L'action nationale, 1 février 1986, Février
[" : > 'SSÉSf.//'Action NATIONALE Volume LXXV, numéro 6, février 1986 LES CIVILISATIONS SONT MORTELLES ET LES PERSONNES, IMMORTELLES! (page 559) La Ligue d\u2019Action Nationale Président: François-Albert Angers Secrétaire: Gérard Turcotte Trésorier: Charles Poirier Directeurs: Richard Arès René Blanchard Paul-André Boucher Jacques Boulay Guy Bouthillier Michel Brochu Louise Collin-Brochu Marcel Chaput Claude Duguay Pierre Dupuis Jean Genest Yvon Groulx Anna Lagacé-Normand Marcel Laflamme Jean-Marc Léger Delmas Lévesque Denis Monière Jean-Marcel Paquette Gilles Rhéaume Léonard Roy André Thibaudeau Pierre Trépanier Claude Trottier Action nationale revue d\u2019information nationale qui lutte pour l\u2019indépendance du Québec Fondation Esdras Minville société recueillant des fonds destinés à des activités nationales Clubs de la République association de jeunes réunis pour préparer l\u2019indépendance du Québec Éditions françaises société de publication de dossiers destinés à un cercle de lecteurs abonnés Enquête nationale recherche par des spécialistes sur l\u2019avenir constitutionnel du Québec Assises nationales convocation des forces vives du Québec pour réaliser la cohésion nécessaire 82, rue Sherbrooke ouest Montréal H2X 1X3 (514)-845-8533 l\u2019Action NATIONALE Volume LXXV, numéro 6, février 1986 TABLE DES MATIÈRES ROMÉO ASSELIN:\tLe Québec est-il malade à l\u2019âme?.487 JEAN-D.ROBILLARD:La Colombie britannique 496 NICOLE\tRéussite scolaire et réussite NORMAND-AUCLAIR:\tsociale au Québec.510 MARCEL LAFLAMME:\tUn Québec au-delà de l\u2019impasse.524 NATHALIE BOIVIN:Bell Helicopter à Mirabel 531 CHRISTIANE LARIVIÈRE: Soreltex.546 SERVICE D\u2019INFORMATION:L\u2019Hydro-Québec.552 JEAN GENEST CHARLES POIRIER:\tBilans financiers.554 MADELEINE PROVOST:\tLa mort, achèvement ____________________ ou commencement?.559 HOMMAGE de la SOCIÉTÉ SAINT-JEAN-BAPTISTE de Montréal Elle fait partie du Mouvement national des Québécois 482 L\u2019ACTION NATIONALE L\u2019ACTION NATIONALE revue d\u2019information nationale Directeur: JEAN GENEST Photographe: Paul HAMEL Collaborateurs: Patrick Allen François-Albert Angers Viateur Beaupré René Blanchard Odina Boutet Guy Bouthillier Claude Collin Jean-Baptiste Giroux André Joyal Pierre-André Julien Marcel Laflamme Delmas Lévesque Jeannine McNeil Denis Monière François Morneau Gilles Rhéaume Jean-D.Robillard Abonnement: Québec, Canada Autres pays Abonnement de soutien 1 an\t2 ans (10 numéros) (20 numéros) $25.00\t$45.00 30.00\t50.00 35.00 Les articles de la revue sont répertoriés et indexés dans l\u2019Index des périodiques canadiens, publication de l\u2019Association canadienne des bibliothèques dans Périodex publié par la Centrale des Bibliothèques et dans Radar, répertoire analytique d\u2019articles de revues du Québec, publié par la Bibliothèque nationale du Québec.Prière de joindre à toute correspondance relative au service de la revue le numéro-code figurant sur la dernière adresse d\u2019envoi.82, rue Sherbrooke ouest Montréal H2X 1X3 845-8533 ISSN-0001-7469 ISBN-2-89070 Dépôt légal: Bibliothèque nationale, 2iéme semestre 1981 Courrier de la deuxième classe Enregistrement numéro 1162 L\u2019ACTION NATIONALE 483 r aw'1 .AS6 Tutft Assurance-vie Desjardins bllL 484 L\u2019ACTION NATIONALE revue ^ critère Comité de rédaction: Roger Sylvestre, directeur, Guy H.Allard, Marc-Fernand Archambault, Claude Gagnon, Lise Noël, Louise Poissant.Dernières parutions: No 34: L\u2019après-crise économique et sociale, automne 1982, 175 p.No 35: L\u2019après-crise culturelle et politique, printemps 1983, 286p.No 36: Le nouveau paysage mythique\u2014 I, automne 1983, 188p.No 37: Le nouveau paysage mythique \u2014 2, printemps 1984, 180 p.No 38: De la guerre \u2014 I, automne 1984, 317 p.No 39: De la guerre \u2014 II, printemps 1985, 258 p.Secrétariat et administration: Jacqueline Davignon, Revue Critère, Collège Ahuntsic, 9155, rue Saint-Hubert, Montréal, H2M 1Y8 Tél.: 389-9068 CLAUDE-PIERRE VIGEANT traducteur et publiciste 604, rue Waterloo London \u2014 Ontario N6B2R3 BIJOUTERIE POMPONNETTEInc.Jean Brassard, prés.256, rue Ste-Catherine Est Montréal H2X 1L4 288-3628 SOCIÉTÉ NATIONALE D\u2019ASSURANCES 425, ouest, boulevard de Maisonneuve, suite 1500, Montréal H3A 3G5 288-8711 L\u2019ACTION NATIONALE 485 REVUE D\u2019HISTOIRE DE L\u2019AMÉRIQUE FRANÇAISE fondée en 1947\t4 forts numéros par Lionel Groulx\tnarannpp BULLETIN D\u2019ABONNEMENT NOM.ADRESSE .AUTRES PAYS 34,00$ 18,00 54.00 34.00 REVUE D\u2019HISTOIRE DE L\u2019AMÉRIQUE FRANÇAISE 261 avenue Bloomfield, Montréal, Ûué\t\u2019 H2V3R6 Tel.: 271-4759 Individus Étudiants (avec pièce justificative) Abonnement de soutien Institutions CANADA 30,00$ 14.00 50.00 30.00 ¦ ¦ ¦ A Un magazine chrétien d'analyse et de réflexion sur l'actualité sociale et culturelle Des dossiers Les négociations dans le secteur public et parapublic La réforme scolaire Les nouveaux ministères dans I Eg11se Le travail à temps partiel Des soirées publiques chaque mois un débat sur un sujet d'actualité Abonnement 1 an (10 nos) à l'etranger par avion Nom__________ Adresse______ 12.50$ 14 50S 20,00$ 8100, St-Laurent.Montréal H2P2L9 (514)387-2541 12^8 486 L\u2019ACTION NATIONALE LE LAMINOIR NOUS PLASTIFIONS VOS DOCUMENTS FRANÇOIS DUPUIS, RELIEUR RELIURE D\u2019ART & RELIURE BIBLIOTHÈQUE IMPRESSION LUXOR PLAQUES SIGNALÉTIQUES IMPRESSION DE LUXE 251 RUELARAMÉE HULL, QUÉBEC J8Y 2Z4 TÉL.(819) 777-0321 OUVERT DE 9h À 17h, DU LUNDI AU VENDREDI Tél.: (418)658-9966 Télex: 051-31726 Guy Bertrand AVOCAT Tremblay, Bertrand, Morisset, Bois, Mignault et Ass.1195, Avenue Lavigerie, suite 200 Ste-Foy (Québec) G1V 4N3 LE QUÉBEC EST-IL MALADE À L\u2019ÂME?487 Le Québec est-il malade, malade dans son âme?par ROMÉO ASSELIN' Nous sortons à peine d\u2019une campagne électorale sans signification sur le plan national.Le moins qu\u2019on puisse dire, c\u2019est que le Québec a mal à l\u2019âme, que le patriotisme n\u2019est pas au menu du jour, que nos politiciens sont devenus des hommes d\u2019affaires, strictement des hommes d\u2019affaires, comme si la politique au Québec se résumait à une question de piastres.Dans ces conditions, la cause nationale est mal défendue et la nation canadienne-française devra se mobiliser au cours des prochaines années, dans une entreprise inédite de réflexion sur son propre avenir.C\u2019est, encore une fois, plus loin, plus haut que la politique qu\u2019il va falloir poursuivre notre destin national.Nos sociétés nationales sont-elles prêtes et ont-elles assez de vie et de ressources pour préciser aujourd\u2019hui, comme elles l\u2019ont fait dans le passé, du moins jusqu\u2019aux États généraux del966-1967, l\u2019orientation que devrait prendre notre peuple face aux changements rapides qui s amorcent en politique canadienne, nord-américaine et mondiale?La société nord-américaine qui nous entoure est en constante mutation et les principes moraux qui sous-tendent son évolution sont souvent contraires aux principes qui ont assuré jusqu à maintenant notre survie et notre propre évolution: la famille, la religion, la paroisse, le milieu rural, l\u2019agriculture, le travail honnête et bien fait et une culture qui faisait de la présence de Dieu dans l\u2019univers et au-dedans comme au-dessus de l\u2019homme un précepte sacré.Tout cela est remis en cause chez nous par la pression des sociétés qui nous entourent et qui nous pénètrent par les moyens 1.Président de la SNQ \u2014 Centre du Québec. 