019est vraiment le centre intellectuel d'une autre patrie française.Pourtant la précarité en reste manifestée en ce que cette patrie française vit dans un environnement matériel si entièrement dominé par l\u2019anglophonie, qu\u2019elle a malgré tout l\u2019allure d\u2019une sorte de grande colonie juive dans n\u2019importe quelle métropole cosmopolite du monde.et avec la puissance financière en moins.Il est clair que cet état de chose ne peut pas durer indéfiniment et que nous approchons des heures fatidiques où la courbe de vie va s\u2019infléchir définitivement dans le sens d\u2019une affirmation définitive de la vie française à Montréal, ou au contraire prendre la route d'une langueur, d'une sorte de leucémie qui n\u2019interdira pas la projection de feux brillants encore pendant quelques années ou décennies, mais dans une existence sourdement minée et destinée à une déchéance certaine.De telles affirmations paraissent curieuses à ceux qui considèrent notre passé sans s\u2019arrêter suffisamment à réfléchir aux conditions du présent autrement qu\u2019à travers les progrès apparents qu'on y discerne.C\u2019est que ces progrès sont des fruits de ce passé, alors que les éléments nouveaux en fonction desquels s\u2019amorce l\u2019avenir ne permettront plus les mêmes espoirs dans le seul prolongement des conditions d\u2019hier.Notre succès, il a été tout entier fondé sur une extraordinaire vitalité démographique, un extraordinaire 128 ACTION NATIONALE taux de natalité qui a multiplié les 65,000 Canadiens de 1760 en quelque chose comme 8,000,000 de descendants en 200 ans, dont la moitié se sont dispersés et en partie assimilés et l'autre moitié a constitué le Québec français.Pendant longtemps nous avons été une menace quasi hallucinante pour notre Conquérant, qui inondait le pays d\u2019immigrants à angliciser sans réussir à plus que de nous empêcher de reprendre du terrain pour aller vers le contrôle majoritaire de tout le Canada, que leurs analyses prévoyaient pour 1980.Or c\u2019est cette crainte qui fut notre rêve qui paraît bien terminée maintenant.La baisse spectaculaire de notre taux de natalité au cours de ces mêmes années d\u2019après-guerre a fait de nous une société démographiquement vieille, stabilisée et menacée de décroissance, alors que le développement économique du Canada continuera d\u2019attirer des immigrants sur notre sol, à qui les politiques linguistiques laissent le libre choix de l\u2019école anglaise, ce qui équivaut à les y inciter dans les circonstances où nous sommes placés.Autant que l\u2019on puisse prévoir l\u2019avenir maintenant, Montréal ne deviendra vraiment la deuxième ville française du monde que si le Québec sait maintenant affirmer politiquement son caractère français, et sa décision de faire de la société francophone du Québec la seule société assimilatrice de tous les éléments nouveaux au-delà des droits et privilèges concédés à une minorité qui devra accepter de le rester.L\u2019avenir de Montréal comme ville française, avant même qu\u2019on puisse songer à lui redonner extérieurement un visage français, repose donc sur les politiques linguistiques et culturelles du gouvernement de l\u2019État québécois au cours des très prochaines années, la société québécoise francophone ne disposant plus de l\u2019élan démographique vital qui lui a permis jusqu\u2019ici de se maintenir sans un État pour la protéger et de contrecarrer les manoeuvres d\u2019enveloppement dirigées contre elle.Pendant très longtemps, l\u2019État canadien ne s\u2019est pas MONTRÉAL ET SON VISAGE FRANÇAIS 129 gêné pour prendre les mesures qui lui paraissaient nécessaires pour la création d\u2019une société canadienne vouée à l\u2019anglais.Tant qu'il s\u2019est estimé menacé par la vitalité canadienne-française, il a vigoureusement fait échec au bilinguisme en dehors du Québec.Après que les conditions du développement économique canadien eurent fait échec à sa politique non avouée d\u2019immigration massive pour noyer les Canadiens-Français, il ne s\u2019est pas fait scrupule de poser en principe, avoué cette fois, que de toute façon, avantageuse ou pas, la politique d\u2019immigration devait être maintenue telle que l\u2019équilibre des deux peuples fondateurs ne se trouvât pas modifié par l\u2019évolution démographique.À cette époque, ce n'était pas pour protéger notre part d\u2019environ 30% dans l\u2019ensemble canadien qu\u2019Ottawa parlait ainsi ; c\u2019était pour se justifier de faire entrer tous les immigrants nécessaires pour qu\u2019elle ne s\u2019accroisse pas.Des circonstances en somme identiques nous justifient aujourd\u2019hui d\u2019autant plus de proclamer ouvertement la nécessité d\u2019une même politique pour le Québec que nous sommes ici chez nous, et non pas dans une patrie d\u2019adoption ou de conquête.L\u2019avenir de Montréal comme ville française repose donc sur la proclamation non équivoque que le Québec ne saurait être bilingue, que la seule langue officielle y est la langue nationale des Québécois authentiques : le français.Il repose aussi sur la détermination non équivoque également de poursuivre une politique démographique et scolaire qui enraye tout accroissement possible de la proportion des anglophones au Québec.C\u2019est dans l\u2019aura de ce mouvement fondamental que nous pouvons espérer trouver l\u2019élan psychologique voulu pour aborder efficacement les autres aspects du visage français du Montréal futur. Mass-Média et notre monde moderne par JEAN GENEST Point de réflexion universel Paul VI, dans sa dernière lettre sociale dirigée au cardinal Maurice Roy, signale parmi les changements majeurs de notre temps, le rôle croissant que prennent les moyens de communication sociale et leur influence sur la transformation des mentalités, des connaissances, des organisations et de la société elle-même (parag.20).Marshall McLuhan, dans ses deux principales oeuvres La Galaxie Gutenberg et Pour comprendre les média, a fait une étude profonde, même si elle est discutable en certains aspects, des changements majeurs apportés par les mass-média à notre civilisation contemporaine.Nous nous servirons également d\u2019une oeuvre brillante de Joseph Folliet, L\u2019information moderne et le droit à l'information (Chronique sociale de France, Lyon, 1969).Nous avons aussi consulté la revue Presse-Actualité dont le numéro d\u2019avril-mai 1971 contient une excellente étude de René Pucheu, intitulée Les moyens de communication bouleversent la société (pages 23 à 32) et plusieurs autres revues spécialisées.Les trois âges des communications sociales Pour mieux comprendre l\u2019importance des mass-média dans nos vies et les transformations qu\u2019elles apportent, il suffit de nous rappeler les trois âges des MASS-MÉDIA ET MONDE MODERNE 131 communications sociales.L\u2019homme est le seul être vivant qui ait été capable d\u2019inventer un moyen de transcrire sa pensée et un moyen de diffuser sa pensée.Précisément parce qu\u2019il est le seul sur cette planète à posséder une pensée.Tant qu\u2019il en resta aux hiéroglyphes, ses livres étaient des monuments intransportables : pyramides, colonnades, temples, palais.Les communications entre pays étaient impossibles, la science réduite à un très petit nombre d\u2019hommes serviteurs le plus souvent de la divinité ou de l\u2019État.L\u2019écriture cunéiforme des Assyriens, l\u2019alphabet des Phéniciens, l\u2019invention des chiffres par les Indiens et les Arabes permirent la création de tablettes d\u2019argile et de bibliothèques retrouvées presque intactes.Le nombre des érudits et des scribes savants augmenta considérablement et le commerce extérieur en profita au long des postes visités par des caravanes de marchands ou dans les ports de la Méditerranée.Les plus profondes inventions de l\u2019homme, ce furent les arts d\u2019expression.D\u2019abord utiliser sa langue, la faire fonctionner pour l\u2019articulation et la dénomination des choses.S\u2019est-elle déliée avec l\u2019arrivée de l\u2019intelligence ?Ou lui a-t-il fallu des siècles pour arriver à exprimer des sons reconnaissables et reproduisibles par autrui ?Quel sort pénible devait être celui de l'homme qui n\u2019arrivait pas à exprimer ses idées ou qui les exprimait sans pouvoir être compris ?Même aujourd\u2019hui nous voyons des hommes peu instruits qui ont de la difficulté à s\u2019exprimer, comme ils en souffrent et comme toute leur psychologie s\u2019en ressent ! L\u2019art de la communication a donné à l\u2019homme une nouvelle assurance en lui-même et une volonté admirable de dominer la création.Ceux qui ne pouvaient communiquer étaient les mercenaires, les esclaves, le vulgum pecus sans influence sur les sociétés et l\u2019histoire.L\u2019action fut alors un modeste ersatz à l\u2019expression verbale et écrite.Puis arriva la deuxième étape.Hiéroglyphes et monuments pharaoniques ou aztèques, tablettes, papyrus, 132 ACTION NATIONALE parchemins, rouleaux de soie n\u2019ont été que des préparatifs.Dès que l\u2019alphabet a été trouvé, et les chiffres « arabes », il devenait nécessaire d\u2019inventer un moyen de diffusion.Gutenberg, à Strasbourg en 1440 et à Mayence en 1448, inventa la typographie et la diffusion sur papier.Depuis cinq cents ans nous vivons de cette invention qui mit la pensée de l\u2019univers à la portée de tous les hommes.La démocratisation universelle de l\u2019enseignement reste un des plus beaux achèvements de cette invention.L\u2019ignorance est reconnue dans le monde contemporain comme une maladie à l\u2019égal des anciennes pestes qui ravageaient autrefois les continents.Les gouvernements ont pris des mesures pour donner à tous la chance d\u2019une certaine égalité de départ dans la vie et d\u2019une place plus juste dans le développement des sociétés.