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Titre :
L'action nationale
Éditeur :
  • Montréal :Ligue d'action nationale,1933-
Contenu spécifique :
Octobre
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Action canadienne-française, ,
  • Tradition et progrès,
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L'action nationale, 1977-10, Collections de BAnQ.

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[" L'ACTION NATIONALE Volume LXVIII, Numéro 2 Octobre 1977\t$1.50 L\u2019AN UN DU QUÉBEC FRANÇAIS par Camille Laurin, ministre UN GRAND MOMENT DE NOTRE HISTOIRE par Fr.-A.Angers, président du MQF.CHARLES MAURRAS ET NOTRE NATIONALISME par Maurice Torrelli RECENSIONS (Frégault-Brunet-Bergoron-Joron) par Pierre Trépanier LES RÉVÉLATIONS DE LA CECO par Richard Arès AU FIL DE L\u2019ACTUALITÉ par Patrick Allen JEUNESSE ET PATRIMOINE par Jean Genest Pour vos achats consultez notre répertoire d'annonceurs classifiés TABLE DES MATIÈRES Pages Camille LAURIN: L\u2019an UN du Québec français .91 Fr.-A.ANGERS: Un grand moment de notre histoire .97 Maurice TORRELLI: Charles Maurras et le nationalisme canadien-français.102 Pierre TRÉPANIER: Ex libris et Trois essais .114 Richard^ARÈS: Les révélations de la CECO.126 Patrick ALLEN: Au fil de l\u2019actualité.146 Jean Genest: Jeunesse et patrimoine .160 SNQ - Saguenay et Lac-St-Jean: Le fleurdelisé.176 ABONNEMENTS Que nos lecteurs regardent sur l\u2019adresse de leur exemplaire, la date d\u2019échéance de leur revue.Qu\u2019ils nous aident en renouvelant eux-mêmes leur abonnement en dirigeant leur chèque à L\u2019ACTION NATIONALE.Y aurait-il lieu d\u2019abonner un ami?* * * Un superbe numéro spécial sur l\u2019Acadie occupera, en 200 pages, notre livraison de novembre-décembre en un seul numéro.Il se vendra $3.l\u2019unité.Retenez des numéros et faites le connaître.Bientôt les Acadiens auront leurs États généraux.La pensée politico-sociale accélère chez eux. L\u2019ACTION NATIONALE Volume LXVIII, Numéro 2 Octobre 1977\t$1.50 ÉDITORIAL \u2014 1 L\u2019AN UN DU QUÉBEC FRANÇAIS Ê par Camille Laurin, ministre du Développement culturel. 92 L'ACTION NATIONALE Du chantier où on travaille d\u2019arrache-pied depuis neuf mois, la Charte de la langue française, ce beau navire tout neuf glissera aujourd\u2019hui même, en ce 101e jour de la présente session de l\u2019Assemblée nationale du Québec, dans le fleuve de l\u2019histoire.La joie intense et profonde que nous ressentons balaie d\u2019un seul coup les fatigues et frustrations accumulées au cours de ce long et âpre combat car le but est maintenant atteint.Répondant à un appel qui monte du fond des siècles et que la conjoncture ne rendait que plus pressant, le gouvernement du 15 novembre a donné au peuple québécois cette charte qu\u2019il attendait depuis longtemps, qui marque et assure son identité, éloigne les dangers qui le menaçaient, lui procure fierté, dignité et bien-être, lui donne un lieu et les outils dont il a besoin pour faire éclater son dynamisme et travailler à son progrès et son épanouissement.Et il le fait en ce beau mois d\u2019août où, il y a déjà plus de quatre siècles, Jacques-Cartier donnait leur nom à notre grand fleuve et à notre cher pays.Ce geste capital, qui renverse le cours de notre histoire des deux derniers siècles, qui oriente dans le sens de la maturité, de la création et de l\u2019ouverture au monde notre existence collective, nous le posons pour les Québécois d\u2019aujourd\u2019hui et les générations de l\u2019avenir.Débarrassé ou presque de ses glaces, le fleuve de notre vie commune coule désormais et à nouveau vers la mer avec ampleur, librement, avec toute sa force.Nos enfants se rappelleront toujours ce moment privilégié, ce moment de mutation et de cristallisation où notre peuple s\u2019est à la fois retrouvé et transformé, où il a pris conscience de sa singularité au moment même où il l\u2019affirmait avec sérénité et assurance, où il a repris possession à la fois de sa langue et de son pays, où il a vibré collectivement à l\u2019évocation d\u2019un passé où il se racine et d'un avenir où il se projette.Cet avenir nous paraît clair.Dans un Québec désormais et pour toujours français, il est logique de prévoir d\u2019autres reprises en main, d\u2019autres appropriations et d\u2019autres bonds en avant: gestion et aménagement du territoire, développement culturel, organisation sociale, stratégies économiques et, enfin, souveraineté politique. LA LOI 101 93 C\u2019est avec tous les Québécois que nous assumerons ce destin et le marquerons de notre génie propre car nous entendons y associer, à travers cet instrument de communication collective et de cohésion sociale que deviendra désormais la langue officielle, tous les groupes ethniques qui nous apportent la richesse et la variété d\u2019apports culturels spécifiques qu\u2019ils devront maintenir et développer.Cela vaut en particulier pour la communauté anglophone du Québec.Comme le disait ce matin le premier ministre, celle-ci conserve tout son réseau d\u2019institutions scolaires, sociales et culturelles.Nous comprenons qu\u2019au cours du débat actuel elle ait voulu défendre ses positions acquises et résister aux changements nécessaires en évoquant des dangers possibles auxquels ses craintes avivées et de solides conditionnements imprimaient un caractère de réalité.Mais c\u2019est la réalité elle-même qui dissipera demain ces craintes hypothétiques et non fondées.Nous respectons et apprécions trop, en effet, la communauté anglophone du Québec pour ne pas faire montre à son égard de la plus grande amitié et ouverture d'esprit possible, et c\u2019est en ce sens que j\u2019accepte la main tendue du député de D'Arcy McGee.Ce qui nous rapproche est infiniment plus important et précieux que ce qui a paru un moment nous séparer.Pour notre part, nous entendons identifier nos aspirations et préoccupations communes, nos problèmes communs, jeter des passerelles et travailler ensemble à l\u2019élaboration de solutions qui assureront notre progrès commun.C\u2019est la même approche que nous entendons utiliser à l\u2019endroit des autochtones du Québec.Dans le préambule, nous leur avons garanti ie respect et le développement de leur langue et culture d\u2019origine.Nous entendons respecter scrupuleusement les engagements de la convention de la baie James et du Nord québécois.Il me fait plaisir de dire ici que les Inuit de Povungnituk, de Saglouc, d\u2019Ivujivik entendent se dissocier des mouvements factieux des derniers jours dans le Nord du Québec.Il me fait plaisir aussi de dire que les Cris de la baie James entendent également se dissocier de ce mouvement 94 L'ACTION NATIONALE de protestation qui a son origine seulement, soit dans une mauvaise information ou une mauvaise interprétation de la loi actuelle.Donc, en ce jour historique où nous allons franchir ensemble une étape cruciale de l\u2019histoire du Québec, permettez-moi d\u2019exprimer à mes collègues ma profonde satisfaction de leur dire jusqu\u2019à quel point je suis fier aujourd\u2019hui d\u2019être membre de l\u2019Assemblée nationale, d\u2019y sentir souffler ce vent de dignité et de fierté, d\u2019y retrouver cette foi en l\u2019avenir de notre peuple et cette détermination à poser enfin ce geste capital qu\u2019il attend de nous.Ce peuple que nous représentons, il a tellement travaillé et peiné sur ce coin de terre qu\u2019il a bien mérité de se sentir enfin pleinement chez lui et d\u2019y vivre comme il l\u2019entend, d\u2019y parler sa langue dans sa vie quotidienne comme dans toutes les manifestations de sa vie collective.Il a acquis le droit de se reconnaître dans le paysage de son pays et d\u2019y imposer calmement le respect de sa langue, aussi bien aux étrangers de passage et aux entreprises étrangères établies chez lui qu\u2019à tous les nouveaux arrivants sur son territoire.La Charte de la langue française n\u2019est rien d'autre que le geste d\u2019un peuple qui est résolu à vivre sa vie.Qu\u2019on ne s\u2019y trom pe pas.Ce n\u2019est pas au nom d\u2019une vénération inconditionnelle pour la langue française prise comme une abstraction que le Québec se donne maintenant cette loi historique.C\u2019est au nom du respect de soi-même.Comme le dit souvent un fougueux syndicaliste de chez nous, ce qui est important, ce n\u2019est pas de sauver la langue française, mais bien de sauver ceux qui la parlent.Mais justement, nous parlons français et il est temps que le fait de parler français ne soit plus chez nous une occasion d\u2019humiliation ou une entrave au progrès social, économique et scientifique.Le geste que nous allons bientôt poser, aura donc une portée beaucoup plus que symbolique.Il débordera le domaine de la culture, du moins pour autant qu\u2019on la définit de façon étroite.Notre geste aura très profondément une portée socio-économique.Ce sera notamment un geste décisif pour la libération et la promotion des travailleurs L\u2019AN UN DU QUÉBEC FRANÇAIS 95 québécois.On me permettra d\u2019irfsister sur cet aspect socioéconomique de la charte, car c\u2019est d\u2019abord et avant tout pour les travailleurs, pour les petits cultivateurs, pour les ménagères, pour les consommateurs, pour les locataires et les petits propriétaires, pour toutes les petites gens de chez nous que nous avons proposé ce texte de loi; pour eux beaucoup plus que pour les patrons et les riches.La langue nationale est une condition de vie.Nous ne pouvons pas, pour la libération et la promotion des travailleurs, nous substituer, certes, aux organisations de lutte qu\u2019ils se sont eux-mêmes données.Mais nous pouvons au moins faire disparaître l\u2019entrave linguistique, les assurer qu\u2019ils peuvent négocier, se défendre et lutter dans leur langue.Nous pouvons au moins les assurer que cet instrument premier de la négociation de leurs conditions de travail que constitue la langue, n'aura pas elle-même besoin d\u2019être négociée.Nous pouvons au moins les assurer qu\u2019il ne sera plus permis ici de se servir de la langue comme d\u2019un moyen de filtrer les promotions au sein des entreprises.Nous ne pouvons pas, pour la libération et la promotion de notre classe agricole, tout faire à la place de ses syndicats professionnels et de son organisation coopérative, mais nous pouvons au moins imposer aux entreprises qui traitent avec eux, comme fournisseurs ou comme acheteurs, de le faire dans la langue du pays.Pour les ménagères et pour tous les consommateurs, nous allons poser le geste de leur donner un minimum de sécurité en imposant aux entreprises de communiquer avec eux dans la langue du peuple québécois.Le peuple ne nous pardonnerait pas de lui assurer sa sécurité en matière de langue que dans la seule mesure où il accepterait de rester confiné à des emplois inférieurs ou à l\u2019usage de techniques artisanales.La langue française en ce pays doit non seulement donner aux travailleurs la possibilité d\u2019être promus à des responsabilités de plus en plus importantes, aux agriculteurs et aux artisans d\u2019avoir accès aux techniques les plus perfectionnées, mais le français doit aussi redevenir chez nous la langue de la science, de la découverte, de l\u2019innovation, de l'invention.La loi ne peut pas 96 L'ACTION NATIONALE tout faire en ce domaine, mais nous aurons au moins, comme législateurs, fait quelque chose pour réduire le fossé artificiel entre les détenteurs patentés du savoir et de la technique, d\u2019une part, et ceux, d\u2019autre part, dont la vie et le travail sont quotidiennement conditionnés par l\u2019évolution de ce savoir et de cette technique.C\u2019est pour cela, notamment, que nous allons imposer aux membres des ordres professionnels d\u2019avoir non seulement une connaissance d\u2019usage du français, qui leur aurait permis de causer de la pluie et du beau temps, mais aussi une connaissance appropriée à l\u2019exercice de leur profession pour que le français prenne toute sa place dans le monde de la science et de la technique, toute la place qu\u2019il mérite et à laquelle il a droit.C'est pour cela aussi que les programmes de francisation verront à généraliser l\u2019utilisation du français dans les documents de travail des entreprises, notamment, dans les manuels et les catalogues.C\u2019est pour cela, enfin, que l\u2019Office de la langue française pourra exiger des institutions d\u2019enseignement supérieur un rapport sur la langue des manuels utilisés.En somme, la Charte de la langue française concerne tous les Québécois sans exception; elle leur propose à tous de participer, en français, à la vie et au progrès d\u2019un peuple qui aspire à réaliser son unité dans la fidélité à sa tradition française et dans le plus grand respect de toutes ses composantes.A ce peuple, qui inaugurera demain une nouvelle ère de son histoire, je dis qu\u2019il a bien mérité de lui-même, qu\u2019il doit maintenant se faire pleinement confiance et qu\u2019il est désormais en mesure de se préparer des lendemains qui chantent. ÉDITORIAL \u2014 Il La loi 101, sur le français, est adoptée Un grand moment de notre histoire par le Mouvement Québec-Français (1) 1.Par la plume et la parole de M.Fr.-A.Angers, le Mouvement Québec-Français émet ce texte de grande classe qui restaure notre dignité après tant d'avanies et de bassesses chez les nôtres, incapables de faire l'unité dans la plus grande victoire de son existence: enfin le Québec est français! L'Action nationale remercie M.Camille Laurin, N.D.L.R. 98 L'ACTION NATIONALE Nous venons de vivre, avec le vote en troisième lecture de la loi 101, Charte de la langue française au Québec, le plus grand moment de notre histoire depuis, pourrait-on dire, la fondation de Québec, en 1608.Après 217 ans d\u2019occupation, d\u2019asservissement et d\u2019infériorisation du fait français québécois, le peuple québécois a réussi à reconquérir le contrôle de son identité culturelle.Les conséquences culturelles de Québec cesse d\u2019être britannique et redevient officiellement la défaite du plein droit, par le jeu démocratique des institutions politiques légitimes, un État français, quoique à souveraineté limitée.C\u2019est là le résultat d\u2019une lutte incessante de plus de deux siècles au cours de laquelle notre peuple, tout petit (60 000 colons au départ) et complètement séparé de sa mère patrie, a eu à affronter des obstacles qui paraissaient insurmontables: défaite militaire aux mains d une des nations les plus puissantes au monde, rébellion écrasée dans le feu, le sang et les terreurs de la potence, domination coloniale et subordination parfois quasi inévitable d\u2019une partie de ce qu\u2019on appelait l\u2019élite aguichée par la tentation du succès personnel à collaborer avec une majorité étrangère dans des institutions d\u2019apparence démocratique, etc., etc.Ce sera la première fois que nous aurons osé nous servir de ces institutions selon notre plein vouloir tellement était et reste encore forte la pression de sujétion qui nous tient dans la crainte d\u2019user de nos libertés.Quel événement, quelle réussite dans l\u2019histoire même du monde, prenons-en conscience! Au bout de tant d\u2019avanies, tant d\u2019humiliations, dont la principale fut d\u2019être relégués, par un pouvoir politique et économique dominateur sous couvert de bienveillance, aux tâches inférieures de l\u2019économie et à l\u2019obligation de travailler dans une langue étrangère, en son propre pays, pour pouvoir participer raisonnablement aux avantages du développement économique.Hommage donc au gouvernement, au parti de gouvernement, à la grande habileté et ténacité du ministre au Développement culturel, Camille Laurin, qui ont rendu l\u2019événement possible! Car la grande tristesse du jour, cest que nous ne pouvons pas rendre hommage à toute notre Assemblée nationale, tellement les partis d\u2019opposition, in- LA LOI 101 99 carnation vivante des grandes misères de domination dont notre peuple a été l\u2019objet, ont mené une lutte invraisemblable pour empêcher le vote de cette loi, pour l\u2019amender à peu près exclusivement en vue de consolider définitivement les effets de la Conquête et laisser au Québec un caractère institutionnellement britannique, anglais.Des partis composés surtout de Québécois francophones se sont donc farouchement refusés à répondre aux droits et aspirations fondamentales du peuple québécois.Ces partis, sensibles aux intérêts électoraux canadiens-anglais, nous ont fait manquer l\u2019occasion majeure, ce qui nous est une humiliation de plus, de témoigner à la face du monde de notre unanimité à vouloir vivre comme peuple libre, maître de son destin, dans sa fidélité à la civilisation française.Le MQF veut profiter tout particulièrement de cette conférence de presse pour corn bler cette carence.L\u2019importance des associations qui le composent, leur caractère représentatif de tous les milieux sociaux de la patrie québécoise, lui confèrent ce droit.La résistance de ces représentants s\u2019explique trop bien, ayant d\u2019ailleurs pour un bon nombre été élus grâce à de forts contingents d\u2019anglophones.Mais elle ne se justifie pas.Car tout ce qu\u2019il y a de révolutionnaire dans le vote de la loi 101 n\u2019est à proprement parler que la victoire des francophones sur eux-mêmes: avoir l\u2019audace d\u2019utiliser à plein les libertés qui leur ont été reconnues, de triompher de leurs propres peurs, bien sûr pas toujours irréelles vu les menaces dont nous sommes encore constamment l\u2019objet si nous nous affirmons même seulement comme nous y avons droit.Nous l\u2019avons dit souvent tout au cours de cette lutte: l\u2019Assemblée nationale n\u2019innove pas vraiment en proclamant le français seule langue officielle au Québec, elle ne fait qu\u2019écrire en clair dans une loi votée, ce qui est constitutionnellement de droit commun depuis l\u2019Acte de Québec de 1774.L\u2019attitude des représentants de la minorité anglaise face à la décision de la majorité française de rentrer dans ses droits est proprement outrageante.Il faut le souligner parce qu\u2019il n\u2019est pas acceptable de laisser croire à la face du monde que nous sommes en train de persécuter une minorité que nous dépouillerions de ses droits.Alors que 100 L'ACTION NATIONALE bien au contraire par la loi 101, le peuple du Québec se trouve à avaliser des privilèges que la minorité s\u2019est accordés dans l\u2019exercice de son pouvoir dominateur sans que jamais ils eussent été reconnus dans les constitutions données au Canada par l\u2019Angleterre même.Les anglophones au Québec auront un droit légal statutaire à un régime scolaire complet depuis la maternelle jusqu\u2019à l\u2019université; alors que l\u2019AANB n\u2019accorde aucun droit constitutionnel du genre à la minorité anglaise du Québec; et que les lois du Québec n\u2019avaient jamais conféré des droits à une telle situation qui n\u2019était officiellement que le résultat d\u2019une tolérance administrative.Nous sommes en droit de nous sentir profondément blessés de ce que la minorité anglaise crie à la persécution face à l\u2019hommage que le législateur québécois rend à l'importance de la culture anglaise au Québec en consolidant légalement une telle situation.La tendance à invoquer les 200 ans d\u2019occupation pour en faire un droit acquis ne tient ni en conscience ni aux yeux du droit international.La minorité anglaise ferait mieux de rendre hommage à notre générosité plutôt que de créer l\u2019impression que nous n\u2019avons agi que par peur de représailles si nous prenions toutes nos libertés légitimes.Or loin de là, la loi 101 appelle toujours nos réserves parce que ses critères de sélection laissent la porte de l\u2019école anglaise ouverte à beaucoup plus que les seuls véritables anglophones.Les événements que nous venons d\u2019évoquer \u2014 mobilisation d\u2019une minorité particulière de francophones contre l\u2019avènement d\u2019un vrai Québec français, agressivité persistante de la minorité anglophone \u2014 indiquent que la loi 101 ne sera que le point qui était indispensable pour que le levier proprement populaire rende réel dans les faits ce qui est clairement défini dans la loi.Le centre de cette action \u2014 vigilance ou lutte si nécessaire \u2014 se situe maintenant dans le monde du travail d'abord et de l'économie en général.Là réside la grande cause de désaffection des immigrants envers la communauté française du Québec et leur choix de s\u2019intégrer par l\u2019école à la minorité anglaise.Le fait de la nécessité de l\u2019anglais pour obtenir les meilleurs emplois et de l\u2019accession la plus sûre au succès quand on est, au Québec, unilingue anglais plutôt même que bilingue, doit être complètement renversé, et le plus vite possible, en faveur du français. LA LOI 101 101 Or c\u2019est là le domaine le plus difficile à manipuler et à contrôler.Des dispositions légales précises sont faciles à établir et relativement faciles à appliquer dans le domaine des administrations civiles et scolaires.Dans le monde du travail et de l\u2019économie, les dispositions légales sont forcément plus subtiles et leur application beaucoup plus difficile à surveiller.Trop de souplesse peut en définitive permettre la continuation de l\u2019écart qui s\u2019était établi au cours de l\u2019histoire entre situation générale de droit et situation de fait.Il faut vraiment qu\u2019on en vienne rapidement à ce que la vie économique ne se déroule en général qu\u2019en français -avec toutes les connaissances multilingues qu\u2019on voudra pour l\u2019excédent \u2014 et que soit fini l\u2019état de choses invraisemblable où le travailleur québécois doit connaître absolument l\u2019anglais pour avoir du travail ou des promotions au travail dans son propre pays français du Québec.Le MQF peut dire qu\u2019il a aujourd\u2019hui mené à bonne fin son premier objectif d'obtenir la proclamation d'un Québec où la seule langue officielle et générale de travail est le français; et où l\u2019enseignement en anglais n'existera que pour les véritables anglophones.Le MQF se réunira prochainement pour définir les nouvelles tâches à assumer, s\u2019il y a lieu, dans la situation créée par le vote d\u2019une loi qui consacre l\u2019essentiel de nos aspirations, clairement celles du peuple québécois. Charles Maurras ET LE NATIONALISME CANADIEN FRANÇAIS # par Maurice Torrelli LE NATIONALISME CANADIEN FRANÇAIS 103 D'emblée, le drapeau fleurdelysé du Québec n\u2019évoque-t-il pas irrésistiblement dans la pensée de tout Français un rapprochement avec le royalisme et Charles MAURRAS?De même en est-il lorsque l\u2019on découvre dans les bibliothèques \u201cL\u2019Action française\u201d fondée en 1917 par l\u2019abbé Lionel GROULX, un des pères du nationalisme canadien français.Pourquoi ce titre?Est-ce la conséquence d\u2019une influence directe de MAURRAS sur le nationalisme canadien français?Pourtant, si le journal de MAURRAS était lu au Québec comme ailleurs, si l\u2019abbé GROULX, comme tous les intellectuels de cette époque, n'a pas ignoré les livres de Maurras, ceux qui l\u2019ont bien connu réfutent toute filiation directe.Il faut d\u2019ailleurs noter que si MAURRAS, s\u2019intéressant naturellement au fait français dans le monde, a rendu hommage au Canada français, il semble avoir peu connu les chefs de file du nationalisme canadien français.Ainsi, MAURRAS écrivait: \u201cNoyés et perdus, croirait-on, dans une masse de cent trente millions \u201cd\u2019hommes parlant anglais\u201d, ceux dont le français est la langue originelle n\u2019en forment pas moins une population de cinq millions d\u2019hommes: les uns rassemblés, les autres épars ou distribués en îlots parfaitement définis et conscients, animés d\u2019une volonté de vivre certaine! \u201cIl serait presque oiseux d\u2019insister sur le cas privilégié et magnifique de la durée et de l\u2019expansion du français au Canada.Il arrive aux Canadiens français de se juger avec sévérité et d\u2019adresser à leurs organisations intérieures ces nobles reproches qui reviennent à dire que, si la défense ou la propagande nécessaires ont été faites, elles auraient pu être poussées plus loin ou conduites avec plus d\u2019énergie.Reproches de lutteurs! Scrupules de héros! Nous n\u2019avons pas à les connaître ici.Un seul sentiment est possible: l\u2019admiration, celle qui est due à près de deux siècles d'une fière et féconde fidélité\u201d.