488 L\u2019ACTION NATIONALE modernes de communication: la télévision, la câblo-vision, le vidéo, la radio, la presse, qui déversent sur nous le flot continu et de plus en plus tonitruant de 1 'American Way of Life.Je vous avoue que ce n\u2019est pas sans une certaine angoisse que j\u2019aborde avec vous cette question en ouvrant ce colloque.Mes vingt ans de services dans les sociétés patriotiques, mon expérience professionnelle dans le milieu agricole, mon implication dans les cadres administratifs des Caisses populaires me confèrent, je crois, le privilège de dire à haute voix ce que souvent pense un patriote, sans oser le dire.Je vous invite donc à la réflexion, une réflexion profonde et honnête, non pas parce que j\u2019occupe le poste de président de la Société, mais parce que ce poste me confère le pouvoir officiel de concevoir et de mettre sur pied des réformes en votre nom et de contribuer à relever le défi que nous impose la période actuelle.Nous avons, cette année, mis l\u2019accent sur les problèmes sociaux entraînés par l\u2019orientation strictement capitaliste que prend le Québec depuis quelque temps.L\u2019agriculture est, en 1985, notre première préoccupation.Nous avons constaté avec les chercheurs et surtout en suivant la démarche de Mgr Gérard Drainville, chargé par l\u2019Assemblée des évêques du Québec de préparer un document de travail sur l\u2019agriculture, que l\u2019encadrement financier et l\u2019économie de marché que nous avons laissé imposer au monde rural est en passe de transformer et dans certains cas d\u2019abîmer complètement le tissu social traditionnel du Québec, entraînant la perte d\u2019un dynamisme et d\u2019une vitalité rurale qui ont assuré notre survie et le maintien de nos traditions et de notre culture.Comment ignorer que la valeur première, que le patrimoine fondamental d\u2019un peuple est sa terre, bonifiée et occupée et rendue productive par l\u2019agriculture et par les agriculteurs?Comment ignorer que le grand enjeu, l\u2019enjeu éternel des rivalités humaines, c\u2019est le sol?Les vocabulaires de toutes les LE QUÉBEC EST-IL MALADE À L\u2019ÂME?489 nations le disent clairement: dans toutes les langues, sur tous les continents, c\u2019est le «sol sacré», la «terre des ancêtres»; le patriotisme, c est partout l\u2019attachement au sol natal, au pays physique.Le territoire national et son exploitation rationnelle sont essentiels à la survie, tout aussi bien que la nourriture que nous en tirons et qui constitue notre ultime sécurité.Ne parlons pas des malheureux qui perdent leur sol natal, des réfugiés, des déportés, des errants ni de ceux-là que des conditions adverses privent temporairement de la productivité de leurs terres, pour les placer à la merci de la mort ou de la charité internationale.Les images que la télévision nous présente tous les jours suffisent.Mais rappelons-nous seulement avec quelle ardeur désespérée les peuples ont défendu et reconquis leur sol national durant les cinquante dernières années, qu\u2019il s\u2019agisse de la France, de l\u2019Angleterre, du Vietnam, de la Corée.Nous comprenons vite alors quelle est la véritable condition de la survivance nationale.Plusieurs parmi les meilleurs cerveaux du Québec l\u2019ont compris.Il faut suivre la trace de l\u2019histoire et d\u2019un fervent patriote comme le frère Marie-Victorin, pour connaître et comprendre le sol laurentien, le sol de notre pays, pour se l\u2019approprier parfaitement et y tenir ensuite comme à la prunelle de ses yeux.Il faut suivre la pensée de Lionel Groulx et d\u2019Esdras Minville, pour s\u2019en convaincre.À cette question primordiale, je veux greffer celle non moins importante de l\u2019existence de nos sociétés nationales.Pourquoi nos ancêtres et ceux qui nous ont précédés ont-ils créé les Sociétés nationales, les Sociétés St-Jean-Baptiste?Quel intérêt y a-t-il à associer tant de personnes dans une institution 490 L\u2019ACTION NATIONALE dont la vocation est ambitieuse: veiller à notre survie et à notre progrès?Où notre participation nous mène-t-elle, face aux pouvoirs politiques, face à la culture, face à l\u2019éducation, face aux pouvoirs économiques?Quelle part personnelle puis-je apporter à la cause nationale?Ce sont les premières questions qui nous viennent à l\u2019esprit, lorsque nous entreprenons une session d\u2019étude comme celle-ci.Sans doute, vous les posez-vous depuis quelques jours, alors qu\u2019un avis de convocation vous parvenait pour nous rassembler et nous inviter à la réflexion.Revenons un peu en arrière.L\u2019histoire nous éclaire.Les Sociétés nationales ont été fondées au Québec pour apprendre aux Canadiens-Français leur histoire.N\u2019ont-ils pas 1° Une même origine ethnique des plus nobles?2° Un passé héroïque et digne?3° Une même souche religieuse, chrétienne et catholique?4° Une même langue?5° Les mêmes traditions et coutumes?6° Des intérêts économiques communs?7° Des conditions de vie identiques?8° Un gouvernement national, même si ses pouvoirs sont limités par la volonté du fédéral?9° Six millions de citoyens du Québec, leur territoire historique et naturel: plus d\u2019un million dispersés dans le Canada et plus de deux millions de frères et sœurs aux États-Unis, la plupart assimilés durant les 80 dernières années?10° N\u2019ont-ils pas un territoire, une population, des ressources naturelles, des moyens technologiques, une formation académique, qui place le Québec sur le même pied que les prospères pays Scandinaves: Suède, Danemark, Norvège, Hollande, les mieux équipés des 155 pays qui composent les Nations-Unies?11 ° N\u2019ont-ils pas été jusqu\u2019à ces dernières années en progression partout, particulièrement à Montréal, dans l\u2019Estrie, en Ontario, au Nouveau-Brunswick, progression qui, dans son nouvel élan, pourrait reprendre?12° Ne peuvent-ils montrer à nos compatriotes qu\u2019ils ont un avenir magnifique, à condition de demeurer eux-mêmes, de devenir maître chez eux? LE QUÉBEC EST-IL MALADE A L\u2019ÂME?491 Les Sociétés St-Jean-Baptiste et nationales se sont vouées à la tâche de combattre nos faiblesses et nos défauts par des moyens appropriés: L\u2019envie et la division: par la fraternité et l\u2019éducation nationale.Le manque de fierté: par l\u2019enseignement de l\u2019histoire de la Nouvelle-France et du Québec.L\u2019individualisme: par la coopération et les coopératives.La pauvreté collective: par la création de caisses populaires, de caisses d\u2019épargne et de fiducie.L\u2019achat à l\u2019étranger: par l\u2019achat chez nous et l\u2019encouragement à nos entreprises.L\u2019américanisme: par le développement de la culture québécoise, par la littérature, la chanson, le folklore.L\u2019apathie du colonisé: par l\u2019enthousiasme d\u2019être maître chez soi.L\u2019esprit de parti: par un véritable nationalisme raisonné et la connaissance politique.L\u2019anglicisation: par l\u2019amour et le respect du français et de la civilisation française.Le servilisme envers l\u2019étranger et les structures politiques étrangères: par la fierté de nos institutions, de nos lois et de nos traditions, de nos réalisations, de nos capacités créatrices.Les Sociétés ont voulu être des écoles d\u2019affirmation dans tous les domaines: national, économique, éducatif, social, artistique. 