À partir de là, le progrès des sciences, la multiplication des découvertes n\u2019arrêterait plus : nous restons toujours à l\u2019orée d\u2019une nouvelle ère et cela indéfiniment.Nous n\u2019arrêtons plus de lire et nous n\u2019arrêtons plus de concevoir.Le progrès consiste à nous enrichir des idées de tous et le danger est celui de nous aliéner dans la dépendance d\u2019autrui par oubli de rester nous-mêmes.Pourtant l\u2019empire du livre est sérieusement menacé : il n\u2019est ni exclusif ni éternel.Nous voyons surgir le troisième âge des communications sociales : ses possibilités illimitées nous laissent dans l\u2019étonnement le plus profond.Vraiment, à moins d\u2019être prophète, il nous devient impossible de prévoir ce que sera l\u2019homme de demain.L\u2019homme devient soumis aux pressions de la presse (1), de la télévision, de la radio et du cinéma.Il a trouvé ce nouveau moyen d\u2019entreposage et de diffusion qu\u2019est le cerveau électronique, l\u2019ordinateur et sa mémoire fantastique.Déjà les hommes savent que tout ce qui a été écrit depuis la naissance du monde est équivalent à environ quinze millions de volumes.Ils entrevoient des cerveaux électroniques d\u2019une puissance si gigantesque qu\u2019ils arriveraient à entreposer, vers l\u2019an 2000, tout ce matériel et à le dégorger sur demande, à l\u2019instant.Les bibliothèques deviendraient inutiles, ou presque.Pour un prix MASS-MÉDIA ET MONDE MODERNE 133 modique, les professionnels et les étudiants pourraient se procurer la pensée des grands maîtres dans l\u2019espace de quelques heures, régler des problèmes mathématiques par simple consultation d\u2019une machine centrale au service de la population circonvoisine.Bien davantage, la télévision, rattachée au téléphone, non seulement nous permettrait de rejoindre les coins les plus reculés de la terre mais, rattachée à ces grandes machines électroniques, faciliterait la consultation sans déplacement, l\u2019opération bancaire sans comptoir, l\u2019achat du nécessaire sans magasin.La télévision en circuit fermé, lorsqu\u2019elle sera servie par un entreposage de classes-modèles suffisamment nombreuses, pourrait arriver à supprimer les écoles.Actuellement nous voyons une sourde lutte entre ceux qui prônent les méthodes actives en pédagogie et ceux qui prônent les méthodes industrielles.Les professeurs deviennent une institution entre deux mondes, incertains de leur avenir.Peut-être seront-ils réduits à des groupes de spécialistes choisis pour donner des séries de cours imaginés par des fonctionnaires qui seront eux-mêmes soumis aux courbes prospectives établies par ces monstres électroniques chargés de guider les États devant les besoins des sociétés de demain.Est-ce un monde de cauchemar à la Edgar Poe ou un monde possible à la Jules Verne ?C\u2019est ce monde où l\u2019image, par sa fréquence, obtiendra plus d'importance que le mot, que nous voulons examiner ici.Une phrase célèbre affirme que l\u2019usine à communiquer que serait le cerveau électronique, devient une institution qui est au livre d\u2019antan ce qu\u2019était le marteau de grand-papa par rapport à l\u2019automatisation.Cette transformation ne prend visage et proportion, pour nous qui restons médusés par la rapidité des changements, que si nous nous arrêtons à en voir l\u2019impact sur la philo-sophie, la politique, l\u2019éducation et la société.Analyse 1 \u2014 Le journal, selon MacLuhan, serait complètement différent du livre car celui-ci refléterait un homme et celui-là, un phénomène collectif qui s\u2019appelle l\u2019opinion. 134 ACTION NATIONALE incomplète mais qui ouvre des avenues de pensée, des conjectures, ou encore des insights.| _ MASS-MÉDIA ET PHILOSOPHIE La civilisation du livre et du mot qui nous domina pendant plus de quatre siècles, a toujours tendu vers un certain classicisme de la pensée : son unité, son raisonnement suivant des lois précises.Elle a aussi tendu vers un certain humanisme, une certaine conception de l\u2019homme et de son progrès.Selon ces points de vue classique et humaniste, toute la culture occidentale était normative.Il y avait un art d\u2019écrire comme il y avait un art d\u2019agir.L\u2019étiquette, le formalisme, le droit dominaient nos vies.Il y avait des valeurs, des normes suivant lesquelles un homme était civilisé ou non.Cette série d\u2019enseignements donnait la sécurité et le sentiment de coexister avec du permanent.Or la civilisation des mass-média n\u2019est plus basée sur le permanent, sur l\u2019éternel mais sur le changement, sur l\u2019empirique.Le journal et la télévision se nourrissent de l\u2019immédiat et du sensoriel.On ne parle que d\u2019événements exceptionnels ou anormaux.Les grands magazines et journaux de fin de semaine ne doivent leur survie qu\u2019à la surenchère dans la course au crime (le dernier meurtre tout frais), au sensationnalisme et à la pornographie.À ce point de vue il y a des titres symboliques de toute la courbe de la civilisation : ainsi le premier livre publié par Gutenberg en 1440 fut la Bible ou Le Mot, mais le titre d\u2019un volume de Sartre annonce la décadence de cette période : Les Mots.Ce dernier volume, de facture classique, annonce la décomposition des idées dans un monde dorénavant sans unité et le pluralisme des subjectivismes.Les mots meurent ou plutôt ils serviront de soutien aux images et aux sons dont l\u2019empire ne cesse de s\u2019étendre aux confins du monde.Le cinéma devient de plus en plus un arrangement d\u2019images et cette manipulation prétend proposer aux masses des thèses de philosophie ou une explication du monde. MASS-MÉDIA ET MONDE MODERNE 135 Il est évident que l\u2019homme commence à peine à connaître et utiliser à fond ces nouveaux moyens d'expression que sont l\u2019image et le son.Déjà pourtant nous savons que leur pression sur les portes de l\u2019âme individuelle ou sur les masses soumises à leur rayonnement produit un enrichissement et une aliénation grave.Le journal (en cela bien différent du livre) et la télévision emportent l\u2019homme hors de lui, lui proposent une vie vicariante, où il vit ailleurs, hors de lui-même.Ces moyens semblent lui proposer une vie schizophrène où, à sa vie personnelle, ils juxtaposent une autre vie.Entre la vie réelle et la vie de rêve, les frontières s\u2019estompent.Ainsi en regardant un coucher de soleil au-dessus du fleuve près de Percé, un jeune s\u2019exclamera : « Cela ressemble à une carte postale ! » Sorti trop souvent et trop longtemps de lui-même, l\u2019homme contemporain est menacé, sous l\u2019influence des mass-média contemporains, de vivre dans le vide, l'inutile, la distraction, le divertissement, l\u2019extravagant, et surtout l\u2019in-signifiant.Il devient plus informé, plus ouvert mais aussi plus incapable de réduire à une certaine cohérence mentale tout ce qu\u2019il voit et tout ce qu\u2019il entend.L\u2019éclectisme, le matérialisme le guettent.Le sensoriel a plus d\u2019influence sur lui que tout ce qui s\u2019obtient par raisonnement abstrait.Les vies manquent de centre intérieur.Le plus curieux c\u2019est qu\u2019en lisant le journal ou en absorbant des heures de télévision, nous restons sur l\u2019impression que le plus important n\u2019est pas dit, que pour comprendre une page ou un programme il faudrait beaucoup d\u2019études préalables : histoire, philosophie, anthropologie, sociologie, etc.Or ces préliminaires sont perpétuellement omis ou les mass-média les supposent acquis durant l\u2019étape de la formation secondaire.Mais combien y en a-t-il qui ne font pas d\u2019histoire ?qui ne font pas de philosophie ?Etc.De sorte que d'immenses parties de la population lisent sans comprendre, voient sans voir.Il s\u2019agit de cultures mortes qui, très tôt, pren- 136 ACTION NATIONALE nent le détour du sport et du divertissement où il n\u2019y a rien à comprendre, où il n\u2019y a aucune philosophie.Du pluralisme à la vacuité.De la démocratisation scolaire des masses à leur aliénation permanente.Plusieurs s\u2019en sauveront par la motivation professionnelle : AVOIR plus de connaissances pour trouver un métier qui permettra de gagner plus d\u2019argent ou plus de pouvoirs.Déclin de la philosophie au profit de la sociologie entendue comme l\u2019intégration du MOI dans la MASSE.L'époque des grands humanistes individualistes semble terminée.Les pseudointellectuels ont maintenant une demi-heure pour régler les problèmes du monde à la télévision.Nous entrons plus que jamais dans la philosophie du changement et du multiple.Le feu d\u2019artifice opposé au soleil.La contestation sans cause.L\u2019épisodique, l\u2019accessoire et le variable ne sont plus de l\u2019accidentel ou du secondaire mais finissent par constituer la trame même des vies humaines.L\u2019absence de philosophie supprime la réflexion, le don de soi à une idée-force.On s\u2019agite davantage mais on est plus insatisfait.Et si le bonheur échappe, sa démangeaison demeure vive.|| _ MASS-MÉDIA ET POLITIQUE Est-il exagéré de dire, à la suite de nombreux penseurs, que les mass-média sont à détruire la démocratie parlementaire telle que nous la connaissons ?Quelques personnalités \u2014 si médiocres soient-elles \u2014 occupent toute la « vitrine » de l\u2019information et les autres disparaissent dans le rôle de marionnettes.Les chefs de gouvernement et les chefs d\u2019entreprises occupent le devant de la scène : leurs décisions ont tous les caractères de l\u2019oracle.Tout procédé de participation est à peine effleuré.C\u2019est la starlette, c\u2019est l\u2019esclave des tréteaux, c\u2019est le clown de la politique, c\u2019est le héros du sport, c\u2019est le champion du dix-huitième trou, c\u2019est l\u2019enragé du ballon-gonflé-de-vent qui est promu au rôle d\u2019idole des masses.Entre un chef de gouvernement et un champion de ping-pong on ne voit plus très bien la différence. MASS-MÉDIA ET MONDE MODERNE 137 Bien davantage le rôle des députés élus devient secondaire et sans importance.Ils sont relégués dans une espèce d\u2019anonymat qui ressemble à une oubliette où sont réduits tous les impuissants.Si les mass-média personnalisent le gouvernement en l\u2019identifiant avec le premier ministre, ils donnent l\u2019impression d\u2019un maître absolu, d\u2019une espèce de baron moderne chargé de conduire son domaine féodal.Si les mass-média peuvent créer tant d\u2019idoles d\u2019un jour, assistons-nous à un élargissement de son pouvoir en les voyant créer dans l\u2019adulation ou la peur, des dictateurs en herbe ?Nous ne sommes pas les premiers à nous persuader que les mass-média tiennent vis-à-vis du public le rôle d\u2019un pouvoir magique qui, en exaltant les chefs politiques, leur donnent une sorte de sacralisation tatillonne, montrant au peuple, réduit à l\u2019impuissance entre deux votes populaires, qu\u2019il est gouverné et que le dieu qu\u2019il s\u2019est donné, voit à tous ses besoins.Faut-il dire alors comme René Pucheu : « Dès lors, la politique finit comme politique et commence comme mirage » ?Car les mass-média, par leurs interprétations même infinitésimales, finissent par déformer les faits et les gestes.Le style journalistique ou de l\u2019interview télévisée tend à simplifier et à répandre une conception manichéenne des hommes et des événements.C\u2019est là que le mirage devient dangereux car autant les mass-média excitent à l\u2019adulation, autant ils excitent au mépris et au cynisme.Les hommes d\u2019affaires n\u2019ont pas été lents à s\u2019apercevoir que le journal, la radio et la télévision devenaient les moyens les plus efficaces de contrôler la politique et les politiciens.Cela est si vrai que le contrôle des partis politiques ne se fait plus par le vote du peuple souverain (en quoi l\u2019est-il, s\u2019il vote comme son journal entre les mains des financiers l\u2019y incline ?) mais par les mass-média.Notre ministère de l\u2019Éducation a pu tout faire avaler au peuple, même des mesures les plus opposées à une participation