(1) MAURRAS cependant méconnaissait la menace d\u2019absorption que fait peser la fédération sur les Canadiens français en croyant que \u201cles rapports légaux et constitutionnels des deux Canadas, le français et l\u2019anglais, sont excellemment définis\u201d.(2). 104 L'ACTION NATIONALE Sans pouvoir parler de filiation entre les deux pensées nationalistes, il ne s\u2019agirait donc que d\u2019une coïncidence, d'un lien très indirect si l\u2019on relève que \u201cL\u2019Action française\u201d de l\u2019abbé GROULX devient en 1928 \u201cL\u2019Action canadienne française\u201d après que le journal de MAURRAS eut été mis à l\u2019index.Pourtant les similitudes sont réelles.Tout comme l\u2019Action française de MAURRAS, celle de l\u2019abbé GROULX ne se présentait pas seulement comme une école de patriotisme et de nationalisme, elle fut aussi \u201cun centre de recherches, un lieu de rencontres, un foyer intellectuel.La revue était largement ouverte aux poètes, aux critiques, aux sociologues autant qu\u2019aux historiens et aux hommes d\u2019action\u201d (3).Tout comme MAURRAS, l\u2019abbé GROULX dirigera des enquêtes, dont la plus célèbre \u201cNotre avenir politique\u201d en 1923; historien, il fait de l\u2019histoire pour comprendre et transformer, pour retrouver une permanence: \u201cL\u2019Histoire, écrit-il, c\u2019est ce qu\u2019il y a de plus vivant; le passé, c\u2019est ce qu\u2019il y a de plus présent\u201d.Comme l\u2019écrit M.François-Albert ANGERS, président de la Ligue d'Action nationale, \u201ctous ces hommes dont l\u2019abbé GROULX fut le chef, le père Papin ARCHAMBAULT l\u2019inspirateur initial et l\u2019éminence grise, Esdras MINVILLE le plus parfait disciple, étaient loin d\u2019être les rêveurs, les hargneux, les idéologues irréalistes qu\u2019on les accusait d\u2019être.Avant de parler et d\u2019agir, ils étudiaient et ils méditaient.Ils étudiaient non pas à coup d\u2019hypothèses sentimentales ou fantaisistes, mais en interrogeant minutieusement la réalité.Leur domaine n\u2019était pas l\u2019imaginaire, le subjectif, la vaine gloriole personnelle des théories sensationnelles.dussent-elles ne pas résister au temps; mais le réel, l\u2019objectif, l\u2019effort de construction sur les bases solides de l\u2019observation saisie dans la distinction entre l\u2019essentiel et l\u2019accidentel\u201d.(4) Ainsi la méthode de pensée est la même dans les deux écoles nationalistes.Au niveau des thèmes, on retrouve chez les nationalistes canadiens français de cette époque, tout comme chez MAURRAS, la croyance en un ordre naturel impliquant la soumission au réel, celle de la sauvegarde de la nation historique, les critiques de l\u2019individualisme politique et économique et de l\u2019esprit égalitaire.Les solutions institutionnelles sont quelque peu différentes; alors que la nation française a été constituée par LE NATIONALISME CANADIEN FRANÇAIS 105 la monarchie, la nation canadienne française s\u2019est perpétuée sous la direction d\u2019une élite.Les nationalistes canadiens français ont cependant également préconisé une organisation corporative et une hiérarchie sociale accordant un rôle privilégié aux élites.Cette identité des thèmes entre le nationalisme maur-rassien et le nationalisme canadien français, nous la vérifierons autour de deux grandes idées: \u2014\td\u2019une part, la soumission au réel réfute l\u2019individualisme politique; \u2014\td\u2019autre part, la soumission au réel doit assurer la sauvegarde de la nation.LA SOUMISSION AU RÉEL REFUTE L\u2019INDIVIDUALISME POLITIQUE Les deux mouvements de pensée reconnaissent l\u2019existence d\u2019un ordre naturel qui implique une soumission à ses lois.L\u2019Histoire occupe donc une place particulièrement importante puisqu\u2019elle offre un champ d\u2019expériences criti-quespermettantdedécouvriret de vérifier les lois auxquelles la Politique doit se soumettre.Or, cette expérience conduit à une réfutation de l\u2019individualisme politique et économique qui méconnaît les lois naturelles.1.L\u2019Histoire fait de la Politique une science.On sait que l'empirisme organisateur de MAURRAS repose sur l\u2019existence de lois naturelles, la possibilité pour l\u2019homme de les dégager et l\u2019obligation de s\u2019y soumettre; l\u2019empirisme organisateur, c\u2019est \"la mise à profit des bonheurs du passé en vue de l\u2019avenir\u201d (5).Or, ces lois \u201cconsistent en liaisons constantes, et telles que, l\u2019antécédent donné, on peut être sûr de voir apparaître le conséquent.Autant la recherche des lois du devenir des sociétés semble avoir donné jusqu\u2019ici des résultats flottants, chanceux, discutables, stériles, autant la poursuite des constantes régulières et des lois statiques se montre certaine et féconde\u201d (6).Pour découvrir ces lois, on utilisera l\u2019Histoire.Ces lois, en effet, ont eu l\u2019occasion de se manifester dans le passé, il faut donc aller les chercher dans l\u2019expérience politi- 106 L'ACTION NATIONALE que du passé: ainsi \u201cnotre maîtresse en politique, c\u2019est l\u2019expérience\u201d (7).La tradition d\u2019ailleurs peut faciliter la découverte de ces lois car elle est l\u2019expérience inconsciente des siècles qui l\u2019ont dégagée lentement et sûrement.Elle réintroduit la continuité en politique.\u201cCertes, la tradition doit vivre, progresser, s'enrichir, donc changer un peu.Cependant, elle exprime la prédominance croissante des riches trésors du passé.Elle réalise en histoire la grande formule morale d\u2019A.Comte que les vivants sont de plus en plus gouvernés par les morts\u201d (8).Ainsi l\u2019Histoire critique fait de la politique une science.La conception est la même chez l\u2019abbé GROULX: \u201cL\u2019histoire nationale n\u2019est point une matière de caractère spéculatif comme les langues mortes.Elle n\u2019est pas uniquement un moyen ou un élément de culture générale.C'est une science pratique qui prétend à la conduite de la vie.Elle a pour fin d\u2019orienter toute une catégorie d\u2019actes humains, quelques-uns des plus élevés après ceux de la religion;.L\u2019histoire ne conserve point le passé à l\u2019état de matière inerte, stérilisée.Elle conserve et transmet la vie: elle veut être un multiplicateur de forces.Par elle les vertus et les forces des vivants s\u2019augmentent à chaque génération des forces et des vertus des morts.Voici que vient l\u2019histoire, doctrine et maîtresse de vie, passé et tradition recueillis et condensés.Tout le butin glorieux qu\u2019elle a glané le long des routes du passé, elle l\u2019offre à nos intelligences et elle nous fait entrer en possession de notre patrimoine spirituel.A la transmission du sang va s\u2019ajouter la transmission de l\u2019esprit\u201d.(9).GROULX concluait donc que plus on parlera d\u2019accélération de l\u2019histoire, plus les hommes sentiront le besoin de la richesse d\u2019expérience que représente une connaissance authentique du passé.\u201cLe présent est fils du passé.Entre l\u2019un et l\u2019autre il n\u2019y a pas seulement succession dans le temps; il y a continuité, solidarité, filiation.Ignorer le passé, c\u2019est se condamner à ne rien comprendre de son temps, parce que c\u2019est tout ignorer des causes, des antécédents qui n\u2019ont pas fini d\u2019agir et dont la causalité est toujours active, et, bienfaisante ou maléfique, continue à construire ou à détruire la vie d\u2019un peuple.Aujourd\u2019hui est fait pour plus qu\u2019une moitié d\u2019hier\u201d (10). LE NATIONALISME CANADIEN FRANÇAIS 107 Or, le libéralisme, tant politique qu\u2019économique, ne fonde pas la politique sur une connaissance scientifique; il assure au contraire le triomphe de l\u2019intérêt individuel sur l\u2019intérêt général.2.L\u2019individualisme politique méconnaît les lois naturelles.GROULX comme MAURRAS, et pour les mêmes raisons, dénonce l\u2019individualisme politique qui entraîne le règne de l\u2019élection, de l'opinion, des oligarchies financières et favorise l\u2019étatisme.Pour MAURRAS, \u201cle mal, ce n\u2019est pas le fait d\u2019une élection, c\u2019est le système électif étendu à tout\u201d (11).En fait le mal ne vient pas du nombre des votants mais essentiellement de l\u2019objet sur lequel il vote.C\u2019est sur ce qu'il ignore le plus, c'est sur ce qu\u2019il est le plus incapable de diriger, à savoir l\u2019Etat, que son suffrage est consulté et fonctionne le plus activement.Par ailleurs, le régime électif engendre le règne des partis et remplace \u201cl\u2019unité gouvernementale par un système de division et de compétition, de guerre civile légale\u201d (12).Or, qu\u2019est-ce qu\u2019un parti?Une division, un partage.La France est déchirée parce que ceux qui la gouvernent ne sont pas des hommes d\u2019État mais des hommes de partis.\u201cHonnêtes, ils songent seulement au bien d\u2019un parti: malhonnêtes, à remplir leurs poches.Les uns et les autres sont les ennemis de la France.La France n\u2019est pas un parti\u201d.(13).Enfin le pouvoir issu de l\u2019élection est un pouvoir faible parce que sans cesse remis en question: il doit donc centraliser pour exister.\"Pratiquement, étant le seul produit de ces volontés souveraines, ne pouvant tolérer de groupe intermédiaire entre l\u2019individu et lui, cet État tient à sa merci les personnes et les biens.Chacun se trouve seul contre l\u2019État, expression de tous, et toutes les unités peuvent être ainsi broyées tour à tour par la masse unie et cohérente des autres\u201d (14).La critique des nationalistes canadiens français porte également sur les méfaits du suffrage universel qui instaure la loi du nombre et laisse libre cours à l\u2019irrationalisme des masses populaires.Il en résulte bien, comme le souligne M.F.-A.ANGERS, un pouvoir relativement faible parce que soumis aux sautes d\u2019humeur de l\u2019électeur, sautes d\u2019humeur d\u2019ailleurs illogiques comme tout ce qui procède de la psychologie des foules.Le mal, note E.MINVILLE, 108 L'ACTION NATIONALE c\u2019est l\u2019esprit de parti que le suffrage généralisé a répandu jusqu\u2019aux couches inférieures de la société.Pour GROULX, \u201cen soi l\u2019idée de parti est essentiellement une idée de division; non moins essentiellement l\u2019idée nationale est une idée de cohésion\u201d (15).Au Québec, la trahison des politiciens est doublement néfaste car les partis politiques provinciaux sont dominés par les partis politiques fédéraux et les gouvernements du Québec ne font qu\u2019exécuter les directives d\u2019Ottawa.Et GROULX analyse: \u201cConduite si étrange de la part de nos politiciens qu\u2019elle ne s\u2019explique que par un manque déplorable de sens politique et national, et aussi faut-il le dire, un manque non moins attristant de conscience et de caractère.Le parti, l\u2019intérêt personnel, chez nos chefs politiques, se sont substitués depuis trop longtemps à l\u2019intérêt collectif et national.avec des hommes de deuxième ordre, sans grandes vues, plus ou moins prisonniers de la haute finance, notre politique restera une petite politique d\u2019essais, de tâtonnement, politique routinière, politique d\u2019ébauches, mises bout à bout vaille que vaille\u201d (16).Or, ceci est d\u2019autant plus grave que le \u201cle système politique de notre pays tel qu\u2019en voie de s\u2019appliquer, ne conduit pas à l'unité mais à l\u2019uniformité\u201d (17), sous le règne de l\u2019idéologie anglo-canadienne qui, depuis 1760, vise à la suppression de tout particularisme politique, ethnique, social, linguistique et culturel.GROULX, en un certain sens, croit en la démocratie puisque l\u2019homme doué d\u2019une âme, être intelligent et raisonnable, éclairé par la foi et entraîné par sa volonté, peut de grandes choses.Il suffit de le révéler à lui-même, de l\u2019instruire.Encore ne faut-il pas prendre l\u2019homme abstrait qui n\u2019est qu\u2019un mythe, il faut se rappeler que \u201ctout homme appartient naturellement à son pays et à sa culture\u201d (18).\u201cIl faudra nous souvenir que l'alliance de la pensée et de la foi est devenue chez nous un impératif catégorique de la tradition, et qu\u2019on ne saurait faire oeuvre constructive en s\u2019isolant de la pensée des ancêtres.Les peuples commencent de mourir le jour où ils changent leur expression humaine dans l\u2019histoire.Il faudra bien que nous soyons de chez nous et de notre passé, si nous voulons continuer quelque chose\u201d (19).Chez MAURRAS comme chez GROULX, pour faire échec à l\u2019individualisme politique, il faut donc faire coïncider le politique et le national si l\u2019on veut sauver l\u2019héritage. LE NATIONALISME CANADIEN FRANÇAIS 109 LA SAUVEGARDE DE LA NATION PAR L\u2019ORGANISATION DE LA SOCIÉTÉ Si l\u2019homme est un héritier, le nationalisme est avant tout la défense d\u2019un héritage.La conception est la même chez les deux penseurs qui rejettent tout impérialisme et tout totalitarisme de la nation: \u201cNon que le national soit au dessus de tout ni que j\u2019aie dessein de m\u2019y limiter.Le national est suspendu à des réalités plus hautes d\u2019où il emprunte sa règle et sa vie\u201d (20).\u201cNous ne faisons pas de la nation un Dieu, un absolu métaphysique.Nous observons que la nation occupe le sommet de la hiérarchie des idées politiques, de ces fortes réalités, c\u2019est la plus forte, voilà tout\u201d (21).Si la nation n\u2019échappe d\u2019ailleurs pas au relatif, encore est-elle nécessaire car, ainsi que l\u2019écrivait Péguy, tout éternel humain est tenu, est requis de prendre une naissance, une inscription charnelle.Cependant de mauvaises institutions peuvent entraîner la désagrégation de la nation: pour sauver la nation, il faut l\u2019organiser sur la base des lois naturelles.Les deux penseurs sont des institutionalistes.1.La nation est un héritage.Les nationalistes ne sont nationalistes que parce qu\u2019ils reconnaissent le fait de la naissance.L\u2019homme est un héritier: qu\u2019il le veuille ou non, Il appartient à une famille, à une patrie.Pour MAURRAS, \u201cLa patrie est une société naturelle, ou ce qui revient au même, historique.Son caractère décisif est la naissance.On ne choisit pas plus sa patrie \u2014 la terre de ses pères \u2014 que l\u2019on ne choisit son père et sa mère.On naît Français par le hasard de la naissance, comme on peut naître Montmorency ou Bourbon.C\u2019est avant tout un phénomène d\u2019hérédité\u201d.(22) \u201cUne patrie est un syndicat de familles, composé par l\u2019histoire et la géographie; son organisation exclut le principe de la liberté des individus, de leur égalité, mais elle implique en revanche une fraternité réelle, profonde, organique, reconnue par les lois, vérifiée par les moeurs et dont la circonscription des frontières n'est rien que le signe naturel\u201d.(23) 110 L'ACTION NATIONALE L\u2019homme est façonné par le paysage sur lequel s\u2019ouvrent ses yeux d\u2019enfant.Il baigne dans un milieu dont il reçoit les tares et les qualités.Si un nouveau-né, selon Le PLAY, est un petit barbare, naître français, cela signifie être le dépositaire d\u2019une tradition millénaire que l\u2019on reçoit en usufruit et que l\u2019on a le devoir de continuer.On hérite avant de le transmettre à son tour, de tout le poids d\u2019une hérédité qui est le produit de l\u2019histoire c\u2019est-à-dire de l\u2019action des ancêtres qui, dans les siècles passés, ont agi, créé, formé.La nation est ainsi constituée par les morts, les vivants et ceux à naître.Ainsi, le \u201cnationalisme s\u2019applique.plutôt qu\u2019à la Terre des Pères, aux Pères eux-mêmes, à leur sang et à leurs oeuvres, à l\u2019héritage moral et spirituel, plus encore que matériel\u201d (24).Mais cet héritage peut être menacé par autres choses que le poids des armes; dès lors le patriotisme n\u2019a pas son emploi immédiat car \u201cPatriotisme s\u2019est toujours dit de la piété envers le sol national, la terre des ancêtres et, par extension naturelle, le territoire historique d\u2019un peuple: cette vertu s\u2019applique en particulier à la défense du territoire contre l\u2019Etranger.Mais, si nécessaire que soit le patriotisme, loin de rendre inutile l\u2019existence du nationalisme, il la nécessite et la provoque à la vie.Le nationalisme est la sauvegarde due à tous ces trésors qui peuvent être menacés sans qu\u2019une armée étrangère ait passé la frontière, sans que le territoire soit physiquement envahi\u201d (25).Le nationalisme ne veut donc être rien d\u2019autre que l\u2019art de lutter contre la mort de la nation.Pour GROULX, \u201cLe petit peuple de 1760 possédait tous les éléments d'une nationalité: il avait une patrie à lui, il avait l\u2019unité ethnique, l\u2019unité linguistique, il avait une histoire et des traditions, mais surtout il avait l\u2019unité religieuse, l\u2019unité de la vraie foi, et, avec elle, l\u2019équilibre social et la promesse de l\u2019avenir\u201d (26).Le nationalisme de GROULX s\u2019appuie ainsi sur les liens du sang et de l\u2019histoire, sur une civilisation et une foi.Il faut \u201cEtre absolument, opiniâtre nous-mêmes, le type de race créé par l\u2019histoire et voulu par Dieu.Plus que jamais le mot d\u2019ordre doit être: restons nous-mêmes, continuons les attitudes des ancêtres, défendons, dans notre être absolu, notre intégrité catholique et française.Intégrité française, intégrité catholique! C'est bien l'ample formule qui nous LE NATIONALISME CANADIEN FRANÇAIS 111 paraît enfermer l\u2019entière réalité de nos devoirs\u201d (27).La nation repose sur \u201cl\u2019identité de sang\u201d (28), sur des solidarités physiques\u201d (29), sur une histoire commune (\u201cÀ la nation nous avons assigné pour premier élément constitutif, un héritage de souvenirs, de gloire, de tradition, d\u2019aspirations\u201d) (30), sur une \u201centité culturelle\u201d (31).La nation repose aussi sur un territoire, un enracinement dans une terre: c\u2019est un \u201cgroupe humain mais en liaison étroite avec la terre, façonné jusqu\u2019en ses traits physiques et moraux, par cette terre, mais l\u2019ayant à son tour façonnée, modelée un peu comme le sculpteur modèle l\u2019argile qui, entre ses mains, prendra forme humaine\u201d (32): c\u2019est enfin \u201cun vouloir vivre collectif\u201d (33).En un très beau mot de GROULX, la nation c\u2019est \u201cune vocation\u201d (34).Or, pour sauver l\u2019héritage, il faut protéger le sentiment national que certaines \u201cformes de gouvernement.fortifient\u201d alors que \u201cd\u2019autres le relâchent et le dissolvent\u201d (35); il faut assurer l'indépendance de la nation.Notons que GROULX rejette d\u2019ailleurs le principe des nationalités issu de l\u2019idéologie libérale; la nation canadienne française est une nation objective, une nation histoire et non pas une nation contrat: \u201cCette formule de notre avenir politique, on nous fera cette justice de le penser, ne se fonde point sur le principe des nationalités, sur le droit des peuples à disposer d\u2019eux-mêmes.Nous revendiquons seulement le droit élémentaire de ne subir la loi de personne\" (36).\u201cNotre seul destin, légitime et impérieux.ne peut être que celui-ci: constituer en Amérique, dans la plus grande autonomie possible, cette réalité politique et spirituelle.un État catholique et français\u201d (37).2.\u201c L\u2019Etat français\u201d.Les structures politiques préconisées par les deux penseurs présentent évidemment des différences notoires du fait des contextes particuliers dans lesquels l'un et l\u2019autre nationalismes se sont développés; cependant certains principes d\u2019organisation de la société sont les mêmes puisqu\u2019il y a identité des conceptions qui les soustendent.Le rapprochement le plus net se situe au niveau de la décentralisation et de l\u2019organisation corporative.GROULX, en effet, n\u2019a pas précisé les structures politiques et 112 L'ACTION NATIONALE économiques de \u201cl\u2019Etat français\u201d.Il semblait avoir des préférences pour un gouvernement autoritaire sous la direction d\u2019un grand homme éclairé.Mais comme chez MAURRAS, une large part des activités étatiques doivent être dévolues aux corps intermédiaires, aux associations professionnelles, patronales et ouvrières.Ces corps intermédiaires seront chargés de défendre les intérêts de leur groupe en évitant les conflits, et celui de la nation en général.L'Église détient une place importante dans cet État aussi catholique que français, car l\u2019éducation et l'hospitalisation lui reviennent.Il s\u2019agit ainsi, comme l\u2019indique Esdras MINVILLE, de favoriser la multiplication des groupements en vue de réprimer \u201cnos tendances foncières à l\u2019individualisme, en suscitant surtout chez les jeunes générations l\u2019esprit de solidarité, de large collaboration, absolument indispensable à notre relèvement économique\u201d.Par ailleurs, dans un type de société mi-artisanale et mi-agricole organisée en coopératives de production, de consommation et de crédit, GROULX se pose en défenseur obstiné de la famille qui transmet l\u2019héritage, Groulx, comme MAURRAS, croit en l\u2019hérédité, puissance de transmission, qui recueille et accumule les ressemblances, accroît les traits collectifs qui se solidifient en un nouveau type d\u2019humanité.Enfin chez les deux penseurs, le nationalisme se situe dans une hiérarchie des valeurs de civilisation.Au confluent de deux civilisations,GROULX assignait à son État français l\u2019élaboration d\u2019une synthèse nouvelle car \u201cS\u2019il y a un petit coin de terre de l\u2019Amérique du Nord.où un groupe humain ait tenté avec ferveur l\u2019insertion du spirituel dans le terrestre et le temporel, tâche suprême du christianisme en définitive, c\u2019est en Nouvelle-France que le fait s\u2019est produit\u201d (38).On peut conclure de cette étude rapide que l\u2019identité des thèmes développés dans une même période, dans des pays si éloignés et si différents, en l\u2019absence d\u2019une filiation directe, est remarquable.A suivre la méthode et la logique du raisonnement, à lire des pages de GROULX et de MAURRAS, on pourrait les confondre.C\u2019est que le problème est le même partout, pour sauvegarder la nation, il faut restaurer certaines valeurs, faire une politique naturelle et empirique. LE NATIONALISME CANADIEN FRANÇAIS 113 C\u2019est pourquoi MAURRAS écrivait: \u201cPlus que jamais les fils de la louve romaine ont besoin de se serrer les coudes pour défendre l\u2019antique héritage.La barbarie fait cercle autour de la latinité européenne\u201d.\u201cLe principe d\u2019ordre et d\u2019autorité une fois reconnu et salué par des hommes venus de Rio et de Buenos Aires, de Bucarest et de Québec, on se sentirait un peu mieux gardé contre la poussée des barbares\u201d.(39).(1)\tAction française, 29 mars 1937 (2)\tAction française, 30 août 1934 (3)\tBruno LAFLEUR, Introduction à l'Appel de la Race, Fides, 1956, p.92 (4)\t\"Un témoignage\u201d, in \"Lionel GROULX, ptre\u201d, \"L'Action nationale\u201d.N° 10, juin 1968, p.838 (5)\tAction française mensuelle, 1er février 1903.(6)\tC.MAURRAS, \"Mes idées politiques\", Fayard, Paris 1948, p.213.(7)\t\"Mes idées politiques\u201d, cité, p.110.(8)\tAction française mensuelle, 1er mars 1903.(9)\t\u201cNotre histoire\", Action française, août 1918, Montréal, (10)\t\"Expériences d'historien\", p.33; cf.MAURRAS: \"C'est en rétablissant la vérité sur le passé que l\u2019on atteint à un clair jugement du présent et que l'on peut former les inductions raisonnables sur l'avenir\u201d, Action française 10 avril 1916.(11)\tGazette de France, 17 novembre 1902 (12)\tAction française, 30 mai 1914 (13)\t\"Mes idées politiques\" cité, p.189/190.