492 L\u2019ACTION NATIONALE Voyons maintenant quelles ont été les principales initiatives des Sociétés depuis la création de la Fédération des Sociétés du Québec, en 1947.Réunies annuellement en Congrès, elles ont, de 1952 à 1969: 1° standardisé leurs structures et organisé pour leurs membres l\u2019entraide mortuaire, suivant une formule mise au point par les Sociétés de Sherbrooke et de Trois-Rivières; 2° lors des Congrès généraux, elles ont permis à des centaines de nationalistes, venus des quatre coins du Québec, de se rencontrer, de s\u2019unir, de constater qu\u2019ils avaient le même idéal, et de se donner les mêmes moyens d\u2019action dans chacune des régions; 3° elles ont invité lors de congrès, de conférences, de colloques nationaux et régionaux, des personnalités de marque qui ont aidé à mettre au point, en parlant de nos problèmes nationaux, une doctrine nationale cohérente et articulée pour notre nation.Le Chanoine Groulx devint la tête de file et l\u2019inspirateur de nos leaders politiques et sociaux; 4° les Sociétés ont mis sur pied des campagnes pour la promotion du français, de l\u2019enseignement économique et politique, pour la promotion du fleurdelysé comme drapeau du Québec, pour l\u2019aide aux minorités françaises de l\u2019ouest, pour la radio française à travers le Canada, pour soutenir le journal l\u2019Évangéline en Acadie, pour promouvoir la Fête de la St-Jean comme fête nationale, pour mettre sur pied la Ligue d\u2019Action nationale, l\u2019Aide à l\u2019Établissement rural, au Crédit agricole, pour inciter le gouvernement du Québec à rapatrier nos impôts accaparés par Ottawa à l\u2019occasion de la guerre de 1939-45; 5° dans le domaine des communications, les Sociétés ont travaillé à étendre le réseau de Radio-Canada à travers tout le Canada, à inciter Radio-Canada à mettre à son horaire des chroniques sur la refrancisation et la qualité du français, à donner aux auditeurs des entretiens sur l\u2019histoire du Canada français, animés par le Chanoine Groulx, alors titulaire de la chaire d\u2019histoire de l\u2019Université de Montréal; LE QUÉBEC EST-IL MALADE À L\u2019ÂME?493 6\" les Sociétés ont lutté pour le bilinguisme dans la fonction fédérale, lutté pour l\u2019adoption de timbres et de chèques dans les deux langues officielles; pour que le Canada ait un drapeau distinct de celui de l\u2019Angleterre, pour l\u2019autonomie provinciale et pour la reconnaissance de la Confédération canadienne comme un pacte entre les deux peuples fondateurs du Canada.À compter de 1960, les revendications se précisent.Les Canadiens-français du Québec, mieux informés, réalisent à quel point ils ont été l\u2019objet d\u2019injustice et de vexation de la part du pouvoir central.Les Sociétés organisent une conférence sur l\u2019éducation, exigent une commission d\u2019enquête et la formation d\u2019un ministère de l\u2019éducation.En 1960, le Congrès porte sur l\u2019économie.Les principales résolutions portent sur des revendications précises: \u2014\tnationalisation de l\u2019électricité; \u2014\tcréation d\u2019un complexe sidérurgique; \u2014\tcréation d\u2019une caisse de crédit qui deviendra la Caisse de dépôt et de placement.Réalisant l\u2019ensemble des problèmes qui confrontent la francophonie canadienne, en 1964, les Sociétés mettent en marche l\u2019organisation des États généraux du Canada français et elles s opposent à la formule Fulton-Favreau préconisée par le fédéral, qui risque de consacrer la centralisation des pouvoirs à Ottawa.En 1965, les Sociétés présentent un important mémoire au Comité parlementaire de la Constitution, mémoire intitulé «Le Québec moderne, artisan de son devenir».En 1966, c est 1 Assemblée générale des États généraux à la Place des Arts, à Montréal.Les congressistes définissent la 494 L\u2019ACTION NATIONALE Charte de la Survivance française en Amérique.Chacun d\u2019entre nous devrait relire aujourd\u2019hui l\u2019ensemble des résolutions des États généraux.Elles sont d\u2019actualité.Après la célèbre visite du Général de Gaulle, les Sociétés publient un manifeste sur lequel se fonde toute l\u2019action nationale de la communauté québécoise, et participent à la création du Front du Québec français qui mène une lutte acharnée contre le Bill 63.La fédération tient une Conférence nationale sur la réforme électorale au Québec et organise une campagne de pression pour obliger le gouvernement du Québec à dire non à la formule Turner-Trudeau et à la Charte de Victoria, inspiratrice du rapatriement unilatéral de la Constitution, que nous avons dû subir et qui demeure la honte d\u2019Ottawa.Arrêtons en 1971 cet historique de l\u2019œuvre de la Fédération des Sociétés.Depuis lors, les Sociétés se sont fragmentées en deux groupes dissidents et ont connu nombre de difficultés sur le plan du recrutement et de l\u2019orientation.À mon avis, depuis cette date nous avons eu à faire face à une entreprise de déstabilisation qui a réussi à désunir les Sociétés et à miner la cohésion et l\u2019esprit de fraternité des nationalistes.Je doute qu\u2019il s\u2019agisse là d\u2019un simple concours de circonstances.Comme certaines commissions d\u2019enquête nous l\u2019ont démontré, les troubles internes du Québec n\u2019ont jamais été tout à fait le produit du hasard.Il faut être conscient que la lutte que l\u2019on doit mener pour la liberté et l\u2019égalité, partout dans le monde, ne se fait pas sans heurt et sans choc, et que les groupes qui conduisent ces luttes ne sont jamais au bout de leur peines.Le combat pour la justice demeure partout le plus exigeant, mais la plus grande et enthousiasmante aventure humaine.11 ne saurait en être autrement chez nous! LE QUÉBEC EST-IL MALADE À L\u2019ÂME?495 Ici, au Québec, l\u2019histoire nous l\u2019apprend, les Sociétés ont toujours été le fer de lance de ce combat pour l\u2019autonomie, pour l\u2019égalité, pour nos droits, pour nos institutions, pour notre foi, pour notre culture et notre langue.Nous savons que les choses ne changeront pas tant que nous vivrons dans le même contexte politique.Ce serait être naïf de croire le contraire.Le passé est garant de l\u2019avenir! Nous devons refaire l\u2019union sacrée de nos Sociétés et des nationalistes au-dessus des partis politiques; nous devons reprendre la dynamique des années 60.Qui peut, mieux que nous, reprendre et porter haut le flambeau de nos libertés?L\u2019œuvre à accomplir est immense pour corriger, aplanir, cerner les problèmes nouveaux qui assaillent de toute part notre communauté nationale: redonner fierté et inspirer courage à notre jeunesse.À la Société du Centre du Québec nous travaillons depuis deux ans à réunir à nouveau les Sociétés dans un sommet annuel, au-dessus des structures actuellement existantes.Les magnifiques résultats obtenus dans le passé nous font espérer qu\u2019un jour nous réussirons à rétablir, au-dessus des formations partisanes, la cohésion de tous les nationalistes de bonne foi, qu\u2019ils soient du Québec, du Canada, des États-Unis ou d\u2019ailleurs dans le monde.C\u2019est alors que nos Sociétés nationales donneront à nouveau leur plein rendement pour le plus grand avantage de la nation et de son État national, le Québec. 