véritable du peuple aux activités 138 ACTION NATIONALE scolaires, en s\u2019assurant, grâce à des finances excessives et à des complicités invraisemblables, le secours habile du journal et de la télévision.Il y a donc un interchange entre les puissances financières et les puissances politiques.Les unes et les autres ont besoin de ce nouveau pouvoir que sont devenus les mass-média.Pris comme dans un étau, le peuple ne sait plus où sont ses véritables intérêts.Et le ministère de l\u2019Éducation n'est pas pressé d\u2019éveiller les jeunes à une véritable éducation civique car alors les collusions deviendraient trop apparentes et le féodalisme des masses trop évident.Le jeu est si serré que la majorité des fonctionnaires apprennent les décisions des ministres par le journal ou l\u2019interview télévisée.Cela est si vrai que, en France, le journal Le Monde sert parfois de circulaire dans certains départements de fonctionnaires.Derrière l\u2019information, il y a donc un « noeud de vipères » qui grouillent et mordent dès qu\u2019il s\u2019agit de leurs intérêts.Qui a fait enquête, au Québec, sur les résultats d\u2019examens scolaires et la part scandaleuse qu\u2019y jouent les ordinatrices électroniques par leurs raluste-ments et leurs hausses artificielles des résultats ?Le monde des affaires ne croit plus au carnet scolaire des institutions dépendantes du ministère de l\u2019Éducation parce qu\u2019il s\u2019agit là d\u2019un mensonge étatisé, essayant de cacher une baisse catastrophique du niveau académique de nos polyvalentes.Qui a mis en évidence que les transports scolaires coûtaient à la province environ $40,000,-000.par année, qui sont absolument perdus pour l\u2019éducation et qui pourraient servir à créer des écoles modernes à dimension humaine ?Et nos fonctionnaires, sinon nos ministres, parlent d\u2019efficacité, de rendement économique, de planification administrative ! La conclusion est que les mass-média, gouvernés par des intérêts financiers et politiques, agissent auprès du peuple autant par ses affirmations que par ses silences.Où est la véritable démocratie parlementaire où un peuple supposément informé peut élire ses représentants en toute connaissance de cause ? MASS-MÉDIA ET MONDE MODERNE 139 Après le pouvoir exécutif, législatif et judiciaire nous voyons apparaître le quatrième pouvoir, cette sorte de pression continuelle, corrosive, illuminatrice, enrichissante, dévastatrice, autant auprès des gouvernants que des gouvernés, que sont devenus les mass-média.Le plus intéressant à étudier au point de vue socio-logique c\u2019est la réaction des masses.Grâce aux mass-média, elles deviennent plus instruites.Ainsi grandit l\u2019espoir que les masses finiront par donner un peuple éclairé.Mais ce résultat est discutable.Nous voyons, au contraire, les goûts, les opinions, les comportements du grand nombre devenir plus « socialisés », plus collectivisés.Tout varie, certes, avec chaque saison.Mais se diffuse un besoin psychologique d\u2019êfre comme tout le monde.Le conformisme se répand même dans le refus du conformisme.Les jeunes « hippies » en donnent une démonstration assez remarquable.Toutefois des études ingénieuses, faites récemment, ont montré hors de tout doute que les mass-média n\u2019étaient pas des moyens de persuasion tout-puissants.Plusieurs fois ils se sont collectivement trompés.Puis on s\u2019est aperçu d\u2019une réaction souterraine contre leur dictature : l\u2019opinion qui circule de bouche à bouche peut parfois renverser les intérêts les mieux défendus et les prises de position les plus carrées prises par les mass-média.Il s\u2019agit d\u2019une contestation silencieuse contre des attitudes exagérées du monde journalistique, contre des privilèges douteux revendiqués par les mass-média.Ou une simple affirmation de l\u2019autonomie personnelle.La masse boit les informations mais elle ne veut pas se laisser intoxiquer partout et toujours.Cet élément de saine critique doit être éveillé, utilisé pour la formation équilibrée du citoyen contemporain.Sinon, les mass-média deviendraient le soporifique ou le stupéfiant le plus formidable engendré par les hommes pour réduire au silence toute égalité entre les citoyens (soumis à une oligarchie détentrice des véritables pouvoirs) et toute participation libre (opposée à « intéressée ») de ces mêmes citoyens aux affaires publiques. 140 ACTION NATIONALE III _ MASS-MÉDIA et éducation Une statistique exprime assez bien l\u2019ampleur de la transformation due aux mass-média : elle déclare que l\u2019enfant moderne, avant de parvenir en première année d\u2019école élémentaire aurait « assisté », en moyenne, à 4,000 heures de messages télévisés, soit l\u2019équivalent de trois années complètes de classe.Les enfants sont déjà ainsi pré-formés, pré-conditionnés à certaines formes de transmission.Il s\u2019est créé comme un besoin d\u2019images et de pédagogie concrète, ce qui est le renversement de tout l\u2019enseignement universitaire donné jusqu'à ces dernières années.L\u2019enseignement de la jeunesse actuelle oblige à une réadaptation tout le corps professoral, devenu victime de l\u2019influence des mass-média.Il faut donc comprendre les contestations étudiantes.Elles comportent un idéalisme qui s\u2019oppose à un cheminement historique trop lent par rapport à des idées de justice et d\u2019égalité.Par là, ces contestations ont quelque chose d\u2019universel fort remarquable chez cette classe sociale que vient de créer la démocratisation de l\u2019enseignement : la jeunesse étudiante où les mass-média modifient l'appréhension et le raisonnement de sorte qu\u2019un fossé dû à une différence de jugement s\u2019établit entre deux générations.Mais ces mêmes phénomènes de contestations et de remue-ménage étudiants ont aussi des aspects particuliers.Les mass-média, devenus propagandistes de la philosophie optimiste des « officiels », diffusaient des nouvelles qui contredisaient la vie quotidienne des jeunes.Ces derniers se trouvaient captifs de l\u2019anonymat des grandes polyvalentes.Ils s\u2019ennuyaient dans la médiocrité fréquente des cours.Le morcellement des connaissances où l\u2019utile, l\u2019insignifiant, a autant d importance que la morale et la beauté, les laissait insatisfaits.Ils se sont tournés contre le professeur, contre le directeur, contre le commissaire.Mais trop novices, ils se sont trompés d\u2019adresse.Leurs véritables adversaires ce sont les bureaucrates qui décident de leur sort, non au nom MASS-MÉDIA ET MONDE MODERNE 141 de l\u2019humain ou de la formation de leur personnalité, mais selon une raison d\u2019État qui s\u2019appelle la préparation à la vie et le rendement maximum selon les finances gouvernementales.L\u2019univers concentrationnaire (selon les professeurs de plusieurs polyvalentes) qui transforme les étudiants en objets et en numéros, est dû aux fonctionnaires du ministère de l\u2019Éducation qui demeurent, malgré tous les avis et tous les chaos administrativement minables et humainement abominables.Les mass-média finiront bien par comprendre les protestations, incertaines encore dans leurs buts et leurs objets, des étudiants.Pour l\u2019instant, les mass-média sont entrés à l\u2019école.Ils y fomentent une formidable rencontre entre les tenants de l\u2019industrialisation de l\u2019enseignement et les tenants de l\u2019école coopérative.Cette dernière propose les méthodes actives signifiant par là qu\u2019il appartient à l\u2019élève d\u2019être son propre maître et « d\u2019apprendre en agissant » (Dewey et Binet).Ferrière la définit comme « l\u2019école où l\u2019activité spontanée de l\u2019enfant est à la base de tout travail et où sont satisfaits l\u2019appétit de savoir et le besoin d\u2019agir et de créer qui se manifestent chez tout enfant sain ».Mais l\u2019État se trouve ainsi devant la loi des grands nombres : celui des jeunes à enseigner et celui des maîtres.Il est dominé par l\u2019idée de comprimer les dépenses encourues par le seul ministère de l\u2019Éducation afin de mieux répartir l\u2019argent ainsi épargné vers des fins élec-toralement plus rentables.D\u2019où l\u2019attention extrême apportée par les planificateurs de l\u2019avenir à l\u2019industrialisation de l\u2019enseignement Des équipes de maîtres, professionnellement impeccables, préparent des séries de classes suivant un programme minutieusement élaboré.Ces classes-modèles sont ensuite diffusées par les appareils de télévision stratégiquement disposés dans les écoles ou qui, plus tard, par le moyen des câbles sélecteurs, pourraient se retrouver dans chaque village ou chaque maison.Ce serait l'instruction en cannette.Immense amélioration dans la présentation.Le niveau des cours pourrait 142 ACTION NATIONALE être sérieusement contrôlé.Les maîtres médiocres seraient évincés.L\u2019idée de la polyvalente atteindrait son ultime expression : le professionnel comme l\u2019académique seraient transmissibles à toute la jeunesse d\u2019un pays, aux mêmes heures, pour les examens d un même niveau d\u2019enseignement.Mais on reviendrait à l\u2019époque d\u2019une ingurgitation du savoir plutôt qu\u2019à la créativité de l\u2019enfant.Comment l\u2019avenir conciliera-t-il ces tendances actuelles ?70% des connaissances viendraient déjà aux jeunes (celles qui sont mesurables) par les mass-média.Devant ces faits et l\u2019industrialisation progressive des transmissions du savoir, l'école a-t-elle encore un avenir assuré ?Plus profondément les mass-média introduisent dans l\u2019éducation de véritables failles que nous pourrions énumérer comme suit : le discontinu, la solution à court terme, l\u2019insuffisance dans la transmission des valeurs abstraites.Les mass-média pour garder l\u2019attention doivent varier leurs programmes.Il en résulte une discontinuité des sujets où la psychologie trouve son dû mais pas toujours la logique.On y sautille d un objet à I autre.On peut y chercher ce qui est intéressant plutôt que la conquête d\u2019une méthode de travail, plutôt que la recherche de la vérité elle-même dans sa réalité objective.Si les mass-média poussent à la recherche personnelle, à des efforts pour la saisie intellectuelle des problèmes de fond, alors ils seraient merveilleux.Mais plus souvent ils invitent à la passivité, au moindre effort et surtout à la dispersion de l\u2019attention.On y effleurerait les disciplines académiques plutôt qu\u2019on apprendrait à les creuser.Les mass-média répandraient une certaine suffisance due à l\u2019impression de comprendre et de dominer le sujet proposé mais en fait, la connaissance insuffisamment questionnée resterait superficielle.On affirme donc que l\u2019industrialisation de l\u2019enseignement ne permet pas, selon les vues actuelles, de se passer de professeurs capables par leur présence de poser les questions semblables à MASS-MÉDIA ET MONDE MODERNE 143 des défis aux intelligences paresseuses ou insuffisamment déliées des jeunes.La présence du maître semble nécessaire pour compenser le discontinu et le superficiel des transmissions visuelles ou auditives d\u2019un enseignement.Elle est encore bien plus nécessaire pour élever l\u2019esprit des jeunes vers les connaissances abstraites, ces lois qui régissent la nature et l'agir de l\u2019homme.Comme élément compensateur aux déficiences que tous les penseurs voient dans ces merveilleux instruments des techniques modernes que deviennent de plus en plus les mass-média, on ne voit qu\u2019un enseignement de la philosophie doublé d\u2019une histoire de la philosophie.Cela devient une exigence de notre temps : apprendre à réfléchir, remonter aux grands problèmes qui forment le fonds éternel de la condition humaine et donner les éléments qui équipent les esprits pour la recherche.Un peuple comme le nôtre ne peut se passer de l\u2019enseignement valable de la philosophie.Tout ce que notre ministère de l\u2019Éducation a reçu de sérieux dans ce domaine qui touche les données profondes de notre civilisation, c\u2019est le Rapport Roquet.Le moins que l\u2019on puisse dire, c\u2019est que l\u2019on reste étonné d\u2019une telle médiocrité intellectuelle.Loin de voir dans renseignement de la philosophie un problème fondamental de notre culture nord-américaine, on a dégradé le sujet au point de le réduire à un problème d\u2019insertion dans un programme d\u2019école polyvalente.Soulever des haltères devient aussi important que de raisonner sur le bien et la liberté.Mais cette médiocrité n\u2019est pas imputable aux mass-média.