(14)\tAction française, 29 juin 1912 (15)\t\"La bourgeoisie et le national\u201d, in \u201cL\u2019avenir de notre bourgeoisie\".Montréal B.Valiquette, 1939, p.107.(16)\t\"Journal\" de vacances, in \"L\u2019Action nationale\", N° 10, cité p.863/864.(17)\t\"Dix ans d'Action française\", p.124.(18)\t\"Orientations\u201d, Montréal, éd.du Zodiaque, 1935, p.153.(19)\t\u201cDix ans d\u2019Action française\", p.35.(20)\t\"Directives\", Montréal, éd.du Zodiaque, 1937, p.9/10.(21)\tC.MAURRAS, Action française mensuelle, 1901.(22)\tAction française, 9 juillet 1912.(23)\tAction française, 14 avril 1910.(24)\tAction française, 23 avril 1928.(25)\tAction française, 26 août 1932.(26)\t\"La naissance d'une race\", Montréal, L\u2019Action française, 1919, p.293.(27)\t\"Dix ans d\u2019Action française\", pp.131, 81 et 86.(28)\tL.GROULX, \"Dix ans d'Action française, p.258.(29)\tL.GROULX, \"Orientations\".(30)\tL.GROULX, \"Directives\", p.155.(31)\tL.GROULX, \"Histoire du Canada français\", t.Il, p.405.(32)\tL.GROULX, Lettre, dans Laurentie, Montréal, N0*-106, 1959, p.364.(33)\tL.GROULX, \"Orientations\", p.227.(34)\tL.GROULX, \"Notre mission française\", p.6.(35)\tC.MAURRAS, Action française, 26 août 1932.(36)\tL.GROULX \"Dix ans d\u2019Action française, p.160.(37)\tL.GROULX, \"Directives\", p.234.(38)\t\"Histoire du Canada français\", t.I, p.317.(39)\t\u201cSoliloque du prisonnier\", La France latine, Paris, 1953, p.62. EX LIBRIS par Pierre Trépanier EX LIBRIS 115 Les Québécois et l\u2019art du mémorialiste Peu de Québécois cèdent à l\u2019inspiration d\u2019écrire leurs mémoires.C\u2019est autant de perdu pour l\u2019histoire et pour leurs contemporains.Aussi toute oeuvre de ce genre doit être reçue avec gratitude, même si elle n\u2019est pas parfaite.C\u2019est le cas des Souvenirs d\u2019ambassade1 de Jean Bruchési.Le diplomate y narre sa carrière en Espagne, en Afrique du Nord et en Amérique latine, de 1959 à 1967.Le livre tient à la fois du carnet mondain et de l\u2019indicateur des chemins de fer.A part quelques pages intéressantes sur l\u2019Afrique noire ou l\u2019Argentine, ces souvenirs sont généralement plats, ternes, et il faut de la patience ou des loisirs en trop pour les parcourir de la première à la dernière page.L\u2019auteur ne cache pas ses sympathies pour l\u2019Espagne de Franco (p.27-29, 34, 50, 69-70) et sa condescendance pour les jeunes pays d\u2019Afrique noire, qui se sont trop empressés d\u2019assumer les lourdes responsabilités de la souveraineté nationale (p.101).Ce vieil ami du comte de Paris (p.111) croit qu\u2019un certain autoritarisme est salutaire dans bien des pays latino-américains (p.173-175), où les classes populaires trahissent une \u201ctendance à la paresse\u201d (p.168).Il alourdit la conscience pourtant déjà chargée des encyclopédistes: Mais pourquoi ne pas croire que la politique \u2014 dans le sens étroit du mot \u2014 inspirée, aux premiers jours de l\u2019Indépendance, des principes chers aux philosophes et encyclopédistes français du XVIIIe siècle, est d'abord à l'origine des maux dont souffrent la plupart des Républiques dites latines, sinon toutes (p.169)?Il nous apprend qu\u2019on peut être bleu sans être conservateur tout en l\u2019étant, et qu\u2019un poste d\u2019ambassadeur, cela se sollicite (p.11-13).Monsieur Bruchési fait preuve d\u2019une retenue excessive.On ne s\u2019attend pas d\u2019un mémorialiste qu\u2019il soit juste, mais on exige qu\u2019il soit bavard.Trop pondéré, trop discret, l\u2019auteur a raté l'occasion d\u2019écrire un livre passionnant.Celui qu\u2019il nous offre a quand même son utilité.1 Jean Bruchési, Souvenirs d'ambassade, Mémoires 1959-1972, Montréal Fides (1976), 183 p. 116 L'ACTION NATIONALE Beaucoup plus substantielle m\u2019apparaît la Chronique des années perdues2 de Guy Frégault.Dans une belle langue classique, c\u2019est-à-dire forte, élégante et sobre, ce dernier nous livre sa version des années 1961-1966, avec quelques brèves incursions dans les trois ou quatre années qui suivent.Le ministère des Affaires culturelles naît en 1961.\u201cLa fin du printemps de 1966 marque la fin du printemps des Affaires culturelles\u201d (p.246).Pendant cette période, Georges-Emile Lapalme, Pierre Laporte et Guy Frégault, secondés de leur équipe de collaborateurs, multiplient les efforts pour créer et mettre en oeuvre une politique nationale de la culture, par et pour les Québécois, \u2014 le mot de culture étant pris dans le sens plein du terme et non dans l\u2019acception étroite de lettres et beaux-arts.Le combat se solde par une défaite, sur un double front.Sur le front intérieur, on n\u2019a pu faire de la Révolution tranquille (comme on a baptisé ce rattrapage accéléré dans les domaines politique, socio-économique et de l\u2019éducation) une révolution culturelle aussi.Pour illustrer cet échec, un seul exemple: l\u2019équipement en bibliothèques publiques.La politique adoptée en 1963 à cette fin \u201cpermettra au Québec de se situer en 1990 au niveau de la moyenne canadienne de 1973\u201d (p.82).D\u2019ailleurs cette Révolution tranquille, l\u2019auteur la ramène à des proportions modestes.Il s\u2019inquiétait déjà à l\u2019époque de \u201cl\u2019illusion qui poussait trop de gens à penser qu\u2019ils modifiaient les structures alors qu'ils s\u2019employaient tout au plus à les décaper d\u2019une pellicule de traditions\u201d (p.178).Sur le front extérieur, on ne peut même pas exciper de demi-succès: la faillite est trop patente.En 1961, au moment de la création du ministère des Affaires culturelles, on pouvait encore se poser la question: la politique culturelle sera-t-elle pensée et appliquée par Ottawa ou par Québec?\u201cAu bout d\u2019une décennie, le modeste concurrent (fédéral) des années 65 est devenu le maître du terrain\u201d (p.169).Constat net, lucide, implacable.Cette chronique rassemble les souvenirs et les observations d'un haut fonctionnaire éminent et désintéressé, pour qui passe d\u2019abord, comme on aurait dit au Grand Siècle, le service du Roi.L\u2019Éloge que Frégault décerne à ses homologues français, il le mérite lui-même: 2 G.Frégault, Chronique des années perdues, (Montréal), Leméac, (1976), 250. EX LIBRIS 117 Ce qui me frappe, chez ces collègues français, outre une connaissance approfondie de leurs dossiers, outre une liberté de propos tempéré par une discipline acceptée avec dignité, c'est l'ardeur lucide avec laquelle, en toute rigueur professionnelle, ils remplissent leurs tâches complexes et bien définies de serviteurs de l\u2019Etat ((p.105).Mais plus qu\u2019un commis de l\u2019Etat, Frégault m\u2019apparaît comme un humaniste de grande classe, enraciné dans la nation autant qu\u2019ouvert au monde.Le chapitre VII explique la genèse et la portée d\u2019un projet de livre blanc sur la culture (décembre 1964-1965), qui a avorté.Ces pages fournissent de profondes réflexions sur le thème culture et destin national, qui sont à lire, à relire, à méditer.\u201cLa culture nationale est affaire de bien commun.(.) On ne saurait espérer que la défense d\u2019un bien commun puisse se faire uniquement au niveau de l\u2019individu\u201d (p.174).Encore: \u201cC\u2019est essentiellement par la culture qu\u2019une collectivité s\u2019exprime, traduit sa mentalité, en d\u2019autres termes s\u2019identifie à ses propres yeux, se reconnaît, a la fierté de l\u2019être moral qu\u2019elle édifie\u201d (p.165-166).Il y aurait tellement à glaner dans ce livre courageux, pour engager le public à s\u2019en délecter d\u2019abord, à s\u2019en inspirer ensuite, qu\u2019on a peine à surmonter son hésitation.On y trouve des maximes dignes de La Rochefoucauld ou Chamfort: L\u2019ennui, c'est que lorsque l'administration devient une espèce de religion, elle compte naturellement plus de bedeaux que de pontifes, même si les bedeaux aiment bien pontifier, ce qu\u2019ils font, au reste, tort convenablement, en quoi ils ont leur utilité (p.117).Ce livre vit.Les feuillets en sont frémissants de conviction, de passion, de nostalgie pour des années tout de même exaltantes, d\u2019ironie aussi, mais tout cela discipliné, maîtrisé, dominé par une intelligence supérieure, une raison souveraine.Les sarcasmes visent le plus souvent les \u201cnotables de la culture\u201d, dont certains illustraient le conseil provincial des arts, et les journalistes, \"les définisseurs de l\u2019opinion, cette conscience large\u201d (p.139).Le conseil provincial des arts retardait sur les auteurs du livre blanc: Le Conseil provincial des arts était composé de notables.Comme, du reste, la classe politique.Ainsi que tous les groupements de notables, il était, bien qu'éclairé, foncièrement conservateur.Nous al- 118 L'ACTION NATIONALE lions trop loin, à ses yeux, dans l'affirmation du caractère national du Québec: aussi nous rappela-t-il que le Québec n'est qu\u2019une province: trop loin aussi quant à l'importance du rôle que nous voulions voir jouer à l\u2019Etat: aussi, au nom de maximes plus ou moins \"libérales\", raya-t-il des recommandations dont l\u2019effet eût été de renforcer les structures et l'action du ministère des Affaires culturelles (p.190).Autres temps, autres moeurs! En décembre 1975, la revue Liberté publie le \"jugement\" du \"Tribunal\" de la culture.En très bonne place, sur le quatrième plat de la couverture de ce numéro spécial, paraît un placard publicitaire du Conseil des arts du Canada; ah! ces convertis du \"nationalisme\"! ils ne cultivent pas seulement la coquetterie vestimentaire; ils ont leur conception bien personnelle de toutes les élégances (p.242).On le sent, l\u2019auteur se retient souvent sur \u201cla pente de (sa) déception\u201d (p.189).L\u2019amertume n\u2019est pas si loin du découragement.Le temps, \u201con répète qu\u2019il passe vite, mais on agit comme s\u2019il s\u2019arrêtait\u201d (p.217).L\u2019action: \u201cSi diligentes soient-elles, nos mains ne sauraient préparer que des ruines.Il faut pourtant construire\u201d (p.218).Ce lustre, ar-tistement évoqué, \u201cn\u2019est rien, après tout, qu'une misérable poignée d\u2019années\u201d (p.251).\u2014 La Chronique des années perdues a été écrite de novembre 1975 à mai 1976.On peut penser \u2014 serait-ce trop préjuger?\u2014 que le mois d\u2019octobre suivant a récupéré ces années perdues et a ravivé chez l\u2019auteur la claire et joyeuse et vive conscience d\u2019avoir oeuvré dans le sens de l\u2019histoire.\u201cL\u2019histoire n\u2019est pas négociable\u201d (p.170). Trois essais par Pierre T ré panier 120 L'ACTION NATIONALE Monsieur Michel Brunet a rassemblé, dans Notre passé, le présent et nous (Montréal, Fides, /1976/, 278 p.), des articles et des conférences rédigés entre 1968 et 1975, avec quelques inédits.Il s\u2019agit essentiellement, à quelques exceptions près, de réflexions, dans une perspective historique, sur les Québécois de notre temps et les défis qu'ils ont à relever.Il y a donc beaucoup de vulgarisation dans ces pages, parfois d\u2019excellente qualité, parfois un peu trop dogmatique.\u201cSi j\u2019étudie l\u2019histoire, écrit l\u2019auteur, ce n\u2019est pas pour m\u2019ensevelir dans le passé mais pour mieux saisir le présent et m\u2019associer plus étroitement à ceux qui le vivent\u201d (p.13).L\u2019auteur nous avertit que nous allons le retrouver \u201cdans le même état d\u2019esprit qui [I] 'a toujours guidé\u201d (p.13).Comprenons que sa problématique est toujours celle du colonialisme et de la décolonisation, que les relations ethniques sont toujours au coeur de ses préoccupations, le tout pimenté par un engouement inassouvissable pour la polémique.L\u2019auteur aime rompre des lances.Je le soupçonne d\u2019avoir la nostalgie de ses controverses des beaux jours avec Fernand Ouellet.Même état d\u2019esprit: cela ne veut pas dire qu\u2019immuable dans ses certitudes, l\u2019auteur n\u2019a pas évolué, bien qu\u2019il souhaiterait peut-être le laisser croire s\u2019il faut en juger par le ton doctrinaire qu\u2019il affectionne.Dans Canadians et Canadiens (1954), il tranchait sans espoir de retour le débat sur l\u2019indépendance: Il serait plus juste et plus honnête de rappeler aux deux nations qui forment le peuple canadien que l'histoire, la géographie, les nécessités économiques et les liens politiques les ont unies sur un même territoire, à l\u2019intérieur d'un même Etat fédéral.Elles n'ont pas la liberté de se séparer [.] (p.13).Aujourd\u2019hui sa pensée trahit un certain flottement.Cette pensée pourrait se résumer ainsi.La révolution avortée de 1837-1838 s\u2019est brutalement répercutée sur la mentalité des Canadiens, qui se sont mis à se percevoir désormais comme minoritaires.Ces Canadiens-Français se sont complu dans des idéologies de compensation pendant un siècle, au premier rang desquelles on reconnaît l\u2019utopie bouras-siste du bilinguisme et du biculturalisme d\u2019un océan à TROIS ESSAIS 121 l\u2019autre.A partir de 1940-42 (la crise de la conscription constituant un tournant), les Canadiens-Français, sous la direction des Duplessis, Lesage et Johnson, ont \u201cnationalisé\u201d leur gouvernement.Les Canadiens français ont disparu (l\u2019auteur ne se préoccupe guère des minorités); il n\u2019y a plus que des Québécois, qui, maintenant conscients de constituer la majorité au Québec, sont déterminés à \u201cnationaliser\u201d leur territoire.Pendant ce temps, des retardataires, guidés par le premier ministre Trudeau, tentent désespérément de ranimer en le sécularisant le \u201cmessianisme\u201d franco-catholique des nationalistes d\u2019antan.Nationaliser le territoire: qu\u2019est-ce à dire?C\u2019est ici que se perçoit le flottement.En novembre 1969, dans une conférence devant la Fédération des sociétés Saint-Jean-Baptiste, l\u2019auteur déclare sentencieusement: \u201cJusqu\u2019ici, les événements qu\u2019enregistrent l\u2019histoire et l\u2019historien ont démontré que les prises de position adoptées depuis quinze ans s\u2019intégrent dans un mouvement irréversible des Québécois vers l\u2019indépendance\u201d (p.22-23).Au Centre culturel canadien de Paris, le 25 mai 1972, les observations de l\u2019historien rendaient un son bien différent: le groupe indépendantiste \u201claisse croire aux Québécois qu\u2019en se retirant de l\u2019union canadienne leur nouvel Etat aura toutes les ressources humaines et fiscales nécessaires pour résoudre leurs problèmes individuels et collectifs\u201d (p.193).La lucidité n\u2019est pas le bien le mieux partagé du monde: Tous les anti-fédéralistes canadiens [centralisateurs, \u201ccons-titutionalistes\u201d et séparatistes] commettent l'erreur d'ignorer le passé.Si le Canada est un pays difficile à gouverner, ce n\u2019est pas parce qu'il constitue un Etat fédéral; mais il s'est doté d'institutions fédérales parce que difficile à gouverner (p.193).La contradiction n\u2019est peut-être qu\u2019apparente: le mot indépendance alors ne comporterait pas la même signification pour monsieur Brunet et pour la plupart des Québécois.Que propose l\u2019historien?\"Une nouvelle Confédération canadienne composée de cinq Etats régionaux\u201d (p.450), quatre anglophones, un francophone.Les minoritaires franco-canadiens et anglo-québécois qui refuseraient l\u2019assimilation toucheraient des indemnités de déplacement pour leur faciliter l\u2019installation dans leur Etat national (p.51).Telle serait la solution au vrai problème: (.) le défi que doivent relever les Franco-Québécois c'est celui que 122 L'ACTION NATIONALE pose à l'intérieur du Québec la présence d\u2019une collectivité anglophone qui, depuis la Conquête, n'a jamais constitué plus de 30% de la population.Actuellement, elle en forme moins de 24%.Pour corriger cette situation anormale héritée du passé, qui, il faut bien l\u2019admettre, a trop longtemps duré, est-il nécessaire de briser l\u2019union canadienne et de provoquer contre le Québec le reste du pays (p.193)?Mais ce sera une longue marche, qui ne l\u2019effraie pas: \"je demeure optimiste\u201d (p.13).L\u2019auteur a réservé ses diatribes les plus \u201cmusclées\u201d à Pierre-Elliott Trudeau.Le pamphlétaire peut ressentir le besoin de temps à autre d\u2019administrer une volée de bois vert à quelqu\u2019une de ses bêtes noires.Il faut ce qu\u2019il faut.Mais le passage suivant était-il indispensable?Quiconque l\u2019a [Trudeauj observé saluant les troupes lors des funérailles de Pierre Laporte a contemplé un spectacle unique: un homme en pleine jouissance du pouvoir.Ce n'est pas beau, ce genre d\u2019orgasme! Hitler à Nuremberg et Mussolini recevant les hommages des milices fascistes ont laissé à la postérité des scènes identiques (p.238).Je préfère: \u2018Le recours à la loi des mesures de guerre, s\u2019il a trahi la fragilité de son libéralisme, a démontré la profondeur de son pancanadianisme\u201d (p.228).Il me semble qu\u2019on peut légitimement adresser à l\u2019auteur deux reproches.D\u2019abord un dogmatisme trop assuré, qu\u2019autorise peut-être un certain positivisme, mais qu\u2019une appréciation plus modeste de la \u201cscience historique ne justifie guère.Cette attitude lui joue parfois des tours: \u201cLa grande et seule loi qui domine l\u2019histoire est celle du changement\u201d (p.17), affirme l\u2019auteur en 1969, qui se charge, lui-même trois ans plus tard d\u2019opposer un démenti à son assertion: la primauté du matériel sur l\u2019idéologique lui paraît une autre \u201cloi permanente de l\u2019histoire\u201d (p.183).L\u2019autre reproche vise le recueil lui-même, intéressant et utile, j en conviens.Mais de là à racler les fonds de tiroir pour ne rien laisser échapper!.Le résultat est que le rapprochement de textes redondants laisse l\u2019impression que l\u2019auteur est affligé d\u2019un fâcheux psittacisme, ce qui ne rend pas justice aux qualités intellectuelles que tous lui reconnaissent.Bien qu\u2019on y lise des textes faibles, il y en a de très substantiels, tels celui sur le financement de l\u2019enseignement supérieur au TROIS ESSAIS 123 Québec (p.98-115) ou encore l'étude sur l\u2019Eglise catholique bas-canadienne et le partage du pouvoir au lendemain de 1837 (p.77-88).Si ce livre n\u2019est pas une bonne illustration du \u201cprophétisme\" de l\u2019historien, il offre une réflexion valable sur notre aujourd\u2019hui et notre avenir.Tous peuvent s\u2019y rencontrer, d\u2019une manière ou d\u2019une autre.Car \u2014 selon la très belle phrase de monsieur Brunet \u2014 \u201cla première solidarité entre nous c\u2019est celle que notre histoire commune a tissée\u201d (p.13).Nous continuerons à lire monsieur Brunet comme nous l\u2019avons lu jusqu\u2019ici: avec plaisir et profit.* * * Le destin des Québécois est aussi l\u2019objet des méditations politiques de monsieur Gérard Bergeron L\u2019Indépendance: oui, mais., [Montréal], Quinze, [1977], 198 p.).Après avoir admis que l\u2019idéal, en principe, serait l\u2019indépendance pure, l\u2019auteur, inquiet de ce qui est faisable, propose une nouvelle association qu\u2019il appelle Commonwealth canadien.(Je préférerais communauté canadienne).Cette nouvelle structure engloberait deux Etats, l\u2019un fédéral, l\u2019Etat canadien, l\u2019autre unitaire, l\u2019Etat du Québec.Il prévoit des organes centraux communs (conseil directorial et diète communale).C\u2019est une solution de rechange, qui pourra être utile le cas échéant.Elle a l\u2019avantage d\u2019une relative nouveauté alors que le Canada anglais n\u2019est toujours disposé à accepter qu\u2019un réaménagement minimal du statu quo.Une certaine verbosité et une coquetterie certaine, qui s\u2019affichent dans une trop apparente recherche du paradoxe, affaiblissent un peu l\u2019ouvrage, qui reste quand même bon.La première et la deuxième parties de ce recueil d\u2019articles m\u2019ont fait penser à cet apophtegme de Guy Frégault: \u201cLa pensée des hommes d\u2019action l\u2019emporte souvent en force et en efficacité sur l'action des hommes de pensée\u201d (Chronique des années perdues, p.245-46).Un homme d\u2019action qui pense et pense lucidement, tel m\u2019apparaît Guy Joron dans son essai Salaire minimum annuel $1 million! ou la course à la folie, [Montréal], Quinze, [1976], 159 p.).Et ce qu\u2019il pense, il le dit courageusement. 124 L'ACTION NATIONALE L\u2019auteur brosse d\u2019abord un portrait de la civilisation occidentale et des lendemains qui ne chanteront pas qu\u2019elle se prépare.Une foi aveugle au progrès technique et le culte de la croissance effrénée mènent tout droit à la catastrophe planétaire: épuisement des ressources non renouvelables, effondrement de l\u2019économie et de l\u2019homme.Ensuite il consigne sa vision du Québec d'aujourd\u2019hui en lui-même et tel que le fait le contexte qui l\u2019englobe.Il dénonce l\u2019américanisation de la culture québécoise avec des accents qui rappellent ceux de George Grant dans Lament fora nation, The defeat of Canadian nationalism.Il proclame l\u2019urgence de nous créer un modèle culturel et social pour nous épanouir et, peut-être, explorer une voie susceptible de servir la cause de l\u2019homme dans l\u2019univers.L\u2019instrument de cette création lui paraît être l\u2019indépendance.Mais l\u2019indépendance seule ne suffirait pas.L\u2019originalité du livre repose justement sur le fait que son auteur réunit les points de vue propres au moraliste, au financier et à l\u2019homme politique.La synthèse qui en résulte ne manque pas de force.Où trouverons-nous notre salut en tant qu\u2019Occidentaux et en tant que Québécois?Le salut, répond Joron, ne peut venir que de nous-mêmes.Cela implique toutefois une réorientation radicale de nos valeurs.On croyait que l'économie obéissait à ses propres règles et échappait aux idéologies.C\u2019est faux.Derrière les défaillances économiques qui se multiplient, se profilent des défaillances de valeurs, d'idées et de morale (p.50).C\u2019est donc une crise de civilisation, une crise de conscience.Pour surmonter cette crise, pour réformer nos valeurs, nous inventer un modèle culturel à notre image, il faut assurément nous sensibiliser par l\u2019exposé cohérent de notre analyse et de nos convictions.Il faut aussi, simultanément, \u2014 au risque de prêcher dans le désert \u2014 \u201copérer un changement des valeurs\u201d (p.124) par des actions concrètes de la part de l\u2019Etat.Par exemple si l\u2019enregistrement d\u2019une Renault 5 coûtait $20.00 et celui d\u2019une grosse Buick $500.00, cela ne contribuerait-il pas à réformer la mentalité du consommateur (p.111)?Mais multiplier l\u2019intervention de l\u2019Etat, n\u2019est-ce pas engraisser un Léviathan déjà obèse?Non pas, à la condition que l\u2019Etat lui\u2019même se réforme: rationalisation, simplification, décentralisation. TROIS ESSAIS 125 L\u2019auteur attire aussi l\u2019attention sur des évidences que ceux qu\u2019enivre une certaine rhétorique se refusent à admettre.\u201cLes pays industriels socialistes de l'Est sont également engagés dans la course à la croissance et finalement dans la même voie sans issue où le capitalisme a conduit l\u2019Occident\u201d (p.123).\u2014 \u201cPeut-on, s\u2019interroge-t-il, toujours surenchérir sur les bénéfices sociaux qu\u2019offre la droite sans épouser, pour arriver à les financer, les mêmes objectifs de croissance économique sauvage (p.149)?