496 L\u2019ACTION NATIONALE La Colombie britannique et ses francophones par JEAN-D.ROBILLARD Il n\u2019y a aucune politique d\u2019enseignement en français dans les écoles publiques.» (L\u2019Acelf, Vol.6, no 2.nov.1977, p.50) Nous avons traversé les Rocheuses \u2014 nos Rocheuses, comme se plaisent à claironner les fédéralistes québécois et nous touchons les rives de la province la plus occidentale du Canada.La douceur du climat de ce coin de pays a-t-elle influencé positivement la générosité des autorités politiques de cette province pour la minorité francophone colombienne?Hélas.aucune exception, cette fois, ne confirmera la règle.Voyons quelques faits: 1969, 12 mars: Angela Landry commente dans Le Devoir ce qui se passe à Terrace (C.B.).Par la fondation du Cercle canadien-français de Terrace, les quelques Canadiens-Français avaient espéré qu\u2019en se groupant ils obtiendraient peut-être la permission d\u2019ouvrir une école de langue française ou encore que des cours seraient donnés en français dans les écoles publiques.Malgré les réticences de beaucoup de nos compatriotes qui craignaient de s\u2019aliéner leurs maîtres, les Anglais, le Cercle s\u2019était finalement mis d\u2019accord pour présenter une requête en ce sens.Inutile d\u2019ajouter que la demande a été rejetée.40% des catholiques de Terrace sont d\u2019origine française.Ils demandent un prêtre bilingue qui pourrait de temps en temps dire une messe en français.Là encore, ils se voient refuser cette faveur.Son beau-frère était satisfait de son travail; il avait pu au cours des années construire quelques maisons, acheter des propriétés; mais le jour où ses enfants ont commencé à parler an- LA COLOMBIE BRITANNIQUE 497 glais à la maison, à répondre en anglais à leurs parents, alors que ces derniers ne s\u2019adressaient à eux qu\u2019en français, il a compris qu il n\u2019y avait rien à faire, que ses enfants ne deviendraient que des assimilés, comme le sont devenus les 40 000 Canadiens-Français de la Colombie! 1971: Le recensement nous démontre que plus de 69% des francophones de Colombie britannique sont anglicisés.1973: Vincent Prince écrit dans la revue de l\u2019Acelf (Vol.2, no 1, p.15) que la Fédération des Franco-Colombiens poursuit ses luttes du passé.comme celle qui a trait à la continuation du programme bilingue à l\u2019école élémentaire de Glenayre dans le district de Coquetlam.1974, 1er juin: Un article dans La Presse fait un tour d\u2019horizon dans les différentes provinces du Canada, quant à la langue d\u2019enseignement; en Colombie britannique, il n\u2019y a rien de fait ni même de prévu à l\u2019intention de la minorité et le gouvernement provincial refuse de subventionner toute école où même une partie de l\u2019enseignement serait donnée en français.Trois petites écoles privées (à Vancouver et à Maillardville), de niveau élémentaire, vivotent par charité et sont, de fait, à peu près anglicisées.Les octrois fédéraux sont utilisés pour l\u2019enseignement du français comme langue seconde aux anglophones.1977, avril: Les francophones hors Québec publient «Les héritiers de Lord Durham».On y mentionne, au sujet des média, que la zone de diffusion pour la télévision ne couvre que Vancouver et encore, c\u2019est d\u2019une très mauvaise réception.Dix minutes quotidiennes de programmation locale! Le poste radio ne peut être capté que sur bande FM et seuls Chilliwack et Terrace ont un ré-émetteur! Kitimat, Prince George, Kelowna, Victoria, Kamloops, Rivière-de-la-paix attendent toujours d\u2019avoir accès à la radiodiffusion complète de Radio-Canada.16 juillet: L Acelf étudie les problèmes de l\u2019enseignement en français hors du Québec; pour ce qui est de la Colombie britannique, aucune disposition n\u2019autorise un enseignement en français. 498 L\u2019ACTION NATIONALE 20 juillet: Angela Landry récidive en écrivant dans «Lettres au Devoir»: elle souligne que Solange Chaput-Rolland, revenant en 1977 d\u2019une première tournée dans l\u2019Ouest canadien, y décrivait les humiliations qu\u2019elle avait subies, «et le mépris marqué que les Anglophones de ce coin du Canada affichaient envers les francophones qui osaient parler français».Mme Landry revient elle-même d\u2019un voyage en Colombie britannique et a connu les mêmes traumatismes.1er août: La presse canadienne fait un relevé de l\u2019enseignement en français dans les provinces du Canada: en Colombie britannique, on retrouve une seule école entièrement française.Seul l\u2019anglais est utilisé au secondaire.1977, novembre: L\u2019Acelf publie le numéro 2 de son 6e volume: «Pour un plan de développement de l\u2019éducation française au Canada».Voici quelques extraits qui concernent la Colombie britannique: 1\t\u2014 La loi ne prévoit pas d\u2019écoles séparées et les établissements privés ne sont pas reconnus officiellement (p.49).2\t\u2014 L\u2019étude du français comme langue seconde est facultative avec celle du russe, de l\u2019allemand ou de l\u2019espagnol (p.50).3\t_ Les francophones de la Colombie ont érigé avec leurs de- niers quelques écoles élémentaires catholiques bilingues qui ne sont pas subventionnées par le gouvernement provincial; ainsi, les écoles Notre-Dame-de-Lourdes et Notre-Dame-de-Fatima à Maillard ville et l\u2019école du Saint-Sacrement à Vancouver ne sont pas autorisées, mais tolérées.4\t_ Depuis 1975, on a enregistré une diminution encore plus grande de l\u2019enseignement du français au niveau secondaire (P- 50).5\t\u2014 Résultats d\u2019une enquête menée auprès de 140 étudiants et de 200 franco-colombiens: a)\tsur 66 étudiants francophones de l\u2019élémentaire, 41 estiment parler un bon français, alors qu\u2019il y en a 65 qui affirment parler un excellent anglais; b)\tsur 74 étudiants du secondaire, il n\u2019y en a que cinq qui croient que leur vie familiale protège leur culture; c)\tvoici quelques remarques par les franco-colombiens à la suite de ce sondage: LA COLOMBIE BRITANNIQUE 499 1\t\u2014 «En Colombie, le français n\u2019est pas essentiel.Lais- sez à l\u2019individu le choix d\u2019apprendre ce qu\u2019il veut».2\t\u2014 Les jeunes gens manquent d\u2019intérêt.3\t\u2014 On espère encore.4\t\u2014 Beaucoup trop de jeunes francophones deviennent unilingues anglophones à cause du manque d\u2019écoles françaises (p.64).\u2014\tEn Colombie, on s\u2019explique difficilement comment on a pu, historiquement parlant, assassiner en quelque sorte toute velléité de droit de la communauté francophone dont on a pourtant exploité les talents et les ressources pour bâtir cette province.Il est aberrant de penser que, malgré le fait que la première école érigée en Colombie ait été une école française, on ne trouve aujourd\u2019hui aucune école française dans le secteur public, aucune école à caractère français qui soit subventionnée à même les deniers publics, même si au-delà de 100 000 parlent français, paient des taxes et impôts et participent par leur travail de tous les jours à l\u2019amélioration des conditions de vie de toute la population.\u2014\tIl est aberrant aussi de penser à quel point on a pu affecter un tel mépris de la dignité, de la personne humaine en forçant dans les faits les francophones à faire abstraction de leur identité culturelle propre pour adopter le style de vie, les coutumes et la langue des autres.Comment concilier le fait que le français et l\u2019anglais soient les deux langues officielles du Canada et que les jeunes francophones n\u2019aient pas encore en Colombie le droit à l\u2019enseignement dans leur langue?