(La suite dans le numéro de novembre) 144 ACTION NATIONALE LA PETITE HISTOIRE DU QUÉBEC Un dénommé Léandre Bergeron a cru drôle d'écrire la petite histoire du Québec à la manière marxiste.Nous avons là un bon devoir d\u2019écolier.Car évidemment il s'agit d'un pastiche.Nous y voyons par un exemple pro domo comment le marxisme fait l\u2019histoire, projeite ses catégories et abuse systématiquement de l\u2019anachronisme.A ce point de vue le livre, par son cynisme, réussit à faire rire par l'appel à l\u2019absurde.La déformation de l'histoire par les marxistes est un exemple tragique des abus que des personnes d\u2019âge mûr peuvent commettre contre la liberté de parole et la liberté des recherches scientifiques.Le marxiste effraie par ce mépris de la liberté et de la personne au profit de ses interprétations tendancieuses.M.Bergeron nous a donné un bon exemple.Avec lui tout devient comique.Il se pourrait cependant que d\u2019autres veuillent l\u2019imiter et, moins habiles, ils nous conduiraient à la malhonnêteté intellectuelle.Supposons qu\u2019un Néandertal vienne visiter la Russie, quel jugement porterait-il sur une société où les gens ne peuvent voyager sans un permis policier, dont les frontières sont cernees de murailles et dont les journaux ne peuvent transmettre que la « vérité officielle >» ?Son genre d\u2019histoire serait assez comique parce qu\u2019ignorant le marxisme, il appliquerait son esprit à expliquer la Russie par ses catégories ouvertes aux grandes libertés de la chasse et de la pêche.M.Léandre Bergeron a préféré jour le rôle d\u2019un Néandertal contemporain cherchant à expliquer le seizième et le dix-septième siècles II n\u2019avait pas besoin d\u2019étudier.Pas plus que les Néander-talais de tous les temps.Il n\u2019avait qu\u2019à projeter des catégories marxistes et à tout envelopper à la sauce rouge.Comme exercice de pastiche, c\u2019est pas mal.Comme comédie, c\u2019est parfois un succès.Mais comme oeuvre qui respire la loyauté intellectuelle et le respect de la vérité historique, c\u2019est dégueulasse. ACTION NATIONALE 145 LES ARABES ET LA SCOLARISATION Il faut souligner l'immense effort de scolarisation entrepris par les quinze nations arabes : en 1960, ces quinze pays n'avaient que $8,600,000 élèves mais ils sont passés en 1970 à 15,000,000.Cependant durant ces dix années, la population a augmenté d'un tiers, ce qui fait que la scolarisation augmente mais le retard reste immense.Seuls la Fédération du Golfe, le Koweit, la Jordanie, le Liban, la Tunisie, la Libye et la Syrie connaissent une scolarisation totale au primaire.La Syrie n\u2019a pourtant que 60% de sa population qui est scolarisée.L\u2019Egypte et l\u2019Irak n'ont que 55% de leur population en état de lire et d\u2019écrire.L\u2019Algérie, 45% mais elle a doublé ses effectifs en ces dix dernières années.Le Yémen, l'Arabie et le Soudan ont à peine 20% de leur population alphabétisée.LES MISSIONS ET LA FAIM Nous tirons cette nouvelle de MISSI (juin-juillet 1971, p.215).Les 360,000 missionnaires, religieuses, laïcs (193,000 en Amérique latine, 110,000 en Asie et 63,000 en Afrique) entrent dans la bataille contre la faim.Ceci n'est pas nouveau.Ce qui est neuf, c\u2019est qu'ils y entrent aux côtés de la F.A.O.(Food and Agricultural Organization), qui est un des principaux services des Nations-Unies.L'AGRIMISSIO est un organisme créé en novembre 1970 par le Saint-Siège pour assurer une liaison permanente entre la F.A.O.et les Supérieurs des instituts missionnaires.Il est financé par la Conférence d'Amérique pour la vie rurale, et 17 congrégations missionnaires.Le directeur des services régionaux de la F.A.O.a déclaré que son action en serait centuplée.Ainsi, en Afrique, 2,500 personnes de dix-sept pays suivent déjà des cours par correspondance offerts par des missionnaires d\u2019Abidjan qui ont vulgarisé vingt-trois brochures de la F.A.O. 146 ACTION NATIONALE LE 10% DES AMÉRICAINS La balance commerciale des Etats-Unis connaîtra un déficit de vingt-six milliards de dollars.Quelle sera la réaction des Etats-Unis ?Mettre une surtaxe de 10% sur tous les produits importés aux Etats-Unis.La réponse est claire, brutale et juste.Elle aura pour conséquence d'arrêter la plus grande partie des exportations du Québec vers les Etats-Unis car, malgré le bas prix de notre main-d\u2019oeuvre, ce 10% majorera tellement le prix de notre produit une fois rendu aux Etats-Unis qu'il pourra difficilement concurrencer un produit américain semblable.Le chômage augmentera donc au Québec et bien des projets, comme dans la construction, devront être retardés.La situation ne sera pas rose durant l\u2019hiver 1971-1972.Après avoir aidé à peu près tous les pays du monde, les Etats-Unis doivent penser à eux-mêmes.Après une phase d'isolationnisme, les voilà qui deviennent protectionnistes.Et cela doit nous rappeler comment la revue TIME se moquait de tous les Anglo-Canadiens qui, à Ottawa, manifestaient quelque tendance vers le nationalisme économique canadien.Cette revue servait d\u2019abord et avant tout les intérêts nationalistes américains mais elle trouvait toujours le moyen de briser les réputations de tous ceux qui entravaient l\u2019essor politique ou économique de l\u2019impérialisme américain.Elle est à la fois indispensable et bigote, remplie d\u2019informations et mesquine.Etroitement nationaliste, pour une fois elle devrait comprendre les difficultés des autres peuples et les forces qui les poussent à servir leur pays d\u2019abord. ACTION NATIONALE 147 UNE ÉCOLE DE DIGNITÉ NATIONALE A l\u2019appel de M.Fernand Alie et de M.Guy Bertrand, un groupe de penseurs canadiens-français vient de lancer l\u2019idée d'un parti politique fédéral entièrement dévoué aux intérêts des Canadiens-Français.Il y a longtemps qu'à l'Action Nationale nous insistons sur l\u2019importance d\u2019un tel groupement.Par exemple l'article d'Edmond Cinq-Mars : La députation fédérale canadienne-française, janvier 1968, p.535.Et plusieurs autres.Depuis plus de cent ans, tous nos députés arrimés aux partis libéral ou conservateur ont lait l\u2019apprentissage de la servilité.Ils ont appris à se soumettre, dans leurs votes et leurs déclarations, aux volontés et aux désirs de la majorité anglo-saxonne.Partis parfois avec de bonnes intentions, ils ont été vite réduits à répéter des programmes et des prises de position établis par les Anglo-Canadiens.Nos députés en étaient réduits à l\u2019insignifiance.Loin d'avoir progressé, la nation canadienne-française a été constamment trahie par le groupe Trudeau-Marchand-Pelletier.Ils ont nié que nous étions une nation.Ils nous ont injuriés.Ils nous ont refusé toute autonomie au point de vue de la télévision, de la transmission par satellite, de notre représentation culturelle à l'étranger.Bref, ils ont veillé à nous enfermer dans un carcan pour ne pas déplaire à la majorité anglo-saxonne.Ils crient contre le séparatisme mais c'est pour mieux nous asservir à leurs maîtres, sans l\u2019argent et la puissance desquels ils ne sont rien.Aussi la fondation d'un parti politique fédéral canadien-françals, tel que décrit dans ce vigoureux éditorial de M.François-Albert Angers (septembre 1971), permet d\u2019espérer qu\u2019être élu député au gouvernement fédéral ne sera plus un signe d\u2019abjection et d'à-plat-ventrisme.Avec un programme clair, nos députés n'auront plus à se soumettre à l'Establishment anglo-saxon.Enfin les députés anglo-saxons des dix autres provinces pourront voir quelques députés canadiens-français qui ont une certaine dignité et qui parlent des leurs avec un autre accent que celui du mépris, de la division et de la réduction à la soumission.Enfin, quelques-uns de nos représentants pourront parler dans la dignité.Ce sera un élément neuf pour les Anglo-Canadiens d\u2019Ottawa. 