\u201d Ce qui ne veut pas dire que la solution économique se trouve dans la croissance zéro, mais plutôt dans la modération et la révision de nos choix économiques, inspirée par les nouvelles valeurs que nous nous donnerons.Fabriquer moins de voitures ce n'est pas opter pour le chômage.Ce/a s'avérerait exact si la main-d'oeuvre, le capital et les ressources ainsi libérés n'étaient pas employés à d'autres fins.Le noeud du problème est là.Il y a toujours des alternatives.Toute activité économique, dans la mesure où elle accapare des énergies, se fait aux dépens d'une autre.Plus de ceci entraîne moins de cela.Supprimer des activités ou des produits plus ou moins utiles n'abaisserait pas le niveau de vie; cela permettrait d\u2019offrir d\u2019autres biens ou d'autres services.Un tel transfert d'activités pourrait cependant modifier substantiellement la qualité de vie et faire en sorte que le produit national équivaille un peu plus au bonheur national (p.109-110).On trouvera aussi dans ce petit livre une description accessible en même temps que pénétrante, par un financier qui s\u2019y connaît, de l\u2019économie québécoise et du pouvoir économique dans notre société.On pourra même savourer l\u2019humour qui relève maints passages. Les révélations de la CECO par Richard Arès LES RÉVÉLATIONS DE LA CECO 127 1.Présentation par le président Jean-L.Dutil A peine la Commission Cliche avait-elle terminé son Rapport sur la liberté syndicale dans l\u2019industrie de la construction qu\u2019une autre commission d\u2019enquête était en cours: la Commission d\u2019enquête sur le crime organisé, dites familièrement la CECO.Elle se composait de trois juges: le juge Jean Dutil, des Sessions de la Paix, les juges Marc Cordeau et Denys Dionne, de la Cour provinciale.De septembre à décembre 1974, la Commission recevait à huis clos 127 témoignages et, de janvier à mai 1975, trente-deux autres témoignages.Au total, 5787 pages de sténographie versées au dossier.Tout cela avec l\u2019aide de membres de la Gendarmerie royale du Canada, la Sûreté du Québec et des policiers de la Communauté urbaine de Montréal.Les cinq avocats de la Commission travaillaient à temps plein sur divers projets, en particulier sur le projet appelé Projet \"A\u201d, \u201cA\u201d, pour \u201cAlimentation\u201d.Présentant ce projet et expliquant le rôle de la Commission, le président déclarait: \u201cNous avons toujours cru que le public était celui qui payait la note, dans les systèmes ou réseaux de crime organisé et, conformément au mandat qui nous a été confié, nous désirions faire une enquête publique afin de démontrer de quelle façon le consommateur peut être appelé à contribuer involontairement, et bien malgré lui, à enrichir des gens qui échafaudent des systèmes et des réseaux pour frauder.\u201cParlant de crime organisé; on s\u2019indigne facilement lorsque de pauvres gens sont extorqués par des tenants du crime, lorsque la prostitution fleurit, lorsqu'il y a fraude en matière mobilière, mais comment ne pas s\u2019insurger lorsqu'on constate que des gens de toute classe, du plus riche au plus pauvre, sont, ou peuvent être exploités journellement sur des matières aussi vitales que l\u2019alimentation.Nous faisons nôtres les propos d\u2019un journaliste: \u201cLa combine de l\u2019alimentation peut être mille fois plus grave que les hold\u2019up pour lesquels des prévenus écopent quotidiennement de lourdes peines.Et le juge Dutil de continuer: \u201cParce que les Québécois sont directement concernés nous croyons qu\u2019ils ont le droit de savoir, afin qu\u2019ils soient sur leurs gardes, dans le but d\u2019é- 128 L\u2019ACTION NATIONALE viter qu\u2019on abuse d\u2019eux encore dans le futur.Voilà pourquoi nous avons tenu à rendre publiques nos séances par la télévision.Aux Etats-Unis, jamais le crime organisé n\u2019a été autant affecté que lorsque qu\u2019il y a eu diffusion et mise à jour en public des procédés employés\u201d.\u201cVu qu\u2019il s\u2019agit d\u2019une commission d\u2019enquête, dit le juge, il n\u2019y a devant nous aucun accusé, mais uniquement des témoins.Ce ne sont que des témoins qui comparaissent devant nous et leur rôle doit être interprété comme étant celui d\u2019un témoin devant éclairer la Commission\u201d.Voulant protéger la réputation des témoins, sans perdre cependant la direction de l\u2019enquête, elle a établi la pratique suivante: \u201cSi un témoin, qui s\u2019est senti lésé et prétend avoir subi un certain préjudice, désire apporter devant la commission une preuve, ceci peut lui être permis.\u201d Il devra exposer les motifs de sa demande, les noms des témoins qu\u2019il désire produire ainsi que les prétentions des témoins.Dans le but de protéger les réputations et d\u2019éviter les salissages inutiles, les calomnies et les médisances auxquels peuvent prêter certains individus, la Commission a procédé à l\u2019audition à huis clos de tous les témoins.Même, il est arrivé, depuis le 21 mai, que séances radiodiffusées et télévisées soient faites en différé.Encore une fois, une telle mesure a été adoptée dans le but de rendre justice à tous et d\u2019empêcher qu\u2019à la suite de notre commission, on n\u2019ait pas à déplorer que des propos diffamants ont été tenus à l\u2019endroit de victimes innocentes.Voici donc, présentés en quelques phrases, les objectifs, les travaux et les méthodes de la Commission d\u2019enquête sur le crime organisé; et cela par le président même de cette Commission, le juge Jean Dutil.Nous verrons quelle était la situation dans le domaine de l\u2019Alimentation, ou comment à peu près tout le monde mange de la viande avariée.2.Comment vous avez mangé de la charogne Dans son allocution, citée dans le dossier publié par la police, le procureur-chef Réjean Paul a expliqué comment la viande destinée aux animaux et à la fabrication d\u2019engrais, est arrivée jusque dans vos assiettes.Je résume son allocution. LES RÉVÉLATIONS DE LA CECO 129 Un des sujets qui nous avait été assigné comme thème de nos recherches était l\u2019exploitation illégale des consommateurs.Dès mon entrée en fonction, le 15 septembre 1975, déclarait-il, fort de mes nombreuses et solides informations au cours de mon séjour de sept ans au ministère fédéral de la Justice, j\u2019ai pensé que le problème de la commercialisation illicite des viandes devait devenir une priorité.En effet, malgré tous les efforts entrepris par les différents corps de police, le problème de la mise en marché de la viande impropre à la consommation humaine et de la fraude dans le commerce des viandes envers le consommateur québécois demeurait entier.Grâce à un camouflage facile, les entreprises visées s\u2019en tiraient toujours à bon compte, perdant quelques plumes au combat, mais recommençant de plus belle, le lendemain.C\u2019est pourquoi nous avons unanimement décidé, à la commission Dutil, d\u2019accorder priorité à ce cancer généralisé à la grandeur du Québec, de dénoncer les systèmes en place et de tenter de suggérer les mécanismes nécessaires pour contrer les réseaux de profiteurs qui, trop longtemps et de façon éhontée, ont véritablement fraudé le public du Québec.Qu\u2019on ne pense pas que nous avons réussi à démasquer tous les réseaux de distribution de viande avariée au Québec ou ailleurs.Oser le prétendre serait utopique après trois mois seulement de travail, même acharné.Mais l\u2019important était de convaincre le public et les gouvernants de la nécessité impérative d\u2019apporter des correctifs efficaces et mis en place rapidement.Le problème de la viande avariée commence par la récupération d\u2019animaux morts.En vertu du règlement adopté en 1963, un récupérateur d'animaux morts ou malades devait être muni d'un permis et s\u2019identifier comme tel; de plus, on prévoyait l\u2019établissement d\u2019usines d\u2019équarrisage; l\u2019usine d\u2019équarrissage est l\u2019établissement où le récupérateur d\u2019animaux morts ou malades amène les bêtes pour d'abord abattre les animaux malades et débiter les bêtes.Le propriétaire d\u2019une usine d'équarrissage a trois seuls débouchés légaux pour la viande avariée: le fondoir ou \u201crendering\u201d où les plus mauvaises parties de l\u2019animal, les têtes, les os, les tripes, etc., sont destinées, à cet endroit, à fabriquer des engrais; l\u2019autre débouché légal est l\u2019usine de 130 L\u2019ACTION NATIONALE transformation où l\u2019on fabrique industriellement du manger à chat, à chiens ou animaux appelé \u201cpet food\"; enfin, troisième débouché légal, on peut vendre la viande provenant d\u2019animaux morts ou malades à des visionnères des jardins zoologiques sous certaines conditions.Il ressort de ce que je viens de dire que les humains ne doivent normalement que consommer de la viande provenant d\u2019animaux abattus dans les abattoirs.Il est donc clair que jamais ne doit parvenir sur le marché de la consommation humaine quelque parcelle de viande provenant d\u2019un récupérateur d\u2019animaux morts ou malades, d\u2019une usine d'équarrissage ou d\u2019une usine de transformation.Pour s\u2019assurer d\u2019un tel embargo, le législateur québécois dans son règlement de 1963, prévoyait la dénaturation des viandes dans une usine d\u2019équarrissage par deux procédés principaux: d\u2019abord les carcasses des animaux devaient être lacérées pour les rendre inutilisables et les parties désossées des animaux devaient être placées dans des boîtes et saupoudrées en dessous et sur le dessus de charbon de bois; de plus, on devait inscrire sur chacune de ces boîtes les mots: \u201cImpropre à la consommation humaine.\u201d De cette bonne intention du législateur à la réalité, il y a un gouffre béant.Un témoin, qui connaissait la manière de s\u2019y prendre, a pu nous avouer: \u201cVous avez tous mangé de la charogne et pendant longtemps sans le savoir! Et vous en mangez encore aujourd\u2019hui.\u201d Et le procureur-chef, Réjean Paul, devait reconnaître plus tard: \u201cNos constatations des derniers mois nous forcent à avouer cette triste et incroyable réalité.\u201d 3.\u201cVous avez tous mangé de la charogne\u201d (suite) Après avoir affirmé: \u201cVous avez tous mangé de la charogne\u201d, le procureur-chef de la Commission d\u2019enquête sur le crime organisé, Me Réjean Paul, ne se gênait pas pour ajouter: \u201cEn effet, les viandes provenaient des usines d\u2019équarrissage, donc provenaient d\u2019animaux morts (non abattus) ou malades infestant le marché alimentaire québécois à la tonne.Ce phénomène troublant touchait à peu près toutes les parties de la province.Parallèlement à ce corn- LES RÉVÉLATIONS DE LA CECO 131 merce de viande avariée, nous avons démontré certains systèmes de fraude incroyables où le consommateur québécois fut encore la victime: c\u2019est le commerce de la viande chevaline représentée comme étant de la viande de boeuf.La majorité d'entre nous avons mangé du cheval en pensant que c\u2019était du boeuf, lorsque nous avons consommé des sous-produits de la viande provenant de certaines compagnies et ces compagnies, nous allons les dénoncer publiquement\u201d.Cette situation, souventes fois dénoncée par les consommateurs dans le passé, décriée périodiquement par les journaux, comment a-t-elle pu continuer à exister, même à prendre de l\u2019envergure?Sans préjuger des conclusions des commissaires, on peut raisonnablement songer à certaines incuries ou inerties.Comment se fait-il qu\u2019il faille une commission d\u2019enquête comme la nôtre pour assurer au public la protection à laquelle il a droit, surtout dans le domaine capital de l'alimentation?Comment se fait-il qu\u2019il ait fallu un travail policier gigantesque pour démasquer cette situation.Il y a à mon avis deux possibilités: ou il y a eu ce que nos amis anglophones appellent du \"wilful blindness\u201d quelque part, ou les mécanismes de contrôle administratifs se sont enlisés dans la politique du \u201crond de cuir\".Les deux situations sont inacceptables et ont été dénoncées.Les principales causes les voici.Je me contente de les énumérer: irrégularités graves dans le domaine de la classification des viandes et fraude pour le consommateur, qui en découle.Subterfuges utilisés grâce au système \u201cApprouvé Québec\u201d et \"Approuvé Canada\u201d, qui se relient au problème des estampilles et de la classification que nous dénonçons.Corruption, complaisance, promiscuité d\u2019inspecteurs avec certaines gens à caractère douteux.Système de fraude par facturation camouflée, fraude et en matière de vente de boeuf et parallèlement en matière fiscale.Enfin, le problème du manque de contrôle sanitaire aux encans d'animaux et dans de nombreux abattoirs existant légalement.Ainsi, par exemple, le sergent Marcel Maynard, de la Gendarmerie royale du Canada, a révélé que, depuis longtemps déjà, depuis 1969, les policiers avaient essayé de 132 L'ACTION NATIONALE faire éclater le scandale, mais qu\u2019ils en avaient été empêchés, faute de moyens suffisants.De plus, ajoute-t-il, il y a un problème d\u2019analyse qui existe du côté des viandes avariées.Nos prédécesseurs ont tenté à différentes reprises d\u2019effectuer une saisie de viande de provenance douteuse.Il semble qu\u2019une viande avariée ou malade, une fois qu\u2019elle est dépecée et en blocs (ou en morceaux ou en rôtis), ne peut être analysée positivement comme provenant d\u2019un animal malade.Nous avons nous-mêmes tenté de ces expertises et elles n\u2019ont pas été concluantes.\u201d Restait à passer à l\u2019attaque, c\u2019est-à-dire à l'écoute é-lectronique.Le sergent Maynard se chargea de mettre sur pied 22 projets d\u2019écoute électronique.Il s\u2019en explique ainsi devant la Commission: \u2018\u2018Sans l'écoute électronique, nous n\u2019aurions pu résoudre avec autant de succès le problème que nous attaquions.Egalement, nous avons formulé notre plan de façon que les enquêtes soient discrètes, nous devions tenter d\u2019éviter toute fuite d\u2019information, car le monde des récupérateurs d\u2019animaux morts est un petit monde qui communique constamment entre eux.S\u2019il y avait eu fuite d\u2019information, évidemment, ils auraient eu tôt fait de modifier leurs méthodes d\u2019opération ou de suspendre leurs activités.Dieu merci, nous avons pu opérer dans l'ombre jusqu\u2019au 30 avril 1975, c\u2019est-à-dire depuis les débuts de février jusqu\u2019à la fin d\u2019avril\u201d.4.-Ce qu\u2019a donné l\u2019écoute électronique Témoignant devant la Commission d\u2019enquête sur le crime organisé, le sergent Marcel Maynard, de la Gendarmerie royale du Canada, expliqua clairement pourquoi il avait été nécessaire de recourir à l\u2019écoute électronique.Durant trois mois, ajoutait-il, les policiers ont recueilli beaucoup de matériel.Les projets d\u2019écoute ont permis de ramasser de précieuses informations sur les preneurs aux livres, sur des cercles de vols et de recels, et, comme le même sergent devait aussi l\u2019apprendre aux commissaires, quelques jours seulement avant que le projet ne se termine, ils ont pu permettre la récupération d\u2019un camion qui contenait du matériel volé d\u2019une valeur de $35,000.Si bien qu\u2019à la fin d u projet, ils avaient enquêté sur environ 25 détenteurs de permis pour la récupération d\u2019animaux morts. LES RÉVÉLATIONS DE LA CECO 133 La liste publiée par le ministère de l\u2019Agriculture en 1973, devait préciser le sergent Maynard,dénote que 157 personnes ou entreprises détiennent des permis pour la récupération d\u2019animaux morts pour usines d\u2019équarrissage, pour usines de transformation ou fondoirs.Il devait aussi révéler que, depuis le 30 avril 1975, environ une centaine de policiers avaient participé à quelque 50 descentes concernant le trafic de viande avariée, ainsi que les autres projets d\u2019enquête, preneurs aux livres, receleurs et ainsi de suite.Qu\u2019ils étaient assistés, lors des descentes, d\u2019inspecteurs fédéraux et provinciaux pour analyser les viandes saisies.Et que, depuis les audiences à huis clos de la CECO, les enquêteurs étaient encore dispersés constamment à travers la province pour vérifier certaines informations qui étaient révélées durant les audiences et décrivaient de nouveaux débouchés pour la viande avariée.Les Commissaires l\u2019ayant interrogé, le sergent Maynard justifiait ainsi l\u2019écoute électronique: \u201cJ\u2019ai moi-mème produit des affidavits au mandataire désigné par le Procureur général de la province de Québec, et pour chaque projet d\u2019écoute il y a eu une autorisation d'émise par un juge des Sessions de la paix.Quelques-uns de ces mandats ont même été renouvelés pour deux ou trois reprises.Les dossiers de la GRC remontent, précisa-t-il, jusqu\u2019en 1969, alors que le président d'une certaine usine s\u2019était plaint à des enquêteurs qu\u2019il y avait un manque de viande pour fabriquer les aliments pour chats et chiens.C'est ce qui avait causé le début de l'enquête de la GRC à ce moment-là.Cette usine n\u2019avait pas suffisamment d\u2019animaux qui leur étaient envoyés par les récupérateurs ou les usines d\u2019équarrissage pour faire en quantité suffisante de la nourriture pour animaux, appelée communément, \"pet food\u201d.En 1969 donc, à la suite d\u2019une plainte portée à la connaissance de la GR, qu\u2019il y avait un manque de viande pour fabriquer des aliments pour chats et chiens, le président de cette usine avait déclaré aux enquêteurs envoyés sur place que les belles parties de l'animal n'étaient pas présentes dans les barils ou les boîtes qu\u2019on lui apportait.En d\u2019autres mots, on lui rapportait les mauvaises parties, tandis que les longes, les \u201cT-bones\u201d et ainsi de suite n\u2019étaient pas présents. 134 L'ACTION NATIONALE Qu\u2019entendez-vous par \u201cmauvaises parties\u201d de l\u2019animal?Réponse: Habituellement, on réfère aux parties de devant, ou aux entrailles.Les pattes, les têtes et ainsi de suite.Tandis que le derrière, par exemple, d\u2019un boeuf est considéré comme la meilleure partie d\u2019après nos dossiers.Or, ces parties-là n\u2019existaient pas, n\u2019étaient pas dans les contenants.On lui pose ensuite la question: Durant les 15 derniers jours avant l\u2019enquête publique, quelle quantité de viande avez-vous saisie?il devait répondre: \u201cJe n\u2019ai pas de chiffres exacts, mais je sais que c\u2019est au-delà de 300,000 livres de viande, des viandes dépecées, des carcasses, ainsi que des viandes préparées.\u2014 Dans le Québec seulement?\u2014 Dans le Québec seulement.Et d\u2019ajouter: \u201cJe crois que, grâce aux projets d\u2019écoute électronique, nous pouvons démontrer qu\u2019il existe des liens avec les autres charognards (des détenteurs de permis).Le cancer s\u2019est généralisé et s\u2019est étendu un peu partout à travers la province\u201d.5.La déposition du sergent Maynard Déposant devant la Commission d\u2019enquête sur le crime organisé, le sergent Marcel Maynard, de la Gendarmerie royale du Canada, déclarait en parlant du commerce de la viande avariée: \u201cCertains individus font ce commerce depuis six ou sept ans.Je dirais même depuis avant l\u2019Expo 67.Ils font affaires avec les mêmes gens, les mêmes distributeurs et ont presque toujours eu les mêmes débouchés.C\u2019est un système qui est établi depuis plusieurs années et qui a continué jusqu\u2019à nos descentes du 30 avril.Nos enquêtes démontrent que chaque récupérateur d\u2019animaux morts avait plus ou moins son propre système.Il avait son petit groupe établi et faisait affaires toujours avec plus ou moins les mêmes personnes\u201d.A la question posée par les Commissaires, à savoir si des usines d\u2019équarrissage envoyaient cette viande de la province à Montréal, le sergent répondait: \u201cNous avons la preuve que les gens de la région de Saint-Hyacinthe, Drum-mondville, expédiaient ces viandes vers Montréal.Nous avons également enquêté dans la région du Lac Saint-Jean où il y a eu une saisie de 40,000 livres de viande d\u2019effectuée au début de mai et ces viandes, nous avons raison de croire, étaient distribuées localement ainsi que, peut-être, dans la LES RÉVÉLATIONS DE LA CECO 135 région de Québec.Nous pourrons démontrer qu\u2019il y a eu un certain montant de viande, je crois pour un montant de $100,-000, qui aurait été, pendant une période de 20 mois, distribué dans la région de Québec.Nous avons aussi, poursuit le sergent Maynard, enquêté dans la région de Hull et qui aurait des ramifications dans la province de l\u2019Ontario.Certaines viandes semblent laisser l\u2019industrie montréalaise pour se rendre en Ontario et par la suite revenir au Québec pour être redistribuées dans le Québec.De même, dans la région de Rouyn-Noranda et d\u2019Amos, il semble qu\u2019il y a eu un groupe qui avait établi un système en préparation des \u201cJeux du Québec\", l\u2019an passé, pour que la population des environs, ainsi que les athlètes, se nourrissent de viande de cheval et de viande avariée.\" Les Commissaires lui demandent si, lorsqu\u2019il parle de viande avariée et d'animaux morts, pour lui, c\u2019est synonyme, la même chose.Il répond: \u201cLorsqu\u2019on parle d\u2019un animal malade, c\u2019est un animal sur la terre d\u2019un cultivateur et qui, un bon matin, est malade.Le cultivateur s\u2019aperçoit que sa vache est malade, à terre, et il fait venir un vétérinaire.Le vétérinaire condamne l\u2019animal et, par le fait même, l'animal ne peut être destiné à un abattoir pour la consommation humaine.Alors, le cultivateur, à ce moment-là, doit contacter un détenteur de permis pour la récupération d\u2019animaux morts ou malades, et cette personne procède à la récupération de l\u2019animal.Il l\u2019apporte à son usine d\u2019équarrissage pour le dépecer, le \u201cpleumer\u201d et ainsi de suite.Il doit ensuite, légalement, en disposer vers les aliments d\u2019animaux ou le fondoir\u201d.Question des commissaires: \u201cC\u2019est ce genre de viande, provenant d\u2019animaux morts ou malades, dont vous parlez, que vous dites qu\u2019elle fait son chemin jusque dans les marchés d\u2019alimentation pour fins de consommation humaine?\u2014 C\u2019est çà, répond le sergent Maynard.Il semble qu\u2019il y avait deux qualités, normalement.Il devrait y avoir deux qualités de viande.La meilleure partie qui irait pour l\u2019alimentation d\u2019animaux et les plus mauvaises parties telles entrailles, les pattes, les têtes, iraient au fondoir.Certains récupérateurs avaient une troisième qualité, et la troisième qualité était.la consommation humaine!\u201d 136 L\u2019ACTION NATIONALE La déposition du sergent Marcel Maymard marque le début de l'enquête; le prochain témoin à comparaître sera un médecin vétérinaire qui viendra expliquer aux Commissaires quels dangers comporte la consommation de la charogne.6.Le témoignage d\u2019un médecin-vétérinaire Je rappelle qu\u2019au mois de septembre 1972 le gouvernement québécois chargeait la Commission de police du Québec de faire enquête sur le crime organisé dans la province et qu\u2019il nommait à cette fonction trois juges: Jean Dutil, Marc-E.Cordeau et Denys Dionne.Ces trois commissaires s\u2019étaient d\u2019abord attaqués au problème de la viande avariée introduite frauduleusement sur le marché.J\u2019ai raconté les dires du sergent Marcel Maynard de la Gendarmerie royale sur les projets et les résultats d\u2019écoute électronique à ce sujet.Voici maintenant un résumé de la comparution d\u2019un autre témoin spécial, le médecin-vétérinaire Albert Lavallée, directeur du service vétérinaire de l\u2019Agriculture du Québec.Il est venu expliquer les dangers qui peuvent résulter de la consommation de viande avariée par les humains, le danger de transmission de maladie et les conditions dans lesquelles, normalement, devrait se faire l\u2019abattage des animaux pour que le marché de la consommation humaine soit un marché sain.Le témoin commença par déclarer, avant de répondre à la première question que venait de lui poser Me Réjean Paul, à savoir quelles sont les conditions qu\u2019on doit respecter pour qu\u2019un abattage d\u2019animaux soit sain et soit propre et que la viande qui en découle soit propre à la consommation humaine: \u201cJ\u2019aimerais dire, auparavant, qu\u2019il importe de préciser que le Canadien, probablement en raison du climat rigoureux du Canada, consomme annuellement environ 95 livres de viande rouge par année et que, dans la seule province de Québec, en 1974, il s\u2019est abattu, environ, près d\u2019un million de bovins et 185,000 veaux pour la consommation de viande rouge, par les Québécois.