\u2014\tOn aura beau imprimer des billets de banques, des timbres-poste, des formulaires d\u2019impôts dans les deux langues officielles, si on ne donne pas aux francophones de la Colombie les institutions qui leur permettent de maintenir vivantes leur langue et leur culture, l\u2019idéal proposé est voué à l\u2019échec (p.66).\u2014\tÀ leur arrivée à l\u2019école, en raison de l\u2019environnement dans lequel ils ont vécu, les petits franco-colombiens sont déjà fortement anglicisés. 500 L\u2019ACTION NATIONALE 12\t\u2014 Il faut rappeler que l\u2019assimilation des francophones se fait au rythme de 85% en Colombie, faute d\u2019instruments indispensables à la conservation et au développement de la langue et de la culture française.13\t\u2014 Tiré des statistiques de 1971: a)\tPopulation d\u2019origine: britannique\tallemande\tScandinave\tfrançaise 57,9%\t9,1%\t5,1%\t4,4% b) D\u2019origine française:\t96 550\t100% Sachant l\u2019anglais\t95 310\t98,7% Parlant l\u2019anglais au foyer\t86 705\t89,8% Ne sachant que l\u2019anglais\t57 620\t59,7% Parlant français au foyer\t9 605\t10% 1978, 16 janvier: La commission scolaire de Vancouver rejette le projet d\u2019implantation d\u2019un deuxième programme d\u2019immersion en français dans une école élémentaire, en raison de l\u2019opposition des parents et des habitants du quartier.1978, février: L\u2019Acelf publie une synthèse de ses recommandations dans le numéro 2 du 7e volume; on y écrit, entre autres: 1\t\u2014 Aujourd\u2019hui, il n\u2019y a pas encore d\u2019enseignement en fran- çais, malgré les revendications des Franco-Colombiens.2\t\u2014 Le français est une matière facultative comme une autre matière ou une autre langue.3\t\u2014 Peut-on nier le fait qu\u2019on nous a toujours poursuivis, pourchassés (p.12)?4\t\u2014 Rien dans la loi, rien dans les règlements n\u2019existe au sujet de la langue d\u2019enseignement (p.14).5\t\u2014 Statistiques de 1976, en Colombie: a)\tLangue maternelle anglaise: 2 037 640 b)\tLangue maternelle allemande:\t80 970 c)\tLangue maternelle française:\t38 430 d)\tPopulation francophone de 5 à 19 ans:\t5 610; Effectifs francophones réels:\t1 303; Où sont passés les 4 307 autres?82,6% 3,3% 1,6% LA COLOMBIE BRITANNIQUE 501 1er avril: La presse Canadienne nous apprend que le bureau des véhicules moteurs de la Colombie britannique vient de décider de retourner à l\u2019utilisation d\u2019examens exclusivement en anglais en vue d\u2019accorder les permis de conduire.C\u2019est la politique de gouvernement de cette province.Depuis cette date, tous les candidats doivent savoir parler et écrire l\u2019anglais.Le français est placé sur le même pied que la quinzaine d\u2019autres langues utilisées auparavant dans les examens écrits.1979, 3 février: Dans La Presse, on parle de William Vander Zalm, ministre des affaires municipales de la Colombie britannique.Il interprète, à une assemblée du Crédit Social à Williams Lake, une chanson dans laquelle on parlait du coassement d\u2019une grenouille (frogs: terme utilisé par les anglophones pour désigner d\u2019une façon désobligeante les Canadiens de langue française), en brocardant les premiers ministres Trudeau et Lévesque.10 avril: Daniel Raunet, correspondant particulier du Devoir, écrit un texte intitulé «Les Franco-Colombiens boudent l\u2019éducation en langue française.» Il nous présente quelques exemples concrets des résultats de l\u2019assimilation: 1\t\u2014 Victoria offre aux francophones l\u2019éducation en français.On enquête auprès de 2 500 élèves; la campagne de préinscription n\u2019a donné que 512 intéressés dans notre province! 2\t\u2014 Sur 75 commissions scolaires, 15 seulement peuvent offrir les cours en français, car les réponses n\u2019ont pas dépassé le seuil minimum de 10 parents pour les soixante autres commissions scolaires.3\t\u2014 Sur les 15 000 francophones de la métropole et ses ban- lieues, les autorités n\u2019ont reçu que 250 réponses favorables de la part des parents qui désirent le nouveau programme-cadre de français pour leurs enfants; ce nombre est tombé à 167, après que 5 des 9 commissions scolaires eurent fait savoir que les enfants devront être placés dans des classes regroupant des élèves de niveau différents.4\t\u2014 À Vancouver, sur 93 demandes initiales des parents inté- ressés, 35 seulement ont persisté dans leur désir; la raison, c\u2019est que la commission scolaire, qui avait spécifié dans ses annonces publiques que les élèves anglophones ne se- 502 L\u2019ACTION NATIONALE raient pas admis, reçut de Victoria la directive d\u2019accepter tout enfant dont les parents affirment qu\u2019il comprend le français.«La plupart des élèves inscrits sont meilleurs en anglais qu\u2019en français.» 14 avril: Guy Cormier, dans La Presse, nous parle de la Colombie britannique et du refus des francophones à saisir l\u2019offre des anglophones concernant l\u2019enseignement du français.Pourquoi un tel monde à l\u2019envers?L\u2019auteur répond: «Parce qu aucune institution, aucun gouvernement ne les encourageaient à la fidélité.Plus de cent ans de Confédération ont fait des francophones de la Colombie britannique des Franco-Américains.Aujourd\u2019hui, il faut repartir à zéro.» 28 avril: Lysiane Gagnon écrit un texte expédié spécialement à La Presse.À Vancouver, on craint à tel point le français qu\u2019on affiche même des pancartes où on peut lire: «Bilingual Today, French Tomorrow.» Pourtant, les minorités françaises s\u2019amenuisent à mesure qu\u2019on se déplace vers 1 Ouest; mais une fois ici (Vancouver), on est au point zéro.Les francophones, qui sont Québécois, gravitent autour de la station française de Radio-Canada; ils ne s attendent pas à ce qu\u2019on parle le français autour d\u2019eux.Les descendants des Franco-Colombiens sont pour la plupart comme ce jeune photographe de presse qui se définit comme French Catholic.touchant, mais il n\u2019a gardé de français que son nom: Hamel, qu\u2019il prononce à 1 anglaise.Rien ne distingue l\u2019ancien quartier français de Maillard-ville des autres banlieues ouvrières, sinon quelques écriteaux bilingues dans l\u2019église et une affiche annonçant le bingo en français.D\u2019ailleurs, à Maillardville, les demandes d\u2019admission aux classes françaises se chiffrent autour de huit! Pourtant, qui ne se souvient des énergies dépensées et des batailles livrées autour du français dans cette ville?Il reste 4% de Canadiens-Français, pour la plupart assimilés.Pour les Colombiens, le français a moins d\u2019importance dans la vie courante que 1 allemand (qui représente 9% de la population) ou le Scandinave (5%) ou l\u2019Européen de l\u2019Est (5%).Enfin, on a remarqué que Mme Simma Holt, député de LA COLOMBIE BRITANNIQUE 503 Vancouver-Kingsway, une des figures libérales les plus populaires, a animé la campagne contre l\u2019implantation de la télévision française à Vancouver.Toujours en 1979.Lysiane Gagnon couvre la campagne électorale fédérale en Colombie britannique.Un enseignant retraité cultive avec sa femme un immense verger dans la vallée de l\u2019Okanagan.Des protestants bons et courtois et certainement mieux informés que la moyenne.Pour eux, Trudeau était catholique militant dont le premier geste, dès son arrivée au pouvoir, avait été d\u2019ouvrir une ambassade au Vatican! Un French-Canadian chauvin qui avait imposé le bilinguisme jusque dans le fin fond des bureaux de postes, et qui déménageait tous les bureaux gouvernementaux d\u2019Ottawa à Hull.! Sans commentaire.