148 ACTION NATIONALE LE PAVILLON AMÉRICAIN A la Terre des Hommes, on se plaint du petit nombre de Montréalais comme visiteurs.En effet, on y entend peu de français.Les jeunes ont accaparé la Ronde et les touristes américains ont le reste des iles presque à eux seuls.Pourtant la Terre des Hommes offre de beaux spectacles.Le pavillon de la Chine offre quatre fois par jour un spectacle de jongleurs, acrobates et prestidigitateurs qui sont épatants.Le pavillon des Etats-Unis nous réserve l'une des plus agréables surprises.La publicité ne lui avait pas été trop favorable.On se plaignait du prix d\u2019entrée ($1.).On n\u2019y trouvait rien de sensationnel.Bref les journalistes en associant les Etats-Unis au colossal, au grandiose, au burlesque, à Hollywood, ont contribué à nous offrir une vision partiale et menteuse des Etats-Unis.Ce qui rend le pavillon américain attachant cette année c\u2019est justement que leurs organisateurs ont rejeté l\u2019insignifiant (comme l\u2019année d\u2019ouverture de l\u2019Expo) et l'extraordinaire.Ils nous ont délivré aussi de leurs vagabonds paresseux et minables.Ils ne nous offrent pas une collection de chapeaux ou quelque Imbécillité du genre.Ils ont plutôt décidé de nous présenter l\u2019Amérique de tous les jours, celle des petites villes, celle des artisans laborieux, celle de leur folklore immensément riche, celle dont les films en couleur disent la grandeur et la beauté.A montrer cet aspect des Etats-Unis nous nous rendons compte des qualités qui font les peuples solides.Il ne s\u2019agit plus de guerres, de planification familiale et de stupidités par le vandalisme des universités.Il s\u2019agit de nous présenter cette grande majorité silencieuse, celle qui travaille dans l\u2019originalité et qui aime chanter en choeur.Jeunes filles, dames, messieurs offrent le spectacle de leurs concerts, tels qu\u2019on peut les voir dans les petites villes typiques.Les artisans sont bien ceux qu\u2019on rencontre dans la Main Street.Cet aspect populaire échappe souvent au touriste mais là il peut voir ce qui fait vraiment la vigueur, la simplicité, le charme et la grande variété de la vie américaine.Cette présentation est si nouvelle que bien des journalistes et des touristes ont été surpris : elle ne correspondait pas à leur idée du pays.Pourtant, parce qu\u2019elle est vraie, elle est profondément sympathique. Les grands d\u2019hier Le souvenir de Saint-Exupéry par Roger DUHAMEL, de l\u2019Académie canadienne-française.Nous nous reportons au dernier jour de juillet de l\u2019année 1944, sur un aérodrome aux environs de Bastia, où des équipes de mécanos s\u2019affairent autour d\u2019un « Lockheed Lightnings » ou P-38, tout préparé à prendre son vol.C\u2019est au tour du commandant Antoine de Saint-Exupéry de partir en reconnaissance.Quelques heures plus tôt, l\u2019escadrille française de la « North Africa Reconnaissance Wing » a reçu le message suivant : « Mission à accomplir sur le sud-est de la France \u2014 Urgent ».Il s\u2019agit pour l\u2019aviateur de se rendre photographier tous les objectifs ennemis de la Haute-Savoie, notamment ceux près du lac d\u2019Annecy.Au bénéfice de l\u2019âge, Saint-Ex aurait pu aisément céder sa place à un camarade plus jeune, aux réflexes physiques sans doute plus sûrs.C\u2019eût été le mal connaître.Lui qui a tant désiré reprendre le combat interrompu par la défaite, qui s\u2019est tellement désolé dans son pent-house de Central Park à New-York de ne plus courir sus à l\u2019ennemi, il ne se dérobera pas.Une mission dangereuse \u2014 il le sait \u2014 n'est pas pour l\u2019épouvanter ; elle le séduit au contraire, parce qu\u2019il y voit un nouvel accomplissement de ce qu\u2019il place au-dessus de toutes 152 ACTION NATIONALE les valeurs terrestres : la dignité, le courage, le devoir de l\u2019homme.Il est parti.Les heures passent.Sur la carte dressée au poste, on suit minutieusement les péripéties de la randonnée.Il doit être rendu ici, puis là ; si tout va bien, il ne tardera pas.Les minutes, les heures filent, et les figures s\u2019assombrissent.Les postes radiophoniques sont en état d\u2019alerte, et toujours la même réponse laconique, funèbre comme un glas : « Savons rien de Saint-Ex ».Peu à peu, l\u2019espoir meurt, tel un chant très triste.Les unes après les autres, les hypothèses s\u2019effondrent lamentablement.C\u2019en est bien fini : le paladin des airs est parti mourir auprès de ses compagnes très chères, les étoiles.Il y a plus d\u2019un quart de siècle qu\u2019il a quitté notre terre qu\u2019il avait survolée en tous sens, qu\u2019il avait montée comme une cavale rétive, qu\u2019il avait chevauchée dans les nuages.Cet aviateur-poète n\u2019a laissé de lui qu\u2019un message très dense enfermé dans quelques minces volumes.Au seuil de son deuxième livre, Vol de nuit, il apprécie judicieusement la portée de son témoignage en écrivant : En un temps où la notion de l'héroïsme tend à déserter l\u2019armée, puisque les vertus viriles risquent de demeurer sans emploi dans les guerres de demain dont les chimistes nous invitent à pressentir la future horreur, n\u2019est-ce pas dans l\u2019aviation que nous voyons se déployer le plus admirablement et le plus utilement le courage ?* * * Saint-Exupéry a toujours été chiche de renseignements sur sa personne ; une pudeur naturelle l\u2019éloigne de tout le fracas de la publicité.Ce Lyonnais de santé et de bonne humeur, qui n\u2019a pu entrer à l\u2019Ecole navale parce qu\u2019il a raté son examen de composition française, est au fond un timide, si l\u2019on entend par là qu\u2019il fuit d\u2019instinct une lumière trop vive projetée sur lui.Au physique, c\u2019est un grand gaillard aux rares cheveux bruns et à l\u2019oeil perçant.Aucune posture de héros, aucune at- LH SOUVENIR DE SAINT-EXUPÉRY 153 titude d homme de lettres chez lui.Non qu\u2019il attache un mince prix à son métier d\u2019aviateur ni qu\u2019il méprise la chose écrite.Il entretient la conviction que seule la discrétion confère une valeur à un labeur d\u2019homme.Les flons-flons de la gloriole lui apparaissent déplorablement vains.Mieux vaut la gloire conquise de haute lutte, nullement recherchée pour elle-même mais pour les avantages que ne manqueront pas d\u2019en retirer nos frères humains.Comment jamais trop appuyer sur l\u2019aspect fraternel de l\u2019action et de l\u2019oeuvre de Saint-Exupéry ! Il commence sa carrière comme pilote de ligne dans le Sahara, à I époque périlleuse où il s\u2019agit de démontrer la supériorité de l\u2019avion sur les autres modes de transport.Les appareils sont rudimentaires et les risques demeurent quotidiens.Il est chef d'aéroport à un endroit isolé entre tous, Cap Juby, perdu dans les sables au sein de tribus hostiles.Combien de fois \u2014 il le racontera dans Terre des hommes \u2014 doit-il partir à la recherche de compagnons en panne ou prisonniers des Maures ! Plus tard, toujours comme pionnier, il établit, pour le compte de l\u2019Aeroposta Argentina, les routes aériennes de Patagonie.Là, l\u2019ennemi, ce sont les bourrasques et les rafales de vent, le combat incessant contre les nuages déchaînés.Revenu au désert, il pratique le vol de nuit, alors une innovation hasardeuse.Le Prix Fémina, qu\u2019il obtient en 1931, le retranche de la masse anonyme ; il perd bientôt son emploi et le regrette, son métier étant toute sa vie.Qu\u2019à cela ne tienne, il sera Dilote d\u2019essai pour les hydravions de la Société Latécoère.Encore des aventures qui peuvent lu: coûter la vie ; il en réchappe toujours miraculeusement pour recommencer aussitôt de nouvelles prouesses.Sans le dire, il a lui-même expérimenté ce que veut dire « vivre dangereusement ».Capitaine de réserve, il est mobilisé en 1939 et affecté au groupe de Grande Reconnaissance 2/33.On lui offre bien de se consacrer à la propagande française à I étranger, il refuse obstinément.Il entend mettre ses 154 ACTION NATIONALE connaissances exceptionnelles au service de son pays.Au cours d\u2019expéditions redoutables, il survolera l\u2019Allemagne et ensuite la France.Il ne tarde pas à saisir l'inutilité de la guerre inégale.De la carlingue, le « pilote de guerre » regarde au-dessous de lui flamber Arras, et il médite : Défaite.Victoire .Je sais mal me servir de ces formules.Il est des victoires qui exaltent, d'autres qui abâtardissent.Des défaites qui assassinent, d autres qui réveillent.La vie n'est pas énonçable par des états, mais par des démarches.La seule victoire dont je ne puisse douter est celle qui loge dans le pouvoir des graines.Plantée la graine, au large des terres noires, la voilà déjà victorieuse.Mais il faut dérouler le temps pour assister à son triomphe dans le blé .L\u2019armistice le surprend en Tunisie, l\u2019escadrille est décimée, c\u2019est bientôt la démobilisation.Il part pour New-York où il attend de reprendre sa place de combat, sa place d'honneur, Après le débarquement anglo-américain en Afrique du Nord, il se rend à Alger où il doit patienter jusqu\u2019à l\u2019hiver 1943-44 avant de reprendre de l\u2019activité à l\u2019état-major du Groupe de Bombardement français B/26, situé en Sardaigne.Il est heureux, malgré ses 43 ans et des blessures qui ne guériront jamais complètement, de se retrouver au milieu de ses frères d\u2019armes et de partager à nouveau leurs risques quotidiens.Il sert une cause en laquelle il a foi, qui est la cause de la France et aussi la cause de l\u2019homme ; il ne dissociera jamais l\u2019une de l'autre.Et arrive, ce 31 juillet 1944, l\u2019ordre de mission : un as de guerre court à la mort comme à sa destinée prévue, le plus viril des écrivains de sa génération ne reprendra plus la plume.* * * Courrier-Sud est le premier ouvrage de Saint-Exupéry ; c\u2019est, si l\u2019on veut, son seul roman, cela dit pour ceux qui entendent sous ce terme une affabulation traditionnelle et une intrigue amoureuse.Quand il l\u2019écrit, LE SOUVENIR DE SAINT-EXUPÉRY 155 dans le Rio de Oro, l\u2019auteur n\u2019a pas trente ans, et déjà le grand personnage de son récit, c\u2019est l\u2019aviation ou, de façon plus haute, plus juste aussi, c\u2019est le sentiment rigoureux du devoir à accomplir.Jacques Bernis est pilote à l\u2019Aéropostale.De passage à Paris, il retrouve Geneviève Herpin, son amie d\u2019enfance, mal mariée, inconsolable de la mort de son enfant, et qui aime Jacques.Elle est sur le point de céder au mirage, d reefaire sa vie dans la plénitude d\u2019un amour partagé.Bernis éprouve lui aussi un instant de vertige, il sent obscurément qu\u2019il est en train de gâcher l\u2019idéal qu\u2019il porte en lui d\u2019une vie d homme, et il s\u2019éloigne.La capture du bonheur inaccessible par la possession d\u2019un être, il sent bien que ce n\u2019est là qu\u2019un leurre, indigne de leur amour.Il connaîtra un échec aussi cuisant quand, par un soir de lassitude morale, il pénètre dans Notre-Dame et n\u2019y reconnaît pas la source d\u2019eau vive pour apaiser sa soif.Reste le métier, la seule planche de salut qui ne lui échappe pas.Jacques Bernis accepte de transporter le courrier de Dakar au-dessus du désert.Oui, le courrier, symbole de l\u2019exigence impérieuse du devoir, sera sauvé ; le corps de l\u2019aviateur, on le retrouve troué de balles arabes.C\u2019est tout et ce ne serait qu\u2019elliptique et allusif s\u2019il n y avait que cette idylle désolée, cette prison où les emmurés se débattent éperdument, sans espoir.Un soir que Jacques Bernis lève une petite bonne femme de Montmartre, Saint-Exupéry parvient, avec une sobriété admirable, à donner l\u2019impression saisissante du vide atroce de nos pauvres joies : De la main, il touche le flanc de cette femme, là où la chair est sans défense.Femme : la plus nue des chairs vivantes et celle qui luit du plus doux éclat.Il pense à cette vie mystérieuse qui l\u2019anime, qui la réchauffe comme un soleil, comme un climat intérieur.Bernis ne se dit pas qu\u2019elle est tendre ni qu\u2019elle est belle, mais qu\u2019elle est tiède.Tiède comme une bête.Vivante.Et ce coeur toujours qui bat, source différente de la sienne et fermée dans ce corps. 