\u201d \u201cLes principaux critères qui font la valeur d\u2019un système d\u2019inspection des viandes doivent reposer sur les trois points suivants: premièrement, la compétence du personnel. LES RÉVÉLATIONS DE LA CECO 137 Deuxièmement, certaines exigences particulières au niveau des abattoirs.Et, troisièmement, les mêmes conditions particulières, un peu différentes cette fois, au niveau des ateliers de conditionnement.L\u2019établissement qui sert pour l\u2019abattage d\u2019animaux à la consommation humaine doit être construit de façon à rendre les conditions de nettoyage très faciles.La propreté au niveau des abattoirs doit être absolument impeccable de manière à ne pas exposer à la contamination les carcasses en aucun temps.Présentement, en vertu du règlement 683, le ministère de l\u2019Agriculture surveille seulement les établissements dont les propriétaires réclament la surveillance.Et il n\u2019y a aucun impératif législatif qui oblige un propriétaire d\u2019abattoir d\u2019avoir de la surveillance de la part d\u2019un vétérinaire.\" A un Commissaire qui demande au témoin: \u201cCombien d\u2019abattoirs non surveillés peut-il y avoir au Québec et ceux qui sont surveillés ne sont-ils que ceux qui portent \u201cApprouvés Québec\u201d et \u201cApprouvés Canada\u201d?, le témoin répond: \u201cLors d\u2019une enquête qui a été instituée en 1973, je crois que 380 établissements sans surveillance ont été localisés.Présentement, le ministère de l\u2019Agriculture du Québec ne surveille que 37 abattoirs, de gros animaux, de volailles ou de cheval.Le ministère de l\u2019Agriculture du Canada, lui, en possède environ 45 où sont abattus également les animaux que je viens de mentionner.\u201d Mais, demandent les Commissaires, parmi les critères que vousavez mentionnés,vous donnez la première place au personnel compétent, qu\u2019entendez-vous par ces mots?Le témoin répond: \u201cLe personnel compétent, d\u2019abord, il faut que les inspecteurs soient en bonne santé, pour ne pas contaminer les produits.Deuxièmement, il faut que l\u2019inspecteur possède très bien ses lois et règlements, de manière à pouvoir les appliquer de façon efficace.Il faut que l\u2019inspecteur aussi soit très assidu durant toutes les phases de l\u2019opération.Il faut que l'inspecteur surveille aussi le maintien du personnel, s\u2019assure que personne ne travaille avec des plaies sur les mains, que chacun qui entre travailler le matin est en bonne santé, de manière à éviter le plus possible, la contamination des produits qu\u2019ils ont à manipuler dans la journée.\u201d 138 L'ACTION NATIONALE 7.Le témoignage du médecin-vétérinaire (suite) Appelée à enquêter sur l\u2019introduction de la viande avariée sur le marché d\u2019alimentation québécois, la Commission sur le crime organisé avait commencé par se renseigner sur les critères qui font qu\u2019une viande est saine et propre à la consommation.Dans ce but, elle avait convoqué un médecin-vétérinaire à qui elle avait posé bien des questions.A ce témoin, le docteur Albert Lavallée, elle avait, en particulier, demandé quelle était la valeur des analyses chimiques faites lors de l\u2019examen des animaux.Sa réponse avait été la suivante: \u201cPour les besoins de la cause, dans certaines circonstances, les personnes ont à appliquer des pesticides sur les animaux; dans certains cas, il peut y avoir pénétration du produit pour atteindre la viande.Dans d\u2019autres cas, des animaux malades reçoivent des antibiotiques, pour tenter de les guérir d\u2019un grand nombre de maladies.\u201d \u201cSi la viande contient de tels pesticides et que des personnes en consomment, pour autant que les doses sont suffisamment élevées, les pesticides dans l\u2019organisme humain ne s\u2019éliminent pas très rapidement.Il peut y avoir dosage cumulatif et, à long terme, cela peut provoquer des accidents.Pour ce qui concerne les antibiotiques, la présence d\u2019antibiotiques dans la viande, surtout quand on en consomme d\u2019une façon continue de cette catégorie de viande-là, les personnes deviennent insensibilisées au même germe pour lequel l\u2019animal a été traité.Et, d\u2019autre part, il est prouvé aujourd\u2019hui que les antibiotiques deviennent résistants à certains antidotes, et cette résistance-là peut se transmettre aux personnes qui consomment de la viande d\u2019animaux qui peuvent avoir été traités par antibiotiques.\u201d Question du procureur-chef, Me Réjean Paul: \u201cLes établissements de conditionnement et de transformation, par exemple, toutes les usines qui produisent des saucisses, du pepperoni, du jambon de Bologne, et ainsi de suite, quelles sont les conditions qui doivent prévaloir dans ces établissements-là pour assurer une saine protection de la population, si la population en consomme?\u201d Réponse du témoin-vétérinaire: \u201cCes établissements-là, comme je l\u2019ai dit pour les abattoirs, doivent être construits de manière à LES RÉVÉLATIONS DE LA CECO 139 rendre le lavage et la désinfection très faciles.Deuxièmement, les inspecteurs qui sont assignés à ces endroits-là doivent être présents à toute arrivée de carcasses ou de parties de carcasses devant être transformées ou conditionnées dans les charcuteries.L\u2019inspecteur doit se faire un devoir de ne laisser pénétrer dans ces établissements aucune viande d\u2019origine inconnue.Il doit s\u2019assurer que la viande en question vient d\u2019un abattoir qui a été, ou qui est, sous la surveillance du ministère de l\u2019Agriculture du Canada, ou du ministère de l\u2019Agriculture du Québec.\u201d L\u2019avocat de la Commission demande: \u201cEst-il exact qu'il existe des usines qui fabriquent de la saucisse, d\u2019autres sous-produits de la viande de charcuterie, qui ne sont sous aucun contrôle ni fédéral, ni provincial?\u201d Réponse du témoin: \u2018\u2018Présentement oui.Au Québec il en existe, mais en moins grand nombre que les abattoirs.\u201d Abordant, ensuite le danger de livrer à l\u2019alimentation humaine des animaux morts ou malades le témoin dira: \u201cUn animal qui meurt sans avoir été abattu, qui meurt d\u2019un accident très grave ou qui meurt à la suite d'une maladie aiguë, devient, qu\u2019il soit saigné en entier ou pas (dans certains cas ce n\u2019est pas possible de faire une saignée complète), devient, à mon avis, une espèce de milieu de culture dont on se sert en laboratoire pour cultiver les germes.Le cadavre d\u2019un animal mort a de grandes chances, disons, d\u2019être impropre à la consommation, d\u2019être suspect quand il est abattu à la ferme.Très rarement il va être saigné par le propriétaire, lequel, la plupart du temps, n\u2019aura pas l\u2019équipement voulu pour prendre l\u2019animal le plus haut possible afin que le sang quitee l\u2019organisme le plus complètement possible.\u201d Quels sont les dangers auxquels s\u2019exposent ceux qui vont consommer un tel animal?8.Transport et abattage d\u2019animaux Nous sommes toujours en train de savoir comment la Commission d\u2019enquête sur le crime organisé a tenu à bien se renseigner quand elle a entrepris d\u2019enquêter sur les diverses pratiques existant dans la province concernant la mise sur le marché des viandes propres ou impropres à la consommation.J\u2019en étais à vous donner le témoignage du 140 L'ACTION NATIONALE médecin-vétérinaire, le docteur Albert Lavallée, au moment même où il parlait des bêtes tuées sur la ferme.Ce même médecin-vétérinaire ajoutait devant les Commissaires: \u201cL\u2019équipement que ces personnes-là (c\u2019est-à-dire qui viennent d\u2019abattre des animaux sur leur ferme) possèdent pour manipuler, pour dépecer, est certainement insuffisant.L\u2019animal, par la suite, va être transporté dans un camion qui a de grandes chances d\u2019être contaminé parce qu\u2019habituellement les camions qui transportent des animaux vivants aux abattoirs sous surveillance doivent être désinfectés après avoir quitté l\u2019abattoir en question.Dans le cas des animaux morts, je ne crois pas, cependant, que ces désinfections soient effectuées entre le transport de différents animaux morts.\u201d D'autre part, ajoute le témoin, \u201cdurant le transport d\u2019un animal, dans le cas présent, d\u2019un animal mort, il n\u2019est pas question d\u2019avoir des camions réfrigérés, et l\u2019animal mort entre très rapidement en putréfaction.\" Le procureur-chef demande: \u201cAlors le cadavre devient un milieu de culture de bactéries d\u2019une façon incroyable?-Oui, les germes, devant la non-réfrigération, envahissent tout l\u2019organisme le plus tôt possible après la mort.\u201d L\u2019avocat de demander: \u201cQu\u2019arrive-t-il si, en plus de ça, on dépèce des animaux morts ou malades dans des locaux souvent malpropres, c\u2019est-à-dire des usines de récupération d\u2019animaux morts?\u201d Réponse du témoin: \u201cIl y a plusieurs de ces établissements-là qui ne sont même pas munis disons de système d\u2019eau chaude ou d\u2019eau froide; ça fait que le dépeçage des animaux se fait dans des conditions, dans certains cas, sûrement impropres pour les fins de la cause.\u201d Il existe des maladies que certains animaux peuvent transmettre à l\u2019homme, par exemple, les bovins peuvent transmettre la tuberculose.Qu\u2019en est-il aujourd\u2019hui?A cette question le vétérinaire a fait la réponse suivante: \u201cPour faire un peu l\u2019historique de cette maladie que l\u2019on appelle tuberculose, au niveau de la province de Québec, en 1974, il y avait seulement quatre troupeaux sous quarantaine par le ministère de l\u2019Agriculture du Canada.C\u2019est une des maladies nommées qui permet au ministère de l\u2019Agriculture de faire des épreuves à tous les quatre ou cinq ans, suivant LES RÉVÉLATIONS DE LA CECO 141 l\u2019incidence de la maladie dans un comté.Mais, vu que l\u2019épreuve n\u2019est faite qu\u2019à une période de trois, quatre ou cinq ans, il peut arriver qu\u2019un animal contracte la tuberculose, entre les deux périodes des épreuves, sans que le propriétaire s\u2019en rende compte.Parce que la tuberculose est une maladie chronique.Si parfois l\u2019animal mourait d\u2019une autre maladie, sur les lieux, à la ferme, et qu\u2019il pénètre dans le commerce de la viande illicite, la tuberculose étant transmissible à l\u2019homme, il peut y avoir contamination de l\u2019homme lui-même.Toujours quand la carcasse circule en dehors du circuit de surveillance officielle.Dans ce circuit, les lésions sont très typiques et les médecins-vétérinaires vont détecter ces carcasses-là et les orienter, suivant la gravité des lésions, vers des fondoirs ou livrer les parties saines à consommation et ça, sans danger pour le consommateur.\u201d Le témoignage du médecin-vétérinaire sur les maladies transmises par les animaux à l\u2019homme ne fait que commencer.9.-Les maladies que peuvent transmettre les animaux aux humains Devant les membres de la Commission d\u2019enquête sur le crime organisé, un témoin, le docteur Albert Lavallée, directeur du service vétérinaire du ministère de l\u2019Agriculture du Québec, expose quelles sont les maladies que peuvent transmettre certains animaux aux humains.Par exemple, les bovins et la tuberculose.Le juge Dutil, président de la Commission, demande au témoin: \"Si l\u2019animal meurt de la tuberculose et que cet animal s\u2019en va dans une usine de récupération et que cette viande provenant d\u2019un animal décédé de tuberculose est mise sur le marché, n\u2019y a-t-il pas danger, en ce moment-là pour la consommation humaine, pour la personne qui l\u2019absorberait?\u201d A cette question le médecin-vétérinaire répond: \u201cAu Canada, très rarement un animal va mourir de tuberculose, parce que la maladie est pratiquement disparue, mais une bête peut être atteinte de tuberculose et mourir d\u2019une autre maladie.Tout de même, si la maladie est le moindrement évoluée dans l\u2019animal, à ce moment-là, si elle est orientée vers un secteur de viande avariée, que des lésions assez importantes soient présentes dans la carcasse, les germes 142 L'ACTION NATIONALE peuvent atteindre les personnes qui consomment de cette viande-là.\u201d Demande des Commissaires: \u201cN\u2019y a-t-il pas une autre maladie que les bovins peuvent transmettre, une maladie appelée \u201cbrucellose\u201d?.Le témoin répond: \"La brucellose est également une autre maladie, transmissible à l\u2019homme.Chez l\u2019homme, elle caifje la fièvre ondulante.Cette maladie n\u2019est pas tellement mortelle, mais, tout de même, tel que le mot l\u2019indique, l\u2019individu qui contracte la fièvre ondulante passe par des périodes de santé assez vacillantes.Une journée il est bien, le lendemain il n\u2019est pas bien.Il a des élévations de température, puis ça redevient à la normale quelques jours plus tard.La médication actuelle sur le plan humain éprouve certaines difficultés.Le type qui a eu la fièvre ondulante demeure souvent, durant longtemps, en forme anémique, disons que sa santé, en résumé, est passablement affectée\u201d.Dans la province de Québec, dans le moment, il y a seulement 137 troupeaux sur une possibilité de 45,000 à 50,000 troupeaux, qui sont en quarantaine par le ministère de l\u2019Agriculture du Canada, élevages qui sont soumis à des épreuves assez fréquentes de manière à suivre l\u2019évolution de la maladie, et après que les vétérinaires du ministère de l\u2019Agriculture du Canada sont convaincus que la maladie est réellement existante, les animaux qui donnent des réactions positives sont orientés vers l\u2019abattoir.\u201d Un Commissaire demande: \u201cQu\u2019en est-il de la fièvre charbonneuse?Réponse du témoin: \u201cLa fièvre charbonneuse est une maladie à bactéries, heureusement en voie de disparition au Canada.Tout de même il y a certains terrains que l\u2019on appelle maudits, à cause de cette maladie-là, en ce sens que les germes s\u2019enfouissent dans la terre, sont remontés en surface par les vers de terre, et dans certains cas contaminent un animal qui consomme de l\u2019herbe souillée par des germes.Cette maladie-là est très meurtrière, les animaux qui en sont atteints meurent dans les 24 ou 36 heures.Et on conseille à un éleveur qui peut perdre un animal atteint de cette affection-là de ne jamais ouvrir le cadavre, de l\u2019enfouir sur sa ferme, le plus profondément possible, au minimum six pieds sous terre, avec de la chaux LES RÉVÉLATIONS DE LA CECO 143 vive pour détruire le cadavre lui-même et le plus de germes possibles.\u201d Le témoin ajoute: \u201cSi parfois un animal meurt avec cette maladie-là sur une ferme et que le propriétaire n\u2019en suspecte pas la cause, dans certains cas il peut appeler un détenteur de permis, la faire transporter à l\u2019usine d\u2019équarrissage et la faire pénétrer dans le circuit commercial de consommation humaine.En ce cas, le consommateur pourra avoir les mêmes malaises qui ont été observés chez l\u2019animal, c\u2019est-à-dire mortels.\u201d Voilà pour quelques maladies transmissibles à l\u2019homme en provenance des animaux.Il en reste quelques autres, plus fréquentes.10.Quelques (trois) autres maladies de l\u2019animal transmissibles à l\u2019homme Témoignant devant la Commission d\u2019enquête sur le crime organisé, lors des sessions ayant pour objet la viande avariée, le témoin spécial, le docteur Albert Lavallée, en vient à parler d\u2019une maladie plus courante qu\u2019on appelle la salmonellose.Il déclare: \u201cC'est un terme générique qui touche environ 1800 ou 1900 types différents de salmonelles.Ces germes-là sont en permanence dans les intestins des animaux; les intestins ne sont pas laissés avec la carcasse, mais dans certains cas peuvent contaminer la viande rouge.Au moment d\u2019une autopsie, la viande peut être contaminée de salmonelles.Celles-ci causent chez l\u2019homme des troubles d\u2019estomac et de l\u2019entérite, qu\u2019on appelle communément gastro-entérite, qui vont entraîner du vomissement, des diarrhées assez importantes et qui doivent être traitées le plus tôt possible par un médecin soit à domicile ou à l\u2019hôpital de préférence.\u201d L\u2019avocat de la Commission demande: \u201cAlors ce serait le cas, cette maladie-là, lorsque, par exemple, des convives invités à un banquet se retrouvent tous malades au lendemain du banquet ou le soir même, alors ce serait peut-être un cas de salmonelles.\u201d Réponse du témoin: \u201cOui, mais ce pourrait être aussi un cas de germe sur les mains.Les manipulateurs de viande qui préparent des sandwiches 144 L'ACTION NATIONALE pour un banquet ou une autre cérémonie où plusieur personnes seront présentes, contaminent la viande, et si les sandwiches ne sont pas placés sous refroidissement avant consommation, il peut arriver qu\u2019une bonne partie des personnes présentes soient atteintes dans les 12, 18 heures, de malaises assez aigus et qui demandent souvent l\u2019hospitalisation et le traitement immédiat.\u201d Une autre maladie possible, c\u2019est la parasitose.A ce sujet, le médecin-vétérinaire explique: \u201cParmi les parasites sur un animal vivant, certains restent après la carcasse; le plus grave a nom la \u201ccysticercose\u201d qui laisse des nodules dans les muscles ou dans le foie et qui, ingéré par un humain, lui transmet la même maladie.\u201d Un commissaire demande au témoin: \u201cConnaissez-vous une maladie des bovins identifiée sous le nom de toxoplasmose?\u201d Le docteur répond: \u201cC\u2019est une nouvelle maladie qui est dépistée par les hôpitaux; dans le moment nos laboratoires sont à effectuer une enquête sur une base provinciale pour voir de quelle espèce animale elle origine.Ca peut être du chien ou du chat, ça peut être des bovins ou d\u2019une autre espèce qu\u2019on ne connaît pas pour le moment.Chez la femme le germe en question provoque l\u2019avortement, advenant le cas où la personne en question viendrait en contact avec le germe.\u201d A la fin de ce témoignage, le juge Dutil rappelle que la Commission a reçu plusieurs témoins qui avaient déclaré qu\u2019ils ne doutaient pas de la qualité de la viande qu\u2019ils avaient livrée, parce qu\u2019elle provenait de \u201cvaches qui s\u2019étaient seulement cassé des pattes ou qui avaient mangé des clous\u201d.Il pose la question au vétérinaire: \u201cEst-ce qu\u2019il y a présomption qu\u2019un animal qui serait mort de la sorte, une patte cassée dans une clôture ou avec des clous dans le ventre, et qui aurait abouti à une usine d\u2019équarrissage ou chez un récupérateur d\u2019animaux, est-ce qu\u2019il y a une présomption que cet animal-là est impropre à la consommation humaine?\u201d Réponse du médecin: \u201cNous sommes sûrement en présence d\u2019un cadavre que je pourrais qualifier de suspect.Un animal qui meurt d\u2019une fracture se rencontre LES RÉVÉLATIONS DE LA CECO 145 assez souvent au printemps, quand on met les troupeaux au pâturage, après un long hiver sur pavé dur.Quant à la présence de clous dans l\u2019estomac, présence qui peut entraîner la mort, je déclare ce cadavre quand même suspect, à moins qu\u2019il ne soit examiné par un vétérinaire, parce que cet animal peut porter certaines autres maladies.\u201d Et voilà l\u2019essentiel du témoignage d\u2019Albert Lavallée, vétérinaire depuis 30 ans au service du ministère de l\u2019Agriculture du Québec. AU FIL DE L\u2019ACTUALITÉ par Patrick Allen AU FIL DE L\u2019ACTUALITÉ 147 13% des Québécois viennent de perdre le leadership du Québec?Avec la loi 63 et la loi 22, comme depuis plus de 200 ans et en dépit de l\u2019Acte de 1774, les Anglophones du Québec contrôlaient, à peu de chose près, les décisions importantes de la province, celles de son gouvernement et de la plupart des institutions publiques et privées.A ciel ouvert ou par le truchement des partis libéral et conservateur et les jeux de coulisse du monde des affaires.Avec la loi 101, la charte de la langue française adoptée le 26 août 1977 par 54 voix contre 32, le 101e jour de la première vraie session du gouvernement Lévesque, c\u2019est enfin le gouvernement du Québec qui a pris en main le gouvernail du navire qui devrait mener à bon port vers l\u2019affirmation de son entité nationale toute la population de la province.Tel est le cri du coeur qui a jailli spontanément à l\u2019extérieur et à l\u2019intérieur de l\u2019Assemblée nationale chez les partisans de cette nouvelle loi.Pour 13% ou à peu près de la population et ceux qui s\u2019en sont faits les serviteurs, c\u2019est la perte de leur leadership qui est transféré à 87% de ceux qui devraient désormais l\u2019assumer.Donc, pas par un acte de sabotage des droits de qui que ce soit, mais par un retour au bon sens et à l\u2019équilibre des forces pertinentes.Le père de la loi 101, Camille Laurin, s'est exprimé ainsi à la cloture du débat: \u201cA ce peuple, qui inaugurera demain une nouvelle ère de son histoire, je dis qu'il a bien mérité d\u2019être lui-même, qu'il doit maintenant se faire pleinement confiance et qu'il est désormais en mesure de se préparer des lendemains qui chantent\".Le premier ministre, M.René Lévesque, a montré une attitude souple pour l\u2019application de la nouvelle loi, cherchant à rassurer ainsi les anglophones et les hommes d\u2019affaires.Il a demandé \u2018\u2018qu\u2019on donne à la loi sa chance raisonnable de faire sa carrière, disons un essai loyal pendant un an ou deux qui permettra de voir.si cela peut marcher convenablement\u201d.Le premier ministre a expliqué que la loi 101 permettait à la communauté anglophone du Québec et à ses descendants de conserver toutes ses institutions, que le traitement qui leur était fait, et qui s\u2019explique par le petit nombre de francophones dans la mer 148 L ACTION NATIONALE anglophone de l\u2019Amérique du Nord, était bien plus généreux que celui qui est accordé aux minorités françaises dans les autres provinces et qu\u2019il était justifié par les circonstances particulières qui tiennent entre autres à la \u201cdépendance\u201d du Québec\u201d.M.Lévesque s\u2019est, de plus, engagé devant l'Assemblée nationale et devant tous les Québécois \u201cà appliquer la loi avec toute la flexibilité possible et à montrer une attitude ouverte au maximum tout en restant quand même très ferme sur les principes et sur les articulations essentielles de cette loi.