(La Presse, 5 mars 1983).10 novembre: Daniel Raunet ajoute certaines précisions à son article du 10 avril.Les Franco-Colombiens continuent de bouder les programmes de français.1\t\u2014 Dans les 12 commissions scolaires qui recouvrent les terri- toires les plus francophones de la Colombie, on ne parle plus que de 450 élèves susceptibles de s\u2019inscrire à ces programmes de français.Mais entre les inscriptions et la rentrée, les effectifs ont encore fondu et le nouveau programme n\u2019est maintenant suivi que par 217 élèves.2\t\u2014 À Prince George, où l\u2019on s\u2019était fié au chiffre initial de 50 élèves lors de la campagne de pré-inscription, on n\u2019en compte que 36 à la rentrée de septembre.3\t\u2014 Partout la réponse des parents est décevante: 26 enfants à Vancouver, 16 à Victoria, 27 à Kelowna.^ Les francophones ne semblent pas se préoccuper outre mesure de leur survie culturelle.Voilà les fruits de l\u2019assimilation.1980, 19 janvier: Le journal Esprit-Vivant présente un texte intitulé «Deux poids, deux mesures.» On signale qu\u2019en Colombie britannique, sur les 96 550 citoyens d\u2019origine française, on n\u2019en compte plus que 38 035 qui se disent encore de langue maternelle 504 L\u2019ACTION NATIONALE française.De plus, on ne compte qu\u2019un seul hebdomadaire francophone d\u2019un tirage de 3 500 copies pour toute la province.6 mars: Margot Hogue-Charlebois écrit dans «Lettres au Devoir» qu\u2019elle rentre d\u2019un séjour en Colombie britannique: 1\t\u2014 Sur les ailes d\u2019Air-Canada, la majorité des consignes sont traduites, comme, par exemple: pour déjeuner, du filet d\u2019halibut ou du mix gril vous sera servi (sic).2\t\u2014 À l\u2019aérogare et à l\u2019hôtel, c\u2019est la surprise: affichage et lan- gage unilingue.3\t_ Une tournée «Vancouver by foot» confirme l\u2019emploi in- conditionnel d\u2019une seule langue, l\u2019anglais.4\t\u2014 Les heures consacrées à la connaissance de la capitale, Victoria, ne nous laissent aucun doute sur l\u2019incapacité de concitoyens à communiquer avec nous.En réponse à nos «bonjour, bonsoir, merci», ils deviennent tous sourds ou muets.24 septembre: Le journaliste Daniel Raunet communique au Devoir l\u2019attitude qu\u2019on a dans cette province envers les journaux de Montréal: 1\t_ À Vancouver, troisième ville en importance de ce grand pays bilingue qu\u2019on appelle le Canada, il est pratiquement impossible de trouver des journaux français.2\t\u2014 Les quotidiens de Seattle, New York, Toronto et San Francisco arrivent la journée même; ceux de Londres, de Paris et d\u2019Edmonton ont un jour de retard; ceux de Winnipeg et de Montréal (anglais) ont deux jours de retard, ceux de Francfort: trois jours; ceux de Rome: quatre jours; ceux de Zagreb et de Chicago: six jours; ceux de Tallinn en Esthonie: 12 jours; ceux de Montréal (langue française): 16 jours., et à la condition de ne pas avoir eu de malchance de tomber sur une période où les arrivages sont inexplicablement interrompus! 3\t_ Affranchi en première classe et par avion, un abonnement au Devoir met six jours et demi pour atteindre Vancouver avec des fluctuations allant de deux à vingt-huit jours.Mais dans le cas d\u2019un abonnement au Globe and Mail, «Canada Post» trouve le moyen de réduire les délais pour le même affranchissement à 24 ou 48 heures. LA COLOMBIE BRITANNIQUE 505 4\tLa compagnie United Cigar Stores Ltd.possède plusieurs magasins au centre-ville de Vancouver.Helen Ellis, représentante de la compagnie, annonce: «We couldn\u2019t care less about Montreal papers.» Les journaux francophones de Montréal, on s\u2019en fiche.5\tLa curiosité face à l\u2019information en langue française peut également se mesurer par le biais de l\u2019audience locale de Radio-Canada.Son auditoire est minuscule.Faut-il en être surpris?À moins d\u2019un miracle, l\u2019assimilation continuera son travail.Sondage après sondage, le Bureau of Broadcast Measurements persiste à lui affecter une cote nulle.6\t\u2014 M.Keith Spicer, devenu vancouvérois depuis sa recon- version à la presse écrite, a organisé une campagne d\u2019abonnements au journal La Presse qui se vendait à moitié prix, afin de créer un nouveau marché.Résultat: une dizaine de personnes en tout et pour tout.dans ce grand Vancouver.1981, juillet: L Information Nationale énumère les griefs que 1 on peut présenter à la Colombie britannique, face aux problèmes du français dans cette province: 1\tLes services en français sont dans un sérieux état de sous-développement.2\tOn ne retrouve souvent qu\u2019une seule personne bilingue par ministère, de sorte que si celle-ci s\u2019absente ou si elle est occupée, il est impossible d\u2019être servi en français.3\tAu ministère des Postes, les francophones ont environ 20% des chances d\u2019être servis en français; la majeure partie du temps, on joue à la roulette russe linguistique.12 novembre: En éditorial, Lise Bisonnette du Devoir commente les «grands progrès» que The Gazette ose publiciser; pour ce qui est de la Colombie britannique, il s\u2019git de la réjouissance du Commissaire aux langues officielles de ce que le nombre de francophones étudiant en leur langue ait «triplé».Ils sont désormais 750.sur les 5 610 écoliers de langue maternelle française.Quel déferlement! 1982, 16 avril: On écrit ironiquement dans Le Devoir.«Ils ont la chance d être Canadiens, n\u2019est-ce pas?Même dans leur foyer, 506 L\u2019ACTION NATIONALE en Colombie britannique, 88% des Canadiens-français ne parlent plus le français», selon les statistiques obtenues, quant à la langue d\u2019usage au foyer, lors du recensement fédéral de 1971.18 septembre: Madame Jeanne Séguin, présidente de la F.F.H.Q., se demande si les francophones de la Colombie britannique ont réellement le droit à l\u2019éducation en langue française, puisque même si on reconnaît l\u2019enseignement en français, ce droit n\u2019est inscrit dans aucun texte de loi (Le Devoir).22 août: Le Devoir titre: «Les attaques racistes contre les récol-teurs de fruits québécois se multiplient en C.