156 ACTION NATIONALE Il songe à cette volupté qui a, en lui, quelques secondes battu des ailes : cet oiseau fou qui bat des ailes et meurt.Et maintenant.Maintenant, dans la fenêtre, tremble le ciel.O femme après l\u2019amour démantelée et découronnée du désir de l\u2019homme.Rejetée parmi les étoiles froides.Les paysages du coeur changent si vite.Traversé le désir, traversée la tendresse, traversé le fleuve de feu.Maintenant, pur, froid, dégagé du corps on est à la proue d\u2019un navire, le cap en mer.Qui aura mieux exprimé la détresse des êtrse à jamais divisés par la barrière du sexe ! C\u2019en est assez pour deviner quel analyste du coeur humain Saint-Exupéry eût pu devenir, si la passion de l\u2019avion ne l\u2019avait entraîné vers d\u2019autres régions.Il n\u2019est nullement exagéré d\u2019affirmer qu\u2019il a conféré une nouvelle dimension, une nouvelle perspective à l\u2019art d\u2019écrire.Le premier, il a vu le monde et l\u2019a décrit du point de vue neuf de l\u2019aviateur.La géographie s\u2019en trouve rajeunie, l\u2019angle s\u2019est déplacé.Quand il écrit Courrier-Sud, Saint-Exupéry ne se doute pas qu\u2019il est promis à la gloire littéraire.Il exprime simplement le trop-plein d\u2019une âme frémissante.Joseph Kessel, le biographe de Mermoz, a raconté les hésitations du jeune écrivain : « Saint-Exupéry, timide, barbu, enveloppé de sa gandourah, s\u2019assied sur le lit de Mermoz.De sa voix sourde, un peu cahotante, mais qui, degré par degré, devient pathétique, incantatoire, il lit son ouvrage de débutant.Mermoz, timide aussi, mais éclatant de beauté avec son visage de bronze sous les cheveux clairs, écoute en contenant sa respiration.Dans la baraque silencieuse, celui qui sera, dans son temps, le plus grand poète de la chose ailée livre son premier message ».Ainsi s\u2019accomplissent les destins de notre temps, aussi purs, aussi grands, que les gestes antiques.* * * Vol de nuit nous transporte en Amérique du Sud, alors que le pilote est chargé d\u2019organiser la ligne aé- LE SOUVENIR DE SAINT-EXUPÉRY 157 Tienne de Comodoro-Rivadavia en Patagonie.Il s\u2019agit de prouver la supériorité du nouveau mode de locomotion, aucune défaillance n\u2019est donc permise.Le pilote, Fabien, se perd dans la tempête ; quand il se sait perdu il ne dispose plus que d\u2019une demi-heure d\u2019essence il pique vers les étoiles où il se hâte au rendez-vous de la mort.Son chef, Rivière, paraît inflexible, voire impitoyable ; au fond, il aime Fabien, mais comment se permettrait-il la moindre velléité de tendresse ?Drame muet, fait de réserves et de silences, qui se joue tragiquement entre le chef, le pilote et la femme de ce dernier.Les lois de l\u2019action sont inexplorables, elles élèvent I homme au-dessus de lui-même, s\u2019il consent à s\u2019y soumettre avec une docilité consciente et librement acceptée.Dans Terre des Hommes, recueil d'essais émouvants par leur accent viril et direct qu\u2019il dédie à son camarade Guillaumet, Saint-Ex réfléchit à la fois sur la beauté de son métier et sur la grandeur naturelle de l\u2019homme.Personne n\u2019ignore les pages d\u2019admiration ardente qu\u2019il a consacrées à Henri Guillaumet, qui trouve lui aussi la mort à la guerre de 1940.Cet aviateur était perdu dans les Andes et il marchait, exténué, enfonçant dans des neiges à perte de vue, poussé du seul désir qu\u2019on découvre au moins son corps, qu\u2019on puisse démontrer sa mort, afin que sa femme touche sa police d\u2019assurance avant l\u2019expiration du délai de sept années prévu par la loi.Toujours l\u2019écrivain d\u2019action retourne à ses préoccupations spirituelles.Il ne se détache pas de l\u2019objet constant de sa méditation : l\u2019homme et les sources profondes de sa noblesse.C\u2019est la qualité humaine des êtres qu il poursuit d\u2019une quête passionnée et souvent douloureuse.À regarder vivre des êtres falots, au hasard d un trajet en chemin de fer, il s\u2019inquiète d\u2019une certaine acceptation passive du sort, d\u2019une lassitude qui est peut-être une lâcheté inavouée, il aperçoit dans chacun de ces hommes Mozart assassiné. 158 ACTION NATIONALE En 1942 paraît à New-York Pilote de guerre qui est, avec le Printemps tragique de René Benjamin, bien que dans une tonalité tout autre, le plus beau récit que le conflit ait inspiré à un écrivain français.L\u2019auteur parle d\u2019expérience, il a effectué des vols de reconnaissance au-dessus de régions rapidement envahies par l\u2019ennemi.Il frôle quotidiennement la mort, et une mort qu il sait inutile, que ses chefs également jugent inutile.Les renseignements qu'il recueille, à quoi serviront-ils puisque déjà le sort en est jeté ?Au delà des pauvres existences humaines de ces aviateurs, il y a l\u2019unité de la France, son prestige millénaire, la discipline de son armée.Ils sont venus à une heure maudite du destin national, il leur appartient de maintenir la tradition, de préparer l\u2019avenir.Car il y a toujours l'avenir.Saint-Exupéry clôt son volume par une ample méditation d\u2019une résonance sans pareille dans les lettres françaises contemporaines.A la lumière des événements qui ont suivi, c\u2019est un testament intellectuel de la plus haute portée.André Maurois n\u2019a pas hésité à classer cet ouvrage auprès de Servitude et grandeur militaires.Aux heures les plus sombres de la guerre, Saint-Exupéry n\u2019a jamais désespéré.Il a refusé obstinément de participer aux querelles des Français dont I agitation fut l\u2019un des plus affligeants spectacles d\u2019une époque détestable.Blessée, sa fierté patriotique se refuse à la bassesse comme au reniement.Saint-Exupéry possède au plus haut point le sens des nécessaires hiérarchies et des obligations de l\u2019homme ; il y a du franciscain chez ce grand affranchi enivré des espaces immenses.Avant tout homme d\u2019action qui fonde dans l\u2019engagement total la noblesse authentique de notre condition, il se soumet délibérément aux lois de l\u2019action, et à la première de toutes, la discipline.Cette discipline imposée à tous et sans laquelle tout n est qu\u2019anarchie et désordre suppose obéissance et respect réciproque du supérieur et de l\u2019inférieur.Elle ne s entend pas sans rigueur. LE SOUVENIR DE SAINT-EXUPÉRY 159 L\u2019action isolée perd de son prix et sa gratuité fausse sa signification.D\u2019où chez Saint-Exupéry le goût du travail d\u2019équipe, l'exaltation de l\u2019amitié entre camarades.Il est étranger à la recherche des biens matériels ou des satisfactions mesquines de l\u2019amour-propre.Nous débouchons au contraire dans un climat d\u2019héroïsme où la virtus romaine, la chevalerie du Moyen Age revivent en plénitude.Il n\u2019est pas un penseur à système.Sa philosophie surgit de son action, elle en est l\u2019épiphanie rayonnante.La vaillance ne se décompose pas en tableaux synoptiques ni ne s\u2019embarrasse de distinctions scolastiques.Elle est avant tout élan, ardeur, générosité, mouvement du coeur, si bien qu\u2019à ces sommets l\u2019intelligence devient une face nouvelle, grave et belle, de l\u2019amour.Comme les chamailles partisanes, les fanatismes de factions rivales paraissent vains à qui a une fois pour toutes dépassé ces petitesses ! Il ne reste plus qu\u2019une présence : l\u2019homme.C'est autour de lui que se centre une nouvelle échelle de valeurs.On en revient toujours à cette même volonté de puissance, qui ne s\u2019apparente en rien au sombre égoïsme nietzschéen ; elle est au contraire une forme supérieure de l\u2019accomplissement personnel dans un souci de fraternité.La lettre à un otage indique le chemin à parcourir : Respect de l\u2019Homme! Respect de l\u2019Homme !.si le respect de l\u2019homme est fondé dans le coeur des hommes, les hommes finiront bien par fonder en retour le système social, politique ou économique qui consacrera ce respect.Une civilisation se fonde d\u2019abord dans la substance.Elle est d\u2019abord, dans l\u2019homme, désir aveugle d\u2019une certaine chaleur.L\u2019homme ensuite, d\u2019erreur en erreur, trouve le chemin qui conduit au feu.Dépassant les notions frelatées de Liberté, Egalité, Fraternité, qui ont trop servi à dissimuler des valeurs de contrebande, Saint-Exupéry honore la charité, sans laquelle rien ne se crée de durable.Est-il accent plus foncièrement chrétien que cette explication, la seule qui rende compte de la réalité, de la communauté humaine ? 160 ACTION NATIONALE Je comprends l\u2019origine du respect des hommes les uns pour les autres.Le savant devait le respect au soutier lui-même, car à travers le soutier il respectait Dieu, dont le soutier était aussi l\u2019Ambassadeur.Quelle que fût la valeur de l\u2019un et la médiocrité de l\u2019autre, aucun homme ne pouvait prétendre en réduire un autre en esclavage.On n\u2019humilie pas un Ambassadeur.Mais ce respect de l'homme n\u2019entraînait pas la prosternation dégradante devant la médiocrité de l'individu, devant la bêtise ou l\u2019ignorance, puisque d\u2019abord était honorée cette qualité d\u2019Ambassadeur de Dieu.Ainsi l\u2019amour de Dieu fondait-il, entre hommes, des relations nobles, les affaires se traitant d\u2019Ambassadeur à Ambassadeur, au-dessus de la qualité des individus.Quand il était las de regarder vivre ses semblables, Saint-Exupéry se réfugiait dans ses rêves.Il y retrouvait le prestigieux habitant solitaire d\u2019un astéroïde, Le petit prince, dont il note les propos d\u2019innocence et de candeur.On doit voir dans ce conte philosophique qui nous rappelle Andersen un nouvel état du mythe immortel de Narcisse.L\u2019homme Saint-Exupéry s\u2019entretenait, comme dans un miroir d\u2019onde limpide, avec l\u2019enfant qu\u2019il n'avait jamais cessé d\u2019être.Il n\u2019est plus.Personne n\u2019organisera de pèlerinage sur sa tombe.Dégagé de la terre, il n\u2019y aura pas trouvé son dernier repos.Comme la flèche, il est parti en plein ciel ; sans doute ignorons-nous toujours son point de chute.Il reste, pour ceux qui l\u2019ont connu et aimé, le souvenir radieux de son passage, son exemple, son enseignement.Péguy à la guerre première, Saint-Exupéry à la guerre seconde, ce sont des témoins qui ne mentent pas et qui signent leurs écrits de leur sang.Ils meurent jeunes, parce qu\u2019ils ont d\u2019avance tout donné.Rien ne saurait ajouter à leur gloire.Ils sont l\u2019honneur de notre civilisation \u2014 et de la France. La salle des rêves de Rina Lasnier (1) par Gustave Lamarche, de l\u2019Académie canadienne-française.Il est toujours bon d\u2019entendre ces chants solitaires qui s\u2019élèvent au-dessus d\u2019un peuple comme un appel à la joie sérieuse et partant à la vie.Le chant de Rina Lasnier est de ceux-là.Le peuple québécois a su l\u2019écouter plus d\u2019une fois avec une attention émerveillée.C\u2019était d\u2019une certaine manière apprendre à déchiffrer son destin ambigu, car si l\u2019homme sage nous aide à nous comprendre, si l\u2019homme savant nous apprend à trouver n;s chemins, l\u2019homme inspiré nous communique cet instinct clairvoyant, cette chaleur d\u2019âme sans quoi nous restons assis aux carrefours.Les politiques et les économistes en ont long à nous dire sur nos grandeurs futures, mais le poète qui, après avoir oeuvré dans le secret, épand ensuite sur la multitude les ondes ardentes de son chant, m\u2019enseigne encore mieux, je pense, puisqu\u2019il me touche le coeur, ce que j\u2019ai à faire pour ne pas rester petit, « colonisé » jusque dans les frontières de mon âme.On accuse le poète de parler dans les nuages tandis que la marche du peuple est sur terre.Il ne faut pas l\u2019accuser, il faut le remercier, attendu que les destins se règlent en haut et que les ailes ont plus d'importance (1) La Salle des Rêves, par Rina Lasnier, Editions HMH, Montréal 162 ACTION NATIONALE que les pieds si tu désires aller d\u2019un mouvement allègre vers un but digne du désir.