\u201d L\u2019opposition, pour sa part, a noté que la modération du premier ministre ne cadre pas avec la rigidité de la loi 101 et elle l\u2019a dénoncée d\u2019une façon partisane, négative et violente, comme elle l\u2019a généralement toujours fait lors des débats qui ont précédé son adoption.L\u2019observateur non partisan a généralement eu l\u2019impression tout au long des discussions autour de la loi 101 que l\u2019opposition libérale et conservatrice comme beaucoup de journalistes boudaient les aspirations des francophones et qu\u2019elle est là pour défendre les intérêts des autres, ce dont l\u2019électeur pourra se souvenir lors des prochaines élections.Les journaux anglophones de tout le Canada donnaient le ton aux débats.Les réactions négatives n\u2019ont pas fini de surgir.M.Trudeau a déjà parlé de désaveu possible de cette loi, lui qui a déjà promis de mettre le Québec à sa place, avec sa société juste pour les autres.Même devenu unilingue français, le Québec ne boude pas l\u2019anglais Il est regrettable que les partis de l\u2019opposition et même le parti au pouvoir au Québec aient laissé planer l\u2019ambiguïté que la loi 101, parce qu\u2019elle ne contient pas de chapitre sur l\u2019enseignement et l\u2019usage de l\u2019anglais, boude cette langue qui est la langue du commerce et de la finance, surtout en terre d\u2019Amérique.Un tel chapitre n\u2019avait certes pas sa place dans une charte de la langue française.Nier l\u2019importance de l\u2019anglais ou le mettre à sa place sont deux problèmes distincts.Jamais dans l\u2019histoire parlementaire du Québec, n\u2019a-t-on vu autant de ministres s\u2019exprimant si bien dans la langue de Shakespeare.Il fallait d\u2019abord placer au Québec le français là où il doit être: c\u2019est la façon de mieux motiver les francophones à l\u2019étude et à la pratique de leur langue. AU FIL DE L'ACTUALITE 149 Unilingue français sur le plan institutionnel, le Québec encouragera par des mesures appropriées à apprendre l\u2019anglais et d\u2019autres langues vivantes.Le fameux bilinguisme et le multiculturalisme ont trop longtemps camouflé l\u2019obligation à sens unique pour les francophones de s\u2019exprimer en anglais partout.C\u2019est si vrai que les francophones en sont venus à penser que le bilinguisme ne s\u2019adressait qu\u2019à eux et que seuls ils devaient en faire les frais.Les statistiques canadiennes démontrent que le bilinguisme enveloppé dans l\u2019ambiguïté traditionnelle a été dans toutes les provinces, au Québec comme ailleurs, un élément d\u2019anglicisation galopante.La loi 101 vient bloquer ce glissement.Faudra-t-il mieux enseigner l\u2019anglais dans les écoles du Québec?Bien sûr, mais il est pertinent de commencer par le français et ça presse! Les commissaires de la CECM à la remorque de Donat TADDEO Donat Taddeo, un adjoint administratif à l\u2019Université Concordia, un candidat libéral défait et un chef de file des allophones, un commissaire à la CECM, a réussi sans difficulté à convaincre le 26 août 1977 tous les commissaires moins un qui ont emboîté le pas, comme des invertébrés, pour créer des écoles-pilotes enseignant l\u2019anglais dès la première année.Donc, dans au moins une dizaine d\u2019écoles élémentaires du secteur français à Montréal, l\u2019anglais serait enseigné comme langue seconde au rythme de 120 minutes par semaine prises à même les 180 minutes non structurées de la nouvelle maquette-horaire.Le parrain de la résolution, M.Taddeo, a notamment invoqué comme arguments que c\u2019était le désir d\u2019un grand nombre de parents et que la CECM avait le programme, les professeurs et les locaux disponibles pour répondre à ce besoin.L\u2019Alliance des professeurs voit dans cette résolution des \u201cmotifs bassement politiques\u201d, une manoeuvre indigne pour embêter le gouvernement au moment où celui-ci vient d\u2019adopter la Charte du français, un manque de sérieux et de sens pédagogique chez les commissaires de la CECM.Elle rappelle qu\u2019aucune étude sérieuse ne prouve les bienfaits 150 L'ACTION NATIONALE d\u2019un enseignement hâtif de la langue seconde.De plus, \u201cles études menées par !\u201cUnesco et par des spécialistes authentiques en Angleterre au sujet de l\u2019enseignement du gallois et de l\u2019anglais ont démontré qu\u2019un tel enseignement hâtif était préjudiciable à la majorité des élèves.L\u2019Alliance irait jusqu\u2019à l\u2019injonction pour contrer le projet-pilote; elle a déjà l\u2019appui de la CEQ et cherche celui des principaux d\u2019écoles et des cadres de l\u2019enseignement.Le débat n\u2019est pas fini! Selon le ministre Laurin, le ministère de l\u2019Éducation n\u2019a pas été consulté.Le commentateur radiophonique et éditorialiste à Montréal-Matin, Marc Laurendeau, y voit une affaire improvisée, un affront au parlement, une politique de basse-cour et s\u2019est demandé avec raison si les parents qui désirent l\u2019anglais en première année ont été bien informés des conséquences de leur attitude.La SSJB de Montréal s\u2019oppose vivement à la proposition Taddeo qui est une réédition d\u2019un projet maintes fois mis de l\u2019avant par des éducateurs et des parents à courte vue dans le passé et accuse le parrain de la résolution d\u2019avoir des intentions inavouées: \u201cMaintenant que la loi obligera les allophones à fréquenter l\u2019école française, déclare-t-elle, on veut angliciser les classes françaises en y introduisant l\u2019enseignement de l\u2019anglais dès la première année: que l\u2019on commence donc par éclairer les parents qui aspirent à un tel programme et ils comprendront l\u2019illusion et l\u2019acte \u201cindigne\u201d des commissaires de la CECM.Qu\u2019est-ce qu\u2019un QUÉBÉCOIS?A cause d\u2019un paragraphe mal compris dans la Charte du français, plusieurs anglophones du Québec se sont demandé qu\u2019est-ce qu\u2019un Québécois et s\u2019ils étaient laissés pour compte.C\u2019est une bonne question à se poser quelques fois chaque année au Québec, francophones comme anglophones et allophones.Dans le contexte actuel, un QUÉBÉCOIS est un Canadien vivant et intégré au Québec, fier de l\u2019être comme à son milieu de vie immédiat.Non seulement parce qu\u2019il paie des taxes à la province et qu\u2019il en reçoit des biens et des services, mais aussi parce qu\u2019il apporte à ce milieu toutes les ressources de son intelligence, de sa compétence et de sa productivité économique, morale et sociale.Dans le Montreal Star du 2 juillet 1977, le AU FIL DE L\u2019ACTUALITÉ 151 sénateur Molson prend la peine de démontrer dans un texte d'au moins une demi-page son identité québécoise sous le titre \u201cI am also a Québécois.\u201d Comme d\u2019autres anglophones, sa famille depuis 200 ans a contribué à bâtir la vie économique, culturelle et sociale du Québec.Il explique clairement que ce n\u2019est pas seulement parce qu\u2019on parle français ou anglais ou d\u2019autres langues qu\u2019on est Québécois.Mais combien d\u2019autres favorisés par la chance, la fortune et le jeu de la politique ont tout reçu du Québec et n\u2019ont pas apporté grand chose, vivent dans cette province depuis plusieurs décennies sans avoir cherché à s\u2019intégrer au milieu culturel et social de la majorité, blottis dans leur somptueuse solitude sans avoir jamais voulu prononcer un seul mot en français.Comme si la courtoisie vis-à-vis de la majorité n\u2019avait pas aussi ses droits! À partir des critères qui font le Québécois, plusieurs francophones ne méritent pas de s\u2019attribuer cette identité.Ce sont ceux qui n\u2019ont aucune fierté de leur origine, de leur milieu, de leur langue, de leur droit et d\u2019un certain ordre élevé des valeurs.Trop de francophones agissent comme des valets de service, sans effort vers l\u2019excellence au travail et au rendement, vide d\u2019énergie pour respecter et faire respecter les aspirations de leur milieu, prêts à changer d\u2019opinion et de décision pour l\u2019argent, le pouvoir et la jouissance du moment.De telles attitudes de mollusques ne font pas une patrie, une province, une région respectable et respectée.À se laisser acheter par les plus offrants comme le font trop de Québécois dans leur vie privée et tant de politiciens opportunistes, on récolte les fruits de la division et de la propension à consommer.Le vrai Québécois peut-il être un \u201ccolonisé permanent\u201d ou un \u201cimpérialiste manipulant la finance\u201d?Neuf contre un à St.Andrews comme souvent ailleurs au Canada La délégation québécoise s'est présentée à St.Andrews le 18 août avec une proposition d\u2019entente interprovinciale pour régler une fois pour toutes l\u2019épineuse question des droits linguistiques des minorités dans toutes les provinces canadiennes.Cette proposition était ouverte sur toutes sortes de modalités d\u2019entente et imbue d\u2019un esprit 152 L'ACTION NATIONALE fédéraliste.Elle donnait une dimension canadienne au projet de loi 101.Or les neuf provinces canadiennes, suivant en cela prémonition du premier ministre du Canada, P.-E.Trudeau ont opposé un NON catégorique en vertu du fédéralisme même.D\u2019après le commentaire d\u2019un journaliste de l\u2019Evangéline, c\u2019est une autre preuve entre mille qu\u2019à neuf contre un au Canada les meilleures initiatives, fussent-elles les plus innovatrices, sont vouées au véto du Canada anglophone dont M.Trudeau défend prioritairement les intérêts, sous le couvert de l\u2019UNITÉ nationale et du bien général.Qui peut s\u2019empêcher de penser que ce NEUF contre UN ajoute du poids à l\u2019arsenal déjà chargé d\u2019arguments du Parti Québécois?Poussant plus loin la même logique, pourquoi ne pas rayer le Québec de la carte du Canada au nom même d\u2019un fédéralisme simplifié?Les opinions sur le résultat de cette intervention du Québec à St.Andrews varient évidemment avec les éditorialistes des divers journaux et postes de radio et de télévision.Dans le Le Devoir comme dans la plupart des journaux anglophones, les éditorialistes se réjouissent du refus des neuf provinces.Claude Ryan va même jusqu\u2019à dire que les provinces ont ainsi rendu service à la cause de l\u2019unité canadienne bien comprise.Dans The Gazette, d\u2019autre part, l\u2019éditorialiste anonyme de service déclare, comme l\u2019écrit dans Le Jour du 26 août 1977, Jacques Larue-Langlois: \u201cVoilà le genre de pas en avant que le premier ministre Lévesque et son gouvernement peuvent à bon droit acclamer comme étant une victoire fameuse dans la bataille pour les droits de la minorité qui prévaut au Canada depuis plus d\u2019un siècle.C'est UNE VICTOIRE que l\u2019on doit attribuer à la ténacité justifiée d\u2019une série de récents gouvernements québécois, mais le mérite principal en revient à M.Lévesque qui a porté la situation à son point d\u2019aboutissement\u201d.L\u2019industrie de l\u2019UNITÉ NATIONALE Ils pleuvent et ils coûtent cher au contribuable depuis le 15 novembre 1976 les comités officieux et officiels conçus par la majorité dirigeante à Ottawa et une certaine minorité à son service.Mais qu\u2019est-ce que l\u2019unité nationale?Où a-t-elle déjà existé?Sous quelles modalités et au profit de qui?Comment la bâtir autrement que par des textes constitution- AU FIL DE L'ACTUALITÉ 153 nets imposés par la majorité dominante au pays et par une minorité partisane et complaisante?Jusqu\u2019ici, les autorités fédérales ont investi beaucoup de ressources en argent et en hommes pour la vente forcée de l\u2019UNITÉ NATIONALE comme les médecins ou les pharmaciens vendent des \u201cplacebos\u201d ou fausses pilules qui n\u2019ont pour effet que d\u2019entretenir la confiance, créer des illusions ou augmenter les profits sur les ventes de faux médicaments.Les \u201cplacebos\u201d sont un apport substantiel à ce genre d\u2019industrie prospère.Lise Bissonnette écrivait dans La Presse du 26 juillet que \u201cl\u2019unité canadienne\u201d contribuait à la création directe d\u2019emplois à Ottawa.Cette fois, c\u2019est pour une vingtaine de postes consacrés à un \u201cgroupe d\u2019information sur l\u2019unité canadienne que le Conseil du Trésor autorisera des crédits.\u201d Selon M.Trudeau, il ne s\u2019agissait pas de faire revivre la défunte Information Canada pour mieux véhiculer l\u2019information gouvernementale, mais de créer \u201cun centre d\u2019information chargé de contrer la propagande subversive\" du gouvernement du Ouébec.Le groupe devait être dirigé par Pierre Lefebvre lui-même membre du \"groupe Tellier\u201d, cette équipe de choc de l\u2019unité canadienne mise au monde après la victoire péquiste de novembre 1976.M.Trudeau rassurait l\u2019opposition en lui affirmant qu\u2019il ne s\u2019agissait pas d'une nouvelle machine de propagande à même les fonds publics pour le parti libéral fédéral, mais de faire échec à 10 ou 15 bureaux que le gouvernement du Ouébec aurait organisés à travers la province pour diffuser les informations favorables au séparatisme\u201d.À Ouébec, le gouvernement ne savait pas à quels bureaux M.Trudeau faisait allusion et on a bientôt découvert qu\u2019il s\u2019agissait d\u2019une nouvelle chasse aux sorcières.Aux trois groupes d\u2019étude sur l\u2019unité canadienne formés par le gouvernement fédéral depuis le 15 novembre s\u2019est ajoutée la Commission PÉPIN-ROBARTS, mise sur pied en vertu de la loi sur les enquêtes et qui a pour mission de traiter directement avec divers groupes de citoyens canadiens.Ouelques bons points en faveur de cette commission: les deux co-présidents jouissent d\u2019un grand prestige au sein des fédéralistes; ils sont des hommes qui s\u2019ouvrent au dialogue.Les cinq grandes régions du Canada 154 L'ACTION NATIONALE y seront représentées.Plusieurs réserves graves cependant s\u2019imposent.Robarts, ex-premier ministre de l\u2019Ontario n\u2019a jamais voulu admettre, dans la pratique, comme M.Trudeau d\u2019ailleurs, le caractère distinct de deux grandes nations au Canada et semble ramener le problème de l\u2019unité à des privilèges à concéder au Québec.Pépin s\u2019est déjà gravement compromis par des déclarations émotives, sans fondement et mesquines sur les aspirations des francophones du Québec.Il a multiplié les procès d\u2019intention sur l\u2019idéologie et les attitudes que pourrait prendre le gouvernement Lévesque, notamment à l\u2019occasion du référendum.Grande réserve aussi sur la composition de la commission qui écarte de son giron toute personne sympathique au séparatisme, privant ainsi les commissaires du son de cloche qui, du point de vue des fédéralistes, brise la soi-disant harmonie de l\u2019unité nationale.Une commission à l\u2019image de la Commission Laurendeau-Dunton avec une égale représentation des deux principales communautés ethniques du Canada, avec, en plus, un élément discordant issu du groupe anti-fédéraliste et avec d\u2019autres éléments permettant l\u2019équilibre des éléments de l\u2019équipe en présence, tout cela aurait permis de voir les facettes diverses du problème de l\u2019unité et d\u2019apporter les innovations qui urgent au Canada.Il est impérieux à la Commission d\u2019aller au fond des choses et de bien entendre ceux qui veulent un changement modéré au statu quo actuel comme ceux qui désirent l\u2019autonomie sous une forme totale dans un contexte d\u2019association.On dirait que le premier ministre Trudeau a eu peur de la vérité ou qu\u2019il la connaît trop bien et qu'il veut la masquer de nouveau.Si le groupe Pépin-Robarts ne doit faire que de l\u2019animation pastorale, des discours sonores sur l'unité canadienne, du missionariat et de la propagande fédéraliste, il tournera en rond.Il doit procéder d\u2019une façon scientifique, non partisane et avec rigueur.Madame Solange Chaput-Rolland et Gérald Beaudoin pourraient être un actif précieux pour la Commission, s\u2019ils ont leur franc-parler, s\u2019ils innovent au-delà des limites juridiques et s\u2019ils ont le courage de dépasser les belles paroles pour préconiser des solutions pratiques qui fouettent la fierté que pourraient avoir francophones et anglophones de vivre ensemble.Les grands sourires et les déclarations fracassantes de M.Pépin ne convaincront jamais une grande partie de la population du Québec.L\u2019heure des AU FIL DE L'ACTUALITÉ 155 \u201cplacebos\u201d est périmée en 1977 et vers l\u2019an 2000 à plus forte raison.La peur des solutions draconiennes pourrit les sociétés qui veulent s\u2019affirmer.La Commission Pépin-Robarts donne déjà tous les indices d\u2019un outil pour faire l\u2019autopsie de l\u2019unité canadienne.Espérons que l\u2019avenir démentira cette vision des décisions qu\u2019elle pourrait prendre.\u201cLa Confédération doit se dissoudre un jour\u201d (Henri Bourassa, 22 décembre 1921) Au lendemain de la conférence intergouvemementale de St-Andrews et quand on parcourt, depuis le 15 novembre 1976, les éditoriaux de plusieurs journaux francophones, notamment Le Devoir où l\u2019on traite de racistes, de rêveurs, et de mesquins ceux qui veulent affirmer leur identité d\u2019une façon rajeunie dans la modération et le respect du droit des autres, on ne peut s\u2019empêcher d\u2019évoquer ces paroles que prononçait, le 22 décembre 1922, Henri Bourassa et que citait Pierre Chaloult dans Le Jour du 26 août 1977, à savoir: \"La Confédération a vécu en puissance.Durera-t-elle vingt ans ou trente ans, je l\u2019ignore; mais elle doit se dissoudre un jour.En annexant cet immense territoire de l\u2019Ouest où devait pénétrer l\u2019influence américaine, les pères de la Confédération ont fait une erreur capitale.Ils ont mis le poison dans le berceau de l\u2019enfant.De plus en plus notre vie nationale sera dominée par la rivalité de l\u2019Est et de l\u2019Ouest.\u201cPuisque la Confédération a vécu, nous devons surtout préciser notre programme, le limiter à nous-mêmes.Refaisons-nous nous-mêmes.\u201cLES ANGLAIS ONT VOULU EMPLOYER LA CONFÉDÉRATION À NOUS ASSERVIR, MAIS ILS N\u2019ONT PAS VOULU DE L\u2019ASSOCIATION ÉGALE AVEC NOUS! CHERCHONS DONC AILLEURS DES APPUIS.\" La Commission Pépin-Robarts-Chaput Rolland, le directeur actuel du journal Le Devoir, les chefs d\u2019opposition à l\u2019Assemblée nationale qui s\u2019agenouillent si souvent devant les anglophones du Québec pour leur montrer leur soumission au fédéralisme et le mépris qu\u2019ils ont du Parti Québécois gagneraient à méditer ce texte de Henri Bouras- 156 L'ACTION NATIONALE sa.L\u2019Anglais au Canada a cette fierté et ce sens pratique de la vie politique pour ne pas se faire entrepreneur en démolition; la solidarité économique et politique qui le caractérise pour et avec les siens lui évite de se comporter comme l\u2019enfant qui se blottit sous les jupes de sa mère.Ne faites plus de concessions au Québec! Assez de concessions au Québec, \u201cNo more deals for Quebec\u2019\u2019 clamait Donald Creighton dans le Macleans\u2019s, Canada\u2019s News Magazine, le 27 juin 1977.Ce grand périodique des Canadiens anglophones consacrait une pleine page couverture au titre de l\u2019article et un grand nombre de pages aux textes farcis de faits, de commentaires et de propositions aussi chargées d'émotions partisanes les unes que les autres.Creighton est pourtant un historien qui a depuis longtemps ses lettres de noblesse au Canada anglais.Mais il ne faut pas oublier que la corruption de ce qu\u2019il y a de meilleur, c\u2019est celle qui sent le plus mauvais.\u201cCorruption optimi, pessima\".Il faudrait un article complet pour démêler dans cet article, les faits et la fiction, ce qui est privilège et ce qui est droit pour le Québec.Ce serait peine perdue puisque l\u2019auteur semble avoir vendu son droit d\u2019aînesse pour un plat de lentilles et qu\u2019il paraît n\u2019avoir rien compris à l\u2019évolution du Canada depuis 1867.Ce qui est plus grave, c\u2019est qu\u2019il ne dit à peu près rien des concessions innombrables que le Québec a faites sous la pression d\u2019Ottawa depuis plus de 100 ans.La conclusion que l\u2019on peut retenir des propos fanatiques de M.Creighton, c\u2019est que la Confédération a été un mariage forcé, sans contrat, sans égard pour l\u2019apport des francophones qui auraient dû être assimilés de force et qui ne méritent même pas la partie essentielle du territoire sur lequel ils vivent.Pourquoi 366,000 Québécois ont quitté leur province depuis 10 ans?Cette saignée que rapportaient les média d\u2019information du 23 août veut dire une moyenne de 36,000 par an ajoutée aux 42,700 décès et entame gravement les 95,000 naissances; elle ne laisse guère plus de 16,000 personnes et AU FIL DE L'ACTUALITÉ 157 ne trouve pas de compensation par les quelque 40,000 immigrants intégrés au Québec chaque année.Ce n\u2019est pas un phénomène nouveau, puisque des gens de toutes les provinces ont toujours quitté en assez grand nombre leur province pour aller soit dans les autres provinces soit aux Etats-Unis qui en ont accueilli environ 2,000,000 depuis un siècle.Traditionnellement, on a donné trois raisons principales à cette hémorragie: le manque à gagner, l\u2019attrait des bons salaires et le souci de meilleures conditions de travail et de climat.Avec la diminution quasi tragique des naissances, il faut à tout prix faire la recherche systématique des causes de ce malaise et le moyen de les faire disparaître.Le gouvernement du Québec a ainsi un autre défi à relever.20 fois plus d\u2019avortements thérapeutiques dans les hôpitaux anglophones \u201cAu Québec, le nombre des avortements thérapeutiques a augmenté d\u2019environ un millier par an depuis l'adoption d\u2019une loi fédérale à ce sujet en 1970.Le nombre d\u2019institutions offrant ce service n\u2019a pas progressé cependant et ce sont toujours les hôpitaux anglophones qui s\u2019acquittent de cette tâche.Il y avait 23 hôpitaux qui possédaient des comités thérapeutiques en 1970.En 1976, ce nombre était passé à 29\u201d.C\u2019est en résumé, la constatation que faisait Michel Hotte dans un grand article de La Presse du 6 août 1977.On ne tient pas compte des Québécois qui vont se faire avorter aux États-Unis ou dans les cliniques plus ou moins clandestines de la province.Dans la seule année 1976, on a signalé 6,670 avortements, ce qui représentait une augmentation de 17% par rapport à 1975.À lui seul le Montreal General Hospital a enregistré 11,955 avortements en 5 ans.La guerre est donc déclarée à la vie humaine au Québec comme ailleurs, et le respect de la vie est pour un grand nombre un vain mot.Le point de vue moral, si important soit-il, est ignoré.La province n\u2019a pas les moyens de tolérer plus longtemps cet état de choses! On a beau parler des pertes de vie dans le sud de l\u2019Afrique ou ailleurs dans le monde, on rêve en couleur si une telle situation n\u2019est pas redressée.Avec une 158 L'ACTION NATIONALE population en perte de vitesse de croissance naturelle, c\u2019est une utopie de penser à un Québec libre à l\u2019intérieur ou à l\u2019extérieur du fédéralisme! La liberté de tuer sans freins par la pilule, le bistouri ou l'appareil à succion, c\u2019est le cancer qui conduit à l\u2019abolition des forces vives d\u2019une entité ethnique et ruine tous les espoirs de bâtir un pays à soi qui se fera respecter.Cette dimension du problème de l\u2019avortement peut faire sourire, mais elle est aussi réaliste que la dimension morale qui la soustend.Qu\u2019on le veuille ou non la loi du nombre est déterminante en histoire.Le livre blanc sur le référendum ou la consultation populaire Ce livre qui apporte plusieurs réponses aux questions que l\u2019on se posait depuis l\u2019accession au pouvoir du Parti Québécois sur le référendum ou l\u2019avenir constitutionnel de la province, est enfin paru.Destiné à faire l\u2019objet de larges débats publics et en commission parlementaire dès octobre 1977, le projet de loi est attendu en décembre.Le gouvernement se propose de recourir régulièrement à cette méthode de consultation au nom de la démocratisation de nos institutions publiques.A trop user de ce procédé, la responsabilité ministérielle pourrait en subir des accrocs.Un recours occasionnel ne peut être que légitime.Les réactions n\u2019ont pas tardé.Plusieurs s\u2019en prennent à l\u2019institution même du référendum, comme le leader parlementaire de l\u2019opposition officielle, M.Lavoie, qui laisse entendre que c\u2019est le commencement de l\u2019érosion de nos institutions parlementaires britanniques; Joe Clark s\u2019en prend aux modalités du référendum et signale que rien ne l\u2019empêchera de venir à Québec chanter les bienfaits du régime fédéral; le Star y voit une façon de consacrer la tyrannie de la majorité; la Gazette trouve l\u2019affaire \"méticuleusement démocratique dans les principes\u201d; d\u2019autres journaux insistent sur l\u2019importance de la question qui sera posée.Marc Laurendeau de Montréal-Matin fait une analyse lucide et pondérée de la mécanique du référendum.La réplique qu\u2019il adresse à Joe Clark mérite surtout d\u2019être retenue: \u201cLe livre blanc ne semble pas le priver de la pos- AU FIL DE L\u2019ACTUALITÉ 159 sibilité d\u2019intervenir dans la Belle Province, mais il devra le faire à l\u2019intérieur du fonctionnement et du budget d\u2019un des deux ou trois groupes défendant une option majeure.Sans une réglementation de ce genre, les politiciens de tout le Canada viendraient au Québec participer bruyamment à la campagne référendaire et la courte période d\u2019échauffement ressemblerait, dans l\u2019escalade de propagande, à une agression de Goliath contre David\u201d.Finis les faux épouvantails, c\u2019est une révolution économique qu\u2019il faut au Québec Sans parler du complot appréhendé contre la vie de René Lévesque et de quelques-uns de ses principaux ministres, oublions les épouvantails et les abus d\u2019expressions propres à semer la panique qu\u2019ont multipliés depuis dix mois plusieurs ministres à Ottawa et députés de l\u2019opposition à Québec, un grand