-B.» 1\t\u2014 L\u2019attaque qu\u2019ont subie quatre Québécois qui étaient à Kere- meas en Colombie britannique n\u2019est qu\u2019un signe de la violence raciste qui existe envers les francophones immigrants de la vallée de l\u2019Okanagan.2\t\u2014 Cet assaut n\u2019est pas un incident isolé.3\t\u2014 En 1980, des résidents d\u2019Osoyoos attaquent des cueilleurs francophones qui fêtaient la Saint-Jean-Baptiste.Depuis cette date, l\u2019animosité n\u2019a fait que croître.4\t_ «C\u2019est très fréquent, j\u2019ai vu cela arriver soir après soir!» relate Tom Crowe, de la Fédération des Franco-Colombiens.5\t_ «C\u2019est le pire racisme que je n\u2019ai jamais vu.» Il est présent à tous les niveaux de la communauté.L\u2019hostilité et la tension sont incroyables.6\t_ Les Québécois sont traités comme des «travailleurs mexi- cains» dans leur propre pays.7\t_ Les citoyens locaux s\u2019opposent à leur venue parce qu\u2019ils parlent une autre langue! g _ plusieurs querelles sont provoquées par des insultes racistes, mais ce sont toujours les Québécois qui sont accusés.9 \u2014 «Un membre de la GRC m\u2019a dit un jour de retourner au Québec!» \u2014 Mes deux enfants qui se sont rendus eux-mêmes cueillir des cerises dans la vallée de l\u2019Okanagan, à Osoyoos, confirment ces faits.29 août: Suite à ces incidents, Gilles Rhéaume, président général LA COLOMBIE BRITANNIQUE 507 de la S.S.J.B.de Montréal, s\u2019empresse d\u2019écrire dans Le Devoir: 1\tLe ministère des Affaires intergouvemementales du Québec a mené une enquête dans deux cas précis de brutalités racistes qui se sont produits en 1980; malheureusement, les résultats ne furent pas rendus publics.2\t\u2014 D\u2019une part, le gouvernement fédéral s\u2019empresse d\u2019aider financièrement la «malheureuse» communauté anglophone du Québec dans ses démarches pour assurer la «survie» de la langue et de la culture anglaise au Québec; d\u2019autre part, ce même gouvernement ne semble pas pressé de faciliter le travail des associations canadiennes-françaises qui pourraient enquêter sur le racisme que subissent les francophones dans les provinces anglaises.3\t\u2014 Des conditions de vie inacceptables sont réservées aux fran- cophones travaillant temporairement en Colombie britannique.24 septembre: Lise Bissonnette raconte la révolte d\u2019un libraire de Kelowna, B.-C., qui s\u2019insurge devant la loi 101 du Québec.«We now have the stupefyingly ludicrous spectacle of NINE BILINGUAL provinces and ONE UNILINGUE province! Comment un personnage plus renseigné que la moyenne, sans doute, peut-il s\u2019être convaincu de pareil compte?«À Kelowna nous avons une station de radio française.mais il doute fortement que les anglophones de l\u2019arrière pays québécois would be accorded the same consideration.» «II ignore encore là que ce service égal aux minorités de langues officielles est une exigence fédérale, et il serait sans doute renversé d\u2019apprendre que nos cités câblées comme Québec, où les anglophones ne sont qu\u2019une poignée, offrent plus de réseaux anglais que français.» 29 septembre: Ce mépris pour le Québec se traduit jusque dans les cours de justice.Le Devoir nous précise que le chapitre de la Colombie britannique du Barreau canadien craint que la faible peine imposée à M.Fred Elgert, de Haney C.-B., ne constitue une incitation à la loi de la jungle.En effet, ce criminel, reconnu coupable d\u2019homicide involontaire sur les personnes de 508 L\u2019ACTION NATIONALE Denis Lacoursière et d\u2019Yvon Gariépy, n\u2019a été condamné qu\u2019à un an de prison; c\u2019est dire qu\u2019il sera éligible à la libération conditionnelle dans quatre mois! 6 décembre: Les injustices de la justice se continuent: Le Devoir nous apprend que la Couronne décide de suspendre les procédures judiciaires contre Calvin Young, de Merritt C.-B., inculpé de voies de fait à la suite d\u2019une autre attaque contre plusieurs cueilleurs de fruits qui étaient venus du Québec se faire quelques sous pendant les vacances; cette attaque s\u2019était produite en août dernier.11 y a une semaine, les procédures ont également été interrompues contre Darren Brown, 18 ans, de Calgary, pour la même offense.1984, 24 mars: Pierre Duchesne, de Sainte-Foy, écrit dans «Lettres au Devoir» comment la politique pour l\u2019unité canadienne de Pierre Trudeau a provoqué la haine dans l\u2019Ouest du pays au détriment des Québécois.Il cite, par exemple, l\u2019accueil mitigé de certains touristes québécois en Colombie britannique se faisant tabasser leur roulotte à coups de bâton de baseball, pour la seule raison qu\u2019une plaque minéralogique d\u2019origine québécoise apparaissait à l\u2019arrière du véhicule.6 juin: Stan C.Roberts, dans un article au Devoir, article qu\u2019il intitule «Le bilinguisme dans l\u2019Ouest ou l\u2019art du possible», cite des statistiques qui mettent en rapport le nombre de personnes de langue maternelle française et la population totale de la Colombie britannique.On peut lire: Population totale:\t2 745 000 Français, langue maternelle:\t45 000\t(1,6%) Autres langues:\t450 000\t(16%) Voilà, encore une fois, où mènent les lois matraques qui défendaient d\u2019enseigner le français dans les écoles, et cela pendant près de 100 ans! 27 août: De Colwood (C.b.) on apprend par Le Devoir que les chauds partisans du Western Canada Concept Party, des adversaires féroces de la loi sur le bilinguisme officiel au Canada, ont chahuté Brian Mulroney, chef conservateur, et lui ont donné une véritable démonstration de leur savoir-faire. LA COLOMBIE BRITANNIQUE 509 1985, 26 janvier: La presse Canadienne révèle une étude basée sur les données finales du recensement de 1981.Le Devoir titre: «Le français est en régression partout au Canada, sauf au Québec».Pour ce qui est de la province la plus à l\u2019ouest du Canada, c\u2019est là, affirme-t-on, que les Franco-Colombiens ont le plus tendance à s\u2019assimiler, alors que seulement 34,6% des francophones parlent encore français à la maison.Conclusion: Voilà.Et nous n\u2019avons pas mentionné les multiples petits coups d\u2019épingle, comme par exemple: dans Le Devoir du 2 novembre 1985, M.Derek McKeever, commissaire d\u2019école de Delta (C.b.) qualifie de «frogs» les élèves inscrits aux programmes de français! Ça, c\u2019est la toile de fond.Vous vous souvenez de la publicité qui se multipliait à pleines pages dans les quotidiens et qui étaient payée par le Gouvernement du Canada, lors du rapatriement de la Constitution?Dans Le Devoir du 12 décembre 1981, on pouvait lire, par exemple: «La nouvelle Constitution garantit: \u2014 «le droit pour les francophones de faire instruire leurs enfants en français dans les provinces anglophones du Canada».«La reconnaissance du français et de l\u2019anglais comme langues officielles du Canada.» «Nous avons la chance d\u2019être Canadiens!» N\u2019est-ce pas attendrissant? 510 L\u2019ACTION NATIONALE La réussite scolaire et la réussite sociale au Québec par Mme NICOLE NORMAND-AUCLAIR La réussite scolaire Est-ce de plaire au professeur?Est-ce de récolter les meilleures notes académiques?Il y a des élèves qui sont excellents en français et nuis en mathématiques, d\u2019autres s enthousiasment pour les sciences, d\u2019autres pour les arts, d\u2019autres pour les sports, d\u2019autres pour un métier: où est alors le succès scolaire?Cette simple question nous oblige à repenser le rôle de l\u2019École.L\u2019École a toujours eu pour but premier de développer l\u2019intelligence de la jeunesse.Les jeunes arrivent avec des qualités innées, lesquelles demandent à être structurées, canalisées, éveillées, sublimées.L\u2019École peut faire des miracles avec les sourds, les muets et les aveugles.Parlant pour l\u2019ensemble de la jeunesse, nous voyons que l\u2019École «éduque», «élève» l\u2019enfant au-dessus de la bête.Elle lui assure un rôle de primauté entre tous les vivants, elle en fait un prince de la Création universelle et matérielle.C\u2019est par l\u2019esprit que le petit de l\u2019homme et de la femme apprend à dominer la Création matérielle.L\u2019École développera donc ses dons de compréhension, de raisonnement et de