* * * La note dominante du chant de Rina Lasnier, \u2014 on le sait depuis ses premiers recueils, \u2014 est une certaine sérénité mélancolique.Que vous lisiez les poèmes d\u2019haleine, comme Eve et Psyché (recueil Escales), la Materner (recueil Mémoire sans jours), ou tout le Chant de la Montée ; que vous passiez aux morceaux plus brefs, comme Mort et Cendre, le reflet (recueil Présence de l\u2019Absence) ; que vous alliez à travers les buissons fleuris des Quatrains quotidiens (recueil Les Gisants) ; que vous suiviez le long cheminement de ces proses poétiques déchirantes que sont (dans Miroirs) L\u2019Homme qui pleura sept fois et La Porte, vous avez toujours, au fond, la même tierce mieure, formée de la tonique et du troisième degré diminué, expression conjointe d\u2019un ordre musical stable et pourtant altéré.Certes il y a, à travers cette oeuvre copieuse, des plongées aux tréfonds de l\u2019abîme noir et, à l\u2019autre extrémité, des rires exaltants au-dessus de toute douleur, mais le noir parvient toujours à déboucher sur un ciel riant ou du moins rasséréné, et le rire se noue toujours quelque part à des sonorités plus austères, à un battement calme de la tonique pacifiante.Equilibre de son fondamental, résonance d\u2019éternité, et de la note altérée, résonance de caducité.Equilibre rare en nos temps incertains, et d\u2019autant plus rare qu\u2019il se présente ici dans un ensemble harmonique d\u2019une richesse continue et souvent prodigieuse.* * * La Salle des Rêves n\u2019avait pas du tout besoin d\u2019être un pas en avant dans la pensée et dans la forme.Forme et pensée étaient depuis longtemps une perfection acquise.La qualité du chant n\u2019avait qu\u2019à suivre l\u2019événement, c\u2019est-à-dire la fantaisie des sujets suggérés par l\u2019inspiration, le tout proposé selon ce que le déroulement d\u2019une vie toujours fervente peut apporter de neuf.Le volume comprend soixante-douze poèmes généralement courts, répartis sous quatre titres : La Nuit, LA SALLE DES REVES, DE RINA LASNIER 163 Poèmes divers, Gaspésie et Petite suite esquimaude, Poèmes divers (suite).Ordonnance qui n\u2019en est d'ailleurs une que par exception.L\u2019important est le fil conducteur.A propos de chaque objet proposé au regard, le fond de l\u2019âme se manifestera, dans le demi-jour propre à l\u2019éclairage poétique, selon le tortis que dirige la main.Je devais ici inviter la « nouvelle critique » à s\u2019approcher.Car il y a, sachez-le, une nouvelle critique, comme il y a un « nouveau roman », une nouvelle Ford ou Renault et un nouveau détergent ou dentifrice.J\u2019inviterais cette critique toute fraîche du laboratoire à venir dans la Salle où je suis rêvant, à s\u2019y asseoir, à en considérer les murs, à en sonder de l\u2019oeil les voûtes magiques, à en recevoir par ses nouvelles antennes du nez ou de l\u2019oreille les effluves odorants ou sonores, soit aux heures du jour, soit à celles de la nuit.Est-ce qu elle ne dénombrerait pas subtilement les sonorités diverses de la rime ou de la syllabe intérieure, les allitérations consonantiques ou cocaliques, ou autres manifestations phonétiques du verbe intime, pour déduire de ces calcults les résonances de la psyché du poète ?Mais j\u2019ai peur qu\u2019à aligner des fiches ou des chiffres elle ne perde de vue ce qui dans la poétique échappera toujours à la mathématique.Qu\u2019elle s\u2019aide tout au plus un peu de la mathématique pour confirmer plutôt que pour inventer ce qu\u2019il y a de neuf, d'imprescriptiblement neuf, et que seule l\u2019âme écoutante peut recevoir de l\u2019âme parlante.Je m\u2019en tiens donc pour l\u2019heure aux antiques moyens d\u2019écouter, de deviner et de dire, en présence du mystère de l\u2019oeuvre.Ces moyens reviennent tous au coup d\u2019appréhension ferme, direct et impartial.Et je vois d\u2019abord, dans notre Salle enchantée, selon le titre de la première section, une permanence de la Nuit.Quel poète n\u2019a scruté la nuit, n\u2019a cherché à la définir, n'a tenté d\u2019en parcourir les chemins sombres ou d\u2019en repeindre, à mesure qu\u2019elle décroît, les pâles clartés ?Les uns ont succombé à son mal, \u2014 tel récemment 164 ACTION NATIONALE notre malheureux Claude Gauvreau.D\u2019autres ont vaincu ou presque, à travers de tragiques tressaillements, ce mal sans rémission, \u2014 tel Alain Grandbois.De plus jeunes ont oscillé entre la peur ténébreuse de minuit et l\u2019invitation qu\u2019offre l'aurore (Gaston Miron, Marcel Bélanger .).Ici une main tremblante et sûre conduit l\u2019illumination, à travers le dédale de spectres contradictoires, jusqu\u2019à la victoire assurée du soleil matinal.L\u2019oeil troublé a pu se rendormir sur une vision d\u2019éternité déversant sa paix chaude sur le temps qui coule : Et dans le repli chaud des yeux refermés l\u2019éternel se dissout dans l\u2019intarissable.Autant de variations qu'il faudra ensuite pour exprimer le même inexprimable : Entre le champ clos de ce bleu sans reluis écoute Dieu prendre pour présence l\u2019obscurité respirante.Dans Nuit des apparences, cette sagesse sans prétention se fait d\u2019une netteté pleinement ouverte : .Si ton âme s\u2019obscurcit d\u2019amour anéanti et s'effondre neige noire sur ton ombre, sois exorcisé de l\u2019euphorique nuit des apparences et de l\u2019aveugle turbulence de la fatalité .Le mystère nocturne deviendra plus radical encore transposé aux saints et surtout aux plus saints de tous : la Vierge mère de Dieu et Jésus son fils et propre Fils de l\u2019Eternel (pp.16 et 17).Marie, « arquée dans sa foi nocturne» au pied de la Croix; Jésus, «lumière desséchée sur la squasme des lèvres.» Face à ces personnages, comment pourrait-on prononcer, \u2014 en dehors de la Révélation, \u2014 si la Nuit a gagné ou perdu, tellement impénétrable est demeuré l\u2019arcane ?Des humains sont appelés à comparaître : la petite fille réchappée de la mort (pp.21-22) ; la folle de nuit (p.25).Une étoile se présente pour dire « l\u2019intention de l\u2019oeuvre » (du Dieu créateur), pour exprimer, lumière, son LA SALLE DES REVES, DE RINA LASNIER 165 consentement à l\u2019énigme à cause de la raison plus haute : milieu de moi dont l\u2019obscur est une présence.Ailleurs la Salle s\u2019amplifie des rêves de toute la ville (p.23), et l\u2019on voit dans un coin à l\u2019écart les amants : ils sont invités, dans leur cachette, à la patience ténébreuse, dans l\u2019attente des purifications lumineuses : Amants, endurez ce qu\u2019endure le tissu déchiré de la nuit et sous le fard argenté de vos amours songeuses vos bouches seront les plaies pures des astres.*\t*\t=t= Je n\u2019ai pas nommé tout à l\u2019heure le fil conducteur.On l\u2019aura aperçu depuis le début de l\u2019analyse, et c\u2019est bien l'amour, thème qui sous-tend toute l\u2019oeuvre de Rina Lasnier.Quel amour ?Peut-être l\u2019amour-passion, mais inséré dans la noblesse du coeur.Peut-être l\u2019amour-charité, mais répandu, comme l\u2019Esprit de Feu, l\u2019Esprit créateur, sur tous les êtres de la création, depuis le rien du brin d\u2019herbe jusqu\u2019à l\u2019illimité de la galaxie, et cherchant à s\u2019introduire, par-delà tout droit raisonnable, au coeur même de l\u2019Etre Subsistant ! En somme, l'amour qui dérange le moi abyssal, qui le force, pour ainsi dire, à tout recevoir et à tout donner.On dira : laissez-nous la paix, c\u2019est l\u2019amour extatique, celui qui fait fondre les saints.Le poète peut répondre : pourquoi pas si vous savez la mort et si vous pouvez croire à la récompense de la vie.Il peut répondre encore : Consultez toutes les v/eilles sagesses du monde, aussi bien païennes que chrétiennes, et vous entendrez le même refrain, à savoir que plus on accepte l\u2019« extase » plus on touche la félicité.Il faut toutefois payer le prix de l\u2019amour.En quels termes ce prix est promulgué dans le pré- 166 ACTION NATIONALE sent recueil ! Chantez, par exemple, ces vers si justes, du plus pur mode dorien : Long amour à peine passé au-dessus du regard et lent devenir de l'inachevable tendresse.(p.51) Je porterai l\u2019énigme fauve de ton inépuisable visage jusqu\u2019à cette fidélité à la limite de ma dissolution, (p.53) L\u2019amour en effet, comme tous les astres du ciel, a deux faces, l\u2019une noire et l\u2019autre blanche, l\u2019une que l\u2019oeil peut voir, l\u2019autre qui reste toujours cachée.Si l\u2019on voulait se faire analyste dans le courant, on relèverait sans peine, dans les pages que nous étudions, les textes blancs et les textes noirs, \u2014 la possibilité restant de les marier ensuite, pour la pleine vérité, dans l\u2019astre total d'une essence unique.Que cette peine nous soit épargnée, au bénéfice d\u2019une compréhension synthétique ! * * * Les Poèmes divers des sections II et IV et les odes caractérisées de la section III paraîtront moins graves, moins tendus, moins extrêmes.Il n\u2019en est rien, en dépit des surfaces moindres.Car un éclat de miroir peut renvoyer tout le ciel et une ligne sur une page de Val-de-Brôme teinté peut exprimer tout le dôme de la Nuit.Pesez, par exemple, la douce mélancolie des vents alternés (pp.42-43) : vous aurez de ces larmes que le poète « jette comme un bouquet au ressui du vent » ; vous éprouverez le nostalgique tourment d\u2019un amour endolori, « profond du seul poids de sa course rompue.» Plus loin, Presque rien vous restitue en peu de lignes la dimension de la grande Salle et son aura peuplée de songes, c\u2019est-à-dire cette démesure du rêve terrestre que l\u2019âme parvient pourtant à ceindre de ses bras si elle est assistée : Presque rien, un cri, tête de flèche de la douleur et Dieu te passe la force de te mouvoir dans la mort.(p.47) LA SALLE DES REVES, DE RINA LASNIER 167 En Gaspésie, le visage amoureux est presque entièrement à la fête.On doit se trouver là en compagnie de grands amis ! O pays de choix, d\u2019où les symboles surgiront comme naturellement d\u2019une terre excédante de beauté : (Gaspésie), Quelle joie te bonde jusqu'à la courbature ?Tes eaux saturées sont en toi la sapide émeraude Et tu la préfères à ta face faite de ciel découvert.