nombre de leaders du monde des affaires et des quotidiens.Serrons-nous les coudes autour d'une question aussi essentielle que l\u2019ÉCONOMIE.C\u2019est ce qui se dégage d\u2019une intervention de Rodrigue Tremblay, ministre de l\u2019Industrie et du Commerce, qu\u2019il a faite en présentant le projet de loi 48 sur le développement industriel: \"Le Québec a besoin d\u2019une nouvelle révolution tranquille, mais cette fois de NATURE ECONOMIQUE\u201d.Le Parti québécois avait un VRAI PROBLÈME linguistique à régler.Il en a un autre non moins important et crucial, la relance économique.La loi 48 devrait apporter des stimulants fiscaux aux petites et aux moyennes entreprises.La marge de manoeuvre de Québec est cependant fort mince, puisque les grands leviers de commande sont entre les mains d\u2019Ottawa.Le défi à relever par la mécanique du fédéralisme à laquelle le P.Q.fera appel est de taille.Les prochains mois vont apporter une nouvelle preuve, celle de savoir si elle peut fonctionner. JEUNESSE ET PATRIMOINE par Jean Genest JEUNESSE ET PATRIMOINE 161 Dégageons des questions prometteuses: y a-t-il de l\u2019espoir?Par exemple, devant la démographie, le marxisme et nos ressources naturelles, quel espoir est permis?Bref de quel patrimoine s\u2019agit-il?Si nous les remettons dans la dynamique du Québec actuel et si nous nous interrogeons sur la situation concrète faite aux jeunes en rapport avec ces questions nous en arriverons à dégager quelques grandes lignes de ce patrimoine que nous voulons léguer à notre jeunesse.Comme préambule, nous croyons important de bien nous situer entre deux grandes écoles historiques qui prévalent au Québec et qui, toutes deux, atteignent nos jeunes par les mille chemins des mass-média.Ainsi, la première école, celle de quelques historiens de l\u2019Université Laval, se pose, comme ils disent, \u201cen fils de l\u2019interrogation\u201d.Ils \u201ccherchent à débusquer les réalités vivantes qui se cachent sous les apparences de l\u2019événement et de l'anecdote; à l\u2019action d\u2019éclat, au nom prestigieux, ils ont substitué la recherche de l\u2019action du nombre, des mouvements lents mais continus, des déterminations autant que des hasards (Hist, du Q., sous la direction de Jean Hamelin, p.7, 1976).Selon eux, les hommes n\u2019exercent que des micro-effets sur la dynamique de l\u2019histoire laquelle dépendrait surtout des grands nombres et des grandes forces déterminantes, comme l\u2019économique, la géographie, le milieu social.Le destin d\u2019un peuple ressemblerait à un iceberg: les hommes n\u2019occuperaient que la pointe visible mais la masse serait emportée par le courant qui gouverne les océans.Pour les Québécois, cet océan, impossible à éviter, où nous irions nous fondre, serait le melting-pot américain.Cette thèse désespérée émerge dans l'article de Robert Scully, publié par le Washington Post du 15 avril dernier.Ses différentes expressions ne sous-estiment-elles pas la volonté libre des hommes?Sous prétexte de réalisme, cet intellectualisme très poussé n\u2019implante-t-il pas la désespérance au coeur des jeunes?Que peuvent penser les étudiants qui entendent des maîtres leur suggérer l\u2019inutilité de l\u2019espérance et qui l\u2019assimilent à des mythes ou à de la rhétorique?La deuxième école ne croit pas aux irrémédiables conclusions.Elle met en valeur que, depuis les Plaines d\u2019Abraham, de multiples personnalités de premier plan ont opposé des correctifs têtus à des tâches qui paraissaient 162 L'ACTION NATIONALE impossibles.Par des décisions multipliées, ces hommes, qui n\u2019étaient pas des saints mais qui incarnaient des valeurs, ont su opérer un macro-redressement de la situation difficile et du destin surprenant de la nation française.Personne parmi eux ne nie les forces de la géographie, de l\u2019économie, de la civilisation anglo-américaine mais ils ont su nous communiquer les grandes motivations qui nous font assumer les espérances d\u2019une collectivité comme la nôtre.L\u2019abbé Groulx ne nous disait-il pas: \u201cNous appartenons à ce petit groupe de peuples de la terre \u2014 combien sont-ils?quatre ou cinq?\u2014 au destin d\u2019une espèce particulière: l\u2019espèce tragique.Pour eux l\u2019anxiété n\u2019est pas de savoir si demain ils seront prospères ou malheureux, grands ou petits mais s\u2019ils seront ou ne seront pas\u2019\u2019.Aux déterminismes nous pouvons opposer nos convictions.Aux forces obscures nous pouvons imposer nos volontés libres.Ainsi l\u2019homme reprend la première place dans l\u2019histoire.Il est le faiseur, l\u2019architecte de l\u2019avenir.Ainsi le jeune récupère l\u2019espérance.Il peut accepter de porter les responsabilités de tout un peuple.Les fameuses forces obscures deviendront un danger, oui, mais seulement le jour où il n\u2019y aurait plus d\u2019hommes libres et vrais.Si j\u2019adopte la première conception de I histoire mon article se terminerait ici même, par pessimisme.A quoi bon parler à des condamnés à une mort prochaine?Tout au plus conviendrait-il de leur pardonner et de les absoudre.Mais si nous croyons en l\u2019homme, alors il devient important de fournir des inspirations et des projets aux jeunes.L\u2019espérance redevient possible.N\u2019allez pas croire que cette option termine nos difficultés.Au contraire, elle nous convie, comme je me propose de le faire avec vous, à un véritable examen de conscience collectif sur notre gestion actuelle comme citoyens responsables, comme parents et éducateurs.Commençons par étudier le problème de notre survivance comme nation, c\u2019est-à-dire de notre angoissant problème démographique.I - LE PROBLÈME DÉMOGRAPHIQUE.Pour influencer le cours de l\u2019histoire en Amérique du Nord, il nous faut des hommes et des femmes, nombreux et JEUNESSE ET PATRIMOINE 163 remarquables.Le commencement de l\u2019espoir, pour nous qui sommes entourés par 250,000,000 d\u2019Anglo-Américains, c\u2019est d\u2019abord de compter nos jeunes.Or le Québec traverse la plus grave crise de toute son existence.Nous connaissons, depuis une dizaine d\u2019années, un chômage des utérus imprévu, invraisemblable, catastrophique.Notre population scolaire passe de 1,700,000 élèves en 1965 à 1,200,000 en 1975, soit en dix ans une perte de 500,000 jeunes et 20,000 enseignants de moins.A Montréal, 84 écoles ne sont occupées qu\u2019à 60% de leur capacité et, en septembre 1977, on en fermera une vingtaine, faute d\u2019élèves.\u201cEn 1982, selon M.Maurice Lebel, professeur de Laval, il y aura 30% de moins d\u2019étudiants au Canada par suite de notre égoïsme collectif\u201d.Après avoir détenu le championnat des naissances, le Québec se classe maintenant au dernier rang des provinces canadiennes pour l\u2019accroissement démographique: en 1957, le Québec avait 29.7% naissances par 1000 habitants; en 1972, il n\u2019en a plus que 13.8% (Dossiers du Devoir, novembre 1976, p.46 et 48).Dans cette catastrophe nationale nous ne pouvons pas compter sur l\u2019immigration car les immigrants se donnent à près de 95%à la civilisation anglo-américaine.Isolés, nous ne pouvons compter que sur nous-mêmes.Une sorte de peste du Moyen Âge ou une guerre silencieuse nous laisse à un degré zéro de croissance pour plusieurs années.M.Claude Forget peut bien trouver que cette chute de la natalité n\u2019est pas une tragédie mais ne faut-il pas nous rappeler que l\u2019histoire se moque éperdument des peuples qui n\u2019ont pas le nombre.On demandait à M.Michel Brunet, professeur d\u2019histoire, ce qui était le plus important pour un peuple: \u201cLe nombre\u201d, répondit-il.\u201cEt quelle est la deuxième chose la plus importante?\u201d - \u201cLe nombre!\u201d \u201cQuelle est la troisième chose la plus importante?\u201d \u2014 \u201cLe nombre!\u201d.On a même osé dire dans les journaux que la diminution des naissances permettrait de hausser le niveau de vie des survivants: cet égoïsme se pare de cynisme.Serions-nous malades pour ne pas voir la crise que traverse la famille canadienne-française?Malgré les pertes, il nous reste des jeunes.Depuis 1964, nous leur avons bâti le plus beau système d\u2019éducation 164 L'ACTION NATIONALE à un prix qui dépasse les quinze milliards de dollars.Aucune génération, comme la nôtre, n\u2019a accepté autant de taxes et d\u2019impôts pour l\u2019instruction de sa jeunesse: nous voulions assurer son entrée à l\u2019université et donner au Québec les compétences nécessaires.Nous avons réussi à démocratiser l\u2019éducation mais à peu près personne n\u2019est satisfait des résultats.Un fait demeure clair: la démographie actuelle ne suffit pas à donner l\u2019espérance.La conséquence la plus profonde de ce désastre c\u2019est que s\u2019installe, chez nous, une morale de la raison, une morale de ce qui nous paraît raisonnable au détriment d\u2019une morale divine.Centrés sur nos intérêts et nos conforts nous sommes conduits, hommes et femmes, à un certain désintéressement ou à une indifférence floue au point de vue religieux et moral.Et cela retentit sur notre conception de la famille, de l\u2019avortement, du divorce et de l\u2019amour indissoluble.Le relativisme s\u2019installe-t-il de façon permanente?En ce cas nous serions bien malades car le relativisme est l\u2019ennemi de la famille.Quels espoirs avons-nous d\u2019un redressement?C\u2019est tout le problème de la religion et de la culture dans le Québec actuel.Il - LE PROBLÈME RELIGIEUX ET CULTUREL Malgré les efforts admirables des professeurs de catéchèse et des agents de la pastorale, malgré les 8000 prêtres, religieux et religieuses qui travaillent aux côtés des 60,000 professeurs laïcs, une impression assez pénible se dégage de l\u2019ensemble des activités de l\u2019Église en milieu scolaire.Avons-nous un système confessionnel?Le Comité catholique du Conseil supérieur de l\u2019éducation s'interroge.Les Evêques s\u2019interrogent.Tout le monde s\u2019interroge.Cherchons-nous des coupables?En toute justice nous ne pouvons mettre le doigt, de façon exclusive, sur personne.Le phénomène est mondial.Les mass-média ont si obscurci nos devoirs, la surprise des changements si rapides et si profonds est tellement complète que nous ne savons trop par où commencer la remontée des forces spirituelles et comment ressouder la fidélité au passé avec les forces qui nous propulsent vers l\u2019avenir, dans toutes les directions.Nos écoles, par leur équipement scientifique et audiovisuel, sont parmi les plus riches au monde.Pourtant nos JEUNESSE ET PATRIMOINE 165 bâtisses immenses laissent l\u2019impression d\u2019un vide déroutant pour de nombreux parents, nouveau et effarant pour les responsables qui ont à penser l\u2019avenir de notre Québec.La coquille est magnifique mais l\u2019espérance qui l'habite ne suggère-t-elle pas un enthousiasme assez mitigé?Nos importations n\u2019ont pas été toutes heureuses et la baisse de notre vitalité religieuse n\u2019est certainement pas inspiratrice du don de soi chez les jeunes.Chez les jeunes, il y a remise en cause très profonde du modèle culturel et religieux que nous avons vécu.Hélène Pelletier-Baillargeon écrivait (Le Jour, 18 mars 1977): \u201cQue l\u2019on fasse remonter la source de tous nos maux à la perversité intrinsèque de la \u2018\u2018classe dominante\" ou à celle de la \u201cclasse socialisante-laïcisante\u201d, importe assez peu, à vrai dire, puisque tout le monde, au bout du compte s\u2019entend assez bien pour conclure que \u201cça ne peut plus continuer comme ça\u201d.Elle attaque alors les faiseurs de pédagogies perdus dans les nuages et termine par une enquête de la revue Châtelaine qui révèle ceci: 59% des filles et 54% des garçons de l\u2019école publique ne souhaitent pas envoyer leurs enfants à l\u2019école publique.La conclusion est inattendue: le système des écoles publiques, bâties avec notre argent, fabrique lui-même la clientèle des écoles privées de demain, du moins c\u2019est là que la majorité des jeunes mettent leur espérance quand ils pensent religion et culture.Le Mouvement en faveur de l\u2019école démocratique, qui sera fondé à Montréal, le 14 mai 1977, par des organisateurs de la Centrale des enseignants du Québec, ne devra-t-il pas tenir compte de ces faits et de ces statistiques?Au point de vue religieux il est à peu près certain que nous en arriverons à un secteur d\u2019écoles neutres.Au point de vue culturel, si nous voulons que nos jeunes apprennent le français, ne faudra-t-il pas revenir à la bonne vieille orthographe, à la syntaxe, à la dictée et aux exercices répétés?L\u2019audio-visuel et la télévision ne sont pas tout en ce domaine.Et les mathématiques, ne faudra-t-il pas revenir à l\u2019apprentissage des tables de multiplication, ne fût-ce que pour préparer des citoyens capables de remplir leurs formules d\u2019impôts?Pour la formation du caractère, ne faudra-t-il pas admettre un minimum de discipline et ne plus faire 166 L'ACTION NATIONALE croire à nos adolescents que les trois A (automobile, alcool, amour) sont les trois seuls buts de la vie pour eux?Et tous ne devraient-ils pas recevoir, comme éducation nationale, un certain bagage d\u2019histoire et de géographie?L\u2019absence de motivation valable ou l\u2019absence d\u2019une certaine qualité dans l\u2019espérance n\u2019explique-t-elle pas le grand nombre de dropouts permanents qui, à Montréal, atteint 12% des élèves?N\u2019explique-t-elle pas aussi le vandalisme qui, en 1975-1976, à Montréal seulement, exigea des réparations dépassant $2,500,000?Faut-il aussi parler de la spécialisation précoce à laquelle sont soumis nos jeunes et qui en déboussole un grand nombre en cours de route?En arriverons-nous à une génération comme celle décrite par William Manchester dans son histoire moderne des Etats-Unis, qui serait \u201cmunie de radars merveilleux mais démunie de gyroscope\u201d?Que sommes-nous à cultiver: des déceptions en chaîne ou un émerveillement progressif?L\u2019univers que nous enseignons est-il une source de beauté et d\u2019amour, une invitation à contempler et à se dépasser soi-même?Pour mieux comprendre, replaçons nos défaillances d\u2019espérance dans une intelligence supérieure de la marche de notre civilisation.Notre civilisation occidentale est, aujourd\u2019hui, un monde en transition ou mieux un monde en mutation.À la Renaissance au 15e siècle, à la Révolution française au 18e siècle, la géographie des pays, des religions et des cultures a subi des mutations profondes et décisives.Or en cette fin du 20e siècle, nous connaissons une mutation du même genre: notre conception de l\u2019homme se modifie ainsi que notre image de la société.Nous assistons à la fin d\u2019un monde élitiste et nous voyons naître, comme par secousses, une démocratie sociale, économique et politique beaucoup plus caractérisée qu\u2019hier.Les idées de participation et d\u2019égalité entre les hommes prennent un sens et une urgence nouveaux.Quel sera le visage de demain?Entre toutes nos incertitudes, nous pouvons distinguer l\u2019émergence d\u2019un nouvel humanisme et d\u2019une nouvelle conception des contrats dans la société.Nos jeunes, fortement influencés par les mass-média, se mettent au rythme du monde et ces transformations, objets de crainte pour tant de monde dans notre génération plus avancée, ne sont pour eux que des motifs d\u2019espoir.Mais encore faut-il ne pas succomber aux JEUNESSE ET PATRIMOINE 167 mirages et analyser ces transformations de notre patrimoine à remettre entre les mains de nos jeunes.Ill - LE PROBLÈME DE L\u2018AVENIR ET DU PATRIMOINE! Notre conception de la société et de l\u2019homme, prolétaire, bourgeois ou millionnaire, se modifie en nous et autour de nous si nous savons lire et observer.Des faits, sans importance hier, deviennent majeurs dans ces nouvelles perspectives et ils nous permettent d\u2019entrevoir ce monde que nous léguerons à nos jeunes, ce patrimoine que nous leur préparons.A) AU POINT DE VUE DE LA COMPÉTENCE.Quoi qu\u2019il en soit des critiques qui pleuvent sur notre système d\u2019éducation, comme ceux qui disent qu\u2019il serait une copie malheureuse du système américain, qu\u2019il serait vide en véritable éducation du coeur et du caractère, qu\u2019il serait un champ d\u2019expérimentation pour des incohérences pédagogiques ou une éducation sexuelle naturaliste, et chacun peut en ajouter, il reste que près de 50% de nos jeunes peuvent poursuivre leurs études jusqu\u2019à l\u2019université.Hier, trop d\u2019hommes d\u2019affaires et d\u2019entrepreneurs n\u2019étaient souvent que des autodidactes ou des gens soumis, corps et âme à leurs patrons.Les jeunes ne pouvaient recevoir d\u2019eux que des mots d\u2019ordre comme ceux de la Canadian Manufacturer\u2019s Association: \u201cApprenez l\u2019anglais!\u201d Cela est important mais comme nos jeunes reçoivent une meilleure formation et qu\u2019ils ne veulent pas rester des porteurs d'eau, ils envisagent de diriger des entreprises et, pour eux, le patrimoine ne devient intéressant que s\u2019il leur permet d'être maîtres chez nous, maîtres de notre patrimoine.Cette révolution apportée par les universités est récente.Rappelez-vous que la Faculté des Sciences de l\u2019Université de Montréal date de 1952.Grâce à nos universités, le Québec possède une nouvelle classe de dirigeants dans le monde économique, capables d\u2019intégrer leurs activités propres dans l\u2019ensemble des besoins économiques et sociaux de leur pays.Nos jeunes savent mieux l\u2019importance de l\u2019État, des investissements et du développement industriel en vue du plein emploi régulier.À cause de cet intérêt nouveau, nos jeunes étudient le marché des res- 168 L'ACTION NATIONALE sources naturelles et le marché du travail avec d\u2019autres yeux que notre propre génération.L\u2019essor récent de nos entreprises économiques est formidable, celui de nos trois banques, de notre mouvement coopératif, nos sociétés d\u2019État comme Sidbec et Scquem, nos entreprises d\u2019assurances comme La Laurentienne, l\u2019Alliance, les Artisans Coopvie, nos compagnies d\u2019alimentation comme Provigo, etc.Bref, nous sommes en plein bouillonnement économique.Plus d\u2019une douzaine de nos entreprises dépassent le milliard d\u2019affaires.Aussi les espoirs de nos jeunes sont plus vastes.Les Anglo-Canadiens ont de la difficulté à comprendre cette transformation.Plusieurs d\u2019entre eux menacent d\u2019émigrer en Ontario mais nos jeunes se savent assez compétents pour prendre la relève.Les Anglo-Canadiens, pour un bon nombre, ne sont plus irremplaçables mais ils ne le savent pas encore et cela explique beaucoup de leurs réactions amères.Ils se croient encore nécessaires pour nous bien gouverner.B) AU POINT DE VUE IDÉOLOGIQUE Par ailleurs nos jeunes paraissent moins solides ou moins informés en ce qui regarde l\u2019effritement de notre patrimoine au point de vue idéologique.Il semble que tout le terrain perdu par l\u2019Eglise en ces dix-sept dernières années commence à être occupé par le socialisme, depuis ses formes les plus humaines jusqu\u2019au marxisme le plus durci.Mais toutes ces formes ont en commun de promouvoir la lutte des classes plutôt que leur collaboration et de promouvoir le rôle de l\u2019État jusqu\u2019à ses formes les plus inacceptables.Des groupuscules éparpillés émergent dans les syndicats, certaines coopératives, certaines facultés de nos universités et dans nos CEGEP: ils ont la caractéristique commune de connaître la tentation totalitaire.En théorie ou en rêve, il est possible d\u2019imaginer un système marxiste qui ne soit pas totalitaire mais, en pratique et selon l\u2019histoire concrète des soixante dernières années, aucun pays marxiste n\u2019a pu éviter le totalitarisme dictatorial appuyé par une armée omniprésente et une police secrète chargée de remplir les camps de concentration.De plus, JEUNESSE ET PATRIMOINE 169 ces groupuscules ont en commun deux points faibles: ils attaquent le capitalisme à fond de train et ils n\u2019offrent rien de valable pour remplacer les ruines dont ils nous menacent d\u2019un coeur trop léger.D\u2019abord ils attaquent le capitalisme, comme Marx, mais le capitalisme d'Adam Smith a cessé d\u2019exister depuis longtemps.Les Étatsont apporté des correctifs puissants: I) celui des impôts sur les revenus et les héritages, ce qui occasionne un nivellement économique et une répartition des richesses à chaque génération; 2) celui de l\u2019obligation pour l\u2019entreprise de rendre compte de sa gestion à l\u2019État et même de sa production quand l\u2019État se fait dirigiste d\u2019un plan; 3) celui des syndicats ouvriers qui ont une action très importante en tout ce qui regarde les salaires, les conditions de travail, les conventions collectives et qui sont autrement efficaces que les comités ouvriers dans les usines de l\u2019URSS qui ne sont jamais qu\u2019une courroie de transmission des ordres du Parti aux ouvriers.Ces correctifs nous donnent un néo-capitalisme.Ce néo-capitalisme n\u2019est certainement pas le paradis sur terre.Il présente encore des exploiteurs du monde ouvrier mais nous disons que l'échelle des exploitations inhumaines possibles est mille fois moins grande que celle du capitalisme d\u2019État que nous rencontrons dans les pays marxistes.Ce néo-capitalisme est en pleine évolution: avec la liberté nous pouvons l\u2019améliorer comme en proposant des normes d\u2019écologie, d\u2019accidents de travail, de sécurité d\u2019emploi, de salaire annuel garanti, etc.C'est le propre de notre démocratie actuelle d\u2019innover, de tenter l\u2019ouverture de chemins nouveaux comme à Tricofil, Tembec et Cabano, pour créer un monde plus humain.Nos jeunes, à la condition de ne pas tomber dans les simplifications doctrinaires et d\u2019accepter le pluralisme des projets, voient leur patrimoine s\u2019élargir et s\u2019enrichir d\u2019une multitude de possibilités sociales.Et cela au moment même où l\u2019économie marxiste se sclérose et se durcit dans l\u2019immobilité de sa bureaucratie, de sa classe dominante conservatrice et la fixité de ses formules.Puis ces groupuscules de radicaux n\u2019offrent que des ruines à faire par la révolution et ils n\u2019apportent aucun plan 170 L'ACTION NATIONALE de reconstruction autre que celui d\u2019implanter la classe des travailleurs à la place de celle qu\u2019ils appellent la classe bourgeoise.Que de mal pour ne rien rénover! La seule nouveauté, c\u2019est la prison pour tous ceux qui ne pensent pas comme eux.Or, à côté de ces groupes éparpillés, nous voyons surgir, pour la première fois au Québec, de façon inattendue, un groupe organisé qui se donne comme but de répandre l\u2019idéologie marxiste, il s\u2019agit de la Centrale des enseignants du Québec, dirigée par M.Yvon Charbonneau et son Comité d\u2019action sociale.Son programme, en août 1976, invitait ses membres à opter pour \u201cun syndicalisme de classe et de combat, à combattre dans une perspective de classe\".Plus surprenant que ce militantisme, il y a cette apathie des enseignants eux-mêmes qui se voient noyautés et conditionnés pour un but nébuleux et démagogique.Quel sera l\u2019impact de cette Centrale des enseignants sur l\u2019avenir et le patrimoine du Québec?Verrons-nous ces dirigeants parler longtemps de liberté en rêvant d\u2019emprisonner tout le monde?Il s\u2019agirait alors d\u2019un saccage de notre patrimoine et des libertés civiques.Mais précisons bien: ici nous ne cherchons pas à défendre ou favoriser une classe sociale aux dépens de l\u2019autre mais nous voulons insister sur le fait que notre patrimoine doit aller à nos jeunes et non à un État dictatorial.De plus les gauchistes radicaux du Québec n\u2019aiment pas qu\u2019on leur rappelle leur impasse actuelle: ou leur socialisme penche vers l\u2019autogestion vraiment intéressante mais qui n\u2019offre encore dans le monde que des réussites partielles et temporaires (Michel Sallon: L\u2019autogestion, PUF, 1976, 184 pp.et Gilles Martinet: Les cinq communismes, Seuil, 1975), ou leur socialisme penche vers l\u2019étatisme qui rejoint alors les fascismes et les impérialismes qu\u2019ils décrient avant tant de force et qui ne sont que des formes semblables de l\u2019exploitation des peuples.Nos jeunes sont aux prises avec ces idéologies qui circulent de la polyvalente à l\u2019université et embrouillent le climat international.Ils doivent travailler à faire un monde plus humain sans céder à la démagogie; ils doivent travailler à un monde plus démocratique sans tomber dans l\u2019engrenage de la dialectique à oeillères du système marxiste.Pour donner pleine liberté aux jeunes syndiqués, ne faudrait-il pas appliquer les recommandations de Madame JEUNESSE ET PATRIMOINE 171 Thérèse Casgrain qui demandait que, dans les syndicats, les votes soient secrets et obligatoires afin que des cliques, secondées par des fiers-à-bras comme nous l'a révélé la Commission Cliche, ne s\u2019imposent pas.Sinon ne risquent-ils pas de rester trop longtemps des objets entre les mains de groupes de pression et de rêveurs qui rêvent plus de pouvoirs pour eux-mêmes que de bonheur à distribuer aux hommes.Leur apostolat, c\u2019est d\u2019imposer.C) AU POINT DE VUE DU PAYS! Mieux équipés, nos jeunes arrivent dans un Québec en pleine ébullition sociale.L\u2019élément nouveau, c\u2019est un Québec neuf dont il faut prendre possession.Nous, les plus âgés, nous avons été éduqués pour vivre et développer le pays laurentien, c\u2019est-à-dire ce pays qui du 45e au 50e degré de latitude borde le fleuve Saint-Laurent.Or ce pays ne représente que les deux cinquièmes du Québec total.Nous commençons à peine à nous rendre compte des potentialités du Nouveau-Québec.Là est notre Brésil et notre Congo.Le Québec global, par ses dimensions, est le septième plus grand pays au monde.Il attend nos jeunes.La conquête du Nouveau-Québec est déjà commencée par trois grandes pénétrations: celle de l\u2019Iron Ore qui, partant de Sept-lles, gagne 350 milles à l\u2019intérieur des terres vers Schefferville; celle du Lac-Saint-Jean qui, par Chibougamau, gagne le lac Albanel et le lac Mistassini; celle de la Société de développement de la baie James qui, à partir de Mattagami, vient d\u2019ouvrir une route de 450 milles vers le chantier du siècle, celui de la rivière La Grande.Ces immenses tenailles s\u2019avancent vers l'extrême-nord., d\u2019abord pour la conquête de l\u2019électricité et du fer,mais des échantillons cueillis ici et là nous assurent qu\u2019une quinzaine de minerais en grande demande internationale attendent nos routes et, qui sait?, nos chemins de fer.Le Québec prend conscience de son étendue et de ses immenses richesses naturelles.Deux villes nouvelles, Radisson (1500 habitants) et Schefferville (3500 habitants), deviennent des centres de prospection minière, de tourisme, d\u2019artisanat indien et inuit, de chasse et de pêche.Toute découverte importante exigera la fondation de villes nouvelles et des bottes de sept lieues nous conduiront à Fort Chimo sur la baie d\u2019Ungava et à Sagluc au détroit d\u2019Hudson. 