communication.Elle l\u2019armera du langage oral et écrit.Tout le long de l\u2019élémentaire et du secondaire, elle surveillera les efforts, les réussites et les choix de JOHN.L\u2019important n\u2019est pas tellement ce qu\u2019il apprend, que la volonté et la capacité de JOHN d\u2019apprendre.L\u2019essor de l\u2019intelligence en dépend.Plus tard, à l\u2019Université, JOHN devient moins important.Ce qui prend la priorité, c\u2019est de voir comment JOHN, aux prises avec les choses et les événements, sait les analyser, les disséquer, les diagnostiquer, émettre des hypothèses quant à leur génèse, leur développement et même leur projection.Ce n\u2019est plus JOHN qui est important: c\u2019est sa lecture de la CHOSE. RÉUSSITE SCOLAIRE ET RÉUSSITE SOCIALE AU QUÉBEC 511 Si intéressante que soit la valeur de l\u2019intelligence, la péda-gogie, en évoluant, a voulu le bien de toute la personne.La réussite scolaire devait tenir compte, alors, de toutes les capacités, individuelles et sociales, de chacun.D\u2019où l\u2019entrée du sport (santé), des beaux-arts, de l\u2019audio-visuel, de l\u2019informatique, du théâtre, des activités para-scolaires.L\u2019École a-t-elle trop embrassé?Ajoutons à son idéal son besoin d\u2019adapter et de préparer les élèves à la vie par la coopération, l\u2019esprit d\u2019équipe, l\u2019apprentissage, la polyvalence en ce qui regarde les dons et les métiers etc.Bref, qu\u2019est-ce que la réussite scolaire?On fait passer des examens et le professeur met des notes, ou le ministère de 1 Éducation.Satisfaire l\u2019un et l\u2019autre, est-ce là la réussite scolaire?Pour augmenter la difficulté, rappelons-nous l\u2019essor extraordinaire du monde des communications et des mass-média, toutes choses ignorées lorsque la Troisième République inaugurait, en France, l\u2019instituteur républicain et l\u2019instruction obligatoire.Maintenant, les parents et les professeurs savent, en 1985, qu ils ne sont plus les seuls à enseigner et à éduquer leurs enfants.Pensons simplement à la drogue dans les années 1970! Que de drames familiaux à cause de jeunes qui prenaient leur idole ailleurs qu\u2019au foyer ou à l\u2019École! L\u2019idéal du travail auquel prépare l\u2019École est concurrencé par l\u2019idéal des loisirs et du divertissement.Mille idoles forment des écoles parallèles.L\u2019École perd de son prestige et de son importance.Pour plusieurs, qu\u2019importe l\u2019École! Et nous avons à Montréal 12 à 15% de drop-out et un grand nombre d\u2019analphabètes à 18 ans! Les écoles parallèles ont détourné trop d\u2019attentions.Auprès de plusieurs, le sport commercialisé est devenu, pratiquement, autant ou plus important que le développement de la culture.Devant cette masse d\u2019interprétations, le succès scolaire finit par se résumer chez beaucoup d\u2019employeurs en cette phrase-«Celui-ci a beaucoup de talent!» Ou d\u2019autres, mettant en priorité les valeurs morales, diront: «Celui-là est honnête!» 512 L\u2019ACTION NATIONALE La réussite sociale Elle est aussi difficile à définir que la réussite scolaire.Est-ce dû à la compétence par la spécialisation?Est-ce dû à l\u2019influence familiale?Est-ce dû à l\u2019argent ou aux signes dus à l\u2019argent?Est-ce dû au poste occupé et à l\u2019influence exercée?On avait rêvé, autrefois, que la démocratie, en ouvrant l\u2019École à tous les jeunes, favoriserait l\u2019égalité des chances quant à la réussite sociale.Fils de pauvres ou fils de riches, à la fin de leurs études, pourraient tous partir à la conquête du monde des affaires ou de la société avec une certaine égalité de chances quant au succès.On rêvait en rose! On sous-estimait l\u2019inégalité des talents et l\u2019inégalité de l\u2019environnement.L\u2019actuel gouvernement socialiste de la France abandonne cette idée comme trop coûteuse et trop frustrante par ses résultats.Jean Rousselet écrit: «Quels que soient les efforts faits pour favoriser la mobilité sociale, il est certain que, dans le système actuel, les structures du marché du travail ne permettront jamais de toute façon qu\u2019à une minorité de jeunes et de travailleurs de profiter de réelles chances de promotion dans l\u2019étroite pyramide des postes et des emplois1.» Ou encore: «À tous les niveaux de la société les jeunes ont 70 à 80% de chances de reproduire fidèlement, pour leur propre compte, la vie socio-professionnelle de leurs pères2.» La société est plus figée que nous ne l\u2019avions crue.Toutes les analyses des psychologues et des sociologues aboutissent à dire qu\u2019au point de vue social, une vie réussie est celle de celui qui participe aux décisions.Déjà nous ne sommes plus devant l\u2019image du héros qui, par sa vaillance et ses prouesses, peut modifier les résultats d\u2019une bataille ou d\u2019un événement, mais nous sommes devant l\u2019image du sage qui, dirigeant une entreprise, ou un ministère, ou une institution d\u2019enseignement, etc., prend des décisions qui auront une influence sur la vie des autres citoyens.En ce sens, la vie d\u2019une mère peut être socialement bien réussie, si elle élève bien ses enfants et que ses conseils ont une part prépondérante dans leur comportement d\u2019adulte.1.\tJean Rousselet: L\u2019allergie au travail, Seuil, 1974, p.178 2.\tIbid, p.163. RÉUSSITE SCOLAIRE ET RÉUSSITE SOCIALE AU QUÉBEC 513 Toutes ces considérations générales sont vraies.Cependant, pour les Franco-Québécois, l\u2019histoire nous révèle un obstacle majeur à leur réussite sociale, obstacle quasi infranchissable jusqu\u2019à la Révolution tranquille.Le Franco-Québécois, de par la défaite des Plaines d\u2019Abraham en 1759, se voyait promu à l\u2019état de colonisé où toutes les places importantes, soit dans le gouvernement, soit dans les affaires, étaient occupées par un groupe, vite devenu une clique, arrivé derrière les armées du vainqueur.Les Franco-Québécois s\u2019adonnèrent à la terre, à la conquête de la terre.Leur isolement culturel et sociologique leur permit d\u2019acquérir le nombre et la politique du grignotement incessant des pouvoirs.Nous étions condamnés à un «petit pain», à devenir paysan, bûcheron ou manoeuvre, mais presque jamais à devenir patron.Autrement dit, nous ne pouvions diriger notre sort collectif et, à cause de cela, la société fermée des puissants nous bloquait toute ascension vers le pouvoir, la richesse ou l\u2019influence.Voilà une situation historique: sorte d\u2019hiver prolongé pour toutes les nations colonisées où la promotion sociale relève de l\u2019illusion ou de l\u2019assimilation.Décrivons cette situation.1 \u2014 Situation du Franco-Québécois avant 1960 Le colonialisme économique et politique du Québec ne permettait pas à notre jeunesse de nombreuses réussites sociales.Nous étions collectivement pauvres.M.Victor Barbeau, dans Mesure de notre taille, publié en 1936, nous a prouvé qu\u2019elle était notre taille à cette époque et quelle importance collective nous avions dans la direction et l\u2019orientation du Québec: à peu près nulle.L\u2019Histoire du Québec, dirigée par M.Jean Hamelin, signale qu\u2019en 1954, sur 8 000 postes de directeurs de compagnies Canada, les francophones n\u2019en occupent que 400, c\u2019est-à-dire 5%, même si la population canadienne-française s\u2019élève à presque 30
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