(p.74) Le manque au bonheur sera à peine traduit par quelques touches mineures ; c\u2019est le ressac, La dernière pensée de l\u2019amour qui redescend .(p.78) On voit donc, encore une fois, s\u2019épouser un texte blanc et un texte noir, comme par une survenance de l\u2019Esprit, afin que soient conjointes la peine et l\u2019allégresse dans un accord de paix.Au Rocher-Percé, p.82, le soleil Tire de la mer l\u2019huile appariante, Le règne conjoint de feu et de l\u2019eau.Il faudrait encore soupeser, dans la section IV, l\u2019incommensurable poids de peine que porte chaque vers de l\u2019Emergente ; le fardeau de joie, au contraire, que soulève « comme un feuillage.nous accordant de près à la chair musicale du fruit » le poème intitulé Harmoniques (p.102); la fusion finale des deux fardeaux, pesanteurs contradictoires de l\u2019amour, fusion exprimée en mots de flamme dans le poème terminal Paix de l\u2019Epouse : Tu es en moi le puits creusé jour à jour, dors, remontée en moi comme les anneaux de l'eau .On a à peine besoin de dire, après la lumière de nos citations, que l\u2019art de Rina Lasnier est avant tout 168 ACTION NATIONALE celui du symbole.Il l\u2019a été une fois pour toutes dès la première floraison de l\u2019oeuvre.Les Images et Proses éclataient déjà en couleurs métaphoriques, à sens superposés.Dans la grande fresque du Chant de la Montée, la symbolique s\u2019étalait large, riche, variée à plaisir de rythme et de son, soutenue théologalement par le sujet biblique.Dans les recueils suivants, la même manière s\u2019est maintenue sur les matières les plus diverses : pensons une fois de plus à l\u2019immortelle transfiguration mystique du mythe païen de Psyché, à la vertigineuse transposition de l'histoire d\u2019Eve sur les douleurs et les méfaits de l\u2019humanité entière : O fumée du mensonge, ô colonne déracinée Portant mon néant à la rencontre des dieux ! Voyez encore dans les Gisants tous ces morts de pierre qui se dressent en une vie éternisée.Symbolisme tantôt de l\u2019ode prise dans son ensemble, tantôt du mot ou du groupe de mots transfigurant un sens banal par l\u2019emploi du langage imagé.Les images sont partout.Elle paraîtront parfois se bousculer comme dans un jeu d\u2019enfants trop libres.Mais le fond intelligible reste si sûr, si logique, que vous retracez toujours, sous la danse tumultueuse des feux, les significations maîtresses.Dans notre Salle des Rêves, cet art agit avec une aisance et une sûreté dignes d\u2019Apollon maître des Muses ; avec aussi une abondance, une luxuriance qui rao-pelle d\u2019emblée les oeuvres de la période mitoyenne de l\u2019artiste.On serait tenté de comparer ce travail créateur à celui du joaillier, tant sont ciselées avec soin les moindres facettes des objets.Ou mieux encore au travail de l\u2019émailleur avec ses « imageries de grand feu » (2), tant (2) Titre d\u2019un article de Rina Lasnier sur l\u2019oeuvre de l\u2019émailleur canadien Marcel Dupond (Carnets Vlatorlens, janvier 1950).La conclusion se lisait comme suit : \"Combien exaltants ces feux de légende reformant en nous une primitice et surnaturelle lumière !\u201d LA SALLE DES REVES, DE RINA LASNIER 169 devient phosphorescente, à tout moment, la lumière polychrome que dégage le poème.Mais puisqu\u2019il s\u2019agit d une salle, je suggérerais plutôt l\u2019analogie avec l\u2019art de l'architecture, celui-ci servi pourtant par le décorateur, lequel serait encroe le maître bâtisseur lui-même ! Cette Salle, oui, est vraiment une architecture.Et pas tellement modeste.Où s\u2019arrête en effet le rêve, quel qu\u2019il soit ?Où se posent ses limites ?C\u2019est son propre de défoncer les voûtes, de s'épanouir toujours au delà des pierres et de lui-même.Et ici les voûtes se présentent semées d\u2019astres, parcourues de milices célestes, habitées des mouvements et commandements du Seigneur même de ces milices .Mais à l\u2019oeuvre monumentale il faut une ordonnance.La trouvons-nous dans notre Salle ?Point d\u2019embarras, et c\u2019est juste l\u2019ordonnance de la chose créée, sous la plupart de ses formes, depuis l\u2019objet le plus matériel jusqu'à l\u2019essence la plus spirituelle.Les monts de Gaspésie sont un domaine altier et vert de cet espace ; l\u2019iglou esquimaude en forme un étage surbaissé sous son toit blanc ; à combien plus forte raison s\u2019y rencontre l\u2019âme omniprésente, allant et venant par les murs et les voûtes, sous son vêtement violet de mélancolie ou doré de joie sereine ; et l\u2019ange battant des ailes par tout le dôme, et le Dieu des dieux régnant au plus haut sous son bleu de majesté ou son rouge d\u2019ardente tendresse.Et chaque chose se retrouvant là à son plan strict, car vous ne voyez nulle part, dans cette enceinte vaste, la matière ou la bête ou sire l\u2019homme se hasarder au-dessus de l'Eternel ! Architecture donc, mais aussi décoration.Décoration splendide, ornementation étroitement fondue à l\u2019oeuvre de bâtisse.Selon quel mode ?C\u2019est le temps d\u2019opter pour l\u2019art de l\u2019imagier de grand feu.Car la rutilance de chaque couleur dépasse ici ce que pourrait donner l\u2019art du peintre.Nos exemples l\u2019ont assez indiqué jusqu\u2019à présent.Ajoutons-y le suivant, où l\u2019irradiation ne peut venir, hors de tout doute, que du moufle ou du chalumeau : 170 ACTION NATIONALE Meule d'or du soleil grugeant le jour et je suis l\u2019esclave attelé à la lumière, ma faim court avec la paille et le vent.Je n\u2019ai pas voulu de la pierre parlante du Sinai ni de la tente majestueuse du Thabor hospitalier et je mouds mon ombre de poussière stérile, (p.67) On voudrait refuser au poète son refus du Thabor et du Sinaï, puisque étant prophète par vocation il a droit à ces montagnes du Témoignage ; on voudrait lui défendre de s\u2019anéantir dans la cendre de son ombre ; mais il faut bien admettre que le flamboiement de cette meule chrysophane, de ce soleil occupé à rnoger sa propre chair de feu, de ces deux montagnes les plus illustres de l\u2019Apparition forme une excuse valable à trop d\u2019humilité, et l\u2019on se tait pour regarder la vision .En outre, dans l\u2019amplitude du temple les couleurs varient autant qu\u2019elles étincellent.Le soussigné a pu lire de Rina Lasnier un poème non publié intitulé Vitrail.Le soleil oriental y projette vers vous, à travers le verre, des ors fous, des verts et des jaunes éblouissants, des pourpres et des rouges brûlant l\u2019oeil, enfin tout un arc-en-ciel de fusées matinales enveloppantes comme l\u2019amour, exaltantes comme l\u2019enthousiasme.Avec plus d\u2019espace, je me ferais fort de relevre, dans nos quatre sections du recueil d\u2019aujourd'hui, comme sur quatre murs de mosaïque transparente, chacune de ces braises torturantes, consumantes, devenant pourtant plaisir infini de l\u2019oeil spirituel, formant réponse à son désir de toute lumière.Plus on tournera les pages du livre, plus on essayera d\u2019en imprégner son tableau personnel du dedans, mieux on goûtera la paix multiple tombée un jour de l\u2019arc des cieux, étalée en couleurs sur le nuage divin après l\u2019effrayante colère du déluge. LA SALLE DES REVES, DE RINA LASNIER 171 Au fait, la Salle des Rêves ne serait-elle pas, pour parler en symboles, une rêveuse maison de campagne, aux abords des monts laurentiens ?Des arbres nombreux et grands dilatent ses murs, soutiennent au-dessus d\u2019elle un haut firmament comme un dôme de féerie.Des muguets de mai, des roses pourpres de juin, des lis jaunes de juillet lui tissent un grand tapis orné sur le vert glauque du gazon étendu.Des oiseaux circulent : humbles moineaux grisâtres que la main peut nourrir, geais bleus, loriots rouges, grives orangées, jaseurs des cèdres en plumes noisette, colibris mordorés, mainates menaçants et rauques, tous venant boire tour à tour à l\u2019urne blanche ; ces vivants ailés sont-ils des anges d\u2019autant d\u2019espèces, avec peut-être de-ci de-là quelques démons fuligineux ?La mélancolie peut passer sous ces coupoles, car aucune saison rieuse n\u2019est permanente.Pourtant la paix y règne le plus souvent, en dépit des bruits civilisés, et le rêve peut délier en tous sens ses ondes sereines, à l\u2019image de ce que sera la haute salle future, où, paraît-il, un vin meilleur que le vin moussera la joie dans l\u2019amour toujours nouveau .Vous étant munis du meilleur de votre âme curieuse, visitez, quelque part au Québec, cette salle de légende, Ce lieu de toutes parts comme les nappes du rayonnement, cette étendue sans engendrement comme la hauteur suspendue .Ame de moi dévêtue des écumes de la turbulence Et des bandelettes de l'inertie par accoutumance.hors du bleu de la cime arrachée aux branches et hors du tissus ligneux à border les morts, (pp.36, 37) 172 ACTION NATIONALE LA SERVILITÉ CONSTANTE DU CONSEIL SUPÉRIEUR DE L\u2019ÉDUCATION Samedi, 26 juin 1971, en page 3 et lundi, 28 juin, en page 4, LE DEVOIR annonçait que le Conseil supérieur de l\u2019éducation appuyait le projet de loi à propos du regroupement scolaire réduisant, par la force, mille commissions scolaires à 146 pour les Canadiens-Français.Son avis est d\u2019une insignifiance désastreuse.Combien de membres du Conseil ont étudié vraiment ce bill 27 ?Combien ont été présents lorsque le président leur demanda de signer un avis qui ne fait que répéter deux avis antérieurs ?Quels sont les noms de ces membres dont la force vient surtout du huis clos des séances du Conseil et de l\u2019anonymat de ses décisions ?Il y a quelque chose de scandaleux dans la conduite de ce corps inefficace, incolore, inodore et sans saveur.Le public a mieux étudié ce projet que les membres du Conseil.Il a donné des mémoires sérieux.En particulier nous rappelons ce fameux article de Madame Paul Normand : Les parents tendent la main au Conseil supérieur de l\u2019éducation (L\u2019ACTION NATIONALE, juin 1971, pages 795-806).Cet article a été qualifié de magistral par un penseur et un universitaire du Québec.Il ajoutait : \u201cToute personne qui ne s\u2019y rend pas, ne peut plus prétendre .qu'à une justification de mauvaise foi tellement votre exposé est probant.\u201d Le Conseil supérieur de l\u2019éducation est bien au-dessus des arguments et des objections.Il n\u2019a pas à étudier le pour et le contre, il n\u2019a pas à réfléchir, il n'a qu\u2019à se conformer.Valet des politiques du ministère de l\u2019Éducation, sa servilité est exemplaire.Les dissidents sauvent quelque chose de l'honneur que ce corps public est à perdre irrémédiablement.Il n\u2019est ni chrétien, ni représentant du peuple mais fidèle chien-chien des fonctionnaires du ministère.Unifions donc les commissions scolaires, multiplions les bureaucrates et tuons les dernières libertés des parents ! Edmond Cinq-Mars. 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