172 L'ACTION NATIONALE Le patrimoine de nos jeunes c\u2019est le Québec global.A vol d\u2019oiseau la distance entre Montréal et Gaspé est d\u2019environ 500 milles, soit la même distance que de Montréal à Halifax.De Montréal à Sept-lles, il n\u2019y a que 460 milles, ce qui représente toutefois plus que la distance reliant Montréal à Toronto ou à New-York.Nous entrons dans les grandes distances quand, de Montréal à Radisson, près de Fort-Georges à l\u2019embouchure de la rivière La Grande, nous comptons 705 milles aériens.De Montréal à Schefferville il y a 750 milles;de Montréal à Fort-Chimo c\u2019est 910 milles; à la baie Déception, 1150 milles et à Sagluc, 1200 milles.Bref, de la frontière américaine à la fine pointe de notre territoire sur le détroit d\u2019Hudson, au petit village inuit d\u2019Ivujivic, nous comptons 1300 milles, soit à peu près la distance Montréal-Miami.Quant à la largeur la plus grande, celle qui de l\u2019Outaouais va vers Blanc-Sablon, elle compte 1000 milles.Ce pays n\u2019est pas facile.Par bien des aspects il rappelle encore l\u2019époque glaciaire.A la baie d\u2019Ungava, les glaces ne disparaissent-elles pas qu\u2019à la mi-juillet?Si en Laurentie l\u2019hiver dure cinq mois, plus nous montons vers l\u2019extrême nord plus l\u2019hiver dure longtemps pour atteindre dix mois par année à la baie Déception.Toutefois il faut insister: l\u2019hiver d\u2019antan n\u2019est plus l\u2019hiver d\u2019aujourd\u2019hui.Maintenant nous pouvons vaincre l\u2019hiver.Déjà dix lignes d\u2019aviation parcourent quotidiennement le périmètre du Nouveau-Québec transportant des tonnes de matériel et des milliers de personnes.A l\u2019avion, il faut ajouter l\u2019hélicoptère, la motoneige qui donnent à l\u2019homme une nouvelle mobilité.L\u2019habillement est plus adapté et le sport, sous toutes ses formes, transforme notre attitude devant l\u2019hiver.Projet et défi, le Nouveau-Québec n\u2019est plus la terre de Caïn mais une sorte d\u2019Ouest mythique ou, plus simplement, notre grenier de richesses en réserve.Là, des forêts à perte de vue, plus d\u2019un million de lacs, quelques mers intérieures et des mines nous attendent.Nous n\u2019avons ni pétrole, ni charbon, ni pierres précieuses mais le Québec nous offre l\u2019électricité, l\u2019eau et l\u2019extraordinaire Fosse du Labrador, cette merveille de la nature, qui, sur 900 milles de longueur et au moins 50 milles de largeur, représente du fer, du fer, et du fer.Ce défi devient de plus en plus important car tant qu\u2019il restera vrai que le pétrole représente 80% de nos besoins en énergie, nous n\u2019aurons d\u2019autres moyens de financer son JEUNESSE ET PATRIMOINE 173 prix croissant que par la vente de nos ressources naturelles transformées par notre industrie.Les coureurs de bois et les trappeurs ont fait leur temps à la recherche du castor et de la loutre mais ce qu\u2019il nous faut aujourd\u2019hui ce sont des jeunes, physiquement sains et spirituellement motivés, pour maîtriser la nature.Les géologues et les techniciens compétents deviennent plus importants que les joueurs de hockey et les gratteux de guitares électriques.Ces réflexions nous amènent à nous questionner sur les orientations professionnelles de notre jeunesse.Parents et orienteurs donnent-ils aux jeunes l\u2019idéal du risque ou celui de la sécurité?l\u2019idéal de découvrir des richesses ou de posséder un salaire sûr suivi d\u2019une pension substantielle?Que de facultés d\u2019université sont encombrées et n\u2019offrent, aujourd\u2019hui, que des avenues sans débouchés! Certes il nous faut des professeurs, des avocats, des architectes, des psychologues, des psychiatres et de nombreux spécialistes dans les arts et les sciences humaines mais le problème reste celui d'une proportion raisonnable par rapport aux besoins réels du pays.La disproportion engendre des chômeurs diplômés.Ce qu\u2019il nous faut, ce sont des spécialistes en géologie, minéralogie, métallurgie, pétrochimie, des ingénieurs de toutes sortes, des experts des marchés internationaux en ce qui regarde les transports, les métaux.Voici quelques exemples: l\u2019extraordinaire découverte par Soquem d\u2019un milliard de tonnes de sel aux lles-de-la-Madeleine qui exigera la construction d\u2019un port et de bateaux transporteurs; celui du gisement de fer à Mingan, au nord de l\u2019île d\u2019Anticosti, dont le milliard de tonnes est amalgamé à cinq ou six autres métaux de si grande importance, comme le titanium et le vanadium, qu\u2019on a dû consulter plusieurs laboratoires et instituts spécialisés en chimie des métaux pour obtenir leur séparation industrielle à un taux économiquement rentable; de même au Lac Albanel un gisement d\u2019un milliard de tonnes de fer attend son raccordement au Saguenay où une raffinerie et le transport maritime occasionneraient une transformation économique de toute la région.Nous avons investi quinze milliards de dollars dans l\u2019enseignement, plus de vingt milliards dans la santé publique, n\u2019est-il pas temps, à l\u2019exemple du Japon, du Brésil et du Mexique, d\u2019investir 20% de notre production nationale 174 L'ACTION NATIONALE dans notre industrialisation?Sans rejeter l\u2019aide apportée par la finance internationale et le savoir-faire du brain-trust mondial, ne devons-nous pas assurer notre contrôle des matières premières et ne plus permettre, par exemple, que la production entière d\u2019une riche mine d\u2019amiante à la baie Déception soit envoyée directement en Allemagne pour y être traitée, alors que le chômage sévit au Québec?Nos ressources naturelles et leur transformation en produits finis ou semi-finis, voilà une des priorités d\u2019un gouvernement attentif à l\u2019avenir du patrimoine québécois.L\u2019espérance à donner aux jeunes ne doit pas être une espérance passive ou rêveuse, elle doit être une espérance chargée d'imagination, d\u2019imagination créatrice! Notre sort collectif, devant des tâches si exaltantes, devrait nous éviter le cul-de-sac des luttes épuisantes entre classes sociales.Loin d\u2019avoir été abolies par le marxisme, elles sont plus implantées que jamais dans tous les pays où le système marxiste s\u2019est imposé.Davantage, l\u2019intelligence de ces richesses devrait nous inspirer une éducation à la recherche de la compétence personnelle, au travail interdisciplinaire et à la créativité industrielle.Quand nous voyons nos mass-média discuter de notre jeunesse aux prises avec la drogue, la pornographie, le vandalisme, les accotages multiples et les maladies vénériennes à la hausse (Star, 5 mars 1977, p.A-8), ne nous vient-il pas comme un doute et une douleur intérieure?Entendons-nous bien: il ne s\u2019agit pas tellement de nous apitoyer sur les jeunes que de nous interroger nous-mêmes sur notre sens des responsabilités envers eux: leur avons-nous assez montré leur avenir?leur avons-nous fait assez aimer leur pays?leur avons-nous assez esquissé les solutions qui, par la création et la coopération, les amèneraient à se dépasser au service de grands projets?Lorsque des jeunes posent des actes d\u2019auto-destruction ou de désespérance, n\u2019est-ce-pas justement parce que leur famille, leur école, leur société ne leur ont pas assez montré leur insertion dynamique dans ce patrimoine du Québec global?CONCLUSION L\u2019abbé Groulx, en pensant à ceux qui de Champlain à La Vérendrye découvrirent le golfe du Mexique, les Rocheuses et la baie James, écrivit un volume pour le lais- JEUNESSE ET PATRIMOINE 175 ser en héritage aux jeunes du Québec.Ce livre a pour titre NOTRE GRANDE AVENTURE (1958).Aujourd\u2019hui ne nous faut-il pas redécouvrir le même esprit des pionniers pour l\u2019enseigner à notre jeunesse?Trente villes seront érigées par nos jeunes autour de terrains miniers et d\u2019usines.Personne ne sera de trop mais tous seront nécessaires au développement de ce pays neuf.Voilà un tableau-synthèse, partiel mais substantiel, je l'espère, de ce que suggère le thème du jeune face à son patrimoine.Nous restons évidemment avec des questions et des problèmes comme celui de la présence de l\u2019Église dans le Québec futur, comme celui de l\u2019émergence du marxisme.Bien davantage notre Québec, avec ses promesses et son actuelle explosion culturelle dans la chanson, le théâtre, le cinéma, les romans, les études et son artisanat, que vaudra-t-il vraiment si nos jeunes perdaient leur âme et les valeurs spirituelles qui, jusqu\u2019ici, ont été des éléments de vigueur et de ralliement?Nous tous nous sommes des témoins de notre temps.Or les jeunes croient aux témoins engagés, qui disent et qui font.À nous donc, parents et citoyens, d\u2019assumer, avec la lucidité nécessaire, les grandes responsabilités.La première d\u2019entre elles c\u2019est de leur léguer, avec les ressources matérielles nécessaires, le surcroît d\u2019âme sans lequel la tâche même de nous enrichir ne deviendrait qu\u2019une fuite désespérée.Si nous leur enseignons la fidélité à nous-mêmes, alors il n\u2019y aura plus fuite mais poursuite jamais assouvie à travers toutes les créations culturelles et civilisatrices dont nous nous prétendons capables en Amérique du Nord.Que tout dialogue avec les jeunes soit donc sublimé, par nous et par eux, en valeurs de contemplation et d\u2019émerveillement, d\u2019action et d\u2019amour, pour un monde que nous voulons leur laisser comme plus humain, plus fraternel, plus ouvert à la participation et vraiment original comme fait français en Amérique.Mettez cette empreinte sur vos jeunes et qu\u2019eux aient l\u2019ambition et la fierté de mettre leur propre empreinte sur leur Québec global. LE DRAPEAU FLEURDELISÉ MÉPRISÉ AU SAGUENAY LAC-SAINT-JEAN par la Société nationale des Québécois Saguenay-Lac-Saint-Jean LE FLEURDELISÉ MÉPRISÉ 177 La S.N.Q.du Saguenay-Lac-Saint-Jean dévoile les résultats de l\u2019enquête menée auprès de 247 institutions scolaires, conseils municipaux et édifices gouvernementaux concernant l\u2019observance d'une loi du gouvernement du Québec qui veut que le drapeau fleurdelysé soit arboré sur tous les édifices du gouvernement, ainsi que sur les édifices des commissions, régies et autres organismes du gouvernement et sur toutes les écoles et maisons d\u2019enseignement relevant du ministère de l\u2019Éducation, et qu\u2019il soit arboré à la place d'honneur sur ces édifices, c\u2019est-à-dire à droite, s'il y a deux drapeaux, ou au milieu, s'il y en a davantage, les jours de fêtes officielles.L\u2019enquête de la SNQ, dont le responsable était l\u2019ex-président Lucien Bergeron, démontre clairement le peu de respect et de fierté à l\u2019endroit du drapeau du Québec.Sur 140 édifices scolaires visités, 128 ignorent totalement l\u2019arrêté en conseil du 22 juin 1967, soit 92%, tandis que seulement 9 sur 140 le respectent (6.5%).En ce qui concerne les édifices municipaux, la situation n\u2019est guère plus reluisante.Quarante-deux édifices municipaux sur 53 visités n\u2019arborent pas le fleurdelisé, soit 79.3%, et seulement 6 sur 53 le respectent (l\u2019arrêté en conseil).Du côté gouvernemental, 30 édifices gouvernementaux (commissions et régies) sur 37, soit 81%, ignorent l\u2019ordonnance du gouvernement du Québec, tandis que 6 sur 37 respectent cette ordonnance, soit 16.2%.Face à ces statistiques alarmantes, la SNQ du Saguenay-Lac-Saint-Jean poursuivra son action en invitant le gouvernement du Québec à faire observer l\u2019arrêté en conseil concernant le drapeau fleurdelisé.Il est extrêmement malheureux de constater le manque de fierté québécoise des institutions scolaires, des conseils municipaux, des organismes gouvernementaux qui, bien que dépendant entièrement de Québec, n\u2019arborent pas le drapeau fleurdelisé. 178 L'ACTION NATIONALE Le rapport de la SNQ sera donc présenté au gouvernement du Québec, afin qu\u2019il fasse respecter cette loi du 22 juin 1967.Il est inconcevable qu\u2019un ordre du Conseil Exécutif soit violé impunément, mentionne le président de la SNQ du Saguenay-Lac-Saint-Jean, M.Lucien Coudé.D\u2019autre part, l\u2019organisme régional souhaite fortement que les responsables corrigent cette situation déplorable.Le président Coudé conclut en faisant savoir que son organisme se réserve le droit de publier, au moment jugé opportun, la liste des organismes en question.Rapport d'enquête de la S.N.Q.concernant le drapeau fleurdelysé \t\tAVEC\t\tNON\t \tSEUL\tD'AUTRES PRIORITAIRE\t\tPRIORITAIRE\tIGNORE SCOLAIRE\t9/140\t0/140\t2/140\t1/140\t128/140 \t6.5%\t0%\t1.5%\t0 01%\t92% MUNICIPAL\t6/53\t2/53\t1/53\t2/53\t42/53 \t11.4%\t3.7%\t1.9%\t3.7%\t79.3% GOUVERNEMENTAL\t6/37\t0/37\t1/37\t0/37\t30/37 \t16.2%\t0%\t2.8%\t0%\t81% AUTRES\t2/17\t3/17\t0/17\t0/17\t12/17 \t11.8%\t17 7%\t0%\t0%\t70 5% Autres statistiques\t\t\t\t\t \tDRAPEAU FLEURDELYSÉ\t\t\t\t SEUL\t\t23/247\t\t9.3%\t AVEC D'AUTRES\t\t5/247\t\t20%\t PRIORITAIRE\t\t4/247\t\t1.4%\t NON PRIORITAIRE\t\t3/247\t\t1.3%\t IGNORÉ\t\t212/247\t\t860%\t Nos annonceurs participent à la vie de la revue Nos lecteurs sont tous intéressés à leur succès.Ils les consultent d'abord.I RÉPERTOIRE DES RUBRIQUES Assurance Avocats Comptables Placements Quincaillerie Caisse Desjardins Traduction MNQ Fondation Minville Il A VOTRE SERVICE DANS LE GROUPE DE POINTE SOCIÉTÉ NATIONALE OE FIDUCIE L'ECONOMIE MUTUELLE D'ASSURANCE SOCIÉTÉ NATIONALE D'ASSURANCES ® Assurance-vie régulière et variable 9 Assurance collective 9 Rentes viagères \u2022 Revenu-épargne variable L>\tC O N O M I E MUTUELLE\tD'ASSURANCE Agences et unités DRUMMONDVILLE \u2022 GRANBY \u2022 JOLIETTE \u2022 LAVAL \u2022 LONGUEUIL MONTRÉAL \u2022 OTTAWA \u2022 QUÉBEC \u2022 SHERBROOKE 385 est, rue Sherbrooke, Montréal 129, tél.: 844-2050 Ill FÉDÉRkTION DE/MONTRÉAL DES CMSSES DESJARDINS 1405.BOUL HENRI BOURASSA EST.MONTREAL.QUEBEC.H2C 1 H1 TEL 382 7160 AVOCATS\t de Grandpré, Colas, Amyot, Lesage, Deschênes & Godin.Avocats 2501, Tour de la Bourse Place Victoria \u2014 Montréal H4Z 1C2 Téléphone : 878-4311\tGUY BERTRAND & CLÉMENT RICHARD, avocats 42, rue Ste-Anne, suite 200 Québec G1R 3X3 Téléphone : 692-3951 COMPTABLES\tDesforges, Beaudry, Germain & Associés Comptables agréés 210 ouest, boul.Crémazie, suite 2 Montréal 354 \u2014 Tél.' 383-5733 PLACEMENTS RAYMOND CAMUS INC.Courtier en valeurs mobilières 500, place d\u2019Armes, ch.1020, Montréal \u2014 Tél.: 842-2715 OBLIGATIONS \u2014 Actions et Fonds mutuels EDOUARD ROY & FILS LTÉE QUINCAILLERIE 41 Quincaillerie en gros exclusivement 15 est, rue Ontario, Mtl H1V 1J8 Tél.: 524-7541 IV FRANÇOIS-ALBERT ANGERS LA COOPÉRATION, 2e volume Vient de paraître aux éditions Fides au prix de $8.00.Le premier volume coûte $5.00.Pour bien marquer l\u2019importance que M.Angers attache à ces deux volumes qui résument une partie de son enseignement et de sa pensée, il disait, lors du lancement : « J'aimerais être pour la coopération ce que Adam Smith fut pour le capitalisme».HOMMAGES D\u2019UN AMI TRADUCTION CLAUDE-PIERRE VIGEANT, traducteur et publiciste, 604, rue Waterloo, LONDON - ONTARIO N6A 4E3 VOTRE REVUE Le nombre de ses lecteurs augmente mais aussi ses frais Aidez-nous en nous trouvant: 1.\tde nouveaux abonnés, 2.\tde nouveaux annonceurs, 3.\tun réabonnement rapide lorsque l\u2019échéance est arrivée, 4.\tdes souscripteurs généreux à la Fondation Minville. V LES AMIS DE LA REVUE GERMAIN CANUEL, avocat 31 ouest, rue St-Jacques suite 400 Montréal H2Y 1K9 - 842-9403 GABRIEL CHARRON 563, 45e avenue LaSalle - 366-9116 BIJOUTERIE POMPONNETTE inc.J.Brassard, prés.256 est, rue Ste-Catherine Montréal H2X 1L4 - 288-3628-29 Jean-Hubert Maranda, avocat 325 est, boulevard St-Joseph Montréal - 288-4254 Dr ALBAN JASMIN 7541, boulevard LaSalle Un sympathisant de toujours BIJOUTERIE POMPONNETTE inc.J.Brassard, prés.256 est, rue Ste-Catherine Montréal H2X 1L4 - 288-3628-29 NORMAND CHEVRIER opticien d'ordonnances lentilles cornéennes 537, rue Cherrier Montréal - 845-2673 2033, De Salaberry 336-6459 ENCOURAGEZ NOS AMIS VI F.X.LANGE INC.ACIER DE STRUCTURE SECOND TIGE À BÉTON \u2014 PLAQUES 10550 est, boul.Henri-Bourassa MONTRÉAL H1C 1C6 - 648-7445 COMPLIMENTS DU Mouvement National des québécois ET DES SOCIÉTÉS MEMBRES : SNQ ABITIBI-TÉMISCAMINGUE SNQ CENTRE DU QUÉBEC SNQ CÔTE-NORD SNQ EST DU QUÉBEC SNQ DES HAUTES RIVIÈRES SNQ DU LANAUDIÈRE SSJB DE MONTRÉAL SNQ OUTAOUAIS-NORD SNQ RÉGION DE L\u2019AMIANTE SNQ RÉGION DE LA CAPITALE SNQ DES LAURENTIDES SNQ SAGUENAY - LAC ST-JEAN SNQ RICHELIEU - YAMASKA SSJB DE ST-JEAN SSJB DE LA MAURICIE Fr.-ALBERT ANGERS POUR ORIENTER NOS LIBERTÉS Volume de 280 pages publié chez Fides en 1969 ($5).Les meilleurs textes de ce maître de chez nous pour connaître sa pensée et le rayonnement de son action.Successeur de Bourassa, Groulx, Minville, il va plus loin et frappe aussi fort.Lisez-le. VII LA FONDATION MINVILLE Tout don à la Fondation Minville augmente un capital inaliénable qui s\u2019accumule et est placé dans des entreprises québécoises.Les intérêts servent à soutenir les travaux de la Ligue d\u2019action nationale et sa revue L\u2019ACTION NATIONALE.Le total souscrit par nos amis atteint la somme d\u2019environ $32,000.00 VIII LES NUMÉROS SPÉCIAUX DE L\u2019ACTION NATIONALE Nombre Prix 50 ANNÉES DE NATIONALISME POSITIF Synthèse de nationalisme canadien-français de 1917 à 1963.260 pages.$1.50.\t______ LIONEL GROULX, PTRE.En 1978 on fêtera le centenaire de sa naissance.Seul volume sur la vie et son travail.Études de: Angers, Arès, Allen, Barbeau, Brunet, Blais, Frégeault, Lacroix, Rémillard, Dionne, Tétreault, Genest 1968, 288 pp.$5.Volume indispensable et très actuel.Illust.\t- TOUTE LA PENSÉE DE BOURASSA SUR LE SÉPARATISMEI Lettres et textes de Bourassa sur le séparatisme.Angers et Nish.158 pages, $1.00.Pour travail historique.\t______ LES SUBVENTIONS FÉDÉRALES AUX UNIVERSITÉS, FAVEUR?PIÈGE?Arès, Allen, Angers, Brunet, Filion, Laporte, Laurendeau, P.-E.Trudeau, 1957, 135 pages, $1.00.\t______ LA CHARTE DE VICTORIA, FIN DU FÉDÉRALISME?Angers.Arès, Berner, Brunet, Laplante, Claude Morin, Jacq.-Yvan Morin.1972.148 pages, $1.50.\t- ESDRAS MINVILLE (1896-1975) \u2014 par Angers, Arès, Gagnon, Létourneau, Flarvey, etc.188 pages, 1976, $5.00.Illustré.\t- LA BATAILLE DES COMMUNICATIONS.Le drame de la centralisation fédérale et du peu de flexibilité de son fédéralisme.1976, 160 pages, $3.00.\t- LES ÉTATS GÉNÉRAUX DU CANADA FRANÇAIS (3 vols dont celui de février 1968 est épuisé) I\t\u2014 Exposés de base et documents de travail, nov.- déc.1967,\t______ 275 pages, $3.00 II\t\u2014 Assises nationales, mal-juin 1969, 640 pages, $7.00 LA LANGUE FRANÇAISE.ASPECTS CONSTITUTIONNELS, POLITIQUES ET CULTURELS, par Angers, Arès, Beaupré, Castonguay, Dorion, Godin, Laurion, Pépin, Renaud, 1975, 172 pages, $2.00.\t- L\u2019ÉDUCATION NATIONALE.Mémoire de SSJB de Montréal à la Commission Parent.Enquête sur le problème national des Québécois francophones.1962, 180 pages, $1.50.\t- POUR UN QUÉBEC CLAIREMENT ET DÉFINITIVEMENT FRANÇAIS, par Angers.DOCUMENT majeur sur la langue au Québec.1977 $1.50\t- LE TERRITOIRE DU QUÉBEC.Dossier sur Hull, le port de Montréal, les parcs fédéraux, le Labrador, Mirabel et le sol agricole.Avril 1977.104 pages, $2.00 AUJOURD'HUI L\u2019ACADIE.Où en est l\u2019Acadie?Et si le Québec se sépare?Universitaires et penseurs acadiens se penchent sur leur futur.La meilleure synthèse sur l'Acadie actuelle.Nov.-déc.1977.180 pages.$3.00.\t- POUR ORIENTER NOS LIBERTÉS.Choix parmi les grands textes de Fr.A.Angers.Fides, 280 pages.$5.00.\t______ Découpez cette page pour votre commande et joignez votre chèque à l\u2019ordre de L'ACTION NATIONALE au montant de_________________ 82 ouest, rue Sherbrooke, Montréal, P.Q.H2X 1X3 L\u2019ACTION NATIONALE REVUE MENSUELLE (saut an juillet et août) DIRECTION: JEAN GENEST Chef de secrétariat: Mme Muriel Champagne Rédaction et administration: 82 ouest, rue Sherbrooke, Montréal H2X 1X3 OU Tél.: de 09.00 à 13.00 h.à: 845-8533.Abonnement : $15.par année.De soutien : $20.Les articles de la revue sont répertoriés et indexés dans le CANADIAN PERIODICAL INDEX, publication de l'Ass Can des Bibliothèques, PÉRIODEX.publié par la Centrale des Bibliothèques, et RADAR (Répertoire analytique d\u2019articles de revues du Québec) publié par la Bibliothèque nationale du Québec.LA LIGUE D\u2019ACTION NATIONALE PRÉSIDENT: M.François-Albert Angers VICE-PRÉSIDENTS: Madame Paul Normand M.Charles Poirier SECRÉTAIRE: M Gérard Turcotte TRÉSORIER: M.Patrick Allen DIRECTEURS: MM.René Chaloult Yvon Groulx Richard Arès Dominique Beaudin Albert Rioux Jean-Marc Léger Jean Genest Patrick Allen M.et Mme Michel Brochu Claude Trottier Jean Mercier Jean Marcel Rosaire Morin Jean-Marc Kirouac Dr Pierre Dupuis Léo Jacques Dr Jacques Boulay Charles Castonguay Guy Bouthillier Pourquoi pas chez nous?Pour vos assurances-vie Pour une carrière en assurance-vie La Solidarité Compagnie d\u2019assurance sur la vie Siège social à Québec Agences Amos Québec Longueuil Chicoutimi Rimouski Sainte-Foy Sherbrooke Ville de Laval Drummondville Beauceville-Est Rivière-du-Loup "]
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